DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE CONTENANT L’EXPOSÉ DES DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DK A. VACANT E. MANGENOT PROFESSEUR AU GRAND SÉMINAIRE DK NANCY PROFESSEUR A L*INSTITUT CATHOLIQUE DK PARIS CONTINUÉ SOUS CELLE DR Mgr É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE DR L’UNIVERSITÉ DE STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TOME HUITIÈME PREMIÈRE PARTIE ISAAC — JEÛNE PARIS-V1 LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANE 87, Boulevard Raspail, 87 1947 TOUS DROITS RÉSERVÉS ;r « Imprimatur Argentorati, die 22· decembris 1923. t Carolus Josephus Euoenius, Ep. Argent. DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE —-< * (Suite ) tinctes, mais qui ne forment qu’une seule et même divinité. La seconde de ces trois personnes est éter­ (ive siècle). — Ie Le personnage, et son œuvre certaine. nellement engendrée sans qu’on puisse dire les cir­ — Gcnnadc signale dans De viris ill.t 26, P. JL, t. lviii, constances de ce mystère: quando quomodo vel ubi non col. 1075-1076, uncertain Isaac, auquel il attribue, sans potest dici de eo. Elles s’est incarnée pour nous sauver donner la moindre détail biographique, un ouvrage par sa passion. Elle possède deux natures dans l’unité assez obscur: De sandæ Trinitatis una substantia el de personne, la personne du Fils de Dieu : unigenitus Incarnatione Domini. Au χνπ· siècle, le jésuite Sirmond et primogenitus duæ naturæ s uni, divina et humana, publia, d’après un manuscrit de la bibliothèque de Pised una persona. Le Saint-Esprit, Dieu co e le thou.un petit traité portant ce titre: Fides Isatis ex Père et le Fils, est dit simplement procéder du Père. fudiro, sur le sujet indiqué par Gcnnadc, Opuscula dog­ matica, Paris, 1630. Il reconnut avec raison dans i Tels sont les quelques renseignements fournis par cet extrait. l’auteur le juif converti, Isaac, dont il est question Zcucimcr a réédité la Fides Isatis ex Judæo, dans dans l’histoire du pape saint Damasc : ce juif converti, après avoir écrit en faveur de la foi catholique, s’était Sludien sur Fides Isaalts, dans les Kirchengeschicldhche Abhandlungen de Sdralck, 1909,t.vm,p.99-148. engagé dans le parti schismatique d’Ursim Voir Mais, s’il faut en croire certains critiques modernes, Duchcsnc, Le Liber Pontificalis, t x, p. 21*1. Mais le Liber fldei serait loin de représenter tout l’héri­ dès qu’UrsIn eut été exilé à Cologne, il apostasia, retourna à la synagogue et porta, à Rome, devant tage du juif converti. Il semble que l’on assiste, le tribunal du préfet de la ville, contre le pape, une depuis une vingtaine d’annecs,ùla résurrection d’un auteur qui aurait été beaucoup plus fécond qu’on ne accusation capitale, dont on Ignore l’objet et dont le pensait d’abord. D’une part en effet, plusieurs il ne put fournir la preuve. Graticn s’interposa et fit exiler l’accusateur dans un coin retiré de)*Espagne, i critiques notables s’accordent à Identifier Isaac avec le mystérieux Ambrosiaster ; allant plus loin, d’autres d’où il était peut-être originaire. Mais le vieux pontife auteurs prêtent, avec un peu trop de libéralité, à voulut porter sa cause devant un tribunal d’évêques. Isaac nombre de productions sans maître de l’an­ Un concile fut réuni, en 380» peut-être déjà en 378, lava Damasc de toute accusation et écrivit aux em­ cienne littérature latine. Nous passerons successive­ ment en revue ces deux catégories assez differentes pereurs Graticn et Valentinien II une relation do i’aiTalrc. On la trouvera dans Mansi, Concilia, t. ni, d’hypothèses. 2° Isaac el V Ambrosiaster —1. Apparition de Γhypo­ col. 624 sq. La réponse des empereurs est le n. 13 de le Collectio Avellana, Corpus scriptorum ecclesiasticorum thèse qui les identifie.— Dom Morin, L* Ambrosiaster et le juif converti Isaac, contemporain de Damase, latinorum, t.xxxv a. Le reste de la vied*Isaac n’est dnns la Revue d*histoire et de littérature religieuses, pas connu. Paris, 1899, L IV, p. 97-121, a le premier conjecturé On voit que nous sommes fort mal renseignés sur qu’il y avait lieu d’identifier le juif converti Isaac, la personne même d’Isaac. Gcnnadc, qui n’a pas un et Fauteur d’un célèbre commentaire sur leslSépttrcs seul mot sur les caractéristiques do l’auteur, attribue de saint Paul, faussement attribue à saint Ambroise simplement à Isaac la dissertation (disputatio) théo­ et désigné, depuis Érasme, sous le nom d’Ambrosmslogique, ci-dessus désignée, et que l’on appelle d’orter. Cf. t. x, col. 915, 1. 21. 11 appuyait cette con­ dinairc le Liber fldei de sancta Trinitate et incarnatione jecture sur le raisonnement suivant. Caspari a publié Domini. Ccllc-cl d’ailleurs no nous est point parvenue dans ses Kirchcnhlstorische anecdola. Christiania, Intégralement, car l’opuscule, publié par Sirmond, 1883, p. 304-308, d’après un ms. de Bobblo, une en 1630, d’après un manuscrit de Paris, du vin· ou du ix· siècle, ne peut en être qu’un extrait, tant le Expositio fldei calholicœ qui entretient avec le Liber fldei des rapports tellement étroits, qu’ils accusent début et la fin en sont brusques. P. G., t. xxxm, soit une source commune, soit une dépendance de col. 1541-1546. C’est une suite do considérations l’un vis-à-vis de l’autre. Or, les deux dissertations, passablement obscures sur les nombres 5, 3 et 2, si étroitement apparentées, offrent par ailleurs des où l’auteur cherche à préciser ce qui, dans la Tri­ analogies frappantes, d’une part avec le commen­ nité, est exclusivement propre au Père, au Fils et taire dit de Γ Ambrosiaster, d’autre part, avec les au Saint-Esprit. Ce sont, dit-il» trois personnes dis­ VIII. — 1 riCT. DK TKÎIOL. CATHOL. 1. ISAAC, juif converti et auteur ecclésiastique J Quæstiones Veteru et 'Novi Testamenti, faussement | aux Romains, un certain Hilarius. Or 11 y a préciséattribuées à saint Augustin et insérées dans scs ment un Hilarius qui, par le rang qu’il occupa et œuvres. P. L., t. xxxv, col. 2213-2116. Outre cer­ les fonctions qu'il remplit à partir de 377, correspond taines locutions assez caractéristiques. Il existe des assez à l’idée que nous pouvons nous faire de l’Am­ rapports plus généraux entre le style d* Isaac et celui de brosiastcr d’après scs écrits : c’est Decimus Hilarial*Ambrosiaster, ainsi qut des ressemblances de doctrine nus Hilarius, d’abord proconsul d’Afrique, puis pré­ fort curieuses, si bien que dom Morin, après les avoir fet du prétoire et finalement préfet de Rome en 40S. signalés minutieusement, posait cette question: Car enfin, F. Cumont l’a fort bien mis en relief, dans < L’introuvable Arnbrosiaster ne serait-il pas, par son étude sur La polémique de ΓArnbrosiaster contre hasard, ce même Isaac, dont le seul écrit qui nous les païens, dans la Revue d9histoire et de littérature reste nous a permis, malgré sa brièveté, de constater religieuses, t. vm, p. 417-440, notre autour a un nombre relativement considérable d’analogies tout l’air ou d’un fonctionnaire public, ou tout au philologiques et doctrinales, soit avec les Commen­ moins d’un avocat, et il y a dans scs ouvrages des taires sur saint Paul, soit avec les Questions sur phrases qu’un juif de naissance n’aurait guère pu écrire ». Études, textes, et découvertes, t. i, p. 8-9. Cf. l’Ancien et le Nouveau Testament? » L9 Arnbrosiaster, Revue bénédictine, 1903, t. xx, p. 115-124. p. 108. Oui, semble-t-il. Mais, sans aller jusque-là, dom Morin se contentait d’apporter cette contribution La nouvelle hypothèse de dom Morin n’a guère eu de Intéressante à la solution du problème relatif à l’Am- succès dans le monde savant. M. Souter l’a critiquée dès son apparition. A new view about Arnbrosiaster, brosiaster, estimant que certaines coïncidences de dans The Expositor^ 1· série, l.xrn, 1903,11. l,p. 442-456. langage entre les écrits de l’Ambroslastcr et ce qui 11 l'avait lui-même autrefois défendue avec prudence, reste d’Isaac, le contemporain de saint Damase, et tous lescritlques l’avaient rejetée. Pseudo- Augustini valaient la peine d’être Introduites dans le débat. Quœstioncs Veteris et Novi Testamenti cxxvH, dans Depuis 1899, où elle a été publiée, la conjecture Corpus scriptorum ecclesiasticorum lalinorum, Vienne, de dom Morin a passé par différentes phases, qu’il 1908, t. l, p. xxiv, note 8. Importe de signaler brièvement. 11 paraissait alors Dom Morin d’ailleurs, ne s’est pas tenu lui-même à son auteur, comme il le rappelle lui-même, Études, à la seconde identification qu’il avait proposée. Dès textes, découvertes, II· série des Anecdota Marcdsolana, 1913, il annonçait qu’il allait lancer une autre hypo­ Maredsous et Paris, 1913, t. I, p. 8, < qu’il y avait thèse qui, cette fois, < rallierait tous les suffrages » quelque ressemblance entre les deux écrits de l’AmbroÉtudes, textes, t. i, p. 9. L’étude ainsi annoncée a slaster (c’est-à-dire le Commentaire et les Quæstiones) et le petit traité Ftdes Isaci ex Judseo, édité par été publiée dans la Revue bénédictine, 1911, t. xxxi, p. 1-34, sous ce titre: Qui est ΓArnbrosiaster? Solu­ Sirmond : les traits qui caractérisent le premier, tion nouvelle. Les deux ouvrages qui lui sont attri­ un esprit frondeur et toujours prêt à censurer, de curieuses accointances avec le judaïsme, un tempé­ bués s’harmonisent à un même auteur. Cet auteur est Évagrius, évêque deseusthathlens d’Antioche peu après rament de légiste, tout cela concorde bien avec ce que nous savons de la tournure d’àmc et de la carrière 392. En faveur de cette surprenante identification dom Morin invoque la traduction latine de la Vie de du second. Plusieurs érudits, Th. Zahn entre autres, saint Antoine, comparée avec les écrits de l’Ambroont apporté depuis de nouveaux arguments à l’appui de cette Identification. » Th. Zahn,Der Arnbrosiaster siaster, le curriculum vihv d’Évagrius et ce que nous and der Proselgl Isaac, dans Theologlsches Literatur- savons de la carrière de ΓArnbrosiaster, enfin le témoi­ blait, 1899, t. xx, p. 313-317; Burn, The Απατο­ gnage de saint Jérôme au sujet des écrits d’ÉvagriUS. ι taster and Isaac the converted Jeus, dans The Expositor, La conclusion est celle-ci : < Je me crois autorisé à af­ novembre 1899, t. π, p. 368 sq.; Krueger, dans Theo­ firmer, non pas que l’Ambroslastcr peut ί.τηκ, mais loglsches Jahrrsberichl, 1900, t. xix, p.217;le P. Jos. qu’il rst Évagrius d’Antioche. » Dom Wilmart, p. 163, note, a écrit à ce sujet: Brucker, dans les Études, 5 février 1900, t. lxxxii, < L’argument déconcerte tout d’abord et Ton s’effraie p. 339 eq. ; Turner, dans The Journal of theological studies, octobre 1902, t. iv, p. 135; J. Wittig, Papst de l’hypothèse qu’il engage I puis sa force agit peu à peu Damaxus I, Rome, 1902, p. 71, trouvèrent l’hypo­ et détermine enfin la conviction. Dom Morin déclare thèse de dom Morin très séduisante et l’adoptèrent. qu’il y a pour lui désormais évidence. Tout observateur Seul, Zimmer, Pelagias in Irland, Berlin, 1901, p. 120, non prévenu accordera du moins que la probabilité est la déclara Inacceptable, parce que l’Ambroslastcr, aussi grande qu’elle peut l’être en pareil cas. · Aucun en commentant I Tlm., ni, 15, parle de Damase, qui autre critique, que je sache, n’a émis son avis sur la nou­ gouverne aujourd’hui l’Église. Dom Morin reconnaît velle hypothèse, et M. Taxeront ne la mentionne pas. Précis de palrologle, Paris, 1918, p. 317-318. Cette ca­ que l'argument ne prouve rien, car le commentaire des Épttres de saint Paul a pu être composé avant rence de discussion est-elle due aux circonstances de la la subornation d* Isaac contre Damase, subornation guerre ou au peu de considération accordé à la dernière qui eut lieu en 372, alors que Damase était sur le (sera-ce bien la dernière?) hypothèse de dom Morin? trône pontifical depuis le mois de septembre 366, 2. Succès de Γhypothèse qui identifie Isaac et l Am· et si la cxv· question paraît avoir été rédigée après brostaster. — Pendant que Dom Morin abandonnait 374 et la exxv· longtemps après 371, le commentaire l’hypothèse dont il était le père, celle-ci continuait peut leur être antérieur. Hilarius Γ Arnbrosiaster, à faire son chemin dans le monde de la critique. dans la R^vue bénédictine, 1903, t. xx, p. 114-115. Nous avons signalé plus haut les nombreuses adhé­ SI dom Morin a abandonné sa première hypothèse, sions qu’elle recueillit dès son apparition. Elle a c’est pour d’autres raisons. Il maintenait toutefois pris place, presque à titre de certitude, duns le très que le Commentaire et les Quaestiones étalent du même classique manuel de Sclianz, Gtschichle der rômischm auteur, qui écrivait sous le pontificat de saint Dama c, Litteratur, l. iv, 2· édit., Munich, 1914, § 945, p. 354. qui fait de fréquentes allusions aux traditions et aux J Wittig a soutenu la même thèse, Der Ambrosiastcr usages judaïques, tout en combattant vigoureusement Hilarius, dansSdralcck, Klrchengeschichtliche Abhandlungen, Breslau, 1906, t iv, p. 1-66 les Juifs qui ne se convertissent pas au christianisme. Il laissait seulement de côté « l*hypothèse d’Isaac. » Mais aucun critique n’a déployé autant de savoir Ibid., p.114. U lui semblait » plus sage de s’en tenir qucM AlexandreSoutcren favrurdel'ldcntlficatlondr à la tradition paléographique, qui indique comme l’Ambroslastcr avec le juif Isaac. Dans A study of Amauteur, du moins pour le commentaire sur i’EpIlrc brostaster,dims les Ttxls andStudiesdc Robinson Cam- t 5 ISAAC bridge, 1005, t. vn, n. 4, par une longue et minutieuse comparaison du commentaire des Épîtres de saint Paul et des Qiuestiones Veltris cl Novl Testamenti, tant sous le rapport de l’illustration et des nlluslons,des citations de l’Écriture (textes antéhléronymiens) que sous celui de la langue, du stylo et des Idées, il recherche quel est l’auteur des deux écrits. Après avoir écarté saint Ambroise pour Je premier et saint Augustin pour le second, 11 prouve que fauteur unique, sans être Romain d’origine,avait vécu À Rome et probablement y avait écrit scs ouvrages,sous le pont I Beat du pape Damase 1·», enfin qu’il n’était pas un membre du clergé, mais un laïque, versé dans les questions Juridiques et très au courant des usages juifs. Tous ces Indices suggèrent qu’Il n’était pas Decimus Hilarianus Hilarius. Saint Jérôme aurait connu ce dernier, et l’aurait sans doute mentionné soit dans le De virisf soit dans lapréface du commentaire de l’Épître aux Galatcs, où il déclare entreprendre un travail que nul des latins n'a encore tenté. Au contraire on comprend très bien qu’il ait passé sous silence le juif converti puis relaps, adver­ saire de Damase, le grand protecteur do Jérôme. M. Souter a soutenu la même thèse, et avec plus de force encore, dans les Prolegomena de son édition, déjà citée, des Quœstiones Veleris et Novi Testamenti, L’examen des manuscrits, sur lesquels repose 1’établis­ sement du texte a été fait dans la dissertation, De codicibus manuscrlptts Augustini quæ feruntur quorstlonum Veteris et Novi Testamenti cxxvr, de· SilTungsberlehle der kais. Akademie der Wlssenschaften tn Wlen, Phil.-hlsL Klnsse, Vienne, 1905, t. exux, Abhand. 1, et dans l'édition des Quaestiones, p. xxvi-xxxm. Cette étude montre que le texte a existé en trois recensions. La première comprend cl questions (la eu· étant perdue) dont lvi portent sur l’Anclen Testa­ ment et xav sur le Nouveau, numérotées séparément. La seconde ne compte que cxxvn questions, dont la numérotation est continue dans les manuscrits. La troisième en a cxv, dont xxxvm pour l'Anden Tes­ tament et ΙΛΊ pour le Nouveau, avec, en plus, un Uber questionum de xxi qucstioni,numérotées sépa­ rément. De ces trois recensions, la troisième est cer­ tainement postérieure, et dès lors présente moins d’intérêt pour l’élude du texte. La comparaison de ta seconde et de la première fait ressortir l'ancien­ neté de celle-ci. Toutefois la seconde doit être con­ sidérée comme sortant elle-même de la plume de l’auteur, en sorte que l’on devrait parler d’une pre­ mière et d’une deuxième édition, cclle-d corrigée et remaniée. Cette seconde édition contient beaucoup d’indices de l'époque de sa composition. Le style est du iv· siècle et la doctrine celle du temps de saint Augustin. L’au­ teur nomme les empereurs Constantin, Constance et Julien. Trois cents ans à peu près se sont écoulés depuis la ruine de Jérusalem. La dévastation de la Pannonie, opérée par les Quades et les Sonnâtes en 374, est men­ tionnée. Eusèbe de Verceil, mort en 371, n’est plu· du nombre des vivants. La·· rites païens qui sont décrits ne pouvaient plus être accomplis après le rcscrit de Gratien de 382, qui abolissait h s privileges des prêtres. Le recueil cependant a pu être publié un peu plus tard, d’autant qu’il est très vraisemblable que le· plu· lon­ gues questions au moins ont été éditées séparément. En 384, saint Jérôme répondait à cinq questions, que lui avait posée· saint Dimuue et qui sont les mêmes que les questions vi, ix, x, xn et xl du recueil. Le pape interrogeait le saint docteur sur des questions, que son adversaire avait traitées, cette année-là même. C’est à Rome qu'écrivait l’auteur. 11 décrit exac­ tement la vie de cette ville; il combat la Jactance des lé­ vites Romains. Ce qu’il dit des novat iens convient à Rome, où ils étaient très nombreux. On ne trouve au­ 6 cun Indice d'un autre lieu de composition. Il est permis d'en conclure qu’une bonne partie du recueil, sinon peut-être l’ouvrage entier, a été rédigée à Rome. Quel­ ques traits cependant se rapportent à l'Italie du nord ou à l'Espagne. Samuel Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 139, a dit que le texte des Épîtres de saint Paul de l’Arnbrosiaster est < le texte milanais par excellence », et 11 est le même que celui des Quaestiones. L’auteur semble aussi connaître le symbole d'Aqullée. Sa façon de parler de l'Espagne montre qu’il a quelque chose de commun avec cette région. Seul des latins, avec PrLcillicn. Il connaît un démon nommé Saclas. Tous deux combattent les manichéens qui étalent alors nombreux en Espagne. Deux particularités orthographiques de l’ouvrage sont propres aux manuscrits espagnols de la Vulgate. M. Souter en conclut que le plus ancien archétype des Qaæsliones a été écrit en Espagne. L’auteur appartient à l’Eglise catholique,dont 11 ac­ cepte très fermement les dogmes, toutefois à sa manière. 11 connaît très bien les lois romaines, et II emploie les termes usités dans les tribunaux; il a été avocat. Π con­ nu! tics mœurs et les opinions des juifs aussi bien que les Institutions romaines. 11 a la mentalité Juive, et 11 traite des généalogies et des nombres comme le faisaient les Juifs. Quel est-il donc en fin? Aucun érudit ne peut nier que l’Ambroslastcr ait écrit set commentaires de saint Paul sous le pontificat de Damase P* (366-334), qu’il ait le même caractère, les mêmes opinions et le même style que l’auteur des Quaestiones. La plupart dc< savants pensent qu’il est le même que le juif converti Isaac, parce que la doctrine et Je style de ses écrits sont d’accord avec Ja doctrine et le style du De fide Isatis Ce qu’on sait de la vic d’Isaac concorde aussi avec ce qui a été dit plus haut de la vie de ΓArnbrosiaster. Enfin la difficulté, qu'on tirerait du silence gardé par saint Jérôme sur le juif Isaac a disparu depuis que Zahu et Schanz ont signalé que le saint docteur l’a nommé à mots couverts, mais assez transparents, quand il a écrit, dans son commentaire surl’Épttre de saint laul à Tîtc, iv, QtAudivl ego quemdam de Hebnels,qulse Rom* in Christum credidisse simulabat, de genealogiis Dornin, nostri Jcsu Christi quxsenpla sunt tn Maitharo etLueo, facere QüÆSTIOXES quod videlicet a Salomon e usque ad Joseph, nec numero sibi, nec vocabulorum qualitate consentiant. Qui cum corda simplicium pervertisset, quasi ex adytis et oraculo deferebat quasdam, ut sibi videbatur, solutiones, cum magis debuerit fustiliam et misericordiam et dilectionem Del querere et post illa, si forte occurrisset de nominibus et numeris disputare. (Cf. Question, lvi). P. L., t. xxvi, coL396. Isaac ayant été relégué en Espagne qui était peut-être son pajs d’origine, connaissait cotte province. On sait aussi qu’il a visité l’Italie du nord et par conséquent Milan. Tout concourt donc à prouver que l’auteur des Quaestiones fut le Juif converti Isaac. Voir Augustin (saint), L i, coL 2308. La démonstration de M. Souter emportera-t-elle la conviction de tous les érudits? M. Ardold en doute encore, Realencyclopàdie, t. xxm, p. 35. La parole est au P. Brewer, Jésuite de Feldkirch (Autriche), qui prépare, pour le Corpus de Vienne, l'édition du com­ mentaire pseudo-ambrosicu des treize Épîtres de saint Paul. 3· Autres ouvrages, attribués récemment άΓ Ambrosiaster, cl par conséquent au fui/ converti Isaac. Mis en goût par le succès de l’hypothèse précédente» plusieurs critiques ont reporté sur la tête de 1’Isaac-Ambre»slaster un certain nombre de biens sans maître. — 1. Fragmenta contra arianos. — Mgr A. Mercati, Noted! letleratura bibllca e crisllanaantiqua,dans Sfudi e trsti, Rome. 1901, n. 5, p. 102. noir, avant attiré l’at­ tention sur r.i traité Contra ananas, contenu dans le ISAAC ISAAC D’ANTlOCliE δ manuscrit papyrus de Vienne, Cod. 2160, Theol. CB, du thcca, Rome, 1852.1.1 (et. Bardcnhcwcr, op. cil., p. 377), Enfin, en 1908,M. Wittig attribuait cncoreà l’Ambro-* vi* Siècle, le professeur Seldmayer en publia une édi­ tion critique avec un relevé des citations bibliques siaster une lettre, ou au moins un extrait d’une lettre à et des particularités philologiques. Der Tractatus con­ Abra, que Mingarclli ct Trombelll avaient publiéen 1751 tra arianos der Wiener Hilarius Handschri/t, dans Sitsous le nom de saint Hilaire de Poitiers (voir Barden· rungsberichic der K. Akademie der Wissenschaften in hewer, op. cil., p. 387), mais qui n’est pits de lui, Revue Wien. Phll.-hisL Klasse, Vienne, 1903, t. cxi.vi, n.2. Π bénédictine, 1898, t. xv, p. 97-99, et cjui est reproduite attribuait le traité à saint Hilaire de Poitiers, dont ce P.L., t. x, col. 733-750. Toutefois l'année suivante, le manuscrit reproduit les œuvres. Dom Morin y ajouta un riche héritage attribué à Isaac s’évanouissait. M. Wit­ épilogue, dont il adonné la substance dans Revue bé­ tig croyait retrouver dans le traité De hæresibus de Phi· nédictine, 1903, t. xx, p. 125-134. Il y déclarait que lastrius des traces des commentaires des É pitres de l’attribution à saint Hilaire est tout à fait dénuée de saint Paul de l’Ainbrosiaster, et 11 reconnaissait dans fondement,que l’auteur devait être un Hilaire,peutGaudcntius, évêque de Brescia, le juif Isaac. l'ilastrius, être l'Ambrosiastcr (pour lui, alors, Hilari anus), qui a Gaudentius und Ambrosiaster, dans Sdralcck, 1909, écrit un libellus contra arianos, q. cxxv.A ce fragment, t. vin, p. 1-56. Au sujet do la longue série d’ou­ dom Morin en joignait un autre, qu’il avait retrouvé vrages que Wittig place sous le patronage de l’Am­ dans la portion, de provenance inconnue, du sermon brosiaster Isaac, M. Souter ne peut sc prononcer pour ccxlvi de saint Augustin, depuis les mots Obiciunl le moment et il dit que la postérité en sera juge. nobls jusqu’à la fin, P. L., t.. xxxix, col. 2198-2200. Quœstlones Veteris et Novi Testamenti, p. xxm. Ces deux fragments ont des traits de parenté dans les Outre les ouvrages cités dans le texte, voir A. Harnack. pensées et la façon de s’exprimer avec les récits de Der pscudoauguttinische Traklat Contra Novationum, dans l'Ambrosiastcr. Seul, M. Wittig, nous le verrons, a Abhandlungen Alexander von Oettingen zurn slcbcnztgstcn adopté cette identification. Comme dom Morin n’en Geburtstag gcivtdmct von Freundcn und Schülern, Munich, parle pas dans scs Études, textes, découvertes, t, 1, il 198, p. 54-93 (cc traité contre Novation n’est que la q. en, faut, en conclure qu’elle est maintenant pour lui non des Qmrstiones Veteris et Novi Testamenti)·, A. Souter, The genuineProtogueto Ambrosiaster on J J Corinthians,dons Jour­ avenue. nal of theological studies, 1903, t. iv, p. 89-92; An unknown 2. Anonyml Chillaslæ In Matthfeum fragmenta, Fragment o/ tne Pseudo-Augusllnian Quastioncs Veleris et publiés par Mgr Mercati, dans Sludt elesti, 1908, n°ll, Novi Testamenti, Ibid., 1905, t. VI, p. 61-66 (c’est la q. ex fasc. 1. M. Turner les a réédités et étudiés. An cxegetical De psalmo primo, dans l’édition des Quaestiones, p. 268 sq.); fragment of the (hirdcentury,dans Journal of theological Turner, Ntccta and Ambrosiaster, ibid., 1906, t. vn, p. 203, studles,lMM, t. v, p. 218-241. Ces deux publications 219,355-372 (le second article est consacré aux Quœstiones); fournirent à M. Souter l’occasion de regarder l’Ambro· W. Schwierholz, H Hart t (n Epistolam ad Romanos, dans piastre comme l’auteur de ces fragments. Reasons for Sdralck, Ktrchrngeschlchtltche A bhandlungen, Breslau, 1909, t. vin, p. 59-96; M. Schanz, Geschichte der rômischcn Lilleregarding Hilarius (Ambrosiaster) as the author of (he ralur, Munich, 1914, t. iv, § 945, p. 354-362; O. Barden· Mereat I-Ttimer anecdoton, ibid., p. 608-621. Ces rai­ hewer, Geschichte der altklrchllchen Literatur, Fribourgsons sont du même genre que h s précédentes : des res­ en-Brisgau, 1912, t. ni, p. 520-525(11 distinguo l’Ainbrosemblances de fond et de forme. La conclusion est pour siaster et Isaac le juif converti, tout en indiquant les par­ lui manifeste, Quæstioncs Veteris et ΝόύΙ Testamenti, tisans de leur identité); Rcalencgklopddie für protestanllsche p. xxm, et Zahn a adopté son sentiment. Neue kirThéologie und Ktrche, Leipzig, 1913, t. xxm, p. 35-36. ehllehe Zeitschrift, 1905, t. xvi, p. 419-427. G. Bareille et E. Manoenot. 3. Mosaicarum. et romanarum legum collatio. C’est 2. ISAAC D'ANTIOCHE, auteur syrien sou­ une comparaison entre la législation surtout pénale vent confondu avec ses nombreux homonymes, Syriens du Pcntatcuque et la législation romaine, faite dans comme lui. Dans sa lettre à Jean le Styllte, Jacques d’Edesse, dans W. Wriglit, Catalogue, t. n, p. 603 sq., une intention apologétique; rééditée par Mommsen, Collectio librorum furls antefustiniani, Berlin, 1880, distingue, en effet, trois Isaac: l’un, d*Amid, aujourd’hui t. m, p. 136 sq. M. Schanz a émis, sans y appuyer, Diarbéklr, disciple de saint Êphrem, qui se rendit à l'hypothèse de sa composition par Isaac. Geschichte Rome sous Arcadius (f 408), séjourna quelque temps à der rôm. Litteratur, t. iv, 1914, p. 359 et 361. M. Sou­ Constantinople, où il fut même jeté en prison, et rentra ter dit la même chose. Quœstiones Veteris el Novi I dans sa patrie pour y être ordonné prêtre; l’autre, Testamenti, p. xxm. d’Êdesse, vécut sous l’empereur Zénon(f 491); venu à 4. Mais M. Wittig a attribué à Isaac un plus grand Antioche sous le patriarche Pierre le Foulon (468-471), nombre d’ouvrages. En 1902, dans son livre : Papst il s’y distingua par sa lutte contre les nestoriens à pro­ Dama sus I, il soutint que le Quæ gesta sunt inter Libe­ pos de l’insertion au trlsaglon de l’Inelsc fameuse : Qui rtum et Felicem episcopum, qui ne serait qu’un exposé crucifixus es pro nobis; le troisième enfin, également de la rivalité de Damasc et d’Ursln, serait de la main d’Edesse, vécut et mourut à Édesse sous les évêques d’Isaac. En 1906, dons son Der Ambrosiaster Hilarius, Paul (depuis 512) et Asclépius (depuis 522). Celui-ci, publié dans Sdralek, Kirchengeschichlliche Abhandlun- n'étant pas venu à Antioche, doltêtrc mis hors de cause. gen, t.iv.p. 4-66, il lui attribua, avec dom Morin, le Trac­ Mais lequel des deux premiers est l’auteur des ou­ tatus contra ari a nos, avec Schanz, la Lcx Del s ive mosai­ vrages portant le nom d’Isaac d’Antioche ou d’Isaac le carum et romanarum legum collatio, et en plus, Hegesip- Grand? La Chronique d^Édcsse, n. 67, édit. Hallicr, pus sive de betlo fudaico, que Bardcnhcwcr croit être I dans Texte und Untcrsuchungen, t. ix, fasc. 1, p. 113, une œuvre de jeunesse de saint Ambroise, Gcschiel te dit simplement : < En l’an 763 («= 451-152) florlssait der altkirrhliehen Litcralur, t. m,p. 505-506, mais que l’écrivain et archimandrite Mar Isaac. > Le faux Denys O. Scholz, Die Hcgesippus-Ambrosius-Frage, dans de Tellmarê, dans Assémanl, Bibliotheca orientalis, t.i, Sdralck, 1909, L vui, p. 149-195, confirme par de nou­ p. 208, ajoute : Hoc (empore (448) floruit S. Isaac doc­ veaux arguments à l’Ambrosiastcr; en outre un petit tor ex Amida Mesopotamiæ urbe, odasque de magnse traité De enneordia Maltha l cl Lues· in genealogia Christi, Romœ excidio conscripsit. Ces paroles s’appliquent évi­ qui est édité, P. L., t. xvn, col. 1011-1014, et qui cor­ demment nu premier Isaac, celui qui sc rendit à Rome respond très bien à la description de saint Jérôme, sous Arcadius, et qui put être témoin de la ruine de la rapportée plus haut (Crilot l’avait publié en 1568 sous ville par Alnric en 410. Gennadc écrit de son côté, De le nom de saint Ambroise); un plus grand traité sur le viris illustribus, c. Lxvn : Isaac, presbyter Antiochena c. de saint Matthieu, que le cardinal Mal avait imprimé Ecclesur, scripsit Syro sermone longo tempore ct multa, sous le nom d* Hilaire de Poitiers,Nova Patrum biblio- I pracipua tamen cura adversum Nestorianos ct Eutychia- 9 ISAAC D’ANTIOCHE — ISAAC DE NINIVE nos; ruinam etiam Antiochia: cleganil carmine planxit eo auditores imbuens sono, quo Ephriem diaconus N i come­ ditc lapsum. Moritur Leone et Majoriano Imperantibus. La ruine d’Antioche ayant eu Heu en 459 et Majorien étant mori en 461, au mois d’août, c’est vers 4G0 qu’il faudrait placer, au témoignage de Gennade, la mort d’Isaac. Ceci prouve quel* Isaac dont parle Gen­ nade n’est pas celui qui serait venu à Antioche, selon Jacques d’Edcssc, à l’époque de Pierre le Foulon; et comme ce dernier Isaac est l’auteur de la plus grande partie des poèmes qui nous sont parvenus sous le nom d*Isaac, et qu’il fut en outre monophysite, il faut en conclure, contrairement ù l’avis de G. Blekell, qu* Isaac le Grand n'est point Isaac le catholique, mais Isaac le monophysite, lequel était originaire, non pas d’Amid, comme le premier, mais d’Édesse, et auquel d’ailleurs conviendrait exclusivement le titre de presbyter A ntiochenæ Eccleslæ octroyé par Gennade à l’unique Isaac qu’il connaissait. Il est d’ailleurs fort difficile, il faut l’avouer, de discerner, sans autre s cours que la tradi­ tion paléographique, la part de l’un et de l’autre. L’héritage littéraire d’isaac est considérable, mais presque entièrement Inédit. P. Zlngerlc a publié, en sy­ riaque, le De amore doclrinœ, Monumenta syriaca, Inspruck, 1868, L i, p. 13-20, ct des extraits des pièces, De crucifixione, De perfectione fratrum, De Adam et Eva, De Abdo et Caino, dans sa Chrestomathia, Borne, 1872, p. 299-306, 395-416. Il en traduisit une partie en alle­ mand dans la Tübing. Quartatschrijl, 1870, p. 92-114. G. Blekell, de son côté, publia d’abord en allemand quelques morceaux d’Isaac dans les Ausgeivàhlte Schriften der syrischen Dichter Cyrillonas, Balâus, Jsaak von A nliochien und Jacob non Sarug, Kempten, 1872, p. 190191 ; simple réédition, en 1912, par Simon Landcrsdorfer, O. S. B., formant le t. vi de la Bibliothekda Kirchenvâter, in-8°, Kempten et Munich. Il entreprit en­ suite une édition complète des œuvres d* Isaac, ayant pour titre : S. Isaaci Antiocheni doctoris Syrorum opera omnia ex omnibus, quotquot exstant, codicibus manuscriptis cum varia lectione syrlacearabiceque primus edi­ dit, latine vertit, prolcgomenis ct glossario auxit Dr G. B., Pars 1, Giessen, 1873 ; Pars J I, i bid., 1877. Après la pu­ blication de ces deux volumes, le courageux éditeur dut s’arrêter, faute de ressources. Toutes les œuvres d’isaac, sauf de rares exceptions, sont en vers, le plus souvent de sept syllabes; l’auteur y traite ordinaire­ ment do l’ascétisme en s’adressant ù scs frères en reli­ gion ; 11 aborde quelquefois le dogme, surtout les sujets controversés de son temps, comme la trinlté, l’incar­ nation, le libre arbitre; dans d’autres pièces, le poète raconte les grands événements contemporains, comme les guerres contrôles Huns,les Arabes ou les Perses. Toutes cespagessont d’ailleurs dépourvues de vigueur; ellcsse distinguent par cet te exubérance asiatique, plus sensible encore, j’allais dire plus désespérante, chez les poètes que chez les orateurs. Ainsi, le poème du Perro­ quet, consacréù l’addition au trlsaglon : Qui crucifixus es pro nobis, n’a pas moins de 2136 vers; un autre sur la pénitence en a 1928. Et l’on compte 200 poèmes do cc genre, dont 37 seulement ont paru dans les deux pre­ miers volumes publiés par Blekell. Sous le titre de Homiliœ S. Jsaacl Syri Antiocheni, PnulBedjan a publié à Paris-Leipzig, en 1903, un pre­ mier volume in-8® de xxn-856p., qui constitue, au dire de l’éditeur, « un vrai trésor autant par la sublimité des pensées que par la beauté du style. » Ces homélies sontelles du premier Isaac ou du second? Probablement du premier, qui a dû, â l’exemple de saint Êphrcm, écrire en cette prose rythmique si chère aux Syriens, et c’est bien du premier que Grégoire Barhébræus écrit dans son Historia dynostlarum, p. 91 : Theodosii Junioris (f 450) temporibus floruit Mar Isaac, discipulus Mar Ephraimi, sermonum rhythmicorum auctor. Seule, l’édi­ 10 tion complète des œuvres de l’un et de l’autre per­ mettra de trancher la question. Sur les deux Imac originaires d’Éxleste, I· deuxième at la troisième de la lettre de Jacques dTùlesse, voir la Chro­ nique publiée par Brooks : Corpus scriptorum ehriitlanorum orientalium. Syri, III· série, t. iv, p. 217 du texte et 165 de la traduction. Sur Isaac d'Antioche, mlr U. Chevalier, Répertoire, à ee ■om; H. Hurter, Nomenclator H ticrur tu», t. I, col. 398; K. Ahrens et G. Kroger, Die sogenannte Klrchrnyeichtehie dts Zacharias Rhetor, Leipzig, 1899, p. 20 et 296. L. Petit. 3. ISAAC DE NINIVE, auteur ascétique syrien, (vn· s.). 11 a été longtemps tenu pour catholique, mais son hétérodoxie ne fait plus aujourd’hui de doute, depuis la publication par J.-B. Chabot du Livre de la chasteté de Jesusdènah, évêque de Basra, au vin· siècle. Mélan­ ges d9archéologie et d*histoire de Γ École française de Rome, 1896, t. xvi, p. 277-278. En complétant ce docu­ ment par les trop rares données que l’on possédait déjà, il est possible de fixer avec assez d’exactitude la car­ rière de cet écrivain. Originaire du Bclth Qatarayé ou Qatar, région d’Arabie sur la côte occidentale du golfe Perslque, en face des lies du Bahrain, il embrassa dès son jeune ûge la vie monastique au couvent de Mar Mattai, dans le djebel Makkloub, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Mossoul. Élevé au siège épiscopal de Ninive, à la mort de l’évêque Mosès ou Moyse, par le patriarche nestorien George, qui siégea de 660 à 680, Il ne put s’y maintenir, sans doute à cause de la jalousie du clergé local pour un prélat étranger à la Mésopotamie, et il abdiqua au bout de cinq mois, pour se retirer d’abord dans les montagnes du Beith Houzayé ou Khouslstan (Susiane), au nord du golfe Perslque, puis au couvent de Rabban Schabor, où U mourut dans un âge très avancé; U avait depuis un cer­ tain temps perdu la vue à la suite de ses austérités et de son assiduité à la lecture. J. Assémanl, Bibliotheca orientalis, L i, p. 446-459, et J.-B. Chabot, De S. Isaaci vita,scriptis et doctrina disser­ tatio theologica, Louvain, 1892, p. 27-53, ont dressé de ses œuvres un catalogue que l’on peut regarder comme complet. Il comprend, d’après J.-B. Chabot, quatrevingt-trois numéros, sans compter six autres qui sont xl éliminer, quatre comme douteux, et deux comme appartenant sûrement â d’autres. Divisés, dans la re­ cension arabe, en quatre livres, ct, dans la traduction grecque, en deux, ces divers traités ne comportent en syriaque aucune répartition de ce genre. Ni le syriaque ni l’arabe n’ayant été jusqu* Ici pub liés intégralement, 11 faut recourir, pour avoir une idée de l’œuvre, à la tra­ duction grecque. Faite par deux moines de Saint-Sol>as en Palestine, Patrice et Abraham, cette traduction a été publiée, au xvm· siècle, par Nicéphore Théotokl, aux frais d’Êphrcm, patriarche de Jerusalem, sous le titre suivant : Του οσίου πατρος ημών Ισαακ επνσκοπου Νινευι του Συρου τα ευρεΟεντα ασκητικά, αςιωσει μεν του μακαριωτατου Οειοτατου και σοφωτατου πατριαρχου της αγίας πολεως Ιερουσαλημκαιπασης ΙΙαλαιστινης κυρίου κυρίου Εφραιμ, επιμελεια δε Νικηφόρου ιερομόναχου του Θεοτοκου ηδη πρώτον τυποις εκδοΟεντα. Έν Αειψίς: της Σαξονίας έν τη τυπογραφία του Βρεϊτκοπφ.*Έτει ,αψο* in-4° del pl., 5 fol., xiv p., 22 ρ. chiffrées en grec, 5 fol., 584 p., 20 fol. non chitirés. Une seconde édition a paru à Athènes, en 1895, par les soins de Joachim Spetsieri, moine du Saint-Sépulcre, en un in-8° de xlvi-134 p. et une pl. Le volume comprend quatre-vingt-six discours ct quatre lettres. C’est à peu près, on l’a vu, le compte obtenu par J.-B. Chabot. Malheureusement cette édi­ tion, fort méritoire par ailleurs, est de consultation diUlcile, non seulement Λ cause de son extrême rareté (le cardinal Mai en a vainement cherché un exemplaire dans toute l’Europe), mais parce que l’éditeur, on ne 11 ISAAC DE NIN1\E — ISAAC L’ARMÉNIEN 12 testation passible, les maximes de spiritualité publiées sait pourquoi, a cru bon de substituer à l'ordre des par Marius Besson sous ce titre : Un recueil de sentences manuscrits une disposition nouvelle, absolument arbi­ attribuées à Isaac le Syrien, dans Oriens Christianus, traire: innovation d’autant plus fâcheuse que les manu­ Rome, 1901,1.i, p. 46-60et 288-298, d'après le Valicanus scrits complets de cette traduction reproduisent les di­ gr. J7<5 et le Vaticanus Palat, gr. 146. L'éditeur ne s'est vers traités dans un ordre constant, malgré les appa­ pas donné la peine d'en élucider l’origine, mais une rentes variations résultant de subdivisions plus ou comparaison sommaire avec l'édition de Théotokl ne moins nombreuses. Ces coupures peuvent bien multi­ laisse subsister aucun doute sur leur véritable prove­ plier les sous-titres, mais la suite du texte demeure la nance. même. Sans entrer Ici dans les détails techniques, bor­ nons-nous à signaler, parmi les manuscrits complets, Isaac de Ninive ayant écrit en syriaque, on aimerait outre le premier des deux utilisés par Théotokl, le Vati­ pouvoir le lire en cette langue. Malheureusement canus gr. 391, fol. 166-346,le Nanlanus 98, le Mosquenpresque tout est à faire sous ce rapport. Deux mor­ iis 182 de Wladimir, le Poe 10, VAmbrosiunus 706, le ceaux ont été publiés par P. Zingerle, Monumenta sy· Taurinensis 281, et il serait facile de grossir encore cette rlaca, Inspruck, 1869, p. 97-101, et traduits en alle­ mand, avec six autres traités sur la vie religieuse, par liste. Le plus ancien de tous est le Parisinus 693 du sup­ G. Bickell, Ausgetvülhle Schriftender syrlschen Kirchenplément grec, en onciales du νιπ·-ιχ· siècle. Assémani voter Aphraales, etc., Kempten, 1874, p. 273-108. Trois assure que l'arabe est plus riche que le grec. Seule, la pu­ sermons se trouvent publiés en syriaque dans la thèse blication de la recension arabe permettrait de vérifier i citée de J.-B. Chabot, à l'appendice, et enfin, en 1909, cette assertion. En attendant, il n’ht pas téméraire de parut le volume de P. Bcdjan: Mar Isaacus Nlnlvita, regarder la recension grecque comme absolument com­ De perfectione religiosa, ln-8°, Paris-Leipzig, χνπι-646 p. plète. Elle comprend, suivant que l’on tient compte D’après l'éditeur, le texte original d'isaac publié ici des subdivisions usitées dans tel ou tel manuscrit, aurait été retouché par un jacobite, et c'est de ce texte 90 numéros, ou 98, ou même 108, sans que la multipli­ ainsi amendé que l'on possède des traductions grecques, cité de ces numéros ajoute quoi que ce soit de plus au latines, arabes, éthiopiennes, Italiennes, françaises, al­ texte lui-même. Cet ouvrage a exercé une Influence lemandes. Mais ce premier volume, resté jusqu'ici Isolé, énorme sur tout l’ascétisme oriental, et bien qu’il ne contient que le premier tiers de l'œuvre totale d’Iémane d’un écrivain nestorien, rien n’y choque la doc­ saac : c'est insuffisant pour autoriser un jugement d'en­ trine catholique. semble. Voir R. Conolly, Journal of theological studies, Sous le titre de Liber de contemptu mundi, on a publié, t. xi, p. 313-315. Les traductions en langues modernes d’abord à Venise en 1506, puis dans les éditions succes­ sont fort nombreuses. En Italie, on regarde comme clas­ sives de la Bibliotheca Patrum, et enfin dans P. G., sique le Del dispregio del mondo. Collazlone deliabale L Lxxxvi, col. 811-886, un traité d’isaac le Syrien Isaac, Florence, 1720; Milan, 1839, dans la BibUoteca « prêtre d’Antioche ». Ce dernier qualificatif est inexact, scella dl opere itallane antiche e moderne, t. xxxvin. Ces car le traité en question appartient à Isaac de Ninive. traductions, faites sur le latin, ne comprennent d'ail­ Ce n’est d’ailleurs pas un traité unique» divisé en 53 chapitres, comme le latin le laisserait supposer, mais leurs que les 53 chapitres du Liber de contemptu mundi, dont il a été question ci-dessus. Notons pour finir que bien 25 sermons différents de notre auteur, répar­ le Liber generalis ad omnes gentes seu De causa omnium tis avec plus ou moins de bonheur en 53 chapitres. causarum, que certains manuscrits attribuent à notre Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, les c. i-x ne forment, dans l’original, qu'un seul discours, le sep­ auteur, appartient en réalité à Jacques d'Édcssc. Voir tième de la série authentique, dansThéotokl, p. 131 151. Assémani, op. et t. cit. p. 461, et surtout Pohlmann, Cet ouvrage est suivi dans P. G., loc. cit., col. 885dans la Zeitschrift der deutsch.-morgcnl. Gesellschaft, 888, d’un tout petit traité De cogitationibus, emprunté 1861, t. xv, p. 648. L. Petit. par l’éditeur de la Patrologie au Thésaurus asccticus de 4. ISAAC L’ARMÉNIEN,controversistc,surla Pierre Poussincs, Toulouse, 1683, p. 308-310. Il s’agit, Ici encore, d’un titre arbitraire. Le libellus en question vie duquel plane le plus profond mystère. Il nous est n'est pas un traité authentique, mais la juxtaposition parvenu sous le nom d'Isaac, catholicos ou patriarche de cinq sentences ou maximes, empruntées, la pre­ de la Grande-Arménie, deux Invectives fort agressives, mière, au sermon iv,Théotokl, p. 470,les quatre autres, dans la première desquelles l'auteur établit la doctrine au sermon χντπ, Ibid., p. 259, 261,262. d'une double nature en N.-S. Jésus-Christ d’après les Des quatre lettres publiées par Théotokl, p. 525-584, Pères du iv· et du v· siècle, tandis que dans la seconde, la dernière est adressée dans certains manuscrits A Syaprès un court préambule où il raconte sa conversion A m* on le Thaumaturge. Le cardinal Mal, qui l’a repub liée, la vraie foi, il énumère les r rreurs arméniennes, au nom­ faute de pouvoir consulter le livre de Théotokl, Nova bre de vingt-huit. P. G., t. cxxxn, coL 1155-1238. On Patrum bibliotheca, Rome, 1871, t. vin, p. 157-187, es­ attribue au même auteur, mais sans fondement, la Nar· time qu'il s'agit de saint SyméonStylltc le Jeune, mort ratioderebus Armenite, ibid.,col. 1237-1258, et t. cxxvn, en 596. Ctflte opinion est encore acceptée par A. Ehcol. 880-901, petite histoire ecclésiastique de ce pays rhard, dans K. Krumbachcr, Geschtchte der byzantiniqui s'arrête A la fin du vu· siècle. Comme l’auteur de schen Litteratur, Munich, 1897, p. 145,mais combattue cette Narratio passait pour être le même que le controavec raison par J. Cozza-Luzzi, l’éditeur du volume versistc A qui nous devons les deux /nædtaes,Lcquien, posthume du célèbre cardinal, t. cit., p. xxi-xxiv. Ou­ Oriens Christianus, 1.1, p. 1356, avait cru pouvoir Iden­ tre que les manuscrits les meilleurs et les plus nom­ tifier cet Isaac avec le patriarche arménien de ce nom (677-703), qui était venu à Constantinople sous breux donnent au correspondant d’Isaac le nom de SyJustinien 11 et y avait embrassé l'orthodoxie. Cu/us mêon de Césarée, rien n’autorise à transformer le mot =» (narrationis) verus auctor mihi videtur fuisse d** «thaumaturge » en celui de « stylltc ». Du reste, nous Isaac ille catholicus, quem mox appellabam, iqul savons désormais qu* Isaac est postérieur de plus d’un Justiniano II imp. Constantlnopoll orthodoxam fidem, importantes prophéties messianiques qu’il contient. L Lk pnopiiùi K IsAiK. — Isaie est un des rares pro­ phètes sur lo compte desquels les livres historiques de l’Ancien Testament nous renseignent quelque peu. Le livre des Rois, 1V Reg.» xix-xx, raconte l’activité pro phétique d’Isaïe, fils d’Amos, sous Ézéchias; il nous dit comment le prophète releva le courage du roi et prédit l’échec de Finvasion assyrienne, comment il an­ nonça sa guérison ù Ézcchias malade et le réprimanda d’avoir reçu les envoyés du roi de Babylone. Le second livre des Paralipomèncs, xxxu, passe presque sous si lencc cette intervention d*Isaie sous Je règne d’Ézéchias, et so contente de dire que le roi Éz chias et le prophète Isaïe, fils d*Arnos, prièrent Dieu avec Ins­ tance d’écarter le péril assyrien, xxxn, 20. Par contre, d’après II Par., xxvr, 22, Isale aurait écrit lu vie d’Osias, et d’après xxxn, 32, « le reste des actions d’Éxc- ISAIE, LE PROPHÈTE 16 trouvons encore en pleine activité lors de In grande chias et scs œuvres pieuses, cela est écrit dans la vision du prophète Isaïe, tils d’Amos. » Quelques exégètes Invasion de Scnnnchérib en Judée. Ainsi, pendant au moins quarante ans, de 740 à 701, Isaïe occupe le poste croient aussi que la mention de Jérémic dans II Par., glorieux mais difficile que lui assigna Jahvé. 11 est tou­ \ xx vi, 21 22 et Esd., 1,1, s’est substituée par erreur ou Inadvertance à celle d’Isaïe, et qu’il faudrait lire : < pour jours au premier plan, avertissant, encourageant, me­ naçant et rassurant tour à tour. Il s'intéresse de très l’accomplissement de la parole que Jahvé avait dite prés à toutes les fluctuations de la situation intérieure par la bouche d’Isaïe, Jahvé excita l’esprit de Cyrus, et extérieure de Juda. Son rôle à la fois politique et roi des Perses. » Enfin, l'Ecdésiastique, dans son religieux fut considérable, son Influence tantôt re­ doge des grands hommes, associe la mémoire d* Isaïe A celle d'Ézéchlns, xlviii, 22-24 : < Êzéchias fit ce qui poussée, tantôt joyeusement acceptée. rtt agréable au Seigneur, et se tint ferme dans les voies Isaïe entre en scène au moment où la grande puis­ de David son père, que lui recommanda Isaïe le pro­ sance assyrienne paraît avoir atteint son apogée, et où phète, grand et véridique dans ses visions. Pendant scs sa domination s'étend et s'aliénait sur les pays occi­ Jours, le soleil rétrograda, et Isaïe prolongea la vie du dentaux. Téglath-Phalasar III monta sur Je trône de roi. Sous une puissante inspiration, il vit les temps à Nlnivo en 745. 11 réduisit en vassalité la Babylonie, se soumit assez facilement les petits États voisins, mais venir, et consola les affligés dans Sion. Il annonça ce rencontra plus de difficultés en Syrie. En 738, le roi qui doit arriver dans la suite des temps et les choses d’Hamath et plusieurs autres roitelets de la côte for­ cachées avant leur accomplissement » mèrent une coalition contre l'Assyrie. Elle fut vaincue, Le nom d’Isaïe (salut de Jahvé) semble être prophé­ Hamath succomba, et parmi les rois rendus tributaires tique, de même que les noms des fils qu’il eu t de la prophêtesse : un reste reviendra, — presse le butin, hâte de Téglath, nous trouvons Basin de Damas et Manale pillage, vu, 3; vmi, 1,3. Ainsi, Isaïe put dire en toute hemd'Israël. Vers 734» Basin de Damas et 1 >hacée d'Is­ raël unirent leurs annes pour conquérir le royaume de vérité, vin, 18 : « Voici que moi et mes enfants que Dieu Juda où régnait Achaz, et s’emparer de Jérusalem. m’a donnés, nous sommes des signes et des présages en Israël. · Le père d'Isaïe s’appelait Amos. Ce n’est que Achaz, malgré les conseils d’Isaïe, appela à son secours le puissant souverain d’Assyrie, et celui-ci saisit avec par ignorance, comme le remarquait déjà saint Jérôme, In h.9 i, 1, P £., t. xxiv, col. 22, qu’on a pu le empressement l'occasion d'intervenir dans les aiTalres Intérieures de Juda. Téglath soumit d’abord la Phénicie, confondre avec le prophète Amos de Thécué. Une châtia ensuite la Philistie, mit fin au royaume de Da­ tradition rabbi ni que plus répandue, et également mas, et amoindrit considérablement celui d’Israël. fondée sur la ressemblance des noms, fait d’Amoj, Quant à Achaz, au lieu d’un libérateur, il s’était donné père d’Isale, le frère du roi de JudaAmasia. On ajoute un maître auquel il dut aller rendre hommage à Da­ parfois que la fille d* Isaïe épousa Manassé. Isaïe n’est mas. Téglath-Phalasar réprima encore un soulèvement peut être pas de race royale, mais il est certainement de la Babylonie en 729 et mourut en 727. Issu d'une des grandes familles de Juda: ses relations Le règne de Salmanasar IV (727-722) nous Intéresse sociales, le rôle qu’il joue à la cour dès le commence­ surtout par le siège de Samarie provoqué en 721 par ment, sa haute culture littéraire, l'horizon d'idées où il le refus d’obéissance d’Osée, et mené à bonne fin par se meut ordinairement, tout révéle en lui un per­ Sargon en 722. Êzéchias dut se féliciter de n’a voir pas sonnage de condition supérieure. Ce n’est pas un pro­ phète Itinérant comme Èlie et Êllsée, ce n’est pas un prit part au soulèvement d'Oséc contre l’Assyrie; le pasteur comme Amos; nous ne le rencontrons nulle désaslredc Samarie l’éloigna encore pendant quelque part en dehors de Jérusalem ; c’est dans la capitale, au temps d’une politique hostile à Ninive. Sargon ne put empêcher, à son avènement, la Babylonie de se déclarer centre même de la Vie politique et religieuse de Juda, qu’il exerce son ministère. Indépendante et Mérodach-Baladan figure comme roi de Babylone de 721 à 709. Celui-ci, afin de fortifier sa D’après le titre de son livre, Isaïe a prophétisé au position, essaya de mett re sur pied une vaste coalition temps d’Osias, Jotham, Achaz et Ézéchlos, rois de Juda. Vivait-il encore sous le règne de l'impie Ma- contre l’Assyrie. Vers 714-713, il envoya une ambas­ sade ù Êzéchias pour le gagner à sa cause, mais Isaïe nwMé? Une ancienne tradition juive, acceptée par parvint, semble-t-il, ù maintenir Je roi de Juda dans la beaucoup d'écrivains chrétiens, rapporte qu'Isaïe neutralité. Bien lui en prit, car encore une fois les coa­ aurait péri sur l'ordre de Manassé, par le supplice de la lisés furent mis en déroute Tandis que Sargon envoyait «le. Au témoignage de saint Jérôme, In Is,, ιλίι,2, P. £., t. xxiv, col. 568,beaucoup d'auteurs ecclésiastiques son tartan contre Azot en 711, Il mettait fin lui-même voulaient déjà retrouver cette tradition dans l'épttre à l'indépendance de la Babylonie en 710-709; Il figure aux Hébreux, xi, 37. Elle a passé dans le martyrologe à partir de cette date comme roi de Babylone. L’assas­ sinat de Sargon, en 705, fut le signal d'un nouveau sou­ romain au 6 juillet. Elle n’a rien d’invraisemblable. Josêpbe dit explicitement que Manassé tua des pro­ lèvement général contre l’Assyrie. La Phénicie et la phètes, ΑιιΠγ.,χ, 3,1, et le livre des Bois, lVBeg.,xxi, Syrie, excitées par l’Égypte, scrévol Lent ; Mérodachpar­ 16, atteste qu’il répandit beaucoup de sang innocent vint ù reconquérir le pouvoir pendant quelques mois Jusqu’à en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre. (704-703); Êzéchias lui-même se laissa enIminer dans D’autre part, ce texte des Bols, parait trop vague pour la rébellion par les sollicitations de l’Égypte. Sennaavoir pu déterminer la légende précise du supplice de la chérib réduit d’abord la Babylonie (703), puis porte scie, et son silence touchant la mort d’Isaïe ne consti­ scs ormes du côté du littoral méditerranéen dans Je but tue pas une objection péremptoire contre une tradition de châtier Êzéchias et de terrasser l’Égypte (701). Tels très répandue, et qui remonte tout au moins nu n· sont les principaux faits contemporains du ministère siècle de l’èrc chrétienne. 11 faut accorder beaucoup d’Isaîc ; 11 nous reste à dire un mot de la situât Ion Inté­ moins de créance aux récits concernant la sépulture rieure de Juda sous les règnes d’Osias, Jothani, Achaz d’Isaïe à Panéas, près de la source principale du Jour­ et Êzéchias. Le long règne d’Osias (791-740) fut brillant. Le port dain, et la translation de ses restes à Constantinople, Important d’Elnth fit retour à Juda; les Philistins et en 442, sous le règne de Théodose IL les Arabes furent combattus avec succès; les Ammo­ Is>ïe fut appelé par Dieu nu ministère prophétique l’année de la mort d'Odas, vi, 1, probablement encore nites furent rendus tributaires. Oslas fortifia Jérusa­ du vivant de ce monarque, sinon la vision serait datée lem et d’autres places du paya; H favorisa l’industrie, de In première année de Jotham. Le titre du livre indi­ le commerce et surtout l'agriculture. La piété du roi, que d'ailleurs qu'Isaïe prophétisa sous Osius. Nous le stimulée pur les conseils du prophète Zacharie, tenta 17 ISA IE, LE LIVRE aussi un relèvement religieux et moral qui n'aboutit cependant pas. L’absence d’une réforme religieuse sérieuse, l'injustice et l’ambition des grands furent sans doute les principales causes de cet échec. Oslas mourut de la lèpre. IV Reg., xiv, 21-22; xv, 2-7; II Par., xxvi, 16-23. Jotham (740-735) marcha sur les traces de son père : Il fut courageux, pieux et bon, mais se contenta aussi de demi-mesures. La situation materielle restait bril­ lante, mais le peuple, au témoignage du livre des Parallpomènes se corrompait de plus en plus. IV Keg.,xv, 32-38; II Par.,xxvu,2. Vers la flndu règnede Jotham, les Syriens, alliés aux Israélites, commencèrent contre Juda la campagne qui devint si menaçante sous Achaz. IV Reg., xv, 37. — Achaz (735-727) fut un prince super­ stitieux, faible et mou, à la merci d'intrigants égoïstes. Il résista aux conseils d* Isaïe et appela l'Assyrien à son secours au moment le plus critique de la guerre syroéphralmlte. Son impiété ne connaissait pas de bornes et sa superstition n’était jamais satisfaite : il pratiqua la nécromancie, introduisit dans le culte des change­ ments sacrilèges et ferma même les portes du temple. Il abolit le culte de Jahvé, le remplaça par celui de Baal et alla même jusqu’à immoler son fils à Moloch. Sa mort ne laissa aucun regret. Is., vui, 19; IV Reg., xvi ; II Par., xxvm. Le règne d'Ézéchias (727-698) fut une époque de rénovation religieuse, à laquelle Isaïe prit sans doute une grande part. Le nouveau roi témoignait au pro­ phète autant de déférence et d’égards que son père avait montré de défiance et de mauvais vouloir. Il pu­ rifia le temple et le culte de toute Infiltration païenne, abattit les idoles et brisa même le serpent d’airain devant lequel les enfants d’Israël brûlaient des par­ fums. Il fit aussi disparaître les hauts lieux. La suite de l’histoire nous montre cependant que la conver­ sion du peuple fut plus extérieure que réelle : sous Manassé, la décadence fut rapide. Le livre des Pro­ verbes, xxv, 1, parle de l’activité littéraire d'Ézéchias, et le livre d’Isnïc rapporte un psaume qui porte son nom. Is., xxxvin, 10 sq. Il est probable qu’Isale aura été du nombre de ces hommes d'Ézéchias qui composèrent un recueil des proverbes de Salomon. Sur le terrain politique, Isaïe eut encore, bien qu'avec plus de succès que sous Achaz, à sou­ tenir les mêmes luttes et à combattre les mêmes dnngers. Achaz s’était tourné vers l'Assyrie, Êzéchias, Vassal de l’Assyrie, regardait avec espoir du côté de l’Égypte. Pour Isaïe, Il n’y avait qu'une ligne de con­ duite à suivre : ne chercher aucune alliance au dehors, ne pactiser ni avec l’une ni avec l'autre des nations païennes, mais servir Jahvéet s’en remettre, au milieu des périls, à sa toute-puissante protection. Les traits saillants de la situation de Juda à l'époque d'Isaïe sont donc les suivants : prospérité matérielle, perversion du peuple dans sa fol et dans scs mœurs, corruption plus foncière encore des grands, tendance chez les gouvernants à rechercher l'nppul des nations Idolâtres, de l'Assyrie et de l'Égypte. C'est sur ce théâtre que se déroulera l'activité du plus grand des prophètes. Le livre d'Isaïe ne contient qu'un résumé de scs prédications; Il nous permet cependant d'admirer avec quel zèle, quel courage, quelle dignité, quelle splendeur, le fils d’Amos remplit sa mission, releva la gloire de Jahvé, proclama bien haut sa sainteté et sa puissance, flétrit les abus et les péchés et annonça à tous les voies du salut. 11. Lk i.i vRK d’Isaïe. — 1 ° Caractères généraux. — Le texte hébreu des oracles d’Isnïc nous est parvenu dans un état satisfaisant de conservation ; toutefois, la comparaison des versions fait constater un certain nombre d’nitérations et suggère certaines corrections utiles. La langue dans laquelle le livre est écrit est, do 18 l’aveu de tous les critiques, généralement pure, cor­ recte, élégante, c'est de l’hébreu classique. Au point de vue du style aussi, nous sommes en présence du chefd’œuvre de l'âge d'or de la littérature hébraïque. Isaïe nous frappe par la puissance, l’élévation, la profondeur de sa pensée, par la souplesse et la délicatesse de l’ex­ pression. Les images sont Justes, variées, brillantes. La forme est châtiée, elle n'est jamais raide ni monotone Isaïe possède toutes les ressources de l’art oratoire : Il s'entend à ménager les surprises, à exciter l’attention, à mettre en relief les points saillants, à adapter son lan­ gage aux circonstances et au but à atteindre. Sa parole abonde en assonances, en similitudes, en antithèses. Beaucoup de ces beautés littéraires disparaissent dans les traductions : la fleur est fânée, dit saint Jérôme, elle a perdu la vivacité de son coloris, sa fraîcheur et son parfum. La perfection du style résulte finalement de l’union harmonieuse de la force et de la beauté. Le livre d* Isaïe est un πκ lange de prose et de poésie, de morceaux narratifs et d'oracles prophétiques. Les récits sont d’ordinaire écrits en prose, les oracles sont pour la plupart des poèmes. Les principales caracté­ ristiques delà forme poétique sont le rythme des sen­ tences provenant de leur composition métrique, les différentes formes de parallélisme, les strophes. Il est à remarquer cependant que, toutes les lois et toutes les variétés de la poésie hébraïque n'étant pas encore connues avec certitude et précision, les spécialistes ne sont pas toujours d’accord pour déterminer strictement la part de la prose et de la pocsie. Dans Isaïe, les récits en prose servent d’ordinairc d'introduction aux oracles, comme aux chapitres vi, vn, vni, xx, ou bien sont con­ sacrés à des événements importants qui ont donné lieu à quelque prophétie particulière, comme la narration de l'invasion de Scnnnchérib, xxxvi, xxxvn, de la ma­ ladie d'Ézéchias, xxxvin, 1-8, de l’ambassade de Mé­ rodach-Baladan, xxxix. Ces fragments narratifs ne se rencontrent que dans la première partie du livre, ixxxix. Dans certains d'entre eux, Isaïe parle lui-même, vi,vm ; dans d’antres, il est parlé d’Isaïe ; on dirait des extraits d’une biographie du prophète, et ceci nous amène à dire un mot de la formation de notre recueil des oracles d'Isatc. La question de l'origine du recueil ne se confond pas avec celle de l’origine des oracles. Elle se pose pour les défenseurs connue pour les adversaires de l’authenti­ cité de certaines parties d* Isaïe. Si Ton parvenait à démontrer l’authenticité isaïenne de tous les oracles, on n'auralt pas encore prouvé que leur groupement et leur disposition dans l'ordre actuel sont également l’œuvre duprophètequl lésa prononcés ou écrits. Il serait encore admissible qu’un discipleaitrecucllli les productions de son maître ou que diverses collections partielles,publices d’abord successivement par Isaïe, aient été plus tard fusionnées en un livre unique après avoir joui pendant longtemps d'une existence indépendante. Le problème de l'origine du recueil est difficile à résoudre dans tous les systèmes; il demeurera probablement toujours enveloppé de mystères, et sa solution n'est d'ailleurs pas indispensable à l'intelligence du texte. 2° Analyse du here. — On distingue immédiatement deux parties dans le livre d’Isaïe. Les vingt-sept der­ niers chapitres se détachent très nettement des trenteneuf précédents. 1. Première partie. — Même dans ccllc-d, l'œil dis­ cerne facilement différents groupements, ι-xn; xxuXXVII ; xxvm-xxxv ; xxxvi-xxxix. a) Le premier groupe, i-xii a son titre propre au chapitre i et son épilogue au chapitre xn. Il renferme uniquement des oracles relatifs à Juda et à Jérusalem, qui n’appartiennent pas tous à la même époque et ne se suivent pas dans un ordre strictement chronnlr glquc : i;n-v;vi; vu - x, 4 ; x, 5 - xn. On y découvre 19 ISA IE, LE LIVRE ANALYSE 20 Israélite, l'autre renferme des oracloe adressés pour h cependant une certaine unité logique. La pensée plupart aux nations étrangères. 11 y n lieu de considérer maîtresse est celle du chapitre! : le crime de Juda et séparément l’apocalypse des chapitres xxiv-xxvn. ion châtiment, le relèvement de Judn et son triomphe à l’époque messianique; c’est la marche habituelle des i C’est comme un appendice et une conclusion aux ora­ cles qui la précèdent. Après avoir annoncé aux divers discours prophétiques. L'acte d’accusation du chapitre r, grâce Λ son carac­ peuplesle jugement dont chacun d’eux est menacé, l’au­ teur résumé toutes les menaces dans celle d'un juge­ tère général, pou voit facilement servir de discours d’Inment qui doit atteindre la terre entière. Autant les cha­ troductlon au premier recueil. On peut Je dater du régne d’Achaz et de l'époque de la guerre syro-éphraï- I pitres xm-xxiiisont concrets et déterminés, autant les mite. I chapitres xxiv-xxvii sont généraux, vagues et abs­ traits. Les chapitres π-v sont précédés d’un titre qui les Les chapitres xhi-xxih renferment quatorze oracles concerne â l'exclusion des chapitres suivants. Ils for­ à l’adresse des peuples païens, à l'exception de deux, ment un petit recueil de prophéties distinctes les unes l’un contre Jérusalem, χχπ, 1 sq., l’autre contre Sobna, des autres, mais se rapportant sensiblement à In même xxu, 15 sq. La plupart d’entre eux portent le même époque, fin du règne de Jotham ou commencement du régne d’Achaz. Il faut d'abord considérer à part la I titre maHd9 que nous traduisons habituellement par oracle, et le retour périodique de cette expression donne promesse messianique des versets 2 à 5 du chapitre ti, malgré tout un certain cachet d’unité à ce groupe de sur l'exaltation future de In montagne de Slon, qui se discours qui sont de dimensions, d’époques et d’objets retrouve presque textuellement dans Mlchée tv, 1-5. différents. Comme nous aurons à discuter l’authenti­ Les chapitres n, 6-iv, 6 reflètent le même état moral et cité de plusieurs d’entre eux, nous nous contentons de religieux. Il n'est cependant pas certain qu'il ne for­ donner Ici la liste de ces oracles : ment qu’un seul discours suivi. Le sujet traité est celui xm-xiv, 23 : oracle contre Babylone ; xni, 2-13 : jour du châtiment et de ses causes: orgueil, luxe, idolâtrie. de Juhvé et jugement du monde; xm, 14-22 : ruine et En contraste avec cette peinture, le petit tableau mes­ sianique de iv, 2-6 représente lag olre du Reste dcSion ' dévastation de Babylone; xiv, complainte satirique sur la chute du roi de Babylone. échappé au jugement et dont le Germe de Juhvé sera xiv, 2-1-27 : oracle contre l’Assyrie; Il se rapporte â l'ornement et l'honneur. Le chapitre v est p irnllèle l’invasion de Scnnachérib en 701 et présente d’étroites pour le fond mais non pour la forme au discours de niv. La parabole de la vigne, 1 7, montre comment Juda ressemblances, pour le fond et pour la forme, avec l'ora­ cle contre Assur des chapitres x, 5-xi. C’est probable­ ■ déçu son Seigneur et Maître; la complainte de 8-23 contient des malédictions contre les péchés capitaux ment un fragment déplacé de ces chapitres. xïv, 28-32 : oracle contre les Philistins; Il date de du peuple; enfin, les versets 21-30 décrivent le châti­ l’année de la mort d’Achaz en 727. La verge et le ser­ ment. Sculcm» nt,ces trois parties ne forment pas une pent paraissent bien désigner Téglath-Phnlasar ; le ba­ unité, elles demandent à être examinées séparément. En particulier, les verseta 24-30 ne paraissent pas oc­ silic et le dragon représentent ses successeurs. cuper leur place primitive. Le P. Condnmin,Le livre xv-xvi : oracle contre Moab ; il contient dans xv-xvi, (Γhaie, Paris, 1905, p. 83, 73-75, propose de lire les 12, une composition antérieure à Isaïe que Jérémie re­ versets 24-25 après ix, 16, tandis que les versets 26-30 prendra encore, Jer. xi.vm, et qui parait remonter à viendraient après vm, 20*. l’époque de Jéroboam IL Le chapitre vi contient le récit de la vocation d'Isaïe xvn, 1-11 : oracle contre Damas, antérieur à la nu ministère prophétique, l’année de la mort d’Oslas.On guerre syro-éphraïmite. xvn, 12-xvTii ; oracle sur l’Éthiopie, datant de l’in­ s'est demandé pourquoi 11 ne figurait pas en tête du vo­ lume, comme c'est le cas pour la narration de l’appel de I vasion de Scnnachérib en 701 Jérémie et d’Ezéchlel. Il n probablement été composé xix : oracle suri* Égypte. Châtiment et conversion de par Isaïe pour servir de prologue aux prophéties rela­ l’Égypte. Probablement mémo date que l’oracle précé­ tives Λ la guerre syro-éphralmlte. Isaïe est chargé par | dent. bîeu de porter au peuple un message d'aveuglement et xx : oracle sur l'Égypte et l’Éthiopie dont Juda ne peut attendre aucun secours efficace contre Assur. L’o­ d’endurcissement ; or, sa prédication eut ce résultat sous Achat. racle est daté de 711. Au moyen d’une action symbo­ Les chapitres vn-x, 4 renferment des discours se rap­ lique, le prophète prédit In conquête de l’Égypte et de portant sensiblement ù la même époque, nu règne l’Ethiopie par l’Assyrie. d’Achaz, antérieurement à l'intervention de TéglalhXXI, 1-10 : oracle contre Babylone qui succombe sous Phalnsar dans les a flaires de Juda(734-733).ï)ansvn-ix, les coups des Éliimitcs et des Mèdes 6. nous avons des discours du temps d’Achaz, pendant xxi, 11-12 : petit oracle sur Édom dont II est Impos­ sible de fixer la date. la guerre syro-éphruimite: Isaïe annonce la naissance d'Emmanuel, prédit l'échec de la coalition qui s'est xx!, 13-17 : oracle des Steppes. On n’en connaît ni formée contre Judn, et en donne des signes, décrit les l'occasior., ni la date. consolations qu'apportera In naissance de l'enfant mer­ xxn, 1-14 : oracle contre Jérusalem, remontant pro­ veilleux tt détaille ses noms. bablement nu début de la campagne de Scnnachérib Le |wéme contenu dans ix, 7-x, 4 est probablement en Palestine, en 701. Jérusalem s'abandonne ù la joie nu Heu d'être aflcctéc par les graves événements qui se antérieur â la guerre syro-éphroimite. On y distingue préparent. quatre strophes symétriques et accompagnées du xxu, 15-25 : oracle contre Sobna, préfet du palais même refrain : · En tout cela sa colère ne s’est pas dé­ d'Ézéchlas, antérieur à l’invasion de Scnnachérib. tournée et sa main reste étendue. > Sobna sera destitué et remplacé par ÉUacim, Üls d’HclLes chapitres x, 5-xîi contiennent les derniers élécins. m*nl< m date de la première collect Ion On y distingue xxiiT : oracle contre Tyr. L’opulente cité commer­ une prophétie relative A l’Assyrie, où l'on prédit la ciale sera détruite, mais reconstruite après 70 ans. Aux nine de l’empire oppresseur et l'avènement du règne temps messianiques, elle continuera son commerce au messianique, x, 5-xi, et un cantique d’action de profit du peuple de Jahvé. Get oracle remonte peutgrâ< rx, xn. être au temps de Salmannsar IV qui poursuivit pen­ Le ttcntid ^roetpedes prophéties d'Isaïe, xni-xxvu b) ne présente pns l'homogénéité oui caractérise le pre­ dant cinq ans le siège de Tyr (727-722). L’apocalypse des chapitres xxiv-xxvu comprend mier. Ohii-el Hait exclusivement consacré à la nation 21 ISA IE, LE LIVRE trois scènes où reviennent les mêmes idées sous des as­ pects différents : dévastation générale de la terre et gloire des élus, xxiv-xxv, 8; cantique des rachetés et résur­ rection des morts, xxv, 9-xxvi; destruction des puis­ sances terrestres et restauration finale d’Israël, xxvn. c) Le troisième groupe des prophéties d’Isaïe sc divise comme le précédent, en deux parties. La première, xxvm-xxxui, comprend une série d’oracles du temps d'Ézéchlas; lu seconde, xxxiv-xxxv, contient deux chapitres eschatologiques. La première partie nous ramène sur le terrain des chapitres i-xn. Alors, sous le règne d’Achaz, Isaïe avait prédit les graves consé­ quences qu’aurait pour la maison de David le recours aux Assyriens ; maintenant, sous le règne d'Ézéchlas, il combat la politique humaine du parti égyptophile à la cour de Juda, et excite lu confiance en Jahvé, seul ca­ pable de délivrer le peuple du péril assyrien. Cette pre­ mière partie a reçu le nom des « six malheurs > parce que la formule < malheur à ■ y revient six fois : xxvm, 1; xxix, 1 ; xxix, 15; xxx, l;xxxi, 1 ; χχχιπ, 1. Lee chapitres xxxiv-xxxv forment une nouvelle apocalypse, servant de conclusion au troisième groupe, à peu près comme les chapitres xxxv-xxvn servent de conclusion à la série d’oracles contre les nations. Ils mettent sous nos yeux le double tableau du Jugement des nations et en particulier d’Édom, et de la délivrance du peuple d’Israël. d) Les chapitres historiques, xxxvi-xxxix, servent de conclusion à la première partie d’Isaïe. Ils se retrou­ vent presque textuellement dans IV Rcg., xvm, 13. xx, 19. Les deux premiers racontent les tentatives de Scnnachérib pour obtenir la reddition de Jerusalem, le rôle Joué par Isaïe en ces circonstances tragiques et le désastre de l'armée assyrienne. Les deux derniers contiennent le récit de la maladie d’Ézéchlas, de l’in­ tervention d’Isaïe, de la guérison du roi, le cantique d’action de grâces d'Ézéchlas, les menaces que lui adressa Isaïe lorsqu’il reçut les ambassadeurs de Mérodach-Baladan. L’expédition de Scnnachérib contre Jérusalem est rapportée à la 14· année d’Ézéchlas, Is., xxxvi, 1 ; IV Reg., χνιιι, 13. La maladie d’Ézéchlas et l’arrivée des ambassadeurs de Mérodnch sont placées après le récit de l’invasion assyrienne, et rattachées vaguement au même temps par les formules « en ces Jours-là, en ce temps-là ·, aussi bien dans le livre des Rois que dans le livre d’Isaïe. Or, il est certain que les événements racontés dans les chapitres xxxvm-xxxix sont antérieurs à ceux des chapitres xxxvi-xxxvn; H est certain que si la mention delà quatorzième année d’Ézéchlas peut convenir à la date de sa maladie et de la démarche du roi de Babylone, clic ne convient nul­ lement à l'expédition de Scnnachérib. 2. Im seconde partie du livre d’Isaïe se distingue net­ tement de la première dont clic est d'ailleurs séparée par l’appendice narratif des chapitres xxxvx-xxxix. Elle se rapporte à un autre temps et à un autre objet. C'est essentiellement une parole de consolation adres­ se aux exilés de Babylone pour leur annoncer la déli­ vrance de la captivité cl la restauration de la théocratie. La note dominante de ces vingt-sept chapitres se fait entendre dès la première ligne du recueil, xl, 1 : · Con­ solez, consolez mon peuple. · Les critiques ne s’enten­ dent pas touchant la division de ce recueil. On le parta­ geait ordinairement en trois groupes qu’on appelait les trois cnnéades de la seconde partie d’Isaïe, XL-XLvm ; xlix-lvii; lvhï-lxvi. Le refrain : non est pax impiis, placé ù la Andes chapitres xlviii et lvh et répété d’une façon plus énergique à la An de tout Je livre, marquait ces trois grandes divisions. Mais on objecte que ce re­ frain n’en est pas un, qu’il ne revient en réalité qu’une fois, et ne peut donc servir à indiquer les grandes divi­ sions du recueil. Rien ne l’annonce dans xlviii. 22 où 11 semble avoir été transporté de xvn, 21, sh place natu- 22 relie. En outre, la seconde division ne peut contenir les chapitres lvi-lvh, elle doit se clôturer par le chapitre lv : le chapitre lvi est manifestement postérieur en date nu groupe xux-tv, et il contient des menaces qui •c continuent nu chapitre lvh. En conséquence, plu­ sieurs critiques partagent les chapitres xl-lxvï en deux groupes : xl-lv et lvi-lxvi, ou en trois groupes xl-xlviii; xux-lv; lvi-lxvi. Driver divise le livre de la façon suivante : xl-xlviii; xux-ux; lx-lxvi, et Wildeboer ne renferme dans la troisième subdivision soit l’auteur de la deuxième partie d’Isaïe, et qu’on pourrait soutenir la thèse contraire sans encourir aucun reproche d’hétérodoxie, mais ils défendent encore, pour * la plupart l’authenticité et l’unité d’auteur du livre d’Isaïe. Cependant, dans les dernières années, les solu­ tions dites critiques avalent recruté un certain nombre d’adeptes parmi les catholiques. En 1908, la commis­ sion pontificale pour les études bibliques a rendu un décret favorable à l'authenticité et à l’unité d’auteur du livre d’Isaïe. Il ne peut être question de discuter Ici les diverses théories proposées par les critiques pour expliquer l’origine du livre d’Isaïe. Nous ne parlerons que des discussions qui présentent un certain caractère de sérieux ou de vraisemblance, et notre examen se bornera aux passages suivants : n, 2-4; iv, 2-G; xi, 11-16; xn; xiu-xrv, 23; χν-χνι, 12; xix, 16-25; xxi110; ΧΧΙΠ; xxiv-xxvn; xxxin;xxxiv-xxxv; xxxvi, xxxix ;xl-lxvl Nous étudierons sous deux rubriques différentes : 1. Les passages contestés de la première partie; 2. La seconde partie du livre. 1. Passages contestés de la première partie. — a) it, 24. — Dans cette brève prophétie messianique, le pro­ phète annonce qu’aux derniers temps, le temple de Jahvé sera visible de loin, comme s’il était élevé sur une haute montagne. Toutes les nations se convertiront au culte du vrai Dieu. Jahvé leur dictera scs lois et les peuples ne se feront plus la guerre. De semblables pers­ pectives se font jour en plusieurs autres passages d’Isaïe d’une authenticité incontestée, xi, 10; xvm, 7, etc.; c'est bien è, tort qu'on les déclarerait inauthentiques sous le prétexte gratuit que la conversion des nations n’apparatt chez les prophètes qu'après l’exil de Baby­ lone. Mais ces versets d'Isaïe se retrouvent presque textuellement dans Michéc iv, 1-5. La comparaison s'impose pour les versets 2-5 d’Isaïe et non seulement, comme on le dit d'ordinaire, pour 2-4 ; le f, 5 : < Mai­ son de Jacob, venez, nous marcherons dans la lumière de Jahvé · fait pendant au t, 3 : « Les peuples diront : Venez, montons sur la montagne de Jahvé, vers la mai­ son du Dieu de Jacob et il nous instruira dans ses voies et nous marcherons dans scs sentiers. » 11 a aussi son correspondant dans Nichée iv, 5 : · Et nous, nous mar­ cherons au nom de Jahvé notre Dieu, toujours et à ja­ mais. · On a fait remarquer que ces promesses messia­ niques étalent sans lien avec le contexte dans Isaïe, qu'elles occupaient une place plus satisfaisante dans Nichée, que leur texte était en mcilleurétat dansMichéc que dans Isaïe, que leur teneur était plus complète. Nichée a un vers en plus qui apport ient manifestement ά ce morceau dans sa forme primitive : * Chacun habi­ tera sous sa vigne et son figuier, sans qu il y ait per­ sonne pour le troubler, car la bouche de Jahvé des ar­ mées a parlé. > Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer la présence de cette prophétie dans Isaïe et dans Nichée. La supposition d’un emprunt d’Isaïe Λ Nichée présente dos difficultés chronologiques. Celle d'un emprunt de Nichée ù Isaïe paraît exclue par le fait que la teneur primitive du texte semble bien se rencontrer chez Nichée. Nous avons déjà dit qu’il n'y avait aucun motif d'admettre une interpolation postI exilicnne dans Isaïe et dans Nichée. Le P. Condainin, Le liüre Isaïe, p. 21, se rallie à l'hypothèse autrefois bien reçue : Isaïe et Nichée ont adopté cct oracle exis­ tant déjà de leur temps, peut-être fragment d’une pro' phétic plus considérable. Pour faire disparaître l’InroI hérence du contexte dans Isaïe, il transpose n, 2-5 après 25 ISAIE, LE LIVRE - AUTHENTICITÉ 19. Pour M. Van Hoonackcr, Les dome petits pro· pMtes, p. 381, la prophétie vient de Miellée, elle aura été insérée dans Isaïe par un lecteur ou un collecteur postérieur. b) iv, 2-6. — On n beaucoup contesté l’authenticité de ce petit tableau messianique. On y a relevé des ex­ pressions Insolites chez Isaïe, mais la principale objec­ tion est tirée des perspectives cschatologiqiu s qu’il con­ tient. Nous avons déjà rencontré le meme raisonnement à propos d* Isaïe, n, 2-4. De quel droit formule-t-on ce canon que l’eschatologie prophétique n’est apparue qu’après l’exil? Les critiques d’aujourd’hui ont un sens plus objectif de l’histoire lorsqu’ils affirment que l’es­ chatologie est aussi ancienne que les plus anciens pro­ phètes. Nous rencontrons des passages semblables à ce morceau d’Isaïe dans les prophètes Amos et Osée. La mention des échappés et des survivants, iv, 2-3, rap­ pelle le Jugement dont il a été question dans les versets précédents. Le salut d’un reste est caractéristique d’Isaïe, i, 26 sq.;vi, 13b; vu, 3 ;x, 21 ;xvn,5-8;xxvni,5, xxxvn, 32, etc. La doctrine du germe de Jahvé, iv, 2, se rencontre, il est vrai, chez Jérémie, χχιπ,5; xxxin, 15, et Zacharie, m, 8; vi, 12, mais no provient-elle pas d’Isaïe qui parle ailleurs du rejeton, xi, 1; cf. un, 2. L’expression en ce jour-là, iv, 2, revient encore, rv, 1 ; ni, 18; n, 11. 12,17, 20 : c’est le célèbre jour de Jahvé dont les prophètes postérieurs parleront si souvent et qu’Amos paraît avoir décrit le premier, v, 18, 20. Condamln op. cil., p. 32, et Bruston, La conclusion du premier discours du prophète Isaïe, Revue de théologie et des questions religieuses, t. xix„ 1911, p. 418-422, ont bien défendu l’authent iclté d’Isaïe, i v, 2-6 contre les attaques de Duhm, Cheyne et Marti. c) xi, 11-16. Les mêmes critiques ont attaqué l’au­ thenticité de certains fragments de la prophétie rela­ tive à Assur, x,5-xi, 16. Sans doute, tout n’est pas par­ fait dans cet oracle; il s’y est peut-être glissé quelques gloses, opéré quelques transpositions, mais aucun mor­ ceau ne répugne positivement à Isaïe. Les critiques pru­ dents le reconnaissent. En résumé, dit Gautier, Intro­ duction à ΓAncien Testament, Lausanne, 1906, t. i, p. 406J’IsaTcité, de tout ce morceau nous paraît pouvoir être maintenue. Condamln, op. cil., ne seprononce pas, p. 98 : faut e de données suffisantes, mieux vaut ne tran­ cher ni pour nî contre, que de faire intervenir des rai­ sons de goûtpuremcnt subjectives. SeUln,Elinlellung in dus Acte Testament, Leipzig, 1911, p. 82, ne fait des réserves que pour xi, 11-16 où il voit un remaniement d’une prophétie d’Isaïe. La dispersion d’Israel et de Juda aux quatre coins du monde, >'11, nppnralt assez surprenante ù l’époque d* Isaïe, et la guerre contre les peuples voisins, 14, 15, semble en contradiction avec les promesses de paix universelle des versets 6-9. d) xn. Les raisons apportées contre l’attribution à Isaïe de ce petit cantique de louange et d’action de grâces sont assez fortes. On comprendrait sans doute qu’ Isaïe, ayant recueilli lui-même les oracles de ii-xi ait donné comme conclusion à ce petit recueil le cantique du chapitre xn, de même qu’il lui avait donné comme Introduci Ion l’acte d’accusation du chapitre i. Mais on comprendrait aussi qu’un pieux lecteur d’Iswïc ait exprimé dans ce cantique les sentiments de Joie et de reconnaissance que lui inspiraient les promesses du livre de l’Emmanuel, vi-χι. Le chapitre xu ne renfenne aucune allusion historique ou géographique; il est conçu en tenues généraux et peut s’appliquer ù beau­ coup de situât Ions. Il présente des particularités de lan­ gage inusitées chez Isaïe, trahit une parenté étroite avec le cantique de délivrance du chapitre xv de l’Exodc et avec des psaumes d’origine récente (Condamin, Strack, Gautier, Driver, Skinner, etc.) e) xiiî-xiv, 23. La plupart des critiques non catho­ liques nient l’origine Isaiennc de ce magnifique poème, ii/ 26 l'un des plus beaux de l'Ancien Testament. Leur prin­ cipal argument est emprunte à U situation historique que ces chapitres supposent. Voici les fait» : Babylone y est à plusieurs reprises expressément nommée, xm, 19; xiv, 4·, 22; elle apparaît comme la maîtresse du monde, xni, 19; xiv, 4b, 12-17, 21 ; sa chute prochaine est annoncée, xm, 14-22; xrv, 4-21, 22-23; l’exécuteur du châtiment est décrit, 11 vient d’un pays lointain, c’est le peuple méde, xm, 2,5,17 ; le peuple d’Israël est en captivité, mais Jahvé a décidé de le sauver, de le ramener dans sa terre ; la ruine de Baby ion c serale point de départ de la délivrance d’Israël, xrv, 1-4. Voici maintenant les conclusions qu’on en tire : A l’époque d’Isaïe, Babylone n'était rien; Ninive et le grand em­ pire assyrien éclipsaient tout le reste ; le peuple d’ Israel n’était pas en captivité. La grandeur de Babylone et sa ruine, la suprématie universelle de son roi et sa chute, la captivité et sa fin, telles qu’elles sont dépeintes id, n’avaient aucun sens pour les contemporains d’Achaz ou d’Ézéchias. A la rigueur, on pourrait admettre qu’Isaïe ait prédit des événements postérieurs de deux siècles, mais ce n’est pas précisément ce qui se fait Ici. La domination babylonienne n’est pas prédite, mais supposée, et le retour en est annoncé. Dès lors, n’est-on pas en droit de conclure que la situation historique exis­ tante qui sert de point de départ logique à la prophétie, lui sert aussi de terminus a quo historique et réel, et que par conséquent, cet oncle sur la fin de la tyrannie babylonienne n’a pas pour auteur un écrivain du vin· siècle, mais un prophète vivant à l’époque où Babylone détenait l’empire du monde, un contempo­ rain de la génération juive emmenée en exil au vr siècle, avant que Cyrus et ses Mèdes missent fin à la domination chaldéenne. Les exégètes catholiques, qui défendent générale­ ment l’authenticité de l’oracle contre Babylone, n’ont pas toujours répondu adéquatement à cette argumen­ tation. il ne suffit pas, en effet, pour lui enlever toute valeur probante, de faire remarquer qu’elle s’appuie sur le principe rationaliste d’après lequel toutes les prophéties qui prédisent des événements précis et lointains sont des vaticinia post eventum, ou d’en ap­ peler ù Isaïe xxxix, 5-7, qui montre que Babylone pouvait apparaître ù l'horizon d’un prophète du vin· siècle, ou de rappeler l’oracle de Jérémie sur Ba­ bylone, L-u, qui trahit manifestement rinflucnc* d* Isaïe χιπ-χιν. Les critiques qui nient l'authenticité de ccs derniers chapitres ne les considèrent cependant pas comme des vaticinia post eventum; ils reconnaissent que la chute de Babylone et le retour de la captivité sont vraiment prédits. Le fait que Cyrus n’est pas nommé, que les Perses ne sont pas mentionnés ù côté des Mèdes comme exécuteurs des vengeances di vines, que Babylone et son dernier roi n’ont pas eu précisément le sort que leur annonçait l’oracle de χιπ-xi v, prouve suffisamment que cclul-d a été composé avant l’accomplissement des événements. Mais ccs critiques disent qu’il faut bien distinguer dans cet oracle ce qui est supposé de ce qui est prédit, et ils prétendent avoir le droit de prendre comme point de départ l’époque des événements sup­ posés, pour établir la dale de la prédiction des autres. Les paroles d’Isaïe a Ézéchlas qu’on lit dans xxxix, 5-7, sont d’une authenticité discutable, pour d’autres raisons, et l'attitude du prophète s’y révèle d’ailleurs tout autre. Ce qui est dit de Babylone pourrait s’ap­ pliquer â cett c ville considérée comme seconde capitale de l’empire assyrien ; le transfert des trésors d’Ézéchias ù Babylone peut s’entendre de l’énorme tribut qu’il dut payer à Sennacherib, et la déportation des mem­ bres de la famille royale de Juda ù Babylone s’est suf­ fisamment vérifiée dans la captivité de Manassé em­ mené ù Babylone par Assarhaddon, roi d’Assyrie, 27 ISA IE, LE LIVRE AUTHENTICITÉ 28 d’après II Par., χχχιπ,11. Quant à la longue prophétie quent chez Isaïe, en partie par l’exultation poétique, contre Babylone des chapitres L-u de Jérémie, on i en partie par cette considération que Babylone se con­ fond dans les perspectives prophétiques avec la puis­ reconnaît volontiers son étroite parenté avec l’oracle d* Isaïe, mais loin d’y voir un argument pour l’anté­ sance païenne hostile au peuple de Dieu, et dont l’ané­ antissement Inaugurera pour Israël les temps messia­ riorité et l'authenticité delà prophétie d* Isaïe, on en niques. Enfin, l’objection tirée du langage apocalyp­ conclut au contraire que les deux oracles attribués ù Isaïe et ù Jérémie, trahissant les mêmes préoccupa­ tique a paru si peu convaincante à certains critiques tions, doivent se placer sensiblement â la même époque, qu’ils ne retiennent comme authentique dans l’oracle c’est-â-dire vers la fin de l’exil babylonien. contre Babylone que le cliapttrc xin ou même précisé­ On ne voit pas d’autre réponse efficace à cette objec­ ment xiii,2-13. Cf. Strack, Einlcltung indas Alte Tes­ tament, Munich, 190G, p. 91. tion contre l’authenticité de l’oracle sur Babylone, Dans les dernières années, plusieurs tentatives ont que celle suggérée par le décret de la commission bl biique De libri Isaiæ indole et auctore à propos delà été faites en vue de sauver l’authenticité totale ou partielle de l’oracle contre Babylone d’une autre ma­ y 10. Ce ne furent pas les Élamites et les Mèdes, >' 2, qui attaquèrent alors Babylone, mais les Assyriens· Élam figurait au contraire parmi les alliés de Babylone. 11 n’est pas vraisemblable qu’Isaïe, l’adversaire décidé de l’alliance entre Ézéchlas et Mérodach, ait souffert de la prise de Babylone par Sargon ; il a dû plutôt s’en réjouir. Pour toutes ces rai­ sons, il faut interpréter l’oracle contre Babylone de la prise de cette ville par Cyrus en 538. L’association des Élarnites et des Mèdes nous transporte tout naturel­ lement à cette époque. Le peuple « foulé, battu comme le grain », représente la communauté juive en exil, ou les débris du peuple de Juda restés en Palestine. C’est bien de la chu e de la grande Babylone, la dominatrice des peuples, qu’il s’agit, et l’angoisse du prophète, 3-4, ne provient pas de la crainte de la voir s’accomplir, mais de l’impatience avec laquelle il l’attend. Dés lors, la question de l’authenticité de cet oracle so pose exac­ tement dans les mêmes conditions que celle des cha­ pitres xm-xxv, 23, et nous n’avons rien à ajouter à ce qui a été dit à ce propos. 0 xxm. — L’authenticité et la date de l’oracle contre Tyr soulèvent des questions complexes. On s’est de­ mandé si l’oracle actuel sur Tyr n’était pas un rema­ niement d’un oracle antérieur sur Sidon. Cette Inter­ prétation est fondée sur la mention de Sidon aux ver­ sets 2, 4, 12. Un auteur postérieur en aurait fait un oracle sur Tyr en ajoutant les versets 15-18 qui, sans doute aucun, traitent de Tyr, et en interpolant, dans la première partie, la mention de Tyr aux versets 5, 8, et dans le titre (Duhm, Marti, Cornill, Sellin). L’oracle primitif serait une élégie sur la destruction de Sidon par Artaxcrxès III Ochus en 318. La transfor­ mation en un oracle sur Tyr aurait été faite après la prise de Tyr par Alexandre le Grand en 333. Sellin, Einlellung, p. 83, admet en partie ces conclu­ sions de Duhm, mais ne voit aucune difficulté contre l’authenticité isaïenne de l’oracle primitif sur Sldon. Ce ne serait pns une élégie sur le destruction de Sldon en 318, mais un oracle de menaces visant le prise de Sldon par Scnnachérib en 701. Toutes ces déductions sont prématurées. Il n’est nullement prouvé que nous ayons affaire A un oracle se rapportant primitivement à Sldon. La conjecture que le nom de Tyr a été interpolé aux versets 5, 8, est gratuite, et la mention de Sldon aux versets 2,4,12 se comprend aisément dans un oracle sur Tyr. 11 est probable que Sidon est une appellation de la Phénicie tout entière, l’hébreu n’ayant pas d’autre mot pour désigner cc pays. La stupeur et la honte des Phéniciens A la nouvelle de la chute de Tyr, leur grande ville commerçante, s’expliquent très bien. Et si le mot Sidon désigne la ville de cc nom plutôt que la Phénicie, la honte de Sidon à propos du désastre de Tyr serait en­ core vraisemblable, Tyr étant la voisine et probable­ ment la fille do Sldon (Condamin). Étant admis que nous sommes en présence d’un oracle sur Tyr, la ques­ tion de l’authenticité et la date du passage dépend beaucoup de l’interprétation du verset 13 qui est AUTHENTICITÉ 32 comme le pivot des difficultés. Il nous semble que le texte massorétique pourrait sc traduire de la façon suivante : < voici, — le pays des Chaldéens /ul ce peuple, ce ne fui pas Assur, — il l’a livrée aux bêtes sauvages. Ils ont dressé leurs tours, abattu scs palais, ils en ont fait une ruine. > Nous considérons comme glose les mots : le pays des Chaldéens fui ce peuple, ce ne /ut pas Assur. Il s’agit, dans cc verset, de la destruction de Tyr,et le sujet de la phrase, ici comme aux versets pré­ cédents est Jahvé. Mais un lecteur postérieur, pro­ bablement du temps de l’exil, croyant qu’il était ques­ tion dans cet oracle du siège de Tyr par Nabuehodonosor (587-574), aura intercalé cc commentaire : la terre des Chaidécns fut ce peuple (qui détruisit Tyr), cc ne fut pas l’Assyrie. 11 faudra attribuer au même commentateur de l’époque delà captivité l’addition des versets 15 à 18. Les soixante-dix ans d’oubli et d’humi­ liation de Tyr, 15, 17, représentent les soixante-dix années de domination chaldécnne prédite par Jérémie, xxix, 10. Il est de nouveau supposé, comme au verset 13, qu’il s’agit de la prise de Tyr par les Chaidécns. Au lieu des strophes lyriques de 1-14, nous tombons Ici dans le style prosaïque. On signale dans les versets 1518 la présence d’expressions singulières, étrangères à Isaïe. Tyr y est comparée à une courtisane, tandis qu’au verset 12 elle est appelée une vierge. Le fait de s’adonner au commerce est appelé une prostitution : «Au bout de soixante-dix ans, Tyr se prostituera de nouveau à tous les royaumes du monde sur la face de la terre. >17. Cc langage ne se comprend guère qu’après l’exil, dit Condamin; les anciens prophètes appelaient prostitution le culte des idoles et l’infidélité d’Israël à Jahvé. L’authenticité des versets 1-14 peut parfaitement se maintenir. Bien ne nous oblige à y voir une élegie sur un événement passé et à descendre en conséquence jus­ qu’après la destruction de Tyr par Alexandre le Grand pour trouver la vérification du tableau de la ruine de Tyr. Nous pouvons les considérer comme la prédiction d’un événement futur dont il ne faut pas attendre la réalisation jusque dans les moindres détails : la place réservée à l’hyperbole et ù la mise en scène est plus grande dans un tableau prophétique que dans un récit historique. Il ne manque pas d’événements survenus pendant la carrière d* Isaïe, qui auraient pu lui fournir l’occasion d’une prophétie sur la ruine de Tyr : l’inva­ sion de la Phénicie par Scnnachérib en 701 ; le siège de Tyr poursuivi pendant cinq ans par Salmnnasar (727722) et peut-être achevé par Sargon, comme celui de Sainarie. Si l’on exige un accomplissement littéral de la prophétie d’Isaïe, il faudra le chercher au cours des différents sièges auxquels Tyr fut soumise, jusqu’à celui d’Alexandre le Grand en 333. Il faudra ainsi des­ cendre plus bas que le commentateur qui a glosé le ver set 13 et ajouté les versets 15 Λ 18, et qui a cru voir une réalisation suffisante de la menace d’Isaïe dans le siège long et épuisant que Nabuchodonosor fit subir à la célèbre métropole de Tyr (587-574). /) xxiv-xxvn. — a. — L'unité littéraire de l'apoca· lypse d’Isaïe était généralement admise avant les at­ taques de Duhm, de Cheyne et de Marti, même par des critiques qui en présentaient des analyses diffé­ rentes. La négation de l’unité littéraire a conduit à la négation de l’unité d’auteur Duhm enlève à l’auteur principal les cantiques qui, à son jugement, inter­ rompent l’apocalypse : l’action de grâces, xxv, 1-5; le chant contre Moab, xxv, 9-12; le cantique des rache­ tés, xxvi, 1-19 et la chanson de la vigne, xxvn, 2-G. Le reste forme un poème continu, offre une suite de pen­ sées très naturelles que viennent indûment briser les chants. Ceux-ci sc distinguent d’ailleurs de la poésie principale aussi bien par la structure poétique et le rythme que par le point de vue : xxv. 1-5 semble 33 34 ISAIE. LE LIVRE - AUTHENTICITE rompre In liaison étroite des pensées; xxm, 1-19 est écrit sur un ton do triomphe mêlé de découragement qui no convient pas ù la situation supposée, et. Condainln, op. cil., p. 177-178. Sellin admet aussi que les chants sont Intercalés dans l’apocalypse et peuvent être plus récents ou plus anciens que celle-ci. Nous croyons cependant devoir maintenir l’unité littéraire du poème et l'unité d’auteur. On ne peut argumenter de la différence de struc­ ture et de rythme entre les chants et le reste de P apo­ calypse qu’à condition de prouver que l’auteur a dû suivre partout le même rythme; or, nu jugement de certains critiques, il ne serait même pas prouvé que 1’autcur se soit Interdit de passer du vers à la prose. Est-il vrai que ces cantiques rompent la suite des Idées? On pourrait peut-être le soutenir pour xxv, 15; aussi Condamin transporte ces versets après xxvi, 6. On s’explique cependant leur présence après le cha­ pitre xxiv : les exclamations du prophète seraient amenées par l’apparition de Jahvé; elles célèbrent la chute d’une ville mystérieuse dont il a été question dans le chapitre précédent, xxiv, 10-12. Le prétendu chant contre Moab, xxv, 9-12, n’est pas un cantique; il est écrit dans le même style que les versets précédents, 6-8 et y fait suite naturellement. Le châtiment de Moab fait contrepoids à la félicité des élus décrite dans ces versets. L’expression · sur cette montagne » qui revient nu f 6 et au t 10 montre ma­ nifestement que les vcrscU 9-12 ne sont pas une inter­ calation. Le cantique des rachetés, XXM, 1-19, nous paraît tout à fait en situation après la description de la gloire des élus, xxv, 6-8, et du châtiment des impies, xxv, 912. Mais comment expliquer alors le ton de triomphe mêlé de découragement qui est celui de ce cantique? Condamin résout la difficulté par la transposition, jus­ tifiée d’ailleurs par d’autres raisons, de xxv, 1-5 après xxvi, 1-6, Il obtient ainsi deux morceaux distincts, xxm, 1-6+ xxv, 1-5 d’une part,et xxvi, 7-19 de 1’autre, et alors, dit-il, on ne peut plus objecter la différence de tons. Le premier morceau exprime la confiance des Juifs en Jahvé qui humilie les orgueilleux, ruine la forteresse des impies, protège les faibles contre les puissants. Le second morceau révèle les espérances du juste au milieu des épreuves, son désir de voir le peuple multiplié et agrandi, et formule la promesse de Jahvé touchant la résurrection des morts. Dillmann admet­ tait aussi qu’avec xxm, 8 commençait la troisième partie de Fnpocalpysc. Dans xxvi, 1-7, le cantique de reconnaissance de ceux qui seront en Juda; après xxvi, 8, la prière de la communauté opprimée, mais fermement unie à Dieu, pour l’amélioration de sa pé­ nible situation. Ces prières et ces plaintes seraient actuelles, présentes. Lagrange, L9 apocalypse d'Isaïe, à propos des derniers commentaires, dans Revue biblique, 1891, p. 200-231 n’admet pas cette division du cantique; d’après lui, Il n’y a pas de changement de ton; d’un bout ù l’autre, c’est un cantique d’nction de grâces. Les plaintes et les gémissements ne sont pus arrachés par les souffrances présentes : cc n’est que le souvenir que les élus possèdent du passé ; ils ne deman­ dent plus qu’une chose, c’est la résurrection des morts. Reste le chant de la vigne, xxvn, 2-6, introduit asset brusquement entre le Jugement des grandes puis­ sances ennemies, xxm, 20-xxvn, 1 et celui d’Israël, xxvn, 7 sq. Toutefois, si l’on admet que les épines et les ronces dont parle xxvn, 4, ne représentent pas les ennemis du peuple de Dieu, mais les impies d’Israël et leur châtiment, le cantique de la vigne établit la tran­ sition entre les deux jugements. La discussion qui précède montre qu’on aurait tort d’abandonner trop vite l’unité littéraire de l’apocalypàe d* Isaïe. Si ccs quatre chapitres forment une DICT. DE TIléOL. CATMOU unité, dit Duhm, on est presque obligé de prendre la ville anonyme plusieurs fois mentionnée pour un seul et même fantôme. Pour notre part, nous n’y voyons pas d’inconvénient : cc fantôme d’une ville mysté­ rieuse détruite convient très bien à une apocalypse, et la quadruple mention qui en est faite dans les différents morceaux, xxiv, 10;xxv,2; xxm,5; xxvn 10, prouve plutôt en faveur de l’unité littéraire de l’ensemble. b. — /sale est-il l'auteur de cette apocalypse? Peut-on en déterminer le cadre historique, les événements aux­ quels elle fait allusion, les faits qui ont influencé la manière de voir et d’écrire de l’auteur? Le genre même du poème, qui le transporte pour ainsi dire en dehors du temps, rend singulièrement difficile la solution de ces problèmes. Aussi, plus que tout autre, cc morceau a-t-il été promené à travers toutes les époques de l’histoire d’Israël, depuis le vni· siècle Jusqu’au premier.Les critiques catholiques en défendent encore l’authenticité; les autres l’abandonnent généralement. La ville enne­ mie détruite serait Ninive, et l’apocalypse serait à placer au vu* siècle ; ou Babylone, et le morceau aurait été composé pendant l’exil, ou ptu après l'exil, sous la domination perse; ou encore Tyr, assiégée par Ale­ xandre le Grand,et nous serions ramenés à l’époque grecque. Duhm, n’admettant pas l’unité du poème, lui assigne différentes dates. L’auteur de l’oracle prin­ cipal a connu le pillage de Jérusalem par Antiochus Sidet ès en 135 av. J.-C. et le commencement de la guerre contre les Parthcs vers 129 av. J -C. Les can­ tiques aussi portent l'empreinte d’une époque déter­ minée. L’action de grâces de xxv, 1-5 et le cantique des sauves sc rapporteraient à la destruction de Samarie par Jean Htrcan, entre 113 et 105 av. J.-C. Le pas­ sage contre Moab rappelle la campagne d'Alexandre Jannéc vers 79 av. J. C. Le chant de la vigne est trop vague pour fournir un indice historique. L’opinion la plus répandue parmi les adversaires de l’authenticité est celle qui place l’apocalypse des chapitres xxnxxvii à l’époque perse, pendant les premières décades de la nouvelle Jérusalem, nions que le peuple, malgré sa situation précaire, est cependant plein d’espérance. C’est cette dernière hypothèse que nous examinerons. La langue et le style du morceau» dit-on, ne sont pas d’Isaïe. Les Idées religieuses d’Isaïe et ses espérances messianiques sont tout autres. Certaines représenta­ tions apocalyptiques, comme le châtiment des puis­ sances d’en-haut, xxiv, 21, le repus sur le mont Sion, xxv, 6, la résurrection des morts, xxm, 19, la grande trompette, xxvn, 13, les animaux symboliques, xxvn, 1, témoignent contre le temps d’Isaïe et en faveur d’une époque assez basse. Si Isaïe a écrit ce morceau, dit Duhm, il aurait pu tout aussi bien écrire le livre de Daniel. Isaïe n’avait pas de raison particulière d’en vouloir à Moab et de le représenter comme le type idéal des ennemis du peuple de Dieu, xxv, 10-12; H ne s’exprime pas en ces termes au sujet de Moab dans les chapitres xv-xvi. A l’époque d* Isaïe, le peuple n’avait pas encore été dominé par des maîtres étrangers, xxvi, 13, il n’avait pas passé par l’épreuve de l’exil, il n’y avait pas lieu d’espérer son retour, xxm, 1 sq., xxvn, 12-13. La ville forte humiliée parait être Babylone, conquise par les Perses mais non encore détruite. Le jugement de Dieu a commencé, mais il n’est pus en­ core complet. Le peuple est revenu à Sion, il est rentre en grâce auprès de Dieu, tout danger d’apostasie est passé, Jérusalem est rebâtie, xxm, 1, 16; xxvn, 19, i mais la situation est encore précaire, il y a manque d’hommes, on attend encore un retour de l’exil, xxvi, 14-18; xxvn, 13. Cette situation est bien celle du temps des prophètes Aggéc et Zacharie, celle des soi­ xante premières années de la restauration. A l’encontre de ces arguments le P. Lagrange, foc. ci/., s’efforce d’établir :a)Quc la première partie de la VIII — 2 35 ISAIE, LE LIVRE ■ AUTHENTICITÉ 36 Dès lors, n’csl-ll pas plus simple de l’attribuer à Unie? prophétie, χχιν-χχνι, 19, est pincée en dehors de l’his­ Les raisons qu’on fait valoir contre l’authenticité sont toire, Elle décrit ce qui se passera à la fin des temps. Il subjectives, dit Sellin, JSiiilcilung, p. 83, sans aucun est impossible de dire quelles sont les circonstances historiques qui l’ont influencée, La ville mystérieuse . fondement historique. l) xxxiv-xxxv. — L'authenticité de ces chapitres détruite peut avoir plusieurs acceptions, aucune ne s’impose. Dans la seconde partie, xxvi, 20-xxvn, la est généralement abandonnée par les critiques Indé­ pendants qui les placent au même rang que les chu· ville détruite, xxvn, 10 pourrait bien être Samarie. Cette partie a beaucoup de ressemblances avec l’oracle ’ pitres xin-xiv, xxi, xxiv-xxvn. Les termes du pro­ ou chapitre xvn contre Éphralm, qui est certainement blème sont, en effet, sensiblement les mêmes, et les d’Isaïe, et avec les prophéties d’Osée contre Samarie. défenseurs de l’authenticité donnent aux difficultés h Les exilés dont on attend le retour sont ceux d’Éphmême réponse. Les objections contre l'attribution de ces chapitres à Isaïe sont les suivantes : La langue et le raîm, et rien ne nous oblige à descendre plus bas que la première captivité assyrienne pour trouver les cir­ style diffèrent de ceux d’Isaïe. Les couleurs apocalyp­ tiques du morceau plaident pour une date plus récente, constances historiques qui ont servi de point de départ surtout la présence de cel te curieuse expression : « Cher­ aux prédictions d’avenir. — β) Ni la langue, ni le style chez dans le livre de Jahvé et lisez... >,xxxiv, 16; de n’indiquent manifestement un auteur postérieur à la captivité assyrienne, et rien ne permet de conclure avec même, l’énumération de tous les monstres nocturnes et de tous les mauvais génies qui hantent les ruinai certitude qu’ils ne sont pas d’Isaïe. — γ) Quant au d’Édom. xxxiv, 11-15. L’imitation dcJërcmie,xux,7genre et à l’esprit du morceau, qui rappellent les apo­ 22;L-u,deSophonieetd*Ézéchiel, xxi, xxxv-xxxvi. calypses de Daniel, de Zacharie et de Joël, pourquoi Il n’est plus question ici de l’Assyrie, ni de l'Égypte; Isaïe n’aurait-il pu les inaugurer? Le genre apocalyp­ Babylone n’y figure pas non plus. Le peuple est sup­ tique a bien dû commencer... S’il est né pendant les posé en captivité; l’auteur lui-même parait être parmi persécutions, du besoin de consoler les âmes et de les les exilés. La haine qui se fait jour contre Édom; cc fortifier, la chute de Samarie et les menaces dont Jéru­ salem était l'objet ne suffisent-elles pas à en expliquer jour de vengeance dont il est parlé, xxxiv, 7; cette l'apparition? armée de revanche pour la cause de Sion, tout cela Voici, nous semble-t-il, ce que l’on peut admettre, nous transporte à la fin de l’exil. L’animosité de l’au­ teur s'explique par l’hostilité d’Édom. Or, la période avec les critiques qui rejettent l’authenticité des de l'exil est précisément celle où Édom parait s’être chapitres xxiv-xxvn : Les circonstances historiques qui ont influencé les descriptions cschatologiques de attiré la plus violente rancune de la part des Juifs. Ce ces chapitres, les faits réels pris comme symboles peuple manifesta une grande joie lors de la destruction de ce qui arrivera à la fin des temps, sont bien en de Jérusalem par les Chaldéens; pendant la captivité, réalité les suivants : la captivité de Juda, In chute il empiéta sur le territoire de Juda et, au retour, les rapatriés eurent à lutter contre lui. Jer., xux, 7-22; de Babylone, le retour de l’exil, la reconstruction de Jérusalem, la situation de la communauté postexiEz., xxv, 12-14; xxxv; Is., lxiii, 1-6; Abd., 1-16; llenne. Mais, de ce chef, la question d’authenticité Joël, ni, 19; Lam., iv, 21-22; Ps., cxxxvn, 7; Mal., n’est pas encore tranchée. Le fait que les circonstances i, 2-5. La situation supposée dans les chapitres xxxivhistoriques que nous venons de rappeler servent de xxxv d’Isaïe nous Invite à les placer dans la période point de départ aux descriptions d’avenir, prouve-t-il qui va de 538 à 458. D'autres préfèrent ne pas leur assigner de date et se contentent d’observer que l’au­ que l’apocalypse a été composée à une époque où ces teur écrit avant la soumission des Édomites par Jean circonstances étaient réalisées? Isaïe n’a-t-il pu, sous l’influence de l’inspiration prophétique, se transporter Hlrcan. Les exégètes catholiques, qui attribuent encore en esprit à cette époque? C’est toujours le problème ces chapitres à Isaïe, font remarquer qu’il n’est pas suscité à propos des chapitres xni-xiv, xxi, qui revient. nécessaire de descendre jusqu’à la captivité pour Jus­ tifier l’inimitié de Juda contre Édom et les menaces La critique interne nous parait impuissante à fournir du prophète à son adresse. Cf. Num., xx, 14-21; un témoignage définitif contre la tradition, favorable Jud., xi, 17; III Reg., xi, 14 sq.; IV Reg., vin, à l'authenticité, et déjà consacrée par i’Ecclésiastiquc, XLvm, 27, qui voit dans Isaïe un prophète eschatolo20, etc. Amos n'a-t-il pas déjà une strophe contre Édom, i, 11-12? Cette réponse n’est cependant pas gique : Spiritu magno vidit ultima. adéquate: il ne s'agit pas précisément ici de la vieille k) xxxiii.— 1 Jans ce beau poème, le prophète chante Inimitié qui existait entre Édom et Juda, mais de la la destruction du dévastateur qui a pillé Israël, 1-12, la terreur des impies, la confiance des justes, 13-16, la revanche que les rapatriés de Sion prendront contre délivrance de Jérusalem, 17-21, le règne de Jahvé en Édom; 11 v a donc bien une allusion aux torts causés Slon, 22-24. Cette prophétie a dû être prononcée pen­ par les Edomites pendant l’exil. Aussi, vaudrait-il dant l'invasion assyrienne, un an après celle des cha­ mieux en appeler à la révélation prophétique, qui a pu pitres xxix-xxxn, alors que l’angoisse du peuple était transporter, en esprit, un voyant du vni· siècle à l’épo­ à son comble. Sennnchérib avait pris beaucoup de que où la situation supposée dans ces oracles était un villes fortes, Imposé un tribut à Ézéchias, puis, prétex­ fait historique. tant sans doute une trahison, il demande une seconde m) xxxvi-xxxtx. — Nous croyons que ccs chapitres fols la capitulation de Jérusalem, xxxin, 7-8, Isaïe rapportent des paroles authentiques d’Isule, comme s'applique à calmer et à rassurer le peuple. Cette situa­ celles de xxxv», 6-7, 21-35; xxxvih, 5 8; xxxix, 6-7. tion a dû se vérl fier peu de temps après les événements Nous nous demandons seulement s’il.1 ont été rédigés racontés dans IV Reg., xviii, 13-16. La différence de dans leur forme actuelle par Isaïe, ou s’ils ont été com­ ton entre cet oracle et ceux des chapitres précédents posés plus tard, à l’aide de documents plus anciens, aïe voulu imiter la manière du maître. Ces critiques doi­ comme un recueil d’oracles de divers temps et de di­ vent supposer que l’auteur du morceau se place par verses provenances, .ont unanimes à dire qu’Isaïe l’imagination au temps de l’invasion de Sennacherib. n’a pas compose ces chapitres. MaU entre ceux qui sou « 37 ISA IE, LE LIVRE tiennent d’une manière absolue l’unité d’auteur du livre d'Isaïe, et ceux qui la rejettent complètement, 11 faut ranger un certain nombre d’auteurs qui, persuadés d’une manière générale de l’authenticité du livre d’IsaTc, font une exception pour les chapitres xxxvixxxix. lis appuient leur sentiment sur les raisons sui­ vantes : a. — Ccs chapitres mentionnent encore la mort de Sennachérib, xxxvn, 38 arrivée en 681. Or il est peu probable qu’Isaïe, ayant commencé son ministère en 740, ait survécu à Sennachérib. b. — Ccs chapitres placent l’expédition de Scnnachérlb la quatorzième année d’Ézéchias, xxxvi, 1. Semblable erreur chronologique ne peut être attribuée à Isaïe. c. — Dans tous ccs chapitres, Isaïe est lui-même ml· en scène : on parle de lui à la troisième personne, xxxvn, 2-5, 21 ; xxxvm ; xxxix, 3-5. Ce sont des épi­ sodes de la vie d* Isaïe racontés par un narrateur autre que lui, comme nous en trouvons au chapitre vu et au chapitre xx. C’est un narrateur aussi qui a joint dans le même récit, xxxvn, la prédiction de l’échec des Assy­ riens et de la mort de Sennachérib, et l’accomplisse­ ment de cette prédiction. d. — On apporte souvent aussi contre l’authenti­ cité de ccs chapitres le fait de leur dépendance vis-àvis de IV Reg., xvni, 13-xx, 19; mais ce problème littéraire est très complexe et mérite un examen spé­ cial. Voici les faits : le texte du livre des Rols est certainement parallèle à celui d'Isaïe qu’il reproduit presque textuellement. A côté de divergences de moindre Importance, on note deux variantes princi­ pales : le livre d’Isaïe ne parle pas du tribut payé pur Ézéchias, d’après IV Reg., xvm, 14-16; par contre,il Insère le cantique d*Ézéchias dans xxxvm, 9 20. A part cela, le texte des Rois est plus circonstancié, il nous est parvenu, d’une façon générale, dans un meil­ leur état de conservation. Le livre des Rois, comme ce lui d’Isaie, raconte la maladie d’Ézéchias et Γambas­ sade de Mérodach, après l’expédition de Sennachérib placée la quatorzième année d’Ézéchias. Les anciens commentateurs d’Isaïe n’ont guère cher­ ché à résoudre ce problème littéraire. Cf. Touzard, De la conservation du texte hébreu, Étude sur Isaïe, XXX FZ-XIXZX, dans Revue biblique, 1897, p. 188191. Cependant, Eusèbe do Césarée Υπομνήματα είς Ήσαίαν, P. G., t. xxiv,col. 344, laisse entendre que le rédacteur du livre prophétique, qui cst,ù scs yeux, Isaïe lui-même, a emprunté ces récits au livre historiquc.Tclle est aussi l’opinion de Procope de Gaza, ’Επιτομή των είς τδν προφήτην Ήσαίαν διαφόρων έξηγήσβων, P. G., t. ι.χχχνπ, col. 2309-2312. La plu­ part des exégètes modernes se sont appliqués à ré­ soudre lu difficulté· Ils sont d’ailleurs loin de s'entendre sur la manière. Voici les principales solutions. Le rédacteur du livre des Rois aurait emprunté ce· chapitres nu livre d* Isaïe, et les versets 14-16 provien­ draient d’une autre source. Mais pourquoi aurait-il omis le psaume d’Ézéchias, lui qui se plaît à raconter les actions d’éclat de ce prince? A moins de dire que ce psaume, provenant d’un recueil de morceaux litur­ giques, a été inséré dans le livre d'Isaïe tardivement, après l’emprunt fait par le livre des Rois. Mais, si le texte d'LsHie est primitif par rapport à celui des Rois, comment se fuit-il que celui-ci soit meilleur et plus complet? Le rédacteur du livre d’Isaïe aurait emprunté ces chapitres au livre des Rois, dont le texte aurait été, d’une façon générale, abrégé, et d’un autre côté, am­ plifié par l’insertion du cantique d’Ézéchias. Cette opi­ nion a beaucoup de partisans parmi les critiques qui rejettent l’authenticité Isaïenne des chapitres xxxvixxxix. Elle s'appuie sur ie lull qu'on rencontre dans ce· AUTHENTICITE 38 chapitres d’Isaie, les expressions favor.les du rédac­ teur final du livre des Rols. Is., xxxvn, 35 et III Reg , xi, 12sq.,32,34; Is., xxxvm, 3 et III Reg., νπι,Γ.Ι ; xi 4,etc. Elle rend compte aussi de l’abréviation de IV Reg., xx, 1-11 dans h , xxxvm. Mais comment expli­ quer alors que la même interversion chronologique qu'on trouve dans les chapitres d'Isaïe sc rencontre aussi dans le livre des Rois? On peut trouver une rai­ son à celte interversion dans le livre d* Isaïe : les cha­ pitres xxxvi-xxxvii peuvent servir de conclusion à la première partie du livre, et les chapitres xxxvnixxxix, d’introduction à la seconde; mais la transposi­ tion ne se justifie pas dans le livre des Rois. Faut-il dire que le désordre existait déjà dans le document dont s’est servi le rédacteur du livre des Rois? ou bien que le livre d’Isaïe a réagi à son tour sur le livre des Rois? Le rédacteur du livre d’Isaïe et le rédacteur du livro des Rois auraient emprunté ccs récits à une même source, soit à une biographie du prophète Isaïe à laquelle se rattacheraient aussi les fragments biographiques des chapitres vu et xx, soit à un autre ouvrage d’Isaïe, peut-être cette vision du prophète haïe qui, au témoi­ gnage de 11 Par., xxxii, 32, contenait le récit des ac­ tions d’Ézéchias et de ses œuvres pieuses. Cet emprunt aurait été fait d’une façon indépendante par les deux rédacteurs et le livre des Rois aurait plus fidèlement conservé sa source que celui d’Isaïe; ou bien le livre d'Isaïe dépendrait de cette source médiatement, par l’intermédiaire du livre des Rois. L'hypothèse qui rend le mieux compte de l’ensemble des faits paraît être lu suivante : le rédacteur du livre des Rois a puisé les élé­ ments de son récit dans une composition d’origine pro­ phétique, biographic d’Isaïe ou vision du prophète Isaïe, fils d’Amos, laquelle n'a pas nécessairement Laie pour auteur. 11 a emprunté la mention du tribut payé par Ézéchias à une autre source. Le récit du livre d’Isaïe dependde celui du livre des Rois qu’il abrège. Le cantique d’Ézéchias a une autre provenance ; son inser­ tion tardive au chapitre xxxvui d’Isaïe a bouleversé l’ordre logique des éléments de ce chapitre. L’interver­ sion chronologique des évènements dans les chapitres xxxvi-xxxix parait être le fait du rédacteur final du livre d’Isaie, et ce phénomène,par la faute desscr.ixj et des copistes, a ensuite réagi sur la disposition ucs événements dans IV Reg , xvm, 13-xx, 19. 2. La seconde partie du livre c£ Isaïe, xl-lxvi.—L’ori­ gine isaïenne de ces chapitres a été admise sans con­ testation jusqu’au moyen ûgc. Alors, Abcu Esta, (Abra­ ham ben Meïr ben Esra, 11167) émit le premier quelques doutes touchant l’attrlbutlonde ccs chapitres au grand prophète du vin· siècle. 11 conjectura qu’ils devaient avoir été composés pendant l’exil de Babylone, et, cherchant l'auteur auquel on pourrait les assigner, il avança la supposition que ce pourrait bien être le roi Jcdionias. De la lin du xu· siècle à la fin du xvni·, la question n’a plus guère été discutée. En 1775, buederlein, et en 1782, Eichhorn, rejetèrent l’authenti­ cité de In seconde partie d’Isaie, et en placèrent la composition vers la ilnde l’exil babylonien. Ils furent suivis par Gesenius, Ewald et la grande majorité des critiques protestants; ils furent combattus pur Hengstenberg, Keil, Klclncrt, Rutgers, etc. Franz Delitzsch, après avoir vigoureusement défendu le point de vue traditionnel, s’est finalement rallié à l'opinion dite critique. La plupart des exégètes catho­ liques ont, jusqu’à présent, maintenu l’unité et l’au­ thenticité du livre d’Isaïe, et le décret de la Commis­ sion biblique du 29 juin 1908,De hbri Isaise indole et auctore, est venu apporter l’appui de son autorité aux arguments en faveur de la thèse traditionnelle. Nous nous efforcerons d’exposer l’état de lu question le plus clairement et le plus objectivement qu’il nous sera pos­ I sible de le faire. 39 ISAÏE, LE LIVRE - AUTHENTICITÉ 40 leur en serait non pas Isaïe, mais le grand anonyme de Les raisons qu’on apporte pour et contre I’authenllla captivité. cité de la seconde partie d’Isaïe peuvent sc ranger en b. — L’édit de Cyrus en faveur du retour des exi­ deux classes, selon qu’elles s’appuient sur des considé­ lés de Babylone, tel qu’il est rapporté dans H Par., rations extrinsèques ou intrinsèques au livre même. xxxvi, 23 et Esdr., i, 2-4, trahit dans son contenu cl a) Arguments (Tordre externe. — a. — La tradition dans su forme une dépendance vis-à-vis d’Is., xu,2-4, juive et chrétienne a attribué à Isaïe les vingt-sept 25 ; xliv, 26-28 ; xlv, 1-6,13 ; xlvi, 11 ; xlviii, 14-15.11 derniers chapitres du livre qui porte son nom. L’Ecclé­ en résulte que Cyrus a eu connaissance des prophéties siastique, écrit au début du n· siècle avant notre ère, s’exprime, sur le compte d’Isaïe, de façon à montrer de la seconde partie d’Isaïe où son avènement était pré­ qu’il le reconnaît aussi pour l’auteur des chapitres xldit comme un fait lointain que Dieu seul peut prévoir. lxvi : < Sous une puissante inspiration prophétique, il C’est aussi ce qu’atteste Josèphe, Antlq.9 xi, 1,2, nu vit les temps À venir, et consola les affligés dans Sion ; Jugement duquel Cyrus, touché par la lecture des anti­ il annonça ce qui doit arriver dans toute la suite des ques oracles d’Isaïe qu’on lui présenta et qui prophéti­ saient son règne, accorda aux juifs le fameux édit de temps, et les choses cachées avant leur accomplisse­ 538, autorisant la reconstruction du temple. La tra­ ment. » Eccli., χιλίπ, 23 24. Cet éloge contient des dition juive n’a pas hésité à faire un pas de plus et allusions manifestes à Is., xl, 1; xli, 22-23; xui, 9. à affirmer que Cyrus s'était converti à la religion de Le Siracide connaît, sous le nom d’Isaïe, le même Jahvé. recueil de prophéties que nous, la collection des Il est établi que Josèphe, pour l’histoire de la période lxvi chapitres. Cette conviction de l’auteur de l’Ecperse, n’a pas eu d’autre source que l’Ancien Testa­ clésiastique est partagée par Flavius Josèphe, Antiq.9 ment. Ce qu’il raconte de l’influence des prophéties sur XI, i, 1-2 et par les écrivains du Nouveau Testament. Cyrus n’est qu’une amplification de la notice des ParaSur 37 citations empruntées aux chapitres xl-lxvi, il lipomènes et d'Esdras. Si cette notice rapporte la lettre en est au moins 11 qui sont explicitement attribuées même de l'édit de Cyrus, on peut admettre que le vain­ à Isaïe : Is., xl, 3 et Matth., m, 3; Marc., r, 3; Luc., queur de Babylone a eu connaissance des prophéties ht, 4; Joa., r, 23. Is., xlii, 1-4 et Matth., xn, 17. qui le désignaient comme l’instrument de Jahvé pour Is., Lm, 4 et Matth., vin, 17. Is., lui, 7 et Act., vni, 28. la restauration juive. Mais peut-on en conclure que ces Is., un, 1 et Joa.,xn,38;Rom.,x. 16. Is.,i.xiet Luc., prophéties ont pour auteur le prophète Isaïe du iv, 17. Is., lxv, 1-2 et Rom., x, 20-21. L’authenticité νπι· siècle? Leur in fluence ne s’explique-t-elle pas oupj| de ces chapitres est ainsi garantie par le témoignage bien si elles émanent d’un prophète vivant quelque des Évangiles et des Épîtres. temps avant l’entrée en scène de Cyrus? Beaucoup de Les adversaires de l’authenticité s’efforcent d’énerver critiques nient d’ailleurs l’authenticité littérale du ce t. molgnage de la tradition. L’auteur de l’Ecclésiasdécret rapporté par les Paralipomènes et Esdras : la tique ne s’est pas livré à des recherches personnelles forme du décret vient du chroniste lui-mêmo qui a sur l’origine de la seconde partie d’Isaïe; il accepte de voulu présenter Cyrus comme l’instrument de Jahvé. confiance l’opinion courante de son temps. Cette opi­ En réalité, les mesures prises par Cyrus en faveur du nion est née du fait que depuis longtemps déjà on pos­ judaïsme ont été dictées par des considérations d’ordre sédait le livre d’Isnïe dans la teneur que nous lui con­ purement politique. On sait aujourd’hui que Cyrus, naissons aujourd’hui 11 est possible d’expliquer, en Inaugurant une méthode nouvelle, entreprit de gagner dehors de l’hypothèse de l’authenticité, comment le la confiance et l’obéissance de ses sujets, grâce à des recueil d’oracles des chapitres xl-lxvi a pu être joint procédés bienveillants et d’une habileté consommée aux prophéties authentiques d’Isaïe; et cette Juxta­ (Gautier, Introduction, t. i, p. 437). position aura, à son tour, créé la tradition de l’unité En donnant au décret de Cyrus cette forme spé­ d’auteur du livre d’Isaïe. La réunion des deux rc ciale, qui cadre si bien avec l’esprit Juif, le chroniste acueils peut être l’cfTet du hasard. L’auteur du second t-il été influencé par la seconde partie d'Isole, qu’il a pu par une fiction littéraire le présenter comme aurait donc connue et attribuée au prophète du l’œuvre d’Isaïe. Les sopherim ont pu croire que les Vtii· siècle? Plusieurs le croient, et proposent même de chapitres xl-lxvi qui présentent, dans la pensée et lire dans II Par., xxxvi, 22 et Esdr., i, 1 : < pour l’ac­ dans l’expression, d’incontestables affinités avec Isaïe, complissement de la parole que Jahvé avait dite pnr étaient vraiment son œuvre. Le Talmud, traité Baba la bouche d’Isaïe > (et non : de Jérémie). Beaucoup balhra, 1 |b (le texte dans Comely, Introductio gene­ d’autres maintiennent en ces endroits la mention de rally p. 17), affirme qu’à une certaine époque, sans Jéremle, et nient en conséquence que le chroniste ait doute ancienne, le livre d’Isaïe sc trouvait placé attribué à Isaïe les chap, xl-lxvi, voire même qu’il après ceux de Jérémie et d’Ézéchiel; comme c’était ait eu connaissance de ce recueil de prophéties. D’une de beaucoup le moins étendu des trois, on y aura part, il est peu probable, s’il s’en est servi, qu’il l’ait Joint notre écrit anonyme. On forma de cette manière attribué à Jérémie; d’autre part, il ne manque pas de trois volumes à peu près égaux, auxquels vint sc textes, dnns le livre authentique de Jérémie, qui pou­ Joindre comme quatrième, la collection des douze vaient fournir au chroniste la Justification prophétique petits prophètes, qui ont toujours été comptés pour de l’acte accompli par Cyrus. Jer., xxv, 10-14 ; xxvn, un seul livre. 7; xxîx, 10. On est d’autant plus porté à croire que Le témoignage de Josêphe, qui vivait trois siècles c’est le livre de Jérémie qui Inspire le chroniste, qu’au après l’auteur de l’Ecclésiastique, n’a rien d’étonnant. verset immédiatement précédent, xxxvi, 21, les Il est naturel que l’écrivain juif ait partagé l’opinion soixante-dix années de la captivité sont rappelées ancienne et commune touchant l’origine isaïenne des < afin que s’accomplît la parole que Jahvé avait dite chapitres xl-lxvi. Il faut en dire autant des écrivains par la bouche de Jérémie. » du Nouveau Testament qui, en citant le livre d* Isaïe, c. — Le livre d’Isaïe, dans sa forme actuelle, est an­ ne sc sont pas occupés de In question d’auteur, et n’ont pas rrçu d’illumination spéciale pour la trancher. Le térieur au livre des Rols. Celui-ci reproduit fresque Seigneur lui-même a pu, sur ce sujet, s’accommoder au littéralement, et avec la même Interversion des faits, les chapitres historiques xxxvi-xxxjx d’Isaïe. Or, si la langage courant, son but n’étant pas de nous enseigner 1’Introduction à l’Ancien Testament. D’ailleurs, la transposition chronologique constatée dnns ces chaplgrande valeur religieuse que le Nouveau Testament re­ I très peut s’expliquer dans le livre d’Isaïe, ou les cha­ connaît à la seconde partie d’Isaïe, cet Évangile pro­ pitres xxxvr-xxxvn servent de conclusion à la pre­ phétique, n’est nullement diminuée par le fait que l’aumière partie, et les chapitres xxxvni-xxxix, d’intro- ■ .·»ν 41 ISA IE duel Ion ft la seconde, elle ne peut s’expliquer dans le livre des Bois, qu’en admettant un emprunt au livre d’Isaïe. Λ l’époque de la composition du quatrième livre des Bois, dans la première, moitié de l’exil, les deux parties d’Isaïe ne formaient donc qu’un seul livre. 11 on résulte que la seconde partie est antérieure à Texil. Dès lors, 11 n’y a plus de raison de ne pus l’attribuer A Isaïe. La critique ne sépare d’ailleurs pasces deux pro­ positions: cet te partie n’est pas antérieure à l’exil; elle n’est pas d’Isaïe. Nous avons vu que les chapitres xxxvi-xxxix n’avaient pas été rédigés, dans leur forme actuelle, par le prophète Isaïe, que leur place naturelle sc trouvait dans Je livre des Rols, où ils font partie intégrante de l'histoire, où ils sont conservés d’une façon plus com­ plète et dans un meilleur texte. Ils auront été em­ pruntés au second livre des Rols, pour servir de con­ clusion historique au livre d’Isaïe, comme c’est le cas pour le chapitre lu de Jérémic La première partie d’Isaïe a donc joui pendant un certain temps d’une existence indépendante, elle a formé un livre complet, avec ou sans sa conclusion historique, et ce fait crée déjà une forte présomption contre l’authenticité de la seconde partie. L’Interversion chronologique qu’on remarque dans les chapitres xxxvi-xxxrx peut être attribuée au rédacteur final d’Isaïe qui, lors de l’ad­ jonction de la seconde partie d* Isaïe, aura voulu mettre un certain plan d’ensemble dans le livre définitif. La transposition aura été effectuée ensuite dans le livre des Rois; elle ne constitue donc aucun argument en faveur de l’existence préexilienne et de l’authenticité de la seconde partie d’Isaïe. d. — Les défenseurs de l’authenticité de la seconde part ie d’Isaïe empruntent un dernier argument extrin­ sèque à l’influence littéraire exercée par les chapitres xl-lxvi sur les prophètes du vu· siècle, Jérémie, Na­ hum, Sophonie, Habacuc. Il en résulte que ces chapi­ tres sont antérieurs au vn· siècle et qu’il faut les attri­ buer, comme le veut la tradition et comme l’indique la composition actuelle du livre d’Isaïe, au grand pro­ phète du vin· siècle. Dans bien des cas, répondent les adversaires de l’authenticité, la dépendance littéraire n’est pas prou­ vée. Delitzsch lui-même a reconnu, alors qu’il admet­ tait encore l’authenticité, que les parallèles établis entre 1s., xl-lxvi et Nahum n’étalent pas probants. Et lorsque la dépendance littéraire paraît établie, sc pose la difficile question de priorité. C’est ainsi que Soph.,n, 15 semble antérieur à 1%, xlvh,8-10; et Soph., in, 10 peut s’expliquer indépendamment d’Is., lxvi, 20. La comparaison de Jcr., xxx, 10 sq.;xLVi,27 sq. avec Is., xliti, 1-6; de Jcr., vi, 15 avec Is., lvi, 11 ; de Jcr., xxxiii, 3 avec Is., XLVin, 6; de Jcr., x, 1-1G avec Is., xliv, 12-15, etc., ne serait pas non plus favorable à l’antériorité d’Isaïe xl-lxvi. On fait valoir encore d’autres considérations pour prouver, en particulier, que Jérémic doit occuper une position intermédiaire entre le prophète Isaïe du vin· siècle et l’auteur des chapitres xl-lxvi. Ici, l’exil de Babylone est présupposé, il est actuel, partant inéluctableet fatal On ne sepréoccupe plus de le prévenir, mais on en prédit brillamment la fin. Jérémic, au con­ traire, voudrait encore éviter l’exil,qui apparaît comme prochain, mais non fatal : c’est pourquoi il multiplie les appels nu repentir et à la conversion. Si Jérémic a connu les oracles d’Is., xl-lxvi, son ministère marque un recul dans le développement de la prophétie; et si scs contemporains avaient pu lui opposer les promesses magnifiques contenues dnns ces chapitres, l’activité de Jérémic aurait été paralysée, et son principal effort, frnppé d’impuissance. Pour échapper à cette consé­ quence, quelques partisans de l’authenticité ont sup­ posé que les prophéties de xl-lxvi n’avaient pas été 42 Immédiatement publiées, qu’elles étalent restées In­ connues à plusieurs générations, pour n’ètrc mises au jour qu’au moment voulu, dans le but de consoler les déportés. Cette hypothèse gratuite ruine par sa base l’argument de la dépendance littéraire apporté plus haut en faveur de l’authenticité d’Is., xl-lxvi. d) Arguments (Tordre interne. — Ils sont empruntés à l’horizon historique, aux tendances doctrinales, au vocabulaire et au style de ces chapitres. a. Horizon historique de la seconde partie. — Le pro­ phète Isaïe exerce son ministère dans la seconde moitié du vin· siècle. A cette époque, l’Assyrie détient l'hégé­ monie dans le monde, Babylone est sa vassale. Aussi, dans les oracles authentiques d’Isaïe, c’est toujours l’Assyrie qui est au premier plan, c’est d’elle que vient le danger. Dans la seconde partie» au contraire, tout comine dans les chapitres interpolés de la première partie, xm-xiv, xxi, etc., 11 n’est plus question de Ninive et de l’Assyrie, mais de Babylone, et son hégé­ monie n’est pas prédite, mais supposée. Juda est sou­ mis à une paissance étrangère, le peuple est en exil, Jérusalem est détruite et le temple est en ruines, et cette lamentable situât ion dure déjà depuis longtemps. xlii, 14, 22, 21, 25; xliîi, 28; xliv, 26; XLvu, 6; Li, 3sq.;ui,5;Lvui,12;LXi,4;LXin, 18-19,lxtv, 10-12, etc. Aussi,ceux auxquels le prophète s’adresse, ceux qu’il veut gagner et consoler, au témoignage desquels il en appelle, ne sont pas les habitants de Jérusalem, les contemporains d’Achaz, d’Ézéchias ou de Manassé. mais les captifs, soupirant en exil à Babylone, xl, 21, 26,28; xliîi, 10; XLvni, 8; l» 10-11 ; li, 6,12, sq. ; lviti, 3 sq., etc. Ils ont longtemps attendu le salut, mais maintenant il est proche ; on tourne les yeux vers Cyrus qui a déjà remporté de grandes victoires, qui abattra la puissance chaldécnne et libérera les exilés, xl, 2; xlx. 2,sq.,25 sq ; xuv,28;xlv, 1 ; xlvi, 13; xlviîi, 20, etc. Cyrus est deux fois appelé par son nom, xuv, 2 et xlv, 1. Cette mention d’un nom propre, s’il faut l’attribuer au prophète Isaïe du vin· siècle» constitue un cas absolument exceptionnel dans l'histoire du prophétisme. On ne pourrait pas apporter comme exemple semblable l’oracle d’un prophète du temps de Jéroboam I, annonçant la venue de Joslas, 111 Reg, χπι, 2, car le livre des Rois n’a été rédige qu’après la réforme de Josias. Le retour sera suivi d’une grande prospérité, xl. 9-11, etc. Les motifs de confiance sont empruntés à l’omniscience et à la toute-puissance de Jahvé, qui se manifestent déjà dans un commencement de réalisa­ tion des prophéties. Jahvé n’abandonnera pas son ser­ viteur Israel: Il était irrité, mais il pardonne, autant pour sa propre gloire, que parce que l’expiation est complète. En un mot, la situation supposée dans ce recueil est celle de l'exil, et l'explication la plus simple de ce phénomène est à chercher dans ie fait que son au­ teur vivait lui-même A cette époque et dans ces circons­ tances. U faut d’ailleurs remarquer qu’en dehors de leur réunion accidentelle à la première partie d'Isaïe, ces xxvii chapitres ne contiennent pas une phrase, pas un mot,qui tende à les rattacher,directcmment ouindirectement,nu filsd’Amos, le prophète du vm«slèck·. Les défenseurs de l’authenticité ne peuvent mécon­ naître cette situation, et ne la méconnaissent point Pour ce qui est tout d’abord de la mention même de Cyrus, ils n’hésitent pas, en général A l’attribuer à Isaïe lui-même. Quelques-uns pourtant croient que le nom de Cyrus est une glose marginale introduite plus tard dans le texte lui-même, tout comme le nom de Josias dans III Reg., χιιι, 2 (Hanneberg). D’autres croient que Cyrus n’était qu’un titre donné, à une cer­ taine époque, A tous les rois de Perso (Jahn). Ilengstenbergfalt de Cyrus un nom honorifique que le con quérant de Babylone aurait pris en sc fondant sur les 43 ISA IE, LE LI V KE prédictions d'Isalc; son véritable nom aurait été, d’après Strabon, Agradathcs. Mais Dunckcr et Herzog soutiennent que Cyrus était le nom propre et Agrada­ thes le nom honu ri tique. Cf. Wildeboer, bicLileralurdes alien Testaments, p. 270-271, Gôttlngen, 1905;Meignan, Les Prophètes (Γ Israèl et le Messie, p. 252-253, Pa. is, 1893. Quant à l’impression générale qui se dégage à pre­ mière lecture de celte partie du livre, les défenseurs de l'authcnticite en rendent compte en disant qu’haïe n’écrit pas pour ses contemporains, mais pour un avenir très éloigné, et qu’il a été transporté par i’Esprit ue Dieu au temps de l’exil pour en prédire la fin. Ils trouvent naturelle, chez un prophète, cette atti­ tude que leurs contradicteurs estiment singulière, gra­ tuitement affirmée, et sans aucun parallèle certain dans l’hbl ire ul de faire ressortir la transcendance, la toute-puissance, l’omniscience de Jahvé. —· Aucun pass e Ge la seconde partie d* Isaïe ne suppose vrai­ ment l’existence de Jérusalem et du temple de Salo­ mon, mais peut-être la reconstruction de Jérusalem et le second temple. Le chapitre lxvi débute par un aver­ tissement aux constructeurs de la Jérusalem nouvelle: Jahvé n’a pas besoin d’une demeure faite de main d'homme, le ciel est son trône. Le culte purement exté­ rieur ne lui est pas agréable; le vrai culte qui l'honure est de nature spirituelle comme lui : c’est l’humilité, l'obéissance, l’amour du prochain. — Enfin, quand le prophète dit que Dieu a appelé Abraham des extré­ mités de la terre, il songe au pays de Chanaan où Jahvé le conduisit au terme de son pèlerinage. Et quand, s’adressant aux exilés de Babylone, il leur cric « sortez de là », son langage suppose seulement qu’il n’habite pas Babylone; il ne prouve pas qu’il habitait Jérusa­ lem, au vin· siècle. b. Tendances doctrinales. — La seconde partie d’Isaïe présente, de l’avenir messianique, une concep­ tion différente de celle de la première partie. Le RoiMessie décrit d’une façon si caractéristique, comme rejeton de lu tige de Jessé, dans les chapitres vu, ixet xi, n'apparaît plus ici. Seul le chapitre lv, 3 parle des grâces assurées à David, et encore s’agit-il probable­ ment d'une translation au peuple, des promesses faites à David. Au heu de ΓEmmanuel, du rejeton de David, du roi futur, c’est le serviteur de Jahvé, le médiateur du salut spirituel qui est au premier plan dans toute cette partie. La doctrine du · Reste qui se convertira· si fréquemment affirmée dans la première partie, ne revient que rarement et d'une manière implicite, lix, 20; lxv, 8-9. Les espérances messianiques sont plus grandioses, plus universalistes, xlii, 6; xlix, 6, le mo­ nothéisme plus transcendant, xl, 18, sq. Par contre, les tendances légalistes sont plus accusées : l’impor­ tance accordée à la célébration du sabbat, lvi, 2sq.; lviii, 13; comparer avec i, 11, 15, la mention des prê­ tres, lxi, 6; lxvi, 21, des prosélytes, lvi,3, 6, la quali­ fication de Jérusalem comme · sainte », etc. Ces con­ ceptions et ces préoccupations sont celles d'un pro­ phète de l'exil, comme le montre la comparaison avec Ézéchiel. Les défenseurs de l’authenticité ks expli­ quent par la diversité de circonstances, de but, de temps, de destinataires, de sujets traités. Ils recon­ naissent d’ailleurs, comme nous l’avons vu, que l’au­ teur de la seconde partie d* Isaïe vit en esprit au tempi de l’exil, et écrit pour les exilés. c. Style et vocabulaire.—Les différences de style entre les deux parties d’Isaïe se remarquent même dans une bonne traduction. D’une façon générale, le style de la seconde partie est plus simple, plus coulant, plus clair, mais moins puissant que celui de la première. Il se caractérise par un symbolisme spécial, l’introduc­ tion de morceaux hymni ques, le retour fréquent sur des sujets déjà abordés précédemment, certaines appo­ sitions constantes au nom de Jahvé, comme Jacnb ou Israël, la répétition des mômes paroles, par exemple, consolez, consolez mon peuple, etc. On fait les mêmes constatations pour le vocabu­ laire, la terminologie et la langue. Une dizaine de termes et de tournures de phrases, totalement étran­ gers à la première partie d'Isaïe, si l’on excepte les passages que d'autres raisons forcent à rapporter ù une époque plus récente, se rencontrent souvent dans les 27 derniers chapitres : bâhar. choisir; hillül, louer ; hdfes, préférer; pdsph, exulter; sdmah, pousser un re­ jeton, au sens figure; rds on, se complaire; sûs, se ré 45 ISAÏE, DUCΓΗ INE Jouir; etc. Une dizaine de locutions fréquentes dans la seconde partie ne reviennent que rarement dans la premiere, ou chez les prophètes préexihens, et parfois avec un sens différent, comme *Ebêd Jahué, sédéq, *éddqdh, dans le sens de salut; sudaq9 dans le sens d’être vrai, d’avoir raison, etc. Plus de trente-cinq expres­ sions se rencontrent dans la première partie, qui ne reviennent jamais dans La seconde. D’autres, comme « en ce Jour », reviennent plus de trente fois dans la première partie et une fois seulement dans la seconde» LH, 6. La tournure « il se fera », affectionnée par Isaïe, ne revient que deux fois dans la seconde partie. L’hé­ breu de celte seconde partie sans être aussi entaché d’aramaïsmes que celui de Jérémie et d’Ézéchlcl, n’est cependant plus aussi pur que celui des écrivains du vin· siècle, en particulier d’Isaïe. D’ailleurs, dit-on, la pureté relativement grande de la langue des 27 der­ niers chapitres ne prouve pas nécessairement en fa­ veur de leur antiquité : certains psaumes récents, le livre des Paralipoinènes lui-même, sont encore écrits dans un hébreu assez pur. Au Jugement des partisans de la tradition, ces dif­ férences de style et de vocabulaire ne permettent pas de conclure à la diversité d’auteurs. Ils les expliquent par la nature différente des sujets traités, par l’âge du prophète. Isaïe aurait composé la seconde partie de son livre vers la fin de son ministère prophétique, et au cours de sa longue carrière, son style, son vocabulaire et sa langue ont pu se modi lier quelque peu. — Mais nous possédons aussi, dans la première partie d’Isaïe, des oracles datant de la fin de son ministère, alors que le prophète devait avoir plus de soixante ans, et ces oracles ne se distinguent pas, pour la forme, des pro­ phéties antérieures. Isaïe a-t-il donc changé de ma­ nière dans son extrême vieillesse? On a soutenu aussi que la première partie renfermait le résumé des prédi­ cations d’Isaïe, ce qui leur donnerait quelque chose de vivant, d’animé, tandis que les chapitres xl-lxvi auraient été écrits sans avoir jamais été précités. Mais la différence que l’on constate entre les deux parties d'Lsaïe n’est pas précisément celle qui existerait entre la parole vivante et chaleureuse d’un orateur popu­ laire et l’œuvre mesurée d’un écrivain. Après avoir expliqué les différences, les défenseurs de l’authenticité insistent sur les affinités littéraires incon­ testables qui existent entre les deux parties du livre d’Isaïe. Ils relèvent aussi un certain nombre d’expres­ sions, caractéristiques d’isafe, qui se rencontrent indif­ féremment dans les deux parties, comme la dénomina­ tion de «Saint d’Israël » donnée à Dieu: elle revient dix-sept fois dans la première partie, malsaussl treize fois dans la seconde. Les critiques répondent que l’écrivain de xl-lxvi a connu les prophéties d* Isaïe, dont il a certainement été l’admirateur, le disciple et le continuateur, et qu’en tout cas, les ressemblances entre les deux parties ne prouveraient pas autant pour l’unité d’auteur, que les différences, pour la diversité. En présence de la complexité du problème que sou­ lève l’authenticité de la seconde partie d’Isaïe, on reconnaîtra que la Commission biblique agit sagement e· maintenant, jusqu’à plus ample informé, la thèse traditionnelle de l’attribution à Isaïe. Acettc question: Utrum admitti possit... secundum partem libri Isaiæ in qua vates non Judseos Isaiæ a-quales, at Judxos in exsilio babylonico lugentes ve lui i inter ipsos vivens allo­ quitur et solatur, non posse ipsum /satam jamdiu emor­ tuum auctorem habere, sed oportere eam ignoto cuidam vati inter exsules viventi assignare? elle a répondu par la négative. Et les deux réponses qui suivent précisent que les diverses râlions, soit d’ordre philologique, soit d’ordre général, apportées en faveur de l’hypothèse critique, ne sont pas suffisantes pour emporter la conviction. Le texte de la Commission biblique dans 46 Denzinger-Bannwart, En hihdiun, n. 2115-2119, et dans Cavallcra, Thésaurus, n. 108. Pour l'immense majorité des critiques non catholi­ ques, la question de l’authenticité Isalenne des chapi­ tres xl-lxvi ne se pose même plus à l’heure actuelle. Mais leur tâche n'est pas finie quand Ils croient avoir démontré que ces chapitres ne sont pas d’Isaïe· D’au­ tres problèmes se posent On parlait autrefois du Dcutéro-Isaïe, du Grand Inconnu, de l’Anonyme de la captivité. Or, beaucoup de savants contemporains (Dulim, Cheyne, Marti, Lltlmann, etc.) ont été ame­ nés, par l’étude des caractères littéraires et religieux de cet ensemble de prophéties, à y distinguer deux groupes dus à des auteurs différents. Le premier, comprenant xl-lv, appartient à la pé­ riode exilique, antérieure à l’édit de Cyrus. C’est pro­ prement le livre des consolations, ainsi qu’on l'a défini avec beaucoup de justesse. On donne à l’auteur qui l’a composé le nom de second Isaïe. Ce groupe n'a cepen­ dant pas été écrit d’un seul jet. Un examen attentif des circonstances historiques supposées prouve que les chapitres xl-xlviii doivent sc placer en 517-546, à l’époque où Cyrus s’avançait triomphalement contre Crésus, tandis que les chapitres XUx-lv précéderaient de peu la chute de Babylone. L’autre groupe, formé des chapitres lvi-lxvi est un morceau postexdique. Les pièces qui s’y trouvent ras­ semblées ont été composées après l’édit de restaura­ tion de 538. C’est ainsi que lvi, 5-8 suppose manifes­ tement un état de choses postérieur à la captivité : Jé­ rusalem est habitée, le temple existe avvc son culte et ses sacrifices. Plusieurs cependant croient encore re­ trouver dans ce groupe des morceaux du temps de l’exil, Lx-Lxii, même des morceaux du temps de Jéré­ mie, repris et modifiés par un auteur postérieur, lvi, 9-lvh, 11·; lix, 3-15. Dans quelle mesure les chapitres lvi-lxvi peuvent-ils encore être attribués au DeutéroIsale? Ne faut-il pas admettre un Tnto-lsale? Plu­ sieurs, à la suite de Kucnen, Kittel, Cheyne, Cramer, songent plutôt â une école influencée par le DeutéroIsaîe. On le voit, pour la solution du problème de la composition des chapitres xl-lxvi, on est loin d’ob­ tenir parmi les critiques l’unnniinité qu’on rencontre dans la négation de l'authenticité isalenne de ces mêmes chapitres. III. Doctrine du livre d’Isaïe. — Nous expose­ rons séparément les enseignements des deux purllea du livre d'Isaïe. Z. LA PREMIERE Partie. — Nous étudierons suc­ cinctement les attributs divins et les conceptions de la vie d’outre-tombe., puis nous consacrerons un développement plus considérable aux prophéties messianiques. i9 Les attributs divins. — La doctrine de la première partie du livre d'Isaïe touchant l'unité, la toutepuissance, la souveraineté absolue, la providence uni­ verselle de Jahvé, la nullité des idoles est trop claire pour que nous nous y arrêtions. 11 faudrait en citer tous les chapitres. Toute l’activité prophétique d’Isaïe se reflète dans la vision Inaugurale de son ministère et lui emprunte un cachet particulier : Isaïe est le prophète de la sainteté de Jahvé. L’expression qu’il emploie de préférence pour désigner Dku, c’est le «Saint d*Israël». 11 s'efforce par tous les moyens de faire prévaloir la conception singulièrement élevée qu'il se fait de la sainteté de Jahvé. Essayer de préci­ ser cette notion, c’est caractériser en même temps le contenu essentiel de la prophétie d’Isaïe. Une créature est sainte quand elle est mise à part pour un but religieux, quand elle est consacrée à I )n u. Saint est plutôt opposé Λ profane qu’à souillé. Mais de l'idée primitive de separation découle naturellement j celle de pureté, d'absence de souilllure, que nous alla- ISAÏE, PROPHÉTIE DE L’EMMANUEL cbons le plus souvent à ce mot. Cette double Idée de séparation et de pureté se retrouve également dans la sainteté qu’haïe attribue à Jahvé. Elle comprend ce que nous appelons la sainteté morale, c’est-à-dire, la pureté parfaite, l’inaccessibilité nu mal, l’horreur pour le péché. En présence de cette sainteté, Isaïe sc déclare perdu, parce qu’il est un homme aux lèvres souillées, qu’il habite au milieu d’un peuple aux lèvres souil­ lées, vi : l’impur ne peut subsister en face de 1* Etre très saint et très pur, l’homme ne peut voir Dieu sans mourir. Cf. Ex., xxxrn,20. Mais la sainteté de Dieu, c’est aussi son absolue perfection qui le sépare et le met Infiniment au-dessus de toute créature; elle em­ brasse toutes les supériorités. Proclamer que Jahvé est saint, c’est reconnaître sa majesté suprême, son abso­ lue transcendance, son universel domaine, sa toutepuissance, sa sagesse et sa miséricorde. Inculquer «ette douille notion de la sainteté et en déduire les conclusions pratiques qu’elle comporte, c’est tout le ministère d'Isaïe. Parmi tous les peuples, Dieu s’est librement et spé­ cialement at taché Israel sur lequel sa Providence avait des desseins pari iculiers. Is., i, 2-4 ;n, 5-6 ; v, 1-7 ; xix, 25; xxix, 22-24 ; xxxi, 5-6, etc. Dieu a donné à son peuple une loi, un enseignement, dont il exige la pratique, n, 3; ▼, 21; xxx, 9. Israël doit servir Jahvé avec une piété sincère et profonde; la fidélité routinière et or­ gueilleuse aux pratiques extérieures du culte est en abomination devant Jahvé. Ce ne sont pas les sacri­ fices qui l’honorent, mais l’accomplissement des lois morales, i, 10-20. Ailleurs, xix, 21, Isaïe déclare que les sacrifices sont agréables à Jahvé. Isaïe ne connaît qu’un seul sanctuaire légitime, celui du temple de Jé­ rusalem. Sion est la montagne de la maison de Jahvé. C’est de là que Jahvé manifeste scs volontés et exécute ses desseins. C’est là que les peuples viendront lui pré­ senter leurs hommages; c’est là que se trouve la four­ naise de sa colère, n, 1-3 ; xvm, 4-7 ; xxxi, 9. Le temple de Jérusalem est le seul héritier légitime du tabernacle, les autels multiples sont condamnés, iv, 5; xvn, 8; xxxin, 20 sq. Israël coupable, pécheur, Incrédule, sera durement châtié et expiera douloureusement. Cependant les des•elns providentiels s’accompliront. Israël ne sera pas anéanti, mais purifié par le châtiment. Un reste sur­ vivra à l’épreuve, et deviendra le noyau d’un peuple nouveau, haïe est par excellence le prophète du Reste. !,24-28;ιν,2-6;νι,8-13;νπ,3;χ,20;χχνι;χχχνιι,31. 2· La oie d* outre-tombe. — On reconnaît générale­ ment l’importance du chapitre xiv d’Isaïe, où sont dé­ crites la chute du roi de Babylone et sa descente au séjour des morts, pour l’étude des conceptions de la vie d’outre-tombe chez les anciens hébreux. Il ne faut cependant pas perdre de vue que nous sommes en pré­ sence d’un chant poétique, non d’un exposé doctrinal, et II y aurait sans doute quelque Inconvénient à prendre à la lettre les hyperboles du prophète et ses personni­ fications. Le schéôl est une fosse creusée dans les pro­ fondeurs de la terre, distincte du sépulcre. Le roi de Babylone, sans sépulture, et les rois des nations, chacun dans sa demeure, sc rejoignent cependant au schéôl, sorte de réceptacle commun, séjour peu enviable, où disparaît toute majesté, où règne le silence, où habitent les vers, où les hommes sur­ vivent dans un état de grande faiblesse, comme des ombres qui sommeillent mais qu’un grand évé­ nement peut cependant réveiller. On dirait que ces ombres peuvent alors communiquer entre elles, à moins que ces détails ne dussent être mis au compte des provopopées poétiques. On ne voit nulle différence dans le sort r< *»ervê à ces ombres. Il n’est pas dit que le ml de Babylone descend·* dans des réglons plus pro­ fondes du schéôl ; rien n’indique que la condition y soit 48 en rapport avec la moralité de In vie. Le châtiment spécial du roi de Babylone, qui a miné sa terre et tué son peuple, consiste plutôt dans le fait qu’il est jeté loin de son sépulcre, comme un vil rameau, tandis que les rois des nations reposent avec honneur, chacun dans son tombeau. Telles nous paraissent être les don­ nées du chapitre xiv d’Isaïe sur le schéôl. On les re­ trouvera à peu près Identiques chez itzéchlel, lors­ qu’il chante la descente de Pharaon aux enfers,xxxn 17-31. 3·£« prophéties messianiques.— 1. Avènement d*un royaume nouveau: Isaïe est par-dessus tout le prophète messianique. Avec le reste sauvé, noyau d’un grand peuple, Jahvé conclura une alliance nouvelle dont les bienfaits s’étendront aussi aux nations. Il établira son royaume universel de paix, de sainteté, de Justice. Isaïe décrit fréquemment les splendeurs de l’èrc nou­ velle. Il faut distinguer, dans ces descriptions messia­ niques, la substance des accidents, et parmi ccux-d, l’on peut ranger la forme dans laquelle est repré­ sentée cette époque de bonheur, Je temps qui lui est parfois assigné, n, 2-4; iv, 2-6; vm, 23-ix, 6; xi-xu; xvni, 7; xix, 16-25; xxm, 15-18; xxrv-xxvn; xxvm, 23-29; xxix, 17-24; xxx, 19-33; xxxn, 1-8; 15-20; ΧΧΧΠΙ, 17-24; xxxv. 2. Le chef du royaume nouveau. — Isaïe ne se con­ tente pas d’annoncer l’avènement d’un royaume nou­ veau, 11 en présente aussi le chef dans le rejeton de David, le roi Messie, le fils de la Vierge. Ces prédic­ tions d’un caractère plus précis, par le fait même aussi plus Importantes, et qui nous retiendrons plus long­ temps sont contenues dans les chapitres vi à xn. Dans la première section du livre, ces chapitres vi à xn for­ ment un groupe spécial, d’un genre plus narratif et plus personnel que les morceaux qui le précèdent. Cc petit recueil, qui a peut-être été publié d’abord séparément, et auquel le récit de la vocation au cha­ pitre vi formerait une Introduction appropriée, con­ tient des discours se rapportant au début et à la fin du ministère d’Isaïe. Il nous montre le rôle politique Joué par le grand prophète sous les règnes d’Achaz et d’Ézéchias, et nous fournit presque tous les rensei­ gnements biographiques que nous possédons sur la famille d’Isaïe. Mais d’autres particularités encore recommandent ces chapitres à notre attention. Au chapitre vn, verset 14, est annoncée la naissance d’un enfant qui sera appelé Emmanuel, et cc nom prophé­ tique revient encore deux fois au chapitre vin, 8 et 10. Le chapitre ix, 5-6, chante la naissance d’un enfant qui porte des noms merveilleux et sur les épaules du­ quel repose l’empire. Enfin, Je chapitre xi nous montre le rejeton sorti de la tige de Jcssé, dans son rôle de juge parfait et de roi pacifique. Le retour pé­ riodique de cette allusion à un enfant mystérieux donne également à ces chapitres un cachet spécial qui les a fait nommer le livre de Γ Emmanuel. Nous étu­ dierons le caractère messianique de ccs trois pas­ sages Voir art. Emmanuel, t.iv, cul. 2430-2140. a) Contexte général des deux premiers passages. — Les deux premiers textes appartiennent au même contexte historique, celui des chapitres vii-ix, 6. Le chapitre vu nous transporte au début de la guerre syro-éphraïmlte, alors que l’armée d’A ram est campée en Éphraïm, queRasinet Phacée vont marcher contre Jérusalem pour détrôner Achazctlul substituer le fils de Tabcel. A cette nouvelle, le cœur du roi et le cœur de son peuple frémirent comme les arbres de la forêt fré­ missent sous le souille du vent. Achaz s’étant rendu à l’extrémité du canal de la piscine supérieure» sur le chemin du champ du foulon, sans doute pour surveiller les travaux de défense ou pour voir comment la ville pourrait s’approvisionner d’eau en cas de siège, Isaïe reçut l’ordre de Dieu de l’y rejoindre avec Seâr 49 ISAÏE, PROPHETIE DE L’EMMANLEL Jêiûb son flh, et de lu! parler au nom de Jahvé : < Cela ne tiendra pas, cela ne sera pas > dit le Seigneur Jahvé, après avoir rappelé le mauvais dessein des alliés ; et Achaz est solennellement invité par Isaïe à demander un signe, un prodige éclatant qui le con­ vaincra de la ferme volonté qu’a Jahvé de sauver son peuple. Mais le roi Incrédule se dérobe sous le pré­ texte hypocrite de ne pas vouloir tenter Dieu. Le véri­ table motif de son refus nous est connu par le livre des Rols, IV Rcg., xvi, 7-8. Achaz a décidé d’envoyer à Téglath-Phalasar le message suivant : Viens et délivremoi des rois de Damas et d’Israël. Isaïe est au courant de cotte résolution; cette défiance vis-à-vis de Jahvé, et cette politique païenne funeste à Juda l’exaspèrent: Il annonce à Achaz que Dieu lui-même donnera un signe à la maison de David, mais un signe d'une tout autre nature que celui que le roi aurait pu obtenir d’abord. Toutefois, cc nouveau signe, comme le pre­ mier, devra démontrer à Achaz que Jahvé veut sauver son peuple par lui-même, sans le secours des hommes; et le prophète, avant d’apporter le signe, affirme en­ core une fois solennellement cette volonté salvifique du Dieu d’Israel, en prédisant la naissance surnatu­ relle de l’Emmanuel, garantie du secours divin : < Voici que la Vierge a conçu et elle enfante un fils et elle l’appelle Emmanuel. > t 14. Quant au signe, c’est la dévastation prochaine du pays, le misérable état auquel Juda sera réduit par ceux-là même en qui Achaz avait placée toute sa confiance, qu’il appelait à son secours, dont 11 attendait la libération et le salut, 15 & 25. Le morceau suivant, vni-ix, 6 développe le même thème, suit à peu près la même marche, et se rapporte aux mêmes circonstances historiques que le chapitre vn. Isaïe prédit d’abord l’échec de la coalition syroéphraïinlte, vm, 1-4 : dans un espace d’environ deux ans, les royaumes de Damas et d* Israël seront menacés de devenir victimes des Assyriens. Cette prédiction est faite d’une intéressante façon. A la naissance d’un de scs enfants, Isaïe reçut l’ordre de lui donner le nom de Mahêr-ââlal-hâs-baz (Prompt-butin-Prochc-pillagc) et la portée symbolique du nom est expliquée : avant que l’enfant sache dire : papa, maman, on portera les richesses de Damas et le butin de Samaric devant le roi d’Assur. Mais déjà avant la conception de l’en­ fant, le prophète avait dû graver le nom fatidique en gros caractères, sur une grande tablette, en présence de témoins dignes de foi. La ville de Damas est tom­ bée en 732; la conception et la naissance du fils d’Isaïe dont le nom présage la chute de cette ville doivent sc placer vers 734. Les ennemis d*Achaz ne l’emporteront pas, malt Juda lui-même sera dévasté par le torrent assyrien. Comme au chapitre vu, le prophète laisse clairement voir la répercussion qu’aura en Juda l’immixtion de l’Assyrie dans les affaires de Palestine, vin, 5-10 : Ce peuple a méprisé les eaux de Slloé qui coulent douce­ ment; voici que le Seigneur amène sur lui les eaux du fleuve, larges et puissantes, elles recouvrent toute l’étendue de ton pays, ô Emmanuel! Mais les projets ennemis n’aboutiront pas, et cela précisément ù cause d’Emmanuel. Après un morceau d’ordre intime, 11-20, où Isaïe, fatigué de s’adresser à un peuple Incrédule, déclare qu’il va confier ses Instructions écrites à scs fidèles disciples, le discours revient à la description de l’inva­ sion assyrienne, 21-22. On décrit l’angoisse, la famine, la détresse qu’amène cette Invasion. Mais après l’hu­ miliation viendra le gloire : vm, 23-ix, 6 forment un contraste voulu avec le sombre tableau des versets précédents. L'angoisse et les ténèbres feront place à In lumière et à la joie, l’oppression à la délivrance, la guerre à la paix quand apparaîtra et régnera le Messie 50 libérateur, le Prince Issu de David dont le quadruple nom est : .Merveilleux conseiller, Lieu lore, Père a Jamais, Prince de la paix. Après avoir replacé dans leur cadre historique les deux prophéties messianiques de vn, 14 et de ix, 5-6, il nous reste à justifier l’interprétation sommaire que nous venons d’en donner. b) 1m prophétie de la naissance d*Emmanuel, Is., vu, 14. — Nous aurons à rechercher qui est, dans l’esprit du prophète, cet Emmanuel dont la naissance est attendue; ensuite, quel caractère particulier revêt sa conception et sa naissance; enfin quelle est la place de cette prophétie dans le contexte du chapitre vn. a. Qui ett Emmanuel ? — Tout a été mis en œuvre pour reconnaître l’enfant annoncé par baie et qui por­ tera le nom d’!mmanu-El, et les identifications les plus diverses ont été proposées. a) Les anciens juifs, au témoignage de saint Jérôme, y voyaient Ez/chias : Hebrati hoc de Ezechia, flho Achaz, prophetari arbitrantur, P. L , t. xxiv, coL 109. Cf. Justin, Dial., n. 66, 63, 71, 77. P. G-, t. vi, coL 628, 633, 611, 656. Quelques modernes, se rallient à cette opinion. Tout semble indiquer, disent-ils, qu’il s’agit d’Ézéchias. Il était fils de roi, de la race de David. Il a grandi sous les yeux d’Isaïe : enfant au début du règne d*Achaz» il était arrivé à l’àge d’homme au moment de la grande invasion assyrienne de Sennachérib. Ses voles n’étaient pas celles de son père : pieux, Juste, confiant dans le secours de Dieu, il mérita d’être délivré par un éclatant miracle. La version des LXX favorise cette Interprétation. D’après clic, en effet, le prophète s’adressant à Achaz, dirait : Tu l’appelleras, κζλέσεις, du nom d’Em­ manuel. |Achaz donne à l’enfant le nom qu’il doit porter, c’est donc qu’il s’agit de son fils. Emmanuel n’est pas Ézéchias. La leçon du texte grec ne l’emporte pas sur celle du texte massorétlque : Il est reconnu que la version des LXX du livre d’Isaïe est d’une manière générale assez défectueuse. D’ail­ leurs, Ézéchias devait être né au moment où Isaïe prononça cet oracle. Saint Jérôme le faisait remarquer déjà : Quomodo... de Ezechiæ conceptu dicitur el nut i· vitate, cum co tempore quo regnare cceptt Achaz. fam novem Ezechias esset annorum? (loc.cit.) Les difficultés chronologiques qui entourent l'avènement d’Éztchias ne permettent plus aux exégètes modernes de proposer cet argument avec la même assurance que Jérôme. Il nous semble pourtant n’avoir pas perdu sa valeur. Trois passages bibliques sont en conflit pour la date de l’avènement d’Ézéchias. D’après IV Rcg., xvui, 9-10, Samaric a été prise la 6· année d’Ézéchias, ce qui nous conduit pour l’avènement de ce prince en 727. 11 devait donc être né en 734 lors de la guerre syro-vphraimite, d’autant plus que la Bible, IV Reg., xviu,2. le fait mon­ ter sur le trône à l’àge de 25 ans. Mais, d’après IV Reg xvni, 13, l’invasion de Scnnachérib en Juda eut lieu la quatorzième année d’Ézéchias. Or Sennachérib monta sur le trône en 705 et son expedition en Palestine eut lieu en sa troisième année, en 702 (cylindre de Taylor). 11 faudrait donc dater l’avènement d’Ézéchias d’envi­ ron 715. S’il avait 25 ans à son avènement, Isaïe n’a pis pu prédire sa naissance en 731. Mais on ne peut dat er le règne d’Ezéchias de 715 ; l’invasion assyrienne de 702 ne tombe pas la quatorzième année d’Ézéchias; I nous avons dit plus haut que cette Indication chrono, logique convient à la maladie d’Ézéchias, mais ne peut d’aucune façon sc rapporter à l’expédition de Senna­ cherib. Il faut donner la préférence à la notice de IV Reg., xvni, 9-10 sur celle de IV Reg., xvni, 13. On ne peut guère tabler non plus sur les seize ans de règne que IV Rcg., xvi, 2 assigne A Achaz, pour dater l’avène­ ment d’Ézéchias de 719, son père n’ayant pas occupé le trône avant 735. Cette date serait À la fois en contra- I 1 ’ I il ISAÏE, PROPHET E DE L’EMMANLLju diction avec les deux autres passages des Bois. On obtient au contraire l'harmonie entre IV Rcg., xvi, 2 et IV Beg-, xvin, 9-10, en lisant six uns, au lieu de seize, dans le premier passage. Notons encore que la vraie Interprétation de l'orade d’isule contre les Philistins, Is., xiv, 23 sq., fait coïncider l'année de la mort d'Achaz avec celle de la mort de Téglath-Pholasar. Or le monarque assyrien disparut en 727, ce qui confirme la donnée de IV Beg., xvin, 9-10 pour l'avènement d’Ézéchias en 727. En tout état de cause, on voit que la naissance de ce monarque doit être antérieure à 734 et que le prophète n'a pu alors l'annoncer comme pro­ chaine. Le nom d'Emmanuel (Dieu avec nous) exprime tout bu moins le souvenir ou l'espoir du salut. 11 semble même qu'Enummuel soit lui-même le roi-sauveur. Nous n'argumentons pas pour le moment du rôle ré­ servé à l'enfant du chapitre ix,ou au rejeton de David du chapitre xi, nous nous en tenons aux chapitres vu et vin qui seuls parlent strictement d’Emmanuel. Au chapitre vu, nous ne rencontrons que le nom avec sa portée figurative, mais au chapitre vm, S, Emmanuel apparaît comme roi de Juda, et au verset 10, comme garantie absolue du salut de la nation : « Armez-vous, vous serez consternés! Préparez un plan, il sera dé­ truit I Formez un projet, il ne tiendra pas, à cause d’Emmanuel (Af ' inimdnu-' Et). · Or, un ne voit pas très bien pourquoi Ézéchias recevrait un nom qui soit un souvenir ou un gage de salut, encore moins à quel tit rc Ézéchias serait présenté comme roi-sauveur. Isaïe voudrait-ildirequ’Acliazpourraappelerson fils Emmanuel en reconnaissance ou en espoir de ia délivrance du péril syro-éphraïinltv? Mais au chapitre vu, après le refus d’Achaz, il n'est plus question de cette déli­ vrance, mais au contraire des maux qui vont fondre sur Achaz, sa niaEon et son peuple. Il faudrait dire 1 aussi qu'Ézéchi.tvEnunanuel fait double emploi avec le second fils d'haie, dont le num Prompt butin-Proche pillage symbolise le châtiment de Damas et de Suinarie. Achaz devrait-il donner à son fils le nom d'Emma­ nuel, gage de la délivrance du péril assyrien? Mais il n'est pas question de celte délivrance dans l’entretien du prophète et du rai, mais bien des ravages que 1*As­ syrien va exerceri n Juda. Enfin, le titre de roi-sauveur ne convient d'aucune façon à Ézcchias. Au lieu d’être le salut d’Israël, il doit demander lui-même Λ Dieu sa délivrance, et en être averti parla bouche d'Isaïe; il se | compromet avec les ambassadeurs du patriote babylo­ nien rodath-Balndan; il s'eilruie et pleure comme un enfant a la nouvelle de sa rnort prochaine. Mais peut- I être l'histoire n'a-t-elle pas répondu à l’attente pro­ phétique, et Ézcchias ne lut-il pas l'homme qu'lsuie espérait? Dans ce cas, le prophète, conscient de sa déception, n'aurait pas laissé subsister ses oracles dementis. Le Talmud, traité Sanhédrin, 94*, nous dit que Dieu voulait faire d'Ézéchias le Messie, mais que celui-ci n'en fut pas trouvé digne. Cette interprétation a au moins le mérite de reconnaître que l'Emmanuel promis n'est autre que le Messie. SI Emmanuel désigne Ézcchias, pourquoi haie ap­ pelle-t-il sa mère la *almdh? Ce mot, comme nous le verrons Indique une jeune fille nubile; pourquoi nom­ mer ainsi Abi, fille de Zacharias, IV Beg., xviu, 2? Pourquoi Isaïe ne dit-il pas à Achaz : ton épouse ou la rein ‘7 Et s’il s'agit d’une jeune fille quelconque du ha­ rem d'Achaz, pourquoi Isaïe l'appclle-t-il lu jeune tille et pourquoi donne-t-il ce nom vulgaire à celle qu'il sait devoir être 1r mère de l’heritier du trône? De plus, comme nous le dirons plus loin aussi, le langage solen­ nel du prophète : « voici que la Jeune fille est enceinte rt met au monde un fils · semble bien annoncer un mystère dans la conception et la naissance d’Emma­ nuel. Or 1,1 n’y eut sans aucun doute rien de particu- 52 Hcr ni d'extraordinmre dans la mu^uace d'Ézéchins. β) Saint Jérôme rappelle une autre opinion ancienne, celle qui fait d'Emmanuel un /ils pique, si en parlant de son enfant, il a annoncé le Messie sans le savoir, comme le fera plus tard Caiphc. Joa., xi, 51, les arguments de tantôt reviennent, et le prophète a donné à son fils des qualificatifs et des titres qui ne lui conviennent pas. Savait-il au contraire que son fils représentait le Mes­ sie, et parlait-il de lui en tant que figure du Messie? Cela revient ù dire que le sens messianique est le sens littéral des paroles d’haie. Nous verrons d'ailleurs que les difficultés soulevées par le contexte contre le sens messianique littéral sont sérieuses, sans doute, mais non Insurmontables. y)Nous ne nous arrêtons pas à discuter l’explication allégorique de vu, 14, défendue par I lofman, d'après laquelle la 'almdh serait une personnification de la maison de David, et VEmmanuel représenterait l’Israël nouveau, ou symboliserait simplement la déli­ vrance. 11 est trop clair qu'il s'agit d'un Individu déterminé et même d’un roi, fils de David. 8) L'explication la plus répandue dans les milieux non-catholiques est celle qui voit dans in 'almdh une femme quelconque, et dans l’Emmanuel, un enfant quelconque. La désignation de l'enfant qui doit naître n’est pas en question, disent les tenants de cette hypothec, et le prophète ne pense ù aucune personne en particulier; il n’y a là pour lui qu'une façon de parier pour indiquer ia proximité de la libération et du salut. Cette explication est proposée avec des variantes, par Lowth, Gratz, Michudis, Eichhorn, Paulus, Heuss, Kucnen, Smith, Clu-ync. Marti, etc. Voici sous quelle forme Duhm la présenté : Le signe qu’ Isaïe va donner à Achaz a ersent i dlnnent le même but que celui que le roi vient Jlevue biblique, 1904,p. 220. Cf. aussi Davidson et Condamin, op. et’L, p. 63. Or, si l’on peut rapprocher pour le sens et éclairer l’un pur l’autre ces oracles rapprochés dans le temps, les circonstances et le contexte du lisre d’Isaie, il n’y a plus le moindre doute sur Γ identification messianique d'Emmanuel dans is., mi, 14. 3. Enfin, le texte de Michcc v, 1-5, où le Messie est clalrrment désigné, et qui fait manifestement écho à h de vu, 14, nous confirme dans l'interprétation mesdinique de ce passage : De Bethléem, ville de David, sortira celui qui doit dominer sur IsraëL Jahvé livrera wm peuple jusqu’au temps où celle qui doit enfanter ail enfanté ce fils prédestiné qui gouvernera par la puh ancc de Jahvé, par la majesté du nom de Jahvé -»on Dieu et nous délivrera d'Asaur quand celui-ci en­ vahira notre pay* et foulera notre territoire. Il y n de multiples rapprochement i, entre l’oracle de Mlchée et 56 celui d’Isaie. L'Emmanuel d’Isaie c'est le Dominateur sorti de Bethléem dans Mlchée, et celle qui doit enjanterdonl parle Mlchée, c’est In 'almâh qui conçoit et enfante dans Jsaie, c'est la mère du Messie, b. Conception et naissance d'Emmanuel. La 'Almdh. — Saint Jérôme et probablement aussi les anciens Juifs, font dériver Je mot 'almdh de la racine 'diam, ca­ cher, qui ne se rencontre qu’en hébreu : Verbum aima habet etymologiam Απόκρυφος, i. e. abscondita et Jé­ rôme en concluait que le sens usuel de vierge était en­ core renforcé par la signification étymologique: aima èmxctmv (incrementum) virginitatis tmbrt, ut et virgosil et abscondita, tandis que belâlâh correspondrait sim’ plemcntà virgo. Liber hebr. qu/est. in Gcn., xxiv, 43; In ls., vu, 14 ; Adv. Jovin., i, 32, P. L., t. xxni, cal. 973; t. xxiv,col. 107;t. xxni,col. 254. Lcssémitisants modernes ont abandonné cette étymologie. Le mot 'almâh est la forme féminine de *élém qui signifie /eune homme et la comparaison avec l’arabe, le syriaque et l’araméen semble indiquer qu’il dérive d’un radical 'diam avec le sens d'être fort, d’être viril, d’être ù l'âge nubile. La 'almâh serait donc la Jeune fille nubile, puella nubilis. Mais à côté de l’étymologie il faut tenir compte de l’usage. La signification étymologique n’est pas tou­ jours rigoureusement respectée par l’usage. Ainsi le mot allemand Jung/rau qui signifie étymologiquement jeune lemme, représente en fait dans l’usage courant une jeune fille non mariée. Il paraît en être de même pour le mot hébreu 'almdh. Ce mot revient encore un certain nombre de fois dans la Bible en dehors d’Is., vu, 14 : Gen., xxiv, 43, où la 'almâh qui sortira pour puiser de l’eau est Rébecca jeune fille très belle, dit le t 16. qui était vierge betûldh et que nul homme n’avait connue;Ex.,n, 8 où la 'almdh est Marie, sœur de Moïse, allant chercher sa mère comme nourrice à son frère sauvé des eaux; Cant., i, 3 et vi, 8 où les 'aldmôt sont les Jeunes filles en opposition dans le se­ cond endroit aux épouses et aux concubines; Ps. xlvi, titre (peut-être aussi Ps. ix, 1 et xlviii, 15 qui serait à transporter â xux, 1) et I Par., xv, 20 ne fournissent pas de renseignements précis : 'al-'aldmôt est proba­ blement une notation musicale. Le sens est obscur. On traduit par < en soprano > ou < en voix de fausset >, voce virginea; Ps., lxviii, 26 où l’on voit figurer dans un cortège « en avant les chanteurs, en arrière les musiciens, au milieu des Jeunes filles, 'aldmôt, avec des tambourins. * Dans aucun de ces passages 'almdh ne désigne une Jeune femme mariée; dans plusieurs d’entre eux, comme ceux de la Genèse, de l’Exode, du Cantique, et sans doute aussi du psaume lxviji, le mot représente manifestement une jeune tille non mariée. Mais il n’in­ siste pas formellement sur la virginité,(c’est le mot belùlâh qui sert ù relever particulièrement ce caractère), mais sur l’adolescence ou la jeunesse. Toutefois, une Jeune fille non mariée doit être supposée vierge jusqu’à preuve du contraire, elle est vierge de jure. Une Jeune fille non mariée dont la perte de la virginité serait con­ nue, pourrait-elle encore s’appeler 'almâh ? Aucun texte ne permet de l’affirmer. On voit donc que beaucoup de lexiques dépassent la portée des textes, sinon la signi­ fication étymologique, en traduisant 'almâh par jeune fille nubile, vierge ou non, mariée ou non. En sens con­ traire, certains commentateurs exagèrent certainement en disant que dans l’un ou l'autre cas, en dehors du texte d’Isaïe, le mot 'almdh sert à désigner la Jeune fille formellement comme vierge. Il s’agit surtout d’un pas­ sage obscur des Proverbes, xxx, 19 sur l’interprétât ion duquel on a beaucoup discuté. A notre avis, il ne dit ni plus ni moins que les autres passages de la Bible où 11 est question de la 'almdh. L’étude de ce texte montre üt-Ctrc que 2e vocable 'almdh n’impliquait pns né- 57 ISA IE, PROPHÉTIE DE L’EMMAM EL 58 ccüinircmcnt, du moins ύ l’époque de routeur, la con­ dition, exp.-nue seulement d’une façon plus probable servât ion matérielle depa virginité. Quoi qu'il en soit l'idée d'une Vi< rge-Mere... La difficulté est toute dan·· d’ailleurs on peut dire que partout où il s’agit de 'alla part d’obscurité qui reste au sen* ùe'alma. ·Ορ. al., mdh dans la Bible il est question d’une Jeune fille nu­ p. 69. L’on peut voir, en tout cas, que l'affirmition bile mais non mariée. Le prophète se représente donc de certains critiques modernes, d’apres laquelle l.i foi une jeune fille non mariée, et donc Ici une vierge, — de l’Églisc en la conception surnaturelle du Messie re­ car pourquoi la supposer violée, — concevant et enfan­ poserait sur une erreur de traduction, e.t non seulement tant Emmanuel. Dans quel but relève-t-il ce caractère blasphématoire, mais inconsidérée et dénué»* de de la mère du Messie? Si cette jeune fille doit devenir toute valeur scientifique. La 'almâh d’Isaïe, c’est mère à la façon des autres mères c’est une banalité sans historiquement Marie, Vierge et Mère de Jésus. importance que de noter qu’elle était vierge jusqu’a­ c. Rapports de la prophétie messianique avec le con­ lors; c’est le cas pour bien des jeunes filles avant la texte. — Nous avons expliqué le verset 14 ; mais com­ conception de leur premier enfant. C’est donc qu*Isaïe ment cette prophétie de la naissance miraculeuse du ne se représente pas la conception du Messie s’opérant Messie s’accorde-t-elle avec le contexte? C’est là le selon les lois ordinaires, mais d’une façon extraordi­ point le plus difficile à expliquer. Certains auteurs ca­ naire et mystérieuse. tholiques sont même portés à croire que nous n’avons Bien que ce mot 'almdh ne rende pas rigoureusement « plus l’oracle in extenso, avec toutes les circonstances d< et nécessairement le sens de vierge, bien qu’il ne soit texte et de contexte, tel qu'il fut délivré aux auditeurs pas dit textuellement que la 'almâh restera vierge en ; immédiats. » Calés, Recherches ae science religieuse, Lu concevant et en enfantant, par le fait môme qu’Isale 1910, p. 167.Recherchons d’abord la nature du contexte relève ce fait qu’une jeune fille non mariée deviendra actuel et établissons que le verset 11 se trouv* en mère du Messie, c’est qu’il volt dans cette maternité clavé dans un discours de menaces à l’adresse d’Aquelque chose de merveilleux, de surnaturel. Le mot chaz. MûMh eût sans doute été plus clair, mais l’emploi de Le discours d’Isaïe ft Achaz a déjà fait entendre une 'almâh ne modifie pas le sens de la prophétie. Aquila, note menaçante au t 9, mais d’une manière condition­ Synunaquc, Théodolion l’ont traduit par veûvtç qui nelle : « SI vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas » ne compromet rien, mais les LXX, la Vulgate et le Il tourne définitivement ft la menace au 113, après le refus d’Achaz de demander un gage de salut : « Écou­ Syriaque ont certainement rendu la pensée d’Isaie en tez, maison de David : Est-Ce trop peu pour vous de se prononçant nettement pour l'enfantement virginal, παρθένος, virgo, betûlla. Plusieurs passages des écrits lasser la patience des hommes, que von* lassiez aussi celle de mon Dieu! C’est pourquoi Dieu I j’-même vous ntbbiniques et quelques allusions de Philon donnent à donnera un signe. » L’incrédulité du roi a provoqué penser qu’une naissance miraculeuse du Messie était l’indignation du prophète et modifié les disposition* attendue par les juifs. Il est difficile de prouver qu’ils bienveillantes de Jahvé. On ne s’attend plus désormais ia concevaient comme une parthénogénèse. Mais toute à voir accorder une faveur ft Achaz. De fait, il est ma­ la tradition chrétienne, à commencer pnr saint Mat­ nifeste qu’à partir du verset 17, le prophète lut prédit thieu, a vu dans le texte d’Isaïe une prophétie delà de grandes calamités comme châtiment de son Infidé­ oonceptlon surnaturelle du Messie. Longtemps les lité. Les Assyriens qu'il appelle Λ son secours viendront, protestants ont été aux côtés des catholiques pour ainsi que les Égyptiens, et ravageront .son pays. Les défendre cette exégèse. Driver, Isaiah, Londres 1893, p. 41, noie, reconnaît encore que « de la prophétie 1 vignobles seront détruits, les champs transformés eû lieu de pacage pour le bétail; les rnr» s habitants de­ prise dans son ensemble, on peut inférer qu’ Isaïe voyait vront se nourrir des produits spontanés du sol, 17-25. quelque chose de remarquable dans la naissance de Le beurre et le miel seront l’aliment de tous ceux qui l'enfant Emmanuel » et von Orclll Die Prophefen Je· seront restés dans le pays, 22. Emmanuel lui-même de­ saia U ml Jercmia, Nôrdlingen,1891,p. 38 : «Plustard vra s'en nourrir, 15, parce que la terre ne sera plus cul­ on a vu dans la manière dont Isaïe vn, 14 annonce la tivée, parce que le pays sera abandonné par suite de naissance d’Emmanuel un miracle au sens de Mati h., i, l’invasion assyrienne. Emmanuel est ainsi associé aux 22, sq. ; et de fait, ce n’est pas sans quelque Juste mot if privations et aux maux que Juda aura à supporter à extrinsèque et intrinsèque. » Mais le langage de Calvin cause de la défiance d’Achaz. On reconnaît assez géné­ est particulièrement clair; < Accordons aux Juifs, ditralement aujourd'hui que la locution du t 15 : manger il, que'o/mM signi île jeune fille et se rapporte surtout du beurre et du miel, doit être considérée à cause du y ft l’Age, comme ils le veulent, bien que Γ Écriture en 22 où elle revient, non comme un indico de temps d'a­ use ordinairement en parlant d’une vierge, le texte bondance, mais d’une époque de dévastât ion où, faute réfute delai-même leurs calomnies. Car qu'est-ce que le de récoltes, les habitants n’ont plus pou se nourrir que prophètecûtditde mervclfieuxs'ileûtparléd’unc jeune le miel et les produits du lait. Pourtant cette explica­ fille devenue mère par le mariage?... Posons le cas qu’il tion n’est pas acceptée partons les exégètes. Si on l’ad­ soit parlé d’une femme qui devait concevoir un fils à la met, on fera commencer au 115 Je tableau de la désola­ manière ordinaire : tous voient que ce serait une chose tion qui se déroule de 17 à 25. froide et sans propos, que le prophète parlant aux juifs Dans ce contexte de menaces, le verset 16 fait diffi­ d'nne chose nouvelle et merveilleuse, ajoutât qu'une culté, car il contient à première vue une promesse in­ jeune fille concevrait. Il est donc évident qu’il parle directe de délivrance en faveur d’Achaz : < Cur avant d'une vierge qui devait concevoir par la grâce du que l'enfnnt sache rejeter le mal et choisir le bien, le Saint-Esprit, et non point selon le commun ordre de pays dont les deux rois t’épouvantent sera dévaste- » nature. Et c'cst ce mystère que saint Paul exalte si Ces deux rois sont évidemment Razin de Damas et hautement quand il dit : < c'est quelque chose de grand Phacée d’Israël et leur pays doit être les deux royau­ que ce mystère d’amour qui s'est fait voir dans la chair, mes de Syrie et de Samarie. Isaïe annoncerait donc la qui a été Justifié par l’Esprit, manifesté aux anges, dévastation de ccs régions avant l’époque où le Messie prêché aux nations, cru dans le monde, reçu dans la saura rejeter le mal et choisir le bien, c'est-à-dire d'a­ gloire. » Commentaires sur Isale, In hune locum. La con­ près l'interprétation généralement reçue, sera arrivé ft clusion du P. Condamln est même plus réservée et plus l'âge de raison, Dcut., i, 39; ou bien, d’après d'autres, modérée que celle de Calvin : « Comme cela n’est pas sera arrivé ft l'âge mûr où 11 pourra juger non seule­ certain (que 'almâh ne peut se dire que d’une jeune fille ment pour lui-même mais encore pour les autres, le bien non mariée), il semble que le texte d'Isaïe, considéré en lui-même, sans le témoignage de l’Évangile et de la tra­ i et le maL 59 ISA IE, PROPHÉTIE DE L’EMMANtEL Knabenbnuer, op. cil., p. 187, entend ce f 16 de l’état de la Palestine à l’époque romaine : Avant l’épo­ que où le Messie y mènera une vie humble et pauvre, la terre d’Israël aura été dévastée, c’est-à-dire privée de son autonomie. Mais il est évident par tout le con­ texte et spécialement parles versets 17-20 qu’il s’agit d’une dévastation prochaine dont Achaz sera encore témoin et dont les Assyriens seront les auteurs. 11 fau­ dra résoudre autrement la difficulté créée par l’asso­ ciation d'Emmanuel à des événements qui paraissent contemporains d’haie. En parlant du fait qu’il s’agit d une dévastation prochaine de la terre d Israel et de Damas par l’Assyrie, on explique d’ordinaire le 116 et sa connexion avec les versets 17-20 de la façon sui­ vante: Isaïe va annoncer au t 17 les maux qui fon­ dront sur Achaz et sur son peuple en châtiment de l’incrédulité du roi, mais il prédit auparavant au t 16 la dévastation de la terre d’Israël et de Damas. Cette explication est la seule qui puisse convenir au texte actuel du ÿ 16, et cependant elle est inacceptable. Il est Impossible que les deux royaumes parfaitement distincts d’Israël et de Damas soient compris par Isaïe sous l’unique dénomination de « la terre dont tu crains les deux rois », comme s’il s’agissait d’un seul pays gouverné par deux rois. La dévastation de cette terre doit expliquer le fait qu’Emmanuel sera réduit à manger du beurre et du miel jusqu’à ce qu’il sache re­ jeter Je mal et choisir le bien, comme l’indique la con­ nexion entre le t 16 et le t 15. Or ce fait s’explique parla dévastation delà terre de Juda,non par celle d’Israël et de Damas. Enfin, le t 17 est la continuation naturelle du 116 et rien n’indique qu’il y ait transition de la terre d’Israël et de Damas à la terre de Juda dont on parle au t 17. Il doit donc être question aussi de Juda au t 16, mais alors il faut modifier le texte. Condamin, op. d/., p. 51, propose le texte suivant pour Je 116; « Car avant que l’enfant sache rejeter Je mal et choisir le bien, la terre pour laquelle tu redoutes les deux rois sera dévastée. · Il adopte donc la leçon des I XX : /es deux rois, au lieu de celle du texte massorétique : ses deux rois, et il donne au relatif d^ér non pas le sens de que mais celui de pour laquelle déjà, dit-il, la lecture de saint Ephrem, mais Lagrange fait observer, Revue biblique, 1905, p. 279 que àsêr seul ne peut avoir le sens de pour laquelle. L’année pré­ cédente, dans la même revue, 1904, p. 217, Van Hoonacker avait proposé une autre modification du verset 16. II adopte autel la leçon desLXX:/es deux rois, donne àd<ér le sens de parce que ou loi qui et coupe, autrement 1r phrase. « Avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays sera abandonné. Parce que tu es saisi de terreur, toi, devant les deux rois, Jahvé fera venir sur toi, etc. » Mais encore une fois, Lagrange re­ marque qu’on ne peut alléguer aucun exemple de àiér, en tête d’une phrase, signifiant parce que ou toi qui.Loc. cil. Pour sa part, 11 préféré la solution plus radicale de Budde qui supprime le verset 16. Davidson et Kittel avalent ouvert la vole, en retranchant les mots : · dont tu redoutes les deux rois.» Ce simple retranchement supprime d’un coup les trois difficultés signalées plus haut contre le verset 16 où le pays abandonné peut détormais s’entendre du pays de Juda. Lagrange fait va­ loir les considérations suivantes en faveur de la suppression totale du verset 16 : a) il est Impossible de maintenir ce verset dans sa teneur actuelle, et d’autre part les modifications qu’rn y apporte peuvent diffici­ lement se soutenir.— β) Ce verset fait l’effet d’un doublet avec vm, 4.—γ) Il paraît être l’œuvre d’un gins-at eur qui ne comprenant pas la menace d’Isaïe accablant Achaz et réservant le salut à la maison de i 1 livid, i voulu faire Intervenir Immédiatement Emma­ nuel comme sauveur du danger syro-éphrnTmite. — 3) Dans un texte pur, Il serait peut-être Imprudent 60 de sacrifier un verset pour ces raisons, mais si l’on re­ tranche comme glosesle t 1 ; au t 4 les mots : LeTargum de Jonathan applique au Mes­ sie le premier verset : Egredietur virga de radice Jesse. 11 est suivi par la plupart des anciens commentateurs Juifs, entre autres Abarbancl et Kimchi. Saint Paul, 11 Thcss., n, 8, applique à Jésus-Christ la parole d’Isaïe, xi, 4 : Du souille de sa bouche, il anéantira l’impie. Cf. Apoc., i, 16. L’Apocalypse, v, 5; xxn, 16, emprunte à Isaïe un des qualificatifs dont elle salue l’agneau de la Jérusalem céleste : · Le voici le lion vainqueur de la tribu de Juda, le rejeton de David. » Cependant, quel­ ques juifs, parmi lesquels Abcn-Esra, et quelques com­ mentateurs modernes à la suite de Grotius ont soutenu qu’Isaïe voyait Ézéchias dans le rejeton sorti du tronc de Jessé. On pourrait encore dans ce cas, admettre le sens messianique typique, mais il est certain qu’Isaïe n’a pu s’attendre à voir réaliser par Ézéchias le brillant avenir qu’il décrit au chapitre xi. Au témoignage de Théodoret certains juifs auraient appliqué cette pro­ phétie d’Isaïe â Zorobabel : lacrijmis digna est, dit-il, judœorum stupiditas. In Is., xr, 1, P. G., t. i.xxxi, col. 318. Zorobabel ne vérifie pas le portrait d’Isaïe. D’ailleurs, le regard prophétique ne se porte pas sur un personnage historique déterminé, mais seulement sur le Messie, dont il annonce la nais­ sance miraculeuse au chapitre vu, dont il a donné les noms au chapitre xx, dont il a décrit le rôle au cha­ pitre xi. Le rôle du Messie est d’abord de faire régner la Jus­ tice : 11 sera un juge parfait, aura une attention parti­ culière pour les pauvres et les malheureux, exterminera l’impie et le méchant. La Justice sera son vêtement et son armure, 3b-5. Grâce à ces dispositions, il inaugurera ce règne de paix si brillamment décrit dans les versets 6-9. Pour réaliser ce portrait du Juge idéal, le nou­ veau David sera animé de l’Esprit de Jahvé qui reposera sur lui d’une façon permanente et lui commu­ niquera la plénitude de ses dons. Dans une énuméra­ tion à sept termes, le prophète indique d’abord d’une façon générale l’Esprit de Jahvé, puis les six effets que sa présence produira dans le Messie. Les dons du Saint-Esprit vont deux a deux. D’abord deux dons d’ordre spéculatif : la sagesse, en vertu de la­ quelle le Juge saura saisir la vraie nature de la cause, et l’intelligence, pour discerner les circonstances et les au­ tres données qui peuvent influer sur la sentence. Puis deux dons se rapportant à l’ordre pratique:le conseil, ou l’art de prendre les résolutions et les moyens les plus propres à obtenir le résultat voulu ; la force, qui rendra le juge indépendant de toutes considérations de personnes et supérieur aux obstacles. Enfin, deux dons se rapportant Λ l’ordre religieux et mettant le Juge de la terre en parfaite harmonie avec Dieu qu’il repré­ sentera science, ou la connaissance parfaite de Dieu et de sa loi ; la crainte de Dieu, ou l'obéissance respec­ tueuse aux volontés divines. Les dons du Saint-Esprit sont au nombre de six. Il ne saurait être quest ion d’un septième don exprimé par DICT. DH THÉOL. CATHOL. le 13* : et replebit eum spiritus timoris Domini. Ce n’est pas un don nouveau puisque la crainte de Dieu ligure déjà à la fin du f 2. D’ailleurs, les dons sont énumérés deux à deux, et le membre de phrase de 3% est en de­ hors de l’énumération, comme 1'mdiquc sa construc­ tion même. D’où vient donc le septième don du SaintEsprit? Les LXX et la Vulgate ont traduit le même mot hébreu de deux façons différentes dans 2d et 3*, une première fois par ευσέβεια, pietas, une seconde fois par φόβος θεού, timor Domini, sans doute pour éviter la ré­ pétition du même terme dans deux versets consécutifs. Il n’est pas prouvé que les LXX aient attaché un sens différent à εύσέβαα et à φόβος θεού. La piété et la crainte de Dieu sont synonymes et expriment simple­ ment la religion. On en a la preuve dans la double tra­ duction que les LXX donnent de Proverbes,!, 7:’Αρχή σοφίας φόβος θεού et ευσέβεια oc είς θεόν άρχή αίσΟήσεως. D’ailleurs, dans Is., xi, 2d et 3\ le Targum et la PeschitO traduisent la locution hébraïque deux fois de la même manière : on n’est pas fixé sur le sens exact de 3b. Dom Calmct traduit : Et sa respiration sera dans la crainte du Seigneur. Ce verset décrirait l’effet produit dans l’âme du Messie par les dons énumérés aux versets précédents, surtout par le dernier. Le reje­ ton de David sera tellement pénétré de la crainte de Dieu que ce sera sa vie, sa respiration. Mais plusieurs critiques (Bickell, Condamin, Duhm) considèrent 3· comme une glose ou une variante qui vient rompre la régularité des versets 1-8 où tous les autres vers sont groupes deux par deux et soumis à un rigoureux paral­ lélisme. La conséquence de la Justice dans le gouvernement des hommes, c’est la paix. Le prophète dessine un ma­ gnifique tableau de la tranquillité, de la douceur des mœurs, de l’harmonie universelle que le règne du Mes­ sie amènera dans le monde, xi, 6-9. 11 ne faut voir dans cette description, ni un rêve purement idéal, ni une réa­ lité dost inéc à s’accomplir un Jour à la let tre. Il faut faire la part du symbole et considérer que le prophète dé­ crit avant tout les splendeurs du royaume messianique dans sa phase complète et définitive. La première par­ tie du verset 10 : « En ce jour-là, c’est la racine de Jessé qui se lève comme un étendard pour les peuples, c’est lui que les mitions chercheront, > est citée par saint Paul, Rom., xv, 12. C’est la personne même du Messie qui est présentée comme une bannière sous laquelle le monde entier viendra se ranger; ce n’est pas précisé­ ment sa croix qui est l’étendard ; il n’y a pas ici de pro­ phétie de la mort du Messie. La seconde partie du ver­ set 10 : < Et sa demeure sera glorieuse · a été traduite parla Vulgate: Et erit sepulcrum ejus gloriosum. Saint Jérôme appliquait ce passage à la mort et ù la resurrec­ tion du Sauveur, et il a traduit de la sorte pour expri­ mer plus clairement ce qu’il croyait être la pensée du prophète : Ut manifestum legenti sensum faceremus. In Is., xi, 10. P. L., t. xxiv, col. 119. Mais l’idée du sépulcre, même glorieux, s’accorde mal avec le contexte. Isaïe veut dire que la gloire du Messie, étendard pour les nations, resplendira dans tout l’uni­ vers, et illuminera en quelque sorte sa résidence. Π. la seconde partie. —Considérée au point de vue messianique, la première partie du livre d* baie fait surtout connaître la personne et les fonctions royales du Messie. La seconde partie décrira principale­ ment son ministère de docteur qui s’étend au monde entier : · Il est envoyé pour être la lumière des nations et pour faire arriver le salut de Jahvé Jusqu’aux extré­ mités de la terre > xux, 6; et son œuvre rédemptrice en tant que < serviteur de Jahvé · s’offrant lui-même en sacrifice expiatoire pour nos péchés, un, lü. Nous avons dit que cette seconde partie pouvait sc partager en trois sections qui nous paraissent se rattacher res­ pectivement comme à des points cardinaux, aux trois VHI. — 3 67 ISA IE, LE SERVITEUR vérités suivantes : la transcendance de Jahvé, le Dieu d* Israel; le Médiateur du salut spirituel et son œuvre rédemptrice; les conditions, les destinataires et la consommation du salut. La transcendance de Jahvé apparaît surtout dans la première section xl-xlvm, i qui la met dans un contraste saisissant avec l'im­ puissance et le néant des dieux des nations. L'œuvre du Médiateur occupe le centre de la seconde sec­ tion, xlix-lv, lx-lxii : le fruit de ses sou (Trances, i c'est la réconciliation du monde pécheur. Les conditions d’accès au salut : la conversion sincère, le repentir, h justice; et les perspectives d'allcgrosse sans fin qu’ouvre la délivrance, font surtout l’objet des exhortations et des descriptions de la troisième section, lvt-ux, lxiii-lxvl Le monothéisme, le mes­ sianisme et l’universalisme, ces trois dogmes fon­ damentaux de la religion juive, que la seconde partie d* Isaïe inculque avec tant d’insistance,mettent ce rc- 1 cueil au premier rang des compositions religieuses de l’Ancien Testament. Nous ne pouvons nous arrêter à l'examen de toutes ces doctrines, mais nous devons ce­ pendant étudier de plus près les passages relatifs au serviteur de Jahvé, qui constituent le point culminant t de la seconde partie d’Isaïe. Les chants du Serviteur de Jahvé. — 1. Applications diverses du titre de Serviteur de Jahvé. — Le titre de ser­ viteur de Dieu ou de Jahvé revient très souvent dans l’Ancien Testament, abstraction faite du livre d’Isaïe. Il est d’ordinaire donné à des individus, parfois au peuple d* Israël. Abraham, G cil, xxvi, 24, Isaac et Ja­ cob, Deut.» IX, 27, Moïse, Ex., xiv, 31; Num., xn, 7; Dcut., xxxiv, 5; Jos., i, 1 ; xni, 8; Ps., cv, 26, Caleb, Num., xiv, 21, Josué, Jos., χχιν, 29; Jud., π, 8, David, 11 Beg., vn, 8; Is., xxxvn, 35, Isaïe, xx, 3, Eliacim, Is., ΧΧΠ, 20, Job, i, 8, Daniel, vi, 20, les prophètes en gé- I nèral, Αιη.,ιπ, 7; Jer., νπ,25;χχν, 4; etc., Nabucho- | donosor, Jer., xxv, 9; xun, 10; xxvn, 6, les anges, Job., iv, 18, le roi messianique de l’avenir, Ez., xxxiv, 23-24 ; xxxvn, 24 ; Zacli., m, 8, le reçoivent tour à tour. On a soutenu qu’on ne trouvait aucun texte, en dehors d’Isaïe, où les tonnes « serviteur de Jahvé » soient ap­ pliqués au peuple d’Israël. C’est exagéré. Dans Jéré­ mie xxx, 10; xlvi, 27; Ézéchiel, xxvm, 25; xxxvn, i 25, où Jahvé parle de son serviteur Jacob qu’il va ra­ mener de l’exil, il s’agit bien du peuple d’Israël. 1 Dans la seconde partie d'Isaïe, nous rencontrons 1 certainement un texte, xuv, 26, où les prophètes sont appelés serviteurs de Jahvé : < J’accomplis la parole de mes serviteurs, et j’exécute le conseil de mes en­ voyés. a Le texte massorétique devrait littéralement se traduire : « Je suis Jahvc... qui tiens la parole de son serviteur, > mais le parallélisme avec le membre sui­ vant « qui execute le conseil de scs messagers, » montre clairement qu’il faut lire aussi le pluriel dans le premier membre, comme l’ont fait les LXX et leTargum. Quel­ ques critiques croient aussi que le serviteur de Jahvé représente les prophètes dans xui, 19, et proposent de traduire : çuis circus nisi ad quem servum mtum, et quis surdus nisi ad quem nuntium meum milio. La Vulgate a compris qu’il s’agissait des prophètes, dans le second membre, en traduisant : et surdus, nisi ad quem nuntios meos misi. Or, si le messager représente les prophètes, le serviteur doit les désigner aussi ; d’autre part, il n’est pas possible qu’Isaïe appelle aveugles et sourds, des prophètes comme lui, et le contexte, t 18, 20, prouve d’ailleurs que c’est le peuple qui est aveugle et sourd. Ainsi se justifie la traduction proposée : Qui est aveu­ gle comme celui vers qui j’envoie mon serviteur, sourd comme celui vers qui j’envoie mon messager? — Cette traduction serait légitime, s’il était vraiment prouvé que le messager et le serviteur doivent désigner les pro­ pi. cte*. Mais pourquoi le messager ne pourrait-il pas être le peuple d’Israël, destine par Dieu à une mission DE JAHVÉ 68 spéciale? Le messager et le serviteur désigneraient alors Israël à qui l'on reprocherait son aveuglement et sa surdité. Remarquons encore que le 119b ne se prête pas â la traduction proposée : « Qui est aveugle comme mon familier, aveugle (sourd?) comme le serviteur de Jahvé? > Aussi les partisans de l’interprétation que nous discutons proposent-ils de considérer 19b comme une glose, un doublet de 19·. Les LXX entendent xui, 19 du peuple et de ses chefs : < Qui est aveugle, si ce n’est mes serviteurs, qui sont les sourds, en dehors de ceux qui les dominent? Et les serviteurs de Dieu ont été aveuglés. » Nous rangeons xui, 19 parmi les pas­ sages où le serviteur de Jahvé représente le peuple d’Israël. Il en est de même de xi.ni, 10 : < Vous êtes mes témoins, déclare Jahvé, et mon serviteur que j’ai élu, » où il n'y a pas lieu de voir dans le serviteur un personnage distinct des témoins : c’est le peuple d’Is­ raël qui est témoin et serviteur de Jahvé. Les Israélites sont nommés, au pluriel, les serviteurs de Jahvé, dans lxiii, 17; lxv, 8, 9, 13-15; lxvi, 14. Dans lvi, 6, ce sont les fils de l’étranger qui se sont at­ tachés à Jahvé, qui seront aussi ses serviteurs. Le peu­ ple Israël-Jacob est désigné par le tilre de serviteur de Jahvé, au singulier, dans les passages suivants : xu, 8; xui, 19; xun, 10; xuv, 1, 2, 21 ; xi.v, 4 ; xi.vm, 20. H le serait aussi, d’après le texte actuel, dans xlix, 3 : < Il m’a dit : Tu es mon serviteur, Eraël, en qui je me glorifierai. » Mais le mot Israël est considéré, avec rai­ son, par beaucoup de critiques, Michaelis, Gesenius, Kiostcrmann, Duhm, Sellin, Ley, Condamin, et d’autres, comme une glose : a) Ce vocatif est peu vrai­ semblable dans la bouche du serviteur rapportant les paroles qui lui sont adressées, b) Il est très invraisem­ blable dans le contexte où l’œuvre du serviteur a pour objet Israël, c) Israël apparaît ici d’une façon tout à fait inattendue; dès le commencement, le sujet est supposé parfaitement connu et déterminé, d) Il est souvcntquestion d’Israël comme serviteur, un lecteur aura cru que c’était encore le cas ici. On cite d’ailleurs un manuscrit qui n’a pas ce mot. Les LXX offrent un exem­ ple semblable pour xui, 1, où ils ont tout simplement ajouté: Jacob est Israël, e) Quand 11 est fait mention d'Israël comme serviteur, Jacob est toujours nommé dans le second membre, xu, 8, xuv, 1, 21, xlv, 4. /) La mention d’Israël rompt le parallélisme des deux membres. Il est possible que primitivement se soit trouvé, à la place d’Israel, un autre mot se rapportant au second membre, par exemple < mon élu ». Nous ne comptons pas xlix, 3 parmi les passages où le servi­ teur désigne le peuple d* Israel. 2. Le Serviteur de Jahvé par excellence. — Après ce relevé, il ne reste plus que quatre morceaux, d’un ca­ ractère poétique et hymnique bien marqué, qu’on a appelé les chants du serviteur, et où il s’agit d’élucider le sens et la portée de l’expression < Serviteur de Jahvé f.Ce sont xui, 1 sq., xlix, 1 sq., L, 4 sq., lu, 13un. Nous ne pouvons faire Ici l’histoire de l’exégèse de ces fameux passages. Nous ne pouvons môme songer à un exposé complet de l’état actuel des débats, mais nous empruntons à M. Van Hoonacker, L'Ebed Jahvé, dans la llevue biblique, 1909, p. 497-198, un résumé des principaux points en litige. « Le serviteur visé dans ces passages est-il un personnage individuel, comme il pa­ rait au permier abord; ou convient-il d’y voir plutôt une simple personnification d’Israël, considéré ù tel ou tel point de vue comme il plaît à plusieurs critiques, qui allèguent ù l’appui de leur interprétation d'autres textes de la même section d’/saleoù Israel est en effet appelé le Serviteur de Jahvé? Ne scrait-il pas au moins dans l’un ou l’autre cas, préférable d’y reconnaître une personnification de l’ordre des prophètes? Dans l’hy­ pothèse que l’on s'arrête à l’interprétation ■ individua, Uste ·, le personnage en vue est-il le même dans les G9 ISAÏE, LE SERVITEUR DE JAHVÉ 70 quatre passages? Et si l'on suppose que ce soit le même, | éclairer les aveugles, libérer les captifs, ramener au faut-il l'identifier avec une ligure historique contem- jour ceux qui habitent dans les ténèbres des cachots. Sa mission sera pénible, mais 11 ne se lassera pas, ne se pléc dans le passé, ou avec un contemporain de l’au­ découragera pas jusqu’à ce qu’il ait établi la justice sur teur? Ne serait-ce pas nu contraire le Messie de l’ave­ nir? Ou bien, comme on l’a également prétendu, une ! la terre. ligure mythique empruntée à la tradition et dans la­ lu, 13-lui. Ici encore, c’est Jahvé qui parle de son quelle le prophète aurait reconnu et nous aurait pré­ serviteur : < Voici que mon serviteur prospérera... ». senté, non pas le Messie, mais une figure < parallèle L’exaltation du serviteur, la vénération dont les peu­ à celle du Messie?— Puis nos quatre passages, que l’on ples cl les rois l'entoureront» sont la recompense de ses a appelés en Allemagne les E bed-Jahvé Lieder, formenthumiliations et de scs souffrances, ui, 13-15. Déjà les ils, au point de vue de la composition littéraire, des , chants précédents faisaient allusion au côté pénible et éléments organiques de l’œuvre dont ils font actuelle­ douloureux de l’œuvre du serviteur, mais avec le cha­ ment partie, ou ne sont-ils que des hors-d’œuvre que pitre un la description de scs souffrances et de leur rôle l’on pourrait sans inconvénient enlever de leur con­ atteint son point culminant de développement et de texte? Furent-ils écrits par l'auteur même de l’œuvre clarté. Le prophète prenant la parole expose ce que souffre le serviteur, pourquoi et pour qui il souffre, principale ou par un autre? Après l’œuvre principale ou avant? Furent-ils insérés dans les discours qui les comment il souffre et quels sont les fruits de sa pas­ sion. On ne peut résumer cette page émouvante, ce encadrent par leur propre auteur, ou par l’auteur de serait en diminuer l'effet; il vaudrait mieux la trans­ ces discours ou par un tiers? Toutes ces questions et crire intégralement. d’autres subsidiaires reçoivent des réponses diverses. » « Dans cette grande controverse sur le serviteur de Il est impossible de lire ces célèbres passages sans Jahvé, dit Condnmin, Le serviteur de Jahvé, dans la être vivement frappé par le caractère précis» concret, Revue biblique, 1908, p. 1G2, la plupart des critiques individuel des traits dont le prophète s’est servi pour se partagent en deux camps opposés Les uns tiennent dépeindre le serviteur. Le singulier est toujours em­ ployé quand on parle de lui. 11 est appelé un homme» pour le sens individuel et pour l’interpolation des quatre passages sur le serviteur, lesquels, à leur jugement, lu, 14 ;un, 3;on fait mention de sa voix, de sa parole, sont en opposition avec le contexte actuel. Les autres se de sa langue, de sa bouche, de son oreille, de sa barbe, de son visage, de son dos, de sa main, xur, 2, 6; xux, prononcent pourl'authenticité des passages, et, à cause du contexte, pour le sens collectif. > 2;l, 4-9; un, 7 II naît, il grandit, il souffre, il meurt, il a son tombeau. Il remplit une mission vis-à-vis du peu­ Nous essayerons de prouver que l’Ebed Jahvé, dans ple d’Israël et des nations, il est le médiateur d’une ces quatre passages, n’est pas un être collectif, mais un personnage individuel, le Messie, et que le contexte qui ! nouvelle alliance, xui, 6; xux, 8. b. Preuve négative. — Absolument rien, dans ces encadre les chants du Serviteur ne s’oppose pas à leur quatre passages, n’invite à voir, sous les traits du ser­ Interprétation individualiste et messianique. viteur, une personne morale, une collectivité. Quelle o). Le sens individuel est le sens naturel et obvie de ces serait d’ailleurs celte collectivité? Ce ne peut être le quatre passages. — a. Preuve positive. Les exégètes sont peuple historique d’Israël, ni le noyau des Israélites à peu près unanimes à reconnaître que les chants du fidèles, ni l’Israël idéal. serviteur, considérés en eux-mêmes, abstraction faite a) Le serviteur ne représente pas ΓIsrael historique. — du contexte, tracent le portrait d’un individu. RcleNous avons vu que le peuple d’Israël est lui-même vons-cn les principaux traits. appelé serviteur de Jahvé en plusieurs endroits des cha­ xux, 1-9. Le serviteur prend la parole et invite les pitres xl-xlvm d’Isaïe, mais ce serviteur est parfaite­ peuples à écouter sa voix Jahvé l’a choisi pour rétablir ment distinct de celui de nos quatre passages, les deux les tribus de Jacob et ramener les préservés d’Israël, portraits sont tout différents. Condamm, Revue bi­ pour être l’alliance du peuple, la lumière des nations, blique, 1908, p. 164-165 établit entre les deux le con­ pour porter le salut jusqu’aux extrémités de la terre. traste suivant : « L’un est pêcheur, coupable dès les L’œuvre du serviteur demandera des efforts et des temps anciens, xuu, 24-28; xlvih, 1, 4. 8, 10, 18; un, peines, qui, à cause de leur stérilité apparente, seraient 8; l’autre, parfaitement innocent : « Il n’y eut point capables de décourager, mais Jahvé est sa force et sa d’injustice en ses œuvres, et point de mensonge en sa récompense est auprès de Dieu. Les princes se proster­ bouche, » un, 9; cf. xui, 1-4 ; l, 4-6; il est « le Juste, » neront devant le méprisé, le détesté du peuple, l’esclave un, 11. L’un est rebelle, sourd, xlii, 19, 20; xuu, 8; des tyrans. ΧΙΛΊΠ, 8; l’autre docile, à l’oreille ouverte et atten­ L, 4-9. Quelques critiques (Ley, Laue) ne comptent tive, L, 4. 5. pas ce passage parmi les chants du serviteur. Le servi­ Le premier méconnaît l’œuvre de Jahvé, xui, 20; teur serait ici le prophète; mais la plupart estiment xlvih , 5 ; le second doit annoncer la Loi et l'œuvre de avec raison que c’est le même personnage que dans les Jahvé aux peuples les plus lointains, xui, 4 ; xux, 6. trois autres morceaux. Le serviteur a encore la parole; L’un est aveugle, xui, 19; xuu, 8; l’autre «Lumière 11 affirme son obéissance, sa docilité, sa fidélité dans des nations », charge < d’ouvrir les yeux des aveugles », i’acci.mplissemcnt de sa mission. Cette mission lui xui,6,7; xux, 6. vaudra des humiliations et des outrages, mais le servi­ L’un, exilé, captif, xui, 24 ; xun, 5, 6, etc. ; l’autre, teur < a rendu sa face semblable Λ un caillou ; » il a con­ libérateur des exilés et des captifs, xui, 7 ; xux, 6, 9. fiance en Dieu, il ne sera pas confondu. La certitude du L'un, craintif, alarmé, xu, 9, 10, 13, 14; xuu, 1, 5; triomphe fait même qu’il brave et défie ses ennemis, xuv, 2; l’autre, plein de courage, de force et do con­ car «tous tomberont en lambeaux connue un vêtement, fiance, xux, 5 ; xlh, 4 ; L, 7-9. la teigne les dévorera. » Pour le premier, « des peuples » sont livrés « en xlii, 1-7. Ici la parole est à Jahvé qui introduit le échange de sa vie », xuu, 4 ; le second, au contraire, serviteur : « Voici mon serviteur.... » Le Seigneur est livre sa vie et, en échange, reçoit des multitudes, lui, avec lui et met en lui sa complaisance. Son esprit sera 10-12. en lui, voilà pourquoi 11 accomplira parfaitement sa L’un est évidemment le peuple élu, le peuple de mission qui est d’exposer la Loi aux nations. Il évite le Jahvé, xu, 8, 9 etc.; l’autre est appelé « Alliance du bmit et l’éclat, il est doux et modeste, son action est peuple », xlii, 6; xux, 8. c’est-à-dire Intermediaire ou pacifique et persuasive : il ne brise pas le roseau cassé, base d’une nouvelle alliance de Dieu avec le peuple.; et Il n’éteint pas la mèche fumante. Il sera le médiateur il est, par consequent, duunct uu peuple; et aussi, eu u’mxe nouvelle alliance, la lumière des nations, pour ISAIE, LE SERVITEUR DE JAHVÉ 72 parlant de lui, le prophète dit « mis à mort pour le péché γ) Le serviteur de Juhvé ne représente pus Γ Israël de mon peuple, > un, S. idéal.— Plusieurs critiques anglais (Davidson, Driver, Donc, d’une part, le peuple d’Israël appelé · servi­ i Skinner), ont adopté la théorie d'Ewald et de Dilhnann, teur de Jahvé >; d’autre part, sous celte même deno­ d'après laquellele serviteur de Jahvé serait une per­ mination, un personnage de caractère très difièrent, sonnification d'Israël dans sa destination idéale, tel toujours représenté sous des traits individuels, souvent qu’il existe dans le plan divin, tel qu’il n’a jamais été opposé au premier serviteur, ou, au moins, distingué réalisé dans l'histoire. Dire que Jahvé sauve son peuple de lui. par son serviteur, reviendrait à dire qu'il le sauve à Comment le serviteur pourrait-il donc être la per­ cause de son élection et de sa mission providentielle, sonnification du peuple historique d* Israël? En ce sens, pour être fidèle à ses promesses et pour réaliser son que le peuple d9Israël est représenté comme portant plan. — Cette explication est juste en partie : il est et expiant les péchés des nations païennes : l’homme vrai que Dieu sauve son peuple, pour lui permettre châtié et méprisé, méconnaissable, dont on détourne d’accomplir sa mission, conformément aux desseins la face avec horreur, c'est le petit peuple d’Israël, ré­ providentiels; mais nos textes ne disent pas seulement duit à un faible reste, dont la cépée sans cesse ravagée que Dieu sauve son peuple â cause du serviteur et en D'a plus qu'une tige, châtié et humilié, non pour scs vue du serviteur, mais ils disent encore qu’il le rachète propres fautes, mais pour celles des nations païennes. par son serviteur. D’autre part, cette explication sou­ Le prophète envisage les souffrances d’Israël comme lève des difficultés Insurmontables : a. Elle est incom­ rédemptrices, et il met sur les lèvres des païens le can­ patible avec les traits individuels relevés dans le por­ tique du chapitre un, en l’honneur d’Israël Juste et pur trait du serviteur, elle ne s'allie pas avec le ton naturel de tout péché, rachetant le monde par son martyre et simple des chants. — β . Comment peut-on dire de Immérité. l'Israël idéal, qu’il a été appelé dès sa naissance, qu’il a Cette conception est inadmissible : a. L’idée qu’Isgrandi, qu'il a souffert, qu'il est mnrt pour les péchés raêl expie pour les nations est étrangère à J’Ancien du peuple? La rédemption de 1* Israel réel ne s’opère-tTestament et au point de vue de la seconde partie elle donc que par le martyre dei’ Ernei Idéal? —γ. Une conception aussi abstraite, qui ferait d’un exemplaire d'Isaïe : ce sont plutôt les nations qui sont livrées en échange d’Israël, xun, 4 ; xlv, 14-17; xlvii; xux, 22divin non seulement la cause finale, niais encore la cause instrumentale de la rédemption, est étrangère à 26 ; u, 22-23. — β. On ne voit pas à quel moment de son l’Ancien Testament et à l’horizon de notre prophète; histoire le peuple d’Era cl aurait pu expier pour les na­ elle n’a aucun fondement.historique ou psychologique, tions. Avant l’exil, il est lui-même coupable (tandis c’est une sorte d’idée platonicienne. — 8. Si l’on veut que le serviteur est innocent), et l’exil est toujours pré­ donner à cette théorie une signification acceptable, il senté comme le châtiment de ses propres Iniquités. faut, dans un certain sens, la pousser jusqu’au bout et Après l’exil, les prophètes ne lui prédisent plus des épreuves, mais la prospérité, le triomphe et la gloire. ’ dire tout simplement que cet Israël idéal, serviteur de —γ. Si le serviteur a un rôle à remplir vis-à-vis des na- ! Jahvé et médiateur du salut, n’est pas une collectivité idéale, une représentation du peuple tel qu’il devrait tlons, il exerce avant tout sa mission en faveurd' Israël Il est établi « Alliance du peuple >, xui, 6 ; xux, 8 ; il a être et tel qu’il existe dans le plan divin, mais un per­ pour mission de rétablir les tribus de Jacob et de ra­ sonnage individuel, le Messie, représentant d’Israël, à la fois Idéal et réel, qui rachètera les tribus d’Israël et mener les dispersés d’Israël, xux, 1-6; le prophète, s’adressant au peuple, l’invite à écouter la voix du scr- I le mondepar scs souffrances et par sa mort. Nous som­ mes ainsi ramenés au sens Individuel et messianique. vitcur, l, 10; le serviteur est mis à mort pour le péché L’opinion défendue par Gesenius qui voyait dans le de son peuple, un, 8. Aussi, les partisans du sens col­ lectif sont-ils forcés de faire subir au texte des correc­ serviteur de Jahvé une personnification de l’ordre des prophètes, ne compte plus d’adeptes. Les partisans tions violentes et arbitraires, uniquement nécessitées actuels du sens collectif reviennent de plus en plus, par un système préconçu. β) Le serviteur n'est pas une personnification de comme à la solution la plus simple, à l’opinion qui iden­ tifie partout le serviteur de Jahvé avec le peuple d’Is­ ΓIsraël fidèle. — L’identification du serviteur avec le noyau resté fidèle, les Justes du peuple, l’Israël κατά I raël tout entier. Mais cette théorie elle-même, malgré les efforts énergiques de Gicscbrccht et de Budde, est πντΰμα évite certains des inconvénients signalés peu ù peu délaissée, et le sens individuel des chants du dans la théorie précédente. Elle peut notamment soutenir les contrastes indiqués entre les deux ser­ serviteur revient en honneur. b) Le sens individuel n'est pas en contradiction avec le viteurs, celui des chapitres xl-xlviii et celui des chants du Serviteur. En effet, si l’un représente la I contexte. Nous avons vu que Γinterprétation individualiste masse du peuple, l’autre, le noyau fidèle, on comprend que le premier soit qualifié de coupable, de rebelle, de I des quatre passages relatifs au serviteur de Jahvé est la seule qui réponde aux exigences du texte. Le sens sourd et d’aveugle, et que le second soit loué pour son innocence, sa docilité, sa fidélité. Cependant, cette collectif ne convient pas à la teneur de ccs morceaux explication est insoutenable aussi : a. S’il s’agissait d’un pris en eux-mêmes; mais il ne s’harmonise pas da­ noyau de fidèles, si restreint fût-il, le prophète devrait vantage avec les autres endroits de la seconde partie en faire partie, au lieu de se classer lui-même parmi d'haie où le peuple d’Israël est appelé serviteur de les réfractaires, un, 6, omnes nos quasi oves erravimus... Jahvé. Et cependant, l'argument emprunté nu con­ — β. SI la portion fidèle du peuple a souffert, elle texte qui encadre les chants du serviteur est le princi­ n'a pas souffert plus que la masse du peuple. Comment pal, voire même l’unique qu'apportent les défenseurs se fait-il donc que le peuple dans son ensemble méprise du sens collectif : Dans beaucoup de passages de la se­ le veritable Israël à cause de ses souffrances? Comment conde partie d’Isaïe, dit-on, le serviteur représente peut-il dire, ayant été châtié lui aussi : < Le châtiment Israël personnifié d'une façon vive, nette, audacieuse; qui nous apporte la paix est tombé sur lui? »— γ. Les Il doit en être de même dans les soi-disant chants du prophètes promettent d’ordinaire le salut au reste pu­ serviteur. 11 est inadmissible que le prophète, qui, dam rifié d*Israël, c'est-à-dire aux Justes; les fidèles seront plusieurs passages, applique explicitement la notion et donc tout premièrement les bénéficiaires de la déli­ I le titre de serviteur à Israel, ait fait, en d'autres envrance, mais nulle part Ils ne sont présentés comme . droits, sans avertissement aucun, un usage tout diffésouffrant et mourant au profit et à la place de leurs i rent de ce titre. Au nom de l'harmonie qui doit 1 régner entre les différentes parties de l’œuvre, 11 faut frères coupables. 73 ISAIE, LE SERVITEUR DE JAHVE dire que c’est partout le peuple d’Israël qui est visé. La preuve tirée du contexte a paru si forte à de nom­ breux partisans du sens individuel qu’ils n’ont pas hésité à sacrifier l'authenticité des chants du servi­ teur, et â les considérer comme des interpolations dans les chapitres xjl-lv d* Isaïe. Ewald avait ouvert la voie en 1841, en émettant l’idée que i.n, 13-liii célébrait primitivement la mort d’un martyr éminent de l’épo­ que de Manassé. Le second Isaïe aurait Inséré cette page dans son œuvre en l’appliquant à l’Israël spiri­ tuel. Duhm étendit cette thèse aux quatre chants du Serviteur· D’après lui, ces morceaux, qui tracent le por­ trait d’un personnage individuel, provienncntd’unécrit particulier, Indépendant du second Isaïe, mais repris et retravaillé par lui. Sellin défend une théorie semblable, mais plus favorable à l'authenticité, en ce sens qu’il admet l’unité d’auteur pour les chants du serviteur et les autres discours du Dcutéro-Isaïe. Das Bûlsel des Deutero/esa/anischen Bûches, Leipzig, 1908, p. 120.Einlellung indas Aile Testament, Leipzig, 1914,p.88. Λ son jugement, les chants du serviteur faisaient primiti­ vement partie d’un cycle de poésies composées par le Dcutéro-Isaïc en l’honneur de Joïakhin, déporté à Ba­ bylone en 597, mais réhabilité par Amcl-Marduk (EvilMérodach) en 561. Plus tard, en 539, le même prophète a composé de nouveaux discours pour chanter la déli­ vrance, et il a reporté sur Israël les titres de gloire qu’il avait autrefois décernés Λ Joïakhin. Il emprunta aussi aux hymnes messianiques qu’il avait chantés naguère à la louange du roi, des fragments qu’il inséra en diffé­ rents endroits de scs exhortations et félicitations à l’adresse d* Israël : ce sont les quatre morceaux actuels concernant le serviteur de Jahvé. Nous croyons qu’il est possible de défendre l'inter­ prétation individualiste des chants du serviteur dans le contexte actuel de la seconde partie d’Isaïe. Avec les partisans du sens collectif, nous admettons donc l’au­ thenticité de ccs chants, et avec les partisans du sens individuel, nous soutenons qu’ils visent un personnage concret, bien déterminé. a. Des quatre chants du serviteur, trois se trouvent rassemblés dans la deuxième section, xux-lv, de la seconde partie d’Isaïe, où Jamais le peuple d’Israël n’est explicitement désigné sous le nom de serviteur; un seul, xui, 1-7, se rencontre dans la première sec­ tion, XL-xi.vni, dans un contexte où Israël-Jacob est nommé serviteur, xur, 8-10; xur, 19-20. Nous avons dit, col. 22, qu’il y avait de bonnes raisons pour jus­ tifier la transposition de xi.ii, 1-7 dans la deuxième section, et ce simple déplacement supprime la princi­ pale difficulté tirée du contexte contre l’interprétation Individualiste du serviteur. En effet, la situation est alors la suivante : une première série de poèmes où le peuple d* Israël est appelé serviteur de Jahvé, décrit la vocation et l’œuvre de Cyrus ; une seconde série, étroi­ tement apparentée à la première et cependant dis­ tincte, où jamais le peuple n’est appelé serviteur, dé­ crit la vocation et l’œuvre d’un personnage autre que Cyrus, désigné par le titre de serviteur de Jahvé, en faveur d’Israël et des nations. Quelle incohérence y at-il dans une semblable disposition? 11 nous paraît, en tout cas, plus naturel et plus simple d'admettre que, dans deux séries de poèmes parallèles, le serviteur de Jahvé ait deux significations bien distinctes, dans la première celle d’une collecti­ vité, dans la seconde celle d’un individu, que de sou­ tenir que le t Itre est partout donné au peuple d’Israël, envisagé sous différents aspects qui ne s’harmonisent d’ailleurs pas avec ie rôle assigné au serviteur. 11 n’est pas étonnant que le serviteur ait deux ou trois accep­ tions differentes dans la seconde partie d’Isaïe, le pas­ sage de l’une Λ l’autre s’explique facilement. Israël et les Israélites sont toujours appelés serviteurs de Jahvé 74 parce que Jahvé est le maître, parce qu’il a droit au service et au culte de son peuple. Les prophètes sont appelés serviteurs de Jahvé parce qu’ils servent sa cause en promouvant son culte. Qu’csl-ce qui empêche de donner aussi le titre de serviteur, d’une façon émi­ nente, à celui qui, dans les vues de l’écrivain, est des­ tiné à être le grand défenseur de la cause de Jahvé, à donner à son culte un éclat que le passé n’a Jamais connu? b. Les chants du serviteur ne brisent pas le contexte de la seconde section. Rien ne prouve qu’ils aient été empruntés à une composition différente, et insères dans un contexte qui ne les renfermait pas d’abord. D’après l’analyse que nous en avons donnée, la seconde section s’ouvre par deux morceaux concernant le serviteur, xux, 1-7 +u, 4-9; vient ensuite une description du salut, de la délivrance des captifs et du rétablissement de Sion, xux, 8-ui, 12; puis les deux autres chants du serviteur, xui, 1-74-ui 13-un; enfin le tableau de la gloire de la nouvelle Jérusalem — a) Les passages, où apparaît le serviteur constituent un élément impor­ tant de cette section. Ils forment deux groupes qui se répondent, le premier où le serviteur parle, le second où Jahvé parle du serviteur. Il n’est pas prouvé que ccs quatre morceaux aient d’abord été réunis, puis dis­ loqués pour être enchâssés dans le contexte actuel· — β) Les peintures du salut qui font suite à l’exposé de la mission du serviteur s’y rattachent comme le fruit à l’arbre qui le produit —γ) On y rencontre certaines expressions caractéristiques qui reviennent aussi dans les chants, et qui prouvent en faveur d’une composi­ tion unique. Qu’on compare xux, 2 et u, 16. Le pa­ rallélisme est si frappant que Van Hoonackcr rattache u, 16 aux passages concernant le serviteur, et le situe après xux, 3. Λ comparer encore l, 9 et u, 6, 8 (les vêtements qui tombent en lambeaux, dévorés par la teigne); xui, 1-4 et u, 4-5; les versets 8-9 du chapitre xux ne se comprennent qu’après un morceau concer­ nant le serviteur; il en est de même de l, 10 : Qui de vous craint Jahvé, qu’il entende la voix de son servi­ teur. — S) Si l’on étend le premier chant du serviteur jusque xux, 9, et le second jusque l, 10, on obtient un développement Intercalaire, xux, 10-ui, 12, entre les deux groupes de chants, qui forme un ensemble, un tableau de la délivrance, Intelligible en lul-mèmc,qu’on pourrait concevoir Indépendamment des chants du serviteur, comme c’est le cas aussi pour les chapitres uv-LV, etc. 11 serait donc possible que ccs chants, composés d’abord, primitivement juxtaposés, aient été insérés dans le contexte actuel par l’auteur de ce contexte, qui serait d’ailleurs aussi l’auteur des chants. Mais en définitive, celte solution plus compliquée ne paraît ni imposée, ni nécessaire, et l’on ne volt pas pourquoi l’auteur de la seconde partie d* Isaïe n’aurait pu, pour décrire la mission du serviteur et ses résul­ tats, composer d’une seule venue les morceaux nommés chants du serviteur, et les développements qui les ac­ compagnent c) Le serviteur de Jahvé désigne le Messie. — Les exégètes catholiques ne sont pas seuls à reconnaître que le portrait du serviteur de Jahvé s’est trouvé re­ produit dans la vie de Jésus de Nazareth, telle qu’elle nous est racontée par les Évangiles. Beaucoup de cri­ tiques, partisans du sens collectif, avouent aussi que la prophétie s’est, en fait, beaucoup mieux accomplie en Jésus qu’en Israel; seulement, d’après eux, l’écrivain n’aurait pas pensé au Messie (Dilhnann, Davidson, Driver, Adam Smith, Skinner, Kautzsch, Renan, Gau­ tier, Monnler, et d’autres). Le sens individuel étant prouvé, il n’est pas difficile d’établir que l’écrivain sacré n’a pas eu en vue d’autre personnage que le Mes­ sie futur, en d’autres termes, que le sens messianique est le sens littéral des passages relatifs au serviteur. ISA IE, LE SERVITEUR DE JAHVÉ 76 a. L’exégèse Juive n’abandonna le sens messianique sente, ou même comme passée, cela ne doit pas trop qu'au moyen âge, par suite des controverses avec les nous étonner; le prophète ngit ainsi pour ht représenter chrétiens, comme le reconnaissent les plus célèbres et la dépeindre plus vivement. Ce n’est d’ailleurs pas le rabbins, Kimchi, Abarbanel, etc. Les uns, marchant seul exemple que nous rencontrions dans les prophéties sur les traces de certains juifs du temps de saint messianiques. L’enfant aux noms merveilleux, chanté Jérôme, maintinrent le sens individuel, mais l’applipar Isaïe au chapitre ix, est présenté de la môme façon: quèrent à un personnage autre que Jésus, à Isaïe par « Un enfant nous est né, un Ills nous n été donné, exemple; mais In plupart virent dans le serviteur une ! l’empire a été posé sur ses épaules, etc. · C’est beaucoup personnification du peuple d’Israël. Anciennement moins encore un phénomène propre aux passages con­ ils aimaient à voir le Messie dans le serviteur de Jahvé, cernant le serviteur, que de représenter comme étroi­ au moins dans quelques passages. Le Targum inter­ tement unies, dans l’œuvre du Messie, la délivrance de prète dans le sens messianique, xui, 1 ; ut, 13; un, 10. l’exil et la restauration messianique. L’ère messi unique 11 est Λ remarquer toutefois que ce qui est dit des souf­ n*est-elle pas rattachée à la délivrance du péril assyrien frances du serviteur est appliqué nu peuple. dans la première partie d’Isaïe et dans la prophétie de Le Nouveau Testament identifie certainement le Michée? Ce phénomène se rencontre à chaque pas dans serviteur et le Messie, car il en applique les principaux les oracles messianiques. traits Λ Notrc-Scigneur. Que Ton compare Is., xui, 1-4 Il est plus étonnant à première vue, que le Messie, et Matth., xn, 18-21 ; Is., xui, 6 et Luc., n, 32; Is., xui, décrit sous les traits du serviteur, ne soit jamais pré­ 7 et Matth., xi, 5; ls., xux, 2 et Apoc., xix, 13,15; Is., senté comme le Ills de David, le roi des temps futurs. L, 6 et Matth., xxvi, 67; Is., un et Matth., vin, 17; On s’est même demandé si, dans ces conditions, le ser­ Marc., xv, 28; Luc., xxn, 37; I Petr., n, 21-25, etc. viteur était bien le Messie, s’il n’était pas plutôt une figure parallèle à celle du Messie. Nous croyons qu’il L’interprétation des Pères est unanime à reconnaître est plus exact de dire que le prophète nous décrit ici un dans les chants du serviteur, surtout dans le chapitre aspect nouveau du rôle du Messie. Jusqu’ici, le Messie un, une prédiction de l’œuvre et de la passion de Jésus-Christ, et personne, dit Ilcngstcnberg, à avait été présenté comme un roi davidique, procurant à son peuple le salut, la prospérité et la paix, inaugu­ part Seidel et Grotius, dans l’Église chrétienne pen­ rant une alliance nouvelle, faisant régner sur la terre la dant dix-sept siècles n’a mis en question l’exégèse justice et la vérité. Toutes ces notes se retrouvent dans messianique de ces passages. On les célébrait comme la seconde partie d* Isaïe, mais en même temps, le prole cinquième Évangile, comme l’Évangilc de la Passion phètepénètreplus profondément le comment dei’œuvre d’après Isaïe. 11 est vrai qu’on a parfois expliqué, dans du Messie, il nous en dévoile des aspects nouveaux, le sens littéral, xui, 1-7 de Cyrus (encore Mcignan), intimes, insoupçonnés. Le portrait du Messie ne s’éla­ xux, 1-6 du peuple (saint Thomas), l, 4-9 d’Isaïe bora que lentement, tous les prophètes y ont apporté (saint Jean Chrysoîtome, saint Thomas) mais on s’em­ leur trait, il faut les rassembler pour l’avoir dans sa pressait d’ajouter que Cyrus, Isaïe et le peuple étaient perfection. Ici donc, nous apprenons à connaître le côté des ligures du Messie. Ce n’est que vers la fin du douloureux de l’œuvre du Messie et le caractère ré­ xvin· siècle que l’exégèse indépendante commença à dempteur de ses souffrances. Ce salut, cette paix, cette abandonner le sens messianique qui impliquait une prophétie. On retourna au sens collectif, introduit par justice, que Je Messie doit procurer à son peuple et au monde, ne s’obtiendront que par la passion et par la les Juifs ou bien, si l’on maintint encore le sens indi­ viduel, on en chercha l’explication dans quelque per­ mort du héros. Ce sont ces épreuves imméritées où le sonnage du passé. On se préoccupa aussi de dissimuler justesc substituera auxcoupables, qui nous vaudront le pardon et la paix et toutes les bénédictions du ciel : Le le préjugé rationaliste qui servait de base à la nouvelle Testament nouveau sera scellé dans le sang : Hic est exégèse sous des considérations empruntées au texte sanguis meus Novi Testamenti.,. Dans ces conditions, et au contexte des chants du serviteur. b. Le portrait du serviteur ne convient à aucun per­ on s’explique quelque peu que le prophète, voulant avant tout nous présenter le tableau des humiliations sonnage diiïérent du Messie. On a essayé en vain de le et des souffrances du Messie, ne se soit pas cru obligé reconnaître dans Moïse, David, Osias, Ézéchias, Isaïe, d’insister particulièrement sur sa royauté et sa descen­ Jérémie, Josias, Zorobabcl, J écho mas, etc. En déses­ dance davidique. Ces attributs nous étaient suffisam­ poir de cause, Duhm a ressuscité l’hypothèse du mar­ ment connus. Ils sont d’ailleurs implicitement rap­ tyr anonyme suggérée par Ewald. Pure conjecture pelés dans la description de l’œuvre du serviteur : nous aussi de supposer avec Sellin que le prophète voulait avons noté le parallélisme entre l’œuvre du serviteur bien décrire la mission et l’œuvre du Messie, mais qu’il reportait en fait ses espérances messianiques sur un de t et celle du Fils de David, du rejeton de Jessé, aux cha­ pitres ix et xi d’Isaïe; et au chapitre lv, 3-4, en décri­ ses contemporains, soit Zorobabcl, soit Jolakhin. C’est tout simplement le rôle du Messie futur, sans autre dé­ vant la nouvelle Jérusalem, comblée de gloire par termination, que l’écrivain a contemplé et décrit dans l’œuvre du serviteur, le prophète déclare que dans la tes tableaux prophétiques. nouvelle alliance, les promesses faites à David s’ac­ Let fonctions que les chants assignent au serviteur compliront : « Et je conclurai avec vous un pacte éter­ sont messianiques : Il sera le restaurateur de son peu­ nel : c’est la faveur assurée à David. Voici j’ai fait de ple et inaugurera une ère de prospérité inouïe. 11 ne se i lui un témoin pour les peuples, un chef et un maître laissera pas abattre jusqu’à ce qu’il ait établi le droit des peuples. » sur la terre. Il portera le salut de Jahvé jusqu’aux con­ c. Les chants du serviteur développent d’une façon fins du monde. Il fera connaître la loi aux nations et émouvante la doctrine de la solidarité entre le Messie interprétera le droit selon la vérité. 11 sera la lumière et scs frères, de la satis/actio uicaria et de la substitu­ «les nations et le fondement d’une alliance nouvelle. Il tion de l’innocent aux coupables. Par ses abaissements, consolera toutes les peines, guérira toutes les infirmités, ses souffrances et sa mort, le serviteur expie les crimes rendra la vue aux aveugles, la liberté aux prisonniers I de ses frères; il les conduit à la glorification qu’il s’est la lumière à ceux qui sont dans les ténèbres, etc. Ce acquise pour lui-même par ses humiliations. Cette sont bien là les notes dont les prophètes se servent pour doctrine que les Évangiles n’ont pas dépassée, saint caractériser les temps messianiques ; ce sont celles que Paul l’exposera dans toute son ampleur, et en déduira nous avons rencontrées dans un passage éminemment toutes les conséquences pour la vie chrétienne. Mais mes d a ni que, le chapitre xi d'Isaïe. les théologiens, les prédicateurs, les auteurs mystiques, Que l’œuvre du serviteur soit décrite comme pré­ continueront a moissonner dans le champ d’ Isale, dit 77 ISAÏE, LE SERVITEUR DE JAVHÉ 78 Lagrange, L'apocalypse (Thaïe XXJV-XXVII, Λ propos très bien le cardinal Mcignan, et 11 restera toujours des derniers commentaires, dans Revue biblique, 1894, p. 200après eux des renseignements à glaner. 231 ; Touzard, De la conservation du texte hébreu; Etude sur Nous n’avons pas à rechercher Ici les origines de la Dale, XXXVl-XXXlX, dans Revue biblique, 1897, p. 138doctrine du Messie souffrant chez Isaïe. Lui fut-elle | 191; Gigot, The aulorship o/ halos XL-LAVI, dans The révélée toute faite dans une vision prophétique? Est- i Neu>-York Review, aoûtnovembre, 1905; Pope, The Inte­ elle le couronnement d’une préparation historique progrity o/ the book of halas, dans The Irish theological Quar­ vldenllelle? La révélation se rattache-t-elle à certains I terly, t. I, 1907, p. 447-457. faits passés ou contemporains du prophète, à certaines 2. Non catholiques.— Hitzig. Der Prophet Jesafa ubersetzt conceptions philosophico-rcligieuses? Les souffrances , und ausgrlegt, Heidelberg, 1833; Luzzatto, Il Projeta hala de Jérémie ont-elles servi au voyant dans l’élaboration l volgariaato e commentato, Padoue, 1855-1856; Bredenkamp, de son Idéal de l’homme des douleurs, comme le sou­ Der Prophet J esafa erlauirrt, Erlangen, 1886-1887 ; Delitzsch, Commentar uber das A. T.r Jesala. Leipzig, tenait Renan? Il ne serait pas inconcevable, dit à son I Btblischrr 1889; Giesebrrcht, Beltrage :ur Jesala Kritik, Gôttlngen, son tour M. Van Hoonncker, Revue biblique, 1909, p. 503, | 1890; Dlllnuinn, Der Prophet Jesala, Leipzig, 1890; Driver, à propos de Joïakhin, que la révélation du Messie 1 halah, hts life and limes, Londres, 1393; Cheyne, Intro­ souffrant, destinée au peuple captif à Babylone, sc fût j duction to the Book of Isaiah, Londres, 1895; Smith, halah (The Expositor's Bible}, Londres, 1888-1894; Rawlinson. rattachée, comme point de repère, à un exemple fourni halah (The Pulpit Commentarg}, Londres. 1897; Kittel, par l’histoire des grandes épreuves traversées par la na­ Jesaia(Kiirzgefasstes exegrt. Handbuchzum A. T.), Leipzig, tion, surtout si les circonstances offraient cet exemple 1898; Marti,Das Buch Jesaia(Kurzer Iland-Commentar zum dans la personne d’un roi, rejeton de la dynastie de i A. T.), Tubingue, 1900; Skinner, 7"he Book of the Prophet David. On a émis l’idée que l’origine de la con- I Isaiah, Cambridge, 1900-1902; Duhm, Das Buch Jesala ception d’un Messie souffrant pourrait bien se trouver (IIandcommentar zum A. T.), Gôttingen, 1914; Von Orelli, dans les documents babyloniens. La source première j Der Prophet Jesaja, Munich, 1904; Maclaren, The Book of halah, ch. 1-44, Londres, 1905; Wilke, Jesafa und Assnr, en serait le célèbre poème du < Juste souffrant » que nous a conservé un texte de la bibliothèque d’Assur- ! Leipzig, 1905; Leimbach, Das Buch des Propheten Isatas, Fulda, 1907; Ilalévy, Recherches bibliques. Le livre d*Isale, banipal et que Ton trouvera dans P. Dhorme, Choix de I dans. Revue sémitique, 1909-1914; Gray and Peake, A textes religieux assyro-babyloniens, Paris, 1907, p. 372 , critical and exegetical commentary on the book of Isaiah, sq. La lamentation qui, dans sa forme actuelle, rernon- ! 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Mais, nonobstant certaines res­ 342 ;Boutilowcr, haiah XXI in light of Assyrian history, semblances de détail, attribuables au sentiment de la dans The journal of theological studies, 1913, t. xiv, p.501douleur qui est partout le même, fl y a de profondes 515 ;t. xv, p. 1-13; Meinhold, Jesaia und seine Zeit, 1898; Die Jesajuerzahlungen, Jes., 36-39, 1898; Der heilige Rest, différences entre le serviteur souffrant d’Isafe et le Bonn, 1903; Kônig, The Exile's Book of consolation, 1899; prétendu Juste souffrant de la littérature cunéiforme: Liebmann, Der Text zu Jes. 34-^7, dans ZelBthnfl fùr die celui-ci ne souffre pas avec résignation; surtout, 11 attest. Wissenschuft, 1902-1905; Ottley, The book of Isaiah, ne souffre pas pour expier les crimes des autres, trait according to the Scptuagint (Cod- Alex.) translated and edited, essentiel dans Je portrait du serviteur de Jahvé. Londres, 1904; Cramer, Der geschlddUche liiniergrund der Conclusion générale. — Isaïe éclipse tous les pro­ Kapitel 66-66 tm Buche Jesafa, Dorpat, 1905; Kûchler, Dfe phètes qui l’ont précédé. Amos avait prédit le redres­ Slellung des Propheten Jcsaja rur Poiitik seiner Zett, Tubingue, 1906; Zillrsscn, Tritojesaja und De uterojesafa. sement des tentes de David; Osée avait annoncé qu’à Eine literartsche Unlcrsuchung zu Jes. 3G-66, dans Zeitschrift la fin des jours, les enfants d’Israël se convertiraient fur dleültcst. Wlsscnchaft, 1906, t. xxvi, p. 231-276. à Jahvé, leur Dieu; Miellée avait célébré les triomphes IL Études spéciales sur l’Emmaxvkl. — 1« Catho­ du Dominateur sorti de Bethléem; Isaïe reprend, liques. — Lagrange, La Vierge et ΓEmouinucl, dans Revue perfectionne et rassemble tous ces traits. Les pro­ biblique, 1892, p. 481-497; Hagbebacrt, La Vierge mère phètes qui le suivent s’inspirent de lui. Le Nouveau au chapitre ΓΠ d*Isale, Ibid., 1893, p. 381-383; Huighe, Testament a utilisé Isaïe en plus de 85 passages. lai Vierge mère, dans La science catholique. 1895,15 février; L’Église lui a emprunté les plus belles pages de sa Durand. La Vierge et T Emmanuel, dans FUnfoersfté cutftoliturgie. On comprend que ΓEcclésiastique parle de lui llque, 1899, juin; Van Hoonacker, La prophétie relative à la naissance our connaître les écri­ vains de leur pays, n’ont inséré son nom dans leurs ca­ talogues. Ce n’est qu’au xn· siècle qu’il en est question pour la première fois. En effet, Slgebert de Gembloux (t 1122) est le premier qui en ait parlé : 11 lui attribue quatre livres, dédiés à Orose, sur les livres des Rois. De script, eccles., 51, P. L., t. clx, col. 559. Beaucoup plus tard Jean Trithèmc(t 1515), identifiant cet Orose avec le prêtre espagnol bien connu de saint Jérôme et de saint Augustin, quali fie Isidore de Cordoue de senior, lui attribue beaucoup d’ouvrages, sans dire lesquels, et i avoue n’avoir vu de lui que les quatre livres sur les Rois. De script, eccles., Paris, 1512, foL xxxv. Sixte de Sienne (t 1569) reproduit Trithème, mais ajoute que saint Augustin a cité un passage de lui sur saint Luc. Bi bliotheca sancta,iv, 3· édit., Cologne, 1586, p. 274. En­ fin le pseudo-Dcxtcr, dans le Chrontcon publié en 1620, apporte de nouvelles précisions. Pour lui, qui avait imaginé un autre personnage du même nom antérieur à celui de Cordoue, il qualifie celui ci de junior, le fait successeur de Gregoire sur le siège de Cordoue, en 400, I et le déclare auteur du livre des Allégories, dédié à I Paul Orose de Tarragone, d’un commentaire sur saint Luc et d’un ouvrage sur les livres des Rois. Chrontcon Dextri, a. 423,430, P. L., t. xxxi, col. 551,570. Ces renseignements tardifs sont assez suspects; ils contiennent une erreur manifeste d’attribution du livre des Allégories, qui appartient en propre à saint Isidore de Seville. Mariana, ainsi que le rapporte Flo­ rez, Espana sagrada, Madrid, 1747, tr. vm, tr. 27, append. 2, p. 275, admettait bien l’existence d’un Isi­ dore de Cordoue, tout en constatant qu’il ne reste rien de lui. Et Perez Bayer faisait de même dans scs notes sur la Bibliotheca hispana octus, 1. V, n. 109. Cf. Are­ valo, qui les cite tous deux, Isidoriana, part. I, c. xvu, n. 4-6, P. L., t. i.xxxi, col. 91-92. Nicolas Antonio s'était étonne avec raison qu’aucun auteur anterieur ù Slgebert de Gembloux n’eût fait mention de cet Isidore de Cordoue. Bibliotheca hispana vetus, Rome, 1696, part. 1,1. lII,c.u,n.52sq.Ceillieravait revendiqué pour saint Isidore de Séville, non seulement les AlUgones, mais encore le commentaire sur les quatre livres des Rois qu’on attribuait ù Isidore de Cordoue. Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 18581863, L xi, p. 715. Florez a cru que le pn tendu Isidore de Cordoue est de l’invention de Sigebcrt de Gembloux, et Arevalo, qui cite Florez, Isidoriana, part. 1. c. xvu, n. 4, toc. cil., col. 91, tombe d’accord avec Mariana et Bayer pour admettre un Isidore anterieur ù celui de Se­ ville, mais, au lieu de voir dans ce personnage un évêque de Cordoue, il soutient qu’il s’agit de saint Isidore de Péluse. Ibid., n. 10 11, col. 93. S3 ISIDORE DE CORDOUE — ISIDORE DE PÉLUSE (SAINT) 84 Ce qui a induit en erreur, c’est l’Idcntifleation de mentaire symbolique de saint Isidore dans ses Questions l’Orose, auquel est dédié le livre des Allégories, avec le sur l’Ancien Testament. Mais le plus rapide examen prêtre espagnol de Tarragonc du mémo nom, contem­ suffit, note dom Morin, pour convaincre du contraire. porain de saint Jérôme ct de saint Augustin. Mais on C’est une œuvre beaucoup plus récente. Et dom Morin n’a pas pris garde que le titre de « Frère révérendlssfmc » deconclure: < Sigebert lui-même nousa ré vêlé son secret, donné a un simple prêtre ne s’explique pas sous la et nous avons reconnu que, suivant toute probabilité, plume d’un évêque» tandis qu’il sc justifie fort bien si l’évêque de Cordoue a fait sa première apparition sous l’Orose,auquel saint Isidore a dédié son livre, était un lanlumede quelque moinecopiste d’un monastère belge évêque contemporain. Sans doute on ignore le siège de du commencement du xn· siècle. Quant aux trois ou­ cet évêque ct Ton ne trouve pas son nom dans les con­ vrages. qui lui ont été successivement attribués, l’un est ciles de l’époque, mais son existence ne reste inconnue un des traités les plus authentiques de saint Isidore de que faute de renseignements complets sur le personnel Séville ; le second n’a jamais existé que dans ΓImagina­ tion d’annotateurs inexacts d’un sermon faussement de l’épiscopat espagnol dans la première moitié du attribué à saint Augustin. Reste le troisième,celui men­ vn· siècle. tionné par Sigebert : nous avons reconnu en lui l'œuvre, Cc qui encore a fai t Illusion, c’est la prétendue citât Ion faite par saint Augustin dans l’un de scs sermons d’un j non d’un Père du iv· ou v· siècle, mais bien de quelque passage du commentaire d’Isidore de Cordoue sursaint 1 moine du ix· ou x· siècle, vivant au milieu de popula­ tions de langue saxonne. · Isidore de Cordoue, dans la Luc. Il n’y a qu’un malheur, c’est que le passage cité, Revue des questions historiques, Paris, 1885, t. xxxvni, loin de faire partie d'un Commentaire quelconque sur p. 547. Γ Évangile, est simplement un extrait de De ortu el obitu Patrum, 67, de saint Isidore de Séville, comme a eu Arevalo, Isidoriana, P. L., t. LXXXi, col. 9-976; Bardenhower, Patrologie, 3· édit., Fribourg-cn-Brlsgau, 1910, p. 441 ; soin de le remarquer Arevalo, Isidoriana, part. II, c. lxî, n. 12, col. 386. Le sermon n’est pas de saint Au­ dom Morin, Isidore de Cordoue el ses œuvres, d'après un manuscrit de Cabbage de Maredsous, dans la Revue des gustin, mais d’un écrivain bien postérieur à l’évêque questions historiques, Paris, 1885, t. xxxvni, p. 536-547; d’I lippone ; les théologiens de Louvain l’attribuaient à Smith et V.’ace, .4 dictionary o/ Christian biography, t. m, Fulbert de Chartres, ct les bénédictins de Saint-Maur, p. 315-320; U. Chevalier, Répertoire. IMo-bibliographie, dans leur édition des œuvres de saint Augustin, l’ont 1.1, col. 2280. G. Bareillu rangé parmi les apocryphes : c’est le Sermo, ccvm, P. L, 2. ISIDORE DE NIORT, frère mineur capu­ t. xxxix, col. 2129-2131. Et c’est sans doute une faute cin, de son nom de famille Binet, était né, dit-on, en de lecture, Cordubensis au lieu de Carnotensis, qui a 1G20. Après avoir achevé ses études dans sa ville natale, causé l’erreur, ainsi que l’a pensé Florez, cité par Are­ il entra au noviciat des capucins λ Poitiers. Douéavanvalo, Isidoriana, part. I, c. xvn, n. 4, col. 91. tugeusement pour la prédication, il sc consacra pen­ Quoi qu’il en soit, l’erreur d’attribution de certains dant quarante ans au ministère apostolique, en par­ ouvrages à Isidore de Cordoue resterait un problème à ticulier à la controverse avec les protestants. Comme résoudre, si la conjecture suivante de dom Morin ne ses travaux, ct spécialement sa mission dans le semblait pas l’avoir élucidé. Dom Morin, en effet, a Poitou, n’avaient pas été sans produire de grands trouvé dans un manuscrit du xn· siècle de l’abbaye de résultats, les supérieurs du P. Isidore lui ordonnèrent Maredsous, outre le traité De duabus anlmabus de de mettre en ordre cc qu’il avait prêché confusément saint Augustin, un ouvrage nettement attribuéà Isidore et suivant l’occurrence des matières que les prédicants de Cordoue: Incipit tractatus beati Ysodori, Cordubensis episcopi, super quædatn nomina Veteris et Novi Testa­ calvinistes lui avaient données. De là son ouvrage : Le Missionnaire controversiste, ou cours entier de con­ menti, Domino sancto ac reverendissimo Orosio, etc. Suit troverses, dans lequel tous les points de la Foy catho­ le texte même des Allegoria quadam sacr/e Scriptura, lique, apostolique et romaine, combattus par les Cal­ qui est précisément l’œuvre authentique de saint Isi­ vinistes, sont pleinement prouvez par T Écriture sainte, dore de Séville. Suit Immédiatement après un autre les Conciles, les Pères Grecs et Latins, cl par les ministres traité, en quatre livres, sous cc titre, sans nom d’auteur: de la religion prétendue réformée, Poitiers, 1686, in-8·. De libro Regum. Le copiste a cru cc nouvel ouvrage On trouve des exemplaires avec la date, Poitiers, du même auteur que le précédent. Aussi, après avoir 1710, mais rien n’indique une nouvelle édition. mis à la marge du premier feuillet : Incipit tractatus Danscevolumecompact.de près de 600 pages,l’au­ beati Ysodori, Cordubensis archiepiscopi, super Velus teur passe en revue la plupart des points controversés, Testamentum, s'est-ll cru autorisé à mettre à la fin du citant dans les marges, presque aussi larges que le traité sur les Rols : Explicit liber Isidori super Velus Testamentum. Cc commentaire des livres des Rols, com­ texte, les autorités sur lesquelles il appuie sa démons­ tration. Sur le frontispice du livre le P. Isidore est dit : plètement dépourvu d’originalité,semble être l’œuvre ex-provincial de la province de Touraine : nous savons d’un compilateur de l’époque carolingienne. Il est encore qu’il le fut en 1678. il était alors détlniteur et gardien contenu dans la ms. IJÔ de Reichenau, fol.640-696, consen t à Carlsruhc,qul est du x· siècle. Voir le cata­ du couvent de Poitiers, après l’avoir été à Angers. Il occupa certainement d’autres charges dans sa pro­ logue de Holder, 1.1, p. 330. G. Morin, Éludes, textes, vince : nous les ignorons ainsi que la date de sa mort. découvertes, Paris, Maredsous. 1913, 1.1, p. 61-65. Or, Il eut un neveu (1692-1774) qui entra également chez c’est bien l’œuvre mentionnée par Sigebert de Gcmbloux. Une semblable disposition pouvait seule expli­ les capucins, où II reçut le même nom, en souvenir de quer la confusion entre le traité des Allegoria·, dédié à I son oncle, il y occupa les premières charges, mais n'a laissé aucun ouvrage. O rose et attribué par le moine de Gembloux lui-même P. Édouard d’Alençon. a saint Isidore de Séville, et ces quatre livres des Questions sur i’Ancien Testament, qui n’eurent jamais 3. ISIDORE DE PÉLUSE (Saint), inolne rien à voir avec le nom d’Orose. On s’explique dés lors égyptien et écrivain ecclésiastique (f vers 440). — ces mots de Sigebert : Isidoros, Cordubensis episcopus, L Vie. IL Œuvres. HI.Doctrine. scripsit ad Orosium libros quatuor in libros Regum. Or, i L Vie. — 1° Époque où il a vécu. — Né dans la se­ dans le manuscrit, Cordubensis n’est qu’une faute de coconde moitié du XV· siècle ct déjà en relation épistop ste, corrigée du reste par la même main qui a écrit 1 lalrc, en 395, avec Rufin, le ministre de Théodose I", Hispalensis au dessus de Cordubcnsis,sansfairelamêmc 1 qui mourut assassiné cette annéc-là, Isodore vécut rectification an titre ajouté en marge. Le traité sur les encore longtemps pendant la première moitié du v· Rols semblerait devoir n’êtrc autre chose que le com­ I situe. C’est àAlexandric qu’il vit h· jour.au témoignage U.) C:» 85 ISIDORE DE PÉLUSE (SAINT) d’Éphrem d*Antioche, recueilli par Photlus, Blblloth., 228, P. G., t. an, col. 961. Mais on ne sait rien de précis, ni sur sa famille, ni sur l’année de sa naissance. Lez Ménologes grecs, au 4 février, jour de sa fête, le disent Issu de noble race ct proche parent des patriarches d’Alexandrie,Théophile ct Cyrille.A en Juger par saconnaissance des poètes, des historiens, des orateurs et des philosophes grecs, on doit croire qu'il reçut une édu­ cation soignée.Nicéphore Callistc, J7. Ji., 1. XIV,c. xxx, affirme qu’il eut pour maître saint Jean Chrysostomc; mais c'est une fausse induction tirée de la connaissance qu’avait Isidore des œuvres de l'évêque de Constanti­ nople; car Isidore, qui mentionne plusieurs fols dans les termes les plus flatteurs saint Jean Chrysostome ct qui vantait notamment son livre sur le Sacerdoce, Epist.,i, 156, ainsi que son commentaire sur l’Épltre aux Romains, Epist., v, 32, ne laisse entendre nulle part qu'il ait été son élève. 2° Moine et abbé. — De bonne heure il subit l’in­ fluence du monachisme, alors si florissant en Égypte, et se retira dans un monastère, sur une colline, près de Péluse, qui était le siège du gouverneur de la province Augustamnica Prima, il avait fui, dit-il, les bruits de la ville pour la solitude, Epist., i, 191, ct il invitait plus tard quelques-uns de sescorrcspondantsà les fuircomme lui. Epist., i, 266. Use qualifie de moine, Epist., i, 93, et c'est dans cette retraite qu'il mena une vie austère, mortifiant son corps,mais nourrissant son âme. Il de­ vint ainsi un vrai modèle de l’ascétisme monastique et de la contemplation divine. Il laisse entendre lui-même qu'il fut prêtre, Epist. i, 258; ct Facundus d’Hermlane l’affirme, De/. trium capit.,n, 4, P. L., t. lxvh, col. 573-574; ct c’est sans doute d’Ammonius, le bon évêque de Péluse, comme il le nomme, Epist., n, 127, qu’il reçut la prêtrise,et non d'Eusèbe.dont il a laissé un portraits! peu flatteur. Rien ne prouve qu’il ait reçu en outre le caractère épiscopal, mais tout prouve qu’il a exercé quelque autorité, car 11 se dit établi par Dieu pour défendre ΓÉglise contre les ariens et pour reprendre les méchants. Epist., r, 389. Sa manière d’agir et d'écrire, Epist., i, 52, 142, 154, 318; n, 182, montre que la fonction qu’il exerça fut celle d’abbé; tel est le titre, en cflet, que lui donne un de scs contemporains, le comte Irénéc, devenu évêque de Tyr, dans une lettre publiée par Christian Lupus (Wolf),Ad concilium Ephe· sinum variorum Patrum cpistolœ, Louvain, 1682, p. 22; Synodicon adv. tragœdiam Ircnæi, vi, P. G., t. lxxxiv, col. 587. 3° Son zèle. — Grand ami de la vérité, Epist., n, 146, m, 312, 390, de la vertu, Epist., v, 223, 229, ct de la paix, Epist., v, 552, Isidore fut animé d'un zèle vrai­ ment apostolique. Il regardait comme une faute de tolérer les offenses faites à Dieu, Epist., v, 227, ct il s’ap­ pliqua tout spécialement à faire régner la discipline dans son monastère, line sc désintéressa pas pour autant de ΓÉglise de Pélusc, objet constant de scs sollicitudes. Il reprochait à son clergé d’avoir élu témérairement pour chef un sujet qui était indigne de l'épiscopat. Epist., i, 39. A cet évêque, du nom d’Eusèbc, il repro­ chait non seulement d’avoir agi contre les canons en admettant au diaconat un lecteur justement déposé pour quatre grands crimes par l’évêque Ammonius, Epist., m, 178, mais encore de vendre le sacerdoce à prix d’argent, Epist., 1, 26, ct de faire acte de simonie. Epist., i, 119. Aux prêtres Zosime et Maron, il repro­ chait de déshonorer le sacerdoce. Epist., i, 118,220. Et telle était la vie scandaleuse du clergé de Pélusc que beaucoup de fidèles en vinrent ù croire qu’on ne pouvait recevoir validement de lui ni le baptême, ni les autres sacrements. J£p/sL,n, 37. En conséquence, isidorepriait Zosime de cesser son inconduite, Epist., n.38,ct Maron de ne plus agir par cupidité. Epist., v, 569. Un autre tléau ruinait Pélusc, c’était la tyrannie des gouverneurs 86 civils de la province. Ceux-ci étalent loin de ressembler au bon Simplicius. Epist., i, 226. Cyrénlus,entre autres, avant même de faire son entrée, avait retiré à l’Ég’Ise le droit d'asile, Epist., 1, 174, 175, et s’entendit ensuite trop bien avec l’évêque Eusèbe. Epist., i, 177. Isidore supplia Rufin de le rappeler. Epist., i, 178. Apprenant dans une autre circonstance qu’un cappadocien, réputé pour ses procédés de corruption et d’exaction, bri­ guait le gouvernement de Péluse, Epist.,i, 483, Il tenta de faire échouer sa candidature, en s'adressant à Séleucus. Epist., i, 484. Du moment, disait-il, qu'on écar­ tait du pouvoir, à cause de leurs méfaits, les cartha­ ginois et les égyptiens, pourquoi confier les charges pu­ bliques à des cappadociens, qui sont pires? Epist., t, 485. L’aspirant gouverneur, nommé Glgantlus, avait laissé dans la ville les plus tristes souvenirs : cappadocien, il avait gouverné en cappadocien. EpisL, i, 486, 487. Qu’on envoie donc les gens de Cappadoce gouverner leurs compatriotes. Epist., f, 489. Le zèle d’Isidore dépassait les murs de son monastère et les frontières de sa province, il s'étendait partout où 11 y avait un encouragement à donner, une remontrance à faire, une injustice à réparer. Évêques et prêtres, moines et laïques.pcrsonne, quell que fussent sa position et son rang, n’échappait à sa sollicitude. Nombreux et Illustres, il est vrai, πολλοί καί εύοοκίμος Epist., nr, 105, furent ceux qu’il réussit ù ramener à la pratique du devoir; quelques-uns même appartenaient au plus haut rang. Et c’est ainsi qu’il se félicite un jour d'en avoir converti un, et qu’il Invite l'évêque Apollonius à célébrer comme une fête cc retour à Dieu. Epist., i i, 273. Mais à Jouer ce rôle ingrat de redresseur de torts, il suscita de violentes inimitiés et des attaques inju­ rieuses. Epist., n, 122. 11 s’en consolait néanmoins, puisque cela ajoutait à la satisfaction d’avoir libéré sa conscience l'avantage de souffrir pour la justice. A ses ennemis il disait : «Vous m’avez couronné sans le vou­ loir, puisque Dieu m’a accordé, non seulement de croire en lui, mais de souffrir pour lui. » Epist., n, 131 A I l’exemple des apôtres qui ont tant souffert pour le I Christ, dit-il ailleurs, Epist., n, 54, les injures auxquelles i je suis en butte ne sont pas pour m’abattre et me dé I sespcrer. Aussi sc déclarait-il prêt à en supporter en­ core de nouvelles, du moment que c’était pour la piété et pour la justice; n’ayant qu’un regret, celui de ne pas atteindre, comme d’autres, la perfection, en remer­ ciant ceux qui les lui infligeaient et en priant pour eux. Epist., v, 398. 4° Il dé/end la mémoire de saint Jean Chrysostome. — L’indigne conduite du patriarche d’Alexandrie, Théo­ phile, ù l’égard de saint Jean Chrysostomc avait par­ ticulièrement révolté Isidore. Jean avait dû quitter Constantinople et mourut en exil. Rome demandait qu’on rétablît son nom dans les diptyques des Églises d'OricnL Saint Cyrille, neveu et successeur de Théo­ phile, ne paraissait pas très empressé de donner suite à cette juste réclamation. Mais Isidore intervint 11 ne s’était pas contenté de flétrir l'oncle,en lui reprochant cc qu’il appelle sa manie des constructions el sa passion de l’argent, λιθομανη, χρυσολάτριν, ct surtout son acharnement ct sa haine contre un homme aussi pieux qu’instruit, tel que Chrysostome, Epist., i, 152, il vou­ lut réhabiliter la mémoire de l'exilé en Égypte et le faite inscrire dans les diptyques de l’église d’Alexan­ drie; ct c’est cc qu’il finit par obtenir de la part de Cyrille, peu après l’an 416, si l’on en croit Nicéphore, H. E., 1. XIV, c. xxvin, P. G., t. cxvin, coL 1152. Cf. Tillemont, Mémoires, t. xiv, p. 281. 5° H intervient dans Caffalre de Nestortus. — Très attentif au mouvement des idées religieuses ct aux me­ naces de l’hérésie, Isidore fut loin de se désintéresser de l’affaire de Nestorius ct du concile d’Éphèsc de l'an I 431. 11 réprouvait l’erreur nouvelle, mais il redoutait 87 ISIDORE DE PÉLUSE (SAINT) 88 d’une part l’immixtion du pouvoir civi 1 dans une ques­ ler la haine dont il fut poursuivi par Théophile d'Ale­ tion d’ordre dogmatique, et n’était pas sans connaître xandrie et la mort en exil qui le rangea parmi les bien­ d’autre part les préventions de saint Cyrille, chargé de heureux. Epist.,i,152. présider le concile. Les représentants de Γempereur no On n’a pas plus de raison de voir un ouvrage spécial cachaient pas leur sympathie à l’égard de Nestori us. dans le Πρός Κύριλλον,que luiattribueÉvagrc,//.E.,i,15 /tussi l’abbe de Peluso demanda-t-il par lettre à Théo­ P. G., t. lx.xxvi, col. 24G4. Car ce titre s’explique suf­ dose le Jeune d’écarter scs représentants et d'assister fisamment par l’ensemble des lettres adressées par lui-même à la réunion des évêques pour éviter tout l’abbé de Pélusc au patriarche d’Alexandrie. D'ailleurs danger ultérieur. Epist., i, 321. Par contre, saint Cy­ Isidore n’a point consacré son activité littéraire à des rille, très animé contre Nestorius, était capable do travaux de longue haleine, bien qu’il nous apprenne prendre une décision ab irato. Que fait Isidore? Très qu’il avait écrit deux traités : l’un, contre les Grecs courageusement 11 lui écrit: < La prévention ne voit pas Λόγος πρδς "Έλληνας, dans lequel il réfutait l’objec­ clair; mais l’antipathie ne voit goutte. Si donc vous tion contre la Providence tirée de la prospérité des mé­ voulez éviter ce double défaut, ne portez pas de sen­ chants et de l’épreuve des justes, Epist., n, 137, et où tences violentes, mais soumettez les imputations à un il battait en brèche la mantique grecque, Epist., n, 228; jugement juste et intègre... Beaucoup de ceux qui ont l’autre, qu’il qualifie de λογίδιον, sur la non-existence été convoqués à Éphèse vous accusent de poursuivre du destin, περί του μή [είναι είμαρμένην, Epist., ni, et do venger des ressentiments personnels plutôt que 253, et dont on peut regarder la lettre au sophiste Harde chercher avec droiture les intérêts de Jésus-Christ. pocras, Epist., ni, 154, comme le résumé ou le som­ Il est, disent-ils, le neveu de Théophile,il imite sa con­ maire. Dupin a cru que ces deux titres ne concer­ duite. Comme l’oncle a répandu sa fureur contre naient qu’un seul et même ouvrage. Nouvelle biblloth. l’illustre Jean, inspiré et ami de Dieu, de même le des ailleurs ccelés., Paris, 1693-1696, t. iv, p. 4. Tilleneveu cherche à se faire valoir et h se glorifier, bien mont se contente de dire A propos du premier : < Je ne qu’il y ait une grande différence entre les accusés. > sais si c’est le même ouvrage, qu’il appelle autre part un livre, ou plutôt un petit livre contre le Destin. > Mé­ Epist.,1, 310, P. G., t. Lxxvm, col. 3G1. La condam­ nation et la déposition de Nestorius furent suivies d’un moires, Paris. 1701-1709, t xv, p. 117 S’il en était ainsi, désaccord fâcheux entre Cyrille et Jean d’Antioche; on se demande pourquoi, s’adressant au même corres­ les esprits s’échauffaient de part et d’autre. Isidore, pondant, Isidore lui aurait désigné le même traité sous estimant que le patriarche d’/Ûexandric montrait trop | deux titres différents. Quoi qu’il en soit, rien ne nous est d’oplni.Uref i. le conjure de ne pas tourner contre le parvenu d’Isidore sous l’un ou sous l’autre de ces corps de l’Ég’lse la vengeance d’une injure personnelle, titres; mais on peut s’en faire une idée par les argu­ de mettre un terme â ce schisme et de ne le point per­ ments qu’il fait valoir sur les mêmes sujets dims plu­ petuer sous prétexte de religion. Epiai., i, 370. Mais, sieurs de ses lettres. 2° Lesletlres.—1. Leur nombre. —Isidore de Pélusc apprenant plus tard que Cyrille avait écrit aux Orien­ taux pour se réconcilier avec Jean d’Antioche, et est, parmi les anciens, celui dont on possède le plus grand sachant que les plus avancés du parti alexandrin nombre de lettres. Sa vaste correspondance semble étalent persuadés que leur patriarche, en acceptant avoir absorbé toute son activité littéraire. Elle fut re­ le symbole d’union, avait cédé sur quelque point de cueillie de bonne heure, notamment au couvent des doctrine, il lui écrit de nouveau : « Vous devez demeurer Ascémètes de Constantinople, dans quatre manuscrits toujours Invariable, sans trahir par crainte l’intérêt contenant chacun 500 lettres. Nous en avons pour du ciel, ni paraître contraire à vous-même. Car si vous témoin un contemporain de l’abbé de Péluse, le comparez ce que vous venez d’écrire avec vos écrits comte Irénée, qui, après en avoir cité quelquesantérieurs, vous verrez que l’on peut vous accuser de unes dans sa Tragédie, s’exprime ainsi, d’après la tra­ complaisance, de légèreté ou de vaine gloire, au lieu de duction latine de l’auteur anonyme du Synodicon persister jusqu’au bout et d’imiter ces Illustres cham­ adversus TragoediamJrcnæi,\'\,P. G., t.î.xxxiv, col.587: pions qui ont mieux aimé passer toute leur vie loin de Has omnes beati Jsidorl presbyteri et abbatis Pelusiotæ excerpsict transtulirx epistolis ejus duobusmillibus, quæ leur pays que de prêter seulement l’oreille à une opi­ nion erronée. » Epist.,i,324, col. 369. sunt per quingenlenas distributee in Acamclcnsis mo­ nasterii codicibus vetustissimis quatuor. Ύ en avait-11 6e Sa inori. — La reconciliation de Cyrille avec Jean d’Antioche ayant eu lieu en 433 ou 434, Isidore vivait d’autres encore? C’est probable. Suidas prétend qu* Isi­ encore àcct te date. Prolongea-t-ilsa vie jusqu’à l’époque dore en écrivit trois mille sur l’interprétation de cer­ où vint en discussion l’hérésie d’Eutychès? Tillemont, tains passages de Γ Écriture, sans compter d’autres; et Mémoir s,t.xv, p. 117, et Ceilller, Histoire générale des Nicéphore Callfete va jusqu’à dix mille. Quoi qu’il en auteurs sacrés et eccl., Paris, 1858-1868, t. xin, p. 603, soit, nous n’en possédons actuellement que 2012, et croient qu’il ne mourut pas avant 449.11 est certain que, plus exactement 1997, parce que quelques-unes sont sans nommer Eutychès, Isidore acondamnéù plusieurs dédoublées, tandis que d’autres sont répétées. reprises l’erreur de ceux qui mêlaient et confondaient 2. Leur découverte et leur publication. — Quoi qu’en dans le Christ les deux natures ou qui ne lui en attri­ ait prétendu lîeumann, Dissertatio de Isidoro Pelusiota buaient qu’une seule.EpisL,i, 102,323,405, 419,416. et cjusepistolls, Gœttingue, 1737, dont les arguments ont Il est certain aussi qu’il n’a pas fait la moindre allusion été réfutés par Niemayer, De Jsidorl Pelusiotie vita, au Brigandage d’Éphèse. El dès lors, sans être certaine, scriptis et doctrina, Haile, 1825, P. G., t. exxvhï, col. 38la date de la mort d’Isidore de Pélusc, en 449, reste 39, il faut les tenir pour authentiques. Elles n’ont été vrais ;mblabié. Son nom a été inscrit au catalogue des découvertes et publiées que peu à peu dès la fin du saints, cl sa fête se cckbre, tant en Occident qu’en xvi· siècle. Le bénédictin Jacques de Billy (f 1581) Orient, le 4 février. en découvrit, le premier, 1213, qu’il traduisit en latin, II. Œuvres.— 1° Ouvrages supposés ou perdus. — en les faisant suivre de deux livres de remarques, le La manière de parler de Facundus, Dejens to triiun ca­ tout publié après sa mort, en trois livres : S. Jsidorl pital., ii,4, P. £., t. lxvu, col. 573-574, n’autorise pas à Pelusiotæ epistolarum amplius mille ducentorum, libri ranger Isidore de Pélusc parmi les biographes de saint tres, Paris, 1585. Quelques années plus tard, le juris­ Jean Chrysostome, d’autant plus qu’Isidore lui-même, consulte Conrad Rittershuys en trouva 230 autres dans sollicité par Symmnquc de lui raconter la 'tragédie >de un manuscrit de Bavière, qu’il traduisit également en Jean Clin vostoinc. répond qu’il ne le peut, que cela dé­ latin et dont il forma le IV· livre qu’il publia avec les passe son esprit, et il se contente simplement au rappe­ trois précédents : S. Jsidorl Pclusiotic,de interpretatione 89 ISIDOKE DE PÉLUSE (SAINT) divina Scriptura, epistolarum libri quatuor, Heidelberg, 1605. Enfin le jésuite André Schott en découvrit en­ core 5G9 dans un manuscrit du Vatican, dont il publia à part le texte grec, et qui forment le V· livre actuel : S. Isidori Pelusiotæ epistola hactenus inedita, Anvers, 1623. L’année suivante, il en fit paraître à Rome une version latine; enfin, en 1629, il réunit 1rs deux textes à Francfort. Le tout fut réuni en un seul ouvrage et publié à Paris, chez Morel, en 1638. Mais la décou­ ver. e de manuscrits nouveaux permit d’en amender le texte et d’en donner une édition moins défectueuse : ce fut l’œuvre du jésuite, Pierre Poussines, Collationes Isidorianæ, Rome, 1670, dont les notes avec la seule version latine ont été réimprimées à Venise en 1745, mais que Mignc a reproduite en entier, P. G., t. i.xxvni, en lui donnant pour préface l’étude critique de Her­ mann Niemaycr, De Isidori Pelusiotæ vita, scriptis et doctrina. Halle, 1825. Depuis lors, d’autres manuscrits des lettres de saint Isidore ont été signalés et partiel­ lement décrits parle Père Bouvy, par Lundstrôm, par Tumeret par Lake (voir la bibliographie). Une nouvelle édition serait donc nécessaire pour améliorer le texte. 3. Leur Intérêt. — Adressées à de multiples corres­ pondants, ecclésiastiques ou laïques, évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, lecteurs, moines, empereur, pré­ fets, gouverneurs, magistrats, médecins,scolastiques ou grammairiens, ces lettres n’offrent pas moins d’inté­ rêt pour la forme que pour le fond. Très courtes, en gé­ néral, et très concises, elles disent beaucoup de choses en peu de mots,dans un style simple et élégant. L’auteur s’est appliqué lui-même à pratiquer le conseil qu’il donne aux autres. Une lettre, écrivait-Π, Epist.,v, 133, coL 1404, ne doit manquer ni d’élégance ni d’ornement, tout en évitant Γaffectation ; car le premier défaut la rendrait peu intéressante, et le second, ridicule. Une élégance discrète joint l’utile à l’agréable. Celles qu’il écrivit sont d’un esprit cultivé, d’une âme ardente, d’un croyant fort attaché à l’orthodoxie, d’un moraliste attentif à ne tolérer aucun des vices ou des désordres qu’on lui signalait ou qu’il découvrait. Photius les vanta comme un modèle du style épistolaire. Epist., n, 44, P. G., t. en, col. 861. Et Possevin (t H>1 l),au commencement du xvn*» siècle, souhaitait qu’on les mit entre les mains des élèves pour les former à la piété et à l’éloquence. Le fond en est très instructif. Soit qu’elles touchent aux événements politiques et religieux ou aux controverses doctrinales, soit qu’elles s’occupent d'exégèse ou d'in­ terprétation biblique, soit qu’elles traitent en passant de quelques points de dogme ou de morale, soit enfin qu’elles indiquent les principes directeurs de la vie mo­ nastique ou spirituelle, clics abondent toujours en apcrçuslntércssantssurrhistolrejacontroverse,la dis­ cipline du temps. Il est regrettable seulement qu’à dé­ faut d’un ordre chronologique, assez difficile à établir, on ne les ait pas rangées tout au moins par ordre de matières traitées. III. Doctrine.— 1° SurΓÉcriture.—i.Son inspira­ tion. — Sans dresser un catalogue de tous les livres de la Bible, Isidore de Péluse croit à l’inspiration de leurs auteurs. C’est Dieu, dit-il, qui a parlé par Moïse, Epist.,m, 76,par les prophètes, Epist.,ut,231 ;iv,205, et le Saint-Esprit dans les psaumes. Epist., i, 416. Les apôtres ont été remplis de la sagesse de Dieu. Epist.,u, 54.Saint Jean n composéson Évangile sous l’inspirât ion du Saint-Esprit. Epist., m, 402. Defense par suite de s’inscrire en faux contre les oracles divins, Epist., n, 219, ou contre les mystères des saints Livres. Epist., i, 24. Ceux qui s’estiment plus sages que ces oracles se trompent eux-mêmes cl trompent les autres. Epist., v, 376. 2. Différence et harmonie des deux Testaments. — Dieu a instruit les juifs par Γ Ancien Testament, et H 90 nous a Instruits par le Nouveau : Il est le législateur de l’un et de 1’autre, Epist., n, 133; iv, 209. L’un et l’autre s’accordent harmonieusement entre eux; c’est ce que saint Isidore appelle leur συμφωνία, Epist., i, 107, leur όμόνοια,ΒρΜ/·,ι,146· Ils dilîcrcnt pourtant, Epist., i, 194, non seulement parce que la loi mosaïque n’a été donnée qu’au peuple juif, au lieu que la loi évangélique est pour le monde entier, Epist., m, 53; mais encore parce quel’Évangile est de beaucoup su­ périeur à laLol.Eph/., ni, 53; iv, 11. La Loi, en effet, a été donnée à des juifs grossiers et sans instruction, έπαώεύτοι, Epist., iv, 203; le législateur a dû s’ac­ commoder à leur faiblesse. Par là Dieu les acheminait aux préceptes supérieurs du Christ et des apôtres, la Loi et les prophètes n’étant que la préparation à la nouvelle philosophie de Γ Évangile. Epist., iv, 134. Moïse punissait les délinquants de fait, tandis que le Christ a entendu poursuivre le mal jusque dans ses ra­ cines, en en interdisant la pensée ou le désir. Epist., i, 458 ; n, 243 ; i v, 209. C’est la diiTércnce entre le corps et l’esprit : la loi mosaïque était charnelle, σαρκικός, la lol évangélique est spirituelle, νόμος του πνεύματος. Epist., ι, 106. L’enseignement de Moïse et des prophètes était voilé sous des figures, Epist.., i, 494, et des sym­ boles, Epist., iv, 157, tandis que la vérité est pleine­ ment et distinctement notifiée par Γ Évangile·Epist.,t, 401. 3. Interprétation. — Saint Isidore de Péluscn’a pas écrit de commentaire sur quelque livre de la Bible, mais il n’en a pas moins fait œuvre de commentateur, au gré des circonstances ou pour répondre aux ques­ tions qu’on lui posait, sur un bon nombre de textes scripturaires. 11 les interprétait d’ordinaire selon le sens littéral, sans s’interdire de recourir parfois à l’inter­ prétation allégorique. L’interprète, disait-il, ne se borne pas à expliquer chaque mot, comme s’il était isolé, mais doit prêter attention au contexte et à la suite des idées, Epist.,m, 136; s’en tenir fidèlement à Γ Écriture sainte, sans la détourner de son sens pour lui substituer arbitrairement le sien, Epist.,m.292; car y mêler du sien serait ressembler au cabareticr qui frelate le vin avec de l’eau. Epist., m, 125. Excellents préceptes qui rattachaient Isidore à l’école cxcgctiquc d’Antioche plutôt qu’à celle d’Alexandrie, mais dont il n’a pas toujours tenu compte. L’interprétation allé­ gorique, pratiquée par Philon et Josèphe, Epist., ni, 19, et si chère aux alexandrins, il était loin de l’interdire, mais il voulait qu’elle oflrit de sages aperçus. Epist.,ve, 117. 11 en a même usé parfois, sans y bien réussir, ainsi qu’on peut s’en convaincre par la lecture de quelques lettres. Epist., x, 42, 192, 193, 206, 210. Cela n’a pas empêché Richard Simon de declarer qu’ Isidore · merite d’être mis au rang des plus habiles commentateurs tant du Vieux que du Nouveau Testament » Histoire cri­ tique des principaux commentateurs du Nouveau Tes­ tament, p. 306. 11 serait à ranger parmi les meilleurs interprètes de son temps, s’il avait mieux usé de la critique et s'il s’était moins complu dans d’étranges allégories : telle est, du moins, la conclusion de Niemaycr, De isodori Peius. vita, P. G., L lxxvui, col. 100. 4. Importance de ΓÉcriture.— L’Écriture ofire une doctrine céleste. Epist., v, 126. Elle est une règle de vé­ rité, κανόνα της άληΟείας, Epist., iv, 114; un viatique de salut, έφόοιον της σωτηρίας. Epist., u, 73. bans doute, bien des obscurités s’y mêlent à des pas­ sages faciles à saisir; Dieu, dans sa sagesse, l’a voulu ainsi pour que la clarté des uns nous engageât à ad­ mettre l'obscurité «tes autres, bien que nous ne les com­ prenions pas. Epist., IV, 82. Car il ne faut pas vouloir I pénétrer des mystères incompréhensibles. Epist.. i, 24. Telle quelle, et quoi qu’elle passe pour barbare aux l yeux des grecs,i’Écritmeu remporté plus de succès que 91 ISIDORE DE PÉLUSE (SAINT) 92 toute Γéloquence attiquc. Epist., rv, 28. Sa lecture est chose Impossible, Epist., rv, 166, mais seulement dans très utile : elle aide à corriger les mauvaises habitudes sa chair. Epist., ï, 124. Par sa résurrection, il nous a et les vices, Epist., n, 135; die occupe tout l’esprit, fait mérité de ressusciter un jour comme lui et nous a oublier les choses terrestres, Epist., in, 388, inspire load­ rendu l’immortalité. Epist., i, 123. On voit par tout miration de la sagesse et de la bonté de Dieu, chasse ceci qu’Isidore est beaucoup plus proche de la chris­ l’ignorance, rend probe et sage Epist., i v 160. El c’est tologie antiochicnnc que de celle d'Alexandrie. parce qu’on ne pratique pas assez sa lecture que le 3. Justification et salut. — Isidore de Pélusc s’est christianisme a baissé et qu’il y a tant de tragédies et fait souvent l’écho de la parole de saint Jacques : < La de calamités. Epist., rv, 133. Mais avant de s’y livrer, foi sans les œuvres est une foi morte. » Jac., n, 20. La il importe de purifier son cœur. Epist., iv, 133. Il faut foi seule, dit-il, ne sauve personne; elle doit être ac­ chercher à l’entendre pour croire cc qu’elle enseigne et compagnée de bonnes œuvres. Epist., ni, 73; iv, 65. De pratiquer cc qu’elle prescrit. Epist., iv. 43. C’est dans même que le matelot doit mettre ù profit les vents fa­ l’ordre suivant qu’on doit lire en particulier les livres vorables que Dieu lui envoie, de même l’homme de Salomon : d’abord les Proverbes, pour y apprendre doit coopérer à la bonne volonté que Dieu lui donne 1rs vertus morales; ensuite V Ecelésiaste, pour recon­ pour le bien. Epist., u, 2. Il doit joindre la vertu à la naître la vanité des biens de cc monde, et enfin le Can· saine doctrine de la piété. Epist., iv, 20. C’est la tique des cantiques, pour goûter les biens spirituels. grâce divine jointe à l’industrie humaine, qui sauve Epist., iv, 40. l’homme. Epist., rv, 51. Mais clic n’est pas accordée 2· Sur le dogme. — 1. La Trinité. — Sur cc dogme à tous indistinctement. Isidore semble compro­ mettre sa gratuité, en faisant dépendre pour ainsi fondamental de l'enseignement chrétien, Isidore veut qu’on s’en tienne fermement aux décisions du concile dire sa collation des bonnes dispositions d’un cha­ de Nicée comme à la règle de foi. Epis/.,ιν, 90. On doit cun, Epist., ni, 271, de la préparation qu’on y apporte, Epist., ni, 316, mais il a soin de dire que, pourl’obtenir, dire : unique est l’essence divine, et trois sont les per­ sonnes : μία· ή θεότης, τρεις δέ αί ύποστάσεις. il faut faire tout ce qu’on doit et l’implorer, car alors elle survient et assure la victoire; mais si on ne fait pas Epis!, I, 217, col. 332. Et cela, sans confondre les per­ tout cc qu’on doit, c’est en vain qu’on l’implorerait sonnes et l’essence, car l’unité s’applique à l’essence, et Epist., ni, 406. Dieu ne la refuse pas à ceux qui ont la trinité aux personnes. Epist., i, 59,67, 138, 247; n, bonne volonté et font tout ce qu’ils peuvent. Epist.,iv, 142,143; m, 18,112; iv,99. 171 ; v, 237, 459. De son côté l’homme doit faire tout ce 2. Christologie, — La chute primitive a été la source qu’il peut pour coopérer à la grâce, Epist., n, 2, et se des plus grands maux, tant pour le corps que pour bien garder de la rendre Inutile. Epist., n, 61. Le désir l’âme de l’homme. Car, sans corrompre totalement la du salut implique l’emploi des moyens qui le pro­ nature humaine, puisque cette nature a conservé mal­ curent. Epist., n, 27. Mais cc n’est pas à lui-même que gré tout quelques germes de probité, Epist., ni, 2 ; ï v, 53, l’homme doit attribuer le bien qu’il fait, c’est à la grâce. elle a, d’une part, soumis le corps à la souffrance et à la Epist.,n, 242. Au lieu de trop se fier à lui-même, il doit mort, Ερύι.,ιν, 204, et, d’autre part, porté l’âme à pé­ mettre sa confiance dans le secours victorieux de Dieu cher. Epis/., ni, 162. Sous la suggestion du démon, le ibid.; et s’il est vaincu, il ne peut imputer sa défaite mal moral n’a fait que croître. Mais Dieu» prenant en qu'à lui-même. Epist., iv, 64. Cc n’est point par la force pitié l’homme, a envoyé son Fils pour le racheter. C'est et la coaclion que le salut est assuré, mais par la persua­ pourquoi le Verbe s’est incarné : il a pris chair dans et sion et la douceur; chacun est l’arbitre de son salut et de la Vierge Marie, έν αύτη καί έ; αύτης. Epïs/.,ι, 121, ne sera justement récompensé ou puni que d’aprèi col. 299. Et il est devenu vraiment semblable à nous en l’usage bon ou mauvais qu’il aura fait de sa liberté. tout saut le péché. Epist., ï, 193. 11 a été formé san in­ Epist., n, 129. ί tervention de semence humaine et n’a nul en rien à 4. Quelques autres points de doctrine. — L’orthodoxie l’intégrité de sa mère : τδν δε Κύριον ήμών Τησουν d’Isidore de Pélusc se montre en particulier dans l’ap­ Χριστόν χυησασαν,αυτός συλληφΟεΙςάσπόρως προερ­ préciation qu’il formule en passant sur les erreurs χόμενος ήνοιξε, καί πάλιν έσφραγισμένην κατέλιπεν. Épis/., i, 23, col. 196. Π est devenu vraiment homme passées ou contemporaines. 11 connaissait bien les hérésies anciennes des n· et ni· siècles, qu’il flétrit ou tout en restant vraiment Dieu, digne de notre adora­ repousse d’un mot : celles des marcionites, Epist., ï, tion, un seul en deux natures : εΧς έςάμφωτέρων των φύσεων. Ibid., col. 197. En prenant cc qu’il n’était pas, 371 ; des montanistes, Epist., ï, 67,242, 245, 499,500; I il n‘a rien changé à ce qu’il était : ούτε δ ήν τραπείς des manichéens, Epist., 52, 102, 245, 413; n, 133; | καί δ ούκήν προσλαβων. Epist.,ι\φ,123,col. 369. llposdes novations, Epist., 1, 100, 338; des sabcllicns, *ede ainsi deux natures, Fil» unique de Dieu, sans rien Epist.,i,67,138,247,in, 149. Mais il Insiste davantage changer à ce qu’il était en devenant cequenoussommes sur celles du iv· siècle, qui ruinaient le dogme de la έκ δ So φάσεων, είς υΐδς ών θεού, ού τραπείς δπερ Trinité, en niant la divinité du Fils, comme les ariens ήν, έν τω γένεσΟαι δ έσμεν. Epist., ι, 303, col. 360. En et les anoméens. Epist., ï, 241, 246, 353; ni, 31, 335, ! 342, ou celle du Saint-Esprit, comme les macédoniens. ) prenant l’humanité, le Fils éternel de Dieu n’a subi ni Epist.,i, 20,60,97, 109,499,500. Il s’occupa surtout, I changement ni confusion ni partage. Epist.,i, 419. Devenu homme, il s’est fait la victime propitiatoire comme nous l’avons vu, de celle qui éclata de son pour tous, apaisant ainsi la colère divine, nous récon­ temps, le nestorianisme. ciliant avec son Père, nous rendant la grâce, nous méri­ 11 eut aussi à combattre les juifs. Ceux-ci, admettant tant ce don par excellence d’être les enfants adoptifs: 1* Écriture, c’est àl'aidc del* Écriture et de juifs célébrés, 1 preuve tout à la fois de la souveraine justice et de la tels que Josépheet Philon, qu’il les combattit. Vous niez la divinité de Jésus-Christ, leur disait-il, mais I bonté Infinie de Dieu. Epist., iv, 100. 11 a répandu son sang précieux pour les hommes. Epist., n, 127. 11 est d’une part Josèphc n’a-t-il pas avoué que le Christ a mort pour les pêcheurs. Epist.,n, 117. Il a expié dans fait des miracles et qu’il a été divinement envoyé au ta totalité le péché du monde. Epist.,τν, 73. Et, par là, I monde comme le précepteur du genre humain? Epist., | non seulement II a vaincu la mort par sa mort.Epis/.,tv, I iv, 225. Et Philon, d’autre part, n’a-t-il pas attribué la 128. et crucifié le péché et la mort. Epist.,u, 192, mais nature divine au Logos? Epist., n, 143. Les Juifs re­ encore H a triomphé du démon, Epist., rv, 108, et de poussaient toute interprétation allégorique de l’Ancien toute la multitude des (aux dieux. Epist., iv, 150. 11 ne Testament, mais Josèphc et Philon ne sc faisaient pas faut point dire la passion de Dieu, mais la passion du faute d’y recourir. Epist., m, 19. Isidore montre que LuxuU car ce n’est pas uans sa divinité qu’il a soulïert, ί les prophéties messianiques sc sont accomplies en J ésu>- 93 ISIDORE DE PÉLUSE (SAINT) Christ, cl il affirme la réalité de la conception du Verbe dans les entrailles d’une Vierge, Epist, i, 141; iv,17. Dans sa polémique contre les païens, on peut savoir par ses lettres, malgré la perte des deux ouvrages qu’il composa contre eux, cc qu’il pensait de la mythologie et de la philosophie de ces détracteurs du christianisme. Il n’y a, observait-il, qu’à comparer les saints Livres avec les écrits des païens pour voir aussitôt de quel côté est la religion vraie. EpbL, x, 21. Les premiers con­ tiennent des vérités sublimes, qui inspirent le respect; les autres sont remplis de fables et de folies, dignes de tout mépris. Lu mythologie renferme tellement d'implctés et d’obscénités qu’il est Impossible de justifier, aux yeux de la saine raison, le culte des dieux. Epist.,u, 92; IV, 194. Cc culte porte en lui des marques évidentes de fausseté, au lieu que la religion chrétienne possède les caractères de la vérité. Epist., iv, 27-30. On accuse celle-ci de nouveauté, mais elle n'est nouvelle que parce qu’elle corrige un état déjà ancien, défectueux et mauvais. Epist., n, 46. Son établissement tient du pro­ dige. Epist., ï, 270. Et ses succès sans cesse croissants parmi les gens du peuple, les humbles et les petits, au sein même et au détriment du paganisme, montrent combien l’enseignement apostolique l’emporte en force et en efficacité. Epist., iv, 76. On a tort d’opposer la mère des dieux à Marie, car cc qui la caractérise, c’est le débordement de scs passions, tandis que Marie a conçu et enfanté sans intervention humaine et sans la moindre souillure : ούτε σποράς γενομένης, ούτε φθοράς μεσιτευσάσης. Epist., ι, 54, col. 216. Isidore ne condamne pas en bloc la philosophie grecque, puisqu’il permet d’en joindre l’étude à la lecture de Γ Écriture, Epist., n, 3, mais il doute qu’on en puisse tirer quelque fruit. Epist., iv, 127.Les sages grecs ne sont pas des πνευματικοί, comme saint Paul, s’élevant par la foi au-dessus de la raison, mais des ψυχικοί, qui ne s’appuient que sur des raisonnements et des syllogismes. Il n’y a aucun crédit à leur accorder dès qu’ils sc heurtent à quelque enseignement de la Bible.. Epist., ni, 37. Et du moment qu’ils repoussent cet enseignement, il faut les réfuter par des arguments tirés de la raison ou par l’opinion d’autres philo­ sophes. Epist., η, 146. C’est ainsi qu’il en agissait luimême à plusieurs reprises, notamment au sujet de la résurrection, Epist., n, 43, opposant Homère à Homère, Epist., n, 228, Isocrate à Demosthène. Epist., η, 116. Il s’en prend surtout à leur doctrine sur le destin et la mortalité de l’âme. Il n’y a pas de destin. Epist.,m, 135. Le fatalisme accuse une fausse notion de la divi­ nité et une négation, rationnellement insoutenable, de la Providence. Epist., ni, 134. C’est la Providence, et nullement l’influence des astres ou la fatalité, qui rè­ gle les événements. Epist., ni, 135, 151, 191. Ceux-ci n’arrivent point parce que Dieu les connaît ou les pré­ dit, mais 11 les connaît et les prédit parce qu’ils doivent arriver. Epist., ï, 56. Cf. sur la Providence, Epist., iv, 151 ; v, 66; et sur le fatalisme, Epist., m, 26, 102, 253; v, 117. Au sujet de l’âme humaine, Isidore réfute l’opinion de ceux qui en faisaient une portion de la substance divine, Epist., iv, 124, et celle d’Origène qui soutenait sa préexistence et sa chute avant son introduction dans le corps. Epist., rv, 163. Il affirme son immortalité, Z?pül.,xn,295;iv, 125,146, et sa liberté. Epist., ï, 271, 303. Dieu, dit-il, ne la contraint pas à obéir, il l’y in­ vite seulement par respect pour sa liberté; et c’est uni­ quement le bon ou le mauvais usage de cette liberté qui sauve l’homme ou qui le perd. Epist., u, 129. Au sujet des sacrements, Isidore de Pélusca soutenu leur validité, qu’il déclare indépendante de la valeur morale de celui qu’il les confère. C’est renseignement qu’il donnait aux fidèles de Pélusc,qui ne voulaient pas 94 recevoir les sacrements des mains de leur clergé. La vie déréglée des ministres de l’Église, leur écrivait-il, n’empêclie en aucune manière l’effet des sacrements dans ceux qui les reçoivent. Epist., u, 37,52; ni, 34, 394. Un prêtre, même coupable, et en cela digne de châtiment, n’en reste pas moins l’ange du Seigneur, parce qu’il offre le sacrifice divin et travaille au salut des âmes. Epist., ï, 349. Du baptême, Isidore signale les effets, Epist., tu, 195; v, 197; de la pénitence, il dit du prêtre qu’il a le pouvoir de lier et de délier, Epist., m, 260, et du pécheur pardonné qu’il ne doit pas retomber dans le pêché en escomptant une nouvelle grâce de péni­ tence. Epist., m, 157. A propos de l’eucharistie, 11 affirme le dogme de la présence réelle en termes qui ne laissent aucun doute. L’Esprit Saint, dit-il, fait que le pain commun et ordinaire, qui est offert sur la table mystique, devient le propre corps dont le Fils de Dieu s’est revêtu dans son incarnation. Epist., ï, 109. Le mi­ nistère des prêtres qui consacrent les dons divins sur un linge propre étendu sur l'autel, est le même que celui de Joseph d’Arimathic envers Jésus-Christ. Lorsque nous sancti fions sur ce linge le pain qui est offert, nous trouvons indubitablement le corps de Jésus Christ· Epist., ï, 123. On donne le nom de communion â la participation des mystères, parce qu'elle nous procure l’union avec Dieu et nous rend participants de son royaume. Epist., i,128. Comparant le mariage et la vir­ ginité, Isidore déclare celle-ci préférable, comme le ciel est préférable à Interred l'âme au corps. Epü/.,iv,192. Cependant le mariage est bon, mais meilleure est la vir­ ginité. Epist.,ιι, 133. Nulle part Idisore ne signale le nombre des sacrements. On a vu plus haut comment il opposait le christia­ nisme au paganisme. Plusieurs fois 11 revient sur les preuves de la vérité de la religion chrétienne. Epist.,i, 266,270; n, 4,251 ;m, 182,317,345; iv, 76,80,150, et sur la nature de cette religion, hors de laquelle il ne voit pas de salut. Epist., u, 246; iv, 103; v, 469, 569. Il voit dans ΓÉglise une assemblée de saints, unis par la vraie fol et par la bonne vie. Epist., n, 246. Il n’en exclut pourtant pas les pécheurs ou mauvais chrétiens, puisque tous les clin tiens, dit-il, dispi rsés sur toute la terre, formant le corps de Jésus-Christ. Epist., u, 103. Il justi fie le culte rendu aux reliques di s marts rs par les faveurs qu’en retirent ceux qui le pratique nt. Epist., i,55. C’est un bel acte de piété, observe-t-il, que d’orner la tombe des martyrs, mais mieux vaut encore imiter leurs vertus. Epist.,i, 189. Enfin il rend témoignage au dogme de la résurrection des corps. Epist., i, 281 ; u, 43; m, 77 ;iv, 201 ; v, 179. 3° Sur la morale.— Non moins Intéressantes sont les lettres d’Isidore de Péluse sur la morale, la discipline, la vie chrétienne et les usages de son temps. Dans l’im­ possibilité de tout citer, nous allons nou·» restreindre à quelques points principaux relatifs à la vie des prêtres, des moines et des Ildèles. 1. Le clergé. — C’est moins des vertus du clergé de son temps que de scs défauts que traite Isidore dans scs lettres. 11 sait reconnoitre et apprécier les mérites, mais 11 écrit plus souvent pour reprendre et blâmer que pour louer. Or, l’un des vices qu’il flétrit le plus éner­ giquement parmi les gens d’Église, c’est la simonie, qui fait de la collation des sacrements un commerce illicite et sacrilège de nature à avilir le ministère, à le rendre infructueux et à attirer sur ceux qui s’y livrent les plus grands châtiments de Dieu. Epist., ï, 26,29,30, 106,111,119,145,148,315. C’était notamment le fléau du clergé de Pélusc, si bien que les fidèles sc refusaient à recevoir les sacrements de ses mains, estimant à tort que ces sacrements étaient sans valeur. Quelques prêtres, entraînés par l’ambition, recher­ chaient l’épiscopat, alléguant le mot de saint Paul : i εΐ τις έπισκοπής ^ορέγεται, καλού ίργου έπιΟυμεί. 95 ISIDORE DE PÉLUSE (SAINT) I Tlm., m, 1. C’est mal entendre la pensée de l’apôtre, observe Isidore, et lui donner une faussefnterprétation. Car la suite du passage devrait suffire à réprimer un pareil désir. La plupart, en effet, n’offrent pas les qua­ lités requises par l’apôtre pour une fonction si auguste et si redoutable. En s’exprimant conditionnellement, comme fl l’a fait, l’apôtre a voulu mettre les ambitieux en garde contre la passion qui les pousse à désirer l’épi­ scopat sans tenir compte des vertus qu’il requiert, de la vigilance et des soins, des labeurs et des peines qu’il impose, des dangers qu’il fait courir. Isidore qualifie de divin l’épiscopat ; il le trouve si redoutable que les meil­ leurs eux-mêmes devraient se garder de le désirer. Episl.9w, 216; iv, 219. Ceux-là seuls peuvent le désirer qui s’appliquent à reproduire la vie de saint Paul, Ep/s/.,τ, 104,et qui y volent le moyen, non de satisfaire leur orgueil ou leurs convoitises, mais d’exercer une paternité spirituelle. Ep/sZ.,n, 125. L’évêque doit Imi­ ter le bon Pasteur. Epis/.,ι, 130. Ce n’est pas assez pour un évêque d’avoir de bonnes mœurs, Il doit encore pos­ séder la science et savoir parler. Epis/., n, 217. Et 11 ne peut être utile à scs sujets celui qui est parvenu ù l’épi­ scopat sans avoir passé, comme l’exigent les canons, par les degrés inférieurs. Episl., n, 261. L’évêque peu soi­ gneux du salut des âmes, ne se préoccupant que de iastect d’argent.déshonoresa propre personne. Epis/.,n, 200. Comparant le clergé de son temps avec celui des âges précédents, Isidore écrit : · On n’élevait alors au sa­ cerdoce que les gens vertueux, on y élève aujourd’hui ceux qui aiment l’argent. On fuyait alors l’épiscopat à cause de la grandeur de sa dignité, on le souhaite au­ jourd’hui, on l’accepte volontiers, on s’en empare dans la vue de se procurer une abondance de délices. Jadis on se faisait un honneur de la pauvreté volontaire, au­ jourd’hui on ne cherche qu’à gagner de l'argent. Alors on pensait au jugement de Dieu, aujourd’hui on n’y pense plus. Alorson était prêt à toutsouffrlr, aujourd’hui on est prêt à faire souffrir les autres. Qu’cst-il besoin d’en dire davantage? La dignité du sacerdoce est changée en un désir de régner; on est passé de l’humi­ lité à l’orgueil, du jeûne aux délices, de la qualité d’économe et de dispensateur à celle de maître et de propriétaire des biens de l’Église. » Epist.9 v,8. Isidore convient pourtant que tous les évêques de son temps n’en étaient pas là; car il appréciait notamment cer­ tains d’entre eux, tels que Lampétius, Ep/s/.,ιι, 221, Simplon, Episl., m, 44, et son ami Hcrmogèncs. Episl., v, 466. Mais il se plaint en général du manque d’énergie des prélats pour reprendre le dérèglement des autres et 11 félicite, quant à lui, Hiérax, un prêtre vertueux, d’avoir fui l’épiscopat comme une charge dangereuse. Episl., n, 125. A propos de pardon accordé par le prêtre Zoslme à un pécheur, coupable de parjure, qui lui avait offert quelques poissons, Isidore déclare que le prêtre possède bien le pouvoir de lier et de délier, mais à la condition d’exiger la réparation de l’injustice ou du dommage causé et de ne point accepter de présents. Eplst., m, 2G0. Les diacres, dit-il, sont l’œil de l’évêque : Ils doivent soigneusement veiller sur les biens de l’Eglise, Epist., rv, 188, et ne point pratiquer l’avarice, parce que, sous prétexte d’augmenter leurs richesses, ils prépareraient ainsi de la matière pour le feu futur. ΕρΜ.,χ, 19. Les membres du clergé doivent conformer leur vie aux enseignements qu’ils donnent; sans quoi, loin de con­ vertir h-s auditeurs, on les incite à sc moquer de ceux qui parlent. Epist.,i, 112. Mieux vaut vivre et agir bien que de parler avec correction et élégance; c’est par l’action plus que par la parole qu’on avance dans h vie spirituelle. Epü/.,ι, IL S’exprimer avec élégance, c’eut ressembler à une cymbale retentissante; bien agir est le propre des anges. Epist.,i, 163. 96 2. Les moines. — On peut entrevoir par ce qui pré­ cède ce que l’abbé de l’élusc exigeait des moines. Il voyait dans la vie monastique l’idéal de la perfection et l’accomplissement de tous les commandements de Dieu. Epist., I, 278. A ses yeux, Jean-Baptiste en était le modèle, et pour le vêtement en poils de chameau, et pour la frugalité. Epist., i, 5. Ce genre de vie exige, disait-il, la retraite pour oublier tout ce qu’on aquittéct l’obéissance pour renoncer à ses propres habitudes et pratiquer la mortification de la chair. Le moine doit donc s’éloigner du tumulte des affaires, Epist., i, 25, no pas courir les villes et ne point fréquenter les spectacles publics. Epist., i, 92. 11 doit être humble, car c’est en vain qu’il aurait quitté les richesses et les honneurs du siècle, s’il se livre à l’orgueil. Epist.,1,15. Il ne doit pas sc gouverner au gré de scs désirs, mais suivant la volonté de scs supérieurs, de ceux qui ont vieilli dans la pratique de la vie religieuse. Car si pour apprendre quelque vil métier ou un art mécanique, on recherche avec soin les maîtres les plus réputés, à plus forte raison, pour s’instruire de la sagesse divine, faut-il s’adresser à ceux qui en ont l’expérience. Episl., I, 260. Le moine doit se contenter d’un seul vêtement et d’une simple nourriture d’herbes, à moins que la faiblesse de son tempérament ne s’y oppose; dans ce cas il doit s’en tenir aux prescriptions de son supérieur. Episl.,i, 5. Il doit s’abstenir de tout jeûne Immodéré. Epist., n, 45. Qu’il ne se flatte pas, même en pleine solitude, d’échapper aux tentations, puisque Jésus-Christ a été tenté au désert. Epist.,i, 75. Le désert offre du moins cet avantage qu’on n'y est point troublé par l’inquiétude des mauvaises affaires ni par les entretiens qui blessent la pudeur. Episl.,i,92, 220. Le moine doit sc livrer à un travail manuel, Epist., i, 49; ne pas affecter de bien parler et, s’il a quelque talent de parole, ne pas chercher à plaire par un débit trop étudié. Epist., X, 02. Il doit s’interdire la lecture des auteurs profanes, parce qu’elle pourrait souiller son Imagination et réveiller d’anciennes pas­ sions. Epist., i, 63. Évidemment, au milieu de si nombreux monastères et parmi tant de milliers de cénobites, tout n’était pas parfait. Isidore signale, en effet, ici un défaut d’hospi­ talité, Episl.,ί, 50, là un excès de bouche, Episl.,i. 392, ailleurs une humeur batailleuse. Episl., i, 298. Mais c’est peu relativement à ce qu’il a dit du clergé. 3. Les fidèles et la aie chrétienne. — Trop nombreux sont les passages où Isidore, parlant de la vie chré­ tienne, signale les défauts à éviter, les vertus à prati­ quer, pour qu’on puisse les rapporter. Qu’il suffise d’in­ diquer ceux où il traite de la nature et des conséquences du péché, Epis/.,m,261 ;iv,52; v, 175,472,561 ; de son remède par la pénitence, Episl.,ï, 408; ni, 71,177,269; v, 8,9,253,307,317,506,539 ; de la nécessité du com­ bat spirituel, Ep/sf.,i,4, 144, 264 ;n, 12,24,103-107, 161,164,179, 189, 225,242,256,267, 268; ni, 60,205, 228; XV, 195; v, 19,27,60. 139,1 14,31 6,3 50,364,424, 509,533,546; dcrobligationdcrepousscrles tentations, Epü/.,i, 393; n, 76, 164, 280; ni, 83, 156, 1G0, 385; XV, 138; v, 28, 39, 68, 96,226, 270, 30G, 314, 350, 369; de la patience à supporter les injures et l’adversité; Epist., n, 54, 74, 132, 294 ; ni, 26, 330; v, 71,96, 100, 238,254,269, 270,282,343, 350, 471 ; de la perfection chrétienne et des moyens de l’atteindre. Epist.91,8,27, 162,403,435,441,442; n, 19,23, 106,2U1,225 ; ni, 118, 280, IV, 41 ; v, 162,288,296. Trois choses, disait Isidore, sont nécessaires à la vie chrétienne : la prière, la vertu, la foi ; la prière comme l’ornement, la vertu comme le corps, la foi comme l'âme. Eplst., v, 162. Ce n’est pas tant le vêtement et le lan­ gage qui font le vrai chrétien, c’est plutôt sa conduite et scs bonnes mœurs. Episl., iv, 34. Par sa participaI tion aux mystères sacrés,c’est-à-dire à l’eucharistie, le 97 ISIDORE DE PÊLUSE (SAINT) — ISIDORE DE SÉVILLE (SAINT) baptisé s’unit Λ Jésus-Christ comme le corps à la tête. Epist.,ui,195. 11 interdisait d'assister aux spectacles à cause du danger moral qu’ils offrent, Epist.,tu, 336; v, 185 ; Ils sont,en effet, l’école de la débauche, Epist.,v, 463; ils perdent la jeunesse, Epist., v, 186; il faut donc en détourner tous les hommes. Epist., v, 517. Bien des choses, selon l’usage qu’on en fait, conduisent au bien ou tournent nu mal. « Les richesses sont bonnes, mais pour ceux qui savent en bien user et les adminis­ trer sagement. La pauvreté est bonne, mais pour ceux qui la supportent avec uno âme forte et courageuse. Les honneurs sont bons, mais pour ceux qui les em­ ploient à la défense, au soulagement des affligés et des opprimés. Le pouvoir est bon, mais pour celui qui gou­ verne avec équité et qui ne s’en sert pas pour sc venger de scs inférieurs. La force est bonne, mais pour ceux qui la font servir à la défense des faibles. Ce ne sont donc pas les choses en cllcs-êmmcs qu’il faut accuser, puisqu’elles peuvent être l’instrument de la vertu, mais les dispositions de celui qui peut mal user de ce qui est bon. · Epist.,m, 172. SI chacun était traité ici-bas selon scs mérites, le ju­ gement dernier deviendrait inutile, Epist., v, 179; mais il ne sera pas inutile, car on volt dans ce monde beaucoup de méchants prospérer, et des justes souvent affligés. Epist., v. 215. C’est dans l’autre vie que les méchants subiront la peine qu’ils méritent et que les Justes seront récompensés. Epist., v, 221, 222. I. Sources. — Pour les lettres de saint Isidore de Péluse, Mlgno a reproduit, P. G., t. lxxvhi, l’édition de Pierre Pousslnes, Collationes Ixldorlanæ, Borne, 1670, en la baisant précéder de l’étude critique do Hermann Niemeyer, De Isidorl Pelusiota: vita, scriptis et doctrina. Halle,1825; l’édi­ tion de Pousslnes avait été précédée par celle de A. Morel, Paris, 1633: Synodiam adversus Tragsq.; elles ont été rééditées dans Bibliotheca Casinensis, 1873, t. I, Appendix, p. 7-24; R. Algrnin, Quarante-neuf lettres de S. Isidore de Péluse, édition critique de l’ancieuno version latine contenue dans deux niss. du concile d’Épbèse, Paris, 1911 ; Facundus d’Hcrmlane, Defensio trium capitu­ lorum, I. II, c. xv,P, L, t. i.xvn.col. 573-574; S. Éphrern d’Antioche, dans Photius, Bibliotheca, 228, P. G., t. cm, col. 961; Évagre, H. E., i, 15, P. G., t. lxxxvi, col. 246-1; Nicéphore Qdliste, IL E, XIV, P. G., t. cxlvi. II. Tu kvavx. — 1 lenschcolus, Comment, hlstor. de S. 1st· doro Pelusiota, dans les Acta sanctorum, ou 4 février; Dupin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1693, t iv, p. 3-14; Tlllemont, Mémoires, Paris, 1701, t. xv, p. 97-119, 817; Ccillier, Histoire générale des auteurs sacrés cl ecclésiastiques, Paris, 1858, t. vin, p. 476-493; Heutniuin, Dissert. de Isidoro Pelusiota et ejus operibus, Gœttingue, 1737; A. Fabricius, Bibliotheca græca, Hambourg, 1807, t. x, p. 480-194; Glueck, Isidorl Pelusiota? summa doctrina moralis, Wurzbourg, 1818; I.. Bober, De arte hcrmeneutica S. Isidori Pelusiota:, Cracovlc, 1878; Bouvy, De S. Isidorl Pelusiota: llbrl III, Nîmes, 1885; Batiffol, La littérature grecque, Paris, 1897, p. 314; Bardenhewer, Patrologie, 3· édit., Fribourg-cn-Brisgau, 1910, p. 316; Fesslcr-Jungnmnn, Institutiones palrologirr, Inspruck, 1896, t. iib, p. 128-143; Rcalencycklopüdie fur protestantlsche Théologie und Kirehe, 3· édit., Leipzig, 1901, t. ix, p. 441-447; B. Lundstrém, De Isidorl Pelusiota epistolis recensendis praius tones, dans Eranos, 1897, t.it, p. 67-80 ; N. Capo, dans Studl (talioni dl filolngia classica, Florence, 1901, t. xx, p.419-466; C. H. Turner, The Letters of Isidore of Pelusium, » nus Journal of theological studies, Cambridge, 1905, t. vx, 70-86; K. Lake, Further notes on the mss· of Isidore of Pelusium, ibid., p. 270-284; L. J. Sicking, Isidores van Pelusturn, dans De Kathollck, 1906, t. exxx, p. 109-129 (d'après lui, Isidoro serait originaire d'Alexandrie d’An­ tioche; cf. Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1912, t. xm, p. 414-415); E. Lyon, Le droit chrétien. Isidore de Pilule, dans les Etudes htstorico-furtdlques, offertes à DICT. DE THÊOU CATIIOU 98 M. Th. Girard, Paris. 1912. p.209-223; L. Bayer, Istdors von Pelusium klassische Bildung, Paderborn, 1915; J. Tue­ ront, Précis de patrologle, Paris, 1918, p. 220-221; Smith et Wace, Dictionary of Christian biography, Londres, 18781888, t. m, p. 315-320; Kirchenlexlkon, 2· édlL, t. VI, col. 364-369; U. Chevalier, Répertoire. BMdbllographte, t. I, col. 2232-2233. G. Bareillb. 4. ISIDORE DE SÉVILLE (Saint), arche­ vêque et docteur de l’Église ( 1636). — L Vie. II. Œuvres.HL Doctrine. L Vie. — 1° Sa jeunesse. — 1. Sa famille.— On Ignore la date exacte et le vrai lieu de sa naissance; les précisions données plus tard par les auteurs espagnols ne sont que des conjectures. Ses parents étaient des cat holiques de race hispano-romaine. Son père Sévérien dut occuper un rang distingué à Carthagène : lequel? Sobre de détails sur sa famille, saint Isidore en parlant de son frère dans son De viris illustribus, xu, se borne à cette phrase : Leander genitus paire Severiano, carthaginmsis provincial Sévérien étalt-Ü duc de Carthagène, comme l’ont soutenu dans la suite cer­ tains écrivains espagnols? Ni saint Isidore, ni aucun témoignage contemporain n’autorisent à l’affirmer; ce titre, en tout cas, ne lui a pas été donné dans les offices de l’Église de Tolède. Lors de l’invasion d’Agila, l’an 587 de l’ère espagnole, c’est-à-dire en 549, Sévérien dut fuir sa cité d’origine, minée par les Goths ariens: il sc réfugia à Séville. Il eut quatre enfants, tous ins­ crits au catalogue des saints. Les deux premiers, Léandre et Florentine, étaient nés certainement à Car­ thagène; les deux autres, Fulgcncc et Isidore, naqui­ rent vraisemblablement dans la capitale de la Bétique, le dernier vers l’an 560. Le père et la mère, morts peu après, avaient confié aux soins des deux aînés le plus jeune et le plus aimé de leurs enfants; et c’est ainsi qu’Isidorc, devenu orphelin, fut élevé par son frère Léandre, qui devint archevêque de Séville, et par sa sœur Florentine, qui embrassa la vie religieuse. 2. Son éducation. — Léandre, en effet, traita toujours dans la suite Isidore comme son fils, et veilla avec sa sœur à son instruction et à son éducation. Florentine ayant manifesté un jour le désir de revoir les lieux de son enfance, Léandre l’en dissuada, parce que Dieu avait jugé bon de la retirer de Sodomc. Malum quod illa experta fuit, lui écrivit-il en parlant de leur mère, tu prudenter évita; ce sol natal, du reste, avait perdu sa liberté, sa beauté et sa fertilité. Mieux valait donc, ajoutait-il. qu’elle restât dans son nid et qu’elle veillât tout particulièrement sur le plus jeune de leurs frères. Régula, xxt, P. L., t. lxxit, col. 892. Isidore fut confié, tout enfant, A l’un des monastères de la ville ou des en­ virons, où il fit de fortes études et puisa des connais­ sances vraiment étonnantes pour l’époque et dans le milieu où il vécut. 11 n’est pas, en effet, d’auteur sacré ou profane, surtout parmi les latins, dont il n’ait lu et mis à profit les ouvrages. Mais il n’étudia pas unique­ ment pour le vain plaisir de savoir; il poursuivit un double but : celui d’être utile à son pays pour le sous­ traire à la barbarie et celui de faire triompher la fol catholique contre l’hérésie arienne. 3. Son prosélytisme.— L’Espagne presque tout en­ tière était au pouvoir des Goths ariens, et la difficulté était de ramener ces hérétiques à la vraie foi. Il y eut une lueur d’espoir, lorsque le fils aîné du roi Léovigilde (569-585), Hcrménégildc, qui avait épousé la fille du roi franc Sigcbert et de Brunchaut. passa au catholi­ cisme. 11 est vrai qu’il dut aussitôt s’enfuir à Séville ou qu’il y fut exilé. Mais là, loin des menaces paternelles, et très vraisemblablement sous l’inspiration de Léandre, il chercha à former un parti pour la conversion de l’Es­ pagne. Il sollicita le concours du lieutenant de l’empe­ reur de Byzance et envoya Léandre en mission à Cons­ tantinople; c’est là, en effet, que Léandre se rencontra VIII. — 4 99 ISIDORE DE SÉVILLE (SAINT) 100 avec le futur pape saint Gregoire le Grand, qui lui écri­ toute l’Espagne ainsi qu’à In Gaule narbonnaisc KanJvait plus tard: Te illuc injuncta pro causis fidci Wisigoformité pour le chant de l’office et les rites de la mesu: Ihorum legatio perduxisset. Moral., cpist. i, P. L., L t unus ordo orandi atque psallendi per ornncni Hispa­ t. LXXv, col. 510. Durant ccttc mission, Isidore, alors âgé niam atque Galliam conservaretur, unus modus in mis­ de plus de vingt ans, crut le moment propice pour faire sarum solcmnitale, unus in matuhnis UisprrtinUqm œuvre de propagande en combattant ouvertement officiis, can. 2. Il régla ensuite plusieurs points de div l’arianisme. Ce ne fut pas sans horreur qu’en 585 il apprit cipbnc et de liturgie, cnn. 7-19. Il rappela aux prêlra le guet-apens tendu à I Icnnénégilde et le meurtre qui en l’obligation de la chasteté, cnn. 21-27, et aux évêques fut la suite. Mais survint presque aussitôt la mort du le devoir de surveiller les juges civils et de dénoncer roi persécuteur, suivie de l’avènement de Récarèdc, leurs abus, can. 32. 11 déclara tous les clercs exempts de qui,comme son frère, abjural’arianisme et entraîna par redevances et de corvées, can. 47. son exemple la conversion en masse de tout le royaume b) Relativement aux juifs. — La question juive, en goth. Ce grand évènement, si conforme aux vœux 633, n’était pas nouvelle en Espagne vt ne devait pas d’Isidore, fut célébré au III· concile de Tolède, en 589, de sitôt recevoir une solution définitive, mais elle s’im­ où siégea et signa, comme métropolitain de la Bétique, posait ù l’attention du pouvoir civil et ecclésiastique saint Léandre. Isidore rentra dès lors dans le eloitre, dans l’intérêt de la paix cL du bien public. Déjà, en comme clerc ou comme moine, pour y continuer la 589,1e III· concile de Tolède s’en était occupé. Il avait lecture attentive des auteurs et enrichir de plus en plus Interdit aux juifs : toute fonction qui leur aurait per­ mis d’édicter des peines contre les chrétiens; toute sa collection d’extraits. union avec une femme chrétienne, soit comme épouse, 2° Son épiscopal. — 1. Il remplace son frère Léandre soit comme concubine, les enfants nés d’une telle union sur le siège de Séville.—Λ la mort de Léandre, du temps devant être baptisés; tout achat d’esclaves chrétiens, de l’empereur Maxime (t 602J et du roi Récarèdc (t 601), donc au plus Lard en 601, Isidore fut élu pour ceux-ci ayant droit à l'affranchissement gratuit s’ils avaient été l’objet de quelque rite judaïque; autant remplacer son frère sur le siège métropolitain de la Béde mesures sages qui, sans léser les juifs, protégeaient tique; c’est la date consignée par un contemporain et les chrétiens. Quelques années plus tard, Siscbut obli­ un ami d’Isidore, saint Braulio, évêque de Saragosse, gea les juifs à recevoir le baptême; c’est ce que note dans sa Pnenotutto in libros divi Isidori, P. L., t. lxxxi, simplement Isidore dans son Chrunicon, exx, P. L, col. 15-17. Saint Udefonse ajoute qu’il occupa ce siège t. lxxxiii, col. 1056, mais ce qu’il blâme avec raison une quarantaine d’années. De viris illustri bus ,ιχ, P. L., dans son Historia de regibus Gothorum, lx, ibid., t. lxxxi, coi. 28; exactement jusqu’au début du règne de Chintilla en 636, comme a eu soin de le préciser col. 1093,oùildit de Siscbut; Jnitio regni judœos in [idem un disciple d’Isidore,qui a raconté la mort édifiante chistianam promovens, œmu lationem quidem habuit,std de son maître. P. £., t. lxxxi, col. 32. Ce long épi­ non secundum scientiam, potestate enim compulit quos scopat fut consacré par hldoreauxinlérêtsdesonsiège, provocare fidei ratione oportuit. Aussi, ayant lui-même à s’occuper des juifs, maintint-il tout d’abord les déci­ de sa province et de l’Espagne; il ne fut pas sans fruits; sions prises au III· concile de Tolède, mais II eut soin n’en retenons que les faits principaux. de faire décréter qu’on ne forcerait plus désormais au­ 2. Il signe d un synode de la province de Carthagène. — En 610, se tint à Tolède, à la cour du rolGondcmar, cun juif à se faire chrétien. Les juifs restaient exclus un synode de la province carthaginoise,où il fut décidé des emplois publics et ne pouvaient plus posséder que le titre de métropolitain de cette province n’appar­ d’esclaveschréticns; si l’un d’eux avait cpouséunechrétienne, il était mis en demeure ou de se séparer d’elle ou tiendrait plus au siège de Carthagène, mais à celui de se convertir. Restait à liquider le passé et à de Tolède, la capitale du royaume. Bien qu’étranger à prendre des mesures pour l’avenir; car la plupart de cette province, Isidore, alors l’hôte du roi, fut invité à ceux qui avaient été contraints sous Siscbut à recevoir signer le premier ce décret; c’est ce qu’il Ut en ces le baptême étaient retombés dans le judaïsme : ceux-là termes : Ego Isidorus, Hispalensis ecclesia: provincim belleæ metropolUanus episcopus. dum in urbem Toleta­ devaient être ramenés de force ù la vraie foi ; leurs en­ nam, pro occursu regis, advenissem, agnitis his constitu­ fants, s’ils étalent circoncis, devaient être soustraits à leur autorité pour être confiés à des communautés ou à tionibus, assensum praebui et subscripsi. des fidèles recommandables, et leurs esclaves, s’ils 3. Il convoque lui-mime des synodes.—Par deux fols, avaient été circoncis par eux, devaient être affranchis en 619 et en625. Isidore convoquait Séville les évêques aussitôt Désormais tout juif baptisé, qui viendrait à de la Bétique pour régler certaines ailaires litigieuses et délicates. Dons le premier de ces synodes, il trancha renier son baptême, serait condamné à la perte de tous ses biens au profit de ses enfants,si ccs derniers étaient d'abord le différend survenu entre son frère Fulgence, évêque d’Astigi (Eclja), et Honorius, évêque de Cor- chrétiens, can. 57-66. doue, au sujet de la délimitation de leurs diocèses ; puis I c) Relativement à Γ État. — C’était là, à vrai dire, l’un 11 traita Γ affaire de l’évêque eutychlen Grégoire, de la i des points les plus importants à traiter, car on était secte des acéphales, qui,clîassê de la Syrie, avait trouvé au lendemain d’une révolution : il s’agissait de mettre un refuge en Espagne. Pour couper court à toute j un terme aux discordes civiles et d’assurer la paix, en suspicion et à toute propagande d’erreur de sa part, tranchant le différend survenu entre Suinthila et SiseIsidore exigea de lui une abjuration tonnelle de l’hé­ nand. Siscnand, en eflet, avait pris les armes pour dé­ résie monophyiitc et une confession de foi orthodoxe. trôner le roi régnant, et Suinthila, devant la révolte Dans le second, il déposa le successeur de saint Ful- triomphante,avait dû abandonner le pouvoir.Slscnand, genev, Martianus, et le remplaça par Habcntius. Cf. intéressé à se faire reconnaître, s’était montré plein de Florez, Espaha sagrada, t. x. p. 106. déférence à l’égard de l’épiscopat et ne ménagea pas les 4. Il préside le IV* concile national de Tolède.— A I promesses. Loin d’être inquiété pour sa révolte et son titre duplus ancien mét ropoll tain de l’Espagne, Isidore I élection,qui avaient tous les caractères d’une usurpa­ eut aprcsidrr,cn633,le IV’concile national.quiestrrsté tion, il fut acclamé et solennellement reconnu comme le plus célèbre de la péninsule, à cause des décisions le roi légitime. Quant à Suinthila, il fut condamné à la qui y furent prises tant au point de vue religieux et I dégradation et la perte de tous ses biens. Le concile, ecclésiastique qu’au point de vue civil et politique; il disposant ainsi des ailaires de l’État, menaça d’ana­ en fut vraiment l’àiue. thème quiconque attenterait aux jours du nouveau roi, a) Au point de vue religieux. — Le concile commença le dépouillerait du pouvoir ou usurperait son trône, et d’abord par promulguer un symbole; puis il imposa à décida qu à la mort de Siscnand son successeur serait 101 ISIDORE élu par tous les grands de la nation et par les évêques, can. 75. Ainsi s'affirmait, en Espagne, Taction polltlnue du clergé et l'union étroite de l'Église et de l’Etat. d) Relativement ά Γ instruction d ά Γ éducation du clergé. — Isidore, qui avait tant profité de son séjour dans les écoles monastiques et qui comprenait l'impor­ tance capitale de l’instruction et de l’éducation pour le clergé, avait fondé à Seville un collège pour les jeunes clercs sous la direction d’un supérieur qui fût à la fols un magisrer doctrina et un testis vite. C’est là que fut élevé saint lldefonsc. Il eut soin en outre de faire décréter qu’un établissement semblable serait institué dans chaque diocèse, can. 24. Voir les canons du IV· concile de Tolède, dans llefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1909, t. in, p. 267-276. 3® Sa mort. — Isidore ne devait survivre que trois ans au IV· concile de Tolède. Déjà vieux et « sentant approcher sa fin, raconte son disciple, P. £., t. lxxxi, col. 30-32, il redoubla ses aumônes avec une telle pro­ fusion que, pendant les six derniers mois de sa vie, on voyait venir chez lui de tous côtés une foule de pauvres depuis le matin jusqu'au soir. Quelques jours avant sa mort il pria deux évêques, Jean et Éparchius, de le venir voir. Il se rendit avec eux à l’église, suivi d'une grande partie de son clergé et du peuple. Quant il fut au milieu du chœur, l’un des évêques mit sur lui un cilice, l’autre de la cendre. Alors, levant les mains vers le ciel, Il pria et demanda à haute voix pardon deses pé­ chés. Ensuite il reçut de la main de ces évêques le corps et le sang du Christ, se recommanda aux prières des assistants, remit les obligations à scs débiteurs et fit distribuer aux pauvres tout ce qui lui restai t d'argent. De retour à son logis, il mourut en paix le 4 avril 636. · Cf. Ceillicr, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclés., t. xi, p. 711; Leclercq, L'Espagne chrétienne, Paris, 1906, p. 310. 4° Sa célébrité. — 1. L'opinion des contemporains. — Très renommé pendant sa vie, Isidore est resté l’une des gloires de l’Espagne. Déjà son ami, Braulio, évêque de Saragosse, prit soin d’insérer son nom dans le De viris illustribus d’Isidore lui-même et d’y dresser la liste de ses principaux ouvrages. 11 y vante son élo­ quence, sa science, sa charité; il le considère comme le plus grand érudit de son époque, comme le restaura­ teur des études, comme l’homme providentiellement suscité par Dieu pour sauver les documents des anciens, relever l’Espagne et l'empêcher de tomber dans la rus­ ticité. Prænotatio librorum divi isidori, P. L.t t. lxxxi, col. 15-17. 2. Sa vaste érudition. — Cet éloge enthousiaste était mérité en grande partie: car, sans être un homme de génie, Isidore fut un grand érudiL 11 connaissait une grande partie des œuvres de l'antiquité sacree et pro­ fane, et il y puisa à pleines mains, transcrivant tex­ tuellement, au fur et à mesure de scs multiples lec­ tures, tout ce qui lui paraissait digne d'être retenu, et amassant ainsi pour scs futurs travaux des extraits précieux qu'il n’avait plus qu’à mettre en ordre. 11 fut surtout un compilateur, comme le montre l'éten­ due encyclopédique de ses citations. Ayant ainsi recueilli tout ce qui touche à l’exégèse,à la théologie, à la morale, à la liturgie, à l’histoire, à la grammaire, aux sciences cosinologiqucs, astronomiques et physiques, Isidore se contenta, quand il eut à traiter un sujet, d’utiliser la collect ion de ses notes, exprimant ainsi,comine un écho fidèle, moins sa propre pensée que celle do scs devanciers. Et telle fut constamment sa méthode ainsi qu’il a eu soin à plusieurs reprises d’en prévenir loyalement ses lecteurs, P. L., t. lxxxii, col. 73; r.xxxm, col. 207, 737, 961; si bien qu’il aurait pu écrire en tète de chacun de ses nombreux ouvrages ce qu’il a mis dans la préface de ses Quiestioncs in 102 Vetus Testamentum: lector non nostra leget sed veterum releget. P. L., t. lxxxiii, coi. 209. 3. Son titre de docteur de Γ Église. — Traduisant la pensée des contemporains, le VIII· concile de Tolède, en 653, parle d’Isidore en ces termes : Doctor egregius, Eectesiæ catholica nooissimun decus, procedentibus if late postremus, doctrina et comparatione non infimus et, guod majus est, in srrculorum fine doctissimus. Mansi, Concit., t. x, col. 1215. C’est ce même titre de docteur que lui donne encore le concile de Tolède de 688. Aussi l'Église de Séville n'hésita pas à Insérer dans l’office de son saint évêque l’antienne O doctor optime,et dans la messe l'évangile propre à la fête des docteurs : Vos estis sal terræ : office et messe qui reçurent, pour l'Espagne et les pays soumis au roi catholique, l'approbation de Grégoire XIII (1572-1585). Finalement ce titre fut re­ connu pour toute l’Église, le 25 avril 1722, par inno­ cent XIII, Cf. Benoit XIV, De beattf. sonet., L IV, part. II, c. xi, n. 15. Comme scs deux frères, Léandre et Fulgcnce, et comme sa sœur Florentine, Isidore a été inscrit au catalogue des saints; sa fête est fixée au 4 avril. A eta sanctorum, aprills t.l,p. 325-361. II. Œuvres,— Durant son long épiscopat, Isidore composa un grand nombre d’ouvrages, dont quelquesuns ne sont point parvenus jusqu’à nous. Braulio, en effet, après en avoir signalé 17, ajoute ccs mots ; suni et aha multa opuscula. Prænotatio, P. L., t. lxxxi, col. 17. Ceux qui restent sont caractéristiques quant au genre et à la méthode du saint. Ils roulent sur les maticres les plus variées; car ainsi que l’a observé Arevalo, tsidoriana, part. I, c. i, n. 3, P. L., t. lxxxi, col. 11, Il n’est pas de sujet qu’ Isidore n’ait abordé : nil intentatum re­ liquit. Laissant de côté tout ce qui a trait au droit ca­ non et à la liturgie, et qui trouvera sa place dans les dictionnaires consacrés à ces deux sciences, nous nous bornerons à parcourir succinctement ses œuvres, non dans leur suite chronologique, car il n’y en a guère que quatre ou cinq que l’on puisse dater approximative­ ment, mais dans l'ordre des matières adopté par Are­ valo, le dernier et le meilleur éditeur des ouvrages de saint Isidore. 1° Etymologie — C’est le plus long cl le principal ouvrage du saint. Isidore y travailla longtemps sans pouvoir l’achever comme il l'aurait voulu. Mais sol­ licité plusieurs amnvs de suite par Braulio pour qu'il le lui envoyât complet et en ordre, il finit par céder, vers 639. 11 l’expédia à son ami avec une dédicacé, mais ttlqu il était encore, immendalum, en lui laissant le soin de l’amender lui-même. Son titre general est celui à'Etyinologte, sous lequel Isidore le désigne plusieurs fois; mais comme il est qualifie dans lu preface à'opus de origine quarumdam rerum, hlargann de la Bigne et du Breul lui ont donné aussi le titre d'Origmts. Sa division actuelle en vingt livres est-elle duc à Isidore ou à Braulio? C’estce qu’on ne saurait dire, car les manuscrits varient et pour le nombre et pour l'ordre de ces livres. En voici le résumé: le I* livre traite de la grammaire; le 11·, de la rhétorique et de la dialectique;ces deux livres sont plus développés dans les Differentur, mais dans le même esprit, selon le meme plan et la même mé­ thode; le III·, de l’arithmétique, de la géométrie, de la musique et de l'astronomie; le IV·,delà médecine; le V·, des lois et des temps : celui-ci est un résumé lu Chronicnn, ou abrégé de l’histoire universelle, en six époques, depuis les origines du monde jusqu’à l'an 627 après Jésus-Christ: le VI·, des livres et des offices de l’Égliîu· :ily est question du cycle pascal et il csi plus développé dans le De officiis; le V11·. de Dieu, des angt s et des différentes classes de fidèles : c'est un abrégé de théologie; le VI11·, de l’Église et des sectes; le IX·, des langues, des peuples, des royaumes, des armées, de la population civile, des degrés de parenté ; le X·. des mots : c'est un index alphabétique des plus curieux; le XI·, de 103 ISIDORE DE SÉVILLE (SAIN.) l’homme et des monstres; le XII·» des animaux; le XIII·» du monde et de ses parties : c’est une sorte de cosmologie générale; le XIV·, de la terre et de ses parties : c’est une géographie; le XV·, des édifices, des champs et des routes; le XVI·, des pierres et des métaux; le XVII·, de la culture des champs et des Jardins; le XVIII·, de la guerre et des Jeux; le XIX·, des vaisseaux, des constructions et des costumes; le XX·, des mets et des boissons, des ustensiles de ménage et des instruments aratoires. Il y a là, comme on le voit, une sorte d’encyclopédie. Tout y est traité d’une manière uniforme» l’étymolo­ gie des mots servant à l’explication des choses. Mais 11 y a l’étymologie secundum naturam et l’étymologie setundum propositum. A défaut de la première, Isidore recourt à la seconde. Or, quelque ingéniosité qu’on y déploie. Il y R toujours place alors pour l’arbitraire. Aussi,à côté d’étymologies pertinentes et parfois fort remarquables, combien qui prêtent à sourire ou même semblent ridicules I Isidore, il est vrai, ne les a pas In­ ventées, mais alors à quoi bon les transcrire sans tenir compte de leur invraisemblance, ni même de leur con­ tradiction ou de leur absurdité? Arevalo a vainement essayé de l’en excuser, quand 11 écrit : Scriplores col­ lectaneorum magis excusandi sunt,s l quædam aliquantu­ lum absurda aut minus credibilia proferant. Propositum enim illis erat, non tam ut vera a jais is discernerent, quam ut aliorum dicta (ongcrcrcnt et aliis dijudicanda propo­ nerent. hldoriana, part. 11, c.lxi, n. 10, P.L., t. lxxxi, coi. 386. Un choix plus judicieux s’imposait. Λ vrai dire, dans une œuvre de ce genre, Isidore n’a pas été plus heureux que Platon chez les grecs, Vairon chez les latins et Philon chez les Juifs. Mais, telle quelle, sa com­ pilation n'en fut pas moins, pour tout le moyen âge, une mine de renseignements et un manuel à la portée de tous. 2° Diljercntin:, sloe de proprietate sermonum. — Isi­ dore dit avoir eu en vue ici le traité correspondant de Caton, mais il a aussi emprunté à d’autres. Il a divisé ion travail en deux livres. Le Ier, De differentiis verbo­ rum, disposé par ordre alphabétique, comprend 610 différences, quelques-unes subtiles et bien appropriées; par exemple : entre aptum et utile; aptum, ad tempus; utile, ad perpetuum; entre ante et antea; ante locum significat et personam; antea, tantum tempus; entre alte­ rum et alium; alter de duobus dicitur; alius, de multis, etc. Le Π·, De differentiis rerum, en *10 sections et 170 paragraphes, marque la différence des choses, comme par exemple entre Deus et Dominus, Trinitas et Unitas, substantia et essentia, animus et anima, ani­ ma et spiritus, etc. C’est, en fait, un vrai petit traité de théologie sur la Trinité, le pouvoir et la nature du Christ, le paradis, les anges,les hommes,le libre arbitre, la chute, la grâce, la loi et l’Évangile, la vie active et la vie contemplative, etc. 3· Allegoria!. — Ouvrage dédié à Orosio, personnage Inconnu, ou plutôt Orontio, qui fut métropolitain de Mérida avant 638, ces Allégories forment une suite d’interprétations ou d’explications spirituelles, d’à peine quchjue· lignes chacune, sur des noms, des carac­ tère*. des personnages de l’Écriture : 129 pour Γ Ancien Testament, d’\dam aux Macchabées; 121 pour le Nouvc iu, la plupart de celles-ci concernant les paraboles et le· miracles du Sauveur. Hare, dit Isidore dans sa préface, /’. L , t. lxxxiii, col. 97, non mro conseruaui arbitrio, srd tuo commis i corrigenda judicio. Même esprit et même méthode que dans les Etymologise. 4· De ortu et habitu Patrum qui in Scriptura laudibus efferuntur. — C’est une série do très courtes notices biographiques sur 61 personnages de ΓAncien Testa­ ment, d’Adam aux Macchabées, et 22 du Nouveau, de Zacharie à Tite. Son attribution à saint Isidore, dans sa forme actuelle, n’est pas acceptable, dit Mgr Duchesne, 104 S. Jacques de Galice, p. 156-157, dans les Annales du midi, 1890, t. xu, p. 145-179· C’est là que se trouve, en effet, De ortu, lxi, P. L., t. lxxxhi, col. 151, le passage Interpolé qui, de saint Jacques le Majeur, frère de saint Jean, fait l’apôtre de l’Espagne, l’auteur de l’Epltre et la victime d’Hérode le Tétrarquc. Or saint Jacques le Majeur n’a pas écrit l’Épltre en question et fut mis à mort à Jérusalem par H érode Agrippa Ier. 5° In libros Veleris ac Novi Testamenti prooemia.— Très courtes Introductions à plusieurs livres de la Bible, y compris Tobic, Judith et les Macchabées, précédées d’une introduction générale également très courte. A remarquer simplement que, dans la liste des livres du Nouveau Testament, les Actes sont placés à la fin entre l’Épltre de saint Jude et l’Apocalypse de saint Jean, Prooemia, χιιι, P. L., t. lxxxiii, col. 160; c’est du reste la même place qu’Isidore leur assigne dans son De offi­ ciis ecclesiasticis, I, xi, P. L., t. lxxxiii, col. 746. 6° Liber numerorum qui in sanctis Scripturis occur­ runt. — Il est question dans ce petit traité de divers nombres qui se trouvent dans l’Écriture, à savoir de 1 à 16, de 18 à 20, puis des nombres suivants : 24, 30, 40,46,50 et 60. Isldovcn donne une explication mys­ tique qu’il clôture en faisant remarquer, à la suite de saint Augustin, que le nombre de 153 est la somme des dix-sept premiers chiffres. Or 153 est le nombre des poissons pris dans le coup de filet de la pèche miracu­ leuse. 7° De Veteri et Novo Testamento quæstiones.— D’un Intérêt plus relevé que le précédent, cet opuscule, quoique beaucoup plus court, quatre pages à peine dans Migne, fait passer sous les yeux, dans une suite de 41 questions, la substance et l’enseignement de l’Écriture. Die mihi quid est inter Novum et Velus Tes­ tamentum?— Velus est peccatum Adæ; unde dicit Apos­ tolus : Regnavit mors a b Adam usque ad Moysen,ctc. Novum est Christus de Virgine natus; unde Propheta di­ cit : Cantate Domino canticum novum; quia homo novus venit; nova pricccpta attulit, etc. Quirstiones, I, P. L., t. lxxxiii, col. 201. Mysticorum expositiones sacramentorum, seu quaes­ tiones in Vetus Testamentum. — Dans ce traité assez étendu, Isidore donne une interprétation mystique des principaux événements rapportés dans les livres de Moïse, de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois, d’Esdras et des Macchabées : il y voit autant de figures de l’avenir. C’est, selon sa constante méthode, une série d’emprunts, que tantôtil abrège ou modifie, et auxquels il ajoute parfois. Veterum ecclesiasticorum sententias congregantes... velati ex diversis pratis flores lectos... et pauca de multis breviter perstringentes, pleraque etiam adjicientes vel aliqua ex parte mutantes. Pncf., P. L., t. lxxxiii, col. 207. L’allégorie y est souvent poussée jusqu’à l’excès, elle est du moins d’un ton très mora­ lisant. 9· De fide catholica ex Veterl et Novo Testamento con­ tra judœos.— Ce titre pourrait faire croire à un traité d’apologétique ou de controverse, mais 11 n’en est pas tout à fait ainsi. Sans doute,dans son épltre dédicatoirc à sa sœur Florentine, Isidore dit: Ut prophetarum auc­ toritas fidet gratiam firmet et infidelium fudæorunx impe­ ritiam probel, ce qui semble annoncer une thèse, mais il ajoute : Hire,sancta soror, te petente, ob aedificationem studii lui libi dicavi. P.L.,1. lxxxiii, coi. 4 19; c’est, en effet, une exposition sereine plutôt qu’une œuvre de polémique. Dans le premier livre,on traite, textes en mains, de la personne du Christ, de son existence dans le sein du Père avant la création, de son incarnation, de sa passion, de sa mort, de sa résurrection, de son ascension et de son retour futur pour le jugement, le tout terminé parccttc observation : Tenent ista omnia libri Hebræorum, legunt cuncta judiri sed non inlclligunt. Cont. judocos, i, 62, P. L., t. lxxxiii, col. 498. 105 ISIDORE DE SÉVILLE (SAINT) Dans le second, on montre les suites de l'incarnation, à savoir : la vocation des gentils, la dispersion des juifs et la cessation du sabbat; apres quoi vient simplement cette exclamation : O infelicium fudirorum deflenda dementia! Cont. judaos, n, 28; ibid., col.536. Celte manière d'argumenter contre les juifs, quelque intérêt qu’elle offre pour l’époque, est loin de rappeler le célèbre Dialogue avec Tryphon, de saint Jus: in 10° Sententiarum libri tres.— Autrement dit, ajoute Braulio, De summo bono. Voici un manuel de doctrine et de pratique chrétiennes, emprunté surtout à saint Augustin et à saint Grégoire le Grand. Il est divisé en trois livres. Dans le Irr, il est question de Dieu et de scs attributs, de la création, de l’origine du mal, des anges, de l’homme, de l'Amc et des sens, du Christ, du SaintEsprit, de l’Église et des hérésies, de la loi, du symbole et de la prière, du baptême et de la communion, du martyre, des miracles des saints, de l’Antéchrist, de la résurrection et du jugement, du châtiment des damnés et de la récompense des justes. Dans le II·, de la sagesse, de la fol. de la charité, de l’espérance, de la grâce, de la prédestination, de l’exemple des saints, de la confession des péchés et de la pénitence, du désespoir, de ceux que Dieu abandonne, de la rechute, des vices et des vertus. Dans le IIIe qui est d’une grande utilité pratique, Il s’agit des châtiments de Dieu et de la patience qu’il faut avoir à les supporter, de la tentation, et de scs remèdes, prière, lecture et étude, de la science sans la grâce, de la contemplation et de l’action, de la vie des moines, des chefs de l’Église, des princes, des juges et des jugements, de la brièveté de la vie et de la mort. 11° De ecclesiasticis officiis. — Dédié à Fulgencc (t 620), frère du saint, ce traité d’Isidore contient des renseignements précieux sur l’état du culte divin et des fondions ecclésiastiques dans l’Église gothique du vn· siècle. Le premier livre, relatif au culte, passe en revue les chants, les cantiques, les psaumes, les hymnes, les antiennes, les prières, les répons, les leçons, l’alléluia, les offertoires, l’ordre et les prières de la messe dans la liturgie gallicane, cf. Duchesne, Les origines du culte chrélient 2e édit., Paris, 1898, p. 189 sq., le symbole, les bénédictions, le sacrifice, le· offices de tierce, sexte, none, vêpres et complies, les vigiles, les matines, le dimanche, le samedi, la Noël, l’Épiphanie, les Ra­ meaux, les trois derniers jours du carême, les fêtes de Pâques, de l’Ascension, de la Pentecôte, des martyrs, de la dédicace; les jeûnes du carême, de la Pentecôte, du septième mois, des calendes de novembre et de jan­ vier, J’abslinencc. Le second livre, relatif aux membres du clergé et aux diverses catégories de fidèles, traite des dores : évêques, archevêques, prêtres, diacres, sousdiacres, lecteurs, chantres, exorcistes,acolytes, portiers ; des moines, des pénitents, des vierges, des veuves, des personnes mariées, des catéchumènes, des compétents, du symbole et de la règle de foi qui précèdent la colla­ tion du baptême, de la chrismation, de l’imposition des mains ou de la confirmation. 12· Synonyma, de lamentatione animæ peccatricis. — Ces deux titres, dont le premier fait plutôt penser à quelque traité de grammaire, et dont le second parle des gémissements d’un pécheur, se justi fient également, l’un pour la forme, l’autre pour le fond. En effet, chaque Idée est présentée plusieurs fois par des expres­ sions différentes, mais équivalentes : de là le titre de Synonyma. Mais comme il s’agit d’un paüvre péçhcur qui gémit sur son propre état, le second titre explique la matière du traité. C’est une sorte de soliloque ou plutôt de dialogue intime entre l’homme et sa raison. L’homme, sous le poids des maux qui l’oppriment, en vient à désirer la mort; mais la raison Intervient pour relever son courage, lui rendre l’espoir du pardon, le ramener dans la bonne voie et le pousser jusqu’au som­ 106 met de la perfection. Il a tort, en effet, de se plaindre, car les épreuves ont leur utilité : Dieu les permet pour notre amendement, et elles sont la juste punition de nos fautes. Mieux vaut donc lutter, se convertir, oppo­ ser de bonnes habitudes aux mauvaises, persévérer dans la crainte de mourir comme un impie et d’en­ courir les châtiments éternels : tel est l’objet du pre­ mier livre, au commencement duquel se lit cette sen­ tence : Melius esi bene mori quam male vivere; melius est non esse quam infeliciter esse. Syn., i, 21, A t. lxxxiii, col. 832. Dans 1c second livre, la raison continue à don­ ner des conseils appropriés et détaillés pour conserver la chasteté, résister aux tentations, pratiquer la prière, la vigilance, la mortification, et poursuivre la con­ quête des biens célestes, etc., et elle conclut : Donum scientia: acceptum retine, imple opere quod didicisti praedicatione. Syn., n, 100, ibid., coi. 868. Et le pécheur aussitôt de remercier la raison. Cette œuvre de direc­ tion morale est, au point de vue de la piété, la plus intéressante de saint Isidore. 13° Regula monachorum. — Résumé de tout ce que l’on trouve épars dans les ouvrages des Pères relative­ ment à la disposition et à la distribution d’un monas­ tère, à l’élection de l’abbé et à la vie des moines. 14° Epistolæ. —En dehors des lettres, qui servent de préface ou de dédicace à cinq de ses ouvrages, on n’en a conservé que quelques autres : trois a Braulio, évêque de Saragosse; une à Lcudefrod, de Cordoue, concernant les membres et les fonctions du clergé dans l’Église ; une à Massona, de Mérida, sur la réinté­ gration, après pénitence, des clercs tombés dans le pé­ ché; une à Hclladius, sur la chute de l'évêque de Cor­ doue; une au duc Claude, sur scs victoires; une à l’ar­ chidiacre Redemptus, sur certains points de liturgie; une autre enfin à Eugène, sur l’éminente dignité des évêques, en tant que successeurs des apôtres, et plus particulièrement du pontife romain, tête de l’Église. 15° De ordine creaturarum. — Cet opuscule, retenu comme authentique par Arevalo, traite d’abord de la Trinité, puis des créatures spirituelles, c'est-à-dire des anges distribués en neuf chœurs, du diable et des démons, ensuite des eaux supérieures du firmament, du soleil, de la lune, de l’espace supérieur et Infé­ rieur, des eaux et de l’océan, du paradis, et enfin de l’homme après le péché, de la diversité des pécheurs et du lieu de leur peine, du feu du purgatoire et de la vie future. 16° De nalura rerum. — Dédié au roi Sisebut après avoir été composé sur sa demande, ce petit travail ré­ sume tout ce que les anciens ont écrit sur le jour, Innuit, la semaine, le mois, l'année, les saisons, le solstice et l’équinoxe, le monde et ses parlies, le ciel et les sept planètes alors connues, le cours du soleil et de le lune, les éclipses, les étoiles filantes et les comètes,le tonnerre et les éclairs, l’arc-en-ciel, les nuages, la pluie, la neige, la grêle, les vents, les tremblements de terre, etc. Pour les diverses sources, voir Becker, De natura rerum, Berlin, 1857. 17® Chronicon. — Toujours fidèle à sa méthode, Isidore résume dans cette chronique, en une suite de 122 paragraphes, les six âges de l’histoire du monde, depuis la création jusqu’à l’an 654 défère espagnole, c’est-à-dire jusqu’en 616, en empruntant ses matériaux aux travaux de Jules Africain, d’Eusèbe, de saint Jé­ rôme et de Victor de Tunnunum, et en y ajoutant quelques renseignements sur l’histoire de l’Espagne. 11 a soin, à la fin, de rappeler la victoire de Liovigildc, sur los Suèves, le soulèvement d’Hemicnégildc, mais sans faire la moindre allusion à sa mort violente, la conversion de Réenrède et de tous les Goths d’Espagne, et la part que prit à ce grand événement son frère Léandre. Pour les sources, voir Hertzberg, Ueber die Croniken des Isidorus von Sevilla, dans 107 ISIDORE DE SEVILLE (SAINI; 108 Fori changen sur deuischen Gcschichte, 1875, L xv, tur; ipse enim scripsit qui prophetis suis scribenda p. À>9-360. dictavit. De o/Jic. eccle., 1, xn, 13, P. L., t. ixxxm, 18· Historia de regibus Gothorum, Wandalorum et coi. 750. Quant au rôle et à Ia part de l’écrivain sacré Suemrum. — Ce résume historique, tout à l’honneur de dans la rédaction de son œuvre, il n’en parle pas, cette l’Espagne dont il celebre la richesse, la fécondité et la question n’ayant pas encore été pleinement élucidée. gloire, est d’une valeur Inappréciable et constitue la 3. L’interprétation. — Isidore connaît la multiple si­ source principale pour l'histoire des Visigoths, depuis gnification du texte sacré; il sait qu’on peut l’entendre leurs origines jusqu'à la cinquième année du règne de au sens littéral ou spirituel, au sens propre ou méta­ Suintila, en 621,c’est-à-dire pendant 256 années; pour phorique. Scriptura non sotu/n historialiter sed etiam l’histoire des Vandales, depuis leur entrée en Espagne mysterio sensu, id est spiritualiter, sentienda est. De fide SOUS Gunderic, en 408, jusqu’à l’invasion de l’Afrique cuth., II, xx, 1, P. L., t. Lxxxni, col. 528. Scriptura sa­ et la défaite de Gélimer, en 522; et enfin pour l’hiscra ratione tri partita inhlliyitur; d'abord secundum tolre des Suèvcs, qui, entrés en Espagne en même litteram sine ulla figurait intentione; ensuite, secundum temps que les Alains, les Vandales, s’y maintinrent figuralrm intelligc ntiam absque aliquo rerum respectu; en (in, salva historica rerum narratione, mystica ratione. Jusqu’en 585, lors de leur incorporation au royaume De ord. creat., x,6-7, P. L., I. lxx.xiii, coi. 939. Pour des Goths. Cf. Hertzbcrg, Die Historien und dic Cliro­ nt k9; Valenti, 5. Isidoro, notlcla de sua vidagescritos, Valla­ dolid, 1909; Schenk, De Hldari Hispalensis dénatura rerum libelli fontibus (dUfJ, Itai, 1909; C. Π. Bccwn, IsldorSludlrn, Munich, 1913; J. Tixeront. Précis de patrologie, Paris, 1918, p. 492-406. ISOCHRIS i ES. Dans la première moitié du \ί· siècle, les querelles origénistes se rallumèrent en Orient Dès 520, en effet, Nonnus avait répandu l’origénisme parmi les moines de la Palestine. Agapct, abbé de la Nouvelle Laure, cnit couper court au mal en expulsant quelques moines, mais son successeur Marnas les réintégra: de là une grande agitation. Saint Sabas, chef suprême des moines palestiniens, essaya, en 531, d’arrêter la propagande en recourant à l'em­ pereur, mais Il mourut l’année suivante. Quant à l’em­ pereur, bien qu’il cherchât à assurer l'unité de doctrine, Il ne se laissa pas moins circonvenir par deux origi­ nates, Domitien et Théodore Ascidas, qui réussirent à capter sa faveur et devinrent évêques, le premier d* Ancyra en Gala tic, le second de Césaréc en Cap­ padoce. L’agitation persistant, Éphrcni, patriarche d’Antioche, condamna l’origénisnie renaissant, et Jus­ tinien en fit autant en 543. Cela n’empêcha pas les origénistes de créer de nouveaux partis. Les uns, en effet, avec Damien, pa­ triarche d’Alexandrie, sc mirent à combattre les tri· théiles, qui, adoptant la doctrine du philosophe Jean Ascunages, attribuaient à chaque personne de la Tri­ nité une nature particulière et curent dans la suite pour principaux tenants Jean Philopon et Étienne Gobar; mais, en les combattant, ils tombèrent dans une erreur nouvelle, parce qu’ils divinisaient l’âinc du Christ, dont ils soutenaient la préexistence : d’où leur nom de protoclistes. On les appelait aussi damianites, du nom de leur chef, et tciradiles comme s’ils adoraient un quatrième dieu dans l’Arnc humaine du Sauveur. Les autres se contentèrent de soutenir que lesapôtres devaient être égaux au Christ : d’où leur surnom d’/sochristes. Us s’appuyaient sur cette parole de l’un des leurs, Théodore Ascidas, l’évêque de Césaréc : olitique des effrénée, et n'éqargnent rien, pour arracher les âmes à catholiques italiens (coL 177). X. Œuvres sociales, l’Église catholique. (cl. 183). Par les moyens de tout genre qu’ils emploient, les I. Statistique confessionnelle. — 1° D'une protestants ne réussissent, certes, pas à faire des superficie de 286 648 km1, un peu plus de la moitié Italiens, des adeptes convaincus de leurs sectes, mais de celle delà France,Γ Italie avait,à la fin du xtxHiècle, Ils font des apostats, surtout parmi les populations une population de 33 476 000 habitants, avec une pauvres et simples, spécialement en Sicile, où il y a le moyenne de 113 habitants par kilomètre carré. Malgré plus de ces soi-disant protestants, à savoir 16 220, rémigration assez considérable, cette population principalement dans les provinces de Catane, de augmente de 500 000 individus par an. Cf. Bolletlino Syracuse et de Caitanissctta. On en compte aussi un ddlemigrazione, publié par le ministère des affaires nombre relativement considérable dans la Poullle : étrangères, in-8°, Rome, 1902-1914. Censi mento drlia 13 550. Ces deux réglons sont donc les plus Infestées popolaztone del Regno d'Italia, in-12, Rome, 1871-1914. du prosélytisme protestant. C'est là, surtout, que se 2· La religion catholique est la religion d'Étal, et font le plus de conversions apparentes au protes­ les autres cultes sont simplement tolérés. D'ailleurs, tantisme, par fa force de l'or et de l'argent des sociétés à la fin du xix« siècle, le nombre des protestants ne évangéliques, anglaises et américaines, comme le dépassait guère 65 000. C'étaient surtout des vaudols remarquait récemment Luigi Luzzati, dans le Corriere (20 000 environ), que l'on rencontre principalement dans les vallées des Alpes piémontnlses, arrondisse­ della Sera, du 21 mai 1916. L'auteur de l’article en donne la raison : c’est que, dit-il, dans ces pays (Angle­ ment de Plgnerol. Leur nombre tendait à diminuer, terre et Amérique), la foi qui prie, est la foi qui paye: par l’émigration dans la république Argentine. Ils la fede che prega, è la fede chc paga. Sur 10 000 habi­ ont à Florence, une école vaudoise de théologie, dans tants, Il y a, en moyenne, 114 protestants, dans la laquelle renseignement est donné en Italien. Cf. Bol· Irihno dtlla mtssione delta Chtcsa euangelica ualdese, province de Caitanissctta; 102, dans celle de Bail; ln-8% Rome, publication périodique, commencée en 70, dans celle de Foggia; 65,5 dans celle de Catane, 1886 et continuée depuis. et 65, dans celle de Syracuse. Quant aux juifs, iis n'étalent que 37 000 environ, Mais, surtout, celte propagande protestante aug­ dans toute l’Italie. Voici comment ils étaient, alors, mente le nombre des indifférents, ce à quoi elle est repartis, dans les principales villes : 7 500 à Rome; largement aidée par l'influence désastreuse des écoles 4 400 à Turin; 4 000 à Livourne; 2 500 à Venise; laïques, qui détruisent, dans la jeunesse, les senti­ 2 OOO à Florence; 1 900 à Milan; 1 700 Λ Feran e; ments religieux et fa morale, quand l'éducation fami­ 1 650 a Ancône; un millier à Naples; autant à Man- liale ne supplée pas à l’action néfaste de certains touect a Padouc.ct des groupes de quelques cent a nés maîtres sur les nouvelles générations. disperse* en divers lieux. Leur ghetto de Rome, jadis Une des raisons aussi du nombre croissant de ceux assez mai famé, n'est plus qu'un souvenir, depuis 1887. qui adhèrent, de nom, aux diverses sectes, est immi­ Ces chilîn* sont bien peu de chose, relativement au gration des Italiens en pays protestants, d'où Ils chiffre global de 1a population italienne, que l’on reviennent, si ce n’est protestants, du moins indif­ pouvait considérer, ù très peu près, comme entière­ férents à fa religion de leurs pères. Λ New-York, par ment catholique. exemple» il y a dix-neuf temples, où le « service · se 3’ Une dizaine d'années après, cependant, d’après fait iK>ur les Italiens, en leur propre langue. Dans un les renseignements fournis par Γ Annuario statistico très grand nombre de villes des États-Unis, Il y a un Italiano per l'anno 1912, publié à Rome, par les soins I temple de ce genre, tant les diverses sectes prennent cv 117 ITALIE. ÉTAT RELIGIEUX À cœur d'arracher les Italiens à Γ Église catholique. 4® Au mois de juin 191 H, ΓEvungelisla qui se publie ù Home, déclarait pompeusement que les Italiens, Inscrits régulièrement duns les listes évangéliques, se comptaient par centaines de mille. C'est la une vantardise qui ne réf>ond nullement â la réalité. Pour Rome, en particulier, le recensement olliciel de 1901 n’indiquait que 4 990 protestants, chiflre descendu à 3 753, dix ans après; tandis que le chiffre des catho­ liques y était de 442 394, en 1901, et de 502 217, en 1911. Il est vrai que le nombre des Indifférents qui était de 2 639, en 1901, était monté à 15 806, en 1911, ce qui confirma les réllexions que nous avons faites précédemment, sur le résultat réel de la propagande protestante. Celle-ci, pourtant, n’épargne, ni les démarches de tout genre, ni les dépenses. Entrées à Rome, en 1870, les diverses sectes mirent tout en avant, pour conquérir ia Cité étemelle. Dès 1875 s’ouvraient une église anglicane et une église écossaise, près de la porte Flamlnienne; une église vaudolse, dans la via della Scroja, presque en face de l’ancien palais du cardinal-vicaire. Une autre église anglaise s’ouvrit, à la place Saint-Sylvestre. A elle seule, la secte qui s'appelle Union chrétienne apos­ tolique baptiste, avait déjà ouvert huit églises, avec des écoles dominicales pour les ouvriers et ouvrières, des écoles du soir pour langues étrangères, et des œuvres de bienfaisance pour les pauvres. En 1919, deces huit églises,il n'en survivait que quatre : trots de labrancheitalo-unglaisc ctunc de la branche Italoaméricaine. A la précédente énumération ajoutons deux églises méthodistes, l’une wesleyenne, l'autre épiscopalienne américaine; deux autres vaudoises, l’une inaugurée en 1885, à la via Nationale; l’autre, à la place Cavour, près du palais de justice» terminée en 1914. Une autre église américaine, dite de SaintPaul, est également située dans la via Nationale. Elle appartient aux ritualistes. Comme on y voit des autels, des crucifix, des cierges et des lampes allumés, certains pèlerins et même des prêtres s’y sont, plusieurs fois, fourvoyés, trompés par les appa­ rences, et y sont allés très pieusement faire leur visite au Saint-Sacrement. A la via del Babuino, se trouve une église anglicane représentant la High Church. Citons également deux églises luthériennes allemandes, fermées, l'une et l'autre, durant la guerre mondiale. On sait que cette guerre réduisit à néant l'orgueilleux projet que l'Allemagne protestante avait formé, de bâtir à Rome, à l'occasion du centenaire de Luther, en 1917, un temple gigantesque, qui, par ses dimen­ sions et sa richesse, devait éclipser la basilique de Saint-Pierre. Depuis plusieurs années, des collectes étaient organisées Λ cette fin dans toute l’Allemagne, comme en font foi de nombreux articles de journaux et revues, en particulier les Nouvelles religieuses, dons les fascicules du 15 août 1918 et suivants. 5° Ce travail incessant de tant de sectes divisées entre elles, mais unies dans leur haine contre l’Église catholique, ne s’exerce pas seulement à Home. Dans l’Italie entière s’étend leur prosélytisme, non seule­ ment par la construction de temples hérétiques, mais par la presse» l’enseignement, l’attraction de prome­ nades, ou voyages hygiéniques, ou instructifs, de patronages ou œuvres post-scolaires, des sj>orts, la promesse de livres ou de lucre, etc. C’est tout un ensemble d’écoles, de pensionnats, de maisons de famille, de collèges, d'ouvroirs, de cercles et d’asso­ ciations pour jeunes gens et jeunes filles, sans compter le· orphelinat s. A I Ivournc, un collège protestant de V Église évançÎlique italienne prépare à l’Académie navale. Depuis 1871, Rome a une école Industrielle protestante do 118 fondation américaine. Un établissement dn même genre se trouve a Venise. L'Union chrétienne de jeunes filles, fondée à Londres,en 1855,ou la Y AV C.A. (la Young Women Christian Association), a ouvert, à Rome, à Milan, à Turin, à Naples, a Florence, â Gênes, ù Bologne, etc., des pensions ou maisons de famille, pour les jeunes filles qui viennent fréquenter les cours des écoles supérieures, ou qui, déjà diplômées, sont aptes à l'enseignement. Cette association leur offre même des villégiatures dans les montagnes, durant la saison chaude. Elle t'occupe ensuite de leur trouver une place, et publie pour elles une revue men­ suelle, VAlba, dont la directrice principale est une vaudolse. Les jeunes filles qui viennent dans ces éta­ blissements, sont invitées, si ce n'est forcées, a assister a ce qu'on appelle le · culte de famille », durant lequel une des directrices commente un texte de l'Écriture sainte. Si l'on tâche, par tant de moyens, de gagner l’âme des jeunes tilles, on ne néglige rien, pour s'emparer aussi des jeunes gens. Parallèlement à l'association dont nous venons de parler, fonctionne Γ Union chré­ tienne des jeunes gens (la Y. M. C.A.» la Young Men Chris­ tian Association), fondée, elle aussi, en Angleterre, à la même époque» et répandue dans tout le monde anglo-saxon, où elle compte un million de membres. Elle a créé, elle aussi, de nombreux établissements en Italie, à Rome, à Gênes, à Milan, à Turin, à Naples, à Bari, etc. Étroitement unie à la Young Men Chris­ tian Association est la World's Student Christian Federation, qui, pour l'Italie, a un organe officiel, Fede e Vita, publié à San Remo. Cette feuille prône le libre examen, la liberté d’opinion et la proscription de toute religion qui impose des dogmes. La Sunday School Union, de Londres, a fondé, en Italie, la Unione italiana della scuola domcnicale, dirigée par un comité interconfessionnel et évangélique. Elle publie une revue trimestrielle, La Scuola domenicale, émaillée de textes bibliques. Pour indiquer l’esprit de celte revue destinée aux jeunes gens, il suffit de dire que le directeur, secrétaire général du Comité intercon­ fessionnel, est un franc-maçon de haut grade, le docteur Ernest Filippini Nobili, professeur dans un lycée de Rome et chancelier du suprême conseil des 33, du rite écossais. 6® Après la guerre, les sectes ont redoublé d'efforts, pour fonder des orphelinats» et s’emparer ainsi de l'âme de ces pauvres enfants catholiques, prives de leurs parents. Elles avaient déjà employé ce moyen, après les catastrophes» plusieurs fois répétées, pro­ duites par les tremblements de terre, en particulier celui de Messine, le plus terrible de tous. 7® Notons aussi, pour montrer l’intensité et le genre de la propagande protestante, que ia Société biblique britannique a distribué, en Italie, 126 000 volumes» durant l'année 1918. Dans ce total, il y avait 8 943 Bibles entières. Les au l ru s volumes n’étaient que des parties de la Bible, surtout les Évangiles, les Actes des apôtres et les Psaumes, comme il ressort du rapport olliciel, écrit par S. Edwin W. Smith, British and Foreign Bible Society; Report oj the Italian agency for 19IS, in-8% Rome, 1919. L'uuteurse plaint que les Italiens, en général, non seulement ne veulent pas acheter de ces Bibles frelatées, malgré la modi­ cité de leur prix, mais qu'ils no les regardent qu'avec dégoût, quelquefois même en se moquant de ceux qui les leur présentent. IL Divisions ecclesiastiques. — L’Italie com­ prend, outre les archevêchés et les évêchés, un certain nombre d'abbayes et de prelaturcs nullius. Les évê­ chés sont au nombre de plus de trois cents, dont quel­ ques-uns cependant, sont unis ensemble. Ils se subdi­ visent en 27 707 paroisses, qui ont, en tout, 119 ITALIE, DIVISIONS ECCLÉSIASTIQUES 120 55 052 églises, ou chapelles publiques, outre un grand 3° Archevêchés relevant immédiatement du Sainti ombre d'oratoires privés. Ces églises et chapelles sont Siège.— 1. Ancône; ce siège élevé nu rang d’arche­ desservies par 76 381 prêtres. vêché, sans suffragante, par le pape Ple X, le 14 sep/. ASCJEAS ETATS DR L'ÊQUSB. — 1° Le centre de tembre 1904, fut fondé en 462. Le pape Martin V lui ta catholicité. — Home, métropole de h province unit, le 19 octobre 1422, le siège d’Umnnn,fondé luiromaine, Église primordiale de l’Italie, patriarcale même en 465. Ensemble ces deux diocèses unis ont de J’Occidcnt, et capitale du monde chrétien; elle 90 000 habitants, dont 35 000 environ ]>our ta seule est habitée par plus de 600 000 catholiques, a 58 pa­ ville d’Ancône. Souvent le titulaire est un cardinal roisses, 550 prêtres séculiers, 990 prêtres réguliers, Il y a dans ces deux diocèses qui n’en font plus qu’un, plusieurs milliers de religieuses, 82 confréries, près de 37 paroisses, 82 prêtres séculieis. 28 prêtres régulier» 400 églises ou chapelles, plus un grand nombre de 120 religieuses, 85 églises ou chapelles. chapelles de communautés, non ouvertes au publie. 2. Camerino, fondé vers 250, érigé en archevêché, 2· Sièges subarbicaires.— Ces sièges sont au nombre le 28 décembre 1787, possède une petite université. de huit, dont quelques-uns sont unis, de manière que La ville a 5 218 habitants, et le diocèse, 81000 environ. les titulaires, qui sont les cardinaux-évêques, ne sont Pic VU a donné au titulaire l’administration per­ qu’au nombre de six dans le Sacré-Collège. pétuelle du diocèse de Tteja, qui n’a que 9 378 habi­ 1. Oslic, réservé de droit,par la coutume, au doyen tants. Ensemble, ils ont 182 paroisses, 272 prêtres du Sacré-Collège. Autrefois, port de Home, situé séculiers, 40 prêtres réguliers, 220 églises ou chapelles. 3. Ferrare, fondé au iv· siècle, érigé en archevêché près de l’emboucbure du Tibre (Ostia Tiberina), sur la rive gauche, et grande ville de commerce, très pros­ en 1735, a 135 000 catholiques, 90 paroisses, 180 prêtres séculiers, 39 prêtres réguliers, plus de père, n’est plus aujourd’hui qu’un petit village, de 500 habitants, éloigné maintenant de plusieurs kilo­ 200 religieuses, 141 églises ou chapelles. 4. Pérouse, fondé au n· siècle, érigé en archevêché mètres de la mer et décimé par la fièvre paludéenne. sans suiïragants par Léon XIII, le 27 mars 1882, n Ce n’est plus que nominis umbra. Ce diocèse, de 101 000 habitants, 199 paroisses, 218 prêtres séculiers, fondation ancienne, est Je plus petit du monde entier, 40 prêtres réguliers, 150 religieuses, 371 églises ou Il compte à peine un millier d’habitants. Il a 3 paroisses, 10 pré t rcs séculiers, 10 prêtres réguliers et 20 chapelles. chapelles. 5. Spolète, de fondation très ancienne, érigé en 2. Porto et Sainte-Ru fine, réservé d’ordinaire au archevêché par Pie VII, le 15 janvier 1820, n sous-doyen du Sacré-Collège, mais quelquefois uni au 70 000 catholiques, 172 paroisses, 166 prêtres sécu­ siège d’Ostie, pour le doyen. Porto, Portus Trajani, liers, 62 prêtres réguliers, 135 religieuses, 250 églises fut le port fondé par Trajan, l’an 103 de notre ère, sur la rive droite du Tibre, presque en face d’Ostie, ou chapelles. 4° Évêchés relevant Immédiatement du Saint-Siège.— pour suppléer à celui de cette ville, que les alluvions 1. Acquapendente, fondé en 715, a 23 300 catholiques, du fleuve avaient déjà, en partie, comblé. La cathé­ 13 paroisses, 47 prêtres séculiers 15 prêtres régulier», drale j»orte le titre de Salnte-Rufine, et la ville, autre­ fois sur le bord de la mer, en est maintenant distante 45 religieuses, 70 églises ou chapelles. 2. Alatri, fondé en 545, a 33 000 catholiques, de trois kilomètres. Le siège de Porto existait déjà 62 prêtres séculiers, 42 prêtres réguliers, 86 religieuses, au ni· siècle. Celui de Sylva Candida, qui est le même que celui de Sainte-Rufine, et qui fut fondé en 501, 77 églises ou chapelles. 3. Amelia, fondé au commencement du v· siècle, lui fut uni en 1138. Ensemble Ils n’ont que 4 G50 habi­ a 19 650 catholiques, 20 paroisses, 30 prêtres séculier», tants, en été, à cause de la malaria, qui fait fuir la 21 prêtres réguliers, 65 religieuses, 78 églises ou cha­ Imputation, laquelle, en hiver, s’élève à près de 20 000. Le diocèse a 19 paroisses, 26 prêtres séculiers, 30 églises pelles. ou chapelles. 4. Anagnl, fondé en 487, a 41 700 catholiques, 26 paroisses, 60 prêtres séculiers, 52 prêtres régulier», 3. Albano, fondé en 3.55, compte, dans la liste de scs 110 religieuses, 50 églises ou chapelles. titulaires, des cardinaux-évêques, depuis le xi· siècle. 5. Ascoli-Piccno, fondé dans la première moitié du Il a près de 50 000 catholiques, 12 paroisses, 60 prêtres vi· siècle, par saint Emydius, a 12ü 000 catholiques, séculiers, 100 prêtres religieux, une quarantaine de 164 paroisses, 214 prêtres séculiers, 15 prêtres régu­ religieuses et 62 églises ou chapelles. liers, 126 religieuses, 305 églises ou chapelles. 4. Palestrina, fondé nu iv· siècle. Depuis ta fin du 6. Assise, fondé en 23G, par saint Rtïflnus, martyr, xr siècle, ses évêques sont cardinaux de droit. Il a 45 000 catholiques, 24 paroisses, 62 prêtres séculiers, i a 34 800 catholiques, 35 paroisses, 64 prêtres sécu47 prêtres réguliers, une centaine de religieuses, i llcrs, 200 prêtres réguliers, plus do 200 religieuses, 96 églises ou chapelles. 190 églises ou chapelles. 5. Frascati, fondé aum· siècle, dans l’ancienne Tus­ 7. Bagnorea, fondé en 600, a 29 500 catholiques, culum; cette ville ayant été détruite, en 1178, le siège 24 paroisses, 50 prêtres séculiers, 12 prêtres réguliers, épiscopal fut transféré à Frascati, séjour délicieux. 80 religieuses, 107 églises ou chapelles. La ville actuelle compte 8 500 habitants, et le diocèse 8. Cltta delta Pieve, érigé par Clément VIII, le environ 35 000 catholiques, 8 paroisses, 38 prêtres 25 septembre 1600, a 59 520 catholiques, 33 paroisses, séculiers, 115 prêtres réguliers, 35 églises ou chapelles. 68 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, 67 religieuses, 6. Sabine (Magliano Sabino). Cet évêché est formé 86 églises ou chapelles. de ceux de Foronovo.ou Vescovio,de Curl et de Mcn9. Clttà di Castello, fondé en 465, n 50 250 catho­ tana, fondés au milieu du v· siècle, et qui, depuis 984, liques. 156 paroisses, 162 prêtres séculiers, 10 prêtres forment celui de Sabine, dont le siège, en 1495, n été réguliers, 105 religieuses, 200 églises ou chapelles. transféré à Magliano Sabino, toute petite ville, dans 10. Clvltà Castellana. Orte cl Gallesc, trois siéger une région montagneuse. Le diocèse compte environ unis. Cet évêché fut fondé, en 595, avec siège à Faleria, 54 000 habitants, 35 paroisses, 50 prêtres séculiers, l'ancienne Fnlérics des Fallsques, dont il ne reste 32 prêtres réguliers, 72 églises ou chapelles. maintenant que les ruines, à 4 kilomètres, nu nord7. Velletri. Quelquefois uni à celui d’Ostie; la liste de ouest de Clvltà Castellana, ville de 5 132 habitants. iesé\ èques connus neremonte qu’à l’année 465. La ville J Autrefois centre Important de l’Étruric rm-ridlonalc, de Vellet ri a 18 730 habitants, et le diocèse une popula­ i Faleria fut détruite par les Romains, puis rebâtie tion de 30 000 catholiques,avec IGparolsscs, 39 prêtres par eux, un siècle plus tard. Ce siège fut transféré, nu séculiers, 27 prêtres réguliers et 40 églises ou chapelles. I commencement du xi· siècle, à Clvltà Castellana. 121 ITALIE, DIVISIONS ECCLÉSIASTIQUES Le siège d’Ortc, fondé par saint Lan us, sous l’empe­ reur Dioclétien, lui fui uni, en 1437; Pcvêché de Golleic, fondé en 709, supprimé en 1285, rétabli en 1562, et supprimé de nouveau, en 1573, lui fut aussi uni par Pie VII, le 20 décembre 1805. La population totale est do 40 000 catholiques. il y a 29 paroisses, 105 prêtres séculiers, 27 prêtres réguliers, 202 églises ou chapelles. 11. Civitavecchia et Corneto Tarquinia. Le siège de Civitavecchia fondé avant 314, fut uni A celui de Viterbe, en 1193, et Λ celui de Porto, en 1825, puis, rétabli par Ple IX, Je 23 juillet 1854. On lui a uni l’ancien siège de Corneto Tarquinia. La ville de Cor­ neto a 5 273 habitants, et celle de Civitavecchia en a 11950. La population de ces deux diocèses unis ne compte, en tout, que 38 512 habitants. Il y a 12 pa­ roisses, 42 prêtres séculiers. 22 prêtres réguliers, 80 religieuses, 48 églises ou chapelles. 12. Fabriano et Matellca. Ces deux sièges, fondés vers la fin du v® siècle, furent incorporés, plus tard, à celui de Camerino, dont Pie VH les sépara, en 1785. Fabriano compte 25 000 habitants; 35 paroisses, 55 prêtres séculiers, 8 prêtres réguliers, 55 religieuses, 125 églises ou chapelles. Matellca, 8 000 catholiques, 23 prêtres séculiers, 8 prêtres réguliers, 20 religieuses, 58 églises ou chapelles. 13. Fano, fondé aun· siècle (?),a 60000 catholiques, dont 10 500 dans la ville elle-même. Il y a, dans le diocèse, 45 paroisses, 101 prêtres séculiers, 15 prêtres réguliers, 70 religieuses, 144 églises ou chapelles. 14. Ferentino, fondé en 320, a 45 000 catholiques, 19 paroisses, G0 prêtres séculiers, 32 réguliers, 90 reli­ gieuses, 56 églises ou chapelles. 15. Foligno, de fondation ancienne, a 40000 catho­ liques, 56 paroisses, 71 prêtres séculiers, 40 prètres réguliers, 135 religieuses, 173 églises ou chapelles. 16. Gubbio, fondé au commencement du v· siècle, a 43 000 catholiques, 65 paroisses, 78 prêtres séculiers, 21 prêtres réguliers, 130 religieuses, 304 églises ou chapelles. 17. Jesi, fondé au commencement du iv* siècle, a 54 000 catholiques, 26 paroisses, 90 prêtres séculiers, 45 prêtres réguliers, 120 religieuses, 151 églises ou chapelles. 18. Montcfiasconc, érigé par le bienheureux Urbain V, le 30 juillet 1369, a 30 000 catholiques, 17 paroisses, 69 prêtres séculiers, 16 prêtres réguliers, 80 religieuses, 77 églises ou chapelles. 19. Naml, fondé en 369, par saint Juvénal, a 32 000 catholiques, 41 paroisses, 46 prêtres séculiers. 9 prêtres réguliers, 60 religieuses, 73 églises ou cha­ pelles. 20. Noccra en Ombrie, fondé au commencement du v· siècle, a 53 000 catholiques, 78 paroisses, 110 prêtres séculiers, 100 églises ou chapelles. 21. Noreia, fondé au v· siècle, fut, en 861, uni à Spolète, et rétabli par Pic VII, le 6 janvier 1820, a 50 000 catholiques, 50 paroisses, 125 prêtres sécu­ liers, 10 prêtres réguliers, 140 religieuses, 258 églises ou chapelles. 22. ürvieto, fondé au vi· siècle. La ville qui compte actuellement 8 200 habitants, fut, au moyen âge, une des principales forteresses des Guelfes. C’est pour ce motif, qu'elle servit souvent de séjour et de refuge aux papes, dont le palais fut commencé en 1296, par Boniface VIIL La population actuelle du diocèse s’élèx c A près de 41 000 Ames. 11 a 57 paroisses, 89 prêtres séculiers, 20 prêtres réguliers, 98 religieuses, 1241 s ou chapelles. 23. Osimo et Cingoli. Ces deux sièges sont unis, depuis 1725. Cingoli est le plus ancien, ayant été fondé au v· siècle et Osimo un peu plus tard; mais celui-ci est plus important, car ce diocèse compte près do 42 000 habitants, tandis que celui de Cingoli n'en a guère plus de 10 000. Ensemble ils ont 31 paroisses, 150 prêtres séculiers, 29 prêtres réguliers, 87 reli­ gieuses, 89 églises ou chapelles. 24. Poggio Mirteto. Ce diocèse est de fondation rela­ tivement récente, ayant été érigé, le 5 novembre 1341, par Grégoire XVI, qui lui donna les paroisses dépen­ dantes des abbayes de Farta et de San Salvatore Maggiore. Le diocèse n’a cependant que 35 000 habi tants, 36 paroisses, 45 prêtres séculiers, 9 prêtres régu­ liers, 40 religieuses, 113 églises ou chapelles. 25. Recanati et Lorette. I-e siège de Recanatl fut fondé en 1140, puis supprimé, et rétabli, plusicum fois, tantôt uni A celui de Macerata, tantôt à celui de Lorette, ou remplacé par lui. Ces deux sièges sont maintenant unis aque principaliter, depuis 1592. l,e diocèse de Lorette compte 26 000 habitants et celui de Recanatl près de 25 000. Ensemble Us ont 20 pa­ roisses, 82 prêtres séculiers, 50 prêtres réguliers, 75 églises ou chapelles. 26. Rieti, fondé au v· siècle, a 140 000 catholiques., 160 paroisses, 200 prêtres séculiers, 40 prêtres léguliers, 100 religieuses, 402 églises ou chapelles. 27. Segnl, fondé aussi au v· siècle, a près de 19 000 habitants, 12 paroisses, 63 prêtres séculiers, 18 prêtres réguliers, 27 religieuses, 34 églises ou cha­ pelles. 28. Sutri et Nepi. Le siège de Sulri fut fondé au v· siècle, et celui de Nepi, bien avant, peut-être déjà au Ie siècle. Ils furent unis par Eugène IV, en 1435. Ensemble ils ont 41 5U0 habitants, 31 paroisses, 87 prêtres séculiers, 36 prêtres réguliers, 95 églises ou chapelles. 29. Terni, fondé peut-être dans le milieu du n· siè­ cle, a 33 000 catholiques, 16 paroisses, 26 prêtres séculiers, 40 religieuses, 54 églises ou chapelles. 30. Terracint, Sezze et Piperno, dans les marais Pontins. Ces trois sièges sont unis depuis le commen­ cement du xin· siècle. Leur population globale com­ prend un peu plus de 60 000 Ames. Ensemble ils ont 25 paroisses, 89 prêtres séculiers, 20 prêtres réguliers, 98 religieuses, 62 églises ou chapelles. 31. Tivoli, fondé dès le rr siècle (?), a 40000 catho­ liques, 42 paroisses, 72 prêtres séculiers, 35 prêtres réguliers, 68 religieuses, 108 églises ou chapelles. 32. Todi, égale ment d’ancienne fondation, a 45 200 catholiques, 98 paroisses, 99 prêtres séculiers, 15 prêtres réguliers, 47 religieuses, 249 églises ou chapelles. 33. Treja, érigé en 1816, par Ple VII, qui en a confié l’administration A l’archevêque de Camerino, de sorte que, par une exception rare, ce diocèse n’a jamais eu un évêque qui lui appartint exclusivement. Sa popu lation est de 9 378 habitants, 8 paroisses, 30 prêtres séculiers, 46 églises ou chapelles. 34. Veroli a des évêques connus depuis le vni· siècle. Sa population est de 72000 habitants. Il a 38 paroisses, 90 prêtres séculiers, 80 prêtres réguliers, 102 églises ou chapelles. 35. Viterbe et Toscanella. Le siège de Viterbe date, au moins, du vi· siècle; depuis longtemps, lui est uni le diocèse de Toscanella, ville de 5 800 habitants, située à 23 kilomètres do distance. Ensemble les deux diocèses ont une population ue 47 000 âmes. Ils pos­ sèdent 36 paroisses, 83 prêtres séculiers, 61 prêtres réguliers, 110 religieuses, 135 églises ou chapelles. 5° Provinces ecclésiastiques. — L Pro vince ecclé­ siastique de Bologne. — Bologne, métropole, siège fondé en 270, par saint Zama; érigé en archevêché par Grégoire XIII, le 10 décembre 1582; a une popu in lion de 454 000 habitants, 392 paroisses, 640 prètn > séculiers, 65 prêtres réguliers, 287 religieuses. 1 175 églises ou chapelles. I 123 ITALIE, DIVISIONS ECCLÉSIASTIQUES Suflragants : a} Facnza, fondé dix ans après le siège de Bologne, a 99 000 catholiques, 116 paroisses, 300 prêtres séculiers, 35 prêtres réguliers, 290 reli­ gieuses, 164 églises ou chapelles. — b) Imola, fondé au commencement du îv· siècle, a 99 000 habitants, 123 paroisses, 238 prêtres séculiers, 46 prêtres régu­ liers, 149 religieuses, 210 églises ou chapelles. 2. Province ecclésiast ique de Fcmio.—Fenno, métro­ pole, fondé en 246, parsaint Alexandre, martyr;érigé en archevêché par Sixte V, le 12 mai 1589, a 175 350 habi­ tants, 147 paroisses, 368 prêtres séculiers, 86 prêtres réguliers, 190 religieuses, 660 églises ou chapelles. Suflragants : a) Macerata et Tolentino. Très ancien, le siège de Tolentino remonterait au ι·Γ siècle (?), tandis que celui de Macerata ne fut érigé que le 18 novembre 1320 par Jean XX11. Les deux sont unis depuis 1586. Le diocèse de Tolentino n’a que 15 000 habitants, ct celui de Macerata, 31 000. Ensemble, ils ont 25 paroisses, 93 prêtres séculiers, 15 prêtres réguliers, 53 religieuses, 140 églises ou chapelles. — b) Montallo, érigé en 1586, a 33 000 catholiques, 33 paroisses, 75 prêtres séculiers, 3 prêtres réguliers, 97 églises ou chapelles. — c) Ripatransone, érigé en 1571, a 42 600 catholiques, 22 paroisses, 74 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, 10 religieuses, 70 églises ou chapelles. — d) San Seve­ rino, érigé en 1586, a 17 400 catholiques, 29 paroisses, 60 prêtres séculiers, 14 prêtres réguliers, 46 religieuses, 100 églises ou chapelles. 3. Province ecclésiastique de Ravcnne. — Ravenne, métropole, fondé suivant une tradition par saint Zqjollinairc, disciple de saint Pierre (?), fut archevêché dès le v· siècle, a 123 000 catholiques, 63 paroisses, 155 prêtres séculiers, 11 prêtres réguliers, 100 reli­ gieuses, 310 églises ou chapelles. Ce siège est ordinai­ rement occupé par un cardinal. Suflragants : a) Bertinoro, fondé en 320, par saint Ru filus, à Forlimpopoli, à 10 kilomètres de Césène. Le siège épiscopal fut transféré non loin de là, à Bcrt inoro, en 1360; Il a 32 000 catholiques, 63 paroisses, 100 prêtres séculiers, 65 religieuses, 93 églises ou cha­ pelles. — b) Ccrvia, fondé au vi· siècle, par saint (îéronce, martyr, a 22 000 catholiques, 12 paroisses, 33 prêtres séculiers, 15 religieuses, 26 églises ou cha­ pelles. — c) Césène, qui paraît de fondation ancienne, a 66 700 catholiques, 59 paroisses, 131 prêtres sécu­ liers. 40 prêtres réguliers, 90 religieuses, 99 églises ou chapelles. — d) Comachlo, fondé au vi· siècle, a 10 000 catholiques, 14 paroisses, 36 prêtres sécu­ liers, 5 prêtres réguliers, 14 religieuses, 16 églises ou chapelles, -c) Forli,fondé ami·siècle(?), a 50 000ca­ tholiques, 61 paroisses, 125 prêt res séculiers, 30 prêtre réguliers, 120 religieuses, 86 églises ou chapelles. — f) Rimini, fondé au m· siècle, a 125 000 catholiques, 121 paroisses, 336 prêtres séculiers, 56 prêtres régu­ liers, 183 religieuses, 254 églises ou chapelles. — 9) Sarsina, fondé avant le îv· siècle, a 29 000 catho­ liques, 54 paroisses, 76 prêtres séculiers, 120 églises ou chapelles. 4. Province ecclésiastique d'Urblno. — Urblno, métropole, fondé nu vi· siècle; archevêché depuis 1563; n 38 000 habitants, 97 paroisses, 118 prêtres Mb 'tillers, 8 prêtres réguliers, 35 religieuses, 126 églises ou chapelles. Suflragants : a) Sant'Angelo in Vado et Urbanla. Ces deux évêchés, fondés en 1635, par Urbain V111, ont été unis, dès leur fondation. Sant'Angelo a 5 000 habitants el Urbanla, 10 000. Ensemble Ils ont 50 paroisses, 70 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, 86 · glises ou chapelles. — b) Cagli et Pergola. Ces deux sièges sont unis depuis 1818. Le premier a été fondé au îv· siècle, ct n’est actuellement qu'une petite ville de 4 600 habitants. Pergola est plus petit encore. Ensemble ces deux diocèses n'ont qu’une population 124 de 33 00U Ames, avec 62 paroisses, 95 prêtres séculien, 7 prêtres réguliers, 92 religieuses, 154 églises ou cto. pelles. — c) Fossombrone, fondé au v· siècle, a 22 000 Catholiques, 40 paroisses, 70 prêtres séculiers, 3 prêtres réguliers, 70 églises ou chapelles. — d) Mon· tefeltro, fondé par saint Léon, vers 368, a 59 900 catho­ liques, 121 paroisses, 173 prêtres séculiers, 30 prêtres réguliers, 96 religieuses, 260 églises ou chapelles, la république de Saint-Marin lui appartient en grande partie, au point de vue spirituel. Elle a 10 659 habi­ tants, 10 paroisses, dont 8 dépendent du diocèse de Montefcltro ct 2 du diocèse de Rimini. 11 y a, en tout, 22 prêtres. — e) Pesaro, fondé en 247, par saint Flo­ rentin, a 48 000 catholiques, 41 paroisses, 100 prêtres séculiers, 31 prêtres réguliers, 43 religieuses, 100 églises ou chapelles. — g) Senigaglia, fondé au vi· siècle, a 99 800 catholiques, 48 paroisses, 114 prêtres sécu­ liers, 80 prêtres réguliers, 128 religieuses, 278 églises ou chapelles. Ainsi les anciens États de l'Église, ont à eux seuli, environ 70 sièges épiscopaux, sans compter les sièges unis à d’autres. Ils en possèdent donc à eux seuls à peu près autant que la France entière. 6Û Abbayes el prélatures nullius. — 1. Abbaye des Saints-Vincent-et-Anastase, aux Trois-Fontaines, ad Aquas Salvias. — Fondée au vu· siècle, tout près de l’endroitoù l'apôtre saint Paul aurait souflert le mar­ tyre, cet teabbaye fut, d'abord, confiée aux bénédictins, puis, en 1140, aux cisterciens, dont le premier abbé devint pape, sous le nom d'Eugène III. Depuis æ>sez longtemps elle est donnée en commende À l'un dti cardinaux suburbicaires. Elle comprend 8 paroisses, et 18 300 habitants avec50 prêtres. Les trappistes fran­ çais y sont établis, depuis bientôt cinquante ans. 2. Abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs. — Cette abbaye a pour église l'une des basiliques patriarcal» de Rome, construite sur le tombeau etc l’apôtre saint Paul. Elle fut donnée aux bénédictins, dès le com­ mencement du vin· siècle, et ils la possédèrent jusqu’ù nos jours, sauf une période, durant laquelle Ils furent remplacés par les moines de Cluny. Elle compte 3 paroisses, 57 prêtres, 3 500 habitants. 3. Abbaye de Subiaco. — Située à 60 kilomètres de Rome, cette abbaye fut fondée par saint Benoit, et administrée par des abbés réguliers, jusqu'à la fin du xiv· siècle. Elle fut alors donnée en commende à un cardinal qui exerçait sa juridiction épiscopale, sur tout le territoire soumis à l’abbaye, et qui comprend 24 paroisses, avec 91 prêtres, 24 000 habitants. Ce régime dura jusqu'à la démission du cardinal Macchl, 20 septembre 1906. A cette date, le pape abolit défi­ nitivement la commende, ct rétablit l'abbé dans tous ses anciens droits sur le territoire abbatial. 4. Abbaye de San Martino al monte Cimino.—Située près de Viterbe, elle fut fondée par les bénédictins, restaurée par saint Grégoire VII, en 1073, et donnée par Eugène III aux cisterciens; puis, par Eugène IV, aux oiivétains. Elle ne compte qu’une paroisse avec 8 prêtres et 1 600 habitants. //. PIÉMONT. Provinces ecclésiastiques. — 1° Pro­ vince ecclésiastique de Turin. — Turin, métropole, fondé au iv· siècle, érigé en archevêché par Léon X, le 21 mal 1515, a 650 000 catholiques, 276 paroisses, 1 405 prêtres séculiers, 300 prêtres réguliers, 986 églises ou chapelles. Suflragants: LAcqui,fondé par saintMagglorlno.au îv· siècle, a 181 000 catholiques, 126 paroisses, 317 prêtres séculiers, 42 prêtres réguliers, 95 religieuses 459 églises ou chapelles. — 2. Alba, fondé au îv· ou v· siècle, a 150 000 catholiques, 101 paroisses, 316 prê­ tres séculiers, 11 prêtres réguliers. 180 religieuses. 675 églises ou chapelles. — 3. Aoste, fondé au v· siècle, a 83 000 catholiques, 87 paroisses, 210 prêtres sécu- 125 ECCLÉSIASTIQUES lien, 16 prêtres réguliers, 200 religieuses, 570 églises ou chapelles. — 4. Asti, fondé au commencement du v· siècle, a 182 000 catholiques, 108 paroisses, 300 prê­ tres séculiers, 20 prêtres réguliers, 6ü religieuses, 525 églises ou chapelles. — 5. Cunéo, érigé par Pic Vil, le 17 juillet 1817, a 109 000 catholiques, 61 paroisses, 220 prêtres séculiers, 23 prêtres réguliers, 450 reli­ gieuses, 190 églises ou chapelles. —6. Fossano, érigé par Clément XII, le 15 asrii 1592, a 35 850 catho­ liques, 25 paroisses, 100 prêtres séculiers, 20 prêtres réguliers, 95 religieuses, 42 églises ou chapelles. — 7. Ivréc, fondé au v· siècle, a 203 000 catholiques, 138 paroisses, 419 prêtres séculiers, 61 prêtres régu­ liers, 530 religieuses, 315 églises ou chapelles. — 8. Mondovi, érigé par Urbain VI, le 5 juin 1388, a 170 000 catholiques, 150 paroisses, 490 prêtres sécu­ liers, 20 prêtres réguliers, 135 religieuses, 1 760 églises ou chapelles. — 9. Pignerol, érigé par Benoit XIV, le 23 décembre 1748, qui l’a détaché d’une abbaye cistercienne nullius, a 70 000 catholiques, 61 paroisses, 161 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, 250 reli­ gieuses, 102 églises ou chapelles. — 10. Saluces, érigé par Jules II, le 29 octobre 1511, a 160 000 catho­ liques, 92 paroisses, 304 prêtres séculiers, 31 prêtres réguliers, 220 religieuses, 671 églises ou chapelles. — 11. Suse, érigé par Clément XIV, le 3 août 1772, à 73 600 catholiques, 61 paroisses, 152 prêtres sécu­ liers, 20 prêtres réguliers, 200 religieuses, 70 églises ou chapelles. 2. Province ecclésiastique de Verccil. — Verceil, métropole, fondée par saint Eusèbc. au milieu du iv· siècle, érigé en métropole par Pie VII, le 17 juillet 1817, a 230 000 catholiques, 137 paroisses, 415 prêtres séculiers, 33 prêtres réguliers, 974 reli­ gieuses, 405 églises ou chapelles. Suflragants : 1. Alessandria della Pagüa, érigé en 1175, par Alexandre 111, a 140 000 catholiques, 63 paroisses, 210 prêtres séculiers, 25 prêtres réguliers, 160 religieuses, 200 églises ou chapelles. — 2. Biella, érigé par Clément XIV, le 1« juin 1772, a 149 000 ca­ tholiques, 114 paroisses, 265 prêtres séculiers. 29 prêtres réguliers, 270 églises ou chapelles. — 3. CasaleMonferrato, érigé par Sixte IV, le 18 avril 1471, a 169 500 catholiques, 140 paroisses, 312 prêtres sécu­ liers, 45 prêtres réguliers, 280 religieuses, 562 églises ou chapelles. — 4. Novare, fondé au îv· siècle, par saint Gaudentius, a 392 000 catholiques, 374 paroisses, 690 prêtres séculiers, 140 religieuses, 500 églises ou chapelles. — 5. Vigevano, érigé par Clément VU, le 16 mars 1529, a 169 000 catholiques, 72 paroisses, 240 prêtres séculiers, 7 prêtres réguliers, 210 reli­ gieuses, 170 églises ou chapelles. En tout, le Piémont a donc 18 sièges. Si leur fon­ dation ne remonte pas à une antiquité aussi reculée que ceux des États de l’Eglise, ils sont autrement importants, par le chill te de la population. ///. LIOÜRIB, Provinces ecclésiastiques, — 1° Pro­ vince ecclésiastique de Gênes. — Gènes, métropole; fondé nu m· siècle, cc siège fut érigé en archevêché, au xn· siècle; le diocèse a 470 000catholiques, 200 pa­ roisses, 956 prêtres séculiers, 270 prêtres réguliers, 1 100 religieuses, 400 églises ou chapelles. Suflragants : 1. Albcnga, fondé au milieu du v· siècle, a 125 000 catholiques, 167 paroisses, 258 prêtres sécu­ liers, 86 prêtres réguliers. 190 religieuses, 354 églises ou chapelles. — 2. Bobblo, fondé au xj· siècle, a 30 100 catholiques, 55 prêtres séculiers, 80 prêtres réguliers, 16 religieuses, 105 églises ou chapelles. — 3. Chlavari, érigé en 1893, par I>éon XIII, qui Γη détaché de l’archevêché de Gênes, a 99 200 catho­ liques, 110 paroisses, 308 prêtres séculiers, 80 prêtres réguliers, 150 religieuses, 335 églises ou chapelles. — 4. Luni-Sarzana ct Brugnato. Le premier de ces sieges fut fondé au v· siècle, et l’autre seulement au xn· Ils furent unis par Pie VU, en 1820. L'évèquc réside à Sarzana. ils ont ensemble 175 0380 églises ou chapelles. — c) Cencda, fondé dans la pole, fondé en 313, érigé en archevêché par Urbain It seconde moitié du vi· siècle, a 199 900 habitants, le 21 avril 1092, a 190 000 catholiques, 138 paroiwa, 117 paroisses, 192 prêtres séculiers, 28 prêtres réguliers, 330 prêtres séculiers, 110 prêtres réguliers, 200 reli­ 307 religieuses, 528 églises ou chapelles. — d) Chioggieuses, 750 églises ou chapelles. I gia, fondé \ ers 681, a 93 000 catholiques, 32 paroisses, SuITragnnts : a) Livourne, érigé par Pie VII, le 120 prêtres séculiers, 136 religieuses, 78 églises ou 24 septembre 1806, a 156500 catholiques, 33 paroisses, chapelles. — e) Concordia, fondé au vi® siècle; mais 85 prêtres séculiers, 56 prêtres réguliers, 220 reli­ le siège épiscopal fut, en 1586, transporté à Portagieuses, 67 églises ou chapelles.— b) Pescia, érigé par gruario, où il e t encoie; 302 500 catholiques, 131 Benoit XIII, le 17 mars 1726, a 69 9ü0 catholiques, paroisses,255 prêtres séculiers, 2 prêtres réguliers, 112 38 paroisses, 125 prêtres séculiers, 34 prêtres régu­ religieuses, 287 églises ou chapelles. — f) Padoue, liers, 135 religieuses, G6 églises ou chapelles. — c) Pontremoli, érigé par Pic VI, le 18 juillet 1797,a fondé sers 480, par saint Prosdocimus, a 565 000 ca­ 59 750 habitants, 126 paroisses, 204 pretres séculien, tholiques, 321 paroisses, 817 prêtres séculiers, 9 prêtres réguliers, 30 religieuses, 361 églises ou cha­ 98 prêtres réguliers, 100 religieuses, 457 églises pelles.— d) Volt erra, érigé au vi· siècle, a 99 550 catho­ ou chapelles. — g) Trévise, fondé en 320, a liques, 111 paroisses, 170 prêtres séculiers, 36 prêtres 445 800 catholiques. 219 paroisses, 400 prêtres sécu­ réguliers, 110 religieuses, 389 églises ou chapelles. liers, 30 prêtres réguliers, 300 religieuses, 400 églises 3. Province ecclésiastique de Sienne. — Sienne, ou chapelles. — h) Vérone, fondé vers le milieu du métropole, fondé vers 309, érigé en archevêché par in· siècle, a 400 500 catholiques, 262 paroisses, Pic II, le 23 avril 1459, a 79 650 catholiques, 114 pa­ 786 prêtres séculiers, 132 prêtres réguliers, 255 reli­ roisses, 200 prêtres séculiers, 70 prêtres réguliers, gieuses, 442 églises ou chapelles. — i) Vlcence, peut50 religieuses, 300 églises ou chapelles. être plus ancien encore, a 449 500 catholiques, 219 Suiïragants : a) Chiusi et Pienza. Chiusl fut fondé paroisses, 708 prêtres séculiers, 25 prêtres réguliers, par saint Florentin, en 465. Pienza fut érigé par Pie II, 515 religieuses, 468 églises ou chapelles. le 13 août 1462. Les deux sièges furent unis par Clé­ F/. TOSCANE. — 1° Relevant immédiatement du ment XIV, le l*r juin 1772. Ces deux diocèses ont Saint-Siège. — 1. Archevêché : Lucques, de fondation ensemble 36 550 habitants, 56 paroisses, 91 prêtres très ancienne, érigé en archevêché par Benoit XIII, séculiers, 50 prêtres réguliers, 55 religieuses, 125églises le 11 septembre 1726, a 189 890 catholiques, 246 pa­ roisses, 512 prêtres séculiers, 80 religieuses, 628 églises ou chapelles. — b) Grossetto, fondé en 499, a 30 250 catholiques, 26 paroisses, 42 prêtres séculiers, ou chapelles. 13 religieuses, 57 églises ou chapelles. — c) Massa 2. Évêchés. — a) Arezzo, également ancien, a Marittima, fondé en 495, a 79 750 catholiques, 201 000 catholiques, 300 paroisses, 400 prêtres sécu­ 29 paroisses, 60 prêtres séculiers, 7 prêtres réguliers, liers, 149 prêtres réguliers, 150 religieuses, 436 églises 54 religieuses, 64 églises ou chapelles. —d) Sovana· ou chapelles. — l>) Cortona, érigé par Jean XXII, le Pitigllano, fondé au vu· siècle, a 38 350 catholiques, 13 juin 1325, a 29 570 catholiques, 50 paroisses, 81 48 paroisses, 96 prêtres séculiers, 10 prêtres réguliers, prêtres séculiers, 36 prêtres réguliers, 90 religieuses, 23 religieuses, 78 églises ou chapelles. 60 églises ou chnpclcs. — c) Montaicino, érigé sous VH, èsHLiE. — 1° Évêchés relevant immédiatement Pie 11. uni à Pienza, le 13 juillet 1462, et séparé par du Saint-Siège. — 1. Borgo San Donnino, érigé par Clément VIII, le 23 mal 1594, a 31 000 catholiques, Clément VIII, le 12 février 1601, a 58 000 catholiques, 34 paroisses, 71 prêtres séculiers, 3 prêtres réguliers, 54 paroisses, 400 prêtres séculiers, 10 prêtres réguliers, 85 églises ou chapelles. — d) Muntcpulciano, érigé 50 religieuses, 28 églises ou chapelles. — 2. Parme, par Pic IV, le 10 novembre 1561, a 15000 catholiques, fondé en 373, a 230 000 catholiques, 300 paroisses, 18 paroisses, 38 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, 407 prêtres séculiers, 66 prêtres réguliers, 99 reli­ 46 églises ou chapelles. 2° Provinces ecclésiastiques.— 1. Province ecclé­ gieuses, 406 églises ou chapelles. — 3. Plaisance, fondé siastique de Florence. — Florence, métropole; siège vers 322, a 299 500 catholiques, 351 paroisses, 75 prê­ tres séculiers, 75 prêtres réguliers, 1 200 églises ou ancien, érigé en archevêché par Marlin V, en 1420, a 505 500 catholiques, 477 paruisses, 800 prêtres sécu­ chapelles. 2° Provinces ecclésiastiques. — 1. Province ecclé­ liers 400 pr· très réguliers, 1 600 religieuses, 1900 églises ou chapelles. siastique de Mode ne. — Modènc, métropole, fondé en Suffragant* : a) Borgo San Scpolcrn, érigé par 270, a 199 740 catholiques, 179 paroisses, 455 prêtres Léon X, le 22 septembre 1515, a 60 290 catholiques, séculiers, 50 prêtres réguliers, 250 religieuses, 135 paroisses, 190 prêtres séculiers, 20 prêtres régu­ 450 églises ou chapelles. liers, 70 religieuses, 280 églises ou chapelles.—b) Colle Suiïragants : a) Carpi, érigé par Pic VI, le dt Val d’Eisa, érigé par Clément V111, le 5 juin 1552, l*r décembre 1779, a 75 590 catholiques, 31 paroisses, a 49 500 catholiques, 72 paruisses, 605 prêtres sécu­ 78 prêtres séculiers, 4 prêtres réguliers, 55 religieuses, liers, 20 pré* res réguliers, 10 religieuses, 117 églises ou 50 églises ou chapelles. — b) Guastalla, érigé par chapelles.— c) Fiesolc, siège ancien, a 145 000 catho­ Ple VII, le 13 septembre 1828, a 59 590 catholiques, liques, 254 paroisses, 300 prêtres séculiers, 93 prêtres, 26 paroisses, 75 prêtres séculiers, 51 religieuses, réguliers, 210 religieuses, 329 églises ou chapelles.— 58 églises ou chapelles. — c) Massa de Corrara, érigé d) San Miniato,érigé par Grégoire XV, le 5 décembre par Ple VII, le 18 février 1822, a 143 000 catholiques, 1»>22, a 98 130 cat holîqucs, 100 paroisses, 246 prêtres 213 paroisses, 250 prêtres séculiers, 40 prêtres régu­ *4'-ullers, 42 prêtres réguliers, 136 religieuses, 250 liers, 204 religieuses, 276 églises ou chapelles. — d) ou chapelles. — e) Modigliano, érigé par Bcggio dl Emilia, fondé vers 260 , a 175 000 catho­ Pie IX, le 17 Juillet 1850, a 39 290 catholiques, liques, 246 paroisses, 490 prêtres séculiers, 29 prêtres 83 panvlus, 116 prêtres séculiers, 16 prêtres tégu- , réguliers, 150 religieuses 270 églises ou chapelles. bm, 1OO reil: icuscs, 144 églises ou chapelles. — t 3° Abbayes et prélatures nulhus. — Nonantule, /) Pi stole et Prato, érigés au v siècle, unis le 22 sep­ dans la province de Modène. Cette abbaye fut fondée tembre 1633, par Innocent X. 1 e diocèse de Pistole ( au milieu du vin* siècle, par saint Anscbnc, duc de 129 ITALIE, DIVISIONS ECCLÉSIASTIQUES 130 furent unis en 1818, par Pic VIL Molfetta a 50 000 ha­ Frloul.Ellc appartint longtemps aux cisterciens; puis, réduite en connncnde, en faveur des cardinaux de la , bitants, Tcrlizzi, 21 000 et Glovinazzo, 12 000. Ensem­ famille d'Estc ou d’autres membres de la même famille, . ble Ils ont 80 paroisses, 147 prêtres séculiers, 17 prê­ elle fut supprimée, pendant une cinquantaine d'années, tres réguliers, 34 religieuses, 65 églises ou cha­ dans la seconde moitié du xvni· siècle et ensuite pelles.— k) Monopoli et Polhnano. Ces deux sièges, rétablie par Pie VU, le 23 janvier 1821, mais, unie fondés au xi« siècle, furent unis en 1818 par Pie VIL par lui au siège archiépiscopal de Modêne. Elle compte Ensemble ils ont 59 760 habitants, 80 paroisses, 30 paroisses, 69 prêtres et 35 000 habitants. 137 prêtres séculiers, 290 églises ou chapelles. — Mil. ancien royaume DE NAPLES.— 1°Relevant I) Nardo, érigé le 13 janvier 1413, par Grégoire XII, immédiatement du Saint-Siège. — 1. Archevêchés. — a) a 79 480 catholiques, 16 paroisses, 133 prêtres sécu­ Amalü, fondé au νι· siècle, érigé en archevêché en 987, liers, 8 prêtres réguliers, 24 religieuses, 77 églises ou par Jean XV, a 46 000 catholiques, 54 paroisses, chapelles. — m ) Penne et At ri. Ces deux sièges, fondés 203 prêtres séculiers, 29 prêtres réguliers. — b) Aquila, au v· siècle, furent unis au xin·. Ils ont ensemble dans les Abruzzcs, fondé en 680, érigé en archevêché, 179 500 habitants, 99 paroisses, 193 prêtres sécu­ en 1881, par Léon XIII, a 107 000 catholiques, liers, 51 prêtres réguliers, 299 églises ou chapelles. — 135 paroisses, 200 prêtres séculiers, 29 prêtres régu­ n) Tcramo, dans les Abruzzes, fondé au vn· siècle, liers, 100 religieuses, 242 églises ou chapelles. — a 115 750 habitants, 124 paroisses, 210 prêtres sécu­ c) Coscnza, fondé au v· siècle, érigé en archevêché liers, 25 prêtres réguliers, 15 religieuses, 38 églises au xi· siècle, a 150 925 catholiques, 110 paroisses, ou chapelles. — o) Trlvento, fondé au iv· siècle, par 138 prêtres séculiers, 48 prêtres réguliers, 70 reli­ saint Caste, a 130 000 habitants,59 paroisses, 120 prê­ gieuses, 264 églises ou chapelles. — d) Gaète, fondé tres séculiers, 25 religieuses, 133 églises ou chapelles. au vin· siècle, érigé en archevêché, le 31 décembre 1848 — p) Troia, fondé au xi* siècle, a 29 500 catholiques, par Pic IX, a 83 650 habitants, 49 paroisses, 192 prê­ 9 paroisses, 43 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, tres séculiers, 10 prêtres réguliers, 64 religieuses, 28 religieuses, 29 églises ou chapelles. — q) Valva et 97 églises ou chapelles. — e) Hossano, fondé en 680, Sulmona. Fondés au v· siècle, ces deux sièges furent trigé en archevêché en 1460, par Pie II, a 69 735 ca­ unis nu xm*. Ensemble ils ont 149 500 catholiques, tholiques, 39 paroisses, 128 prêtres séculiers, 20 reli­ 58 paroisses, 142 prêtres séculiers, 48 prêtres réguliers, gieuses, 50 églises ou chapelles. 30 religieuses, 244 églises ou chapelles. 2. Évêchés.—a) Aquino, Pontecorvo et Sora, trois 2° Provinces ecclésiastiques. — 1. Province ecclé­ sièges unis. Aquino fut fondé en 465; Pontecorvo lui siastique d’Acercnza. — Acerenza métropole, fondé est uni depuis 1725, et Sora qui fut fondé vers 275, au commencement du iv· siècle, fut érigé en arche­ lui fut uni à son tour, en 1818. Ensemble ces trois dio­ vêché au xi% On lui a uni le siège de Matera, dont cèses ont une population de 149 000 habitants. Ils le diocèse n’a que 19 700 habitants, tandis que celui ont 72 paroisses, 261 prêtres séculiers, 48 prêtres d’Acercnza en a 128 200. Ensemble, Ils ont 32 paroisses, réguliers, 90 religieuses, 336 églises ou chapelles. — 165 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, 48 religieuses, b) Aversa, fondé en 1049, a 160 000 catholiques, 167 églises ou chapelles. 55 paroisses, 350 prêtres séculiers, 30 prêtres régu­ Suiïragants : a) Anglona-Tursl, érigé le 8 août 1546, liers, 200 religieuses, 377 églises ou chapelles. — par Paul 1 II, a 95 000 habitants, 40 paroisses, 107 prê­ e/ Cava et Sarno. Cava fut érigé, le 7 août 1394, par tres séculiers, 4 religieuses, 120 églises ou chapelles.— Boniface IX. Le siège de Sarno, qui fut fondé en 1066, b) Potenza, fondé vers 495, a 60 300 habitants. lui a été uni en 1818. Le diocèse de Cava n 28 000 habi­ Chose curieuse : quoique dépendant de la province tants, et celui de Sarno, 36 000. Ensemble ils ont ecclésiastique d’Acercnza, Il est uni à Marslco-Nuovo, 26 paroisses, 213 prêtres séculiers, 20 prêtres réguliers, qui dépend de la province deSalemc. Luni-Sarzana et 92 religieuses, 140 églises ou chapelles. — d) Foggia, Brugnato sont dans un cas semblable. Potenza a érigé le 26 juin 1855, par Pic IX, a 98 000 catholiques, 11 paroisses, 70 prêtres séculiers, 54 églises ou cha­ 9 paroisses, 95 prêtres séculiers, 13 prêtres réguliers, pelles. — c) Tricarico, fondé au xi*siècle n 79 000 habi­ 32 religieuses, 74 églises ou chapelles. — e) Gravlna et tants, 25 paroisses, 170 prêtres séculiers, 91 églises ou Montcpcloso, dans les Pouilles. Le siège de Gravlna chapelles. —dj Venosa, fondé au commencement du fut fondé en 876, et celui de Montcpcloso en 1160. Ils in· siècle, a 45 000 catholiques, 8 paroisses, 48 prêtres furent unis le 29 juillet 1818, par Pie VII. Le diocèse séculiers, 4 prêtres réguliers, 30 églises ou paroisses. 2. Province ecclésiastique de Bari. — Bari, métro­ de Gravlna a 22 000 habitants et celui de Montcpc­ loso, 7 500 seulement. Ensemble ils ont 9 paroisses, pole, fondé au iv· siècle, érigé en archevêché ou 49 prêtres séculiers, 45 religieuses 35 églises ou cha­ vi·siècle, a299 500habitants,33paroisses,260prêtres pelles. — I) San Marco et Bisignano. Le premier séculiers, 30 prêtres réguliers, 200 religieuses, de ces sièges fut fondé au xn· siècle ; celui de Bisignano 264 églises ou chapelles. remonte auvm·. Leur union date de 1818. Ensemble Suiïragants : a) Conversano, fondé au v· siècle, ils ont 139 000 habitants, 64 paroisses, 174 prêtres a 80 900 habitants, 7 paroisses, 123 prêtres séculiers, séculiers, 8 prêtres réguliers, 70 religieuses, 212 églises 8 prêtres réguliers, 130 religieuses, 130 églises ou cha­ ou chapelles. — g) Marsi, fondé avant le vi· siècle pelles. — b) Ruvo et Vitonto, dans les Pouilles; Ruvo, par saint Marc, a 159 000 catholiques. L’évêque réside fondé au v· siècle, a 29 000 habitants, Bitonto, fondé maintenant à Pcsclna. Le diocèse a 80 paroisses, nu vm·, lui fut uni en 1818, et a 29 210 catholiques. 132 prêtres séculiers, 25 prêtres réguliers, 60 reli­ Ensemble ils comptent 19 paroises, 61 prêtres sécu­ gieuses, 303 églises ou chapelles.—/iJMelfl et Rapolla. liers, 8 prêtres réguliers, 82 églises ou chapelles. 3. Province ecclésiastique de Bénévcnt. — BénéCes deux sièges furent fondés au xi· siècle et unis, le vent, de fondation ancienne, érigé en archevêché nu 16 mai 1528, par Clément VII. Molli a 14 500 habi­ tants, et Rapolla 39 000. Ensemble ils ont 13 paroisses, j Xe siècle, a 397 190 catholiques, 138 paroisses, 805 prê­ tres séculiers, 69 prêtres réguliers, 130 religieuses, 65prêtres séculiers, 43églises ou chapelles.— i) Mileto, fondé au xi· siècle, fut, pendant un certain temps, 463 églises ou chapelles. du rite grec. Il a 199 500 habitants, 127 paroisses, Suiïragants : a) Sainte-Agathe des Goths, fondé 300 prêtres séculiers, 8 prêtres réguliers, 35 religieuses, au x· siècle, a 29 500 catholiques, 26 paroisses, 93 prêtres séculiers, 15 prêtres réguliers, 63 églises ou 300 églises ou chapelles. — j) Molfetta, Glovinazzo chapelles. — b) Allfe, fondé au v· siècle, a 25 480 habi­ et Tcrlizzi, dans les Pouilles. Molfetta fut fondé au tants, 17 paroisses, 50 prêtres séculiers, 8 prêtres réguxn· siècle; Glovinazzo et Tcrlizzi, au xi·. Les trois DICT. DE TIIÉOL. CATHOU VIII. — 5 131 ITALIE, DIVISIONS ECCLÉSIASTIQUES Hors, 14 religieuses» 54 églises ou chapelles. — c) Ariano» fondé au ix· siècle, n 49 730 habitants, 24 paroisses, 118 prêtres séculiers, 4 prêtres réguliers, 30 religieuses, 95 églises ou chapelles, — d) AscollSatriano et Ccrignola. Le premier de ces sièges fut fondé au xi· siècle, et Ccrignola lui fut uni en 1818, par Pie VIL Les deux diocèses ont ensemble une population de 70 115 habitants, avec 12 paroisses, 100 prêtres séculiers, 8 prêtres réguliers, 50 religieuses, 100 églises ou chapelles. — c) Avcllino, siège an­ cien, a 107 200 habitants, 34 paroisses, 160 prêtres séculiers, 21 prêtres réguliers, 65 religieuses, 90 églises ou chapelles. — D Boiano, fondé au xi· siècle, et, d’après quelques auteurs, au v·, a 89 160 habitants, 40 paroisses, 175 prêtres séculiers, 19 prêtres réguliers, 10 religieuses, 134 églises ou chapelles.— g) Bovino, fondé au v· siècle, a 30 000 habitants, 19 paroisses, 65 prêtres séculiers, 17 religieuses, 68 églises ou cha­ pelles. — h) Cerreto-Sonnita ou Tele^e» fondé au v^slècle.supprimécn 1818,iétabli en 1852, a G0 61 Ocathollqucs,24 paroisses, 110 prêtres séculiers, 10 prêtres réguliers, 50 religieuses, 113 églises ou chapelles. — t) Larino, fondé au x· siècle, a 67 000 habitants, 21 paroisses, 101 prêtres séculiers, 10 prêtres réguliers, 26 religieuses, 57 églises ou chapelles. — j) Lucera, fondé au n· siècle, a 76 000 habitants, 18 paroisses, 187 prêtres séculiers, 20 prêtres réguliers, 40 reli­ gieuses, 110 églises ou chapelles, k) San Severo, fondé au xi· siècle, a 45 000 habitants, 7 paroisses, 94 prêtres séculiers, 25 églises ou chapelles. — l) Ter­ moll,fondé au x'siècle, a 49 630habitants, 19paroisses, 57 prêtres séculiers, 50 églises ou chapelles. 4. Province ecclésiastique de Brindisi. — Brindisi, fondé par saint Lcucius, au vi· siècle, fut érigé en archevêché au x· siècle. Le siège d'Ostuni, fondé au VI· siècle, lui fut uni en 1818, par Pie VIL Ensemble Ils ont 110 150 habitants, 19 paroisses, 170 prêtres séculiers, 15 prêtres réguliers, 81 religieuses, 89 églises ou chapelles. 5. Province ecclésiastique de Capouc. — Cnpoue, très ancien siège, érigé en archevêché, le 14 juillet 966, par Jean XIII, a 99 980 habitants, 54 paroisses, 235 prêtres séculiers, 18 prêtres réguliers, 130 religieuses, 90 églises ou chapelles. Suffragants : a) Caiazzo, fondé avant Je vm· siècle, a 26 618 liabitnnts, 35 paroisses, 78 prêtres séculiers, 72 églises ou chapelles.— b) Calvi et Teano, furent unis par Pie VU, en 1818. Ensemble Ils ont 71 345 habi­ tants, 103 paroisses, 153 prêtres séculiers, 24 prêtres réguliers» 80 religieuses, 225 églises ou chapelles. — c) Case rtc, fondé au xn· siècle, a 96 260 habitants, 51 paroisses, 215 prêtres séculiers, 36 prêtres réguliers, 176 églises ou chapelles. — d) Isernla et Venniro. Le premier de ces sièges fut fondé en 4.50, par saint Benoit. Venafro lui fut uni au xi· siècle. Ensemble ils ont 46 790 catholiques, 39 paroisses, 98 prêtres sécu­ liers, 3 prêtres réguliers, 24 religieuses, 105 églises ou chapelles. — e) Sessa Arunca, siège très ancien, a 49 170 catholiques, 42 paroisses, 80 prêtres sécu­ liers, 103 églises ou chapelles. 6. Province ecclésiastique de Chlctl. — Chlctf, métropole, siège ancien, érigé en archevêché en 1525. Pie IX, le 20 mal 1853, lui unit ù perpétuité le dio­ cèse de Vasto, qu'il venait de créer. Ensemble Ils ont 262 850 catholiques, 115 paroisses, 263 prêtres sécu­ liers, 32 prêtres réguliers, 442 églises ou chapelles. 7. Province ecclésiastique de Conza. — Conza, métropole, fondé au xi· siècle» reçut, en 1818, l'admi­ nistration perpétuelle de l'évêché de’Campagna, érigé le 19 juin 1525, par Clément VIL Ensemble ces deux diocèses ont 119 650 catholiques, 37 paroisses, 203 prêtres séculiers, 19 prêtres réguliers, 30 reli­ gieuses, 200 églises ou chapelles. 132 Suffragants : a) Sant'Angelo del Lombardi et Bisaccia. Ces deux sièges, fondés au xn· siècle, furent unis au xvi·. Ensemble Ils ont 43 000 catholiques, 9 paroisses, 118 prêtres séculiers, 30 églises ou cha­ pelles. — b) Lacedonla compte 27 300 habitants, 11 paroisses, 95 prêtres séculiers, 51 églises ou cha­ pelles. — c) Muro Lurnno, fondé en 1049, par saint Léon IX, n 39 180 habitants, 11 paroisses, 85 prêtres séculiers, 22 églises ou chapelles. 8. Province ecclésiastique de Lanrlano. — Lanciano, métropole, fondé le 27 juin 1515, par Léon X, fut érigé en archevêché le 9 février 1652, par Pie IV. L'évêché d'Ortona, fondé au v· siècle, lui a été uni en 1834. Ensemble ils ont 71 900 habitants, 20 parois­ ses, 100 prêtres séculiers, 8 prêtres réguliers, 25 reli­ gieuses, 200 églises ou chapelles. 9. Province ecclésiastique de Manfredonia. — Manf redo nia, a reçu, en 1818,l'administration À perpétuité de l'évêché de Vlcsti, fondé au xn· siècle, et qui n'a que 8 000 habitants, tandis que Manfredonia en a 99 980. Ensemble ils ont 18 paroisses, 176 prêtres séculiers, 14 prêtres réguliers, 15 religieuses, 165 églises ou chapelles. 10. Province ecclésiastique de Naples. — Naples, métropole, fondé au rr siècle ( ?), érigé en archevêché au x·, a 669 500 catholiques, 106 paroisses, 1 875 prêtres séculiers, 800 prêtres réguliers, 2 000 religieuses, 1105 églises ou chapelles. SulTragants : a) Acerra, fondé au v· siècle, a 37 280 catholiques, 12 paroisses, 98 prêtres séculiers, 15 prêtres réguliers, 44 églises ou chapelles. — b) Ischia, fondé au xn· siècle, n 29 000 catholiques, 14 paroisses, 138 prêtres séculiers, 9 prêtres réguliers, 89 églises ou chapelles. — c) Nota, fondé vers la Un du Ier siècle (?), a 189 000 catholiques, 86 paroisses, 474 prêtres séculiers, 54 prêtres réguliers, 120 reli­ gieuses, 432 églises ou chapelles. — d) Pouzzoles, siège également ancien, a 59 000 catholiques, 10 pa­ roisses, 94 prêtres séculiers, 30 religieuses, 94 églises ou chapelles. 11. Province ecclésiastique d'Otrante. — Otrante, métropole, fondé au v· siècle, a 89 150 catholiques, 56 paroisses, 260 prêtres séculiers, 150 religieuses, 325 églises ou chapelles. Suffragants : a) Gallipoli, de fondation ancienne, a 19 220 habitants, 3 paroisses, 42 prêtres séculiers, 25 églises ou chapelles. — b) Lcccc, fondé au xi· siècle, a 99 360 habitants, 32 paroisses, 220 prêtres séculiers, 70 prêtres réguliers, 125 religieuses, 123 églises ou chapelles. — c) Ugento, fondé au xn· siècle, a 50 500 catholicpies, 30 paroisses, 120 prêtres séculiers, 115 églises ou chapelles. 12. Province de Hegglo di Calabria. — Beggio, fondé au iv· siècle, a 195 000catholiques, 89 paroisses, 180 prêtres séculiers, 15 prêtres réguliers, 50 reli­ gieuses, 200 églises ou chapelles. Suffragants : a) Bova, fondé nu vn· siècle, n 20 500 catholiques, 14 paroisses, 23 prêtres séculiers, 6 prêtres réguliers, 34 églises ou chapelles. — b) Cassnno nll'Ionlo, fondé au v· siècle, n 126 000 catho­ liques, 51 paroisses,* 253 prêtres séculiers, 10 prêtres réguliers, 42 religieuses, 200 églises ou chapelles. — c) Catanzaro, fondé nu xn· siècle, a 85 000 catho­ liques, 48 paroisses, 80 prêtres séculiers, 8 prêtres réguliers, 36 religieuses, 97 églises ou chapelles. — d) Co tronc, fondé au VI· siècle, n 15 000 catholiques, 9 paroisses, 30 prêtres séculiers, 26 religieuses, 30églises ou chapelles. — c) Gcrace, fondé au v· siècle, a 126 300 catholiques, 70 paroisses, 250 prêtres séculiers, 80 églises ou chapelles. — f) Nicastro, fondé au x· siècle, n 99 500 catholiques, 53 paroisses. 130 prêtres séculiers, 5 prêtres réguliers, 60 églises ou chapelles. — g) Nicotera et Tropea. Les deux sièges, fondés au 133 ITALIE, DIVISIONS ECCLÉSIASTIQUES lx· siècle, sont unis depuis 1818. Ensemble ils ont 47 909 habitants, 72 paroisses, 205 prêtres séculiers, 5 prêtres réguliers, 132 églises ou chapelles. — h) Oppido, fondé nu xiii· siècle, a 28 470 catholiques, 19 paroisses, 41 prêtres séculiers, 30 églises ou cha- j pelles. — Z ) Squiilace, fondé nu v· siècle, a 99 450 catho­ liques, 52 paroisses, 192 prêtres séculiers, 30 prêtres réguliers, 120 églises ou chapelles. 13. Province ecclésiastique de Salcrne. — SaJeme, métropole, fondé nu v· siècle. Pie VU, en 1818, lui n uni l’évêché d'Accrno, fondé nu xn· siècle, et qui n'a que 2 634 habitants. Salcrne en a 149 300, avec 156 paroisses, 620 prêtres séculiers, 381 églises ou chapelles. Suilragants : a) Capacclo-Vallo, fondé au v· siècle, a 120 240 catholiques, 102 paroisses, 156 prêtres sécu­ liers, 14 prêtres réguliers, 282 églises ou chapelles. — b) Dlano, ou Tegglano, érigé le 21 septembre 1850, par Ple IX. Il a 97 000 catholiques, 41 paroisses, 171 prêtres séculiers, 73 églises ou chapelles. — c) Marsico Nuovo, fondé en 370, a 36 190 catholiques, et est uni Λ Potenza, qui dépend de la province ecclé­ siastique d’Accrcnza. Il a 11 paroisses, 50 prêtres séculiers, 50 églises ou chapelles. — d) Nocera del Pagani, fondé nu v· siècle, a 70 850 catholiques, 18 paroisses, 180 prêtres séculiers, 50 prêtres réguliers, 28 églises ou chapelles. — e) Nusso, fondé au xn· siècle, a 40 300 habitants, 19 paroisses, 107 prêtres séculiers, 34 religieuses, 118 églises ou chapelles. — f) Policastro, fondé nu νι· siècle, n 64 000 catholiques, 38 paroisses, 195 prêtres séculiers, 9 prêtres réguliers, 234 églises ou chapelles. 14. Province ecclésiastique de Santa Severina. — Santa Séverine, métropole, fondé au x· siècle, a 42 000 catholiques, 23 paroisses, 67 prêtres séculiers, 16 prêtres réguliers, 53 églises ou chapelles. Suffragant : Curiati, fondé au xn· siècle, a 49 000 habitants, 30 paroisses, 6*1 prêtres séculiers, 70 églises ou chapelles. 15. Pro vinee ecclésiastique de Sorrente. — Sorrente, métropole, fondé au v· siècle, archevêché au x·, a 55 000 catholiques, 36 paroisses, 266 prêtres séculiers, 34 prêtres réguliers, 197 religieuses, 235 églises ou chapelles. Suffragant : Castellamarc di Stabla, fondé au v· siècle, a 70 250 catholiques, 25 paroisses, 200 prêtres séculiers, 20 prêtres réguliers, 70 religieuses, 100 églises ou chapelles. 16. Province ecclésiastique de Tarente. — Tarente, métropole, fondé nu νι· siècle, archevêché nu x·, a 98 150 catholiques, 26 paroisses, 180 prêtres sécu­ liers, 27 prêtres réguliers, 172 religieuses, 335 églises ou chapelles. SulTragnnts : a) Cnstellaneto, fondé au xi· siècle, a 38 600 catholiques, 6 paroisses, 52 prêtres séculiers, 48 religieuses, 4 paroisses. — b) Orin, ou Uritana, fondé nu ix· siècle, n 84 000 catholiques, 15 paroisses, 132 prêtres séculiers, 51 prêtres réguliers, 42 reli­ gieuses, 122 églises ou chapelles. 17. Province ecclésiastique de Tranl-Barletta et Bisceglie. — Trani, fondé au n· siècle, devint arche­ vêché nu xi*. Ple VII, en 1818, lui unit l'évêché de Bisceglie, fondé au n· siècle. Ensemble Ils ont 103 000 catholiques, 52 paroisses, 76 prêtres séculiers, 5 prêtres réguliers, 110 religieuses, 81 églises ou chapelles. Suffragant : Andria, dans les Pouilles, fondé au v· siècle. Pie VI, en 1792, lui Incorpora le diocèse de Mlnervlno. Ensemble Ils ont 97 650 habitants, 15 paroisses, 200 prêtres séculiers, 5 prêtres réguliers, 40 religieuses, 53 églises ou chapelles. Ainsi, la partie de l'Italie actuelle, qui correspond à l'ancien royaume de Naples, outre les archevêchés 134 dépendant immédiatement du Saint-Siège, n 17 pro­ vinces ccclésiastiqu«di, presque autant que la France entière, et une centaine d'évêchés, plus qu’il n’y en a dans la France actuelle, incomparablement plus étendue, comme superficie, et plus Inqiurtantc aussi par le chiffre de la population. Plusieurs de ces sièges, il faut le reconnaître, n'ont pas grande Importance; mais la plupart remontent À une n% ez haute antiquité, et 1* Eglise, toujours respectueuse dvs traditions, les maintient, ou les unit a d autres, pour les laisser subsister. 3° Abbayes et prélat ures nullms. — 1. Abbaye du Mont-Cassin. — Située entre Rome et Naples, à peu près n égale distance de ces deux villes, cette abbaye fut fondée par saint Benoit. Elle eut, autrefois, un territoire très considérable, et k supérieur avait obtenu du pape Victor II le privilège d'être appelé Vabbé des abbés, ainsi que celui d'être nommé au canon de la messe : ef Antistite nostro A'. Elle compte encore actuellement 58 paroisses, 252 prêtres, 214 églises et 130 000 habitants. 2. Abbaye du Monle-Verglnc. — Située dans l’ancien royaume de Naples, pres d'Avellino, celle abbaye fut fondée dans les dernières années du xi· siècle, vers 1089, par saint Guillaume de VercelL Elle compte 7 paroisses, 27 prêtres et 9 009 habi­ tants. 3. Abbaye della Samlsüma Trinll.» della t.aνα del Tirent — Cette abba>c, fondée pris de àafcrne, dans l'ancien royaume de Naples, à la Dn du x* siècle, par saint Alphério de SaJeme, appartint, d'abord, à l’ordre de Cluny, pendant quatre cents ans. Elle fut, alors, érigée en diocèse, puis rendue aux béné­ dictins, a la fin du xv· siècle. Elle cothplo 15 paroisses, 55 prêtres et 35 000 habitants. 4. Prélature d*Altamura et d’Acqunvivsi delle Fon­ ti dans la province de Bari, ancien royaume de Naples. — La prélature d'Altamura a été déclarée exempte, en 1248, par le pape hmoci nt t\’; celle d’AcquavIva, en Campanie, fut unie à la précédente, le 17 août 1848, par Pic IX. 14» première compte 4 paroisses cl 19 300 habitante; la seconde n’a qu’une paroisse et 8 570 habitants. 11 y a, en tout, 80 prêtres. Le titulaire est revêtu du caractère épiscopal. il. aicJ/Jf. — 1® Rrleoanl imnMiatemtnt du Saint· Siège. — L Archevêché : Calane, siège 1res ancien, érigé en archevêché en 1168, a 376 000 catholi­ ques, 43 paroisses, 374 prêtres séculiers, 112 prêtres réguliers, 160 religieuses, 133 églises ou chapelles. 2. Évêché : Acl-Reale, érigé le 27 juin 1844, par Grégoire XVI, a 163 000 catholiques, il pan>ixses, 375 prêtres séculiers, 70 prêtres réguliers, 225 reli­ gieuses, 305 églises ou chapelles. 2. Provinces ecclésiastiques.— 1. Province ecclésias­ tique de Messine. — Messine, métropole, fondé au v· siècle, érigé en archevêché ru xn·, a 286 780 catho­ liques, 139 paroisses, 300 prêtres séculiers, 540 églises ou chapelles. Suilragants : a) Lipari, fondé au m· siècle, par saint Agathun, n 25 000 catholiques. 16 paroisses, 40 prêtres séculiers, 16 religieuses, 50 églises ou cha­ pelles. — b) Nicosia, érigé le 17 murs 1816,par Pie Vil, a 120 000 catholiques, 23 paroisses, 180 prêtre sécuI liera, 26 prêtres réguliers. 100 religieuses. 150 églises ou chapelles. — c) Pattl, fondé au xi· siècle· a 186 650 catholiques, 49 paroisses* 321 prêtres sécu­ liers, 43 prêtres réguliers, 5(1 religieuses, 520 cglises ou chapelles. 2. Province ecclésiastique de Moiireole — Monrcnle, métropole, fondé en 1176, par Alexandre III; érigé peu après en archevêché, a 195 439 catholiques, 30 paroisses, 352 prêtres séculiers, 66 prêtres réguliers, 94 religieuses, 218 églises ou chapelles. 135 ITALIE, DIVISIONS ECCLESIASTIQUES SulTnuants : a) Caltanissctta, érigé le 25 mal 1844, par Grégoire XVI, a 149 000 catholiques, 18 paroisses, 250 prêtres séculiers, 28 prêtres réguliers, 108 reli­ gieuses, 82 églises ou chapelles. — b) Girgenti, de fondation ancienne, a 415000 catholiques, 67paroisses, 485 prêtres séculiers, 50 prêtres réguliers, 115 reli­ gieuses, 369 églisesou chapelles. — c) Plazza-Armenna. Ce siège fut érigé, le 3 juillet 1817. 11 a 205 000 catholiques, 25 paroisses, 265 prêtres sécu­ liers, 10 prêtres réguliers, 100 religieuses, 180 églises ou chapelles. 3. Province ccclésiasllque de Païenne. — Païenne, métropole, fondé au n· siècle ( ? ), érigé en archevêché par Grégoire Vil, a 543 000 catholiques, 50 paroisses, 735 prêtres séculiers, 50 prêtres réguliers, 1 070 reli­ gieuses, 584 églises ou chapelles. Suflragants : a) Cefalù, fondé nu ix· siècle, n 139 234 catholiques, 22 paroisses, 301 prêtres sécu­ liers, 15 prêtres réguliers, 110 religieuses, 265 églises ou chapelles. — b) Mazzara del Vallo, fondé au xi· siècle, a 200 480 catholiques, 24 paroisses, 322 prê­ tres séculiers, 35 prêtres réguliers, 117 religieuses, 200 églises ou chapelles. — c) Trapani, érigé, le 31 mal 1844, par Grégoire XVI, a 70 600 catholiques, 13 paroisses, 105 prêtres séculiers, 60 religieuses, 105 églises ou chapelles. 4. Province ecclésiastique de Syracuse. — Syracuse, métropole, fondé peut-être dès le n· siècle, érigé en archevêché le 17 février 1844, par Grégoire XVI, a 280 000 catholiques, 31 paroisses, 123 prêtres séculiers, 14 prêtres réguliers, 354 religieuses, 145 égli­ ses ou chapelles. Suflragants : a) Caltngironc, érigé le 12 septem­ bre 1818, par Pie VII, a 115 960 catholiques, 25 paroisses, 199 prêtres séculiers, 48 prêtres réguliers, 43 religieuses, 112 églises ou chapelles. — b) No to, érigé le 15 mars 1844, par Grégoire XVI, a 199 434 catholiques, 20 paroisses, 277 prêtres séculiers, 74 prêtres réguliers, 200 religieuses, 102 églises ou chapelles. 3· Abbayes et prélatures nullius. — 1. Abbaye de Santa Luria del Mela. Située dans la province de Messine, cette abbaye avait à sa tête un abbé pourvu de tous les privilèges épiscopaux, quoiqu'elle n'appar­ tienne à aucun ordre religieux. Elle compte 7 paroisses, 76 prêtres et 13 350 habitants. Son administration a été confiée, depuis, â l’archevêque de Messine. 2. Abbaye du Saint-Sauveur de Messine. — C'est un archhnandritat de l’ordre de Saint-Basile, fondé au milieu du xi· siècle, par le roi de Sicile, Roger. Il étendait son autorité sur 10 communes; comprenant 20 paroisses, avec 23 300 habitants. Léon XIII, le 31 août 1883, l’a uni à l’archevêché de Messine. 1. bardaiQNE. — 1« Provinces ecclésiastiques. — I 1. Province ecclésiastique de Cagliari. — Cagliari, mé­ tropole, fondé au rv· siècle, a 199 850 habitants, 81 paroisses, 160 prêtres séculiers, 40 prêtres réguliers, 80 religieuses, 118 églises ou chapelles. Suflragants : a) Gallelli-Nuoro, fondé au v· siècle, a 66 220 habitants, 25 paroisses, 66 prêtres séculiers, 3 prêtres réguliers, 213 églises ou chapelles. — b) Iglesias, fondé au v· siècle, a 98 750 habitants, 24 paroisses, 41 prêtres séculiers, 39 églises ou cha­ pelles. — c) Ogliastro, fondé au xi· siècle, a 49 050 ha­ bitants, 29 paroisses, 46 prêtres séculiers, 53 églises ou chapelles. 2. Province ecclésiastique d’Oristano. — Orlstano, métropole, fondé au x· siècle, a 96 900 habitants, 71 paroisses, 153 prêtres séculiers, 16 prêtres réguliers, 37 religieuses, 152 églises ou chapelles. SuOrakant : Aies et Terralba. — Aies fut fondé en 687, et Terralba en 1144. Les deux sièges furent unis, en 1521. Ensemble Ils ont 59 600 habitants, 136 42 paroisses, 83 prêtres séculiers, 108 églises ou cha­ pelles. 3. Province ecclésiastique de Sassarl. — Sassarl, métropole, fondé au v· siècle, érigé en archevêché au xi·, a 132 000 habitants, 35 paroisses, 117 prêtres séculiers, 41 prêtres réguliers, 69 religieuses, 123 églises ou chapelles. Suflragants : a) Alghero, fondé le 8 décembre 1503, par Jules 11, qui unit, pour cela, les évêchés de Castro et d’Ottana. Le diocèse qui résulta de cette union, a 54 300 habitants, 26 paroisses, 80 prêtres séculiers, 120 églises ou chapelles. — b) Ampurias, ou Caslclsardo et Templo. Ampurias fut fondé en 1113 ; Tcinpio le fut en 304, par saint Simplicius; les deux sièges furent unis en 1506. Ensemble ils ont 41 080 habi­ tants, 26 paroisses, 62 prêtres séculiers, 107 églises ou chapelles. — c) Bisarchio, fondé au xn® siècle, a 32 210 habitants. L'évêque réside ù Üzicri. Le diocèse compte 24 paroisses, 87 prêtres séculiers, 116 églises ou chapelles. — d) Bosa, fondé au v· siècle, a 30 200 habitants, 20 paroisses, 55 prêtres séculiers, 104 églises ou chapelles. La Sardaigne, divisée en 3 provinces ecclésias­ tiques, a donc 11 sièges épiscopaux, tandis que la Corse, sa voisine, n’en a qu'un seul, celui d’Ajaccio. JZ. PATS NOUVELLEMENT ANNEXÉS A L'ITALIE, APRÈS La QUERRE DK 1914 191S. — 1· llelci'ant immé­ diatement du Saint-Siège. — 1. Bressan one, dans le Tyrol, dépendant auparavant de Salzbourg, fut fondé au iv· siècle par saint Cossian, fut suffragant d* Aquilée jusqu’en 798; a 479 426 catholiques, 397 paroisses, 892 prêtres séculiers, 630 prêtres réguliers. — 2. Trente, dépendant également auparavant de Salz­ bourg, fondé par saint Jovinus, vers le in· siècle, a 594 000 catholiques, 464 paroisses de langue Italienne, 165 paroisses de langue allemande, 950 prêtres sécu­ liers, 63 prêtres réguliers. 2· Province ecclésiastique de Gorilz. — Gorltz est archevêché depuis 1751; il a 275 748 catholiques, 110 paroisses, 293 prêtres séculiers, 64 prêtres régu­ liers, 378 églises ou chapelles. Suflragants. — a) Capo d’Istria, uni à Trieste, depuis 1828. — b) Parenzo et Pola, dans l’Istrie, précédem­ ment à l’Autriche. Parenzo fut fondé au vi· siècle, par saint Euphrasius; Pola le fut en 502. Ccs deux sièges furent unis par Léon XII, en 1828. Ensemble ils ont 142 600 catholiques, 72 paroisses, 149 prêtres sécu­ liers, 7 prêtres réguliers. — c) Trieste, dans la Carniole et l’Istrie, fut fondé en 524. Capo d’Istria lui fut uni en 1828. Ensemble ils ont 409 800 catholiques, 200 paroisses, 316 prêtres séculiers, 45 prêtres régu­ liers. xn. observations générales. — L'exposé pré­ cédent, touchant les divisions ecclésiastiques de l’Italie, suggère quelques observations d'ordre général, fécondes en considérations pratiques. 1° Avec une superficie qui n'est guère plus de la moitié de celle de la France et avec une population sensiblement Inférieure, l'Italie qui a 300 sièges épis­ copaux environ, en a près de quatre fols autant que la France, et de cinq à six fois plus, si l'on tient compte de l’étendue respective de la superficie des deux territoires. La France, en effet, n’a, en moyenne, qu’un évêque par département; l’Italie en a un, en moyenne, par sous-préfecture, et même plus encore, puisque scs préfectures et sous-préfcclurcs ne s’élèvent qu'au chiffre de 284. Par cette restriction du territoire soumis Λ leur juridiction cl par la diminution du chiffre de la popula­ tion dont Ils ont la charge, les évêques Italiens peuvent plus facilement connaître leur clergé et les fidèles, administrer régulièrement le sacrement de confirma­ tion à leurs ouailles, faire la visite fréquente de tout 137 ITALIE, SITUATION JURIDIQUE DE L’ÉGLISE leur diocèse, dans les délais prescrits par les saints canons. Mais, d'autre part, avec des diocèses aussi restreints, ils trouvent dilliclleinent les ressources qui leur seraient nécessaires, pour établir de grands et petits séminaires, ou d’autres œuvres d'intérêt général. Beaucoup même ne les trouvent pas du touL 2° Les statistiques précédentes nous montrent, en outre, avec quelle rapidité l'Italie a embrassé la catho­ licisme, dès les temps apostoliques. En effet, avant la fin du i*r siècle, il pouvait y avoir en Halle, un certain nombre de sièges épiscopaux, En tout cas il faut compter parmi les plus anciens: Rome, Arezzo, i Bénévent, Brescia, Capoue, Catane, Florence, Fiesolc, Foligno, Girgcnti, Lucqucs, Manfrrdonla, Milan, Naples, Noie, Ostie, Padoue Pavle, Pouzzolcs, Ravenne, Reggio di Emilia, Spolète,Tcrracine, Tivoli, Tolentino. Signalons aussi, parmi les villes secondaires, les sièges d'Avcllino, de Calvi, de Césène, de Chieti, de Nepl, de Sessa Arunca, etc. Viendraient ensuite ceux de Bcllune, Forll, Pa­ lermo, Pérouse, Syracuse, Terni, Vlccnce, plus ceux de Bisceglie, Fano, Lucera, Trani, etc. /Xu in· siècle, ceux d'Assise, Bologne, Camerino, Faenza, Fermo, Frascati, Gênes, Lipari, Lodi, Modène, Pesaro, Porto, Rimini, Sarsina, Sora, Venosa, Vérone. Vers le milieu dum· siècle, il pouvait y avoir en Italie une centaine de sièges épiscopaux. Au iv· siècle, ceux d'Albano, Bari, Bergame, Cagliari, Civitavecchia, Côme, Crémone, Ferrare, Novare, Parme, Pisc, Plaisance, Reggio di Calabria, Sienne, Teano, Trévlse, Turin, Verccii; plus ceux d'Acercnza, Aequi, Alba, Ascoli, Bosa, Marsico Nuovo, Tortona, Trivento, etc. Au v· siècle, nous trouvons 4G nouveaux sièges, parmi lesquels : Albenga, Anagni, Ancône, Aquino, Aoste, Asti, Cassano allTonlo, Castcllamare di Stabla, Chlusl, Clttà di Castello, Corneto Tarquinia, Cosenza, Fabiano, Geracc, Grossetto, Ivrée, Mars!, Massa Maritima, Messine, Nocera dei Pagani, Otrante, Pistole, Potenza, Prato, Salcrne, Sassari, Sabine, Sorrente, Sulmona, Vcllctri, etc. Aux siècles suivants, les sièges épiscopaux sc mul­ tiplient encore davantage. 3° Sous le rapport du chiffre de leur population respective, les diocèses d'Italie peuvent se classer, en diverses catégories bien distinctes. 1. Deux diocèses ont moins de 5 000 Aines. Cc sont les deux diocèses suburblcnlres d'Ostic et de Porto. Quelques autres diocèses,consldérés individuellement, devraient êtreplacésdanscette catégorie. Mais ils sont unis à d’autres diocèses, dans lesquels ils sont main­ tenant englobés. 2. Sept ont moins de 10 000 âmes; Us sont également unis à d'autres sièges. 3. Treize ont seulement do 10 000 A 20 000 Ames. Sur cc nombre, la moitié appartiennent aux anciens États de l'Églisc, cinq A l’ancien royaume de Naples, un A la Toscane et un A la Sicile. 4. Trente-six ont de 20 000 A 30 000 Ames, dont dix-neuf sc trouvent dans les anciens États de l'Églisc, treize dans l'ancien royaume de Naples, quatre en Toscane. 5. Trente-sept ont de 30 000 A 40 000 Ames, et vingt-trois de 40 000 A 50 000 Ames. 6. Quarante diocèses ont de 50 000 A 75 000 Ames. 7. Quarante et un ont de 75 000 A 100 000 Ames. De ceux-ci, six appartiennent aux anciens États de l'Églisc. fi. Trente-neuf ont de 100 000 A 150 000 Ames. 9. Vingt-quatre ont de 150 000 A 200 000 Ames. 10. Huit ont de 200 000 A 300 000 Ames : Bar!, Syracuse, Plaisance, Tortonc, Chieti, Mantouc, Mes­ sine, Verccll. 138 11. Sept ont de 300 000 A 400 000 Ames : Bénévent, Bergame, Catane, Côme, Crémone, Nos are, Vérone. 12. Quatre ont de 400 000 A 500 000 âmes : Gênes, Girgcnti, Trévisc, Vlcence. 13. Sept ont plus de 500 000 Ames : Florence, Naples, Padoue, Palcrmc, Rome, Turin, Udine. 14. L’n, enfin, a plus d'un million d'âmes : c'est Milan. III. Situation juridique de l'Éguse catho­ lique.— 1® Situation juridique du souverain pontife.— 1. Depuis l'occupation de Rome par le roi VictorEmmanuel, le 20 septembre 1870, et l’abolition vio­ lente du pouvoir temporel, le pape s'est trouvé dans une situation anormale. Pour donner une apparence de satisfaction aux puissances catholiques du monde entier, le gouvernement italien avait, d’abord, pro­ posé au pape de lui laisser la cité Léonine, qui, ceinte de murailles, forme comme une ville séparée, A l'extrémité sud-ouest de la ville éternelle. Par l'entremise du cardinal Antonelli, secrétaire d'État, Pic IX refusa cc cadeau dangereux. Il préféra rester dans le Vatican, dépouillé de tout pouvoir temporel 2. Pour proclamer, à la face du monde entier, que le pape, malgré scs plaintes, était libre, et non pri­ sonnier, le gouvernement italien fit donc proposer aux Chambres une loi, dite des garanties, qui parut dans la Gaizdta Officialese 15 mai 1871. Avant d'exa­ miner en détail cette loi, faisons remarquer qu'elle est un acte purement intérieur, et n’a nullement le caractère Internationa!. Si elle a été communiquée aux gouvernements étrangers, ce fut non pas pour leur demander leur approbation, mais pour prévenir leurs réclamations possibles sur Je s»rt fait au sou­ verain pontife. Mais Ijs léristes Italiens n'ont pas cessé d’affirmer que cette loi ne saurait être modifiée sous l'influence étrangère. Le successeur de saint Pierre n'en restait donc pas moins sub dominatione hostili constitutus. Voilà pour­ quoi, le jour même où la loi des garanties, ayant été votée par les Chambres, était Imprimée dans le Journal Officiel italien, Pie IX adressait à tous les évêques et A tous les fidèles du monde, une ency­ clique, dans laquelle il réitérait ses protestations jour l’occupation du domaine du Saint-Siège, et affirmait ne pas pouvoir accepter les Immunités ou garanties imaginées par le gouvernement plémontais. En ter­ minant, il exprimait le vœu que les princes d’ici-bas, mettant en commun leur influence, rendissent nu Saint-Siège ses droits imprescriptibles, injustement violés, et au vicaire de Jésus-Christ la liberté pleine et entière dont il a besoin pour exercer son ministère suprême, auprès de toutes les nations de l'univers. Ces protestations furent renouvelées dans son allo­ cution aux cardinaux, le 27 octobre 1871. Dix ans plus tard, son successeur sur la chaire de saint Pierre ne tenait pas un autre langage. 11 affirmait que la situation qui lui était faite par cette prétendue lof des garanties était intolérable et qu'elle entraînait asperam multisque de causis non ferendam condi­ tionem. Léon XIII, Allocutio ad S. R. E. Cardinales, 4 aug. 1881. Quarante ans plus tard. Ple X s'expri­ mait de même dans une lettre publique, au cardina Respighi, son vicaire, A propos du discours prononcé par le maire de Rome, le Juif Nathan, A la porte Pic, pour célébrer l'anniversaire de l'entrée des Plémontals dans la ville étemelle. Le même pontife, cinq ans plus tard, réitéra ccs protestations dans le Livre blanc, publié en 1905, par la typographie vat franc : La séparation de Γ Église et de l'Etat en France. Exposé et Documents, p. 107. 3. L'article premier de la loi des garanties proclame que la personne du souverain pontife est sacrée et Inviolable. Les attentats contre sa personne et la provocation A les commettre, seront punis des mêmes 139 ITALIE, SITUATION JURIDIQUE DE L’ÉGLISE peines que les attentate et les provocations contre la personne du roi. Quant aux oficnscs et injures publiques faites directement contre la personne du souverain pontife par des discours ou autres moyens, elles seront déférées Λ la cour d’assises. Mais comme l'article second de cette même loi déclare que les discussions sur les matières religieuses sont entièrement libres, il s'en suit que cette pré­ tendue Inviolabilité du souverain pontife est stric­ tement personnelle, et ne s'étend, en aucune façon, en dehors de sa personne. Son ministère, ni la dignité de sa charge n'y participent pas. La loi qui défen­ dait d'attaquer personnellement Ple IX et ses successeurs, permettait à tous les citoyens d’attaquer le pape et la papauté, puisque les discussions sur les matières religieuses étant absolument libres, les ennemis de l’Église peuvent, dans toute l'Italie et à Home même, sous les yeux du Saint-Père, écrire et dire tout ce que leur haine leur inspirera contre la primauté de Pierre, contre le souverain pontificat, et contre le pape lui-même, en tant que pape. 4. Bien des gens, sans être très au courant du véri­ table état des choses, ont beaucoup parlé de la pré­ tendue extra-territorialité ou de l’absolue propriété des palais apostoliques du Vatican et du La tram Cf. Jonssct, L’Jlalie, ln-4°, Paris, 1910, p. 313. Mais la loi des garanties ne parle nulle part de cette extra­ territorialité, ni d'une propriété absolue. Elle dit seu­ lement, lit. 1, a. 5, que le souverain pontife continuera • â jouir de ces palais avec tous les édifices, jardins et terrains, qui leur sont annexés ou en dépendent. » Les expressions dont la loi se sert ensuite, montrent clairement qu’elle considère ces palais et les terrains adjacents, non comme une enclave indépendante dans le royaume d’Italie, mais simplement comme une portion du territoire national, dont l'État n’a pas encore pris possession, et qu’il laisse, pour le moment, à la jouissance du pape. De plus, dans l'article 4, elle réserve expressément au gouvernement Italien de prendre, quand H le jugera à propos, l'admi­ nistration des musées du Vatican et de sa bibliothèque. Le gouvernement s’en proclame donc le propriétaire, qualité qu'il refuse au pape, en déclarant que ces palais et leur contenu sont inaliénables, et que tous actes de propriété les concernant, sont soumis aux lois du royaume. Voir, à ce propos, dans la Nuova Antoiogia du 1er mal 1912, un article significatif de Luigi Parpai’liolo, l monumenti vaticani e lo stalo ituliano. Voir aussi dans ht Civiltà cattolica, de l’année 1904, une série d'articles publiés ensuite en volume séparé et intitulé : Di chl è il Vaticano? Sua estratcrrioralità, 1.1, p 9 sq., 145, 295, 335; t n, p.257 sq., 513 sq. L'article 7 dit bien, 11 est vrai, que nul officier de l’autorité publique, ou agent de la force publique, ne peut, pour accomplir les actes de son emploi, s'introduire dans les palais ou lieu de résidence habi­ tuelle, ou de demeure temporaire, du souverain pon­ tife; mais il est à noter que cette exemption n’est pas perpétuelle, d’après la loi. SI le pape allait s’établir à la villa de Castel Gandolfo, laissée aussi à sa disjxj•Ition, les agents des autorités Italiennes pourraient entrer au Vatican, pour y exercer, alors, leurs fonc­ tions, comme ils peuvent le faire, à n’importe quel jour, dans la villa de Castel Gandolfo, où le pape n’a jamais voulu se rendre, depuis 1870, car ht loi spécifie bien que rentrée de ces palais ne leur est Interdite, que lorsque le pape y réside. C’est donc simplement par égard pour la personne du pape, que la loi défend ù •es agents de s’introduire dans les palais qu’il habite; n.aii elle n’en reconnaît nullement l’extra-territoriaJltA, D’ailleurs, la loi qui annexe Borne au territoire italien, n’a fait aucune exception. En fait, le Vatican 140 n'a pas été pris; mais il pourrait l'être, comme l'a été le palais du Quirinal : aucun texte de loi ne s'y oppose. 5. Dans ce palais du Vatican, dont lu propriété ne lui est pas officiellement reconnue, le pape se considère comme prisonnier. Pie IX n’en est jamais sorti, ni Léon XIII, ni Pic X, ni Benoit XV. Sans doute la loi des garanties permet au pape de sortir pour tous les actes de son ministère; mais, prati­ quement, les choses sont tout autres. Les scènes odieuses qui sc sont produites, lors du transfert des restes mortels de Pie IX, de la basilique do SaintPierre à la basilique de Saint-Laurenl-hors-les-Murs, dans la nuit du 11 au 12 juillet 1881, dix ans, cepen­ dant, après l'entrée des Italiens à Borne, montrent à quelles Injures aurait pu être exposé le souverain pontife, s'il avait traversé les rues de Borne, en pompe solennelle pour sc rendre à quelque cérémonie religieuse ou aveemoins d'apparat, simplement pour se promener, llnepcut exposer sa dignité suprême à être ainsi publi­ quement injuriée, outragée et vilipendée. Mais sup­ posons qu’il reçut les honneurs dus à son rang, et que le peuple fidèle, comme il le faisait autrefois, se jetât à genoux sur son passage, pour implorer et recevoir sa bénédiction et l’acclamer. Le gouvernement, par scs organes officieux, a fait savoir que les démonstra­ tions de ce genre ne seraient tolérables, qu'une fols ou deux; mais qu'il n’en serait pas de même, si elles se renouvelaient, e L'État ne pourrait permettre longtemps que son existence, à lui, et que le prestige du roi fussent étouffés publiquement dans la capitale du royaume, par des démonstrations populaires d'enthousiasme pour le pontife, qui, quelques années avant, en était l'unique souverain. Voilà, comment le pape n'est pas, en réalité, libre de sortir du Vatican, le gouvernement italien ne pouvant longtemps tolérer qu'il sortit, si ces sorties devaient tourner au détri­ ment du gouvernement italien lui-même, diminuer son prestige et mettre même en péril son existence. * Berthelet, Jl Papa futuro, in-12, Borne, 1895, p. 213. 6. La liberté de communication avec Je dehors, que laisse au souverain pontife Particle 9 de la loi des garanties, pour les fonctions de son ministère spirituel, est également Illusoire. La loi permet bien, Il est vrai, de faire afficher aux portes des basiliques ou églises de Rome, tous les actes de son ministère spirituel : encycliques, bulles, décrets, etc. Mais si un journal ou une revue voulait reproduire un de ces décrets, ou l’une de ces encycliques, et que cela déplût au gouvernement, celui-ci se reconnaît le droit de saisir ce journal ou cette revue et d'intenter un procès à leurs directeurs ou gérants responsables. Celte pré­ tendue liberté donnée au pape, pour lefl actes de son ministère spirituel, n’existe que pour l'affichage aux portes des basiliques, uniquement aux portes et non ailleurs. Elle est donc extrêmement limitée. 7. Nous ne parlons Ici que pour mémoire, de la dotation de la rente annuelle de trois millions, ou plus exactement de 3 225 000 lires, reconnue par l’article 4 de la loi des garanties. Elle est manifes­ tement Insuffisante pour le but que la loi lui Indique, c’est-à-dire : pourvoir à l’entretien du souverain pontife et aux divers besoins du Saint-Siège; à l'entre­ tien ordinaire et extraordinaire ainsi qu'à la garde des palais apostoliques et de leurs dépendances; aux traitements, jubilations, retraites et pensions des gardes attachés à la personne du souverain pontife; à ceux des attachés aux cours pontificales et aux dépenses éventuelles; comme aussi à l’entretien ordinaire et à la garde des musées et de la bibliothèque annexée, et aux allocations, traitements et pensions de ceux qui y sont employés. 1 Il y avait bien d’autres dépenses inscrites au budget pontifical, et dont la loi ne fait nulle mention. D'ail- 141 ITALIE, SITUATION JURIDIQUE DE L’ÉGLISE leurs, le trouvera In pontife n'a jamais voulu accepter cette dotation, parce qu'il ne pouvait y consentir, sans accepter, par là même, la loi des garanties. 8. Par un jugement rendu, le 9 septembre 1898, la Cour de cassation de Home reconnaît au Saint-Siège, en tant que tel, la personnalité morale et la capacité de recevoir des legs ou donations, comme tous les autres corps moraux du royaume, qu’ils soient ecclé­ siastiques ou Iniques. Mais clic lui applique la loi du 5 juillet 1850, statuant que les corps moraux ne peuvent accepter ces legs ou donations, qu’avec l’autorisation royale. Si donc le souverain pontife ne juge pas convenable à sa dignité de demander le placd royal, le legs ne peut lui être délivré. Ainsi, après avoir dépouillé le pape de tout son domaine temporel, le gouvernement italien, tout en recon­ naissant théoriquement au pape Je droit de posséder, met pratiquement une condition tellement pénible pour le pape, qu'elle empêche, en réalité, les fidèles du monde entier de laisser, s’ils le veulent, une partie de leurs biens au vicaire de Jésus-Christ. 9. La façon dont l’article 3 de la loi des garanties permet au souverain pontife de conserver · le nombre accoutumé de gardes attachés à sa personne et à la garde des palais », fait bien voir que, si le pape aug­ mentait ce nombre, le gouvernement Interviendrait. D'ailleurs, le gouvernement peut, de par la loi, res­ treindre ce nombre, puisque, selon clic, les gardes ne jouissent d'aucun privilège, mais restent soumis, s’ils sont sujets italiens, à toutes les lois en vigueur dans le royaume. 2° Situation juridique des cardinaux, — 1. L’article G de la loi des garanties établit que, pendant la vacance du siège pontifical, aucune autorité judiciaire ou politique, ne pourra, pour quelque cause que ce soit, mettre des obstacles ou des limites à la liberté per­ sonnelle des cardinaux. 2. D’après l'étiquette des cours souveraines, les cardinaux sont assimilés, pour le rang et les honneurs qui leur sont dus, aux princes de sang royal. Quoique ce privilège ne soit pas formellement Inscrit dans la loi des garanties, il est reconnu, en pratique, par les agents du gouvernement et les tribunaux. Quand les juges, par exemple, ont besoin, dans un procès, du témoignage d'un cardinal, ils ne le citent pas à leur barre, mais ils demandent à être admis dans son palais, pour recevoir sa déposition. Cf. Brandi, I Cardinali di S. Romana Chicsa net Diritto pubblico Italiano, in-8®, Home, 1905. Corte d'Appello di Roma, 10 agosto 1911. 3° Situation juridique des conclaves et des conciles oecuméniques. — Suivant l’article G de la loi des garanties, le gouvernement s'engage à pourvoir à ce que les séances des conclaves et des conciles œcumé­ niques ne soient troublées par aucune violence externe. L’article 7 spécifie, en outre, que nul officier de l’auto­ rité publique ou agent de la force publique, ne peut, pour accomplir les actes de son emploi, s'introduire dans les palais,ou lieux,où sc trouverait rassemblé un conclave ou un concile œcuménique, à moins d'y être autorisé par le conclave ou le concile. 4° Situation juridique des Congrégations romaines. — 1. L'article 8 de la loi des garanties déchire qu’il est Interdit à tous les agents gouvernementaux de pro­ céder à des visites, perquisitions, ou saisies do papiers, documents, livres ou registres, dans les bureaux des Congrégations pontificales, revêtues d’attributions purement spirituelles. Ces derniers mots restreignent sensiblement la liberté que la loi laisse et accorde aux Congrégations romaines. Sauf la Pénltencerle et la Congrégation des Indulgences et des Reliques, qui peuvent être consi­ dérées légalement comme purement spirituelles, toutes 142 les autres, en effet, ont à résoudre des questions qui souvent ont un côté matériel, puisque leurs sentences tranchent des litiges auxquels souvent des intérêts matériels sont annexés. Le Salnt-Oflice lui-même, en prononçant des peines contre les hérétiques, peut en arriver à priver un prêtre, non seulement de sa juri­ diction, mais aussi de son traitement, et même de son emploi. Or, l'article 17 de la lof déclare que la connaissance des effets juridiques des actes émanés I des autorités ecclésiastiques, appartient à la juri­ diction civile. SI ces actes, ajoute-t-elle, sont con­ I traires aux lois de l'État, à l'ordre public, ou blessent les droits des particuliers, ils seront annulés; et, si, aux yeux de l’État, ils constituent un délit, Ils seront sounds aux tribunaux, qui leur appliqueront les lois pénales. SI donc une Congrégation romaine, après avoir constaté l’indignité d’un prêtre, lui enlève son bénéfice, et si ce prêtre en appelle de cette sen­ tence à un tribunal civil, celui-ci pourrait se déclarer compétent, examiner la plainte, et casser, si bon lui semblait, la décision de la Sacrée Congrégation, du moins pour ses effets matériels. On volt les embarras ■ Inextricables qu’une telle loi peut créer à l'adminls1 t ration ecclésiastique et de quelles tracasseries vexa­ to 1res elle peut être la source. 2. Les hauts dignitaires du Vatican eux-mêmes ne sont pas à l'abri de cette Immixtion du pouvoir civil dans leurs attributions. Le prélat majordome de Sa • Sainteté, ayant renvoyé un employé inférieur, pour des motifs assurément fort jus·es. celui-ci recourut aux tribunaux Italiens, déposa devant eux une plainte contre Je majordome, et réclama une compensation pécuniaire pour 1« perte de son emploi dans le pala s apostolique. Nonobstant la loi des garantics.ou plutôt en vertu de cette loi même, le tribunal se déclara compétent. Il eut, cependant, la pudeur de ne pas condamner le prélat, et renvoya le plaignant sans lui donner gain de cause. Mais si les juges eussent été animés d’intentions hostiles, ils auraient certai­ nement été heureux de profiter de l'occasion qui se présentait à eux, de montrer que leur autorité pou­ vait atteindre même les personnes les plus rapprochées du saint-père. 5° Situation juridique de Γ Église, par rapport à la nomination des évêques et autres dignitaires ecclésias­ tiques. — 1. Là encore, nous trouvons une grande différence entre ce que la loi des garanties accorde en théorie, et ce qu elle permet en pratique. Par l’article 15 du titre n, le gouvernement renonce au droit de nomination ou de proposition, dans la collation des bénéfices majeurs, sauf pour ceux qu! sont de patronage royal, et dispense les évêques de prêter le serment au roi. Mais elle spécifie, d abord, que les bénéfices majeurs et mineurs ne pourront être confères qu'à des citoyens du royaume, excepté dans la ville de Rome, et les évêchés suburbicaires. En outre, quoique par l’article 16, soient théoriquement abolis V exequatur et le placd royal, pour la publication et l’exécution des actes de l’autorité ecclésiastique, l’obligation de exequatur et du placet royal est main­ tenue. pour les actes de cette même autorité, qui regardent la destination des biens ecclésiastiques et la provision des bénéfices majeurs et mineurs. Cette prescription sc retrouve dans l’article 1er du décret royal du 25 juin 1871, renforcé par l’article 5 du même décret ainsi conçu : < Ceux qui seront pourvus d’un bénéfice, n’en seront mis en jwsscssion que lorsque leur titre sera muni de 1’exequatur royal ou du placd royal. A partir de la date do la concession de l’erequatar ou du placd, celui qui est nommé à ce bénéfice, aura le droit d’en percevoir les fruits, revenus et autres avantages temporels. » Même prescription, dans le | règlement publié pour l'exécution du précédent décret 1 «3 ITALIE, SITUATION JURIDIQUE DE L’ÉGLISE X De ces dispositions fl suit que le pape nomme les éviques, comme il le veut, sans avoir à s’entendre a^ec le gouvernement royal; mais celui-ci se réserve .e droit d'accorder ou de refuser aux évêques nommés par le paj>c, et aux autres bénéficiers, l'entrée en Jouissance des biens appartenant â ht mense épis­ copale, aux chapitres, collégiales, cures, etc. 3. Plus d’une fois, cette législation a fourni l'occa­ sion Λ des conflits entre l'autorité religieuse et l’auto­ rité civile. Nous citerons seulement, ici, le cas récent et retentissant de Mgr Caron, qui, nommé à l'arche­ vêché de Gênes, par Pic X, le 29 avril 1912, sc vit, pendant près de trois ans, refuser Vexequatur, Il ne l'obtint, enfin, le 17 décembre 1914, qu’à la condition qu’il se démettrait aussitôt après, ce qu’il fit, par une lettre du 23 décembre 1914 à M. Orlando, ministre de grâce, de justice et des cultes. Dès le 8 janvier suivant, VOsseroalore romano annonçait que le pape Benoît XV avait remplacé Mgr Caron par Mgr Gavotti, transféré du siège épbcopal de Casale-Monfcrrato, au siège archiépiscopal de Gênes. 4. Ιλι nomination des curés par les évêques est également soumise aux formalités et à toutes les exigences fiscales du placet royal. 5. Pratiquement, après la nomination des titulaires aux sièges épiscopaux, le gouvernement laisse toujours s’écouler un temps considérable, avant d’accorder son placet, afin de percevoir les revenus de la mense épiscopale, pendant cette vacance imposée par lui. C'est la résurrection du prétendu droit de régale. Au ministère de grâce et de justice, il y a une section spéciale, appelée Économat des bénéfices vacants, qui administre ces bénéfices, et en perçoit les revenus, durant tout le temps de leur vacance. De plus, en vertu de la loi du 15 août 1867, tous les revenus ecclé­ siastiques sont frappes d’un impôt, ou retenue, de trente pour cent, en faveur de la couronne. 6° Situation juridique de l'Église, par rapport à Γadministration des biens ecclésiastiques, — 1. L'article 18 de la loi des garanties annonçait qu’il serait pourvu, par une loi ultérieure, à In réorganisation, à la conservation et â 1’administration de la propriété ecclésiastique, dans Je royaume. C’était le moyen de commencer la spoliation de l'Église, en attendant qu il fût possible d'achever cette œuvre de confis­ cation. Le gouvernement a vendu ces biens, ou s’en est emparé, en les convertissant en titres de rentes sur l’État, sans même épargner les biens de la Pro­ pagande. Il en paye annuellement les revenus, mais il peut suspendre ou cesser complètement ce paye­ ment, sans qu’aucune autorité puisse l’en empêcher, et supprimer, en même temps, tous ccs titres de rente, ce qui serait l’achèvement de cette inique spoliation. En outre de cette vente forcée de toutes ses propriétés cl de la conversion de leur prix en rente* sur l’État, la S. C. de la Propagande ne peut plus recevoir aucun legs ou don, sans l’autorisation du gouvernement italien, qui sc réserve d’examiner chaque cas, en particulier, et d’accorder, ou de refuser l’autorisation. Quand celle-ci est accordée, l’argent doit être versé dans les caisses du gouvernement, et échangé contre des litres de rente, sur l’État, qui subissent toutes les fluctuations des valeurs italiennes, et peuvent être totalement perdues, soft par une révolution, soit par une confiscation des plus faciles, puisque le gouvernement ici détient. Un autre dommage subi, de ce chef, par la Propa­ gande, c’est qu’elle ne peut plus, en aucune manière, disposer du capital, ainsi immobilisé. Si dans quelque circonstance extraordinaire, par exemple, pour la fondation de missions importantes, ou pour le main­ tien de quelques-unes qui péricliteraient, elle a besoin de disposer de quelque grosse somme, cela lui est 144 Impossible, à moins que le gouvernement consente à la liquidation d’un certain nombre de titres de rente. Elle est obligée de solliciter, comme une grâce, ce qui lui appartient, de droit st rict, et,même en demandant, elle n’est pas sûre d’obtenir ce qui depend du bon vouloir d’un gouvernement, dont les membres ont manifesté, plus d'une fois, des intentions hostiles au maintien de la propriété ecclésiastique. Cf. La Propaganda e ta conversione dei suoi béni immobili per opera del governo italiano, Proteste contro la sentenza della Corte di Cassazionedi Roma, 2 in-4 °, Rome, 1884. Contre cette spoliation sacrilège, le cardinal Guibert, archevêque de Paris, dans une magnifique lettre adressée ù son clergé, le 25 mal 1884, protesta avec éloquence. Les évêques du monde entier unirent leur voix à la sienne pour flétrir cette iniquité. Voir aussi, pour cette question et autres similaires, le PoUellino dette Opere pie e dei communi, fn-8°, Rome, 1892, et années suivantes. 2. Apres cette incamerazione, le revenu des menses épiscopales, composés par les rentes des titres de La dette publique, et divers produits tels que dîmes, pensions, redevances, locations d'immeubles, monte à 5 246 200 lires. C’est la somme globale pour tous les évêchés d’Italie. Il s’en faut, cependant, que chaque évêché reçoive une part égale, comme il en était en France, après le Concordat et avant la loi de sépa­ ration de l'Église et de l’État. Nous citerons, tel, quelques cas, pour fixer les idées. a) Les plus riches évêchés sont en Sicile. On y trouve, en effet, en tète de ligne, Girgenti qui a 157 596 lires de revenu; Ccfaliù, 139 284; Mazzara dei Vallo, 119 600; Palermo, 95 957; Calane, 85 618; Messine, 66 410; Monrevle, 54 000; Syracuse, 33 098. b) Les mieux partagés ensuite, sous co rapport, sont ceux de la haute Italie : Ravcnne, 93 378 ; Milan, 83 977; Crémone, 62 020; Vercell, 61 340; Vicence, 40 615; Vigevano, 38 658; Ferrarc, 37 861; Mantoue, 30 390; Bologne, 29 964; Vérone, 29 754; Plaisance, 25 717; T révise, 20 715; Gênes a seulement 20 494; et Parme, 19 860, presque autant que Gênes. c) Dans l’Italie méridionale, Capouc, 77 840; Naples, 63 920; Bari, 27 792; Salernc, 27 537; Sor­ rento, 24 851; Caserte, 23 740; Bénévent, 23 378; Lecce, 18 940; Trani-Barletta, 19 906; Brindisi, 17 456; Tricarico, 17 218; Catanzaro, 15 553; Amalfi, 13 210; Trivento, 10 310; Caiazzo, 7 081; ValvaSuhnona seulement 3 326. d) Dans 1'Italic centrale, Pise a 105 190; Florence, 49 920; Arezzo, 40 642; Ascoli-Piceno, 25 900; Sienne, 24 800; Livourne, 20 726; Ancône, 17 278; Flcsole, 17 036; Rimini, 14 495; Pérouse, 13 637; Spolètc, 12 000; Lorette-Rccanatl, 10 560; Amelia, 6 896; Veroli, 6 784; Assise, 6 235. e) Enfin dans la Sardaigne, Oristano a 23 026; Cagliari, 16 475; Sassari, 15 632; Alghcro, 11 470; Bisarchio-Ozieri, 10 876; Ogliastro, 10 720; GaltclllNuoro, 10 507; Bosa, 9 150; Alcs-Tcrralba, 7 750. H faut remarquer, toutefois, que plusieurs de ccs gros revenus que nous avons Indiqués comme appro­ chant de 100 000 lires ou les dépassant même, sont grevés de charges considérables : entretien des sémlnaires,réparations à la cathédrale,sccours aux chanoines et aux curés, aux prêtres auxiliaires, etc. Cf. Tami, I directeur du Pondo per il culto, administration qui est chargée, sous le contrôle du ministre de Injustice, de tout ce qui concerne la gestion des biens ecclésias­ tiques, supprimés, liquidés et convertis en titres de rentes sur l’État, tneamerati, suivant l’expression italienne : Attività e passività delle parrocchie del Regno d'Kalia, e assegno di congrua a carico del Fonda per il Culto, 3 grands in-4% Rome, 1897; Relazione del I Direttore generale del Fonda per il culto, in-4°, Rome 145 ITALIE, SITUATION JURIDIQUE DE L’ÉGLISE 146 publication périodique, commencée en 1896, et con- I 9® Ix)is concernant renseignement du catéchisme dans tlnuéc depuis; G. Snlvloli, Le Decime di Sicilia, e I les écoles. — 1. Bien des fols aussi, sous le fallacieux specialmente di Girgenti, in-8°, Palermo, 1901. Cette prétexte d'assurer la liberté de conscience, les sec­ question des dîmes de Sicile fut très agitée, Il y a une ( taires ont essayé de proscrire l'enseignement du caté­ vingtaine d’années, et la chose en valait la peine, car chisme des écoles publiques d'une nation qui, dans la matière est d’importance. loli. > 11 a donc fallu y suppléer, 5. Le 6 février 1908, parut le règlement du ministre par un enseignement donné hors des écoles. L’instruc­ Raya, sur l'instruction primaire, n. 150. D'après tion religieuse fut également bannie des écoles nor­ l'article 3 de ce règlement, il était concédé aux pères | males, par la loi du 12 juillet 1896. Voir, sur ces diverses de famille la faculté de faire donner, à leurs frais, l’édu- I questions, l'excellent travail de l'avocat Carlo San­ cation religieuse à leurs enfants, dans les écoles com­ tucci, L’insegnamenlo religioso nello slato presente della munales du royaume, quand la majorité du conseil legislazione scolastica, ίη-8°, Milan, 1911. municipal aurait cru pouvoir la supprimer, et, dans 10° Immunité des clercs. — Les ecclésiastiques ne ce cas, la municipalité étaitobligée de mettre les locaux sont pas exemptés du service militaire par la loi; scolaires à leur disposition. mais, quand les prêtres sont appelés sous les drapeaux, comme réservistes, les autorités militaires leur Malgré les nombreuses demandes qui lui furent adressées, par les pères de famille, et notifiées même donnent généralement, sans difficulté, toutes les par huissier, le maire de Rome, qui était, le juif Nathan, permissions nécessaires, pour accomplir leurs devoirs eut recours à tous les subterfuges pour n'en tenir religieux. Durant la dernière guerre, on a exempté aucun compte. Des dilHcullés de ce genre se produi­ tous ceux qui exerçaient les fonctions de curés ou sirent à Milan de la part de la municipalité socialiste. de vicaires. 11° Manifestations extérieures du culte, en dehors Les 8 et 9 janvier 1912, se réunissait, à Rome, le congrès des membres du conseil central de Γ Unione de Venceinte des églises. — D'après les articles 7, 8 et 9 Ira le donne catloliche d'llalia, qui, avec l'adhésion de la loi du 30 juin 1889, n. 6144, sur la sûreté unanime de plus de 30 000 mères catholiques, pro­ publique, nulle cérémonie religieuse, procession ou testait de nouveau, contre la série de décrets et cir­ actes de culte, sauf le transport du saint viatique et culaires ministérielles, ou autres qui, toujours au les funérailles, ne peut être faite, en dehors des lieux nom de la liberté, n'avaient d’autre but que de léser destinés au culte, sans que le directeur responsable les droits des familles catholiques. En même temps, en ait donné le préavis, au moins trois jours à l’avance, un appel était fait au ministre par le congrès, afin à l’autorité locale de la police. La contravention est que fût, enfin, réglée cette question de renseignement punie d’une amende qui peut s'élever jusqu'à 100 fr. religieux, conformément aux droits de la conscience. 12° Situation juridique des religieux. — 1. La loi Mais, a ce moment, le ministre de l'instruction du 7 juillet 1866 avait décrété la liquidation des publique était M. Crcdaro, coopérateur avéré des communautés religieuses. De nombreux couvents loges. Que pouvoit-on espérer? Les catholiques avaient ■ ont été, alors, confisques, vendus ou déclarés pro­ pour eux le droit et la loi elle-même; mais l'omnipo­ priétés nationales. 11 en a été de même, à Rome, après tence maçonnique n'en prétendait pas moins violer Γ annexion au royaume d'Italie, en 1870. Le gou­ ce droit, et rendre la loi illusoire, à force de décrets vernement s'empara des maisons géncralices des et de circulaires administratives. grands ordres, pour y établir des ministères et les Le 21 juin 1911, le Conseil d’État avait confirmé, bureaux de scs principales administrations. En outre, de nouveau, la sentence du 17 mal 1878, statuant par la loi du 19 janvier 1873, il supprima un grand que la loi Coppino de 1877 n'avait nullement entendu nombre d'autres maisons religieuses d'hommes et de supprimer l'enseignement religieux dans les écoles femmes. H s’engagea, cependant, à payer une pension élémentaires. Se rendant au désir exprimé par la très annuelle de 600 francs aux prêtres et sœur s de chœur, grande majorité des habitants, le conseil municipal ayant fait partie de ces communautés qui ik>su'datent de Padoue, le 13 septembre 1912, vota la reprise de des biens, et une pension annuelle de 300 francs aux renseignement religieux dans les écoles communales , frères lais et aux sœurs converses des mêmes com- 149 ITALIE, HAUT ENSEIGNEMENT ECCLÉSIASTIQUE munnutés. Le* religieux et religieuses des ordres men­ diants n’avuieiil droit qu'à une pension Inférieure, laquelle, néanmoins, pouvait s'élever ft 400 francs pour les prêtres et sœurs de chœur, et ά 300 francs pour les frères lais et sœurs converses, dans le cas où Ils pourraient démontrer que l'âge ou les infirmités, au moment de l'exécution de la loi, les mettaient dans l'impossibilité de trouver autrement des moyens d'existence. Les religieuses ainsi pensionnées furent au nombre de 1 0G9, dont 719 sœurs de chœur et 350 sœurs con­ verses. Le total des pensions ft leur payer, ft cette époque, montait ft la somme annuelle de 536 982 francs, somme qui se réduisit assez vite par suite des décès. Cf. Monografta della Città dl Roma, 4 ln-4®, Rome, 1877, ouvrage publié par le soin du gouvernement et envoyé ft l'exposition de Paris de 1878. 2. Depuis, il e'est produit une sorte d'accalmie. Ces lois spoliatrices existent toujours, en théorie; mais, en pratique, on a semblé les oublier. Les ordres religieux ont racheté beaucoup do leurs couvents ou en ont acquis de nouveaux, en se mettant sous la sauvegarde du droit commun. Si la loi, en effet, leur refuse la per­ sonnalité civile, ou juridique, elle reconnaît à ceux qui en font partie tous les droits du citoyen, dont le pre­ mier est celui de s'associer librement, et même de vivre en commun, suivant des règles librement cholsies.Telle fut la doctrine proclamée, dans une décision célèbre, par la Cour de cassation de Rome, le 25 avril 1892, Foro Italiano, 1892, t. i, p. 1107; par la Cour de cas­ sation de Turin, le 21 avril 1894, Rioista dl Dintto ecclesiastico, 1895, p. 733; par la Cour d’appel de Rome, le 26 septembre 1912, Rioista di Diritlo eccle­ siastico, t. v, p. 4G8. La même doctrine était proclamée au Parlement italien, le 8 juin 1891, par le ministre de l'intérieur et par le président du conseil, Ath della Camera det Deputati, 8 giugno 1891, p. 3090, et le 19 mars 1909, par M. Orlando, alors ministre et garde des sceaux, A Hi della Camera dei Deputati, 19 marco 1909, Cependant, l’année suivante, la Cour de cassation de Rome soutint la thèse contraire, le 20 mars 1910. Foro Italiano, 1910, p. 806. Qu’en sera-t-il ft l'avenir, de cet état de choses? S’améliorerat-il, ou deviendra-t-il pire? On ne pourrait Je dire avec certitude, aujourd’hui. IV. Établissements de haute culture ecclé­ siastique ET SÉMINAIRES. ---- /. DANS LA VILLA DB ROME. — 1° Lc séminaire romain. — 11 fut inauguré en 1565, en exécution des décrets du concile de Trente. Jusqu’en ces dernières années, il était établi dans un vaste local, situé sur la place de Saint-Apollinaire. Constitué sous la dépendance immédiate du cardinal vicaire de Sa Sainteté, 11 avait un programme d’études étendu et varié : d'abord, ce qu’on appelle, en Italie, les classes gymnasiales cl lycéales, qui correspondent ft nos cours secondaires de France, jusqu'à la rhéto­ rique inclusivement et comprennent l’étude des langues italienne, latine, grecque, française, l’histoire et la géographie, les mathématiques et les sciences physiques et naturelles, le dessin, etc.; puis, les cou ιέ de philosophie et de théologie, d'éloquence sacrée, d’archéologie chrétienne, d’apologie scientifique, de droit canon et de droit civil romain. I-a faculté de droit, très développée, avait des professeurs pour expliquer le texte des Pandectes, et enseigner la phi­ losophie du droit, l’histoire du droit, le droit pénal, la législation comparée, etc. On y prépare aux grades académiques, non seulement en philosophie et en théologie, mais en l’un et l’autre droit. A ces diverses facultés était uni un collège philologique oriental, avec des classes diverses pour l’enseignement de l'hébreu, do l’arabe, du syriaque, du copte, du per San, du slave et de l'éthiopien. 150 Pie X, par la constitution In prvetpuls, du 29 juin 1913, divisa le séminaire romain en grand et petit séminaire. Celui-ci a été transféré au sémi­ naire du Vatican, piazza della Sa grestia, 23, et s'appelle maintenant le Pontificio seminario Romano Minore al Vaticano. Le grand séminaire, ou Pontificio semi­ nario Romano muggiore a été transporté dans un vaste local construit dans le voisinage immédiat de Saint-Jean de Latran. 11 reçoit les élèves de philoso­ phie, de théologie et de droit. Cf. Cennt storlel del pontificio seminario romano, ln-8% Rome, 1914. 2° Le collège romain, ou unioersité grégorienne. — 11 fut fondé, en 1550, par le pape Grégoire XIII, qui bâtit pour lui un magnifique local, et le confia aux jésuites. Ils y enseignèrent toutes les sciences et les arts libéraux, depuis les premiers éléments de la grammaire et des belles-lettres, jusqu’à la théologie. Les élèves, après y avoir fait 1« basses classes, y restaient pour les études supérieures. La professèrent Bellarmin, Toiet, De Lugo, Pallavicmi, Suarez, Var­ quez, Cornélius a Lapide, etc. A l’époque de l’annexion de Rome au royaume d'Italie, en 1870, il comptait 711 élèves, dont 343 en philosophie, et 368 en théologie. Il dut alors quitter son ancien local, et le nombre des eleves qui était des­ cendu à 146, en 1871, n'était arrivé encore qu'à 288, en 1876, époque où lui furent accordées par le pape les chaires de droit canon qu’il n'avait point jusque-la. Cependant, les élèves n’atteignirent le chiffre de 700 qu'en 1888; mais, huit ans apres, en 1896, leur nombre était de 1029, se répartissant ainsi : 314 pour la philosophie, 651 pour la théologie et 64 pour le droit canonique. Aux cours de philosophie sont annexées des chaires de hautes mathématiques, jusqu’au calcul infinitésimal Inclusivement et des chaires de sciences naturelles et physiques, chimie, astronomie. 3° Le collège de Saint-Thomas d'Aquin ou An ge­ lico. — Il fut fondé en 1577 et confié aux dominicains. 11 était, d'abord, dans le couvent de la Minerve. Les professeurs tinrent toujours à honneur d expliquer et dccommcnler la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin. En 1909, il fut réorganisé sous le litre de Collège pontifical et international du docteur angélique, et installé dans un superbe local,construit tout exprès, au centre même de Rome, tout près du palais du Quirinal, via San Vitale, angle via Genova. Aux cours de philosophie, de théologie, de droit canonique et de droit romain, sont annexées des chaires d'Écrilure sainte, de patrologie, d'archeologie sacrée, dépigraphie, de paléographie et de diplomatique, d’apo­ logie scientifique, d'histoire de la philosophie antique cl moderne, d’histoire des dogmes, de sociologie, d’histoire des sources du droit, de biologie, de phy­ siologie, de physique, géologie, astronomie, art chré­ tien, hautes mathématiques, de grec, d'hébreu, de syriaque et d’arabe. On y confère également les grades académiques, jusqu’au doctorat Inclusivement, pour la philosophie, la théologie et le droit canon. 4° Le Collège de la Propagande. — 11 fut fondé le 1·Γ août 1627. On l’appelle aussi le collège Urbain, du nom de son fondateur, le pape Urbain VI 11, et 11 est installé dans le vaste palais que ce pape fit construire sur la place d’Espagne, pour les bureaux de la S. C. de la Propagande et de toutes les commissions qui en dépendent. Quoique ce collège soit spécialement pour l’instruction de ceux qui se destinent aux missions étrangères, d’autres élèves aussi sont admis à en suivre les cours. Ils peuvent s’y préparer ft l’obten­ tion des grades académiques, que le collège a aussi le privilège de conférer. 5® La Sapience. — Cette énumération des établis­ sements de haute culture ecclésiastique ne serait pas complète, si nous ne disions, ici, quelques mots de 151 ITALIE, HAUT ENSEIGNEMENT ECCLÉSIASTIQUE 152 l'antique et célèbre université de la Sapience, laïcisée biblique Importante est annexée à l’institut nias! par le gouvernement italien, peu après son entrée qu’un musée, formé de pièces recueillies généralement A Rome, en 1870. Pendant longtemps, clic fut une en Palestine, et de nature à éclairer les commentaires des plus illustres universités du monde. du texte sacré. Cf. Acta apostolicœ sedts, Rome, 1909, Dès le xm· siècle, le pape Honorius III rétablit 1.1, p. 4 1/-451; L. l*onck, J‘rimumquinquennium pon­ sur une très large base; elle fut développée encore par tificii Instituti biblici, Rome, 1914. Boniface VIH, le 6 juin 1303, et devint l’objet de la 7° L'institut oriental. — 11 a été fondé par constante sollicitude et de h généreuse muni licence Benoît XV, le 25 octobre 1917, et a ouvert ses cours, des souverains pontifes. le 2 décembre 1918. Son but est le développement de Léon X, au xvi· siècle, en fut comme le second fon­ l’étude des questions orientales. Son siège est dans dateur, par sa bulle Dum suavissimos, du 5 novem­ l’ancien Hospitium de convertendis, non loin du Vati­ bre 1513. C’était l’époque de la renaissance des lettres can, Piazza Scossa Cavalll, 05. Cet ancien palais, dû et des sciences, et il y appela les professeurs les plus é Sangallo, a été magnifiquement aménagé dans ce renommés. Sous ce rapport aucune autre université but, par la munificence deBcnoftXV. Un y enseigne: ne lui était comparable. En 1514, elle comptait déjà a) la théologie orthodoxe, embrassant les diverses 88 professeurs, ù savoir : 20 pour le droit civil, 11 pour doctrines des chrétiens d’Orient sur les choses divines, le droit canonique, 15 pour la médecine, 4 pour la avec des cours sur la patrologie orientale, sur la théo­ théologie; les 38 autres étaient pour la philosophie, logie historique et La patristique; b) le droit cano­ les mathématiques, les lettres et les sciences. nique de toutes les nations chrétiennes de l’Oricnt; La Sapience était donc une véritable université. On c) les multiples liturgies des orientaux; d) l’histoire n’y enseignait pas seulement la philosophie et la théo­ religieuse et profane de Byzance et de tout l’Oricnt logie, mais le droit, la médecine, les lettres et les avec des cours sur la géographie ethnographique, sur sciences exactes. C'était le plus Important établisse- · la constitution civile et politique des nations de ment d’instruction publique et supérieure de Rome et ! l’Oricnt; e) les littératures orientales : grecque, russe, des États pontificaux. Aussi l’appclait-on Archi- I paléo-slave, syriaque, arabe, copte, éthiopienne, géor­ lyceum, ou Archigymnasium, ou Universitas Sapientiæ, gienne. en Italien Archiginnasio délia Sapicnza,o\i Universilà Le cycle complet des études, qui dure deux ans, romana. Ce nom de Sapience ne lui vient pas seule­ est suivi par les prêtres du rite latin, appelés à exercer ment, comme quelques auteurs l’ont affirmé, d’un . le saint ministère en Orient. On y admet aussi les verset du psaume ex, sculpté sur une plaque de orthodoxes qui désirent une recherche plus profonde marbre, au-dessus de l’entrée principale : initium ; de la vérité, on lui a adjoint une bibliothèque abon­ sapienUsB timor Domini; ou de cet autre, sur la façade damment fournie de livres et de revues se rattachant de son église : Omnis sapientia a Domino; mais de ce aux matières enseignées. Cf. Acta apostollcœ sedls, que, dans scs murs, ou enseignait l’ensemble des * Rome, 1917, t. ix, p. 531-537. connaissances humaines, profanes et sacrées : en un 8° Académie des Nobles ecclésiastiques. — Fondée mot, la Sagesse. par Clément XI, en 1716, elle obtint, le 15 septem­ Cet établissement de tout premier ordre jeta le bre 1815, le droit de conférer les grades. Son siège est, plus vif éclat, durant plusieurs siècles. Son histoire Place de la Minerve, 74. C’est la pépinière officielle de très documentée et très intéressante a été écrite avec la diplomatie pontificale. Comme matière spéciale, on y enseigne la diplomatie ecclésiastique, le style diplo­ une grande érudition, par Philippe Renazzl, qui, durant près de quarante ans, y enseigna le droit cri­ matique, l’économie politique, le droit international, minel : Storla ddl'Universilà degli studl di Roma, les langues française, anglaise et allemande. Son his­ delta comunemcnte la Sapienza, 4 in-foL, Rome, 1803- toire, très intéressante, a été écrite par un de scs 1806. On y volt, en particulier que les nombreux élèves, Ferdinand Procacclnl de Montcscaglioso, Pon­ professeurs, tous docteurs, étalent choisis au concours. tificia Accademia de9 Nobili ecclesiastici· Memoria Ils n’obtenaient donc leur chaire que par une sorte sio rica, in-8°, Rome, 1889. d'agrégation. 9° Académies pontificales diverses. — 1. Académie En 1870, lors de l’annexion de Rome au royaume théologique, fondée par Clément X l, le 25 avril 1718, d'Italie, l'établissement de la Sapience devint l’Uni- ' et confirmée par Pic X, en 1913. Elle public, chaque venlté gouvernementale. année, un catalogue de thèses théologiques, scriptu­ 6· L'institut biblique. — Par le bref apostolique raires et historiques, soutenues par scs membres. Les Vinea electa, du 7 mal 1909, Vie X fonda cet établis­ séances, jusqu’en 1870, se tenaient à la Sapience; sement, que Léon XIII avait désiré, pour le perfec- | clics ont lieu, maintenant, dans l’ancien local du Bonnement des études et des recherches scrlptun 1res. I Séminaire romain, place de Saint-Apollinaire, 49. —> Le »iège du nouvel Institut, Inauguré le 5 novem­ 2. Académie romaine de Saint-Thomas d’Aquin, bre 1909, fut d’abord, au collège J^éonlen, via Pompeo fondée par Léon XIII, le 13 octobre 1879, confirmée Magno, 21, près de l'église de Saint-Joachim; mais, par Pie X, le 23 Janvier 1904, et amplifiée par en novembre 1911, Il fut transféré dans un local plus Benoit XV, le 31 décembre 1914. Scs séances ont lieu central et plus approprié pour son but spécial, Piazza ' au palais de la Chancellerie apostolique. — 3. Acadr lia Pilot la, 35. 11 est sous la dépendance immédiate démie de liturgie, fondée par Benoît XIV. Elle se du Saint-Siège, qui en nomme le président, et celui-ci réunit dans les locaux de l'Apollinaire. — 4. Académie doit lui en référer pour les choses Importantes. Les I des Nuovi Lincet; c’est l’anrlcnnc Académie des élèves proprement dits doivent être docteurs en sciences des États pontificaux. Elle possède une biblio­ théologie. et avoir fait intégralement leurs cours de thèque scientifique très bien fournie. Par son obsers philosophie scolastique. Des leçons suivies leur sont vatoirc du Vatican, clic contribue h la confection de données sur les langues orientales : hébreu, assyrien, la carte photographique du ciel. — 5. Académie aruméen, arabe, copte et sur le grec biblique. 11 faut d’archéologie, fondée par Benoît XIV. Scs séances suivre les cours, deux ans, pour se présenter à l’exa­ ont lieu au palais de la Chancellerie. — 6. Académie men de Ucen» e biblique; trois ans sont nécessaires des Arcades, fondée en 1690. — 7. École pontificale jour le doctorat. Outre les cours réguliers pour l’obten­ supérieure de chant grégorien et de musique sacrée. — 8. Nous ne faisons que nommer plusieurs autres Aca­ tion des grades. Il y n, pour les auditeurs libres, des démies, telles que l’Académle tlhérinc, fondée en 1813· conférences publiques sur la Palestine et tout ce qui l’Académie de religion catholique; l’Académle dé peut intéresser les études bibliques. Une bibliothèque 153 ITALIE, HAUT ENSEIGNEMENT ECCLÉSIASTIQUE Γ Immaculée Conception, fondée en 1854; la I b use Union des cccléshtsllqucs de saint Paul, apôtre; l’Académle des Virtuoses du Panthéon, fondée en 1542, pour le développement de l’art chrétien, etc. 10® Séminaires et collèges nationaux. — On en compte une trentaine, dont sept sont italiens. Parmi les autres, nommons le Séminaire pontifical français, érigé cano­ niquement par Pic IX, le 14 juillet 1859, par la bulle In sublimi. Le nombre global de leurs élèves dépasse le chiffre de 2 000. Ces ecclésiastiques venus de toutes les parties du monde, suivent les cours à l’une des quatre universités pontificales, dont nous avons parlé plus haut. 11° Le Séminaire pontifical Léonicn, fondé le 31 août 1901, par Léon XI II, via Pompeo Magno, 21, prés de l’église de Saint-Joachim. C’est une sorte d’école normale, pour 200 élèves. Son but est de tonner des professeurs, directeurs et supérieurs de séminaires. 11 a publié, de 1908 à 1912, une revue périodique, intitulée : Lconlanum, Periodico det Col­ legio Apostolieo Leoniano, in-8°, Home. //. EN DEH0H3 DE HOME. — 1° Universités. — Grande fut en Italie, l'influence des nombreuses universités créées dans le plupart des villes impor­ tantes, du xii· au xv· siècle. Non seulement elles contribuèrent efficacement au développement de la vie intellectuelle, mais leur action fut immense dans les mœurs, les habitudes, les coutumes, les lois et le gouvernement même de la société, tant au point de vue civil que religieux. La loi du 26 janvier 1873 ayant aboli les chaires de théologie et de droit cano­ nique dans toutes les universités du royaume, la liste des universités qui suit ne présente plus qu’un Intérêt historique, en ce qui concerne l’enseignement des sciences sacrées. 1. La plus fameuse et aussi la plus antique des uni­ versités d’Italie, est celle de Bologne, car elle fut fondée, comme celle de Paris, au commencement du xii· siècle. Déjà, dans le siècle précédent, d’habiles jurisconsultes y avaient enseigné le droit; mais elle jeta un vif éclat, surtout entre 1100 et 1120, pour le droit civil, et, un peu après aussi, pour le droit cano­ nique, principalement avec le célèbre Gralien, vers 1150, à tel point qu’elle devint le modèle sur lequel se formèrent toutes les autres universités, érigées ensuite en Italie, et même ailleurs. Attirés par la renommée des maîtres éminents, les élèves y accou­ rurent en foule, non seulement de l’Italie entière, mais des divers pays de l’Europe, surtout pour apprendre l’un et l’autre droit. Au commencement du xm· siècle, ces élèves, en majeure panic étrangers, étalent près de 10 000. Deni Ile, Die Universitàtm des Mittclalters, 5 ln-8·, Berlin, 1885, t. i, p. 180. Aux chaires de jurisprudence, enseignée avec toute l’ampleur désirable, s’unirent, peu à peu, d’autres facultés, entre autres celles de médecine et des arts libéraux, facultés qui. comme celles de théologie et de philosophie, acquirent rapidement aussi une grande célébrité. En 1380. le nombre des professeurs, sans compter ceux de théologie, s’élevait Λ 68, Λ savoir : 12 pour le droit canonique, 27 pour le droit civil, 14 pour ia médecine, 15 pour les autres matières : lettres, sciences et logique, comme le constatent les archives de la ville de Bologne, qui les rétribuait. Dcnlfle, op. cit.,t. i, p. 209. Quoique moins prospère, aujourd'hui, elle a encore cinq facultés et environ 500 étudiants. Gf. Annuario della r. Universilà d· gli studl in Bologna, publication j>ériodlquc commencée en 1877 et continuée depuis. 2. L’université de Padoue, née en 1222, à la suite de l’émigration, en cette ville, d’un certain nombre de professeurs et d'étudiants de Bologne, fut célèbre, dès son origine. En 1228, le chiffre des étudiants 154 s’élevait déjà à plusieurs milliers, et on en compta ensuite, jusqu’à 6 000, cl elle eut bientôt, elle aussi, une réputation mondiale. On lira avec intérêt les Statuti del cornune di Padova per gli studenti degli anni 1269-1276, dans Dcnlfle, Die Universilaten des Miltdallen, 1.1, p. 800-806. Cf. Atti e Memoric della r. Academia di Padova, in-8®, Padoue, 1885 sq.; An­ nuario della r. Université degli studi in Padova, in-8®, Padoue, 1877 sq. 3. L’université de Verceil, commencée en 1228, par l’émigration, en cette ville, d’un certain nombre de professeurs et d’étudiants de Padoue, que la munici­ palité de Verceil y attira, par la concession d’impor­ tants privilèges. Cette université ne jeta jamais un grand éclat, mais se maintint, jusqu'à la fin du xiv· siècle. 4. Reggio d'Émilla posséda, pendant plus d’un siècle, une florissante université, qui brilla surtout, dans la seconde moitié du xni· siècle. Dcnlfle, op. ciL, t. i, p. 294 sq. 5. Modène fut, à la même époque, l’émule de Reggio. Pilius, dans sa Summa trium librorum, la dit égale à celle de Bologne. Cod. Vatic., 2316. Sa décadence est duc, comme celle de Reggio, aux guerres perpé­ tuelles et sanglantes entre guelfes et gibelins, dont elle fut le théâtre et la victime. Gf. Annuario délia r. Uni­ versité degli studi in Modena, in-8·, Modène, 1877 sq. 6. L’université de Vicencc, est, probablement, comme celle de Padoue, une fille de l’université de Bologne. Dès la première moitié du xur siècle, elle jeta un très vif éclat, et cul de nombreux élèves de toutes les nations. 7. Pise avait, depuis le xn· siècle, une école de droit romain, à laquelle, vers la fln du xm· siècle, elle ajouta une école de médecine, et quelques années apres, leur adjoignit toutes les autres facultés. Par une bulle du 3 septembre 1343, le pape Clément VI érigea cet établissement en université, et lui conféra des pri­ vilèges semblables à ceux de runiversitê de Bologne. A partir de cette date, elle fut très prospère et, sauf quelques épreuves momentanées, elle a maintenu sa prospérité, jusqu’à notre époque. Elle compte actuel­ lement une soixantaine de chaires et 1 100 étudiants. Cf. Annuli della r. Scuola not male superiora di Pisa (Piloso fia e filologiaj9ln-S*> Pise, 1871 sq.; Annuario delta r. Universilà degli studi in Ptsa, in-8®, Pise, 1879 sq. 8. Ferrure, eut, dès la fln du xn· siècle, une école de droit, de médecine et d’arts libéraux; mais ne fut une véritable université qu’à la fln du xiv· siècle, en vertu d'une bulle du 4 mars 1392, concédée par Boniface IX, à la prière du marquis Albert d'Este. Apres diverses v icissitudes, elle acquit une grande prospérité, tandis que celles de Reggio et de Modène déclinaient, à cause des guerres et des dissensions intestines. En 1471, elle avait 51 professeurs. Actuellement elle n’a guère plus d’une centaine d'étudiants. 9. Arezzo avait déjà, au xm· siècle, une école de hautes études de droit civil, de droit canon, de méde­ cine et d’arts libéraux. Mais le titre d’université ne lui fut officiellement accordé que le 5 mai 1355. Dcnlfle, Die Universitàten des Mittclalters, 1.1, p. 427. Cet éta­ blissement, comme tel, n'exista que jusqu’à la Un du xv· siècle. 10. Sienne posséda une université, vers le milieu du xm· siècle. Des l’année 1252, en effet. Innocent IV écrivait Universitati magistrorum et ductorum Senis regentium ac ipsorum scolarium, pour leur accorder, suivant leur demande, pleine exemption a quibuslibet servitiis, tatlils collectis. Dcnlfle,op. cil ,t. i,p. 429-452. La ville inscrivit à son budget annuel des sommes consi­ dérables, pour avoir des doctores famosos in qualibrt facultate, quos scolarrs undique, tamquam sagitta signum 155 ITALIE, HALT ENSEIGNEMENT ECCLÉSIASTIQUE suu/n, qurrritent... Durant la première moitié du xv· siècle, les papes Grégoire XII, Martin V, Nico­ las V et Pie II qui était sicnnois, ne cessèrent de combler de privilèges l’université de Sienne, pour en augmenter constamment la prospérité. Elle compte, en ce moment, 60 professeurs et 230 étudiants. Cf. Annuario della r· Université deglt studi in Sienna, in-8®, Sienne, 1878 sq. 11. Naples eut son université, dès 1224. L’empereur Frédéric II, qui contribua puissamment ù sa fonda­ tion. ct la dota richement, non seulement y appela ses sujets du royaume des Dcux-Sicilcs, auxquels il défendit d’aller suivre les cours des universités étran­ gères, mais aussi les étudiants de tous les pays, les alléchant par les plus séduisantes promesses, des assu­ rances de protection ct des franchises très étendues, faisant même ressortir à leurs yeux la beauté du site, les charmes de la vie ct la courtoisie de ses habitants. Une des plus grandes gloires de cette université est d’avoir eu, pendant plusieurs années, comme élève, le jeune Thomas d’Aquin, qui, né en 1224, y vint à l’âge de seize ans, en 1240, y apprendre la logique. Il y resta trois ans environ, ct brilla déjà, au point d’éclipser ses maîtres eux-mêmes. Il y revint, en 1272, pour y enseigner la philosophie. La noblesse ct le roi assistaient à scs cours. Charles d’Anjou, poussé par une lettre pressante du pape Clément IV, fut comme le second fondateur de cette université, qui, depuis, ne cessa plus de prospérer. De nos jours encore, elle est parmi les plus renommées de l’Italie. Elle com­ prend cinq facultés, avec une centaine de chaires; en 1915, le chiffre des étudiants montait ù 5 166, parmi lesquels il y avait 606 jeunes filles. Cf. Annuario delta r. Université degli studi in Napoli, in-8®, Naples, publication périodique commencée en 1877, ct con­ tinuée depuis. 12. Trévise sc donna, en 1260, une école de hautes ' études pour le droit, la médecine ct la physique; mais | ce ne fut qu’en 1314, que, pour la transformer en université, elle commença à attirer à elle, par l’appât de riches émoluments, doclores egregios, famosos el sapientes, et, par la promesse de nombreux privilèges, des étudiants de tous pays. Dcnifie, Die Universitûten, 1.1, p. 46-1 sq. Cette université n’eut, cependant, qu’une durée éphémère. Trévise, en effet, tomba au pouvoir de Venise, qui décréta, que, dans les États soumis à sa juridiction, outre l’université de Padoue, qui était la principale, il n’y en aurait pas d’autre que celle de Vlcence. 13. Pérouse, au xm· siècle déjà, possédait une école florissante de droit romain, de médecine ct d’arts libéraux. Par une bulle du 8 septembre 1308, Clé­ ment V l’érigea en une université, qui, à partir de ce moment, fut l'une des plus importantes d’Italie. Elle s'efforça d’enlever Λ celles de Bologne ct de Padoue leurs meilleurs professeurs. Denifie, op. cil.. 1.i, p. 534551. Les papes et les empereurs l'enrichirent, ù l’envie, de privilèges. Cf. Annali drlla Université Ubera di Perugio, in-8®, Pérouse, 1886 sq. : Annuario della Ubera Université degit sludi in Perugia, in-8®, Pérouse, publication périodique, commencée en 1879, ct con­ tinuée depuis. 14. Florence aussi avait, depuis longtemps, des écoles de hautes études, où enseignaient des profes­ seurs distingués. Cependant, ce n est qu’en 1321, que i*y montrent les commencements d’une véritable université. La bulle officielle de fondation ne fut donnée même que vingt-huit ans plus tard, par le pape Clément VI. le 31 mal 1349. Quinze ans plus tard. Charles IV lui concéda les privilèges impériaux, le 2 lanvier 1364. Le droit romain y fut enseigné par le célèbre Baldo, en 1359 et 1362. ct la ville de Flo­ rence l'inipoia les plus grandes dépenses pour attirer 156 dans scs murs les plus illustres professeurs ct des mul­ titudes d’élèves. 11 est très intéressant de lire les Statuti de II U nivrrsité e studio florentino, promulgués, au mois de février 1388, ct qui, dans ces dernières années, ont été publiés par Λ. Gherardi, in-8®, Flo­ rence, 1881. Λ La fin du xv· siècle, sur les conseils de Laurent de Médicis, qui trouvait Florence peu apte aux études profondes, la Seigneurie de celte ville réunit son université à celle de Pise, ct ne laissa, à Florence, qu’une école de moindre importance, quoi­ qu’on l’appelle encore VJsiituto di studi superiori, située actuellement près de la rue de l’ancienne Sapienza. Cf. Annali della r. Université loscana, in-8®, Pise, 1850 sq. Voir, plus haut, le n® 7. 15. Plaisance vit, le 6 février 1248, son antique école érigée en université par le pape Innocent IV. Après de nombreuses vicissitudes, cette université brilla d’un grand éclat, à la fin du xxv· siècle. Elle avait alors plus de 70 professeurs. Cependant, vers le milieu du xv· siècle, elle commença ù être éclipsée par le voisinage de l’université de Pavie, et perdit même son titre d’université, le duc Philippe-Marie Visconti, ayant défendu sous des peines très sévères à ses sujets, de faire des études supérieures autre part qu’à Pavie. Denifie, op. cil., 1.1, p. 566 sq. 16. Pavie eut une prospérité plus durable. Capitale de l’ancien royaume de Lombardie, elle fut, dès 825, constituée par l’empereur Lothaire Ier, centre d’études pour tout le royaume· Là, devaient se rendre les étudiants de Milan, Cômc, Brescia, Lodi, Bergame, Novare, Verceil, Asti, Tortone, ct même ceux de Gênes. Cette école, célèbre depuis plusieurs siècles, ne fut, cependant, érigée en université qu’en 1361, ct le pape Boniface IX la confirma dans ce titre, par sa bulle du 16 novembre 1389. Après quelques inter­ ruptions, dues aux guerres souvent renaissantes, cette université connut de longues périodes de prospérité, durant lesquelles elle eut, pour illustrer scs chaires, quamplures famosissimos doctorcs, très grassement rétribués. Les élèves, très nombreux, étaient non seu­ lement italiens, mais aussi étrangers, surtout alle­ mands, qui, malgré les universités de leur pays, pré­ féraient venir étudier le droit romain en Italie. Cf. Annuario della r. Université degli studi in Pavia, ln-8®, Pavie, publication commencée en 1877 ct con­ tinuée depuis. 17. Turin eut son université fondée par le comte Louis de Savoie, qui obtint, dans ce but, le 27 octo­ bre 1404, une bulle du pape d’Avignon Benoît XIII. Ce diplôme étant d'une valeur plus que douteuse fut remplacé, neuf ans plus tard, par une bulle de Jean XXIII, du l*r août 1413. Actuellement l’uni­ versité de Turin est fréquentée par 2 500 étudiants environ. Cf. Alti della regia Accademla di Torino, ln-8°, Turin, 1865 sq.; Annuario della r. Universilà deglt studi in Torino, n-8®, Turin, 1876-1914. 18. L’université de Gênes est de fondation beau­ coup plus récente, puisqu'elle, n’a été érigée qu'en 1812. Voir Alti della r. Université di Genova, ln-8®, Gênes, publication périodique, commencée en 1869, et qui a duré jusqu'en 1904. Voir aussi Annuario della r. Uni­ versité degli studi in Genova, in-8®, Gênes, commencé en 1877 ct continué depuis. 19. Nous ne saurions terminer cette nomenclature, sans dire un mot de la célèbre école de Saleme. Ce ne fut pas, à proprement parler, une université, quoi­ qu’elle ait eu, pendant quelque temps, des chaires de philosophie et de théologie; mais surtout une école de médecine. Scs origines sont très obscures, mais remontent certainement très haut. Très prospère ct très renommée déjà dès le xi· siècle, elle fut pen­ dant longtemps, une dos plus illustres, non seulement d'Italic, mala de l'Europe entière. 157 ITALIE, SÉMINAIRES 158 Voir Acla apostoliae sedls, 1921, l. χπι,ρ 321-222. On 20. Pour être complet, signalons quelques autres remarquera que celte Université catholique ne com­ établissements d'instruction supérieure, qui furent aussi appelés universités, unis que l’ampleur de leur , porte pas, elle non plus, l'enseignement de la théo­ logie, enseignement justifiât ce nom. — a) Dans les Etats de l’Églisc : l'université de Macerata, érigée pro­ 2° Séminaires. — 1. Observations générales. — SI bablement au xm· siècle ct qui possède, maintenant · la capitale du monde chrétien est merveilleusement encore, une faculté de droit, fréquentée par 230 étu­ dotée, sous le rapport des établissements destinés à diants, cf. Annuario delta r. Université degli studi in , la formation du cierge, il n'en est malheureusement Maceratu, in-8°, 1878 sq.; — celle de Fermo, fondée i pas ainsi, à beaucoup près, dans un grand nombre par Boniface IX, par une bulle du 16 janvier 1398, de diocèses d’Italie, qui, vu leur petite étendue maïs qui n'eut jamais grand éclat; — celle d’Orvleto, ct la pénurie de leurs ressources, ne peusent consti­ continuation de l’école de droit ct de médecine, qui tuer, sur un si grand pied, leurs séminaires. Comse trouvait déjà dans cctle ville, au xni· siècle, ct à I ment, en eflct, en tant d’endroits, puisque l'Italie laquelle une faculté de théologie fut ajoutée, au est morcelée en tant de diocèses, réunir un corps de professeurs suffisant pour des séminaires comprenant xiv· siècle ; sa prospérité ne fût pas longue ct son éclat, d’ordinaire une moyenne de 20 à 30 élèves seulediminua peu à peu. — b) En Toscane : celles de Pistole ct de Lucqucs, bien éclipsées par leurs puissantes voi­ I ment, quelquefois une quinzaine à peine et moins sines de Pise ct de Florence, non moins que par celles , encore? Et ccs élèves,si peu nombreux,appartiennent néanmoins à toutes les classes, depuis les plus basses, de Pavie ct de Bologne. — c) Dans le nord de Γ Italie : où l'on doit enseigner les rudiments des grammaires Vérone obtint, le 22 septembre 1339, une bulle de italienne ct latine, jusqu'aux plus hautes classes, celles Benoit XII, ordonnant qu'on y érigeât une univer­ de philosophie ctde théologie!... Sion voulait y établir sité ; mais on ne voit pas que cette bulle ait eu son plein des cours réguliers ct complets, il y faudrait parfois effet, malgré les efforts du doge Michel Sténo, en 1405. presque autant de professeurs qu'il y a d’élèvest... C’est ù tort également qu'on attribua de vraies uni­ Il y a là, une sorte d’impossibilité. Et quelle émulation versités à Brescia, Mantoue et Panne, quoique ccs pcut-il exister parmi des élèves si peu nombreux, villes ee soient glorifiées, parfois, d'avoir dans leurs appartenant à des cours si diflérents? Quel entrai­ murs, des professeurs célèbres; car de mémo qu’une seule hirondelle ne fait pas le printemps, de même un nement au travail? Quel amour de l'étude? En quelques endroits, on a essayé d’obvier au ou dcu< professeurs, quelque illustres qu’ils soient, ne suffisent pas ù constituer une université, surtout mal, en fondant des séminaires régionaux, pour une ou plusieurs provinces ecclésiastiques. Mais ces pro­ en Italie, où, durant plusieurs siècles, il n'y avait jets ont très rarement réussi, soit a cause de certaines presque pas de cité un peu importante, qui n'eût, rivalités locales, entre clergés de divers dioceses, dans ses chaires, quelque distingué professeur, prin­ cipalement de droit. —d) En Sicile. La plus ancienne, même d’une seule province, soit A cause du dtsir, dans cette île, est celle de Catane, érigée par une bulle très légitime d’ailleurs, qu’ont les évêques de garder, d’Eugène IV, du 18 avril 1444. Elle est fréquentée, sous leur main et sous leur influence immédiate, aujourd’hui par un millier d'étudiants. Cf. Annuario comme aussi pour la décence des saints offices dans dclla r. Universilà degli studi in Catania, publication leur cathédrale, les jeunes clercs, qui, plus tard, de­ périodique commencée en 1877, ct continuée depuis. vront exercer le ministère dans leurs diocèses d’origine. — Païenne n'eut une université qu'en 1779. Elle est Élevés tous en dehors de leur diocèse respectif, ne fréquentée, aujourd'hui, par 1 100 etudiants environ. leur seront-ils pas, en quelque façon, étrangers? En Cf. Bolletlino della regia Accademla dl Palermo, ln-8·, connaîtront-ils suffisamment les usages, les coutumes, Païenne, 188-1 sq. ; Annuario dclla r. Universilà degli les mœurs ct les habitudes? On peut lire, à ce sujet, studi in Palermo, in-8°, Païenne, 1877 sq. — Quant à un opuscule très instructif du chanoine Simone dl l’université de Messine, c’est à tort qu'on la fait Leila, Proposta di riordinamento dei seminari nelia provincia ecclesiastica di Benevento, in-12, Porticl, remonter jusqu'en 1224. Le nombre de scs étudiants 1896. Quoique l’auteur ne parie directement que de s’élevait à 650, avant le récent tremblement de terre la province de Bénévent,scs réflexions ne s'appliquent qui a détmit la ville, en majeure partie. Cf. Annuario pas moins A beaucoup d’aulres diocèses d’Italie. Voir dclla r. Universilà degli sludi in Messina, in-8°, Mes­ sine, 1877 sq. aussi un ouvrage du chanoine F. BruschelU, supérieur du séminaire de Nocera, en Ombrle : Su lo stalo del 21. Une universitéc atholique a été fondée, en 1920, seminari de Ile minori dlocesi d'Italia, in-12, Rome, à Milan par le zèle éclairé du cardinal André Ferrari, archevêque de cette ville. Après avoir recueilli les ; 1905. 2. Tentatives des souverains pontifes pour remédier, fonds nécessaires à cette fondation, après avoir assuré en partie, du moins, à cet état de choses. — a) Pie IX le recrutement des premiers professeurs, le cardinal s’adressa, le 30 mal 1920, à la S. C. des Universités ct apporta un premier remède par l’institution du sémi­ naire Pie, destiné à former une élite de prêtres pieux Séminaires ct il demanda que la nouvelle université, composée de deux facultés, une de philosophie ct une ct instruits aux diocèses des Étals pontificaux. Il le de droit, fut approuvée par le siège apostolique. Le fonda, le 27 juin 1853, ct, pour en assurer l’existence, 4 août suivant, les cardinaux, membres de celte S. C., préleva, sur sa cassette particulière, une somme de louèrent le projet du cardinal Ferrari ct demandèrent 340 000 écus, soit 1 700 000 francs. La bulle de fon­ que les statuts et règlements fussent soumis Λ leur dation spécifie que, dans ce séminaire, devra être examen. L’archevêque de Milan envoya les statuts, admis un élève de chacun des diocèses des États pon­ le 16 novembre, ct comme il était gravement malade tificaux, avec cette clause, cependant, que le diocèse (il mourut, en cflet, le 2 février 1921), le souverain pon­ de Sinlgaglia, diocèse natal du fondateur, aura le tife Benoit XV décida, après examen, que le décret droit d’en envoyer deux. d’érection serait porté par la S. C. pour que le fon­ Pour belle que fût cctle Institution, elle ne pouvait, dateur eut la consolation avant de mourir, de voir son I néanmoins, avoir qu’une Influence très restreinte, œuvre approuvée par l’autorité suprême. Aussi la nou­ puisque le nombre des élèxes ne devait pas dépasser velle université, dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, fut le nombre de 70. Chacun d’eux est choisi au concours, érigée officiellement ct obtint la jouissance des privi­ par son évêque· Il est donc supposé être l’élèx c le plus lèges accordés aux institutions de ce genre, qui dépen­ capable de son diocèse, cl doit prêter le serment de dent du Saint-Siège; par décret du 23 décembre 1920. revenir dans son diocèse d’origine, une fols les études 159 ITALIE, SÉMINAIRES terminées. C’est après avoir terminé les humanités qu’il est envoyé à Home,où 11 reste neuf ans»suivant, pour les cours de philosophie, de théologie ct de droit canon, les classes même du Séminaire romain. Jusqu’en 1913, ce séminaire Pie a été comme greffé sur J établissement de Saint-Apollinaire, que Pic IX agrandit, â cet effet, et suréleva de deux étages. Main­ tenant, il est encore uni à cc meme Séminaire romain, transporté auprès de la basilique de Saint-Jean de Lit ran. Par la munificence de Pic IX, aucun de ces élèves ne devait être à la charge de scs parents ou de son diocèse. De cette institution est sortie une élite de profes­ seurs de grands séminaires, pour les États pontificaux. Une cinquantaine d'entre eux ont été promus à l'épiscopat. Deux ont été revêtus de la pourpre mmaine. Cc furent le cardinal Svampa, archevêque de Bologne, ct le cardinal Respighi, successivement archevêque de Florence, puis cardinal-vicaire de 160 qui en a 200, Arezzo ct Lucques qui en ont chacun 120, Ficsolo qui en a 90, Fisc qui en a 80, Sienne ct Voltcrra qui en ont chacun -10, les autres en ont à peine de 20 à 30. Cinq d'entre eux en ont moins de 20. h) L’Émilie a 8 diocèses avec un chiffre global do 637 séminaristes. Le plus riche en sujets est Plaisance avec 160séminaristes; puis viennent Reggio dl Emilia, avec 130; Parme, avec 100. Les autres sont très audessous de ces chiffres. L'un de ces diocèses n'a même pas 20 séminaristes. t) L'ancien royaume de Naples a près de 100 dio­ cèses, avec un chiffre global de 3 645 séminaristes. Les diocèses les plus riches en sujets sont celui de Naples, qui en a 200, ct celui de Capoue, qui eu a 180. Sept en ont une centaine, chacun; Caserte n'a que 90, ct Salerno CO, seulement, ainsi que Trivcnlo. Les autres sont incomparablement plus pauvres; sept diocèses ont à peine 20 séminaristes, ct 29 diocèses en ont, chacun, moins encore. D La Sicile a 17 diocèses avec un chiffre global de b) Marchant sur les traces de Pie IX, Léon XIII, 668 séminaristes. Le diocèse le mieux fourni est celui de Catane avec 140 séminaristes; puis viennent le Institua un séminaire régional à Anagni; mais les élèves n’y sont pas nombreux. diocèse de Girgenti qui en n 130, celui de Monreale c) Le même pape fonda, à Pérouse, puis transporta qui en a 120, et celui d’Acircnlc qui atteint la cen­ taine. Païenne en a seulement 85; Syracuse ct Cefalù à Rome, le collège Philippin), en l’honneur de saint Philippe de Néri, pour les Marches, l’Ombrie et les en ont 50 chacun; trois autres diocèses en ont à peu Romagnes. près autant. Un arrive à 30 à peine, ct trois autres 3. Statistique des séminaires diocésains (fltatie. — en ont de 10 à 15 seulement. a) Pour les diocèses suburbicaires, il n’y a que k) La Sardaigne ail diocèses, avec un chiffre global de 341 séminaristes. Les deux diocèses les mieux 168 séminaristes, en y comprenant les élèves fournis sont celui de Cagliari, qui en a 100, et celui de des grands et petits séminaires : 35 pour Albano, Sassari, qui en a 80. Vient ensuite celui d'Orlstano, 40 pour Frascati, 42 pour Palestrina, 27 pour Sabine, 24 pour Vellet ri. Le diocèse d’Ostie n’a pas de sémi­ qui en a 50. Tous les autres sont vraiment très pauvres. Deux en ont seulement 20 chacun; cinq autres en ont naire, ct ne saurait en avoir, vu le chiffre Insignifiant de ses habitants. Même remarque pour le diocèse de seulement de 10 à 15; ct un, enfin, en a 7 à peine. 4. Mesures administratives récentes — Le 16 Juillet Porto et Santa Rufina. b) Dans les anciens États de l’Église, pour les 1912, le cardianl De Laï, au nom de la Congré­ gation de la Consistoriale, dont il est le secrétaire, 63 diocèses qu’on y trouve, en outre des diocèses adressa une lettre circulaire à tous les évêques d’Ita­ iüburbicaires, il y a 2 133 élèves, ce qui fait une lie, à la suite des visites apostoliques, faites dans les moyenne de 33 élèves par diocèse, pour l'ensemble des grands ct petits séminaires. Les deux diocèses | séminaires. Après avoir constaté la diminution du nombre des élèves des séminaires, en ces dernières qui ont un chiffre relativement élevé, sont les deux années, ct le manque de persévérance d'un certain archidlocèses de Bologne et de Fenno, avec une nombre de jeunes gens, qui avaient semblé, tout moyenne de 150 élèves. Notons que les six univer­ d'abord, être appelés à l’état ecclesiastique, le car­ sités, autrefois situées dans les Etats de l’Église, dinal examine quels sont les remèdes à ce mal. avaient pour chancelier l'évêque diocésain, sous la haute direction de la Congrégation cardinalice des I a) Il exprime, en premier lieu, le désir que l’on Études, établie par Léon XII. I sépare les élèves de philosophie ct de théologie de c) Dans le Piémont, il y n 18 diocèses ct 1 589 sémi­ ceux qui ne sont encore que dans les classes inférieures. naristes, cc qui fait, en moyenne, 88 par diocèse. Les Cela revient à établir des grands séminaires, distincts plus riches, sous ce rapport, sont Turin, avec 260 sémi­ des petits séminaires, comme cela se pratique, dans naristes; Vcrccil, avec 155; Novare, avec 150; Mon­ tous les diocèses de France, depuis si longtemps, ct dovi, avec 145. dans quelques rares diocèses d’Italie, les plus grands, d) Dans la Ligurie, il y a 8 diocèses, avec un chiffre comme ceux de Milan, Turin, etc. Cette mesure paraît global de 761 séminaristes. Mais, si quelques diocèses indispensable au cardinal, qui l’appelle ottima, per ont un chiffre relativement considérable, tels que non dire necessaria. La raison en est qu’on ne peut Gènes, avec 200, Tortona avec 160, Chiavarl avec 100, pas soumettre au même règlement des enfants de Il y en a d’autres qui n'en ont que 30 ou 32. 12 à 15 ans ct des jeunes gens de 20 à 25. On ne peut e) Dans la Lombardie, il y a 9 diocèses, avec un pas, non plus, leur faire les mêmes prédications, les chiffre global de 1 891 séminaristes. La plupart de mêmes Instructions, les mêmes lectures, ni leur pres­ ces diocèses ont des chiffres relativement élevés : crire les mêmes pratiques de piété. Quant ù espérer Milan, 407; Bergame, 400; Brescia, 398; Crémone, trouver un système moyen, propre ù former conve200; Côme, 150; Mantoue, 120; Lodi, 102. Le moins I nablcmcnt les uns ct les autres, c'est une pure utopie : riche est Crema qui n’arrive qu’ù 44 ; Pavle le surpasse é cosa impossibile. un peu avec 73 séminaristes. b) LaS. C. delà Consistoriale veut ensuite qu'on ne I) Dans la Vénétie, il y a 10 diocèses, avec un chiffre reçoive dans les petits séminaires, que les adolescents global de 1 787 séminaristes. La plupart de ces dio­ qui manifestent l'intention de devenir prêtres, et qui cèses sont riches en sujet. En premier lieu vient montrent quelques preuves de vocation. Padoue, avec 304 séminaristes; puis Udlne, avec 300; c) Que les vacances soient courtes ct que les élèves Trévise, 270; Vlcencc, 270; Vérone, 206; Chioggia, soient, pendant ce tcmps-lù, reçus dans une villégia­ ture appartenant à un séminaire, plutôt que d’être 140. q) Dans la Toscane» Il y a 22 diocèses, avec un chiffre envoyés dans leurs familles, où le contact du monde et la lecture des journaux peuvent leur être fatales. global de 1014 séminaristes. Si on excepte Florence, 161 ITALIE. INSTRUCTION PUBLIQUE d) l’as d’extcniat, ni dans les grands, ni dans le* petits séminaire*. e) Suit un programme d’études, dan* lequel nous sommes heureux de voir recommander II· ssue!, à côté de saint Augustin, pour la philosophie de I hlstolre, la manifestation de la Providence dan* le* éxénements humains, el l’assistance continue donnée par Dieu à son Église. Un an après, le cardinal De LnT, le 17 octobre 1913, envoyait une seconde circulaire aux évêques d’Italie, toujours au nom S. C. de la Consistoriale, au sujet de* livres de texte ü employer, dans les grand* et petits séminaires, ct de ceux à éliminer. 11 en avait déjà parlé un peu, Λ la Πη de la circulaire précédente, mais il y revient, dans celle-ci avec plus de détails, et y signale plusieurs auteurs, qu’on doit nécessai­ rement exclure. Enfin, tout récemment, a paru, sur ce sujet, un autre document officiel : Ordinamento dei seminari. Kuove dispositioni della S. Congregaztone dei Semi­ nari e dclle Uniomità degli studi, in-8°, Home, 1929. F. iNSTHUCTlO/i PüBUQUB. — Ie Statistiques de renseignement officiel. — 1. Pour l'enseignement supé­ rieur, l'instruction publique compte, en Italie, aujour­ d’hui, 21 universités, organisées ou surveillée* par l’Élal. Parmi celles-ci, quatre sont universités libre* : ce sont celles de Camerino, de Ferrure, de Pérouse et d’Urbino. Π y a, en outre, 15 institut* supérieur* d’L at. Vers In fin du xrx· siècle, le nombre des étudiant* qui fréquentaient ces divers établissements était de 22 000 environ. Pour l’année scolaire 1913-1914, il fut de 27 228; ct, pour l’année scolaire 1914-1915, de 31 «38. Sur cc nombre, il y avait, en 1913-1914, 2 483 jeunes filles, et 4 732 l’année suivante. Cf. Bol· lellino officiale del Ministère dtlla Pubblica 1s trinione, anno 1916. 2. L’enseignement secondaire, A la fin du xix· siècle, comprenait 397 écoles techniques,310 lycées,733 gym­ nases publics ou privés, soit un total de 1 420 éta­ blissements ou de 1 5G9,cn y comprenant les 149 écoles normales. En 1909, ce chillrc global était monté A 1713, ct trois ans après, il arrivait ù 1801. Ces chiffre* •ont tirés des Notiiie sugli Istituti per l'istruzione media e normale ncgli anni scolastici dal 1909 al 1919, ln-4°, Home, 1916, ouvrage publié par les soins du ministère d’agriculture, d’industrie ct de commerce, Dirrsiane generale della Stattslica e del laooro. Ufllcio centrale di Statistica. Toutes ces écoles secondaire* avalent, en 1912, une population scolaire de 227 203 élèves. Cf. Bol· lellino ufficiale della Pubblica Istruzione, in-8·, Home, 1914 sq. Sur le niveau des études, en Italie, durant la seconde moitié du xix· siècle, on consultera avec fruit le* ouvrages suivants : G. Parla, Il linello degli studi liceati nel regno d'Italia e nelle scuole romane dal 1669 al 1869, determinato sopra documenti ufficiali, in-8·, Rome, 1871; Tommnseo, Ihgh sludi dementari e del superiori, ln-8°, Florence, 1872; G. Monncurda, Storia della Scinda, in Italia, 2 in-12, Païenne, 1913. 3. Pour renseignement primaire, on comptait, à la tin du xrx· siècle, 57 621 école*. Ce nombre s'est accru dan* la suite. L’instruction primaire est obli­ gatoire, en principe; cependant, durant le dernier quart du xix· siècle, la moitié des adulte* étaient encore illettrés. Dix ans plus lard, leur nombre était un peu diminué; mal* il s’élevait encore à 13 35Ü 000, dan* les première* années du xx· siècle, d’apres l'Annuario statistico Italiano, Seconda série. En 1913, on pouvait constater que le nombre de* élèves, dans les écoles primaires, avait augmenté de 50 pour 100; mai* les locaux étaient insuffisants, tins ique le nombre DI CT DK TUÉOL. CATH0U ' · i i 162 des professeur*. 11 aurait fallu, au I** janvier 1912, 1116 pn esseurs de plus, pour que toute* le* classe* en fussent jxiurvues. 2· Htjullat moral de renseignement officiel. — 1. Le* école* laïques, en Italie, comme partout ailleurs, rnt produit des résultat* désastreux, pour réduction populaire. Ia gouvernement a dû, plus d'une fols, le reconnai re. Grande ut la surprise, quand fur divul­ guée la cir ulaire que AL G ppmo, ministre ue finstructlon publique, envoya, le 7 février 1885, aux pro­ viseurs, Inspecteurs et aux professeurs des école* primaire*, sur la nécessité de rendre le* classe* éducatises. Le ministre osait y parler dr* devoir* envers Dieu cl de l’importance du ralédiisme. · Ces école* soutenue*, à cl grand* frai·, disait-il. ont un très mince résultat pour l'instruction ct un résultat al*i lument nul pour l’éducation. » En émettant ce jugement *é\ère, le ministre se faisait l’écho uc Ja presque tota­ lité de* députés, qui avaient exprimé ce sentiment, à l’occasion de ia discussion du budget du ministère de l’instruction publique. Allt ufficiali, p. 632. Le ministre ajoutait que tous le* professeurs n'éln ent pas, malheureusement, de* modèle* de vertu, c» rnmt leur mission le demanderait, et qu'ils devaient prêcher de parole et d’exemple. Cc n'était pas la première fois que la Chambre de* députés faisait entendre des plaintes de ce genre. Le 2 mars 1883, le député itosano axait mi* tou* tes v eux de ses collègue* une statistique enrayante : celle de* ûdolc*cenls, condamnés par les tribunaux et les cour* d'assise* d’Italie, durant le* huit années précédente*. En 1875, le* tribunaux de police correctionnelle en avaient condamné 12 620 el les cours d'astise*. 862 : •oit un total de 13 482. Sur 43 313 indiuuus con­ damnés par le* tribunaux de police, 12 620 étaient donc des mineurs; ceux-ci constituaient donc plus du quart de* coupable*. Cette proportion fut A peu près la même, en 1876. Mais, en 1880, ce fut bien pi* La proportion avait augmenté d'une manière ej>ouvanlable. Les tribunaux correctionnels avaient con­ damné 21 341 jeune* gens et le* cours d’assise* en avaient condamné 1 186, soit un total de 22 527 mineurs, avec une augmentation de plus d’un tiers sur le* chillrc* de 1875 el sur relui de 1876, Et cette proportion désolante s’accrut encore, les années suivantes. Ath ufficiali, della Camera dei Deputati, p. 1604. Les feuilles publique* de l’époque, commen­ tant ce* textes, faisaient remarquer axec combien de raison la Chambre des députés avait conclu que ces école* primaire* laïques ne donnent aucune édu­ cation morale, el qu’elle* semblent faites, non pour tonner d'honnêtes citoyens à la patrie, mais plutôt des gens destinés aux galères : non probi cM ddint alla patria, ma più tosto a bibitori aile galere. Alli uffi· dati, p. 1521, 1590 sq. 2. Et cette nullité d’éducation morale ne se trouvait pas seulement dans les école* primait es pour les enfants du peuple. Le député Cardarelli, pariant i la Chambre, le 2 décembre 1886, sur le* misère* morales des écoles seconduircs, gymnases et lycée*, disait : « Quand nous voyons les élèves cracher au visage des professeurs; quand nous voyons tes élèves attaquer brutalement les surveillants; quand nous les voyons chercher A soudoyer des sicaires pour frapper leurs maîtres, nous pouvons nous demander ce qu est l'éducation morale de notre jeunesseI ■ Alti uffmali, p. 746 sq. On pouvait se le demander aussi, en lisant, dans la chronique des journaux quotidiens, le it de» crimes de tout genre perpétrés par le* élèves des écoles gouvernementale* de tout degré; rien n’y man­ quait, pas même les suicides d’enfants. 3. Ces chillrcs, déjà si Insternent suggestifs, s'accru­ rent encore, les année* suivantes. D uprv* les statisVIIL — 6 1G3 ITALIE. INSTRUCTION PUBLIQUE tiques offlrlelles, en 1890, il y eut 30 108 mineurs con­ damnés pour délits. Dans*ce chiffre, on comptait 2 920 enfants, âgés dr moins de 14 ans; 12 208 ado­ lescents, âgés de 14 â 18 ans; 14 980, âgés de 18 à 21 ans. En 1898, le chiffre global des mineurs con damnés pour délits, était monté à 44 172, dont 5 636 n'axaient pas 14 ans; 18 756 avaient de 14 à 18 ans; 19 780 axaient de 18 à 21 ans. On trouve ces chiffres dans l'Annuario statistico italiano, de 1904, et dans un travail du commandant De Ncgri, président de la Chmmfsslon pour la statistique judiciaire, intitulé : Relatione sulla delinquenza in Italia dût K 90 al 1905, ln-8-, Home, 1908. < Les statistiques ne pouvaient mettre sous nos yeux un résultat ni plus triste, ni plus douloureux, » écrivait Guarnieri Ventimiglia, dans son ouvrage, La delinquenza e la correzione da mtnorenni, in-8°, Rome, 1906, p. 114. En effet, la criminalité des mineurs augmentait progressivement d'une manière constante; elle augmentait, dans les chiffres absolus, comme dans les chiffres proportion­ nels; clic augmentait, dans la récidive et dans toutes les catégories d'âge; elle augmentait, dans ses rap­ ports avec la criminalité des adultes, dans ses rapports avec la population, avec le nombre absolu des habi­ tants, avec la densité de la imputation de chaque région; dans scs rapports même avec l’augmentation de la population. « Celte criminalité des mineurs est des plus alarmantes, poursuivait le même auteur. Elle atteint des proportions énormes. Depuis des années déju, notre chère Italie avait la primauté incontestée de la criminalité, en général, et surtout spécialement celle de l'effusion du sang. Celte criminalité des jeunes gens, la moins excusable de toutes, est un lourd far­ deau de honte, qui pèse plus encore sur nous que sur les coupables eux-mêmes. · Op, et lac. cit. 4. Dans la période suivante, ces chiffres, si déso­ lants déjà, ne cessèrent de croître encore. De 1891 â 1895, il y eut 174 787 mineurs condamnés par les tribunaux; de 1896 a 1900, il y en eut 211 211. Pour la seule année 1904, il y en eut 62 437; pour l’année 1905, Π y en eut 67 945, et pour l’année 1906, il y en eut 69 787. Sur ce nombre, il yr eut, seulement pour la ville de Rome, 6 373 en 1901 cl 10 863 en 1905, soit une augmentation de 4 490, presque 5 000 en un an. Ci. (Homale d Italia, du 11 septembre 1906. En 1907 et en 1912, la proportion augmenta encore! Pour dés. tant· qu’ils soient ces chiffres ne sont pas néanmoins l'expression exacte de la triste réalité, car, comme l’ont fait remarquer plusieurs auteurs, ta justice n*atteint pas même le tiers des coupables. OmLien qui se cachent, avec tant d'astuce, qu’il est 1mp( sslble de les dérouvrir ou de les signaler! Garofalo, Criminologta, in-8·, Turin, 1891, p. 71. 5 Et ce qu’il x a de plus épouvantable, c’est que la criminalité juvénile devient de plus en plus précoce! Annuarto ffalinno, in-8®, Rome, 1901, p. 228. Dans la période de 1891 à 1895. les mineurs con­ damnés. «le 9 à 14 ans, étaient 17 831 ; dans la période quinquennale suivante, de 1896 ù 1900, Ils étaient ÎL I9<· De Neuri, Rrluzlonr sulla delinquenza in Italia, p. 52. De mime, b s suicides de mineurs ont qua­ druplé, dans une période de ironie ans. de 1872 ù 1902. Annunrio stalistico tfnhano, p. 136. Cette augmen­ tation est d’autant plus impressionnante, que, parmi les adultes de 21 a 60 ans, le n< mbre des suicides a diminué, pendant la même période, et la proportion tri sub nies parmi les jeunes gens âgés de moins de iU ans. a augmenté encore en 190*5 et en 1912! 6· Ommicnl ne pas voir que celle augmentation de criminati é juvenile et nous dirions même, enfan­ tine. augmente avec la multiplication des ecoiei laïques ou sans Dieu, qui, n<»n seulement enlèvent lout frein murai aux passions naissantes, mais qui 1G4 de diverses façons, même par les livres de classe et les livres de prix, conspirent à développer ces mau­ vais instincts! Le temps est passé, où les tenants de l'école hilcpie pouvaient dire, avec effronterie : ■ Pour chaque école qui s’ouvre, une prison se ferme. · Hélai! les écoles laïques se sont ouvertes par milliers, mail les prisons ne se sont pas fermées. Au contraire, Il a fallu en ouvrir d’autres, cl le nombre de leurs habi­ tants augmente sans cesse. Voilà les faits Indiscu­ tables. Aux esprits sincères de conclure. 3® L'enseignement libre. — 1. On ne s’étonnera donc pas que, dans la partie saine de la population italienne, non seulement les écoles primaires de l’Êtat, mais aussi les écoles secondaires, gymnases et lycées, n’ins­ pirent que très peu de confiance. Les parents n’y trouvent pas, pour leurs enfants, des garanties suffi­ santes de morale et d'esprit reli deux. El dans une nation, comme la nation italienne, qui, au fond, est bien plus catholique qu’il ne semble, lu où ces garanties manquent, il est naturel qu'on s’efforce d’opjmser, autant que possible, des écoles libres, ou privées, aux écoles gouvernementales, malgré les lourdes dépenses qu’elles entraînent· 2. A la Chambre même des députés, certains hommes, quoique peu suspects de cléricalisme, ont eu le courage de confesser que les pères de famille avaient eu raison de chercher, pour leurs enfants, d’autres écoles que celles du gouvernement. L’un d’eux, Ruggero Boôghi, tristement connu par les paroles indignes proférées contre la sainte Bible et son inspiration, pouvait déjà, en 1887, faire à ses col­ lègues cet argument ad hominem : Vous vous étonnes que les porcs de famille ne nous conlien! pas leurs enfants; mais combien j'en connais, moi, parmi ceux qui crient le plus fort contre les cléricaux, et qui, rependant, envoient leurs enfants dans les écoles tenues par des prêtres, ou des religieux, parce qu’ils savent combien peu valent nos écoles pour Inslmirc la jeunesse, et surtout pour la moraliser! Atti ufflctali della Camera dei deputati, p. 630 sq., 773 sq. Les mêmes remarques se reproduisent, trente ans plus tard, dans le Parlement et dans la presse, sur les lèvres ou sous la plume de ceux mêmes qui sou­ tiennent, avec le plus d*illogisme, le monopole d’Etat sur l’école. Itivista dfKalia, 30 juin 1918, p. 205, 207. 3. En 1912, l’enseignement secondaire libre se réparlissail ainsi : 238 gymnases, 73 lycées, 186écoles techniques, 23 instituts techniques, 2 écoles normales pour jeunes gens, 19 écoles normales pour jeunes Giles, 103 écoles complémentaires pour jeunes filles· Cellesci sont même plus nombreuses que ne le disent le* statistiques officielles. Le nombre des établissements libres est ft peu pris In moitié de celui des établisse­ ments similaires de l’Êtat, quoique le nombre des élèves qui fréquentent les établissements libres, soit loin d’égaler la moitié du nombre des élèves qui fré­ quentent les établissement s de l’Êtat. Ceux-ci, en effet, sont généralement plus grands el plus peuplés, surtout par les enfants de fonctionnaires, qui n’ont pas assez d’indépendance j>our envoyer leurs fils et leurs hiles dans les écoles libres. Le nombre des établissements secondaires libres est I relativement consolant. 11 le serait encore davan­ tage. sans les entraxes de divers genres, mises par l b.tat à l’ouverture et au maintien des écoles libres. I Neanmoins, le nombre des établissements libres aug­ menta, dans les années suivantes. Le 15 décembre I 1918, se réunissaient, n Rome, les représentants de plus de 700 établissements libres de toutes les régions I de 1 Italie, pour constituer une l'edrrazione nationale I degh Ktltutl scolasltd prioati, pour la défense des droits des écoles libres, leur développement et leur I prospérité. L’assemblée décida, en même temps la 1G5 ΙΤΛ1 IE. RELIGIEUX ET RELIGIEUSES création d'une revue périodique, le Bolletllno federate, pour cimenter cette union et la rendre féconde. Λ Home, (ut également fondée V Associazione didattica Ha liana, et, a Turin, une Unlonc pro schola libéra, que l'on peut dire aussi nationale, vu sa grande diiïuslon. Leur but est d’éclairer l’opinion publique sur les droits de l’enseignement libre, et d’agir sur les pouvoirs publics, pour obtenir une législation con­ forme A ces droits. Citons également VAssocia:tone magistrale Nicolô Tommaseo ; elle est j>our les écoles primaires. Parmi les auteurs récents qui ont écrit sur la grave question de renseignement, en Italie, nous citerons : Mgr Badlni Tcdeschi, Jl problema scolastico odierno, ln-8·, Home, 1913; La libertà d'inscgnamcnlo. Che cosa possiamo, e che casa dobbiamo fare? in-8ft, Turin, 1914; N. Bczzara, Il problema scolastico nell'ora pre· sente, ln-8°, Berg mie, 1913; Piovano, Le odierni questioni della scuala, ln-8°, Borne, 1913; Pavissich, Scuola libéra, ln-8°, Borne, 1913; Mgr S. Nicotara, Lascuola libera, in-8°, Rome» 1913 ; Id., Lascuola libéra, In-8·, Calane, 1914; M. Barbera, Liberlà d'tnsegnamento. Principii e proposte, in-8°. Borne. 1919. 4. Les catholiques ont aussi lutté pour la composi­ tion de livres de classes, car ceux que l'on met entre les mains des élèves, dans les établissements de l’Etat, pour la littérature, l'histoire, les sciences et la philo­ sophie, abondent d’erreurs graves, et, trop souvent, d’insinuations perfides contre la religion. Voir, au sujet de ces manuels si répréhensibles, une série d’articles très instructifs et très documentés, dans la Civiltà catlolica, années 1912, 1915, 1916 et 1917. Dans leurs livres de pédagogie, les Italiens ont imité trop servilement les auteurs allemands. El le gouver­ nement voudrait imposer ces mauvais livres de texte, même dans les écoles libres, tenues par les prêtres, les religieux et les religieuses. 11 y travaille par ses circulaires ministérielles, scs inspecteurs et la ma­ nière de faire du jury dans les examens. 5. Les programmes gouvernementaux pour les examens donnant droit aux diplômes, ne sont pas moins répréhensibles que les livres de classe mis entre les mains des élèves. Beaucoup de députés s’en sont plaints, Λ la Chambre, cl le ministre de ^instruction publique a dû reconnaître, lui-même, le bien-fondé de leurs plaintes. Atli parlamcnlarl, 2 mars 1916, p. 8712, 8714 sq. 6. Dr plus, le gouvernement Italien a fait des lois spéciales, pour s'emparer, autant que possible, de la jeunesse, par des œuvres poslscolaires. Pour avoir une idée assez complète de scs efforts, on lira avec fruit les auteurs suivants : N. Bczzara, Jl patronale scolastico imposto dalla legge, in-8°, Bcrgame, 1914; S. Bassi, Il patronato scolaslico comunale e le allre opere di assistrnza scolastica, ln-8°, Milan, 1914. Pour lutter sur ce terrain, ont été instituées, A Milan, la Bcdcrazione cinemalografîca catlolica, et la Fcdcrazionc italiana dette btblioleche cattoliche circolanti. Celle-ci, en outre, public une revue intitulée: Rioista di tellure. Le but est de contrebalancer effi­ cacement l’œuvre néfaste des bibliothèques popu­ laires laïques. Les catholiques ont aussi créé diverses œuvres d'apostolat parmi les jeunes gens. VI. Religieux kt religieuses. — /. dans la ville DK ROME. — 1° Religieux. Il y a, Λ Borne, environ 1 200 religieux, dont un millier sont prêtres. Parmi eux, quelques-uns s'occupent de l’éducation do la jeunesse, cl dirigent une dizaine d'instituts ou collèges, ayant un chiffre global de quinze cents à doux mille élèves. Beaucoup d’autres s’occupent du ministère sacré auprès de-s Ames : prédications, con­ fessions, service paroissial· Il y a aussi une centaine de procureurs généraux d’ordres ou de congrégations, Dû chargés de traiter directement les affaires de leur Institut auprès du Saint-Siège. On peut dire, en outre, que presque tous les ordres et les congréga­ tions religieuses sont représentés à Borne, soit parce que les membres de leur administration générale y résident, pour être en contact plus Immédiat avec le Saint-Siège; vdt parce qu’ils y ont établi des com­ munautés, plus ou moins nombreuses, des maton* d’étude, ou des srolasticala, pour leurs jeunes sujets, qui suivent le* cours de quelqu'une de* universités romaines. On trouvera les renseignements dans les annuaire* oflV iris, ou semi-officiels, tels que VAnnuario, ponlifîcio per ïanno 1919, Pubblicazione ufîiciate, in-8·. Borne, 1919, p. 417-450; Mgr Battandier, Annuaire ponti/icat catholique, ln-8% Paris. 1919, p. 51 <-573. 2· Religieuses. — Dans le* premiere* années du xx· siècle, le nombre des religieuses, a Rome, était de 3 500 à 3 700. Il a augmenté en-ore, dans ces der­ nières années, et, maintenant, dépasse certainement 4 000; mais il serait difficile de le fixer, au Juste, vu l'absence de statistiques complètes. La plupart sont italiennes; mais il y en a aussi de presque toutes le* nations. Celles qui, parmi elles, s'occupent de l’édu­ cation des jeunes filles, ont ouvert, dans ce but, une trentaine d’établissements, qui ont un chiflre global de plus de 10 000 élèves. Elles en ont ouvert aussi pour les œuvres post scolaires : ouvroir*, patro­ nages, etc. Beaucoup d'autres se consacrent au soin des malades, dans les grands hôpitaux, ou dans le* cliniques ou même A dom h Ile. Un certain nombre s'adonnent à la vie contemplative et celles-ci géné­ ralement sont cloîtrées. Enfin, plusieurs congrégations de religieuses ont également, à Rome, leur maison généralire. 11. EN DEHORS DE LA VILLE DE ROME. — 1· Reli­ gieux. — 1. On peut dire, de même, que tous les ordres, congrégations et Instituts religieux se trou­ vent en Italie, sans excepter ceux qui ont été fondés ailleurs, et qui viennent, tôt ou tard, établir une de leurs maisons, à Borne, pour les raisons Indiquées plus haut, et qui.de IA, rayonnent en divers endroits de la péninsule. 2. Le chiflre total des religieux est de 20 000 envi­ ron. Ils sc répartissent ainsi, suivant les anciennes divisions géographiques de l’Italie : diocèses suburbica1res, 350; États de Γ Église, 3 750; Émilic. 800; Ligurie, 1 350; Lombardie, 1 300; Piémont, 1 350; ancien royaume de Naples, 4 500; Toscane, 2 700; Vénétie, 1 420; Sicile. 1 750; Sardaigne, 400. 3. Les villes, où il y en a le plus, après Borne, sont : Naples, 980; Florence, 570; Gênes, 400; Turin. 380; Venise, 330; Milan, 250; Ivréc, 170; Catane, 160. Le petit diocèse de Frascati en a plus de 150, et pos­ sède de nombreux monastères, représentant presque tous les grands ordres. On peut en dire presque autant de l’évêché suburbiraire d’Albano. 2° Religieuses. — 1. Le nombre des rclitilcuscs de toute l’Italie, en dehors de Borne, est de 31 271. d’après les statistiques les plus récentes et qui parais­ sent les plus exactes. Ces religieuses appartiennent aux congrégations et aux ordres les plus divers. 2. Elles sc répartissent ainsi, suivant les anciennes divisions géographique* de Pllalie : diocèses suburI blcalrcs. 390; États de l'Églisc. 5 872; Émilic, 1 003; Ligurie. 2 372; Lombardie. 5 325; Piémont. 4 318. ancien royaume de Naples. 5 945; Toscane, 3 421, Vénétie. 2 602: Sicile, 2 833; Sardaigne, 187. 3. Certains diocèses en possèdent, A eux seuls, un nombre considérable : Naples en a 2 000; Florence, 1 600; Crémone. 1 475; Brescia, 1 280; Gênes, 1 100; Palermo, 1 070; Milan. 960; Verccil. 930; Udine. 630; Ivréc, 530; Vicence. 520; Turin, 500, etc. 167 ITALIE. ŒUVRES DE ZELE VII. Œuvres de zèle. — 1· Vie paroissiale d Rome, — 1. Au commencement du xx* siècle, il y avait Rome, 5* pan: isses, dont 26 étaient confiées anx prêtres <é< ulfers, et 32 aux prêtres réguliers. La population étant, alors, de 555 000 âmes environ, .eh faisait, théoriquement, une moyenne de 9 000 âmes par paroisse; mais, pratiquement, il était loin d'en être ainsi. Les paroisses situées au centre de la xllle. étant très rapprochées les unes des autres, avaient peu d'habitants; tandis que celles des quar­ tiers excentriques, où, avant 1870, il n'y avait ni habitants, ni églises, devenaient de plus en plus popu­ leuses. lia donc fallu les scinder,pour en créer d'autres. C'est ce qui a été fait, surtout s-ms Pic X, et c'est ce qui continue encore A se faire, car la ville ne cesse de grandir, par un nfllux constant de la population, qui, de toutes les parties de l'Italie, se porte vers la <4 pit ale. Cette augmentation, toujours grandissante, n'e pas été favorable 1 l'amélioration des mœurs et de la piété. SI les an ions Romains, établis â Rome depuis longtemps, sont restés profondément chrétiens, les nouveaux habitants, attirés par l'ambition et I. mour du lucre, ne mettent pas l'observation de .cun devoirs religieux au premier rang de leurs préoc­ cupations. X Les curés de la ville de Rome se réunissent officiel­ lement, tous 1rs jeudis dr l'année, chez l'un d'entre eux, Λ tour de rôle. C'est t e qu'on appelle le crocehio ou cercle. 11 est présidé ordinairement par Mgr le viceL’érant, qui représente le vardlnal·vicaire, ou, en son absence, par le camerlingue du clergé paroissial. Dans ces réunions hebdomadaire», les curés con­ fèrent sur tous les sujets concernam I administration paroissiale; parlent des cas prutiques Importants, qui se sont présentes ft eux; mettent en commun leurs lumières et adoptent, apres disc ussion, une liane de conduite uniforme pour les cas similaires. C’est, Ift, un avantage et une force. Dans beaucoup de grandes Illes on pourrait suivre cette méthode, qui remédie­ rait au défaut d'homogénéité que l'on remarque, parfois,entre les directions données par les curés d’une même ville, dans laquelle sc trouvent plusieurs paroisses. 3. Grâce A cette unité d'action, on a pu neutraliser, rn partie, le résultat de la propagande des diverses sectes protestantes. Mal-ré tous les étions faits par Iles-ci les conversions sont rares. Le grand amour que les Italiens ont pour la sainte Vierge les préserve sussL 11 leur faut absolument ces manifestations pkuses, trousées parfois exagérées par les catholiques du nord, mats que beaucoup d’Italiens, ceux du peuple svrtoul, considèrent comme une partie essentielle **t fondamentale de la religion. Les besogneux, attires par l'appât de quelque aumône, ou par la distribui ion prévue de vêtements et de divers objets, peuvent venir assister, d'une oreille distraite, aux prêches des ministres. Le soir. avant de se coucher, ils n’en red­ ierunt pas moins le chapelet, soit en particulier, soit in me en famille. SI, dans quelques cas Isolés, les prop g ukIkIc s réussissent a éloigner quelques Italiens de ('Église catholique, leur mère, c'est pour en faire des libres penseurs, mais nullement pour les transI «rrner en protestants, vauduis, luthériens, calvinistes Mi méthodistes. Si ces brebis sont perdues pour I L .lise, elles ne sont pat vraiment acquises aux sectes alMldenlet. 2 (Lavrr de la préservation de la /ni, d Rome, — Elle fut instituée par Léon Xlll. le 25 novembre 1902, puis bénie spécialement par Ple X et Benoit XV. Elle se compose de plush un cardinaux et d’un certain u «mbre de «onsulleurs, pris dans la prélaturc et les ordres rvh o-UX- Cf. Ânuleitu eeclrehlsllCU, de 1901, p. 231. Beaucoup de jeunes gens et de jeunes tilles 168 lui doivent d'avoir échnppé aux pièges de tous genres, semés sous leurs pas, par le prooêb lismc enlrcpr» liant des diverses sectes. Dans un discours prononcé, le 21 novembre 1915, le souverain pontife, s’adressant au cardinal-vicaire, aux prélats consullcurs, aux membres du comité romain et de la section Inter­ nationale qui lui fut adjointe, le 20 mai 1901, ainsi qu'aux dames qui appartiennent Λ ce qu'on appelle ft Rome, la sezionc fmunimle, se réjouit des résultats réconfortants, déjà acquis, et signale les moyens ft prendre, pour que celte œuvre si utile sc développe davantage encore. 3° Confréries. — Pour maintenir la pratique des devoirs religieux dans toutes les classes de la société, il y a, ft Home, près de 90 confréries diverses, pour tous les corps de métiers, et toutes les situations sociales, pour les personnes de tout sexe et de tout âge. La plupart ont été érigées en archlconfrérics, de sorte qu'elles ont la faculté de s'aflilicr, dans toute l'Italie, et même en dehors de l'Italie, d'autres asso­ ciations similaires, avec le privilège de leur commu­ niquer les indulgences et faveurs spirituelles, dont elles sont enrichies. Ainsi leur influence salutaire, non seulement s'exerce à Rome, mais peut s'étendre à toute l'Italie, et même plus loin. 4° Adoration perpétuelle du très saint Sacrement. — Cette œuvre, est née en Italie, et s'y est surtout propagée. Elle est encore toujours très en honneur, ft Rome, où elle est ininterrompue, et le jour et la nuit, durant toute l’année, dans les diverses églises et chapelles si nombreuses, dans la ville éternelle. Voir Adoration perpétuelle, t. i, col. 442-445. Notons, ft ce sujet, un détail curieux et édifiant. Dans la ville épiscopale de Mazzara del Vallo, en Sicile, province de Païenne, une église, dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, possède une tour assez élevée pour que le sommet puisse être vu de toutes parts. Une coupole en cristal la surmonte. Au milieu de cette coupole est un autel, sur lequel est expose le très saint Sacrement, qu'on peut ainsi adorer, de toutes les parties de la ville. Cette tour s'appelle le · phare eucharistique ». 5® Campagne contre la presse Irréligieuse et Immo­ rale. — Contre ce mai avait dél* agi vigoureusement, le pnpc Clement X i H. dans sa célèbre encyclique Chris· liante reipubllcic, du 25 novembre 1760. De nos jours, très nombreuses ont été les assemblées et ensuite les pétitions envoyées aux ministères et au parlement, pouroblcnlr que les pouvoirs léplslatlfsmlsscnt un ircln à cc débordement des publications blasphématoires et obscènes. Pour lutter contre ce mal. s’est cons­ tituée la Lcga nationale /ra i padri di /amiglia per la di/rsa delta moralitâ. Il y n aussi d'autres ligues de ce î cnrc. telles que la Lega nationale conlro le bes· temnuc c il hupilogiüo, la Lega per la morulilà, etc. b° Campagne contre les danses répréhensibles, les loilrllts inconvenantes et les représentations thedlrales ou cinématographiques, dangereuses pour lu morale publique. — Signalons. A ce sujet, beaucoup de lettres épis· < pales et de circulaires du cardlnal-vit aire, ainsi que de nombreux articles de journaux et de revues catholiques. 7n Campagne contre l'alcoolisme. — Ιλ lutte n été vigoureusement menée également sur ce terrain. Notons en particulier, u ve prupos, le congres tenu A Mi ht n, du 22 au 28 septembre 1913. 8® L’ceuvre de la protection de la jeune fille. — Le 6® congrès de cette œuvre, internationale par son ampleur, se tint, a Turin, au mois de mai 1912. En dix ans ^existence que complaît, alors, la section Italienne, celle-ci usait déjà fondé cinquante comités, avait déjà secouru plus de 60 U00 jeunes biles, et avait dépensé, dans ce but, 473 512 francs. Elle main­ 169 ITALIE. ŒUVRES DE ZfcLE tenait de· acent· Axe» nux principale· pare» du royaume, pour y accueillir les jeunes voyapeuse·, que leur inexpérience, ou leur ingénuité, exposait à tant de périls. 9” L'oeuvre de la bonne presse. — 1. l-cs Journaux catholiques sont» en général» rédigés d’une façon fort com enable, et si on les compare A la plus grande partie des feuilles libérales ou autres, on peut dire qu’ils sont bien écrits. Quoiqu’ils nient dû lutter contre toutes sortes de diflirullés, non seulement ils se sont soutenus, mais ont amélioré leur situation, À divers points de vue, par exemple, pour le tirage, le choix des collaborateurs, l’abondance et In sûreté des nouvelles qu’ils donnent ou des matières qu’ils traitent. Cc n'est pas A dire, cependant, qu'ils soient parfaits, et que, surtout» leur nombre réponde aux nécessités du temps. En première ligne de ces Journaux catholiques, est VOssernatore romano, organe otllcleux du Vatican. Nommons ensuite pour Home, La Voce de lia verità, fondée le 8 avril 1871, et qui toujours défendit cou­ rageusement la bonne cause. Léon XIII la loua spé­ cialement A l’occasion du vingt-cinquième anniver­ saire de sa fondation, célébré le 8 avril 1896. Plus récent est le Carrière d'Italia, fondé en 1905. Il est diversement apprécié, A cause de scs Idées politiques et de l’a· rimonie qu’il met, parfois, dans des disputes sur des sujets qui n*intéressent, en rien, ni l’Église, ni la relit ion. La Vera /torna, journal politique, religieux. Illustré, mais seulement hebdomadaire. De même, la Gtoocnlu callholica. lui Toscane, très répandue est VUnilà cattolica, de Florence. Plusieurs fols louée par Ple IX et Léon XIII, pour son bon esprit et l’énergie qu'elle déploya, sous ces deux pontificats» pour la défense des saines doctrines, elle l’a été aussi, d’une façon très explicite, par Pie X, A l'occasion du cinquantième anniversaire de sa fondation qu'elle célébra, le *29 octobre 191’2. Dans cette môme région de l'Italie» est répandu aussi le Messagero Toscano, qui parait A Pise; Jl ηιιουο giornale di Piacenza, de Plaisance. Dans l’Italie septentrionale» citons: La Li/rsa.de Venise; VAovenire d'Kalia, de Bologne; L'ilalia, de Milan; Il Cilladino, de Gênes; La Liguria, de Gênes; Il JJcrico, de Vleence; Il Cilladino, de Brescia; Il Momenta, de Turin; L* Kalia reale. de Turin; Il Cil· ladino, de Mantoue; L'Esare, de Lacques; Eco dt Ihrgaino, de Bcrgaine; Modena, de Mudêne; La Libcrtà, de Padouc; L'Ordine, de Cômc; Lo Stan· dardo, de Cuneo; H Ticino, de Pavie; Verona Fcdde, de Vérone; Jl Popolo, de Turione; L'Eco dd littorale, de Trieste; Il Corricrc dd Friuli, d’üdlnc. Dans l'Italie méridionale, La Liberté, de Naples; La F· de e cioillà, de Heggio, en Calabre; Jl Cilladino catlolico, de Glrgcntl, en Sicile; la SiclUa cattolica, qui a succédé A VApe (Γ Abeille), fondée en I860. Il y a, en Italie, environ 130 Journaux catholiques hebdomadaires, une cinquantaine de revues c; thollqucs, paraissant tous les quinze jours, et 150 | ublications mensuelles catholiques. On en tonnera les litres divers dans VAnnuario ecclesiastico de 1915, in-8% Home, 1916, p. 179, 877-880. 2. Le cardinal Marti, archevêque de Pise, ayant formé un projet tV Optra nationale per la buona stampa, pour hi dllïusion, en Italie, des lions journaux et des revues périodiques animées des principes catholiques, comme aussi pour la dlIYusIon des bons livres, le soumit au pape Benoit XV, qui l’approuva, le 30 mars 1915, cl en lixa les statuts. En même temps, le cardinal Malh publia une lettre pastorale, a ce sujet, et un opus idc intitulé : Per il giornaltsmo catlolico. ln-8°, Pise, 1915, tiré A de nombreux exem­ plaires. 170 En moins d'une année, cette œuvre s'étendit, érnnce que cette situation, déjà bonne, s'améliorât toujours davantage. 3. Des bibliothèques populaires, catholiques et même circulantes, ont été fondées, en divers endroits, depuis une trentaine d’années. Pour faciliter l’acqui­ sition des bons livres, le P. Franco publia le Catalog· di Itbri per le /amigtic coite cd oneste, In-S®, Home, 189*2. En 1904, fut fondée la Fcderazionc Jtahana ddle bibltolrche cattoliche circolanll. dont le centre est A Milan. Elle publie un bulletin mensuel intitule, d'abord, Pollclhno ddlr bibhotcche catlohcnc; puis, a paillr de 1914, Jhuista dt tellure, lui fondation de cette fédé­ ration catholique précéda, de deux ans, celle de la Fcdcrazione ddle bibhotcche populari, qui est d'origine seelairr et maçonnique. La fédération Italienne des bibliothèques catholiques comprenait, en 1915, plus de 700 bibliothèques alllliées, et près de 1 000, en 1917. Son bulletin signale, chaque mois, les nouveaux livres, dignes d’être recommandés. En douze ans. Il avait ainsi analysé, au point de vue moral, plus dt 4 000 volumes de lecture. La federation a publié é .dement un Manuale dd bibltolccano, ln-8°, Milan, 1915, contenant cc qu’une expérience de dix années avait appris, et donnant des directions pratiques, pour le bon fonctionnement d’une bibliothèque popu1 dre circulante; un catalogue des livres recomman­ dables; un jugement sur les revues italiennes et étran­ gères, etc. VIIL Institutions ciiAfUTAHEES.—/. A ROMR. — L'Église de Home fut, jusqu'en 1870, extraordinai­ rement riche en fondations de ce genre, grâce à le munificence des souverains pontifes, des cardinaux, des ordres religieux et de l'a rut ocra lie. Le plus ancien ouvrage qui soit parvenu Jusqu'à 171 ITALIE. INSTITUTIONS CHARITABLES nous, sur ce sujet, est le Trottato di tutti le opéré pic deWalmi città di Homa, par Camille Fanned, In-8% Home, 1601. L'auteur, originaire de Sienne, étant venu Λ Home, à l'occasion du jubilé de 1600, fut tel­ lement ému, comme il le raconte lui-même, du Lien qu’il vil s'y opérer, sous scs yeux, que, quoique ûgé de quatre-vingts ans, il lit les recherches les plus diligentes, pour publier un ouvrage aussi complet que possible, sur le sujet qui l'avait touché à ce point. Presque un siècle plus tard, il eut un Imitateur qui voulut 1e continuer : Charles-Barthélemy Piazza, Ευσε Βολογιον, Eusevologio Romano, oovero dette opere pie di Roma, in-8°, Home, 1698. Plus lard encore, ά l'occasion du jubilé de 1825, Guillaume Costanzi publia L'Osscrvatore di Roma in tutto cid che riguarda tl morale, il disciplinare, il giudiziario, etc., in-8Q, Home, 1825. Beaucoup d’autres auteurs traitèrent également ce sujet, si ce n'est ex professo, du moins Incidemment. Un grand nombre publièrent des mono­ graphies sur telle ou telle autre œuvre de bienfaisance de Home, Mais celui qui traita magistralement un sujet aussi vaste, fut k futur cardinal Charles-Louis Mo rich! ni, évêque de Jesl. Son premier essai, en ce genre, fut : Degli Istituti di pubblica cantà e d'istru- | lions primaria. Saggio stonco e stutistico, in-8°, Home, 1835, bientôt traduit en français par Édouard de Bazelairc, Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire ά Rome. Essai historique et statistique, ln-8u, Paris, 1839. Le succès de ce premier essai engagea l’auteur à le développer cl a le compléter par une élude sur les efforts tentés par les souverains I pontifes, pour moraliser les prisonniers. Quelque temps après, il publia donc : Deglt istituti di pubblica conta, ed istruzione primaria, e dette prigiont in Roma, 2 ln-8% Home, 1842, lequel, considérablement aug­ mente. devint un très gros volume, publié ù l’occasion du concile œcuménique du Vatican : Degli isliluli di cuntd per la sussistenza e l'cducazione dei povcri e dei prigionien in Rorna, in-4% Home, 1870. Nous examinerons successivement, les œuvres de bienfaisance : 1° pour les secours matériels aux indi- I gents; 2e pour l’éducation cl l’instruction des pauvres; 1 3“ pour la correction des délinquants, incarcérés. lu Tour le soulagement des nus très physiques et morales des indigents et des malades. — 1. L'hôpital du Saint-Esprit, pour les hommes, le plus ancien de tous. Fondé par Innocent 111. il fut réédifié par Sixte IV, agrandi ensuite par divers papes, qui en ! tirent une construction grandiose, avec d’immensis i Mlles, hautes, bien aérées, l’une d’elles comptant . Jusqu’à 126 métrés de long, 12 de large cl 13 de haut, cl plusieurs autres s’approchant de ces dimensions. Il pouvait contenir plus de l 600 lits, il y a, ; en outre, un asile pour 500 aliénés et un hos­ pice pour 3 000 enfants trouvés, plus un conserva­ toire pour les Jeunes tilles, un asile pour les vieil­ lards et une Importante bibliothèque médicale, avec des salles d’opération, vastes, bien éclairées, abon­ damment pourvues d’eau, etc. Nul établissement d'Europe ne possédait, alors, une installation aussi complète. Les revenus annuels dépassaient un million. A jour fixe, de nombreuses confréries venaient apporter aux malades leurs dévoues services et se suct édaient, tour à tour, a leur chevet. Tou s les secours spirituels étaient assures par des aumôniers qui res­ taient a demeure. 2 L’hôpital du Très-Saint Sauveur, pris de la basi­ lique de Saint-Jean de La Iran, était surtout destiné aux femmes, fl fut fondé par le cardinal Jean Colonna, en 1216. il comprend, lui aussi, de très grandes salles pouvant contenir 600 lits env iron. 3. L’hôpital Saint-Jacques in Augusto, près des restes imposants de 1 ancien mausolée d’Auguste, est 172 r pour les incurables, ou pour ceux qui doivent subir des opérations chirurgicales. 11 fut fondé, en 1339, par un autre cardinal de la même famille des Colonna, et comprend, lui aussi, d’immenses salles pour 500 malades. Annexée ù cet hôpital, une école d'anatomie pratique dépendait de l’université de la Sapience. Ci. J. Sisco, Saggio ddl'istituto, clinica roniana di medicina estima, ln-4°, Home, 1816. 4. L'hôpital de la Consolation, presque au centre de Home, près du Forum, pour les prompts secours, en cas de blessures, contusions, fractures, brûlures et accidents. 11 fut fondé, à la fin du xn· siècle, par le pape Cêlcstiii 111. 5. L'hôpital de Sainte-Marie et de Saint-Gallican, au Translévère, ô côté de l'église de Saint-Chrysogonc, pour les maladies contagieuses et les affections cuta­ nées. 11 fut fondé, au xvni· siècle, par Benoit XIII. Outre les 300 malades qu'on peut y loger, on en soigne, dans un dispensaire, une foule d'autres qui y viennent, chaque jour, ô diverses heures. 6. L'hôpital de la Trcs-SainIc-Trinilé-des-Pèlcrins. Il fut fondé, dans la partie centrale de Home, près de la rive gauche du Tibre, pour y accueillir, loger, nourrir et soigner les foules immenses d’étrangers, qui accouraient à Home, en certaines circonstances, surtout les années de jubilé. Cet hôpital, en 1625, par exemple, reçut 460 269 hommes et 122 491 femmes, soit un total de 582 760 personnes, avec une moyenne de 1 596 pèlerins par jour, lien était Λ peu près de même, ύ toutes les années jubilaires. Entre ces périodes, quoiqu'il y eût toujours des pèlerins a Home, l’établissement était affecté, en majeure partie, au service des convalescents, sortis des autres hôpitaux de la ville Ci. Kuggcro Gaetano, Memorie dell'anno santo 1676, in-8°, Home, 1691; Puccinelli, Enlrata e spesa generale délia venerabile. Archiconfraternità della santissima Ί rinità de1 pellegrim e convalescenti dt Roma, per Γαηηο santo 1825, in-1°, Home, 1827. 7. L'hôpital Saint-Hoch, sur la rive gauche du Tibre, près du port de hipetla, fondé, d’abord, pour recevoir les fiévreux, fut, a partir de 1770, transformé en maternité, et affecté exclusivement aux femmes sur k point d'enfanter. Celles qui y sont admises, sont libres de ne déchirer, ni leur nom, ni leur domi­ cile. Ces précautions sont prises, pour sauvegarder leur honneur, s’il est compromis, et celui des familles. 8. Outre ces établissements hospitaliers, qui sont les principaux, il y en avait une foule d’autres, pour diverses maladies, cl pour diverses catégories de personnes : prêtres, soldats, veuves, servantes sans place, etc. Il nous suffira de les mentionner ici, sans entrer dans les détails. Signalons, cependant, un bon nombre d'institutions, dont le but était de distribuer des secours a domicile, surtout aux pauvres honteux. Cf. Chirogrufo e muto proprio delta santilâ di nostro signore papa Leone Xll per la stabilimento della com· missione de'subsidii ed islruzioni per i deputati parrochiati, in-l°, 1826. On comptait aussi de nombreux asiles nocturnes, pour ceux qui manquaient de toit; des monts-de-piété, pour met Ire le petit avoir des pauvres a l’abri des usuriers sans conscience. Cf. Statuti del sacro Moule di Lieta, rinnovati net 1767, in-4·, Home, 1767. Pour le même but, furent aussi Instituées des caisses d’épargne, des associations pour doter les filles pauvres et vertueuses. L’une des fondations de ce genre, celle de VAnnun­ ziata, fut, peu u peu, si richement pourvue, qu'elle avait, en 1870, plus de208Oüü francs de rente annuelle. Cf. Stutulo per la venerabile archiconfratemità e pio istitulo di dotazionc della Santissima Annunziata dt Roma. Rapporta e tabella preventiva delle rendie et sprse per Γαηηο 1870. Ce n'était pas la seule d’ail­ leurs, et beaucoup d’autres rivalisaient avec elle de 173 ITALIE. INSTITUTIONS CHARITABLES zèle et de générosité. Cf. Repertorio di tutti i siusIdU dolali che si disprnsano da diversi luoghl pu d II aima città di Roma, Ιη-4<», Home, 1789. Notons aussi l’archiconfrérie de Saint-Yves, composée de légistes, avo­ cats. avoués, s’engageant ù soutenir gratuitement, devant les tribunaux, contre l’oppression des puis­ sants. en prenant sur eux tous les frais du procès, les droits des pauvres. Cf. Alcssi, Compendio storico del pio istilulo, congregazione e venerabile Archicon/ralernilà detr immacolala concezione e di sont Ivo, in-4% Rome, 1 2° Institutions ayant pour but, à Rome, l'tducation et la moralisation des pauvres» — Elles sont aussi nom­ breuses et variées que celles, dont le but est la dis­ tribution des secours matériels. I, amélioration morale du pauvre fut, en effet, toujours la principale préoc­ cupation des souverains pontifes. Si leur inépuisable charité les poussait A soulager toutes les misères physiques, combien plus s’intéressaient-ils aux âmes, En même temps, c’était rendre le plus signalé des services ά la société, car l'un des plus grands dangers pour elle vient précisément de l’oisiveté des masses populaires et des vices de tout genre que la paresse engendre en elles 1. Au premier rang de ces institutions salutaires, Il convient de signaler l’hospice Saint-Michel, a Ripa Grande. Fondé en 1689, et développé par la royale mu­ nificence de plusieurs souverains pontifes, cet établisse­ ment fut longtemps sans rival en Europe. C’est un véritable conservatoire des arts et métiers, supérieu­ rement organisé, pour plus de 400 jeunes gens et jeunes lilies. Les adolescents s’y forment à toutes les professions, suivant leurs dispositions naturelles. 11 y avait là, en effet, des ateliers d’imprimerie, de reliure, de teinturerie, de menuiserie, de cordonnerie, de tissage, de serrurerie, de tapisserie et de beaux-arts. On y formait également des ébénistes, des graveurs, des ciseleurs, des sculpteurs, des miniaturistes, des peintres, etc. D’excellents maîtres y donnaient des leçons de chimie, de physique, de mécanique, de géométrie appliquée, de musique et de littérature. On n’a cessé d'apporter à cet établissement modèle des innovations précieuses et toutes les améliorations inspirées par l’expérience ou les circonstances. De là sont sortis des musiciens, des graveurs et des sculp­ teurs de marque. Cf. A. Tosti, Relazione dell' origine e de' progressi dell* Ospizio apostoheo di San Michele, ln-4% Home, 1832. En 1870, les revenus de cet éta­ blissement étaient de prés de 350 000 francs. Cf. Morlchini, Degli istituti di carilà in Roma, 1. II, c. ni, p. 2. L'hospice de Sainte-Marie des Anges, installé dans les vastes thermes de Dioclétien. Les papes y ont ouvert d’abord un asile aux jeunes orphelins, aux­ quels leur âge ne permettait pas encore de commencer l’apprentissage d’un métier. Ils y ajoutèrent ensuite, pour les adolescents, un grand nombre d’ateliers, semblables à ceux de l’hospice de Saint-Michel, des salles de classe et une école de musique Instrumen­ tale. En 1870. il y avail, dans des locaux séparés, 350 jeunes gens et 450 jeunes lilies. La dépense an­ nuelle, à cette époque, s'élevait à 300 000 francs environ. 3. Home possède une foule d’autres établissements de ce genre, même pour les aveugles et les sourds* muets, il serait trop long de les mentionner tous. Pour plus de détails, à ce sujet, voir Morlchini, op. cil., 1. II, c. v-xix, p. 508-673. Sur les écoles nocturnes ou du soir, voir Ordinamenlo del pio istitulo delle scuole nolturne di religione pe' poveri arti giant in Roma, ln-4°, Home, 1841. Dans ces écoles du solr, on ensei­ gnait, non seulement le catéchisme, mais la lecture, fécriture, le dessin, le calcul, la géométrie appliquée 174 aux arts, l'ornementation et toutes les connaissances utiles. 3- Correction des coupables. — L’Église de Rome ne s’est pas montrée moins généreu e, ni moins Indus­ trieuse, pour celte œuvre de charité. Il ne lui suffisait pas d’avoir cherché à prévenir le mal par les institu­ tions dont nous avons parlé, comme aussi par les catéchismes, les prédications, les retraites, les quirantc-heurcs, les stations et diverses associations de prière et de zèle; mais elle voulut guérir, autant que faire se pouvait, les misères morales, par les maisons de repentir, et les œuvres multiples, en faveur des prisonniers. On l’a fait, ailleurs aussi, mais Rome donna l'exemple. Elle a le mérite de la priorité, et celui d’avoir imprimé à ces inventions du zélé, un caractère d’ensemble qui distingue l’intelligente cha­ rité de l’Église, mère et maîtresse de toutes les autres. Quand les papes étalent souverains, les prisons de Rome n'étalent pas. comme trop souvent ailleurs, des bagnes, où ceux que la justice humaine avait frappés, placés sous l'empire exclusif de la force bru­ tale, achevaient de se matérialiser. On leur offrait, au contraire, tous les moyens de retrouver le sentiment de leur dignité, avec le regret des fautes commises et le courage d'accomplir, désormais, le bien. Non seu­ lement chaque prison avait ses chapelains, chargés de catéchiser et d'instruire les prisonniers; mais, comme l'expérience a démontré que la fréquentation exclu­ sive de leurs semblables, fut toujou s. pour les con­ damnés, une cause incessante de démoralisation, Rome ne négligea rien pour procurer aux détenus la société d’hommes vertueux et honorables, dont la présence et les discours assainissaient peu à peu ces âmes corrom­ pues. Chaque jour donc, pouvaient pénétrer dans toutes les prisons, des religieux, des prêtres séculiers et de pieux laïques, n’ayant tous qu’un désir : celui de travailler, scion leurs moyens, à l’amélioration morale des prisonniers, en leur prodiguant les soins d’une charité compatissante. Des dames pieuses, parfois de la meilleure société, en agissaient de meme, dans les Refuges, ouverts aux femmes coupables qui avalent oublié leur devoir. Depuis que ces Refuges sont passés dans les mains du gouvernement, cette mission tuté­ laire ne peut plus aussi facilement s’accomplir. Cf. Morlchini, op. cit., 1. III, c. i-xi, p. 675-802. //. HORS DK ROSIR. — 1· Les exemples de la capi­ tale du monde chrétien ont suscité, dans I* Halle entière, une magnifique elllorescence d’institutions chari­ tables. Nous nous contenterons d'indiquer seulement les principales. L Turin possède, pour 500 malades, un hôpi­ tal qui passe pour un modèle d’architecture, de pro­ preté, de salubrité et de bon goût. Il est entretenu, en majeure partie, par la générosité publique. En outre, une foule d’nssoclations d’hommes et de femmes vont distribuer des secours a domicile, et pourvoient spécialement aux besoins des pauvres honteux. On les recherche avec soin, et, quand un les trouve, on joint aux secours qu’on leur apporte discrètement, cette délicatesse qui double le prix du bienfait reçu. De pieuses dames, groupées en congrégations dans diverses paraisses, assistent les indigents infirmes. Quant a ceux qui peuvent travailler un pen, on les admet dans 1’hôpilal de la Charité, où il y en a plus de 1 000. Là, on a créé diverses manufactures La plupart sont employés à la fabrication des étoffes de laine, des draps ordinaires, des tapis, des toiles et des cotonnades. Mais il y a aussi différents autres métiers, où chacun peut exercer ses aptitudes professionnelles. On y a même ouvert une école de musique. Les orphelins et les orphelines sont reçus dans une trentaine d'établissements, dont les aumônes et les fondations dos fidèles font presque tous les frais. Les !75 ITALIE. INSTITUTIONS CHARITABLES 176 Jeunes pens y deviennent des ouvriers instruits, hon­ dépassent 300 000 francs, et la moitié provient de pieuses fondations. nîtes, ha Iles: les jeunes filles y apprennent aussi i'ai.umr du travail, et, quand clics en sortent, ce sont 3. Milan possède aussi un grand hôpital ou Ospe· de tonnes ouvrière» modestes, d’une excellente con- dale Maggiore. C'est l’un des plus beaux palais de la uuile, et, pour ce motif, recherchées par les familles ville. Les marbres, les colonnes, les ornements d’archi­ les plus estimables. tecture y sont prodigués. 11 contient 800 lits, et l’on Mais la plus étonnante merveille est la Plccola casa y reçoit Indistinctement tous les pauvres malades. della Prouvidtnza, fondée en 1827, par le chanoine Un autre palais du même genre, quoique moins Joseph-Benoît Cottolcngo, béatifie par Benoit XV, somptueux, a été bâti par la charité milanaise, pour le 29 avril 1917. Comme toutes les œuvres voulues de les pauvres malades. 11 est administré par les frères de Dieu, cefic-el a commencé petitement. Ce ne furent, Saint-Jean-de-Dieu, appelés, en Halle, les Pale bene, d ai»ord, que deux chambres louées, dans lesquelles Fratclli. Les portes de cette maison restent toujours on mit quatre lits, aussitôt occupés par les indigents. ouvertes, et l'infirme» quel qu'il soit, peut y entrer, D'autres chambres voisines furent louées; mais, cela certain d’être reçu avec un empressement cordial. ne suffisant plus, le fondateur fit choix d’un terrain A ceux qui sont assez valides pour travailler un peu, la Pia casa d'industria, semblable à VAlbergo de9 vaque, non loin de l’église de la Consolata, adapta pooeri de Gênes, procure du travail. Elle les met ainsi au but qu’il se proposait, quelques vieux bâtiments à l'abri du besoin. Cette Casa d'industria, ou Mais »n qu il trouva U, puis, comme les malades, les pauvres du travail libre, fondée en 1784, vit, trente ans plus et les infirmes de toutes sortes affluaient sans cesse, tard, en 1815, se former une succursale, à l'autre il créa, pour eux, comme une petite ville parfaite­ extrémité de la ville, près de l'église Saint-Marc. Elle ment ordonnée, avec scs rues, ses places, ses quar­ reçoit, à la fois, des internes, ricoueruli, et des externes, tiers, scs jardins et une chapelle, devenue une grande église splendidement ornée. Afin de pourvoir intervenienti. 4. Les mêmes saintes inventions de la charité se au service de cette cité des indigents, il réunit en retrouvent dans toutes lc> grandes villes d'Italie, con ré alion des personnes auxquelles il communiqua son zèle, leur donna une règle, et les appela les filles à Venise, à Florence, Sienne, Panne, Plaisance, Naples, de la Charité. Leur nombre augmentant sans cesse, Cômc, etc., etc , qui ont également leurs Case d'indus­ il les divisa en diverses branches, suivant leur mission tria, leurs Pie case di Lavoro et leurs Alberglu de' spéciale : ce furent les sœurs de Saint-\ incent de pooeri. Un grand nombre d'autres villes de moindre Paul, de Srdnte-ThaTs, du Carmel, du Suffrage, de importance rivalisent de générosité avec celles-ci, en No rc Dame-dcs-Sept-Doulcurs et du Bon-Pasteur. Il proportion de leurs ressources et des besoins de y nj 'Ula, pour les hommes, les frères de Saint-Vincent la classe pauvre. de Paul, les jeunes gens de Saint-Thomas, les pères de Nous ne parlons pas des nombreuses œuvres de la Tr» s-Saintc-Trinité et jusqu’à des moines ou soli­ charité que la récente guerre n fait naître en Italie, taires de Gassin. Supérieur général de tous ces insti­ comme partout ailleurs. Signalons seulement VOperu tuit, il leur donna des lois appropriées à chacun d’eux. nazionalc per l’assistenza civile e religiosa degh or/ani Cette œuvre prospéra si bien, que toutes ces vastes del rnorti in guerra, duc à l’initiative des catholiques constructions furent terminées, en quatorze ans. Elles et reconnue par l'Etat. abritent, encore actuellement, plus de 8 000 per­ A Home, durant l’année 1917, le cercle de Saintsonnes, vivant au jour le Jour, sans rentes fixes, ni Pierre, pour subvenir a la misère causée par la guerre, dotations, ni secours réguliers; mais rien de ce qui est a distribué jusqu’il 3 986 118 repas, grâce à scs quinze nécessaire n’a jamais manqué. Les aumônes des fidèles cuisines économiques. D’autres œuvres catholiques rivalisèrent avec lui, pour la distribution des secours •ont toujours suffisantes pour les besoins du moment» C’est vraiment la maison de la Providence, et, quoique aux pauvres. •on fondateur, par humilité, l’ait appelée · Petite », 2° Pour se faire une Idée générale de la bienfaisance Piecolu casa, c'est tout un monde, création étonnante qui s'exerce en Italie, il suffira de jeter un simple coup de la charité chrétienne. Sacchl, Istlluli di beneficenza | d'œil sur une statistique des legs et donations dont di /urino, in-8·, Turin, 1843; Gaspare Marii, La Pic· I ont bénéficié les œuvres pics, dans le courant d’une col i casa ddla divina Proooidenza in Torino, ln-8°, seule année. Nous ne parlerons que des sommes passées Turin, 1913; Antonelli Coslagglnl, Vita del beato par les mains du fisc, qui en a prélevé pour lui-même Giuseppe Cul/ulmgo, ln-8®, Home, Turin, 1917; J. Gull- I des droits considérables de mutation. Dans les chiffres lennin, Le bienheureux Juseph-LenoU Cottolen go (1786· suivants, il n’est donc fait aucune mention des autres /Sêî), in-8®, Paris, 1918. largesses dont la statistique a été faite seulement 2. A Gênes, I hôpital général, pourrait s’appeler le I dans le ciel. Pulais royal de la charité. Escalier monumental, rampes, I En 1886, furent laissés ou donnés, aux diverses pavé des immenses salles : tout est en marbre blanc I œuvres pics, 11 209 161 lires. L'année suivante, de Carrare, d'une finesse et d’une pureté remarquables. I cette somme s’éleva à 14 645 310 lires, avec une L«, sont nourris, soignés, veillés, le jour et la nuit, augmentation de 3 436 149 lires. Cette augmenta­ plusieurs milliers de malheureux de tout Auc et de tout tion considérable a eu lieu, l’année pendant laquelle •exe. Ce superbe établissement, qui entraîne des frais la nation italienne se préparait à célébrer le jubilé t très considérai les, est entretenu par les fondations des sacerdotal de Léon XIII, avec des dons précieux et noble· génois, enrichis généralement par le commerce. l des offrandes, plus généreuses que d'habitude, au Il est encore tout embaumé par le souvenir des vertus Denier de Saint-Pierre. de celle qui, pendant trente ans, en fut la directrice : I Les provinces qui viennent en tête de liste, dans sainte Catherine de Gênes. I les largesses faites aux œuvres pies, en 1887, sont Outre son hôpital général. Gênes possède un autre le Piémont avec une somme de 4 613 355 lins, la etablissement du même genre, justement renommé Lombardie avec 3 496 120 lires, la Vénétie avec par sa magnificence et appelé VAlbergo de* pooeri, 1 650 b 15 lire s, la Toscane avec 967 504 lin s et l’Emilie l'Itülel des pauvres. Fondé en 1539, il réunit avec 839 986 lires, etc. 2 000 Indigents, auxquels U fournit un travail Sur la somme globale de 1887, on trouve près de farlh et rémunérateur : tissage de la laine, du coton, 4 000 000 de lins laissés aux hôpitaux; 3 192 524 lires du fil de chanvre : fabrique de lapis, de bas, de rubans, pour les dépôts de mendicité; près de 2 000 000 lires de soie. etc. Les rc mus annuels de cette maison I pour des œuvres de charité; 1 722 000 pour œuvre· 177 ITALIE. LE NON-EXPEDIT •colnlre·; 1 600 000 pour asiles Infantiles : 177 052 lire· pour les Instituts de sourds-muets; 102 557 pour les Inst Huis d'aveugles, etc. Si Ton remarque, en outre, que, pour la période quinquennale de 1881 à 1885, In somme globale des donations et legs, pour les œuvres pies, monta à 71 250 894 lires, on verra que la moyenne de chaque année dépasse 14 250 000 francs. 3° Mainmise du gouvernement sur les institutions charitables.— 1 La Mibstitutlon de l'État ù l’Égllse dans l'administration du patrimoine des œuvres pies, a produit en Italie les mêmes < fiels que dans les autres pays. Le gaspillage a trop souvent rem­ placé la gérance économique d'autrefois; les Trais d’administration ont ab oibé une part de plus en plus considérable des revenus; et il s’est trouvé parfois que les fins charitables que s'étalent proposés les donateurs ont été méconnues. 2. En 1886, les statistiques assignaient aux œuvres pies, légalement reconnues en Italie* un patrimoine composé de biens meubles et immeubles, de la valeur de 1 626 662 962 lires, produisant un revenu brut de 90 859 521 lires. Sur ce revenu, le gouvernement, commence par prélever à titre d’impôts, la somme de 14 484 322 lires, l’administration laïque en prend pour elle 15 062 455 lires, pour frais de gestion de ce patri­ moine. Ajoutez à cela 14 202 510 lires pour le payement des Intérêts des dettes contractées, on ne sait trop pourquoi ni comment, par cette laïcité administra­ tive, et on verra qu’il ne reste, pour l'exercice de la charité, que 47 110 223 lires. Ainsi, presque la moitié des revenus s’est évanouie en fumée, et Dieu veuille que l’autre moitié ait réellement été employée aux œuvres de bienfaisance. 3. Nous citerons, ici, un cas très suggestif, .Avant 1870, l’hôpital du Saint-Esprit avait comme revenu la belle somme de 1 030 709 francs. Après quinze an­ nées d'administration laïque, le revenu était des­ cendu seulement ù 64 018 francs et un capital de douze millions avait été englouti ou dévoré; soit prés de un million par anl 4. A Milan, même phénomène. Les institutions cha­ ritables de cette ville avalent un revenu de 1 400 000 francs; mais plus d’un million disparaissait, chaque année, pour impôt et frais d'administration; car le gouvernement avait Imposé à ces œuvres de bienfaisance plus de cent employés, scs créatures, qui vivaient grassement aux dépens de la charité. El les exemples de ce genre ne sont pas une exception. On pourrait les multiplier ù l’inllnl. Ce n’est donc pat sans raison que, le 8 mars 1881, en plein Parlement, le député Sangulneltl appelait un oof organisé cette philanthropie laïque, qui, de toutes parts déjà, étrei­ gnait la catholique Italie, et lui suçait le sang de ses veines. Atti del Portamento, 1881, p. 4196; Rollcttino dette opere pie e dei comuni, ln-8®, Borne, 1892 sq. IX. Action politique des catholiques ita­ liens. — Γ Le Non exprdit. — 1. Depuis l’invasion des États de i’Églisc par le gouvernement plémontais. Jusqu'en ces dernières années, l'action politique des catholiques Italiens fut réglée par le non expedit. Les prescriptions pontificales leur faisaient un devoir de se tenir loin des luttes politiques et des urnes élec­ torales, pour ne coopérer en rien Λ l’action du gou­ vernement usurpateur. Plusieurs fois, le Comité général permanent de Γ œuvre des Congrès et des Comités catholiques, en Italie, rappela ce mol d’ordre tradi­ tionnel aux comités diocésains, aux comités parois­ siaux et ά leur· nombreux adhérents : ne eleltt ne eUrtton, ni élus, ni électeurs. · Notre conduite, disait une circulaire de ce genre, le 28 avril 1886, à la veille de la période électorale, ne s’inspire d'aucune idée préconçue, ni de considérations particulières, elle est 178 purement et simplement l'obéissance au pape. Que telle soit encore la volonté du saint père, l’encyclique Immortale Dei, du 1 *f novembre dernier, nous l'enselgne clairement; et contre ceux qui essayaient de tor­ turer les termes de ce document, pour en tirer un sens opposé, les Journaux autorisés, rOsservnfore romano et le Moniteur de Rome, se sont hâtés de conlinner, de la façon la plus explicite, la juste interpré­ tation que nous en donnons... · Ce n’est pas que le souverain pontife eût commandé aux catholiques italiens de n’agir, en aucune manière. Au contraire, plusieurs fois, il les avait conviés » une action multiple et féconde, dont il avait tracé le pro­ gramme et indiqué la vole; il n’avait fait qu’une excep­ tion : celle d’apporter une collaboration quelconque aux hommes du gouvernement A la même date, une excellente feuille de Gênes, VEco d'Italia, disait dans son numéro 111 : « Quel est le devoir des catholiques italiens durant la lutte éle te­ rnie? L’abstention. Oui, puisque le non expedit demeure dans toute sa signification et sa force; puisque sub­ sistent les raisons d’ordre supérieur, pour lesquelle· n’est permise aux catholiques italiens que l’action sur le terrain administratif notre devoir formel est de nous abstenir, et nous nous abstiendrons. C'est le moyen pour nous, de pro Hier de chaque convocation des électeurs, pour faire un plébiscite national de dé­ vouement au pape. · 11 en avait été ainsi aux élections précédentes. Dans une commune de la province de Bergame, per­ sonne, absolument personne n’avait voté. Tous les électeurs, nu contraire, s'étalent réunis chez le turé, avalent déposé leurs bulletins de vote dans ses mains, avec une offrande pour le Denier de Saint-Pierre, cl l’avaient prié de faire parvenir le tout au Vatican, avec une belle lettre de filiale vénération pour le saint-père. En rappelant cet exemple, l’Eco d’Italia, ajoutait : • Pour que ce plébiscite réussit, nous devrions : 1* nous faire tous Inscrire sur les listes électorales politique*, ce qui, d’ailleurs, nous a été plusieurs fois recommandé par les autorités compétentes; 2· nous réunir par collèges électoraux, et faire ce qu’ont fait nos amis de Bergame ; 3® envoyer Λ un comité provincial (en France on dirait départemental) nos bulletins, nos offrande· et nos adresses, avec mandat de réunir les bulletins et les adresses en un beau volume, ]»ortant le litre de la province (du département); enfin, envoyer le volume et les offrandes au souverain pontife, ou par la poste, ou ce qui serait mieux infiniment, pur une délégation spéciale. Ainsi les délégations de no· 69 provinces italiennes formant comme un parlement national, tempora ire, mais très significatif, pourraient être reçues ensemble par le pape, et donner une repré­ sentation solennelle de ce plébiscite d’hommage au souverain pontife. · L’idée, lancée par l’Eco EI) 1T l'abolition de toute croyance; l’école essentiellement et absolument laïque, c'est-à-dire alliée; la guerre In plus acharnée contre toutes les Institutions reli­ gieuses; la destruction de la famille chrétienne, etc. En présence d’un tel état de choses, le devoir strict des électeurs catholiques était de se prévaloir des droits que leur donnaient les lois existantes, et de concourir, par leurs suffrages, à l’élection de députés sur lesquels on pût compter, pour s’opposer a un si grand mal, et éviter un pareil malheur à la religion et à l’Italie, lis Iraient donc aux urnes, dans toutes les circonscriptions électorales, où les évêques diocé­ sains auraient reconnu la nécessité de leur action, et, d'accord avec le pape, qui, déjà y avait consenti pour quelques cas, en 1904, les auraient déliés de l'obligation de s’abstenir, suivant la formule tradi­ tionnelle du non expedit, en vigueur depuis une qua­ rantaine d'années. En conformité A ccs Instructions, les catholiques accédèrent aux urnes, pour les élections législatives, en beaucoup d’endroits où les évêques jugèrent leur concours nécessaire. Les sectaires en furent irrités et répandirent l’or, à pleines mains, pour acheter des électeurs, dont les votes contrebalanceraient ceux des catholiques. A la corruption électorale et aux fraudes de tout genre se joignirent la violence, des scènes de pugilat, et des coups de couteau. En quelques endroits, dans les Pouilles, par exemple, non seulement le sang coula, mais il y eut des tués panni les électeurs. Néanmoins, plusieurs catholiques entrèrent au Par­ lement, et, malgré quelques progrès faits par les socia­ listes, les modérés curent la majorité. 2. L'autorité religieuse, qui avait donné aux catho­ liques l'autorisation de prendre part û la lutte élec­ torale, déclara qu'elle ne voulait pas que les députés catholiques entrés nu Parlement, y formassent un groupe, ou parti dit catholique. En conséquence, elle donna la formule qui allait caractériser leur action au sein de l’assemblée législative : cattolici d< putati, il; deputati cattolici, no; c'est-à-dire qu'il y aurait a la Chambre des catholiques députés; mais non des députés catholiques; en d’autres tonnes, H y aurait des hommes, qui, professant la religion catholique, seraient députés; et ceux-ci, dans leurs votes, agi­ raient toujours en confonnité de leurs croyances. Ils n'y formeraient pas, cependant, un parti; mais coopé­ reraient à la défense de la foi catholique, et à la reali­ sation des vœux des fidèles, par l'organisation de la société, suivant les principes catholiques. Leur but ne serait donc pas la conquête du pouvoir; mais seu­ lement une action défensive des suprêmes intérêts de la religion, de la morale, de la famille et de la société. Assez nombreuses furent, vers la même époque, les victoires des catholiques, dans les élections muni­ cipales. D’après la loi de 1895, les électeurs inscrits sur les listes électorales étaient 3 319 207; mais, en vertu de la nouvelle loi électorale du 30 Juin 1912, n 366, le chiffre des électeurs monta à 8 G77 243, avec un sur­ plus de 5 353 042, soit une augmentation de 240 p. 100, car on reconnut, alors, le droit de vote, même aux illettrés, pourvu qu’ils fussent Agés de trente ans accomplis. Annuario stulistico Italiano per 1912. La règle de conduite, dictée aux catholiques pour les élections de 1913, fut la même que précédemment : en règle générale, abstention; pour les cas particuliers, accession aux urnes, quand l’autorité diocésaine le jugerait opportun et le permettrait. Le nombre de catholiques entrés a in Chambre, fut double, et bien des modérés y entrèrent, grâce A l'appui des électeurs catholiques. Dans les collèges électoraux, où les catholiques eurent l’autorisation de voter, 3U p. 1U0 des électeurs 182 Inscrits vinrent aux urnes. LA, an contraire, où la défense du non expedit ne fut pas levée, le nombre des volants fut A peine de 50 p. 100, et quelquefois, beaucoup moins encore; â peine, parfols.de 25 p. 100. Sur 508 collèges électoraux, la défense du non expedit avait été levée dans 330, et maintenue rigoureusement dans 178 autres. 3. Le résultat de ces élections législatives était plutôt satisfaisant. Il eut sa ré per usston sur la muni­ cipalité sectaire do Rome, et sur son chef, le juif Er­ nest Nathan. Celui-ci donna sa démission, le 11 no­ vembre, et ses amis le suivirent dans sa retraite, après six ans d'administration aussi néfaste pour les finances de la ville, que pour les intérêts d'ordre supé­ rieur. Pour le même motif, se démirent les munici­ palités sectaires de plusieurs grandes villes, telles que Milan, Turin, Florence, Naples, Bologne, Girgenll et beaucoup d’autres. Voir, dans la Nuoca antologia, du 16 janvier 1914, l’article de F. Meda, député catholique, puis ministre, 1 cattolici Italian i e le ultime elezionl. Aux élections administratives qui suivirent, â Rome, la liste modérée et catholique fut élue dans son ensemble à une grande majorité. Le bloc radicalmaçonnique était pulvérisé. Il Cumpidoglio si é ripalito, le Capitole est redevenue propre, s’écriait-on, de toutes parts. L’ex-maire Nathan, complètement écrasé et abandonné, même de ses amis, n’avait pas même é*é élu, au dernier rang. Succès identiques de la liste des modérés et des catholiques, dans les élections aux conseils provin­ ciaux. Le parti de l’ordre triompha également A Turin, Gênes, Catane et autres grands centres de population. De même dans les villes importantes, telles que Bres­ cia, Crème, Padoue, Vercell, Trévlse, Hovigo, Modène, Plaisance, Sienne, Pistole, Novare, Chioggia, Fano, etc., etc. A Milan, cependant, les socialistes remportèrent. 3® Abolition du Non expedit, — 1. Comme tous les autres journaux de Rome, VOsserindore romano, le 20 janvier 1919, publiait le pro ranime d un nouveau parti politique, intitulé Partito pope lare italiano Sa constitution avait été concertée par des députés nu Parlement, par des membres des conseils provin­ ciaux et communaux élus par des catholiques, et par des représentants des organisations ouvrières, en vue des graves problèmes a résoudre qui se posaient, après la tin de la guerre terrible qui venait de troubler si profondément la société, en italic, en Europe et dans le monde entier. Cc nouveau parti faisait appel a tous les gens hon­ nêtes, et mettait en tête du programme, la liberté reli­ gieuse contre toute oppression sectaireI liberté reli­ gieuse. non seulement pour les individus, mais aussi pour l’Églisc, aihi qu elle pût, sans entrave d’aucune sorte, exercer sa haute mission spirituelle, À travers le monde; la liberté pour l'enseignement ù tous les degrés, sans monopole d’État; liberté pour les orga­ nisations de classes, sans préférences, ni privilèges, liberté communale et lo< aie, suivant les glorieuses traditions italiennes, opjmsécs a la centralisation a outrance; l’intégrité de la famille et sa défense, contre toutes les formes de démolition cl de corruption; la tutelle de la morale publique; l’assistance et la pro­ tection de l enfam c, etc. Cet Ideal de liberte et de décentralisation ne tendait pas a désorganiser l'Etat; mais il était essentiellement organisateur duns le renouvellement des énergies et de l'activité, qui doivent trouver au centre la coordi­ nation, la mise en valeur, la défense et le dévelop­ pement progressif. Ccs énergies doivent composer comme des groupements vitaux, aptes a arrêtrr ou â 1S3 ITALIE. ŒUVRES SOCIALES 184 modiPer let courants de désagrégation sociale et les toutes les associations catholiques, de quelque genre o .Halons provoquées par la lutte des classes et par qu’elles fussent, durent adhérer, non pas seulement ki révolution anarchique : on grouperait ainsi tous de nom, mais de fait, A VOpera dei congressi c dei les éléments de conservation t de progrès dont dis- comitati cattolici in Italia. Le programme de cette pose l’âme populaire, tout en respectant le principe vaste union comprenait : In diffusion de la bonne d'autorité indispensable pour l’unité et la force presse; les études sociales; les bibliothèques circu­ d’action. · Nous nous présentons dans la vie politique lantes; les caisses rurales; les questions d'économie avec notre bannière morale et sociale, disaient, en sociale; l'action catholique pour les élections admi­ flnhsant, les signataires du programme, en nous nistratives; l'inscription des catholiques sur les listes inspirant des principes salutaires du christianisme, électorales; les pèlerinages aux sanctuaires les plus qui consacra la grande mission civilisatrice de l'Italie; voisins, ou les plus vénérés; renseignement du caté­ mission, qui, aujourd'hui encore, doit resplendir, en chisme dans les écoles; les conférences populaires opposition aux tentatives de bouleversement anar­ contre le socialisme et contre les autres erreurs du chique rêvées par les démocrates socialistes, qui Jour; l’assistance, en corps, aux offices paroissiaux; veulent la matérialisation de tout idéal; en opposition l'adoration quotidienne du très saint Sacrement; les auvsl avec les efforts de ce vieux libéralisme sectaire, ligues pour le repos dominical et la sanctification des qui veulent faire, de la centralisation exagérée dans fêtes; les sociétés de secours mutuel; les cercles catho­ les mains de l’Etat, un boulevard contre les aspira­ liques; la défense des droits des œuvres pies; les tions légitimes d'affranchissement,.. » sociétés coopératives agricoles; la défense de la petite 2. Le péril d’une révolution anarchique ayant suc­ propriété; les salaires ouvriers; l’assistance person­ cessivement augmenté durant la guerre, et après la nelle des pauvres et des infirmes, etc. guerre, il ne semblait plus suffisant, pour sauver Toutes les réglons de l’Italie rivalisèrent dans ce l'ordre social, de dispenser, seulement pour des cas travail de reconstruction chrétienne de la société. Des pari indien, les catholiques de l'observation du non comités paroissiaux, des cercles catholiques, des asso­ expedii. Il convenait que toutes les énergies catho­ ciations de tout genre surgirent un peu partout. Pour liques fussent unies, dans un programme commun de être renseigné exactement A ce sujet, voir le Boltelvie et d’action. Le non expedit fut donc aboli, et divers lino del movimento cattolico, revue mensuelle, publiée journaux catholiques, entre autres VOsservatore romano A Bassnno. et VAvvenire d'J talia, firent savoir que, la question Grâce A VOpera dei congressi, les nombreux comités ayant été posée ù la S. Pénltencerie, celle-ci avait | paroissiaux, qui devaient s'occuper, dans leur région, répondu que les catholiques italiens pouvaient, sans I des œuvres sus-énoncécs, ne furent plus des associa­ aucune limite ni réserve, accéder aux urnes, pour les tions Isolées et autonomes, mais firent partie d’une elections législatives. En conséquence, VOsservatore seule cl grande œuvre, ayant sa hiérarchie et son romano, organe officieux du Vatican, exhortait tous chef suprême, le souverain pontife. De ce centre, ils les catholiques italiens A accomplir entièrement leur recevaient l'impulsion cl l’unité de vues. devoir, dans l’imminente lutte électorale. 2. Les régions du nord de l'Italie furent les pre­ S. Le résultat aux éleclions législatives générales mières A répondre A l'appel du pontife. La Vénétie, du 16 novembre 1919, dépassa toutes les espérances. A elle seule, comptait, en 1896, déjà 1 178 associations Les premières nouvelles officielles, aussitôt après le catholiques ainsi affiliées à l’œuvre des congrès. dépouillement des scrutins, dans les divers collèges La Lombardie et le Piémont marchaient de pair. Peu électoraux, annonçaient que 103 membres du Parti A peu le reste de ΓItalie suivit. De nombreuses lettres populaire avalent été élus, au premier tour, quoique pastorales des évêques rappelèrent au clergé, qu’il devait s'occuper avec zèle d'œuvres sociales. Le thème ce parti fût organisé, depuis quelques mois A peine. Il fut, dès lors, évideal que, si le parti populaire, s’ins­ général était : Il clero deve /inalmente uscire di sacrist ia. pirant des principes catholiques, n'avalt pas, dès sa On trouvera les détails de cet important mouvement première bataille, obtenu encore la majorité A la social, dans les ouvrages suivants : F. Crispoil!, 1 con­ gressi c l’organizzazione dei cattolici in J talia, in-8°. Chambre, il y constituerait, cependant, un groupe Borne, 1897; T. Vegglano, Il mouimmto sociale crispuissant, avec lequel il landrail désonnais compter, car il ferait pencher la balance, du côté où 11 se por­ tiano ne lia seconda melà del XIX* secolo, in-8Q, Vicencc, terait. 1) devenait ainsi, déjà, après une éclosion sou­ 1902; L. Mari, Dope qu indici anni d’azione cattolica daine. l’arbitre des destinées de l’Italie. Dieu veuille pralica, ln-8°. Milan, 1907; Hallacllc Delia Casa, que ces espérances ne soient pas trompées. La fin de Il movimento cattolico italiano. Note, commenti e ricordi la guerre européenne, en effet, n’a pas donné com- I storici, 2 in-8°, Milan, 1905; C. T., Manuale del pro­ paiement la paix intérieure A l’Italie. Il reste encore I pagandiste cattolico, in-8°, Florence, 1911. bien des nuages A l'horizon du ciel politique, et, dans 3. Cette trop grande centralisation ayant eu, cepen­ les esprits, bien des causes de profondes et graves dant, des inconvénients, Pie X, le 28 juillet 1904, perturbations. modifia cette vaste organisation et la rendit plus X. Œwkbs sociales des catholiques italiens. — régionale. 1· L'Œuvre drs congrts. — 1. A la suite d’une ency­ 2° L'Unlone popolare fra l cattolici d'Italia. — Le clique envoyée par Léon XIII A l'épiscopat italien, i 11 juin 1905, Pic ) publiait l'encyclique il ferma pro­ le 15 juin 1882, et de diverses lettres du même pape posito, au sujet de l'action catholique, en Italie, et lui aux évêques, au clergé et au peuple, le 15 octobre 1890, donnait, avec une nouvelle constitution, une impul­ le 9 septembre 1891, le 8 décembre 1892, le sion plus forte. Suivant les termes mêmes du docu­ 24 août 1895, Γ Œuvre des congrès fut fondée ou ment pontifical. V Unione popolare était destinée A réorganisée, afin d’opposer aux associations maçon­ grouper les catholiques de toutes les classes sociales, niques les associations catholiques militantes, qui mais spécialement les grandes multitudes du peuple, seraient groupées en un tout puissant. Le premier autour d’un seul centre commun de doctrine, de pro­ essai de ce genre remontait au mois d'octobre 1871. pagande et d’organisation sociale. Le pape insistait R. Delia Casa, Il moiunenlo caltoltco ituhano. N up, afin que les catholiques en vinssent A sc rendre aptes, commenti e ricurdi storict, 2 in-8·, Milan, 1905, t. i, par une meilleure organisation électorale, non seu­ lement A prendre une plus large place, dans la vie p. 342 sq.; C. T., Manuale del propagandiste cuUultco, administrative, en entrant dans les conseils des munlin-8-, Florence, 1911. Plus lard, de par la volonté expresse de Léon XIII, 1 clpalltés et des provinces, mais aussi dan· la vie poli- 135 ITALIE. ŒUVRES SOCIALES 186 les principes catholiques. Des associations de ce genre tique de la nation, qui pouvait, d'un jour A l'autre, sc fondèrent 5 Milan. Turin, Païenne et dans d'autres leur être ouxcrtc. Celte Uniant popolare ne tarda pas villes, jusqu'en Sanial;,nc. Elles sont toutes unies et a s’imposer à l'attention des amis et des ennemis. subordonnées au conseil central de Rome. Voir, A ce sujet, le magistral ouvrage du professeur Aim de former des jeunes gens, spécialement aptes Tonlolo, qui mit sa grande science au service de la h propager he principes chrétiens, on fonda, pour eux, bonne cause, avec une ardeur infatigable :L9Unione un cours d'études sociales, auquel seraient convo­ popolare Ira i cattolici dl lutin. Ru gloni, scopi, inci­ qués ceux qui paraîtraient les plus Intelligents et les tamenti, ln-8°, Florence, 1908. Citons également quelques autres ouvrages destinés A faire entrer ces plus capables d'exercer ensuite une Influence dans Idées dans les masses : T. D. Chicsa, L'Untone popolare la société. Les premières réunions de ce genre se tinrent, pendant le mois d’août 1919, A la célèbre spiegata ai conladint, In-8®, Albn, 1908; I. Imbcrcladori, L'Union? pojxdare /ra i cattolici d'ila H a. Manuale abbaye du Mont-Cassin. L'Idée, favorablement accueil­ teorico-pratico, in-8°, Home, 1909; Scraflno Marchetti, lie, trouva de nombreux adhérents. Un cours de ce L'ora present? e Γ Unione popolare fra l cattolici d’Italia, genre se tint, peu apres, A Païenne, et un autre, au mois d'octobre, dans le diocèse de Novare. ln-8°, Turin, 1910. 5” // Unione délit donne catloheh? ilaltane. — Cette 3® L9Unione economlco-sociale. — Cette société a association apporta au mouvement catholique le produit des résultats très précieux, mais, cependant, ne s'est pas développée aussi rapidement qu'on précieux concours de la femme chrétienne, en Halle* Son organisation, tout Inspirée des principes de fol, l’aurait désiré, et qu'on l'espérait. Il n’y a rien à de charité et de haute culture Intellectuelle, lui valut, reprendre dans les excellentes Idées et les projets en peu d'années, une influence «ons derat le, (ruelle exprimés par ses nombreuses circulaires. Elle a fait employa, avec énergie, persévérait» c e su ris, surtout des » ITorts louables pour le mouvement économique pour la revendication des droits de l’école et de la et qui curent pour iffet, entre autres, la fédération des banques catholiques; mais, pour des motifs, famille chrétienne· Un cours de haute culture sociale, pour les femmes Indépendants d’cllc-mêmc, les résultats ne furent pas des classes dirigeantes, lut inauguré, u Home, au aussi complets pour les or anisations professionnelles. mois de septembre lui7, et les rendit de plus en plus Un de ses plus grands litres de gloire, et, en même aptes à l'accomplissement de la mission qu’on pou ait temps, un des plus grands services qu'elle ait rendus attendre d'elles. Les dames ou jeunes tilles vinrent aux catholiques, dans le domaine théorique et pra­ y assister, pendant plusieurs semaines, de toutes les tique, est l’institut ion de la Scuola sociale de Bereamc, parties de l'Italie, et même jusque de h SI île. Ces d’où sortirent tant d’hommes parfaitement outillés personnes, choisies avec soin et spécialement ins­ pour la propagande des idées saines cl fécondes. Cette truites, sont destinées à former, un peu partout, école sociale, objet d’une particulière bienveillance comme un noyau de propagandistes intelligentes, de Pie X, a mérité également la bénédiction spéciale de Benoît XV. Voir, A ce sujet, la Rivista interna­ éclairées et sûres. Parallèlement à cette association de dames catho­ tionale, septembre 1910, novembre 1913 et jan­ liques, Donne caltoUche, comprenant les femmes vier 1914; et VAzione sociale, août 1915. Notons éga­ mariées, et celles qui, sans l’être, avalent dé ’tsé lement la fondation, en 1912, de V Unione euttohea del lavoro. 35 ans, existait la Societù délia ffioventù fr:vunte cattolica tlalinna, comprenant les jeunes tilles non 4° La Soclctà delta giooentù cattolica. — Fondée, le 18 février 18« 8, cette société a pour but de grouper mariées, jusqu’à l’û ’c de 35 ans. L’une cl l'autre de tous les Jeunes gens catholiques d’Italie, en vue de la ces deux sociétés s'étant beaucoup développées, on conçut le dessein, pour coordonner leur action et la lutte contre les ennemis de Dieu, de l’Église et de la rendre plus efficace, de les réunir, sous le titre général patrie. C'est elle qui, en 1871, dans une de scs réunions de Unione /emminile cattolica italiana, tout en hissant A Venise, donna occasion à la fondation de l'œuvre des à chacune d’elles son titre particulier et son auto­ congrès. HaiTnello della Casa, Il mooimenlo cattolico nomie. Ce projet fut approuvé par le souverain pon­ itahano, 2 !n-8n, Milan, 1905, t. r, p. 342. Pic X voulut qu’elle recueillit, dans scs rangs, les nombreuses pha­ tife et communication officielle de cette approbation souveraine fut faite, le 16 septembre 1919, par une langes de jeunes gens catholiques, qui s’élaicnl orga­ lettre du cordinal-sec ré taire d’Élat Λ la marquise nisés dans divers diocèses d’Italie, et suscita d'autres adhésions. A partir de ce moment, elle multiplia les Patrizi, présidente de l’œuvre. Dans une audience, cercles de Jeunes gens, et organisa de très belles et qu’il accorda, le 22 octobre suivant, A une nombreuse nombreuses manliest allons de piété, de charité cl de délégation de la nouvelle Union? /emminile cattolica dévouement envers le Saint-Siège. En même temps, italiana, le souverain pontife Benoit XV, dans un elle se donna un programme nettement social, et magnifique discourt, exposa en termes élevés quel adapté aux temps nouxcaux. Comme la branche devait être l’.ipnslolal de la femme chrétienne, nu Italienne des boyscouts, appelée Carpo nationale degli milieu des dillicullés sociales du temps présent. Cf. Anon? cattolica /emminile, in-8®, Home, publication exploratori itatiani, en était arrivée A exclure, sinon de ses statuts, du moins de la pratique, tout exercice périodique, commencée en 1910 et continuée depuis. religieux, le conseil directif de la Società delta qiooenlù Outre les nombreux ouvmgci cité* dan· le cours d· cattolica italiana, d’accord avec la Fcderatione d»tt? l’article, on consultera avec fruit les auteurs suivants : associationi sportio? caltoliche Italian?, fonda, en 191 G, I uhelll, l'alla sacra, liât de episcopis Halhr et Insularum 1rs (/louant espluratori cattolici, qui, le 22 avril 1917, admcenUum, 9 In-lol., Home, 1612-1662; tel ouvrage, plein lin ni. pour la première fols, leur apparition dans d’érudition, décrit l'origine de chaque Église et donne la les rues de Borne, nu nombre de plus de 200, avec série des évêques. Il n été réédité par Oiletti, 10 in-fol , leur uniforme cl leurs bannières de diverses couleurs. Venlte. 1717-1733. Julius Ambrosius Lucrntius en n donné Ainsi s'établit, avec son caractère propre et Indépen­ un ibrégê, llalla sacra F. Ughrlli In epitome redacta .2 in-Fol.. Home, 1677-170-1; Muratorl, Armait ιΓ IIal la, dal principia dant, V Associatione scoutistica cattolica italiana, dell*era crhluma ilno ull'anno ÎTJ9, Η iu-4*. Lucques, 1ί62A. S. C. /, dont le conseil central a son siège a Home, 1770; ouvrage continué jusqu’en 1827, 40 ln-8·, Florence, 70, via délia Serofû. C» lui-ci n publié divers opuscules 1827; Mnzochi, De sanctorum Neapolitan* Ecclesi* epls· pour faire connaît rc l'œuvre cl la dé\ eloppcr. A Gênes, capneum cultn, 2 Ιη-ί·, Naples, 1752; Léo. llhbdrc d*Halle, paraît également, tous les quinze jours, une revue .*» in-8·, Berlin, 1829-1 S.»0; traduction française par Durhrz, périodique, VEsptoralore, franchement inspirée pur 3 lo-8·, Paris, 18J8-1840; CapprtietU, Le Chine ιΓΗαΙΙα, 187 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, ANTIQI HÉ IFS le sacrifice; sur In résurrection; sur la Trinité; sur l'incarnation; des commentaires sur diverses parties de l’Écrilurc sainte, etc. P, L., I. xi, col. 253-528. Λ la même époque, vivait saint Eusèbe, évêque de Verceil, mort vers 370, et si connu par son zèle pour 1a défense de la fol catholique contre Arius, non moins que par les persécutions qu’il cul Λ subir, de la part de l’empereur Constance. Scs ouvrages se composent de plusieurs lettres, d’une profession de foi sur la Tri­ nité et d’une copie de la célèbre version italique des Écritures, dont on sc servait dans l’É lise, avant que saint Jérdmc n’eût publié la sienne, ou Vulgate. P. L.t t. xn, col. 111-969« Contemporain des deux précédents, fut saint Phi­ lastre, évêque de Brescia. Il fut en relation avec saint Ambroise et saint Augustin, et mourut vers 381. On a de lui : Liber de h&resibus, où 11 traite successive­ ment des hérésies qui ont paru, avant et après l’avè­ nement du Christ, P. L., I. xn, col. 1111-1302. Luciler, évêque de Cagliari, en Sardaigne, de 347 Λ 37!. Son éloquence le rendit célèbre, niais l’emporta trop loin, comme son zèle outré, qui le fit tomber dans le schisme. On a de lui Dr non conveniendo cum haereticis, ad Constantium Imperatorem liber; De regibus apostaticis; Pro sancio Alhanasio libri duo; De non parcendo in Drum dclinqurntibus liber; Morien­ dum esse pro Dei Filio, ouvrages adressés, coinme le premier, à l’empereur Constance. P. L., t. xin, col. 7671050. Hilaire, originaire de la Sardnigne et diacre de T. Ortolan. I l’Église romaine, mort avant 379. fut plus exagéré II. ITALIE. PUBLICATIONS DES AUTEURS encore que Lucifer dans sa réaction contre Γona­ CATHOLIQUES SUR LES SCIENCES SACRÉES. nisme. — 1. Durant l'antiquité chrétienne. 11. Au moyen âge, | 3. Mais le plus célèbre des écrivains ecclésiastiques, au v· au xv· siècle (col. 188). III. Durant les temps en Italie, nu ιν· siècle, fut incontestablement si*Int modernes, du xvi· au xx· siècle (col. 213). Ambroise, né vers 340, et évêque de Milan, de 374 à I. Durant l'antiquité chrérenne. — 1° Écrits I 397. On a de lui de nombreux ouvrages exégéliques, du papes, — Nous ne les passerons pas en revue; des traités sur presque toutes les matières du dogme Ils sont étudiés sommairement dans les articles con­ et de la morale, ainsi que des hymnes. P. L., t. xivsacrés à chacun des papes. xvii. Les écrits des premiers papes sont exclusivement i 4. Suint Chromatlus, consacré évêque d’Aqnilée des lettres, que l’on trouvera soit dans Mansl, Conci­ par saint Ambroise, en 388 · Tractatus singularis, lia, (. 1, suivant l’ordre chronologique, soit dans l’une ’ seu sermo de octa bratitudinibus; plus dix-sept traités cl l’autre des Patrologies grecque ou latine. Mais il j In Evanqetium sancti Matlluci. P. L., t. xx, col. 323ne faut pas admettre sans un sérieux examen Pau374. thcnllclté de tontes ces pièces. Un bon nombre, sur­ 3® Écrivains laïques, avant traité des sciences sacrées. tout celles attribuées aux paprs les plus anciens des | — 1. En première ligne, paraît Minu lus Félix, né n· et ni· siècles, sont des documents apocryphes, fa­ probablement en Afrique, mais qui ilorissait à Borne, briqués de toutes pièces par l’auteur des Fausses encore qu'il soit difficile de dire Λ quelle date. Son Décrétales Voir t. iv, col. 212 sq. ouvrage, extrêmement remarquable, est intitulé Octa L< mieux est de consulter P. Jatte, Regesta Ponti­ vins, parce que, composé sous forme de dialogue, c’est ficum Romanorum, 2· édit., Leipzig, 1888. On y trou­ le personnage Octave qui réfute victorieusement tous vera signalées toutes les pièces connues dircctcmmt les arguments du païen Cccilius. P· L., I. m, col. 231ou Indirectement, attribuées aux papi s jusqu'à Inno­ 366 cent 111 exclus (1198). Des signes conventionnels si­ 2. A h fln du iv· siècle, vers 397, un auteur, dont gnalent lespiée s douteuses ou inaulhentiques ; chaque on connail très peu la vie, Quintus Julius Hiiariunus, pièce est accompagnée de quelques lignes d’analyse nous a laissé deux traités qui ont une certaine impor­ d Y Incipit, it de l’indication des recueils où on peut tance. Le premier est une Chronologie, sioe hocllus la tf ouver in extenso , dr mundi ducatione; le second est intitulé : Expositum 2· Écrivains ecclésiastiques. — 1. Le plus ancien j dr dir pasclue et mensis. P. L., t. Xlii, < ol. 1098-1114. connu est Cnius, presbyter romanus, qui vécut durant Vers la même époque. Cælius Sedulius, philosophe le pontificat de salut Zéphyrln, au commencement et poète, composa le Carmen pascale, divisé en cinq du m· siècle, vers 212. H nous reste de lui divers frag- | livres et Vüpus pascale, en prose. P. I.., t. xix,col. 533L ents de scs controverses avec les hérétiques de son 78G. Citons également Valeria Faltonia Proba, femme temps, conservés par Eusèbc, dans son Histoire ecclê- ! du proconsul Adelilus, qui, vers l’an 400, avec des siush^uc, L 11, c. xxv ; L 111, c. xxvui, χχχι; I. V, i vers empruntés a Virgile, composa un poème chré­ c. xxvni, P. G^ t. x, col. 25-36. Dans le milieu du tien, sous ce titre : Centones Virgiliani ad testimonium ni· siècle, flurUsalt Hippolyte, l'antipape rival de Vet· ris et Novi Testamenti. P. L.,t. xix, col. 803-818. II. Au MOYEN AGE. — l. DO F· Aü X* BlfiCI.K. ---r.albste. Voir l. vi, col 2487-2511. 2. Ven le milieu du iv· siècle, saint Zénon, évêque Ie Écrits des papes, —- 1. A partir de cette époque, les de Vérone, probablement entre 362 et 371. Il nous est lettres dogmatiques et disciplinaires des papes se re*té delui des traité* dogmatiques, assez considérables, multiplient. Elles sont réunies, pour la plupart dans sur les vertu* théologdes et cardinales, ainsi que sur la Patrologie latine, t. xx sq. Parmi les prin-’i nies celle* qui leur sont annexe*; sur les vices opposés; sur I citons celles de saint Célestln 1« (422-432), adressées dalla hm f*rtglne Uno ai nrttrl jlocnt, 23 In-4·, Venise, 1814-1870; G. BalufTI. La Chksa rnmana rtcnnosctuta alla i a rartla verso il pmsstmo per la rrra Chiera dl Gesù Crhtn, ln-8·, Inioh, 1854; Qinlù. Storia degll Italian!, 4 ln-8·. Turin. 1864; traduite en françah par Jjicombc. 12 ln-8·. Part*, 1859-1861 ; Delia Marmora, Description statistique, phutlque et politique de la Sardaigne, 5 in-8·, Turin, 1370; Maitran, Bette anf der Intel Sardlnten, in-8·, Leipzig, 1X69. Zeller, liblalre de l'Italie, in-8·, Paris 1875; Morlchini. Degll tstitutl dl cartfà per la fuii/itenta e l'educazionr de! pwtri e det prlgionirri (n Borna, in-8·, Home. 1890; Armellinl Mariano, Is Chine dl Borna, dalle loro origini, lino al irealo XV/, in-8·, Home, 1877; Annuario délie scienze turldkhe, toefah e polltiche, 4 ln-8·. Milan, 1881-1884; Sivlo, GU antlehl tresctwl (Γ liaita, ln-8·, Turin, 1899;O>ssu, L'Isola dl Sardrgna, ln-8·. Rome, 1900; Salvloli, I* Decime dl Slrilia e specialmento dl Glrgentl, ln-8·, Palermo, 1901 ; Deni* Gulbcrt, Home au XX· siècle, ln-8·, Parti; Mgr Bnttandier. Annuaire pontifical catholique, ln-8·, l*arls. 1919; Annuario stathtlco Italiano, in-8·, Rome, 1917; Annuario 1 Italiano generale ammintstraUvo, politico e religioso. An· nuario ecclesiastico d'Italia, in-8·, Rome, 1918; Annua­ rlo pontificio fpubblkazlone ufjiclale) ln-8·, Rome. Cet annuaire commença en I860; mais, en 1872, il prit pour titre : La Gerarchia cattolka, la capella e la famiglia ponti­ ficia, con appendice dl altre notlzle rlguardanti la santa tede; depuis 1899, il ajouta nu titre l'adjonction ; Edlzione ufflduk; Annuario della stampa itallana, ln-8·. Milan, 1902; Annuario nuoi>o della stampa periodica d*Italia, ln-8·. Milan. 1905; Diario romano, in-12, Rome. 1921 ; .4duapos­ tolic* sedis. Commentarium officiale, in-fol., Rome, 19061921. pour Ici actes oil'clcli des souverains pontifes. Pie X, I et Benoit XV concernant l'Italie. 189 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, MOYEN AGE à saint Cyrille d'Alexandrie pour louer son zèle à défendre la vraie fol, cl dans lesquelles H condamne Nes tori us; celles adressées, dans le même but, à Neslorius lui-même, au clergé et au peuple de Constan­ tinople; deux adressées au concile d Éphèse, et une à l'empereur Théodose. P. L., t. l, col. 427-557. Son successeur, saint Sixte Π 1 ( 132-410), écrivit aussi plu­ sieurs lettres à saint Cyrille d'Alexandrie et aux évêques d’Orient, au sujet de la condamnation de Nesturius. P. L., t. l, col. 385-626. Mais celui qui attire le plus l'attention, au v· siècle, est incontestul 1 cm eut saint 1-éon le Grand (440-161). 11 nous reste de lui une centaine de sermons fort remar­ quables par leur fond et leur forme littéraire, P. L., t. uv, col. 137-520; près de deux cents épîtres, P. L·, t. uv, col. 551-1263. Le Liber sacramentorum romance Ecclcsite, ou sacramen taire h oairn n'ist qu'une col­ lection privée, formée cl disposée avec peu d'intel­ ligence. P. L., t. lv, col. 21-156. Les lettres des papes de la fin du v· siècle ont été éditées au xix· siècle par Thlcl, Bpistolœ romanorum pontificum genuinte, t. i, A S. Hilaro usque ad S. Hormisdam, Braunsberg, 1868. L'entreprise n'a malheureusement pas etc continuée. 2. Panni les nombreuses lettres disciplinaires cl dogmatiques des papes du vi· siècle, signalons celle du pape Vigile, pour l'approbation du V* concile général, en grec cl en latin, et la constitution pour la condamnation des Trois Chapitres. P. L., t. lxjx, col. 15-177. Mais le plus illustre de tous est, sans com­ paraison, saint Grégoire le Grand, pape de 590 5 604. On a de lui : Moralium libri, seu Expositio in librum Job, ouvrage de longue haleine, divisé en 35 livres, P. L., t. lxxv, col. 509-1162; t. lxxvi, col 9-781; quarante homélies sur Ézéehlcl. P. L., t. lxxvi, col. 785-1312; Liber regula pastoralis; Dialogorum libri quatuor; Epistolarum libri quatuurdicim. P. L., t. Lxxyn,col. 9-1327; Commentarii in librum 1 Regum; Expositio super Cantica canticorum; Expositio in psal­ mos panttmtiates ; Concordia testimoniorum sancta Scriptura. P. L., t. lxxix, coi. 9-683. 3. Au début du νπ· siècle, signalons le décret du pape saint Boniface IV, dans le concile tenu Λ Borne, sous son pontifical. P. L., I. lxxx, col. 103 sq.; Mansi, ConciL, l. x, col. 503 sq. Vers le milieu de ce siècle, du pape saint Martin 1er (649-655), dix-sept épîtres, dont beaucoup sont en grec et en latin. Elles ont toutes rapport à la condamnation du monothé· lismc, et aux persécutions auxquelles le saint pontife fut en butte, pour cc motif. P. L., t. lxxxvii, col. 119211. 4. Les nombreuses lettres et décrétales des papes du vm· siècle, sc trouvent réunies dans P. t. lxxxix, xcu, en 5. Au ix· siècle, signalons le Liber diurnus romanorum pontificum, ou formules dont les souverains pontifes sc servaient au commencement cl a la tin de leur*· lettres, aux v·, vir. vm· cl ix· siècles, ainsi que celles employées pour les ordinations des papes, des évêques et les professions de fol P L., I. cv, col. 21-119; Supplementum libri diurni romanorum pontificum, col. 179-187. Les autres lettres et décré­ tales des papes de ce siècle, sont réunies pour la plu­ part dans P, L., t. cv, col. 645 sq.; I. evi, cxv, cxix, cxxii, cxxvi, cxxix et cxxxi, col. 28-40, ces dernières renferment un canon sur l’élection des papes. 2° Ecrivains ecclésiastiques. — 1. Paulin, clerc de l'Eglise de Milan, vers 408, écrivit une Vie de saint Ambroise et divers traités, entre autres un Libellas de benedictionibus patriarcharum. P. L., t. xx, col* 704731. Saint Gaudencc, disciple de saint Philastre, et. après lui, évêque de Brescia, en 420. On a uc lui 190 vingt traités ou sermons sur l’Exode et les Évangiles, plus un panégyrique de saint Philastre, P. L., t. xx, col. 843-1003. Bu fin, prêtre d’Aquiiée, mort vers 410; d'abord ami de saint Jérôme, puis son adversaire; compilateur fervent et traducteur infatigable, il a mis une partie de» trésors de la culture gnçque â ia disposition de> Latins. P. L.t t, xxi, coi. 295-1155. Julien, évêque d’Eclan , dans le rovaume de Naples, en 115,1c plus ferme soutien du pélagianisme, l'adver­ saire h plus redoutable de sologuc, évêque de Bas cime, de 430 a 450. On a de lui près de deux cents sermons qui jusliüent sa grande répu­ tation d’éloquence. P. L., t. ui, coL 183-680. Saint Valerianus, évêque du nord de ΓItalie, près du ter­ ritoire qui lut, plus tard, le comté de Nice, vers 450. On a de lui une vingtaine d’homélies et des lettres aux moines sur l'ascétisme. P. L·, t. ui, col. 691-757. 1 Saint Nicéias, évêque d'Aquilée, en 414. Tractatus de ratione fidei; De Spiritus Sancti potentia; De dioenis appellationibus D. A’. Jcsu Christo convenientibus, Erplunaiio symboli. P. L,, l. Ub coL 847-875. Uraniui prêtre, discipie de saint Paulin de Noie, a la mort duquel il assista, en 131, écrivit, quelques années plus tard, sous forme de lettre a Pacatus, une narration I De obitu sancti Paulini. P. L., L lu, col. 879 sq. EusI thalius, dans le milieu du v· siècle, traduisit, du grec en latin, avec une rare élégance, nu dire de Lassiodore, les neuf homélies de saint Basile le Grand sur l'ITexainéron. P· L., I. un, col. 867-965. Saint Maxime, évêque de Ί urin, vers 465, a laissé surtout des prédica­ tions que l'on a classées bien arbdr.Jremt nt en homiliæ, sermones, traedatus. P, L., t. lvu, col. 849958. Jean, diacre de I E lise romaine, vers la tin du v· siècle. Epistola ad Senanum, virum illustrem; Dé variis ritibus ad baptismum pertineidibus, et ahii obscrihitionc dignis. P. L., t. ijx, coL 399-406. Saint Paulin, clique de Noie, de 410 â 431. On a de lui cinquante lettres et trente-six poèmes sur des sujets religieux P. L., t. lxi, col. 153-767. Paschasius, diacre de l’Église romaine, avait composa un lra.lt De Spiritu Sancto, mais celui qu’on lit sous son nom, P. L., t. Lxn, coL 11-39, n’est pas de lui in.*:s doit être restitué ù Fauste de Bi* z. 2. Au vi· siècle, Ennodius Magnus Felix, évêque de Pavie, dans le nord de l'Italie, en 521. On a de lui un grand nombre de lettres, réunies en neuf livres, dix opuscules cl deux li\res de poésies latines P. L., t. Lxni, col. 13-363. Trifolius, prêtre ven» 520, Epis­ tola ad beatum Faustum senaton m, contra Joannem scytham monachum P. L·, l. i.xm, col. 533-537. Saint Laurent, évêque de Novare, vers 540 : deux homélie· De peenitentta et eleemosynu; plus un livre De muliere chanuiuva. /*. L., t. lxvi, col. 89-124. Saint Benoit, mort vers 513, fondateur de l’ordre bénédh lin, Regulo cum commentariis. P. L·., t. lxvi, col. 215-932. Alberlc, diacre. Sermo in sanctam Scholasticam. P. L., t. lxvi, col. 912-950. Denys le Pelil, ne en Scythic, mais moine el abbé romain, ami de Cassiodorc, mort vers 556, seconda de tout son pouvoir les tentatives fuites pai Cussiodore pour restaurer la science et les Ici 1res dans l'Italie dévastée pur les Barbares. Comme tra­ ducteur, il mit à lu disposition des Latins un certain nombre de textes grees. Mais 11 est surtout h* fonda­ teur du droit canonique latin, par les compilations où il a rassemblé les canons des anciens concihs et les décrétales des papes à partir du v· siècle. Il est De tempore, et une centaine De sanctis, plus des col. 965 sq. é’’lires et des poésies sur des sujets pieux, col. 11592. Au vi* siècle. Le comte Marcellin, romain d’ori­ lt03. Saint Paulin, patriarche d’Aqullée, vers 776, gine, qui vivait au milieu du vi· siècle, a écrit une Lib'llus sacrosyllubus contra Elipandum; Epistola ad chronique qui va du commencement du règne de Hdslulphum; Liber exhortationis ad Hcnricuni comitem Théodose l’Anrlen jusqu’à In huitième année du règne Furojultensem; Concilium Forojuliense a Paulino in de l'empereur Justinien, embrassant ainsi une période cou a sacra sunclx Trinitatis et incarnationis divini de 156 ans. Il y donne des détails très intéressants sur Verbi congregatum; Contra Felicem Urgellita num j Constantinople et sur Jérusalem. P. L., t. u, col. 913episcopum libri 1res; Carmina, hymni et rhyth .u; Epis­ 948. Rusticus Elpidlus, médecin de Théodoric, roi tola ad Carolum Magnum; De gestis in synodo qux des Goths, homme de race noble, ex-queslcur et poète celebrata est apud Altinum, anno DCCCVt. P. L., chrétien : Jn historiam Testamenti Veteris d Novi car­ t. xav, coi. 151-519. mina; De Christi Jesu beneficiis carmen. P. L., t. lxh, 5. Au ix· siècle. Claude, évêque de Turin, en 840, coi. 543 sq. Elpls, épouse de Boéce, vers 525, com­ Libri informationum lilterxet spiritus super Levit tcum, posa deux hymnes en l'honneur de saint Pierre et de cd l heudemirum abbatem; Quxstiones super libros saint Paul, qui se trouvent encore dans le bréviaire Regum; PrxfaUo in catenam super sanctum Matlhxum; romain. Boècc, Anicius Manlius Severinus, sénateur, Prx fatio in commentarios suos ad epistolas Pauli patricien et consul, exilé, puis mis A mort, en 525, apostoli; Prxfatio Expositionis in epistolam ad Ephe­ ά l'ûge de cinquante ans, par le roi arien théodoric. sios; Enarratio in epistolam divi Pauli ad Galatas; Ses œuvres philosophiques sont considérables : De. ExpostUo epislolx ad Philemonem; Breves chronica. consolatione philosophin· libri quinque, ouvrage écrit P. L., I. αν, col. 617-927. Hilderlc, abbé de Mont- partie en prose, partie en vers; De unitate et uno; Cn> tin, en 831, épttre en vers. P. L., t. cv, col. 761 sq. De arithmetica libri duo; De musica; EuclidisAïegarcnsU Authpert, abbé du Mont-Cassln, en 837, Sermo de geometriex libri duo in lutinum translati; Commen­ sancto htatlhm) P. L., t. cxxix, col. 1023-1031. taria tn Porp’ajrum a se translatum; In categorias Maxcnve, patriarche d’Aqullée, en 840, Epistola ad Aristotelicis llbri quatuor, etc. P. L., t. lxiii, Car lum Magnum, de significatu rituum baptismi; col. 547-1364; L i.xiv, col. 71-1209. Ses œuvres théo­ Colbcianea de antiquis ritibus baptismi, P. L., L evi, logiques, quoique moins étendues, sont, néanmoins, coL 51-57. Agnellus, ou André, abbé de Sainte-Marie Importantes : /><* duabus naturis et una persona Christi, et de Saint-Barthélemy de Ravenne, en 842. Liber contra Eutychen et Nestorium;De unitate Dei; Quomodo poi fi .fu complectens vitas etrurn gui floruere a Trinitas unus Deus sit et non 1res Du; An Puter, Filius et Spiritus Sanctus de divinitate substantialiter Sancti Apollinaris tempore usque ad Georgium; c'est praedicentur? Brevis complexio fidet, etc. P. L., t. i.xiv, le Liber Pontificalis de Ravenne. P. L., t. evi, coi. 1247-1412. Caulodore Magnus Aurelius, né en coL 459-751. Angllbert Pusterla, archevêque de Ml- 193 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, MOYEN AGE Calabre, sénateur» et ministre. Outre un grand nombre dr lettres, groupées en douze livres, on a de lui : Histian cccliïiaHlqiir, appelée tripartita, parce qu'elle est composée d'après relies, en grec, de Sozomène, de Socrate et de Théodore!; puis une Chronica ad Theodoricum regemel unrompul pascal P. L.,t. lxix, col. 501-1250. O n'est ΙΛ, cependant, qu'une partie de son œuvre immense· Dans sa studieuse retraite du monastère, fondé sur ses domaines, et où il vécut jusqu’il quatre-vingl-licize ans. Il produisit sans cesse de nouveaux écrits : Expositio in Psalterium; Expo­ sitio in Cunlicum; De institutione divinarum litterarum; De artibus et disciplinis liberalibus; Commentarium de oratione et de octo partibus orationis; De orthographia; De anima; Complexiones in Epistolas et Actus apos­ tolorum, neenon in Apocalypsim. P» L., L lxx, col. 91 121. n. nu x· au xn· 8IÈCLB. — 1· Écrits des papes. — Les très nombreuses lettres et décrétales des papes de cette période, sont très Importantes, pour l'histoire du droit canon. Elles sont réunies dans plusieurs volumes de la P. L. Voir toujours Jaffé, Regesta. 1. Pour le x· siècle, t. cxxxi, cxxxm, cxxxnr, cxxxvn, Λ la lin de ce siècle, brilla le célèbre Gerbert, Sylvestre II, dont les principales œuvres sont : De numerorum divisione; Libellus de rationali et ratione uti; De rebus ecclesiasticis; Epistole·, diplomata et decreta pontificia; Carmina. P. L.t L cxxxix, coi. 85-287. 2. Au xi· siècle : P. L., t. cxxxix, coi. 1495-1638; t. exu, exuji, cxLVi. Dans la seconde moitié de ce siècle, on remarque tout particulièrement le Rcgislrum de saint Grégoire Vil (1073-1085), recueil de très nombreuses lettres, divisé en onze livres, dont le dixième manque. On a de lui, en outre : Epistolæ extra regislrnm vacantes octoginta tres; Decreta; Con­ cilia romana. P. L., t. cxlvhi, col. 285-821. Apiès lui, on a de Victor III, son successeur (1086-1087), A’justotic; Concio ad synodum Beneventanam; Dialogi, P. L·, t. cxmx,co1. 361-1018; cl du bienheureux Urbain II (1088-1099), doux cent quatre lettres et privilèges, plus huit discours. P. L., t. cij, col. 283-581. 3. Au xn· siècle. Plusieurs milliers de lettres pon­ tificales, diplômes, privilèges, décrets et décrétales. P. L., I. CLXHI, (XXVI, clxxix, clxx, CLXXVm, ccccn, cav, ccvi. Ce siècle, si actif, sc termine glorieu­ sement par le Rcgistrum très import ant d’ Innocent 111, pape de 1198 Λ 1216, et comprenant plus de quatre mille lettres cl décrétales des plus utiles pour l'his­ toire ecclésiastique de ce temps, comme aussi pour In genèse et le développement du droit canonique, P. L„ t. ccxiv-ccxvn, édité par Baluze, 2 in-foL, Paris, 1682. A partir d'innocent III, le travail de Jaffé est continué dans A- Potthnst, Regesta Ponti­ ficum Romanorum, 2 vol. Ιη-4·, B rlin, 1874-1875, qui poursuivent le dépouillement des lettres ponti­ ficales jnsqu’à la fin du règne de Boniface VI11, 1303. On a encore d’innocent III soixante-dixneuf sonnons et plusieurs traités surdes matières de dogme, de morale et d'ascétisme : par exemple, De conti mptu mundi; Dialogus inter Deum et peccatorem ; De sacro altans mysterio libri sex; De eleemosyna, etc. P. L., I. ccxvu, coi. 309-967. 2° Écrivains ecclesiastiques. — 1. Au χ· siècle. Alto, évêque de Ven cil, en 960 : Capitulare; De pressuris ecclesiasticis libellus; Exposilio in epistolas Pauli; sermones. P. L., t. cxxxiv, coi. 27-893. Gumpoldus. évêque de Manluue, en 083, Vis de Vencestas, duc de Bohtme, t. cxxxv, coi. 899-943. Ralhicr, évêque de Vérone, en 974, Proloquiorum libri sex; Phrenesis; Exhortatio et preces; Liber apologi ticus; Epistola; Sermones, t. r.xxxvi, coi. 145-768, Lultprand, évêque de Crémone, en 972, Historia gestorum rt gun et impera­ torum, sive Antapodosis; De rt bus gesti* Oltsuis Magni PICT. DE TIIÉOL. CATHOL. 194 imperatoris ; Relatio de legatione Conslnntinopatitana l. cxxxvt, coi. 787-937. Lultprand, diacre de Pavle, Chronique depuis 606 jusqu'à 060, I. < χχχντ, col. 9371133. Gezo, abbé de Torlone, en 984. Liber de corpore et sanguine Christi, L cxxxvn, col. 371-406. 2. Au xi· siècle. Benoit, moine de Saint-André, sur le mont Soracte, en 1001, Chronicon; De imperatoria potestate in urbe Roma. P. L., L cxxxix, coi. 10-57. Jean, diacre de Venise, en 1003, Chronicum Venetum; Chronicon Grodense, t. cxxxix, col. 871-955, Saint Homuald, abbé, fondateur de l'ordre des earn :i Mules, en 1027, Expositio psalmi LXV1U,C cxl, col 1125 sq. Gui d'Arczzo, abi>é de Sainte-Croix d'Avellino, ea 1034, Micndagus de disciplina artis music*; Versus dr mu* ici» ixphinatlorie; Music* regul* rhythmic*; Alne regnhr de ignoto cantu, etc., t. exu, cot 379443. Dominique, patriarche d'Aquilée, ven 1050, Epistola ad Petrum Antiochenum, t. exu, coi. 14551458. Theuzo, ermite et moine de Sainte-Marie de Florence, en 1057, Prologus expolitionis regul* sancti Putris lient dicti, t. exuv, coi. 845 sq, Jean, évêque de Sabine, en 1059, Querimonia contra Farfenses monachos, t. exun, coi. 909-929. Humbert, car­ dinal et évêque de Sainte-Buhne, en 1061, Contra Græcorum calumnias; Adversus simoniocos, l. exurr, coi. 929 1213. Adclmannus, évêque de Brescia, en 1061, Epistola ud Berengarium; De rucharisli* sacra­ mento, etc., t. cxliii, coL 1289-1302. Étienne, cardinal en 1068, délégué du pape au concile de Tours, Canonrs concilii Turoncnsis, etc., t. exun, coL 1409 sq. Léon, évêque d'Attino, en 1079, De inventione corporis B. Marci martyris, etc., t. cxuii, coL 1415-1 131. Saint Adrialdus, diacre, martyr a Milan, en 1066; trois discours, coL 1431 sq. Saint Pierre Damien, cardinal, mort en 1072, Epistolarum ibri octo; Ser­ mones; Opuscula; Carmina; Collectanea in Vetus Testamrntum,et plusieurs vies de saints,Lc*LV,coL2tK 1180. Saint Jean Gualberl, fondateur de la congré­ gation de Vallombrcuse, près Florence, en 1083, Preces; Epistola ad fratres, t. cxlvi,co1.700 sq. Amuite, clerc de Milan, en 1079, Gesta episcoporum Midiolanensium, ab anno 9X3 ad annum 1077. P. L·, l. cxLvn col. 286-331. Landulfc le Vieux, clerc de Milan, de 1045 à 1050, Catalogus archlepiscoporum ALdmlanensium; Historia Mediolanensis, t. cxLvn, coL 818970. Alphanus, évêque de Snlernc, en 1085, Carmina; Sermo in evungelium: Cum transiret Jesus, etc.; Vita et passio sand* Christine, t. cxLvn, col. 1213-1293. Gualicrius, moine du Mont-Cassln, en 1084, Carmina; Vita sancti Secundi; Vita sancti Lucii pap*, t. cxlvii, coL 1219-1314. Donlzon, prêtre. Poema de vita comitiss* Muthildis, t. cxtvui, coi. 949-103»». Saint Anselme, évêque de Lucques, en 1085, Libri duo contra Guiberlum anti papam; Collectanea ou extraits divers; Collectio canonica, in libros duodecim distri­ buta, L exux, coi. 445-633. Guillaume d'Apulie, historien et poète vers 1U99, Historicum poema de rebus Normannorum in Sicilia, Apulia el Calabria gestis, usque ad mortem Roberti Guiscardi ducis, scrip­ turn ad filium Rogcrium, I. exux, col. 1027-1086. Gnnfrcdus Malalerra, moine bénédictin, vers 1090, Historia Sicula, t. cxijx, coi. 1087-1217. Guldmundus. cardinal et archevêque d’Aversa, dans l'Apulic, en 1089, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucha­ ristia, libri 1res, sous forme de dialogue entre l'auteur et Koger, moine bénédictin; Confessio de sancta Tri­ nitate, Christi humanitate, corporisque ac sanguinis Domini Nostri veritate; Epistola ad Br/astum de uni­ tate sanctissim* Trinitatis, t. exux, coi. 1427-1513. Bonl/.o, évêque de Sutrl, en 1089, Liber ad ami­ cum, sive de persecutione Ecctesi* libri noveni; LibtIlus de sacramentis; Hislori* pontificia: fragmenta ; lh cre­ tate, L cl, coL 803-875; L lyi, coL 338 sq. Guido, VIII. — 7 195 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, MOYEN AGE abbé de Farta, en 1090, Disciplina Fur/cnsis et monas­ terii sancti Failli, Rom.r, t. cl, col. 1191-1306. Dcusdedit, cardinal, en 1099, De oerbts ecclesiasticis libri quatuor; De privilegiis et auctoritate Ecclesiae romance sta tusque ecclesiastici, ei adversus rerum ecclesiastico­ rum invasores, simoniacos et schismaticos, c\c. ; Collectio canonum, L cl, eoi. 1563-1573. 3. Au xn· siècle. Lupus Protospatnrius, prêtre de Syracuse, et témoin oculaire. Histoire de Jérusalem, en cinq livres, t. clv, col. 758-821. Jean Marsicanus, évêque de Tusculum, Concio ad populum romanum, et epistola ad Richardum Albanensem episcopum, t. clx, col. 1035-1010. Laurent, diacre de Vérone, en 1119, De bello Ralearico, ou de la guerre des Pisans dans l'ilc de Majorque, et de leur triomphe, en 1115, poème en cinq livres, t. CLxn, col 513-575. Placidus, prieur du monastère de Nnnanfula, puis évêque, en 1119, Liber de honore Ecclesiae, t. CLvm, col. 623-691. Pierre de Honestis, clerc de Bavenne, en 1119, Régula clericorum, col. 703-751. Grégoire, prêtre romain, en 1119, Collectio canonum, en huit livres, dont il ne reste que ia table des matières. P. L., t. clxih, col. 751-759. Conon, évêque de Préncstc et cardinal, en 1124, Eplshier, t. ( lxiii, col. 1431-1 ill. Saint Bruno d’Astl, ûbbé du Mont-Caisin et évêque de Segnl, mort en 1123, Expositio in Genesim, in Erodum, in Leviticum, (n Deuteronomium, in Job, in Psalmos, in Proverbia, tn Cantica. P. L., Lclxîv, col. 147-1288; Commentaria in quatuor Evangelia et in Apocolypsim, t. clxv, roi. 631141. Oddo, d’Astl, moine bénédictin, en 1123, Expo­ litio in Psalmos, t. clxv, col. 1142-1298. Drogo, car­ dinal, évêque d’Astl, en 1137, plusieurs discours, un entre autres sur les dons du Saint-Esprit, t. clxvt, rot 1513-1566. Léon Marsicanus, moine du MontCassln, puis cardinal et évêque d’Ostle, en 1138, Chronique du monastère du Mont Cassin, continuée par Pierre, diacre, moine du même monastère P. L., t. cLxxm, roi. 440-1143. Falco, de Bénévent, notaire du Sacré Palais, en 1142, Chronicon Mediolanense ab UOt ad 11/0. P. L., t. αχχπι, col. 1149-1260. Mat­ thieu, cardinal, évêque d'Albano, lettres et diplômes, col. 1261-1313. Gilo, cardinal, évêque de Tusculum, Vie de saint Hugues de Cluny; plus Historia de via Hierosolymitana et Epistola adversus Antiochenum patriarcham, t. CLxni, coi. 1387-1394. Landulphe le Jeune, ou de Saint-Paul, en 1133, Historia Medio­ lanensis ab anno 1093 ad annum 1130, t. CLxxm, col. 1249-1546. Benoit, chanoine de Saint-Pierre, en 1143, De ecclesiastico ordine totius anni et prrecipue apostolic* dignitatis et totius curite, t. clxxix, col. 731705. Gratien, né en Toscane, et moine de Saint-Félix de Bologne, de l’ordre de saint Benoit, commença en 1127, et termina, en 1151, sous le pontificat d’Eugène 111, sa fameuse collection, appelée par Innocent III, Corpus decretorum et par l’auteur, Con­ cordantia discordantium canonum, communément dé­ signé sous le nom de Décret. P. L., t. ci.xxxvn, en entier. Alto, abbé de Valluinbreuse, évêque de Pis­ tole, en 1150, a écrit la Vie de saint Jean Gualbert, t. cxlvi, col. 667-706· Pierre, appelé le Lombard, parce qu’il est né A Novare, devins évêque de Paris, après des fortunes très diverses, en 1159. B est universellement connu sous le nom de Magister Sententiarum. Outre de volumineux commentaires sur les Psaumes et sur les Lphres de saint Paul, P. L., t. exa, coL 61-1696; L exen, coL 9-519, on a de lui Sententiarum hbri quatuor, ouvrage devenu livre de texte dans les universités, et commenté par tous les thfoioukns pov<« rieurs. P. L., t ex en, col. 519-965. Jean diacre, chanoine de Latran, en 1169, Liber de ecclesia Lute· Τ'nenst, P. L., t. cxciv, coi. 1541-1561 Godet rui, Qe à Vlterbe, chapelain et secrétaire des empe­ 19fi reurs Conrad, Frédéric 1·» et Henri IV. un 1190, Pantheon seu memorise srreuhrum, chronique univer­ selle, depuis le commencement du monde, jusqu’à 1186, on vingt sentions, partie on prose, partie en vers, ouvrage dédié nu pape Urbain III. Il n’en reste que les cinq dernières sections. Un autre de ses ouvrages, resté manuscrit, est Intitulé : Spéculum regum. 11 est dédié à Henri VJ, roi des Humains cl des Allemands; il comprend les généalo: les de tous les rois cl empereurs, depuis le déluge jusqu’à Henri VI. P. L., t. cxcvnr, col. 871-1045. Laborans, ainsi appelé à cause de son ardeur au travail, né ή Florence et fait cardinal en 1191, composa une collection de canons et divers traités, entre autres De crocea veste cardina­ lium in conclavi, imprimé à Borne, ln-l°, en 1670. De sa collection de canons, autrefois très fameuse, il ne reste aujourd’hui que des fragments. P. L., t. cav, col. 901-912. 3° Ecrivains talques. — Koger, jurisconsulte italien au xi· siècle, fut le premier qui composa des gloses sur les parties des Pandectes, qu’on appelle 1’Inforliatum. 11 composa également une Somme, ou Compendium furls. On a de lui aussi un traité De diversis praescrip­ tionibus, et un Dialogus de proscriptionibus. Nous signalons Ici scs œuvres, à cause de leur influence sur certaines parties du droit canon. P. L., t. cxlvi, col. IIS5-1503. in. au xnr siècle.— A partir du xm· siècle, le nombre des auteurs se multipliant, et, chacun d’eux, d’ordinaire, se spécifiant de préférence, dans quel­ qu’une des branches des sciences sacrées, nous les pré­ senterons, désormais, rangés en classes diverses, dis­ position qui n’auiait pu être commodément adoptée pour les périodes précédentes, attendu que les aspects distincts des sciences sacrées étaient rarement con­ sidérés séparément par les écrivains d’alors. 1° Écriture sainte. — Au commencement du xm· siècle, Nicolas Manlcorla, diacre, composa un essai de critique biblique, resté manuscrit, cl conservé dans la bibliothèque de Saint-Marc, A Venise, sous le titre de Su//ruganrum biblicum. Arlotus, né A Prato, en Toscane, franciscain et ministre général de son ordre, mort en 1286, est donné comme l’auteur d’un ouvrage Intitulé : Concordantire Scripturarum, publié, plus tard, A diverses reprises, en 1485 A Nuremberg, en I486 à Bologne, en 1572, 1585, 1625, etc., A Anvers. Jean, de l’illustre famille Balbl, de Gênes, dominicain, composa, pour l'intelligence de l’histoire sainte une Summa grammaticalis, souvent Imprimée dans la suite, Mayence, 1460; Venise, 1483, 1487, 1481 ; Lyon, 1506, 1511, etc. Loué par beaucoup, cet ouvrage fut critiqué par d’autres, principalement par Érasme. Marchcslnus de Begglo composa un ouvrage du même genre, sous le titre de Dictionarium vocabulorum bibhorum, plus connu sous celui de Mammotrepton, imprimé, plus tard, très souvent, A Maycncc, en 1470; A Venise, en 1476, 1483, 1497, etc. Il y ajouta divers opuscules ayant trait A l'Écriture 8; BAle, 1573; Cologne, 1612, etc. Xlbcrtus Galeottl, de Parme, Qiuestionum summula, «Ians lesquelles sont magistralement traitées toutes . les questions qui viennent devant les tribunaux. Le mérite de cet ouvrage fut cause que souvent 11 fut appelé Aurea ac pene divina et vere margarita, Monnidus, Summa /uris canonici, disposée par ordre alphabétique, appelée aussi Aurea et summa casuum conscienti», Lyon, 1516. /Egidlus de Fiiscarlls, né à înlogne, professeur de droll canon dans l’université de et te ville, Commentaria in quinque libros Decretalium : Quæstiones; éditées par des auteurs postérieurs. Benevenga de! Bcntevenghl, né dans le diocèse de Spolète, puis évêque de Todl, et ensuite cardinal ct évêque d’Albano, mort en 1290; Dispensationes super defectu natalium, collection assez considérable qui comprend, en outre, les dispenses et concessions émanées du Saint-Siège en bien d’autres matières, durant les pontificats de Nicolas 111, Martin IV, Honorius IV, Nicolas IV, ce qui en fait une source Importante de do< uments et de formules très utile pour l’histoire du droit à cette époque. Jean de Monte Murlo, en farurie, professeur À Bologne, composa des Qu»sliones furis, très répandues depuis, et souvent citées par les auteurs anciens. Pierre de Morone, né en Apulie, solitaire, puis pape sous le nom de Célestin V, De | censuris ; De sacramentis Ecclcsi»;De praeceptis Decalogi el Ecclest»; il a laissé aussi plusieurs Opuscula aseetica. Bernard Ayglerius, abbé du Mont-Cassin, puis car­ dinal, mort en 1282, Speculum monachorum, Venise, 1505; Paris, 1507; Cologne, 1520. 4· Histoire ecclésiastique. — Rufin, chanoine de l’Ialsance, Vita sancti Haymundi Palmarii con/essoris. Iran, chanoine de Civitavecchia, Vila sancti Petri 1 ‘arentii, martyris; Imprimée plus tard, à Clvltavechla, en 1662. Sicard de Crémone, outre le Mitrale, dont nous avons déjù parlé, écrivit des Chroniques, depuis les Ptolémées, )usqu’en 1213, continuées jus­ qu’en 1221, par un anonyme. P. L., t. ccxm, col. 441626; Acta sancti Homoboni, cremonensis ctuts. Gilbert de Home, Chronicon pontificum et imperatorum romanorum usque ad Honorium 111 et Fredericum II, In­ séré dans les Monumenta Germaniae, Scriptores, t. χχπ, p. 359 sq.; L xxiv, col. 117 sq. Bénigne, abbé général de Vallombreuse, écrivit l’histoire de cette congréga­ tion* Thomas de Cclano, disciple et compagnon de saint François d’Assise, Vita sancti Francisa, Insérée dan* les Acta sanctorum. 4 octobre, et publiée À Rome, en 1806 et 1880. Jean de Ceparano, notaire aposto­ lique. Speculum oit» sancti Fruncisct et sociorum e/us, ln-8% Cologne, 1623; Home, 1806. Vllui de Corlone, Vila beat» Humilian», Insérée dans les Acta sanctorum, 19 mal, p. 386-401. Albcrius, Vita sancti Aspreni, 200 publiée par Ughelli, Italia sacra, t. vî b, p. 19 sq., Paul de Cclano, Vita sancti Placidi, eremit» aquilon» dtceccsos, insérée dans les Acta sonctortim, juin, i. n, p. 609 sq. Constantin Medices, dominicain, évêque de Civitavecchia et légal du pape Alexandre IV a Constantinople, pour la réunion de l'ÉJisc grc que. Legenda beati Dominici, insérée, plus tard, en dl ers recueils ou collections. Matthieu Splhclli, né dans la province de Bari, Chronicon rerum in Italia gestarum ab anno 1247 ad annum 1268, publiée ensuite par divers auteurs dans des collections sübséqûcntes. Léon d’AssIse, disciple, compagnon ct confesseur de saint François, homme d’une grande sainteté, honore lui-même du don de miracles et de prophéties, Legenda trium sociorum ac miracula sancit Francisci, insérée dans les Acta sanctorum, octobre, t. n, p. 723-742, et publiée séparément ù Home, en 1880; puis é Paris, en 1898 par Sabatier, sous le titre de Sancti Franeisct Assisiensis legenda antiquissima. Rolandin de Padoue, Chronicon March!» tarnisina: ab anno 1138 ad annum 1260, publiée plus tard à Venise, In-fol., 163G; elle se trouve aussi dans diverses collections parues dans la suite, cntreautrcscelJedeMuratorI, t. Vin, col. 153 sq. Saba Malasplna, romain, secrétaire du pape Jean XXI, Rerum sicularum libri sex, ouvrage inséré dans les collections de Baluze, de Muralori et d’autres. Thomas Agnl, ou Apnello, originaire de Sicile, dominicain, évêque et léjat du pape, Vita sancti Petri, martyris, ordinis prædicatorum, insérée dans les Acta sanctorum, avril, t. ni, p. 686-719. Thomas de Pavie, mineur, provincial de Toscane, Gesta imperatorum el ponti­ ficum, histoire insérée ensuite dans divers recueils, entre autres les Monumenta Germani», t. xxn, p. 483528. Nlcola Smcregus, Chronicon vinccntinum ab anno 1200 ad annum 1279, continué par un anonyme Jusqu'en 1312, Imprimé ensuite à Venise, en 1386, et publié aussi par Muratori, t. vm. Parlsius de Ccreta, Annales veronenses, continué jusqu'en 1375 et publié par Pcrtz dans les Monumenta Germani», t. xix, p. 1 sq., et par Muratori, t. vm. Rlcordano Malaplsna, Antica storia di Firenze, depuis l’origine de la ville de Florence, jusqu'en 1281, ouvrage publié à diverses reprises, h Florence, in-i°, 15G8, 1598, 1718, et par Muratori, l. vm; Jacchctti Malasplna, neveu de l'auteur, l’avait continué jusqu'en 1286. Snlimbene, appelé aussi Ognlbcne, de Panne, mineur. Chronica ab anno 1212 ad annum 1287, se trouve dans diverses collections et fut Imprimé h Rome, en 1857, in-4°. Jean, de l’illustre famille des Colonna, dominicain, puis archevêque ct cardinal, Mare historicum, depuis l’origine du christianisme, jusqu’ft la fin du xm· siècle : De viris illustribus ethnicis et Christianis, .Antoine de Godis, noble de Vlecnce, Chronica rerum vicentinarum ab anno 1194 ad annum 1260, Venise, 1636; Munitori, t. vui. Ogerius Alferius, d'Astl, Chronica astensts ab anno 1070 ad annum 1293, publiée par Muratori, t xi, col. 139 sq.,et par beaucoup d'autres auteurs. Jacques Stephaneschl, cardinal. Acta sancti Petri C»lcstini, ouvrage en vers publié dans les Acta sanctorum, mal, t. iv, p. 437-461. Jacques de Voragine, ainsi appelé du Heu de sa naissance, Varaggio, près de Gênes, dominicain, provincial de Lombardie, pull archevêque de Gênes, publia l’ouvrage si connu Legenda aurea sanctorum, dans laquelle H raconte aussi l’histoire de la Lombardie, jusqu'en 1250. Cet ouvrage eut d'innombrables éditions et fut traduit en diverses langues. On a de lui aussi un Liber Marialis, distribué selon l ordre alphabétique, série de considérations pieuses sur la sainte Vierge; plusieurs sermons et un Chronicon genuense usque ad 129S, publié par Mura­ lori, t. îx, col. 5-56. ir au J/i‘ 8'rcrx. — 1° Fci iture sainte. — Paul Guaklucci de l’elaslris. originaire de Florence et 201 ITALIE. PUBLICAT IOiNS CATHOLIQUES, MOYEN AGE patriarche do Grade, mort en 1313 : Annotationes in Novum Testamentum. Albcrius, originaire de Padoue, moine de Salnt-Au. uslln cl cardinal. Expositio in Pcntattuchum; Libri quatuordeeim in omnes l). Pauli epistolas; Libri quatuor in quatuor Euangelia, imprimés plus tard à Venise, in-fol., 1476 i· λ positui in Euangelia dominicalia, Turin, 1029; Pans, 1544, 1550. Nicolas Bocasinj, de Tréxisc, dominicain, plus tard pape sous le nom de Benoit XI, in psalterium; in Job; In Apocalypsim. Antoine de Azarb, dominicain, In Euangelia dominicalia, publiés plus lard à Cologne, In-ioL, 1482; in-8·, Paris, 1515. Mathieu de Bubcis des Unins, cardinal romain, in Psalmos. Philippe, Florentin, mineur, Conçut dantia- Euangeliorum. Angeli de Camerino, é\ èque de Cagli, Expositiones in Euangelia cl in quutuordec ini epistolas sancti Pauli. Hugo de Pratoflorida, Sermones dominicales super Euangelia ac epistolas per tutum annum, publiés, phis lard, in-fol., Louxain, 1481; Lyon, 1511, 1528; Paris, 1542, etc. Jean de San Geminlano, dominicain, De operibus sex dierum, publié plus lard, ln-4°, Paris, 1512. Philippe de Moncaglieri, près Turin, mineur, Postilla: super Euqugdiit dominicalia el quadragesimalia, ouvrage public a Milan, cn 1498; ù Lyon,cn 1510, 1515,1541. Laurent Brae I forte, originaire de Plaisance, domini­ cain, Commentaria tn Psalmos. Simon Fidatus de Cascia, dans l’Ombrle, béa 11 lié par Grégoire XVI, Libri quindecim de gestis Christi, ouvrage imprimé, plus tard, ù Bâle, cn 1517; Cologne, 1533, 1540; Expositio super Euangelia, traduit cn italien, In-fol·, Venise, I486; Florence, 1496. François degli Abbati, Pustillee super Euangelia dominicalia totius anni. Jean de Fabriano, professeur a Bologne, de l’ordre de Suint-Augustin, Expositiones in Euangelia, libri quatuor. Ange de Furcio, professeur ù Naples, Com­ mentarius super Matthæt Euangelium. Simon de Carusis, professeur a Bologne, Commentaria in Velus et Nuvum Ί t slumentum, 2 in-fol., Bâle, 1512 ; Venise, 1545. Nicolas Pictri, de Sienne, servite, Explicatio In Pciilultuchum Muysis. Manfred de Tortone, mineur de l'observance. Polylogium dictionum Scriplurarum, el Posldlu: super Matlhurum. Michel Aiguani, carme, de Bologne, Commentaria in J'sulmos dautdicos, publiés, plus lard, i Alcala, 1524; Lyon, 1581, 1888; Venise, 1603, 1608; Paris, 1613, 1616, 1624, etc., etc. Simon de Crémone, de l'ordre de Saint-Augustin· Poslillai. super ;*8, 16J8; De ecclesiastica polestuh hbti fro, Tuim, 149i; 203 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, MOYEN AGE 204 Lyon, 1498; 1538. Dinus de Rossonlbus, florentin; on Initie· lias, traduit en italien par François Zambrim, lui attribue la néda*« un des 88 Regulæ juris .ajoutées 1) lia questione insorta nclla corte di papa Giovanni au sixième livre des Décrétales. Il en écrivit un long XXII, circa la ponerlà di Cristo, in-8°, Bologne. 1864, et volumineux commentaire, très souvent imprimé Jean André, né en Élruric, canoniste célébré, sur­ depuis, Home, 1472; Lyon, 1530, etc. Lapus Tactus, nommé fons et tuba juris; on a de lui Commentaria né en Étrurie, bénédictin, surnommé le doctor Decre­ in Decretales et Sextum, 5 in-fol., Borne, 1476; Pavie, torum; Lectura super Sexto, imprimé plus tard à 1484; Venise, 1489, 1491, 1199, 1581; Summa de Rome, en 1589. Frédéric de Sienne, Tractatus e, 1584, Rome, ticulier plus de dix fois à Venise, de 1473 à 1499. 1578. Voir t i, col. 2112. Barthélemy de Sancto ConLéonin de Padouc, Compendium de regimine princicordlo, ori Inalre de Pbe, dominicain, Summa de casi­ bus pieiiitentiie ordine Qlphabellco concinnata; elle lut pum. Simon Borsano, archevCque de Milan, Com­ appelée Summa Pisana, ou Pisanelia, pour la distin­ mentarius in Clementinas. Jean Fanluzzl, de Bologne, guer de la Summa aslesana, souvent Imprimée, Commentaria super Decretum. Laurent de Plnu, 1473, 1475, s. L; Paris, 1470; Venise, 1 176, 1481, I d’une noble famille de Bologne, Commentaria in 1483; Lyon, 1511. Voir L n, col. 435 sq. Nicolas Decretales, Galvanus de Bologne, De dij/erenliis dOslmo, Supplementum ad Summam Pisanam, Venise, legum et canonum. Boniface de Vilalinis, originaire 1481,1481 ; Opusculum de documentis antiquorum, tra­ de Mantoue, Commentaria in constitutiones Clementis V, duit plus lard en italien, sous le titre : AmmaestraIn-fol., Lyon, 1422; Venise, 1574; Super maleficiis, mrnli degli untichi, Trêvise, 1601; Florence, 1662; In-fol., Milan, 1500; Venise, 1559, 1560, 1581, etc. Summa d< virtutibus et vitih, ouvrage resté inédit. Gaspar Caldcrino, Commentaria in Decretales. Jean Jacques Stephaneschi, cardinal, neveu du pape Boni­ de Lignano, professeur n Bologne, Commentarius face VIII, De anno centesimo, seu de /abilero, en prose in Decretales Gregorii IX; Concordanlue canonum; et en vers, imprimé dans diverses collections, Paris, Lectura super Clemmtinis; De pluralitate beneficioCologne, Lyon, etc; Dr vita et canonizatione \ancti Cærum, Paris. 1511; Milan, 1515; De censura ecclesias­ trstini V, inséré dans les Acta sanctorum, mal, t. iv, tica; De ecclesiastico interdicto; De horis canonicis; col. 437-484; Ordinarium caeremoniarum, seu ritus De bello, de repressaliia, de duello, In-fol·, Bologne, roman* Eccles i*, publié par Mablllon, Mui*um Ita­ 1422; Pavle, 1487 ; Turin, 1525. Raymond de Vincis, licum, t. ii, p. 243-443. L'auteur y traite de l'élection d’une noble famille de Capouc, dominicain el régent el de lo consê ration du souverain pontife et de scs de la Minerve ; Rome, confesseur de sainte Catherine de Sienne, Theologia mystica, in-fol., Colo·, ne, 1553; fonctions, de celles des cardinaux, du couronnement Vita s mctir Catharime, insérée dans les Acta Sancto­ et de la eontécratlon royale, des canonisations, etc. rum, avril, t. m. col. 853 sq.; Tractatus pro refor­ Ubertinus dr Casall, Arbor vit* crucifixi, in-4% matione conservanda, Rome, 1580; Toulouse, 1605. Venise, 1485; De septem Eccles i* statibus, ln-4°, Venise. 1515, 1525; Dr paupertate Christi et aposto­ I Baldus de Ubaldis, ou Raides» hl. de Pérouse. Lectura lorum Jean Nicolas, franciscain. De gestis contra I super libri l-IIl Decretalium, 2 In-fol., Milan, 1476- 205 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, MOYEN AGE 1478.1491 ; Venise, 1495,1500; Lyon, 1514,1543.1517; Repertorium super Innocentia, ou index alphnbdique des ordonnances d* Innocent IV, Xtnhc, 1481; Lyon, 1525; Strasbourg, 147«; Milan. 1484, 1491; De schis­ mate, thèse pour prouver la légii imité et la xulidité de l'élection d’Urbain VI, complétée ensuite par les Allegationes secunder pro Urbano VJ. Cet ouvrage fut tellement apprécié par les contemporains ct les générations suivantes qu'on le surnomma oraculum, lumen, lucerna, monarcha furis. Les œuvres com­ plètes de B ildeschl parurent en 7 volumes à Venise, 1572; Lyon, 1559; Francfort, 1585, 1589, etr. 4· Histoire ecclésiastique. — François Pipind, dominicain de Bologne, traduisit de rilailen en latin les ouvrages du vénitien Marco Polo; puis, désireux de marcher sur les traces du célébré voyageur, alla visiter la Palestine, et écrivit ensuite Tractatus de locis terne sanctae visitatis, traduit plus lard en alle­ mand. On a de lui aussi Magnum Chrontcon, divisé en 31 livres. Léon de Civitavecchia, dominicain, Chronica imperatorum ct romanorum pontificum. Bicobnldus de Fcrrarc, Pomerium, seu chronicon totius orbis, inséré par Mura lori dans Script, rerum itat., t. ix, col. 107-262. Alexandre, moine de l'ordre de Cltcaux, dans les Abruzzcs, écrivit Chronicon monas­ terii S. Rartholomnt de Carpineto, inséré par Ughelli, dans Vitalia sacra, t. ixf col. 1231 sq. Petrus Calo, de Venise, Vitu* sanctorum. Juncta de Be vagua, fran­ ciscain, De vita ct miraculis D. Margarite Corto­ nensis, inséré dans les Acta sanctorum, février, t. ni, p. 300-356. ITugolin de S. Maria In Monte, Floretum, d’où lut tiré le livre si plein d’onction, de piété et si connu : Fiorelli, mlracoli cd escmpli diDoti del glorioso poocrello di Cristo messer san Francesco e d'alquanti suoi santi compagni, Milan, 1472, très souvent réimprimé depuis, et traduit en allemand, en espagnol et en français. Guillaume de Tocco, Sicilien, disciple de saint Thomas d’Aquin, cl l’un des principaux promoteurs de sa canonisation. Vita sancti Thomæ Aquinatis, ln-4e, Venise, 1588; Insérée dans les Acta sanctorum, mars, l. i, p. 657686. Arnould de Follgno, franciscain, parent ct con­ fesseur de la bienheureuse Angèle de Follgno, Vita R. Angela·, insérée dans les Acta sanctorum, janvier, t. i. Pierre de Monte Bubiano, Vita sancti fricotai Tolentinatis, dont il ut le contemporain, insérée dans les Acta sanctorum, septembre, t. m, p. 644*664. Antonius de Grudis. d'une famille noble de Viccnce, Chronica rerum viccntinanim ab anno 1194 ad annum 1260. Venise, 1636; Insérée par Muratorl, dans Script, rer. itat., t. vin, col. 71 sq. Julien du Frioul.cn colla­ borai Ion avec son frère Jean, composa les Annales forojulunscs a b anno 1252 ad annum 1331, continuées ensuite par un anonyme, jusqu en 1364, ouvrage inséré dans dix erses collections subséquentes. Guillaume Ven­ tura continua la Chronica as ten s ta d’Ogcr Alfieri jus­ qu’en 1325, sous le titre de Memoriale de rebus gestis astensium, insérée également dans plusieurs collections postérieures. Odoric de Pordcnonc, dans le Filou), franciscain, béatifié par Benoit XIV, De mirabilibus orientalium farturorum, dans lesquelles il raconte ses propres voyages, ouvrage Inséré aussi dans diverses colhrllons; Chronicon a mundi exordio usque ad annum 1331 Bertrand Leoldus. cistercien do la pro­ xime de Milan, Acta sancte Franc» abbat;ss Ito­ ni tus et de instantia; De citationibus; Dr joro compete II; Dr libelli oblatione et mutuis p titionibus, etc., etc., Milan, 1493, 1494; Sienne, 1192; Lyon, 1529; Venise» 1571, etc. Philippe dc Franchis, de Pérouse, Let tara sup< r Sexto,2 In-foL Venise, 1499,1505; Lcetura su per­ il tulo de regulis juris in Sexto, Venise, 1499, etc. Ambroise de Vignate, professeur ô Turin, De usuns. Paul, Florentin, Breviarium Decretalium, Sexti et Clemenlinarum, in-fol.. Milan, 1478, 1479; Lyon, 1484; Bâle, 1487, etc.; Quadragesimate, De rrdttu peccatoris ad Deum, Milan, 1479. Jean Caralïa. De simnniu, In-fol, Rome, 1478. Alexandre Tarin ni, d’Imola, Lectura In librum 1JJ Decretalium, Bolo, ne, 1485; Lectura in rubricam de fide, Milan, 1190; Consilia, très souvent édité, Lyon, 1547; Fran fort» 1610, elc. Nicolas Baldeschi, orig inaire de Pérvuse» avocat consistorial et auditeur de Rote, De succes­ sionibus a b intestato clericorum regularium ct sccularium; De canonica episcoporum et parochorum electione, Rome, 1474; Toulouse, 1579. Jean d’AquHc, domini­ cain. Sermones quodrugesimalrs, publiés avec ceux dc Daniel dc Vicence, son confrère, Venise, 144 9; Lyon, 1501; Paris, 1508. Ange Capreolus de Brescia» canne, Stella in septcm rubricas digestu confes­ soriis et animarum pastoribus utilis, Brescia, 1511. Antoine de Balocho, franciscain, très célèbre ora­ teur, Tractatus de virtutibus. Lyon, 1504; Venise, 1505; Tractatus de duodecim excellentiis sacramenti confessionis, Venise, 1492; Modène, 1491, elc. B. Paci­ ficus dc Cercdano, Summa ad utiliter suscipiri dum et administrandum sacramentum confessionis, parue d’abord en italien, Milan, 1479. Jean-Baptiste Trovamala, franciscain, originaire de la Ligurie. Summa Bapthtinlana, vel Roselhicasuum, Paxle, 1489; Venise, 1 195, 1498, 1499, 1548, ouvrage disposé selon l’ordre alphabétique. Alexandre Ariosie de Bologne, Enchi­ ridion, sive Interrogatorium perutile pro animebus regerdis, Pavle; Venise, 1522; Lyon, 1540; De usuris Breccia, 1529, etc. François de Aceoltfs, frère de Benoit, dont 1) a été déjà question, originaire d’Arezio, professeur de droit dans diverses unis erslléit» Lectura super Decntatibus, Boloi ne, 1481; Pavle, 1496; Consilia stve rr^ponsa furis, Plse, 1482, 1483, Milan, 1483; Paxle, 1493; Venise, 1499; De Signtfl· cutionc verborum, 1493, etc. François de Panxin* » originaire dc Padoue, professeur dans l’unhemi é de celte ville, Tractatus de visitatione episco/^rum, intitulé aussi Buculus pastoralis ad dirigendus η vit m pacis pûtes visitantium, Borne, 1475; Paris, 1508; De officiu et putesle te capilull icdr vacante. Rnre, 1481 ; Venise, 1496; Paris, 1514; 1552; Pnrludium tn 211 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, MOYEN AGE E rira vagantes, regulas ctuict liant?, decisiones Rolx, Lyon. 1671, et plusieurs autres ouvrages. Alexandre de Nevo, originaire de Vicem c, professeur à Padoue, Commentant in IV priores libros Decretalium, 2 in-fol., Venise. 1473, 1585; Consilia contra Juda os /encrantes, ouvrage très estimé et très souvent réimprimé, Nuremberg, 1479; Milan, 1479, etc. On a de lui aussi une édition du Décret de Graticn, Venise. 1174. Jérôme de Zanettinis, d’une noble famille de Bologne, Contrandates, stu diversitates inter jus civile et cano­ nicum, Bologne, 1490. François Palrieius.de Sienne, De institutione republic* libri novem, 1491; Paris, 1518; Strasbourg, 1595; De rrgno et regis Institutione, Paris, 1519; Strasbourg, 1594. Diomède Caraila, De regentis et boni principis o/ficiis, ouvrage composé en italien, et traduit en latin par Guarini. Troylus Malvczzl, chanoine de Bologne, De sanctorum canonisationr, Bologne, 1487, très souvent cité par Benoit XIV, dans son magistral ouvrage sur cette matière; De episcopi dignitate; De oblationibus ecclesur, vfl altari, stu imagini Dei, vel alicujus sancti /actis; De sortibus; Consilia, etc. Dominique Cas alea de Viro, dominicain, de la province d’Élrurie, Specchio delta croce, Venise, 1568; La disciplina dgli spirituali, Florence. 1569, etc. Robert, de la no. le famille des Caracciolo, né ά Lecce, franciscain, a laisse de très nombreux traités sur des points de morale. Ses œuvres complètes parurent en 3 in-fol., Venise, 1490; Lyon, 1503. Barthélemy Caimus Interrogatorium, seu con/cssignale, très souvent im­ prime. au moins quinze lois durant le xv· siècle, à Milan, Venise, Mayence, etc. Jean Bertachinl, avocat consistorial. Repertorium juris, ouvrage très consi­ derable. souvent imprimé. 3 in-îoL, Borne, 1481; Nuremberg, 1483; Milan, 1485; Venise, 1488, etc.; De episcopo libri IV, Milan, 151 i; De gabellis, tribuns et vcctig dibits, Venise, 1489, 1498. É’ienne de Mollis, originaire de Milan, et de l’ordre des | humilies, De jubiiaro, seu opu> remissionis a pæna et culpa. Milan. 1300. Jérôme Savonarole, dominicain, D» simplicitate vit* christianise; Triumphus crucis; Dialogus spiritus et anima; Trat. de IVamore di Jesu Cristo; Della vita vedovile; Dell' oratione, etc., etc., ouvrages très souvent imprimés. Paul Attavanti, servile, outre les ouvrages scripturaires Indiqués plus haut, composa aussi Breviarium lotius /uris canonici, in-fol., Milan, 1478, etc. Jacques Poggi, de Bologne, Opera morale, en italien, in-4®, Bologne, 1500. Bernardin de Bustis» De/ensorium Montis I i ! dis i unira figmenta omnia irmulic fais itatis, Milan, 1497; Lyon, 1518. Ses œuvres complètes parurent .* Crémone, en 1496. Albert Trottus, de l’Uisan e, De horis canonicis; De jejuniis; De ecclesia­ rum visitatione, souvent réimprimés. 4' Histoire ecclésiastique. — Barthélemy Alblzzi, de Pise, franciscain, écris it une vie de saint François d Assise, dans le but de montrer la conformité de cette vie à celle de Noire-Seigneur Jésus-Christ; ouvrage plusieurs fois imprimé et traduit en diverses langues ; mais il fut aussi vivement critiqué, a cause des exagérations que l’on crut y trouver, Paul Scordillus, prévôt de léglisc de Kavenne, Libre ponti/icof/c archieplscoporum Ravennatensium, ab anno 1236 ad annum H10. in-4®, Mudène, 1708. Pierre Mutus de G a rat a continua. de 1353 à 1398, le Chronicon regiense, commencé par son onde, au siècle précé­ dent Antoine Pelri, bénéficier de l’église Vatican*, Dianum romanum ab unno 1404 ad annum 1417, Inséré par Muratorl dans les Script, rer. liol., t. xxiv, col 973-1066. Barthélemy de Pujoia. franciscain de B«»4t.nc, Cronaca di Bologna dull' unno 1362 all' anno ]4·»7. ousrage prohxc. inséré par Muralorl, Script, rer. Hal., t. xvni, cot 241-51*0. Andre de Redusiis, chancellor de Trévlse» Historia a primordiis mundi usque ad annum 1428, on parlie insérée par Muraturi, t. λίχ, col. 741-866. Jérôme de Frioul, dominicain^ Chronicon /arolivicnsr ab anno 1397 ad annum 1433 dans le même volume de Muraturi, col. 873-906.' Simon de Tornaquinciis, de Florence, Vita s. Munie* matris d. Augustini. Thomas Antoine Naccl, domi­ nicain, de Sienne, Vita B. Catharina: de Senis, repro­ duite en partie dans les Acta sanctorum, avril, l. in, col. 967 sq., traduite en italien, et éditée plu­ sieurs fols, Florence, 1477; Naples, 1478; Milan, 1488, 1489. André de Bilils, augustinicn de Milan, Storia mcdiolanensis et lombardica, en 9 livres, de 1 10251431, dans Muratorl, t. xix,col. 9-158. Jourdan, de la noble famille des Orsini, archevêque de Naples et cardinal. Diarium gestorum in concilio Bariltciise, publié par Mansi, t. v. Louis Barbo, noble vénitien, bénédictin, puis évêque de Trévlse, Initium et pro­ gressas congregationis benedichnæ S. Justin* de Padua. Benoit degli Aceolti, d’Arezzo, De bcllo a cristianis contra barbaros gesto pro Christi sepulcro et Judæa recuperandis, plusieurs fols édité, quoique inexact en plusieurs points; Dialogus de pntslantla virorum nostri ævi, in-8°, Parme, 1689, 1691: Flo­ rence, 1847. Michel Canncsius, de Viterbo, Vita Pauli 11, dans Muratorl, t. ni, col. 993-1022. Donat Bossius, avocat de Milan, Historia episcoporum et archiepiscoporum mediolanensium, Milan, 1492; Chronica Bossiana, Milan, 1192. Jérôme Alberlucei.de Borseiii, dominicain. Annales bononienses ab anno 1418 ad annum 1497, dans Muratorl, t. xxm, p. 867-916. François de Andrea, franciscain, de Viterbe, Croniche di Viterbo. Vespaslen, de Florence, De viris illustribus sæculi XV, en partie dans Muratori, I. xxv, col. 253 sq., et publiées entièrement par le cardinal Mai, Spicilegium, t. 1, Home, 1839. Sozomène, de Pistoie, chanoine de celte église, Chronicon universale usque ad annum 1465. Gimignano degi’lnghirami, auditeur de Rote, qui assista au concile de Constance, Memoriir circa historiam tam eccle­ siasticam quarn civilem ab anno 1378 ad annum 1452. Matthieu Palmieri, qui assista au concile de Florence, Chronicon /lortnlinum, Milan, 1475; Venise, 1483; etc. Jannoti Mancltl, sénateur de Florence, Vitu Nicolai V papæ, Insérée par Muratorl, t. ni, col. 907960; Historia pistoriensis a condita urbe ad annum 1446, Muratori, t. xix, p. 986 sq. Caspar de Vérone, Vita Pauli 11, dans Muratori, t. ni.ee 1.1025 sq. Blondus Flavius, secrétaire des papes I lu gène IV et Pie 11. Roma triumphans, en 10 livres; Roma illustrata, en 3 livres; Italia illustrata per regiones seu provincias; et autres ouvrages de ce genre. Ses œusres punirent ù Bùle, 1531, 1559. .Eneas Sylvius, de la noble famille des Piccolomini, pape, sous ie nom de Pie 11, De gene­ ralis concilii auctoritate et gestis Ba\ileensium, qu’il rétracta,devenu pape, parla bulle du 26 avril 1463; Historia concilii Basilrensis, en trois livres, dont il publia, étant évêque, une rétractation, sous le litre ; Commentarius de rébus Basile* gestis; Commentarii rerum memorabilium qu* prasertim in Halia ab unno 1405 ad annum 1463 contigerunt, ln-4°, Hume, 1581; De potestate Si dis aposlollcir, in-fol., Borne, 1475; Dialogus d* donatione Constantini; De viris lUindnbus, elc. Barthélemy, Platina, Liber d< u\h Chriïtl oc de vitis summorum pontificum omnium qui hactenus 222 /uere, in-fol., Venise, l 179, I486; Nuremberg, 1 181. 1532; Cologne, 1512, 1529, 1540, L>b2 etc. e», malgré ses nombreuses éditions latines' traduit en plusieurs langues; ouvrage qui n’est pas sans dvtaul. mois qui a bien aussi quelque mérite· Histon· urbis incigt* Muntim-UJ,qUr^(i (lf, ara 1462 Vienne. H. ,, in^ré par Murator,. t.xx, col. „ , 1 Jacques Zenon, originaire de Venise, Tâque * J 213 ITALIE Padoue, avait écrit également la vie des pontife· I romains, Jusqu'A Clément V, ouvrage resté manuscrit, dans les archives vathanes» mais cité assez souvent dans les Acta sanctorum. Michel FabritiUi, Originaire de lÉinilIc, canne très érudit pour l'explication des vieilles inscriptions romaines, en réunit 1728, qu'il publia sous le titre d1 Antiquarium. Boniface Simonetta, né en Apulic, Dr chrhtianir fidei et romanorum p Ufieum persecutionibus, Milan, 1492; Bâle, 1509. Étienne de Infossura, Diarium urbis Ronue ab anno 1291 ad 1494, publié par Muratori, t. ni, p. 1111-1252, et, plus récemment, par Tommaslnl, Home 1890. A tous ces historiens, il faudrait joindre un grand nombre d'haglographes, tels que Laurent Giacomlni, Jean Matt lot li, Pierre André de Castaneis, Maurice Gnufridi, Jean Tortelli, Simon de Zanachls, Louis de Vlcence, Marianus de Florence, Ambroise de Sienne, Paul Olml de Bergamc, Bernard Giustiniani, Jean Carli, etc., etc. dont les œuvres sont, pour ia plupart, insérées dans les Acta sanctorum. HL Dubant les temps modernes (du xvi® au XX® siècle). — Le nombre des auteurs sc mul­ tipliant, désonnnis, de plus en plus, et chacun d’eux ayant une tendance A sc spécialiser davantage, nous pourrons les ranger en des classes distinctes plus nombreuses que nous ne l'avons fait pour les trois siècles précédents. /. xvi9 81ÈCLX — 1® Écriture sainte. — Petrus de Paganinis, Riblia cum glossis ordinaria et interlinear!, 5 in-fol., Venise, 1495. Pierre-Ange de Monte Ulmo, Riblia latina cum tabula alphabclica et concor­ dantia singulorum locorum, parue deux ans aupara­ vant, Venise, 1492, 1501. Jean Nanni, originaire de Vitcrbc, dominicain, très instruit dans les langues orientales, composa des commentaires sur presque toute la Bible. Scs travaux spéciaux sur l'Apocalypse l’amenèrent A écrire divers ouvrages, tels que : De futuris Christianorum triumphis in Turcos et Sara­ cenos, in-4°. Gênes, 1480: il s'y pose la question : an Mühumeth sit verus Antichrislus? 11 publia ensuite, toujours dans le même ordre d’idées : De statu Eccle­ sia· ab anno 1481 usgue in firu m mundi, iu-8°, Cologne 1507. Bernardin Moronl, de Milan, servite, Dr sep­ tem dir bus creationis, Milan, 1510. Damien Crassus, provincial des dominicains de Lombardie, Commen­ taria in librum Job. Jean Bérard Fortis, augustini, originaire de Savone, In Cantica canticorum, seu Fons caritatis, in-4°, Milan. 1496. Vocabularium ecclesiasticum, Venise, 1503, édité plusieurs fols à Milan, Mayence, etc. Antoine de (ihislandis, domi­ nicain, de la province de Turin, écrivit un ouvrage très remarquable : Super evangeliis totius anni, avec huit mille questions résolues très clairement, suivant les quatre sens de la sainte Écriture. in-foL, Turin, 1507; Lyon, 1510, 1522; Venise, 15.4, 1574, 1585, 1592, etc. Philippe de Mnntoue, augustin, In Apocahjpsim. commentaire digne d’éloges, Padoue, 1516; Venise, 1527. Jean Ange Bellabuecus, originaire de Milan, augustin, Viridarium sancti?, Scripturo·. ln-4°, Venise, 1519. Albert Castclhinus de Venise, dominicain, donna de très belles éditions de la Bible, cum concordantes Veteris et Nvvi testamintl, Venise, 1506, 1519. Jeun de (hado, Milanais, lit de même. Ange Coradelli, ca me de Brescia, Jérôme Voila, dominicain de Mantouc, Luc Matthieu Carnccioll, canne de Naples, pu’ lièrent aussi des commentaires sur la sainte É rlture. Augustin Giustiniani, d’une des plus md lcs familles dé Gênes, dominicain, puis évêque de Nebbîo, en Corse. Psal­ terium hebrirum, grircum, nrabicum et chaldaicum. cum Iribus latinis Interpretationibus et glossis, in-fol., Gènes 1516, ouvrage de grande érudition, intitulé aussi Octapla, parce que chaque page te compose de 1 TEMPS MOD ΕΚ X ES 214 huit colonnes, portant en regard le texte des diverse· iam nés Imprimées dans leurs caractères propres. Il préparait un ouvrare du même genre sur le Nouveau Testament, quand la mort le surprit. Agathius de Gludkl, né en Calabre, Grammatica hrbraica, Pans, 1540; Commentarii in xxiv priores psalmos, cum ver­ sion? tr hfbriro in latinum, in-8®, Paris, 1540; In Cantica canticorum,ln-4·, Paris, 1531 .Thésée Ambroise» né à Padoue, de la noble famille des comtes d'AIbonesa, chanoine régulier de Latran, connais» nt, diton, dix-huit langues orientales, professeur de syriaque et de chaldéen A l'université de Bologne, Introductio in linguam chaldalcam, Pavlc, 1539. François Georges, franciscain de Venise, Problematum in S. Scriptu­ ram libri sex, dans lesquels sont expliqués plus de trois mille passages du texte sacré, in-4®, Venise, 1525, 1536; Paris, 1575, 1622. Bonaventure Blancus, Thesauri S. S. Scripturarum, en 5 livre·, in-4®, Bologne, 1534, 1537. Jean-Marie de Tolosanis, né en Êtrurie, dominicain, De purissima ventate diviner Scripture; De correctione calendarii pro vera celebrationepaschalis, et de computatione annorum Domini. ln-4®, Venise, 1546. Ambroise de Pistallis, de Padoue, august in. In omnes S. Fault Epistolas; De modo pradicandt Evangelium et Christum cruci ficum, ln-8®, Venise» 1537, 1544. De nombreux commentaires de I Écri­ ture furent aussi publiés par Taddée Cucchi, né à Chiari, bénédictin du Mont-Cassin, Venise, 1544, 1565, 1566, 1567; Milan, 1540; Modêne, 1705, etc. Placide Becchini, de Parme, dominicain, Psalmo­ rum omnium Davidis interpretatio, ln-4® Venise, 1559; Bâle. 1569. Jean-Baptiste Folcngo, de Mantoue. bénédictin. Commentaria in omnes Psalmos, Bâle, 1549, 1557; In Epistolam primam Joannis, Venise, 1546, etc. Callistc de Fumeriis, de Plaisance, cha nolnc régulier de Latran, publia des commentaires sur I Évangile de saint Jean, Plaisance, 1553. etc. De mémo Antoine Delphini, de Casale, franciscain, ln-4”, Home, 1587, Jérôme Scripandl, né dnns l’Apulie, augustin, général de son ordre, archevêque de Salvrne et cardinal, Commentarii in Epistolam no Gubilas, Venise, 1569, etc.; In Epistolam nd Romanos, Naples, 1601 Jacques Sadolct, de Modêne, Commen­ tarius in Epistolam nd Romanos, sous forme de dia­ logue, Venise, 153b; Mayence. 1607. Clément Ara­ neus, de Kagusc, dominicain. Expositio super Epist. Pauli i d Romanos, rétut ant les erreurs des luthériens» ln-4®, Venise, 1547. On a des commentaires de ce genre du dominicain de Venise, Nicolas de la Croix, et du franciscain de Padoue Barletta, Venise, 1545. Sancies Pagnlnl, né ή Lucques, dominicain, saxant hé braisant, Veteris et Novi Testamenti nova translatio, in-fol., Lyon, 1528, très appréciée des érudits; Thesaurus lingua· saneter, seu lexicon hebraicum, Lyon, 1529, ouvrage justement estimé, et qui eut de nombreuses éditions; Isagoge, s gara(a, kl-4·, Rome, 1511 ; Cologne, 1512; I général de» augustlns, Jean Bolo.ni, de Païenne, Dt dtuina pontificatus romani pontifias institutione I méritent aussi une mention spéciale, parmi les théoet oudoritutc, Cologne, 1521; Milan, 1521; De indul- I lugiens M'olastlqurs de la fin du xvr siècle, Vincent gtnlii· ; Decan/esdonr venialium et omnium murtuhum; I Jus Inien, général des dominicains et camlnnl, publia Dt rfj lanensis, in-fol., Milan, 1599, très sou en*. nSéûi es Illyricus, à cause de scs parents, mais né dans la dans in suite, à cause de leur utilité pour le min ntêre Marche d’Ancône, observant In, Clypeus status papu­ pastoral. Des extraits particuliers en furent pu Mes, lis, in-4®. Turin, 1523; Clypeus catholicae Ecclesia? tels que : Instructiones pro con/essartis; Pastorum contra dogmata Luthcri, ln-4®, Turin, 1524. Jean instructiones, etc. de Fano, observant In, puis capucin, Incendio delle 6® Ascétisme et mystique. — Matthieu Bossus, cha­ litanie tuterane, cioé contra la perniziosissima Eresia noine régulier de Ijitran, De verts ac sol tan bas di M. Lutero, Bologne, 1532; Rome, 1535; Anvers, anima: gaudiis, Florence, 1491; Strasbourg, 1509; 1589. Albert Pie, franciscain, d'une noble famille, De vero sapientur culfu; De tolerat'd^ adversis, etc., alliée ά celle de Pic de la Mirandole, In locos variarum Stnilbour , 1509. Marc Vlgerius delta Roverr, · nlucubrationum Erasmi et Lutheri, libri XXII/, in-fol., ventuel, De excellentia instrumentorum dominicae Venise et Paris, 1531. Ixiuls de Orlano, De potestate passionis, In-foL, Fano, 1507. Antoine de Monclin, sununi pontificis, de fide, operibus ac libero arbitrio, franciscain, de Grnes, Commentaria in theologiam adversus Lutherum, Venise, 1534. Christophe Marcel, mysticam S. Dionysii, Bologne, 1522; Dim forium patricien de Venise, puis archevêque de Corcyre, De i fl immandf mentem in abyssum divini lumina, 2 in-fol. auctoritate summi pontificis et de his quae ad illum Bologne, 1522, souvent réédité. Matthieu SÜvagL pertinent, contra M. Lutherum, Florence, 1521. ohs rvnnttn. De nuptiis anima· cum Christ rjus Jérôme Pcrbuono, de Lombardie, Oviliorum opus. sponso, in-8®, Venise, 1542 : De tribus peregrinis, In-fol., Milan, 1535, ouvrage de grande érudition contre Luther. Paulin Bernardini, de Lacques, domi­ scu de divinis pcr/ectiontbiis et philosophia sanctorum, ln-8®, Venise. 1542; hibyrinlhi duo de mundano cl nicain, Concordia ecclesiastica conlro tutti gli cretici, divino amore, ln-8®, Venise, 1542. Pierre de Lacques, in-8°, Florence, 1552. Julius Castellani, de Faenza, De imaginibus et miraculis sanctorum adversus haereprêtre d’une très haute snlnteté cl honore du don des miracles, Dottrina del ben martre, Vcnhc, 1529; ticos Ubri IV, Bologne, 1569. Lælius Zecchi, chanoine de Brescia, Tractatus theologici et canonici, 2 in-4°, ; Della umiltâ, Bologne, 1515. Anzol de Plaisance, cha­ Brescia, 1591, le premier qui ait traité l'ensemble de noine régulier, Dialogo del sofiportare le avrrrsttà e le tribolazioni del monda patientrmcnlt, Venise, 1527. la théologie, au point de vue de la polémique; De Pierre Delllnf, vénitien, général des cnrnnldulrs. indulgentiis et fubilæo anni sancti, Cologne. 1601; De republiai ecclesiastica, Vérone, 1599. Antoine de Epistolarum libri duodecim, très remarqua les, Castro novo, augustln, de Sicile, Regnum Christi, • Venise, 1524. ScraOno Acetl, chanoine ré ull<*r de 1Iran. Opuscula spirihmha. très souvent réédités, sive de Ecclesia romane libri VI II, adversus schismata, Venise, 1541, 1562; Plaisance, I5 >O; Anvers, 1581. Rome, 1582. Ange Pientlnl Corslnlanl, d’Élrurie, dominicain, Dimostraiioni degit errori delta perfida 11 en existe une traduction Italienne. 7® Droit canon. — Les Décrétales eurent, nu xvi® setta maometana Ubri F, cloè VAlcorano rlprova/o, siècle, de nombreux commentateurs. Parmi eux. in-fol., Florence, 1588, 1603; Rome, 1596; Tract, nommons Felinus Marie Sandcus, de Re in. Louis de fubilteo in IV libros distinctus, Rome, 1575. 5o Théologie morale et pastorale. — Jean Louis Bolognlnl, de Bologne; Pierre de Ravenne; Jean Vivaldi de Mondovi, dominicain, De veritate contri­ Antoine de Snn Georgio, de Milan: Mariano Bnrtvifnl auditeur de Rote, ù Rome; Ro· Curti, professeur de tionis. in-fol., Saluées, 1503, ouvrage très souvent réédité dans la suite, Lyon, 1505; Paris, 1508, etc. , droit canon et sénateur de Milan; Bernard de Côinc. 2(9 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, TEMPS MODERNES 220 dominicain, qui publia^ en outre : Lucerna inquietParis, 1685 ; De comparatione juris pontificii ac atsarei, lorum furretleæ pravitatis, in-8®, Milan» 1566; Borne, Lyon, 1584, 1603; Regularum ex universo pontificio 1581; Venise, 1596. Jacques Castellani de Tara, cha­ Jure libri très, Pérouse, 1587. Graziani de Garzadoio, noine de Latran, Tract, de sanctorum canonizatione, chanoine de Viccncc, Compendium furis canonici, dédié A Léon X. Sal. Albert eschi, De potestate cardi­ in-fol., Venise, 1580. Marc Mantua Bcnavidio, de nalium, mortuo vel impedito papa, Rome, 1520. Padouc, Dialogus de concilio; Commentarii juris cano­ Philippe Decius, de Mil m, auditeur de Rote, et séna­ nici, 2 In-fol., Padouc, 1563. Jérôme Albani, de Ber­ teur de Milan, Consilia, 4 in-fol., Pavic, 1512-1531; game, cardinal , De ecclesiarum immunitate et de per­ Commentaria in Decretales, Lyon, 1557; Venise, 1576. sonis ad eas confugientibus, Rome, 1564; Venise, Pierre André de Gambarinis, né Λ Bologne, cl évêque I 1584; De cardinulatu, Rome, 1541; Disputationes uc de Faensa, Commentarium in Extrav. Julii 11, de consilia, Rome, 1553; Lyon, 1563; Lucubrationes in eleelione simoniaca romani pontificis, Rome, 1528; Rartoli lecturas, 2 in-fol., Venise, 1559, 1561, 1571. De beneficiorum permutatione; De officiis et auctoritate Hannibal Grassi, de Bologne, évêque de Facn/a, Lgatl a latere, ln-fo!., Venise, 1585. Paul Cittadino, De jurisdictione universali summi pontificis in tempo­ de Milan, Tract, juris patronatus, Venise, 1583. Hippo­ ralibus, inséré par Roccaberli dans la Ilibl. ponti/., lyte Marsilius de Bologne, Notabilia ex utroque jure, t. iv. Quintilien Mandosi, In regulas cancetluriir m-foL, Milan, 1512. Jacques Siinonctta, de Milan, car­ apostolica, In-4®, Venise, 1554. Jérôme Manfredi, de dinal et évêque de Pérouse, De reservattone benefi­ Bologne, De cardinalibus S. R. Eccl., in-fol., Bologne, ciorum, Rome, 1588. Augustin Bcro, de Bologne, 1564 ; Super attentatis, appellatione pendente, libri duo, Qu/estlones, Bologne, 1550; Venise, 1574; Commenta­ 2 in-fol., Bologne, 1561, 1563. Gabriel Palcolti, ria super Decretales, 3 In-foL, Lyon, 1550-1552 ; Consilia, De sacri consistorii consultationibus, Rome, 1596 3 In-fol., Bologne, 1567; Venise, 1577. Laurent Plnus, Félicien Niguarda, de Côme, dominicain, évêque de Bologne, surnommé Junior, pour le distinguer de de Sainte-Agathe, puis de Côme, Enchiridion de cen­ celui dont il a été question, au siècle précédent, Con­ suris, irregularitate et privilegiis, Ingolstadt, 1583; silia notis illustrata, in-fol., Venise, 1529; Supra Manuate visitatorum, divisé en 2 livres, Rome, 1589; quinque libros Decretalium, Venise, 1579. Marc An­ Manuale parochorum, Ingolstadt, 1582. Paul Fus­ toine Marcscotti, chanoine de Bologne, Repetitiones cus, De visitatione et regimine ecclesiarum, in-4·, 9uper VI Decretalium, Bologne, 1506; Decisiones S. Rome, 1616; Singularia in jure aesareo atque ponti­ Roter, ln-4·, Bologne, 1578; Rome, 1589, 1604. ficio, Venise, 1574. Simon Majoli, d'Asti, De irregula­ Andreas Alclati, de Côme, Judiciarii processus com­ ritatibus et aliis canonicis impedimentis, in-4.·, Rome. pendium, et utnusque Juris praxis, Cologne, 1536. 1576, 1619. Joseph Mascardl, évêque auxiliaire d’Ajac­ Antoine Gabrieli, doyen des avocats consistoriaux. cio, De probationibus, 3 in-fol., Francfort, 1593-1596. Communes conclusiones in septem libros distri buta, Pierre de Pérouse, De mutatione status ecclesiarum, in-fol., Venise, 1520, 1574. Paul Borgasi, de Venise, 1584; De mutatione status personarum eccle­ Feltre, De irregularitatibus et impedimentis ordinum, siasticarum. Jérôme Gigante, De pensionibus eccle­ ac de censuris ecclesiasticis et dispensationibus super siasticis, Ιη-4·, Venise, 1570, 1588. eis, in-foL, Venise, 1574. Henri Bot tea, De synodo 8® Liturgie. — Pierre Casola, chanoine de Milan. episcopali et de statutis episcopi synodalibus, Venise, Rationale cœremoniarum missæ ambrosianœ. Milan, ’584. Matthieu Ugonl, De conciliis, in-fol., Venise, 1198, 1499. Marc Rosllio de Follgno, Oïdinationes 1565. Thomas Campeggl, de Bologne, évêque de divini officii totius anni, in-8n, Rome, 1503. Antonin Feltre, De auctoritate conciliorum, in-fol., Venise, Dul'lali, de Florence, augustln, Computum solis 1561; De auctoritate et potestate romani pontificis in et luna\ Florence, 1514; De reformatione ritus cele­ Ecclesia Dei, Venise, 1562; De residentia pastorum; brationis festorum, Florence, 1519. Paris («rassi, cha­ De ceehbatu sacerdotum non abrogando, Venise, 1554; noine de Bologne, maître de cérémonies de la cha­ Opuscula sur diverses questions de droit canon, Venise, pelle papale, à la cour romaine, Dr caremoniis cardi­ nalium et episcoporum in suis dicrcesibus libri duo, 1 81. Antoine Cucchl, Juris canonici institutiones, Rome, 1580, 1587; Venise. 1582; Ordo romanus, un des premiers ouvrages qui traite du droit canon, Inséré par Martènc dans Tr. de antiqua Ecclesitr en général, suivant un plan systématique; aussi eut-ll de nombreuses éditions : Lyon, 1564, 1574; disciplina in divinis officiis, Lyon, 1706, p. 595 sq., Ravie, 1565, etc. Guillaume Redoanl, de Gênes, I ouvrage plein de détails très Intéressants; Diarium évêque de Nebblo, en Corse, nonce apostolique Λ curler romanæ, inséré par Ch.-G. Hoffmann dans la Naples, De spoliis ecclesiasticorum, Rome, 1569; Nova scriptorum et monumentorum collectione, Leip­ De alienationibus rerum ecclesiasticarum, Venise, zig, 1731, p. 401-500. Marcel Francollnl, De tempore 1572; De simonia, Venise, 1565. Mathias Alberti, horarum canonicarum, Rome, 1531; Venise, 1605. de Florence, ollvétaln, htituzione canonica nclla Luc Gauricus, Kalendarium ecclesiasticum novum, quale si contient le leggi di santa Chiesa, le ordi­ ex sacris litteris probatisque veterum patrum synodis, nationi de ss. ponteflci e le costiluzioni di tutti sacri ln-4°, Venise, 1552. Alberic Oliva, Commentari sapra concill, in-4®, Venise. 1569, 1571. Jean Pierre Stupano, li rill della Chle.sa di Napoli, in-8®, Rome, 1550. ublat. Compendio dell'istltuzione rd autorità de' ministri Joseph Pamphili, de Vérone, augustln, De origine ecclesiastici cd in parti colare de9 sommi ponteflci, multarum gravissimorum in Eccltsia cæremoniarum; Ιη-4·, Milan, 1591. Jérôme Garimberti, De romanis De exorcistis et antiquo ri tu torquendi et expellendi pontificibus et cardinalibus, in-4·, Venise, 1568. dir mones; De sacris ritibus apud veteres pontifices in Remigio Nanni, dominicain, de Florence, De summi ' conficiendis et administrandis baptismatis, chrismatis pontificis auctoritate, de episcoporum residentia, de et eucharistie sacramentis, ouvrage précieux, divisé en beneficiorum pturalitüfe, in-4°, Venise, 1562. Raphaël ! trois livres. Marc Antoine Colonna Marsilicus, de Client, de Venise» De legato pontificio, Venise, 1558. ' Bologne, archevêque de Salcrne, H ydrag loto gta, Cés r Maiulelli, Collectio diversarum constitutionum slve de aqua benedicta, Rome. 1586, 1605, ouvrage et litterarum romanorum ponti ficum, a Gregorio VII de grande érudition. Michel Timothée, In divinum ad annum ir Grtgoril XIII, In-toL, Rome, 1579. officium questiones CCC, Venise, 1581; De sacrificio Jean Paul Lancelottl, professeur de uroil « 1’univermisse, Venise, 1584; Institutio ad episcopos de sacro­ $ < de Pérouse, sa patrie. Institutiones juris canonici sanctis Dei ecclesiis vUilandts, ln-4®, Venise. 1581 d m dum institutionum Justiniani, ouvrage précieux, Jean François Bonoml, de Crémone, évêque de Vcrceil, Re/ormationls ccclestasliCK decreta generalia tria souvent réédité, in-4®, Pérouse, 1563, 1567; J 221 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, TEMPS MODERNES omnium ecclesiarum usibus accommodata, ίιι-8% Cologne» 1585« 9· Histoire ecclésiastique. — 1. Histoire générale. Sigismund Visconti, Historia ab anno 1475 ad annum 1610, publiée avec la version italienne, par Ferdinand Calbri, 2 ln-8% Rome, 1882-1883. Jacques Philippe Fpresta, d'une noble famille de Bergame, august in, Supplementum chronicorum ad annum 1442, libri st χώ cim, Imprimée jusqu’i· douze fois, du vi­ vant de l’auteur, à cause de son Utilité» in-fol., Venise, 1183, etc., quelquefois sous le titre de Nooissinuc omnium historiarum repercussiones ; c’est vraiment une histoire universelle de l'Église, des empires, des villes principales et des hommes illustres. Jean Stella, prêtre de Venise, Vitre 230 romunorum pontificum a S. Pctro us (pic ad Juhum II, Venise, 1505; BAle, 1507. Jacques de Volterra, secrétaire et protonotairc apostolique, Diarium romanum de Sizti 1 V pontificatu an. 1471-1484, inséré par Muratori, Script, ter. Hat., I. xxni, col. 147 sq. Jean Lucidi, vénitien, mathéma­ ticien célèbre, Dt emendationibus temporum ab o. c. usque ad annum 1535, Venise, 1537, 15-16; continué par Jérôme Bordi, jusqu’en 1575, Venise, 1575, ouvrage important pour la chronologie. François Carpcsani, de Parme, Commentaria temporum ab anno 1470 ad 1526, inséré par Marlène dans la VH. scriptorum et monumentorum collectio, t. v, col. 11771426. Raphaël de Volalerra, en Étrurie, secrétaire de plusieurs papes. Vitiv romunorum ponti/iium Sixli IV, Innocenti VJ II, Alexandri VI, et Pii 111, Venise, 1518. Jérome de Lcandris, de Trévisc, arche­ vêque, cardinal et légal du pape, en France et en Alle­ magne, Epistola' et Relationes, récit de scs légations, publiées par Læinmer, Monumenta valicana, Fri­ bourg, 1861 ; et par le cardinal Mai, Spicilegium rom., t. ni. Onuphre Panvini, de Vérone, augustin, Epitome vitarum rom. pontificum de s. Petro usque ad Paulum IV, Venise, 1557, 1567; Chronicon ecclesias­ ticum a C. Julii Cicsaris tempore usque ad imper. Maximilianum II, Cologne, 1568, Louxain, 1573: De Sibyllis cl carminibus sibijllinis, Venise, 1567; Fausti et triumphi romunorum a Romulo usque ad Cantum V imperatorem, Venise, 1557, ouvrage de grande valeur pour l’histoire de l'antiquité et du moyen âge. Charles Sigoni, de Modènc, Historia ecccles iastica, divisée en 14 livres, 4 in-fol., Milan, 1732, ouvrage remarquable par son érudition. Antoine Ciccarclli, de Follgno, Vite de' Ponteflci, Rome, 1588. 2. Histoire des Églises particulières cl des ordres religieux. — Fabricius Marlianl, de Milan, évêque de Plaisance, Chronica episcoporum placcntinorum; An­ nales Mi dtolanenses, ouvrages insérés par Muratori, Script, rer. ilal., t. xvi, col. 627 sq., 641-840. Bernardin d'Aqulla, observant in. De coenobiis cl viris piis provincire S. Bernardini, scu Aprutii, Venise, 1612. Benoît Zacharias, de Viccncc, chartreux, Vila S. Brunonis cl origo ord. cartusiani, Paris, 1524. Ambroise Tacgi, de Milan, dominicain, Chronicon ordim> prtedicalorum generale, G in-fol., ouvrage resté manuscrit, mais dont sc sont beaucoup servis les auteurs subsé­ quents. Antoine Bclloni, d’t dîne, Vito patriarcha· rum aquih fensium usque ad annum 1530, insérées par Muratori, l. xvi, col. 23-70. Jean Philippe de Novare. Chronica canonici ord mis. Crémone, 1535. Étienne Usodimare, génois, dominicain, Catalogus magistro­ rum ordinis, cardinalium, antistitum, martyrum, beatorum ac doctorum, in-4®, Rome, 1555. Auguste, de Florence, carme, Historia camaldiilcnsium, divisée en trois livres, In-4·, Florence, 1575. Michel Poccianll, servite, aussi de Florence. De illustribus viris ftorentmis, ouvrage continué par Ferrinl ue Prato, Florence. 1589. 3. Hagiographie. — Barthélemy Pallazuolo, augus­ tin, Martyrologium, in-4°, Pavie, 1481, ouvrage assez 222 étendu Étienne Serva, de Crémone, chanoine régu­ lier de Lalran, Vita S. Ubaldi, Panne, 1519, 1523; Rome, 1628. Ambroise Calepin!, Vita B. Joannis Boni, eremitic O. S. Aug., insérée dans les Acta sanctorum, octobre, t. IX, col. 718 767, Vincent de Facnza, domi­ nicain, Vita B. Jacobi Salomonii veneti, insérée dans les Acta sanctorum du 31 mai. p. 460-L 5. Ni» oins Valla, Vita S. Praneisci, Florence, I 198. Unare Squarrialupo, de Florence, bénédic lin. Vita d passio S. Berlhurii, qui manque de critique, d'après les auteurs des Acta sanctorum, octobre, t. ix p. 660-682. Louis Lippomano. de Venise, HitJori* d·- ritis sanc­ turum,8 in- P, Venise et Rome, 1551-1560, ouvrace estimé des érudits et loué par les boilandistes. Pierre Galo ini, d’Ancône, protonotairc apostolique, Martyrologium romunum annotationibus historicis illustraturn. Milan, 1567; Venise, 1578; Rome, 1584. 4. Histoire littéraire. — Bernardin Rutilio, de VIcence, Dr vit is jurisconsultorum. Ltandre Albert i, de Bologne, dominicain, De vins illustribus ord. prædicatorum, libri sex, Bologne, 1517, ouvrage exact et finement écrit. II. IF/r SIÈCLE. — 1. Écriture sainte. — Dans le premier quart du xvn· siècle, un certain nombre d’auteurs commentèrent ou expliquèrent divers livres de la sainte Écriture, mais sans grand éclat. Parmi ceux dont le nom est resté, vitons Galeato Trissino, de Viccncc; Taddée Guldello, de Pérouse; Sixte Lamperti; Pantaléon Panvini; Antoine AgciU, de Naples. Le plus digne d’etre connu erl Marius a Calassio. franciscain, hébralsant de marcue, travail­ leur infatigable, qui, le jour même de sa mort. 21 jan­ vier 1620, récita encore les psaumes en hébreu. On a de lui : Grammalica, canones generales lingare sanctie, Dictionanum hebraicum et Concordantur S. S. Bibhorum ht braicorum, 4 In-fob, Rome, 1622; Londres, 1747. ouvrage très estimé des érud ts. Fa nnus Pauluzzi, évêque de Plcve, Cotnmmtoru m Pentateu­ chum, Rome, 1619; In Machubteos, in-fol., Home, 1625; In quatuor Evangeha, in-fol., Home, 1619; In Adus apostolorum, in Epistolas Pauli ei diorum apostolorum* in Apocalypsim, in-fol., Home, 1619, Dominique Ginnasi, de Bologne, nonce apostolique et cardinal. Interpretationes in Psalmos et Annota­ tiones in Pentateuchum, ouvrages pieux et savants, 2 in-fol., Rome, 1636. Camille Pulsicto, vamaldule, In omnes Psalmos Davidis, in-4·, Venise, 1628. JeanBaptiste Bandini, de Florence, publia le Psalterium vaticanum, d’après les anciens manuscrits, in-4°, Rome, 1619. Antoine Giggeo, de Milan, traduisit en latin les commentaires hébreux de Haschi, Abcn Esra, et LcM Gerson, auxquels il ajouta des explications personnelles, in-l°, Milan, 1620. Jean Étienne Menochius, de Pavic, S. J., Brevis explicatio tensus litterulis S. Scriptura·, 2 in-fol., Cologne, 1630. On en lit plu­ sieurs éditions, dans la suite, mais très défectueuses, excepté les plus récentes. Charles Jean Golino, de Fano, Edcngraphia, ou description du paradis ter­ restre, in-fol., Messine, 1619. François Quarcsmlo, franciscain, ayant résidé longtemps en Palestine, Elucidatio terra· sanctu historica, theologica cl morulis, 2 in-fol., Anvers, 1639, ouvrage très important pour la géographie historique de la Palestine, réédité, au xix· siècle, par Cypricn de Trévisc, Venise, 1S82. Vincent GlUberti, de Naples, général des clercs régu­ liers, Cieli David ici, varia· vers tones psalmorum com­ mentariis et moralibus conceptibus stellatur, 4 in-fol., Naples, 1639-1650, ouvrage surtout utile aux prédi­ cateurs. Paul Mincna, de Bari, dominicain, mathéma­ ticien et astronome. De neomeniis Salomonii perpetuis libri duo, in-4°, Vlco, 1599. Thomas Colonna, de Païenne, capucin. Commentaria moralia super duo­ decim prophetas minores, Païenne, 164 1. Paul \ ecchlo 223 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, TEMPS MODERNES 224 de Naples, chanoine théologal de Capoue, Observa­ 3· Théologie scolastique. — Une place de teut tiones ornhigemt eruditionis, sive phystognorucrr premier ordre est A faire aux théologiens Jésuites et medic# in S. Scripturam, libri duo, ln-4®, Naples, du Collèg* romain. Bien qu'espagnols par leurs ori­ 1640. Michel Ghisîicri, de Home, clerc régulier, très gines, Tolet, Suarez, Vasques, Jean de Lugo, doi­ Instruit des langues orientales, Cumia niant in vent être signalés parmi les auteurs qui illustrèrent Canticum canticorum Salomonis, d'après le texte l’Italie, voir les articles spéciaux et l'article Jésujtbs hébreu et le grec des Septante, in-fol., Home, 1009; i Durant la première moitié du xvu* siècle, beaucoup Venise, 1613; Anvers, 1614 ; Paris, 1618, etc. Pau! de théologiens scolastiques, dont plusieurs d'une vraie Ares!, de Crémone, théalln, De vero sacri Cantici valeur, travaillèrent â répandre Jus doctrines d·· surit canticorum Salomonis tum historico tum spirituali Thomas. Nous indiquerons ici les principaux. Raphaël sensu, ln-4·, Milan, 1640; Velitationes sex in Apocalyp- I Riva, de Venise, dominicain, QutrHiones ctdubda ites sim, Milan, 1647. Louis Novarino, de Vérone, Sacro­ scholastic#, in-fol., Venise, 1609. Scralîno Cajq oni, rum electorum, 5 in-fol., Vérone, 1646, sorte d'ency­ né près de Bologne, dominicain, Elncidatfânes for· clopédie scripturaire; Schediasmata saeropro/ana, males in Sumnuun theologicam S. Thom# de Aqinno, même genre d’écrit, in-fol., Lyon, 1635; et beaucoup 5 in-l°, Venise, 1588, 1596, 1612, imprimé quelque­ d’autres commentaires sur la plupart des Livres fois sous ce titre : Summa totius theologi# D. Thunue. saints. Fortuné Scacrhl, d'Ancône, augustinicn, Grégoire Falconlo, au gust in, Beconciliutio crnlum hé**raTsant distingué, Sacrorum elaochrismaton Myro- locorum controversorum inter D. Thomani dbdorem thecia, 3 ln-4·, home, 1625, 1627, 1637; Amsterdam, angelicum et Æyidmm Columnium, in-fol., Rimini, 1701; ouvrage intitulé quelquefois aussi : Thésaurus 1612. Jean Dominique Montagniuoli, de Sienne, do­ ontiquttatum sacroprofanarum, titre qui en fait minicain, Defensiones théologie# ac thomistiar, in­ mieux comprendre le contenu; ouvrage singulier, fol., Naples, 1610. Scot eut aussi ses partisans. Augus­ de très grande érudition, et très estimé, pour ce motif. tin Gothulius, franciscain, de la province de Gènes, AukuUe In\c es, sicilien, Historia sacra par· d <1 outre plusieurs ouvrages destinés A répandre, en terrestris, in-1°, Palermo, 1649, 1651. Antère Marie l’expliquant, l’enseignement du docteur subtil, de Sainl-Bona\enture, augustin de Gènes, Ponde­ publia Gymnasium speculativum ex variis tum philoso­ rationes in Psalmos fuxta multiplicem Scripturarum phicis, tum theologis, concinnatum, In-fol., Paris, 1605. Paulin Bcrti, de Lucques, augustin, Quiestiones in sensum, 3 In-4 % Lyon, 1673; Auri gemmarumque mystica fodina, in-fol., Gênes, 1677, pour les direc­ quatuor libros Sententiarum ctquodlibeticas Scoti, 6 ln-8·, teurs d Ames. Laurent de Sainte-Françoise Romaine, Venise, 1617, Viclorin Manso, bénédictin du Montaugust in, de Borne, Sacrum theatrum biblioium, Cnssin, Harmonia theologica Patrum et scholastico­ 3 in-fol., Rome, 1690. Thomas Innocent Penclni, rum, ln-4°, Naples, 1594. Alexandre Pesant!, de Rome, de Venise, Nova veteris legis mystico-sacra gulaxia Brevia commentaria et disputationes in D. Thomie Scriptune, in-fol., Venise, 1670, commentaire littéral, universam theologiam, in-fol., Venise, 1606; Cologne, 1617. Fortuna de Padouc, Elementa mystic# geometri#, moral, allégorique et nnagogique du Pentaleuque. L’auteur publia un ouvrage du même genre sur le traité sur les attributs de Dieu, dans lequel se trouvent Nouveau Testaient, et l'intitula : Nova evangelic# des raisonnements d'ordre mathématique unis aux tegis mystico -sacra galaxta, 2 In-fol., Venise, 1678- arguments théologiques, ln-4°, Padouc, 1617. Le Maître des Sentences eut, lui aussi, encore beaucoup 1685. Jean Pau) Oliva, de Gênes, général des jésuites, de commentateurs : .Jean Paul Paleutieri, conventuel Commentarii in S. Scripturam, 6 in-fol., Lyon, 16771679. Jules Bartoloccl, né en Étrurie, cistercien, de Bologne; Daniel Mallonl, hléronyndlc de Brescia; Christophe Silvestrano, canne de Vérone; Archange Bibliotheca magna rabbinica de scriptoribus et scriptis de Rubeis, de Crémone, chanoine régulier de Lntran; hebraicis, par ordre alphabétique, 3 In-fol., Rome, IMtlkinnl d’Arezzo, observant in; Christophe Mara*« a, 1675, 1678, 1683. Son disciple, et confrère, Charles de Crémone, carme, etc. Beaucoup de théologiens Joseph Imbonati, d'après ses notes laissées après sa aussi traitèrent les questions brûlantes de la prédesl!· mort, y ajouta un quatrième volume, In-foL, Rome, υ*η. nation. D'autres se rangèrent parmi les disciples de 2· Patrologle. — Jean-Baptiste Perettl, archidiacre saint Bonavcnturc. tels que Pierre Capulllo, conven­ tuel de Corlone, professeur A Bologne cl A Rome, de Vérone, Sermones S. Zenonis, ln-4®, Vérone, 1586; Sanctorum epheoporum Veronensium antiqua monu­ Commentaria In l et II libros Sententiarum S. Bonamenta, ln-4·, Venise, 1576. Pierre Rldoîfi, né en venturae, 2 In-foL, Venise, 1622, 1624. Un autre essaya Émllle, conventuel. Opera omnia S. Bernardini I de réunir en un tou! les doctrines du docteur nng· Hque Senensis, 4 ln-4®, Venise, 1591. Jérôme Brunelll, et du docteur séraphique. Cc fut le capucin François de Sienne, Gregorii Nasiameni carmina selecta, de Corlolan, Summa theologia ad instar Summa ln-8®, Rome, 1590. Vincent Rlcardi, de Naples, clerc D. Thomæ, ex operibus S. Bonaventunr, 7 In-fol., régulier. Sancti Procli analecta, commentariis aucta, Rome, 1622. Théodore Foresta, capucin, de Bergame, ln-4·, Rume, 1630. Ple Rubei, de Plaisance, hléroParaphrases, commentaria et disputationes fuxla nyinite» Commentarii in res gestas S. Hieronymi, ad mentem D. Bonaventur#, In-fol., Rome 1633. Cet operum examen, seu ad controversiarum solutionem, auteur, qui, pendant près de quarante ans, avait ln-’<»l.· Côme, 1623. Martius Milesius Snrazanl, enseigné ces « doctrines séraphiques », était très estimé juris onsullc de Rome, Sancti Damasi vita et opera du pape Urbain VIII, qui, plusieurs fois, le nomma cum annotationibus, Paris. 1672. Dominique Mita I visiteur apostolique. Maurice Ccntlno, franciscain Uuutionelll, Sancti Petri Chrysologi sermones ad vetus­ de Sicile, Disputationes theologicae de incarnatione ci tos codices recogniti, ln-4·, Bologne, 1613; Venise, I sacramentis, ad mentem Scoti, 2 in-fol.. Messine, 1637. 1740. Constantin Gaetanl, d'une noble famille de I Llvlus Galante, franciscain d'Imola, Christiana theoSvnicuse. bénédictin, préfet de la bibliothèque I logia comparata cum platonica, cum tota veteri sapientia vatKane, Sancti Petri Damian! opera, 4 In-fol., I ethnicorum, chaldrtorum, #gyptiorum et grsecorum, Rome, 1606-1 MO; Paris, 1642, 1663; Opuscula I in-fol., Bologne, 1627. André, franciscain de Pérouse, quidam S. ludirl numquam edita, ln-4·, Rome, 1616. I Analysis purlssimæ conceptionis Deiparæ, in-4·, J'*tcph Isel, de Céséne, Lactantii opera, In-foL, l Venise. 1634. Dans cet ouvrage, l'auteur clic plue de Cé*ent R 46; Rome, 1650. Bernard Bon hl, né dans trois cents théologiens et donne leurs arguments pour U Mar he de Trévlse, dominicain, Opera S. Fulgentii, I prouver la vérité du privilège de l'immn· * lèc ConI ceptlon. Jean Marie Zamora, capucin d’iuine, De la-4·, Venise, 1696. 225 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, TEMPS MODERNES eminentissinui Deipar# V. Mari# perlectione. libri très, In-fol., Venise, 1629. Il avait cherché, lui aussi, û mettre d’accord le» diverses écoles théologiques, dans scs Tractatus theologici ad componendas contro­ versias omnes inter divum Thomam, S. Ho nouenilira ni et Scotum. in-fol., Venise, 1626. L'intention était certainement excellente. Quant au résultat, les dis­ putes qui durent depuis des siècles, ont montré et montrent encore ce qu’il faut en penser. Modeste Gavazzi, conventuel de Ferrare, De macula peccati permanentis personalis et originalis. In-4°, Bologne, 1642; Disputationes theologicae ad mentem Scoti. In-fol., Home, 1656, trente ans après l’essai de conci­ liation tenté par Zamorra. L'année suivante, Fulgence Stella, franciscain, publiait scs Celebriores (homislarum et scolislarum théologie# controversies In /avorem scotistarum. in-4·, Milan, 1651. Jean Marie Sforza, conventuel, Scotus corroboratus ex contradictionibus tcholæ advers». ln-4®, 1661. Par le titre de ccs ou­ vrages, cl par celui d’autres auteurs que nous pour­ rions ajouter, on voit que les scotistes tenaient bon sur leurs positions, et ne songeaient nullement ù les abandonner. Le jésuite Jean-Baptiste Rossi, de Monrealc, censeur pour l'impression des livres com­ posés par les Pères de la Compagnie de Jésus, sembla se ranger de leur côté dans ses Distinctiones ex com­ mentariis S. Bonaventurae in quatuor libros Sententia­ rum collecta:, in-fol., Rome, 1652. Un ouvrage, reçu avec enthousiasme par les scotistes, fut le Philoso­ phie: ad inentem Scott cursus integer, rédigé par le conventuel Belluti et son ami Barthélemy Mastria, In-fol., Venise, 1678, 1688, 1708; édité en 5 In-foL, Venise, 1727. Les nombreuses éditions, revues et augmentées, prouvent l’estime dont Jouissait ce Cursus integer. Matthieu Ferchl publia, outre une Vie de Scot, V Apologia pro Jo. Duns Scoto. ln-8®, Bologne, 1620; Naples, 1629, et plusieurs autres ouvrages philosophiques, dans le même cspriL Gnndenzi Buontcmpo, capucin de Brescia, publia, avec un titre un peu prétentieux, peut-être, son Palladium theologicum, seu tuta theologia scholas­ tica ad intimam mentem D. Bonaventunc. seraphicl doctoris. 7 in-fol., Lyon, 1676, ouvrage très loué par les tenants de cette école, entre autres par Bernard de Bologne. Nous ne citons pas les innom­ brables théologiens du xvn® siècle, qui, ont traité des parties séparées de la théologie. Hippolyte Marraccl, de Lucques, clerc régulier de la Mère de Dieu, Biblio­ theca mariana alphabetico ordine digesta. 2 ln-8®, Rome, 1618, excellent travail, dans lequel 11 cite plus de trois mille auteurs et plus do six mille ouvrages, dont les uns restés manuscrits; Apostoli mariant, seu de singulari SS. Apostolorum in Mariam Deiparam pietate, ln-8®, Rome, 1643; Pontifices maximi mariant, teu de rom. pontificum (n Mariam Deiparam Virgi­ nem ardenti studio ac pietate, ln-8®, Home, 1642; Fundatores mariant, dans le même genre, in-8®, Rome, 1643; Purpara mariana. ln-8®, Rome, 1654; Antistites mariant. ln-8·, Rome, 1556; Heroides ma­ riante. ln-8®, Rome, 1654; Reges mariant, ln-8®, Rome, 1651; Principes mariant, in-8®, Rome, 1660; Polyanthea mariana. in-fol., Rome, 1694, et plusieurs autres œuvres analogues, qui, par leur esprit de piété, nous reposent des interminables controverses acrimonieuses et sans résultat aucun pour la décou­ verte de la vérité. Nicolas de Suint-Jcan-Baptistc, Quguslin, do Païenne, Philosophia augustmiana. live integer cursus philosophicus /uxla doctrinam P. Augustini. 6 ln-12. Gênes, 1687. Caplssucchi, d’une illustre famille de Rome, dominicain et cardi­ nal, Controversia: theologica: selecta: scholasticae, mo­ rales. scripturales, ad mentem D. Thomae. In-fol., Rome, 1670. Peu de temps après, apparaissaient do D1CT ns Tîî^nu cathou. 226 très nombreux ouvrages, en faveur de Scot. Théodore Gcnnari, franciscain, puis évêque de Vélla, Dies intdligibilis scoticus in duodecim horas theologicas divisus, in-fol., Venise, 1674. Clément Basccltl, franciscain, Viridarium theologicum in IV libros Sententiarum Jo. Duns Scott. 4 ln-12, Vicence, 1688, 1689, etc. Jacques Manzoni des ermites de SaintAugustin, SS. Patriarch# Augustini axiomata theo­ logica. in-fol., Ferrare, 1673; Enchiridion theologtse augustmtanae. In-fol., Ferrare, 1678. 4® Polémique. — Paul Grisaldi, de Pérouse» Mal­ leus contra fud/ros. grsecos et mohanudanos. ln-4·, Venise, 1587. Sébastien Cattaneo, de Milan, Enchiri­ dion eorum qua in controversiam vocantur, ln-8·, Ingolstadt, 1589. Séraflno Razz!, de Florence, De locis theologicis pr#lertiones. ln-4®, Pérouse, 1603. Paul Fabulotti, bnrnabite, de Rome, De potestate pap# supra concilium. Venise, 1613, très souvent réé­ dité. Alphonse Bovosl, chanoine régulier de Latran, Disputationes catholic# contra gracos. Bologne, 1607. Thomas Bozio, oratorlen. De signis Ecclesiae, ouvrage remarquable, composé sur les Instances de saint Philippe de Néri et souvent réédité. 2 ln-4®, Rome, 1592; Cologne, 1593, 1602, 1624, 1626, etc. Mais le prince de la controverse, qui a fait oublier tous les autres, c'est Robert François Bcllarmin, S. J., cardi­ nal, Disputationes de controversiis fidei adversus hujus temporis haereticos, très souvent rééditées, 3 in-fol., Ingolstadt, 1586-1593, 1596; Lyon. 1593, 1596; en 4 volumes, à Venise, 1596, 1599, 1602, etc. Voir t. n, col. 560 sq. Marc Antoine Capclli, franciscain de la pro­ vince de Padoue, De summo pontificatu B. Petri adversus pr#lensum regis Anglia primatum, ln-4®, Bologne 1610, Dominique G ravina, dominicain, de Sicile, Catho­ lic# praescriptiones adversus omnes veteres et nostri tem­ poris hareticos. 7 in-fol., Naples, 1619-1639; Pro sancto fidei catholica: et apostolic# deposito, a rom. pontificibus custodito, apologeticus adversus novatorum calumnias. ln-4®, Naples, 1629; Cologne, 1638. Antoine Rusca, de Milan, De inferno el statu dæmonum ante mundt exitum Ubri sex. ln-4®, Milan, 1621. Ange de Pelricca, conventuel. Turris David, seu de militante ac trium­ phante Ecclesia disputationes adversus hu/us temporis haereticos, in-fol., Rome, 1647. Jean Alexandre Ferrari, Euclides catholicus, seu demonstratio fidei roman# ex primis certis, evidentibus principiis, methodo mathema­ tica. ln-4·, 1676. Antoine Masucci,conventuel. Calvinus oppugnatus. c#terique recentiores herrelici profligati. in-4®,Naples, 1680. Garnlcridc Monrcale, conventuel. De Ecclesia militante. In-fol., Rome, 1649. Nicolas Marie Pallavlcini, S. J., Dl/csa del ponti ficato e della Chiesa cattolica. ove si riflutano lutte le moderne ereste. 3 in-fol., Rome, 1687. Célestin Sfondratl, de Milan, bénédictin et cardinal. Regale sacerdotium romano pontifici assertum. ίη-4·, 1684. Ignace Flume, de Sicile, dominicain. Schola veritatis, advenus mendacia Lulheri. Calvini et protestantiurn. 4 ln-4·, Naples, 1675. Raymond de Puteo, évêque d'Este, Romana veritas contra haereticos, in-12. Messine. 1658. Emmanuel Sanz, S. J., Scholasticus armatus contra omnes fidei hostes, ln-4·, Venise, 1715. Une foule d’autres auteurs, A cette époque, écrivirent aussi contre Luther,Calvin et les dh erses sectes protestantes. 5· Théologie morale. — Barthélemy Hugollnl, de Bologne, De censuris ecclesiasticis. Bologne, 1594; Venise, 1602; De censuris reservatis summo pontifici In bulla Caena Domi ni. In-fol., Bologne, 1609; De irre­ gularitatibus. in-fol., Venise, 1601; Responsiones. Bologne, 1607. Marius Altieri, chanoine de SaintPierre, De censuris ecclesiasticis. 2 In-fol., Borne, 1618. Jacques Graff), de Capoue, bénédictin. Deci­ sionum aurearum casuum conscienti# tibri quatuor. In-foL, Venise, 1600, 1609, 1610; Turin, 1600, 1611, VIIL — 8 227 ITALIE. PUBLICA FIONS CATHOLIQUES, TEMPS MODERNES 228 1626; Additamenta, ίη-4·, Venise, 1610, 1614; Con­ grand nombre d’auteurs écrivirent pour ou contre le siliorum, sive responsionum casuum conscicnti/c libri probabilisme, et un bon nombre d'autres se conten­ quinque, ln-4·, Venise, 1604, 1610; De arbitrariis tèrent de traiter des parties séparées, sans cmbra&ser confessoriorum, in-fol., Naples, 1613; Venise, 1619. l’ensemble de la théologie morale. Nous terminerons Fiiliucl, de Sienne, S. J., Synopsis universæ theologia cct aperçu en citant Pie re Martyr Pétrucci, de moralis, in-fol., Lyon, 1626. Martin Bonaclnn, de Viterbe, dominicain. Lucerna morulis aquinatici Milan. auteur classique en morale, par l’abondance, solis illustrata splendoribus, seu generalia totius l'érudition et la clarté de l’exposition. Opera omnia, moralis doctrina· prwcepta juxta mentem angelici Irés souvent réédité, in-fol., Lyon, 1624,1639; 3 in­ dodoris D, Thonue, in-4°, Home, 1698. M Igrc ce fol., 1678; Milan et Venise, 1754, etc. Barthélemy beau titre, l’auteur sc sert de saint Thomas pour de Sdnl-Fnuste, Sicilien et cistercien. Theologia attaquer très vivement le probabilisme. Charles de moralis, 3 In-fol., Lyon. 1621; Speculum confessaBaccis, bénédictin, d’Arezzo, De principiis universa riorum cl pandentium, ibid» Antoine Raguecl, cha­ theologia· moralis, In-fol., Florence, 1667. noine pénitencier de Bénévcnt, Lucerna parochorum, 6° Droit canon. — Evangelista a Canobio. capucin de la province de Milan, Annotationes in libros Decre­ Naples, 1623: De pandendis et indulgentiis, Naples, 1626. Frédéric Borromée, de Milan, archevêque de talium, in-fol., Milan, 1591. Dominique Tus< o, de Calabre, cardinal, Repertorium prudicarum conclu­ celle ville et cardinal, neveu et successeur de saint sionum juris, 8 In-fol., Rome, 1610. Jean François Charles Barroméc, émule de ses vertus, écrivit un Leoni, protonolalre apostolique, puis évêque, The­ grand nombre de traités qui se rapportent surtout â la théolo onum moralium, canonicarum el civilicum. ouvrage très remarquable, 5 in-fol., Rome, 1661; 2 in-fol.. Naples, 1634. Antoine Naldl, théatln de Venise, 1G97; Cologne, 1681, 1704. Jean Mclali, Faenza, Summa, sru Resolutiones practicne notabiprotonolalre apostolique, Misct Ibmea sel· clarum juris inres cauium fert omnium. In-fuL, Rome, b>35. utriusque asserlmnum, In-fol., Palermo, 1670. Charles Vincent Candide, de Syracuse, dominicain, maître Murant a, de Naples, évêque de Tropca, en Calabre, du Sacré-Palais, sous Innocent X. Illustriorum dis­ Controversi? /uris uh i usque responsiones, in-fol., quisitionum moralium. 4 In-fol., Rome. 1638-1643 Naples, 1637; bfedaltà Decreti, in-fol., Naples, 1656. Christophe Fabrizl, de Foligno, el Alphonse de Léon, Alexandre Spcrelll. d*Assise, Decisiones fori rcclestasclerc régulier de Naplt s, publièrent des œuvres de I fief, 2 in-fol., \ enise. 1666. Jacques Pi nalclll, ce genre. iUun inalus Mor.ml, franciscain, de Bergame. I Consulfatlones canonuif, . in-fol., Rome, 1675; 5 in-tol., Centum responsa centum qiuedtis ex omni theologiee Venise, 1687, ouvrage très Important, dont Benoît practice materia, In-ioL. Venise. 1611; Milan, 1682, 1 XiV faisait le plus grand cas, et qu’il cite souvent. M Athku Rcnzl, Bne vetopu dia universie thcologlæ ( Jules Cnpone, de Naples, Tractatus juris canonici, moralis, 2 in fnl., Naples, 1671-1676. Bonaventure 2 in-fol., Genève, 1733; Disceptationes forenses Theulus, franeis ’ûin. archevêque de Myre, Theologia , ecclr.iuslicir. civiles d morales, 5 in-fol., Lyon, 1677; moralis Scoh, Venise. 1652. 1661, 1795. Tnmburinl, I Genèse, 1731. Jean-Baptiste de Luca, cardinal, Sicilien, S. J., Explicatio decalogi, 2 in-fol., Venise, Opera omnia, 18 in-fol., très sous ent réédités, à 1654 ; Expedita furis divini, naturalis et ecclesiastici mo­ cause de leur importance et de leur utilité pratique, ralis explicatio, Rome, 1647 ; Milan, 1648, etc. ; De bulla Rome, 1671; Cologne, 16^9; Venise, 1690, 1698, traciuia, ln-4·, Païenne, 1663. Vers celte époque, un i Ltol, etc., etc.; 5’ucr« Rules decisiones, 4 ln-fol2 229 ITALIE. PUBLICATIONS CATHOLIQUES, TEMPS MODERNES Venise, 1707, 1726. En outre, un grand nombre i d'auteurs publièrent des traités spéciaux sur diverses parties du droit canon. 7° Liturgie. — Nicolas Buonllgli, de Sienne, carme. Spéculum missic, Venise, 1572. Barthélemy Gavnntl, né à Monza, général des barnabilcs, liturgisle des | plus remnrqu hies, Thesaurus S. S. Rituum, sive com· I mentaria tn rubricas missu lis et breviarii romani, 5 in-1% Milan, 1628; Home, 1630; Anvers, 1634, ; etc. André Castaldo Pcscaro, de Naples, général des théatins, Praxis caeremoniarum, In-fol., Naples, 1625, 1645, 1681, ouvrage très remarquable aussi. Paul Marie Quarto, clerc régulier d*Adria, dans le royaume de Naples, Rubriae missalis romani com­ mentariis illustrator, in-fol., Home, 1G55; De pro­ cessionibus ecclesiasticis d de Hun us sanctorum, ac de sacris benedictionibus, In-fol., Naples, 1659; Home, 1674; Venise, 1665, 1727, etc. François» ; Marie Brancfiçci, de Naples, cardinal et évêque de Viterbe, Dissertationes, ln-l°, Borne, 1672. Jean-Bap­ tiste Bonn, né à Mondovi, cardinal, Dr divina psal­ modia, in-4°, Paris, 1663, 1672; Cologne, 1677; Rerum liturgiearum libri duo, in-fol., Home, 1671; Paris, 1672, 1676; Cologne, 1674, etc., ouvrage clas­ sique et très justement estimé. Voir L n, coi. 952 sq. 8° Histoire ecclésiastique. — 1. Histoire générale. — César Baronius, né en Campanie, disciple et succes­ seur de saint Philippe de Néri, comme général des oratoriens, et cardinal, Annales ecclesiastici a nativi­ tate Christi, 12 in-fol., Home, 1588-1607; ouvrage qui coilla à l’auteur trente ans de recherches et de travaux. Suivant le mot d’un érudit, cette histoire lit plus de mal aux protestants que les controverses théologiques de Bellannin. Voir t. n, col. 426. Dominique Bollanl. dominicain. Conciliorum omnium tam genera­ lium quam provincialium collectio, 5 in-fol., Venise, 1585. François Bordinl, de Borne,oratorien, Summorum pontificum d imperatorum rcries el gesta, 2 in-fol., Paris, 1601. Augustin Tornlclll, de No * arc, général des barnabPes, Annales sacn et profani ab orbe condito ad eumdem Christi passione rtdemptum, 2 In-fol., Milan, 1610; Francfort, 16’3-1616; Anvers, 1620; Cologne, 1622, etc. OrdiTle Havn >ldl, de Trévlse, généial des oratoriens, continua les Annales de Baro­ nius, d 1199 ή 1565, 10 in-fol., Rome, 1616-1677. Pallaviclnl, S. J., cardinal, Istoria dd concilio di Trento, 2 in-fol., Rome, 1656, 1657, très souvent rééditée. Ughelll, Italia sacra, sive de episcopis Italia et Insularum adjacentium, 9 in-fol., Home, 1612-1662, ouv rage précieux, fruit de recherches considérables. 2. Histoire des Églises particulières et des ordres religieux. — Célestin Coleoni, de Bergame, capucin, Istoria quadripartita di bergamo c suo territorio nato gentile c rinato cristiano, 3 ln-4®, Bergame, 1617-1619. Jean-François Bcsozzl, de Milan. Istoria pontificale di Milano, da san Rarnaba a Fred, liorromeo, cioé fi no all' anno 1696, Milan, 1623. Charles Basilica Petri, llisto ia ecclesiamedtolanensis. Novare, 1615. Jacques Cavaci, bénédictin de Padoue, Histo­ ria coenobii D. Justine pataoinæ, ln-4·, Venise, 1606. Pierre-Marie Campl, Istoria ecclesiastica di Piacenza, 3 In-fol., Plaisance, 1651-1661. Bernard Fainl, Catalogi quatuor episcoporum, cardinalium, vicariorum genera­ lium d ecclesiarum bnxianx sedis, in-4·, Brescia, 1658. Félix (’i illi, franciscain de Pérouse, Paradosso slorico delta Chicsa peruglna e del suo primo vrscovo, Venise, 1643. Antoine Caraccloll, clerc régulier de Naples, De sacris Ecdesur neapotUanie monumentis, In-fol., Naples, 1645. Barthélemy Chloccarclli, Antis­ titam Ecdesne neapolitunir catalogus ab apostolorum tempore ad an. 16 43, In-fol., Naples, 1646. Antoine Amici, de Messiae» Historia niessunauls Ecdcsùc, 230 Naples, 1640. Bernardini Mnnzonl, conventuel, Csurute historia ecdrsiusllea, In-fol., Cé«cne, -613; Lyon, 1723. Beaucoup d’autres diocèses d’Iiuîic, et la plupart des ordres rellg: ux lurent aussi, A cette époque, un ou plusieurs historiens. ni. xvnr mttCLK. — 1· Écriture sainte.— Joseph Marie de Turre, domini aln de Ll/urie, Institutiones ad verbi Del script! tntdligenliam, 4 in-fol., P rme, 1711, ouvrage considérable, rempli de notions im­ portantes el utiles, pour l’interprétation de 1É allure sainte. Jean Matthieu de San Stefano, franciscain, De sensibus el clavibus S. Scripture?, In-fol.» R me, 1709. François Dominhfue Bcnrlni,i>énémonstratio, ■ ln-4% Venise, 1760. Antoine Zanolini, pendant quarantecinq ans, professeur de langues orientales a i’u» Iversllé de Padoue» Questiones c S. Serif lura ex lingua­ rum orientalium interpretatione ortæ, in-8®, Padoue, 1725; Lexicon hebraicum, in-4·, Padoue, 1732; Lexicon syriacum, ln-4®, Padoue, 1742; Lexicon ch. Idiico-rabbinicum, cum rabbmorum abbrevlt turis d paraphrasibus chaldaicis, 2 ln-4·, Padoue» 1747; Disputationes ad S. Scripturam spectantes de festis ft sectis judivorum, ίη-4·, Venise, 1753. Horaee degli Azzl, franciscain, de Parme, Esposizioni tdlerah e morali sopra la S. Scrittura, 13 ln-4®, Venise, 17 '61746. César Cnllnl, S. J., de Brescia, Trattenimrr to islorico e crorudogico sulfa seria ddl' A tico Testa­ mento, 2 in-4®, Venise, 1724, 1725. Joseph Bhm- hinl, juIs Ungarelli, barnabitc* de Bologne, orien­ taliste, Prxlcctiuncs de N. T„ et Historia Vulgolæ Bibitorum editionis, in-4®. 1847. Charles Venellune, borna bite également, collaborateur du cardinal Mal dans 1a publication et l'explication «les anciens manuscrits de la bibliothèque valicane. Bibitorum SS. grtrtus codex Vaticanus, 6 Ln-4·* Rome, 1857-1869, 1881, UUeriori studi sut N. T. grcco delT antichissimo 23G codice Vaticano. in-4®, Rome. Î8G6; Varin* lectiones Vulgata* Bibliorum, 2 In-1®. Rome. 186u. 1864, etc. Il faudrait citer ici les nombreux travaux du Père François Xavier Palrizl et ceux du Père Planetarii, jésuites, professeurs au Collège romain. Célcstin Cavedoni, Dicchiarazione délie monete untiche memnrate nella S. Scritlura, in-4®, Modène, 185U, traduit en allemand, Hanovre, 1855. Giordano Vespasiano, Dizionario uni­ versale della S. Hibbia Vulgata. 4 in-8·, Venise, 1853. Ubaldo I I aldl a publié une Introductio in S. Scriptu­ ram, 3 in-8·, Rome, 1879-1881. Annuario délia Societù italiana per gli studi orientali, Ιη-8·, Florence, 18721873. Archivio di letteralura bibhca c orientale, ln-8·, Turin, revue qui a paru de 1879 à 1908. L. Talamoni, Spicgazione e schemi del Vangelo dominicale seconda il rito ambrosiano, e dette feste de Noslnr Signore, delta Vcrgine e dei Sanli, 3 in-12, Monzn, 1908. A. Pujla, Prcludi ed accordi, in-12, Rome, 1908, bon travail sur les psaumes. A. Bancale. Triplice corso di pensieri sugli Evangeli della Domenico, in-8”, Rome, 1908. Burna e Oriente, revue publiée par l'abbaye de SuintNil, Λ Grottaferrata, commencée en 1910. Cottectanea biblicu-latma, cura et studio monachorum S. Benedicti, in-8°, Rome, périodique commencé en 1912 et continué depuis. Dante Clerico, Le seltc del Giudaismo, Farisci, Sadducci, Esseni; Studio slorico. in-8®, Bagnacavallo, 1915. Scripta Pontificii Instituti biblici, in-8®, Rome, publications diverses, commen­ cées en 1912 et depuis continuées. 1). Argentieri, Soluzione del graoissimo problema délia crorwbaiia biblica, net periodo de9 rè. in base ai dali delta Hibbia c délie iscrizioni cuneiformi, in-8”, Rome, 1916; le docte auteur a donné une solution qui n'est pas sans mérite, mais qui ne saurait rallier tous les suffrages. Depuis 1900, l’étude critique de la Bible a fait, en Italie comme ailleurs, des progrès potables. Si quelques exégètes ont suivi plus ou moms le mouve­ ment moderniste, d’autrvs ont su associer une saine critique, à l’orthodoxie la plus stricte. Ce n’est pas le Heu de faire l’histoire de ce double mouvement. Nous signalerons seulement d’un mol, dans la bonne voie les nombreux articles el volumes d’Adolphe Celllnl, le commentaire en espagnol de la Genèse, précédé d’une introduction sur le Pcntatcuque, par le P. L. Murillo, Rome, 1914, les excellents commentaires des Épltres aux Thessaioniciens, Rome, 1917, et de l’Épilrv aux Ephésiens, Rome, 1921, du P. J. M. Vosté, O. P., el ΓIntroductio specialis in libros veteris Testa­ menti, du P. H. H6pil, Subiaco, I92U. La plupart des écrits, publiés par l’institut biidique pontifical, ont trait aussi aux études scripturaires. De leur côté, les professeurs du Séminaire pontifical romain publient, sous le titre Lateranum, une collection «le monogra­ phies ou de mémoires sur les principaux sujets de leurs cours. Signalons le fascicule de R Rvuttlui, Lu gerarchia della Chiesa negli Atti degli Apostoli e nelle lettere di S. Paolo, ιη-8·, Rome, 1921. 2· Patrologie. — Fraja brangipanl, bénédictin du Mont-Cassln, Sancti Augustini sermones decem ex codice cassinensi primum cdih, in fol , Rome, 1819. Georgio Marzuttinl, Cqllezione dclle opere det Padri e di ultri autgri ecclesiastici della chiesa aquilejese, traduite ed illustrate cui testo , 1865. flistoriæ patria monumenta, edita jussu regis Caroll Alberti, 16 In-fol., Turin, 1876. Miscellanea di storia Matiana, edita per cura della Regia Depurgaztone dl Storia palria, 16 ln-8®, Turin, 1877. Corrado Ricci, Ravenna e Intorni, in-8®, Ravenne, 1878, très utile pour l'étude de l'archéologie chrétienne. Armellini Mariano, Le cldese dl Roma dalla (oro origine sino al secoto xvt, ln-8®, Rome, 1887. Savlo, GU anllchl vescovt d* 1 talla, dalla origine al 1300. Il Piemonte, in-8®, Rome, 1899. Sangiorgl, Della basilica Urslniana dl Ravenna, ln-8®, Ravenne, 1901. Rinieri, San Pietro in Roma e l priml Papt, seconda l più vetusti cataloght della Chtesa Romana, ln-8®, Turin, 1908. E. Manacorda, Diciannove secolt dl elvilià cattolica, ln-8®, Rome, 1908. Il faut mentionner les ouvrages d’archéo­ logie, publiés à Rome, par J.-B. de Rossi, Stevenson, Pierre Croslarosa, F. Llvcrani et Marucchl. 3. Hagiographies. — Elles furent aussi trèi nom­ breuses. Parmi les plus récentes, nous citerons : G. Clementi, Un santa patriota ; /I beato Venlurlno di Bergamo, in-8®, 1903. E. Lazzareschi, Santa Cate­ rina in Val ifOrcla, ln-8®, Florence, 1915. Marco Magistrettl, Liber notitiæ sanctorum Mediolani, m-4®, Milan, 1916. N. Zucchelli, Santa Caterina da Siena ed I Pisani, ln-8®, Florence, 1917. Antonelli itlagginl, C. Vita del b'ato Guiseppe Cattolengo, in-8®, Rome-Turin, gros volume de 650 pages, publie 240 à l’occasion de la béatification de ce grand serviteur de Dieu. 8° Revues cl publications périodiques. — Annali ecclesiastici, in-8®, Florence, 1780-1791 ; Annali del regno delle Due Sicille, in-8®, Naples, 1833-1847. Annuario storico universale, ln-8®, Florence, 18411843; Annali di giurisprudenza, In-8®, Turin, 18381842; Annall dt giurisprudenza crlmlnaû per gel stati pontificii, in-8®, Rome, 1847; Annall dl diritto teorico-pratico, in-8®, Naples, 1855-1858; Analecta mlscella-menstrua eruditionis sacne et profn ntt, Mlséné, 1672-1674; Encyclopedia ecclesiastica et morale, ln-8®, Naples, 1821-1822; Glornale degli apologistl della religione cattolica, Florence, 1825-1827; Epheme­ rides sacræ, in-8®, Plaisance, 1826-1846; L*amico catlolico, ln-8®, Milan, 1841-1856; Attl delta pontificia Accadcmia romana di archeologia, in-8®, Rome, 18211864; Attl delta pontificia Accadcmia romana del? Immacolata Conceztone dl Maria Vergine, in-8®, Rome, 1835-1878; Biblioleca cattolica, ln-8®, Naples, 1841-1856; Attl e Mcmoric deW Accademiadi religione cattolica, ln-8®, Gênes, 1848-1920; Archivio storicoarcheologico della clltà e provincia di Roma, in-8®, Rome, 1875-1883; A natecta ordinis Minorum Cappuc­ cinorum, in-8®, Rome, 1885 sq.; La Civiltà cattolica, ln-8®, Rome 1850-1921; Earmonia delta religione colla civiltà, in-8®, Turin, 1852-1860; Il Campanone, in-8®, Turin, 1855-1856; Il Campanile, ln-8®, Turin, 1857-1863; La Eamiglia e la Scuola, ln-8®, Florence, 1860-1861 ; L9eco dei divino Salvatore, ln-8®, Rome, 1865-1866; Bullelino di archeologia cristiana, ln-8®, Rome, 1863-1894, qui a été remplacé, par le Nuovo Bullelino di archeologia cristiana, 1895-1920; Archivio dell* ecclesiastico, in-8®, Florence, 1864-1868; Acta Sanclæ Sedis in compendium opportune redacta cl illustrata, ln-8®, Rome, 1865-1908; Il genio cattollco, ln-8®, Reggio di Emilia, 1871-1874; L9Educatore catlolico, ln-8®, Velletri, 1872-1873; Archivio di storia medlovale ed ecclesiastica, in-8®, Sienne, 1888; Analecta sacri ordinis Prœdicatorum, in-8®, Rome, 1893 sq.; La gerarchia cattolica, ln-8®, Rome, 1871-1911; La Scuola cattolica, periodo mens lie pubbllcalo per cura delta Pontificia Facollà teologlca di Milano, in-8®, Milan, 1872 sq.; Bibliotheca Caslnensis, in-8®, MontCassin, 1873-1894; La Campana di San-Piclro, in-8®, Rome, 1874-1888; Bollettino italiano degli studi orienta­ it, ln-8®, Florence, 1876 1882; L9Angelo Custode delle lamlglie, in-8®, Rome, 1877-1879; H Papato, in-8®, 1881-1889; Il Monitore ecclesiastico, in-8®, a com­ mencé, en 1876, à Conversano, province de Bari, la rédaction en a été transportée à Rome, en 1914; cette publication mensuelle, publie les décrets et décisions des Congrégations romaines; en outre, elle donne des consultations canoniques et litur­ giques très appréciées; fondée par le cardinal Gcnnari, elle a reçu successivement les encouragements et les bénédictions des papes Pie IX, Léon XIII, Pie X et Benoît XV (15 février 1919); GU studi (n Italia, Periodico didattico, scienti fico e letterarlo, ln-8®, Rome, 1878 sq. ; L* Accademia romana di San Tommaso d*Aquino, in-8®, Rome, 1881-1889; 11 calendario ecclesiastico, in-12, Rome, 1881-1890; L*Amico delle /amiglie cattollehe, ln-8®, Milan, 18871883; Cracas, ll diario di Roma, ln-8°, Rome, 18871894; Ephemerides Uturgicie, organe officiel de ΓAca­ démie de liturgie, in-8®, Rome, 1887-1929; 11 Crisostomo, in-8®, Rome, 1899- 1904; Riolsta dt diritto ecclesiastico, ln-8®, Turin, 189O-1920; La setenza ttaliuna, periodico dell* Accadcmia dl San Tommaso d* Aquino di Roma e dl Bologna, ln-8·, Rome, a com­ mencé en 1890, par la fusion de l'ancienne revue de l'Académie romaine de Saint-Thomas d'Aquin, com­ mencée en 1881, avec la Revue de ΓAcademie philo- 241 ITALIE. PUBLICATION DES AUTEl BS CATHOLIQUES — ITHACE 242 *ophlco-médicale de Bologne; Bessarlonf, Pubblieailone periodica dl studi orientali per Γ unione dette Chiesc, in-8°, Home, a commencé en 1895; Arudeeta ecclesiastica, sive Humana collectanea de disciplinis speculativis et praclb is, In-fol., Home, a commencé en 1893, publiant in v tenso, avec h s études préli­ minaires auxquelles clics ont donné lieu, les déci­ sions des Congrégations romaines, surtout celles de la S. C. du Concile et celle de la S. C. des Évêques et Régulier*; cette revue succédait aux Analecta juris pontificii, fondée en 1853 et qui avait duré prés de quarante ans, Jusqu’à la mort de son fondateur; L'Esposizlone eucaristica illustrata, in-8·, Milan, 18951896; Il Foro ecclesiastico, in-8·, Rome, 1893-1910; il Consultore giurtdico civile ed ecclesiastico, in 8·, Florence, 1895 sq.; il Consulente ecclesiastico, Ιη-8·, Rome, 1886 sq. ; cette revue, publiée en italien, con­ tient beaucoup de consultations légales sur les bénéfices ecclésiastiques, et des extraits des mande­ ments des évêque* italiens, 1896-1910; Attl dclC Accadcmia Leone XI l1, in-8·, à Rome, 1897-1901; Il manuale cedes iasl ica-civile, ln-8·, Novare, 19001906; Acta Collegii Sancti Antonii in Urbe /ratrum minorum, in-8·, Rome, 1902 sq.; Annali (ΓAlessan­ dria, in-8·, Alexandrie, 1902 sq. ; Miscellanea di storia e di cultura ecclesiastica, ln-8·, Rome, 1902-1907; Acla pontificia et decreta S. S. R. R. Congregationum, in-8·, Rome, 1903 sq.; Attl dcll' Accadenda napotetana San Pietro In V incoli, revue mensuelle théologique, ln-8·, Naples; La Campania sacra, mensuelle également; Bulletino critico di cose jrancescane, in-8·, Florence, 1905-1906; Rivista storlca benedettina, in-8·, Rome, 1906 sq; ArchMum jranciscanum historicum, ίη-8·, Quaracchi, 1908 sq.; Analecta ordinis carmelilarum, ιη-8·, Rome, 1909 sq. ; Calendario Mariano, in-8·, Rome, 1910 sq. ; Romana Tellus. Rivista mensile I 6. t X, p. 22», 325-327; CcilUrr, 1 Induire générale des auteurs sacrés el ecclésiastiques, Paris, 1858-1865, t. iv, p. 640-642; t v, p. 387; t. vu. p. 738; Florez, Espaiïa sagrada, Madrid, 1754-1866. t. xm. p. 150; t. xiv. p. 215; Leclercq, 1 t 'pagne chrétienne.Paris, 1906, p. 175sq; Mgr Duchmne, Htti'dre ancienne de VÉglise, 2· édit.. Parts. 1007, t. n. p 5.37 *q,; Minor, Dictionnaire des hérésies, t. !. col. 832H34; DPthruuiire de patndogir, t. ni, col. 639 640; L’. Che­ valier, /W/xrfolrr, bio-bibiiogrup/i(e,t.i,col.2288; M. Schiinz, Gmhithtc dtr romlschen LH teratur, 2· édit., Munich, 1911. I. IV,p.371 sq.;Itabut, Prisciliien el le priscilllanùunc, Part·, 1909, p. 36 *q.; O Bardenbewer, Grschlchtc d*r atlklrch lichen Lllerafur, l rihourg-en-Urbgau, 1912, t. ni. p. 113-414 G. Baheili E. ITHACI ENS. L’évêque espagnol Ithace ne tut pas le seul à faire poursuivre les prisci Dianls tes par le pouvoir civil; car, indépendamment de l’appui u’11 trouva nupiès de Britto, évêque de Trêves, il sut iallier ù sa cause d’autres évêques, devenus les courti­ san» de l’usurpateur Maxime. Sulpicc-Sévèrc.Dtaf., m, î 1, P. L., t xx, col. 217. Tous ccs évêques formèrent le parti ithacien. Leur conduite anticanonique ne passa ; oint sans quelques protestations, dont la plus connue fut celle dc saint Martin de Tours. Ils essuyèrent bien de se Justin» r dans une réunionqu’lhtinrent à Trêves.Ils proclamèrent Ithace exempt de toute faute : habita synodus tthucium pronuntiaverat culpa non teneri. Dial ,m. 12, t Md.» col. 219. Et pour renforcer leur parti, lorsque Brrtto fut mort, Ils élurent à sa place un cer­ tain Félix, qui rut le tort d’acquiescer. Or, après l’cxêeutlon de I nsrilllcn ct Λ l’avant-vdllr dc l’ordination de Félix, saint Martin reparut àTrèves. Il voulait, en tflH. éviter une nouvelle effusion de sang ct empêcher MARIAN DE) 2U l’envol cn Espagne d’une commission militaire chargée de rechercher et do juger sommairement sur place tous les partisans dc Prisciliien: car telle était la mesure odieuse prise par l’usurpateur sur h· conseil dés Ithacicns Dès que ceux-ci apprirent l’arrivée dc Martin, dont ils redoutaient la présence et l’intervention, ils supplièrent l’empereur d’écarter cet Import un. Dial., tu. 12. ibid,, col. 21 <8. Maxime crut mieux faire dc donner satisfaction à l’évêque de Tours, Λ lacondition expresse qu’il entrât cn communion avec les ithaclcns et qu’il assistât à l’ordination dc Félix. Saint Martin ne s’y ré­ signa pas sans peine; il refusa du moins d’apposer sa signature au procès-verbal de l’ordination. Dial., m, 13, ibid,, col. 219. Et il s’en retourna tout attristé d’avoir commis cet acte de faiblesse rt très résolu ù n·· plus as­ sister à aucune réunion d’évêques. C’est ainsi qu’l! re­ fusa plus tard d’assister au concile de Nîmes, en 389. Dial., n, 13, ibid,, col. 21t. Tant que Maxime vécut, les ithaclcns Jouirent des faveurs du pouvoir sans gagner pour autant l’est imc de ceux qui avaient blâmé I tu recours au bras séculier. Mais, à la mort de celui ci, ils devinrent l’objet d’une réprobation générale. En Espagne, leur parti disparut dès qu*Ithace cut été envoyé en exil. Il n’en fut pas dc même en Gaule. NI saint Ambroise, ni le pape Since ne voulurent reconnaître Félix, fout en sc dé­ clarant prêts â recevoir ceux de ses partisans qui voudraient se séparer dc sa communion. Dc leur côté les évêques restés fidèles aux prescriptions canoniques résolurent de faire cesser cotte espèce dc schisme. Ils tinrent des réunions et sc rendirent à Milan, en 39u, où saint Ambroise conférait avec eux quand éclata la sanglante répression dc Thessalonique : propter adven­ tum Gallorum episcoporum. Epi st . ι.ι, β, L., t xvi. col. 1161. Cf. Vita Ambrosii, 112, P. L. t. xiv col. 102. Ambrotso comparait ces ithaclcns aux pha­ risiens qui, sous prétexte dc maintenir l’autorité de la loi, avalent déféré au Sauveur la femme adultère. Epist., xxvi, 3, P, L., t. xvi,col. 1042. Mais le schisme durait encore, au commencement du v· siècle, quand Sulplcc-Sévère, qui s’en plaint amèrement, terminait sa Chronique. Peu après, (cn 401), un concile Ita lien, réuni à Turin, Hefelc, Histoire des Conciles, trad. Leclercq, Paris, 1908, t. n, p. 134, rappela les decisions prises par saint Ambroise et saint Since et maintint la réprobation des ithacicns. Concile dc Tu­ rin, can. 6. On ne devait accorder la communion de l’Église qu’à ceux qui sc sépareraient dc celle de Félix. Mais le différend ne s’apaisa qu’à la mort de Félix, l’évêque de Treves élu et consacré par les Ithaciens. Mtme bibliographie que pour l'article précédent. G. Baheo.i.f, moraliste et controversis! c mexicain, né à Pucblu ic 21 dé­ cembre 1728. d’une famille noble originaire d’Espagne, entra le 7 mars 1744 dans la Compagnie dc Jésus, rt après avoir professé quelques années In rhétorique et la philosophie, fut appliqué à l’enseignement dc la théologie. 11 s'y adonnait avec un succès grandi* sant lorsque parvint au Mexique la minute des ordre» du roi d*(Espagne Charles III, contresignés par d’Aranda, et enjoignant aux gouverneurs de toutes les posassions espagnoles d’arrêter les Jésuites sur toute l’étendue du royaume, le 2 avril 1767 au soir, et de les déporter sans délai dans les États de ΓÉglise. Le V. Iturrinua subit sans se plaindre la persécution terrible qui sésissnll contre son ordre dans le monde entier et privait dc leurs biens, de leurs œuvres, dc leur patrie, six mille Jésuites espagnols. 11 ne lui* fut permis d’emporter ni un livre, ni un cahier, ni une note. Généreusement, il fit l'hérofquc sacri Ore de tout quitter pour Dieu, édifiant jusqu'aux larmes le» ITURRIAQA (Emmanuel Mnrlnn 245 ITURRIAGA (EMMANUEL MARTAN DE) — IVRESSE 246 aveuglément le jansénisme, à l'instign’lon de Sclpton officiers et les soîdnU qui l'arrêt nient pnr ordre royal. Ricci et faisait triompher ses desseins au con- dc de L'accueil paternel de < Ument XIII, dont les protes­ Pistole; dans le royaume des Deux-Sicllcs, fjiructations Indignées n'a valent trouvé nul écho dans les dolo, cn faisant profession de voltairianisme,conti­ cours bourboniennes, le consola, et un vaste champ nuait l'œuvre de Tanucci L’Infortuné Pie VI voyait «'ouvrit bientôt A son activité dans plusieurs diocèses la révolution battre de ses flots les portes de scs États d'Italie, Λ Bologne, A Modène. Λ Venise, où l'appe­ et luttait avec une sainte énergie pour la défense de laient les évêques pour la défense des intérêts reli­ gieux et dc la saine doctrine. l'Égiisc, soutenu par le zèle de* jésuites qui trouvaient Son premier soin fut de réfuter un ouvrage fausse­ accueil auprès dc lui et au premier rang desquels ment attribué Λ 1 anzerinl, professeur de Bologne, | brillaient Muzzarelli. Zaccaria. Lnzari et Iturrlaga, le ct dénaturant la doctrine théologique sur l'ntlritIon : plus actif de tous. Contre le joséphisme, cclui-c» mena Dominicus Lanterinius... vindicatus super attritione vivement la lutte avec deux excellents ouvrages : venialium ex metu purgatorii concepta, 1778. L'année Sul slslema delta lolleranta, lettera dl Mon* Ig. Vescnoo suivante, à la demande de l’évêque de Bologne, di... indfrlztala a Monsig. i^opotdo Ab liai Veseovo Iturrlaga soumet À un examen critique approfondi di Kfmigsgratz. Assise, 1783. et Sul sistema della l'ouvrage du P. Pierre Paul Monad, prêtre de la lolleranta. giudizio apologetico e nuooa riposta dl Don Mission, contenant, sous le pseudonyme de Lelllo E. Iturrlaga air Esame critico conlractorio date in dclla Volpe, un recueil d'exercices de piété où de luce dal Sig. Ab. Isacco Vanspenspeg, Rome, 1785. graves erreurs sc mêlent à dc vrais sentiments de Le premier dc ces ousrages, traduit en allemand, eut piété : Esame critico leo log ico che servira per fare un en Autriche un grand retentissement. Pic VI loua errata corrige ad un certo libro stampato in Dotognia publiquement le second ct voulut exprimer lui-même per Lelio dalla Volpe Γαηηο 1777, intdolato: Raccolta scs remerciements A l’auteur. Cf. Giornale ecclesiastico di var/ Escrcijy di Picta, Venise, 1779; 2· édit., ibid.. di Roma. 11 mars 1786. p. 147 sq ; Esprit des journaux. 1781. Dans le recueil des œuvres du P. Iturrlaga, cet mars 178«, p. 178-183. ouvrage est suivi d'un supplément contenant les ré­ Joseph 11 avait modifié deson propre chef la légis­ ponses aux objections faites par le P. Monad. Un lation canonique sur le mariage et sur les droits des traité sur la sanctification des fêtes publié dans le rêrulicrs. Iturrlaga intervint dans la lutte soulevée même temps : Dissertatione teologico-morale (nlorno par ccs mesures A Venise, en Lombardie et dans k alla suntiflcationc dette /este, Modène, 1780; 2· édit., royaume de Naples et démasqua les erreurs de Ricci tôid.,1783, souleva dans le monde ecclésiastique de et de scs partisans en Toscane par sa Lettera sulla Home el d’il aile les plus vives discussions. L'arche­ cognitione del regolari dalla giurisdizione de' Vescovi, vêque de Bologne, égaré par des préjugés que rien e suite cause matrimoniali. Assise. 1781. Contre les n’avait pu vaincre, qualifiait ce livre de « tissu d'er­ décisions du concile de Pistole et spécialement contre reurs » (cf. R. ^nhaiîero, RibUotheca scriptorum /. les doctrines dc Nettl, paraît, au premier plan des supplementa, Rome, 1814, t. i, p. 165), el l'avait dé­ œuvres dc controverse ou de polémique dc cctle noncé. non pas au tribunal du Saint-Office, mais Λ époque si troublée : L'aovocato Phtoicnse citato al' tribunate dell' autorttâ. della bunna critica, e della celui de l’inquisition espagnole, cn confiant ’'affaire au confesseur du rni d'Espagne, Joachim de Osma, ragtone, Ferrure, 1787, ouvrage vivement loué par qu’on lui avait dépeint comme défavorable aux jé­ Pic VI. Cf. Giornale eccles. di Roma. t. iti, p. 133-138. suites. Osma se contenta dc soumettre l'ouvrage au D’autres écrits de moindre Importance ont été recueillis dans ses œuvres : Operette dei M. R sacerdote jugement des maîtres de l'université d'Alcala et D. E. Mariano cTIturrlaga. 5 in-8·, Gènes 1730. Il ceux-ci, loin de la condamner, approuvèrent la doc­ faut y joindre deux traités sur des question* de mora’e: trine Incriminée comme exactement conforme à l'en­ seignement de tous les catéchismes espagnols. D’émi­ De lege secreti dissertatio moralis. Slnigaglia. 1796; Dissertationes tn morales qiurstiones quas Fancnst nents théologiens, comme le P. I). Fucrsalida, a v dent clero dissolvendas proponebat E. Marianus de Itur­ d'ailleurs pris avec un plein succès, A Bologne même rlaga, 6 vol.. Assise. 1794-1796. La plupart des évê­ et dans les diocèses voisins la défense de cet ouvrage. ques d'Italie recouraient dans les dlfhcultés de doc­ L'autorité du P. Iturrlaga grandit encore dc tout trine A ce savant théologien, que les violentes se­ l'intérêt que suscita son traité sur la contrition : Dissertatione Intorno al dolore necessaria per il avalore, cousses de la Révolution ne purent arracher A ses e per il /ruito del sacramento della penitenta. Assise, études ni aux travaux de son ministère auprès du clergé dans le diocèse de Fano. Ce fut pour lui un 1780. Ce fut un coup sérieux porté aux doctrines cruel supplice de |>crdre lu vue sur la lin de ses Jours. jansénistes dans la péninsule. Les adversaires ne désarmaient point. Aux critiques renouvelées par Retiré A Pesaro, il passait ses Jours duns la médita­ l'auteur des Annali ecclrsiastici de Florence, dans tion cl la prière, ct il eut la joie, avec tous ses frères, de voir la Compagnie de Jésus solennellement réta­ le fascicule au 16 janvier 1781, contre la morale blie par Pic VII. le 7 août 181 I. reprendre scs œuvres d'iturriaga. notamment contre sa doctrine de la sanctification (les fêtes, le savant théologien, répondit de zèle, ses collèges et ses missions sur tous les polûts victorieusement par sa Riposta ad un arnica sul de l'univers, cl il mourut A Fano. le 31 uoûl 1819. en dubbio de ta sola santa missa su/Jlciente a santificarc chantant, comme Slméon. son Nune dimittis. Jusqu'au la /esta. Bologne, i78L Pendant quelques années, la dernier jour, il avait été le conseil éclairé, dans ici polémique ct la controverse s’imposeront à l’activité cas dltllclks, de l'épiscopat Italien. ct au zèle de cet homme pacifique, mais dévoué corps Sommervogei, Dibltothégue de la C1· de JHus. t. ir, ct Ame Λ la gloire de Dieu el au bien de l'ÉglIso. Il col. 689-694; llurtcr. Nomenclator. 3· édit., 1911 t. v, suffit de citer in scs principaux ouvrages : Saggio di col. 820 »q.; Obnllrru, Htbliotlircic scriptorum ô. i sup­ Riposta αΙΓ uutorc degli annali detti ecclesiastici, etc.. plementa, Rome, 1814. t. i, p. 165 wq ; ücriitaln y Suuzu, Assise, 1782; Saggio dl Riposta alla lettera di AdeÂ/o Ensago /ndlticit sobre la Nueva Espufïa. t. il, p. 125; CréUMariodulo. etc., Venise, 1782. ncau-Joly, Histoire de la C·’ de Jésus, l. v, p. 358; J CcrTandis que l’incrédulité étendait ses ravages cn uftorl, Hlblioteca polemics degli scrltlorl, Rome. 1793. p. 77. P. Bernard France, en Espagne, cn Portugal, en Autriche, la IVRESSE.—1. Définition et divisions. Il Cul­ situation religieuse de i*Italie empirait dc jour en jour. Le Joséphisme s'implantait en Lombardie ct A pabilité. III. Cas pratiques. IV. Des maux commit Venise: en Toscane, l'archiduc Léopold patronnait durant l'ivresse. 247 IVRESSE — IVROGNERIE I. Π^πνγπον BT divisions. — 1· Au sens propre, qui fait l'objet spécial de cet article, l’ivresse est un ensemble de désordre, principalement cérébraux, accompagnés, ou non, de vertiges, d'hallucinations, de délire, de furie, de sommeil, et déterminés par l’abus du vin, ou des autres boissons fermentées, plus ou moins alcooliques. Ces mômes phénomènes, physiques et Intellectuels peuvent aussi, à des degrés divers, être produits par l'absorption de substances médicinales, ou toxiques. On a ainsi l'ivresse éthérique, ou éthé­ risme; l'ivresse cocaïnique, ou cocaïsinc; l’ivresse thé· boîque, ou théboïsme, provenant de l'opium; l'ivresse cannabique, produite par le haschisch, extrait du chanvre; l'ivresse morphinique, ou morphinisme, pro­ duite par l'abus de la morphine; l'ivresse nicotlnlque, provenant du tabac; l’ivresse qulnique, produite par l'ingestion de quinine, à hautes doses; l'ivresse lodique plus rare, provenant de doses trop fortes d'iodure de potassium, etc. 2· Au sens figuré, ce mot désigne simplement toute excitation de sentiments, de désirs, ou de passions : par exemple, l'ivresse de la gloire, de l'orgueil, du pouvoir, du succès, du plaisir; de l'amour, même légi­ time, comme la tendresse d'une mère; l'ivresse de la joie, de la fortune, du bonheur; l'ivresse du sang, ou propension inconsidérée à commettre beaucoup de meurtres et de carnages; l’ivresse des sens, de la vo­ lupté, etc. 3· Nous ne parlerons pas Ici, de l’ivresse mystique, qui n’est pas du domaine strict de la théologie morale, el qui sera trailée ailleurs. Voir Mystique. II. CuLFABiHTé. — 1· Nature, — 1. La malice de l'ivresse, quand elle est pleine, totale et entière, provient de 1h perle volontaire de l'usage de la rai­ son, sans cause juste et grave, mais seulement pour le plaisir de boire. 2. Que la privation volontaire de l'u Jacobellm, primus Bucharisticl calicis per ecclulas Bohemia ptndrx... publice disputandus proponitur, AlldorÎH Norieomin, 1753. — Voir auttl les ouvrages modernes consacré· û Thlstolre du mouvement hussite et dont on trouvera Γénumération t. vn, col. 345; Particle Husilen II usiténkriege dans le Klrcht nlrzlkon. t. vî, col, 470-507; les articles Jakob von M(e<, et Peter von Dresden col. 549, le vn* livre des Π ypolyposes contenait l’explication des un écrit du n· siècle qui combat une fausse conception de la doctrine de saint Paul. (Voir IV. Ohiginf. épttres catholiques excepté II· Pétri. D’après Casslode l’Épîtiir). dore. De Institutione diuinarum iUterarum, vm, P. L., 2. La comparaison entre l’épttre de Jacques et la t. lxx, col. 1120, Clément a interprété les épttres première épltre de Pierre, montre qu’il y a dépendance canoniques, c’est-à-dire la première épltre de Pierre, littéraire entre les deux écrits. Les passages que l’on la première et la seconde de Jean, et celle de Jacques. peut rapprocher sont : Jac., 1.10-11 ; v, 20 et I Pet., On a regardé les Adumbrationes Clementis Alexandrini I, 24; IV» 8; Jac., t, 18 et 1 Pet., 1, 23. Il est plus in epistolas catholicas, P. G., t. ix, coi. 729, comme probable que la priorité est du côté de l’épttre de une adaptation des Hgpotyposes par Casslodorc. Jacques. La 1 Pet. généralise, développe, rend d’une Mais ces fragments ne contiennent pas l’explication façon moins nerveuse les pensées de Jac. Cf. J. Boiser, de l’épttre de Jacques. Cf. P. L., t. lxx, col. 1120 et op. cil. p. 655; Th. Zahn, op. cil., u. p. 95; F. Spitta, 1360. En tout cas le texte cité d’Eusèbe afllnnc que Dcr Brie/ des Jacobus, dans Zur G esch icide und Lite· les Hypotyposes commentaient toutes les épitres rotor des Urchristentums, 1896, t. u, p. 183-202; catholiques. Enfin, il est probable que Clément a J. -B. Mayor, op. clt., p. xcv-xcvi. La comparaison emprunté à Jac., v, 12, un passage des Stromales, de l’épltre avec l’épttre aux Hébreux et les évangiles v, 14 ; U suit de plus près le texte de l’épltre que celui synoptiques ne permet guère d’établir une dépendance de \iatth., v, 37. littéraire. Ainsi, pendant les deux premiers siècles, l’épltre 2· L'Êpttre de Jacques et les Pères des deux premiers dr Jacques fut connue de Clément de Rome, d’Ilcrmas siècles. — Il ne parait pas contestable que l’épltre cl de saint Irénée. et elle était dans le canon d’Alcxan de Jacques ait été utilisée par saint Clément, A la drle nu temps de Clément. fln du i·* siècle; ci. Jac., u, 21. 24 et 1 Cor , xxx, 3; 3· L'Épttre de Jacques aux JJJ· et lF· siècles. — Au Jac., m, 1-13 et I Cor., xxxvui, 2. Th. Zahn.. op ctt., m* et au iv· siècles nous avons des témoignages L n, p. 96-97. On en trouve également de nombreuses beaucoup plus explicites. Origènc, d’après le texte grec traces dans le Pasteur d’Hennas, au milieu du de ses œuvres, cite souvent l’épltrc de Jacques comme n· siècle. Cf. Jac., i, 6-8 et Afand., ix, 6; Jac., in, 15 et « écriture » et il l’attribue à · Jacques · ou à « Jacques Ai and., xj, 5. Pour la comparaison des deux écrits l'apôtre » : In Psafm.LXF.eôOupcÎ τιςένύμΐν,ψχ)Λέτω, φησίν ό ’Απόστολος. P. G., t. mi. col 1300 Juc., v. voir Journal o/ Philology, t. xvni, p. 297 sq.;Mayor, op. ctt., p. tvn; bunk, Patres apostolici, 1.1, p. 651. λ3’ ; ως Fûeldexex regardait l’épltre de Jacques comme I 1αχω€φ ίΐαπιρδέ τά σωμχ χωρίς πνβύμχτος ν<κρόν 2G5 JACQUES (ÉPITRE DE), CANONICITÉ έστιν, P. G., t. xiî, col. 1300 « Jac., n, 26: In I Psalm ex vit/ πτκ’σας δέένμιφ γίνεται πάντων ίνοχος, καλώς γέγραπ αι /' h. t xn. col. 1589 » Jac.· u. 10: Ibid , φηαϊν γάρ ’Ιάκωβος- Ταπεινώθητε ένώπιον Κυρίου, col 1621 = Jac., tv, 10; In Joan., in, 31, καθώς φησίν Ιάκωβος Ô άπόστολος, édit E. Preusclitn, Lei mIj. IpQ3, Fragin. cxxvi, p 570, I 13 * Jac., in, 15 Ibid , σοφίαν (χουοίν ήν ’Ιάκωβος γράφει, édit. Prcuschen, p. 521, 1. 18 =» Jac., m. 15. Parfois II (ait des réserves sur l'auteur: In Joan. vin, 2 I, il cite lac., n, 20 rl ajoute ; ώς έν τγ} φερομένγ) i Ιακώβου έπιπτολη άνέγνωμεν. P. G , t. xiv, rot 569. Le mol φερομένη. traduit dans MIgnc par circum· lertur, a été compris diversement. Holtzmann, Etnlel· tung tns N. T., Fribourg, 1892, p. 339, B. Weiss, Einleltung in das N, T,, Berlin, 1897, p. 85, note 2, y volent l’expression d’un doute : il s'uglt d’une épltre qui circule sous le nom de Jacques. Par contre, Knulcn, Einteitung in die Heilige Schri/t, Fribourg, 1899, t. ni, p. 220 et Melncrtz, Jakobusbrie/ und sein Ver/asser, Fribourg, 1905, p. 107, note 3, y voient seulement l'expression d'une large diffusion, non celle d’un doute sur l'authenticité. L’usage du mot φερομένη favorise la première opinion, et un autre passage du commentaire In Joan., montre qu’Origène se fuit l’écho de doutes qu'il a entendu émettre sur l'origine de l’épltre. En citant Jac., n, 23, Il parle de « ceux qui admettent l’autorité de ce passage : La fol sans les œuvres est une fnl morte, · ύπδ των παραδεχομένων τό· ΓΙίστις χωρίς ίργων νεκρά έστι, In Joan, vin, 39, P. G., t. xiv, col. 592. D’ailleurs le contexte montre que les doutes auxquels il fait allusion sont motivés par des discussions exégétlques sur la justl(leation d’Abraham. D’après les passages de ses œuvres traduites en latin, Origène attribue l’épltre à « l’apôtre Jacques », In Exod., hom. vm, 4, P.G.,t. xn, col. 355; à « Jacques frère du Seigneur », In Epist. ad Horn., iv, édit. Lomniatzch, Berlin, 1836, t. vi, p. 286; il la cite comme • écriture divine ·, In Leo., hom. n, 4 P. G., t. xn, col. 418. Dans le passage où II énumère les auteurs du Nouveau Testament, In Jos., vn, 1, P. G., t. xn, col. 857, il dit : « Petrus etiam duabus epistolarum suarum personat tubis. Jacobus quoque et Judas. » Malgré lu forme oratoire de son canon, il accorde une autorité incontestable ù tous les livres qu’il énumère Cf. In Gen., hom. xm, 2, P. G., t. xn, col. 232. Le commentaire de Luc., xx, 12-48, attribué dans MIgnc Λ Denys d’Alexandrie, mais qui n’est pas de lui, cite un passage de l’épltrc de Jacques, i, 13, P. G., t. x, col. 1596. Gf. MeimTtz, op. cit.9 p. 112, note I. Les versions égyptiennes contenaient tout le Nou­ veau Testament, et bien que les mss dans lesquels elles nous sont parvenues ne soient pas antérieurs au x· siècle, elles remontent au ni· ou même ù la fln du n· siècle. Cf. Gregory*, Textkritik des N. T., 1902, t. ri, p. 529 sq. La plus ancienne version syriaque du N. T. (syrcur., syr-sln.) ne contenait par l’épltre de Jacques. De même la Doctrine d'Addaï ne la mentionne pas dans la liste des livres en usage dans l’Église syrienne; cf. Phillips, The Doctrine o/ Addai, Londres, 1876, p. Il; el Aphraate, Homélies, Pat. Syr., t. t. p. xiiti, n’a encore que le canon restreint de la Doctrine d'Ad· dut. La partie la plus ancienne des Constitutions Apos­ toliques, ne met pas non plus Jacques duns la liste des livres canoniques,!. II, 57,édit. Funk, 1906, t. i, p. 161. L’épltrc était déjà dans la Peschitio, uu cours du îv· (siècle. Saint Éphrem en clic des pas­ sages, cf. Melmrtz. op. cit., p 180, mais son canon doit être Indépendant de celui de la Peschitio, car 11 contient des dculéro-canoniques, par exemple l’épltre de Jude, qui ne sont pas dans cette version. 266 L’épltre ne se trouve que dans une recension tardive, peut-être du iv· siècle, de la vieille version latine. Nous n’en lisons aucune citation dans saint Gyprien, et le seul passage de Tertulllen qui rappelle un texte de l’épttre, Ado. Jud., 2, ci. Jac.. n, 23, se trouve dans un ouvrage dont l'authenticité n'est pas absolument hors de conteste. Le canon de Mommsen, vers 359, ne la mentionne pas. Voir ce texte dans E. Prcuschen, Analecta, p. 138-139. Eusèbe de Césarée, sans donner une liste officielle des livres saints, expose l’état du canon dans la pre­ mière moitié du îv· siècle. Il met l’épttre de Jacques et celle de Jude, parmi les livres < contestés » mais « connus de beaucoup », H. E., 1. Ill, c. xxv, P. G., t. xx, coi. 269. Eusèbe semble distinguer deux caté­ gories de livres « contestés ». Les uns contestés mais acceptés par la majorité, d'autres reçus seulement par une minorité et ne portant pas les marques authenti­ ques d’une origine apostolique, comme, les Actes de Paul, le Pasteur d’I Icrmas, I* Apocalypse de Pierre, etc. Il range l’épltre de Jacques parmi les écrits de la pre­ mière catégorie, non parmi ceux de la seconde, qu'il ap­ pelle aussi νόθοι « illégitimes ». Toutefois, 1. II, c. xxni, col. 205, après avoir dit qu’on attribue à Jacques la première des épttres appelées catholiques. Il ajoute : • Mais il faut savoir que, comme elle est Illégitime ώς νοθεύεται, peu d’anciens la mentionnent, ainsi que celle de Jude... Cependant nous savons qu’elles sont lues publiquement avec les autres dans la plupart des églises. » De toutes ces données 11 semble se dégager cette conclusion. L’incertitude concernant l'auteur de l'épi tre porte Eusèbe Λ la ranger parmi les écrits « illé­ gitimes »; c’est le point de vue historique; mais comme d’autre part elle est acceptée « par la plupart des églises ». Il reconnaît le fait et la place parmi les • antllégomènes » de la première catégorie. Il avoue ainsi qu’on lui attribue une valeur comme » écriture ». 1· L’Êpttre de Jacques à la fin du IT* et au début du T· siècle. — La fin du ιν· siècle et le commencement du v· marquent l'époque de la fixation du canon. Saint Athanase.dunssa xxxix* Lettre Iestate, en 367,donne la liste officielle des livres saints, sur lesquels 11 dit être « pleinement Informé ·. P. G., t. xxvr, col. 1-137. Il place notre épltre la première des épttres catholiques. Immédiatement après les Actes. De même pour Dldyme d’Alexandrie, t. xxxix, col. 1749, et saint Cyrille de Jérusalem, t. xxxiu, col. 500. Saint Grégoire de Nazlnnze la donne à la place qu'elle occupera plus tard dans la liste du concile de Trente, t. xxxvn, col. 474. Saint Basile et saint Grégoire de Nysse ne la mentionnent pas. Dans les IambesàSéleucus,P. G.,t. xxxvn, col. 1597, attribués à saint Amphlloque évêque d’Iconium, vers 374, nous lisons · « Quelques-uns disent qu’il faut recevoir sept épttres catholiques, d’autres, trois seulement, une de Jacques, une de Pierre, une de Jean. » Il n’y u donc pas encore de liste officielle, mais l’épltrc de Jacques se trouve parmi les moins contes­ tées des épttres catholiques. Saint Éplphane la dte comme Écriture, Heeres., LXXVII, c. xxvn, P. G., t. XLii, col. 681, et la liste placée à la On du canon 59 du concile de Luodlcée. vers 360-365, la donne la première des épttres catholiques, après les Actes; celte liste ne fuit probablement pas partie du texte original, mais elle est ancienne. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. n a, p. 202; cf. tbtd^ p. 193; Westcott, History o/ the Canon o/ the Neuf Testament, Londres, 1881, p. 431. Le 85· canon qui est à la lin du VIII· livre des Constitutions Apostoliques, édit. Funk, 1906, t. i, p. 592, énumère l’épttre de Jacques avec celle I de Jude, après celles de Paul, de Pierre et de 267 JACQUES (ÉPITRE DE), CAN0N1C1TÉ Jean. O canon date vraisemblablement du v* siècle. La Synopsis sacrarum Scripturarum, attribuée à saint Jean Chrysostome, dit qu’il y a « trois épîtres catholiques », sans les nommer. P, G., t. lvi, col. 317. Ces épîtres doivent être Jac., Ia Pet., Ia Joan. Le canon de saint Jean Chrysostome et de Théodcret était relui de la Peschitto. CL M. Mcinertz. Der Jakobusbrief und lein Verfarter, p. 167, 172. CL P. G., t. i.xiv, col. 1040-1052; t. Lxxx. col. 1053; t lxxxi, col. 152. Theodore de Mopsuestc, nu témoignage de Léonce de Byzance, P. G., t. lxxxvi a, col. 1365, rejetait le livre de Job, et l’épître de Jacques parce qu’elle proposait Job comme exemple de patience, m, 11. Cf. M. Mcinertz. op cit., p. 171. L’attitude de Théo­ dore envers l’épître de Jacques fit scandale à Antioche, car elle allait contre le sentiment de son Église. Cf. Th. Zahn, Emleitung m dus neue Testament, t. i, p. #9. Λ Antioche on recevait les trois grandes épîtres catholiques. La traduction arménienne du Nouveau Testament faite au v· siècle sur le syriaque, contenait l’épître de Jacques, avec les autres livres du Nouveau Testament sauf l’Apocalypse. La version éthiopienne, faite probablement au iv· siècle et révisée au vir ou au vn*, les contenait tous sans exception. Cf. C. B. Gregory, op, cil.,1. n, p. 554. L’épître est donnée dans le Codex Vaticanus et dans le Cod'x Sinalttcus qui sont du iv· siècle, dans VAlexan­ drinus et le Codex Ephræmi, du v» siècle; dans la liste du Codex Claromontanus, liste qui est probablement d origine grecque et remonte au iv* siècle. En Occident, l’hérésie arienne obligea les défenseurs de l’orthodoxie ù étudier les écrits des orientaux et ά sc servir de tous les livres tenus par eux comme canoniques. Saint Hilaire de Poitiers cite l’épître de Jacques comme Écriture, De Trinity iv, 8, P. L.,l. x, col. 101; ci. Jac., ï, 17. Saint Philastre de Brescia énumère toutes les épîtres catholiques. P. L., t. xn, col. 1199. Hufin, dans ΓExpositio in Symbolum Apos­ tolorum, donne une liste des livres canoniques;il place Jac. après les épîtres de Pierre : « une de Jacques, frère du Seigneur et apôtre. » P. L.t t. xxi, col. 374. Saint Jérôme donne l’état de la tradition chrétienne â la fin du iv* siècle. Dans la liste de sa lettre Ad Paullnum, il place l’épître de Jacques la première des épîtres catholiques. P. L., t. xxu, col. 548. Dans le De viris Uluslr, c. n, il dit que Jacques, frère du Seigneur, a écrit une des sept épîtres catholiques, mais Il rapporte l’opinion de quelques-uns, à savoir : qu’elle a été publiée sous son nom par un autre et qu’avec le temps elle a acquis peu à peu de l’autorité : unam lanium scripsit epistolam, qute de septem catholicis est, qiiK et ipsa ab alto quodam sub nomine e/us edita asseritur, licet paulallm (empore procedente obtinuerit auctoritatem. P. E„ t xxm, coi. 640. Il tient sans doute ces renseignements d’Eusèbe qui est sa principale source Dans le meme chapitre, 11 donne son sentiment sur la personne de l’auteur : c’est le « frère du Sei­ gneur », surnomme « le juste », · fils de Marie sœur de la mère du Seigneur ». 11 signale que ♦ quelques-uns · le regardent comme le fils de Joseph et d’une autre épouse ; ut nonnulli existimant, Joseph ex alia uxore; plus tard II qualifiera sévèrement cette opinion et la caractérisera comme un des deliramenta apocryphorum. In Matth , xn.49, P. L., I. xxvî, col. 88. Voir plus loin Origine de l'étIthe II attribue également h l’auteur de répttre la dignité d’apôtre. Contra Pelag., iî, 18, P E , ι λ mu. col 581 Saint kugustin, dans le canon des écritures qu'il donne De doctrtna Christiana, n, 13, place l’épître la dernière de-» ijdlrr· catholiques, et après les Actes et l’Apocalyp«< c< qui pourrait Indiquer qu'elle a été reçut L> d entière des épîtres catholiques dans le canon latin. Cf. P. L., t. xxxiv, col. 41. 268 Casslcn la cite souvent : rf. Corpus de Vienne, t. xvn, p. 409: il mentionne Jacques avec Pierre et Jean, en sc référant ô l’épître aux Gahitcs: Ibid. p. 141. Prisclllicn la cite comme l'œuvre d’un apôtre. Corpus de Vienne, t. xvm, p. 63; cf. p. 166. Elle est dans la liste du Décret de Gélose, sur la date duquel on n'est pas fixé. Les parties I III qui contien­ nent In liste des livres canoniques remontent peut-être à Damage (f 384). Le concile d’Hipponc. 393, et les conciles de Carthage, 397 et 419, donnent la liste complète des iivres canoniques; l’épître de Jacques et celle de Judc y sont mises après celles de Pierre et de Jean, probablement à cause de leur admission tardive dans l’Église d'Afrique En 405, Innocent IH dans une lettre à Exupèrc évêque de Toulouse, énu­ mère tous les livres qu’il faut recevoir comme cano­ niques. Là encore, l’épître de Jacques est placée après les autres épîtres catholiques. A partir de ce moment le canon est officiellement fixé dans l’Église latine. On cite parfois Junillus, comme Jetant une note discordante dans la tradition africaine. Il place, en effet, répttre de Jacques panni les livres « ajoutés par plusieurs, mais d'antorité moyenne ». Instituta regularia divlnæ legis, P. L·.^ t. Lxvm,col. 19-20. Mais ce personnage qui vivait au vic siècle ne fut pas évêque en Afrique, comme on l’a prétendu, mais questeur du palais de l'empereur Justinien. 11 se rattache à l’école de Nisibe, par son maître Paul de Nlslbc et reflète les tendances de Théodore de Mopsuestc. Cf.Bardenhewer, Patrologie, 3* édit., Fribourg, 1910, p. 552. 5· ÉpUre de Jacques à partir du V/T siècle. — Dune les Églises orientales, bien que le canon n'ait été fixe officiellement qu’à la fin du vu· siècle, la plupart des catalogues de livres saints antérieurs à cette époque donnent l’épître de Jacques avec les autres épîtres catholiques. On cite cependant Cosmas Indicoplcustes, Topographie chrétienne, 7, P. G.,t. lxxxvui, col. 374, qui rejette les épîtres catholiques pour des raisons de polémique. Il s'efforce de Justifier son opinion en se référant aux hésitations d’Eusèbe et d’Amphiloque, niais il reconnaît que chez les Syriens on reçoit les truis principales épîtres catholiques, une de Pierre, une de Jean et une de Jacques. Le concile In Trullo, 692, consacre les décisions antérieures qui doivent faire autorité dans l’Église sur la liste des saintes écritures. Mansi, Concil., t. xi, col. 940. Λ partir de cette époque le canon est officiellement fixé pour toutes les églises. SI l’on rencontre encore des doutes au sujet de l’épître de Jacques, par exemple chez Cajétan et Érasme, ils portent plutôt sur son origine que sur sa valeur canonique. Cf. Cajétan, Hpistolæ Pauli et aliorum apostolorum ad G r ieram veritatem casti gat æ, Lyon, 1556, p. 410; Érasme, Novum Testamentum greece, Bfde, 1516, p. 606. Le concile de Sens, 1528, prescrivit de suivre pour la liste des livres canoniques l’usage reçu dans l’Église depuis le lllr concile de Carthage et les décrets d’innocent Irr et de Gélase. Mansl, Concil., t. xxxn, col. 1164. La liste des livres du Nouveau Testament donnée par le Concile de Trente à la On du décret De canonlch Scripturis, avait pour but de déterminer les livres inspirés, c’est-à-dire écrits sous l’inllucncc du Saint-Esprit, non de définir les auteurs de ccs livres. Le décret mentionne Jacobi apostoli una {epistola). CL Tlicincr, Acta genuina concilii Triden tini, Zagrnble, 1874, 1.1, p. 86. En résumé, nous trouvons l’épître de Jacques, en Orient, dans le canon d’Alexandrie dès la fin du second siècle, et dans celui de saint Éphretn et de la Peschilto, nu cours du iv· elèclc. A cette époque, elle est large­ ment répandue en Palestine et en Syrie; malgré les doutes émU par quelques-uns sur son origine, elle est reçue dans la plupart des églises. 2Ü9 JACQUES (Él’lTKE UE), ANALYSE 270 En Occident, nous en trouvons des truces dans les oppresseurs Impies, v, 1-7. Les seuls représentant· Clément de Borne, Hennas et saint I renée. Elle n'est de la volonté de Dieu, sont des personnages de ΓΑηpas donnée expressément par eux comme canonique, clen Testament, v, 10 sq; v, 17 sq Dieu, législateur ni attribuée A Jacques, mais elle fournit un aliment et Juge, est personnellement l'unique centre de I » A leur pensée et A leur fol Nous ne la trouvons ni dans r< llgîon. Les références directes A Jésus sont rares dans la plus ancienne version latine, ni dans le canon de l’épître. Le Christ n'y est nommé que deux fols, ι, 1 ; Munitori. Elle n’apparaît que dans une recension η, 1. Il n’y est rien dit de sa mort, de sa résurrection, tardive de la vieille version latine et nous ne la trou­ de son exemple de patience,cf. v, 10-11 et I Pet.,n, 21; vons pas dans le canon africain avant le rv* siècle. de sa prière, cf. v, 17 et Heb., v, 7. L’organisation Les rapports entre les orientaux et les occidentaux dénotée par l'épître est décrite dons les terme· du A l'occasion des luttes doctrinales du ιν· siècle, JudaTsme : il est question de la synagogue, n, 2; des contribuèrent probablement A la faire connaître • anciens de l’Église, » v, 14 ; d’Abraham «notrepère», dans toute l’Église latine et A la faire accepter en n, 21 ; du Seigneur « des armées », v, 4 (la seule fois Occident comme elle l’était en Orient. Ces faits dans le Nouveau Testament), de» « douze tribus qui sont dans la diaspora », τ, 1. Les expressions de l'éptlre n'ont rien d'étonnant si l’on considère le caractère rappellent les Proverbe», Job, ΓEcclésiastique, la avant tout pratique de l’épître et scs destinataires Sagesse. Tous les chapitres offrent de longs déve­ qui étaient des Juifs convertis. Elle n’offrait d’intérêt loppements qui pourraient sans difficulté s'adresser que pour le groupe d’ÉglIses aux besoins desquelles A une communauté Juive. elle répondait. Mais tous ces caractères ne sont pas spécifiquement Les hésitations signalées par Origène, Eusèbe et juifs, Ils peuvent sc trouver dans un écrit adressé A saint Jérôme, ont probablement leur origine dans des fidèles du christianisme primitif à peine dégagé l'incertitude où l'on était sur la personne de Jacques du Judaïsme. L'ensemble de ces traits pourrait être « frère du Seigneur », évêque de Jérusalem, auquel la tradition attribuait l’épître; sur son Identité avec. d’un Judéo-chrétien qui parle A des Juifs convertis. D’ailleurs l’épître offre beaucoup de développements Jacques d'Alphée, l'un · des douze »Ces doutes pa­ qui ne peuvent être le produit d'une conscience vaient peut-être provenir aussi decc que la rédactkn purement juive et qui sont spécifiquement chrétiens : de l’épître aurait été confiée par Jacques, évêque la parole de vérité qui engendre, î, 18; le Seigneur de Jérusalem, à un secrétaire de culture hellénique. Jésus-Christ, r, t ; π, 1 ; le choix des pauvres pour être Mais ces questions sc rattachent A l’objet d’un para­ riches dans la fol et devenir héritiers du royaume, graphe suivant, l'origine de l’épître. n, 5 sq.;la conception du salut non par la fol seule, III Caractères généraux et analyse de mais par la fol avec les œuvres, n. 14-26; la loi par­ î’épitri . — 1· Caractères (jèn/raiiT — Sans l’adresse et le salut du commencement, L 1, l’épître ne don­ faite de liberté, c'est-A-dire l'ancienne Thorah rame­ née par Jésus A sa valeur religieuse et morale, n, 8; nerait point l’impression d'une lettre Elle ne contient aucune note personnelle et n’offre point de saluta­ cf. Malth., v, 17; la défense de Jurer, en accord avec Matth.v, 34-37. L’épître offre beaucoup de points tion finale Elle consiste en une suite d’exhortations de contact avec le sermon sur la montagne, et les dans le ton de l’homélie ou de In littérature des expressions · frères blen-aimés », r, 16-19, la nouvelle proverbes : sa manière simple et pratique rappelle naissance, i, 18, « le royaume », n, 5, le nom que l'on certains développements des évangiles synoptiques. blasphème, n, 7, la loi royale de la liberté, n, 8, sont Cependant elle n’est pas un traité général; elle vise des expressions et des idées chrétiennes. Les tendances des lecteurs déterminés, et répond aux besoins d’un pharisiennes et les observances légales ou rituelles des groupe d’Égliscs ou de communautés. Juifs sont écartées de l’épître. Dans la forme, l’épître ne présente pas une suite Enfin beaucoup de passages rappellent Philon ou logique et cohérente d’enseignements ou d’exhorta­ les écrits du judaïsme hellénistique. La langue n’est tions, soutenue par une Idée directrice. Les sections pas un grec de traduction mais la χον/ή littéraire la sont parfois reliées entre elles par la simple association plupart du temps, bien qu’elle n’atteigne pas A la des Images : un mot suggère une Idée et appelle un perfection de celle de l'épître aux Hébreux. Tout cela nouveau développement. Chaque développement port c suppose que l'auteur ou te rédacteur avait une culture sur un point déterminé de la vie chrétienne et se suffit Judéo-hellénique et que l'épMre s’adressait A des A lui-même. Cc qui fait l’unité de l’écrit c’est son but : milieux Judéo-chrétiens où l’hellénisme avait pénétré donner une règle de vie cl réaliser le christianisme. assez profondément (Voir plus loin Origine dk L’épître veut montrer aux fidèles la différence qu’il l’épître.) Enfin on sent chez l’auteur la conscience y a entre Jp vrai et le faux christianisme, les encourager d'une autorité Incontestée. Il ne cherche pas A se A supporter l’épreuve cl In persécution, et A en tirer concilier la faveur de scs lecteurs; mais, s’appuyant sur profit. Elle n’a point pour but de convertir par un un fondement de doctrine très net. Il parle, à la ma­ exposé de la fol, ni de faire de l’apologie ou de la controverse; elle est essentiellement pratique. Toute­ nière d’un maître, parfois même un peu rudement, le langage du devoir. Si l'épître n’a pas la profondeur des fois elle ne manque pas de profondeur et suppose écrits de saint Paul ou de saint Jean, elle nous offre une théologie des principales vérités chrétiennes. un type primitif de christianisme et un aspect souvent L’épître. par le Ion général, rappelle les écrits du trop méconnu de la fol : le christlankme règle de vie. judaïsme. Elle Insiste sur la Justice, elle fait l’éloge le christianisme en action. Elle n’est pas une · épitre de la sagesse, elle tire ses exemples de l’Ancien de paille » comme l’appelait Luther. Testament. Ses expressions rappellent souvent celles 2° Analyse de VÊ pitre. — 1. Adresse, ι. 1. L’épître d< s Proverbes ou des Prophètes Elle conçoit la est adressée par « Jacques, serviteur de Dieu cl du religion comme une connaissance de Dieu et de su loi. Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus qui sont dans et une pratique fidèle Cette transformation s'accomplit parla •pa­ role de vérité », c'est-à-dire par l'évangile source du I salut; elle a un caractère spirituel. Cf. i, 21; I Cor., iv, 15; 11 Cor., vi, 7; CoL, j, 5; Eph., i, 13; II lim., π. 15; Luc., vm, 11; I Petr , i, 23. (Ecumcnlus et Théophylacte entendent « la parole de vérité · de l’action du Λόγος dans la création. Cf. P, G., I. exxx, col. 465. 2· La loi parfalle, ou le salut par l'évangile, i, 2ï27 — Le chrétien doit recevoir avec douceur la parole qui est semée en lui; cf. Matt h., xni, 1 sq., car c‘< nt une parole qui sauve. Cette parole c'est l'évangile, qui est une loi de liberté, une loi parfaite, par con­ traste avec la loi mosaïque, dure et Inobservable. Cf Motlh , vn, 12; xi, 28-30; xn, 7; Marc., xn, 28-34; Cul., n, 19; v. 1; II Cor., m, 17; Bom., χ, I 11 ne suffit pas de connaître celte loi de liberté, Il faut l’ob«erver La religion parfalle n'est pas une contem­ plation stérile, elle exige les œuvres morales el les Le second exemple apporté par saint Jacques est celui de Bahab, Jos., n, 4. 15; vi, 17; cf Matth i 5 œuvres de miséricorde. 3* l a foi el les auprès de miséricorde, ri, 14-26. — La Celle courtisane païenne eut la vie sauve parce qu elle religion comporte les œuvres : c'est la pensée donü- . avait donné 1’hospiluhté aux envoyés de Josué 281 JACQUES (ÉPITKE DE), ENSEIGNEMENTS L’épître de Jacques pnrlc seulement de son œuvre de miséricorde, l’épître nux Hébreux, xi, 31, fait l'éloge de sa foi. Cf. Jos., n, 11-12. Λ cause de sa pro­ fession de fol A l'égard de Jahvé, et de scs oeuvres de miséricorde, elle fut assimilée aux Israélites et comptée parmi les arcêtres royaux de Jésus. Cf. Malth., i, 5; Bedt, loc.cil., col. 24. 4e La défénae de /arer, v, 12. — · Surtout, mes frères, ne Jurer ni par le ciel, ni par la terre, ni par tout autre serment; que votre affirmation soit un oui, votre négation un non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement. » On peut traduire aussi : que votre oui soit un oui, votre non, un non Mais dans les deux cas la formule de défense est absolue dans ses tenues. La Loi défendait, non le sennent, mais le parjure : Ex., xx, 7; Lev., xix, 12; Num., xxx, 3. L’usage du serment, dans le Judaïsme, avait dégénéré en abus; on jurait pour affirmer les choses les plus futiles, et la casuistique des pharisiens s’évertuait à fixer le choix des formules. Pour couper court à ces abus, Jésus, Matth., v, 34-37, avait défendu le serment en des termes absolus; mais II n’avait pas visé les serments solennels prévus par la Loi : Il n’avait pas voulu supprimer la Loi, mais seulement les interprétations erronées et fantaisistes des pharisiens. Le texte de Jacques reproduit, presque dans les mêmes termes, la défense de Jésus et doit s’expliquer de la môme manière : Il ne défend que l'abus du serment. Cf. Bède, foc. c//., col. 39; Œcumenlus, P. G., t. exix, col. 508. Allen, St Matthew, Edimbourg, 1912, p. 53; Belser, op ,cit., p. 192. 5° /. αύτου animam ejm (αύτου se rapporte au pécheur) : Il l’arrache ύ la mort en lui rendant le gage de la vie éternelle. La seconde partie de la phrase est ambiguë; on ne volt pas clairement s’il s’agit des péchés du convoi li, ou de celui qui exerce l'apostolat. Le passage est une citation Implicite de Prov., x, 12 La haine provoque le· querelle·, Mali l’amour couvre toutes les fautes. Dans les Proverbes (texte hébreu), Il s’agit de Γηmour qui fait disparaître les fautes, met en l’harmonie les âmes, supprime les haines. Dans l’épître 11 s'agit de la charité envers les semblables, charité qui mérite la plus grande récompense cl constitue un gage de rémission des péchés en faveur de celui qui exerce l’apotoslat. Cette Interprétation est plus conforme Λ la pensée générale de l’épître. Cf. Bède, foc. cil , col. 10; Mclntrtz, Der Jakobtisbrief, Bonn, 1921, p. 87. L’opinion contraire est soutenue par Pillion Drach, Belser. Nous ne mentionnerons que les commentaires et les travaux spèciaux. 1. Com mentmiuu anciens. — Dldyme d'Alexandrie, In Epistolas catholicas enarratio, P. G., t. xxxix,col. 1750; S. Jean Chrysoftome, /rugmmta in Bphtolm Catholicas, In Epistol, Jacobi, P, G,, t. t.xiv, col. 1030-1052; (Ecuménlus, P, G., t. exix, col. 455-510, excellent commentaire; Théopby taclc, P. G., t. exxv, col. 1031-1190, son commen­ taire dépend étroitement de celui d'Œcuménlus; Bède le Vénérable, P. L·., t. xciii, col. 10-11, commentaire très pénétrant et très doctrinal; Cujétan, Eplstohr Pauli ad gr.rcam peritatom castigati* (Epi tola Jacobi, p. 1093-H48>, Pari·, 1532; Cathnrin. In omnes dlid Pauli apostoli et in septem catholicus epistola» commeatariu», Paris, 15üd; Estlus, In omnri .V. Pauli et septem ratbnlleorum apo^toiorum ephtolas commentarius, Do ml, 1691; Corne 1)1»· de la Pierre, Commentarius in Epidotos canonicos, Anvers, 1010; B. Justinbmi, Explanationes In ornnes epistotot catholicas, Lyon. 1021. IL Commentaires et travaux mopkrnks. — 1· Catho­ liques. — LHgre, Interpretatio ephtohr en thaï(esc S. Jacobi, Louvain, 1860; Schrgg, Ja*obu» der Bruder des Herm and sein Brief, Munich, 1881; ber Knltodhchc Brief der Jdkubti», Munich, 1883; Drach, /xa Épures catholiques, Ports (Letblellrux), 1899, Identifie l'auteur, Jacques de Jérusa­ lem. avec Jacques 01% d’Alphée, assigne cninie date A l’écrit, entre 58 et 65; Trenkle, i>er Brief des hciligen Jakobu*, Fribourg, 1894; Hartmann. .Si Paulus nnd St Jako* bus ubtr die llrchtlertigung {Bibh*che Studicn, t. ml Fribourg, 1897; Meinertz, Ber Jakobusbrirf and fin Verfa 9. l’auteur propose seulement comme une probabilité l’identité de Jacques de Jeni^al -ra avec le Ûb d’Alphée; Il est d'avis que l'épître a été composée vers l'an 47; Fillion, Les Êptlres catholiques, dans Sainte Bible commentée, Paris, 1915, t. vm, p. 626; Identlffe Jacque* a\ec le fils d’Alphée el place la composition de l’épître vers la On tie la vie de l’apôtre; Mcinerta, Der Jakobu^hrief dans Die hriligt Schrift de» N. T„ Bonn, 1916, l’auteur regarda comme certaine l’identité de Jacques avec le Ilis d’\lp»». e; il place la composition de l’épître vers l’an 48; excellent commentaire; surtout doctrinal. 2· Non catholiques : Huthcr, dan* Kammentar ûber das N. T., de Meyer, Gœttingue. 1870; Beyschlag, Revtsloa du commentaire de Iluther, dans ta métro collection· Girt lin­ gue, 1888, 1897; Von Soden, dans Handkommcnlar tum N. T»tde il. J. Holtzmann, Fribourg. 1890; Feine./λτ J > busbrief nach Lthranschauungm und Enldehungsotrhdll· nissen, Eisenach, 18JJ; Masscbleau, L'épître de est-elle Ftruure d*un chrétien? dans Bévue d< [Histoire dca religions, Itaris, 1893, t. x xxu ; Spit ta, Der Brief des Jakob a» (Zur Geschtchtc und Literatur des Urcnri.deniutnt), Gœttlngue, 1896; E. Ménégor, Etude comparative de [enseigne­ ment de S, Paul et de S. Jacques sur la ju^ti/U illon par îa foi dans Etudes de Thêotogie et d*Histoire, Itaris, 1901 ; Itarrny, A discussion o/ the general Epistle vf Si James, Ijomires. 1903; l’auteur s'efforce de montrer l’unité et Fenchalnemcnl de* Idée* de l’épître; il ta regarde comme un écrit de ta On de l'ëgc apostoHquc; Gmfe, Dtr SUUung und die Bedeulung des Jakobusbrietrs fn der Entudcklung des Drchri^trntums, Tublngue, 1901; l’nuleur regarde l’êoMre comme une compilation d'orlMine Incertaine, mats mm cuinnic un écrit Juif interpolé; B. Weiss, Der Jako h us und die nrue Kritik, Leipzig· 1991. l’auteur réagit contre le radicaMsmr «le Grnle; G. ilollmniui, Der Jako bus bric/, dans J. Weiss, Die Schriften des Neucn Testaments, Tublngue, 1906; A. itorl. The Ephtlr of Si Jantes, i-iv,7, Lomtres, 1910, d<»nm d’ex­ cellentes notes phlloln i.jurs. L'auteur regarde l’écrtt comme l'œuvre de Jacques fn re du Seigneur, mais non l’un dr< • douze »;llrn place lu cuniposllion vers l’an 60; Il Windisci). Die KalholHchen Briefe, dans IJet/ninnn. Handbuch sum Λ’. Γ., Tublngue. 1911; l’auteur est porté A rejeter l'épître ù la fin du r» siècle; il. A. A. Kennedy, The hdtoni^lie atmosphere of the Epistle o/ James, dans Tb< E rp* *ator, Londres, sér. Mil, 1911; J.-B Mayor, Thf Bpi*ilt vf Si James, Londres, 1892, 1913; étude très complète de h» plupart des questions se rapportant â l’épître L'auteur ta reuirlr comme l'œuvre de Jacques de Jérusalem dont II n** fuit ni un apôtre ni un disciple, mais un frère au sens strict de Jésus. Il est d'avis que l'épître est antérieure â celles de saint Paul. Cette étude se recommande surtout pour son comtrentalre grammatical et philologique et pour %a critique de l'école rn llcnlc allemande; J.-B. Hopes, .4 cri­ tical and exe qetical Conunentory on the EpLtle of S. James 2*3 JACQLES (ÉPITRE DE) — JACQl ES BAH SALIBI dans International Critical Commentary, Edimbourg, 101 fl, fauteur regarde fépltre comme un écrit pseudonyme, composé par un chrétien d’origine juive, de fan 75 A l’an 125; il donne une étude approfondie des rapports de fêpftre avec fhellénisme. 284 fraîchement acquise, p. 697, trad., t. m, p. 340 iq C’est dans cette même église que Dcnys fut enterré, dans le cours de tesrin II 1483 des Sélcucldcs vembre 1171), Chronicon ecclesiasticum, t. i, col. 550 sq. Il (Euviu s. — Bar §allbl est l’auteur d’un grand J.-B. Colon. nombre d’ouvrages, dont plusieurs parties ont été JACQUES BAR ADAI, Voir Monophysites. traduites en arabe. Deux catalogues syriaques de JACQUES BAR SALIBI appelé aussi Desys, ces œuvres sont connus, l’un d’eux se trouve dam Ia d ; nom qu’il prit lors de sa consécration épiscopale, Chronique de son contemporain, le patriarche Michel, mort métropolite monophyslfc d’Amld (Dlarbékir) en p. 699, trad., t.m,p. 344 sq.,l’autre,qui est un morceau novembre 1171.— I. Vie. IL Œuvres. III. Doctrine. Isolé a été Imprimé par J. S. Assémanl, Bibliotheca L Vie. — Jacques naquit A Mélitène, aujourd’hui Orientalis, t. n. Home, 1721, p. 210 sq., d’après le Malatfyah, dans In Petite Arménie, d’un père qui ms. Vatican syriaque 37 mrtait le nom de Salibi. Nous ne savons rien de sa Bar Salibi a commenté la plupart des livres de jeunesse; il était diacre et déjà réputé pour son élo­ l’Ancien Testament et tous ceux du Nouveau, même quence, lorsqu’il écrivit un traité sur la Providence l’Apocalypse; sur ces commentaires et In méthode divine, où. distinguant les châtiments que Dieu exégetique de l’auteur, voir l’article de F. Nau, dons envoie aux hommes des malheurs qui arrivent par Je Diction, de la Bible, t. ni, col. 1098 sq. Il s’est leur Incurie. Il réfutait Jean, évêque de Mnrdin, auteur occupé également de formulaires liturgiques, révisa d’an ouvrage sur le même sujet. Cet évêque avait écrit peut-être Vordo baptismal et donna une recension après la prise d’É lesse par Zcngui et fait scandale dans de l’office férial; deux anaphores portent son nom. l’Église jacohitc, en prétendant que le désastre était un Un compendium de l’histoire des Pères, des saints et événement purement naturel, et que la ville n’cùt pas des martyrs lui est attribué, ainsi qu’un résumé des été prise, si l’armée franque s’y fût trouvée, irrité canons apostoliques. Ses lettres avaient été réunies de ce qu’un simple diacre eût osé en remontrer à un en corps. Il écrivit peu de vers, on ne connaît du moins que sept pièces, dont deux sur la prise d’Édesse évêque, peut-être aussi, sentant que son adversaire remportait, Jean le dénonça au patriarche Athaet trois sur celle de Mar’asch. Comme ouvrage intéressant spécialement la théolo­ nasc VIH et réclama contre le téméraire une sentence d’interdit. Sans aller au fond de la question, le patriar­ gie, nous avons A citer : 1. Un compendium de théologie, dont nous ne pos­ che, désireux de faire respecter l’autorité, prononça sédons aucun manuscrit, et que Denys intitule dans la condamnation demandée, mais Jacques, afin de se son explication de la liturgie : « Liare de la théologie justifier, se présenta devant le synode, et, pour et du mystère de Γ Incarnation, sur les natures Melli· tout plaidoyer, lut le mémolrelncrimlné. I c patriarche, giblés el sensibles, sur les sacrements de Γ Église, etc. « alors, approuva le texte qu’il avait condamné sans Voir Corpus scriptorum Christianorum orientalium, le connaître. Bien plus, il donna toute sa confiance Scriptores syri, sér II, t. xcni, p. 1, trad., p. 33.— à Jacques et, après l’avoir nommé évêque de Mar’asch, 2. Une confession de fol, une explication du symbole le consacra sous le nom de Dcnys. en 1154. semble-t-il. de Nlcée, et celle d’un symbole Jacobite; aucune de I) renvoya ensuite se réconcilier avec l’évêque de ces œuvres, dont on a d’ailleurs des manuscrits, Mnrdin, et prendre possession de son siège. Barhcn’a été éditée — 3. Un traité contre les hérésies, bræus, Chronteon ecclesiasticum, t. i, p. 503 sq. et auquel il est fait plusieurs fois allusion dans l’expli­ 511-514. cation de la liturgie sous les titres : Livre de controverse Les Jacobites étant, au xn· siècle, assez clairsemés dans la Mésopotamie du Nord, les patriarches déci­ contre les hérésies modernes, np. cil., p. 27, trad., p. 51 ; Traite et controverse contre tes chalcédoniens, p. 15, dèrent A plusieurs reprises de réduire le nombre des trad., p. 43 ou encore Livre de réfutation des ehalcédoévêques; c’est ainsi qu’en 1155 Denys vit ajouter A niens, c'est-à-dire des mellites, p. 72. trad., p. 84, son diocèse celui de Mabboug, Ibid,, t. i. p. 515 sq. Ample dispute contre les Arméniens, p 71, trad., I/administraiion de semblables communautés laissait p. S3. Dans le ms Vatican syriaque 9$, un chapitre sans doute bien des loisirs, Denys les employa en contre les musulmans est donné comme extrait du homme studieux; autant que Jacques d’Édesse, dit Livre de la rélutation de celui qui scrute la foi. La liste Michel, il aurait mérité le surnom de Φιλόπονος. des ouvrages de Bar Salibi publiée par Assémanl an­ Chronique de Michel le Syrien, édit. Chabot, p. 698, trad., t. m, p. 3H. Quel qu’ait été le lieu de sa rési­ nonce des écrits contre les musulmans, les juifs, les dence habituelle. Il se trouvait A Mélitène, sa patrie, ncstorlens, les chalcédoniens, les arméniens, les lorsqu’il fut appelé nu chevet du patriarche gravement idôlatrcs; Il semble que ce soient les parties d’un vaste malade. Celui-ci voulait lui confier le siège métropoll- i traité. Il existe peut-être un manuscrit du tout A Dclrtain d’Amld, mais Denys refusa celte offre très hono· i Za’farnn. Moïse ibn ’Ataàah a largement utilisé ce rable, Chronicon ecclesiaticum. 1.1. p. 351 sq. Quelque I traité dans son apologie en arabe du monophysisme temps après, le patriarche mourait et les évêques se Jacobite, dont il existe une copie dans le ms. Vatican réunissaient pour l élection de son successeur. Dcnys arabe 74. Trois parties sont représentées dans des contribua puissamment à faire élire Michel (1166); bibliothèques d’Europe, rien encore n’a été publié. — et, quelques semaines plus tard, prononçait l’homélie i 4. Un traité sur la Providence, qui doit être celui A In prise de possession du patriarche. Celui-ci» i écrit contre Jean de Mardin. Il n’en reste, semble-t-il, désirant sans doute le conserver A proximité de sa que deux fragments Insérés par Michel dans sa résidence, lui confirma le siège d’Amld et obtint qu’il Chronique, édit. J.-B. Chabot, p. 631-6, trad., t. m, allAt se fixer dans cette ville, Chronicon ecclesiasticum. p. 272-271 ; p. 651 sq., trad., t. m. p 300-302. —5. Des t. i, p. 539 sq., 543 sq. I es historiens ne signalent homélies; celle prononcée pour l’intronisation du patriarche Michel a été insérée par ordre de celui-d aucun événement Important pour cette dernière période de sa vie; ils racontent, toutefois, qu’il res­ dans le pontifical jacobitc pour être lue aux intro­ nisations de patriarches et, mutatis mutandis, d’évê­ taura l’église de la Mère de Dieu et y Institua une ques et de métropolites, et. J.-B. Chabot, Discours école, dont le professeur fut son propre syncellc, le de Jacques (Demis) bar Salibi ô l intronisation du diacre Abraham. Michel note même qu Abraham patriarche Michel dans Journal Asiatique. X· s’instruisait d’abord auprès du métropolitain, puis série, t. ix, 1908, p. 87-115. Une homélie contre ceux allait communiquer aux jeunes gens sa science 285 JACQLES BAR SALIBI — JACQUES D’ÉDESSE 286 Sur le moment de 1'Incarnation, Bar Salibi prend ijui restent plus de quarante Jours sans recevoir le sacrement de l'eucharistie se trouve dans le ms. de parti contre Philoxene de V <’»□· u Celui-ci pensait Mon ncc Médit eus oriental. 40 6. Des commentaires que le Verbe de Dieu n’a été présent dans le sein de sur les Pères; la liste publiée par J. S. Assémanl cite la Vierge qu’à partir du quarantième jour après la les trois Cappadociens, le Pseudo Aéropaghc, Sévère conception, croyant d'ailleurs que le* âmes humaines d'Antloche el Picrrrc de Callinice: il ne nous reste ne venaient habiter dans les corps qu'à ce moment. qu’un commentaire aux Centuries d Évagrc. — 7. Des Bar Salibi critique cette opinion et se prononce, canons sur le sacrement de Pénitence cl un curieux suivant la doctrine des Pères grecs, pour la présence manuel destiné à enseigner aux fidèles comment ils du Verbe à partir de la conception, ci. Bibliotheca doivent déclarer leurs péchés et aux prêtres quand et Orientalis, t. n, p. 158 sq. Entre la mort du Cm - d et comment ils absoudront leurs pénitents. J. S. Assé­ sa résurrection, la divinité est restée unie d’une part manl a publié presque tout cc petit traité, Bibliotheca à son Ame et de l’autre à son corps, bien que tous Orientalis, t. n, p. 172-175. — 8. Une explication de deux fussent séparés, p. 168. — Le Christ, en s’incar­ la liturgie eucharistique, écrite entre 1166 cl 1171, où nant, s’est uni au corps humain tel qu’il était avant les considérations dogmatiques se mêlent au com­ Je péché d’Adam; ce corps étail, ainsi que le pensent mentaire des cérémonies et prières, éditée el traduite la plupart des docteurs grec» et syriens contre Phi­ en latin par J. Labourt, Corpus scriptorum Christia­ loxene. mortel par nature. Adam n’ayant d’abord norum orientalium, Scriptores syri, sér II, t. χαπ, reçu l'immortalité que comme une faveur surnatu­ Paris, 1903, après avoir été analysée dans Bibliotheca relle, p 169. Orientalis, t. π, p. 176-207. Cet ouvrage, corrigé aux Les saints ne jouissent pas encore du paradis, mats passages expressément monophysitrs, a circulé chez seulement du bonheur qu'avaient nos pr mbrs les maronites, inséré comme livre II dans le traité parents dans le paradis terrestre; toutes les âmes des sur le sacerdoce attribué à Jean Maron. Cette justes pénétreront ensemble dans le ciel, lors de la résurrection universelle, p. 166. recension a été traduite en latin par Joseph-Louis Enfin, J. S. Assémanl signale une erreur sur Pencha Assémanl, Coder liturgicus Ecclesia: universae, livre IV, risllc, p. 191 : dans certains passages, il s il y a d’autres cutée dans la deuxième moitié du xve siècle par Moïse passages, op. cil., p. 178, où la conversion du pain et ibn ’Atasah, ms. Vatican arabe 74. f. 161-210. On peut du van au corps et au sang du Sauveur est franche­ rapprocher de cet Important traité une explication des ment exprit é L’opinion exacte de Bar Salibi mystères du saint chrême, que nous possédons en traduction arabe dans le ms. Vatican syriaque 159, n’apparalt p. se airemenL Il importe de noter en terminant que Bar Salibi f. 288ν·-290ν·. Par contre, les commentaires des ordi­ est un des auteurs jacobites dont l’influence s’est nations insérés dans le pontifical jacobile, Vatican syriaque 51, f. 107vM09v\ct que J. S. Assémanl attri­ davantage maintenue au cours des siècles; ses com­ mentaires sur le Nouveau Testament, en particulier, buait à Dcnys. Bibliotheca Orientalis, t. n, p. 17 li avec n’ont pas cessé d’être copiés ou utilius dans les une faute d’impression Ecchellensis 5 au lieu de 4), chaînes. Un des très rares ouvrages anciens imprimés semblent appartenir â Moïse bar Képba,comme il a été en Orient est une version arabe, d’ailleurs modifiée, proposé dans Bibliothecse Vaticana: catalogus, t. n, de son commentaire aux Évangiles, dont la première Rome, 1758, p. 322. partie (Matthieu et Marc) a été publiée au Caire sous III. Doctrink.—A défaut de la profession de foi le titre · le livre intitulé la perle incomparable, qui est de Bar Salibi et de scs explications des symboles, qui le commentaire du Nouveau Testament · (en arabe) sont inédites, nous avons un bref exposé de sa doctrine dans les trente et une premières sections de son Dans 1rs répertoires alphabétiques, ehervhrr plutôt boos introduction au commentaire des Évangiles, édit. I. Sedlacck et J.-B. Chabot, Corpus scriptorum Christia­ le mot · Dcnys ·. — H. Dus al, La llUrruture syriaque, 3’ édit., Paris. 1907, p. 399 sq.; W. Wright. A hi't’>ry norum orientalium, Scriptores syri, sér. IL I xcvin, o/ sgriac Literature, Londres, 1894, p. 246 250; A. BaumParis, 1906. De plus, J. S. Assémanl, analysant les itnrk, Gfschichte der syri\chen IMeratur, Bonn. 1922» œuvres de Bar Salibi, a noté, Bibliotheca Orientalis, p. 293-297; U. Chevalier, Repertoire des aourers h· torique t. n, p. 158-169, les points de doctrine les plus impor­ du moyen âge, Bio-bibliographie, Pari», 1903-1904, t. t, tants. col. 1177. E. Tisserant Dieu est éternel, connu de l’homme par la Révé­ lation, mais aussi par la raison, qui le saisit comme JACQUES D’ÉDESSE. ainsi nommé de la ville cause de l’univers. Il n'y a qu’un Dieu;mais, supérieur dont il occupa le siège éphcopal, poix graphe syrien, aux autres créatures, qui sont composées île deux f le 5 juin 708. — L Vie. Il (Eux n-%. substances, matière et forme, Il est trois subsistances, L Vie. — La source principale de nos renseigne­ qnûmê, le Père étant cause naturelle du Fils, qu’il ments sur la vie de Jacques d É îevsc est une notice, fait naître ab seterno, et de l'Esprit, qu’il fait également d’un écrivain inconnu, qui a été reproduite par le procéder de sol ab seierno. pat lirchc Michel, Chronique de Michel le Syrien, L’homme étant tombé dans le péché, Dieu est venu édit. Chabot, p. ΙΓ», trad., t n, p. 171 sq et plus sur terre pour le délivrer. C’est le Fils qui s’est Incarné. ! brièvement par Barhebræus, Chronicon Ecclesiasticum, et non le Père ou l'Esprit, afin que les propriétés des édit. J.-B. Abbeioos el T. J. Lamy, Louvain, 1.1. 1872, personnes ne soient pas viciées, car le Père engendre, col. 289-294. C’est d’après cette notice qu’est rédigée le Fils est engendré, le Saint-Esprit procède, il conve­ la présente biographie, avec l’addition de quelques nait donc que le Fils engendré s’incarnât et naquit. détails recueillis ailleurs. Jacques naquit au village d'indeba. dans le canton Ce n’est donc pas la volonté de Dieu qui a séjourné de GQmêyh, près d'Antloche, au plus tard en 633, dans le sein de la Vierge, mais le Verbe. Le Verbe car H avait 75 ans lorsqu’il composa, peu de mois n’a pus été souillé par le contact de la chair, pas plus avant sa mort, le cinquième livre de son Ucxnméron. qu’il n’est souillé en formant chaque jour dans le sein des mères ceux qu'elles doivent enfanter, car Cf. Paulin Martin, L'hexum/ron de Jacques d'È tesse, Dieu est également éloigné et proche de toutes les dans Journal Asiatique, 1888, sér. VIII, l. xi. p. 164. créatures et n’est souillé par le contact d’aucune Il fit ses premières études à l’école du pénodeute local, nommé Cynaque, cl y commet) , i ta lecture des d’elles. 281 JACQUES D’ÉDESSE deux Testaments et des Pères. Il entra ensuite au monastère que Jean bar Aphtnnla avait fondé un siècle auparaxmit au lieu <111 Quenndrln < le nid des aigles ·, sur la rive gauchi de l’Euphrate, en face de Cnrchcinls. Il y étudia la langue grecque et 1 Écriture sainte dans le texte grec; on Ignore quel y fut son maître, mais 11 dut y connaître encore le vieux Sévère Scbokt. mort en 666-7, dont l'esprit scientifique et le zèle pour les ouvrages grecs avait imposé Λ l'école de QennciHn une orientation particulière. De IA. Jacques se rendit en Égypte, où l'école d’Alexandrie avait maigre la conquête arabe» conservé quelque chose de son ancienne réputation; le culte de la philosophie aristotélicienne» mis en vogue par I enseignement de Jean Philopon, y durait encore. Revend en Syrie, Jacques établit sa retraite A Édessc; il s’y trouvai! dans les premiers mois de 684, lorsque le patriarche Sévère y réunit un synode pour régler son différend avec Serge Sakounlyfi. Michel le Sx rien. op. <77., p. 44 1, trad., L n, p. 468. Quelques mois plus tard, porté par sa réputation, dit l'auteur de la notice dans Michel, il fut ordonné évêque de celte ville par le patriarche Athanase, disciple de Sévère Scbokt et interprète réputé des Livres saints, Barhtbiæus, Chronicon, t. i, p. 287. Peut-être condis­ ciple de Jacques A l’école de Qucnneirin, ce savant patriarche était capable d'apprécier sa science, il lui marqua, semble-t-il, une bienveillance particulière. Mais Jacques n'était pas né pour le gouvernement; plus habitué A fréquenter les livres que les hommes, scrupuleux et rigide dans son administration, il eut. dès que son protecteur fut mort, des difficultés avec certains de ses clercs, dont 11 voulait réprimer les dérèglements. Voyant son autorité insuffisante, il eut recours au patriarche Julien; celui-ci lui prêcha la patience. L’éséque d’Édesse insista, Il prétendait prouver au patriarche et aux évêques de son conseil In nécessité d’exiger l’observation des canons, mais «tou> lui conici liaient de s'accommoder au temps et aux événements. · Michel le Syrien, op. cil., p. 416, trad., t. n» p. 472. Décidé A donner plus de solennité à sa protestation, Jacques apporta devant la résidence patriarcale le livre des canons et le brûla en disant : « Les canons que vous foulez aux pieds et méprisez, Je les brûle, connue superflus et vains. » Déjà il s'était démis de sa charge pastorale; Il se retira au monastère de Mar Jacques A QAyfiûm, entre Germa­ nide et Samosate, en compagnie de deux disciples préférés, Daniel et Constantin. Jacques ne résida que fort peu de temps à QflyAûm, où il composa deux traités de circonstance contre les pasteur* de I Église et contre les transgresseurs des canem, puis il accepta l'invitation des moines d’Eusfi I ô A nu diocèse d’Antioche. Pendant onze ans II demeura dans ce monastère, y expliqua l’É riturc sainte d’après le texte grec et y remit en honneur la langue grecque. Mais son zèle pour celte langue devint une source de difficultés; Jacques dut céder A l’opposi­ tion de certains moines ennemis des Grecs et passa au grand monastère de Tel* LdA.au pied du DJcbclBcrakâl. Pendant neuf ans, il y travailla A la révision de ΓAncien Testament d’après le grec; celte donnée de la notice est confirmée par plusieurs manuscrits de cette révision» qui Indiquent pour son exécution les année** 701 cl 705, cf. les mss du Musée Britannique Arfd. /4 4Z9 et de Paris, Bibliothèque nationale, Syr-, Met 17 A h mort de l’évêque qui avait remplacé Jacques» le* Édessénlcns demandèrent au patriarche d’obliger celui-ci ù revenir chez eux; la chronique dr 846 dit même qu'un synode Intervint pour contraindre l'éxéque déijssioniialre à reprendre sa charge. Corpus scriptorum chrishanorum orientalium, sér. 111, 2G8 t. rv, fasc. 2, p. 233, trad., p. 176 Quoi qu’il en soit, Jacques regagna Édcsse, qu’il avait qüllté< vingt uns auparavant et y exerça scs fonctions pendant quatre mois. Puis il retourna au monastère de Tel ’Eda, afin d’en ramener quelques disciples préférés et ses livres. Il fit charger scs livres et les expédia devant lui. comme un précieux trésor» mais il ne lui fut pas possi­ ble de les suivre, il tomba malade et mourut A Tel ’Edâ le 5 haziran 1019 des Séleucides ( — 5 Juin 708). Les religieux, ajoute un chroniqueur reproduit par Michel, op. cil., p. 449» trad.» t. n, p. 476, voyant que la fin de Jacques était proche, firent rejoindre les charges de livres avant qu’elles eussent franchi l’Euphrate, et les ramenèrent A leur monastère. C. Kayser, Die Cannnes Jacob's von Edessa, Leipzig, 1886, p. 53, écrivant avant la publication du texte syriaque de Michel, a prétendu qu’il fallait voir dans le récit de Barhcbrxus une pure légende inventée pour grandir un personnage sympathique; Il s'en prend surtout à l'épisode des connus brûlés. Mais A. HJelt, Éludes sur l’Hexaméron de Jacques d'Êdesse, Helsingfors, 1892, p. 7, fait justement observer que l'on trouve dans la collection canonique de Jacques un vif désir de restaurer la discipline, qui cadre assez bien avec la boutade rapportée par le chroniqueur. Kayser a été visiblement influencé dans son jugement par la chronique du pseudo-Dcnys de Tell Mahré : voyant dans la partie originale de celte histoire l'œuvre d'un patriarche ayant vécu un siècle seule­ ment après la mort de Jacques, il lui attribue une autorité qu'elle ne mérite pas. Ln première mention relevée par J. S. Assémani, Jiiblioiheca Orientalis, Rome 1719, t. i, p. 426 « A Édcsse, l’évêque Mar Jacques succède A Cyriaque» » n’est pas de première main : elle a été ajoutée A la marge avec un renvoi à l'année 988 des Séleucides («= 676-7), et non 976, comme on trouve dans l’édition Chronique de Denqs de Tell Mahré, quatrième partie, édit. J. B. Chabot, Paris, 1895, p. 9, trad., p. 9, d'après R. Duval, Revue critique d'histoire et de littérature, 1893, t. xxvn, p. 485, qui a mal compris un renseignement donné par M. Guldi à Kayser, op. cil., p. 51. La même main ayant complété la notice de l'année 962 ( — 650-1) par l’adtâlion du nom de Cyriaque omis accidentellement, J. S. Assémani a confondu les deux notes et placé en 651 la nomination de Jacques au siège d’Édesse. De l’interprétation de celte note dérivent les diverses dates proposées pour la consécration de Jacques, de 651 A 677, dotes qui sont encore rapportées par Nestle dans Reatcncyktopûdie für protestani ischc Théologie und Kirche, 3· édit., Leipzig, 1900, t. vin, p. 551. Or il est évident que le témoignage de l’anno­ tateur du pscudo-Denys est de nulle valeur contre celui de la notice, rapporté par Michel et Barhcbræus, sur Ια consécration de Jacques par le pa­ triarche Athanase. Les dates antérieures A l'élection de celui-ci sont exclues encore par ce qui a été dit ci-dessus de la présence de Jacques A Édcsse lors du synode de Sévère au début de 684, car le chroniqueur spécifie qu’il était alors simple prêtre. Il n'y a pas davantage A faire fonds sur la date de 1021 des Séleucides (—709-10) assignée par le pseudoDenys A la mort de Jacques, op. cit., p. 12, trad., p. 11; c'est la date à laquelle prend fin son canon historique, mais U faut supposer, comme le faisait déjà le patriarche Michel, op. cit., p. 450, trad. t. n, p 483, que cet ouvrage a été complété de 1019 A 1021 par quelque disciple, de même que l'Hexaméron a été terminé par Georges, évêque des Arabes. La date de 1019 est d'ailleurs confirmée par In Chronologie d'Élle bar Sinnya. se référant A la Chronique des /Patriarche» jaccbitrs (en celle année 1019) moururent Julien, patriarche des Jacobites, et Jacques d Édcsse » JACQUES* D’ÉDESSE 289 E. \V Brooks, Elire Métropolite? Nlslbenl opus chronologicum, pars prior, dons Corpus scriptorum chrlsltariorum oricnhilium,Scriptures tijri,sér lll,t.vn,p 158, I trad , p. 76 et L J. Delaporte. l^i Chronologic d Élle bar Sinaya, Bibliothèque dr Γ École des Hautes Éludes, fasr. 181, Purls, 1010, p. 98. Une troisième donnée sur Jacques d’Édesse se trouve dans la chronique du psetido-Denys, p. 11» trad., p 11 : · L’un 1017 f = 703-G) un synode sc réunil dans le monastère de Mar Silas. Les principaux membres de ce synode sont connus : le patriarche Julien, Thomas, évêque d’Ambl, et Jacques d’Édesse» l’interprète des livres Ce saint Mar Jacques, évêque d’Édesse, est célèbre. » Ce synode n’est mentionné, ni par Michel, ni par Barhcbræus. IL Œuvres. — Jacques d’Édesse a consacré à l’étude et A renseignement la plus grande partie de sa vie : Il a révisé d’après le grec, l'hébreu et le sama­ ritain, la version syriaque de (’Ancien Testament» a composé de très nombreuses scholies de nature exégétique ou critique, un Hexaméron où il entre plus de sciences naturelles que d’exégèse, plusieurs formules liturgiques — ordo pour la consécration de l’eau, ordo baptismal, nnaphore — 11 a travaillé à la réorganisation de l’office divin et A la rédaction du rituel funéraire, compilé une chronique pour continuer celle d’Eusèbe, écrit un enchiridion sur les termes techniques de la philosophie, enfin Inventé un système de vocalisation et Inauguré la massorc syriaque. Ses lettres, qui ne sont pas sans analogie avec celles de saint Jérôme, et dont les unes sont familières, les autres de véritables traités, abordent les sujets les plus divers, difficultés dans l’interpré­ tation de la Bible, résolutions de problèmes liturgi­ ques ou canoniques, règles de l’orthographe et même culture de la vigne Scs traductions révèlent encore son esprit encyclopédique · Ι'Οκτώηχος de Sévère d’Antioche, déjà mis en syriaque au commencement du vne siècle, a fait l’objet d’un étonnant travail critique, Jacques ayant pris soin de distinguer maté­ riellement les mots qui sont représentés dans le grec, ceux ajoutés par son prédécesseur, les nouvelles interprétations qu’il propose. Le Testament de NoireSoigneur, le récit d’une soi-disant vision sur les Réchabitcs de Jér.» xxxv, les actes du concile tenu à Carthage en 256, d'autres textes grecs encore ont pénétré, grAcc A lui, dans la littérature syriaque. Ces brèves indications sur les principaux ouvrages de Jacques d’Édesse ont pour but de donner une Idée aussi exacte que possible de son activité litté­ raire, nous ne mentionnons en détail que les écrits concernant directement la théologie. Voir sur les ouvrages scripturaires l’article de F. Nau dans IcD/etlonnaire de la Bible, t. ht, col. 1099-1102. N’étant encore que diacre, Jacques écrivit, nous ne savons A quelle occasion, une apologie contre le clergé chalcédonlen de I larron. Une copie en a été signa­ lée dans le manuscrit de Séert, n. 69, xn. Cf. A. Scher, Catalogue des manuscrits syriaques et arabes con­ servés dans la bibliothèque épiscopale de Séert, Mossoul, 1905, p. 53. Mais il est A craindre que ce manuscrit ait disparu au cours de la guerre, lors du massacre où périt Mgr AddaT Scher l’n autre écrit contre les parti­ sans du concile de Chalcédolne est la lettre au diacre Bnr indl A ibbn, dont un extrait a été copié dans le manuscrit du Musée Britannique Add, 14 631, f. 1 1ν·Λ 1 G.Trois autres lettres ont trait A la doctrine chrbtnlnglquo, celle A Constantin sur la question • le corps du Christ est-il créé cl adorons-nous dans In Trinité quelque chose de créé 7 · celle nu sculpteur Thomas en réponse A des difficultés soulevées par des nvsloricns el une autre qui forme un recueil de témoignages relatifs A l'économie du salut. Tous ce* Dicrr. Ds tuAou catiiou 290 ouvrages sont inédits, ainsi qne trois traités polé­ miques contenus dans un manuscrit récent de Flo­ rence, le Mediceus Orientai 62, X, et dirigé contre les Arméniens et certains de leurs usages religieux, emploi du pain azyme dans la liturgie, sacrifices d’ani­ maux, etc L’authenticité de ces traités est douteuse, d’aucuns les attribuant A Jacques de Saroug. Nous ne savons pas davantage que penser d’une profession de fol annoncée dans le manuscrit du Musée Britan­ nique, Oriental 2307 par G. Margollouth, Descriptive list o/ syrlac and karshunt Mss in (he British Museum acquired since 1373, Londres, 1399, p. 7. A ccs œuvres originales il y a Heu d’ajouter la traduction des homélies cathédrales de Sévère, en cours de publication dans la Patrologia Orientalis, t. iv, fasc. 1; t. vin, fasc. 2; L xn, fasc. 1; t. xvi, fasc. 5 ■■ homélies 57 A 77. J. S. Assémani avait cru trouver dans Barhebræui la mention d’une traduction des homélies de saint Grégoire de Nazi onze, Bibliotheca Oriental is, t. n, Rome, 1721, p. 307, mais 11 s’agit seulement d’une phrase Isolée rapportée par Jacques d’Édesse dans un traité grammatical. Cf. A. Mohlberg, Bach du Slrahlen, Leipzig, 1913, p. 70. Jacques d’Édesse, que nous avons vu en 684 secré­ taire d’un synode, puis évêque réformateur, paraissait destiné A tenir dans son Église une place prépondé­ rante. Son différend avec le patriarche Julien décida autrement non seulement de sa vie, mais de sa renommée : en sc cantonnant après sa démission dans des travaux d'érudition, Jacques a fait oublier A ses compatriotes le temps de son épiscopat, il n’a plus été pour eux que 1’ · Interprète des Livres», c’est-A-dlre l’exégète et le traducteur par excellence. C’est grâce à son éloignement des affaires de l’église Jacobite et au caractère irénique des œuvres qu’il composa pendant sa retraite que son autorité s'étendit égale­ ment dans les quatre églises rivales, melklte, maronite» jacobltc et nestorienne, ce qui permit aux écrivains maronites du xvn· siècle de le classer parmi les ortho­ doxes. Lorsqu’Eusèbe Renaudot l'eut dénoncé comme Jacobite, Liturgiarum orientatium collectio, Paris, 1716, t. n, p. 380, J. S. Assémani protesta. Bibliotheca Orientalis, Rome, 1719, t. i, p. 470-475, et avoua seulement deux ans plus tard, t. n, p. 355, d’après la notice biographique de Barhcbræus, que la commu­ nion, Jusqu’A la mort, de Jacques avec les Jacobites» était un argument sérieux en faveur de l’opinion adverse. Les titres des ouvrages antl-chalcédoniem mentionnés ci-dessus, et plusieurs passages des résolutions canoniques relevés par J. Lamy, Disser­ tatio de Syrorum fide et disciplina in re eucharistica, Louvain. 1859. p. 210-213. ne laissent aucun doute sur le monophysisme de Jacques. Ce point étant acquis, Il faudrait, pour déterminer ce qu’l) peut y avoir de personnel dans ses opinions christologiques, recourir aux ouvrages théologiques dont les titres ont été rapportés, mais aucun d’eux n’est encore publié. Les résolutions canoniques au prêtre Addal, dont J. Lamy a Inséré une très grande partie, texte et traduction latine, dans sa dissertation sur l’Eucharistle chez les Syriens, op, cit,, p. 98-171, et que F. Nau a traduites en français, Ancienne littéra­ ture canonique syriaque, fasc. 2, p. 31-75. Canoniste con­ temporain, 1901, t. xxvîi, p. 265-276; 366-376; 468477; 562-572; ne contiennent presque aucune indi­ cation dogmatique. En plus des ouvrages citée et en négligeant Ira œurrea non thêoloxlques de Jacques d’Édesse : \V. Wright, A ih *r( history o/ syrlac literature, Londres, 1894, ρ. 151-1 U; R. Duval, l.a littérature syriaque, 3· édit., Paris, 1907. p. 374-376 et ailleurs; A. Bauinstark, Geschlchle der syrl· schen Llterutur, Boun, 1922» p. 213-256; on peut encore VIII. — 10 201 JACQUES D’ÉDESSE — JACQUES DE NIS11JE (SAINT) cnn tu lier utilenirnt l’introduction q. IL Travaux. — QuéUf-Echnrd, Scriptores ordinis prtrdlcatnrum, t. 1, p. 822 sq., 844; Voigt, Earn Situlo de piccolomini als Papsl Plus H, Berlin, 1863, t. in, p. 592; Kirchcnlcxlcon, t. vj, col. 1153-1 (SchrOdl): Pastor, Histoire des Papes, trad. F. Raynaud, Paris, 1892, t. ni, p. 272274; Mutiler, Histoire des Maîtres Généraux des PHres Prêcheurs, Paris, 1909, t. iv, p. 413-117. M. D. CHBNU. JACQUES DE NISIBE (Saint), ainsi nommé du siège dont il fut évêque, mort en 338. — I. Vie. II. CEuvres. I. Vie — Les documents relatifs ù la vie de saint Jacques de Nisibo ont été examinés récemment par le P. Petccrs, La LSgrade de saint Jacques de Xisibe dans Analecta Htdlandiana, 19*20. t. xxx vin p. 285 373. Les données historiques sont peu nombreuses : la notice, que Thérdoret consacre ù cet évêque dans le premier chapitre de ΓHistoria religiosa, P. G., t. lxxxtî, col. 1293-1306. et dont l’infl ience a été décisive pour le développement de la légende, est un amalgame de récits sans valeur. Elle a été Influencée par la vie de saint Éphrem, que nous possédons en syriaque; en oulrc, plusieurs faits extraordinaires on miracles, attribués par Théodorct ù Jacques de Nlsibe doivent être rejetés comme lieux communs de l'hagiographie orientale. Les circonstances de la naissance de Jacques ne sont pas connues; plusieurs auteurs affirment qu’il est né â Nisibe, mais le renseignement vient de Tbéodorct. où II sc trouve dnns une phrase parallèle au début de la Vita Ephnvmi, c'est une particularité bien défavorable. Él|e bar âinaya rapporte, en citant la chronique des métropolitains de Nisibe, qu’il fut ermite à l’école de Mar Eugène. E. W. Brooks, Elite métropolite Xtsibeni opus chronologicum, pars prior, dans Corpus scriptorum Christianorum orientalium, Scriptores suri, sér. Ill, t. vu, p 98. trad., p. 17 et L. J. Delaporte, La chronologie d'Elie bar Sinaga, Paris, 1910, p. 64. Mais In légende de Mar Eugène, qui semble ù l’origine de celte Indication, est dépour­ vue de valeur historique. Cf. J. i.abourt. Le christ la· nlsme dans Cemnire perse, Paris, 1904, p. 302 sq, Gennede ajoute que Jacques aurait été confesseur sous Mnxlmin, De uirls Illustribus, i, P. L., t. lviii, col 1060-1062, Ce renseignement, tout ù fait isolé, est sans écho dnns la tradition orientale Jacques devint ensuite évêque de Nisibe; Il fut le fondateur du siège, nu témoignage de saint Éphrem, son disciple. Cf Peelers, /or. cil , p 286. £lh I ur Inaya rapporte à l’année 620 des Sékucldcs (308 9 de notre ère) l'élévation de Jacques, ce qui est une date acceptable, mais il se trompe en faisant de Bal>«m le prédécesseur de Jacques, alors qu'il fut en réalité son successeur. Cf en plus du témoignage décisif de saint Éphrem, Michel le Syrien, éuil. ( I nbot.p 135, trad., t.n, p. 270 Dès quo la paix fut accordé»· ù I Église par Constantin, Jncouc- commença de construire la grande église de Nisibe, qui lut terminée en sept ans. Élie bai Suiaya. édit. E W. Brooks, p. 98, trad., p. 48; édit. J L. De laportc. p, 64. 293 JACQl ES DE NISIBE (S,\INT) 294 IL Œuvres. — Placé par Théodoret en tête de Quelque* années plus tard. Jacques t'tait mu concile 5on Historia religiosa, le nom de Jacques de Nisibe de Nlccc, et 11 semble qu’il y Joua un rôle assez impuroccupe aussi la première place dans le supplément de tant, saint A than asc le mentionne comme un des plus Gcnnade nu De oiris illustribus de saint Jérôme : valeureux ennemis de l'arianisme. Apolog. contra lacobus cognomento Sapiens S'izrbenæ nobilis Per­ arianos, P G., t. xxv, col. 357. Son nom ligure dans sarum modo chdtatis episcopus. A la fin du v* siècle, toutes les listes de signataires du concile.Cf IL Gclzer. Jacques de Nisibe jouissait donc dans certains milieux I ( I lilgcnfch et O Cuiitz, Patrum Nlcirnorum nomina, d’une réputation d'écrivain. Gennade essaie d’expli­ Leipzig. 1898, p 20, 21, 64, 84. 102, 1G0, 196; C. H. Turner, Ecctesirr occidentali* monumenta luris anti· quer pourquoi saint Jérôme aurait omis le célèbre qulssima, Oxford, 1899, p. 54 sq Les auteurs de métropolitain de Nisibe : c'est, pense-L-il, qu’au mo­ ment où il composa le De oiris, il ne connaissait pas l'article de hi Itealencyklcpûlic 'Qi protestantise he Theo· logic und Klrchc, 3r édit,. I vm, p 559, Rüdiger encore la langue syriaque Piètre raison l quelle qu’en ct Nest le, ont cru bon d’ajouter, se référant, semble-t-il soit la valeur, Gcnnade s’est trompé : les traités qu’il au passage d'Eilitêbe cité en tête de l’article, Vita Cons­ attribue ii saint Jacques appartiennent au moine ou tantini, IV, 13, /*. G., t. xx, col. 1193. que saint Jac­ évêque Aphraate, surnommé le Sage persan, quelque­ fois appelé Jacques, de son nom d’ordination, voir ques de Nisibe assistait ù la dédicace de I’Anastasis, Aphraate, t. i, col 1457 sq. On n’attendit pas .rail­ à Jérusalem (336-7), mais Jacques n’est pas nommé leurs la découverte des Démonstrations pour récuser par Eusfcbe, cl il semble pour le moins douteux l’attribution de Gennade ; en 1684. J. Garnier, qu'Eusèbe ait eu l’idée de le désigner comme « l’orne­ Auctarium Theodoreiianum, dks. 11, de ltbn< Thcodoment sacré des évêques de Perse », alors que Nisibe rtfl, { 3, P. G., t. Lxxxiv, col. 245, exprimait sa sur­ se trouvait sur le territoire de l’empire romain. prise de ce que Gennade était seul à placer un ouv rage L’auteur de la Came de la fondation des Écoles, sous le nom de Jacques dr Nisibe, tandis qui Théo· BarhadbRabba ’Arbaya, affirme qu’au retour du dorct, saint Jérôme et le syrien Ebedjésus. successeur concile, Jacques fonda l’école de Nisibe, et y Installa de Jacques sur le siège de Nisibe. ne lui rcconnr.is*ait comme commentateur son disciple, saint Épbrcin,P.O., aucune activité littéraire. J. S. Vsémanl comn cn< a t iv, fasc. 4, p. (63) 377. Il sc peut qu’il y ait eu dés par penser de même : Bibliotheca Orientalis, Home. lors ù Nisibe une école analogue à celle d’Alexandrie, 1719,1.1, p. 19-23 : U ne se rendit plus tard A l'opminQ pourtant son existence n’est pas attestée ailleurs, et courante que sur la nouvelle de la découvert» à la véritable école de Nisibe ne fut fondée qu’en 457 Venise d’un manuscrit arménien appuyant Lafl) par Narsès le lépreux. matlon de Gennade, Ibid., Addenda el corrigenda Jacques sc trouvait à Nisibe lorsque Sapor attaqua p. 557. cette ville en 338. Il prit une part active à la défense, Il est Juste d’ajouter que la confusion commise par saint Éphrem, Carmina Nisibena, Leipzig, 1866, Gcnnade ne lui est pas imputable : elle a pris naissance p. 22, trad., p. 99, cl les habitants proclamèrent dans un milieu syrien;c’est par là seulement qu< l’on qu’il avait sauvé leur ville ; pourtant, il est probable peut expliquer sa dillusion. non seulement en Occident qu’il ne vit pas la fin du siège;en tout cas, Il mourut mais aussi en Arménie ct en Éthiopie. Une collection cette même année, saint Jérôme, Chronicon, P. L., incomplète des Démonstrations s'est conservée en t. xxvn.col.499 sq. ; Chronicon Edessenum dans 1. Guldi, arménien sous le nom de Jacques de Nidbe.précrd ;e Chronica minora, fasc. I, dans Corpus scriptorum d’une lettre à saint Grégoire l’illuminateur; elle christianorom orientalium. Scriptores syri. sér. Ill, a été éditée par N. Antonelli, Sancti pitris nostri t. iv, p. 4, trad., p. 5. L'opinion de certains auteurs, Jacobi episcopi Nisibeni sermones, Home, 1756. ll qui reportent à 350 lamnrl de Jacques est Λ rejeter, car nous est parvenu,d’autre part.egalement sous le nom elle rcpo.se sur une confusion qui remonte A Théodore t. de Jacques, une traduction éthiopienne de la cin­ Le corps de saint Jacques fut enseveli a l’intérieur quième démonstration dans le manuscrit de Paris, des murs ct devint le palladium de la ville: d’après rhéodorcl. loc. cil., col. 1305, les habitants l’empor­ Bibl. nat., élh.n. 146, t. 2 i5t*-252v*,cf. J. Parisol. dans Palrologia syriaca. t. i. p. xxxix. La plupart des tèrent lorsque Nisibe fut remise aux Perses par auteurs syriaques ont perdu de vue l’ouvrage Jovlcn en 363. mais ce renseignement n’est affirn.é par d’Aphraate qui semble avoir été très peu copié dans aucun historien indépendant de Théodoret. son texte original, du moins Ils n’ont pas propagé la Telles sont, A ce qu’il semble, les données ù retenir : In découverte de l’arche de Noé sur le mont Ararat, fausse attribution Il y a toutefois dans la littérature syriaque un écrit bien que racontée dès le v· siècle par Fauste de I lyzance, Faustotsi Houzanlatsuoy patmouthlun Hayots, 2· édit., placé sous le nom de saint Jacques de Nisibe, c’est la cinquième des lettres adressées A Papa bar * Aggaî. Venise, 1911, p. 37, le voyage ù Constantinople, etc., évêque de Sélcucic-Ctesiphon, dans le dossier qui appartiennent A la légende. Saint Jacques de Nisibe est vénéré par toutes les nous a été transmis A l’ombre du synodicon nesloricn, Églises : il est déjà mentionné dans l’ancien calendrier texte inédit, traduction d’après le manuscrit de la syriaque de -112, J .-B. De Boss! ct L. Duchesne, BibUothèqlc Vaticane. Borgia syriaque S3 (autrefois Martyrologtum Hieronymlanum, dans Acta Sanctorum K. VL4), par O. Braun dans /.eitschn/t idr die kalhonov., t. n, p. lîx, A ta date du 15 Juillet. Il est inscrit lische Théologie, 1894, t. xvm, p. 167-169. Mais cette A la même date dans le martyrologe romain. Le synacorrespondance est apocryphe : elle n monte, en très xalre de Constantinople lui consacre une notice le grande partie du moins, au catholicos Joseph, mort 13 janvier. é 1710. Ne voulant point, dit-il, laisser l’Allemagne privée de ce livre si précieux, le P. François-Marie de Gradlsca lr traduisit à son tour en lutin, d’apres la version Ha­ it une : Praxis confessionalis et explicatio propositio­ num dumnulorum, Lail ach, 1713, 2 In-4·, Augsbourg, 1734, 1735, 1745, 1757. L’ouvrage du P. Corclla était condamne par un décret du saint-ofïlcc cn date du 12 août 1710, renouvelé le 22 Juin 1712. (.cite condamnation, qui ne semblait atteindre que l’édition italienne, arrêta celle-ci, mais n'empêcha point la Utn ». qui lui est postérieure ct à laquelle Γauteur app) que la parole de saint Jérôme au sujet dis écrits de ‘u »t H la're : Lector inoffenso decurrat pede. Le I Jacques j i Ll a encore une buma dc la Theologia m- ruL Su manila : los tra ta dos mas principales de 296 casos de conscientia. Su forma · unas conferendas pracllcas. L’ouvrage parui cn 1686, 3 in-fol. et fut souvent réédité : 8· édit., Madrid, 1695; 10· édil., iold., 1697. Après la mort dc l’auteur, la Somme de théologie morale était revue ct complétée par un confrère, le P. Fran­ çois-Joseph de Citrunign, qui y ajouta deux volumes. C'est l’ouvrage que les bibliographes intitul it Colla­ tiones morales, de même qu’ils donnent au premier le titre de Deberes del Confcsor. On attribue encore au P. Corclla une Méthode pour le Chemin de la Croix en espagnol, Saint-Sébastien, 1689, in-16, ct une Clef du ciel par la confession générale, égale nient en langue vulgaire, 7· édit., Pampclunc, 1694, in-16. Le P. Jac­ ques laissait après lui de nombreux sermons, dont quel­ ques-uns ont été imprimés, cn particulier son Oraison funèbre de la reine Marie-Anne iT Autriche, 1696. Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum ord. mln. capuccinorum, Bologne, 1747. — Hurter, Nomenclator, 3· éd., 1910, t. iv, col. 627. P. Édouard d'Alençon. JACQUES DE QRUITROEDE, théologien chartreux, dont le nom de famille est inconnu; ainsi désigné du nom dc son village natal. Dom Jacques dc Gruitrade fut d’abord prieur dc la chartreuse du mont Sion, près de Ziriczée, dans l’ilc dc Schouwcn, cn Zélande, cl ensuite de celle des Saints-Apôtres, à Li< ge, où il mourut le 12 février de l’année 1475. Valère André et Foppens, bibliographes belges, lui attribuent le Lavacrum conscientia* omnium sacerdotum, qui a eu un grand nombre d’éditions, au xv* siècle ct au com­ mencement du siècle suivant, Cf. Hain, Repertorium, n. 9955-9963 On a publié faussement sous le nom de Dcnys le Chartreux les six ouvrages suivants, qui sont de Jacq ics : Speculum Prælatoram, Speculum Subdi­ torum, Speculum Sacerdotum, Speculum hominum mun­ danorum seu secularium, Stimuli poenitentia*, Speculum agoniiantls. Ils furent imprimés avec un titre général : Specula omnis status vitie humana*, à Nuremberg, par Pierre Wagner, cn 1495,in-4·, 177 feuillets, réimprimés in-8· el in-16, à Cologne en 1540 sous ce litre : Exi­ mium planeque divinum opus incomparabilis theologi Dionysii..., In quo opere continentur quinque humanoe vita: Specula, in quibus se contemplari aebent omnes, cufuscumque conditionis ac status homines, ut inde dis­ cant quid illos deceat, quid non. Le Speculum Sacerdo­ tum avait été imprimé, au xv· siècle, à Louvain, par Jean de Westphaüe, in-fol., sans date. (Cf. Panzer, Annales, t. r, p. 522, n. 97.) Colloquium peccatoris el Crucifixi, imprimé isolé deux fols, Hain, 5486-7, puis avec d’autres opuscules, b Anvers, cn 1487. Cf. Hain, 5488; cet opuscule a été plusieurs fols joint aux édi­ tions de la Phurctra divini amoris dc Lanspcrgc, Cologne, 1576, 1590, 1607, 1620, etc. Un autre opus­ cule Intitulé : Pulcher et devotus Marin: et peccatoris Dialogus, a été aussi attribué ù tort à Dcnys le Char­ treux. On cn connaît deux editions, I lain, η. 6250 l’une sans h d cations, l’autre Imprimée ù Bologne, cn 1494, ln-4·, Hain, n. 6106. Plusieurs des traités théologiques dc cet écrivain, sont restés inédits : Un livre des vraies vertus divisé cn trois parties : un livre des sept péchés mortels (ou capitaux); un livre sur les quatre fins der­ nières, un Miroir des vieillards (Spéculum suuctulls) avec des prières pour la preparation à la mort : un traité de la préparation ά célébrer d C usage des Chartreux, qui, probablement, est celui-là même qui sc trouve aujourd’hui à la Bibliothèque de l’Arscnnl ά Paris, n. >-iu;unc Vie de N -S. Jésus-Christ composée en latin d’après la 1 Ilis mystica et autres ouvrage s d sainl Bona­ venture. d’L’bcrtin de Casale. L’nc copie dc cctle Vie se conserve à Barcelone, à la blbbothique dc l’Unlversltê; une autre sc trouve à la blbl. dc 1’1 nlwrsilé dc Turin, cod. ct. 1\ , 3 ·, in-fol.; Rosarium Jcsu el Martæ, ms. In-toL h la blbl. du chapitre de Tolède, en 297 JACQUES DE GRUITROEDE — JACQUES DE LAUSANNE Espagne; une interprétation du psautier d’après la glnse ordinaire cl plusieurs autres opuscules recom­ mandables par leur doctrine ct leur piété. Arnold Bot tins, De prn-clpuls aliquot Cartmlana /amllta, Patribus, c. 31; Pc» relu», Bibliotheca Cartustana; Morozxo Theatrum Chron. S. O. Cart.; Léon Le Vasseur, Ephemerides •rdtnls Cartuslrnsts, t. i, p. 174 sq. S. Autorr. JACQUES DE JÜTERBOCK, théologien chartreux du xv siècle très célèbre, connu sous diffé­ rentes appellations, qui ont donné lieu ù plusieurs mé­ prises » ’ l’ont fait partager cn deux,voire même en trois personnages. Ainsi, le P. Possevln, dans son Apparatus, lui a consacré trois articles : Jacobi Erfordlensts, I. Jun(erbuck el /. de Paradiso. Ce personnage est né vers 1380, à Jütcrbock, sur la frontière dc la Saxe, au diocèse de Magdcbourg. Il Πt ses études ù l’université de Cracovfe, et s’appliqua non seulement à la philosophie et à la théologie, mais encore à la jurisprudence. Entré dans l’ordre des cisterciens, Il fut envoyé de nouveau parses supérieurs A Cracovle pour y terminer scs études et prendre le bonnet dc docteur. Plus lard, Il enseigna avec succès la théologie, et devint un prédicateur renommé. Élu abbé du monastère du Paradis,sit ué entre la Pologne et In Silésie, il assista cn cette qualité au concile de Bâle. Ayant eu des difficultés avec le roi dc Pologne au sujet dc son abbaye et s’étant dégoûté dc la vie active, il demanda aux Pères dc Bâle et au légat du SaintSiège la permission dc sc faire chartreux, ct put ainsi, vers 1443, se retirer A la chartreuse d’Erfurth, où 11 mourut saintement le 30 avril 1465, A l’ûgc de 84 ans. C’était sans contredit un des hommes d*Église les plus savants dc son temps Mais il était partisan de la théorie des Pères de Bâle au sujet dc la suprématie du concile sur le pape. Aussi, les protestants ont beaucoup abusé dc son autorité. Cependant les approbations données par les souverains pontifes Nicolas V et Callixtc III aux sermons ct A plusieurs dc scs opuscules font croire que, vu les circonstances des temps et des lieux,l’on n’attacha pas aux écrits violents du théologien dc Cracovic, l’importance que, dans la suite des siècles, leur donnèrent les ennemis dc la papauté. 1. Sermones notabiles el formates de pnreiputs festi­ vitatibus celebribus per anni circulum tam de tempore quam de sanctis, auctoritati per Dominum Papam Cci lix­ ium tertium, etc. Spire, 1473, in-fol. — Sermones domi­ nicales... auctoritati a domino Nicolao papa V, Essling, sans date, In-fol. Cf. Hain, Repertorium, 9329-9334.— 2. Quodlibetum statuum humanorum, auctorizante D. Nicolao papa V, Essllng, 1474. Cf. Hain, 9835. — 3. Tractatus perutilis de ver itate dicenda aut tacenda, Bâle, 1465?, in-fol. ; Strasbourg, s. d. In-fol. — 4. Ars cubandi vicia, imprimé plusieurs fois avant 1500; cf. Hain, 9337-8, ct A Amsterdam, cn 1617. — 5. De acte bene moriendi, Leipzig, 1490, in-4·, 1495, ln-4·; Paris, 1496, in-4·; Louvain, s. d. in-fol. Cf. Hain, 9339-9340 ct 4185. - 6. Dc valore et utilitate missarum pro defunc­ tis celebratarum. Imprimé plusieurs fois, au xv· siècle. Cf. Hain, 9341, 7805, 8378.— 7. Tractatus de contrac­ tibus qui fiunt cum pacto reemptlonls perpetuorum censuum seu ad vitam, Cologne, s. d. in-1·. Cf. Hain, 9342-44 et 13 414. — 8. Tractatus peroptimus de antma bus exutis a corporibus, plusieurs éditions marquées pur Hain, 9345-53 ct 15 543. — 9. Tractatus de errori­ bus et moribus Christianorum auctortzatus a Dom. Nicolao papa V, Tractatus de difficultate salvandorum, Lubeck, 1488, ln-4·; Leipzig, 1188, in-4·. — 10. Con/essionale compenulosum et utilissimum, Nuremberg, 1520, in-4·. — 11. Tractatus de causis multarum passionum, prseclpue iracundhr, et de remediis earumdcm, publié par Pez, Bibliotheca Ascetlca, t. mi, p. 389-441. — 12. De septem statibus Ecclesia: in Apocalypsi descriptis, deque auctoritate Eccles ise el efus reformatione, publié par les 298 protestants, A Cologne en 1535, dans le recueil de Grotius, Fasciculus rerum expetendarum ac fugienda­ rum, etc., In-fol.; ensuite par Wolf dans ΓAnthologla Papae, Bâle, 1555, par M Ichlor Goldast, dans le 2· vol. de la Monarchia, In-fol., et finalement par Édouard Brown, A Ixmdres, en 1690, In-fol. — 13. Tractatus brevis et compendiosus de anno Jubilaeo Inséré par Ch. F. Walch dans le 2· vol. des Monimenta medil rrvi, Gœttingu*, 1757-58. — 14. Avisamentum ad papam pro reformatione Ecclesiae scriptum anno I449t publié par Kluepfel, dans le Ier vol.de Ia Vetus biblio­ theca ecclesiastica. — 15 et 16. M. Eugen Jacob, dans la seconde partie de son Johannes von Capistrano* Breslau, 1905, a publié de Jacques de Jùterbock : un Speculum clericorum et un De erroribus et moribus Christianorum cum libello qui inscribitur : Planctus multorum Christianorum : Planctus super errores reli­ giosorum. Voir Analecta Bollandlana, 1906, t. xxv, p. 519. Les œuvres Inédites de Dom Jacques dc Jûterboek sont très nombreuses et très variées. Il a écrit sur les quatre livres des Sentences et sur un grand nombre dc questions concernant la théologie morale, le droit canon, les états particuliers, Γascétisme, la mystique, l’ordre des chartreux, la passion dc N.-S. Jésus-Christ, la T. S. Vierge, etc. Le catalogue dressé par le P. Possevln contient une vingtaine de titres d’ouvrages omis par Dom Théodore Petretus qui, dans sa Bibdo theca Carfustana, p. 152, n’a Inscrit que les titres des 75 opuscules conservés dans les archives dc la char­ treuse dc Cologne. Aujourd’hui toutes >cs œuvres sont dispersées dans les bibliothèques publiques et privées. En 1534, les chartreux de Cologne manifestèrent au public leur intention de publier les œuvres complètes de Jütcrbock, comme Ils travaillaient en ce moment-U A l'édition des œuvres dc Dcnys le Chartreux. Mais Ils ne purent réaliser leur projet. Au xvni· siècle, le savant bénédictin Dom Bernard Pez, aidé par les chartreux dc Gemnitz, en Autriche, avait recueilli un grand nombre de ses opuscules et il se proposait de les insérer dans sa Bibliotheca Ascetlca, avec une dissertation sur la vie et les œuvres de leur auteur. Malheureusement la mort l’empêcha de continuer son entreprise. Une notice sur D. Jacquet JOterbock écrite par D. Jacquet Volradl, ton confrère, se trouve dans le 1·» vol. des Epheme­ rides ordinis carliulensls de Dom Léon Le Vasseur, au 30 avril. Cf. Trithcmlus, Possevln, Petreius, et surtout Pastor, Histoire des papes, trad. Raynaud, t. n, p. 41-45, 87, 98, et les auteurs auxquels 11 renvoie. S. Auto RB. JACQUES DE LAUSANNE, dominicain, originaire de Lausanne,étudia A Saint-Jacques departs, où il se trouvait en 1303. Bachelier en 1311, il lut les Sentences de 1314 à 1316 avec grand succès, si bien que, sur la prière du roi, le pape lui fit octroyer la licence en 1317. Nommé en 1318 prieur de la province de France, i) mourut avant Janvier 1322. Jacques laissa de nombreux écrits, qui eurent une grande diffusion nu xiv· et xv· siècle, et en particulier toute une série de Postuler morales ct de gloses sur l’Ancien ct le Nouveau Testament, dont on trouvera un relevé et une analyse dans la notice copieuse d'Hauréau; ses Sermones de Tempore et de Sanctis, non moins fréquem­ ment copiés, nous révèlent le « prrrdieator gratissimus ct eopiosus », L. Pignon, Catalogus Magistrorum O. P , édit. Denlfie, p. 216, c'cst-ù-dire dans le goût du temps très libre de langue et de pensée, très direct ct enjoué, sans que pourtant 11 en vienne A être un écrivain peu recommandable, ainsi que le dit Hauréau. Le fruit de son enseignement de bachelier sententialrc nous est conserv’d en partie dans les Quaestiones super Sententias, qui sont un commentaire des deux 29i JACQUES DE LAUSANNE — JACQUES DE SA DOUG premier* livres du Lombard. Une Commendatio sacrit Scriptur/r est d’attribution douteuse. 300 Qnètlf-Echnrd, Scriptores ordinh pnrdtcatortim, t. n, p. 764-5: Hurter, Nomenclator, 3* édit., L iv, col. 610,662. Μ. I). Chenu. JACQUES DE SA RO U Q, évêque monophysitc de Hainan, chef-lieu du district dc Sarotig, fie 29 novembre 521. — I. Vie. II Œuvres. III. Doctrine. I. Vie. — Comme sources particulières nous pos­ sédons deux panégyriques syriaques en vers, deux courtes n dices en prose et un éloge dans le synaxalre arménien Le premier panégyrique, contenu dans le ms. Vatican syriaque //7,1.110-114, déjà connu de J S. Assémanl, a été publié avec traduction latine par J -B. Abbeloos, De vita et scriptis sancti Jacobi Datnarum Santgl in Mesopotamia episcopi, Louvain, 1867, p. 24-85. D’après son titre, il serait l’œuvre d’un disciple de Jacques nommé Georges; mais 11 est manifeste que l’auteur de celte composition ne vécut même pas du temps de Jacques dc Saroug. Quelquesuns ont voulu reconnaître en lui Georges, évêque des Arabes, disciple de Jacques d'Éocsse;il vaut mieux retenir la suggestion de Paulin Martin, Identifiant l’auteur à Georges, évêque dc Saroug, correspondant du même Jacques d'Édessc. Le deuxième panégy rlque, en 1106 vers, contenu dans le ms. de la Biblio­ thèque nationale de Paris, syriaque 177, i 145V-161. date dc 1143. Des biographies en prose, la plus impor­ tante, publiée et traduite par J S. Assémani, biblio­ theca Orientalis, Borne, 1719, t. i, p. 286-289, d'après M. D. Chenu. le ms. Vatican syriaque 155, t. 5v*. est l’œuvre dc JACQUES DE SAINT-DOMINIQUE Jacques d’Édessc, ainsi que l’a reconnu Paulin (1617 1704), dominicain, de son nom de famille Charles Martin en examinant le ms. dc la Bibliothèque Maison, né en ICI7h Lnngres, où, après être entré dans bodléîenne d’Oxford, Marsh 101, où elle se trouve au lonlrc des frères-prêcheurs, il enseigna la philosophie ί. 28v·. L'autre biographie, contenue dans les mss ri la théologie. L’ordre entrait alors en France, tant Add. 12 174, t. 285, du Musée britannique, et Vatican eu point de vue religieux qu'au point de vue Intel­ lectuel, dans une période de pleine activité. Jacques syriaque 37, f. 161, a été publiée d’après le ms. de Londres avec une traduction latine par Abbeloos x participa dignement, bien que son nom soit aujourop. cil., p, 311-314. Quant ù la notice arménienne l’hul à peu près inconnu et que scs ouvrages soient contenue dans les haysmavourkh ù la date du 16 horL devenus rares, il prenait bon rang alors parmi les Paulin Martin l'a utilisée d'après le ms. dc Paris Armé­ théologiens thomistes français dc la seconde moitié nien 190 (ancien 87) ; le texte dc cc ms. doit être sem­ du xv»· siècle, les Contcnson, les Gonet, les Goudin, blable ù celui imprimé dans l'édition princeps du sycjui soutenaient en théologie dogmatique le système naxaire arménien,Constantinople, 1712, p. 122sq. Les d* la prémotion physique, et en morale, surtout après documents de cc genre n'ont pas toujours grande 1rs décrets d'Alexandre Vil, 1665-1666, le probabivaleur, cette notice se recommande toutefois par liorlsme. Son ouvrage principal, en partie dirigé contre cette circonstance qu'elle donne sur la mort dc le cistercien Pierre Comagèrc, est Intitulé : Nova Jacques les mêmes détails que le pscudo-Denys de Cassiopen stella antiquum prirdelerminationis Thoniis· Tell-Mahré et le patriarche Michel. ticir negotium originem progressum ac necessitatem Jacques naquit â Curtam, petit village situé sur illustrans, qua præcipuis hujus temporis disputatio· le bord de l’Euphrate, vers 451. Georges dit que son nibus sopitis juxta SS. Patrum, summorum Ponti (hum. père était prêtre, les deux notices en prose s'accordent Conciliorum crcumenlcorum placita, ipsa libertatis avec lui pour dire que sa mère était stérile et que ses ereatte indifferentia tam jacite demonstratur, quam parents prièrent le Seigneur pendant plusieurs années aperte traducitur a Π P. Petro a S. Joseph Puliensi in libro cui lute speciosa frons est ab ipso immeritissime avant d'obtenir la naissance dc ce fils. Porté Λ l’église par sa mère, alors qu'il avait l’ftgc de trois ans, pnefixa: Defensio S. Thomas doct. ang. adversus phijstle jour d'une fête du Seigneur, nu milieu de l’office de praddermtnatlonis propugnatores, etc.,. Langrcs. divin, tandis que les prêtres prononçaient l'invocation 1667; Paris, 1676, 1679; sous un autre titre, Bouen, 1695. Parmi ses autres ouvrages, à signaler : Secu­ ù l’Esprit mint, l'enfant s'échappa du giron maternel, riores Semitic mor d » iheologlœ, seu tractatus de di­ monta résolument ù l'autel, et, après une révérence plongea sa petite main dans le calice, et but par trois vinis et huma ni* legibus, veterna ac ceteris ab ea deri­ fols. De ce jour, disent ses admirateurs, datait son vatis, Langies, 1669, Paris, Dissertatio ThomMicu de opinionum delectu apprime necessaria, Paris, 1679; Inspiration par l'Esprit saint. On racontait aussi qu’à l’âge tillcs et gloses; très nombreux mt*. dont llnurèuu fournit un premier rlns*cn.nit; Sermone* dominicain et fc.it (va leλ per lotum anni circulum, per FTP. /r. Jacnbum de Laosanna, ord. fr. Pnrdlcal dr^lamati, impressioni mandati per qunndani profestorem unit ni* Minarum rrgiitorls observantiir, Parts, 1530? édition incomplète elle ■&**!·omettant surtout lr>Serrnunes de Sancti», Ir* Qui* lianes super Sententias, appelées aussi Lrcltiru 7'homaslna, sc trouvent dan* le ms. laL JM 2 de In Blbl lmp. de Vienne; le m*. lat. tS93 de la même Blbl. donne von* le nom de Jacques dr lamsannc un Com­ pendium Sententiarum. Ιλ Commendatio S. Scripturit se trouve dans le nu. lat. Jl 799, L 124, de In Bibi. nat. dc Paris. IL Travaux. —Quétif-Echard, Scriptores ordinis pru di­ catorum, t.!, p. 547; Deni Ile. Qurllcn tur Getchrlcngeschlchte drs Predtgeiordens, dans Archto /ur Lileratiir und Kirchenge\chichle9 t. n. p. 216; Deni ile, Chartularium Uni lenitatis Parislensls, t. n, p. 102. 148. 167, 172, 206. 207; Heeler. Nuunclto biographie générale, t. xxvt, col. 264-265; B. 1 lau­ reati, Notices et extraits dt quelques manuscrit*, t. n, p. 152. 154-157; t. m, p. 99, 110-113, 118-121, 123. 12G-132. 153, 343; t. iv. p. 182. 183, 185; t. v, p. 65. 66. 286-289; nctice par B. ii(nurénu) et N. V(alois) dans Histoire littéraire de la France, t. xxxm, 1906, p. 459-479, 631-632. 301 JACQUES DE SAROUG 302 d'oprè* Jeun d’Asie, dans le p«eudn-Denys, Vatican physlsme, émerveillé par le crédit du patriarche Sévère auprès de l’empereur. Mal* il est vain d'accuser syriaque, 162, f.93v*,ct d.in<· M rlirl,Chfonique. p 2' x sq., trad., t. n, p. 175: Paul, évêque d’Edcsse. ayant d'ambition un des hommes les plus éloquents dc son reçu l’ordre de quitter son siège, désira, avant de temps, qui devint é\ «'que Λ 67 ans et demi seulement et d’un médiocre diocèse. A s’en tenir aux biographies s'exiler, revoir l’évèqut de Hainan, et lui Ht demander signalées ci-dessus, on pouriull même être tenté de de venir à Édessc. Jacques, soupçonnant Paul d’être chnlcédonien en son cœur, dit /auteur monorepousser toute Idée d’un séjour de Jacques dc Saroug û Édvsse, et avec d*QUtant plus de vraisemblance phvslte — bien qu’il fût condamné comme soup­ que. suivant 1a notice de Londres, Il grandit à Haurfl ou çonné d’appartenir au parti de Sévère — ou, plus Hawfirfl (les deux manuscrits ont le pluriel 1 Ifiwflrè) prosaïquement, redoutant de se compromettre en visitant un collègue frappé par ordre de l’empereur, de Saroug. Malt Jacques lui-même fournit sur cette particularité dc sa vie un témoignage certain · dans sa se fit prier. Enfin, il céda aux instances des messagers, mais avant de se mettre en roule. Il pria Dieu de ne première lettre aux moines du couvent dc Mar Bassus pas permettre qu’il vit la face de Paul, si vraiment certainement antérieure à son épiscopat, donc au celui-ci était entaché dc dyophysisme. li s'arrêta, plus tard dc 518 ou 519. il raconte que 45 ans plus pour passer la nuit, au · couvent des Perses s, à peu tôt, donc vers 469-473, Il étudiait les saintes Lettres de distance d’Édcsse, mais il y fut averti par une à Édcsse, lorsqu’on y traduisit du grec en syriaque vision qu’il devait rebrousser chemin Revenu à sa les écrits dc Diodore. Il ajoute qu’ayant regardé ville épiscopale, u prédit à son entourage qu’il périrait ces livres, il sc rendit compte malgré sa Jeunesse, de leur danger, et engloba dès lors dans une même aver­ dans deux Jours, ce qui eut lieu. J S. Assém.ml. sion les nestoriens et l'Écolc des Perses, qui favori­ Bibliotheca orientalis, 1.1, p. 298 sq., a cru que le Paul dont il est question dans ce récit était le patriarche saient cette traduction. P. Martin, Lettres de Jacques d’Antioche, successeur dc Sévère. Paul II le Xénode Saroug aux moines du couvent de Mar Bassus el doque, surnommé parles monnphysites Paul le Juif, et à Paul d’Édesse, dans Zeitschrift der deulschcn moril reproche au pscudo-Dcnys d'avoir commis un gros­ genlûndischen Gesellschaft, 1876, t. xxx, p. 224 sq. sier anachronisme, puisque ce patriarche avait dès lors Bien dans ce texte ne laisse entendre que Jacques ait jamais été dyophysitc, mais les historiens nesto­ résigné sa charge; l’erreur est d’Assémini. Paul d Édesse ne fut définitivement banni qu’en Juillet 522; riens n’ont pas tort de le mettre en relations avec le dans les derniers mois dc 521. il devait déjà être patriarche Sévère: les auteurs Jacobites, Michel, dans inquiété, et l’on comprend vraiment que Jacques ait sa Chronique, édit. Chabot, p. 261, trad., t. n, p. 161 sq. et Barhebrœus, Chronicon ecclesiasticum, t !, col. 1 «Ο­ eu peu dc confiance en sa foi monophysite, car. Ι 92, déclarent que la doctrine dc Jacques fut approu­ déposé en même temps que Sévère à la fin de 518, il avait été rétabli sur son siège par l’empereur après vée par le célèbre patriarche et que lui-même en fut un exil dc 44 Jours seulement à Sélcucie. Ce texte, qui bien accueilli La notice dc Londics dit plus explici­ faisait difficulté à J. S. Assémani, doit donc être retenu tement encore que Jacques vivait au temp* du ainsi que la date proposée pour la mort de Jacques. patriarche Sévère, qu’il sc rendit auprès dc lui cl La chronique de l’année 724 {Liber chat iforum de fut béni par lui. Land) · Dans le même temps, Mar Jacques te docteur, Nous ne savons rien sur les débuts dc Jacques dans qui mourut l’an 830, > Corpus scriptorum ehrtstianoram la vie monastique; en 502-503. Il était périodeutr dans orientalium. Scriptores syri, sér. ill, L tv, p. 141. dans cette H aura ou HawArfi dc Saroug, où il avait trad, p. Ill, ne doit pas faire dc difficulté; il est passé son enfance, lorsqu’il écrivit des lettres d’encou­ vraisemblable que le chiffre des unités y a été perdu ragement aux villes dc Mésopotamie, qui tremblaient accidentellement. à l’approche du roi de perse Qawad. The Chronicle of Jacques dc Saroug est commémoré par les Jacobites Joshua the Slylite, édit. W. Wright, Cambridge, de langue syriaque, soit au Jour anniversaire dc sa 1882, p. 51 sq., trad., p. 43; Barhebnvus, loc. cit. Enfin, mort. soit les 29 Juin et 29 Juillet. F, Nau. Un marty­ Pan 830 des Séleucldcs («■ 518-519), selon la notice rologe et douze ménologes syriaques, Patrologia Orien­ dc Jacques d’Édesse, qui seule fournit cette date, talis, Paris, 1915. t x, fasc. 1, p. 112; par les Maronites Jacques devint évêque dc Ba(nan, ville du canton dc les 27 Janvier et 5 avril, par les Arméniens le 16 hori Saroug, qui prit après l’Islam le nom du territoire (25 septembre) Bien que Jacques de Saroug n'alt dont elle était le chef-lieu. La Chronique nestorienne de Séert, loc. cit., prétend que Jacques fut consacré Jamais figuré an martyrologe romain, les Bolland’slcs l’ont introduit dans les Ac a Sancturum, au par Sévère d’Antioche et Phlloxènc de Mabboug; 29 octobre; le P. Matagnc lui a consacré une disser­ cela supposerait que son élection eut lieu quelques mois tation dans le t. xn d’octobre, Bruxelles, 1884, p. 824plus tôt, car Sévère quitta la Syrie dès septembre 518. 831; 927-929. Voir N. Niilcs, Kalendarium manuale 11 est assez extraordinaire que ni Jean d’Asie, ni utriusque ecclesiae, 1.1, p. 227, 461; l. n, p. 682. aucun des historiens qui racontèrent les événements IL ŒtTVKKS. — Jacques dc Saroug a beaucoup dccetle époque troublée.ne mentionne la consécration écrit, surtout en vers; Barhebrœus raconte qu’il y d’un personnage aussi connu que Jacques. Quoi qu’il avait auprès dc lui soixante-dix scribes occupés ù en soit, son pontificat dura peu. La notice dit qu’il copier scs poèmes et l’on supputait qu’il avait composé fut enterré, le 29 tcSrin 11 832 (■* 29 novembre 520). 11 763 homélies métriques, sans compter les autres avait vécu, ajoute-t-elle, 70 ans au total, dont 67 1/2 pièces, madrCtô cl sûgyôtô. destinées à l’usage litur­ avant son pontificat et 2 1/2 dans l’épiscopat. S’ap­ gique. Aussi fut-il surnommé pur ses compatriotes puyant sur ce chiffre de deux ans et demi de ponti­ • la flûte de I Esprit saint et la dthare de I Église ficat et sur la correspondance des années établie par orthodoxe. » Jacques d'Edesse regardait Jacques de l’auteur dc la notice, ou le copiste du Vatican syriaque Saroug comme un modèle de style poétique avec 155 (830 des Séleuddes — 519), J. S. Assémanl saint Ephreni, Isaac le Grand cl Phlloxènc dc Mab­ a corrigé dans son édition de ce texte 832 en 833 boug Cette correction, qui met la notice d’accord avec le Les homélies métriques, écrites dans le mètre pseudo-Denys, Vatican syriaque 162. f 97, · en l’année 833 mourut le saint Mar Jacques le docteur, évêque dodécasyllablque, curent un grand succès; il en de Hainan de Saroug », doit être maintenue C’est la existe plusieurs recueils importants et les Assémanl en avaient retrouvé 231 dans les seuls manuscrits du date qui s'accorde le mieux avec les circonstances dc la mort de Jacques, telles qu’on les trouve rapportées Vatican. Le P. Bed J an en a publié 195, malheureuse­ 303 JACQUES DE SAROUG ment sans traduction, dans les cinq volumes de scs Horn dix selectee Mar-Jacobi Sarugensis, Paris ct Leipzig, 1005-1910. Plusieurs de ces homélies nous | sont parvenues en traduction arabe, d’autres en armé­ nien, Zarbhanélian, Catalogue de» anciennes traduc­ tions arméniennes (en arménien), Venise, 1889, p. 272575; quelques-unes même existent en éthiopien. Les sujets les plus divers y sont traités : la plupart sont d’inspiration biblique, dc nombreux passages de l'Anden Testament y sont commentés, l’une d'entre elles renferme trois mille vers sur l'œuvre des six Jours, d'autres racontent la vie des patriarches, d'autres expliquent les figures du Messie, mais le groupe le plus considérable est celui des homélies qui retracent les scènes de l'Évanglle ou Interprètent la doctrine du Sauveur, surtout celle qui est contenue dans les paraboles. La vierge Marie ct les mystères de sa vie sont un autre sujet de prédilection; lorsque Jacques mourut, 11 laissa Inachevée une homélie sur la Vierge au Golgotha. Puis viennent les récits apocryphes sur les apôtres ct leur prédication, la légende d'Abgar, l'invention de la Croix, les vies des saints : une douzaine de panégyriques nous sont parvenus, presque tous sur des saints syriens, Gürya et Sèinônfl, Habld, Sarbel, Slméon le stylite, Éphrcm. Mais il y a aussi des homélies purement morales, sur la charité, sur l'amour dc Dieu envers les hommes et sur l'amour des Justes envers Dieu, sur l'amour que nous devons aux pauvres, sur l'orgueil, la recherche de la vainc gloire, la cupidité, l'intempérance dans le boire, un groupe dc huit homélies sur les grâces ct le bon usage des repas, d'autres sur la pénitence, plusieurs sur la mort, la fin du monde et le Jugement. Il y a aussi des homélies sur le baptême, sur le sacrifice de la messe, la consécration des églises, sur diverses fêles, le dimanche in Albis, la Pentecôte, le carême, sur les martyrs et les confesseurs, sur les défunts, ct d'autres plus particulièrement, sur les funérailles d'un prêtre, sur le décès d'une religieuse, sur les enfanta décédés. Il y a évidemment beaucoup de données théolo­ giques Λ recueillir dans cette énorme masse dc vers, bien que la forme poétique ct la prolixité empêchent souvent de reconnaître quelle était la véritable pensée de l'auteur. D'ailleurs les sujets dogmatiques pour lesquels on se passionnait alors en Mésopotamie et Syrie sont rarement abordés: Il semble que Jacques, dont nous avons plusieurs poèmes contre ceux qui discutaient trop en matière de foi, ait eu pour la controverse une certaine répugnance. Il nous reste cependant de lui une homélie contre le concile de Chalcédolnc et une autre sur la passibililé du corps du Christ avant la résurrection, question discutée entre Sévéricns ct Julianlstcs. En plus des homélies métriques, les manuscrits nous ont conservé des homélies en prose, tùrgômi, pour certains Jours de fête, l’Épiphanie, le jeûne du carême, le dimanche des Hosannas, le vendredi-saint, la fête de Pâques, traduites en allemand par Zingcrle. Sech» Homllien des heiltgen Jacob*» von Sorug, Bonn, 1867; plusieurs discours funéraires, qui sont insérés dans le rituel Jacobite des obsèques, enfin une correspondance assez volumineuse, dont plusieurs pièces ont été publiées. Les lettres aux moines du couvent de Mar Bassus et à Paul d'Êdesse méritent une mention spéciale en raison de leur Intérêt théologique; une lettre aux moines d’Arzôn est également de contenu dogmatique, étant dirigée contre la doctrine de Nestorius sur l'incarnation. P. Bedjan, qui l’a publiée, S. Martyrii, qui et Sahdona, quae iu pert uni omnia, Paris et Leipzig, 1902, p. 605-613, a noté, p. xvm, que l'expression · il n'y a pas dc nom­ bre en Jésus-Christ », employée par l'auteur, suppose 304 qu'il confessait une nature unique. La lettre Λ Étienne bar Sudani, éditée par A.-L. Frolinghnm, Stephen bar Sudallt, Leydc, 1886, p. 10-27, défend contre ce mystique l'éternité des peines. Celle aux chrétiens hlmyaritcs, qui souffraient une cruelle persécuttott; est purement parénéllquc. E. Sehrôter, Troslsehreiben Jacob*s von Sarug an die himjariten Christen, dans Zeitschrift der deulschen morgenlûndischen Gesellschaft, 1877, t. xxxi, p. 3G0-399. Jacques a composé plusieurs pièces liturgiques : une anaphore, un ordo baptismal, un ordo du chrême. Barhebræus mentionne aussi un commentaire des Centuries d'Évagre, qui n’est pas attesté par ailleurs. III. Doctiune.— Jacques dc Saroug fut-il monophysitc ? La question est restée I igtcmps contro­ versée. Comme les maronites l'avaient Inscrit à leur calendrier, il y avait présomption d'orthodoxie. Pourtant Eusèbe Benaudot fit observer, Liturgiarum orientalium collectio, Paris, 1716, l. n, p. 367, que les historiens anciens l'avaient considéré comme un partisan du patriarche Sévère et le champion du monophysisme en Mésopotamlcct Syrie après le départ de celui-ci. D'autre part, les Jacobites le citaient dans leur profession de fol comme un des leurs, cl son nom figurait fréquemment dans leurs recueils de textes théologiques. Trois ans plus tard, le maro­ nite J. S. Assémani, Bibliotheca Orientalis, Home, 1719, t. !, p. 290-299, relevait le gant. S'appuyant sur des citations dc Jacques par Jean Maron, sur les témoignages dc Josué le stylite ct Isaac de Ninive considérés comme catholiques, sur une parole de Timothée de Constantinople, il revendiquait l'orthodoxie de Jacques. Mais I argumentation est faible; J S. Assémani a trouvé dans les manuscrits du Vatican I homélie métrique contre le concile dc Chalcédolne, et, dans la lettre ù Sévère, abbé du monastère de saint Isaac dc Gaboula, un passage nettement monnphyslte. Pour sauver son héros, il n hésite pas à déclarer que les monophysites, immé­ diatement après le concile de Chalcédolne, ont corrompu suivant leur opinion les ouvrages des doc­ teurs catholiques. Ainsi en cst-ll advenu pour les écrits de Jacques. C'est aussi afin dc dégager l évêque de Saroug des relations qu’il avait eues avec les chefs du parti monophysile, que J. S. Assémani rejette le récit du pscudo-Denys sur la mort dc Jacques. Mais, ainsi que nous l'avons noté, il sc trompe grave­ ment : le prétendu anachronisme n'existe pas. Sans apporter d'arguments nouveaux, J.-B. Abbcloos défend aussi fermement l'orthodoxie de Jacques, op. cit., p. 146-185. Le P. Matagnc au contraire hésita : l’argumentation d'Abbcloos, pas plus que celle dc J.-S. Assémani, ne l’ayant satisfait, il suppose que Jacques, après avoir penché vers le monophysisme pendant plusieurs années de sa vie, serait mort récon­ cilié avec l’Êglisc catholique. Et il en donne pour preu­ ves que Jacques devint évêque après l’avènement au trône de l'empereur Justin et ne fut Jamais inquiété pour ses doctrines. Mais, si Justin était empereur lorsque Jacques fut consacré évêque, son métropo­ litain, Paul d'Êdesse, était du parti dc Sévère, et Paul le Xénodoque n'étalt pas encore installé sur le siège d’Antioche. Jacques n eut donc pas besoin, pour être élu, de professer le dyophyslsmc, ct quant à la tran­ quillité dont II jouit, il la dut à ce qu'il se tint le plus possible éloigné des controverses ct de In politique religieuse. il appartenait â l'excellent critique qu'était Paulin Martin d'établir définitivement ce qu'il fallait penser du monophysisme dc Jacques; il le fit en publiant les lettres aux moines du couvent dc Mar Bassus dans l’article cité plus haut, Zeitschrift der deutschen mar­ ge niinditehen Gestllschalt, 1876, t. xxx, p. 217-275. 305 JACQUES DE SAROUG — JACQUES DE VITERBE 306 Voici quelques passages caractéristiques, p. 226 : En 1281. on le trouve étudiant Λ l'université de Parts, • Ceux qui comptent et classent les natures après où il devient mettre en 1293. Le chapitre de son ordre l'union, qui reconnaissent leurs propriétés ct leurs lui alloue une pension annuelle pour lui permettre dc singularités, ceux-là ('Église les déclare étranger, d s’adonner complètement aux études Elle lui est renou­ sa communion. · Et encore, p. 219 sq. : < Pour mol, velé/·, jusqu'en 1296. Deni He et Chatelain, Chartula je reçois cet édit d'union (l’Hénotlquc), j’en connais rlum Universitatis Parislensls, t. n p 62. Le 3 sej bien la force ct la cause, il expulse dc l’Égllse l’addition ternbre 1302, Jacques est nommé par Boniface VIH faite ù la fol, Λ Chalcédolne, comme une bête corrup­ archevêque de Béuévent. Le 12 décembre de la même trice... C'est pourquoi j'annthématlse l’addition et je année. Il devient archevêque de Naples, à la demande In relègue parmi ceux qui ne croient pas, dc même du roi Charles Π. lly meurt en 1368. que l'Hénotlque l’a fait, en l’expulsant de l’Égllse. IL Œuvhes. — Jacques de Viterbe a laissé des J’nnathémntise également ceux qui, après l’union, œuvres nombreuses. Toutes sont encore manuscrites. divisent, distinguent ou comptent, dans un seul Leur authenticité n’est pas encore, pour toutes, Christ, les natures, avec leurs propriétés, leurs parti­ déterminée avec rigueur. On n’en peut même pas. cularités et leurs opérations, pour donner à Dieu ce dans l'état actuel des recherches, drr^ser la liste avec qui est de Dieu, ct à l'homme ce qui est de l’homme. » certitude. Jordan de Saxe, son contemporain, a pris On ne saurait faire plus explicitement profession de soin, en effet, de nous avertir que certains manuscrits dc Jacques ont été recopiés sous d’autres noms : monophysisme. J.-B. Abbeloos n tracé, op. cit., p. 120-136 et 186Post mortem suam non omnes [conceptu*} venerunt 198, un bref exposé de la doctrine proposée par ad lucem, quia quidam furati sont opera sua multa, Jacques de Saroug sur l’ensemble des dogmes chré­ facientes sibi de falso mrnua. Voici le catalogue des tiens. Bien dc spécial dans son enseignement relatif œuvres qu'on peut lui attribuer avec le plus de sécu­ rité. ù In création, nu péché originel, à la satisfactio olearia; l'éternité des sanctions ct la nécessité dc la grâce sont 1® Quodtibeta. On désigne sous ce titre, deux recueils fortement affirmées contre les origénlstcs et les semidifférents de dissertations philosophiques et théolo­ giques. L’un se compose de trente articles, l’autre de pélagicns, mais le problème de la prescience divine quatre livres. Ces pièces sont dispersées dans d'assez relative au mérite et nu démérite des hommes ne nombreux manuscrits, et nulle part, à notre connais­ parait pas traité. Le pécheur est justement puni éter­ sance, elles ne se trouvent réunies en un seul volume· nellement parce qu’il avait orienté sa volonté de telle Les thèses les plus diverses sont juxtaposées, sans manière qu'il aurait péché éternellement. aucun ordre. Il est Intéressant de les étudier, pour Les témoignages de Jacques sur l'Eucharistie sont assez nombreux: il affirme nettement la transsubstan­ se rendre compte de la réaction produite sur un esprit ouvert par le courant aristotélicien du xm® siècle. — tiation, J. Lamy, Dissertatio dc Syrorum fide et disci· 2· Commentarii super quatuor libros sententiarum. plina in re eucharistica. Louvain, 1859, p. 25, ct traite Les trois premiers livres de ce commentaire, les seuls longuement de l’offrande eucharistique pour les morts qui paraissent avoir survécu, sont conserves ù Oxford, dans une homélie métrique publiée par P. Bedjan, collège Ballio), n. 62. — 3e Lectura super quatuor Itbros Horn Hier selectee, Paris ct Leipzig, 1905, t. I, p. 535550, ct traduite en anglais par Dom Connolly, Λ Homl· sententiarum. Une copie dc cct ouvrage s’est conservé ly o/ Mar Jacob of Sarug on (he memorial of the depar­ d'après Gandolfo, chez les augustins de Sienne. — 4® Abbreviate sententiarum JEgtdii Columnar. Ce ted and on (he Eucharistic loaf, dans Downside Review, résumé de la doctrine de Gilles de Borne fut fait, 1910, t.xxix, p. 260-270. L’auteur sc plaint de ce que semble-t-il, sur l’ordre des supérieurs de Jacques par manque de fol,l’offrande du sacrl flee pour les morts, de Viterbe, désireux de mettre en valeur les œuvres est devenue moins fréquente : Il invite les fidèles à de l’une des lumières de l’ordre des ermites de Saintrevenir ά cette pratique, il y aura profil pour eux ct Augustin. .Mais cet abrégé n’est pas du tout servile. pour les morts, tandis que des larmes versées dans les cimetières ne servent dc rien. Jacques répond ù l’ob­ Jacques, comme nous le verrons plus loin au sujet du De regimine christiano. se séparait, sur nombre de jection que le sacrifice peut bien proOter aux vivants points, des opinions dc son éminent prédécesseur. qui l’oilrent, mais non aux morts qui n’y ont aucune Ce n’est pas sans raison que, sur un extmplahe action : le baptême donné aux enfants leur profite, manuscrit del’A b breviatio,conservé chez les au gus Uns bien qu’ils n'en sachent rien. dc Naples, ont lit la note suivante écrite par le cardinal J. S. Assémani, Bibliotheca Orientalis. Rome, 1719, Gilles de Viterbe : Abbreviate sententiarum .Egidii t. 1, p. 283-340; 1721, t. u, p. 321; 1725, t. in, part. 1, Romani per rev. P. magistrum Jacobum Viter biens· m. p. 385-388; P. Martin, Un éoéçur poète au V· et au VI· siècles archiepiscopum Neapolitanum, omnium scientiarum ou Jacques de Saroug, sa ufe, ion temps, ses iruvrvs, ses croyances. Un ni Revue des sciences ecclésiastiques. 1876, gloria illustrem, Ægidii volumen (n compendium série IV, l. iv, p. 309-352; 385-419; W. Smith ct H. Wace, adducit, mulla tamen addit ubique ut fere Jacubi A dictionary o/ Christian biography. t. ni, p. 327 sq., art. do potius quam Ægtdii dici debeat.— 5® De prsodicmtcnlis C. J. Ball; K (rchr nier Ikon. 2* édit., t. vi, col. 1173 sq., in divinis. Quaestiones Parisiis disputatae. — 6® Quaes art. dc Biinlenhcwer; Rcalrncyclopàdle für prote+lantlsche Hones de Spiritu sancto quinquaginta. — Is* RccullccThéologie und Klrche, 3· édit.» t. vni, p. 559 sq., art. de tiones, seu catena Patrum super epistolas D. Pauti Ces E. Nratio; W. Wright, .4 short hlstorg o/ sgrluc literature. opinions des Pères sur les épltres dc saint Paul ont été Londres, 1904, p. 67-72; R. Duval. La littérature syriaque. 2· édit., Paris, 1907, p. 351-354; The catholic en cycloperd la. conservées dans un manuscrit de la bibliothèque du t. vin, p. 278, nrt. de H. Hy vernat; Λ. Bauntstark, Ges· couvent de Saint-Jacques à Bologne. — 8® Sermones chlchte der syrhehen 1.iteratur. Bonn, 1922, p. 118-158, diversarum rerum. Ces sermons formaient un volume contient une bibliographie très complète et toute récente conservé dans la bibliothèque des chanoines dc Saintet donne pour chaque ouvrage U liste des manuscrits Pierre, à Rome. — 9J Concordantur Psalmorum David. connus; chiquante huit homélies en traduction arabe Cette concordance était dédiée par Jacques de \ Herbe ont été publiées par le Jacobite Michel Athamue Roumeh, lui-même, au roi de Naples, Charles IL — 10® De Kilâb mauHi Ίζ al-Sarudji. Le Caire, 1905. caelorum animatione qurslto percelebris. On ne con­ E. TisSKRÆNT naît pas de manuscrit de cet ouvrage; mais Jacques JACQUES DE VITERBE.—I.ViB. — Jac­ Viterbe y fait lui-même allusion dans la question xxiv ques Cappocl nnqull Λ Viterbe de parents nobles. On du troisième livre de scs Quodtibela. Ignore la date de sa naissance. Il entra de bonne Telles sont les principales œuvres de Jacques de heure dans l'ordre des ermites de Saint-Augustin. 307 JACQUES DE VITERBE Vlterbe. FHr« ne dînèrent pas beaucoup, par le genre de sujets traités, par la méthode employée, des ouvra­ ges contemporains. Mais fl y a, dans la produc­ tion de notre auteur, une œuvre beaucoup plus connue, quoiqu’elle soit encore restée manuscrite, où Jacques affirme, avec plus de vigueur que partout ailleurs, son originalité et où le choix du sujet et l'âpreté des discussions lui ont permis de donner à m pensée des développements du plus haut Intérêt : Il s’agit du traité politique Intitulé : De regimine ehrfstiano, qui mérite A tous ces titres d’être considéré à part. III Lf ΤΠΑϊΤβ DE REGIIIINB CHRISTIANO, — Ce traité a déjà été annlvsé par Scholz, Die Publizistik znr Zeit Philtftps des Schôncn, Stuttgart, 1903, p. 131 sq., analyse sommaire et faite sans préoccupation d’en discerner 1rs sources. Le De regimine christiano fait partie des traités qui surgirent a l’occasion du conflit de Boniface VHI et de Philippe le Bel. Comme les œuvres similaires de Cdlles de Borne, de Henri de Crémone, de Tolomée de Lucqucs, etc., il tend A Justifier théoriquement les positions prises par Boniface VIH. H semble avoir été composé en 13011302 et II est dédié au pape. On en connaissait deux manuscrits, l’un cl l’autre A la Bibliothèque nationale de Paris. Nous avons été assez heureux pour en décou­ vrir un troisième A la bibliothèque vaticane, qui nous a fourni les éléments d’une édition critique. Le traité se compose de deux parties. Dans la pre­ mière, l'auteur s’efforce de démontrer combien le royaume de l’Église est glorieux, et il y développe sa pensée en six chapitres dont voici les rubriques : 1· l’Église est un royaume proprement dit ; 2° Je royaume de ΓÉglise est orthodoxe ; 3° il est un ; 4° il est catholique, c’est-à-dire universel; 5° il est saint; 6° il est apostolique. Cette partie du De regimine christiano, assez négligée par les analystes qui se sont occupés de Jacques de Vitcrbe, est cependant remarquable, car c'est la première fols que les notes de l’Église, indi­ quées par le symbole dit de Constantinople, auquel Jacques se réfère, ont été revêtues de développements aussi abondants. Dans l’histoire de I’cccicsiologie, il marque une date importante qui ne saurait plus être négligée, car il recule d’un siècle et demi la première ébauche du truité de l’Église. qu’on avait coutume d’identifier avec la Summa de Ecclesia de Torquéniada. SI l’on pousse plus avant l’analyse, en étudiant les Idées maîtresses de regnum, de pax, de justitia qui circulent à travers toute cette partie du De regimine, on s’aperçoit que le contenu en est entièrement augustlnlen. Cette constatation pourrait faire croire que la seconde partie va nous présenter une doctrine théocrallque, fortement déduite, pure et sans mélange, pareille à celle qui est complaisamment développée dans le traité de Gilles de Rome, De ecclesiastica potestate, composé ù la même époque. Il n'en est pas ainsi. Jac­ ques de Viterbe traite, en eflet, dans la seconde partie, de la puissance du Christ,le roi de l’Église,et de celle du pape son premier vicaire. Il s’efforce d’y montrer : t· qu'il y a plusieurs sortes de puissances; 2e que le Christ a dû communiquer sa divine puissance A des personnes humaines; 3° que ces personnes humaines sont les évêques et les princes : les évêques, rois spirituels; le prince, roi temporel; 4· que la puissance sacerdotale et la puissance royale, réunies entre les mains des évêques, sont néanmoins distinctes; 5· que des degrés différents d'honneur cl d’autorité ont été attribués aux personnes diverses qui possèdent A U fols la puissance sacerdotale et la puissance royale et qu'un des évêques a la primauté sur tous les autres; 6· que la royauté spirituelle cl la royauté séculière ont des analogies et des dissemblances; 7® que les 308 I rois séculiers étant souvent des Impies et des tyrans, les rois spirituels ont le droit et le devoir de les réprimander, de les corriger et, au besoin, de les déposer; 8® que la royauté séculière est donc vassale de la royauté spiritu. Ile; 9« enfin que In plénitude de In puissance sacerdotale et de la puissance royale appartient en propre à l’évêque des évêques, dictateur souverain de toutes les consciences; 10" dans un der­ nier chapitre, l'auteur s'attache Λ réfuter la doctrine des légistes, nouvelle et pernicieuse, qui formule l’in­ dépendance réciproque du pape et du roi. Ces divisions, qui correspondent nux titres de chapitres, indiquent assez bien la suite «les matières «pii y sont traitées et l’effort de cohérence spéculative que l'auteur a déployé Cependant, si l'on étudie le mouvement de pensée qui circule sous l’exposé abstrait, on s'aperçoit que l’influence augusliennc, assez prédominante dans la première partie, comme nous l'avons vu.sccombine davantngcavecl’influence aristotélicienne et thomiste dans la seconde partie, pour laisser finalement la prépondérance à cette dernière. On sait (pie les tendances générales de ce que l’on a appelé l'augustinisme, se manifestent par l'absence d'une distinction formelle entre le domaine de la philosophie et celui de la théologie, entre les vérités rationnelles et les vérités révélées, la nature et lu grâce. Plus précisément, les augustinlens tendent Λ absorber la philosophie dans la théologie, les vérités rationnelles dans les vérités révélées, la nature dans la grâce. Au point de vue politique, les conséquences devaient aboutir lentement et logiquement à la doctrine théocratique. Pour ne considérer Ici, dans les dimensions forcément restreintes de cette étude, que le point central de l’idée de justitia, le processus est assez clair. Si la Justice naturelle, le droit naturel s'absorbent cl disparaissent dans la Justice surna­ turelle, I État n'a aucun droit par lui même, pas même celui d’exister, A moins que l’Église n’inter­ vienne par la cérémonie du sacre, pour lui conférer légitimement, valeur et dignité. C'est d'elle cl d’elle seule qu’il lient toutes ses conditions d’existence. A tel point que pour les Ihéocratcs. pour Gilles de Rome par exemple, l'empire romain lui-même, avant Cons­ tantin, n'a Jamais existé comme pouvoir légitime parce qu’il n’a pas connu la uera justitia. Gilles de Rome, De ecclesiastica potestate, édit. Oxilia et Boflllo, Florence, 1908, lib. I. cap. vu. p. 60. Voir aussi l’art. Innocent IV, t. vu, col. 1993. Saint Thomas, pénétré de la philosophie aristo­ télicienne dans ce qu'elle avait d’assimilable au christianisme, a su Introduire partout des nuances et des distinctions qui, si elles n'ont pas prévalu du premier coup, ont eu la fortune de l’avenir 11 a su emprunter au droit romain la notion de droit naturel qu'lia développée et précisée A l’aide de l'Éthique du Stagyrlte. Summa theolog, il· 11*, q. lviii. art. 1. Jacques de Viterbe en n subi manifestement l’influence : · Il faut distinguer, dit il. dans le sacer­ doce et dans la puissance royale comme dans la science. Il y a, en effet, une certaine science 12, à Paris en 1525, à Poitiers en 1522. ft Paris en 1>û4 et trois autres sans date. Au xix· siècle nous avons : G. B(runet) : La Légende dorée par Jacques de Voragine, traduite du latin et précédée dune · lice historique et bibliographique, Paris, 1843, 2 \ol. ti-12. Teodor de Wyzewa : La Légende dorée, traduite du lutin d'après les plus anciens manuscrits lle, Pré/tirr d lu Légende dorée, Puri», 1907; G. B. [ninetj, /-a Légriulc durée par Jacques de Vurugine, traduite du latin et précédée d'une notice htJurlqur et bibliographique, Pari», 1813, 2 vol.; P. Buller, Legenda aurea : légende dorée. Golden legend, 1 hill i in orc, 1899. ln-8·; C. Cave. Scrip* tom ccclniadici, 1745, t. π p. 334; Douhct. Dictionnaire de» Légende*, 1855, p. 777; F. Elll», dan» Bibliothèque de Γ École de* Chartes, 1892, p. 647; Fubflclus, Bibliotheca Grtrca, 1719, t.x, p- 136; Bibliotheca latina médit (rid. 1735, L iv, p. 51; G. Guénrhiiuhl, Dictionnaire Iconographique, 1850, p. 903; T. llaidx, Drscriptfoc tulalogur u/ material* relating to the history o/ Great Britain and Ireland, Londres, 1865, L 1, p. 802; IL lUirter, Nomenclator, 3· éd., L n, col. 132; P. Meyer, La traduction provençale de la Ugende dorée, dans Romania, 1898, t. xxvn, p. 93; Muraturi, Rerum Italie, scriptores, 1726. t. ix, p. 3; M. Ott, Juro/*) de Vora· gine, dnn» Catholic Encyclopaedia, l. vin, p, 262; Oudln, Scriptore* ccvlesbut., 1722, t. in. p. 612; Suppi., p. 425; M. Pellechet, Jacques de Voragine, Uste de* édition* de se* ouvrage* publié* au IF· siècle, dan» Revue de* Biblio­ thèque*, 189.1, t. v, p. 89 et 225; J. B. Roze, La Légende dorée, dans Revue de l'art chrétien, 1867, t. xi, p. 38; La Légende dorée de Jacques de Voragine, nouvellement tra­ duite en français avec introduction, notice*, note*, recherche*, Paris. 1902, 3 vol.ln-8*;T.dc\V,vzcwa, La légende dorée tra­ duite du latin d'apré* le* plu* ancien* manuscrit*. Pari», 1902. J. Baudot. JACQUES Matthieu-Joseph, naquit à Arcaous-Montenot, près de Salins, en octobre 1736, sc montra tout enfant doué d'une étonnante facilité, ht de rapides progrès dans toutes les sciences, par­ ticulièrement dans la connaissance des mathéma­ tiques. Ordonné prêtre, il débuta dans l’enseigne­ ment de la philosophie et des mathématiques et acquit une grande réputation au collège de Besan­ çon. L’Académie de cette ville l’admit dans son sein en 1775, et peu de temps après, il succédait au célèbre Bullet (f 1775) dans la chaire de théologie de l’uni­ versité de Besançon. En 1791 il refusa le serment, et dut chercher un refuge en Suisse : réduit à la misère, 11 habita successivement Constance et Münster. Après le Concordat, il revint en France. En 1810, on le trouve à Lyon où, âgé de 74 ans, il occupe la chaire de théologie. 11 mourut le 16 février 1821. Nous ne mentionnons ici que les œuvres se ratta­ chant A la théologie : 1· Prælecltoncs thcologicæ, 7 vol. in-8·, Besançon, 1781-1786; dims ces leçons, on trouve diverses questions d'histoire, de critique, de chronologie; 2· Preuve* convaincantes de la vérité de la religion chrétienne, en forme de dialogue à la portée de tout le monde : la première édition, Neu­ châtel en Suisse, 1793, présentait à la fin une réfu­ tation des principes de Γ Église constitutionnelle; cette réfutation a été supprimée plus tard par amour de la paix. Une édition parut A Dôlc en 1812. L’ou­ vrage succinct, et vraiment digne d'éloges a été inséré par Migne, au tome xin, p. 191 sq., des Démonstra­ tions évangéliques. Dnn» l’rimf de la Religion, 1821, t. xxvn, p. 167 parut une notice sur l’abbé Jacques. —J.-B. Déchet· Éloge de Fabbé Jacques lu à Facadémie de Besançon, n. 1821; Feller, Biographie universelle, t. iv, p. 639.; Hœfcr, Nouvelle biographie générale, t. xxvi, col. 267- ; H. Hurter, Nomen­ clator, 3· éd., t. να, col. 854; J. Quérurd, La France litté­ raire, Paris, 1826-1842. J. Baudot. JACQUIER Nicolas, né au début du xv· siècle, entra Jeune encore chez les dominicains de Dijon. Vers 1150 11 est envoyé A Évreux en Qualité d’inqui­ siteur de la fol. Il y reste plusieurs années. Cf. Fla­ gellum hirrrticorum (as inariorum, Francfort, 1581, p. 27 \près avoir en c Uc qualité, voyagé Λ travers la France, Il vint à LU e en 1164. C'est À cette date qu’il s'nfbüa A la congélation do Hollande. En 1 16J, JACQUINOT 314 Il reçoit ndssl »n d’aller en Bohême. On est alors en pleine lut le centre les Hussites. En 1168, U revient dans In région de Lille où II se livre surtout au minis­ tère de la prédication. Il meurt en 1472. Assista-t-il au concile de Bâle ? Remarquons d'abord qu’il n’est point prouvé que Jacquier ait été chargé en 1135 par les cardinaux de Sainte-Croix et de Chypre légats d’Eugène IV au concile, de négocier la paix entre Français et Anglais. Mais outre la mention que fait de lui Æncas Sylvius, cf. Quétlf et Échard, Scriptores O. P., t. t, p. 817,11 existe en mi. plusieurs sermons, collationem, que Jacquier aurait prononcés à Bâle : Oxford, Budl., ms. 99, xv· s, fol. 14, sermon pour le 1* dimanche d'avent; Douai, ms. 995. (oL 321-327, dimanche après l'Épiphanie; fol. 159-162, 1, r dimanche de carême; fol. 175-178, III· dimanche après l’octave de Pâques. Mais nous n’avons point pour l’instant la certitude que ces sermons soient authentiques. — En plus de ces sermons, nous pos­ sédons de Jacquier : 1. Dialogus super sacram Com­ munionem contra H assitas Bohemos, Saint-Omer, ms. 995, fol. 39-43v·; imprimé à Tournai en 1466.— 2. Tractatus de calcatione : Inc. : Duo magna incom­ moda, Saint-Omer, même ms., fol. 14γ·-66γ·; Bruxelles, t Bibl. Royale, ms. 1709, fol 3-53 v·; ms. 1710, fol. 6580; Inédit. — 3. Traclatus did us Flagellum hxrettcorum (ascinariorum, composé sous le généralat, le premier très vraisemblablement, de Maître Auribelll (1453-1462), Saint-Omer, ibid„ fol. 67r*-151v·; Bruxelles, ibid., fol. 85-138; imprimé à Francfort-sarle-Mcln, 1851. Le ms. 995 de Saint-Omer contient encore le texte d'un sermon prononcé par Jacquier A Tournai. Les traités du ms. 1710 de Bruxelles sur la communion eucharistique, les péchés mortels et la libre prédication ne sont pas de Jacquier, mais respectivement de Jean I de Raguse, O. P., de Gilles Carlier, de Henri de KalI teisen, O. P.Cf.Mansi, Concil.,1 xxix, 699-971 : Hefele, i Histoire des Conciles, trad. Leclercq, t. vm, p. 774-778. Dans ses ouvrages, Jacquier combat les doctrines hussites, celle, principalement, sur la communion Un Intérêt spécial s’attache à ccs controverses, par suite du contact personnel du dominicain avec les héré­ tiques. De plus sa vie d’inquisiteur de la fol le dispo­ sait à traiter avec compétence les questions de la I sorcellerie et des maléfices. C'est au fond son expé­ rience personnelle qu’il nous livre dans ses traités. En somme, Jacquier tient une place très honorable dans la lutte contre les hussites à côté de Jean de Raguse, Henri de Kalteiscn, de Jean Nldcr. Son Flagellum fait partie de la série des ouvrages spéciaux i (Il y en a plus de soixante) publiés sur la sorcellerie entre 1270-1510. j Quétif-Echard, Scriptores ordinis prædleatorum, t 1, p. 847, reproduit pur Hurter, Nomenclator, 3· éd., L u, col. 902-3. G. Théry, O. P. JACQUINOT Barthélemy, conlmversiste, né A Dijon en 15G9, admis dans la Compagnie de Jlsus en 1587. Tout en dirigeant les importants collèges de Lyon et de Dijon, puis les maisons profess» s de Paris et de Toulouse, et successivement les cinq pro­ vinces de France, Il publia un certain nombre d ou­ vrages ascétiques fort estimés, entre autres ï*Adresse pour vivre selon Dieu dans le monde, Paris, 1621, qui cul de nombreuses éditions. Mais c’est comme controversistc qu’il se distingua particulièrement. Do ses Innombrables conférences. Il ne reste qu’un solide traité : Démonstration évidente que l'Êglhe prétendue réformée n*c*t pas (Église de Dieu, Toulouse, 1623. Le P. Jacquinot mourut A Rome en 1647. Sommcrvogcl, Bibliothèque de la Compagnie de Jé*u*9 Liv, col. 719; Λ. do luintvnay, Mélange* de biographie d d" dstoire* Bordeaux, 1833· P Όχπναβο. 315 JAHN JA LO US IE 31G par un < goisme exclusif, qui veut être seul à Jouir, ne Ouffrint pas que personne le supplante ou l’évince. 1816). D’ubnrd professeur au couvent des prcnimitié» Elle sc révèle au début pnr une Inquiétude vague, de Briick. pub, après la suppression de cc couvent, de ragitution, et elle a pour terme la haine de ceux au lycée d'Ohnûfz, il devient professeur d'archéologie dont la réussite contraste avec notre insuccès. Cepen­ biblique el de langues orientales à l’université de Vienne. 1789. La hardiesse de scs opinions lui attire dant elle demeure à tous les échelons une tristesse formelle, l'amer chagrin soit de voir qu’un avantage vile des difficultés. cl en 1806 il doit échanger sa espéré nous échappe, soit de ne pouvoir garder pour chaire pour une stalle de chanoine à la cathédrale nous souks un bien déjà nôtre, soit aussi et surtout de Suint-Etienne; il meurt Je 16 août 1816. La partie le sentir possédé par autrui. la plus considérable de son œuvre est consacrée à la philologie sémitique, où Jahn acquit une compé­ 2· Ceux qui jalousent. — Saint Thomas a signalé tence reconnue de tous. Son œuvre biblique est sur­ plusieurs catégories de gens comme plus enclins à tout représentée par sa Biblische Archûologie, 5 vol.. l’envie. Les jaloux d’ordinaire sc rencontrent aussi Vienne. 1797-1805, 2· édition, 1807-1815 cl sa Biblia parmi eux. El d’abord les glorieux, qu’ils soient tels hebraica, avec variantes, Vienne, 1806. Mais Jahn par tempérament ou par vice, Siun. theol. Il· II , q. xxxvi, a. 1, ad 3am, amatores honoris sunt mugis doit être surtout signalé Λ l’attention des théologiens Invidi; les pusillumlnes ensuite, incapables d’un effort pour son Einleitung in die gôttlichen Bûcher des Mien sérieux, aux yeux de qui le moindre succès chez les Bundes, 2 vol.. Vienne, 1799-1802, 2' édition en 3 vol. en 1804; publiée aussi en hit in sous le titre 1 niro­ autres est d’une extrême importance ct qui s’en attris­ riucl io in libros sacros Veleris Foederis in compendium tent comme d’un échec personnel notable, pusillanimes redacta, P· édit. 1804, 2· édit., 1815. Ackermann en sunt invidi, quia omnia reputant magna, et quidqpH a publié en 1825 une édition revisée. Certaines idées, boni alicui accidat, reputant se in magno superatos. qui y sont professées sur l'inspiration de l’écriture Ibid., tous ceux encore qui voient maint enant en et son interprétation, ont été plus au moins explicite­ d’autres mains certains avantages dont ils ont autre­ ment rejetées par le concile du Vatican Voir t vn, fois joui. De cc nombre sont les vieillards aisément col. 2153 ct 2299. jaloux des jeunes, senes invident junioribus...; dolent enim de amissione suorum bonorum et de hoc quod alii G von Wurzbach, Blogmphlsehes L ex Ikon des Kaiser· consecuti sunt bona. Ibidem, ad l‘nn. Le vieillard est turns Œsterrelch, t. x, p. 42-47. E. A MANN d’ailleurs un pusillaminc de même que l’enfant ct la JALOUSIE. — I. Notion. II. Moralité. III. femme. Ceux-ci d’ordinaire se défendent mal aussi du Remèdes. ! vice de la jalousie. Ce qui s’explique chez l’cnfanl pnr I. Notion. — 1· Qu'est-cequc la jalousie? — Le vul­ un manque de raison ou le prédominance de l’instinct, gaire confond assez souvent envie et jalousie, les et chez la femme par la faiblesse du sexe, que complique unissant dans une égale réprobation. Quoiqu'elles pro­ presque toujours la passion de briller et de plaire. viennent d’une même racine d’orgueil el de convo'tise 3· Ceux qu'on jalouse. — Ceux-là seuls qu’on espère ct qu’elles portent des fruits peu c très détaillée de VAugustinus qui contient en germe tout le Jansénisme. La seconde phase du jan­ sénisme sera exposée à propos de Quesnel, de la bulle Unigenitus, et du conciliabule de Phlole, Dans le présent article on étudiera successive­ ment : 1° La vie de Jansénius ; 2· Son œuvre fondamentale, VAugustinus(coï.330), 3· Les luttes qui sc déroulèrent autour de c< lie œuvre Jusqu'à la Paix de Cléim nt IX en 1G69 (col. 448).— On sc munllen tr i le plus possible d ms le strict dom due théo­ logique, ne donn uit de I histoin extérieure du Jansén saie, il mervulkusinent tuuiluv, que ce qui est 319 JANSÉNISME, BIOGRAPHIE DE JANSÊNIUS absolument Indlrpcniable à l'intelligence de 1’dvolution des idées. I. JANSÊNIUS ET LA PUBLICATION DE L’AUOUSTINUS.— I. Biographie et écrits de Jansénius. II. La publication de VAugustinus (col. 329.) I. Biographie et écrits de Jansénius.— 1· BZographit. — Cornélius Jansénius naquit le 28 octobre 1585 à Acquoy, petit village situé prés de Lcerdam, province de la Hollande méridionale, de parents ca­ tholiques peu fortunés. Son père s'appelait Jean Ottile et sa mère Lyntje Gysberts. Suivant une cou­ tume encore usitée dans les campagnes flamandes, l’en­ fant fut nommé < ills de Jean », en Hollandais Janszoon et, en langue vulgaire, Janssens, d'où est venu en latin Janssénius ou plus souvent Jansénius. Il manifesta une vive intelligence à l’école de Lcerdam où il apprit les éléments de la grammaire, puis au collège Saint-Jérôme d’Ulrccht où il s’initia à la littérature et à la philosophie; il dut interrompre ses éludes pour venir en aide A scs parents el 11 travailla, dit-on, dans un atelier de menuisier; mais, grâce à des amis généreux, il put reprendre ses études dès 1602 Λ Louvain, sous la direction des jésuites; il étudia avec une ardeur opiniâtre et en 1604, à la fin de son cours complet de philosophie, il fut proclamé · pri­ mus». A cette époque, au dire du P. Rapin, Histoire du jansénisme, p. 8, il songea à entrer dans la Compagnie de Jésus; mais «son esprit, sa santé, son humeur, sa constitution naturelle · le lirent écarter et le P. R a- . pin, op. cil., p. 8-10, raconte, d’une manière dramati­ que, ce départ qui expliquerait, en partie, la haine de Jansénius contre les Jésuites. Rappelons d’ailleurs, une fois pour toutes, qu’il ne faut accepter que sous bénéfice d’inventaire les historiettes débitées par le P. Rupin. Quoiqu’il en soit, Jansénius serait entré au (xjllègc Adrien VI dont le principal était Jacques Janson, le célèbre disciple de Baius, qui l’initia à la doctrine de son maître. Duchesne, Histoire du buta nlsme, p 289-290. Cependant dans son Étude sur J. Duvergier de Hau­ ranne, abbé de Sainl-Cyran, Bruxelles et Paris, 1912, р. 11-13, M.Laferrlèrc prétend, avec quelque vraisem­ blance, que Jansénius ne put alors connaître Janson, puisqu'il terminait sa philosophie en 1604 cl que, cette même année, il se trouvait ù Paris. Jansénius n’aurait ! connu Janson qu'en 1617, quand il revint de Bayonne. Ce qui est certain, c’est que, quoi qu’en disent quelques | historiens, Jansénius eut des relations avec Janson, car Il écrit, Augustinus, t. n, De statu natures lapsie,\. IV, с, xx vu, que J anson, dans un cours public, me pressente, critiqua la bullcqul condamnait Baius. Quoi qu’il en soit de la date à laquelle 11 se lia avec Janson, dès cette époque Jansénius entra en relation avec Duvergier de Hauranne qui lui üt connaître les doctrines de Baius cl les attaques de Jacques Janson contre le P. Léo­ nard Lessius, qui, à Louvain, s'appliquait alors à Jus­ tifier la condamnation des erreurs enseignées par Baius. Sur Duvergier de Hauranne, voir t.iv, col. 19671975. L’universitc de Louvain était très divisée ; par scs démarches, Janson avait obtenu la condamna­ tion de quelques propositions dictées, dlsait-ll, par Iassius cl on (omnença A voir paraître des traités entiers sur la prédestination et la grâce ; on parla même de réunir un concile national pour nglcr les difllcullés doctrinales entre les deux universités de Douai et de Louvain, mais k pape Sixte V avait évoqué l’af­ faire à Rome, et, après examen, avait réformé les censures de Louvain cl de Douai contre le P. Lessius. Le calme se rétablit provisoirement ju^(u’A la mort de Baius dont la soumission parut sincere. Mais son disciple, Janson, continuait, paraît-il, à défendre ses thèses sur la grâce et créait A Louvain une atmophére de souruc révolte contre les decisions arra­ | 320 chées A Rome, disait-on, par les menées des sco­ lastiques cl surtout des Jésuites : ccux-ci, en faisant condamner les doctrines de saint Augustin, evident voulu indirectement justifier leur molinisme, nou­ veau-né, puisque l’ouvrage de Molina, De Itberii arbi­ trii cum gratia· donis concordia n’avait paru qu’en 1588. Jansénius vécut dans cette atmosphère de lutte contre le molinisme qu’on respirait alors A Louvain et, avec une ardeur toute Juvénile, il sc plongea dans l’é­ tude de saint Augustin; mais il tomba malade et Ici médecins lui conseillèrent un climat plus doux. 11 se rendit d’abord A Paris, en 1604 et son ami Duver­ gier de Hauranne lui procura un préceptorat chez un conseiller au parlement; ils devinrent très intimes : ensemble, Ils suivent les cours de Sorbonne; ensemble, ils travaillent; ensemble, ils étudient la grave question de la grâce qui, A cette date, soulève partout des dis­ cussions. Buficz, professeur A l’université de Sala­ manque (1528-1604) venait d’enseigner sa théorie de la prédétcrminatlon physique, tandis que le Jésuite espagnol Molina (1538-1600) développait la thèse de la science moyenne du Jésuite Fonséca (1528-1599). Les deux écoles bafiésienne et mollnlstc s’étalent atta­ quées avec une vivacité extrême au point que le pnpe Clément VIII dut Intervenir : 11 institua la célèbre Congrégation De auxiliis (1597). Après quatorze ans de débats presque ininterrompus sous les pontificats de Clément VIH et de Paul V, ce dernier termina, d’autorité, le procès demeure sans solution, permit aux deux écoles de soutenir leurs thèses, cl, pour éviter à l’avenir toute nouvelle discussion, fit défense ex­ presse de publier des ouvrages sur la grâce sans la per­ mission formelle de l’Inquisition (1611). Cette défense ne fut peut-être pas connue partout, Histoire générale du Jansénisme contenant ce qui s*est passé en France, en Espagne, en Italie, dans les Pays-Bas, etc., au sujet du livre intitulé Augustinus Cornelii Jansenii, par l’abbé·· (Gcrberon), Amsterdam, 1701, t. 1, p. 11-26; en tout cas, la défense de Paul V ne fut guère obéle. Au dire de Clémcncct, Histoire générale de Port-/loyal depuis la réjorme de Γabbaye jusqu'à son entière des­ truction, préface, p. xxxi-xxxn, ce fut cette décision de Paul V qui donna naissance au jansénisme: Paul V avait épargné l’erreur de Molina:· lorsque Dieu per­ mit ce scandale, Il choisit des hommes remplis de son esprit pour le réparer et pour combattre les funestes erreurs qui venaient d’échapper A une condamnation. · Duvergier avait déjà publié la Question royale, où on montre en quels cas un sujet peut être obligé de · con­ server la vie du Prince aux dépens de la sienne, ■ ln-12, Paris, 1609. Duvergier défendait, avec Edmond Ri­ cher, les maximes gallicanes, et, A toute occasion, raillait la scolastique, « avec laquelle on peut rendre probable tout ce qu’on veut. · Jansénius ne semble pas avoir pris une part importante A cet écrit; lui, étudiait toujours saint Augustin. En 1611 (d’autres disent en 1606), Duvergier fut rappelé A Bayonne, sa patrie, par l’évêque Bertrand Dcschaux qui le nomma chanoine de la cathédrale, mais il resta peu de temps A ce poste et il se retira dans une maison de campagne, voisine de Bayonne, A Champréque Rapin, op. cil., p. 41, appelle CampipraL Jansénius vint bientôt rejoindre son ami; comme la ville de Bayonne venait de fonder un collège et que l’évêque ne savait A qui en confier la direction, Duver­ gier pensa A Jansénius qui fut agréé. Celui-ci resta principal du collège du 15 décembre 1612 au 1·· Juil­ let 1614. Histoire du Collige municipal aux XVI·, xvil* el xvm· siècles à Bayonne avant 1789,par Drevon, ln-8·, Agen, 1889, p. 170 sq. Comme les fonctions de principal du collège ne lui permettaient pas de se consacrer tout entier A 321 JANSÉNISME, BIOGRAPHIE DE JANSÉNIUS l’étudedes Pères,Il donnamuItaire du baianisme, p. 347-354. Un ouvrage curieux qui renferme de nombreux documents se rapportant presque tous à Saint-Cyran donne un écrit singulier : Le nouvel Ordre monastique des disciples de l'abbé de Saint-Cyran présenté à jeu Mgr l'archevêque de Paris par les agents de Port-Royal, pour être approuvé de lui, de qui il fut rejeté, avec des Réflexions sur les régies de ce nouvel Ordre monastique. Le progrès du jansénisme découvert à Mgr. le Chancelier par le Sieur de Préville, Avignon, 1655, p. 143-186. Cet ordre devait être indépendant de Rome; les religieux n’é­ taient point soumis à l’ordinaire; c’était un mélange de tous les ordres déjà existants. L’usage des sacre­ ments de pénitence et d’eucharistie était, dit-on, pratiquement supprimé. Jansénius cependant conseillait à son ami de ne pas accepter la direction de couvents de religieuses: «Si vous vous embarrassez en ceci, il est du tout impos­ sible que vous vous mêliez de cette autre notre grande affaire que vous savez. » Lettre du 26 février 1622. Saint-Cyran se rendit alors aux conseils de son ami; ce ne fut qu'en 1634 qu’il entra définitivement à Port-Royal : plus fin psychologue que Jansénius, il comprit tout le parti qu’on pouvait tirer de l’inter­ vention de ccs religieuses. Par contre, Jansénius demandait à Saint-Cyran d’in­ téresser à leur entreprise un ordre religieux d'hommes. Parlant des carmes, il écrit le 2 juin 1623: « de telles gens sont étranges, quand ils épousent quelque affaire et je Juge par là que ce ne serait pas peu de chose si Pilmol (Augustinus) fût secondé par quelque compa­ gnie semblable, car étant embarqués, ils passent tou­ tes les bornes pro ou contra.,. · Mais il fallait être prudent; il fallait se méfier des ordres qui sont en contact trop étroit avec Rome, car il n’y a rien de bon à attendre ■ de la voie transal­ pine. · M. Vincent, malgré son amitié pour Saint-Cy­ ran, ne se laissa point prendre à ses pièges. De concert, les deux amis Jettent les yeux sur l’Oratoire de M. de Bérulle, parce que ces prêtres séculiers vivent en communauté, mais sans vœu particulier et restent soumis à l’évêque diocésain, tout en étant soumis à leur supérieur. Laferrlère, op, cit., p. 183-186 ; Rapin, p. 319-326; Lettres de M. Vincent, Paris, 1880, t. il. p. 89 sq., 111 sq. Pour capter la bienveillance de M. de Bérulle, Jan­ sénius. à la demande de Saint-Cyran, approuva l’ou­ vrage des Grandeurs de Jésus, mais sans le lire, en cas que, · dans ce livre, il y eut, au sujet de l’incarna­ tion, quelque passage qui fut contraire à i’Augusti­ na* ·. lettre du 13 juin 1622, et il recommande à SaintCyran d'être prudent · ct de ne rien dire encore à Sémir (Bérulle) de l’afTuirc de Pilmol (Augustinus). · Cependant, à diverses reprises (lettres des 1, 8, 22 juillet, 29 août 1622), Il demande qu'on envoie des oraloibns à Louvain; à ce sujet il a un rendez-vous avec Saint-Cyran à Péionne (lettres des 7 et 13 avril 1622) et 11 vient à Paris en 1623 et 16*23; il y eut une entrevue à Bruxelles en avril 1626. Les Pères de l’Oratolrc furent enfin installés à Louvain en octobre 1626, à la grande joie de Jansénius qui apprit cette nouvelle à Madrid Dès leur arrivée, ils furent entourés de soins ct de prévenances ct Jansénius plaça son neveu chez eux. Histoire du baianisme, p. 309, 312-313, 31732U La naissance du jansénisme, p. 128-1 il, contient plusieurs lettres à ce sujet. De son côté Saint-Cyran s'initiait à la spiritualité oratorienne qui était déjà adoptée à Port-Royal Sébasticu Zamet, qui gouverna celle communauté de 325 JANSENISME, LA PRÉPARATION DE L’AUGüSTINUS 1624 à 1636, s'inspire de suint François de Sales, mais surtout du P. de t.oiidren ct de l'Oratoirc. Brémond, dans Bulletin de littérature ecclésiastique de Toulouse, 1914 1916, p. 443-147. Gctle empreinte oratorienne sc reconnaît sans peine dans le Chapelet secret du S aint-S acremerit composé par la Mère Agnès. Le 23 juil­ let 1633, Jansénius donna son approbation Λ cet ou­ vrage déjà condamné par huit docteurs de Sorbonne comme · contenant des extravagances, Impertinences, erreurs, blasphèmes ct impiétés ; · Saint-Cyran fit V Apologie du Chapelet ct fut introduit, en 1631, par Zamet lui-même, comme prédicateur ct confesseur; il continua à développer l'inllucncc oratorienne. même après qu’il eut réussi à supplanter Zamet. Laferrière, op. c»t, p. 89-156, Rnpln, p. 261 265, 273, Prune!, Sébastien Zamet, évêque de Lan gres, pair de France ( 1633-1655).Su oie et ses oeuvres. Les origines du Jan­ sénisme, Paris, 1912. Les deux amis travaillaient en même temps à dis­ créditer les jésuites. Saint-Cyran les attaquait par scs pamphlets contre le P. Garasse t La Somme des fautes et faussetés capitales contenues dans la Somme théulo­ gique de Fr. Garasse, A ln-4·, 1620. Plus lard, encou­ ragé par Jansénius qui suivait de très près les allaircs fort embrouillées de l’Église catholique d’Angleterre, il attaque les jésuites anglais ct contribue à les faire condamner par la Sorbonne. Les jésuites, frustrés de leurs privilèges, ripostèrent : Plainte apologétique de Γ histoire (f A n giclerre et É ponge j)our la défense des catho­ liques de ΓÉglise d'Angleterre. Un bref d'Urbain VIII ramena le calme. Rapin, op. cit, p. 187, 210-223; Hennant, Mémoires, t i., p 6-20 Saint-Cyran saisit l’occasion de gagner des évêques à la cause, en défen­ dant leurs droits contre les empiétements des réguliers et spécialement des jésuites. Le recueil de ses diverses publications parut en 1633 sous le titre de Vlndiclæ facultatis Parisiensis, auctare Petro Aurelio theologo, ln-4", Paris, 1633. L’ouvrage fut réimprime en 1642, par < ordre et aux frais du clergé gallican » sous le titre de Petri Aurelii opera, fussu et impensis cleri gallican!, denuo In lucem edita, Paris. 1642, avec un éloge en­ thousiaste composé par Godeau, évêque de Vcnce. Cognct, Antoine Godeau, évéque de Grasse et de Vence, in-8·, Paris, 1900, p. 128-131. En 1656, l’assemblée du clergé revint sur sa décision et désapprouva formelle­ ment l’ouvrago» Rupin, op. cit., p. 281-294; SainteBeuve. op. at., p. 314-321; Lafcrriére, p. 79-85 Les adversaires des jansénistes ont fait remarquer le parfait à-propos de ce pseudonyme de Petrus Au­ relius : Saint-Cyran voulait réformer la discipline ct prit le prénom de saint Augustin; Jansénius qui vou­ lait réformer la doctrine de l’École sur la grâce donna pour titre ά son ouvrage le nom d’Augustin. Pendant ce temps, Jansénius fut envoyé en Espa­ gne pour défendre auprès du roi les droits de l’univer­ sité de Louvain contre les jésuites qui, contrairement aux privilèges de l'université· voulaient enseigner la philosophie dans leur collège. Des lettres envoyées à Saint-Cyran de Madrid (mal 1626 Λ février 1627) mon­ trent les dtfficultés qu’il rencontra; durant ce séjour, il relut saint Augustin ct étudia scs deux disciples saint Prosper ct suint Fulgencc 11 dut repartir préci­ pitamment en février 1627 ct scs réticences dans les lettres qu’il écrivit alors laissent soupçonner qu’il prononça des paroles Imprudentes relativement ù ses projets : Il s’enfuit, dit-on, pour éviter l’inquisition, Plnthcreau, op. cil., p. 63-73. Revenu à Louvain, Il travailla plus activement que jamais : il aurait voulu vivre « au temps de Josué pour doubler les soleils; ou du moins changer de cli­ mat avec les grues, pour voler aux endroits où les Jours ont quinze ou vingt heures. · H se lia d'amitié avec Liberl Fronton t ct Henri Calenus, archidiacre 326 de Malines dont Ici relations avec Farcne^ftque pou­ vaient lui être d’un grand secours. Ses lettres nous apprennent qu’il commença à rédiger I'Augustinus en 1628; en février, il écrit à Saint-Cyran qu’il sera bientôt « au bout de l’histoire qui est le moins prin­ cipal · (c’est la P· partie de Γ Augustinus); d étudie l'histoire des ennemis d*· Pilmot et il avoue, à mots couverts, que celle Histoire des pélaglens n'est, en réalité, à ses yeux, que l’histoire des pacuvistes (jé­ suites). Cependant il rencontre de grosses difficultés et il semble parfois tenté de tout abandonner. Lorsque le P. Giblcuf, oratoricn publia son écrit De libertate Dei et creaturae, 1629, Jansén us demande à Saint-Cyran (23 mai 1629) si le livre du Sémlriste (oratorien) * ren­ ferme toute la matière de Pilmot, tellement qu’il put suffire à tout car cela étant, pour le dire sincèrement, j’en serais aise et Je me déporterais du grand travail que je vois qu’il faudra prendre devant que d'achever la composition. · Mais encouragé par Saint-Cyran, il sc remet à l’œuvre et constate que le public est intrigué, · car il ne sait rien, sinon en général que je me romps la tète à Séraphi (saint Augustin) · (29 juin). D'ailleurs le livre du P. Gibieuf ne le satisfit point : Il le trouva « fort philosophique, ressentant grandement l’École Porristiquc (des Jésuites) · (21 septembre, 7 décem­ bre 1629) Bientôt il envoie à Saint-Cyran le catalogue des matières traitées par Boèce (lui-même), 27 mars 1G30. Mais encore une fois, il est oblige d’interrompre son travail, car 11 vient d'être désigné pour remplacer Jean Paludamus (Des Marcts) professeur d’Écriture sainte, mort en février 1630. C’est de cette époque qua datent plusieurs écrits de Jansénius sur ΓÉcriture sainte. D’autre part, comme des ministres protestants de Bois-le-Duc défendaient publiquement des thèses cal­ vinistes, l’archevêque de Malines demanda à Jansénius de répondre à leurs écrits (1630). Jansénius dut céder, mais 11 se contenta de montrer que les min stres n’avalent aucune mission pour réformer l’Église, puis­ qu'ils étaient eux-mêmes hors de l’Église. il composa V Antidote contre les Poisons : Alex i pharmacum cici bas S y lue-Ducens ibus propinatum adversus ministrorum suorum fascinum. Jansénius combat les principes de la Réforme et établit la vérité de la religion catholique par l'argument de prescription. Il relève le défi des ministres et leur offre de discuter dans une conférence libre ct publique. Les ministres refusèrent, mais l’un d’eux, Gisbert Voet, répondit par quelques remarques auxquelles Jansénius répliqua par un nouvel écrit : Notarum spongia quibus Alex i pharmacum civibus Sylvie-Ducensibus nuper propinatum aspersit Gisb. Woelius Jansénius y étudie plus longuement les qua­ lités de l’Église catholique, la succession des évêques, les rites de l'Église romaine, la visibilité ct rtnfadlibllilé de l'Église établie par Jésus-Christ, la vocation et la mission des apôtres. Dans ces deux écrits, Jansénius s’appuie surtout sur l’autorité de saint Augustin. Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du XV!P siècle, partie seconde, des auteurs qui ont fleuri depuis t630 jusqu'à 1650, Paris, 1708, p. 109-117. Ce fut tout. Jansénius laissa Λ son ami, Libert Fro­ ment, qui lui succéda en 1636 dans sa chaire d'Ecrlturc sainte, le soin de répondre au gros volume du ministre Voet. Lui, se remit ù la composition de l'Augustinus qu'il n’avait d’ailleurs Jamais interrompue. En 1631, Jansénius publia le Mars Gallicus. Voici à quelle occasion. Après la prise de La Koch elle en 1629, Louis XHI licencia quelques-uns de ses soldats qui olïrirent leur service au prince d’Orangc alors en lutte contre le roi d’Espagne. Quelques soldats et officiers passant à Louvain, voulurent se confesser, mais des inenibres de l’université deLouvaln auxquels 327 JANSÉNISME, LA PRÉPARATION Ils s'adressèrent leur reprochèrent d’avoir combattu avec des hérétiques contre leur souverain légitime catholique; on leur refusa l'absolution et une assem­ blée de docteurs décida qu’on ne recevrait à la parti­ cipation des sacrements, mémo à l'article de la mort, aucun soldat qui aurait combattu contre le roi, A moins qu’il ne renonçât expressément Λ son engage­ ment. Quelque temps après, le roi de France fit al­ liance avec la Suède, par une ligue défensive et offen­ sive, contre la Maison d'Autriche. Les Espagnols atta­ quèrent vivement cette conduite. Un docteur de la faculté de théologie de Paris, théologal de l'Églisc de Lyon, Bésian Arroy, publia en 1634 les Questions dis­ cutées sur la justice des armes des rois de France, sur les alliances avec les hérétiques ou infidèles et sur la conduite des gens de guerre, ln-8·, 1634. L’auteur s’ap­ pliquait à justifier cette alliance avec les protestants contre la Maison catholique d’Autriche par le fait que celle-ci avait usurpé l’empire, lequel, de droit, depuis Charlemagne appartenait aux rois de France; il met­ tait en relief les prérogatives des rois de France et la Justice des armes du roi qui ne faisait que défendre ses droils et son état. Sur Bésian Arroy, voir la notice publiée par L. Bertrand dans le Bulletin histo­ rique du diocèse de Lyon, 1902; un extrait a été Im­ primé à part. L’écrit de Bésian Arroy se répandit en Flandre. Jansénlus fut sollicité d’y répondre : il hésita d’a­ bord, mais sur les instances de l’archevêque de Mali­ nes et du président Rose, · un Espagnol renforçé, tout Flamand qu’il fûl ·, il accepta. Ce tut le Mars Galli­ cus seu de justitia armorum et jeederum regis Galliee, ln-12, s. 1., 1635, qu’il publia sous le pseudonyme de Alexandri Putritii Armacani. L’ouvrage est longue­ ment analysé par Lcydecker, De historia Janseniana, ibrl VI, quibus de Cornelii Jansenii oita et morte, nernon de ipsius et sequacium dogmatibus disseritur, Utrecht, 1695, p. 80-118. Jansénlus souligne, en les exagérant, les cruautés des rois de France de la pre­ mière race, les entreprises sacrilèges sur l’Église et la religion des rois de la seconde racc; il attaque les pré­ rogatives de la royauté et trace une satire violente des rois de France depuis Clovis Jusqu’à Louis XIIL de la loi salique, du titre de roi très chrétien, du pouvoir de guérir les écrouelles; dans la 11· partie. Il montre l'injustice et l'impiété de l’alliance faite par les rois de France avec les princes protestants d’Allemagne, le roi de Suède et les Hollandais; il décrit les autels renversés, les choses saintes profanées. Il va «Jusqu'à ce dernier comble d’effronterie d'appeler Louis XIII, ce prince dont les moeurs étaient si pures et la vie si sainte, l'auteur de toutes les abominations qui se sont commises en Allemagne et l’usurpateur de la reli­ gion, enfin de faire passer les Français pour des monstres, non pas d'hommes mais de crimes les plus pleins d’horreurs. · Rapin, op. cit., p. 302. L’ouvrage eut plusieurs éditions et fut traduit en français en 1637 par Charles Hersent sous ce titre : Le Mars Français ou la guerre de France en laquelle sont examinées les raisons de la justice prétendue des armes el des alliances du roi de France, mises à jour par Alexandre Patricius Armacanus théologien, in-8·, 1637. La traduction fut condamnée par Γ Assemblée du clergé comme « propre à troubler la paix publique et à révolter les sujets contre leu* souverain, sous le malin prétexte d’un schisme imaginaire · Bésian Ar­ roy. de son côté, répondit par un nouvel écrit : Le Mercure Espagnol ou Discours où sont contenues les rrponses /altes a un livre intitulé : Mars Français dont routeur a pris le nom siipivsé de Patrice Armacan et le /aux nom de théologien, in-8·, 1639. Sur ces entrefaites, Georges Chamberlain, le sixième tvêque d'Ypres, était mort le 19 décembre 1634. Lo DE L’A LG USTINUS 328 14 avril 1635, Jansénlus (ni proposé en première ligne pour lui succéder par les évêqpvs et le conseil d’Élal. Le roi d’Espagne, en sa qualité de comte de filandre, avait le droit de nommer les évêques sous réserve d'ins­ titution par le pape. Le gouverneur des Pays-Bas n'en­ voya la proposition des évêques cl du Conseil d’état que le G octobre 1635 à la cour de Madrid, qui nomma Jansénlus le 28 octobre 1635, Jour anniversaire de sa naissance. Le pape Urbain VIII confirma la nomina­ tion royale par la bulle du 21 Juillet 1636. Jansénlus prit possession de son siège par deux procureurs le 18 septembre el fut sacré le 28 octobre 1636 à Bru­ xelles par Jacques Boonen, archevêque de Malines, assisté d’Antoine Tries t, évêque de Gand, et d’Engclbert du Bols, évêque de Namur; il fit son entrée solennelle le 30 novembre 1636. Il prit comme devise: In veritate et charitate. Il sembla, à cette occasion, se réconcilier avec les Jésuites qui, le Jour de son entrée Λ Yprcs, lui firent une épithalame citée par Leydrckcr, op, cil., I. Il p. 116 118 (peulisunt in amore dures). Rapin dit plus simplement, p. 357. que Jansénlus n’eut pas le temps de penser à eux. tellement il était occupé par l’impres­ sion de son Augudinus qu’il préparait dans le plus grand seciet, p. 357-359, car il redoutait une condam­ nation, avant la publication de son ouvrage. Cette opiniâtreté dans le travail épuisa les forces de l’évêque qui mourut le 6 mai 1638, de la peste probablement. Il succombait après dix-huit mois seulement d'épiscopat. Il montra de grands sentiments de piété sur son lit de mort, Il se confessa, reçut le viatique et l’exlrême-onctlon. Il cédait son écrit à son chapelain Reginald Lammée qui l’avait aidé dans son travail, à condition toutefois qu’il se concerterait avec se deux amis Libert Fromont et Henri Calenus, pour le faire Imprimer; enfin une demi heure avant sa mort, à son testament II ajouta un codicille par lequel il se soumettait à l’avance aux décisions de l’Église en fils obéissant. Cf. plus loin, col. 344. Beaucoup d’auteurs ont contesté l’authenticité et surtout la sincérité de ce testament. Rapin, op. cil., p. 370-372; Fuzet, Les jansénistes du XVIP siècle: leur histoire et leur dernier historien, Saintc-Beuoe, p. 62, regardent ce testament comme une suprême hy­ pocrisie; de même, le baron Surmont de Volsberghe, d’accord avec un des derniers historiens de Jansénlus, M. Alphonse Vandenpeerebooin, volt, dans ce testa­ ment, une pièce apocryphe ou du moins interpolée en grande partie. Cependant, déjà le P. Duchesne, Histoire du bota­ nisme, p 342-344, bien que peu favorable à Jansénlus, raconte un fait Intéressant qui rend cette soumission assez vraisemblable. Jansénlus aurait voulu gagner à sa cause le célèbre François Sylvius (Dubois), docteur et professeur à l'université de Douai. Celui-ci, sin­ cèrement soumis à Rome, aperçut très vile que Jansénius faisait fausse route; il tenta de lui ouvrir les yeux, mais l’évêque mourut trop tôt. Peut-être cst-ce à Sylvius qu'on doit la lettre de soumission écrite par Jansénlus au pape Urbain VI11 lettre ■ contenant la dédicace de son livre Intitulé Augustinus » et qui fut supprimée, dlt-on par scs exécuteurs testamentaires· Quoi qu'il en soit, les derniers travaux de M. Callevaert et de P. Nols laissent croire que peu de temps avant sa mort, Jansémus écrivit vraiment une épllrc dédicatolre de son Augustinus qui confirme les sentiments de soumission déjà exprimes dans ΓAugustinus en plu­ sieurs endroits et dans son testament, qu’il fut sincère dans celle soumission el, que, par suite, il y a lieu de croire, que, s’il eût vécu au moment où 1’Augustinus fut condamné par Rome, Il sc serait soumis. Bref, Jansènlus n’eût pas < lé janséniste. Cornélius Junsénius éoéque d* Y près, ses derniers moments, sa soumission au 329 JANSENISME. ANALYSE DE L’ALGLSTINUS Saint-Siège d'après des documents inédit· Étude de cri· tique historique, par des membres du Séminaire d’hlstolre ecclésiastique établi à l'uni versité de Louvain. ln-8·, Louvain, 1893. Même après ces savants travaux, la question n’est pas complètement élucidée: d'ailleurs la solution de ce problème ne change rien h lu nature intrinsèque de ['Augustinus qui reste ce qu'il est, un livre contenant des propositions hérétiques, lors même que Jansénlus ne serait pas un hérésiarque. 2° Écrits. — Oratio de interioris hominis reforma­ tione, 1627, traduit en français par Arnauld d'Andllly; Alexipharmacum pro civibus Sylvæ-Ducenslbus ad­ versus ministrorum suorum /oscinum, seu Responsio brevis ad libellum eorum provocatorium, Louvain, 1630; Spongia notarum quibus Alexipharmacum as­ persi/ Gisberius Vcelius, ln-8·» Louvain, 1631, in-12, 1661, ln-4·, 1666 ; Teirateuchus sive Commentarius in quatuor Euangelia, in-4·, Louvain, 1639; Pentateuchus sive Commentarius in quinque libros Moysis, in-4·, Louvain, 1641; Analecta (n Proverbia, Ecclesiaslen, Sapientiam, Habacuc et Soplvmiam, in-4·, Louvain, 1614. Enfin les deux ouvrages les plus célèbres : Alexandri Patricii Armacani theologi Mars Gallicus seu de /usiitia armorum et fœJerum regis Galllæ libri duo, in-4·, 1635, traduit en français par Charles Her­ sent, en 1637; puis l'œuvre la plus connue et dont nous parlerons longuement ['Augustinus, publié à Louvain en 1640, ù Paris en 1641 et à Rouen en 1643, ln-fol, en 3 tomes II Publication de l’Augustinus. — L’année 1638 fut pour le jansénisme un vrai désastre. Jansénlus mourait le 6 mal; Saint-Cyran était emprisonné à Vincennes, par ordre de Richelieu, le 14 mal; ΓIns­ titut du Saint-Sacrement, si cher ù Saint-Cyran, était fermé le 16 mai, enfin le 5 juin, les Solitaires établis Λ Port-Royal de Paris devaient se retirer à Port-Royal des Cliamps. L’œuvre de la réforme de ΓÉglise entre­ prise par les deux amis, semblait mort-née. Mais on avait mis en sûreté les papiers importants et il restait des protecteurs puissants qui, en France, allaient remuer ciel et terre pour délivrer Saint-Cyran et, en Flandre, achèveraient l'impression de ['Augustinus, déjà commencée en secret. Libert Fromond, recteur magnifique de l'université, et Henri Calenus (VanCœlcn), chanoine de Malines, exécuteurs des dernières volontés de Jansénlus, con­ fièrent l’écrit ù l'imprimeur Jacques Zegers.avec toutes les précautions possibles pour que le public ignorât la cliose. Mais, d'après Gcrberon, Histoire générale du jansénisme, t. i, p. 11-26, et d'après le P. Rapin, His­ toire du jansénisme, p. 419-417, les jésuites apprirent qu'on imprimait un ouvrage qui ne les épargnait pas. Malgré les Interventions des jésuites qui rappelaient les décidions de Paul V défendant la publication de tout traité sur In grâce sans l'approbation de Γ Inquisi­ tion; malgré l'opposition de l'Internonce de Bruxelles, Paul Stravius, qui avait reçu de François Barbcrinl, cardinal-ncvcu, l'ordre d’empêcher cette publication; malgré In défense de l’université de Louvain, et tan­ dis qu’on délibérait, l'impression de l'ouvrage s'ache­ va sous les auspices de Ferdinand d'Espagne, cardi­ nal Infant, gouverneur des Pays-Bas, Λ qui l’ouvrage était dédié, sous In protection du roi d'Espagne luimême dont on avait obtenu le privilège dès 1635 el celle de l’empereur qui avait accordé le privilège le 13 février 1640. L’ouvrage parut en IC 10 à Louvain avec les approbations des censeurs des livres, Henri Calenus et Jacques du Pont, qui recommandaient ['Augustinus comme l'expression exacte et fidele des sentiments de saint Augustin. L’ouvrage arriva bientôt Λ Paris où 11 était Imprimé dès 1641 avec les approbations enthousiastes de cinq 330 docteurs : Bachelier Juge Pouvrage en ces termes : eruditum, sanum, nec usquam a regula Eccleslæ caiholicit up<>stoluse et romarue dissentit; pour Le Féron, sap it in omnibus orthodoxiam Ecclesiae catho lie se; pour Fleury, l'écrit est suo titulo dignissimum atque in eo nihil haberi contrarium doctrlrue; pour Beaubornais, l'œuvre est si belle ut auslm dicere vix aliquem a beati Augustini temporibus exfltlsse qui naturae stantis ilrex, lapsu· vulnera, et gratiae per Jesum Christum liberatricis naturam, efficaciam, necessitatem penitus viderit erudlllusque explicarit; enfin, Molln déclare: Orthodoxae fidei congruere et germanam sancti Augustini doctri­ nam continere ceperimus. L’édition de Rouen, 1643 reproduit les memes approbations. Saint-Cyran, dans sa prison, fut l’un des premiers qui lut, ou probablement» relut l’ouvrage : Il trouva qu’il manquait un peu d'onction, mais 11 n’hésite pas A déclarer qu'après saint Paul, et saint Augustin, aucun docteur n'égalait Jansénlus; ce serait « le livre de dévotion des dentiers temps. .. 11 durerait autant que l’Église · et « quand le roi et le pape se join­ draient ensemble pour le ruiner, Il était fait de telle sorte qu'ils n'en viendraient Jamais à bout. » Lancelot, Mémoires, t. i, p. 107, L'ouvrage soulevait des · diffi­ cultés indécises », Lettres à Arnauld, août 1641, mais l'ensemble était parfait La grande habileté de Jansénius était d'avoir suivi pas à pas saint Augustin René Rapin, S. J., Histoire du jansénisme depuis son origine jusqu*en 1644, éditée par Domenech, ln-8·, Paris, 1861 ; Sieur de Préville (Pinthereau, S. J.), La naissance du jansénisme découverte à Mgr le chancelier, ln-4·, Louvain. 1654; du même. Le progrès du Jansénisme découvert à Mgr le chancelier, in-8·, Avignon, 1655; F Du Vivier (Ger boron), Lettres de Cornélius Jansénlus évêque d* Yprès, avec des remarques historiques et théologiques, ln-8·, Cologne, 1702; Godefroi Herman!, Mémoires sur Γhistoire ecclésias­ tique du ΧΓ/Ζ·siècle (1630-1663), édit. Gazier, in-8·, Paris, t. I, p. 102-100; Hlleau, Relation juridique de ce qui Y est passé d Poitiers touchant la nouvelle doctrine des jansé­ nistes, in-8·, Poitiers, 1654 (la Bibliothèque nationale de Paris possède un exemplaire qui contient des notes manus­ crites curieuses, Ld·, 189) ; P. Sauvage, S. J., La réalité du projet de Bourg-Fontaine démontrée par rexécution, 2 ln-12. Parts, 1757 ;rèédltè par Feller, S. J.enl787;Dom Clémencet, La vérité ei l'innocence victorieuses de la calomnie ou huit lettres sur le projet de Bourg-Fontaine, 2 in-8·. Parts, 1758 ; Moise Dubourg, S. J., Le jansénisme foudroyé par la bulle du pape Innocent X, et Fhlstoire du jansénisme, contenant sa conception, sa naissance, son accroissement el son agonie, ln-12. Bordeaux 1658; Duchesne, S. J., His­ toire du Balanisme, ou de fhêrésle de M. Baius, avec des notes chronologiques suivie de pièces justificatives, ln-4·. Paris, 1731, p. 309-320; J. Vr. Foppcns, bibliotheca Bel­ gica sloe vimrum in Belgio olla scriptisque illustrium catalogus tibrorumque nomenclatura, in-l·, BruxeUes, 1739, t. 1. p. 204-209 ; J. Laferrlère, Elude sur J, Duoergler de Hauranne, abbé de Salnl-Cyrun, tn-8·, Paris et BruxeUes, 1912; Lettre de M. Jansénlus, évéque tTYpres au pape Urbain VIII contenant la dédicace de son livre Intitulé Augustinus,.., ln-12, Paris, 1666; Alph. Vandenpeerebooru, Cornélius Jansénlus, septième évêque d*Ypres: sa mort, son testament, ics épitaphes, ln-8·, Bruges, 1882; Callevaert et Nols, Jansénlus, éiéque d* Yprès : ses derniers moments, sa soumission au Saint-Siège d'après des documents Inédits, ln-8*, Louvain. 1893. — Tout le Jan­ sénisme se ratlaclicà ['Augustinus qui en renferme la substance. Aussi il Importe de faire de cet ouvrage une analyse détaillée, afin d’en faire connaître le contenu exact. Beaucoup de ceux qui le citent n’ont pas eu le courage et la persévérance de le lire avec soin; beau­ coup avec Salnl-Bcuve, se sont contentés d'affirmer « la beauté sinon dantesque, du moins millonnlenne du gros ίη-follo en trois tomes * et n’ont pas même tenté, comme lui, de le « labourer en bien des sens, en bien des pages. · Pour bien mettre en relief la doctrine II. ANALYSE DE L'AUGUSTI NUS. 331 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. I. LE PÉLAGIANISME de Jnnsénlus, j’ai cru que le meilleur moyeu est dc le suivre pas â pas. livre par livre, chapitre par chapitre, et de supprimer seulement les répétitions Inutiles qu’on rencontre souvent dans cet ouvrage mal com­ posé. Je citerai toujours l’édition de Rouen qui me paraît être la plus répandue. Elle n pour litre : Corne­ lii Jansenti episcopi Iprensts AUOüStih’üS seu doc­ trina sanet i Augustini de humana.* nalu fît sanitate, eegrltudine, medicina adversus Pelagiunos et Massilienses tribus tomis comprehensa,.. Accessit huic editioni trac­ tatus F. Florentit Conrit, archieptscopi Thuainensis de statu parvulorum sine baptismo decedentium juxta sensum B. Augustini, Bothomagl, sumptibus Johann is Berthei in, 1043 Cum privilegio et approbatione. En voici le sommaire: T. i : Histoire du pélagianisme (col 331). — T. n : Grâce du premier homme ct des anges ; nature déchue, pure nature (col. 340). — T. m : La grâce du Snuvcur: L. I, Grâces de l'intelligence, la loi (col. 373) ; L. Il, Grâces de la volonté (col. 380) ; L. HI, Grâce suffisante (col. 388); L. IV, Nature ct essence de la grâce (coi. 399) ; L. V, Effets de la grâce (col. 404); L. VI el VII, Libre arbitre (col. 411); L. VIH, Grâce ct liberté (col. 424;) L. IX, Prédestination des anges ct des hommes (col. 431) ; L. X, Réprobation (col. 441). | I. Histoire du Pélagianisme. — Le t. itr est consacre tout entier à l'histoire du pélagianisme ct du scmi-pélagianisme, comme l’indique le litre luimême, in quo hicrcses et mores Pelagii contra natures humana sanitatem, ægritudinem et medicinam ex s. Augustino recensentur cum duplice indice rerum el S. Scripturit. JansénI js attache une importance capi­ tale â cette partie historique de son travail. D’après lui, les théologiens récents, pour défendre leurs pro­ pres opinions, attribuent aux pélaglcns ct aux semipélagicns des doctrines qui leur sont étrangères, et, par contre, suppriment des thèses qui sont fonda­ mentales. D’autre part, il y a une connexion étroite entre les ! diverses parties dc l'erreur pélagienne, au point que, si on en laisse passer la · moindre racine à peine per­ ceptible à des yeux dc lynx, tout le pélagianisme rc- 1 naît avec ses dogmes pestilentiels · Enfin l’enseigne­ ment même de saint Augustin devient inintelligible tans la connaissance exacte des erreurs qu’il a com­ battues. C’est pourquoi, avant tout, il veut découvrir tous les détours dc cette hérésie subtile qui se dissi­ mule soigneusement et « exposer au soleil le serpent ténébreux arraché â sa cachette, afin que personne se promenant dans les champs de la doctrine ne soit mordu par le serpent caché sous l’herbe. · Jansénlus n’hésite pas à dire que quelques docteurs insuffisam­ ment instruits des subtilités pélagiennes ont écrit des ouvrages remplis dc cette erreur et regardés ce­ pendant comme très catholiques. Le t. 1·’ de 1’Augustinus comprend huit livres. Le I·’ livre raconte l’histoire dc Pelage, dc scs écrits, dc ses polémiques, de scs condamnations et fait connaî­ tre scs principaux disciples : Julien d’Éclanc ct Célvstius; H montre la diffusion rapide du pélagianisme et la première transformation dc cette hérésie qui donne naissance au scmi-pélagianisme; en du il énu­ mère les ouvrages dc Cassicn etdeGennade dans les­ quels se dissimule le scmi-pélagianisme ou, comme H dit, l'erreur des Marseillais Le 1. 11, expose les dogmes pelagicus qui concernent la nature du premier homme ct spécialement sa li­ berté. D’après Jansvnius. Pelage regarde la liberté de contradiction ct dc contrariété comme un élément constitutif de la nature humaine; par suite, cette li­ berté est inamisslblc, c. il. Donc, après le péché origi­ nel, comme avant, l’homme jouit d’un libre arbitre complet qulle rend maître dc toutes se· actions, c. in; 332 il a le pouvoir absolu de modérer ct d’apaiser tous ici mouvements de son âme, même les mouvements Indé­ libérés qu’elle peut rendre bons ou mauvais, c. iv, car, il y a, en lui, des semences naturelles de vertu. Par cette doctrine, Pélagc se rattache au Perlarchôn d’Origêne, c. v. Par les seules forces de sa nature, l'homme peut, s’il le veut, ne pas pécher et faire le bien et il a le pouvoir d’accomplir tous les commande­ ments. c vi. En fait, Pélagc, ne reconnaît en Adam aucune grâce. D'eu le créa comme il est aujourd’hui dans le sein dc sa mère, sans vertu ct sans vice, suns grâce et sans péché, c vu. Par son Intelligence, il peut, comme avant la chute, arriver à une connais­ sance naturelle du bien et du mal, c. vm. L’homme n’a donc pas été créé vraiment dans l’état dc grâce; Dieu ne lui a donné qu’une grâce actuelle externe, la loi, c. ix. La concupiscence existait avant le péché origi­ nel, car elle est naturelle à i’homine et elle est la voie par où le péché est entré en lui, c. x, alors que, d’après saint Augustin, la concupiscence est la peine du péché, c. xi. Avec la concuspiscencc, Adam éprouvait lu pudeur et lu honte, c. xn. Dc même, lu mort ct les autres misères dc ccttc vie existaient avant le péché, c xiii, xiv. En somme, Adam, avant son péché, était dans le même état que sa postérité actuelle. Le 1 111 étudie les dogmes pélaglcns relatifs ù lu nuture déchue el corrompue. Pélagc nie le péché ori­ ginel et, au nom de la raison et dc la philosophie 11 rejette les textes de l’Écrlturc que l’on cite pour prou­ ver l’existence de ce péché· Tout péché, en effet, sup­ pose la violation d’un précepte connu et la liberté : on ne peut Imputer un péché à celui qui n’est pas libre de l’éviter; autrement. Il faudrait attribuer â l'enfant tous les péchés commis par ses parents. Jansénius trouve chez Pélagc ct chez Julien douze arguments contre l’existence du péché originel, c. in, cl quinze absurdités, c. iv. Les pélaglcns sc font les hérauts, les prédicateurs de la concupiscence qui n’est point mau­ vaise en elle-même: en effet, elle n’est, disent-ils «qu’un mélange de semences, un appétit naturel, la chaleur génitale, la puissance ct la vigueur des membres, lu virilité, » c. v. Sans doute, il peut y avoir des habi­ tudes mauvaises qui sont « la loi en nos membres · comme dit saint Paul. c. vi, mais la concupiscence, en elle-même, est plutôt bonne, c. vu, ainsi d’ailleurs que les autres passions, c vin, ix. Il faut seulement en surveiller l’usage afin d’éviter les excès, c. x. Les mou­ vements des passions charnelles, le plaisir que l’on trouve à manger ct à boire, à sentir les bonnes odeurs, à entendre de beaux sons, à voir de beaux spectacles, les voluptés des richesses et dc l’abondance, tout cela est bon cl louable ct on peut en jouir jusqu’à la satiété comme de biens naturels, c. xi. De môme, l’ignorance des enfants vient dc la nature ct n’est point une punition du péché, c xn, el l’igno­ rance Invincible des adultes n’est jamais coupable, c. xm. La mort cl les autres misères sont naturelles, car elles découlent dc la constitution humaine ellemême; la mort n’est point une peine du péché, même pour les enfants qui meurent dans le sein de leur mère, c. xiv, xv. Ainsi le péché d'Adam n’a vraiment nui qu’à luimême; Adam n’a nui à sa postérité que par son mau­ vais exemple, c. xvi. Par suite, les enfants naissent dans l’état naturel ct les hommes conservent une pleine liberté d’indifférence, bien qu’ils soient Igno­ rants; tout mal physique ou spirituel proprement dit est écarté d’eux, c. xvn; au contraire, ils sont I comblés de biens, c. xvni. C’est pourquoi les enfants qui meurent avant le baptême obtiennent la vie éter­ nelle, la béatitude naturelle, mais non point le royaume des deux, c. xix. Quelques théologiens prétendent même que les ; élaglens leur accordent la béatitude 333 JANSENISME, L’A UGUSTINUS, T. L LE PELAGIANISME de lu vision béntifique, mais JanséniiH, après avoir exposé et discuté leurs arguments, déchire que cette opinion n'est point d’accord avec la thèse fonda­ mentale des pélagiens; les enfants naissant dans un état naturel, ne sauraient atteindre la béatitude sur­ naturelle» c. xx-xxm Les adultes Infidèles qui vivent moralement bien arriveront nu royaume des deux sans le secours dc la foi el de la grûc'i Intérieure, parce qu’avec la seule connaissance naturelle de Dieu, ils ont conservé la justice morale par la loi de nature ; s'ils ne connaissaient pas Dieu par les lumières de lu raison, ils ne pourraient point arriver au royaume des deux, car, pour y parvenir, il faut avoir la connaissance naturelle du vrai Dieu, mais ils pour­ raient obtenir la béatitude naturelle, pourvu qu'ils aient observé la morale naturelle, c. xxiv. Au 1. IV, Janscnlus aborde le problème philoso­ phique dc la liberté et du péché et il étudie les dogmes pélagiens concernant les forces naturelles de l'homme. Dans une courte préface, il souligne l'opposition radi­ cale dc la thèse pélaglcnnc avec le dogme catholique exposé par saint Augustin et dont il parlera lui-même aux I. Ml et Mil du t. ni. D’après Pélagc, le péché suppose une indifférence complète entre le bien ct le mal; pour qu'un acte soit péché, H faut que l’homme ait pu le faire ou s'en abs­ tenir; le péché suppose la liberté dc contradiction ct de contrariété. Chez l’homme déchu, la nécessité de pécher ne saurait exister, car on ne peut lui Imputer une action qui n'a pas été libre, c. i; chez lui, il n'y a point d'inclination au péché, c. n, ct Dieu ne peut Infliger, comme punition du péché, une facilité à pé­ cher, c. ni; seules, les mauvaises habitudes person­ nelles créent des difficultés pour faire le bien, c. iv cl on ne peut même pas concevoir un péché qui sérail lu punition d’un autre péché, c. v. car Dieu, souverai­ nement juste, ne peut infliger â l'homme, en punition d’un péché passé, une Infirmité naturelle qui Γincli­ nerait au mal; sans doute,sans la foi en Jésus-Christ, l’homme ne peut faire d’oeuvres surnaturelles, mais il peut faire des œuvres bonnes, steriles pour le ciel. c. vi. C’est ainsi que, dans la nature humaine, se trouvent les germes des vertus que Dieu y a déposées; c'est la liberté elle même qui constitue ces germes dc vertu Par lâ,Pèlnge se sépare des séml-pèkigiens qui admet­ tent, dans l'homme déchu, des restes de sa première innocence ct qui avaient besoin de la grâce. Jansênius, en opposition â ces deux hérésies, résume en quelques mots la doctrine dc saint Augustin : tout bien se fait par la grâce médicinale de Jésus-Christ, qui diffère essentiellement de 1a grâce d’Adam innocent en ce qu'elle fait vouloir ct faire, tandis que la grâce d’Adam était soumise Λ la volonté, c. vu. A l'invcisc, Pélagc trouve même chez les infidèles dont H fait l’éloge, c. vin, ces semences naturelles qui se déve­ loppent cl produisent les vertus morales sous l'influence dc la volonté obéissant à la loi. Par elle-même, continue-t-il, l'intelligence humaine peut arriver à la connaissance parfaite du vrai ct ù lu distinction du bien ct du mal; par elle-même ct par scs seules forces, la volonté peut arriver â la vertu dans l'accomplissement parfait des actions que l’intelhgincc a montrées conformes ù la loi Ces deux facultés, par leurs forces naturelles, peuvent connaître le vrai Dieu, l'aimer, lut rendre le culte convenable el t'honorer comme II faut. c. ix ; elles peuvent arriver â In pratique de toutes les vertus cardinales, car ces vertus supposent seulement une lumière qui permette dc les connaître et une force suffisante pour faire ce qui est connu comme devoir. c x; ainsi lu nature peut atteindre la vraie justice, lu vie éternelle el le royaume dc Dieu, c. xi ; elle peut produire la peni­ tence et ramener Λ la Justice naturelle qu'on aurait 334 perdue, c xn ; elle peut vaincre les mauvaises habi­ tudes el triompher de la violence des passions, c. xm Par son libre arbitre, l'homme peut, s’il le veut, ne point pécher et arriver ù la perfection, après avoir surmonté toutes les tentations, c. xrv. Par suite, le» fidèles ne sont pas tenus dc prier afin d'obtenir de Dieu la victoire sur les tentation· et le pardon de leurs péchés, puisqu'ils peuvent triompher des ten­ tations les plus violentes dc la chair rt de la concu­ piscence avec les seules forces dc leur libre arbitre, c. xv. L’homme peut ainsi éviter le péché, parce que sa nature n'est point affaiblie ; Dieu ne saurait lui Imposer des commandements impossibles â remplir ; d’ailleurs, une tentation insurmontable supprimerait la possibilté même de pccher, c. xn. Pelage, pour expli­ quer l'Écnture qui affirme que nul homme n'est son» pêché distingue entre é/re ct pouDair être sans péché ; il accorde qu'en fait l’homme n’est pas sans péché, mais qu'il pourrait être sans péché, s’il le voulait, c. xvn ; il affirme non seulement la possibilité, mais encore la facilité naturelle d’éviter tout péché, c. xvm Enfin,il enseigne, avec les stoïciens,l'apathie, l'impas­ sibilité de la nature en face des passions les plus vio­ lentes et distingue l'impeccabllité du fait de pouvoir ne pas pécher ; impeccantia et im pecca b t littu ; il affirme la possibilité naturelle de pouvoir éviter le péché, bien qu'en fait on ne les évite pas tous. c. xix. L'Église est composée des seuls justes et de ceux qui ne pèchent pas, c. xx, et les hommes parfaits dès ici-bas, deviennent égaux aux bienheureux et am anges, c. xxi. Par son libre arbitre, Phomnie devicn* l’égal de Dieu. C'est ainsi, conclut Janscnlus, que les pvlagicns développent un orgueil gigantesque; Ils pla­ cent l’homme au-dessus même dc Dieu, puisqu’une nature qui peut pécher ou ne pas pécher et qui rem­ porte toujours la victoire est certainement supérieure â celle qui ne pèche pas, parce qu'elle est impeccable Comme Noé, « enivrés par un vin très pur, les péla­ giens ont voulu revêtir la nature humaine d'orgueil ct ils l'ont mise honteusement à nu. » En résumé, le pélagianisme repose sur deux erreurs fondamentales : une erreur sur la nature de la grâce qui s’identifie presque avec la nature; une erreur sur la manière dont agit la grâce qui reste toujours sou­ mise â la volonté. Tout se passe â peu près comme si Adam n'avait pas péché. Dans les deux livres suivants, Jansénius étudie l’é­ volution dc l'erreur pélaglcnnc dont il vient d'exposer Jes principes généraux ct les thèses capitales. Ces thèses s écartaient trop uu dogme catholique; pressé par scs adversaires. Pélage modifia sa doctrine au point de se rapprocher parfois du catholicisme le plus pur mais cependant, en dépit des apparences, il en diffère Cette évolution comprend quatre phases dont les deux premières sont peu importantes, puisqu'en réalité, elles ne sont guère que la reproduction de la doctrine ellemême. Ces deux premiers étals ne diffèrent que par le nom L.V Le pélagianisme se confond, au premier Instant, avec le paganisme et la philosophie païenne; il ne prêche que la pure nature ci supprime la grâce, c. Dans la seconde phase, te pélagianisme parle, il est vrai, de grâce, mais Identifie la nature ct la grâce c’est le scmipuganisine qui exulte la nature ct le libre arbitre, qui sont des grâces accordées à tous les hommes : chrétiens, juifs, païens. C’est pour lutter contre celle (orme ou pélagiani»mcque saint Augustin composii le De natura ct Gratta, c. il. Lu troisième phase est Beaucoup plus importante* c'est celle où le pe fugimus me prend l’allure du judaïsme, c m a Χλ.\. Les seule* grâces accordées dans cet etul sont les commandcmvuts de Dieu ou la Loi dont Pelage fait un grand doge el elles seules 335 JANSÉNISNE, L’AUGUSTINUS, T. I conduisent à la vio éternelle, c. ni, iv. Pélag» distingue | trois états successifs du genre humain qui vit sous ta nature, sous h lol, sous la grâce, c. v; dans ccs trois états, le secours dc la grâce intervient, d'abord pour la rémission des péchés, c. vî, qui est produite spéciale­ ment par la fol au Christ, c. vn; la doctrine et l’exem­ ple de Jésus-Christ constituent une autre grâce, c. vin, qui prend diffirents noms suivant les différents effets qu’elle produit : elle révéle la sagesse, elle ouvre les yeux, clic promet une récompense, elle découvre les embûches, elle Illumine, clic persuade, elle enseigne, c ix Pélagc d’ailleurs dit positivement que la grâce de Dieu n’est pas nécessaire pour tous les actes et ainsi il est en contradiction formelle avec la doctrine chré­ tienne, r. x. Les pélagiens distinguent le secours de possibilité qui forti île la puissance, dc sorte qu’elle puisse vouloir ou agir; le secours de volonté et d'action fait que la volonté ct l’action sont produites réelle­ ment; avec le premier, la volonté reste Indétermi­ née à vouloir ou à agir, elle est vraiment maîtresse de ses actes, elle commande; c’est le secours sine quo non dont parle suint Augustin; avec le second, la volonté est déterminée dans un sens; c’est le secours quo fit actio. Le premier peut être identifié avec la grâce suffisante des théologiens modernes; le second avec la grâce efficace, c. xi. Les pélagiens n’admettent que la grâce dc possibilité qui aide l’homme à pouvoir agir, mais ne le fait pas agir effectivement. Cette grâce de puissance, laissée ù notre disposition et dont la volonté se sert à son gré, seule,d’après les pélagiens, sauvegarde la liberté; aussi ils rejettent la grâce de volonté ct d’action comme Incompatible avec la liberté. Pour eux, en effet, la liberté est essentielle­ ment Indifférente, biceps, bicornis. Est libre ce qui est rn notre pouvoir, or une action n’est certainement pas rn notre pouvoir, lorsque le secours nécessaire pour pouvoir dépend absolument delà volonté d’un autre: hoc liberum est quod est in polestate; in potestate autem esse non potest, si deest ad/ulorium per quod potest et quod slbi dure non potest, sed tanquum gratia pure gra· ulla ab alterius pendet arbitrio, c. xn. Par le fait que l’homme a été créé libre, il a reçu le pouvoir d’a«lr ou dc ne pas agir, car, si pour agir, il a besoin d’un secours étranger sans lequel 11 ne peut vouloir el qui lui est accordé comme une grâce purement gra­ tuite, il n’est pas libre d’agir, c. xn. Bien plus, l’acte pour lequel le secours de cette grâce est nécessaire n’est point l’œuvre dc l’homme, mais l’œuvre de celui qui a donné le secours, c. xm Ce secours, s’il est né­ cessaire, supprime la liberté ct les moines d’Hadrumète 1 (clarent que, dès lors, les exhortations ct les châti­ ments sont Inutiles, puisque c’est la grâce seule qui ait faire le bien, c. xiv; ce secours produit la coaction et la nécessité, c’est le fatum, puisque la volonté est déterminée au mal, quand ce secours n’existe pas, ct iU bien, quand Dieu l’accorde, c. xv. Dc plus,puisque ce secours ne dépend que dc Dieu, il est inutile dc faire des efforts personnels; on tombe dans une sécurité dangereuse qui engendre la paresse; on supprime le mérite ct la récompense qui n’est duc qu’au mérite, c xvi. Ici Jansénius fait allusion â ccs théologiens modernes qui n’admettent que la grâce de possibilité, autrement dit, la grâce suffisante Saint Augustin, ditil, n’a jamais parlé d’une telle grâce : Il n’admet, dans fêtât actuel, que la grâce médicinale qui réellement fait vouloir ct agir, c. xvn. Ixs pélagiens trouvent le secours de possibilité interne pour Γintelligence dans la connaissance, les révélations et les illuminations, c. xvni, pour la vo­ lonté dans les circonstances et dans le concours géné­ ral de Dieu sur toutes ses créatures, c. xix, xx; ce concours général suffit pour tous les actes naturels, ce · Vu »eoir, *e tenir debout, marcher, etc., c. xxi LE PÉLAGIANISME 33G En même temps que le concours général, les pêlaglcns, au dire de Janséntus, admettent dans cette troi­ sième phase, la grâce habituelle, c. χχιι-χχνιι, pour effacer les péchés ct produire dans l’âme une vraie rénovation; c’est ce que prouvent les effets privatifs et positifs du baptême, par exemple, qui efface les fautes, procure le salut, restaure la nature, libère l’âme dc l’habitude du péché, c. xxin, ct cn même temps régénère et Illumine l’âme, lui donne la foi, lui procure la justification, la sanctification, la procréation spi­ rituelle, l’incorporation au Christ, l’onction du SaintEsprit, c. xxiv, la réconciliation avec Dieu, l’adoption spirituelle; elle fait de l’âme le temple dc Dieu ct nous rend héritiers et cohéritiers de Jésus-Christ, c. xxv. Il est sûr, déclare Jansénius que, quoi qu’en disent certains théologiens modernes (Ici il attaque Suarez et Molina sans nommer ce dernier) les pélagiens admet­ tent l’existence d’une grâce habituelle; sans doute, aucun acte ne dépasse les forces dc la nature ct du libre arbitre, mais cependant la grâce habituelle Intervient pour clfaccr les péchés ct combattre les tentations; alors elle agit conjointement avec la puis­ sance même de la volonté, c. xxvi-xxvn. Les grâces actuelles augmentent la puissance de la volonté, mais le vouloir lui-même ct l’action ne dépendent que de la volonté non ut voluntas ad actum suum victrice illa gradua delectatione flectatur,sed potius ipsi gradua quan­ tum ad agere spectat aut non agere invicte dominelur. La grâce actuelle Intervient, pour certains modernes, dans les mouvements indélibérés de la volonté pour l’exciter et la forti Hcr, mais sous le contrôle de la vo­ lonté. Les pélagiens ne rejettent point la grâce cn elle-même, mais seulement toute intervention dc la grâce qui détruirait Γ Indifférence dc la volonté,car cette Indifférence leur est plus chère que la pupille dc leurs yeux : illam indifferentiam ad dominatricem arbi­ trii poteslatem ac nutum semper pelagiuni pupillis oculorum suorum habuere cariorem, c. xxvni. D’après Jansênius, Pélagc n’a point, à cc sujet, changé sa doctrine après sa condamnation par le pape Zozline, c. xxix, xxx, quoi qu’en dise un habile homme qu’il ne cite pas, mais qui pourrait bien être l’abbé dc Saint-Cyran, lequel, en fait, soutient une opinion contraire. L. VL L’étude dc la quatrième phase du pélagia­ nisme occupe tout ce livre; c’cst le moment où l’hé­ résie prend figure dc seml-chrisllnnisinc. Par les forces de la nature ct sans la grâce, l’homme peut commencer les bonnes œuvres ct la grâce ne devient nécessaire que pour atteindre la perfection, c. u, au moins pour l’atteindre plus facilement, c. m. Cette grâce n’est point gratuite; clic u été méritée par le premier désir du bien qui est lu fol, la prière, la conversion, c. iv, v. Reprenant une thèse d’Origène, le pélagianisme rejoint le nestorianisme et va jusqu’à dire que c’est par les mérites de son libre arbitre que Jésus-Christ est devenu Dieu, c. vi. La prédestination elle-même n’est point gratuite, car le salut ne dépend que du libre arbitre, c. vu. L’homme naît sans vertu ct sans faute et Dieu veut le salut de tous. La grâce du Christ consiste tout entière dans sa doctrine et dans l’exemple de ses vertus, c. vm. Les pélagiens distin­ guent Γélection des mérites par laquelle on est (lu d’a­ près les mérites qu’obtient l’observation de la loi ct des préceptes ct Γélection de la grâce par laquelle gra­ tuitement on est appelé au salut par la fol; mais, même dans ce dernier cas, l’élection est déterminée, cn quel­ que manière,par les mérites antécédents, c. ix. Quant à la prédestination, elle vient, comme la réprobation de la liberté humaine, et pour les enfants, de la prévi sion de ce qu’ils auraient fait, s’ils avaient vécu, c. x. Les pélagiens ont Introduit dans l’Églisc la notion dc la nature pure, dit Jansénlus. Les en fan U naissent 337 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. I. LE PÉLAGIANISME Innocents ct les misères dc cette vie sont essentielles ù la nature humaine, elles ne sont point des punitions du péché. Les scolastiques disent que les enfants ne sc distingui it d'Adam que · comme un homme dé­ pouillé s< distingue d’un homme nu ^ttinquam spolia­ tus u mido: ils n’ont, cn plus, que le péché par lequel a été perdue l'intégrité de l’institution première; Ils seraient nés avec la seule nature pure qu'ils ne diffé­ reraient pas dc l'état dans lequel ils naissent actuel­ lement, c. xi. Jansénius cherche les précurseurs de Pélagc ct il les trouve dans le prêtre Bu fin, le moine Évagre, dans Palladius, Jovlnlen, Prisciliien, les manichéens, les euchltcs, c. xii ; mais la principale source du pélagia­ nisme est Origi ne, le père dc toutes les hérésies, par ses doctrines sur le libre arbitre, sur l’indifférence, la loi de nature ct la loi de Moïse, sur le mérite et la grâce, sur lu prédestination ct la vocation, sur le péché originel, c. χιιι-χνπ, La source plus éloignée de l’hé­ résie pi laglcnnc est la philosophie païenne de Pythagore, des stoïciens et surtout d’Aristote; c’est dans l’of­ ficine des philosophes que sont nés les dogmes péla­ giens, qu’ont été forgées les armes dont sc servent ces hérétiques pour soutenir et défendre leurs thèses sub­ versives, c. xvni. Tout ce chapitre est une attaque véhémente contre la philosophie et annonce déjà cer­ taines parties de la préface qui se trouve en tète du L n dc Γ Augustinus. A travers scs diverses phases, le pélagianisme con­ serve toujours son même caractère : c’est un orgueil insensé, c. xix, xx. Ses fondateurs recherchent la nou­ veauté, la renommée, la gloire, la flatterie; Ils allec­ tent la sainteté ct montrent partout dc la jactance ct dc l'hypocrisie; ils poursuivent la richesse sous le couvert de la pauvreté, parfois, au contraire, ils affichent un faste séculier, c. xxi, xxu ; Ils ont une grande estime des sciences profanes et des arguties dialectiques, ce sont des singes d'Aristote qui abusent du syllogisme. Ils cn appellent des juges ecclésiastiques qui les condamnent aux philosophes péripatéticlens. Chez eux, on trouve un véritable prurit d’écrire des ouvrages nombreux avec le mépris des ouvrages des autres qui, à leurs yeux, ne sont que dc pauvres igno­ rants; ils travestissent la pensée d'autrui, s’attribuent des ouvrages qu’ils n’ont point faits ct nient ceux dont Ils sont les vrais auteurs, c. xxm. Ils simulent la sainteté et on les u trouvés pleins dc vices ct de débauches hon­ teuses; ils trompent comme des renards; ils usent de mensonges, d'équivoques, d’amphibologies ct dc res­ trictions mentales, c. xxiv. Enfin, Ils exposent les dog­ mes d’une manière ambiguë et affectent d’être entiè­ rement soumis à l’autorité de l’Églisc romaine, c. xxv. Visiblement ce sont les jésuites que décrit Ici Jansénius. Les Marseillais, —c’est ainsi que Jansénius appelle ordinairement les scml-pélugicns, — ont atténué les di­ verses thèses pélaglennes. Les deux derniers livres (Vil ct VI11) sont consacrés A l’étude du seml-pélaglanlsme. Livre VII. Saint Augustin, au dire de Jansénius, a peu écrit sur la prédestination avant les difficultés sou­ levées par les moines d’Hadrumète et 1rs Marseillais, parce qu'il savait l’obscurité particulière de cette déli­ cate question, c, i. Les semi-pélagiens, dès l’origine, sc divisèrent cn sectes nombreuses; quelques-unes de leurs opinions sont formellement pélagicnnes : ainsi les théories de Faustus sur les forces dc la nature ct de la grâce, c. n; leurs thèses d’ailleurs changèrent avec le temps, c. m. ct saint Augustin hd-même accepta un moment leur erreur avant son épiscopat, c. iv. Le fond dc l’hérésie scml-pélngicnne est la négation du choix ct de la prédestination faite par Dieu dès l'origine; pour eux, la grâce et la vocation ne sauraient être la suite d'un décret divin posé à priori, c. v. Cette 338 doctrine ressort très nettement des textes d’Hllalre qui fat toque, c. vî, et dc Faustus qui l’expose, c. vn. D’après les semi-pélagiens. la prédestination gra­ tuite n’est que le fatalisme païen, c. vni ; si le décret divin précède et détermine la volonté, c’est un décret Immuable, indépendant de notre volonté et souverai­ nement efficace, c ix;par suite, il supprime toute li­ berté pour le bien ou le mal, il crée une véritable né­ cessité d’agir ou de ne pas agir, c. x. Ce décret a priori provoque le désespoir du pécheur et produit la paresse et l'inertie chez les saints, c. xi;il rend inutiles tout précepte, toute exhortation, toute correction, c. xn; il supprime la prière et l’obligation de prier, c. xm, et divise tout d'abord et définitivement les hommes en deux groupes, en deux masses destinées, l’une à la vie, l’autre à la mort ; c'est la réédition du manichéisme c. xiv. Les conséquences d'un tel fatalisme sont nette­ ment contraires à I*Écriture, car Dieu n'aurait pas la volonté vraie et sérieuse de sauver tous les hommes et de les conduire tous à la fol, c. xv; dés lors, les péchés des damnés seraient justement Imputables à Dieu, c. xvi. Enfin la thèse de la prédestination antécédente et gratuite est formellement opposée aux affirmations catégoriques des Pères, c. xvn. L'erreur fondamentale des semi-pélagiens, conclut Jansénius, tient à une triple principe : 1· le décret di­ vin de la prédestination doit être postérieur à la pré­ vision des mérites et doit reposer sur cette prévision; cn un mot, pas de prédestination gratuite; 2* ce décret divin doit tenir compte non seulement de la bonne volonté qui commence à croire, à aimer et à espérer, mais aussi de la persévérance; 3· l’exécution de ce décret est obtenue par des grâces qui sont toujours dé­ pendantes de notre volonté, car toute grâce qui déter­ mine la volonté humaine supprime la liberté ellemême. Ce sont, ajoute Jansénius, les raisons même apportées par les molinistes, c. xvni. L. VIII. Dans le dernier livre, Jansénius s'attache à montrer en quoi précisément le semi-pélagianisme diffère du pélagianisme proprement dit et en quoi Use rapproche du catholicisme; en maints endroits, U Identl fie la doctrine des Marseillais avec celle dc Molina auquel U fait des allusions visibles. On a l'impression très nette que, derrière les semi-pélagiens, Jansénius veut atteindre les molinlstes ou, suivant sou expres­ sion, les théologiens nouveaux. Les scml-pélaglcns, contrairement ù Pèlage qui avait voulu Introduire la philosophie païenne dans l'Église, s’appliquent à conserver la grâce de Jésus Christ, ils admettent le péché originel qui a blessé la nature humaine : l'homme est devenu si faible qu'il est incapable, par lui-même, de faire aucune œuvn de Justice, incapable de persévérer dans la pratique de la vertu; mais 11 y a chez lui quelque puissanct naturelle de faire le bien ct cette puissance naturelle aidée de la grâce suffisante, accordée à tous, peut re­ cevoir Γ Évangile ct se donner un commencement d< fol; Dieu seul donne l'accroissement. La foi n’esl point gratuite, car elle est accordée au mérite du libre arbitre. La grâce et le baptême sont nécessaire·, non seule ment pour effacer le péché, mais encore pour parfaire les bonnes œuvres, c. î. Au sujet dc la troublante question de la prédestination, le seinl-pélagianlstiK distingue deux décrets divins : l'un général qui est conditionnel, l'autre particulier qui est absolu, c. n. En vertu du décret général. Dieu accorde à tous les hommes des bienfait· et des grâces suffisantes com­ munes : l'incarnation, In rédemption, le baptême sont pour tous les hommes; à tous sont également accordées des grâces extérieures et Intérieures,c. ni. La première dc ces grâces générales est la prédication de l'Evangile et la connaissance de la dôclrlm «I. »·η fait, cette 339 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. II. MÉTHODE DE LA THÉOLOGIE grâce n’attclnt pas tous les hommes, c’est en vertu de la science conditionnelle par Inqutile Dieu connaît ceux qui auraient été sauvés, s’ils avaient vécu (en­ fants) ou qui auraient cru, s’ils avalent entendu prê­ cher rÉvangile (adultes), c. îv. La seconde grâce géné­ rale est formée par les restes de l’intégrité primitive de notre nature, par la naturelle possibilité de faire le bien qui persiste chez tous les hommes et qui per­ met de faüc quelques actions bonnes, c. v. La troi­ sième grâce générale est la grâce actuelle interne, suf­ fisante pour croire, mais non point pour agir. Les scmipélagiens, en efTet, affirment la nécessité d’une telle grâce pour Adam lui-même, A plus forte raison pour l’homme déchu, c. vi, mais ils signalent avec soin que cette grâce laisse A la volonté toute liberté d’agir. Gennade et Cassicn soutiennent cette thèse . la grâce est pour la volonté une occasion de croire et de sc convertir, car c’est avec cette grûce et non point sans elle que la volonté sc convertit. Le pèche n’a pas fait perdre A la volonté le pouvoir de choisir, la volonté peut toujours accepter ou rejeter les Inspira­ tions de la grâce, en sorte qu’en aucune façon la grâce ne détermine la volonté et ne produit l’élection, c. vu. Saint Augustin, avant son épiscopat, avait les mêmes Idées qu’auront plus tard les Marseillais; pour lui la foi et la prière n'étaient pas des dons de Dieu venus de la grâce, sinon en ce sens que la grâce précède la prédication de la vérité De même que l’œil, quelque sain qu’il soit, ne peut rien voir sans la lumière, de même la volonté, quelque saine qu’elle soit, ne peut opérer une bonne action sans le secours de la grâce : l’œil volt avec la lumière, comme la volonté fait la bonne œuvre aoec la grâce, c. vm. Ainsi les Marseillais ne sont pas, comme les pélagiens, des ennemis de la grâce; ils admettent une grâce générale et suffisante; c’est par cette grâce qu’ils expliquent la prédestina­ tion et un théologien moderne, Molina, (il est cité nom­ mément ici pour la première fois) a repris cette thèse, c. ix. Cependant, dit Jansénius, les scinl-pélagiens ne parlent pas souvent de celte grâce Interne, parce que, dans leurs controverses avec saint Augustin, celte question n’était pas débattue; pour eux, cette grâce est conservée dans la nature Intègre que nous a lais­ sé*· la faute d’Adam, c. x. La naturelle possibilité de faire le Lien, vestige de cette intégrité primitive, est le principe du salut qui comprend la foi au médecin, le désir de la guérison cl la prière; ainsi le commence­ ment du salut vient de l’homme lui-même, c. xi, xn. L’homme, par ses seules forces, peut produire les actes essentiels au salut : crainte, douleur, sollici­ tudes, volonté ou plutôt velléité de bien vivre sc ma- , nlfestanl par des prières, c. xm; cependant il ne peut arriver A la fol entière, il n’aboutit qu’au commence­ ment de la foi et ne peut persévérer dans la poursuite de lu fol cl dans son accroissement, c. xiv Celle per­ sévérance dans la foi cl dans la justice elle-même est un don de Dieu qui ne peut être obtenu que par la prière; mais comme la prière depend de notre libre volonté, il faut conclure que la persévérance vient Indirectement de l’homme, c. xv. Le' Marseillais accordent que la foi et la prière sont déjà un eikt de la grâce, c xvi, mais ils réduisent A rien cette concession, cnr,disent-ils, l:i grâce est obtenue par le bon usage de la liberté ; c’est a l’occasion de ce bon usage que Dieu miséricordieusement donne la grâce. Les auteurs récents (les molinistes) Interprétant le fameux texte : l'uclenti quod in sr est (per vires naturu) béas non deneyut gratiam, disent sans ambages que rbomtnt, par les seules forces de sa nature, peut se dis­ poser prochainement à la grâce. D’après Lessius, ces actes naturels sont V occasion de la grâce et cet auteur est d’accord avec Molina pour affirmer que. durant celte vie, notre salut depend toujours de notre liberté; 340 or crin même est le fond des erreurs seml-pélaglennei : la volonté précède, lu grâce suit. Les actes bons mé­ ritent lu grâce et ne viennent point de lu grâce, malt de la nature, c. xvn. Dès lors, Lien que les mots soient plus récents, on peut dire qu’ils admettent le mérite de congruo, mais point le mérite de condigno, parce que les forces humaines sont trop faibles, c. xvin. D’après Cassicn, comme d’après suint Augustin, saint Prosper et suint Hilaire, le secours qui vient après lu foi est une vraie grâce, c. xix, quoi qu’en disent les nouveaux théologiens, et celte grâce ne s’oppose en rien A la liberté, c. xx. Les semi-pélagiens admettent la prédestination consécutlve A la prévision des mérites: Dieu élit ceux qu’il a prévu devoir persévérer jusqu’à la lin par leur liberté agissant avec la grâce. Cette prédestinât Ion présente les apparences d’une rétribution, d’une récompense, sinon dans l’exécution, du moins dans la prévision divine, car la prédestination n’existe que pour celui dont la volonté libre aura paru produire la foi et la persévérance dans la foi et dans lu grâce, c. xxi. Le nombre des élus est déterminé, en ce sens que Dieu connaît le nombre de ceux qui persévéreront, mais 11 n'est p is déterminé en ce sens que Dieu, sans tenir compte de la volonté humaine, aurait fixé le nombre des élus. Dieu ne fait qu’enregistrer, en quelque sorte, le nombre de ceux qui devant persévérer sont, par le fait, prédestinés et sont connus comme tels par Dieu. Tout autre prédestination favoriserait le désespoir el la paresse, c. xxu. C’est faussement que les seml-pélaglens, et, A leur suite Hinemar de Reims, Baronius, Suarez, ont inventé l’hérésie du prédestinatianlsme dont saint Augustin et saint Prosper ne font aucune mention. Gennade a, le premier, parlé de celte pré­ tendue hérésie qu’il extrait des ouvrages de saint Augustin mal compris. Sigebert et Hinemar n’ont fait que le reproduire, ce dernier contre Goltcscalc. Le prcdeslinallanisme est une hérésie imaginaire lu Venice par les scmi-pélagiens contre saint Augustin et la doctrine catholique. Jansénius défend Gottcscalc contre les attaques d’Hinemar, par l’autorité des conciles de Lyon et du H l* concile de Valence, c. xxm. Comparer cet exposé du pélagianisme avec celui qu’en a fait le P. Portaliè, t. 1, col. 23X0, 2383-2387. H. Doctiune de la orach. — En opposition, aux erreurs des pélagiens cl des scmi-pélagiens exposées au t. 1·', Jansénius étudie la vraie doctrine calholique de la grâce nux l il et xn. /. toàîe il. — Le t. n s’ouvre par un livre prélimi­ naire qui sert d’introduction : Jansénius s’applique A caractériser la méthode de la théologie cl à nu lire en relief l’autorité singulière de saint Augustin dans les questions d« la grâce cl d<* la pndestination. 1° Introduction. - ï. Mtthode de tu théologie,— Con­ trairement A la philosophie qui, s’appuyant sur la raison, ne fait qu’ergoter cl discuter, lu théologie fait appel à la mémoire, a l’autorité, A la tradition, ca-tv. La philosophie, quand elle s'introduit dans la thvolo glc, ne produit que des effets désastreux. Les Pères n’ont écrit que par nécessité cl iorsqu’Origène, le premier, voulut exposer la religion avec des principes empruntées A Platon et A Aristote, il sema les germes de toutes les hérésies : Arlus, Macédonius, Pholtus, Pélagc, sont issus de lui, c. v. Nolre-Sclgnrur n’a point voulu faire de nous des savants; il nous a donné une simple connaissance des vérités divines, la trinile, l’incarnation, sans l’explication, le quomodo, de ces viril» s. c. vi. On peut chercher A approfondir les grandes vérités surnaturelles pur la raison, mais c’est un procédé dangereux, c \ii, car cette nulhode ne conduit qu’à des discussions, t.hrmin faisant, cl c'est peut être la seule allusion qu’il fera A ce sujel Jan- 341 JANSÉNISME, L’AI DESTINES, T. 11. MÉTHODE DE LA THÉOLOGIE sénlus sc déclare nettement contre la probabilité extrinsèque des casuislcs cl II proteste contre leur ordinaire maxime qui est. dit-il, Aude tantum, nus /aci· nuis probabile, c. vm. L’Écriture et la tradition sont les seules sources de la révélation et de la théo­ logie; ce sont Ica conciles et les Pères des premiers siècles qui ont posé les limites de la théologie, c. ix. L'hérésie pélngicnnc est issue des plus purs prin­ cipes de la philosophie aristotélicienne, c. x. Après avoir proclamé que la théologie doit s'ins­ pirer uniquement des sources de la tradition et n'em­ ployer que la méthode d'autorité, Jansénius, dans un passage curieux, préconise une methode toute dilTérente, une méthode Intuitive que certains regardent, bien /i tort, comme une forme d'illuminisme. • Il y a, dlt-il, c. vu, début, deux méthodes pour péné­ trer les mystères divins que la révélation nous propose : l'une est celle des raisonnements humains, suivie par les philosophes; elle est sujette à beaucoup d'erreurs.» Jusque-là. rien à noter de nouveau, mais un peu plus loin, Jansénius continue, et ceci est singulier. · L'autre méthode part de la charité enflammée par laquelle le cœur d<· l'homme est purifié et Illuminé de manière ù pénétrer les secrets de Dieu, contenus dans l'écorce des Écritures sacrées cl dans les principes révélés eux-mêmes. Ce mode de comprendre est très familier aux vrais chrétiens. C'est par ce moyen que dans les personnes spirituelles, hommes ou femmes, à mesure que la charité s'accroît, la sagesse croit aussi, jusqu'à ce qu'elle arrive à son jour pariait. En efTet. de même que l'arbre naît de la semence et qu'à son tour la semence naît de l'arbre et qu'alnsl l'un et l'autre, par cette production réciproque, se multiplient Λ I’m fini, ainsi la connaissance de la fol chrétienne suscite l'amour de la charité, et opère par elle; celle charité aussitôt provoque une nouvelle lumière de connais­ sance; cette lumière excite la flamme de la charité qui, de nouveau, engendre une lumière; cl ainsi, flamme cl lumière s'excitant et s'engendrant,conduisent Pâme à la plénitude de la ferveur et de la lumière, c’est-à-dire A la plénitude de la charité et de la vérité, c’est-àdire à la plénitude de la sagesse. » 11 ajoute que ces deux méthodes conduisent à des résultats bien différents:* la première conduit à des vérités épineuses, arides, spéculatives cl, par suite, frivoles et inutiles; la seconde, au contraire, conduit à des vérités qui, soit qu’elles sc rapportent ù Dieu, soit qu’elles sc rapportent à l’ordre, soit qu’elles sc rap­ portent à lu règle des mœurs, sont savoureuses et Influent profondément, medullitus, sur la charité d’où elles étaient sorties. · 2. Autorité de saint Augustin. — Dans son auto­ biographie, Jansénius raconte la résolution qu’il prit dès le temps où 11 fut témoin des controverses théolo­ giques; Il ne trouve pas lu vérité dans les livres sco­ lastiques qui sont de pures élucubrations de la méta­ physique aristotélicienne. 11 étudie les Conciles et Ici Pères et, parmi eux, surtout saint Augustin : pendant vingt-deux ans, il s’est plongé, immersus /ai, dans ce docteur chez qui il a trouvé réunies les doctrines dis­ persées çà et là dans les livres scolastiques et II a com­ pris leur sens en les replaçant là d’où elles avalent été arrachées. Alors Jansénius commence l’éloge vraiment dithy­ rambique du grand docteur de la grâce, c. xn-xxiv. Il suffit de citer le litre des chapitres qui se succèdent : Saint Augustin a posé les quatre thèses fondamen­ tales du christianisme contre les quatre erreurs les plue formidables : l’unité du chef de l’Église, l’unité du corps de l’Église, l’unité du baptême qui incorpore à l’Église, c. xn» et enfin l'unité de la grâce· c. xm. Le premier, il a ouvert aux fidèles et à l’Église l’in­ telligence de la grâce divine et du Nouveau Testa­ 342 ment. La doctrine de vürt Augustin sur la grâce est évangélique, apostolique, catholique, d’une autorité Irréfragable, écrite au noin de toute l’Église, au mi­ lieu du silence de tous les théologiens, c. xiv; sa doc­ trine a été approuvée cl consacrée en termes magni­ fiques par les papes Innocent, Zozlme, Cé lest In, Léon, Hormlsdas, Félix II, JeanII, Clément VIII, c. xv. Et pourtant certains modernes n'ont pas craint d'atta­ quer cette doctrine ainsi approuvée par l’Église, c. xvl Saint-Augustin a surpassé tous les écrivains latins cl grecs par l'abondance des lumières naturelles et surnaturelles, c. xvn. Son éloquence, son érudition, sa sagesse ont été célébrées par les éloges magnifiques des écrivains de son temps et des temps qui ont suivi» c. xviîi. La force de la grâce a paru dans sa vie encore plus que dans ses écrits, dans cette conversion éton­ nante qui le rend semblable û Madeleine, à Pierre et surtout à Paul et dans l'institution des religieux qui sc sont répandus en cinquante-quatre ordres, c xix< 11 présente une surprenante ressemblance avec Paul par les marques de l’élection divine qui a brillé même dans sa vie dissipée, c. xx. En tous deux, on trouve un sens profond, l'intelligence et la prédication . de la grâce chrétienne, qui venaient de leur amour, premier efTet de la grâce, c. xxi. Les docteurs qui sont venus après lui ont appris de lui la grâce et la théologie : tout ce qu'il y a de solide chez les Pères grecs au sujet de la grâce vient de saint Augustin; chez les latins, la chose est encore plus évidente et saint Thomas n'a Lut, dans sa Somme, qu'un résumé de saint Augustin À l’usage des débutants. Si donc on a pu dire de saint Thomas qu’il a fait autant de miracles que d'articles, que dire de celui qui a fait de saint Thomas un te) thaumaturge, c. xxu. Saint Augustin, dans scs écrits, a fixé les limites de la science théologique: aussi tousles théologiens veu­ lent être ou paraître auguslinicns : Omnes nune augusttnianl esse aut oideri oulumus, c. xxiu. C'est qu’Augustin est « le Père des Pères, le docteur des docteurs, le premier après les écrivains canoniques, vraiment sûr entre tous, subtil. irrefragable, angélique, séraphique, très excellent el inclTablemcnt admirable », c. xxiv. Au cours de ce chapitre, se développent ces épithètes : Augustin est sfr, car il fonde sur des principes immua­ bles toutes scs doctrines au sujet du chef cl du corps de l’Église, de la trinllé, du baptême, de la grâce; subtil, parce qu’il répand une lumière éclatante sur les points les plus obscurs en particulier sur la grâce; irréfragable, car, dans la défense des mystères de la grâ«c et de la prédestination, il a soutenu l'autorité Inébranlable des papes, descanons synodaux de l’Église et a écrasé tous les hérétiques; angélique, car il vécut comme un ange et brilla d’un éclat tout céleste; séra­ phique, car personne, après les apôtres, ne s’arracha autant que lui aux passions d’kl-bas, n'adhéra plus I fortement à la vérité cl ne répandit les flammes de l’amour divin; très excellent et ineflablement admirable, car. docteur de la grâce, après les c cri vains sucres, il a pénétré, expliqué, la grâce plus clairement, plus plei­ nement et plus profondément, c. xxiv. Bref, saint Augustin est le docteur infaillible et, en particulier sur la question de la grâce et de lu pré­ destination, son autorité est absolue. Pour exalter saint Augustin, Jansénius est allé jusqu’à écrire : • C’est le rôle de l’Église de proposer et d’exposer aux fidèles les articles de foi combattus par les hérétiques et obscurcis par la négligence des hommes; mais par un changement de rôle, dans les débats sur la grâce, Dieu a choisi Augustin, ce vase d’élection, dès le sein de su mère, pour cette mission...; tandis que, dans les autres chapitres de la doctrine chrétienne, quand ils sont attaqués par les ennemis, tous les docteurs ont coutume de tirer de l’Église leur science et le décret 343 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. II. MÉTHODE DE LA THÉOLOGIE suprême de vérité; ici, au contraire, l’Église lire sa science, non pas de tous les Pères ct docteurs qu’elle conseille d’habitude pour terminer les controverses, mais elle les puise dans saint Augustin seul. Ce que je n'oserais dire si tous les savants n'étaient d’accord sur ce point : tous les décrets par lesquels furent écrasés les subtils ennemis de PÉglisc, autrefois dans les con­ ciles de Carthage ct d’Orange et, plus récemment au concile de Trente, sont empruntés mot à mot à saint Augutln; toute l’Église a Jugé que les doctrines de saint Augustin sont dogmatiques et canoniques. · La plupart des autres chefs de doctrine se rattachent à lui. · Nous montrerons, dit Jansénlus, que presque toutes les vérités dont on dispute dans ce siècle ont été défendues par saint Augustin ct l’Église catholique comme étant de foi catholique. » Il est absolument dangereux de chercher de nou­ velles voies sur Ja question de la grâce, sous prétexte que saint Augustin a laissé subsister certaines diffi­ cultés ou que des théologiens plus récents ont ap­ porté de nouvelles lumières, c. xxvi. C'est dans saint Pau) et dans saint Augustin qu'il faut chercher les principes sur la grâce ct c’est de saint Paul que saint Augustin a tiré, comme de leur source, toutes scs thèses sur la corruption de la nature, sur la grâce et la prédestination; aussi 11 faut étudier avec persévé­ rance durant toute la vie, sa doctrine et ne pas seule­ ment parcourir ses ouvrages d'une lecture désordon­ née, « comme un chien qui boit dans le Nil en passant », c. XXVIJ, C’est pourquoi lui-même a lu ct relu dix, vingt, trente fois les écrits de saint Augustin, en adressant à Ditu d'ardenlcs prières; il s’est convaincu que beau­ coup de théologiens sc sont écartés de saint Augustin : • J’ai été épouvanté. Je l'avoue,plus qu’on ne peut le dire de constater très clairement avec quelle Inintel­ ligence les opinions capitales du grand docteur ont etc tirées ct tordues par les modernes en divers sens tout opposés au véritable, avec quel aveuglement parfois les erreurs qu'il combattait avaient été prises pour scs assertions personnelles ct des erreurs pélaglennes plus de dix fois réfutées par lui avaient été regardées comme des vérités augustiniennes; comment enfin les objections à lui faites étaient acceptées et étalent regardées comme scs propres réponses ct ses solutions même, » c. x. La cause, Punique cause de toutes ces erreurs, c’est l’obus de la philosophie dont les nouveaux théolo­ giens se sont enivrés, tandis qu'ils négligeaient les écrits de saint Augustin qui, le premier, a tiré des té­ nèbres ks plus obscures les vérités les plus profondes; s'appuyant sur les seules lumières de la raison hu- 1 maint, ils ont voulu extraire, pénétrer, former, Juger ces mystères cachés qui.de nouveau, ont été ensevelis, C. XXVIU. Pour lui, en humble disciple. Il s'est attaché à saint Augustin. « Je me suis approché, espérant en Dieu que je ne serais point frustre du fruit de mon travail, c’està-dire de lu connaissance de la vérité et de la doctrine par laquelle Augustin triompha des pélaglcns et dont l’Églim fait un grand éloge. Pour ccla.il fallait puiser à cette fontaine avec la simplicité d’esprit convenable et avec l’avidite du connaître b vérité ; i) fallait déposer les préjugés des divers systèmes dont, en mon adolescence, j’avais été pénétré dans les écoles de thiulogic; il fallait tne montrer non le Juge de ses écrits, mais son disciple; il fallait ne pas chercher si les premières opinions que j’avais embrassées avant de k lire pourraient être plaçées sous son patronage (sous ses ailes) et défendues par lui, comme quelquesuns le font aujourd’hui; il fallait ne pas recueillir dans saint Augustin quelques opinions pour en tirer ▼enité, pour provoquer des applaudissements et pour 344 confirmer plutôt que pour corriger les propres opi­ nions; au contraire, Il fallait me résoudre avec une entière conviction à le suivre avant tous les autres, ù corriger selon scs paroles et scs pensées toutes mes pensées, à croire qu’il s'est suffisamment expliqué et qu’il n’a pas dépassé la mesure, suivant la parole du pape Célestln contre les plaintes des Marseillais res­ suscitées par les modernes, en lin, à recevoir avec l’es­ prit le mieux disposé, sans aucune contention, tout ce qu’il a enseigné sur ce sujet, comme Indubitable, ro­ main ct catholique, c. xxv. Le but de Jansénlus est donc uniquement de décou­ vrir l'esprit de saint Augustin au sujet de la nature humaine, de la grâce ct de la prédestination; il ne cherche point ce qu’il faut penser, mais ce que saint Augustin a enseigné au nom de l’Église; il ne se de­ mande pas si telles ct telles propositions sont vraies ou fausses, mais si elles sont de saint Augustin. Dans ce commerce assidu, il pense avoir atteint une con­ naissance complète des doctrines de saint Augustin. • Si pourtant quelqu'un croit qu'il a abandonné la vole royale pour connaître l’opinion de saint Augustin, il le prie de lui rendre un grand service et de lui faire connaître ce que Dieu a inspiré ct révélé de plus cer­ tain ct de plus clair que ce qu’il a lui-même trouvé dans saint Augustin. » Mais cette hypothèse ne sem­ ble pas possible : Verumlamen memor sil instituti mei, ne multum lacertos fatigando umbram ferlai. Bref, Jansénius sollicite des corrections, mais il ne croit pas qu'on puisse lui en faire, tant il est sûr d’avoir trouvé le vrai sens de saint Augustin, c. xxix. Cependant Jansénius se soumet absolument au Ju­ gement du Saint-Siège et des successeurs de saint Pierre. · J'ai résolu, depuis mon enfance Jusqu’à mon dernier soupir, de prendre pour guide de mes senti­ ments l’Église romaine et le successeur du bienheureux Pierre. Je sais que l’Église est bâtie sur cette pierre. Quiconque ne ramasse pas avec lui disperse; chez lui seul, est conservé l’héritage incorrompu des Pères. Tout ce que cette chaire de Pierre, en la communion de laquelle J’ai vécu dès mes Jeunes années et Je veux vivre et mourir, tout ce que le successeur du prince des apôtres, le vicaire de Jésus-Christ, chef, modérateur et pontife de l’Église chrétienne universelle, prescrit, Je le tiens; tout ce qu’il désapprouve. Je le désap­ prouve; tout ce qu'il condamne, Je le condamne; tout ce qu'il anathématlse, Je l’anathématisc, » c. xxix. Après une telle profession de fol qu’on retrouve en d'autres endroits ct, en particulier, dans le testament qui est en tête de V Augustinus, on ne doit avoir au­ cune inquiétude sur la soumission de Jansénlus au Jugement de Rome et des papes. Pourtant le ch. xxx qui termine cette longue intro­ duction laisse entrevoir de singulières réticences. Que faire, si on constate un désaccord entre les thèses des théologiens modernes et celles de saint Augustin? Il est certain que les scolastiques ont enseigné ct en­ seignent encore comme dogmes de fol des doctrines qui sont rejetées par saint Augustin; mais ils les enseignent comme opinions personnelles, et ils sont prêts à les abandonner où ù les corriger, si on leur montrait que ces opinions sont contraires à l’Écriture, any conciles ou aux pontifes romains. Par suite, l’Église universelle n’est point souillée par une erreur dogmatique, car ce n’est pas l’erreur, mois la téna­ cité dans l’erreur qui fait l’hérétique. 11 n’y a pas d’erreur non plus dans le cas où, sur des sujets pleins de mystères, les théologiens,tout en conservant la fol, soutiennent des opinions qui, en réalité, mais d’une manière occulte, détruisent la fol C’est ainsi que des scolastiques cl, avec eux, l’Église font profession d’une foi très pure, dans leurs canons, leurs prières, l’Oraison dominicale qu’ils recitent chaque jour et 345 JANSÉNISME, L’A UGUST IN Ut>, T. II. LA GRACE D'ADAM 346 où est contenu lout ct que Maint Augustin enseigne au tlluc l'état de justice originelle, c. il Sans doute, sujet de la grâce et de la prédestination. Aussi une quelques théologiens modernes, comme Molina Cor­ opinion scolastique, quelque ancienne qu’elle oit, neille de la Pierre, Suarez, ont prétendu qu*- le premlr r quel que soit le non.Inc de ceux qui la patronnent, homme avait des désirs naturels d'excellence,des ten­ quelle que soit son extension dans l’c price et dans k tations d'orgueil, mais leurs thèses th éo logiques qui temps, ne ternit point la fol de l’Église. Celle cl tolère s'appuient sur des fondement» philosophiques, sont les opinions ct les crr< un même dans les matières · b* contraires à la doctrine la plus pure (castissima) de cures; mais lorsque, pur les discussions des savants suint Augustin, c. ni. La thè*e du P, François Garasse et les décisions des conciles, la vérité lui npp irait, elle qui affirme que le premier homme serait mort, quoi­ ne sc laisse point Impressionner par l'antiquité des que sans douleur, est également contraire à la doctrine opinions, elle les examine de nouveau et les rejette, si catholique qui soutient que la mort est un châtiment elle le juge nécessaire. Si on lui oppose le grand nombre du pcché, c. iv. Les autres maux qui accompagnent la des théologiens modernes, cela ne l’émeut point; si, en mort n'existaient pas chez Adam innocent, car ces effet, on compare l'érudition à l'érudition, loi théolo- ' maux ne viennent point de l'institution divine, mais glens ne seront pas étonnés que l’Église ait confiance, 1 de la volonté positive de Dieu qui a puni la malice quand il s’agit des très pures sources de l'Écriture et de la volonté humaine, malum non rx institutione Del des mystères cachés, ru seul Augustin, ce génie pro­ sed ex sola ejus voluntate .. solius pc.ri*er*itiilts innnli· digieux, éclairé de Dieu, devant lequel s'incline tout dum J ansénlus fait un tableau Idyllique d’Adam linohomme, ù moins qu’il ne soit remarquablement fou cent, c v. L'homme était mortel par la condU on de et orgueilleux, plus qu'à des théologiens, quelque nom­ sa nature, mal» il était exempt d^ la mort par la grâce : breux qu’ils soient. Si on compare l’autorité à l'auto­ Il pouvait ne pas mourir, parce qu'il avait du «alnt rité, le seul Augustin les égale tous, les remplace Augustin, un corps de vie; mais, après le féclié, I) tous, les surpasse tous, unus est Augustinus instar om­ n’a plus qu'un corps Je mort: avant k péché, il avait nium, loco omnium, supra otnncs; de lui seul, 1rs autres la première mortalité qui est de pouvoir mourir; tiennent tout ce qu’ils ont de bon, et si tout ce qu'ils ne pprès le péché. Il a la seconde mortalité qui est la tiennent pas de lui. sur cette matière, n'existait pas, nécessité de mourir. 2. Liberté de Γhomme innocent. — La liberté dont la théologie en serait peut-être plus pure (defircatior) Adam Innocent était doué sc tournait naturellement et plus heureuse. En fait, l'autorité de saint Augustin seul l'emporte vers Dieu, sa fin dernière; cette liberté était Indiffé­ sur tous les Peres, tous les conciles, tous les papes ct rente entre le bien ct le mal, la vie et h mort, l'amour ainsi Jansénlus détruit certainement la règle de fol. du créateur ct l'amour de la créature; mais elle était En maints endroits, d'aille 1rs, quand il sc trouve en bonne cl penchait vers le bien, parce qu'elle était na­ présence de propositions condamnées par saint Ple V turellement soumise ô la souveraine justice, tandis et par Grégoire XIII, par exemple, I) hésite. · Qui qu'après 1e péché, elle 1 n’y a pas seu­ lement reatus poème, il y a reatus culpet. Fil ut reatum consideret velat formale, concupiscentiam autem velul materiale, c. i et n. Celte concupiscence est quelque chose de positif qui détourne l’âme de Dieu et la porte vers la créature; devenue esclave, elle est soumise à l’amour désordonné de la créature et cette délecta­ tion terrestre qui la captive ne pourra désormais être | vaincue que par la délectation céleste. Adam engendre une postérité semblable à lui, talem et prolem necessario ; genuit. Placé sous le joug de la concupiscence par la faute d’Adam, l’enfant nuit détourné de Dieu et, détourné de Dieu, 11 ne peut qu’être coupable de pé­ ché. Seule, la grâce de Jésus-Christ pourra délivrer de ce joug et briser les liens de la concupiscence qui nous tient captifs. Alors la charité domine la convoi­ tise et efface le péché, ne laissant plus que la concupis­ cence brute, manet actu, transit reatu. C’est ici que paraissent pour la première fols les deux délectations qui se disputent l'âme dichue.c. ni. 309 JANSENISME, L’A (JG U SI INUS, T. II Mais saint Augustin déclare que là où il n’y a pas de volonté. Il n’y a pas de péché; comment dès lors le péché originel peut-il être péché chez l’cnfiiil? Ici Jansénlu» sc sépare nettement de son maître B dus. Le péché ne vient point de la volonté personnelle de reniant, mais do la volonté d’Adam qui, par <4 malice, a vicié la nature humaine juwjuc dans ses racines les plus profondes, c. iv. Saint Augustin n’admet point l'existence d'un pacte qui aurait établi Adam chef et représentant de l’humanité tout entière. Le péché se transmet simplement par la concupiscence de la chair, c. v; celle-ci corrompt la nature et sc transmet avec elle, radix ipsa oitiutu ex qua propage ducenda; hu/usmodi radicis oiiium in /rudibus inde nascentibus ostenditur, La génération transmet le péché aux enfant* par le moyen de la concupiscence qui demeure toujours même chez les plus saints et qui sc manifeste même chez les plus innocents, spécialement dans l'usage du mariage, sans porter prejudice d’ailleurs à la sainteté des noces. Dans l'acte de la génération, il y a Dieu qui donne la nature et le démon qui communique le péché. Cette concupiscence qui accompagne l’acte de génération, toujours mêlé de plaisirs et de voluptés, se transmet à l’enfant chez qui elle existe non point à l’état ha­ bituel ni actuel, mais à l’état virtuel, quia otrtute est in semine. La transmission du péché originel sc fait comme celle des maladies héréditaires» mais d’une manière absolument infaillible, parce que la généra­ tion se fait toujours dans l'acte même de la concupis­ cence, en sorte que la concupiscence, c’est-à-dire le péché originel, préside toujours à la conception même de la nature humaine, c. vi C’est pour cela que les parents baptisés transmettent le péché originel à leurs enfants qu’ils engendrent dans la concupiscence, c. vu et vin ; aussi Jésus-Christ n’a été exempt du péché ori­ ginel que parce qu’il n’est pas né d’un homme et d’une femme, mais, par contre, la sainte Vierge a été conçue dans le péché originel, quia per æsluantem libidinem genita est, c, ix. Cela ressort nettement, dit Jansénius, des livres de saint Augustin contre Julien. Cette thèse a été combattue par les pelaglens, c. x, mais clic est défendue par saint Augustin dans quinze livres : dans le Ier livre De nuptiis et de concupiscentia, dans les six livres contre Julien, dans les cinq livres de Kdponses à Julien et dans les trois livres qu’il prépa­ rait quand la mort le surprit, c» xi. C’est la doctrine formelle de l’Église, c. xn, et celle de tous les anciens Pères après saint Augustin Jusqu’à l’Age de« scolas­ tiques, c. xm. Saint Augustin enseigne cela comme une vérité catholique : Jusqu’à l'an nulle et plus, dit Jansénius, les théologiens enseignent expressément ces deux thèses de saint Augustin : la concupiscence avec la faute constitue le pêché originel ; c’est par cette concupiscence, — le vice propageant le vice — que le péché originel sc transmet à la postérité d’Adam, c xiv. Toujours saint Augustin affirme que le pêché originel est transmis par la concupiscence contenue virtuellement dans la semence humaine, mais il a hésite Jusqu’à la Πη de sa vie au sujet d’une question qui touche à celle-ci, la création des Aines. Comment concilier l’existence du pèche originel avec une créa­ tion nouvelle? Cette hésitation du grand docteur vient de son désir de sauvegarder la Justice divine dans la damnation des enfants morts sans le baptême. C'est là évidemment une grosse difficulté que saint Augustin n’a Jamais résolue, bien qu’il soit toujours resté très ferme dans sa thèse sur le péché originel et son mode de propagation par la concupiscence. D'ailleurs, les modernes, en supposant un pacte qui établirait Adam représentant de l'humanité, ne font que compliquer les difficultés. En effet, d ms celte hypothèse, Dieu seul est coupa de, puisqu’il veut et fuit, par sa seule volonté, que l'enfant »olt lie par la volonté de scs parents avec LE PÉCHÉ ORIGINEL 350 lesquels II n’a rien de commun, puisqu'il fait et veut que l’enfant soit coupable d’une faute, alors qu’au­ cune soudlurc ne lui est, en fait, communiquée La thèse de saint Augustin est beaucoup plus logique En vertu de la génération qui transmet naturellement la tache reçue des parents, une âme récemment créée est souillée; il n’en peut être autrement d’après les lois communes aux générations des animaux. C’est une maladie héréditaire qui passe de père en fils. Reste la seule difficulté aperçue par saint Augustin · Un Dieu Juste pcul-ll envoyer une Ame Innocente dans un corps qui, par son union avecelle, lu rendra p< cher esse? Dieu peut-ll créer une âme pour la damner? Jansénius propose Ici une thèse qui lui est person­ nelle pour résoudre cette difficulté. Dieu continue de faire l’œuvre que l’homme, par son péché, a profon­ dément troublée. Il devait errer des âmes pour les unir à un corps sans tache. L’homme a souille cc corps sorti innocent des mains de Dieu. Dieu, Justement, continue du créer des âmes innocentes pour les corps. SI cette âme est contaminée par cette union, c’est uniquement la faute de l’homme. L’iniquité de la première Ame Incorporée, du premier corps animé d’où tous les hommes devaient naître dans la suite des temps, s’est introduite dans l’œuvre de Dieu et a corrompu la nature. A qui la faute? Dès lors, le Dieu très Juste devait-il changer ses lois, pour que l’âme innocente qu'il crée s’unissant à un corps formé et souillé par la concupiscence, ne contracte pas de péché par son union avec ce coq>s? Il ne serait pas Juste que le péché de l'homme vint bouleverser l’établissement le plus sage, surtout longue le Créateur manifestait, pour sauver cette âme déchue, la même immensité de sagesse et de bonté qu’avant la prévarication, c. xv. D’ailleurs quelque difficulté qu’il y ait à entendre les thèses de saint Augustin, il faut les suivre. La clarté des opinions en théologie est souvent suspecte et dangereuse; souvent la foi doit faire croire cc que la raison ne saurait expliquer. C’est le propre des héré­ tiques de dire ; Comment cela peut-il se faire? Ce qu’il y a de certain, c’est que saint Augustin ne fait jamais appel à un pacte; voilà le fait; Il ne donne d'autre r tison de la transmission du péché originel que l’extrême faiblesse et la blessure faite à la nature par le pèche d’Adam; il parle de maladies héréditaires (cécité, goutte) qui se reproduisent simplement par contagion, naturali quodam operante contagio,,, naturale contagium, c. xvi, et il laisse aux médeclus le soin d’expliquer comment la concupiscence s’imprime dans la semence humaine. Il parle seulement de faits qui peuvent fournir des analogies : cuncta generantia simi* leni sibi (cetum sive specie sive naturalibus qualitatibus proferunt,,. Quemadmodum .Ethio pes, quia nigri sunt, nigros gignunt.... qualitates transeunt non emigrando, sed a/Jicicnd\ c. xvn. La concupiscence, que saint Augustin definit efjrenitas appetitus sensitivi, pent croître ou décroître, comme une habitude, mais sans jamais disparaître; elle adhère fermement, quoiqn'accldentellement.à la nature dont elle fait, pour ainsi dire, partie; par suite, elle se propage avec la nature, comme une qualité qui l’affecte, qualitas affectionalis, c. xvtii. Le pêché originel se transmet avec et par la concupiscence qui preside à la conception de l'enfant» tout comme se transmettent l’imagination, les désirs ardents, c. xix. Elle a vicié la nature à son origine et elle continue de lu vicier dans le germe même; c’est un vice permanent qui. par ses excitations inquiètes, par son ardeur turbulente, agite les epoux dans la propagation de l’espèce hum line, c. xx. Dans les trois derniers chapitres, Jansénius cher lie avec saint \uguslin la cause profonde qui a produit en Ad mi et dans sa postérité ce vice héréditaire < ’ se demande comment un accident corporel peut exercer 351 JANSENISME, L’ALGUSTINUS, T. II. PEINES DU PECHE ORIGINEL une influence sur Pâme; il examine quatre difficultés particulières : a) Chez Adorn. In concupiscence pro­ duit une habitude mauvaise* uni inclination nu mal. un maladie Incurable; elle engendre des désirs très nombreux, comme un appitlt ordinaire, Happe tit sen­ sitif par exemple, qui s’attache à toutes sortes de biens sensibles. La faute, particulièrement grave communi­ quée par Adam, a produit un désordre profond, une plaie qui a désorganisé la nature. La volonté d’Adam est tombée de si haut qu’elle s'est enfoncée dans la chair. C’est pour cela que ce péché seul s’est trans­ mis : cette première faute n radicalement changé et vicié la nature cl imprimé une tache Indélébile, de sorte que les autres fautes ne produisent plus que des changements accidentels peu importants. Magnitudo peccall musa tanta? vulneris juit et pro/unditas vulneris (n naturum veni causa traductionis ejus. Primum pecca­ tum cum ipsa natura per eam (concupiscentiam) perti­ nacissime viliata quasi proprietas ejus irantjundilur. Otte concupiscence a modifié toute l’espèce; les au­ tres ne modifient que les individus; or, d'habitude, seules, les conditions spécifiques se transmettent et non point 1rs conditions individuelles, c. xxi. b> Cette qualité mauvais, désormais adhérente A la nature, affecte la semence cl se transmet par hérédité; les médecins expliquent cela de diverses manières. e)La semence acquiert ainsi une propriété cachée et elle transmet A la nature qu'elle engendre la qualité qu’elle a reçue, A peu prés comme l'Élhloplon transmet À ses enfants sa couleur noire et scs cheveux crépus. n'affecte directement que le corps, mais l'âme est viciée, û son tour, parce qu'elle se trouve uni· A un corps révolté contre elle; clic est ainsi entraînée vers les appétits Inférieurs, advenus earn corpus concupiscit, C XXÎI. d) Enfin, comment se fait ce passage du corps A l’ûme qui devient morte, détournée de Dieu, Im­ monde, souillée, coupable de péché? Saint Augustin affirme catégoriquement le fait et hésite entre deux opinions pour l’expliquer : les âmes sont-elles propa­ gées par les parents avec les corps, ou bien sont-elles créées par Dieu? Dans la première hypothèse, l’ûme e*t souillée en même temps et avec le corps par les parents;dans la seconde hypothèse, elle est souillée par son union avec une chair pécheresse qui lui com­ munique sa propre taclie, lanquam in vitiato vase corrumpitur... carni peccatrici aggravanda miscetur.. L'Ame devient chnmclie; elle est déprimée et opprimée par la chair; elle est dijA dégoûtée des choses spiri­ tuelles; elle ne désire et ne recherche que les choses terrestres; elle n’est charmée que par l’amour des créatures ; elle se corporalité en quelque sorte, qu· dam modo corporascit, suivant l’expression même d'AugU'tin, c. xxm. Comparer cet expoté de· théorie· de saint Augustin sur le péché originel avec celui qu’en a fait le P. Portulié. 1.1, col 2JV2 XJ95. 2. Panes du péchéoriginel (Livre II).— Innombrables sont les ends désastreux du péché originel. Jansénius en fa(t une longue énumération et montre que tous ont leur source dans Γamour désordonné : Ignorance, maux du corps et de l’ûme, perturbations terrestres, etc., c. i. a) L'ignorance, c. n-vi. — Jansénius étudie d’abord rignorance qui remplit l’esprit de l'homme do ténèbres épaisses, au point qu'il ignore parfois même les choses nécessaires A sa conduite. D'après Jansénius, suint Augustin a soutenu comme dogme de foi contre les p* lagiens que l'ignorance de nécessite, non de volonté, a il renient dit, l’ignorance invincii le n’cxcuse pas de ptché, c. n, parce que cette Ignorance est une peine d pêché qui ne saurait être atténuée ou supprimée que par la grâce de Dieu, c. ni. Mais, dit-on, la volonté 352 et la liberté sont nécessaires pour qu'un acte puisse être piclié; comment dès lors l'ignorance Invincible qui ne saurait être surmontée par l'homme pourraitelle être un pêché? On commet nécessairement les ( péchés d’ignorance Invincible, donc Ils m peuvent être des péchés vrais. Saint Augustin dlslhigtte le péché qui n’est que péché et le ptché qui est un châti­ ment du péché. Le premier suppose la liberté; le second est une punition par laquelle la justice de Dieu presse et châtie le pet heur; ce pêché procède non de la nature elle-même, mais de la nature viciée par le péché d’Adam; Il n’est libre et volontaire que par son rapport au premier péché dont II est la pi ire et qui, lui, n’a pas élé commis par Ignorance Invincible. L’Ignorance Invincible naturelle excuserait, mais point l’ignorance Invincible penale. Celui qui commet une fornication, bien qu’il ne connaisse pas la malice de cette action et qui veut faire cette action, commet un péché, car, s’il Ignore qur c’est un mal, c’est une peine de son péché nont ii ne saurait tirer avantage pour s’excuser. Bref, l’ignorance invincible n’cxcuse que pour les choses qu’on n’est pas obligé de savoir, mais elle n'excuse point quand elle est une punition du péché. Par suite. Il faut distinguer le péché qui n’est que péché, comme l’orgueil du premier homme; le péché qui est seulement la peine du pêché, comme l’ignorance Invincible qui, en Adam cl dans sa posté­ rité, a suivi la révolte contre Dieu; enfin le péché qui est A la fois péché et peine du péché, comme la for­ nication qu’on commet par Ignorance Invincible, c. iv. Pour préciser sa pensée, Jansénius distingue l’igno­ rance de droit divin positif, l’ignorance de droit naturel et l'ignorance de fait. L’Ignorance de fait excuse tou­ jours. De même probablement l’ignorance de droit divin positif. Seule, l’ignorance de droit naturel n’ex­ cuse pas, parce que ce droit est Inscrit dans la nature et vient de Dieu même, en sorte que, s'il est détruit ou obscurci en nous, c'est la conséquence du pich< ori­ ginel. Jansénius, suivant étroit* ment AuguMm, dis­ tingue dans l'histoire de l'homme,ou plus exact* ment de l’humanité quatre états : n. Avant la Ini : l'homme est comme un aveuglequl suit les concupiscences char­ nelles, librement, les croyant bonnes ; il est pécheur plus que prévaricateur. — b. Sous la toi : l'homme connaît le précepte : Non concupisces et cependant 11 porte en lui la concupiscence; par faiblesse, Il trangresse la loi connue de lui : l'ignorance ne l’excuse point; Il lut manque la grâce qui, seule, lui permettrai! de vaincre la concupiscence qui domine en lui; Il est pécheur et prévaricateur et, ainsi. Il est doublement coupable.— c.Sous la grâce. — d. Dans la paix. Jansénius ne parle pas de ces deux derniers états, car H veut simple­ ment montrer que, dans les deux premiers, l’ignorance de droit naturel, qu’elle soit vincible ou Invincible, n’excuse point, c. v. Dans l’état d’Innoccnce.l’Ignorance invincible n’exis­ tait pas, bien que le premier homme n’eût pas une connaisance parfaite de tous les faits et de tous les Incidents singuliers qui pouvaient arriver, comme le prouve le colloque du serpent avec Ève cl celui d'Ève avec Adam. La raison de cette doctrine se trouve dans cc fait que le droit naturel tient A la nature humaine douée de raison (le fait et le droit divin positif sont surajoutés); cc droit est attaché A la nature vn sorte que, même après le péché, dans l’ûme humaine, l’image de Dieu n'est point totalement détruite; il reste en elle des traces de vertu, de justice et d'honnêteté mit urellcs. On doit dire de la cécité Intellectuelle, née chez l’enfant du péché originel, cc qu’on dit de la cécité volontaire du pécheur après des péchés graves; l’une cl l’autre sont Incurables par la seule puissance hun ii <· et ne peuvent être guéries que par la grâce de Jésus-Christ, 353 JANSÉNISME, 1. \UOLhÿl INUS, T. IL PEINES DU PÉCHÉ ORIGINEL laquelle n’est pu donnée à tous, (Admettre une grâce suffisante accordée Λ tou·» c’est un · paradoxe qui égorge toute la doctrine de saint Aligu lui » ) Il n’y a aucune différence entre ces deux céciUs, l’une innée et l’autre acquise· Or tout le monde concède que la cécité volontaire du pécheur ne l'excuse point. Dans les deux cas, l'ignorance est une peine du péché, car la cécité est un Juste châtiment des péché· précédents, c. vi. b) La concupiscence, c. vii-xxv,— Lu seconde peine du péché originel est lu concupiscence que les ancien· appellent volupté. C’est la corruption produite dans l'âme par le péché qui infecte toutes ses puisunces et souille toutes ses actions; c’est une Infirmité, une langueur répandue dans l'ûine et qui la rend charnelle; c'est un poids ejni incline l'âme à Jouir des créatures, des choses Inférieures; c’est une habitude mauvaise qui aggrave la put le au mal et diminue la pente au bien; c’est un dérèglement, un désordre, un renversement de l'ordre établi par Dieu, car la volonté recherche les créatures pour les rapporter à elle-même. La concupis­ cence nous porte vers tout cc qui n’est pas Dieu, le seul Vrai, l'uniqui Bien pour la créature raisonnable. Saint Augustin la définit : une Inclination à Jouir des choses Inferieures, c. vu. La concupiscence produit en nous des effets mul­ tiples. Elle comprend la concupiscence de la chair qui se rapporte aux cinq sens, libido sentiendi, la concupis­ cence des yeux, libido sciendi, la concupiscence de l’orguiil, libido excellendi, la plus dangereuse, la plus pernicieuse, parce qu’elle est plus spirituelle cl parait plus relevée que les deux autres. Celle triple concupis­ cence est la source de lous les péchés. La concupis­ cence des richesses, libido possidendi,découle des trois autres, dlvitur quemadmodum uelut satellites sunt am­ nium cupiditatum, amnntmquc /lag itiorum atque /acinorum, ita quaque libido possidendi seruit ceteris, c. vm. Celle concupiscence n'est pas péché en elle-même, mais die vient du péché et incline au péché : elle est fille et mère du péché. Julien prétendait qu’elle était bonne, parce qu’rlle est le fruit naturel des inclinations sensibles; mais saint Augustin a prouvé qu’elle est mauvaise, car elle trahie après elle une armée de désirs charnels qui étouffent la vertu et combattent la justice et la temperance; il n’est Jamais permis de consentir à la concupiscence pour elle-même, c. ix. La concupiscence ne peut donc être sa propre fin; aussi l’acte conjugal pour la seule volupté est un pé­ ché et cet acte n'csl permis que pour la procréation. La thèse contraire de certains scolastiques est une tliéorie d'origine ptlngicnne et on ne saurait dire que le mariage a été institué pour porter remède à la con­ cupiscence, c. x cl xi. Pour montrer que l'élément essentiel de la concupiscence est l’amour, Jansénius examine des questions qui forment un chapitre intéressant de psychologie et de morale. Après avoir dit que l’amour est le fond de toutes les affections humaines, Jansénius enseigne qu'on ne peut aimer la créature pour elle-même, car cet amour est toujours un péché, un renversement de l’ordre établi pai Dieu. Le but de la religion chrétienne en cette vie, est précisément de nous arracher à cet amour de la créature, c. xn; bien plus, d'après saint Augustin, le péché, tout péché se ramène ù l’amour des créatures, ù la cupidité terrestre, à cet amour «des choses qu’on peut perdre malgré sol ·, car cet amour est oppose à la charité qui nous porte et nous unit ù Dieu, seule fin de l’homme, c. xm. Dès lors, le seul fuit d’ûimcr les créatures pour elles-mêmes constitue un pêché, c. xiv, souvent un péché grave, mais tou­ jours, au moins, un pêché véniel, o. xv. L'amour engendre le désir qui rsi la fin de l'amour. Le plaisir, la jouissance, la délectation ont pour origine DI CT. DR T1IÉOL. CAÎIIOL 354 l’amour ; umor est milium fruendt et /rudia /inis amandi· Jomr.c’cHt aimer ou adhérvrâquclquc chose par amour. C’est le fruit, l'effet, la fin de l'amour. Jouir, c’est se rvpotcr dan· ce qu’on avait désiré; si l’esprit ne se repose pas, mais considère encore autre chose, il ne jouit pas, à proprement parler, de la chose, il t’en sert. La jouissance, c’est donc l’amour qui s’arrête et se repose, dilectio mansoria; l'usage, c'est l'amour qui passe, dilectio transitoria. Après cette analyse, Jansé­ nius expose les grand· principes de saint Augustin : il n'esl pas pennis à l’homme de Jouir des créatures. Comme c’est en Dieu seul que se trouve le bonheur de la créature raisonnable, seul, Dieu doit être aimé et désiré pour lui-même ; en lui seul, un peut se reposer; de lui seul, on peut Jouir. Donc toute Jouissance des créatures est un péché. Omnis humana perversio est /ruendis uti, vel utendis /rui. Celui qui Jouit de b créature offense Dieu, parce qu'il renverse l’ordre éta­ bli par Dieu lui-même qui permet de sc servir, mais non point de jouir des créatures, c. xvi. Cependant, on ne pèche pas toujours gravement : la créature, en effet, peut être la fin de l’action ou b fin de l'homme qui agit. On pêche gravement, quand on préfère sa cupidité à l’ordre de Dieu; on peut placer sa cupidité après Dieu, en sorte qu’on renoncerait â l’action, si on Jugeait qu’elle déplaît gravement à Dieu; ou bien on la place avant Dieu qu’on n'aime pas ou qu’on aime moins que son plaisir, c. xvii. Toutes les inclinations de la nature : Joie, haine, tristesse, espérance, désespoir, etc., dérivent de l’a­ mour et elles permettent de découvrir b nature de l’amour qui nous inspire. L’amour en lui-même est difficile à connaître, car 11 se cache dans les replis les plus secrets du cœur. C’est une source ; les eaux qui s’en échappent peuvent assez aiscinent nous en faire connaître la nature, c. xvni. Jansénius s’attache à montrer pourquoi l'amour de la créature pour elle-même est mauvais et illicite. L’ordre veut que la créature raisonnable se tourne vers son créateur immuable et parfait, d’autant qu’elle s'avilit et s’abaisse, quand elle sc tourne vers les choses inférieures qui lu dégradent, c. xix. Il indique sept effets désastreux de col amour : Il nous ôte la liberté et nous jette dans l'esclavage; il nous rend semblables aux choses inférieures et terrestres; Il attache et enchaîne à ccs choses Inférieures; il rend difficile le détachement des créatures cl fuit naître le désir de les posséder ; il produit l'instabilité de l’esprit concupis­ cence qui asservit lu volonté. Cette double faiblesse tient, d’après les manichéens, à la nature même; d’a­ près les pélagiens, le péché n’a rien enlevé à la nature; d'après saint Augustin, cette nécessité est issue de la première liberté d’Adam; par sa liberté, l’homme est devenu pécheur et cette corruption pénale dc la nature, née de la liberté, a engendré ia nécessité dc pécher. Ici Jansénlus prévoit les protestations des scolastiques et le bruit quc fera son livre, mais il doit dire la vérité, c. xn. Cette doctrine de saint Augustin est d’accord avec ia fol catholique. Avant d’être délivrée par la foi et la grâce, la volonté ne peut faire le bien; cependant la liberté n’a point péri, car ia volonté peut, très libre­ ment, pécher, bien qu’elle ne puisse par cilc-même faire le bien. En effet, I'indifftrence entre le bien el le mal n’est pas essentielle à la liberté. Après le péché, la volonté est fibre, par elle-même, pour faire le mal; elle devient libre pour faire le bien, quand elle est déli­ vrée par la foi et la grâce. Ainsi on ne peut agir ni bien ni mal sans la liberté qui intervient dans les deux cas ; mois la liberté suffit pour le mai, tandis qu'il lui faut le secours dc la grâce pour le bien. Après le pêché, la li­ berté dc faire le bien reste à la volonté en cc sens qu’elle demeure capable dc faire le bien et qu’elle peut re­ couvrer, avec le secours de la grâce, le pouvoir perdu de faire effectivement le bien. Ainsi saint Augustin s'écarte entièrement des théories manichéennes, d'a­ près lesquelles la servitude dc la volonté est naturelle ù l’homme dont la nature est mauvaise et incapable dc tout bien. Pour saint Augustin, cette servitude n'est qu* accide nielle et elle est réparable par le secours dc Dieu. Entre le libre arbitre des démons el celui des infidèles, Il y a une différence profonde : chez les premiers, la liberté ne saurait être affranchie par la grâce, tandis que chez les seconds, lu liberté peut redevenir capable de faire le bien, c. xni. Jansénius tire les conséquences de cette thèse. Avant la grâce, l’homme ne peut plus faire aucune action bonne même moralement, car il ne peut ni observer toute la loi morale, ni même faire une seule action bonne, honnête, puisque Je pêche a corrompu la volonté au point qu'elle ne peut s'abstenir de faire le mal; avant lu grâce, toute action est péché, c. xiv. Pur suite, toutes ks actions des infidèles sont mau­ vaises, au moins pour leur motif. Jansénius veut prou­ ver ccttc doctrine par saint Augustin iui-méme : a. la 359 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. II. ŒUVRES DES INFIDÈLES connaissance de la loi ne donne pas Je pouvoir de l'ac­ complir; tout au contraire, la loi fuit abonder le pé­ ché; β sans la grâce, hi lutte contre la concupiscence est Impossible, car l'homme esclave ne peut que suivre cette concupiscence; γ. sans la grâce, l’homme ne peut vaincre les tentations : ou bien, on est vaincu par elles, •u bien on en triomphe, mais ce triomphe n'est qu'ap­ parent; en réalité, la prétendue victoire est duc ù une antre concupiscence (orgueil, crainte des châtiments, etc.), si cincti occultius, vel superbia, vel timore, vel alia cupiditate superatur, c. xv. Dès lors, l'action inspirée par la crainte par exemple, ne saurait être bonne : U faut l'amour de la justice, la charité ou amour de Dieu et celui qui agit par crainte d'un châtiment n’alme pas la justice, c. xvi. Seule, est bonne l'action qui a pour motif l'amour de Dieu, fin dernière, l'amour de Dieu aimé pour luimême; et l'action inspirée par un autre motif n'est pas exempte de faute, parce que l’action qui n’est pas rap­ portée à la tin à laquelle la vraie sagesse prescrit de la rapporter, n'est pas conforme à l'ordre et, par suite, est plus ou moins coupable, c. xvii. Tout amour de la créature est vicieux; or, cet amour occupe le premier plan dans toutes les œuvres des infidèles : ils aiment la créature plus que le créateur et le monde plus que Dieu; ils obéissent à la cupidité plus qu'à la charité; donc toutes leurs œuvres sont mauvaises, c. xvni. D'ailleurs, Il n’y a pas de milieu entre ia charité et la ?upidité coupable et comme l'amour règle tout, Il faut qu'une action vienne ou de l'amour de Dieu ou de l'a­ mour de la créature; ainsi la cupidité règne partout où n’est pas la charité de Dieu, c. xjx. Jansénius consacre les derniers chapitres de ce livre à préciser cette thèse : sans la foi et la grâce, l'homme peut observer matériellement les commandements, mais par orgueil ou par crainte, c'est-à-dire, sous l’im­ pulsion de la cupidité terrestre, toujours coupable, qui nous enserre dans scs liens. Ou n'évlte un péché que pour tomber fatalement dans un autre, peut-être plus gravi et plus dangereux, parce qu'il est plus caché : omne quad non est ex fide peccatum est, c. xx. Aucune tentation ne peut être vaincue effectivement que par l'amour de Dieu; autrement, elle n'est vaincue que par une autre tentation, c. xxi. C’est pourquoi nous n’avons de nous-mêmes que cupidité et mensonge, car c’est en nous que naît la cupidité d'où vient tout péché et qui ne peut produire que péché. La charité qui triomphe ne peut venir de nous; aussi les œuvres faites sans charité sont péchés, mérue celles qui surmontent le péché, en apparence. Voilà la doctrine formelle de saint Augustin, dit Jan­ sénius. Comprise autrement, cette doctrine est un pur labyrinthe, merum labyrinthum, c. xxn. Le concile d'Orauge a emprunté à saint Augustin ces mêmes paroles et en a fait un canon dogmatique, can.22. Omnis homo mendax. C'est pourquoi nous devons avoir soif de ia justice de Dieu, de cette justice qui vient de la grâce de Jésus-Christ, c. xxm. Voir Augustin (Saint), t. i, col. 2435-243G. d) Conséquence de la déchéance du libre arbitre: Actions dd infidèles; Nécessité de pécher el liberté (Livre IV).—Jansénius continue de signaler les consé­ quences du pêché orginel sur la Uberte et il développe des idées ébauchées mu livre précédent, en particulier au sujet des actions des in fidèles. a. Les actions des Infidèles et des philosophes, c. txvii. — Saint Augustin, écrit Jaiuémus, enseigne ex professo ce principe constant : Lout cc qui ne vient pas de la fol est péché; il commente le texte de saint Paul su nom duquel il conclut que toutes les œuvres des luÛdt les Mjnt mauvaises; lorsque les infidèles parais­ sent faire quelque acte de vertu, en réalité, ils com­ mettent d·.* pudiés ; nullam ab hominibus qui eurent 360 fiât posse fieri opus bonum, sed solum menaacia atque peccata, c. i. Jansénius prend vivement à partie Suarez qui essaie d’adoucir les thèses augustiulennes, qui dé­ clare que la doctrine de salut Augustin prise nu sens general est inacceptable, que les raisons alléguées par lui sont frivoles cl que scs arguments sont équivoques. Les textes de saint Augustin, dit Jansénius, ne peuvent s'entendre au sens dont parle Suarez : il ne s'agit point d'actes bons, mais qui ne peuvent servir â la vie clernelie, car saint Augustin parle de vrai pèche, quand il commente suint Paul et il oppose sa Uiêsc à celle de Julien qui admet des actes bons stériles. Pour le grand docteur, les actions des infidèles, par le fuit qu'elles ne se rapportent pas à Dieu, ne sont point onnes et les volontés qui les produisent, étant stériles, ne peu­ vent donner de bons fruits; leurs œuvres sont seule­ ment moins mauvaises que d'autres et elles seront Jetées au feu. En clïel, il n'y a pas de milieu entre les péchés et les actions qui méritent la vie éternelle. L’infidèle fait mal une action bonne en soi; or, celui qui fait mal une chose pèche très certainement : qui autem /acil male aliquid, protecto peccat et bona male tacit. L'in Adèle peut faire des actions qui paraissent bonnes devant les hommes, parce qu'elles sont lionnes par rapport à leur substance, ù leur objet, mais ces actions sont pourtant de vrais péchés en ceux qui n'ont pas la foi, parce que ces actions ne sont pas des fruits de la foi et que l'in fidèle ne peut agir que par son propre esprit. Bien que les Infidèles soient coupables en faisant ces prétendues bonnes œuvres, parce qu'ils les font mal, cependant ils sont moins coupables que s'ils les omettaient. Ceux qui ont mené une vie plus honnête parmi les païens ne doivent pas être regardés comme plus vertueux que ceux qui ont fait profession de crimes; mais Us ont etc moins méchants, ils se sont moins écartés de la vertu. La volonté de l'infidèle est tellement détournée de Dieu que, quoi qu’elle fasse, elle n’agit que suivant sa nature corrompue; dès lors, leurs actes sont contraires à la vraie justice et dignes de supplices. En résumé, pour faire une action bonne, et pour éviter le péché, il faut une Intention cl une fin bonnes, c'est-à-dire, la foi et l’amour de Dieu; l’acte fait et inspiré par ces motifs conduit nécessairement à la vie éternelle, c. n. La seule absence de la foi suffit pour qu'on puisse dire que les actes des infidèles sont de vrais péchés, car, en eux, 11 ne peut y avoir aucun mouv« icut de la grâce, puisque celle-ci commence toujours par la fol et on n’a aucune part à la grâce avant de commencer à sortir de l'infidélité, hoc ipso quad non adesl ille finis debitus qui est verus Deus, el fide per dilectionem operante intentiunemque finis dirigente proponi debet, opus esse malum.,.. Hoc ipso quod fide opus ad Deum re­ terente carent, efficiuntur injusti... Ubi non est amor creatoris, necesse est ut creaturis vel utatur, vel /ruatur.., et la conclusion est catégorique et absolument géné­ rale. Omnia omnino operu infidelium, nullo excepto, esse vera peccata, nec esse pusse nisi peccata, tanta ma ni/es­ tât ione declaravit ut si solis radiis eam (sententiam) scri­ bere voluisset, vix arbitror illustrius eam nobis depin­ gere potuisse. Bref, pas de vertu possible sans la grâce; pas de grâce sans lu foi. Reconnaître quelque vertu dans les infidèles, ce serait anéantir la mort de JésusChrist et ruiner la grâce, c. lu. El les raisons données par saint Augustin ne sont point frivoles. Par l'infidélité, l’âme se trouve éloi­ gnée de Dieu, détournée de Lui; donc elle ne peut (aire aucune œuvre bonne. L'Infidélité est une forni­ cation de l'âiiu qui s'attache aux créatures. Il en est ' de même des pécheurs; mais comme ceux-ci ont la foi, i 11s peuvent fuire quelques œuvres pour l’amour de Dieu; leur foi prie et Us peuvent exécuter quelques I actions imparfaites, c. iv. 361 JANSENISME, L’A U GUST IN US, T. IL ŒUVRES DES INFIDELES Pourtant certains textesde saint Augustin semblent donner raison à l’interprétation de Suarez. Ainsi au c. v du livre J)e la prédestination, le docteur dit que les œuvres du centurion Corneille sont allées Jusqu’au ciel ; c’est que, répond Jansénius après Augw lin. le cen­ turion, comme quelques Juifs, avait la fol. De même, la continence de Polémon était un don de Dieu ; d'ailleurs, U faut distinguer soigneusement la continence ellemême et l’œuvre de lu continence; l’action, ne se rap­ portant pas à lu seule fin légitime qui est Dieu, est un péché, parce qu’elle ne saurait être l’œuvre d'une volonté bonne (pas de volonté bonne sans la fol). Il faut remarquer encore que Dieu a parfois accordé aux Infidèles des secours pour les empêcher de faire des actions plus mauvaises. Saint Augustin distingue aussi les actes bons matériellement, objectivement; il dis­ tingue l'acte et la fin, officium et finis; il est louable de faire l’acte bon matériellement et, si on ne le faisait pas, on serait plus coupable, mais, pour que l'acte soit complètement bon. il doit tendre à la fin requise, c. v. Jansénius examine d’autres passages de saint Au­ gustin. L'action de Dieu dans les œuvres des infidèles est une action de sa Providence générale qui agit véri­ tablement en tant qu’elle permet le bien ; parfois même Dieu peut tourner le cœur de l’homme au mal pour en tirer du bien. S. Augustin avait d'abord dit que, avant 1a grâce, l’homme peut vouloir bien vivre et ne pas pécher et que la volonté avait besoin de la grâce pour faire ce qu’elle voulait; mais il a rejeté plus tard celle opinion, car il enseigne que le commencement de la bonne volonté vient de la foi et que la foi vient de la grâce de Jésus-Christ. Saint Augustin parle aussi d’actions bonnes faites pur les Impies; sans doute, on peut les louer Cependant il faut rappeler la dlctlnctlon établie parS. Augustin entre le devoir qu’on doit remplir et la fin pour laquelle on doit le faire, officium est quod faciendum, finis aero propter quod faciendum est. Or saint Augustin appelle souvent œuvre bonne V officium seul, l’acte objectif commandé» alors qu’en fait, cet acte, bon en soi, est mal fait, non bene bonum faciunt. Ainsi faire l’aumône est une œuvre bonne par son objet, mais elle est une œuvre mauvaise, si clic n’est pas faite pour Dieu ; ainsi encore les Romains ont fait des œuvres bonnes dont Dieu les a récompensés, en leur donnant l’empire, écrit S. Bona­ venture; mais, dit S. Augustin, ce sont des œuvres de gloire humaine, vera ailla... perceperunt mercedem tuam, c. vi. Telle est aussi la doctrine des disciples de saint Augustin, de saint Fulgence et de saint Prosper. Ce dernier a écrit au chapitre xvi de son poème De ingra­ tis, ce passage resté célèbre parmi les jansénistes et traduit par M. de Sacy : Car, si nos actions, quoique bonnes en »ol Ne sont des fruits naissant du grrme de In fol, Quclqu'attrult spécieux qui nous les rende aimables. Elles sont des péchés qui nous rendent coupables; Et In gloire utéi Ile en liant lu volonté Augmente son supplice avec sa vanité. Les pélagiens, de leur côté, regardent celle doctrine comme étant celle de saint Augustin, pour lu com­ battre Contre Julien, saint Augustin déclare formel­ lement que les païens ne peuvent triompher d’un pé­ ché que par un autre : aliis peccatis alia peccata vin­ cuntur, c. vu. Les vertus des philosophes sont également de véri­ tables vices et ceci est la conséquence logique des principes déjà posés : leurs vertus ne sont que de fausses vertus ou plutôt sont des vices revêtus d’ap­ parences vertueuses, elles n’ont même pas un com­ mencement de bonté, car il leur manque l’intention, la volonté bonne; les philosophes ont, tout au plus. 362 de bonnes habitudes par rapport à K objet des vertus Ces vertus, en tant qu’elles ne rendent pas les hommes meilleurs cri les faisant agir, ne sont que des fantômes, c. vin. Telle est, comme le montre Jansénius, l'opinion de saint Prosper, de saint Jérôme, de saint Ambroise et d’Origéne. Saint Prosper, en particulier, dit que ces prétendues vertus sont plus nuisibles qu’utiles, non prodesse, sed obesse, c. IX. Jansénius justi he cette théorie par la nature et la fin de la vertu, La vertu, dit-il, est une habitude de l’âme, une aÎTectlon habituelle de la volonté : sa nature dépend de la volonté de qui elle vient; elle naît d’un amour de la volonté, or tout acte de la volonté se fait pour une On; dès lors, la vertu ne doit pas seule­ ment regarder l’acte matériel et objectif, considéré en lui-même et pour lui-même» mais encore la fin que prescrivent l’ordre et la sagesse et dans laquelle la volonté se repose. Or la seule fin de l’homme est Dieu. Voilà ce que dit la raison. Le philosophe, au con­ traire, désire jouir de ce dont la vérité nous ordonne de nous servir seulement Celte conception erronée trouble l’ordre, en transformant l'amour transitoire des créatures en un amour permanent, c. x. En conséquence, les vertus des épicuriens et des stoïciens doivent être blâmées comme celles des Ro­ mains, à cause de la fin qu’ils ont poursuivie dans leurs actes : Ils rapportaient leurs actes ou au corps ou à l’âme. De là les deux écoles épicurienne et stoïcienne. Les épicuriens placent la fin de l’homme dans les voluptés du corps et leur doctrine est rejetée par tous les chrétiens et par la majorité des philosophes eux-mêmes. Les stoïciens placent la fin de l’homme dans l’âme (puissance, beauté des faits et des paroles, vertu en elle-même) : c’est l’orgueil, le vice des Ro­ mains les plus célèbres qui n'onl poursuivi que la gloire elles louanges... autant de vices, dit saint Augustin, pompatica effigies virtutis, c. xi. Ainsi l’orgueil se cache sous les prétendues vertus des Romains cl des philosophes : tous placent la fin de leurs actes dans les cl loses créées, aimées et recherchées pour elles-mêmes; c’est le renversement de l’ordre. De là naissent les différents vices : gourmandise, colère, avarice, curio­ sité, vanité, ambition, el, par-dessus tout, orgueil. L’or­ gueil, en effet, est le fond de toutes les vertus païennes qui adorent la raison et ne cherchent la vertu que pour elle-même. Épicuriens et stoïciens vivent selon la chair, parce qu’ils vivent selon l'homme; les pre­ miers pour le corps, les seconds pour i’àme, ni les uns ni les autres pour Dieu, notre fin dernière à qui toutes nos actions doivent se rapporter. Ce devoir s’im­ pose au chrétien, et à tout homme, car il découle non point de la Rédemption, mais de la Création, non point d’une loi positive de Dieu, mais de notre nature même. Si on relève les vertus des grands hommes de l’antiquité, c’est à cause de la fausse Idée que les phi­ losophes ont de la vertu, ils Ignorent quelle doit être la fin unique de nos actes; ils confondent i.i fin des vertus avec leur office, l’action elle-même avec la fin qu'on doit avoir. Or, la différence essentielle entre la vertu el le vice vient non de l’action regardée en cliemême, mais de la (in, qui seule, specific l’action et la fait être ce qu’elle est. C’est la fin qui gouverne la volonté cl lui Imprime le mouvement; aussi les hom­ mes se trompent dans les jugements qu’ils portent sur les actions, parce qu’ils les considèrent en clicsmômes et les apprécient mal, même quand ils prêtent attention à la fin, parce que leur aveuglement les empêche de discerner la fin que l’homme doit avoir dans ses actions. Donc, il ne suiïlt pas de dire que les œuvres des païens sont stériles et ne méritent rien devant Dieu; ce sont là des dténuations de la vérité pure <*t simple, des inventions humaines de notre es­ prit qui veut nous rendre indépendants de Dieu et qui 363 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. II. NÉCESSITÉ ET LIBERTÉ croit qu'on peut être juste sans la fol ct sans la grâce, c. XI!. Cette thèse générale de saint Augustin découle de ses principes sur l'amour des créatures et sur l’amour de Dieu, de /mendo solo Deo ulendisque creaturis. 11 faut encore distinguer l’amour d’usage, dilectio transi· toria, par lequel nous aimons une chose pour en user, nous en servir, mais non point y attacher notre cœur; cet amour qui ne fait que passer, transitoria, n’est point mauvais, pounu que l’usage soit pour Dieu et selon Dieu, c’est-à-dire, pourvu qu’on use des choses de la vie présente en vue des biens étemels, avec modé­ ration ct retenue, sans passion, ad necessitatem et non ad gaudium. L’amour de Jouissance, dilectio man­ soria, par lequel nous aimons une chose pour en Jouir ct nous y reposer est mauvais, parce qu’on fait de la chose qu’on aime une fin dernière; c’est le renverse­ ment de l’ordre. Aussi cet amour est toujours vicieux ct il est d'autant plus dangereux que les choses qu’on aime sont par elles-mêmes plus Innocentes. Il n’est Jamais permis d’agir parcet amour qui nous fait rechercher les créatures pour en jouir; cet amour de la créature pour elle-même est, en sol, un péché qui vicie radicalement tous les actes qui en procèdent, quelque bons qu'ils paraissent en eux-mêmes; c’est un mauvais arbre qui ne peut produire que de mauvais fruits, c. xiii; par suite, quoi qu’en dise Suarez, une fin honnête ne suffit pas à rendre une action bonne. La seule fin de l’acte bon, de la vertu, est Dieu aimé pour lui-même ct cette fin est évidemment au-dessus et au dehors de l’homme, au-dessus du corps et do l’âme, comme le voulaient les épicuriens et les stoï­ ciens, c. XIV. De ces thèses, Jansénius déduit des corollaires Im­ portants : a. la vertu n’est pas autre chose que l’a­ mour de Dieu et donc toutes les vertus sont Insépa­ rables de l’amour de Dieu; β. la fol est nécessaire à toutes les vertus, car la fol seule peut montrer cet amour comme Un dernière, peut diriger notre conduite ct obtenir de Dieu cet amour; sans la fol, on ne peut approcher de Dieu; v. Il n’y a pas de vertu en dehors de la vraie religion; o. In distinction apportée par les pélnglcns entre les actes fructueux ou surnaturels et les actes stériles qui ne sont que moralement bons n’a aucun fondement, car toute vertu vraie se rapporte à Dieu ct conduit à la vie étemelle; c. toute œuvre bonne, quelle qu’elle soit, vient de la grâce ct est méri­ toire devant Dleu;Ç. II n’y a pas de bonne volonté possible sans la fol et l’amour;!}· vertu, bonne œuvre, œuvre de fol, œuvre de piété, œuvre méritoire sont des termes synonymes. Ces diverses propositions résument la doctrine nugustlnlenne sur la grâce, les | bonnes œuvres et les mérites el toute autre doctrine vient d’une philosophie païenne qui n’u rien de com­ mun avec la fol chrétienne, c. xv. Jansénius est amené à se demander s’il y a en nous naturellement des Inclinations bonnes, des semences de vertus,semina virtutum. Sl, dit-il, on ne considère que Pacte en lui-même, on peut dire qu’il y a, dans l’homme, la semence naturelle de quelques vertus cl c’est de là que les philosophes païens ont tiré les principes de leur morale. Comment expliquer cela? C’est que la nature raisonnable porte encore l’image de Dieu et la loi de nature n’est pas complètement détruite en elle, mnis II faudrait appeler cela des ruines et des restes de vertu, plutôt que des semences. D’ailleurs, cela ne constitue que la matière, le corps de la vertu. L’Aine de In vertu, c’est la fln de l’acte, l’intention sans la­ quelle la vertu n’est qu’un cadavre Inerte. Or, cette fln, âme de la vertu, ne vient point de la nature hu­ maine, mais de Dieu seul, même par son germe et par son commencement. Ainsi les théologiens mo­ dernes qui distinguent les œuvres naturelles el les 360 œuvres surnaturelles s’inspirent d’une philosophie toute païenne el se séparent tout à fait de saint Augus­ tin pour qui les vertus dites naturelles sont, en réalité et essentiellement, de véritables vices, nés de l’amour des créatures, c. xvi. D’après Jansénius, cette doc­ trine n’est point seulement une opinion personnelle de saint Augustin; c’est la doctrine catholique ellemême, consacrée par le concile d* Orange, cnn. 9, 18, 20, qui a condamné formellement les thèses opposées de Julien. L’opinion qui admet l’existence de vraies vertus chez les infidèles est, d’après saint /Kugustin el le concile d'Orange,« une farce, un délire, une insanité, une erreur, une impiété contraire au sens chrétien, · C. XVII. Cette doctrine de Jansénius sur les actions des Infi­ dèles est une des idées fondamentales du jansénisme et Arnauld, dans sa deuxième Apologie, Opéra, t. xvn, p. 103-185, l’a exposée avec une netteté parfaite. b. La nécessité de pécher el la liberté, c. xvm-xxiv. — Après celte longue digression sur les actions des Infi­ dèles, Jansénius éprouve le besoin de préciser la pensée de saint Augustin sur la peric de la liberté. En quel sens, l’homme, par le péché, a-t-II perdu la liberté de faire le bien et d’éviter le mal cl cst-ll tombé dans la nécessité de pécher? C’est, dlt-il, la thèse formelle de saint Augustin, que, par le péché originel, notre liberté de faire le bien a péri, au point qu’avant d’avoir reçu la grâce, non seulement l’homme ne peut observer Intégralement la loi de l’honnêteté morale, ni même une seule loi, ne peut faire une seule bonne œuvre; bien plus, Il ne peut faire un acte quel­ conque sans pécher, même quand 11 parait garder la loi, c. xvin. Ici se posent des questions particulièrement graves. S’il y a, pour la volonté, nécessité de pécher, le péché n’existe plus, car ce qui est nécessaire ne saurait être péché Cette nécessité de pécher, écrit Jansénius, n’ex­ clut point le péché. La volonté n’est point nécessitée à faire tel péché particulier, mais elle ne peut éviter un péché qu’en tombant dons un autre. Bref, cette nécessité regarde le péché en général et non point un péché en particulier ct elle ne supprime pas totale­ ment 1*Indifférence que réclament les modernes. Tout le monde place une nécessité semblable en Dieu, dans les anges, dans les bienheureux relativement au bien; la liberté de contradiction leur suffit. Elle suffit de même à l’homme déchu. La volonté est libre dans son exercice, nécessitée dans sa spécification ct ccttc liberté suffit aux yeux mêmes de certains scolastiques. Saint Augustin accorde cela : l’infidèle ne peut évi­ ter un péché qu’en tombant dans un autre; c’est com­ me une habitude contractée de faire le mol en vertu de laquelle on tomberait nécessairement dans le mal, à moins qu’on n’en soit détourné par une cupidité plus grande, c. xix; Jansénius ajoute qu’il n’a vu nulle part, dans saint Augustin, l’explication inventée par les scolastiques; celte liberté philosophique par laquelle on fuit un péché pour sc précipiter dans un autre parait de peu d'importance au grand docteur, c. xx. C’est ainsi que Jansénius s’achemine vers le fameux chapitre xxi où se trouve exposée, en termes parfois contradictoires, une de scs thèses fondamentales, résumée dans la 3· proposition condamnée en 1653. Jansénius insiste sur une définition de la volonté donnée par saint Augustin : motus animer, cogente nullo, ad aliquid vel non omittendum vel adipiscendum: d’où Jansénius conclut que, seule, la nécessité de coaction détruit la liberté. Dès lors, la volonté, tant qu’elle est esclave du péché, dominée par la concupiscence, n’est point libre; seule, la grâce qui la délivre de cette servitude est la vraie liberté. Cependant les actes f ills sous la poussée irrésistible de la concupiscence 365 JANSÉNISME, L’AI G1 STINUS, T. II. NÉCESSITÉ ET LIBERTÉ dominante sont des péchés. C'est que, dit Jansénius, la concupiscence elle-même est la suite, la punition du péché et il rappelle la célèbre distinction de saint I Augustin : le péché qui n'est que péché et qui suppose la liberté (péché d'Adam), le péché qui est peine du péché (concupiscence), enfin le péché qui est Λ la fols péché ct peine du péché (les péchés de l'homme actuel avant la grâce). Dans ce dernier cas, qui est celui de l'homme déchu, la liberté actuelle n'est pas nécessaire pour qu’il y ait vraiment péché, c. xxi, I our mieux répondre Λ l'objection des scolastiques: • le péché n'existe que là où il y a possibilité de l'évi­ ter », Jansénius reprend la distinction du double état : I état naturel établi par Dieu ct un état pénal dam le­ quel la créature, par son péché libre, a perverti la nature ct provoqué l’ignorance ct la concupiscence. Dans scs discussions avec les manichéens, saint Augus­ tin ne parle que du premier état, pour expliquer l’ori­ gine du mal. Les manichéens affirment l’existence, dans l'homme, d’un principe mauvais qui force l’hom­ me à faire le mal. Pour leur répondre, saint Augustin considère l'homme avant la chute et reconnaît en lui une indifférence parfaite sans laquelle Adam n'aurait pas péché. Dans scs polémiques avec les pélagiens, pour expliquer la nécessité de faire le mal, saint Augus­ tin ne parle que du second état. Les pélagiens ne voient que l’homme vivant actuellement dans le péché el ne veulent pas attribuer le péché à Dieu; dés lors, comme ils n'admettent pas les deux principes des mani­ chéens, ils affirment l’existence actuelle de l’indilfércncc complète, même dans l'homme déchu. Pour les combattre, saint Augustin soutient que la nécessité de pécher, où l’absence de la grâce place l’homme, est la punition du péché du premier homme. Bref, dit Jansénius. la grâce médicinale de Jésus-Christ permet seule de faire le bien; mais cette grâce n’est point celle dont parle Molina, c’est la grâce efficace par elle-même, laquelle nous fait faire le bien que nous faisons, sui­ vant les expressions du concile d’Orangc, can 20. Dans la nature bonne, telle qu’elle était sortie des mains du créateur, l'indifférence était parfaite : le péché alors devait être pleinement volontaire et 11 fallait û l’homme une liberté complète. Indifférente entre le bien ct le mal. Mais les péchés actuels sont les peines du pèche originel; Ils ne supposent point la liberté Indifférente, car les châtiments sont imposés ct ne sont point libres. Par suite, des péchés peuvent être commis même pur celui qui est dans la nécessité générale de pécher, car cette nécessité générale n’est pas nutre chose que cette aveugle concupiscence ter­ restre qui presse et opprime la volonté, à la manière d’une habitude générale mauvaise. Ces actes ne ces­ sent pas d’être des péchés, parce qu’ils dérivent non pas de ία nature faite par Dieu, mais de la nature cor­ rompue par le péché du premier homme, c. xxn. D’ailleurs, d’après saint Augustin, les péchés actuels peuvent être évités, mais seulement par la foi ct la grâce du Christ qui libère l’âme de la servitude du péché ct lui donne la liberté de faire le bien; sans la grâce, au contraire, on ne peut éviter le péché, soit que l’aveuglement empêche de voir la vérité ct le bien, soit que la concupiscence opprime la volonté, soit que In loi qui défend enflamme le désir de pécher. Pcenalh vitiositas subsecuta est peccatum ei ex liber­ tate fecit necessitatem.. Victa Ditio tn quo cecidit volun­ tate, curuit libertate natura.,. Aussi les Infidèles, privés du secours de la grâce llbézatricr, ne peuvent éviter un péché qu’en tombant dans un autre: cependant, Ils peuvent éviter le péché, en cc sens qu’lis peuvent recevoir la fol ct la grâce qui les libéreront, comme un boiteux peut marcher droit, s’il est guéri par un médecin : in claudo pulesl consis­ tere potestas recte ambulandi, quia medici arte sanari 366 potest, cum necessitate claudicandi, quamdtu caret medi­ cina. Quant aux fidèles. Ils peuvent véritablement éviter le péché, parce qu’ayant la foi. Ils sont en état de pner Dieu pour obtenir de lui le secours nécessaire afin d’éviter le péché et de faire le bien, c. xxm. L’existence des commandements, exhortations, ré­ primandes n’est point en opposition avec cette doc­ trine, comme le remarque saint Augustin, dans son livre De correpi lone el gratia contre les pélagiens et sur­ tout contre les moines d'Hadrumète. Les scolastiques font appel à la liberté d’indifférence, mais Jansénius s'en tient à la solution de saint Augustin qui ne re­ garde pas l’indifférence comme essentielle à la liberté La légitimité des préceptes négatifs qui défendent un acte s'explique par la liberté d’exercice qui laisse le choix entre plusieurs actes mauvais. Les préceptes positifs éclairent l’intelligence et font connaître ce qu'il faut faire; si, sans la grâce, ces préceptes ne peu­ vent être observés, c’est que, par un acte libre primi­ tif, la volonté s’est placée dans un étal stable où elle se porte au mal avec réflexion et avec un entier consen­ tement, soit qu'elle puisse, soit qu'elle ne puisse pas se soustraire à cette nécessité de faire le mal, sat is est quod peccator sciens et prudens plena voluntate feratur in malum, sive ab Ista malum diligendi necessitate se expedire possit, sive non posstL C’est la troisième propo­ sition : une volonté délibérée, par le fait qu'elle est en notre pouvoir, c’est-à-dire, par le fait qu'elle ne s’exerce pas malgré nous, est libre et ne peut pas ne pas être libre, lors même que l’acte est nécessaire. Sans doute, la xolonté de l’infidèle ne peut, sans la grâce, obéir au précepte de croire et d’aimer Dieu ou même de faire quelque bien, parce que, en punition du péché originel, elle persévéré dans l’amour de soi. dans la concupiscence où elle s’est librement plongée. 11 serait absurde de dire que cet amour terrestre dans lequel très librement la créature raisonnable est tom­ bée et qui est une juste punition de sa faute, supprime sa liberté ct, avec la liberté, le péché. Eu effet, tout amour, en vertu des actes qu’il produit, devient plus stable, plus immuable; l'habitude engendre un amour indéracinable et cela, non point parce que la liberte disparuit, mais parce que la liberté s’exerce constam­ ment dans le même sens ct se fixe en quelque sorte. C’est le prélude, le commencement de la beatitude ou de la damnation. L'nabitude mauvaise fortifie la volonté qui devient de plus en plus mauvaise, tout en restant toujours libre, c xxiv. Comme toutes ces thèses semblent reprendre la doc­ trine de Baius, Jansénius éprouve le besoin de s'ex­ pliquer dans les trois derniers chapitres et de montrer que les condamnations de Pie V et de Grégoire XI11 n’atteignent pas sa propre doctrine. La proposition 64 de Balus est ainsi conçue : Homo peccat damnabiliter ellam in eo quod necessario facit. La proposition condamnée, écrit Jansénius, se rapporte à une nécessité absolue, à une nécessité originaire qui déterminerait spécifiquement la volonté au mal et dans son exercice particulier et naturel, sans aucune liberté préalable dont celte nécessité serait reflet et la punition. Une telle nécessité serait attachée à la nature même de l’homme, qui, dès lors, serait dans l'impossi­ bilité de faire un acte coupable. Mais saint /Kuguslin ne parle que de nécessité générale, d’une nécessité en vertu do laquelle l'homme déchu, avant de recevoir la grâce, ne peut que pécher, tout en ayant, en chaque péché particulier, la liberté de choisir. D’ailleurs, ajoute Jansénius, on peut avoir une liberté entière, même dans le cas où la volonté ne peut s'abstenir de pécher; quand celte nécessité est Issue d’un acte libre, celte nécessité n'est, en réalité, que la continuation de l'acte libre primitif, c. xxv. Jansénius examine plusieurs autres propositions 367 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. II. ÉTAT DE PURE NATURE condam uct* par Pic V ; propositions 25, 27, 28, 2S, 33, 36, 37; mais, dit-il, plusieurs de ces propositions peuvent être prises en un sens légitime et orthodoxe, comme l’avouent les jésuites Suarez, Vasquez ct Tolct et comme le reconnaît ta finale même de la bulle; elles ont été constamment enseignées par saint .Augus­ tin contre les pélaglens; elles sont le fondement même de sa doctrine sur la grâce et le libre arbitre ct ce docteur réprouve les propositions opposées comme des fruits de l’hérésie pélaglcnnc, c. xxvi. Ces propositions ont été condamnées, non point parce qu’elles sont fausses en elles-mêmes, mais seu­ lement par prudence, pour ne pas scandaliser les igno­ rants, afin d’éviter les protestations des scolastiques, qui, tous, soutiennent des thèses opposées. Plusieurs de ccs propositions ont été condamnées à cause de l’aigreur des censures de Baius contre scs adversaires ct plusieurs n’ont été condamnées que pour un temps. Il n’y a pas d’apparence que l'Église ait voulu condam­ ner un point capital de la doctrine de saint .Augustin qu’elle a si souvent approuvée; penser autrement, ce serait croire que le Saint-Siège sc contredit, qu’il a erré autrefois ou qu'il se trompe aujourd’hui, c. xxvn. Les jansénistes sc sont souvent appuyés suc ce passage de Jansénius pour dire qu’il croyait le pape Infaillible; autrement, il aurait pu sc contenter de dir» que Ple V s’est trompé, sans chercher à résoudre les difficultés soulevées contre son système par la condamnation de Bains. 4· É/σΖ de pure nature.— 1. Impossibilité de cet étal montrée par le désir du bonheur (Livre I). — Après l’état de nature déchue, Jansénius étudie l’état de nature pure qui ne s’en distingue que par un point : ta nature pure, selon les modernes, c’est la nature déchue, sauf la peine ;ces deux états diffèrent comme un homme dépouillé diffère d’un homme nu, l’homme déchu a perdu ce que la nature pure n’aurait jamais possédé; la nature pure est un étal négatif, la nature déchue est un état privatif ; dans la nature pure, l’homme n'aurait jamais eu la grâce, tandis que, dans ta nature déchue, l’homme est privé de la grâce qui avait été accordée à nos premiers parents; dans la nature pure, l'homme aurait été créé sans aucun droit à la béatitude éternelle et â 1a vision bèatifiquc, sans ta fol pour l'intelligence, sans ta grâce pour la volon­ té, avec la lutte des deux appétits terrestre ct céleste, avec l’ignorance, la faiblesse, la facilité à pécher aussi grande qu'uujourd’hul, plus grande mémo, car, dans l'état actuel de l’homme déchu, ta connaissance de Dieu, le souvenir des promesses ct des communica­ tions divines, le souvenir de l’état primitif et de ta chute, ta promesse du rédempteur à venir, l’espérance de ta rédemption, toutes choses transmises aux des­ cendants d’Adam, ont atténué ta facilité de pécher dans la nature déchue. Les pélaglens prétendent qu’en fait, Dieu a créé l'homme dans l’état de nature pure, puisqu'ils rejet­ tent le péché originel; le mot même de nature pure a été inventé par eux. Les scolastiques modernes, Sua­ rez, Bellarmin, regardent cet état simplement comme possible. Mais ces deux thèses de l'existence réelle (pélaglens) et de ta possibilité (modernes) de ta nature pure sont absolument opposées à renseignement for­ mel de saint Augustin, c. i. En effet, saint Augustin affirme en termes catégo­ riques l'impossibilité de l'état de nature pure. La créature raisonnable veut naturellement être heureuse, c’est le but vers lequel elle tend; c’est sa fin; Il faut donc qu’il y ait quelque chose qui soit capable de lui procurer ce bonheur; 11 faut que l’homme aime le véritable bien et le possède. Or celui-là seules! heureux qui a tout ce qu'il veut ct qui ne veut rien de mauvais. Il y a trois états dans lesquels l’homme ne saurait 3(S être heureux : cruciatus non habentis, languor non amantis, malitia errantis voluntatis; ccs trois états seuls seraient possibles dans la nature pure. Le bon­ heur n’est possible que dans un quatrième état : habet quidquid vult et nihil mala voluntate null. Mais cet étal ne peut être obtenu que par une puissance surnatu­ relle, par la grâce de Dieu. En résumé, l'homme tend naturellement vers Dieu, comme v rs son principe ct sa dernière lin; il ne peut cependant y tendre, encore moins y parvenir, sans l’amour surnaturel de Dieu; donc Dieu n’a pu le créer sans lui donner cet amour; c’est-à-dire ta charité, la Justice, la sainteté surnaturelles, c. n. Jansénius va développer ce premier argument dans les 20 chapitres de ce livre. La fin connaturcllc de ta créature raisonnable ne peut être que Dieu ct ta volonté n’est droite et bonne que si elle tend à cette fin; si elle s’en écarte, elle de­ vient Inquiète ct troublée, parce qu’elle n’est pas Juste, parce qu’elle n’est pas dans l’ordre; elle tombe dans l’orgueil, si elle se tourne vers elle-même;elle est char­ nelle, si elle s'abaisse vers les choses Inférieures. Et le péché consiste précisément en cela : se détourner de l'amour de Dieu ct des choses supérieures pour se tourner vers soi ou les choses Inférieures : c’est cela même qui constitue le péché, ce que saint Augustin appelle le formel du péché. Donc l’homme n’a pu être créé autrement que sou­ mis à son créateur. Qu’il aime celui de qui il vient ct II sera heureux de le posséder; qu’il sc détourne de son créateur, il sera pécheur ct malheureux. Supposé que l’homme soit créé sans cct amour du créateur, alors sa volonté sera mauvaise, parce qu’elle n’aime pas ce que ta loi éternelle lui ordonne d’aimer ct ccttc volonté mauvaise, dans ce cas, serait l’œuvre de Dieu. Cet amour du créateur ne peut être que la charité ou amour surnaturel, car, dit Jansénius, ta distinction scolastique de l’amour naturel ct de l’amour surnaturel est absolument Inconnue de saint Augustin et des Pères, c. III. Jansénius s'applique à prouver longuement, en s’ap­ puyant sur l’autorité de saint Augustin, que l’amour de Dieu s’identifie avec ta charité surnaturelle, ta grâce. Il apporte six arguments en faveur de cette thèse : a. — L’amour de la vérité éternelle et Immuable montre que l'amour de Dieu nécessaire au bonheur de l’homme est un amour surnaturel de charité, c. iv. b. — L’amour de 1a justice dérive également de ta charité. Dieu ne peut créer un être raisonnable sans une volonté tournée de quelque manière vers son créateur; si, en effet, cet être ne pouvait aimer la justice ct fuir l’injustice. Il ne commettrait point de péché proprement dit ct l’acte mauvais qu’il ferait serait imputable au créateur lui-même. Or cct amour de 1a justice ne peut venir que d’une grâce surna­ turelle ; il naît de ta charité; on ne peut chastement éviter l’injustice, ct par suite, bannir toute affection au péché, si on n’almc pas In justice, et on ne peut aimer ta justice, c’est-à-dire, fuir le mal, parce qu’il est injuste ct faire le bien parce qu’il est Juste, que si le Saint-Esprit répand la grâce dans nos cœurs. Donc la nature pure est Impossible, car Dieu ne peut créer un être raisonnable dans un état où 11 ne pourrait ni aimer ta Justice d’une bonne œuvre, ni détester l’injus­ tice d’un œuvre mauvaise, un état dans lequel 11 ne pourrait faire quclqu’acte bon que par crainte d’un châtiment ct non paramour de ta Justice, un état dans lequel il ne pourrait aimer ct désirer le bien, un Hat dans lequel il ne pourrait rien faire comme il faut, i c'est-à-dire, avec l’amour cl ta délectation de la Jus­ tice, c. v. Cet amour de ta justice dont parle saint Augustin I n'est point l'amour d’une vertu morale pour elle- 3G9 L’AUGUSTINUS, T. IL ETAT DE PURE NATURE même, comme le pense Vasquez, ni la volonté de faire une œuvre moral n. ut bonne dans toutes ses circons­ tances. (.du est * ·Η à fait étranger à saint ?\u gus tin • au vin pur d'Augustin, on a mélangé l'eau des opi­ nions philosophiques, » c. vi Lu justice qui e*l aimée pour elle-même est Inscrite en nos cœurs Ce n'est point une qualité de notre âme qui nous Ldi Justes, qui naît, se développe et meurt, car une telle qualité est temporelle et chan­ geante, tandis que la Justice dont nous parlons est éternelle ct Immuable. C’est une régie llxe qui brille au sommet de notre esprit, qui n'augmente ni ne diminue ct qui sert de norme à toutes nos actions. On appelle Justes les actes qui sont conformes â celte règle, c. vu. Cette justice est Dieu même et l'amour de la justice, c’est l'amour de Dieu même; par elle, nous participons à la Justice divine et nous sommes Justes dans la mesure où nous aimons et réalisons en nous la Justice divine. Qui aime autre chose aime le vice ct se détourne du créateur pour sc tourner vers la créalure, c. vin. Cet amour de la Justice suppose évidemment la grâce qui nous fait aimer ce qu'il faut faire, amatur quod agendum est. Pour faire le bien, l’âme doit être détournée de l’amour des créatures ct de la crainte des châtiments; or cela n'est possible qu'avec le secours de la grâce, seul lien qui unisse à Dieu, seule force qui puisse conduire à Dieu; par cette participation à la Justice divine, l'âme devient sainte, vraie, Juste. Voilà la pure doctrine de saint Augustin. Si quelque péripatêtldcn ne comprend pas, Il n'a qu'à prier Dieu pour qu'il lui donne l'intelligence, si quis eorum (peripateti­ corum) non intelligat, oret Deum ut intelligat. c. ix. Jansénius prend soin d'ajouter que, d'après saint Augustin, cet amour de la Justice ne saurait être natu­ rel, car un amour sincère ne peut venir que de la grâce, sans laquelle l'amour du pêché domine dans l’âme, sans laquelle on ne peut avoir que la crainte du mal qui retient l'âme opprimée par le péché. Saint Au­ gustin n'a jamais parlé de l'amour naturel; pour lui, sans la grâce, on ne peut qu'aimer la creature ct s’at­ tacher à elle, c'est-à-dire pécher en violant la loi éter­ nelle, c. x. c. — Par ailleurs, l’amour de Dieu doit être absolu­ ment gratuit; H faut aimer Dieu pour lui-même; or cet amour suppose une grâce vraie, car l’amour gratuit, chaste, pur, à cause de sa sublimité ct de sa pureté parfaite, dépasse toutes les forces de la nature; cct iniour « comme il faut sicut oportet » sans lequel l'acte est vicié par quelqu'amour de la créature, ne vient que de la grâce, c. xi. d. — Les réponses de saint Augustin aux attaques des pèlagiens confirment cette Interprétation de sa doctrine, c. xn. e. — Jansénius, bien que plein do méfiance pour les philosophes, fuit appel à eux : les platoniciens placent In béatitude dans l'amour du souverain Bien qui est Dieu; la vertu consiste à connaître, à aimer et à Imi­ ter Dieu, or tout cela n’est possible que par le secours do Dieu lui-même. Aristote place la béatitude dans In contemplation du souverain Bien; or, cette contem­ plation est évidemment au-dessus des forces de la nature, c. xm. f. — Enfin Jansénius rappelle que l'amour est le prin­ cipe de tous nos actes; cct amour est charité ou cupidité; pas de milieu; dans toute action volontaire, l'homme obéit à l'amour de Dieu ou à l'amour des créatures. Or, il n'y a pas d’autre charité que celle qui vient île la grâce et qui suppose la purification de l’âme. Comme Dieu no pouvait mettre, dans le cœur de l'homme, la cupidité, il suit qu'il devait lui donner la charité. Donc encore une fois, l'étal de nature pure est Impossible, c. xiv. 370 L’amour de Dieu est assurément surnaturel, car Il ne peut naître de la nature ct de nos facultés; pour­ tant Il est naturel en un certain sens. En effet, la raison, par une lumière toute naturelle, nous apprend que Dieu doit être aimé pour lui-même, par-dessus tout, comme notre souverain Bien; Dieu étant notre fin naturelle, un appétit naturel nous Incline vers lui, quoique cette fin ne puisse être atteinte que par un secours surnaturel, comme saint Thomas l'enseigne positivement dans son commentaire sur le De Trfnitate de Boèce. Malgré tout cependant, Jansénius rejette les thèses de Luther ct de Calvin pour qui la Justice originelle est naturelle à l’homme, comme • la santé à l'animal et la fraîcheur à l'eau. » La créa­ ture raisonnable est d'une condition si noble ct si re­ levée, parce qu'elle est l'image de Dieu, qu’aucun bien autre que Dieu, Inférieur à Dieu, ne peut suffire à son bonheur, c. xv. De tout ceci il faut conclure que l'amour de Dieu est naturel à la créature raisonnable, de sorte que cet amour lui est prescrit par une obligation très naturelle, très étroite, très stricte, bien que celle-ci ne puisse accomplir ce devoir que par un secours surnaturel, par la grâce. Pour saint Augustin, il n'y a pas d’autre amour chaste de Dieu que celui-là même dont Dieu est l’auteur, car, lout autre amour, quelque pur qu'il paraisse, est une Invention de la philosophie et du pélagianisme, c. xvi. L'amour par lequel l’homme adhère à Dieu, est-II dû ou bien est-il un don gratuit? Grave question, car s'il est dû, comment peut-ll être une grâce? s’il est un don, comment peut-ll être dû? Si Dieu doit donner la charité ù la creature innocente, comment cette charité cst-clic une vraie grâce? SI elle est une vraie r*ûce, comment Dieu peut-il être oblige de nous la donner? Pour répondre à cette difficulté, Jansénius rappelle d'abord deux principes : L'homme doit aimer Dieu, plus que toutes les créatures et cela par nature, par le fait même qu'il est l'image de Dieu, créée par lui. En second lieu, cet amour, bien que raisonnable et conforme à l’ordre, ne peut être donne que par un blenI fait gratuit de Dieu. Ceci dit, Jansénius propose son opinion. Avant le péché, l'homme doit recevoir s n chaste amour de Dieu, sans quoi il serait dispensé d'ai­ mer Dieu ; s'il n’avait pas reçu cet amour, il pourrait se détourner de Dieu sans la moindre faute, ou, s’il y avait une faute, elle retomberait tout entière sur le en ateur, puisque, sans aucune faute antérieure, l'homme n*aurait pas reçu la grâce, sans laquelle 11 lui est impossible de sc tourner vers Dieu et de lui rester sou­ mis dans l'ordre naturel; sans celte grâce, l'homme s’éloignerait nécessairement de Dieu. Creatori deputan­ dum quidquid in ejus creatura fleri necesse est. Com­ ment concevoir cet état de nature pure où l'homme, image de Dieu, ne serait pas tenu d'aimer Dieu, où Il ne devrait pas rapporter ses actions à Dieu, comme à sa lin dernière, où il ne devrait pas honorer Dieu d’un vrai culte, où il ne serait pas tenu de considérer ct d'aimer en toutes ses actions, la vérité, la justice, l'équité, la droiture? Or, tout cela n'est possible que par l'amour de Dieu, répandu dans les cœurs par le Saint Esprit. Bref, l'homme ne peut être créé sans avoir le secours nécessaire et suffisant pour aimer son créateur. Les scolastiques modernes, comme Lesslus, Bellarmin. Suarez, Vasques, reconnaissent que, si Dieu ne donnait pus les grâces suffisantes, les hommes ne seraient plus tenus d'observer les commandements de Dieu; mais ce n’est pas entendre saint Augustin que d’avoir recours à ces sortes de grâces, c. xvn. Dieu ne peut refuser à sa créature Innocente la grâce de son amour; celte grâce est donc due en quel­ que manière, aliquontodo debitam, non point, Λ propre­ ment parler, â la créature elle-même qui n’y a aucun 371 JANSÉNISME, L’A UGUSTINUS, T. II. ÉTAT droit» mais elh est due à la bonté, à la justice et à la «.igc. seraient par le fait même fils adoptifs de Idc î, ses héritiers, et ne pourraient être écartés de cet héritagi que par un péché, toutes hypothèses que repo $sc ia pratique de l’Église, c. xvin. Dieu donc n’a pu créer l’homme dans l’état où il naît aujourd’hui, avec ces misères, avec cet aveuglement et ces ténèbres qui remplissent son esprit, avec cette Impuissance à faire le bien et cette inclination au mal. avec cette lutte Intime qu’il sent continuelle­ ment en lul-méme, avec cette tyrannie des passions qui l’entraînent au péché, avec les maux qui l’affligent dans son corps et dans son âme, depuis sa naissance Jusqu’à sa mort. L’homme n’a pu être créé sans le poux olr d’nimcr Dieu et de vivre sagement ; or. il n’y a pas d'autre amour de Dieu que la charité répandue dans les cœurs par le Saint-Esprit; pas de volonté droite et sage sans cet amour, car tout autre amour est cupi­ dité. La volonté est nécessairement mue vers quelque chose, en haut ou en bas, vers Dieu ou vers la créature. Nr pas aimer Dieu par-dessus tout est intrinsèque­ ment mauvais; or, Dieu, souverainement Juste et bon, ne peut créer un être raisonnable avec une volonté mauvaise (tournée vers la créature); donc il l’a créée avec une volonté bonne (tournée vers le créateur), j avec une volonté sage, c’est-à-dire droite, c’est-à-dire, avec la grâce de l’amour de Dieu, car ne pas aimer Dieu est une folle. D’ailleurs, il faut que l’homme ait été créé avec le pouvoir d’observer les préceptes, sans quoi 11 eut été injuste de le punir pour la viola­ tion de ces commandements, c. xix. Comment cette bonne volonté due à l’homme Inno­ cent est-elle une grâce? Elle est une grâce,dit Jansénlus, comme la grâce suffisante des modernes qui affirment que cette grâce est duc à l’homme pour qu’il puisse atteindre sa fin. Bien de plus naturel qu'une créature innocente. Image de Dieu, reçoive une grâce de Dieu. Dieu se doit à lui-même, à sa justice, à sa bonté de donner cette grâce à sa créature innocente. Cette grâce cependant reste toujours gratuite, car elle pro­ vient uniquement de la libéralité du donateur et non point du droit du bénéficiaire; elle n’est point une rétribution, une récompense d’une bonne œuvre an­ térieure, car elle ne correspond à aucun mérite, à au­ cun droit. Elle est un vrai don gratuit, parce qu’elle n'est pas obtenue par un mérite ou par les forces de la nature; par suite, la nécessité où se trouve Dieu de donner à l’homme innocent celte grâce n’enlève rien à la libéralité, à la miséricorde de Dieu et à son carac­ tère de grâce essentiellement gratuite, c. xx. 2 Impassibilité d' Mal de pure nature montrée par t'analyse de la /ouissance béalifique (Livre II, c. i-x). — Le second argument contre la possibilité de la nature pure est tiré de la Jouissance béalifique du sou­ verain Bien qui dépasse toutes les forces de la nature et suppose Tumour de Dieu. En effet, ou bien, la créa­ ture ruisonnaLk tend vers une En inférieure, — ce qui est contre nature; ou bien, elle ne peut arriver au i oubeur — ce qui est contraire à la sagesse et à la l ont# du créateur; ou bien, elle peut arriver au bonheur par se* propres forces, — ce qui est une forme de l'orgueil, injurieux pour la grâce du Créateur. Les ScoUiUqurft acceptent les deux premières alternatives et rejettent la troisième; en quoi, lit sont en opposition DE PURE NATURE 372 avec saint Augustin; celui-ci, en effet, dit nettement que la créature ne saurait Jouir de Dieu de quelque manière, si Dieu ne lui accorde celte faveur par une grande grâce, car tout amour vrai et sincère de Dieu, considéré même comme auteur de la nature, dépasse de beaucoup les forces de la nature. La créature rai­ sonnable ne peut être heureuse que si clic aime le souverain Bien qui doit la béatifier, c. r. Les philosophes eux-mêmes, surtout Platon, placent la béatitude des hommes dans la contemplation de la vérité étemelle et de la sagesse Immuable, comme du souverain Bien et de la souveraine Beauté dont l’amour les enflamme et dont la lumière les éclaire. Or, cela ne peut venir que de la grâce, dit saint Augustin, car la béatitude naturelle de In créature raisonnable, étant donnée la faiblesse de l’homme, ne peut procéder que de la grâce de Dieu lui-même. Ainsi ces philosophes païens, avec les seules lumières de leur raison, ont mieux compris cette nécessité du secours divin que la plupart des scolastiques chrétiens, parce que ceux-ci sont Inféodés à l’école d’Aristote dont la philosophie abjecte, abjectior illa philosophia, a été copiée par les pélagiens, ces singes d’Aristote, pelagianos, simias Aristotelis, c. n. Jansénlus fait appel à un nouvel argument : le royaume du ciel qui est d’ordre surnaturel ne peut, sans injustice, être séparé de la nature pure. Le royaume de Dieu, ou la vie étemelle, n’est point dû a la créa­ ture raisonnable, même innocente, et, d’après les sco­ lastiques, il peut être refusé par Dieu, sans qu’il y ait une faute commise. Mais Jansénlus prétend que ce royaume de Dieu ne peut être refusé à l’homme Innocent;c’est,dit-il, la thèse certaine desalnt Augustin, qui regarde la thèse opposée des pélagiens comme impos­ sible. Injuste pour la créature, injurieuse pour le créateur.La créature innocente ne peut être privée ni de la vie éternelle et delacontemplatlondcDicu,nf du royaume du ciel, c’est-à-dire de la Jouissance surnaturelle de Dieu, étemelle Vérité et souveraine Justice, c. ni. La preuve de celte thèse est double. Personne ne peut être heureux, s’il ne possède ce qu’il veut, car, tant qu’on ne possède pas ce qu’on désire, on est malheu­ reux. De plus la créature raisonnable ne peut être affli­ gée par Dieu de la moindre misère, tant qu’elle reste Innocente. Or, l’homme innocent veut fortement la vie éternelle et il est certainement malheureux, s’il ne la possède pas. Donc Dieu ne saurait l’en priver, c. îv. Jansénlus tire un quatrième argument de l’analyse de la béatitude. La béatitude naturelle suppose trois conditions : ne pas être dans Terreur, car. Image de Dieu, l’homme aime la vérité et il ne peut être heu­ reux que dans la vérité, c. v; ne pas être troublé dans la possession de ce qu'on aime et désire, ne pas être troublé dans son repos, en particulier, ne pas avoir à lutter contre la concupiscence, c. VI; enfin ne pas mourir, car l’homme fuit naturellement la mort; il veut vivre et être Immortel; la seule crainte de perdre la vie suffit à détruire le bonheur. Or la nature pure ne peut procurer ces trois éléments du bonheur. Pas de béatitude possible en dehors de celle que pro­ met la vraie fol et qui ne peut être atteinte que par la grâce, c. vu. Jansénlus signale Ici, en passant. In folle de quelques philosophes qui ont inventé une béati­ tude naturelle, couronnement de la pure nature. Quel orgueil singulier d’attribuer le bonheur aux seules forces de la nature. .Mors on place le bonheur dans la vertu elle-même, comme le font les stoïciens, c. vni. Même après la mort et la disparition du corps la béatitude naturelle ne saurait être accordée à l’âme comme une récompense, sans une gnlcc particulière de Dieu, car la nature pure ne peut acquérir aucun mérite devant Dieu, puisque tout mérite vient et ne l peut venir que de l’amour de Dieu; d’aillcurs, la loi 373 JANSÉN ISME, L’AUGUSTINUS, T. H. ÉTAT DE PURE NATURE naturelle ne peut être observée pleinement sans la grâce, c. ix. Un autre argument est tiré du libre arbitre. Dans la nature pure, l’homme n’aurait pas eu le pouvoir de faire le bien et II eût été dans la nécessité de faire le mal. tout comme actuellement dans l’état de nature déchue, puisque ces deux états ne différent qu’accldentellement; on peut même dire que la nature pure est Intérieure à la nature déchue, puisque, dans cette der­ nière il y a des restes de la révélation primitive, des traditions transmises Λ sa postérité par Adam qui avait été élevé à l’état surnaturel, c. x. 3. Impossibilité de fêlai de pure nature, prouvée par fanalyse de la concupiscence (Livre II, c. xi-xxi) — Jansénlus développe très longuement l’argument tiré de la concupiscence qu’il étudie dans tout ce livre, en le décomposant en huit arguments secondaires, arg. 7-14, exposés dans les c. xi-xxi. Sous des formes diverses, ces arguments tendent à prouver que Dieu ne pouvait créer l’homme avec la concupiscence. Julien admet toutes les thèses de la philosophie païenne au sujet de la concupiscence, qui, d’après lui, est une conséquence de la nature animale de l’homme: concupiscere viventis senlienlisque naluræ est. L’homme est composé de deux parties qui ont, chacune, leur bien propre; au corps est naturellement attachée la concupiscence qui existait même au paradis terrestre, telle est également la doctrine d’Aristote et des scolas­ tiques, de Dellarmln par exemple, c. xn. Par suite, la concupiscence est naturellement bonne; elle est l’œu­ vre de Dieu, puisqu’elle tient à la nature de l’homme, tel qu’il est sorti des mains de son créateur, c. xn. Mais saint Augustin s’élève énergiquement contre une telle opinion qu’il déclare fausse et Impossible : la concupiscence et scs mouvements ne sont point bons et ils ne viennent pas de Dieu; la concupiscence est vicieuse; c’est une maladie, rcgriludo; c\le est mau­ vaise, car elle est en lutte ouverte contre l’esprit et la droite raison; elle vient de l’homme qui a péché, et, par son péché, a corrompu la nature créée par Dieu. L’exemption primitive de la concupiscence tenait à la santé naturelle de l’homme. Il faut donc encore con­ clure que la nature pure, avec la concupiscence, est un état impossible, c. xm. Les mouvements de la concupiscence ne sont, au fond, que des désirs de pécher; Ils sont donc mauvais et Illicites en eux-mêmes Ces désirs sont Indélibérés et Ils précèdent la volonté; mais 11 faut les réfréner, c’est donc qu’ils sont mauvais, bien qu’ils ne soient pas coupables en eux-mêmes. Ils sont le châtiment du péché originel. Chez les animaux, cette concupiscence n’est pas mauvaise, parce qu’elle n’est pas, en eux. opposée Λ la raison, mais elle est mauvaise chez l’homme qui, lui, a la raison, in pecoribus non est n alum, quia in eis non concupiscit caro adversus spirt* turn. Ainsi ce qui est droit et bon dans une nature infé­ rieure est vicieux dans une natur· supérieure qui vou­ drait l’imiter, vitium hominis est natura pecoris, car l’animal suit sa nature, tandis que l’homme poursuit une nature qui lui est étrangère et Inférieure, c. xtv. De ia thèse pêlagienne, Jansénlus tire plusieurs con­ séquences qui. dlt-ll, en montrent In fausseté absolue. SI Dieu avait créé la nature humaine avec la concu­ piscence. il serait permis de consentir Λ ses mouve­ ments, puisque, par ΙΛ, on obéirait ù la sagesse divine et on suivrait la nature telle qu’elle a été faite pur Dieu, c. xv; de plus, dans cet étal, il eut été mal de s’abs­ tenir du mariage, puisque c’eût été agir contre ia nature et résister Λ la concupiscence, œuvre de Diru, c. xvi. Lu pudeur et la honte qui accompagnent les mouvements de la concupiscence montrent bien que la concupiscence ne tient pas à notre ruiture: cette pudeur vient d’un désordre que l’on constate. Si lu 374 concupiscence était l’œuvre de Dieu, on ne devrait pas mugir de tes mouvements, car rougir de l'œuvre de Dleu.ce serait une Ingratitude et une Impiété â l’égard du créateur, c. xvir La conclusion de toutes ces observations est que l’état de nature pure dans lequel la concupiscence serait attachée b la nature, et, par conséquent, viendrait de Dieu, est Impossible, puisque scs mouvements sont mauvais, Illicites, honteux, et Julien qui a défendu cette thèse est tombé dans le vieux manichéisme, c. xvin. Ce qui est vrai de la con­ cupiscence chamelle est également vrai de toutes les autres passions, qui, toutes, ont leur origine dans une révolte du corps contre l’âme et sont une punition du péché, et, par suite, n’appartiennent pas à la nature même. Toutes, plus que les passions déréglées de l’es­ prit, sont accompagnées de honte, parce que Γesprit est vaincu par le corps et que cette défaite de l’esprit est particulièrement honteuse, c. xix. Jansénlus poursuit sa démonstration · l’ordre natu­ rel exige que le corps soit soumis à l’âme; la pertur­ bation de cet ordre est évidemment coupable, d’au­ tant plus coupable que, sans l’âme, la vie du corps en rebellion est impossible; de plus, l’âme est divisée contre elle-même. Cette révolte et cette division que l’on constate aujourd’hui ne peuvent venir de l’ins­ titution primitive. SI, en effet, 11 est naturel à l’appétit sensible de désirer et de poursuivre le bien sensible, son propre bien, il n’est pas naturel qu’il poursuive ce bien contre l’ordre de la raison qui devrait commander et se faire obéir; cette résistance de la partie infé­ rieure ne vient pas de la nature, mais du péché qui a corrompu la nature jusqu'en ses racines. Cette opposition, disent les scolastiques, tient à la distinction du corps et de l’âme, de l’appétit sensible et de la volonté raisonnable; sans doute, répond Jansénius; mais l'ordre exige que l’inferieur soit subordonné au supérieur, le corps à l’âme, l’appétit sensible à la volonté, comme < la femme mariée A son mari. La femme non mariée se gouverne elle-même, mais ma­ riée, elle doit obéissance. De même, le corps seul, dans les animaux, se gouverne lui-même, mais dans le composé humain, Il doit se soumettre à l’âme, > c. xx. Enfin, conclut Jansénlus, le conflit de saint Augus­ tin avec Julien, au sujet de la transmission du péché originel par la concupiscence prouve que la concupis­ cence n’appartient pas â la nature pure. La source du mal est l’esclavage de la partir supérieure de l’homme. Ce renversement de l’ordre, cette Injustice ne peut être qu’une punition du péché, c. xxi. De même, l’ignorance profonde de notre Intelli­ gence ne peut être attachée â la nature pure; l’igno­ rance invincible du droit naturel, qui n’excuse point du pêché, est mauvaise, parce qu’elle est une punition du péché; elle n'est point primitive et ne saurait venir de la nature créée par Dieu, car elle est contraire à la vraie sagesse; elle est la source de l'erreur et delà folle, opposées n la vérité et â la sagesse, error, stultitia, c. xxn. 4. Impossibilité de fêtai de pure nature prouvée par les misères du corps (Livre III). — Après avoir exposé seize arguments tirés de l’ordre moral, pour prouver l’impossibilité de la nature pure, Jansénlus aborde le· arguments tirés de l’ordre physique. Les misères du corps ne rendent pas la créature raisonnable mauvaise, mais elles la rendent malheu­ reuse; c’est pourquoi Dieu ne peut les infliger â la créature Innocente Les Jésuites, Suarez et Vasquez, ont cru cependant que Dieu, en vertu de son souverain domaine, pourrait affliger de souffrances physique l’homme innocent, c. i. Contre les modernes. Jansénlus veut montrer, avec saint Augustin, que Dieu ne peut pas ne pas punir le péché, non potest ut non puniat peccatum Deus, cor I doit sanctionner la loi étemelle; les méchants doivent 375 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. II. ÉTAT DE PURE NATURE 376 Cependant saint Augustin, dans son Commentaire lire malheureux L'ordre exige que In misère suive le I péché; ainsi In peine rétablit l’ordre troublé par le mal sur te psaume LXX, dit que Dieu peut damner un Juste; el il y a un lien absolu ct indissoluble entre In peine ( dès lors, ά plus forte raison. Il peut infliger des mi­ et le péché; il est impossible que celui <|ui fait le mal sères à un être dans l’étal de nature pure : guis dherel Deo : quid Jecisti? si damnaret /ustum. Jansénius donne soit bon, donc heureux, car l’homme qui pèche s’é­ deux solutions à ce texte. Saint Augustin, dans ce pas­ loigne de Dieu, donc dc sa béatitude, et, par suite, Il sage, parle de l’état présent de l'homme où, quelque doit être malheureux, c. n. La peine est donc inhérente au péché; des peines juste qu’il soit, Dieu n’est pas obligé dc l’empêcher de tomber dans le mal et dans les misères qui sont la puni­ Intérieures, cachées, accompagnent toujours le péché; les peines extérieures sont réservées à l'avenir par tion du pèche d’Adam, comme 11 paratt par l’exemple Dieu. Les premières pénètrent les replis les plus secrets de Job. Autre solution: ce passage est altéré; il faut lire: du cœur et ne peuvent sc séparer du péché : c'est le tn/ustum, car, dans cet endroit, saint Augustin veut remords dans la conscience: c’est l’inquiétude perpé­ prouver qu’il faut craindre et aimer Dieu; le craindre, tuelle avec la cécité et l’insensibilité, In perte du bon­ parce qu'il damne l’injuste par sa justice, l'aimer, parce heur, l'amour des créatures, c. ni. Aussi le pécheur, qu’il justifie le pécheur par sa misericorde, c. xvl demeurant dans son pèche, ne peut être heureux, Une autre difficulté plus grave est tirée du Ill· livre parce qu’il reste dans l’injustice, dans l'erreur et le Du libre arbitre : ignorantia et difficultas, si esset natu­ désordre, c. iv. Mais Dieu ne peut damner une créa­ ralis homini, non esset culpandus Deus, Saint Augustin, ture Innocente, lui infliger des peines éternelles, la répond Jansénius, suppose le péché déjà commis ct la priver dc la vision béatiflque et la soumettre Λ la nature corrompue, c. xvn; la concupiscence, la pudeur peine du sens, c. v. sont dites naturelles, cn ce sens qu’elles suivent le Donc — c'est le dernier argument de Jansénius, — péché; elles doivent être attribuées non Λ Dieu créateur la misère et le malheur ne peuvent précéder la faute; mais ù l’homme pécheur, c. xvni. D’autre part, les l’homme ne peut souffrir qu’en punition d’une faute. misères ont pu, cn toute Justice, exister chez les adul­ Le malheur ct la misère ne peuvent être qu’une peine; tes pour leur servir d’épreuves et leur permettre d’ob­ donc la nature pure est Inconcevable, parce qu'elle tenir des biens d’ordre supérieur; pour les enfants, la suppose un état de misère qui ne serait pas un châti­ difficulté est plus grave, mais cependant il y aurait pour ment La mort que les pélagiens regardent comme une eux une large compensation, c. xix. Jansénius donne chose indifférente est la plus terrible des peines du une solution plus complète du texte de saint Augustin corps; comme toutes les aulrcs souffrances, elle n'eût qui, dit-il, dans ce traité, s'adresse aux manichéens. pas existé sans le péché. Dieu est l’immuable Verite et Ceux-ci attribuent le mal à un principe mauvais. Mais, la vérité crie partout qu’il est dans l’ordre que le péché répond saint Augustin, quand même l'ignorance et la soit puni, mais que l’innocent ne doit souffrir aucun mal, concupiscence seraient naturelles et que Dieu nous les c. VL Infligerait, cependant cela ne serait pas un mal ct Dieu Pour prouver cette affirmation, Jansénius cite de ne serait nullement responsable dc ces maux, c. xx. nombreux textesde saint Augustin. La toute-puissance, Pour répondre aux scolastiques touchant le souve­ la justice el la science dc Dieu seraient lésées, si l’hom­ rain domaine de Dieu qui pourrait punir même des me innocent souffrait; c’est pourquoi l'état de nature innocents. Jansénius réplique : punir un innocent pure est incompatible avec ces attributs divins, c. vu; n'est pas le fait d'un Dieu, mais d'uu tyran. Dieu, la Justice, cn particulier, est détruite, car elle doit matériellement, pourrait punir un innocent de par sa donner à chacun ce qui lui est dû, c. vhl toute-puissance, mais sa Justice, sa bonté, sa sagesse Pour arriver à celle conclusion, saint Augustin ne règlent sa puissance, c. xxi. parle pas de l’état surnaturel; il ne fait appel qu’à la Enfin Jansénius se trouve en présence dc la propo­ raison cl à la nature même de la Justice divine, c. tx; sition 55· de Bains, condamnée par les papes Ple V et il ne parle pas formellement des peines, en tant qu’elles Grégoire XIII: Deus non potuisset ab initio talem creare sont corrélatives à une faute, mais matériellement, en hominem, qualis nunc nascitur. L’homme naît mainte­ tant qu'elh i affligent la nature humaine, en tant qu’el­ nant dans la misère, l’ignorance, la concupiscence, les affectent celle nature, en tant qu'elles détruisent sujet aux maladies, à la mort; donc il ne répugne pas le bonheur, cruci lient l'âme et troublent la volonté. à la justice de Dieu dc créer l'homme, avant tout pé­ L'homme est malheureux matériellement et il ne peut ché, avec toutes ccs misères, dans l'état dc nature pure. Jansénius hésite, hareo. /ateor. La doctrine de être dans cet état de souffrance physique sans une saint Augustin a été approuvée par neuf papes, donc futile préalable, c. x, car Dieu, infiniment Juste, ne elle ne peut être condamnée par deux papes récents. peut infliger ù une créature innocente ces maux, parIl faut interpréter la proposition condamnée, car ticulien-mvnt la mort que l’homme abhorre; on peut dire la même chose de la corruption du corps, des l'opinion des scolastiques rendrait Dieu coupable de monstruosités, des lenteurs et des difficultés de l’es­ la concupiscence qui est mauvaise, qui est la source de tous les péchés. Il est bien évident que Dieu ne prit, dc la folie, etc., c. xi. Dieu ne peut permettre ni produire tous ces maux, car il serait injuste cl cou· pouvait créer l'homme dans le péché; avec le péché, pabk dans les deux cas, c. xii. Admettre la possibilité il faut supprimer la concupiscence et les autres misères du corps et dc l'âme qui sont le châtiment du péché. de h nature pure, c’est accuser Dieu de cruauté, Que dire? Iltereo, /ateor .. Jansénius reprend sa dis­ puisqu'il ferait souffrir un innocent, c. xm. tinction nu sujet des oeuvres des Infidèles, De statu Cille conséquence ’’impose au point que ceux qui l'oul niée ont dû recourir à des explications embarras- naturie lupstt, 1. IV, c. xxvn : la censure prononçée secs ct erronées : on s'est jeté dans les erreurs des pla­ pur Pie V et Grégoire XIH n'est qu’une censure dc toniciens. des manichéens, des gnostiques, qui attri­ prudence : Il faut dire que 1* Église romaine s'occupe non moins de paix que d'érudition; elle condamne buent lous ces maux a la matière, parce qu'ils ne peu­ vent les attribuer à Dieu. Les pélagiens en sont arri­ plusieurs propositions dcBalus, non point comme faus­ ses, mais comme opposées à la paix, a lin de couper vés à «lire, avec les stoïciens, que ces souffrances ne court à des discussions Inopportunes, c. xxn. sont pas des maux. Beaucoup dc philosophes païens Un auteur anonyme (Bibliothèque nationale de ont attribué cet clat de misères ù une faute, c. xiv; Paris, ms. fr 13 svo, p. 40) écrit ici : « La lecture dc ce el d le faut bien, sans quoi on profère contre Dieu des impiétés et des blasphèmes : Dieu est Injuste ou im­ I chapitre fait voir l'extrême respect de Jansénius pour I le pape ct comme il le croyait infaillible. « puissant. c. xv. 377 JANSENISME, L’AI LUSI INUS, T. ill. LA GRACE DU SAUVEUR //. FOJfA ///, l.A (JltÂCJS bü AAÜVKUn — Le L ni de VAugutlinus renferme la partie capitale du travail de Jansénius. Qui connaît la maladie doit en connaître les remèdes convenables. Le mal est si profond que Jésus-Christ a apporté d’en haut le remède : la grâce, fruit de l’incarnation, qui produit la vie surnaturelle ; c’est le premier mystère de noire religion d’où d< pend toute la conduite de la vie chrétienne. Il importe de bien connaître la nature de cctle grace de Jésus-Christ; car la moindre erreur aurait Ici des conséquences dé­ sastreuses. Les philosophes ne peuvent rien dire sur ce point et ils ont Imagine que l’homme tire la vertu de lui-même; les scolastiques se sont imprégnés dc celte philosophie toute païenne et voulant concilier Aristote cl saint Paul, ils ont entouré ce mystère de ténèbres épaisses. Molina, en particulier, s'est écarté de la tradition; il avoue que sou système est nouveau et il a l’audace dc prétendre que, si saint Augustin l’eût connu, il l’eût approuvé. Scs disciples l’ont dé­ passé et croient s’autoriser dc saint Augustin, alors qu’ils exposent des opinions nouvelles. Jansénius pro­ clame qu’il veut revenir à saint Augustin lui-même, car il est le maître en ces matières délicates. · Si quel­ qu’un vous annonce quelque chose cn dehors de ce que vous avez nçu de saint Augustin, qu’il soit ana­ thème. » Préface. Jansénius vludie successivement la nature, les pro­ priétés et les clïcts de la grâce dans les cinq premiers livres; puis le libre arbitre dans l’état de nature ré­ parée, 1. VI et Vil, la conciliation de la liberte ct de la grâce, 1. VIII, enfin la prédestination, 1. IX, et la réprobation, I. X. Préliminaires (Livre I, c. i-v).— Ixvm). — La grâce dc la loi ou de la doctrine ne peut délivrer la volonté pour la faire vouloir et opérer U Justice, ni l'affranchir dc la servitude du peche, à cause de l’ignorance qui supprime la connaissance du bien ct surtout de la concupiscence qui enchaîne la volonté. La loi nous fait connaître et nous découvre le péché, sans nous donner U force nécessaire pour l’éviter; elle fait connaître la maladie, sans donner le remède. Ainsi, elle détruit l'ignorance; elle fait connaître ce qu'il faut foire et ce qu’il faut éviter, mais clic laisse intacte la concupiscence qui continue de tenir sous son joug la volante impuissante; elle nous fait prendre conscience de nos devoirs, de nos fautes ct de nos faiblesses, mais ne donne pas la force pour remplir ces devoirs, pour éviter ces fautes, pour corriger notre faiblesse, parce qu’elle ne supprime pal la blessure faite cn nous par la concupiscence, e su. Lu loi a un second effet : elle rend l'observation des préceptes plus difficile, parce qu’elle surexcite la con­ cupiscence. Les théologiens récents ont cru que la loi ccl.urc et rend l'observation des commandements plus facile; mais c’cst une erreur profonde, car la loi enflamme plus qu'elle n’apaise la soif de pécher; sans la grace, clic augmente les difficultés pour faire le bien, accroît l'inclination au mal. En effet, la cupidité comprimée s'exalte cl nous porte plus fortement vers l’objet mauvais : ilia lex, qaamuis bona. auget prohlbendu desiderium malum. Seule, la chant*·. la concupis­ cence bonne, s’oppose a cette concupiscence mauvaise. Certains scolastiques. Il est vrai, ont prétendu que Dieu accorda aux Juifs des grâces suffisantes pour ob­ server la loi, mais rien n’est plus contraire à la doctrine de saint Augustin, c. viu. Un troisième effet de la loi est d'augmenter le pé­ ché et d'imposer une servitude plus étroite, car elle accroît la concupiscence sans apporter un secours et elle conduit fatalement au pèche, parce qu’elle com­ mande des actes que la faiblesse ne peut faire; alors, ou bien, on pèche parce qu’on n'évite le mal que par la crainte des châtiments et on est coupable dans son cœur rt devant Dieu, ou bien on pèche plus grave­ ment encore, cn violant le précepte connu. La pre­ mière manière de faire le mal est plus dangereuse, parce qu’elle est plus cachée; la seconde est plus grave. L'homme charnel qui reçoit la loi ne peut donc que pêcher, qu'il veuille ou non accomplir la loi; car. s'il veut l’observer, il commet nu péché caché, périlleux» ordinairement un pêché d'orgueil; s'il ne veut pas, il commet un pèche plus grav» n nsqu’ll viole un pré. cep te cn connaissance de cause. o.u, la charité seule 379 JANSÉNISME, L’A L G L SUN US, T. III. LA GRACE ΕΓΙ 1CACE peut faire éviter le péché ct la lof, toute seule, ne fait qu’accumuler les fautes, a ix. La loi fait abonder le péché ct, suivant les expressions de saint Paul, opère la colère, clic rend les hommes pré­ varicateurs. Les manichéens ctlcs pélagiens sc scanda­ lisent de cette doctrine, parce qu’ils oublient que ces tristes effets dc la loi viennent du péché dc l’homme; Ils oublient que, dès que la loi intervient pour répri­ mer les mouvements dc la concupiscence, celle-ci s’en­ flamme et s'emporte. Cela est la faute dc l'homme ct non de Dieu qui donne la loi. Le mal vient, non de la loi qui éclaire, mais du sujet vicieux qui la reçoit : lex non est /ornes, sed limes; sed ex limite exardescit concu­ piscentia, c. x. Mais pourquoi Dieu nous donne-t-il la loi qui, en fait, ne sert qu’à nous rendre plus coupables? Mystère impénétrable à la raison humaine, altissime latet Les nouveaux scolastiques ne trouvent pas dc mystère, parce qu’ils font intervenir leur grâce suffisante, mais celte explication est en opposition formelle avec saint Augustin. Par la multiplicité des péchés, qu’ils ont commis. Dieu a brisé l’orgueil des Juifs, si fiers de leur loi; il Jes a convaincus dc leur faiblesse ct de la néces­ sité d’un Rédempteur; ainsi il les a forcés à lui de­ mander le secours dc la grâce : quid nisi superbiam lege /radam tradit ut gratiæ ad/utorium quereretur, c. XI. La loi est un pédagogue; car elle conduit à la grâce par la crainte : pédagogue ad gratiam per terrorem; elle fut un gardien, custos,du peuple qu’elle retenait dans le culte du vrai Dieu et qu’elle empêchait dc recourir aux idoles; par la menace et par la crainte, elle a conduit le peuple Juif à la connaissance de la vraie grâce de Jésus-Christ, c. xn. Jansénius veut expliquer l’économie de la loi. La loi, dit-il, a été donnée pour la justification et le salut des hommes. Le fruit direct et immédiat dc la loi est de faire connaître très exactement la régie de conduite à la lumière de laquelle on peut apprécier la perversité du mal; elle fait rougir dc la multiplicité des prévari­ cations; elle fait craindre les châtiments qui menacent et amène ainsi à demander la grâce du libérateur dont on sent la privation; elle écrase l'orgueil par la consta­ tation des nombreuses fautes commises. Cette accu­ mulation des fautes ne fut point dans l’intention et l’ordre de Dieu législateur, mais dans ses prévisions. Il savait qu'à la lumière de la loi l’homme apercevrait le remède opportun pour guérir son orgueil et la con­ cupiscence. Aussi les chutes ont été profitables à l’homme et elles n'étalent imputables qu'à lui et nulle­ ment à Dieu législateur : Lex data est ut gratia que· rtrtlur, qua data est ut lex impleretur. Aussi la loi a été utile à l’homme, parce qu’elle lui a fait prendre cons­ cience de sa faiblesse cl dc sa maladie ct l'a excité à chercher un remède. On est d'autant plus malade qu'on ne sc croit pas malade, c. xm. L’admirable économie de la dispensation de la loi et de la grâce apparaît dans l'humanité en général ct dans chaque homme en particulier. Dieu conduit par degré Λ la vertu. Avant la loi, l'homme est ignorant; il n'y a ni combat, ni victoire; sous ta loi, l'homme ap­ prend à discerner cc qui est bon ct ce qui est mal, mais il ne peut triompher; il y a combat sans victoire. Sous la yrdee, l’homme connaît sa maladie el recourt au médecin; il y a combat et victoire; enfin dans la paix, l'homme est pleinement heureux; c’est la fin du comuot cl le rrpos dans la victoire. Ces quatre états ont existe pour l'humanité : le premier d’Adam à Moïse; le * cond de Moïse à Jésus-Christ; le troisième depuis Jtsds Christ; le quatrième à la lin des temps, cl ib exstent pour chaque homme qui passe successi­ vement p-it chacun de ces états. AinM. conclut saint Augustin, la fin de la loi est Γhumilité qui détruit 380 I l’amour dc soi; la connaissance dc la maladie fait ap­ peler le médecin, c. xiv. Pourquoi Dieu a-t-ll donné en divers temps aux hommes d'abord la loi, puis la grâce ? O profondeur dc la richesse, de la sagesse ct de la science dc Dieu! Admirable justice dc Dieu à l'égard de son peuplel Ce peuple charnel, semblable à un enfant, ne pouvait comprendre une loi toute spirituelle; c’est pourquoi il le détourne du mal par la crainte des châtiments; ensuite, il lui donne une loi spirituelle pour lui faire connaître le caractère temporel et terrestre des biens qu’il a reçus, pour l’on détacher ct ainsi le préparer à recevoir le Sauveur quand il viendra. Dieu a donné cl donne à chacun cc qui lui convient, c. xv. Cc qui est vrai dc la loi est également vrai de toutes les grâces dc l’intelligence : promesses, exhortations, révélations, etc., dont le but est d’apporter la vérité, de faire connaître ct discerner le bien ct le mal. Ces grâces éclairent l’intelligence, mais elles font abonder le péché, car elles sont tout à fait Impuissantes à libé­ rer la volonté; elles montrent le mal sans le guérir : dat scire, non velle, mullo minus /acere; elles ne tou­ chent la concupiscence que pour i'excltcr ct pour lui faire produire des péchés plus nombreux, car la vo­ lonté demeure toujours garrottée dc ses liens, c. xvi. On voit ainsi l’erreur profonde de Suarez ct de Vasquez qui parlent dc pensées congrues naturelles, ca­ pables dc faire agir; ils les appellent congrues, parce que Dieu prévoit, que par elles, le sujet agira. Rien dc plus opposé à la doctrine dc saint Augustin. Nous ne pouvons avoir aucune bonne pensée sans la grâce. Toute pensée sainte est une grâce dc Dieu qui imprè­ gne la volonté ct la fait agir. Par elles seules, les pen­ sées sont des lumières qui éclairent sans échauffer, si Dieu ne vient pas fortifier la volonté pour les suivre et inspirer une dilectlon victorieuse dc la cupidité qui tient la volonté captive. Les pensées seules n’abou­ tissent qu’à une sorte dc contemplation spéculative de cc qu’il faut faire; il faut que la véritable grâce de Jésus-Christ tourne vers Dieu, après avoir détourné des créatures. Suarez ct Vasqucz, par leurs théories, vont rejoindre les pélagiens ct les semi-pélagiens qui, avant eux, avalent trouvé le congruismc ct que saint Augustin avait vivement combattus, c. xvii. Enfin Jansénius indique la raison fondamentale pour laquelle aucune grâce de l’intelligence, quelle qu'elle soit, aucune doctrine, aucune loi, aucune grâce congrue, ne peut délivrer la volonté de la captivité du péché : ccttc délivrance est un changement radical qui transforme la servitude en liberté. Le terme Initial de ce changement est la concupiscence dominante; le terme final est l’amour dc Dieu qui rompt les liens, dé­ tache de la créature et tourne vers Dieu. Cc change­ ment qui rend la volonté formellement libre n’est possible que par l’amour même de Dieu, par la charité qui est la vraie grâce dc Jésus-Christ, la vraie grâce dc la volonté. La délectation dc l’amour céleste ar­ rache la volonté à la concupiscence et, ainsi, la délivre dc cette servitude du péché ct lui donne la liberté, c. XVIII. 2° La orale grdee de volonté (Livre IΓ). — 1. Distinc­ tion fondamentale entre la grâce d*Adam et la grâce de Chomme déchu (c.i-v), — Les théologiens distin­ guent ordinairement la grâce habituelle et la grâce actuelle, la grâce suffisante et la grâce efficace. Jansénius prend une division tout autre : il distingue lu grâce dc In nature saine et entière ct la grâce dc la nature malade ct corrompue; ccs deux grâces ont des propriétés absolument différentes, au point que, si l’une est appliquée à la place dc l’autre, elle ne sert à rien ou même elle nuit au lieu d’aider, comme lors­ qu’on donne à un estomac malade qui a du dégoût I pour les aliments une nourriture qui convient à un 381 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. III. LA GRACE EFFICACE estomac en bonne santé, non seulement on ne détruit pas la maladie, mais peut-être accélèrc-t-on la mort. La distinction des deux grâces forme le point capital delà dispute entre Pélagc ci saint Augustin : pour celuiIA qui nie le pêché originel, la nature n’a pas été corrompue par le péché et clic a conservé tout son pouvoir primitif ; elle peut faire le bien ct le mal, comme avant la chute; pour celui-ci, la nature a été viciée, la liberté a contracté une maladie ct elle a besoin d’un sauveur et d’une grâce médicinale pour retrouver le pouvoir de vouloir et dc faire le bien. L'homme déchu est comme un aveugle et un sourd. Saint Augustin affirme catégoriquement que la grâce est nécessaire non seulement pour remettre et effacer le pèche (ce qu’admet Pélagc), mais encore et tout d’abord pour donner les forces suffisantes afin de triompher de la concupiscence, c. i. La grâce médicinale nous délivre de ce corps de mort dont parle suint Paul, des blessures du péché; elle guérit la volonté. Jansénius prouve ces affirma­ tions par de nombreux textes de saint Augustin, em­ pruntés spécialement aux traités De natura et gratta ct De perfect ione juslilife, c. II. La volonté d’Adam était pleinement indifférente : elle pouvait, à son gré, vouloir ou ne vouloir pas; mais tombée librement dans le péché, elle est devenue cap­ tive du péché, enveloppée dc ténèbres épaisses, en­ chaînée au point que la grâce lui est strictement néces­ saire d’abord pour la délivrer; elle ne peut, par ses propres forces, que faire le mal et elle est privée du pouvoir dc faire le bien. Adam innocent avait besoin de la grâce pour faire le bien, mais 11 en restait le maître absolu, comme celui qui a de bons yeux, a be­ soin de lumière pour voir, mais reste maître dc sc ser­ vir dc la lumière. Après le péché, l’homme a perdu scs prérogatives, en particulier le pouvoir dc faire le bien; devenu esclave du péché qu’il a aimé, il est engagé dans l’amour des créatures de sorte que tout ce qu’il désire, tout cc qu’il fait maintenant n’a d’autre but que de contenter sa concupiscence. La liberté n’a pas été détruite; elle est demeurée en son entier, mais elle a changé d’état : autrefois elle embrassait le bien et le mal avec une complète Indifférence; maintenant cc pouvoir est restreint; il ne s’étend plus qu’au mal. Les bienheureux n'aiment et ne veulent que le bien; l’hom­ me déchu n’aime ct ne veut que le mal ct 11 l’aime tou­ jours jusqu’à ce que Dieu le délivre ct lui inspire un amour victorieux de celui qui l'attache aux créatures. Chemin faisant, Jansénius attaque, sans les nommer, tantôt les thomistes qui attribuent à la nature inno­ cente la grâce qui n’est nécessaire qu’à la nature déchue, adjutorium quo, tantôt les molinistes qui n’accordent à la nature tombée que la grâce qui était propre à la nature innocente, adjutorium sine quo non. Saint Au­ gustin, ajoute-t-il, ne fait pas dc semblables confusions : il enseigne positivement qu'Adam avait le pouvoir dc faire le bien et le mal; mais qu’en voulant librement le mal, il avait perdu le pouvoir dc faire le bien; celui qui n’a pas voulu aimer Dieu, quand il le pouvait sans peine, ne peut plus l’aimer, même quand II le veut. Saint zXuguslin nie formellement chez le pécheur avant la grâce l’existence de la liberté dc c ilrariété : In peccatoribus ante gratiam a concupiscentia nutus impe­ rialis invasus est, c. ni. Il faut donc, avec saint Augustin, distinguer deux sortes de secours : le secours sons lequel une chose ne sc fait point, adjutorium sine quo non, et un secours par lequel une chose sc fait, adjutorium quo. Ainsi la nourriture est un secours sans lequel on ne peut vivre, mais qui ne fait pas vivre celui qui veut mourir; ainsi la lumière est un secours sans lequel l’œil ne peut voir, mais non point un secours qui fasse voir celui qui ne veut pas voir; par contre, lu béatitude est un secours 382 qui produit le bonheur chez celui à qui il est accordé. La grâce que Dieu donna aux anges et au premier homme innocent était un secours du premier ordre, une grâce laissée à leur libre arbitre, un secours tel qu'ils pouvaient ne pas t’en servir ou s’en servir, à leur gré. Ils étaient pleinement indifférents entre le bien et le mal, bien que, par eux-mêmes. Ils fussent capa­ bles de faire le mai. tandis qu’ils ne pouvaient faire le bien qu’avec le secours de Dieu. La grâce de Jésus-Christ est bien différente; c’est un secours par lequel Γhomme pécheur fait le bien et persévère : les saints ne peuvent pas persévérer sans ce don; mais par ce don, ils persévèrent infailliblement. C’est que la volonté de l’ange et de l’homme innocent n’éprouvait aucun mouvement de concupiscence et avait, par elle-même, le pouvoir de persévérer, parce qu’elle était saine. Mais après le péché originel, la volonté de l'homme est devenue malade; le péché a introduit en elle une telle faiblesse qu’il lui faut des secours plus puissants pour la guérir et la faire agir : il lui faut la grâce du libérateur pour la délivrer de l’esclavage du péché. Il lui faut la grâce medicinale. Adam, par son péché, ressemble à un homme qui se Jetterait volontairement dans un précipice, sur des pierres; il se brise et se blesse dans toutes les parties du corps et meurt enfoui dans la boue, sans pouvoir s’en retirer lui-même. Son âme, auparavant unie à Dieu par une affection toute sainte, s’est tournée vers les créatures; son esprit, au­ paravant plein de lumières, s’est couvert de ténèbres et son corps qui obéissait à son âme s’est révolté contre elle. 11 lui faut une grâce toute-puissante pour rompre scs chaînes Cette grâce ne dépend plus du libre arbitre, mais tout au contraire clic se soumet le libre arbitre; ce n’est plus le libre arbitre qui la determine et l’applique à l’action; c’est elle qui le détermine et l'apphque au bien. Dans l’état d’innocence, il n’y avait que la grâce suffisante, la grâce de création était un secours sans lequel, sine quo non; les grâces dc la rédemption sont un secours par lequel, quo. Les premières sont soumises au libre arbitre, ce sont des grâces suffisantes; les se­ condes sc soumettent le libre aruitre, cc sont des grâ­ ces efficaces; par suite, dans le premier cas, le luire arbitre étant cause principale de l’action, peut acqué­ rir des mérites propres (merites humains); dans le second cas, la grâce étant la cause principale, le libre arbitre ne peut acquérir des mérites propres (dons de Dieu). En résumé, la différence des grâces s’explique par la difference des états. Dans l’état d’innocence, la volonté est maîtresse de la grâce; elle peut faire le bien, quand il lui plaît, parce qu’elle est parfaitement Indifférente. Dans l’état dc péché, la volonté malade est sous l’empire des créatures; elle a besoin dc secours plus puissants pour vaincre les difficultés qui l’arrê­ tent ct la délivrer dc la servitude; la grâce est devenue maîtresse du vouloir. Dans le premier état, Dieu a voulu montrer cc que pouvait la grâce sous l’empire de la volonté; dans le second, il montre ce que peut la volonté sous l’empire de la grâce, c. iv. De ces affirmations, Jansénius tire plusieurs conclu­ sions : a) le secours sine quo non, autrement dit, la grâce suffisante, n'existe pas dans l’état actuel, car la grâce ne dépend plus de la volonté ct le secours sine quo non ne saurait constituer la grâce medicinale de Jésus-Christ. Donc ni la loi, ni la révélation, ni la rémission des pêchés, ni la grâce habituelle, ni la grâce congrue de Molina, Suarez, Le^slus ne peuvent être cette grâce medicinale dont la volonté ne dhpose pas, alors qu'elle est maîtresse dc toutes les grâces 3SJ JANSÉNISME, L’AI GUSTINUS, T. III. LA GRACE EFFICACE dires, dont clic use â son gré. Jansenius rejette les throri<^ des cnngnnstcs et des molinislcs, car la gran dont fis parlent laisse la volonté indiffi rente; leur erreur fondamentale est de ne pus distinguer b \olonte malade de la volonté saine ct de s’appuyer, pour prouver leurs thèses, sur des textes où saint Augustin parle de la grâce d’Adam. — d) Le secours sine que, non ne saurait jamais devenir le secours quo, car 1« s deux secours différent essentiellement, non seuJ ement dans leur effets. mais encore dans leur nature Intime : ce qui donne le pouvoir d’agir sans la force de dt terminer la volonté est radicalement distinct de ce qui détermine à vouloir. Ainsi la lumière est un se­ cours sans lequel l’œil ne saurait voir, elle ne peut être un secours par lequel je veux voir actuellement, car il depend de moi de m’en servir. La médecine n’est utile que IA où il y a maladie. De plus, ces deux secour.% agissent dans des conditions absolument diffé­ rentes, La liberté de l'homme Innocent était vigou­ reuse. robuste; elle dominait la grâce; la liberté de l’homme déchu est dominée par la concupiscence; elle a perdu sa vigueur, et, pour agir désormais, elle a besoin d’un secours plus puissant qui la delivre d’abord et lui donne la force de vaincre la concupiscence. La lumière est un secours sans lequel on ne peut voir; la vision est ce qui nous fait voir. L’un ne peut devenir l’aulre. c. v. 2. Efjels différents de res deux grâces (c. vi-xiv). — Pour mieux mettre en évidence les caractères essen­ tiels de ces deux secours. Jansénlus montre leurs effets d life rents : a) Le secours accordé à Adam n’é­ tait pas la cause principale de l’action et du mérite; h cause déterminante de l’action était la volonté d’A­ dam qui commandait cl sc servait de lu grâce comme d’un Instrument pour agir, aussi l’action est attribuée à b volonté, comme la vision est attribuée à l’œil ct non point Λ la lumière. La grâce dans l’état actuel, tout au contraire, est la cause principale et détermi­ nante de nos actions, clic se sert de la volonté qu’elle fait agir; ainsi c’est Dieu qui donne le mérite par la grâce. — b) Le mérite d’Adam était un mérite hu­ main, car il était l’œuvre de la volonté humaine; maintenant le mérite est divin, car il est l’œuvre de la ,i grâce divine. La volonté produisait le mérite quoi­ qu'une lu grâce; la grâce produit le mérite quoiqu’aoec la polonié.— c) La béatitude éternelle eût été la récom­ pense du mérite, maintenant c’est un don de la grâce divine, car la récompense suit le mérite et lui est pro­ portionnée· Dieu eût couronné scs dons en couronnant nos bonnes œuvres; maintenant II couronne nos bonnes œuvres en couronnant scs dons. La félicité est une récompense donnée au mérite qu’on a par la grâce toute gratuite de Dieu. En résumé, l’homme n’a phu de mentes propres, de mérites humains, fruit de son libre urnilrc, mais simplement des mérites de grâce, des dons particuliers de la miséricorde divine, non que le> mérites des anges aient été produits sans grâce ou (pic les mérites des saints soient sans libre arbitre, mais parce que le libre arbitre des anges était la cause qui donnait le mouvement à la grâce laquelle ne faisait qui suivre, et par suite, il avait la principale part dans faction rl dans le mérite; au contraire, la grâce de Jésus-Christ prévient le libre arbitre qui ne bit que la suivre et lui obéir et ainsi elle est la cause de l’action cl c’est à elle et non point au libre arbitre qu’il faut attribuer l’action ct le merite. Toujours il faut le libre arbitre et la grâce, mais, dans l’étal d’in­ nocence, c’est la Unertv qui agit avec le secours de la grâce sans laquelle l’action est impossible; après le ptchè, c’est par la grâce que le libre arbitre fait l’ac­ tion. c. n, — c. i. Une seconde preuve de cette thèse est tirée de l’analyse des éléments qu’on trouve dans toute œuvre bonne : c’est du plaisir que dérivent toutes les œuvres de piété et de Justice, car la volonté est tou­ jours gagnée par l’amour, trahit sua quemque voluptas. La créature raisonnable ne se porte au bien ou au mal que par le plaisir qu’elle y trouve. On va ù Dieu par la foi qui attire par sa douceur; cette douceur de la foi engendre la prière qui nous fait demander à Dieu les secours nécessaires pour combattre l’amour des créatures; après la foi ct la prière, naît l’amour du bien ct de Dieu. Cette sainte suavité de la grâce ar­ rache l’âme à la tyrannie du péché, délivre des crain­ tes qui troublent notre repos ct nous porte à accom­ plir la loi de Dieu par amour; ainsi la grâce, suavement, opère le bien ct répand dans nos cœurs la délectation victorieuse. Le bien ne peut être pensé, désiré, exécu­ té sans celte suavité de la grâce; il vient de la délec­ tation sainte ct spirituelle de la grâce qui fait vouloir et faire ce que Dieu veut qu’on veuille ct qu’on fasse. Cc plaisir qui vient de la grâce, de l’amour de Dieu, est nécessaire dans cette vie pour nous soutenir et mettre dans nos âmes l’oubli ou le mépris des créatures, c. n. Par contre, le mal vient de la délectation terrestre qu'on cherche dans les créatures; on ne pécherait pas sl le mal ne plaisait pas, ne délectait pas; le mal de quel­ que nature qu’il soit (pensée, parole, action), vient d’un plaisir illicite, d'une délectation mauvaise c. m. La lutte, en nous, des deux delectations, terrestre et céleste, permet d’arriver aux mêmes conclusions. Ces doux délectations sont la source de toutes nos actions: il y a péché, toutes les fois que, dans cc con­ flit, la délectation terrestre triomphe, et 11 y a œuvre bonne, quand la délectation céleste l'emporte. Saint Augustin répète sans cesse : le céleste amour, né de la délectation sainte, est le fruit de la vraie grâce, non amatur nisi quod delectat, c. iv. Saint Augustin parle de la lutte de ces deux délectations, spécialement dans les écrits qu’il a composés contre les ennemis de la grâce et il y expose ex professo la force suave de la grâce du Christ. Nous voulons une chose dans lu mesure où elle nous plaît, c. v. 2. La délectation victorieuse (c. vi-χι).— C'est dans ces écrits qu'on trouve l’expression elle-même de delectation victorieuse, delectatio victrix seu vincens, appliquée ù la grâce de Jésus-Christ, ainsi que le célèbre axiome qu’il faudrait écrire en caractères d'or: Quod amplius nos delectat, secundum (d operemur neces se est. Ainsi la grâce du Sauveur est vraiment ct nécessairement une délectation victorieuse; lorsque l'âme est privée de cette délectation de la grâce, elle ne peut que rechercher cl suivre la délectation des choses terrestres qui devient alors victorieuse, c. vi. 401 JANSENISME, L’AUGUSTINUS. T. III Cette nécessité ct cette toute-puissance actuelles | de la délectation victorieuse viennent de rinflrmité de noire volonté. C’est une erreur de croire que, lors­ que une tentation nous assaille, notre volonté peut, à son gré, sc porter où elle veut, tant que la raison demeure entière, car elle ne peut modérer les passions ct s’en rendre maîtresse. La délectation céleste est absolument nécessaire pour vaincre lu délectation terrestre, déposée dans l’âme par le péché originel. La volonté est devenue infirme et, par scs propres forces, elle ne peut s'arracher à la concupiscence, même avec la Ici qui ne fait que nous rendre prévari­ cateurs; elle n’a plus la vigueur et la santé qu'elle avait reçuo à la création. Le péché l’a tellement affai­ blie que la moindre tentation l'abat, sl Dieu ne vient pas à son secours. Aussi l’Église, dans ses prières, demande à chaque instant cette grâce. Avec elle, la volonté fait tout cc qui lui est commandé, parce que la grâce rend délectable ce qui ne l'était pas; elle fait aimer le bien pour l'amour de lui-même; sans elle, la volonté peut faire le bien ά la lettre, mais ne peut le faire comme il /aut, parce que, sans la grâce, l'homme n’a que des motifs de crainte, d’intérêt, de vanité,d'or­ gueil, qui vicient l’acte. Bref, c’est la faiblesse de notre volonté qui est la raison pour laquelle la délectation cé­ leste est absolument nécessaire, afin de soulever et de fortifier l'âme; c’est · comme l'huile et la graisse né­ cessaires pour faire tourner le gond de la volonté, » ex delectatione dilectio, ex dilectione operatio, c vu. A Un de confirmer cette théorie par une nouvelle preuve, Jansénius soutient que les anges ct les bien­ heureux dans le ciel sont fixés Immuablement dans le bien, parce que la vision de Dieu produit en eux une délectation perpétuelle. Les bienheureux n'aiment que Dieu; Lui seul leur plaît et comme cette délectation est constante, leur amour est constant. Voilà la raison de leur Impcccablllté: ils ne peuvent pécher, tant qu’ils aimeront Dieu ct Ils aimeront toujours Dieu, parce que Dieu les tient toujours dans les délices de son amour. Par contre, les démons pèchent toujours, parce qu’ils sont toujours dans la délectation du péché. Cela s'explique aisément, a) La délectation de la divine charité est si grande qu'elle absorbe les autres plaisirs comme la iner engloutit les ruisseaux, comme le soleil fait éclipser les étoiles, b) La volonté, rece­ vant cette abondance de saintes voluptés, non seule­ ment s’unit à Dieu par des liens Invincibles, mais en­ core y attache l'entendement qu'elle oblige à ne sc détourner Jamais d’un objet sl ravissant. La volonté consomme le bonheur du ciel, en attachant l'enten­ dement élevé parla lumière de gloire à la contempla­ tion de son objet, de telle sorte qu’il ne peut s'en dis­ traire. Ce n'est donc pas dans la vision béatlflque ou simple contemplation de Dieu que consiste la béati­ tude, c'est dans l'amour, car les bienheureux sont impeccables et il n’y a que la charité qui puisse les rendre tels. La simple connaissance même de la Vérité souveraine ne peut, en sol, réfréner les passions Infé­ rieures et suspendre le consentement que la volonté pourrait leur donner. Saint Augustin ne parle Jamais de la vision aride, de la contemplation abstraite de Dieu, séparée de la charité, semper concupiscendo dili­ gat et diligendo concupiscat. Seule, la charité triomphe de la délectation terrestre cl la pure contemplation de la vérité ne saurait rendre impeccable, c. viu. La nécessité de cette délectation céleste pour faire le bien ne tient point Λ la nature même de la volonté, mais elle vient du châtiment qui lui a été infligé en punition du péché. Certains ont dit que In volonté doit être touchée de quelque plaisir, en voyant un objet aimable; mais cette opinion est insoutenable, car il y a beaucoup de biens très différents; il n'est pas exact non plus que la volonté, par elle-même, n'agissc que pur LA DÉLECTATION VICTORIEUSE 402 le plaisir, car cela n’existait pas au paradis terrestre où Adam a commis son péché, uniquement parce qu’il l’a voulu. Dans l’état d'innocence où la volonté sc déterminait elle-même, parce qu’elle était maîtresse de tous ses mouvements, cette délectation n'étalt pas nécessaire; mais le pêché originel a engendré h concupiscence, la délectation des choses terrestres qui tyrannisent la volonté et l'entraînent au mal; cette délectation est donc née de la volonté affaiblie. La répugnance pour le bien est un châtiment Infligé à la faute du premier homme ct la concupiscence a engendré les difficultés du bien, la nécessité du mal qui ne peuvent désormais être surmontées que par la grâce victorieuse. Ainsi la délectation céleste est un remède pour la volonté malade et non point un se­ cours pour la volonté saine et forte, c. ix. Celte théorie de la délectation victorieuse est par­ faitement d'accord avec la distinction des deux états. En elfet, a) l\lat d'Adam était bien différent du nôtre; sa volonté, avant le péché, était pleinement indifférente; elle pouvait vouloir le bien ou le mai sans aucun plaisir; aucune délectation n’était néces­ saire pour entraîner son consentement. Après le péché, cette indifférence n’est plus; la volonté est détournée du bien, et, d'ellc-même, elle court au mal; elle n’a plus le pouvoir de faire le bien, parce qu’elle est esclave du péché, b) Dans le ciel, la délectation céleste fixe la volonté dans le bien; par suite, la perte de l’indifïérence n’cntralne pas la perte de la liberté; donc l’indifférence n’est pas essentielle à la liberté, c) La délectation céleste fait vouloir et faire le bien, car la volonté suit toujours la délectation victorieuse, d) La première grâce est la fol, car la délectation céleste sc rapporte au bien immuable qui est Dieu; par suite, les Infldèlcs ne peuvent faire de bonnes actions, car n'ayant pas la foi, Ils ne peuvent avoir la delectation céleste qui suppose la connaissance de Dieu par la fol. e) Enfin toutes les grâces du Sauveur sont des grâces efficaces, puisqu’elles ne sont que des délecta­ tions victorieuses des autres plaisirs;elles nous font vouloir ct agir, puisque l'homme actuellement agit toujours d’après cc qui lui plaît le plus, c. x. En quoi consiste cette délectation céleste qui cons­ titue la grâce? C’est un a^cte vital, un acte d'amour et de désir précédant le consentement; c’est un acte indêlibéré venant de Dieu pour que le bien proposé plaise à la volonté et provoque son désir; c'est la pre­ mière complaisance dans le bien, par laquelle on s’at­ tache à ce bien qui apparaît comme convenable. Ce mouvement vers le bien délectable est déjà suave et agréable; il ressemble un peu à la Joie par laquelle l'Amc sc repose dans le bien dont elle jouit, mais avec cette difference cependant qu’elle précède le désir, tandis que la Joie le suit et en est le terme. C'est comme un désir qui nous pousse à consentir, à vouloir, à agir. C'est une opération vitale de la volonté qui cher­ che ce qui lui est convenable, un acte par lequel Dieu fait aimer ce qu’il commande. Cet acte comprend es­ sentiellement une complaisance dans le bien proposé et un désir qui porte directement Λ faire ce qui est pro­ posé, parce que cc qui est proposé apparaît comme con­ venable cl agréable, c. xi. 3. Principales espaces de grâces : grâce priornante et grâce subséquente (c xtl-xix). — Après avoir analysé les éléments qui constituent la grâce, Jansénius signale les principales espèces de grâces : Il goûte fort peu les divisions classiques des scolastiques qui s'appuient sur une fausse définition de la grâce. Pour les modernes, la grâce est un mouvement indélibéré par lequel la volonté comme endormie, est éveillée et passe Λ l’acte, après avoir été ainsi prévenue ; c’est la grâce opérante que Dieu produit en nous sans nous, sans notre coopération. Elle est aussi excitante, puisqu'elle réveille In volonté; elle 403 JANSÉNISME, L’A L’GUSTiMJS. T. Ill est prévenante, puisqu'elle précède le consentement libre. La grâce est coopérante, quand la volonté colla­ bore; adjuvante, puisqu'elle aide notre fail fesse dans l'ordre surnaturel; concomitante, parce qu'elle accom­ pagne notre consentement; enfin subsequent?, quand elle vient après la grâce prévenante. Cette division factice est fondée sur une spéculation métaphysique, plus que sur In réalité des choses, car c’est toujours la même grâce considérée à des pointsde vue dl lièrent! Saint Augustin procède tout autrement contre les péingiens cl les scmi-pèlaglcns. Ceux-ci enseignaient que la grâce est utile, nécessaire pour agir, mais qu'elle suppose le mérite de la volonté, car la volonté, par elle-même, peut désirer la guérison. Au contraire, saint Augustin a toujours affirmé que la grâce doit prévenir la volonté, même pour le commencement du salut; la grâce précède tout mouvement de la volonté vers le bien. La grâce est donc prévenante; clic ne sup­ pose aucun mérite et elle commence la just Ideation avant tout changement de la volonté. Toutes les autres grâces sont subséquentes, puisqu'elles suivent cc premier mouvement qui commence la conversion de la volonté, qui la fait vouloir cc qu'elle ne voulait pas. La grâce prévenante fait que nous voulons, la grâce subséquente fait que nous faisons ce que nous avons voulu, en fortifiant la volonté pour que les aintes affections de la grâce prévenante ne soient pas toulïècs, dès leur apparition, parles tentations, c. xn. La grâce conséquente ou subséquente suit les pre­ miers mouvements de la volonté; elle aide, elle forti­ fie la volonté jusqu'à cc qu'elle soit assez robuste, assez parfaite pour ne plus céder aux attraits de la délectation terrestre. La grâce prévenante ne sau­ rait être demandée par la prière, car la prière suppose la foi et la foi vient de la grâce 11 faut donc avoir la grâce prévenante pour pouvoir prier. La prière de­ mande la grâce subséquente, après que Dieu, par pure misericorde, a éclairé notre entendement des lumières de la foi. La foi cl la volonté pieuse sont données par lu grâce prévenante et alors on peut prier pour obte­ nir la grâce subséquente, c. xni. D'après saint Prosper, saint Fulgrnce, les conciles d'Onmgc cl de Trente, la grâce prévenante précède toute bonne volonté, tout bon mouvement; elle est gratuite. La grâce subséquente suit la lionne volonté née de la grâce prévenante, laquelle opère le premier changement de la volonté pervertie; elle ne prévient point la puissance de la liberté, car cela est vrai aussi de la grâce subséquente, mais elle prévient tout bon mouvement, elle produit le commencement de la justi­ fication. c. xiv. D'après suint Augustin et les Pères, la grâce opé­ rante n'csl que lu grâce subséquente, considérée, non pas en tant qu'elle prévient la volonté, mais en tant que, seule, elle opère dans l'homme la première bonne volonté, sans que Γ homme ait fait le moindre mouve­ ment, le moindre bien pour la mériter. La grâce coo­ pérante est la grâce subséquente, considérée en tant qu’elle n'opere plus seule en nous, mais en tant qu'c lie agit avec notre collaboration : elle suppose la prière et nou* lui donnons notre concours ; ut velimus, sine nobts operatur; cum uulim volumus, ut laciamus, nobtscum operatur La grâce openmte fait que nous voulons; la grace coopérante fait que nous voulons fortement de manière a renverser tout obstacle et a agir réelle­ ment. La première fait lu l onne volonté, la seconde fortifk* cette bonne volonté et lu rend efficace. Toute bonne volonté, en diet, ue se traduit pas nécessaire­ ment par des actes, car beaucoup de volontés, vn presence de tentations violentes, sont brisées et vain­ cues. La bonne volonté naît sans aucun travail per­ sonnel Intérieur, par la seule grâce pré venante ou ope­ rante, mais, par U grâce subséquente ou coopérante et EFFETS DE LA GRACE 404 l'effort simultané de l'homme, elle prend de l'accrois­ sement, grandit et atteint lu perfection, c. xv. Chez les Pères, lu grâce excitante n’csl pasautrechose que le premier mouvement qui excite et réveille la volonté inerte, morte, éteinte. La grâce est appelée adjuvante, quand, après avoir excité le premier mou­ vement re : « c’est être à soi-même, avoir ses actions en son pouvoir : quid tit esse in nostra potes· late nisi actum habere in pote date · Les scolastique! d »ent qu'une chose est en notre pouvoir, lorsqu’ayant tout et qui est nécessaire pour agir, nous pouvons, â notrr gn agir ou ne pas agir. Saint Augustin est très «Joigne d une semblable pensée : avoir un acte •o sa puissance, c'est le faire quand on veut : hoc 412 habemus in potestate quod, cum ivlumus, larimus Pour savoir si cc que nous faisons est en notre puis sauce, il suffit de voir si nous le faisons, quand nom voulons Une action est en noire pouvoir, lorsqu’elle Vient de notre volonté et la seule présence de notre vo­ lonté indique d'une manière Infaillible que l'acte est en notre pouvoir, donc qu’il est libre. C’est pourquoi les passions que nous subissons ne sont pas en notre pouvoir, ne sont pas libres; c’est pourquoi les mêmes actes peuvent être libres ou ne l’être pas, suivant Ici cas : ainsi les mouvements de nos membres sont IIlues, quand Ils dépendent de notre volonté, en tant que nous les faisons, quand nous voulons et Ils «ont libres dans la mesure même où le commandement de la volonté se fait sentir, c. iv. Toute action de notre volonté est donc en notre pouvoir et, par suite, libre La volition est essentielle­ ment libre, parce qu’elle est essentiellement en notre pouvoir, car il n’est pas possible que nous ne voulions pas, quand nous voulons. La volonté ne peut être, si elle n'est pas libre, car, si elle agit, c’esl évidemment qu’elle a en sa puissance cc qu’elle fait; autrement elle n'agirait pas. La prescience divine ne peut, en rien, compromettre cette liberté, car elle ne saurait empê­ cher que notre volonté soit en notre pouvoir. Dieu prévoit ce que nous faisons, mais nous restons libres de le faire, car il ne prévoit que cc que nous pouvons vouloir librement et ce que nous faisons en le voulant. Rien n’est donc plus en notre puissance que notre volonté; l’essence de la liberté est dans la volonté; aussi toutes les actions qui se font par ordre de la vo­ lonté sont nécessairement libres parce qu’elle sont en notre puissance. Par suite, volonté libre, volition libre et libre volonté sont des termes équivalents · nihil lam esse in nostra potestate quam ipsam voluntatem. Par contre, une chose n’est pas libre, quand elle Test pas en notre puissance, quand elle est faite, lorsque nous ne le voulons pas ou qu’cl't n’est pas faite, quand nous le voulons, quod fit nobis nolentibus Cela arrive, quand nous sommes contraints par quelque nécessité qui produit son elîct malgré la résistance que nous y opposons, lorsque l’action procède d’une contrainte extérieure. Celui qui est contraint ne veut pas, donc n’est pas libre, c v. 2. Liberté et nécessité (c. ix). — Pour préciser, Augus­ tin distingue deux sortes de nécessites : l’une simple et volontaire qui ne répugne pas à la liberté; l'autre de coaction, de contrainte, involontaire qui détruit la liberté. La nécessité de coaction produit son effet. mal­ gré la volonté; elle opprime la volonté comme un poids qui l’accable et l’empêche d’agir (naître, vivre, grandir, dormir,mourir, etc.). Mais ia nécessité simple el volon­ taire nous laisse libres, bien que les actes soient déter­ minées dans l’état où on se trouve. SI la volonté ne résiste pas, si elle désire cc qu’elle fait, si elle a’y atl ache Inviolableinent, clic agit avec liberté, bien qu’elle agisse nécessairement, car, malgré cette nécessité simple, elle veut cc qu'elle fait, elle prend plaisir ά l’acte, puisqu’elle ne fait aucune résistance; bref, la volonté reste volonté, donc demeure libre. Il faut que l'acte se fasse, mais de telle manière que In volonté consente et veuille sans violence, spontanément, qu'il en suit ainsi; l’acte dépend de la volonté el se trouve en la puissance de cette volonté, de telle sorte que, si elle ne voulait pas, l’acte n’existerait pas. Dieu a connu de toute éternité que j’écrirai ces lignes; comme il ne peut sc tromper. Il faut que cela arrive, néanmoins il ne contraint point ma volonté; je suis maître de mon action, je reste libre. C’esl une nécessité simple et volontaire. La volonté, quoique déterminée à un acte par cette nécessité qui nous faire dire cela est nécessaln, ne cesse pas cependant d’être libre, parce qu’elle ne cesse pas d’être volonté. Vouloir une chose ardemment, 413 JANSÉNISME, L’AUGUSTIN US. T. HI. LE LIBRE ARBITRE avec ténacité cl persévérance. la vouloir au point qu’on ne peut vouloir le contraire, c’est vouloir cl être libre uu mémo degré, car, si la liberté ne peut être sam la volonté, la volonté ne peut être «uns la liberté C'est la thèse formelle de saint Thomas, De veritate, q. xxn,a.5;Depo/es/a/e. q. x, a. 2, ad 5u». Cette néccscité volontaire n'est appelée nécessité que très impro­ prement, car lu volonté reste malt rose de ses actes; seule, la nécessité de contrainte ou de coacUon détruit la liberté, c. vi. 3 Liberté et pouvoir de mal faire (c. vn-xxxin). — Dans les chapitres suivants, Jansc nius s'attache à prouver cette thèse : Dieu est souverainement libre; cependant il ne peut faire le mal Julien adoncturt de prétendre que ia liberté suppose le pouvoir de faire le mal. En Dieu, cette nécessité de ne pas pécher, c’est la volonté très ferme, absolument immuable d'adhérer au bien C'est l'amour parfait de la justice qui détermine la volonté de Dieu au bien. C'est une nécessité simple ou plutôt une volonté immuable d'aimer le bien cl la jus­ tice qui le rend incapaidc de changer. Les anciens Ihtologiens ne plaçaient pas la liberté de Dieu dans le pouvoir de choisir tel ou tel bien.^commc le font certains modernes, mais dans le fait qu'il voulait le bien très librement, quoique nécessairement, c. vu. De même, les bienheureux et les anges, par une volonté immuable, aiment Dieu, au point qu'ils ne peuvent péchcr : ils sont dans cette heureuse nécessité de ne pouvoir aimer que le bien et cependant ils sont parfaitement libres. Donc l'indifférence de contrariété et de contradiction n’est pas essentielle à la liberté. La volonté, alïermic dans le bien, est très libre, bien que n'étant plus en état de tomber dans le péché. Dieu a supprimé l'infirmité, l'inconstance de la volonté et l’âme reste immuablement attachée à ce qu'elle aime le plus. Pour saint Augustin, la liberté n’est point détruite, avant la grâce, par la nécessité de pécher el, après la grâce, par la nécessité de faire le bien et l'im­ possibilité de faire le mal, contrairement aux thèses pélagicnncs cl scolastiques qui ^’admettent qu'une liberté' hésitante, quasi m binio fluctuantem Les actions faites par une semblable nécessité, dit saint Augus­ tin, sont libres au degré le plus infime. La liberté par­ faite des bienheureux consiste précisément dans la volonté de ne plus pécher, dans la volonté de ne pas s’écarter de Dieu. Le pouvoir de pécher n’est donc point essentiel à la liberté; cc pouvoir n'est qu'une imperfec­ tion de la liberté Les bienheureux sont très libres, non point parce qu'ils peuvent choisir entre plusieurs biens, comme le disent quelques modernes, mais parce qu’ils ne peuvent cl ne veulent pas pécher. Mieux on connaît le bien, moins on a le choix entre plusieurs biens La volonté d'Adam était moins libre que celle des bienheureux, parce que sa volonté de ne pas pécher ne fut pas assez forte pour rester Immuable. Devenir Incapable de faire le mal; acquérir une volonté persé­ vérante et immuable de faire le bien, voilà l'idéal de la liberté Ainsi saint Augustin appelle libre notre vo­ lonté d’être heureux, uulunlas qua beati esse sic volumus ut esse miser i non sutum nolimus sed neque velle possimus. Ici l’indilh rence d’excrcicc pur laquelle, dans la réali­ té, se manifeste celle volonté d’être heureux, n’inter­ vient qu’accldcnlcücmcnl, c. vm. Jésus-Christ ne pouvait vouloir le mal; 11 était d'autant plus libre qu’il était plus éloigne du pêche, comme les bienheureux et les anges, comme Dieu dont la liberté est parfaite, parce que sa volonté puissante est plus constamment tournée vers le bien el vers la Justice. Certains supposent l'indifférence pour faire tel ou tel bien, mais cela est absolument étranger à la pensée do saint Augustin qui déclare, avant saint Thomas, que la nécessité n’ôlc rien au mérite, c ix. JftDsémus tire un autre argument de l’état de la 414 volonté jouissant du souverain Bien clairement vu et connu. L'homme veut le bonheur et ne peut pas ne pas le vouloir; la volonté connaissant le souverain Bien ne peut pas ne pus l'aimer et cependant elle est maîtresse de son action, elle est libre; car ce que nous voulons constamment est en notre puissance et le voulant toujours, nous le voulons librement, quoique nécessairement. La volonté constante de rester uni à Dieu fait que roue ne voulons pas péchcr; la volonté Inaimsslble de pratiquer la justice et d'aimer Dieu porte toujours sur des actes qui sont en notre puissance, donc libres, c. x. Les principes mêmes des scolastiques conduisent logiquement û la même conclusion. Les scnUsliques, en particulier, saint Bonaventure, admettent que l'indifièrence de contrariété n'est pi% requise; l'indiffé­ rence d'exercice qui choisit entre plusieurs biens, qui choisit entre agir ou ne pas agir, suffit pour que 1s liberté existe. Mais alors Dieu ne serait pas libre. L’amour des bienheureux et la volonté perverse des damnés ne sont pus autre chose que U volonté ou élection première libre, persévérant d'une manière plus ferme el plus forte par la grâce qui fait faire le bien ou le châtiment qui suit le mai. La volonté ré­ compensée des premiers persévère cl reste ce qu’elle était dans le premier Instant, c'est-à-dire libre. Bref, l'acte béalifique s'identifie avec l'acte d'amour de Dieu fait lia renient sur la terre et l’acte permanent des damnes s'identifie avec le péché fait librement par le méchant, c. xi. Et cette doctrine, dit Jansénlus, n’est point une opinion personnelle de saint Augustin. Pour les Pères qui ont precede le grand docteur, comme pour ceux qui ont subi son influence, la liberté consiste essentiel­ lement dans l'absence de coaction et le volontaire se confond avec le libre; seule,la contrainte s'oppose à la liberté; on est libre, quand on fait cc qu'on veut. L'homme a été créé libre et Dieu ne le moleste pas, quand il le fait agir. En tait, les scolastiques ont mal Interprété certains textes de saint Augustin, par exem­ ple, quand ils identifient la nécessité el ia contrainte. Jansémus cite de nombreux texte* de Pères anté­ rieurs à suint Augustin: Dcnys l'Aréopagile, Clement, saint Jrètiée, Tertullien, Origéne, saint Hilaire, saint Épiphane, Macaire, Basile de Sèleucic, Eusêbe, saint Chrysoslome, saint Cyrille, c. xu. et ensuite les Pères el les théologiens postérieurs à saint Augustin : saint Prosper et saint Eulgence, c. xm. le Vénérable Bcde qui exclut seulement la nécessite de contrainte, c. xiv, saint Jean Damascene qui déclare que l'homme est libre par le fait qu'il a une raison et une volonté, c. xv, suint Anselme qui affirme que Dieu est juste non pur nécessité, mais par volonté, parce qu’il est juste par lui-même et que Jésus-Christ est libre, quoiqu'impeccable, c. xvi. Saint Bernard, dans son livre, De gratta et libero arbitrio suit de près saint Auguslin auquel il emprunte le titre mémo de cet ouvrage, c. xvn. En­ fin dans les chapitres suivants, Jauseidus cite Hugues et Richard de Saint-Victor, le Maître des Sentences. Alexandre de Halés, Guillaume de Parisct Guillaume d'Autun, saint Thomas,Scot.suint Bonaventure, Henri de Gund, Richard de Mittlclown, Thomas de Stras· bourg. Dcnys le Chartreux, Mande de Padoue, Nico­ las d'Qn a s, ELcnnc Brulcfer. Gabriel, c. xvm-xxxui 4. Diffleullé* et réponses (c. xxxiv-xxxviu) — Après avoir cite ces autorités, Jansénlus entreprend de ré­ soudre les difficultés qu'on peut tirer de ΓÉcriture et des Pères dont quelques textes semblent exiger l'inditliTence comme element essentiel de la liberté. Le texte de EcdL, xv, 14-17: Hchquil hominem in manu cunsilit sut; ante hotninem vita et mors, et les autres paraissent affirmer que, ]>our être libre, il faut cire • Ik.xable · uu bien cl au mal, u'èlre pas détermine à 415 JANSÉNISME. L’A UGUSTIN US. T. III. LE LIBRE ARBITRE l’un ou A l’autre. La plupart des textes qu’on cite, répond Jansénius, ne s’appliquent qu’aux hommes toyageun; Ils n'expriment pas nécc's ilremrnt ce qui est de l’essence même de In liberté· il faut distinguer avec soin l’acte libre et la liberté elle-même dont les conditions peuvent être très différentes; en d’autres termes. Il faut distinguer ce qui est essentiel ct ce qui est accidentel dans la liberté; or l’indifférence n’est qu’accidentelle. Les bienheureux, par exemple, sont dans la nécessité de sc porter vers Dieu, parce qu’ils aiment nécessairement et immuablement ct cependant ils sont libres, car leur amour de Dieu ne vient pas d’une impression extérieure, d’un mouve­ ment indêlibéré, mais du choix très libre de leur vo­ lonté qui veut constamment suivre la droite raison, laquelle fait juger d’une manière sûre et parfaite que Dieu est infiniment aimable; cette nécessité, loin de diminuer, agrandit, au contraire, leur liberté. Les hommes voyageurs, eux, vont tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, parce que leur volonté est inconstante; mais leur Indifférence à agir ou à ne pas agir, à choi­ sir entre le bien et le mal, n’est point essentielle A la liberté; elle est une marque de cette liberté* mais elle n’en constitue pas l’essence, puisque Dieu est souverainement libre et que cependant il ne possède pas cette indifférence entre le bien et le mal; de même, les anges cl les bienheureux, de même, JésusChrist. Dieu, par l’immutabilité de sa nature ct de ses décrets, les bienheureux ct les anges, par la constance de la grâce, sont déterminés au bien; les démons, par l’obstination de leur malice, sont dé­ terminés au mal; Adam innocent, efl sa création, était dans une parfaite Indifférence entre le bien ct le mal; les hommes actuels n’ont plus cette Indifférence, car ils sont captifs sous la loi du péché; ils sont déter­ minés au mal par la concupiscence victorieuse, quand la grâce ne leur est pas accordée par Dieu ct détermi­ nés au bien par la grâce victorieuse, quand Dieu la leur accorde. Tous sont libres cependant. Par suite, la liberté, d’après la nature de chacun, d’après l’ordre établi par Dieu ou d’après la diversité des mérites, présente des états differents, permet de faire des actes différents, mais elle existe toujours, plus ou moins parfaite Chez tous, elle consiste à vouloir soit le bien soit le mal, soit l'un ou l'autre; elle peut croître ou diminuer; elle peut être ou devenir capable de faire des actes très différents. IJ y a quelques différences entre tous ccs êtres qui sont libres : Dieu, Jésus-Christ, les anges, les bienheureux, Adam innocent, la posté­ rité d’Adam, mais la différence n’existe que pour l’é­ tendue plus ou moins limitée des actions et des vouloirs mais non dans la nature de la liberté elle-même qui, chez tous, est uniforme. L'Indifférence de contrariété qui peut choisir entre le bien et le mal, l’indifférence de contradiction qui peut choisir entre agir ou ne pas agir ne sont pas essentielles à la liberté, prise en ellemême et généralement : elles sont seulement des preu­ ves de la liberté dans les états et les sujets chez qui on les rencontre : toute personne qui a l’une ou l’autre de ees indifluences est libre, mais tout agent libre n'a pas l’une ou l’autre de ces Indifférences. Pour être lit re, d suffit de ne pas agir par contrainte, par une niu >sllt involontaire, c. xxxiv. L’acte de la volonté raisonnable ct délibérée est en notre pouvoir, quoiqu'il soit nécessaire. Quand on parie d’actes libres, ordinairement, on ne pense qu'aux actes commandés, suivant les expressions de Γlu oie tmfx uh et nun aux actes élicites eliciti, qui sont de pu.s actes de volonté, des actes immédiats de la vo­ lonté. Las actes Impérés par la volonté sont dits libres, quand il y a indifférence de contradiction au moin* (car les scolastiques ne font pas gr »nd cas de l’indiffércace de contrariété); en d’autres termes, Il faut que 416 l’acte commence ou cesse suivant les ordres de la vo­ lonté : fjitod fit cum volumus, non fil curn nolumui; mais celle condition n’est pas requise pour les actes élicites ou immédiats de la volonté, car, ccs actes, tout en étant libres, peuvent parfois être nécessaires de cette nécessité volontaire qui n'impose aucune contrainte. Ainsi un honnête homme a, par tempérament, une aversion naturelle pour l’ivrognerie, et. de plus, sa raison lui inspire une horreur extraordinaire pour ce vice dégradant, peut-il s’enivrer? Oui, sans doute, pour­ vu qu’il le veuille, mais peut-ii le vouloir? Oui encore, si l'aversion et l’horreur qu’il a pour l’ivrognerie viennent Λ disparaître et si la passion vient remplacer In raison éclairée qui lui montre le mal de l’ivrognerie; niais tant qu'il demeure dans son premier état, il ne peut vouloir s’enivrer. Il y a , dans ce vouloir, quelque sorte de nécessité, mais une nécessité Improprement dite, une nécessité volontaire qui ne détruit pas la liberté de l’acte. Tel est l’état des bienheureux dans l’autre vie; Ils peuvent cesser d'aimer Dieu, si la con­ naissance parfaite qu’ils ont de Dieu en qui ils ne volent que du bien, vient à disparaître. Toute la différence vient de ce qu’il y a, dans leur état, une sécurité qui ne sc trouve jamais dans l'homme voyageur. Mais la nécessité est la même. Tel est l'état de ceux qui ont la grâce de Jésus-Christ : celui qui a la grâce pour évi­ ter une fornication, tant que cette grâce actuelle sub­ siste, est joyeux d'éviter cette faute; sa raison éclai­ rée par le Saint Esprit ne lui fait voir que du mal dans la fornication; il peut bien commettre la fornication, s’il le veut, mais la grâce lui fait vouloir le contraire et celle heureuse nécessité n’empêche pas que la vo­ lonté reste maîtresse de ses actes ct s’abstienne du mal, parce qu’elle le veut et elle tomberait dans la for­ nication, si elle le voulait. Le posse dissentiri, st velit du concile de Trente est favorable à cette interpréta­ tion qui est également en parfait accord avec les ex­ plications de saint Bonaventure. La volonté délibérée est essentiellement libre en elle-même : velle aut nolle est essentialiter Uberum. La liberté subsiste donc, même quand on agit d'une manière constante, car elle est toujours dans son pro­ pre exercice qui est de vouloir ct de ne vouloir pas. Notre vouloir est toujours en notre puissance, parce que. malgré la volonté immuable et fixée dans un sens, le vouloir n'est ni arrêté, ni violenté; plus nos actes sont fermes, plus Ils sont libres, car cette fermeté, cette fixité sont l'exercice, le témoignage même de la liberté. L’inconstance n’est qu'une marque de notre faiblesse, car elle procède ou de l’ignorance des raisons et des circonstances dans lesquelles on fait un acte, ou de la légèreté et du défaut de persévérance dans ce qu’on a entrepris. Dans le premier cas, nous changeons pour une juste raison, parce qu'on s’est aperçu qu'on se trompait; dans le second, nous chrngeons sans rai­ son et par pur caprice. En effet, si une lumière qui nous était d’abord Inconnue nous apparaît, la volonté qui s’était engagée imprudemment doit changer; dans le second cas, la volonté éclairée et prudente devrait p.rk vcrer. Le changement lient donc â deux défauts de notre nature. Si nous connaissions toutes les raisons de nos actes et si nous étions constants en nos resolu­ tions, nous ne changerions point et nous persévére­ rions toujours dans le choix que nous aurions fait li­ brement et prudemment. Ce vouloir immuable et fixe «cralt toujours en notre pouvoir et nous serions parfait « ment libres. Qu'on enlève ces deux défauts (C’cî»t le cas des bienheureux), et alors la volonté ne peut tomber ni dans l'ignorance, ni dans le caprice, ni, par suite, dans l’inadvertance; dès lors, lu volonté denuurt Immuable en scs actes et reste toujours libre de cette liberté parfaite par laquelle tout d’abord on a voulu et aimé ce que, raisonnablement, prudem­ 417 JANSENISME, L'A UGUSTINUS, T. III. LE LIBRE ARBITRE ment, constamment» on juge devoir être voulu cl aimé. On continue toujours de \ouloir ct d'almcr. pnrcequ'on n’a aucune raison de changtrune volonté éclai­ rée et prudente· Les bienheureux pourraient changer, s'ils voulaient, mais jamais lis n'auront des raisons de changer; aussi, quoiqu'ils puissent changer, en fait, ils ne changent pas : ils ont fait un choix libre qui dure éternellement, c. xxxv. Mai* alors comment comprendre les propositions de Baius condamnées par Pic V ct Grégoire XIII : Quad uoluntarle fit, etiamsi necessitate fiai, libere tamen fiL·" Sola violentia repugnat libertati hominis naturali, Il n'est pas possible, répond Jansénius, que ccs deux papes aient condamné la doctrine de tant d'hommes savants ct saints; d'ailleurs ccs termes ne se rencon­ trent pas chez Baius. Dans cette condamnation, les papes ont seulement tenu compte de la signification de ccs termes au temps où les scolastiques ne regardent comme libres que les actes qu'on fait avec l'indiffé­ rence de contradiction; c'est le sens vulgaire du mot et, dans ce cas, les deux propositions condamnées sont réellement fausses. On a voulu seulement affirmer que les mouvements Indélibéns de la concupiscence qui précédent la raison ct la réflexion ne sont pas libres. D'ailleurs, chez l'homme voyageur, il reste toujours une certaine indifférence de contradiction ou même de contrariété dans les actes libres. En résu­ mé, la condamnation des propositions 18, 49. G6 de Baius signifie que les mouvements Indélibérés qui précédent la connaissance ne sont pas des péchés, car la connaissance est une circonstance essentielle pour qu'un acte soit libre, c. xxxvi. Les scolastiques insistent : les puissances raison­ nables sont capables de sc porter aux extrémités op­ posées se habent ad opposita; or, l'entendement peut considérer le vrai et le faux, donc la volonté, elle aussi, doit pouvoir aimer ct vouloir le bien et le mal, c'està-dire, être indifférente. Jansénius distingue deux sortes de nécessités : l'une prévenante et dominante qui atteint son sujet à l’un des termes opposés. Telle est la nécessité des agents naturels. L’autre est subséquente : clic procède de la volonté et lui demeure toujours soumise comme à un joug qu'elle s'est Imposé. Ccs deux nécessités se dis­ tinguent comme sc distinguent la nature et la volonté : celle-là n’est point libre; celle-ci s'accorde toujours avec la liberté. La volonté ne s'oppose point à la né­ cessité, mais à la nature. Ccllc-cl conserve son mode propre d’agir qui est d'ôtre de terminée à un acte par un autre; celle-là conserve également son mode pro­ pre d’agir qui est d'agir vraiment ct non point · d'être agic », de se mouvoir, de sc déterminer elle-même et non point d’être mue ct déterminée par une force étrangère, d'agir librement, que ce soit par contin­ gence ou par nécessité. Le raisonnement des scolastiques s'applique à la liberté spécifique, à la liberté de l'homme voyageur ct non point à la liberté en général, à 1a liberté de Dieu, des anges, des bienheureux, des démons qui agissent librement, quoique nécessairement. La nécessité qui prévient la raison et la volonté détruit certainement la liberté; mais celle qui accompagne ou qui suit la vo­ lonté n'est que la détermination à l'acte et ne détruit point la liberté. Celte dernière nécessité sc rencontre­ rait chez l’homme voyageur lui-même qui continuerait d'être libre, si Di< u dissipait les ténèbres de son enten­ dement et l’éclairait par les lumières de sa grâce do telle sorte que l'homme n’apercevrait plus que le bien qui se trouve dans la vertu ct lo mal qui sc trouve dans le vice. En résumé, il est vrai que les puissances raisonnables doivent pouvoir sc porter à de* actes opposes ; mais, dans leur exercice concret et réel, elles se portent à un acte ou à un autre pur des DICT. DK TMÛOL CATMOL 418 raisons particulières qui les déterminent, c. xxxvn. Les anciens scolarUques et les écrivains jusqu'à saint Augustin sont d'accord sur ce point : la volonté en général, peut se rencontrer avec la nécessité simple ct volontaire; la volonté, lors même qu'elle veut d'une manière fixe et nécessaire, veut toujours, se meut et sc détermine toujours elle-même; elle veut toujours par mode d’élection ct elle n’est point mue et déter­ minée. La volonté est ct reste libre, par le fait qu’elle est volonté. Aussi les anciens, quand ils parlent de nécessité Immuable, ne concluent pas qu'elle supprime la volonté; seules, la contrainte, la violence, la co ac­ tion sont contraire* à lu liberté» c. xxxvm. 7° Le concept positif de liberté (livre VII) — On a vu ce que n'est pas la liberté; Il reste à montrer ce qu'elle est en elle-même, ce qui la constitue cs»erté servile, apparente, qui, en réalité, est la servitude du péché : omnis qui tacit peccatum seront est peccati, c. xn. Ainsi l'indifférence de contrariété vient non de la nature, mais de son Infirmité, de son imperfec­ tion, puisqu’elle nous donne le pouvoir de faire le mal. L’indiiïcrcnce de contradiction ou d'exercice qui per­ met de choisir entre rgir ou ne pas agir, n’est pas davantage essentielle à la liberté. SI la liberté était parfaite, elle ne choisirait pas entre les moyens; elle prendrait nécessairement ct toujours les plus conve­ nables. Lorsque l'amour de la fln est stable, immuable, l’élection commandée parcet amour ne s’exerce point sur les moyens. Celui qui aime Dieu peut, sans doute, Ici bas, choisir des moyens mauvais qui détruisent cet amour, mais Jamais le choix qui détruit l'amour de Dieu ne peut être Inspiré par l’amour qu’il détruit. Dés lors, si l’amour de Dieu est stable ct constant dans une Ame,cet amour ne peut pas fairechoisir des moyens qui détruiraient cet amour. Le choix des moyens su t la nature de la fin. Si un moyen, en tant que tel, paraît nécessaire pour l’obtention d’une fin qu’on aime ct qu’on poursuit, on ne peut le mettre de côté et on n’a pas le choix, on doit prendre ce moyen. La liberté se rapporte ù la fln et non aux moyens qui conduisent A cette fln. La liberté de contradiction n’est donc pas essentielle A h liberté en général, qui regarde la fln, tandis que rindiiïérence de contradiction se rapporte aux moyens qu’on peut prendre ou rejeter, mais en gardant toujours la fin à laquelle on tend et dont on ne se détourne que par faiblesse ct inconstance. C’est une Infirmité de la liberté que de pouvoir choisir entre plusieurs moyens, de pouvoir dévier de la voie droite, comme c’cst une infirmité de la raison de pouvoir s’écarter de la vérité, c. xm. Si rindiiïérence de contradiction était essentielle à la liberté, on arriverait à des absurdités notables. : a) Plus la volonté serait déterminée, moins elle serait libre; par suite, la grâce divine qui nous détermine ct fait vouloir ce qu’on ne voulait pas, lorsqu’on était esclave du péché, détruirait la liberté, puisqu’elle enlève l’indifférence d’action; et il faudrait dire que plus un homme a de grâce et de vertu, moins il est libre. AJ Par contre, la concupiscence qui détermine l’âme au péché, supprime rindiiïérence ct donc détruit la b crté; ceci c’est le pur calvinisme, c) Toutes les habitudes, bonnes ou mauvaises, suppriment l’indiffé­ rence, car elles poussent A faire des actes déterminés, donc elles détruisent la liberté, d) Le mérite ct le démé­ rite devraient décroître A mesure que croissent les habi­ tudes bonnes ou mauvaises ; plus un homme a de mérite, moins U sera libre; un acte sera d’autant moins méri­ toire qu'il sera plus habituel, que la grâce aura été plus grande, qu’il y aura eu moins d'indilîcrence pour faire l'acte contraire. Par suite, les plu* grands pécheurs seront les moins punissables, puisque la punition doit ctr< proportionnée au démérité, lequel se mesure d’aprés le degré de liberté, c. xrv e) lésus-Chrlst et les b rnh ureux n'auraient aucune liberte pour remplir les préceptes naturels, en tant que préceptes, puisqu is n’ont aucune Indifférence pour faire le mal; ils Q'aurafenl plus qu’une liberte accidentelle, relative aux circonstances, aux intentions, etc... cl Us n’ont ■ne te liberté relativement A la substance du précepte q /’I. ne peuvent violer /) Aucun conseil, en tant que Cuoseil, ne pourrait être risnUc par les bienheureux. 424 car Ils ne peuvent qu’aimer Dieu par-dessus tout. g) On ne peut douter que tout ce que doivent (aire les bienheureux ne leur soit commandé Jusque dans les moindres détails pur l’immuuble Vérité qui leur parle directement ct leur fait connaître toutes les circons­ tances de temps, de lieu, de mode, de motifs. Ils sont déterminés A toujours agir de la meilleure manière par leur amour de Dieu. SI la fln esl poursuivie de lu ma­ nière la meilleure ct la plus excellente, ils doivent nécessairement choisir les moyens les plus aptes ct rien n'est plus apte que ce qui est déclaré tel par l’é­ ternelle Vérité, donc Ils n’ont [plus aucune indiffé­ rence, c. xv. La liberté ne consiste pas davantage dans l’indé­ pendance à l'égard des créatures. La volonté, affran­ chie par la grâce, détachée des créatures et fixée en Dieu, participe à ['amplitude, amplitudinem, A l’élé­ vation, à l'immensité de lu volonté divine, mais cela ne constitue pas l’essence de la liberté comme le pretend le P. Gibieuf que Jansénlus critique sans le citer. Pour saint Augustin, ceci n’est pas un ciïet de la liberté : celui qui adhère à Dieu et ne s'attache qu'à Lui, se délivre d'une infinité de servitudes, élargit scs puis­ sances, car rien ne détourne plus son cœur de Dieu. Mais la liberté ne consiste pas en cela En eiïct, s’il en était ainsi, a) il faudrait dire que les pécheurs ne sont plus libres, puisque leur volonté ne possède plus cette amplitude, β) Saint Augustin n’a Jamais parlé de cette amplitude de pouvoir pour caractériser la liberté, mais seulement de la délivrance du mal, de la délectation victorieuse qui fait faire le bien, c. χνι. Ce chapitre, particulièrement capital chez Jansénlus, reproduit en partie les thèses de Bai us dans son traité Du libre arbitre et peut se ramener aux conclusions suivantes: a) L’indifférence n’est pas essentielle A la liberté, b) L’indifférence de contradiction n'est re­ quise que servato ordine finis, c) La liberté vraie ap­ porte avec sol un détachement des créatures et nous rattache A Dieu, dt L’homme en état de grâce esl vraiment libre et exerce un empire et une domination sur les créatures. 8° Accord de la grâce ct de la liberté (livre VIII). — Dans une courte preface, Jansénlus déclare que la question de l’accord de la liberté cl de la grâce est particulièrement délicate; saint Augustin en a senti et montre toutes les difficultés cl les solutions don­ nées par lui ont été admises par tous Jusqu’A Molina et à Lcsshis qui ont enseigné une doctrine nouvelle. 1. Critique des théories modernes : thomisme ct congrulsme (c. i-iv). — Comment la grâce agit-elle sur la volonté? Il y a, sur ce point deux opinions différentes : a) La prémotion physique de la grâce efficace La grâce est un mouvement de Dieu qui nous fait faire le bien et détermine efficacement et nécessairement la volonté A l'action, de telle sorte que, celte motion ayant été reçue passivement dans la volonté, celle-ci consent aussitôt ct ce consentement ne peut pas ne pas se pro­ duire. Celle prémollon divine est exigée pour deux rai­ sons : Les causes secondes sont subordonnées A la cause première et doivent être déterminées par elle ; les causes libres sont indifférentes A agir et doivent être détermi­ nées par une autre cause. Bref, la cause seconde et libre reçoit de Dieu le mouvement et la détermination. Telle est la thèse de saint Thomas, b) D’autres (Molina, LtxMUs, Suarez) prétendent que cette efficacité de la grâce détruit le liberté et lis font appel non point A une promotion qui détermine la volonté, mais A une illu­ mination qui éclaire l'intelligence et A un attrait divin qui allirt la volonté A l'action ct lui donne les forces nécessaires pour vouloir,en même temps que Dieu con­ court avec la volonté, si elle veut. Qu’avec ce secours lu volonté veuille ou ne veuille pas, cela ne dépend point de U prèdétcrmlnaUon physique dans un tens 425 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. III. GRACE ET LIBERTÉ ou dans un autre, malt de la libre option de la volonté qui consent ou ne consent pas. quelle que soit la grâce qui attire, (.’est le congruhme. Les premiers font de grands efforts pour ne pas dé­ truire la liberté; les seconds, pour ne pas détruire la vraie grâce chrétienne. Les thomistes accusent les congruislcs de pélagianisme; les congruis tes accusent les thomistes de calvinisme. Ces deux doctrines se distinguent, en partie, ct sont d’accord, en partie, avec celle de saint Augustin. Avec les premiers, saint Augustin affirme que la grâce détermine efficacement le consentement de la volonté; avec les seconds, il affirme que c’est un acte vital et céleste, une délectation Ineffable de suavité, mais cette grâce n’attend pas le consentement de la volonté; elle le donne. En somme, les thomistes ont mieux saisi la pensée de saint Augustin ct se rapprochent davantage de lui, ils ont retenu ce qu’il y a de formel, à savoir lu façon d'agir essentielle ù la grâce. Les molinistes n'ont retenu que le matfritl, c’est-à-dire, ce qui sert de sujet à l'opération de la grâce. Ils ont confondu l'état d’Adam Innocent avec l’état actuel, le secours sine quo non avec le secours quo; Ils ont oublié l'infirmité dans laquelle est tombée la nature après le péché et ils s'imaginent guérir la nature avec la même grâce qui suffisait ù la nature saine, e. i. Cependant le secours médicinal dont parle saint Augustin difïèrc essentiellement de la prémotion phy­ sique des thomistes. La grâce de Dieu doit déterminer la volonté au bien; mais à cette vérité fondamentale proclamée par saint Augustin, les thomistes ont ajouté des erreurs : a) la prémotion physique est quelque chose d’extérieur, d’étranger, d’accidentel, reçu passi­ vement dans la volonté; c’est un être imparfait, in­ complet, comme la couleur dans l’air, l'impulsion dans une chose qui est poussée; en réalité, c’est une spécu­ lation métaphysique ù laquelle saint Augustin ne songe point. Pour lui, c’est un vrai mouvement de l’âme, une Ineffable délectation qu'elle reçoit cl dans laquelle elle s’abîme, une suavité qui l’emporte et lui rend ugnablc ce qui lui déplaisait auparavant b) La prédéterminât ion physique n’est pas un acte vital de l’âme, mais quelque chose d'extrinsèque auquel la volonté sc soumet passivement, tandis que pour saint Augustin, la grâce du Sauveur est un acte vital qui affecte l’âme et l'incline vers Dieu; c’est une délectation victorieuse qui s’empare de l’âme et l’envahit, qui détermine la volonté et la fait vouloir. c) La promotion physique est telle qu’en toutes cir­ constances, elle surmonte toutes les résistances et détermine toujours la volonté à l’action; elle est effi­ cace absolument; elle est toujours victorieuse. Au contraire, la grâce de saint Augustin n’est pas toujours victorieuse; clic n’est efficace que relativement : elle est victorieuse, lorsqu’elle surmonte la délectation de ia concupiscence; mais, si cette dernière esl plus forte, la volonté s’arrête à des désirs Inefficaces; elle ne veut pas pleinement et parfaitement ce qu’il faudrait vou­ loir. Ce sont les petites grâces. Remarquons Ici en passant que beaucoup de jansé­ nistes sc sont appuyés sur ce passage de l'AuqusUnut pour dire qu’on peut résister à la grâce efficace. La grâce efficace a toujours son effet, mais clic n'est effi­ cace réellement que lorsque la délectation est plus forte; autrement, son efficacité consiste Λ produire des velléités ct des désirs inefficaces; c’est une petite charité qui ne triomphe pas; c'est la grâce de saint Pierre, quand 11 renia son Maître. Au contraire, on ne peut résister à la prémotion physique des thomistes, parce que celle ci est efficace absolument. d) La prémotion physique des thomistes est comme un concours générai de Dieu; elle est exigée par une théorie philosophique qui envisage la subordination 426 naturelle des choses créées p ir rapport A la cause pre­ mière. Au contraire, la grâce du Sauveur, pour salut Augustin, n’est nécessaire qu’à cause de l'infirmité contractée après le péché originel, c) La prémotion est nécessaire en tout temps, en tout lieu, en tout élut, parce qu’elle est nécessaire à la créature, cause seconde, qui toujours, dépend de la cause première dans son être et dans son action. Au contraire, la grâce du rédempteur n’csl nécessaire qu'à la nature humaine blessée ct corrompue, pour ia guérir et lui donner des forces. Bref, pour saint Augustin, la grâce du Sauveur n’est point nécessaire à la nature humaine à cause de la dépendance de cette nature à l’égard de Dieu, ni à cause de son Indifférence, ni à cause m»‘ me de la surna­ turalité des actes, mais seulement à cause de l'impuis­ sance et de l’infirmité de cette nature dont les forces ont été brisées par le péché et dont la volonté est es­ clave de lu concupiscence. C’est pourquoi les thomistes se rattachent à l’école philosophique d’Aristote plus qu’à saint Augustin, magis arlslotelici surd quam augustinianl, c. n. Cependant Jansénlus, après s'être nettement séparé du thomisme, se réconcilie avec lui et déclare que saint Augustin est, en partie, d’accord avec les thomistes. La grâce du Sauveur, comme la predetermination phy­ sique, produit toujours son effet; elle fait efficacement ce que la volonté veut; elle n'attend pas que la volonté coopère; elle fait que la volonté coopère, en l’appli­ quant à vouloir et à faire tout ce que, par elle, Dieu a décrété de vouloir ct de faire; elle forti fie ia volonté par une ineffable suavité ct clic la fait vouloir et agir librement. Elle produit ccs effets, en inclinant, en appliquant, en déterminant la volonté qu'elle prévient d’une manière physique et réelle. Elle délecte la vo­ lonté et l’attire, et, comme il est nécessaire que nous agissions suivant ce qui nous délecte le plus, nous voulons et agissons toujours d'après celte délectation victorieuse de la grâce. Notre action vient de cette delectation de la grâce. La predetermination des tho­ mistes esl physique, réelle, efficace: elle est aussi, en un sens, morale, parce qu'elle se produit en tant que la volonté est charmée, délectée par l'objet qu'elle désire. Ainsi l'opinion des thomistes, au sujet de la puissance de la grâce, est d'accord avec celle de saint Augustin : la grâce attire si puissamment la volonté que celle-ci ne résiste Jamais, puisque la grâce lui est donnée pour vaincre la durcie du cœur et repousser, par par sa douce ct forte suavité, les faux plaisirs de la concupiscence, c. m. Aussi tout ce que les scolastiques ont dit pour con­ cilier la predetermination physique de la grâce avec la liberté peut s’appliquer à la théorie même de saint Augustin. Jansénlus rappelle la célèbre distinction du sens divisé et du sens composé. Quand, avec la grâce, on fait un acte bon, 11 y a. dans l’âme, un pouvoir de faire le mal, mais un pouvoir sêpurr, privé de son acte, s (multas potent ûr, non potentia simultatis ut simul agot et non aqat. Quand la volonté a tout ce qu’il faut pour agir, elle peut ne pas agir, mais en fuit, l'action est nécessaire. Le pouvoir de ne vouloir pas ne répugné pas à la volonté, quand elle a ce qu'il faut pour agir, mais Il répugnerait qu’aclucllcment elle ne veuille pus. La volonté mue par la grâce divine ne peut pas resister A Dieu, ne peut pas refuser de faire ce que Dieu veut par celte grâce, ne peut être dttournée et vaincue ac­ tuellement par la concupiscence contraire. Mais, au sens divisé, elle peut résister, être détournée cl vaincue. Quand la grâce est donnée, une resistance actuelle est impossible, bien que la volonté conserve le pouvoir de résister, pouvoir qui pourra se traduire en acte, quand la grâce aura disparu. En résumé, les deux actes contraires ne sauraient coexister au sens corn- 427 JANSÉNISME, L’A UGUST IN US, T. III. GRACE ET LIBERTÉ po ê, mais qund un acte existe, la puissance de faire le contriirc persévère nu sens divisé, c. iv. 2 La doctrine de saint Augustin (c. v-xx). — Mais Il es: fort douteux que saint Augustin ail songé à une telle explication. Dans scs polémiques contre les pélnglens, le grand docteur donne une solution très durè­ rent e au problème dc l’accord dc la grâce avec la I crié. La grâce, écrit-il contre les pélagiens, nous fait vouloir, cn nous gagnant, en nous ravissant, en nous délectant; la volonté n’est pas forcée, violentée par la grâce; elle agit parce qu’elle veut; la grâce ne bksse pas la liberté, clic la perfectionne; en détachant lu voI mlé des créatures ct en lui faisant vaincre la concu­ piscence, elle la replace dans l’ordre où Dieu l’avait créée ct l’entraîne vers Dieu aimé comme lin dernière. Nous ne sommes point emportés comme une picrrepar un torrent ;nous sommes entre les mains de Dieu comme des Instruments de sa grâce, mais des Instruments ani­ més qui connaissent et veulent ce qu’ils font, coopérant avec le principe qui les meut ct se mouvant avec lui. La grâce ne fait point que ceux qui ne veulent pas vcuilhnl. car alors elle violenterait la volonté, mais elle change les affections et fait vouloir, alors qu’auparavant on ne voulait pas. Pour être secourue, notre volonté ne perd pas sa liberté; nu contraire, elle voit sa liberté accrue. Dans les opérations de la grâce, nous ne sommes pas immobiles ct inertes, comme des souchcs ou mus dc l’extérieur, semblables ù une cire qui ne fait que recevoir des impressions qu’on lui impose; nous nous mouvons, nous agissons, nous suivons avec connaissance, avec élection, avec plaisir. Avec la grâce on fait le bien, parce qu’on veut le faire : justificat patentes.... Volendo cum gratia aliquid jacit. Aux pelagicus qui l’accusaient de tout accorder â la grâce qui agit cn nous sans nous, saint Augustin ré­ pond de diverses manières. Dieu, par sa grâce, opère en nous le vouloir et le faire, parce que c’est par son secours seul que nous pouvons vouloir et faire, mais personne n’est contraint par la grâce ù faire le bien. Dieu ne donne pas la bonne volonté ct le goût dc la vertu â l’homme, malgré lui, mais la grâce change la volonté qu’elle tourne ct qui se tourne vers Dieu, car la volonté n’est point inerte; clic agit, elle opère et clic coopère â la grâce qui la meut : si non esses opera­ tor, ille (Deus) non esset cooperator. Nous demandons ή 1 lieu dc venir â notre aide, c’est donc que, nous aussi, nous agissons : Adjutor meus esto, ergo agis aliquid. La grâce rend la volonté très libre, parce qu’elle la libère dc l’esclavage du péché et elle fait vouloir le bien très ardemment et très librement, c. v et vi. Une seconde preuve cn faveur dc l’explication pro­ posée parsaint Augustin est tirée des plaintes despéla­ giens contre lui. La grâce ne fait pas tout : la liberté agit avec elle; la liberté ne fait pas tout : la grâce agit avec elle. 11 faut que la volonté veuille, mais c’est la grâce qui la fait vouloir ct la volonté n’est point forcée. Si enim cogitur, non vult.Quid absurdius quam ut dicatur nulms telle? L’homme,sous l’inlluence de la grâce.ne peut vouloir le mal; sans doute, mais il ne s’ensuit pas qu’elle est forcée, autrement il faudrait dire que Dieu n’tst pas libre, puisqu'il ne peut vouloir le mal. D'ailleurs, chez l’homme justifié sous l’empire de la grâce, la concupiscence subsiste toujours avec le pou­ voir de pécher, c vu Une troisième preuve est empruntée au livre De la grâce et du libre arbitre, composé par saint Augustin à la fin de sa vie pour traiter ex pro/esso cette question. II n’y parie jamais d’indilTcrence. Jansénius cite et commente quatre textes où ce docteur souligne le rôle de la volonté humaine dont l'opération ne doit ; être séparée dc celle dc la grâce. Les deux opéra­ tions se mêlent dans l’acte concret. Aussi suint Augustin 428 nttribue-l-ll tout le bien à la grâce qui fuit vouloir ct agir la volonté libre ct tout le mal à In volonté libre agissant sans le secours de la grâce, c. vm. Une quatrième preuve, empruntée â VOpus imperfec­ tum. 1.I1, est tirée dc la concupiscence qui nous fait vou­ loir le mal, sans nous forcer; elle fait voir, contre Julien, comment la liberté sc concilie avec la concupiscence dominante. Pas plus que la grâce, la concupiscence ne détruit le libre arbitre, quoi qu’en disent les pélagiens, parce que nous faisons avec plaisir et librement ce qu’elle nous propose, comme ce que la grâce nous Ins­ pire; dans les deux cas, nous sommes maîtres de nos actions. Il faut donc dire qu’on peut être libre, sans avoir Je pouvoir dc faire l’un ou l’autre des deux actes contraires. Le propre dc la volonté est dc nous faire vouloir librement;par suite, quand même nous serions emportés par un torrent de volupté, nous voulons librement, si nous voulons. La volonté malade et vi­ ciée sc porte au mal librement; c’est pour cela qu’elle doit être guérie. Cette volonté, sans la grâce, ne peut s’abstenir de pécher, comme clic le pouvait avant la chute d’Adam, mais les actes qu’elle fait ne cessent pas d’être des péchés, parce que c’est volontairement qu’elle sc délecte dans son péché. C’est par sa propre volonté, donc librement, qu’avec lu grâce,l’homme veut ct fait le bien; c’est par sa propre volonté, donc libre­ ment, que, sans la grâce, l’homme veut et fait le mal. Dans les deux cas, la nécessité ne supprime point la liberté qui reste entière, tant que la volonté demeure, c. xx. Enfin une cinquième preuve est tirée des autres Pères de l’Églisc, spécialement de saint Prosper auquel Jansénius attribue le livre De vocatione gentium, ct qui écrit : gratia non abolet sed adedet, c. x, de saint Cyrille d’Alexandrie, de saint Fulgcnce ct de Pierre diacre, c. xx, de saint Grégoire le Grand, de saint Bèdc, dc saint Anselme, c. xu, de saint Bernard et dc ses deux amis Hugues et Richard de Saint-Victor, c. xm, de Pierre Lombard, d’Alexandre de Halés, dc Guil­ laume de Paris, c. xiv, de saint Thomas, de saint Bona­ venture ct dc Duns Scot, c. xv, dc Henri dc Gand de Richard de Midletown, dc Marsile, c. xvi, des papes Zozirne et Celestin, et enfin du concile dc Trente, qui tous, proclament que la grâce efficace ne détruit pas la liberté, c. xvri. On arrive encore à cette conclusion que l’indiffé­ rence dc contrariété et de contradiction n’est pas né­ cessaire à la volonté pour qu’elle soit libre. La liberté subsiste entière, tant qu’il n’y a ni contrainte, ni violence, ni nécessité antécédente, parce que la vo­ lonté est maltrcs.se dc scs actions;elle agit,parce qu’elle veut et elle ne fait rien malgré elle. La grâce ravit l'âme, la charme cl, loin dc forcer la volonté, clic lui fait vouloir le bien cn la délivrant du péché; la grâce ne nous entraîne pas malgré nous : non agimur et aliquid agimus, adjuvamur enim et nemo adjuvari potest, st ab ipso nihil agatur. Dieu coopère, donc nous opérons. Avec la grâce qui lui est accordée, la volonté veut, fait, agit avec joie; elle est, pour ainsi dire, enivrée de plaisir; s’il y a une nécessité, c’est une nécessité con­ comitante ou plutôt subséquente, simple, volontaire, qui ne répugne point à la liberté selon Scot, saint Tho­ mas ct saint Bonaventure, c. xvni. Pourquoi saint Augustin cxpllquc-t-11 de cette ma­ nière, sans faire appel à ΓIndifférence, l’accord dc la liberté ct dc la grâce? Il faut, d’après lui, bannir le fantôme de l'indifférence, parce qu’il détruit la grâce de Jésus-Christ el met la volonté dans l’état où elle était avant le péché 11 faut un secours médicinal pour guérir la volonté malade el la relever de son Impuis­ sance; cette grâce qui prévient la volonté, ne la dé­ truit point, car elle laisse l’acte cn notre pouvoir. Que la grâce nous fasse agir nécessairement ou non 429 JANSÉNISME, L’Λ UGUST I N U S, T. Ill peu importe .nous restons libres, pourvu que nous ne soyons pas contraints et que nous puissions vouloir ce que nos faisons; dés lors, elle s’accorde parfit h ment avec In liberté, puisque toujours on veut ce qu’on fait, c. xix. Cependant, dit Jansénius, saint Augustin reconnaît, dans la volonté, une certaine Indifférence, soit aviinl la grâce, soit après la grâce; cctle Indifférence qui n’est point essentielle â la liberté, consiste dans la verbal· Id/ de la volonté qui peut passer du mai nu bien par l'jictition dc la grâce ct du bien au mal par faction Deux actes con­ traires ne peuvent coexister dans la même volonté, mais deux puissances pour des actes contraires peu­ vent coexister, Si maintenant la volonté, sans la grâce, ne peut que faire le mal, cela ne tient pas â sa nature, mais c’est une punition du pêché. Los actes qui viennent dc relie nécessité dc pécher sont de vrais péchés, bien que lu volonté, étant ce qu’elle est, ne puisse les éviter. c pécheur vit avec plaisir dans son pêché ct cette l. habitude s’est changée en une nécessité qui le rend inexcusable S’il voulait le bien et ne pouvait pas le faire, il serait excusable, mais il n’en est pas ainsi : il ne veut pas faire le bien. Lorsque i’ârnc est accablée tous le poids de lu concupiscence, c’est moins le pou· viir. que la volonté de faire le bien qui lui manque. En ce cas, on ne peut faire le bien parce qu’on ne veut pas le faire. Lorsque l’âme est préparée par une forte délectation de In grâce à aimer le bien ardemment, ce n’est pas la puissance dc faire le mal qui est enlevée, mais la volonté, ayant changé son affection ct s'atta­ chant au bien, ne veut plus faire le mal. Celui qui ne fait pas Je bien, agit ainsi non par défaut de pouvoir, mais par d< faut de volonté. Ce qui manque pour fair·· le bien, quand on n'a pus la grâce, ce n’est pas le pou­ GRACE ET LIBERTE 430 voir, mais le vouloir; le pouvoir ne disparaît qu'à cause du vouloir, car le pouvoir suit la volonté. Aussi le pécheur qui ne fait pas le bien est coupable dc ne pas le taire ct dc faire le mal, parce que, s’il l'eût voulu, il eût pu éviter le mal et faire le bien. C'est ainsi que Jansénius qui, au c. IV, avait rejeté comme étrangère à la pensée de saint Augustin, la distinction scolastique du sens composé et du sens divisé, l'a reprise ici. Amauld, dans la Seconde Apo­ logie de Jansénius, p 213-241. traduit cette pensée de son maître : < Quelque grand et puissant que soit le plaisir victorieux de la grace qui prévient et déter­ mine le libre arbitre a faire le bien, il peut encore non seulement ne pas luire le b ten, mais encore taire te mal, car cela <*5t vrai selon la façon de parier ordinaire des philosophes, dans le sens qu'ils appellent composé et non pas dans le sens dirige, c’est-à-dire, qu’au même temps que le libre arbitre est rempli dc ce plaisir vic­ torieux de la grâce qui le meut efficacement et lors même qu'il fait actuellement le bien, la puissance de ne point faire ct même de pécher est dans la volonté, non qu'il sc puisse faire que la volonté n’agisse point, lors­ qu'elle agit ou que le péché se rencontre effectivement avec l'influence dc cette grâce délicieuse (ce qui serait nécessaire pour le sens composé) mais que La puissance de ne point faire le bien ct de pécher se peut rencon­ trer avec la grâce dans le même arbitre... · c. xx. 3. J différence entre la doctrine de saint Augustin et celle de Calvin (c. xxi).—Cette explication de l’accord dc la grace et dc la liberté diffère essentiellement, dit Jansénius. dc celle qui a éU proposée par Calvin. Pour celui-ci, la volonté est enchalnce par la grâce et elle est mue par elle comme par un moteur extérieur et étranger, tandis que pour saint Augustin, la volonté n’est pas poussée extérieurement, mais elle est mue intérieurement et elle obéit librement. Jansénius, d'ailleurs, commence par déclarer que toul ce qu'enseignent les hérétiques n’est pas hérétique; d'ordinaire, l'erreur se mêle à la vérité afin de sur­ prendre même les moins crédules. Puis il indique en quoi l’opinion dc Calvin diffère de celle de saint Au gustin : a) Calvin nie que l’homme puisse choisir entre le bien et le mal et il critique l'auteur de la Vocation des gentils, qu’il croit être saint Ambroise; or saint Augus­ tin et saint Prosper soutiennent la thèse nettement opposée, b) Pour Calvin, le mouvement de la grâce est si puissant qu’il est impossible à l’homme de lui résister; pour saint Augustin, la grâce nitui infailli­ blement la volonté, mais le pouvoir dc resister a U grâce sub.istc toujours, nonobstant l’acte contraire. Si ce pouvoir ne s’exerce pas, c'est que la volonté n'est pas disposée â vouloir. L'actuelle resistance ne peut pas coexister avec l'actuelle motion de la grâce, mais le pouvoir de résister coexiste avec cctle motion c) La volontt, pour Calvin, est la suivante dc la grâce. I>cdisscqua i\lunlus, cl on ne peut pas dire que la volonté consente ou obéisse librement â la motion de la grâce; cela est tout ù fait opposé à Augustin qui écrit que notre volonté consent et obéit, d) La vertu et le vice, dit Calvin, ne sont pas en notre pouvoir; par suite, l’homme n'est pas libre de faire le bien uu le mal. Or saint Augus­ tin a toujours enseigne qu'il est en notre pouvoir de changer notre volonté; il dépend de la volonté dc croire, puisqu'un croit quand on veut, dc pratiquer la vertu cl la Justice, puisqu’on ne pratique la vertu el la Justice que lorsqu'on le veut. Nous sommes libres, parce que nous avons cn notre puissance ce que nous fnisonx e i Calvin nie l'existence du libre arbitre: c'est un in<»· vide dc sens qu'il faut exterminer, car lorsque Dieu donne sa grâce, l'homme n'agit pas, il « est agi · Or ceci est encore absolument oppose À la pensée de saint Augustin qui affirme l’existence de la liberté, qut 431 JANSÉNISME, L'AUGUSTINUS, T. III LA PUÉ DESTINATION 432 non aliud quidquam est quam prit destinare. Dieu a Identifie le volontaire et le libre et n’oppose ά la liberté décrété ce qu’il doit faire des lions et des méchants. que la contrainte et la coacUon, c. xxi. Malgré cette defense de Jansénius, on a très sou- I Saint Augustin dit souvent que Dieu a prédestiné cer­ tains ά la mort et à la géhenne, au feu éternel el Dieu vent rapproché le jansénisme du calvinisme et montré les condamne par un juste jugement dont il volt el que le jansénisme est · le cousin germain ■ du calvin.5 ne. Ci. en particulier Fénelon, Instruction pastorale I approuve l’exécution. En effet, le châtiment des mé­ snr le /anstnisme, IP lettre tout entière; Deschamps, chants est un bien, comme la récompense des bons. Dieu prévoit le* péchés et ne les prédestine point, car De hxrcsi /anseniana, I. I. disp. II, de libero arbitrio; ii ne prédestine que ce qu’il fait lui-même et il ne fait P. Lcporcq, Sentiments de saint Augustin, p. 321-347. pas le péché, mais il prédestine la peine, après avoir Cf. Augustin (Saint), 1.1, col. 23.87-2392,2404-2407. prévu le péché. Dieu prédestine les méchants à la mort 9° La prédestination des anges et des hnnunes(L\vre IX ). éternelle, comme les bons à la vie éternelle. —La question de lu prédestination et de la réprobation En résumé, Dieu fait les choses dans le temps selon rst étroitement unie à celle de la grâce, car la prédes­ l’ordre dc la prédestination éternelle qu'on peut définir: tination est la cause cl le principe dc la grâce. On se l’acte par lequel Dieu prévoit et prépare le* moyens trouve ici en présence d’opinions diverses : les uns et les grâces qui sauvent Infailliblement tous ceux qui déclarent que la prédestination à la gloire précède les sont sauvés, c. n, in. mérites des anges el des hommes; pour d’autres, la Les scolastiques prétendent qu’il n’y a pas de pré­ prédestination suit ces mérites. Cette seconde opi­ destination à la peine. Sans doute, dans le langage nion flatte la nature qui peut s’attribuer la prédestina­ courant, être prédestiné, c’est être appelé à la sain­ tion et le salut. La philosophie a beaucoup contribué teté et à la gloire; en fait, ceux à qui Dieu donne la A multiplier ces théories par les discussions qu’elle grâce et la gloire sont prédestinés d'une manière abso­ a soulevées sur des questions inutiles et frivoles. Jan­ lue, en ce sens que la prédestination regarde non les sénius ne veut pas s’arrêter à ccs arguties; il ne veut hommes, mais les actions que Dieu fail duns le temps que chercher et exposer le sentiment de l’Église sur par la volonté des hommes. Comme ccs actes sont aussi la prédestination et la réprobation. Préface. les actes de l'homme, ont peut dire que l’homme est 1. Sens diners du mol prédestination (c. i-vi). — prédestiné, Dieu faisant en lui et par lui, ce qu’il s’est D’après I’Écriture el les Pères, le mot prédestiner proposé de faire de toute éternité. désigne le fait dc Unir, délimiter, disposer, établir, or­ Quoi qu’en disent les scolastiques, a) Γ Écriture parle donner de toute éternité ce qui doit être exécuté de la prédestination ù la mort el à la peine; b) il est dans le temps. C’est dans ce sens et non dans celui de faux que la prédestination ne regarde que les biens quelques philosophes, que saint Augustin prend ce surnaturels; c) le méchant est vraiment prédestiné tenue. La predestination désigne le dessein, le projet, au sens propre et rigoureux du mot, sensu propriissile conseil, le decret éternel de Dieu par lequel il veut mo el nyorosissimo, car Dieu est l’auteur des peines faire quelque chose dans le temps, c. i. infligées; celte prédestination suppose la prescience Sur quoi porte la prédestination divine? a) La pré­ d’un démérite, mais cela n’enlève point au châtiment destination ne regarde que les choses temporelles qui le caractère de ia prédestination, d) 11 y a donc vrai­ doivent arriver dans le temps et non point les choses ment, suivant les expressions des Pères et, en parti­ éternelles et immuables, b) Elle ne regarde que les cho­ culiers de saint Augustin, une prédestination au bien ies que Dieu doit faire dans le temps : tout ce que Dieu et une autre au mai; la première est une préparation a prédestiné dans Γéternité sc réalise dans le temps et de la grâce; la seconde une préparation de la peine; tout cc qu’il fait dans le temps, il l’a décrété dc toute la première est bonne el miséricordieuse; la seconde i limité, puisqu’il fait tout d’après un décret délibéré est juste. Aussi les Pères parlent-ils parfois de la pré­ el non point au hasard. Dans cette prédestinai ion. Dieu destination de grâce et dc la prédestination de jus­ m peut se tromper, parce qu’en prédestinant, il n’or­ tice, c. iv. donne rien que ce qu'il doit faire lui-même. « Prédesti­ Celte prédestination prend dans I’Écriture diffé­ nation et ouvrage de Dieu sont synonymes. · c) La rents noms : elle s’appelle élection, préparation de prédestination se rapporte également à la fin et aux grâce, discernement, propos de volonté divine; ces divers moyens; le décret regarde tout ce que Dieu fait, d) Elle termes sont souvent pris les uns pour les autres; ils regarde la gloire comme la grâce, la récompense comme sont équivalents et ne différent que par le point dc vue. le* mérites, car les uns et les autres sont l’œuvre el le Saint Augustin parle dc discernement par amour, dlll· don dc Dieu. La prédestination prépare la grâce qui I gendo discernit, c. v. est un don de Dieu et la grâce est l'effet dc la prédesti- I Saint Augustin distingue la prédestination de pure nation. An**i l’Église, dans scs prières, demande à Dieu grâce et la prédestination de mérites. La première est et la grâce et la gloire, adueniât regnum tuum, parce que entièrement gratuite; elle est un pur effet de la misé­ toutes deux sont des dons divins cl saint Augustin dé­ ricorde de Dieu et ne suppose aucun mérite dans la clare formellement que la prédestination se rapporte créature raisonnable; la seconde suppose quelque a la (ois aux œuvres, A la persévérance et ù la gloire mérite qui la précède el vient des œuvres humaines, elle-même; elle s’applique à tout ce que Dieu fait dans des forces du libre arbitre. Avant son épiscopat, le temps; elle s'étend au bien qu'il fait aux élus et au Augustin n'admettait que cette dernière, parce qu'il n.al qu’il fait aux méchants: il y a prédestination des croyait que la grâce était méritée, au moins par un i uns à la vie el des méchants à la mort : il y a prédesti- commencement de fol, et, dès lors, le décret de prédes­ ruUon de grâce et de miséricorde, de Justice et dc Juge­ tination supposait le mérite de notre fol; mais il re­ nonça à celle erreur. L’élection existe sans les mérites. ment. Dieu sépare les hommes en les prédestinant et il leur La prédestination s’étend donc au bien et au mai, donne les merites qui font le discernement. A cc sujet, 4 la vie et à la mort. Sans doute. Dieu ne saurait l’Église a condamné trois opinions : a) les vertus et les être l’auteur du mal en tant que le mal est une coulpe, une faute, et par suite, U ne peut prédestiner au I bonnes œuvres sont un don de Dieu, mais le commcnpèche, mal* Il ptut prédestiner à la peine. Par un ! cernent dc la foi est l'œuvre du libre arbitre, suivant piste châtiment, il Inflige au pécheur des peines tem­ I lequel Dieu prédestine ceux qui croient; la prédestina­ tion sc fait selon le mérite de la foi; c’est l’erreur dc* porelles ou étemelles et ccs peines. Il les a décré­ tée* de toute éternité par la prédestination : in I seml-pclagiens, admise quelque temps par saint Augustua prseseienlia opéra sua fulura disponere id omnino I Un*. b) Le libre arbitre fait, par te* seules forces, pro- 433 JANSÉN ISME, L’ AUGUST IN US, dulre les bonnes œuvres que suppose la prédestination ; | c’est l'impiété des pélagiens. cy Le principe du bien est mêlé, chez l'homme, à celui du mal et l'homme est I prédestiné selon les mérites produits par le principe du bien; c’cst la rêverie des manichéent, L’Eglise a défini que ce n'est ni au commencement de lu fol, ni aux bonnes œuvres du libre arbitre, ni au mérite de la nature bonne qu'il faut attribuer la prédestina­ tion, mais à lu seule volonté de Dieu. Il n'y a pas d'autre prédestination que la prédestination gratuite, due à la miséricorde dc Dieu, c. vi 2. La prédestination gratuite (c. vu ix). — La pré­ destination toute gratuite, de laquelle seule 11 s’agit chez saint Augustin, après son épiscopat, est la pré­ vision et la préparation des bienfaits el des grâces qui Ici-bas font vivre saintement les élus et les font parvenir au ciel. En quoi consiste cette prévision? A ce sujet, on peut distinguer trois opinions princi­ pales : a) les uns regardent cette prévision comme une science de simple intelligence qui représente à Dieu toutes les choses possibles et le dirige dans la liberté dc scs décrets; b) les autres font consister la prévision dans la science moyenne par laquelle Dieu connaît quelles sont les grâces qui opéreront le salut, si clics sont accordées; c) les autres enfin Identifient la prévi­ sion avec la science dc vision par laquelle Dieu volt tout ce qui doit être en réalité avec les circonstances qui accompagnent les faits. Saint Augustin ne parle pas des deux premières opinions et sc rattache très certainement à la troisième, car il dit que, par la pré­ destination, Dieu a connu dc toute éternité cc qu’il devait lui-même exécuter dans le temps; c'est un effet futur qu’il a connu dans son décret, non comme simplement futur et demeurant dans le possible, en tant qu'il est l'objet dc la science dc simple intelli­ gence; il prévoit son propre ouvrage et non cc que les hommes feront (science moyenne). D'ailleurs la science moyenne est incompatible avec la grâce efficace Cependant la science de vision ne constitue pas es­ sentiellement la prédestination, car celle-ci consiste dans un décret de la volonté divine. La science dc vi­ sion ou prescience sc rapporte à l'intelligence divine; la prédestination se rapporte à sa volonté. Mais comme les semi-pélagiens prétendent que la foi des hommes est soumise à la prescience divine qui la prévoit et non point à la prédestination qui ne la donne point, saint Augustin a été amené à parler souvent de cette science dc vision, après avoir prouvé que la foi et les bonnes œuvres n’ont pas été prédestinées sans avoir été pré­ vues, car rien n’est prédestiné qui n’ait été prévu. Saint Augustin a, d’ailleurs, précisé sa pensée et dis­ tingué la prédestination de la prescience ou science de vision : la prédt stination ne regarde que les œuvres d» Dieu, tandis que la prescience porte même sur les œuvres dc l'homme, sur les péchés par exemple. La prédestination suppose la prescience, mais ne s'iden­ tifie pas avec elle; la prescience est une simple cons­ tatation des faits et dc tous les faits, même des péchés des hommes; la prédestination ne comprend que ce que Dieu fait lui-même; par suite, la prescience est beaucoup plus étendue que la prédestination : tout ce qui est prédestiné est prévu, mais tout ce qui est prévu n'est pas prédestiné. En résumé, la prédestination est une sentence défi­ nitive dc la volonté divine, deflnilam sententiam tantuli·, c. vu. Lu prédestination gratuite a pour effet de délivrer les élus de la servitude «lu péché, de ce funeste escla­ vage qui nous assujettit sous la loi du péché, de lu damnation encourue parle péché. La grâce el lu gloire sont l’effet total de cette prédestination gratuite, car la grâce nous arrache au péché et à la damnation. Dieu discerne les hommes : Il retire les uns de la masse de LA PRÉDESTINATION 434 perdition où tous les hommes sont engages par le péché originel et 11 laisse les autres dans cette ma^se. On ne doit pas distinguer la prédestination à la grâce et la prédestination à la gloire, car toutes les deux sont les effets de la même cause qui les produit également : la prédestination à la grâce entraîne la prédestination & ia gloire. En effet, la grâce et les bonnes œuvres que nous faisons dans le temps ont été prédestinées de Dieu de toute éternité, à cause de la faiblesse ac­ tuelle de l'homme qui, par lui-même, ne peut faire au­ cune bonne œuvre ni acquérir aucun mérite. Dieu met la grâce en nous et, par la grâce, les lionnes œuvres et les mérites depuis le commencement dc la fol jusqu'à la persévérance finale qui est suivie de la gloire. Ainsi le dessein de Dieu est de sauver quelques hommes et de les conduire à ia gloire par des moyens Infaillibles, lundis qu'il laisse les autres, par un juste Jugement dans la masse de perdition. Donc, par la prédestina­ tion, Dieu prépare à la fols la fln et les moyens, c’està-dire, la gloire avec la grâce qui produit les bonnes œuvres et ia persévérance. La masse de perdition dont parle saint Paul repré­ sente la nature humaine corrompue par le péché d’AI dam, péché qui, par la concupiscence, passe à toute sa postérité cl enveloppe tous les hommes. La prédes­ tination éternelle gratuite délivre de cette masse et la réprobation y laisse; par suite, être délivré de cette masse, c'est être prédestiné; y demeurer, c’est être réprouvé. Aussi, la grâce du Sauveur est vraiment une grâce médicinale, une grâce libératrice, c. vin. La masse de corruption dont parle Augustin, après saint Paul, c’est toute l'humanité; et la corruption qui fait fermenter cette pâte à in façon du levain, c’cst non seulement la faute et l'iniquité du péché originel el des péchés actuels, mais encore toutes les suites funestes du péché : la concupiscence, le refus des grâces, les guerres, les misères de cette vie, la morta­ lité du corps, la servitude de l’âme, scs chutes et enfin la damnation éternelle. Etre tiré de la masse de cor­ ruption, être discerné, c’est être délivré, par la misé­ ricorde de Dieu, dc tous ces maux. Trois châtiments nous accablent : le péché, la tentation, la mort. La grâce nous arrache à cette masse, par la Justification qui chasse le péché; par la grâce actuelle, elle nous fait triompher des tentations; par la gloire, clic détruit la mort. Tous ccs bienfaits dépendent uniquement de la volonté miséricordieuse de Dieu qui délivre qui 11 lui plaît, sans que les hommes contribuent et puissent contribuer en rien à cette délivrance, parce que tous sont également enfoncés dans 1a masse dc perdition Un homme n’est séparé de cette masse que si, par un décret libre, Dieu le délivre de tous les maux par la rémission du péché, la grâce victorieuse et la résurrection glorieuse. Ainsi le prédestiné est séparé de la masse avant même d’être baptisé, d'être converti, même lorsqu’il vit dans le péché jusqu'à la conversion que Dieu opérera dans le temps marqué par son décret. Par contre, les réprouvés, même dans le temps où ils vivent pieusement, ne sont point tires de ia masse; on les appelle enfants dc Dieu, mais comme Ils vivront un jour et mourront dans It péché, en vertu du décret dc Dieu, lu prescience dc Dieu ne les appelle point enfants dc Dieu: cc sont toujours des reprouvés Cependant au moment où Ils sont en état de grâce, Ils n'ont pas simplement une justice appa­ rente, selon les expressions de Calvin, ils soul vrai­ ment justifiés selon la justice présente et s'ils mou­ raient en ce moment ils seraient vraiment «auvês; mais Ils ne sont pas des cnfunls de Dieu selon l’élec­ tion et la prédestination divines, car celle-ci ne regarde que cc qui est éternel; Ils ne sont pas tirés de la masse dc perdition, parce qu’ils ne sont pus délivrés de tous les maux et Dieu ne les en a pas délivrés 435 JANSÉNISME, L’A UGUST1NUS, T. III. LA PRÉDESTINATION parce qu’ils ne sont pa* prédestinés Les bonnes œuvres que peuvent faire les ri prouvés, dans le temps où il* sont justes, sont des dons de In grâce et des effets de la rnis· n co rdc de Dieu: mais cependant ils ne sont pas appelés élus, prédestinés selon les décrets étemels de Dieu, parce qu’ils ne demeureront pns dans lu justice jusqu'à leur mort; par contre, les péchés dans lesquels peuvent tomber les élus pendant leur vie, ne sont point l’effet de la pn destination, car 11 n’y a prédestination que pour les actes que Dieu fait, mais ces péchts sont dans l'ordre de la prédestination.parce que Dieu permet que ses dus pèchent, afin qu’ils deviennent plus humbles et qu’ils connaissent mieux la nécessité de la grâce. Toutes choses tournent au bien de ceux que Dieu a prédestinés, c. îx 3. Lu prédestination de mérites (c. x xv). — La prédestination de grâce dont nous venons de parler n’existe que pour les hommes dont le chef a péché; la prédestination des anges est une prédestination de mérite, ad gloriam electio non electione gratiir sed meri­ torum. Ils ont été dus à la gloire non point par une prédestination gratuite, mais par une prévision des mérites de leur libre arbitre et de la persévérance de leur volonté dans le bien. Si, en effet, l’ange a bien usé de la grâce a lui conférée, c’est à sa liberté qu’il faut en attribuer la mérite, parce qu’il était maître de la grâce. Il pouvait se discerner lui-même, parce que ses mérites i talent non un don de Dieu, mais des effets de sa volonté II pouvait persévérer par les forces de sa nature, avec le secours de la grâce; la gloire qui a suivi cette persévérance est une récompense plutôt qu'une grâre; la vie éternelle est la récompense des mérites acquis par le libre arbitre. L’angt n'avait donc pas besoin d’être prédestiné à la grâce, parce que la grâce qui lui était nécessaire restait au pouvoir de sa volonté; par suite, les bonnes œuvres cl la persévérance n'étaient pas un don de Dieu, mais le fruit de la volonté se servant de la grâce. Donc pas de prédestination à la grâce, puisque cette prédestination sc rapporte à cc que Dieu doit faire et non point à cc que les anges peuvent faire. Il faut dire la même chose d’Adam Innocent et il fau­ drait dire la même chose de l'homme, si Adam n’avait pas péché. Cc n'est pas Dieu qui eût fait les bonnes œuvres par sa grâce, mais c’cst le libre arbitre, aidé cl sc servant de la grâce, qui eût été la cause principale de ers bonnes œuvres; le mérites auraient été des mentes du libre arbitre. Mais depuis la chute, Il n’y n plus de prédestination de mérites; c'est par la misé­ ricorde de Dieu que les saints sont élus et obtiennent la grâce, les bonnes œuvres, les mérites, du commence­ ment de la foi â la lumière de gloire. La damnation de tout le genre humain serait possible cl Juste : etiamsi nullus liberaretur, /ustum Dei /udicium juste n· mo reprrhrnderei.... Quod ergo p D’autres enfin, en particulier Suarez, plus timides, veulent concilier la théologie et la philosophie et n’admettent que la grâce accordée aux anges et à Adam innocent; mais, par ailleurs, ils affirment que Dieu, par une volonté efficace, pré­ destine à la gloire avant la prévision des mérites. Saint Augustin a donné la vraie solution qui per­ met d’échapper à ces trois erreurs : les anges ont été prédestinés après lu prévision des mérites qui dépen­ daient de leur volonté libre; maintenant, Dieu pré­ destine, avant la prévision des mérites; ceux-ci dépen­ dent de sa grâce qu’il accorde miséricordieusement à qui il veut, c. xv. 4. Réalité de la prédestination gratuite (c xvi-xxm). — La doctrine de la prédestination gratuite et de la volonté efficace de Dieu pour le salut des hommes est fondée sur l’Écriturc : certains croient parce qu’ils sont prédestinés; saint Pau) écrit: Omnia cooperantur in bonum iis qui secundum propositum sunt vocati. Quos prase toil et prœdestinauit. A Lessius qui cite les textes de saint Paul où celul-cl emploie les mots, prédestinait, élus, alors qu’il écrit à des églises dans lesquelles plusieurs n’ont pas persé­ véré, Jansénius répond que saint Paul parle ainsi par charité et suppose que ceux à qui il écrit seront sauvés; d'ailleurs, dans toutes ccs communautés, il y avait des élus; la grande charité de l'apôtre embrassait tous les iidéh·; enfin souvent l'Écriture prend le tout pour la partie, per synecdochen dictum accipiatur, c χνι. a) Celle doctrine s’appuie sur de nombreux textes augustlniens empruntés surtout aux livres De la correc­ tion et de la grdee. De la prédestination des s tints et Du d m de persévérance; d’une manière générale, la volonté de Dieu est souveraine et absolument efficace avant toute prévision des mérites; il n'y a pas de volonté qui puisse résister â Dieu, car il est plus inaitre de nos volontés que nous-mêmes; il nous fait vouloir ce qu’il veut; il conduit au salut ceux qu'il veut et à ceux-là il donne des grâces telles que rien ne peut les empêcher de parve­ nir à la vie éternelle; cette volonté efficace de Dieu précède tout mérite, car le choix des grâces et des moyens vient de la volonté efficace et préconçue de Dieu, c. xvu. b) Celle doctrine explique la providence mystérieuse de Dieu nu sujet des enfants qui meurent aussitôt après le baptême : Dieu empêche lu mort et les autres causes qui rendraient vain son décret et il leur procure opportunément le baptême : le bâtard est baptisé et reniant légitime ne l’est pas. C’cst l'élection de Dieu toute gratuite Pourquoi Dieu prédestine-t-il l’un plutôt que l’autre? C’cst son secret incompréhen­ sible (pic nous devons adorer avec humilité cl non examiner avec curiosité et présomption. C'est un se­ cret impénétrable. Aussi la croyance contraire esl fausse, car autrement, d n’y aurait pas dr mystère, c, xvni. c) Lu conduite de Dieu à l’égard drs adultes prouve la même doctrine : Dieu traite les uns avec bonté, les autres avec sévérité el Justice; II les choisi! comme Il veut et c’cst par cotte élection que sont procurés la foi, les mérites avec la persévérance cl la mort en état de grâce. Au salut de ceux qu’il a choisis, Dieu fait servir les biens et même les maux, les prospérités et les adversités, les tentations et les chutes même; il les conduit avec s» In et vigilance, soit qu’il les laisse LA PRÉDESTINATION 438 tomber dans le péché, pour les numlllcr, soit qu’il le* relève pour les consoler. La séparation de la masse de perdition précédé tous les effets tempe relu qui en dé­ coulent comme de leur cause. Cette élection, cette séparation sont éternelles et si efficaces que l’élu ne saurait périr. Dieu obtient l’effet de cette élection do multiples manières : il modère les tentations ou défend contre dits, il avance la mort C’est donc la volonté gratuite de Dieu qui conduit scs élus comme il veut; par là. saint Augustin s'oppose aux théologiens modernes qui attachent la prédestination aux mérites et la regardent comme juste, c. xix. d) La conduite de Dieu à l'égard des réprouvés est tout opposée. I’ les laisse dans la masse de perdition et tout concourt à leur perte . aux uns, il accord, la toi et la charité, mais pas la persévérance et iis meurent dans le péché. Leurs bonnes œuvres sont des bonnes œuvres, mais elles leur sont funestes, parce qu’ils méritent un plus grand supplice, quand, par leur vo­ lonté mauvaise, ils abandonnent l’exercice de la vertu pour se précipiter dans le vice. Ce malheur leur ar­ rive infailliblement, parce qu’ils ne reçoivent pas le don de persévérance; ils sont Infailliblement damnés, parce que Dieu l’a ainsi décrété et qu’ils meurent dans le péché. D’autres n’entendent pas prêcher l'Évangile, parce que Dieu n’a pas \uulu leur accorder la fol et le royaume du ciel. Les uns et les autres seront damnés, parce que Dieu ne les a pas séparés de la masse de perdition par une élection miséricordieuse; les correc­ tions elles-mêmes leurs sont inutiles : si ts qui corri­ pitur ad prtrstinalorum numerum perlinet, correptio, salubre medicamentum; si non pertinet, panale tormen­ tum, c. xx. e; La vocation selon le décret divin, vocatio secundum propositum, se confond avec la predestination et l’é­ lection divine et s’étend comme elle et aux enfants et aux adultes. Contre Lessius qui distingue une vo­ lonté conditionnelle antérieure à la prévision de la coopération libre de l’homme et une volonté absolue de béat!lier postérieure à cette provision, Jansénius soutient que la volonté divine de sauver est la cause infaillible de lu coopération de l’homme à la grâce; donc l’élection est absolue et antérieure à toute pré­ vision. L’élection de Dieu suppose le dessein ferme et absolu de sauver les hommes, puis de les arracher â In masse de perdition et enfin de leur conférer la grâce qui donne le mérite et de les conduire ainsi à la gloire, en vertu de la seule prédestination gratuite, sans au­ cune prévision des mérites, puisque ceux-ci sont les effets de la prédestination elle-même, c xxi. Les molinlstes croient que Dieu ne peut prévoir absolument les actes qui dépendent du libre consentement, de notre coopération et, que, par suite, Dieu ne peut pré­ destiner qu’après avoir prévu le consentement et la coopération. Mais c’est une thèse fausse. En réalité, le décret de Dieu précède cette prévision : il esl la cause de l’événement futur qui arrivera nécessaire­ ment, /uturitionis absolut#. Dieu produit efficace­ ment, dans la volonté des hommes, ce qu’il a décrété, c’est-à-dire, l’effet qu’l’ veut produire dans la lihr* volonté, même avant d'avoir prévu le futur, parce que la volonté très efficace de Dieu est la cause de tout ce qui arrivera Dieu fait cc qu’il veut et son decret est la source dr tout ci qui est futur. Il esl ridicule d’exal­ ter, par tant d’ouvrages, la toute-puissance de Dieu, si pour le salut de l'homme, cette prétendue toute-puis­ sance ne veut rl ne peut faire que cc que Dieu a pre­ vu devoir faire. Un homme pourrait en faire autant, car, si un homme, même très faible, jouissait de b prescience divine, il pourrait faire dans les deux et sur la terre tout cc qu’il voudrait et rien n’arrêtenül sa volonté. Vouloir faire quelque chose qu'on voit devoir être, n’est pas vouloir en réalité que celte chose soit; 439 JANSÉNISME, L’AUGUSTINUS, T. III c’est simplement approuver, constater ce qui est fait : tle aliquid velle /acere quod /am luturum oides, non esi telle ut aliquid flat, sed approbare quod /actum est. La thèse de saint Augustin est formelle : Dieu choisit tel oü tel. afin qu'il croie et non point parce qu’il a cru; notre sort est entièrement entre les mains de Dieu et nous ne sommes que ce que Dieu a voulu que nous soyons, c. xxn. // Enfin les plaintes des Marseillais contre saint Augustin permettent de connaître la thèse du grand docteur. L’origine de l’erreur scml-pclngienne est dans ce fait que les Marseillais ne veulent pas comprendre et croire que h prédestination divine précède toute prévision des actes de l’homme. Cette prédestination, disent-ils, serait le destin, le /alum païen, il détruirait le libre arbitre et engendrerait le désespoir et la paresse, rendrait la correction Inutile, supprimerait les conseils, les commandements, la prière, puisque les actes de l’homme dépendraient de la prédestination gratuite, laquelle est posée à priori par la volonté de Dieu, e. xxin. Cependant on trouve dans saint Augustin, spéciale­ ment dans le Ie* livre ά Simplicien,des textes qui sont en opposition avec celte interprétation et qui sem­ blent Indiquer que saint Augustin ne parle que de h prédestination de mérite et non de grâce. Mais, répond Jansénius, ces livres sont antérieurs à la con­ troverse pélaglcnnc et appartiennent à une époque où saint Augustin n’ètalt pas encore maître de sa pensée définitive ; d’ailleurs Augustin ne discute avec les seml-pélagirns que sur la nécessité de la grâce et souvent Il distingue la prédestination et l’élection. Bien qu’il parle de prédestination ù la grâce et â la gloire, 11 suppose chez l’élu une qualité spéciale qui le sépare du réprouvé : nemo eligitur nisi /am distans a b illo qui reficitur; par suite, on est prédestiné avant d’être élu, quoiqu’on fait, le prédestiné soit élu. Quels que soient les textes allégués, Ils ne sauraient détruire la thèse fondamentale de saint Augustin sur la nature de la grâce et la manière dont elle agit ; or, cette thèse conduit nécessairement â la prédestination gratuite : la délectation victorieuse de la grâce fuit faire le bien infailliblement; elle donne la volonté et opère Invinciblement son effet, depuis le commencement de la fol jusqu’à la fin de la vie; elle est le principe né­ cessaire de toutes les bonnes œuvres; donc elle doit être décrétée et ordonnée avant môme qu’on puisse concevoir une bonne œuvre quelconque, car la cause doit être ordonnée avant son effet;bref, il n’y a pas de mérite possible qui précède la prédestination, car tout mérite suppose la grâce» cl la grâce, chez les élus, suppose la predestination. Comme Lcsslus prétendait, d’après un texte de «alnl Augustin, que la prédesti­ nation suit la prévision des mérites, Jansénius, pour lui répondre distingue l’élection selon Γintention et l’élection selon rerccutlon. La première procède, la seconde suit les mérites. Or saint Augustin distingue lection et la prédestination : l’élection suppose la i i llflcatlon et, par conséquent, la connaissance préa! .oie du mérite qui procède de la grâce accordée gra’ dtement. Quand il parle de la prédestination ou élec• n croie, saint Augustin ne fait aucune allusion à la revision do merites et quand 11 parle de prévision ♦ » de prescience, 11 s’agit toujours des effets qui nais* jl de son decret. Ceux qui font dépendre du consen• n ni mes? b) Comment Jésus-Christ peut-il être le Ré­ dempteur de tous? c) Comment Dieu a-t-il pu pro LA RÉPROBATION 444 mettre la vie étemelle A ceux qui observeraient scs commandements? Saint Augustin connaissait ces difficultés, car elles sont empruntées aux scmi-pêlngicns ct cependant il a toujours défendu la même doctrine: c’est donc qu’il ne les regardait pas comme décisives. Pour la première ct la seconde difficulté, Jansénius rappelle les solutions qu’il n données au I. 111 : pro generibus singulorum d pro singulis generum. La troisième objection es· tirée de l’imagination des hommes qui croient que Dieu récompense A la manière des hommes, tandis qu’en fait, c’est Dieu qui, par sa grâce, nous donne la force cl les moyens de mériter. La persévérance ne dépend pas de nous; Dieu décrète A la foiset la fin et les moyens. Lorsqu’il veut sa gloire, il veut en même temps que l’exécution soit obtenue par les bonnes œuvres et, par suite, il veut accorder aux prédestinés les moyens nécessaires; mais les prédesti­ nés, avec les grâces A eux accordées, doivent faire le* bonnes œuvres; ils doivent travailler de leur côté ct demander incessamment que Dieu accomplisse en eux ce qu’il désire, rogatur ut det quod jubet. Dieu donne ce qu’il commande; l’exécution de la promesse dépend de Dieu, tout comme l’objet de cette promesse : Deus jacit ut jaciamus, c. vi. Mais alors, objecte Lessius à la suite des Marseil­ lais, Dieu dresse des embûches, tend des pièges aux réprouvés pour les faire succomber; pour réaliser ses décrets, il doit empêcher ceux qu’il n’a pas choisis, d’arriver au salut; il doit faire en sorte qu’ils meurent dans le péché et ainsi il est l’occasion de leur perte. C’est IA une objection des scml-pélagicns contre saint Augustin; elle est fondée sur cette erreur que l’homme par ses propres forces, peut s’introduire au nombre des élus ou persévérer dans la justice; or, Dieu seul peut l’arracher A la masse de perdition ct donner la grâce nécessaire pour persévérer; personne, sans sa volonté formelle et positive, ne peut entrer et demeu­ rer au nombre des élus, c. vu. Le même Lessius objecte encore que celte doctrine engendre la lâcheté chez les élus, le désespoir chez les réprouvés, la paresse chez tous. En effet, on peut dire : ou Je suis prédestiné ou je ne Je suis pas. Si Je suis prédestiné, Je n’ai rien A faire, mon salut est assuré, quoi que je fasse; sl je ne suis pas prédestiné, quand même Je ferais le bien. Je serai damné; donc je n’ai rien A faire. Raisonnement faux, répond Jansénius : nous ne devons pas mettre notre confiance en nousmêmes, mais dans les promesses de Dieu : miror ho­ mines se malle confidere infirmitati sure quam firmitati promissionis Det. Cette objection, mise en avant par les semi-pélagk ns, pourrait être faite aussi bien A pro­ pos de la prescience divine dont tout le monde con­ vient : Dieu qui ne peut sc tromper sait que Je serai sauvé ou non; dès lors, quoi que je fasse, il est néces­ saire que ce qu’il sait arrive. Raisonnement Illogique, car Dieu qui connaît ceux qui seront sauvés, connaît aussi les moyens par lesquels ils seront sauvés. Ceux qu’il prédestine A la gloire, il les prédestine aussi aux moyens d’obtenir la gloire, c’est-A-dirc aux mérites ct aux bonnes œuvres par le secours de la grâce. Ni la prescience, ni la prédestination n’excluent la coopérât Ion de la volonté humaine ;cllcs supposent cctt e coopération : il faut avoir soin de son salut, le deman­ der continuellement A Dieu de qui tout dépend, avec l’assurance que la prédestination ne peut se réaliser que pnr cc moyen, tout comme la prescience ne se réalise que par les événements prévus. Mais dira-t-on, si je ne suis pas élu, c’est en vain que je sers Dieu. Rai­ sonnement absurde, car servir Dieu est un bien ct pour servir Dieu, il faut l’aimer pour lui-même, quoi qu’il arrive et cela suppose d JA qu’on est élu.* Il faut faire le bien et se cou lier eu la misericorde 445 JANSÉNISME, L’A UGUST IN US, T. 111. LA RÉPROBATION sa chute pour qu’il puisse montrer sa justice el sa miséricorde d’une manière sensible; ainsi les prédestines savent ce qu’il* avaient mérité cl ce qu’ils doivent à la bonté de Dieu; ainsi Dieu rappelle la misère de l’homme par les sup­ plices qu’il inflige aux réprouvés. Dieu aurait pu employer d’autres moyens; Il aurait pu communiquer les connaissances nécessaires pnr une lumière infuse répandue dans les esprits ct ainsi il n'aurult pas eu besoin de créer celte multitude de misérables qui ne servent qu’à rendre la sagesse aux autres, mais il n’a pas agi ainsi pour des raisons à nous inconnues. Il a voulu s’accommoder à la faiblesse de notre nature accablée d’imperfections, d’ignorances ct de passions. L’intelligence qui a pour objet tout ce qui est intelligible est comme embourbée dans la matière ct présentement elle ne connaît quelque chose que par de faibles images empruntées aux sens; elle conçoit avec peine; se* raisonnements sont lents et rien ne nous touche que le sensible. Dans cet état de 447 JANSÉNISME, L’A UGUSTIN US, T. III. COiNCLUSION corruption. Il eût été malaisé de faire comprendre à Phonime ta Justice de Dieu dans les uns et sa miséri­ corde dans les autres pour leur Inspirer la crainte ou la confiance, si Dieu ne leur eût mis, devant les yeux, des exemples sensibles pour leur représenter sans cesse 1rs effets de sa justice et de sa miséricorde. Cependant on ne peut pas dire qu'il y a, dans l'œu­ vre de Dieu, des créatures qui ont besoin du mal d'au­ trui pour devenir sages, car Dieu n’est pas l’auteur de In malice des méchants; mais prévoyant qu’il y au­ rait des méchants, il les a créés et a fait profiter de leur malice ceux qui ne peuvent s'avancer dans le bien que par l’exemple des méchants. La vie des ré­ prouvés sert de miroir aux justes qui peuvent y consi­ dérer les voles de Dieu et y reconnaître ses bienfaits, c. xvu. Les plaintes de ceux qui protestent contre la sévérité de Dieu A l'égard des réprouvés sont absolument in­ justifiées; ils veulent examiner les jugements de Dieu par leur petite raison humaine et les blâmer, quand ils ne les croient pas justes 1b devraient bien plutôt s'é­ tonner de la conduite de Dieu qui a condamné A l’en­ fer étemel tous les anges prévaricateurs au moment même où Ils ont péché, qui condamne aujourd'hui les enfants qui meurent sans baptême. Qu'ils cessent donc de sc plaindre, quand on dit qu'il y a des hommes que Dieu ne veut pas sauver, qu'il ne veut pas déli­ vrer de la masse de perdition, qu'il ne veut pas laisser baptiser, malgré la diligence et les soins des parents; qu'ih cessent de critiquer Dieu qui permet que beau­ coup vivent dans le monde sans recevoir le secours de sa grâce et se précipitent dans l’enfer par leurs pé­ chés, puisque, sans la moindre injustice, il a pu tout d'abord les destiner à la damnation A cause du péché originel qui les arendus dignes de cet te punition, c. xvni. Jansénius termine 1' Augustinus par un épilogue final où il indique de nouveau la méthode qu'il a suivie : il n’a rien dit de lui-même, il a tiré toute sa doctrine de saint Augustin dont il n exposé les théories aussi objecti vernent que possible sur la grâce, l'état d’innocence et la chute du premier homme, les châtiments infligés â sa postérité, les forces et les faiblesses du libre arbi­ tre, la nature pure, la libération de la nature déchue, la grâce médicinale de Jésus-Christ, la différence de la première et de la seconde grâce, l’accord de l’une et de l’autre avec la liberté, la prédestination et la réprobatlon des anges et des hommes, beaucoup de ces choses, dit-il, paraîtront nouvelles et peut-être éton­ nantes à ceux pour qui les choses anciennes, parce qu’elle leur sont inconnues, paraissent nouvelles. Pour ce tr ivailde restauration, il n'a épargné ni les prières, ni les labeurs opiniâtres pendant de nombreuses an­ nées. afin de découvrir la vraie pensée du grand doc­ teur. Chemin faisant, il a rencontré beaucoup de mo­ dernes qui ont mal inter])rété la doctrine de saint Au­ gustin et ont parfois pris les objections de ses adver­ saires, pour les solutions du docteur. Au reste, il n'a pas l'arrogance de prétendre qu'il ne sc soit jamais trompé. · Je suis homme, donc exposé nu péril des chutes humaines ·. Homo ium, humanorum lapsuum obmrius. S’il s'est trompe, cc n'est qu'en expliquant les sentiments de saint Augustin, car son but n'a point été de dire ce qui es* vrai ou faux, mais cc que saint Augustin a pensé, il se soumet entièrement au Juge­ ment du siège apostolique et à i’Î glisc romaine, sa mère, pour condamner et onathémaliscr avec elle cc qu'elle estimerait condamnable et digne d’anathème ; Il a été élevé au sein de cette Église, a été initié à la foi avec le lait de sa mère, a grandi, a vieilli et ne s'est (auiah séparé d’elle par l'esprit, les faits ou les paroles el II veut vivre et mourir, attaché à son jugement. ΑΛΛΙΛΟ/Cf A L' AÜ0U3T1NU3 — Sou­ vent, au cours de son ouvrage, Jansénius a montre 448 l'écart, l'opposition même, qui existe entre la doc­ trine de saint Augustin et celle des nouveaux théo­ logiens et, au tome I, il a maintes fols, signalé la ressemblance frappante des thèses molinlstes avec ccllel I des semi-pelngtens. Pour mieux mettre en relief cet accord foncier, Jansénius termine YAuguJinus par un parallèle entre les erreurs des Marseillais et tes doctrines Je quelques théologiens modernes. Ces théolo­ giens sont Molina, Suarez, Vasque? et surtout Ltssius. Dans cet écrit, Jansénius signale 80 points ou notes divisées en 5 chapitres : 1 · lu prédestination (18 notes); 2· la grâce efficace (notes 19 29), 3· accord et diffé­ rence au sujet de la grâce admise par les uns cl les autres (notes 30-65); 4· opinion commune et propre à chacun au sujet de la prédestination (noter 66-73); 5* comment iis sont tombés par degré dans l’erreur (notes 74-80). Jansénius conclut qu'il n'y a pas de différence es­ sentielle entre la doctrine des molinistes et celle des Marseillais, en particulier au sujet de l’universalité de la grâce suffisante, de l’identité intrinsèque de la grâce suffisante et de la grâce efficace, de la prédestination postérieure A la prévision des mérites. Cette ressem­ blance va plus loin : les uns et les autres, pour asseoir leurs thèses, s'appuient sur les mêmes textes scrip­ turaires et patristiques et ils font à la doctrine catho­ lique de saint Augustin les mêmes objections. Analyse de quelques parties de Γ August inus. Biblio­ thèque nationale. Ms. fr. 17 760: Analyse des deux premières parlies de TAU (JUSTIN US; ms. fr. /J S 00: Jugement du Here de Corn. Jansénius,évêque d1 Yprès. Intitulé Augustinus, par un docteur de Sorbonne, 1GG6; ms. fr. 17 721: Abrégé de la doctrine contenue dans le troisième tonie de M.Uéviqued* Yprès. Abbé*** (Du Vau), Analyse de T Augustinus de Jansénius où Ton expose toutes ses erreurs sur les divers états de la nature pure, de la nature innocente, de la nature tombée ci de la nature réparée. On g Joint les erreurs de cet auteur sar ΓÉglise, la tradition, les Pères et les théologiens scolastiques, ln-4·, (s. I.), 1721. lu» Bibliothèque nationale possède un exemplaire avec de nombreuses lettres et notes prélimi­ naires, Réserve D., 3 0 051 bis. III. LES PREMIÈRES LUTTES JANSÉNISTES JUSQU'A LA PAIX DE CLÉMENT IX (1669). La publication de V Augustinus ne devait pas tarder à soulever des luttes; celles-ci furent alimentées encore par l’apparition de la Fréquente communion, ύΆτηηιήά. Après s être dispersée pendant quelque temps, In bataille ne tarda pas A se concentrer autour des cinq propositions. — 1. Autour de V Augustinus et de lu Fréquente communion (col. 450).— IL Histoire des cinq propositions Jusqu’A leur condamnation (col 474). — 111. Les cinq propositions sont-elles dans I Angus· tinus (col. 476)7 — IV. Autres erreurs ou exagérations contenues dans 1’Augustinus (col. 496). — V. De la condamnation des cinq propositions A la Paix Clé­ mentine, 1653-1669 (col. 500). On trouvera A la suite de chacune de ces divisions la bibliographie qui s’y rapporte. Biblioghafhtf. oênArals. — Il est Impossible de signa· 1er tous les travaux tliéologlques et historiques qui ont été composés sur le Jansénisme; on ne trouvera ici que les écrits les plus carnctérUliqucs. 1· Théologie.—(Fr. De Ville), Préjugés légitimes contre le jansénisme avec une histoire abrégée de celte erreur, depuis le commencement des troubles que Jansénius et M.Arnauld ont causé* dans te monde jusqu’à leur pacification, ln-12, Cologne, 1686; Arnould,PhanîSme du jansénisme,ou justification des prétendus fansén par le livre même, minuté: Les préjugés légitimes contre le jansénisme, publiée par Pelltpird, in-8·, s L, 1711; Jean Leporcq, de l’OratoIre, Les sentiments de S. Augustin sur la grâce opposés à ceux de Jansénius, ln-4·, on. 1700; Pierre de Sain* Dc/enit» S. Augustini Ipponrnsls advenus Augmtlnum Iprenscm quoad auxtlium fjrathr et hominis Ubertatem, in-1·, Paris 1613 ; P. Tranquille de Bayeux. capucin. Ih/cnse de h I trine de S. Augustin touchant la grâce c/peuce pur ellc-in, me. 449 JANSÉNISME, LES PREMIÈRES LUTTES JANSÉNISTES par l'auteur de l'instruction théologique sur Ira promette·· ln-12, Utrecht, 1734; (Bourzél*), Saint Augustin victorieux de Calvin cl de Molina ou Réfutation du livre (ntllulè : Le secret de\ jansénistes, etc., où Von /ait voir, d'une part, la vraie différence entre la doctrine de S. Augustin, la voix et forgane de i'Église, sur la matière de la grâce et les erreurs de Luther et de Calvin, et Ton démontre, de Vautre, la mauvaise fol de ceux qui sc servent des calomnies des hérétiques et de ΓIgnorance de quelques controverslstes particuliers pour attri­ buer à ΓÉglise catholique les erreurs des semi-pêlugtcns renou­ velées par Molina, jésuite, ln-4·. Pari», 1652; Barcos, Ins­ truction sur la doctrine de la grâce, ln-12, Bruxelles, 1719» ou Exposition de la doclrini de S, Augustin et de S. Thomas sur la grâce efficace, ln-12, Verdun, 1722 ; Pierre de lu* Broue, Défense de la grâce efficace par elle-même, ln-12, Pari», 172! ; Keeuetl de divers ouvrages touchant la grâce, ln-4·, Pari», 1645; du Hamel, Catéchisme de la grâce par demandes et réponses, ln-12. Pari», 1650; Jacques Bobbe, Tractatus de gratta, 2 lu-8·, Pari», 178Ü (cl. t. u, p. 96-476,Dissertatio theologica de jansentsmo) ; Loui» Thomassin, Mémoires sur la grâce où Von représente les sentiments de S. Augustin et des autres Pères, de S. Thomas et de tous les théologiens jusqu'au concile de Trente, et, depuis ce concile, des plus célébrés docteurs des universités d'Italie, de France, etc., 3 ln-12, Paris, 1681 ; Lavigerie, Exposé des doctrines générales du jansénisme, ln-12, l*nris, 1860; J. Pnquler, Le jansénisme, élude doctrinale d'après les sources, ln-12, Paris, 1909. 2· Histoire. — Bapln, S. J., Histoire du jansénisme depuis son origine jusqu'en 1644, revue et publiée pur Domcnech, in-8·, Pari», 1861 ;le même, Mémolressur ΓÉglise,la société, la cour, la ville et le jansénisme (1613-1669), publiés pour la première toi» d'après le ms. autographe par Léon Aublncau, 3in-3*,Paris et Lyon, 1865; (D.Gabriel Gcrberon), Histoire générale du jansénisme contenant cequi s'est passéen France, en Espagne,en Italie,dans les Pays-Bas,etc.,ausujetdu livre Intitulé : Augustinus Cornelii Jansenil, par M. l'abbé ···, 3 ln-8·, Amsterdam, 1700, 5 ln-12, 1701 ; Du Chcsne, S. J., Histoire du ba(anIsme, in-4·, Douai, 1731; Melchior l^eydeckcr.De historia fansenUmi libri sex quibus de Cornelii Janscnil vita et morte, nec non de ipsius et stquucium dogmatibus d(sserltur,\n-S·,Utrecht, 1605 ; Germain (Tnsqu 1er Quesncl), Défense de Γ Église romaine et des souverains pontifes contre M.Le ydecker,théologien d*Utrecht; avecunécrltde ht. Arnauld et un recueil de plusieurs autres écrits pour Γhistoire et la paix de VÊglise sur les questions du temps, qui peut servir de quatrième tome à la tradition de l'Églisc romaine sur la grâce, ln-12, Liège, 1697; G. Ilcnunnt, Mémoires sur rhistoite ecclésiastique du XFJZ· siècle ( 1630-1663), édit. Gazier, 6 ln-8*· Paris, 1905-1910; Louis Gorin de Saint-Amour, Journal de ce qui s'est passé d Rome dans Γaffaire des cinq propositions, in-fol., Hollande, 1662; Jean Bacinr, Abrégé de Vhistoire du Port-Royal, édit. Gazier, Paris 1908; AntoineAmnuld, Œuvres de messire Ant. Arnauld,docteur de Sorbonne, 43 ln-4·, Paris et Lausanne, 1775-1783 (cl. L xvi-xxiv, xxvn-xxjx); Recueil historique des bulles et constitutions, brefs, décrets et autres actes concernant les erreurs de ces deux derniers siècles, tant dans les matières de la fol que dans celles des moeurs, depuis le concile de Trente fusqu'â notre temps, ln-8·, Mon», 1699, Boucn, 1701; Lettre d'un docteur de Sorbonne d un homme de qualité touchant les hérésies du XVI!· siècle, in-12, Paris, 1708; Six lettres d'un docteur de Sorbonne d un homme de qualité touchant les hérésies du XVh· siècle, 3 ln-12, Paris, 1711, 1715; Exposition historique de toutes les hérésies et les erreurs que ΓÉglise a condamnées sur tes matières de la grâce et du libre arbitre, ln-12, Paris, 1714; Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, ln-4·, Paris, 1768 (cl. t. i, p. 194-380); Sainte-Beuve, Port-Royal, 5 in-8·, Paris, 1840-1859; 3· édit., 7 ln-8·, Paris, 1908; Abbé Furet, Les jansénistes du XV//* siècle: leur histoire et leur dernier historien M, Sainte-Beuve, lu-8·, Pari», 1876; Ricard, Les premiers jansénistes et Port-Royal, ln-8·. Pari», 1883; Prune!, Sébastien Zanut, évêque de Langres, pair de France ( 1686-1666); sa vie et ses oeuvre*. Les origines du jansénisme, ln-8·. Pari», 1912; J. lui ferrière. Étude sur Jean Duverglcr de Hauranne, abbé de SainlCyran (1681-1643), ln-8·, Bruxelles et Paris,1912; Albert de Meyer, Les premières controverses jansénistes en France (1640-1649), in-8·, Louvain, 1917; IL Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, t. iv; La conquête mystique, ln-8·, Paris, 1920; Claude Cochin, Henry Arnauld, évêque d'Angers (1697-1639), ln-8·, Paris, 1922; DÎCT. DB TllâOL. CATUOL. 450 Auguste Gazier, Histoire générale du mouvement fat* sénlste depuis tes origines jusqu'à nos fours, 2 vol. ln-8·, Paris, 1922 (Cl. L J, 1-187). L Premi ftiu.* discussions autour db iSauovstiNÜB ET DELA yRÈQÜXUTK COMITU/T/O J (1646-1 648).— 1° Autour de ΓAugustinus. — 1. Dam les Pays-Bas. — Les jésuites de Louvain, malgré tous tam cflorts, ne purent empêcher l’impression del’Augustinus, mais ih l’attaquèrent vivement dans les six thèses qui furent soutenues dans leur collège le 22 mars 1641. Ces thèses sont particulièrement Importantes, car elles marquent la méthode prise et conservée par les mch­ oisies durant le xmi· et le xvin* siècles. Ainsi on peut voir, dés 1641, en oppostion radicale, la doctrine de Jansénius et celle des théologiens molinislei : ces derniers accusent le Jansénisme de rééditer le calvi­ nisme et Ils le combattent en s'appuyant sur le concile de Trente et la condamnation de B ai us; Ils exposent leurs propres principes dans des formules brèves qui sont en contradiction absolue avec les propositions de Jansénius. Dès ce moment, apparaissent Vanta­ gonisme complet entre les doctrines et la divergence des points de vue; on aperçoit déjà les germes des controverses futures. Les thèses des jésuites Indiquent d'abord en quoi les pélaglcns et les scmi-pélagiens ont été hérétiques et montrent que Jansénius leur a attribué des erreurs imaginaires. Un second chapitre oppose aux thèses de Γ Auqustinus celles des molinistes et de l'Écoh. Contre Jansénius et scs disciples, d’accord, disent IK, avec salut Augustin lui-même et lu tradition, les jésuites s’appliquent â prouver les propositions suivant es: 1. La nature pure n’a pas existé, mais elle est possible. 2. Le pêché originel ne se transmet pas nécessairement par la concupiscence; Il se transmet plutôt par la volonté positive de Dieu. 3. Les enfants morts sans baptême ne jouissent pas de la vision, niais ne sont pas punis de la peine des sens. 4. Dieu veut, d’une volonté absolue, sauver tous les hommes et il accorde à tous les grâces suffisantes. 5. Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, en ce sens qu’il r voulu que sa mort fut réel­ lement utile à tous. 6. Jésus a prié pour le salut de tous sans exception. 7. Il y n des grâces vraiment et proprement suffisantes. 8. Ce* grâces suffisantes sont gratuites ; elles permettent d’arriver â la fol et au salut, mais les hommes peuvent les rejeter. 9. Celte théorie de la coopération active de l'homme à la grâce n’csl point pélagicnnc. 10. Pour qu'une action soit libre, Il faut que la volonté puisse la faire ou ne pas la faire, alors que toutes les conditions requises pour agir sont présentes. 11. Il n’y a pas de commandement impossible. 12. Dieu serait un tyran, s’il rendait l’homme responsable de la violation de préceptes qu’il lui serait Impossible d'accomplir. 13. L’ignorance invincible peut, dans certains cas, excuser entière­ ment. 14. Sans la grâce, l'homme peut faire quelques actions bonnes moralement; la charité n'est pas abso­ lument requise pour qu’une action soit méritoire du ciel, car l'espérance et même parfois la crainte peuvent suffire. 15. Toutes les actions des Infidèles ne sont pas des péchés et tous les actes des philosophes ne sont pas des vices ; les uns et les autres peuvent faire de* actions bonnes moralement, mais non méritoires du ciel. 16. 11 y a, d’après le concile de Trente, une crainte de l’enfer qui peut être efficace. 17. L’amour de Dieu, considéré en tant que bon pour nous, moins parfait que la charité, est cependant licite et peut, comme la crainte de l'enfer, constituer un motif légitime de contrition imparfaite ou attrition. 18. L'attrltion suffit, avec la reception du sacrement de pénitence, pour la rémission des péchés. Les deux chapitres suivants détaillent ce* principes et répondent aux objections de Jansénius interprétant VIII. — 15 451 JANSÉNISME, PREMIÈRES LUTTES, BULLE ΛΥ ΕΜ1ΛΈΝΤ1 le concile de Trente et la condamnation de Baius. Le ch ipltre cinquième compare les opinions de Jonsénius à celles des protestants, telles qu’elles venaient d’être récemment exposées au synode de Dordrecht. En fin le dernier chapitre relève les impostures (.’) cl con­ tradictions de l’évêque d’Ypres qui suspecte d’hérésie tous les Pères antérieurs à saint Augustin et qui exagêrc, pour l’opposer à la tradition catholique, l’auto­ rité de saint Augustin : le docteur de la grâce, même sur la question de la grâce, n’est point infaillible. Beaucoup d’hérétiques, en particulier, les protestants el Baius, ont abusé de l’autorité de ce Père. Quelques docteurs de Louvain répondirent aussitôt à cette attaque sous le nom de Jacques Zcgcrs, l’imprimeur de V Augustinus, Querimonia Jacobi Zcgcrs. Les polémiques continuent des deux côtés et le P. Vivier se fait surtout remarquer; puis les deux exécuteurs testamentaires de Jansénius : Fromont et Calénus entreprennent de justifier leur maître : ils veulent montrer que Jansénius ne fait que reproduire les thèses de saint Augustin, particulièrement en ce qui concerne la volonté de Jésus-Christ touchant le salut des hommes; ils provoquent leurs adversaires à une discussion publique, tandis que Jean Sinnich, docteur de Ια faculté de Louvain, soutient que saint Augustin et ses deux disciples saint Prosper et saint Fulgcnce ont toujours enseigné, contre les ennemis de la grâce, que Dieu n’a pas voulu, d’une volonté proprement dite, sauver indistinctement tous les hommes. Les écrits anonymes et les pamphlets se mul­ tiplient. A Louvain, deux partis se forment. Le chancelier Libert Fromont, publie l’Analomia hominis qu’il dédie au cardinal Barbcrini; il y réédite les thèses prin­ cipales de Jansénius. On imprime, en latin et en fran­ çais, le Pèlerin de Jéricho, Peregrinus Hlerichuntus, hoc est, de natura humana / elicite r instituta, inl elle iter lapsa, miserabiliter vulnerata, misericorditer restau­ rata. Cet écrit dédié au pape Urbain VIH, composé en 1625, par Florent Conclus, religieux de l’observance de Saint-François et archevêque de Tuam, mort en 1621, n’avait pas encore été publié. (Ce même auteur très estimé et un peu Jalousé par Jansénius avait déjà publié le Tractatus de statu parvulorum sine baptismo decedentium qui se trouve ù ia fin de V Augustinus dans les Mitions de Paris et de Rouen.) Entre temps, l’ouvrage de Jansénius avait paru en France et avait été Imprimé à Paris avec l’approba­ tion de plusieurs docteurs de Sorbonne, amis de SalntCyran; mais on agissait discrètement pour ne pas pro­ voquer la colère de Richelieu et aggraver la situation de Salnt-Cyran alors emprisonné; d’ailleurs le nonce Grimaldi avait reçu de Rome l’ordre d'arrêter toute polémique. Mais les dlscusrions devinrent très vives dès le lendemain de la mort de Richelieu (4 décem­ bre 1642), Lundis que l’intcmoncc de Bruxelles, Paul Richard Stravius, cl le nonce de Cologne, Fablo Chigi, le futur Alexandre \ H, annonçaient les graves troubles suscités par la question de la grâce. 2. A Rome — Un décret de l'inquisition du 1« août 1641 défendit la lecture de I’Augustinus et supprima en même temps les thèses des Jésuites; mais l’université de Louvain hésita à recevoir ce décret : elle voulait avoir l’assentiment de l’archevêque de Malines et du conseil de Brabant. Par un bref du 11 Janvier 1612, Urbain VIII reproche à l’université de Louvain sa désobéissance et lui (ait grief d’avoir demandé à des magistral* de s’opposer à la publication du décret du Saint-Ofilce. Pendant ce temps, le neveu de l’évêque d’Ypres, Jean Jansénius, faisait une longue requête au roi (février 1642) pour le prier de suspendre le décret du Samt-Ofüce, en attendant plus ample Instruction sur la ■452 doctrine de son oncle; à cette requête étalent jointes les approbations accordées à I’Augustinus par les doc­ teurs de Louvain cl de Paris, par le clergé de Hollande et divers ordres religieux. Gerbcron, Histoire du jan­ sénisme, 1.1, p. 38-45. L’université reçut le bref du pape au mois de man; elle répondit aussitôt qu’elle n’avait point fait appel aux magistrats, mais la faculté «le droit refusa de signer cette réponse qu’elle regardait comme menson­ gère. Cependant, à Rome, le pape faisait examiner le livre de Jansénius par la S. C. de l’inquisition; après le rapport des consult eur, il ordonna à Albizzi, asses­ seur de celte congrégation, de dresser une bulle de condamnation. Gcrberon, up. cil, t. j, p. 75, prétend que le pape ordonna seulement à Albizzi de préparer une bulle pour renouveler la condamnation faite par Pic V et Grégoire NUI, sans nommer aucun auteur, afin simplement d’arrêter les discussions; or le sieur Alblzzi, infidèle à cet ordre, aurait nommé Jansénius et aurait déchiré, à l'insu du pape, en termes exprès, que VAugustinus renferme et soutient, nu grand scan­ dale des catholiques et au mépris de l’autorité du SaintSiège, plusieurs propositions condamnées par scs pré­ décesseurs; le pape aurait signé la bulle sans la lire. La bulle était datée du 6 mars 1642 ou plutôt du 6 mars 1641, cat, dans le style de la cour romaine, l’année ne commençait que le 25 mars et, par suite, le 6 mars était un des derniers Jours de l’année 1641. Cependant la bulle n’avait pas encore été publiée. C’est l’opposition des docteurs de Louvain qui pro­ voqua la promulgation de la bulle In eminenti le 19 janvier 1643. Elle fut imprimée h Cologne avec la date du 6 mars 1642, tandis qu’à Anvers, elle por­ tait la date du 6 mars 1641. Texte d «ns Duplessis d’Argcntré. Collectio judiciorum, t. m b, p. 214. La bulle In eminenti rappelle les bulles de Pic V et de Grégoire XIII, puis les décisions de Paul V qui, en 1611, avait défendu de publier des écrits sur la grâce sans l’autorisation expresse de l’inquisition; cette décision avait été renouvelée par Urbain VIII luimême, le 12 mai 1625. Pour cette raison, la bulle con­ damnait 1’Augustinus et, en même temps, les thèses des Jésuites. De plus, une lecture rapide de l’Augustinus a permis de constater que ce livre renferme des propositions déjà condamnées par les bulles de Pie V et de Grégoire XIII contre Baius; c’esl pourquoi la bulle approuve en tout et pour toujours,par la présente constitution qui aura force à perpétuité, la teneur desdites constitutions des papes Pic, Grégoire et Paul; elle défend « sous toutes les peines et censures con­ tenues dans la Constitution de Pic (dont personne que le souverain pontife ne pourra absoudre sinon à i’.trliclc de la mort) .. de parler, écrire, disputer touchant les articles condamnés et contenus dans ledit livre ιΓAu­ gustinus), ni touchant les autres articles, opinions, sentiments, libelles, discours, écrits, lettres, thèses, marqués ci-dessous cl de garder ou lire I* Augustinus et les autres ouvrages susdits. » On cite nommément la Brevis Analomia hominis de Libert Fromont et le Con­ ventus A/ricanus. Aussitôt les amis de Jansénius poussent des clameurs contre la bulle; ils en nient l'authenticité et Arnauld publie alors scs premiers écrits en faveur du jansénisme. Ce sont Ici· deux Observations contre ta bulle prétendue. (Pour tous cc> ouvrage s on trouvera les litres c >mplcts el les références exactes à la Bibliographie, col. 470.) Pour le jeune écrivain, la bulle est remplie d’erreurs, elle porte des dates différentes ; elle est sup­ posée ou du moins falsifiée; elle est certainement l’œuvre d’un faussaire, probablement des jésuites, bien que les thèses des jésuites soient, elles aussi* condamnées;clic a été composée par François Abuzzi 453 JANSENISME, PBEMIÈItES LUTTES, BULLE IN EMINENTI contre In volonté formelle du pape qui ne voulait que confirmer les bulles de Ple V et de Grégoire ΧΠI; elle est subrcpllcc, obrcplice, altérée, corrompue par la malice des jésuites; «lie n'avait pas été affichée à Rome; elle n’avalt pas été précédée d'un examen; d’ailleurs elle ne juge pas la doctrine du livre luimême, puisqu'elle ne condamne V Augustinus que parce que la pul lient ion de ce livre viole les défenses de Ple V et de Grégoire XIII. Dan· un autre écrit : Difficultés sur la bulle (janvier 1614), le même Arnauld s’applique à montrer que · par les contradictions, les défauts et les nullités dont elle fourmille, la bulle est subreptice; c'est une pièce informe cl un projet de bulle. » Les évêques de Flandre, les universités de Douai et de Louvain se divisèrent au sujet de l'acceptation de la bulle. La faculté de théologie de Louvain décida d’envoyer à Rome deux docteurs avec des lettres pour demander des explications et obtenir la révocation ou au moins la réformallon de la bulle. Les deux dépu­ té.· : Jean Sinnich (1593-1066) et Corneille de Paepe (1609-1644) partirent de Louvain le 22 septembre 1643 et s’arrêtèrent à Paris chez les Pères de l’Oratoire. Mais déjà le pape, mécontent de l’opposition sou­ levée contre la bulle, avait envoyé (24 octobre 1643) une plainte à l'archevêque de Malines : · Nous avons appris, dit-il, avec beaucoup de chagrin, comme il convient, que notre zèle et sollicitude pastorale n’a pas eu l’effet que nous avions espéré, car on oppose, avec non moins de légèreté que d’impudence, certaines choses pour lairc croire que cette bulle n’est pa< véri­ table... Ainsi nous désirons que vous fassiez paraître les effets de votre vigilance, à la vue d’une ol situa­ tion si manifeste... C’est pourquoi nous vous deman­ dons notamment que vous réprimiez leur arrogance intolérable et que vous les contraigniez par toutes sortes de moyens d’obéir à ce qu’a ordonné le SaintSiège.. » Les brefs adressés aux évêques de Gand, Anvers et Cambrai et à l’université de Louvain exprimaient le· mêmes plaintes et les mêmes désirs. Les deux députés arrivèrent à Rome le 24 octobre et Ils commencèrent aussitôt leurs démarches dont on trouve? le récit détaillé dans Gerberon, Histoire du jansénisme, t. i, p. 80-105, 116-140, 164 167, 202283; mais ce récit accepte par Arnauld et les jansé­ nistes, doit être soigneusement contrôlé. Afin de clore le débat, Urbain VIII ordonna d’extraire des archives de la S. C. du Saint-Office le texte authentique de la bulle, certifié tel par les notaires et de le remettre aux deux députés après un examen juridique fuit en sa présence (2G juin 1644); le secrétaire du Saint-Office écrivit russi à l’internonce de Bruxelles pour le mettre en garde contre les discours fantaisistes qui pourraient le surprendre : « le pape a fait entendre qu'il voulait être obéi... Je lui ai déclaré (à Sinnich) que la bu le était véritable et qu’il fallait s’en tenir à la copie de Rome... J’ai bien voulu vous instruire de tout cela, afin que d ledit Sinnich, pour entretenir les contestations et appuyer la désobéis­ sance des réfractaires qui s’obstinent à ne pas recevoir la constitution, écrivait autrement à l’université de Louvain ou à d'autres personnes et qu’il leur fit espérer que la bulle doit être révoquée ou mitigée, vous ayez soin de leur apprendre la vérité et d’assurer le· univeisités des Pays-Bas et les prélats que jamais le pape n'a eu la moindre pensée de changer quoi que ce soit de In bulle, mais qu'il donnera tout le soin possible pour la faire garder exactement. · Urbain VIII mourut sut ses entrefaites (29 juil­ let 1614), longtemps avant que la bulle fût publiée aux Pays-Bas, car, suivant les expressions de Phi­ lippe IV dans son édit du 28 février 1651, plusieurs 454 théologiens de l’université de Louvain s'y opposaient, sous divers prétextes, demandant du temps pour proposer leurs raisons. Mais le nouveau pape, Innocent X, dès le 2 mars 1645, envoyait quatorze brefs au gouverneur des Pays-Bas, le marquis de Castel Rodrigo, et à tous les évêques pour faire exécuter la bulle de son prédé­ cesseur et « afin de détruire les maximes insensées de ces opiniâtres qui ne sont que trop pernicieuses aux royaumes. » 3. En France. — Le livre de Jansénius souleva en France d'aussi vives polémiques. Isaac Habert, doc­ teur de Sorbonne et théologal de l'église de Paris, plus tard évêque deVabres, dans trois sermons, prononces le premier et le dernier dimanches de l'Avenl 1612 cl le dimanche de la Septuagésime de l'annfe 1643,attaqua les doctrines de l’évêque d’Ypres: Il accuse Jansénius d’exalter saint Augustin au détriment des autres Père· et d’enseigner positivement quelques erreurs, par exem­ ple, la nécessité de la contrition parfaite pour recevoir validement le sacrement de pénitence, la réduction de toutes les vertus à la charité, la négation de l'univer sallté de la rédemption et de l’existence de la grâce suffisante: enfin il signale la coterie qui prêche ’’éloi­ gnement de la communion. Aussitôt Salnt-Cyran que la mort de Richelieu venclt de délivrer de prison écrit sa fameuse lettre Tempus tacendi et terr pus luquenU (l,f février 1643) et engage Arnauld à répondre. Les prédicateurs favorables à Jansénius, de leur côté, ripostent et, du haut de la chaire, défendent les thèses de Jansénius. Le P Toussaint Desmares, de 1’Oraloire, (1602-1687), se fait particulièrement remarquer. Pour arrêter toutes ces discussions dans la chaire chrétienne, l’archevêque de Pans, Paul François de Gondy, publie un premier mandement (4 mars 1643) et defend de traiter les questions de la grâce dans les sermon" et les catéchismes et de · taxer d’hcrésle ou d’erreur les sentiment· soutenus par des catholiques Jusqu'à ce que le Saint-Siège s'en fût déclaré » Le mandement resta lettre morte. G. Hermant,Mémoires,t. t, p. 174, 179485, 191-195. Aux polémiques orales, succèdent les polémique· écrite.* Le premier ouvrage public contre V Augustinas semble être celui du feuillant dom Pierre de SaintJoseph (1594-1662); c'est la Defensio S. Augustini Hipponensis contra Augustinum /prensem quoad auri· lia gratiee ei humanam libertatem, cum defensione S. Thorn* Aquinatis, in-4·, 1643. Au mois d'octobre de la même année, paraissait un écrit anonyme com­ posé par quelques docteurs de Sorbonne sous ce titre : Extrait de quelques propositions de Jansénius el de ses sectateurs condamnés par le concile de Trente et par les papes Pie V et Grégaire X111. On y signale huit pro­ positions condamnées. Cet écrit ne fait guère que reproduire, en les résumant, les thèses des jésuites de Louvain. La bulle In eminenti d’Urbain VIII parut en France et fut reçue dans les formes et enregis­ trée au Parlement le 11 decembre 1643. Le même Jour, l'archevêque de Paris publiait un nouveau m mdement par lequel il ordonnait de recevoir la bulle d'Urbain VIII et il défendait, pour la seconde fois, de traiter les questions de la grâce dans les sermons et dans les catéchismes. A celte occasion, un anonyme (Edmond Amlot. d'après Gerberon, Histoire du fan· nisme, t. t, p. 109) faisait réimprimer la Censure de la faculté de Paris de 1S6) contre Baius, pour engager la faculté de 1643 à nslcr fidèle à ses traditions : les constitutions de Pie V et de Grégoire XIII avalent condamné en 1567 et en 1579 les erreurs de Baius déjà censurées par la Sor’ onne en 1560; dès lors, la Sor­ bonne se devait à elle-même de recevoir la constitu­ tion nouvelle qui condamnait ΓAugustinus comme 455 JANSÉNISME, PREMIÈRES LUTTES, BULLE IN EMINENTI rééditant les mêmes erreurs sur la liberté et la grâce. Les premières attaques furent dirigées contre les théories soutenues par Jansénius sur la prédestination et la liberté, Augustinus, L ill, 1. IX ct X. Le Jésuite J. Slrmond (1559-1651), connu parson Immense érudi­ tion, combattait la vieille hérésie prédcstinaticnne dans son Pnrdestinatus; prædestinatorum hxresis et llbrt S. Augustino temere adscripti re/utatio. Dans sa préface, Slrmond attaque vivement Jansénius qui nie l'existence de cette hérésie des prédestinations et il donne son livre comme un manuscrit trouvé dans la bibliothèque du cardinal Barbcrini. Déjà le P. Petau avait abordé la question d’une manière plus directe dans son livre De libero arbitrio. Le célèbre Jésuite donne la définition du libre arbitre : c’est, dit-il, la faculté d’un être intelligent qui permet de choisir un objet entre plusieurs autres qui lui sont proposés. Cette définition traditionnelle se rencontre chez les philosophes comme chez les théologiens; on ne doit pas confondre, comme le font certains héré­ tiques, l’acte simplement volontaire et l’acte libre, lequel ne saurait venir d’une volonté déterminée par une nécessité quelconque, même intérieure; bref, la liberté ne peut coexister avec la nécessité. Après avoir exposéccs principes, Petau examine la doctrine de saint Augustin qui est d’accord, dit-il, avec tous les Pères et avec le concile de Trente. Le péché originel a atteint mais non éteint Je libre arbitre, cl, même après la chute, l’état d'indifférence entre le bien et le mal per­ siste. Cependant, Pt tau est bien obligé de le recon­ naître, dans l’ardeur de sa lutte contre les pélaglens qui exagéraient le rôle de la liberté, saint Augustin a parfois employé des expressions défectueuses, ou, du moins équivoques, parce qu’il ne prend pas toujours soin de distinguer la liberté qui est la faculté de choisir et qui est essentielle à la nature humaine de l’état habituel de la liberté dans lequel la volonté est débar­ rassée de ses entraves et va vers le bien. Cet état n’est possible que par la grâce dont les pélaglens niaient la nécessité. Sans doute, saint Augustin s’est élevé, à la suite de saint Paul, contre la loi, parce qu'il consi­ dère cette loi, abstraction faite de la grâce, parce qu'il considère la nature humaine livrée à ses propres forces sans la grâce. De plus, il faut distinguer soigneusement la difficulté absolue dont ne parle point saint Augustin et la difficulté morale et pratique dont il parle ordinai­ rement. C’est donc tout à fait à tort, conclut Petau, que Jansénius prétend s’inspirer de la doctrine de saint Augustin. D'autre part, l’évêque d'Ypres interprète mal l’oplalon des scolastiques dont 11 reproduit parfois les asser­ tions en les dénaturant : ainsi H identifie la liberté humaine en général avec la liberté de Jésus-Christ et des bienheureux au ciel. Chez ceux-ci, la liberté coexiste avec la nécessité, sans la moindre indiffé­ rence; donc, conclut Jansénius, l'indifférence n’est pas essentielle à la liberté. Mais, écrit Petau, la liberté des bienheureux diffère de la nôtre qui est le fonde­ ment et la condition de notre responsabilité. Petau attaque également l'histoire des pélagiens et du semi-pélagiamsme, telle qu’elle est exposée dans Γouvrage de Jansénius ct il essaie de mettre au point les erreurs de ccs hérétiques. Les pélaglens nient la nécessité de la grâce de Jésus-Christ ct affirment la suffisance de la nature el de la liberté pour arriver au salut; plus tard, les pélaglens admirent quelques atténuations à leurs thèses, mais toujours ils ont nié, sinon l’existence, du moins, la nécessité de la grâce et rejeté le péché originel avec ses conséquences dans l’ordre surnaturel· Le seml-pélaglanisme, d'après Petau, attribue à la s^ule nature l’acte de volonté par lequel l'homme sd r» aux vérités révélées; la grâce ne fait qu'aider 45G la volonté à donner son consentement. Cette grâce est offerte à tous ct chacun peut l’accepter ou la rejeter à son gré ; la prédestination ct la réprobation sont fondées sur la prescience divine mais l’élection suppose la pré­ vision des mérites ct le don de persévérance n’exlsle pas. Petau ne croit pas que toutes les opinions des semipélaglens soient condamnées par l’Église. Λ ses yeux, le scmi-pélaglanismc a été condamné surtout, et peutêtre exclusivement, pour avoir attribué la première grâce et la fol À la liberté humaine et non à un don de Dieu et, par là, il a nié la distinction des deux ordres naturel ct surnaturel, puisque l'homme, par scs propres forces, peut entrer dans l’ordre surnaturel. Dans cet ouvrage, Je P. Petau a montré l'importance des deux grands problèmes soulevés par Jansénius : le problème philosophique pour la détermination de l’essence de la liberté et le problème hlstorico-théologique pour l'exposé exact des hérésies pélagienne et seml-pélagienne et la valeur dogmalique des théories augustiniennes. Petau attaque encore ΓAugustinus dans les trois parties de son Opus de theologicis dogmatibus, où il combat quelques thèses de saint Augustin et leur oppose l'Écriture et la tradition antérieure relative­ ment à la prédestination et à l'universalité do la rédemption; cet abandon de saint Augustin sur les questions de la grâce exaspéra les Jansénistes qui accusèrent Petau de sacri lier les intérêts de la vérité aux intérêts de sa compagnie. Jusque là, les Jansénistes, par crainte de Richelieu, avalent à peu près gardé le silence en France; mais dès 1643, les amis de Saint-Cyran, déjà groupés à Port-Royal, relèvent la tète. Parmi eux, la première place appart’cnt Incontestablement à un Jcuncdoctcur dont l’œuvre Immense (43 ln-4·, publiés à Paris cl à Lausanne, 1775-1783) est presque tout entière consa­ crée à la défense de Jansénius. C’est Antoine Arnauld. L’archevêque de Sens, Octave de Bellegardc, avait déjà publié un écrit en faveur de Jansénius : Sanctus Augustinus per se docens catholicos el convincens pela· glanos, ίη-4· et In-1G, Paris, 1613. Cct ouvrage com­ posé, dlt-on, par Arnauld, était une réponse provisoire aux sermons de Habert ; les extraits de saint Augustin tendaient à prouver la prédestination absolue et l'efncacitê nécessaire de la grâce. Arnauld ne paraît ouvertement qu’en 1644, d'abord dans une lettre anonyme où il répond au faux pacificateur François Irénéc qui avait publié en 1643, Les sentiments sincères et charitables sur les questions de la prédestination et de le fréquente communion, pour essayer de concilier les deux partis. Dans sa réponse intitulée : Lettre d*un docteur à un théologien, Arnauld félicite l'auteur de son amour de la paix, mais il faut que la paix suit réglée par la science; il reprend les idées de Jansénius sur la prédestination toute miséricordieuse de Dieu qui, parmi les hommes, tous tombés dans la masse de per­ dition, choisit ceux qu’il veut; enfin il compare le mot Fréquente communion à l’homoouslos du concile de Nicée ct affirme que · la nouveauté ct la singularité sont parfois fort utiles. » Œuvres d*Arnauld, l. xxviu, p. 461-492; Gcrbcron, Histoire du jansénisme, t. !, p. 151-153. Un moment toutes les discussions vont sc con­ centrer sur l'autorité de saint Augustin. L’écrivain ano­ nyme qui répond t V Extrait de quelques propositions de Jansénius el de ses sectateurs, ln-8·, Paris, 1644, insiste sur l'absolue certitude des doctrines de saint Augustin ct Arnauld lui-même dans les Considérations sur la censure ae la faculté de Paris de ISbO. Œuvres t. xvi, p. 25-37, revient aur ce point ct montre que la Sorbonne a été surprise, quand clic a prononcé cette censure qui d'ailleurs n’est pas authcnUquc, qui ren- ♦ΔΓι JANSÉNISME, LA FRÉQUENTE COMMUNION ferme des contradictions et condamne la notion de daire qui ne requiert aucune disposition extraordinaire; liberté telle qu'elle est fournir pnr les théologiens et, la grâce sanctifiante ct la dévotion actuelle suffisent en particulier, par saint Thomas La liberté peut par­ pour h communion fructueuse et l'exemption du faitement coexister avec la nécessité Interne et, quoi péché véniel n'est pas requise. qu’en disent les Jésuites, celte thèse n'est nullement Saint-Cyran lut l'écrit et fut Indigné de cette doc­ calviniste. C'est ce que prouve un ouvrage anonyme trine qu'opposait A la sienne ce directeur relâché; Il paru en 1614 et qu'on attribue à Llbert Fromond : fallait dénoncer ces « séducteurs d'âmes », Saint-Cyran Chrysippus seu de libero arbitrio epistola circularis ad avait déjà composé, lui-même, un petit traité : La philosophos peripateticos, ln-8·, 1644. L’auteur, dans théologie familière, qui reflétait ses propres théories un style mordant, attaque le P. Petau ct veut montrer sur la pénitence et l'eucharistie et ses vues person­ que la nécessité ne détruit pas la liberté, car celle-ci, nelles sur la confession annuelle et la communion pas­ d'après les philosophe* et les théologiens, ne requiert cale. Après la mort de Richelieu, les amis de Saintpoint un équilibre de la volonté entre deux actions : Cyran firent une réédition du traité amendé et cor­ la volonté est naturellement portée vers ce qui paraît rigé ct cependant l'archevêque de Paris, par un man­ le meilleur el cette inclination nécessite la volonté et dement du 27 janvier 1643, avait défendu «d'enseigner cependant n'ôte pas la liberté; Il suffit que la liberté publier ou retenir ce petit livre, parce qu'il pouvait induire des esprits à erreur », mais il retira cette sc meuve pour qu’on puisse dire qu'elle est libre. Pour réfuter le Prirdcstinidus du P. Slrmond, le défense pour ne pas compromettre Saint-Cyran qui neveu de Saint-Cyran, Martin Barcos, reprend les sortit de prison le 6 février 1643, mais qui mourait mêmes thèses sous le pseudonyme d’Auvray : Censure peu après, le 11 oclobre de la même année. C'est pour d'un livre que le P. Slrmond a fait imprimer sur un défendre son maître qu’Antoine Arnauld composa son vieil manuscrit et qu'il a Intitulé : Prcrdesllnalus, in-8·, ouvrage Intitulé : De la fréquente communion, où les 1614. L'auteur signale, en termes plutôt vifs, les sentiments des Pères, des papes, des cone Iles tonchart erreurs, hérésies, extravagances, faussetés, fables, rasage des sacrements de pénitence et 468 peuvent sc soutenir d la rigueur. Enfin celte bulk est subreptice et obreptlce, car le nom de Jansénlus y u été ajouté contre la volonté du pape. Les livres I el II posent ks principes que ks Jansé­ nistes vont désormais défendre relativement à l'autorité de saint Augustin, d’après lequel il faut Interpréter ks définitions du concile de Trente et ks décisions des papes. De plus, disent-ils. Il ne faut pas oublier, i pour apprécier la doctrine de saint Augustin, que durant ks sept ou huit années qui suivirent sa conver­ sion, Dieu ne lui a pas encore révélé le dernier point de la vérité touchant l’erreur plus subtile qui sera plus tard celle des prêtres de Marseille; il ne rc.ul cet éclaircissement du ciel qui acheva en lui la parfaite intelligence de tous les mystères de la grâce que depuis son épiscopat : il faut prendre ks passages où il park de la grâce non en passant mais au fond; Il faut expliquer quelques passages obscurs par les passages ebirs ct formels ct il faut considerer sa doctrine dans l’enchaînement de tous ks principes. Ibid ., «8-89. Arnauld examine ks divers points attaqués par Habert et, tout en citant saint Augustin et Jansénlus, Il essaie de préciser su propre pensée sur la loi mo­ saïque et l'Ancien Testament qui n’était qu’un étal figuratif,une grande représentation vivante et animée, une «comédie en quelque sorte » ; la synagogue n’était qu’une figure de l'Église, une « compagnie d’hommes charnels qui n’ont point de part à l’héritage du ciel » Il défend les thèses de Jansénlus sur la nature pure qu’â la suite de saint Augustin, il déclare impossible; il reprend ks théories de Jansénlus très distinctes de celles de Calvin, sur la prédestination et ia réproba­ tion, théories qui dérivent de la nature humaine cor­ rompue par le péché originel, sur la grâce des anges ct du premier homme, qui fut un secours suffisant et enfin sur la grâce efficace cl la coopération de la volonté. Sur ce point, il précise, en termes parfois très heureux, la doctrine de Jansénlus : la grâce de Jésus-Christ opère en nous le vouloir sans violenter la volonté, car, quoi qu’en disent les Jésuites, Jansénius ne supprime pas l’activité humaine; Dieu opère k bien avec nous qui restons actifs. La nécessité d'ail­ leurs ne détruit point fatalement la liberté, et l’indiffé­ rence peut être k signe de la liberté, sans en cons­ tituer l'élément essentiel dans l'état de nature déchue; l'homme ne peut plus faire 1e bien qu’avec la grâce de Dieu. L. IL Au 1. 111, Arnauld poursuit la défense de Jansénlus relativement â lu possibilité des commandements de Dieu que ks hommes peuvent observer,s'ils veulent, mais qu’ils ne veulent observer que s'ils sont préparés par la grâce de Dieu; relativement à la grâce que Dieu accorde aux hommes pour ks empêcher de tomber cl à la liberté qui subsiste même après k péché, il étudie longuement la concupiscence, l'ignorance invin­ cible ct surtout ks actions des infidèles; sur tous ces points, il défend les positions prises par Jansénlus contre ks attaques de Habert. Après avoir fait un vif éloge de l’archevêque de Sens qui avait embrassé k parti de Jansénlus, il soutient que cette doctrine esl inattaquable et qu'on ne l'a attaquée qu’en abusant de certaines propositions condamnées chez Balus ou par le concile de 1 rente. Les deux derniers livres ne contiennent que des cri­ tiques de détail contre Habert qui clic avec éloge k concile d'Arles dont les décisions ne sont, en réalité, qu’une lettre du senu p» lagien Kaustc Arnauld Jus­ tine les deux censures des facultés de Douai cl de Louvain contre Lesslui; et cite avec joie le Mémoire du pape Clément VIII à la Congrégation De Auxiliis, qui recommande saint Augustin comme le docteur de la grâce ct approuve ks thèses de ce saint docteui que Janiénius n’a fait que reproduire. 4G9 JANSÉNISME, LES PREMIÈRES LUTTES JANSÉNISTES Pour répondre à V Apologie, Habert publia un gros I volume en latin. Theologia· yrtreorum Patrum vindi­ cata- circa universam nuPrriam grattæ. Habert veut démontrer la parfaite orthodoxie des Pères grecs contre les attaques d'Arnauld qui prétendait retrouver chez ces Pères les erreuts pêlagiennes et scml-pélagknncs et il donna un certain nombre de citations qui pouvaient être gênantes pour ks jansénistes. Gerberon, Histoire du jansénisme, 1.i, p. 185, se contente de «lire que « Habert avait oublié qu’il était enfant de l'Église latine ct que l’Église latine ne renvoie pas scs enfants aux Pères grecs, niais ù saint Augustin pour savoir ce qu’llsdoivcnt croire des mystères de ia grâce.» Au temps même de ce duel entre Habert ct Arnauld, un autre champion entra en lutte : 1e P. Étienne Des­ champs (1613-1701) soutenait des thèses sur le libre arbitre au collège des jésuites de Paris (4 janvier 1644) ct il publiait, pour préciser scs idées, un écrit très Important : Defensio censura- sacræ facultatis Pari­ siens is lalie 27 junii /ZGO, seu disputatio theologica de libero arbitrio. Sous le pseudonyme d’Antoine Richard, le P. Deschamps y combat une des propositions essen­ tielles de Jansénlus : la violence seule ou coaction externe répugne ù la liberté, laquelle peut coexister avec la nécessité. L’ouvrage, bien qu’écrit en latin, eut une grande vogue L’éditeur des Œuvres cT Arnauld t. xvi, p. xi, dit que les thèses de Deschamps furent reprises par le P. Petau, au t. m, de ses Dogmes cat holigues, par le P. Labbe, Triumphus catholica veritatis, ct le P. Duchesne, Histoire du baianisme, «un roman ». En 1646, parut une 3· édition considérablement aug­ mentée, en tête de laquelle sc trouve la thèse thêologlque soutenue le 10 juillet 1646 en Sorbonne par le prince de Coudé, Armand de Bourbon : ie jeune prince reprenait les thèses des Jésuites de Louvain ct affir­ mait, en particulier, la possibilité de la nature pure, i'univerraiité de la grâce suffisante, l'idenliU foncière des grâces suffisante cl efficace qui ne di fieraient que par le consentement de la volonté accordé eu refusé, la nécessité de lu grâce pour le bien surnaturel, mais non pour le bien moral. De son côté, le P Deschamps combat la thèse de Jansénlus sur la définition de ia liberté et l'identification du volontaire avec le libre. Jansénlus se rencontre avec Balus ct emprunte son opinion aux protestants, car il donne les mêmes argu­ ments, il apporte les mêmes exemples, il allègue les mêmes textes scripturaires et palrlstlqucs, il se sert des mêmes subtilités et lance contre les thèses catho­ liques les mêmes accusations. Bref, les doctrines sou­ tenues par Jansénlus ne diffèrent pas sensiblement des doctrines protestantes sur les points capitaux de la liberté et de son accord avec la grâce, ct de la volonté de Dieu relativement au salut des hommes. Le P. Des­ champs essaie egalement de préciser certaines idées émises par Jansémus, en particulier,au sujet de l’auto­ rité de saint Augustin : on ne doit pas mettre ce doc­ teur en opposition avec les autres Pères; d'ailleurs, même sur la question de la grâce, saint Augustin n’est pas infaillible et son autorité, quelque grande qu’elle soit, est inférieure â celle des papes, en sorte que ks opinions de saint Augustin s’imposent â notre fol non point parce qu’elles sont de saint Augustin, mais parce qu'elks sont approuvées pur des papes ct des con­ ciles. Aussi, même dans l’hypothèse où Jansénius exposerait toujours fidèlement la doctrine de saint Augustin, l’affirmation de sdint Augustin ne serait pas decisive par elle-même. Le P. Deschamps examine longuement la question de la liberté ct s’applique Λ montrer que J.msmius a mal compris la pensée da grand docteur qui est d’accord avec l’opi­ nion commune : esl libre ce qui est en notre pouvoir, dî ne ce que nous pouvons faire, quand nous vouions; par suite, toute sorte de nécessité est contraire à la I 470 liberté, puisque ce qui est nécessaire n’est pas en notre pouvoir; d’autre part, sans la liberté actuelle, le péché ne saurait exister, quoi qu’en dise Jansénlus qui affirme qu*après le poché originel, Il y a, sans la grâce, nécessité de pécher. Enfin le P. Deschamps combat la conception de la grâce médicinale exposée au t.in de i'Augustinus : les hommes ont encore aujourd’hui le pouvoir de consentir ou de ne pas consentir À la grâce et ils peuvent observer les commandements qui leur sont Imposés. L’ouvrage du P. Deschamps critique les thèses fondamentales de Jansénlus et i! esl incon­ testablement l'écrit k plus sérieux qui ait été opposé ù ΓAugustinus. A côté du P. Deschamps, d’autres adversaires moins redoutables attaquèrent encore Jan énius. Le P. Pierre de Saint-Joseph lança un Avis chantable d Γ apologiste de Jansémus ct La théologie du temps. Le P. Yves, capucin, publia Des miséricordes de Dieu sur la conduite de Γhomme, avant, durant et après le péché, dédiées à Mgr k Prince; le P. Sirmond rééditait les œuvres d'Hmemar : H immari, archiepiscopi Rhemensis opera, duos in tomos digesta. Afin de propager leurs doctrines, les jansénistes multiplient et rééditent leurs œuvres anciennes; un incident grave provoqué au Parlement de Toulouse par la publication d'un ouvrage du P. Reginald, domi­ nicain, sur la science moyenne, faillit soulever de nou­ velles polémiques après ia réponse du P. Annat, mais i* Assemblée du cierge arrêta le procès, tandis que se répondaient attaques et ripostes en vers et en prose, en latin et en français. Gerberon, Histoire du jansé­ nisme, 1.1, p. 206-210. 1. Αυτουη del’Auovsttn vs. — Theses theotogtarde gratiâ. Ubero arbitrio, pnrdestinatione, tn-4·, Anvers, 1611; Jacobi Zegers. Humilis et supplex querimonia adversus libellum H. P. S. J., regite capelltr llruxellensts concionaloris, et theses lilt. PP., anno IC11 disputatas; accessit Spongiola mendorum et clypeus adversus tela It. P.Vivcri, ln-4·, Louvain, 1641; le même, Augustini /pponensis et Augustini /prensis de Deo omnes salvari volente et Christo omnes redimente, homologia per theses anta polo geHeas erprtssa et Ltvanll, loco per Jac. Zegers designando, propugnanda, quando adversariis videbitur, ln-8·, Louvain. 1641 ; Pierre de S. Joseph, De/ens ίο Augustini Hipponensis adversus Augustinum /prensem, quoad auxilia gratin· et humanam libertatem, in-4·, Paris, 1643; Dorisy, Vindicor S, Augustini adversus pseudoAugustlnum C. Jani t nil, ln-4·, Paris, 1656; P. Stockmans, Somnium Hipponense, sive judicium Augustini de contro­ versiis theologicis hodiernis, tn-4·, 1641 ; Pulle /n eminenti, 1641 ; Arnauld, Observations sur une bulle prétendue qu'on fait courir depuis peu de jours touchant la doctrine de 5. .Augustin expliquée dans le livre de M. l'cvéque d*Ypres, 1613, Œuvres, t. xvi, p. 1-4; Secondes observations sur la fausse bulle, ibid., p. 5-9; DiffîcuiUs sur la bulle qui porte défense de lire le livre de Jansénlus, évéque d’Y près, les thèses des jésuites et autres QUira»j>s sur la matière de la grâce, 1611, Ibid., p. 10-21 ; Apologie de Af. Jansénius,évéque endix,in-fol..Colugne, 1G18 ; Anonyme, Putris Joann b a Ripalda, Societatis nomine Jtsu, Vulpes capta per the dogas sacra facultatis academics* Lnvantensb, In -4·, Louvain, 1649. IT. Autour du livrb di la Fréqukntb communion. — Amnuld, De ta fréquente communion où les sentiments des Pèr-t, des papes, des conciles touchant l'usage des sacrements de pénitence rltTeucharblle sont fidèlement exposéi : pour servir (TaiirtLse aux personnes qui pensent sérieusement Λ se con­ vertir à Dieu el aux pasteurs el confesseurs zélés pour le bien lu Arnxs; cet écrit se trouve dans les CEuires d'Arnauld, JANSENISTES 472 t. xxvn, p. 71-603; P. Nouet, Sermons contre le livre d'Arnauld: Lettre cirmla Ire de Messelgneurs les prélats assem­ blés d Paris le dimanche 23 novembre 1933; procès-verbal fait en lad Ile assemblée et Insatisfaction du P. Nouet, de la Compa­ gnie de Jésus, envoyés Λ Nosseigneurs les prélats de France, Paris, 1643, Œuvres d'Arnauld, t. χχνι,ρ. 603-618; P. Lom­ bard, Lettre d'Eusè beâ Polémarque sur le livre dcM, Arnauld delà fréquente communion où se découvrent ses artifices, sa mauvaise doctrine et Γimprudence de son dessein dans la direction des âmes, divisée en trots parties : sancta nanctis, unus sanctus, ln-4·, Paris, 1644; Petau, De la pénitence publique el de la préparation â la communion, in-4·, Paris, 1644; G. Hcrmunt, Réflexions du Sieur Dubois sur divers endroits du livre du P, Petau où il approuve la doctrine de celui de la fréquente communion composée par M, Arnauld, docteur de Sorbonne, in-4·,b.I. s. d. ; P. Nouet (î),Remarques judicieuses sur le livre Intitulé : De la fréquente communion par M. Arnauld, docteur en théologie. Pour servir d'éclair­ cissement aux Intentions et d la doctrine de l'auteur, ln-8·, Paris, 1644; P. Séguin, Sommaire de la théologie du Sieur Arnauld, extrait du livre de la fréquente communion el des maximes de Tabbé de Salnt-Cyran, ln-8·, b. J.s.<1.; Amnuld, La tradition de TÊgltse sur le sujet de la pénitence et de la fréquente communion représentée dans les plus excellents ouvrages des SS, Pères grecs et latins el des auteurs célèbres de ces derniers siècles, traduits en français par Antoine Arnauld, prêtre, docteur en théologie de In maison de Sor­ bonne, ln-4·, Paris, 1644, Œuvres, t. xxvui, p. 39-460; De lui .MUlctiére, Le pacifique véritable sur le débat de Tusage légitime du sacrement de pénitence, expliqué par la doctrine du saint concile de Trente, par Théophile Brachnt, eieur de la Millctière, ln-4·, Paris, 1644; Arnauld, Défense de la vérité catholique contre les erreurs et les hérésies du sieur de la hitllcttère dans son livre intitulé : le pacifique véritable, composée par M. Arnauld et adressée A Messieurs le· prélats approbateurs de ion livre x De la fréquente communion, ln-4·, Paris, 1644, Œuvres, t. xxvin, p. 520-567; Anon., Application de la censure du livre Intitulé: Le pacifique véri­ table au livre de la fréquente communion de M. Arnauld avre quelques remarques sur le libelle dudit sieur Arnauld Intitulé: défense de la vérité catholique, ln-4*,t.i. ·· d.;Ch. Hersent, De la fréquente communion ou du légitime usage de la péni­ tence ou observations sur un livre de ht. Arnauld, docteur de Sorbonne, envoyée· A un sien sml par Charles Hersent, prédicateur, in-4·, Paris, 1644 ; P. Yves, Très humbles remon­ trances faites d la reine, in-8·, Paris, 1644; G. Ifermant, Réponse à la remontrance que le P. Yvej,capudn,a adressée à la reine régente sur le sujet du livre dc la fréquente commu­ nion, in-4·, Paris, 1644 ; Henri de Bourbon, Remarques chré­ tiennes et catholiques sur le livre de la fréquente communion qui a paru nouvellement sous le nom de Af, Antoine Arnauld, in-8·, Paris, 1644; P. Séguin, Réponse ά l'apologie du sieur Arnauld contenue en sa lettre adressée ά la reine régente, mère du roi, ln-4·, Paris, 1614 ; Anon., Paradoxe par lequel il est dé­ montré que le livre,De la fréquente communion n'est approuvé d'aucun prélat ou autre docteur théologien,in-8·, Paris, 1614; Petau,A brégé de la doctrine du livre de la ftéquente commun ion et de sa réfutation comprise dans les livres de la pénitence publique et de la préparation ά la communion du R. P. Dcuys Petau, ln-4·, s. L ·. d.; G. Hermant, Apologie pour M. Ar­ nauld, docteur de Sorbonne, contre un libelle publié par les jésuites, Intitulé : Remarques judicieuses sur le livre De la fréquente communion, in-4·, Paris, 1644; Amnuld, Senti­ ments du P. Emery de Bonis, jésuite, qui a été reçu dans ta compagnie du vivant de S. Ignace, louchant les abus qui se commettent dans la fréquente communion et dans la trop grande facilité de donner l'absolution aux pénitents, tirés de deux différents traités dont Tun est tnlllulé : Traité du saint-sacrement de Tautel el Tautre : Miroir de confession. Imprimés d Rome, en Fan 1393, avec privilège el permission des supérieurs. Où la grande utilité de la conduite des sainb Pères touchant le délai de Tabsolutlon et la séparation de Teucharlstie est reconnue el recommandée par le même Père aoec un discours d*un docteur en théologie sur les sentiments de cct ancien jésuite, in-4·, Paris, 1644, Douvres, t. xxvm, p. 403-528; François Renard, te juge sans intérêt sur le sujet de la frèqurnlr communion, ln-4·. Pari», 1644 ; Maximes tirées de ta doctrine des conciles el des saints Pères opposées ά celles du livre dc la fréquente communion et d la conduite de quelques nouuenux directeurs, ln-4·, Paris, 1641; p. Bourgoing. Déclaration présentée d la reine sur quelques points touchant le sacrement de pénitence, ln-4·, s. 1.1. a jansénistes en France ( 1646-164 9), ln-8·, Louxam, 1917, donne un excellent résumé de ces polémiques. des qnq propositions jusqu'à i.evu condamnation ραπ Rome (1648-1653). —Le 2 jan­ IL Histoire vier 1644,1a bulle d*Vrboin VIII fut portée à la Sor­ bonne avec une lettre de cachet du roi qui ordonnait de la recevoir. La faculté, après avoir entendu et approuvé les députés désignés À cet effet, défendit le. 15 janvier ■ à tous les docteurs et bacheliers d'approuver ou de soutenir les propositions ccnsurtes p.«r 1< $ bulles de PieV, Grégoire XIIIet Urbain \ III. » Pourtant, malgré cette défense, les opinions con­ damnées reparaissaient dans quelques thèses. Dans rassemblée Au sein dc la Sorbonne, H y eut une trè·* vive opposi­ tion: 60 docteurs présentèrent une requête au Parle­ ment pour faire appel comme d'abus contre la conclu­ sion dc la faculté et contre la censure qui parut rignee des commissaires. Les opposants furent reçus appelants par un arrêt du 5 octobre qui fut signifié au doyen el syndic le ls fonds français, n. IV 3V6, M Du Pin resume fort bien les idées fondamentales dc T Augus­ tinas, p. 19-2’1, dans les termes suivants : · Le fonde­ ment dc sa doctrine est qu’il y a deux sortes d’etuts cl deux sortes dc grâces; dans l'étal d’innocence, ; l’homme était entièrement libre el la grâce qu’il avait était soumise ù sa liberté; depuis le pèche d’Adam, il est tombé dans une malheureuse nécessité de pêcher el toutes ses actions faites sans grâce sont autant de péchés; il a besoin, pour faire le bim. d’une grâce qui le fasse agir infailliblement cl Invincible­ ment; cctle grâce n’est pas donnée ù tous cl ainsi tous les hommes n’ont pus toujours tous les secours néces­ saires pour observer les commandements de Dieu. Tous les hommes étant devenus coupables par le pèche du premier homme, ils ne méritent plus que la damnation cl Dieu ne commettrait aucune injustice, s’il les laissait tous périr, cn punition du pèche ori­ ginel; la prédestination n’esl qu'un décret purement gratuit par lequel il u de* Une dc toute éternité d’en retirer quelques-uns et de leur donner des grâces pour les faire perseverer dans le bien jusqu’à la lin dc leur 479 JANSÉNISME, LES CINQ PROPOSITIONS vie; la réprobation, au contraire, est la justice que Dieu fait en les laissant dans celte masse... · Ceci posé, nous allons étudier successivement les cinq propositions, en montrant comment elles sont contenues explicitement ou non dans Augustinus. 1· Première proposition. 4S0 de commandements A l’égard desquels nous serions dans une telle impuissance. Mais 11 y n une autre Impuissance qui vient du défaut de notre volonté ellemême, de la volition, qui, si. elle existait comme clic le devrait, observerait aisément le commandement. Celte Impuissance non seulement n’excuse pas, mais elle rend plus criminel : « car, écrit Jansénius, encore Aliqua Del pnecepta ho­ Quelquescommnndemrnti que les hommes sc soient mis dans la nécessité de minibus justis volentibus et de Dieu, pour des hommes pécher, néanmoins ils font le mal cl avec toute la tonantibus, secundum pré­ justes !e voulant bien et s'y liberté qui est possible, puisqu’ils le font quand 11 leur sentes quas hnbeut vires, efforçant, sont impossibles A sont impossibilia ; deest accomplir étant données le* plaît et ils n'ont rien tant en leur pouvoir que Ici quoque illis gratia qua possi­ forces qu’ils ont actuelle­ actions qu’ils commettent, après en avoir contracté bilia flant. ment; Il leur manque aussi de grandes habitudes. » Cette Impuissance accom­ la grâce qui rendrait ces pagne et ne précédé pas l'acte; elle n’est pas cause précepte* possibles. qu’on fait ce qu’on ne voudrait pas faire ou qu’on ne Cette proposition est qualifiée · comme téméraire, fait pas ce qu’on voudrait cl devrait, mais elle sc ren­ Impie, blasphématoire, digne d’anathème et héré­ contre seulement avec la volonté de ceux qui agissent, tique. · laquelle est tellement disposée que, quand bien même De l’aveu des Janséniste*, cette proposition se Us pourraient faire autrement, cependant ils ne le trouve A peu prés en propres termes dans ΓAugustinus, voudraient pas, leur affection étant tellement atta­ De gratia Christi, 1. Ill, c. xm, où Jansénius dit que chée A la nature qu’il n'y a rien qu'ils ne quittent pour certains justes ne peuvent accomplir certains pré­ elle. L. III, c. xv. ceptes à cause de leur volonté infirme. Les jansénistes ont toujours dit que cette impuis­ De l’examen du contexte, il ressort très nettement sance vient du défaut de volonté et c’est pour cela que que Jansénius ne parle point de tous les justes, mais le Juste est coupable de ne pas observer les comman­ seulement de quelques-uns, quï, b de certains moments, dements : Il le pourrait, s’il le voulait. Mais ne fau­ sont dans l'impossibilité de remplir des commande­ drait-il pas dire plutôt que le défaut de volonté vient ment*, parce qu’ils n’ont pas actuellement la grâce précisément de cette impuissance? On ne veut pas, nécessaire pour vaincre la concupiscence : Vires ad parce qu’on ne peut pas. En effet, d’après Jansénius, lactendum quod preecipltur, homo etiam fidelis et /ustus non seulement le Juste ne veut pas pleinement et par­ non semper habet integras, sed ex ipsa tentation? divi­ faitement observer les commandements, mais il ne sas.... Illam implendi talia præcepta difficultatem inde peut pas le vouloir, car il lui manque et le vouloir proficisci quod..., vires voluntatis infirmœ sunt propter cl le pouvoir de vouloir, puisque, seule, la grâce vic­ concupiscentiam a volendo bono retrahentem. torieuse (qu’il n’a pas) peut donner le vouloir et le De quelle nature est cette impuissance? Le c. xv pouvoir. L. IV, c. vu; I. VII, c. n, m. Donc, quand 11 permet de répondre A cette question. Jansénius y dis­ n’a pas la grâce victorieuse, le juste non seulement ne tingue quatre sortes de pouvoirs : 1. Un pouvoir très veut pas, mais ne peut pas vouloir le bien. Par consé­ éloigné qui vient de la seule volonté, en tant qu’elle est quent, 1 rsque manquent A la fols et l’action et le flexli le au bien cl au mal et qu’elle n’est ancrée ni dans pouvoir, ce n’est pas l’impuissance qui provient du le bien comme celle des bienheureux, ni dans le mal di faut d'action, mais c’cst le défaut d'action qui pro­ comme celle des damnés; ce pouvoir existe chez tous vient de l’impuissance, car l’action suppose le pouvoir le* hommes, tant qu’ils sont dans la vie d’épreuve; d’agir, tandis que le pouvoir d’agir ne suppose pas 2. un pouvoir plus prochain qui vient de la fol et qui l’action. ne se rencontre que chez les fidèles, lesquels, seuls, Bref, on peut dire que l’impuissance d'observer Ici par la fol, connaissent Dieu; 3. un pouvoir encore plus commandements vient du défaut de volonté, mais le prochain qui vient de la charité ou grâce habituelle qui defaut de volonté vient de l'impuissance de vouloir justifie l’homme; ce pouvoir n’existe que chez les et cette impuissance de vouloir vient de l’absence de justes; 4. enfin un pouvoir très complet qui vient de la la grâce victorieuse; ou, en d’autres termes, le juste grâce actuelle victorieuse de la concupiscence et qui n'observe pas les commandements, parce qu'il ne veut fait faire le bien, en sorte que l’homme qui a reçu cette pas les observer, mais il ne veut pas les observer, parce grâo. non seulement peut ce qu’il veut, mais, en réa­ qu'il ne peut pas le* observer et 11 ne peut pas les lité, veut et fait ce qu’il peut. observer, parce qu’il n’a pas la grâce victorieuse, qui, Par suite, relativement A l’accomplissement des seule, donnerait le pouvoir de vouloir et de faire. commandements, l’homme peut se trouver dans une Ce défaut de volonté qui engendre l'impuissance qu idruple Impuissance : la première est caractérisée d’observer les commandements est quelque chose de par l'incapacité absolue de se tourner vers le bien : nécessaire qui derive du péché originel cl dont la c’est le cas des damnés; la seconde vient de l'absence volonté ne peut se délivrer, puisqu’avant d’avoir reçu de la foi : c’est le cas des Infidèles; la troisième vient la grâce, clic est sous l’empire de la concupiscence vic­ d l’absence de la grâce sanctifiante : c'est le cas du torieuse L. IV, c. vu et c. xi tout entier. pécheur; enfin la quatrième vient de l’absence de la L'impuissance où sc trouve la volonté, laissée A sc* grâce actuelle victorieuse; c’cst le cas des justes qui propre» forces, d’obiervcr les commandements est ou transgressent les préceptes. Celle grâce actuelle de bien 1. absolue, Immuable, permanente, comme chez qui dépend l'acte bon n’est point au pouvoir de 1rs damnés qui, dit Jansénius, De gratta Christi, I. VII, l'homme même justifié et, par conséquent, le Juste c.xrî Amlssa Irreparabillter bene volendi et be ne laciendi qui n’a pas cette grâce est dans l'impuissance d’obser­ potestate, solius mali potestatem et libertatem habent, ou bien 2 relative, transitoire, passagère : c'est leca» ver les commandements et de bien vivre. de l’homme voyageur, lorsque la cupidité l’cntralnc Mali le juste qui est ainsi dans l’impuissance actuelle au mal; la grâce peut devenir victorieuse en lui, et d’observer le précepte, n’est-ll pas excusable de le violer? Jansénius distingue ici deux sortes d’impuis­ dès lors, l'impuissance n’est que temporaire et rela­ tive aux forces actuelles qui, dominées par la concu­ sances : l’une provient de l’absence de quelque chose piscence, peuvent triompher avec une grâce victo· qu’on ne peut se procurer, quelque effort qut l’on rieuse; la volonté peut changer, soit que la concupi­ lasse, comme, par exemple, l’impuissance de faire et ne e diminue, soit que I» grâce augmente, L. VIII Vaumôoe quand ou u’a rien. Dieu n'ordonne Jamais 481 JANSÉNISME, LES CINQ PROPOSITIONS 482 c. xx. En Halltê, cette impuissance hic et nunc est une Tel esl bien le sens que les Jansénistes donnaient à Impuissance physique, absolue, d'après Jansénius cette proposition, lorsqu’elle fut dénoncée à la Sor­ lul-méinc, I. IV, c. x v ; I. V II, c. i, et non pas seulement bonne par Nicolas Cornet; ce n’est qu'a près la con­ une Impuissance morale, puisqu’elle vient de l'absence damnation par Innocent X qu’ils invoquèrent la d’un secours absolument nécessaire pour agir, J. III, célèbre distinction du fait et du droit c. xm, et de la prédominance de la cupidité. L. VII, Arnauld déclare formellement comme renfermant c. n, v. Arnauld, de son côté, écrit : · SI un secours esl une vérité catholique la proposition suivante qui est nécessaire pour faire quelque chose, on peut dire véri­ la proposition même de Jansénius : · Quelques Justes tablement que celui à qui cc secours manque ne peut sont quelquefois dans l’impuissance de faire quelque faire cette chose, comme si un bateau m’est nécessaire commandement, lequel Ils ont fait eux-mêmes et pour passer une rivière, il esl vrai de dire que je ne feront peut-être après.... Cette Impuissance vient de puis la passer sans un bateau. » Défense de la Consti­ ce qu'lis ne veulent que faiblement et que Dieu ne les tution (ΓInnocent X, Ir· partie, c. n, p. 3. fortifie point de sa grâce. » Considérations sur fenlro· Ainsi, par le péché originel, l’homme est tombé dans prise faite par Nie. Cornet, p. 23. l’impuissance volontaire de faire aucun bien, d'obser­ L’abbé de Bourzéis, In nomine Domini, p. 3, 6, 11, ver les commandements, parce que sa volonté est M. de Sainte-Beuve, au dire de Nicole, Disquisitio, dominée par la cupidité : il n’agit et ne peut agir que îv, art. 3, donnent à la proposition le même sens. Enfin par les mouvements de la concupiscence. Par suite, les députés des jansénistes présentèrent pour leur l'homme n'a point perdu les principes nécessaires à la défense au pape Innocent X, le 19 mai 1653, quelques production des actions bonnes et la puissance de la jours avant la condamnation, le fameux Écrit à trois volonté n’a point été détruite, mais il n’a plus le pou­ colonnes où ils exposent, d’une manière officielle, le voir plein, complet, suffisant, prochain d’observer les sens qu’ils attachent à la 1” proposition: Allqua Del commandements. Système de Nicole sur la grâce nou­ præcepta aliquibus fustis volentibus el conanlibus inva­ velle, Bibliothèque nat., mss, fonds français, n. 10 592, lide el imperfecte secundum præsentes quas habent ο 1res, p. 10, 17-48. parvas scilicet et infirmas, seu auxilio efficaci ad plene Quelle est la nature de la grâce qui, parfois, manque volendum et operandum necessario destitutis impossi­ au juste et qui lui donnerait le pouvoir prochain bilia sunt proxime et complete, seu ab illis adimpleri d'observer les commandements? Cette grâce est abso­ proxime non possunt. Deest quoque illis gratia efficax lument efficace, en cc sens qu’elle produit toujours qua præcepta illis proxime possibilia fianl. l’effet pour lequel elle est donnée et son efficacité est De leur côté, les adversaires de Jansénius attribuent telle que, sans elle, l’effet ne saurait être produit. Cette ù la proposition dénoncée par Cornet le même sens thèse est exposée en maints passages de ΓAugustinus. qu'ils regardent comme le sens de Jansénius lui-même De gratia Christi, 1. II, c. îv, xxiv, xxv; L IV, c. vi; et qu’ils déclarent hérétique. Dans son informatio de L VII1, c. m, etc. quinque propositionibus ex Jansentl theologia collectis, Cependant Jansénius distingue deux sortes de le P. Annat expose le même sens et montre comment il grâces efficaces : 1. une grâce efficace forte, victorieuse, se rattache aux principes posés par Jansénius sur la qui emporte la volonté de l'homme à la manière d'un grâce efficace et la délectation victorieuse (p. 357,362, torrent impétueux qui renverse tous les obstacles et 391). Il répète la même idée dans son Augustinus a Datants vindicatus, p. 347. Enfin Hailler, un des trois elle produit sôn effet total; c’est le vouloir parfait; députés envoyés à Rome pur la Sorbonne pour faire 2. une grâce efficace faible, petite, débile qui meut la volonté comme un léger souffle et ne produit que des condamner les cinq propositions, remit aux cardinaux affections stériles, et des désirs inefficaces ; c’est le vou­ en 1652 un écrit où 11 indique le sens du c. xni du 1. Ill de 1'Augustinus et de la première proposition. loir imparfait : quemadmodum inundatio divinet gratiic, totam hominis voluntatem secum instar impeJournal de Saint-Amour, 50-52, 269, 469-471, etc. luosi cujusdam torrentis rapit, sic ut omnia humani De tous ces faits, 11 résulte nettement qu’avant le cordis retinacula, quibus terrenis rebus irretitur, velut 31 mal 1653, l’accord était complet entre les Jan­ violenta quadam tempestate dirumpat·, ita lenis ille velat sénistes et leurs adversaires sur le sens de la première aune tenuis afflatus, complacentiam quamdam voluntatis proposition que les uns regardent comme tri-s catho­ tenuissimam... suaviter impetrat. L. II, c. xxvn. lique et les autres comme hérétique. Après ces explications empruntées Λ Jansénius luiBien plus, après la condamnation de la proposition mème, il est facile de voir le sens précis de la lr· pro­ par Innocent X, les Jansénistes continuent ù donner à position. Certains Justes, avec une grâce actuelle faible, la proposition le même sens. avec les forces présentes que leur donnent cette grâce Ainsi Arnauld, dans sa Seconde lettre à un duc d actuelle, le libre arbitre, la fol et la grâce habituelle, pair de France, p. 226, écrit la célèbre proposition sur font des efforts et veulent observer les commande­ la chute de saint Pierre qui le fera exclure de Ια Sor­ ments; cependant, d’autre part, Ils sont entraînés par bonne et il reprend la défense de sa thèse dans sa une cupidité plus forte que la grâce actuelle. Dans ce Lettre à la faculté de Paris, du 7 décembre 1655. De cas, le commandement leur est htc et nunc Impossible même, Nicole (Paul Irénée) dans sa Disquisitio, n, non point d’une manière absolue, éloignée, définitive, a. 2, déclare qu’un Juste qui n’accomplit pas le pré­ comme s’ils n’avaient aucune force ou que leurs forces cepte a manqué du secours suffisant pour l’observer. actuelles ne puissent pas s’accroître; mais d'une La défense de la constitution du pape Innocent X, manière prochaine, immédiate, actuelle, relative aux II· partie, c. xxm, p. 271. parle égal ment du pouvoir prochain qui manque parfois aux Justes pour faire le forces présentes; il leur manque non point une grâce quelconque, mais une grâce victorieuse, plus forte que bien. Si, dit-on, on ne peut prier sans la grâce qui fait prier, il s’ensuit qu’il y a quelques Justes qui, quel­ la cupidité actuelle, car seule, cette grâce, dans un quefois, ne peuvent pas prier comme il faut cl persé­ conflit avec la cupidité, peut, en réalité, donner des forces complètes, suffisantes pour observer actuelle­ vérer à prier ou qui n’en ont pas le pouvoir prochain qui vient de la grâce efficace nécessaire pour prier salu­ ment le précepte. tairement et pour persévérer. I l'aprc > Jansénius, d'ailleurs, les grâces actuelles, D'après quelques Jansénistes, la grâce dont l’ab­ petites, faibles, capables de produire des désirs ineffi­ caces ne sont pas toujours accordées même aux Justes sence fait que le Juste n’observe pas le commandement qui voudraient observer les commandements. L. Ill, est la grâce suffisante des thomistes, celte grâce qui n· fait point faire le bien, puisque la grâce efficace est DI CT. DB TltéOL CATHOL. V1IL—16 483 JANSÉNISME, LES CINQ PROPOSITIONS absolument néce«slre pour remplir les préceptes. Or les thomistes cux-inônrs accordent que cette grâce suffisante manque parfois aux justes Jansénius ne ferait donc que nier fcxlstence actuelle de la grâce suffisante au sens des mollnistes, de cette grâce à laquelle rien ne manque de la part de Dieu pour qu’en fait l’homme veuille ct agisse, niais il admet la grflee suffisante des thomistes. T. iu, De gratia CMtll, I. III,Cl. Par suite, le sens de la 1r* proposition serait celui-ci : quelques préceptes sont Impossibles à quelques justes qui font des efforts sous I’inHacnce de la grâce suffi­ sante au sens thomiste, mais qui s’opposent â cette grâce en ce sens qu’ils n’ont pas un pouvoir prochain parfait auquel rien ne manque; cc qui leur fait défaut, c’est la grâce efficace d’agir qui comprend tout ce qui est nécessaire pour agir en fait. Mais il est facile de montrer que cette interprétation dans le sens des thomistes de la Γ· proposition n’a été Inventée par les jansénistes que pour enchaîner leur cause Λ celle des thomistes et qu’elle est en désac­ cord complet avec les thèses fondamentales de Jan­ sénius. En effet, pour les thomistes. In grâcesufflsantedonne à la volonté un vrai pouvoir complet ct prochain d’agir, de telle sorte qu’avec cette grâce, l’homme est capable d’ngir non point en ce sens qu’il puisse agir sans la grâce efficace, mais en cc sens que Dieu est prêt à accorder la grâce efficace â l’homme qui, par sa volonté libre, ne s’oppose pas à la grâce suffisante, exactement comme dans les causes naturelles, les facultés suffisent pour agir, bien qu’en fait clics nient besoin d’une motion physique de la cause première. Bref, la grâce suffisante des thomistes donne un vrai pouvoir prochain el immédiat, en sorte que l’homme, pour agir ct (aire le bien, n’a besoin d’aucun autre secours, car, avec elle ct en elle, la grâce efficace est toujours offerte par Dieu; donc l’homme excité par la grâce suffisante n toujours à sa disposition une grâce efficace qu'il reçoit effectivement, s’il ne s’oppose pas à la grâce suffisante et dont il n’est prive que s’il I résiste à celte grâce suffisante. La grâce suffisante des ; thomistes est vraiment suffisante relativement à l’état présent de h volonté. Au contraire, Jansénius n’admet aucune grâce vrai­ ment suffisante, l. n, De gratia primihominis, c, ni sq; ! Lin, De gratia Christi, 1. II. c. iv, vin, xxv; L ill, c. i; I cette prétendue grâce suffisante serait même, dit Jansénius, ibid., I. Ill, c. I, il, ni, inutile ct pvrnl- , cieuse; cc serait une monstruosité qui ne servirait qu’à faire commettre des péchés et à accroître la damna· lion, puisque cette grâce resterait toujours sans effet. Jansénius n’admet que des grâces efficaces (adju­ torium quo); il peut y avoir des grâces petites, faibles, mais toujours efficaces cependant, puisque toujours elles produisent l'effet pour lequel elles sont données, mime lorsqu'elles ne produisent que des désirs incfflcicet. lbid.,l. II, c. xx vu. La petite grâce que certains jansénistes voudraient Identiller avec la grâce suffi­ sante des thomistes en diffère essentiellement : celle-ci donne un pouvoir vrai complet ct prochain, tandis que cellc-lâ, étant donné la force de la concupiscence, ne donne aucun pouvoir vrai ct prochain pour faire une bonne oeuvre et elle ne suffit point à la volonté pour obtenir la grâce efficace. Par suite, lorsque la petite grâce des jansénistes est accordée à l’homme Juste, celui-cl, même s’il ne s’oppose pas à cette grâce, n’a point â sa disposition la grâce efficace qui, seule, lui permettrait d’observer le commandement. Au con­ traire, b grâce victorieuse peut lui être refusée, même lorsque la volonté fait tous ses efforts et qu’elle accorde son consentement à la petite grâce. La grâce suffisante ne serait vraiment suffisante pour les jan<énlstes que 484 si la cupidité était moins forte qu’elle, mais alors ce serait la grâce efficace. La grâce sufflsunic donl par­ lent quelques jansénistes n’est, en réalité, qu’une grâce moufflsantc. en conflit avec une concupiscence plus forte qu’elle. En fait, Jansénius rejette non seulement la grâce suffisante des momiisles, mais la grâce suffisante des thomistes, puisqu’il n’admet que Vadjutornim quo qui produit toujours son effet, alors que la grâce suffisante des thomistes ne produit son effet que si elle est suivie de la grâce efficace. Sur ce point, les premiers jansénistes restent fiddles à la pensée de leur maître. Ainsi Arnould dans sa Première apologie pour Jansénius, p. 80-81, el dans sa Deuxième apologie, I. II, c. xxi, comme dans maints endroits de son Apologie pour les saints Pères, II· partii, point m, a. 42; point v, a. 1, etc. Pascal dans sa Deuxième lettre Provinciale, sc moque de la grâce suffisante des thomistes, de celle grâce qui, bien que suffisante, ne suffit jamais 2· Deuxième proposition. Interiori gratin· In stnlu natura· lupsæ nuuquum reslstllur. Dans l’état de nature déchue, on ne résiste js mais A la grâce intérieure. Celle proposition est déclarée hérétique cl con­ damnée comme h lie. Elle ne se trouve point en propres termes dani V Augustinus mais. d. ns tous les endroits où '.msénius parle de la grâce efficace, cette proposition est Impli­ citement affirmée, en particulier, t. ui,DegraliaChridl, I. Il, c. xxv, xxvii;l. 111. c. iv, où on lit : Docet Augus­ tinus nullam Christi gratiam efjeclu operis ad quem effi­ ciendum voluntati datur, ulla voluntatis pervicacia /ruslrart. Dans cette proposition, 11 ne s’agit évidemment que de la grâce actuelle, comme le dit Jansénius au début du 1. II, De gratia Christi, c. I, tl. On ne veut pas dire que, dans la volonté, lorsqu’elle est excitée par la grâce, il n'y ail aucune opposition de la concupiscence ou que celte grâce 80 l toujours victorieuse de la con­ cupiscence, car, tant que dure la vie d’épreuve, la con­ cupiscence reste toujours, même après le baptême ct toujours il y a lutte entre les deux delectations; par ailleurs, la délectation terrestre fait échec à la grâce, toutes les fols que cellç-là est plus forte que celle-ci; par suite, la volonté n'exécute pas toujours l’acte pour lequel la grâce l'excite, car elle peut être arrêtée par une cupidité plus forte. Mais Jansénius proclame en maints endroits que la grâce actuelle, qu’elle soit vic­ torieuse de la cupidité ou qu’elle soit vaincue par elle, obtient toujours l'effet pour lequel Dieu l’a donnée hic et mine, de telle sorte que, si elle dépasse en degré la cupidité terrestre, elle entraîne nécessairement le consentement de la volonté; sl, par contre, elle est plus faible que la cupidité, celle-ci triomphe cl la grâce ne produit que des affections faibles et stériles, des désirs inefficaces; bref, la volonté n’a aucune acti­ vité propre qui lui permette de réagir; elle Incline fatalement du côté où la delectation est la plus forte. De ces thèses empruntées Λ Jansénius lui-même, on déduit aisément les conséquences suivantes : 1. 11 n’y a pas de grâce simplement suffisante, car toute grâce chex l'homme déchu, est efficace, De gratia Christi, 1. Ill, c. i, ix, ni; la grâce suffisante (adjutorium sine quo non) n’a existé que dans l’clat d’innocence ct le péché l’a totalement détruite; elle ne serait d’ailleurs qu’un monstre, qu’une grâce de damnation. 2. Toute grâce produit toujours sou effet, ibid., L II, c. iv, et elle ne dépend en rien di la volonté, clic fait invinciblement que la volonté veut; elle supprime 1 tonte résistance, de telle sorte, que souvent Sttint 485 JANSÉNISME, LES CINQ PROPOSITIONS Augustin proclame que l'homme ne peut résister Λ Dieu opérant par sa grâce. Ibid., 1. 11, c. xxvn. Parfois, sans doute, Jansénius parle de grâces ineffi­ caces, L IV, c. x, de grâces vaincues par la cupidité et se traduisant par des désirs inefficaces, 1. VIH, c. n, mais ces grâces ne sont inefficaces que rclntlvcenl au consentement plein, entier ct parfait de la volonté; clics sont réellement efficaces par rapport à l’cflct pour lequel elles sont données ct qu'elles pro­ duisent nécessairement. Ces grâces sont vaincues par la cupidité plus forte qu'elles, mais non point par la volonté qui leur donne nécessairement tout le consen­ tement qu’elle peut donner dans les circonstances et qui ne lui oppose aucune resistance. Toute la n ins­ tance vient de la cupidité plus forte ct non de la volonté qui attend passivement le résultat du conflit. La grâce obtient toujours son effet adéquat, bien qu’elle n’obtienne pas toujours son effet plein ct par­ fait. La grâce produit toujours son effet sur la volonté qui ne peut jamais lui résister; seulement, quand la grâce est plus faible que la délectation terrestrc,elle fait que la volonté ne veut que légèrement; tandis que lorsqu'elle est plus forte, elle fait que la volonté veut fortement : Omnis gratia eflïcU ut voluntas, stuc tenuiter, live fortiter velit, I. 11, c. xxxn; ainsi l'effet adéquat de la grâce est toujours une volition, mais une volition forte ou une volition faible. Les Jansénistes entendaient bien ainsi le sens de la 2· proposition dénoncée par Cornet. Arnauld dans ses Considérations sur Cenlrcprise laite par M. Nicolas Cornet, écrit : · Le syndic ct ses partisans n’ont pour but que de diffamer la vraie doctrine de saint Augus­ tin qui dit que la grâce de Jcsus-Christ propre à la nouvelle loi et efficace ne manque jamais de produire reflet pour lequel elle est donnée et que les cœurs les plus endurcis ne la rejettent point, c’est-à-dire, ne l’empêchent point de produire cet effet » p. 24. Le docteur Sainte-Beuve, dans scs cours de Sor­ bonne en 1651, au témoignage de Nicole (Paul Irénée) Disquisitio, iv, a 3, enseignait que cette proposition est vraie, en ce sens que toute grâce, grande ou petite, est irrésistible, parce qu’elle a toujours l'effet pour lequel Dieu la donne. Les adversaires des jansénistes sont d'accord, sur le iens de cette proposition, avec les défenseurs de Jan­ sénius. Bien plus, même après la condamnation par Inno­ cent X, on retrouve chez Arnauld cette thèse :Vcra sancti Thomæ de gratia sufjlciente et efllcaci doctrina dilucide explanata, a. 11, Œuvres, t. xx, p 51 ;et encore dans sa Dissertation théologique d l'abbé Hilar ion, a. 4. Plus tard, Quesnel soutient les mêmes idées dans scs observations sur divers passages du Nouveau Testa­ ment, Joa., xv, 5; I Cor., xn, 3; Matlli., xx, 34; Marc., n. ll;iv. 39; H Cor., v, 21, et la constitution Unigenitus condamnera des propositions dont le sens est identique. Prop, 2, 9, 10, 11, 21, 31. 3· Troisième proposition. Ad merendum ct deme­ Pour mériter et démériter rendum In statu naturæ dans l’état de nature dé­ lupite, non requiritur in ho­ chue, la liberté qui exclut 1a mine libertas n accessitate, nécessité n’est pas rrquhe ted Biilhcit libertas u coac­ en l'homme; la liberté qui tione. exclut ia enaction suffit. Cette proposition est condamnée comme héré­ tique. La 3· proposition ne sc trouve pas explicitement exprimée clans Γ Augustinus; mais elle est la conse­ quence logique des thèses de Jansénius sur la double délectation : la volonté placée entre les deux délecta­ tions céleste ct terrestre est nécessairement entraînée 486 ou au bien par la grâce ou au mal par la concupis­ cence; par suite, l’œuvre bonne faite avec la grâce et l’œuvre mauvaise faite avec la cupidité résultent d’une inéluctable nécessité; donc, pour meriter et démériter, dans l'état actuel, la liberté de nécessité n’est pas requise el la liberté de coaclion ou de cortrainte suffit. Jansénius expose très longuement cette doctrine dans les I. VI. VII et VIII de la grâce du Christ, L in de i’ Augustinus : il y parle successivement de la liberté en général, en tant qu’elle est commune à Dieu, aux anges bons ct mauvais el aux hommes; il identifie la liberté ainsi entendue avec le volontaire, avec l'exemp­ tion de toute contrainte. Aussi la liberté peut coexis­ ter avec la nécessité simple qui est volontaire. La nécessité qui détermine la volonté n’est point, par cela même, une négation de la liberté; en effet, cette nécessité déterminante peut être le fait d’un choix libre, la conséquence d'un acte libre antécédent· De plus, la nécessité antécédente elle-même qui pré­ cède tout choix el tout consentement de la volonté ne détruit pas nécessairement la volonté. Jansénius, en effet, distingue la nécessité antécédente de con­ trainte ou de violence qui vient de l’cxléncur et s’impose à la volonté qui la subit ct qu’elle fait ar r maigri vile. Celte nécessité détruit L» liberté : operatur efjreturn suum, etsi nolis, seu quantum;unique reni­ taris... opponitur voluntati. Impossibile est enim ... ut id qund fit necessitate, seu nobis nulenhbus fiat nuilra voluntate, 1. VI, c. m; mais la nécessite antccvdenle simple, sans aucune coaction externe, peut être, sui­ vant les cas, ou volontaire ou involontaire. La nécessité antécédente simple involontaire pré­ cède l'usage de la raison, cl, par suite, échappe à la volonté : ainsi les mouvements du cœur, la circulai on du sang sont soustraits ù l’empire de la volonté ct Jansénius les assimile À la nécessité de coaclion, puis­ que tous ccs mouvements s’exécutent à l’insu de la volonté· Mais la nécessité antécédente simple volontaire, laquelle produit une détermination invincible de la volonté qui ne saurait lui résister, suppose une con­ naissance pleine ct entière et ne détruit point la liberté. Tel est, en efïct, le caractère de l’autour qu’ont les bienheureux pour Dieu, amour qui est volontaire el libre, bien que necessaire. Cette nécessité volontaire peut être ou immuable, perpétuelle, absolue, comme chez les élus, ou bien transitoire, passagère, conditionnelle, comme chez Its justes, ici-bas. A un autre point de vue, elle peut se rapporter à Vexercice d'un acte, lorsque la faculté est déterminée à un acte, nu point qu'elle ne peut pas ne pas faire cct acte, comme la volonté des bienheu­ reux à l'égard de l’amour de Dieu... ou bien, elle se rapporte seulement â C espèce de l'acte, de telle sorte que la faculté ne peut faire qu'une espèce d'actes, mais qu'elle peut choisir entre plusieurs actes de celte espèce : telle est la nécessité qui nous porte à aimer le bien en général. Les thèses de Jansénius sur la liberté en général ct sur la liberté r quisc pour mériter ou démériter indiquent nette me i le sens de la 3e proposition. L Jansénius place la nature de la liberté en général dans la solonté cl)o-niéme qui est essentiellement libre : vouloir ct vouloir librement sont deux expres­ sions identiques et il est Impossible que la volonté ne veuille pas librement ; libéra est voluntas, hoc est, volitto ratione sui, quæ esi essentialiter h bera : implicat enim contradictionem ul voluntas non nt libera, sicut implicat ui volenda non i>cl mu .. hoc esl ul nt>n sit voluntas... Voluntas seu Vahliu el libera voluntas idem sunt, sicut velle el libere velle et impossibile est ut velle nun sit liberum, L \ 1, ç. v. ( |lLi lou1 |Vi> 487 JANSÉNISME, LES CINQ PROPOSITIONS fibres, la volonté comprend la liberté comme élément essentiel. Ibid., c. xxxiv. 2. Mais cette liberté peut se trouver dans des états différents, suivant la diversité des états et des condi­ tions des agents libres. L. VI, c. xxxiv. Chez tous, la liberté a les mêmes caractères essentiels, mais, par accident, elle agit dans des conditions différentes et se manifeste par des actes très distincts. En Dieu el en Jésus-Christ, elle est unie à une nécessité et une déter­ mination perpétuelle et immuable au bien; il en est de même, en fait, pour les anges et les bienheureux. Par contre, chez les damnés, elle est unie à une néces­ sité semblable, mais pour le ma). Chez les anges au temps de leur épreuve et pour Adam innocent, il y avait une Indifférence active complète entre le bien et le mat Enfin chez les hommes actuels, après le péché originel, il y a encore indifference mais très atténuée, in hominibus lapsis viatoribus (liberum arbitrium) itidem indifferens, sed longe minus. L. VI, c. xxxiv. C’est dans l’explication de cette indiffé­ rence amoindrie que Jansénius montre que, pour mériter et démériter, il faut et il suffit d’être exempt de toute coaction, de toute violence extrinsèque. La liberté humaine actuelle n’est que l’exemption d’une nécessité volontaire immuable. Durant toute notre vie, il y a conflit entre les deux délectations qui peuvent successivement triompher, suivant la prédominance de l’une ou de l’autre, dans la volonté qui consent toujours et nécessairement à la délecta tien la plus forte; par suite, la volonté de l'homme Icibas n'est point fixée et confirmée dans un état, comme celle des bienheureux dans le bien et celle des damnés dans le mal Elle peut changer, ou, plus exactement, elle peut (Ire changée. En cela consiste son Indiffé­ rence et cela est la condition suffisante pour qu'il puisse mériter ou démériter. L. VI, c. xxxiv. La nécessité volontaire antécédente, résultat du triomphe de l’une ou de l’autre des deux délectations, laisse la volonté libre et conditionne le mérite ou le démérite. Bref, seule, la coaction détruit la liberté, LVI,c. xn, et la grâce médicinale de Jésus-Christ qui est tou­ jours efficace au sens de Jansénius ne nuit point à cette liberté. L. VIII tout entier et en particulier, c. v-xx. En effet, la grâce de Jésus-Christ nous fait vouloir librement, sans forcer la volonté. L. VIII, c. vm, xn, xm, xv, xvni D’ailleurs Jansénius enseigne positivement que l’homme pèche, quelle que soit la nécessité qui l’entraîne, pourvu qu’il ne soit pas vio­ lenté. De statu natures lapsee, I. 11, c. iv; 1. IV, c. xvni, xx!; De gratia Christi, 1. VIII, c. ix. Cependant en quelques endroits, De gratta Christi, L IV, c. xxiv; L VIII, c. xx, Jansénius parle de l’indifférence de la volonté. Mais il suffit de lire avec attention les textes de Jansénius pour voir qu’il ne s’agit point d’une Indiffé­ rence active et réelle, c’est-à-dire, du pouvoir d’agir ou de ne pas agir à son gré, quand on a tout ce qu'il faut pour agir; l'indifférence dont parle Jansénius, c’est ce qu’il appelle la mutabilité, la flexibilité qui distingue essentiellement l'homme voyageur «les bienheureux et des damnés, lesquels sont immuable­ ment fixés dans le bleu ou duns le mal. L indifférence toute passive accordée à la volonté humaine consiste en ce fait que la volonté mue par une délectât ion antécédente victorieuse à faire un acte déterminé, reste capable, lorsque les circonstances changeront et que la délectation contraire sera devenue victo­ rieuse, de taire Tacte contraire. Ainsi, la volonté du juste, mue pur la grâce victorieuse, fait nécessairement le bien, mais elle n’est pas fixée dans le bien, comme la vntonté des bienheureux, car, elle peut, dans un antre t&A, être mue par une cupidité plus forte que la grâce 488 précédente et alors elle fera nécessairement le mal Elle est capable d’aller au bien ou au mal. mais elle va nécessairement au bien, quand elle est mue par la grâce, et elle va nécessairement au mal, quand elle est mue par la concupiscence; elle est toute passive et elle ressemble à la girouette qui tourne nécessai­ rement du côté où la pousse le vent le plus fort, mais qui ne tourne pas nécessairement toujours du même côté. Bref, l'indifférence admise par Jansénius et ses disciples exclut une nécessité permanente el immuable mais non point une nécessité transitoire. L’indifférence de contradiction et de contrariété dont parle Jansénius, 1. VIII, c. xx, est également toute passive; il dit lui-même, 1. VI, c. xxxiv, que b volonté de l’homme est exempte de la nécessité volon­ taire immuable. Sous l'Inffucnce de la grâce dominante, la volonté fait nécessairement le bien ; sous l’in fluence de la cupi­ dité dominante, clic fait nécessairement le mal; mais, dans le premier cas, elle peut faire le mal et, dans le second, le bien, non point en ce sens que la volonté puisse faire le mai, tant que la grâce domine ou le bien, tant que la concupiscence domine, mais en ce sens que, durant toute la vie, la volonté peut être changée par une disposition différente, la grâce ces­ sant d’être victorieuse dans le premier cas et In cupi­ dité dans le second. Sous l’influence de la cupidité, l’homme conserve le pouvoir d’éviter le péché et de faire le bien, parce que sa volonté conserve le pouvoir de recevoir la grâce qui vaincra la cupidité et portera la volonté au bien. De stetu naturœ lapstr, 1. 111, c. xm, Jansénius écrit lui-méme : Tatis enim potestas peccata vitandi cum pnesentl peccandi necessitate facile consistere potest, sicut in claudo potest consistere potestas recte ambulandi, quia medici arte sanari potest, cum necessitate claudicandi quamdiu medicina caret. L. IV, c. xxni. Ailleurs Jansénius accorde à la volonté un vrai pouvoir de pécher, quand elle est sous l'influence de la grâce et un vrai pouvoir de faire le bien, quand elle est sous Tin fluence de la cupidité, I. VIII, c. xx; mais ce pouvoir est empéché, hé et II ne peut réellement passer ù l’acte que si la force relative des deux délec­ tations est changée. Ce pouvoir lié de faire le bien existe chez le fidèle qui conserve la fol et chez le juste qui conserve la grâce sanctifiante et les habitus surnaturels qui l'accompagnent. Le pouvoir de faire le mal existe chez tous, car, chez tous, subsiste le poids de la concupiscence qui incline au mal Ce pouvoir de faire le bien, quand on est sous l'influence de la cupidité et ce pouvoir de faire le mal, quand on est sous l’influence de la grâce, n’est pas un pouvoir libre de s’exercer hic tl mine, mais un pouvoir déter­ miné à un acte, à tel point qu'il ne peut faire l'acte contraire, à moins que, dans l'âme, il y ait un chan­ gement, à moins que, par exemple, à la délectation indélibérée dominante qui pousse invinciblement au mal ne succède une grâce, victorieuse qui change la volonté et la porte avec une égale nécessité à l’acte bon. L. VIII, c. xx. Parfois Jansénius semble modifier son langage : ainsi 11 dit qu'être libre, c’est esse sut juris, habere in sua potestotr actus suos, I. VI, c. iu, et it conclut que les mouvements Indélibérés qui précédent la raison ne sont pas libres. Ibid., c. xxxvi, xxxvm. Mats. d ins ces passages et autres semblables, Jansênlus entend ces expressions dans un sens tout par­ ticulier. Ordln virement, on dit qu’un acte est en notre pouvoir, quand il dépend de nous de faire ou de ne pas faire er i acte, quand il y a en nous h pouvoir de choisir entre deux actes et que. par suite, notre volonté n’est pas déterminée à tel acte. Or, pour Jaïutnlua, il .uiTll que U volonté ne soit 489 JANSÉNISME, LES CINQ PROPOSITIONS pan contrainte par une coaction ou violence exté­ rieure, pour qu’on puisse dire que cet acte est en notre pouvoir. L. VIII, c. iv, vi, vib, xxxv, xxxvin. 11 écrit : Fi <μιο fit ut apud eos (Patres et Deteres theologos) Uber actus slt idem qui non coactus, qui non sit nobis nolentibus seu invitis, et qui hoc ipso est tn nostra potentate. L. V 11, c. v. Le pouvoir de choisir le bien ou le mal consiste uniquement, d’après Jansénius, en ce fait que la volonté veut el agit spontanément et avec délectation et non point malgré elle, sous le coup de la violence et de la coaction; elle n’est point mue et poussée par un mouvement aveugle de la nature, mais elle agit par un jugement qui précède et elle se meut de son propre mouvement, bien qu’elle veuille et agisse sous l’influence d’une nécessité inéluctable, comme celle qui, chez les bienheureux, découle de la vision Intui­ tive. C’est donc simplement un pouvoir sans coaction et sans violence, et non point une faculté qui, à son gré et d'elle-mêmc, puisse prendre tel ou tel parti. C’est donc avec raison, ce semble, que le P. Annat et d’autres adversaires du jansénisme ont dit que cette conception de la liberté est, en dépit des termes employés, pleinement d'accord avec celle des calvi­ nistes. Les défenseurs de Jansénius, après avoir longtemps attaqué 1rs thèses thomistes, prétendent être, sur ce point, d’accord avec elles. Λ l’homme qui est tous l'influence de la grâce, Jansénius, disent-ils, attribue la même puissance que les thomistes. La grâce efficace par elle même de Jansénius est iden­ tique A la grâce efficace de ces théologiens. Jansénius attribue A la volonté une simultanéité de pouvoir mais non point une puissance de simultanéité; simul­ tas facultatis, non autem facultatem simultatis. L. VIII, c. iv, xx. Mnis Jansénius avait pris soln de distinguer scs thèses de celles des thomistes: au L VIII, c. rsus-Christ, p. 55, sont d’accord avec le P Annat, Informatio de quinque propositio­ nibus, qui cite des textes de Jansénius et avec le doc­ teur Halllcr, dans l’écrit qu’il remit ù Home aux car­ dinaux assemblés pour l’examen du livre de Jansénius. Après la condamnation des cinq propositions, les Jansénistes continuent, avec certaines formules équi­ voques, A défendre la même thèse Ainsi Arnauld, dans divert écrits reproduits par Quvsnel, Causa Arnaldina, p. 295 sq , el dans son ouvrage : Vera sancti Thomtt de qratia sufficienti el eflicaci ductrina, a. 117, répète formellement qu’on ne résisté pas et qu’on ne peut pas ri shter a la gr «ce, quant à reflet pour lequel Dieu l’a donnée. 5· Cinquième proposition. Cette proposition est condamnée comme fausse et hérétique. La P proposition est assez complexe : elle comprend deux parties dont la première énonce un fait et se rapporte à l'hiitolrc et dont la seconde énonce un dogme de fol. Jansénius n soutenu la première partie en divers endroits, spécialement nu I. VIII de l’hérésie pélaglenne, Augustinus, t. i, où 11 prétend que les semlpélaglens (les Marseillais) admettent la nécessité d’une grâce antérieure prévenante pour chacune de nos actions, même pour le commencement de la fol, Ibid,, L VHI, c. vi. Ailleurs, De gratia Christi, 1. Π, c. xn, Il rappelle cette doctrine, quand il écrit : memoria recolendum est semipelagianos ad illud initium fidei, orationem, desideria, similesque actus bonos quos homini in potestate remansisse sentiebant oerre, inter­ ns, actualisque gratiie adjutorium statuisse neces­ sarium. Jansému avoue d'ailleurs que ceux des Marseillais qui se rapprochaient davantage des pélagiens n'admettent pas d'autre grâce que la loi et la doctrine chrétienne. De lurresi pelagiana, 1. VIII, c. vî. La seconde partie de la proposition condamnée affirme que b> srml pi lagicns étaient hérétiques,parce qu’ils regardaient celle grâce nécessaire A tous les actes, comme une grâce à laquelle la volonté pouvait, A son gré, résister ou obéir, bref, comme une grâce suffisante. Ibid., L VIII. c. Vî, et aussi De gratia Ctrlstt, I. 11, c xv. La résistance dont parle Jansénius n’est point celle que la concupiscence oppose toujours ù la grâce, puisqu’il dit, qu’après le péché, Il v a toujours conflit entre 1rs deux delectations. - Notre volonté, écrit Setnlpchiglunuin c»t dlcere Arnauld, Considérations sur Centreprise faite par Clirlstum pro onmibu» omMaître A tentai < οτηΊ, p 26, résiste toujours, par sa alno hominibus mortuum conruphttnee, aux mouvements de In grâce de Dieu esse aut sanguinem fudisse, et ne le» reçoit Jamais avec une soumission el une I IleUicTnl-pMnglende dire que Jêsui-< Jirht est mortou qu’il n répandu son n-4·, Paris, 1651; Aviti (J. Slnnlch), Mollnomachla, hoc fit, mollnlstarum In Augustinum Jansenii Insultus novisjlmL«, viglntl octo consonantiarum doctrine Inde excrrpt*, eum articulis a Pio V pontifice proscriptis, compilatione subnixus, lutldem erro dissonantiarum contrapositione elisus, tn-4·, Paris, 1651 ; Appendix ad veritatem buller Urban (an* demon trandam, seu Noter ad Aurelii Aviti moltnomarhlam. cui accessit Tractatus apotogetlcus pro ejusdem bull* aarf iHtafe, ln-<·, Paris, 1651 ; Aviti (Slnnlch), Nota­ rum \folin imacMr aspersarum spongia,sive Responsio dtspunctnrta ad libellum cui titulus : Appendix ad veritatem btdhr Ur banian* demonstrandam, seu Notie ad Aur. Acili Molinamachtam, arctus U rbanomuchtam, ln-4·, Paris, 1651 ; Rrisae 1er, Le /an'énhme confondu, ln-4·, Paris, 1651; Extrait dex principales Injures, faussetés, mensonges, tmposH calomnie dont est rempli le Itbrllr diffamatoire du P Rrisaeter, Jêsatlr, Intitulé : Le jansénisme confondu, el 496 censuré par Mgr l'archevêque de Parts, fn-4·, Paris, 1652; Callaghan, L'innocence et la vérité défendues contre tes calom­ nies et les faussetés des Jésuites et contre le livre du P. llrl· sacler intitulé : Le Jansénisme confondu, in-4·, Paris, 1652; Et Deschamps, Le secret du jansénisme découvert et réjuU pnr un docteur catholique, in-4·, I>nris, 1651; BourzêH, S. Augustin victorieux de Calvin et de Molina, ou ré/utallun d'un livre inlilulé : Le secret du jansénisme, in-4·, Parii, 1652; Jacques Du Bosc, Jésus-Christ mort pour tous et que cette proposition bien démêlée peut démêler la controverse du sujet de la grâce, ln-8·, Paris, 1651; Moraines (Jos. Marti· nonl). Anti-Jansen tus, hoc est, select* disputationes dt lurresi pelagiana et semi-pelagiana deque variis sfalibui natur* humun* et de gratia Christi salvatoris, In-fol., Inuris, 1652; Annat, De incoacta libertate disputatio quadripartita contra novum Augustinum 1 prensis epitcopl. Vine. Lenem, Apologlslum Jansenii, commentatorem quinque propor­ tionnai, in-4·, Home, 1652 ; le nil me, Augustinus a baianis vindicatu* : ostenditur doctrinam jansenlanam longe distare a doctrina S. Augustini, ln-4·, Paris, 1652; De La Lane el Girard, Distinction abrégée des cinq propositions qui regar­ dent la matière de la grâce, représentée d Sa Sainteté par lei théologien* qui sont d Rome pour la défense de la doctrine de S. Augiulin, dans leur écrit du 19 mat 1653, in-4·, Paris, 1653; Pierre Nicole, Tredeclm theologorum ad examinandas quinque propositiones ab Innocentio X selectorum su/jragia, seu, ut app· liant, vota summo pontifici scripto tradita, ex quibu* verus constitutionis sensus Innotescit et ad oplatam Inter catholicos theologos pacem stabiliendam via facilis aperitur, ln-4·, Paris, 1657 ; Rulle ou Constitution de N, S. P, le pape Innocent X du dernier mat 1653, par laquelle sont déclarées cinq projtosilions en matière de fol avec le bref de Sa Sainteté aux archevêques et évêques, ln-4·, 1653; Lellrt circulaire des cardinaux, archevêques et évêques assemblés d Paris le 15 juillet 1653, écrite d tous les archevêques et étiques du royaume pour leur faire part de ce qui a été décidé dan* leur assemblée au sujet de la constitution qui condamne les cinq propositions; d la fin est un formulaire de mandement qu'ils doivent faire publie* en conséquence dans leurs dio­ cèses, in-fol., Paris, 1653; Gilles \Mlie, Spongia mdanun quibus quinque propositiones famuuis denuo aspersit Mart, Steyaert, obducta per Palladium, Sancti Augustini discipu­ lum, ln-4·, Cologne, 1688; Quinque propositiones ab Inno­ centio X damnata· et propositiones Jansenii contraria·, ln-4·, Paris, 1653; François Vavusscur, Cornelius Jansénius Iprensts suspectu*, in-8·. Puris, 1653; le môme, Dhierfaltode libello supposititio, in-8·, Paris, 1653; Yves de la Brlêre, Le jansénisme de Jansénius, élude critique sur les cinq propositions, dans les Recherches de science religieuse, 1916, p. 270-301. IV. Autres erreurs ou exagérations contrnuf.s dans i.’Augustinus. — Les cinq propositions condamnées par Rome forment vraiment, suivant les expressions de Bosquet, Lettre au maréchal de Bellefond, 30 septembre 1677. < l’âme du livre de Jansé­ nius ; elles étalent tout le livre ct tout le livre n’étalt que ccs propositions · Éloge du P. Bnitrgoing, 1669; cependant VAuyuslinus renferme, touchant la méthode de la théologie ct la doctrine clic-même, des erreurs ou des ex. gérhtloiis que le Jansénisme va développer avec Arnauld ct surtout Qncshel ct scs dis­ ciples nu xvn· et au xvin· siècles ct qu’il faut signaler brièvement. 1· Méthode de ta théologie.— D’après Jansénius, la philosophie est la mère de toutes les hérésies ct en par­ ticulier des hérésies sur la grâce; la philosophie d’Aris­ tote, exploitée par les scolastiques, a été tout spécia­ lement néfaste, t. n, De statu natur* pur*, 1. II, c. n; elle a soulevé des discussions sur In grâce ct n’a tenu aucun compte de la tradition de l'Êglbe et de l'auto­ rité de saint Augustin. T i, I. VI, c xvin; t. π, Intro­ duction, C. Ill, vi. Vis, VIH, XVJ, XXV, XXVIII, xxx. Bien plus, la philosophie a détourné de FÉcrtture, des Pères des premiers siècles, des conciles ; la philosophie scolastique est devenue toute spéculative, l n. Intro­ duction, c ix, ct parce qu’elle est spéculative, elle se p, rd d . ' de minutie» el dei recherche» dialectique» et métaphysiques; elle engendre l’érudition presomp 497 JANSÉNISME, AUTRES DOCTRINES DE JANSÉNIUS 498 amour ne peut être que surnaturel, t. n, De statu natu· tueuse avec lu prurit d’écrire et de multiplier les dis­ ree pura. I. I, c. ni, xvi; I II, c. ni; s’il n’en était pas sertations et les livres. T. i, 1. IV, c. il, m; t. n, Intro­ ainsi, le péché ne serait pas imputable A l’homme et duciion, c. m. toutes scs fautes seraient des crimes de Dieu. L. I, En morale, la philosophie n élargi les consciences c. xvn, κιχ. Cet amour suppose la grâce d’adoption. ct promulgué des règles nouvelles de plus en plus Ibid., C. XMII, xx. relâchées, ù mesure que les hommes deviennent moins chrétiens; déjà tout est permis d’après ce principe La créature, tant qu’elle est Innocente, ne saurait qu'on peut suivre une opinion moins probable en pré­ être privée de la vie éternelle, ni être malheureuse. sence d’une opinion plus probable, car que ne peutIbid., 1. II, c. iv; de même, les désirs mauvais qui on rendre probable avec un peu de bonne volonté? précèdent l’exercice de la raison ne sont point naturels T. u, Introduction, c. vm. à la créature Innocente; les mouvements désordonnés 2° Doctrine. — Pour s'être attaché trop exclusi­ de la concupiscence sont déjà mauvais, parce qu’lia vement à l'autorité de saint Augustin, Jansénius a sont des désirs de pécher, et, par suite. Ils ne peuvent méconnu les progrès accomplis par la théologie se trouver dans la créature raisonnable Innocente, depuis le v· siècle. Il s’est trouvé amené à défendre ibld.,c. xm, xiv, xvin, pas plus que l’ignorance de droit naturel, c. xxn. sans aucune réserve des thèses avancées parfois un peu rapidement par l'évêque d’Hipponc, soit C’est un blasphème de supposer que Dieu pourrait dans l'enthousiasme de certaines découvertes fultcx damner les hommes et les punir de la peine des sens, par lui (Quastiones ad Simpliclanum, 1. I), soit dans ibid., I. III. c. ι-vi, χ-χτι; ce serait une cruauté et une le feu des discussions avec les pélaglens. Alignées Injustice de Dieu d’infliger à l’homme Innocent des par Jansénius suivant toute la rigueur de la méthode misères et des peines quelconques. Ibid.,c. xm, xv.xxj. scolastique, ces thèses font parfois au théologien 4. Œuires des infidèles. — Les pilugicns, Induits en moderne l'effet d’erreurs formelles. erreur par les philosophes, enseignent que les infidèles 1. Transmission du péché originel. — Les modernes, peuvent avoir de vraies vertus. T. i, 1. IV, c. vm. Mais, dit Jansénius, ont imaginé que la volonté d'Adam, dit Jansénius, il faut distinguer, dans la vertu, l’ad/on par un acte positif de Dieu, représente la volonté de elle-même et la fin; si on considère l’acte seul, on peut tous ses descendants; Adam est le chef moral de dire que les païens et les philosophes ont pratiqué l'humanité, t. n, De statu naturæ lapsa, 1. I, c. v, xvi; certaines vertus, L n, De statu natura lap*a, 1. IV, mais il n'en est rien : le seul fait d’être homme c. vui-xii ; mais leurs actes n’étant pas faits pour la fin explique la transmission du péché originel. Ibid.,c. v. pour laquelle Ils doivent être faits, constituent de La propagation du péché originel sc fait par la con­ vrais péchés. Ibid., I. II, c. v-vni, xvi. Il faut, en effet, cupiscence de la chair qui vicie la nature humaine que l’acte soit rapporté à sa (In; sans cela, il est fait et qui nécessairement préside A la conception de autrement qu’il ne doit l’être. C’est Julien d’Éclane l'homme. Le péché originel a corrompu la nature et qui a imaginé des actions bonnes moralement et inu­ la corruption de la racine passe à tous les fruits, tiles au salut. Ibid., 1. Ill, c. xvu. 11 n’y a pas de milieu ibid., c. vi, xi, xn, xiv; c’est comme une maladie entre la charité et la cupidité, car il n’y a pas d’autre qui se transmet de génération en génération. La amour que celui du créateur et celui de la créature. source de cette propagation héréditaire n’est pas Ibid., c. xix. L’Ame, captive du péché, n’agit el ne la nature ct le mariage ou l’union des époux, mais peut agir que sous l’inlluence de la concupiscence le vice de la nature, la concupiscence qui a corrompu t. m, De gratia Christi, I. 1, c. iv, car le péché attache la semence humaine. Ibld.,c. vi, vin, xxn. Cela permet I’Ame aux choses créées A tel point qu’elle ne peut s’y de connaître la grandeur de la faute d’Adam qui a arracher, t. n, De statu natura pura, I. I, c. x; L II, perdu toute l’humanité, a corrompu la nature et a c xx. xxv. précipité I homme dans l’amour des créatures. Seul, le Seule, la charité ou amour de Dieu permet de taire péché originel est transmis, parce que, seul, il est né de des actions vertueuses, t m, De gratia Christi, L V, la liberté parfaite ct il n fait A la nature humaine une c. v, ix, car c'est l’amour qui détermine tous les actes plaie profonde dont Adam ne pouvait la guérir; ainsi de la volonté. la concupiscence est devenue une propriété de la L’absence de la fol cher les infidèles rend toutes nature Ibtd., c. xvni, xxi. Cette corruption atteint leurs actions mauvaises, car Ils n’ont pas la grâce qui directement le corps ct Indirectement l’âme qui lui suppose la charité. T. n, De statu natura pura, I IV, est unie; c’est une loi de la chair qui tient i’Ame cap­ c. m; t in, De gratia Christi, L 1. c. iv, v; I. Ill, c. xi, tive sous des appétits Inférieurs; clic enchaîne A tel XII. point notre lloerté que, seule, la grâce du Sauveur La distinction de l’amour naturel et de l’amour sur­ peut libérer l’âme. Ibid., c. xxn, xxm. Jansénius nie naturel de Dieu est absolument Inconnue de saint l’immaculée conception. Ibtd, c. ix. Augustin et des anciens Pères, t. n, De statu natura 2. Ignorance invincible. — Les scolastiques ensei­ lapsa, I. I, c. in, x, ct les raisons que donnent les phi­ gnent que l’ignorance Invincible excuse de toute faute losophes, pour soutenir que les actions des infidèles et en cela ils sont d’accord avec la raison humaine, peuvent être vertueuses, ne sont que des niaiseries. mais en complète opposition avec saint Augustin. En Ibid., 1. IV, c. XVU, xxvu; les scolastiques, qui sont effet, agir contre la loi, c’est véritablement pécher, d’accord avec eux, se sont appuyés sur la raison même si on ne peut savoir ct comprendre ce que la loi humaine ct non point sur la tradition de l’Église. Ibid., ordonne. L’Ignorance de fait ct de droit positif excuse, I. IV, c. xxvu. 11 faut que la grâce libère l'âme; sinon, la volonté L n. Dr statu natura lapsa. 1. Il, c. n. m, iv, v; ne peut faire aucune action bonne même moralement mais l’ignorance de droit naturel est imputable, parce que c’est une peine du péché et qu’elle pro­ d'une bonté naturelle qui exclue toute faute; sans la grâce, la volonté est portée pur une nécessité invin­ vient d’un aveuglement coupable de l’intelligence; par suite, clic n’excuse point. Ibid., c. v, vi; De cible A faire le mal dans tous ses actes; par suite, tout acte fail, avant la charité, avant la fol, est nécessaire­ statu naturte para, 1. II, C. xxn; t. in, De gratia ment un pêché. Ibid., 1. 111, c. xiv, xv. Christi, I. Ill, c. xvn, xvin. b. La loi mosclque. — La loi ne donne point la faci­ 3. fttat de nature pure el de nature Intègre. — L’état lite pour remplir les préceptes; au contraire, elle les de nature pure non seulement n’a jamais existé, mais Il n’est même pas possible, car la créature raisonnable rend plus difficiles; cela tient A la nature même des choses, car un précepte n’est vraiment accompli que ne peut être créée sans l’amour du créateur et cet 499 JANSENISME, QUESTION DE DHOIT ET QUESTION DE FAIT lorsqu’il est observe par amour de la justice; or cela n’est possible que par la grâce efficace, car la grâce suffisante augmente le désir du pêché, rend prévari­ cateur et tilt abonder le pêché, t. m, Dt gratta Christi, L l. c. vu, vm ; en clTet, l'homme charnel, avec la loi el sans la grâce, pêche plus facilement, plus souvent et plus ardemment ; aussi la loi inultiplie-t-clJe les pé­ ché* /bid., c. xi. Il est faux que la loi ait été donnée à tous avec la grâce suffisante (thèse des scolastiques); clic a été donnée pour enseigner la nécessite de la grâce adjuvante, ibid., c. xm clpourfalre naître l’hu­ milité. Ibid.,c. χιι,-χιν;!. Ill, c iv, v. Dans l'Anclen fest ament, Dieu ne promet que des choses tempo­ relles (richesses, biens, paix, victoire); aussi l’espé­ rance et la charité des Juifs étaient vicieuses; ils n'observaient la loi qu’en apparence et ils ne dépas­ saient guère les gentils qu’en ce sens qu’ils deman­ daient ces biens temporels au vrai Dieu. Ib(d.,\. III, c VI. 6. La crainte de Dieu; rallritlon. — La crainte de Dieu ou la crainte des châtiments ne suffit pas pour l'accomplissement d’un précepte. T. ni, De gratia Christi, I. V, c. xxv. Il est Impossible que celui qui s’abstient de pécher uniquement par crainte du châtiment, ne pèche pas,car la volonté, dans ce cas, ne s’écarte pas vraiment du péché : elle ferait le péché, si elle le pouvait impunément; aussi elle fait une œuvre bonne devant les hommes, mais non point devant Dieu, car elle n’aime pas ce qu'elle fait, mais tout autre chose qu'elle craint de perdre. T. n, De statu natunr lapstr, 1. 11, c. xv, La crainte laisse attaché au péché dont elle ne détourne ni l’intelligence ni la volonté, t. m, De gratia Christt, 1. V, c. xxi, xxu ; seule, ia charité change la volonté; la crainte presse et ne détruit point la cupi­ dité; elle retient la main cl non le cœur et la volonté. Ibid., c. x; par suite, les scolastiques sont dans l’erreur, quand ils enseignent que la seule crainte fail vraiment fuir le péché. Ibid., c. xix. La crainte de l’enfer vient de Dieu, mais n’est pas une grâce de Jésus-Christ, laquelle est uniquement chanté, /bid., c. xm. L’atlrition vient de l'amour de wi. de l’amour de son corps qui redoute les châti­ ments; ce n'est pas une disposition b la just ideation. /bid, c xxv Le concih· de Trente ne parle pas de celte attrition des scolastiques qui procède de la seule crainte, mais de la contrition qui est une forme de la charité el qui renferme toujours la détestation el la douleur du péché. Ibid., c. xxvi 7. La prédestination et la réprobation. — Le péché originel a fait de lous les hommes une musse de per­ dition et il est, par consequent, la cause radicule de la damnation. A celte masse, par miséricorde, Dieu arrache ceux qu'il veut; il les prédestine et A ceux qu’il a ainsi l‘i rcment choisis, Il remet les péchés; il éloigne d’eux les maux qui sont /listement Infligés à tous ceux qu'il a laisses dans la masse; 11 dissipe leur Ignorance et guérll leur cécité; il leur accorde toutes les grâces nécessaires pour qu’ils arrivent infailliblement au salut. Ί .m, De gratta Christi, 1. IX. c. vm-x Ceux qu'il n’a pas choisis et que. très fust m nt H abandonne dans la masse de perdition, restent dans l'ignorance el rendurcissement, uniquement parce que Dieu a dicidé de ne pa* les sauver; écartés du de< rrt de Ubêtation posé pai Dieu, quoi qu’ils fassent, Ils seront damnés, ibid.,1. IX, c. xx; Ils sont réprouvés par un décret positif de Dieu qui, librement, a décidé de les I Issec <1 ms l’étal où Ils se trouvent par le fait do péché originel et d’où II a tiré librement ceux qu'il a voulu. Ibid.t L X, c. n. Ainsi le péché origine) est non seulement la cair.e de la réprobation négative, mais encore de la réprobation positive par laquelle 50ü Dieu, positiveinent, a décrété de laisser le plus grand nombre des hommes dnns In musse de perdition, parce qu’il les juge Indignes du bienfait de la vie éter­ nelle, qu’ils soient adultes ou enfants, lidelct uu Infi­ dèles, Justifiés ou pécheurs; car, pour être délivrés, Il faut persévérer dans la justice Jusqu’A la tin. Il ne suffil pas d’être délivré du péché originel par le bap­ tême, car, A cause du péché originel même effacé, Dieu peut ne pas vouloir délivrer totalement de la masse de damnation, puisque lu concupiscence demeure encore el détermine au péché, si Dieu n’accorde pas des grâces victorieuses pour en triom­ pher. Ibid., I. X, c. ni. La libération comprend donc de nombreux degrés ; Inspiration surnaturelle, fol et rémission du péché originel par le baptême, grâces efficaces et enfin persévérance finale; tout cela dépend uniquement de la miséricorde de Dieu et, seule, la persévérance finale constitue la libération totale de la masse de perdition. Ibid., c. iv. La réprobation positive comprend l'aveuglement, l'endurcissement, l’abandon de Dieu, toutes les peines de celte vie et enfin la damnation. Ibid., 1. v. Qui n’est pas délivré de tous ces maux n’est point élu, et, bien que justifié pour un temps, n'csl pas réellement séparé delà masse de damnation. Ibid., 1. IX, c. ix. Les enfants morts sans baptême sont damnés et subissent la peine du sens, T. n, De statu nature? lapse 1. Ill, c. xxv, et ouvrage de Florent Conrius publié avec V Augustinus. V. Apkésla condamnation des qnq proposition· jusqu’à la paix de Clément IX (1653-1668). — 1° La · question de droit · et la * question de fait ». — La bulle d’Innocent X fut reçue dans lous les pays catholiques. En France, la conduite des défenseurs de Jansénlus fut assez équivoque. La plupart, suivant les expressions du Journal de Saint-Amour, se sou­ mirent â la bulle el déclarèrent condamner les cinq propositions dans tous leurs mauvais sens, étant donné que cette condamnation ne touchait pas la doctrine de la grâce efficace par elle-même: mais la soumission de beaucoup u’étall pas sincère Ils adhé­ raient au Jugement du Saint-Siège et condamnaient les propositions partout où elles se trouvaient; mais Ils niaient qu’elles fussent dans Jansénlus ou qu’elles fussent condamnées dnns le sens de Jansénlus et qu'elles eussent été soutenues par eux. Bref, la con­ damnation qui atteignait les propositions prises en elles-mêmes, n'attcignalt point V Augustinus, car le sen* de Jansénlus était pleinement d'accord avec les principes de l’orthodoxie la plus parfaite, puisque c'était le sens de saint Augustin. Les propositions condamnées ne se trouvaient dans V Augustinus, ni quant aux termes (du moins les quatre dernières), ni quant au sens hérétique condamné par la bulle; Jansénlus, en clTet, n’enseignait que la pure doctrine d< saint Augustin, autorisée durant tant de siècles par l’Église et A laquelle Innocent X lui-même avait déclaré ne vouloir en rien porter atteinte. Dans une Delation abrégée sur les cinq propositions condamnées par la Constitution du pape, composée en 1653, mais publiée seulement en 1717, Arnauld pré­ tend : l· que les propositions condamnées ont été fabriquées par Cornet et ses partisans cl ne sont tirées ni de Jansénlus ni d’aucun autre auteur; 2· que per­ sonne ne lc> soutenait ni ne les avait soutenues dans les divers sens In reliques qu’elles pouvaient avoir; 3· que la députation envoyée A Borne n'nvalt nulle­ ment pour ut dt soutenir ces propositions, mais seulement de détendre la doctrine dt· saint Augustin et d’cinpéclu r que. sous prétexte d’erreurs et d'héré­ sies. on ne donnât quclqü*attelnte A cette doctrine très cal frolique. I Le P Annat entreprit alors de montrer quc |e> cinq propositions étaient réellement dnns V Augustinus, i Cavilli fansenlstarum. Cet ouvrage, écrit l’éditeur des | Œuvres d’Arnuuld, t. xix, p. xxin. força les jansénistes à rompre le silence afin de se défendre Arnauld répondit nu P Annat, Œuvres, t. xix, p. 147-195 : · La première proposition est la seule, dit-il, qui soit extraite du livre de Jansénlus et elle présente un tout autre sens que dans le texte dont elle est détachée et dont elle dllîère par cinq différences essentielles. » Les quatre autres ne se trouvent dans Jansénlus ni en termes exprès, ni en tonnes équivalents. Presqu’en même temps, Arnauld publia le Mémoire sur les desseins qu'ont les fétulles, Œuvre* Λ. χιχ,ρ. 196-207, el un Éclaircissement ά quelques nouvelles objections, Ibid., t. xix, p. 208-227, pour les présenter à la prochaine assemblée du clergé. De son côté, le P Annat réédita ses thèses sur les cinq propositions dans un nouvel écrit : La doctrine de Jansénius contraire à la doctrine de ΓÉglise romaine et à celle de S. Augustin; Arnauld répondit, mais, écrit son éditeur, t. xix, p. xxix, ù la demande de Mazarin, Il ne publia pas cette réponse qui se trouve. Œuvres, t. xix, p. 238-308. sous le titre suivant : Francisais Annutus Jcsuilu, famosi auctor programmatis cul (itulus est : iJansenii doctrina Sedi Apo>tuliciret S. Auguslino contraria tn V propositionibus, · in exponendis Jansenii sententiis /raudulentiuc, in explicanda ponHflcaliconstitutione temeritatis, in exponenda IL Augus(ini doctrina Inscitiæ et perfidie?, a Theologo Lovanlensl convictus. La première partie de Im défense de la cons· titution ιΓInnocent X et de la loi de ΓÉglise contre le P. Annal fut également présentée à l’assemblée du clergé, pour empêcher celle-ci de souscrirez la condamnation des cinq propositions, mais l’assemblée passa outre. Le 9 mars 1654, les évêques présents ù Paris se réunirent et désignèrent quatre archevêques et quatre évêques pour examiner In question et faire un rapport A l’assemblée générale. En dix séances. Ils rapprochèrent de ΓAugustinus les cinq propositions; après avoir lu les écrits composés pour la défense de Jansénlus. les évêques assemblés déclarèrent que « l’on était obligé de dire que ces cinq propositions étaient condamnées en leur sens propre qui était le sens de Jansénlus · et le 28 mars, il fut décide que · l’on drclareralt que la constitution avait condamné les cinq propositions, comme étant de Jansénlus et au sens de Jansénlus · Trente-sept évêques écrivirent au pape (28 mars 1654) et envoyèrent aux évêques absents une lettre circulaire dans laquelle Ils constatent que « des personnes osent assurer et tachent de persunder aux autres deux choses qui n’ont aucun fondement : la première que les cinq propositions ne sont point de Jansénlus. la seconde qu'elles ont été condamnées en un sens qui n’appartlcnt en rien ù Jansénius. » Les prélats ont reconnu très clairement, par In lecture de In constitution et encore pur celle des livres de Jansénius qu’ils ont soigneusement lus examinés pour ce qui regarde les cinq propositions, que ces cinq propositions sont vraiment de Jansénius et qu’elles sont condamnées au propre sens de leurs paroles, qui est cclul-Jâ même auquel cet auteur les enseigne cl les explique · Hcrmant, Mémoires, t. n, p. 419-442, 464-490 Le pnpe répondit par un bref du 29 septembre 1651 ; il y affirme que, par la constitution du 31 mai 1653, « il a condamné, dans les cinq propositions, In doctrine de Cornélius Jansénlus conleniicdamsonlivrclntltu)éAu0uxon et il ajoute un décret du 23 avril 1654 qui condamne cl defend plusieurs écrits qui soutiennent la doctrine de CAupuslinus, entre autres les deux Apologies pour Jansénius, composées par Arnauld, La grdee viciarieuse de Jésus-Christ ou Molina et ses disciples con- | vaincus de l'erreur des pétagiens et des seml-pélaglens, œuvre de La Lnnt ï* Écrit d trot» colonne* ou dltlinc(Ion abrégée des cinqpropositions^ Théologie lamiliére de Saint-Cyran, la Lettre pastorale de Mgr l’archevêque de Sens pour la publication de la constitution,VOrdon· nance de M. l’évêque de Comminges, les Enluminure* du fameux almanach des PP. lésuites, la Repense au P. Annat touchant les cinq propositions attribuées à M l'évêque (TYpres, et un grand nombre d’autres écrits (en tout 49). Hcrmant, op. clt., p. 513 527. Le bref du pape fut reçu par l’assemblée du clergé le 20 mal 1655. A cette date, Arnauld avait publié sa fameuse Lettre ά une personne de condition (24 févrirr 1654) au sujet de l’affaire du duc de Liancourt à qui son confesseur, M. Picolé, avait refusé l’absolut ion, parce que le duc n’avait pas donné de marques suffi >anle» de soumission à la constitution d’ Innocent X et avait refusé de renvoyer de chez lui deux jansénistes de marque, le P. Dcsmaresct l’abbé de Pourzéls, et de rompre ses relations avec des jansénistes notoires. Rapin, Mémoires, t. n, p. 235-250, 297-308; Fuzet, op. cil., p. 281-287. Dans cette lettre, Œuvres, t. xix, p. 311-334, Arnauld déclare que les errrurs condamnées par le pape ne sont point défendues parles prétendus jansénistes, car · d’une part, Ils condamnent sincèrement les cinq propositions censurées par le pape en quelque livre qu’on les puisse trouver, sans exception, cl, d’autre part, ils ne sont attachés à aucun auteur particulier qui forme des opinions nouvelles et qui parle de lui-même touchant la matière de la grâce, mais à lu seule doctrine de saint Augustin »G. Her mant, op. cit., t. n, p. 624-627. En réponse â cette lettre parurent plusieurs écrits; Rapin, Mémoires, t. n, p. 247, en cite neuf. M. Eronson composa deux lettres ù M. Arnauld, 18 mars et 19 avril 1655, citées I dnns la correspondance de M. Tronson publiée par | L. Bertrand, Lettres choisie*, Paris, 1904,t. ni, p. 5-43. I On soutenait qu’Arnauld et ses amis, en paiticuller, | l’abbé de Bourzéis, avalent accepté la doctrine cou­ I damnée et, par suite, devaient faire une soumission I explicite et reconnaître nettement que les cinqpropo' sillons étalent dans Jansénlus, conformément au bref I du pape et à In lettre de rassemblée du clergé. Arnauld i répondit par qm Sec mde lettre à un duc et pulr de France (10 Juilkl lbô5);Œtwres,t. χιχ,ρ. 335-560, (H s’agit du duc de Luyncs). Arnauld y défend les Jansênrles qu’on traitait en excommuniés et 11 met en | avant d'une manière formelle la célèbre distinction du | lait et du droit: L En luit, les cinq propositions ne se ! trouvent pas dans VAuauslinus et elles n’ont été soutenues par personne dans le sens où elles sont condamnées, mais elles ont été fabriquées en haine de saint Augustin; ces propositions ne peuvent être attril uéb à Jansénlus, û moins d'imp<»' Arnauld protesta contre rassemblée et dans les Considérai ions sur ce qui s'est passé en rassemblée du 4 novembre 1655, Œuvres, L xjx, p 602-625. il souligna les vices de fond et de forme. Il sc porte appelant comme d’abus contre les conclusions de la faculté, mais le 12 novembre, un arrêt du Conseil ordonne de passer outre et d’examiner la lettre de M. Arnauld; aussitôt celui-ci récuse les commissaires comme « étant scs adversaires et ses parties » dans une lettre a M Messier, curé de SaintLandry (24 novembre), Œuvres, t. xix, p. 626. Rapln, Mémoires, L n, p. 810-322, 336-356, 528-536. raconte le» scènes mouvementées qui sc passèrent en Sorbonne du 2 décembre 1655 au 11 janvier 1656; le chancelier Séguier dut assister aux délibérations pour y maintenir · l’ordre, la paix et la liberté. · On décida la question de fait le 14 Janvier A la pluralité de 127 voix contre 9, mais après le départ de 60 doc­ teurs et l’inlroductOii dans la faculté de 40 moines mendiants qui n'avalent pas voix délibérative. La proposition d’Arnauld fut Jugée · téméraire, scanda­ leuse, injurieuse au pape et aux évêques et même elle donnait lieu de renouveler entièrement la doc­ trine de Jansénius ci-devant condamnée. · La ques­ tion de droit fut décidée le 29 Janvier et la proposition d’Arnauld fut déclarée ■ téméraire, Impie, blas­ phématoire, frappée d'anathème et hérétique, renou­ velant la première proposition. · 11 fut arrêté que,si, dans la quinzaine. Arnauld ne sc soumettait pas à la censure et ne la souscrivait pas. il serait retranché du corps de la faculté et rayé du catalogue de ses doc­ teurs. En fait celte condamnation d’Arnauld n’avait été obtenue que par un véritable coup d'État; Arnauld ne se soumit point et la censure fut publiée avec les passages incriminés de la lettre d’Arnauld et les propositions condamnées (31 Janvier 1656). Arnauld avait déjà protesté contre le projet de censure le 27 janvier; aussitôt après la publication de la censure, il reprit ses attaques. La Lettre d'un bache­ lier à un docteur de Sorbonne et la Réponse du docteur (février 1656) reparut plus tard sous une forme plus développée et sous un dire diilérent : Eclaircissement sur celle question morale et ecclesiastique si un docteur ou un bachelier peut en conscience souscrire. Œuvres, t. xx, p. 1-38. Arnauld rapproche scs thèses de celles de saint Thomas, comme d'aibeurs dans un autre écrit : Vera S. Thomm de oralia sufficienti el efficaci doctrina diluride explanatur, ibid., t. xx, p. 39 77. Arnauld s’élève encore contre sa condamnation dans •es Lettres aptlogét^ques d un évêque (M. Viafort), Œuv'es, t. xx, p. 85-158. H sc plaint qu'on ait choisi pour commissaires des docteurs qui sont ses adver­ saires et qu'il a récuses; de pius, panni scs Juges, Il y n des docteurs demeurant à la communauté du sémi­ naire de Samt-Sulpicc dont h conduite est en ques­ tion et enfin un lui donnait pour Juges un grand nombre de religieux mendiants, contrairement aux statuts anciens qui n’accordent le droit d’opiner qu’à deux membres de chaque ordre mendiant Dans la première lettre apo^grtiqu· ( 10 mars 1656), Arnauld veut Justifier sh conduite depuis le common cement des assemblées de Sorbonne ju?qu'à la conclu­ sion de la question de fuit; dans la seconde (24 mon), U parle de la question de droit et veut montrer l’injus­ 504 tice de scs ennemis; dans la troisième (15 avril), Il justifie la proposition censurée par une partie des docteurs de Sorbonne; enfin une quatrième lettre, qui ne fut pas publiée alors, signale les faussetés évidentes et les erreurs grossières dénoncées par la Sorbonne. Peu après la censure de Sorbonne, Arnauld com­ posa sa Dissertatio quadripartita. Œuvres, t. xx, p. 159-314, « pièce très savante ., disent scs amis, où il légitime sa doctrine et explique, en particulier, l'impuissance absolue de l’homme privé de la grâce Cet ouvrage fut réédité en 1656, 1682, 1689. 11 est Impossible de citer ici tous les écrits qui furent composés pour ou contre Arnauld. Œuvres, t. xx, p. 345-842. Quesnel, dans la Causa Arnnldina (1699), a réuni tous les écrits latins publiés soit avant soit après la censure et, dans le Recueil des écrits français (170*2), il ajoute un discours historique et apologé­ tique dont la première partie n’est guère que la tra­ duction de la préface latine de la Causa Arnaldlna cl la seconde est une réfutation des · faussetés annon­ cées, au sujet de la censure de 1656 ·, par Dumas dans son Histoire des cino propositions (1699), ouvrage que le même Quesnel avait déjà réfuté dans La paix de Clément IX En même temps, les amis d’Arnauld, par la plume de Pascal, Jetaient le ridicule sur les assemblées de Sor­ bonne : dans ses trois premières Lettres à un Provincial (23, 29 Janvier, 9 lévrier 1656), Pascal raille sur le droit et le fait.sur le pouvoir prochain et la grâce suffisante qui ne suffit pas. Les treize Provinciales suivantes sont dirigées contre la morale des Jésuites. G. Hermant, op. cil., t. m, p. 1-6, 124-128. Cependant l’assemblée du clergé s’occupa du jan­ sénisme ; le 23 août 1656, elle fit supprimer l’éloge de Suinl-Cyrnn qui se trouvait dans la Gallia Christiana et décida de faire exécuter les bulles contre lejaniénisme. G. Hermant, op. cil., t. ni, p. 130. Sur la rela­ tion de M. de Marca contre laquelle protesta Nicole dans Relga percontator, l’assemblée confirma tout ce qui avait été délibéré et résolu par les assemblées de 1653, 1654, 1655 et elle approuva en particulier la décision du 20 mal 1655 et le bref du 29 septem­ bre 1654 qui imposaient la signature du formulaire. Contrairement aux thèses jansénistes, le clergé déclara que l'Églisc est faillible seulement pour les faits par­ ticuliers el personnels, mais non point pour les faits qui concernent la foi ou les mœurs dans l'Églisc, c’està-dire, pour les laits dogmatiques. Aussi, dans i’alluirc de Jansénius, le droit ne peut sc séparer du fait; sans doute, il y u une distinction entre ccs deux pro­ positions : les cinq propositions contiennent une doc­ trine hérétique (droit) et cette autre : ces cinq propo­ sitions sont contenues dans le livre de Jansénius (fait). Ccs deux propositions distinctes sont cependant Inséparables depuis que l’Église les a condamnées toutes deux, car l'Églisc n’a pu se tromper, quand elle a dit que le sens hérétique se trouve dans le livre de Jansénius, puisque l’Église est infaillible dans le Juge­ ment qu'elle porte sur le sens des livres de religion. Le 2 septembre, l’assemblée du clergé écrivit au pape une lettre dans laquelle les prélats rendent compte de ce qu’ils ont fait pour l’exécution des bulles et du bref d’Innocent X. Alexandre Vil qui, n’étant que le cardinal Chigl, avait été un des principaux commissaires nommés par Innocent X pour examiner les cinq propositions, répondit par une nouvelle constitution Ad sanctam H. Petri seaem (16 octobre 1656) Le pape declare qu’ayant assisté comme cardinal aux congrégations qui eurent lieu sous son prédécesseur pour l'examen d< » cinq propositions, il atteste que ces propos! lions sont tirées du livre de Jansénius cl qu'elles I furent condamnées dans le sens de cet auteur- ü les 505 JANSÉNISME, LA QUESTION DU FORMULAIRE condamne, Λ son tour, comme étant l'expression fidèle de la doctrine de Jansénius; Il appelle · perturbateurs de l'ordre public et enfants d'iniquité ceux qui ne craignent pas de révoquer en doute, ni d'affaiblir et d'énerver les constitutions apostoliques par des inter­ prétations captieuses » et il déclare tout cela après avoir examiné les propositions avec toute la diligence possible. 2· La question du formulaire d du < alienee respec­ tueux ».— La nouvelle constitution d'Alexandre VII fut présentée Λ l'assemblée du clergé le 17 mars 1657. L'assemblée prit plusieurs décisions et, conformément A la constitution,elle décréta d'ajouter un formulaire que les prélats devraient faire signer dans un mois; afin que ce formulaire fut uniforme, on se servirait d'une formule unique. Celled était déjà vieille de plusieurs années, ayant été élaborée dès 1655 par l’archevêque P. de Marco et le P. Annat. Remaniée elle donna le texte suivant : · Je me soumets sin­ cèrement à la constitution du pape Innocent X du 31 mai 1653, selon son véritable sens qui a été déter­ miné par la constitution de N. Saint-Père le pape Alexandre VJI du 16 octobre 1656. Je reconnais que Je suis obligé en conscience d'obéir à ces constitutions et je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions de Corn. Jansénius contenue dans son livre intitulé Augustinus que ces deux papes et les évêques ont condamnées, laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin que Jansénius a mal expliquée contre le vrai sens de ce saint docteur. » Alors Pascal abandonna scs attaques contre les casulstcs (Provinciales, ιν-χνι) et dans les deux der­ nières Lettres Provinciales (23 janvier et 24 mars 1657), llrevint ù la question de la grâce. Il y dit que les amis de Jansénius condamnent les cinq propositions, mais que ccs propositions ne se trouvent point dans Jansénius et que, par suite, il n’y n aucune hérésie à dire qu'elles ne sont pas dans Jansénius. Sauf pour les faits direc­ tement révélés dans i'Écriture ou dans la tradition, l’Église n'est point infaillible; elle peut se tromper notamment pour le fuit de savoir si les cinq proposi­ tions sont dans Jansénius et dès lore on n'est pas tenu de s'en rapporter à clic. Pascal affirme que le pape actuel n’a pas fait examiner cc point depuis son pon­ tificat et que son prédécesseur avait fait examiner si les propositions étalent hérétiques el non pas si elles étaient de Jansénius. Insigne mensonge, écrit SainteBeuve. La fameuse question de fait parut alors dans toute son acuité, spécialement dans les écrits d’Arnauld qui se montre vraiment infatigable : depuis sa Lettre d un duc d pair (21 février 1655) jusqu'au 1er Janvier 1669, on compte au moins 140 travaux divers publiés dans ses Œuvres complètes sous des titres variés : Avis, Remarques, Observations. Répliques, Réponses, Réfu­ tations, Relations, Remontrances, Réflexions, Mé­ moires, Considérations, Lettres, etc. C'est lui qui, le 17 mars, adressa à Pavillon, évêque d'Alet, l’écrit intitulé : Cas proposé par un docteur touchant la signature de ta constitution il s'élève, en particulier, contre les divers L'assemblée du clergé de 1660 qui s'était ouverte projets de déclaration dressés par M. de Marca et dont à Pontoise sous la présidence do M. de I îarlay, arche­ Il montre les vices intrinsèques et les conséquences vêque de Rouen, fut transférée à Paris le23 septembre; désastreuses, Œuvres, l. xxi, p. 61-69; en même temps, l'avocat Le Maître (1W Juin 1657), dans sa Lettre on parla même de la transformer en concile national et on y proposa de rendre obligatoire la signature du d'un avocat du parlement de Paris d un de sen amis touchant ΓInquisition qu'on veut établir en France, fait, formulaire. Hcrmant, op cit., L iv, p. 538-540. Le lui aussi, appel aux libertés dc l’Égllse gallicane et à 13 décembre, le roi lui donna l'ordre de chercher · les moyen» les plus propres et les plus prompts pour la dignité épiscopale pour s’opposer à la signature du formulaire ct à l’enregistrement dc la bulle: Il faut extirper la secte des Jansénistes. · arrêter cette nouvelle inquisition qui veut · assujettir En effet, les polémiques étalent redevenues très la France et exercer un tyrannique espionnage de vives. Contre les jansénistes, avaient paru La théo­ conscience. » logie charitable ou Avis d'importance donné par un Cependant le roi tint un lit de Justice (19 décem­ théologien aux catholiques pour se garantir d'un mal bre 1657) et l'avocat général, Orner Talon, conclut à plus dangereux que la peste (pur le P. Raynaud, S. J ), l'enregistrement de la bulle, après avoir déclaré que Jansénius foudroyé pur Innocent X (P. Dubourg), les jansénistes sont des gens dangereux Λ cause dc leur V Évangile des jansénistes (P. Rapin), Les funérailles cabale et il demande la répression des doctrines qu'ils de la nouvelle doctrine (P. Labbé), La relation du pays répandent dans les écoles, dans leurs écrits ct dans les de Jansénie (Zacharie dc Lisieux, capucin). Les Jan­ salons. Hemrinl, op. cit., t. 111, p. 577-586. Arnauld sénistes avaient répondu par un gros volume : Éclair revenait sur le même fait dans son Mémoire où l'on ctsscme.nl du fait el du sens de Jansénius, par Deny· fait voir que si la constitution du pape Alexandre VII Raymond (œuvre de divers auteurs, parmi lesquels était enregistrée au parlement, cet enregistrement certainement il faut citer La Lane et Arnauld); cet emporterait avec sol l’établissement d’une inquisition ouvrage vise Λ réfuter divers écrits de Morel, Chaplus rigoureuse que celle de Borne et d'Espagne millard, Annat et du P. Aincloltc. oratorlen. O der­ (décembre 1657). Œuvres, t. xxi, p. 82-99. nier, au scandale des jansénistes, avait pris le parti Les décisions de l’assemblée du clergé avalent déjà des jésuites, dans La défense de la constitution d* Inno­ soulevé des protestations. La Lettre d'un ecclésiastique cent X et d'Alexandre VU et dans Le traité des sous­ d un éréque touchant lu signature du formulaire de criptions. Hcrmant, on. cit., t. m, p. 307-308. Arnauld l'assemblée du clergé (19 mai 1657) et la Lettre d'un publia, sous le nom de Lattigny, une Lettre d'un théo­ ecclésiastique d un de ses amis sur le jugement que logien d un évéque de l'assemblée sur In voie qu'il l’on doit faire de ceux qui ne croient pas que les faudrait prendre pour étouffer entièrement les con­ cinq propositions sont dans le livre de Jansénius testations présentes (Janvier 1661), Œuvres, l. xxi, (28 août 1657) expliquent ces protestations. Déjà p. 182-198; il y expose les contradictions et varia­ Nicole, sous le pseudonyme de Paul Irénée, avait tions des adversaires et les injustices dc ceux qui ne publié en latin six Disquisitiones dont les trois pre­ veulent pas expliquer le sens des cinq propositions. mières étalent dirigées contre le P. Annat qui voulait Le Mémoire loueront les moyens d'apaiser les disputes séparer les disciples de Janséniusdcceux dc saint Tho­ présentes, Ibid., p. 199-206 montre · que les personnes mas sur la nature de la grâce Arnauld, qui avait sou­ équitables qui considèrent avec attention l’état de· tenu la même thèse dans sa Dissertatio quadripartita, contestations demeureront convaincues qu’il n'y a vint au secours de son ami dans sa Réponse à quelques que deux moyens Justes ct légitimes pour les apaiser plaintes contre la troisième disquisition de Paul el donner une paix solide à l'Église, savoir le silence Irénée (27 mai 1657). Œuvres, t. xxi, p. 70-74. el l'éclaircissement. · La déclaration du roi n'imposait pas la signature Cependant, à l'assemblée du clergé, après les déli­ du formulaire; alors, quelques évêques avec le P. bérations des commissaires présidés par M de Marca, P. Annat cl M. de Marca. travaillèrent à obtenir du on prit des decisions énergiques : tous les ecclésias­ roi une lettre de cachet qui ordonnât cette signature tiques devront souscrire le formulaire; les opposants Arnauld s'indigna dans scs Réflexions sur le profet seront tenus pour hé.r< tiques et châtiés des peines dune lettre de cachet p.»r laquellu il devait être ordonné portées par les constitutions papules, les évêques el archevêques leur feront un procès; ceux qui ont A tous les évêques dc faire souscrire le formulaire de écrit contre la teneur des constitutions devront rétrac­ rassemblée du clergé Œuvres. t. xxi, p. 100-105. ter pur écrit ce qu’ils ont enseigné (1«< février 1661). Cependant dc 1657 a 1660, les discussions sc cal­ La délibération signée de 45 prélats et de 18 députés ment. Le seul écrit qui provoqua quelques polé­ du second ordre fut approuvée par un arrêt du Con­ miques, ce lut la traduction en latin des Lettres pro­ seil (13 avril); clic fut conununiquvr à ht Sorbonne le vinciale* par Wendroklus (Nicole). A Bordeaux, Ion du pistage du roi qui allait au-devant de lu reine h I 2 mal; la Sorbonne l’apptouvu et ordonna que le for­ mulaire de foi serait souscrit pur les docteurs, bûcheSoal-Jean de Lux (septembre 1659), les jésuites 509 JANSÉNISME, LA QUESTION DU FORMULAIRE 510 liera et candidali. G. Hermant· up. cit., t. iv, p. 552est parlé dons la lettre de M. l’évêque d’Angers au 5b 1. roi ((» juillet). t. χχι, p 349 374. Arnauld qui, dès le 20 février, avait proposé des Les évêques de l’astemblée, dé·, k 20 février Ib6l, Difficultés à rassemblée du eiergé sur ses défila rations avalent fait connaître leurs dictions au pape qui leur touchant le formulaire, Œuvres, t χχι, p 207-212, répondit le IG mai par un bref d’approbation. G. Herproposa d’autres Difficultés (13 mid) aux docteurs de muni, op. cil., t. v, p. 31-32. Cependant, les vicaires la faculté dc théologie sur la réception qu’ils avaient généraux de Paris (le cardinal de Ketz était toujours faite du formulaire dc l’assemblée du clergé. Œuvres, en exil) avalent publié le 8 Juin, un mandement dans t. xxi, p. 213-230. Arnauld protesta de nouveau dans lequel ils distinguaient la question de droit qui impose un écrit célébré (6 Juin), Œuvres, t. xxi, p. 259-330 : la croyance et le fait pour lequel · tous demeurent < De Γhérésie t du schisme que causerait dans l’Égllse dans le respect entier et sincere qui est dù aux Cons­ dc France l’exaction dc la signature du formulaire du titutions. · G. Hermant, op. cil., t. v, p. 14-56. Les clergé, sans faire, ni souffrir la distinction du fait avec évêques de l'assemblée furent chargés par un arrêt le droit ct en tenant pour hérétique ct traitant comme du Conseil du 30 juin d’examiner cc mandement: ils tels les refusant de le signer quant au seul fait de le déclarèrent contraire aux deux constitutions Jansénius qui y est renfermé, υύ l’on montre : 1. que d’innocent X et d’Alexandre VIL G. Hcrmant, op. celui qui obligerait sous peine d’hérésie dc signer le cil., I. v, p. 56-66, 69-81, 103-116, 130-138, 180182. formulaire du clergé sans faire ni souffrir la distinction Conformément À cct avis,un arrêt du 9 juillet ordonna du fuit et du droit, tomberait dans l’hérésie; 2. que que le mandement des grands vicaires fut rétracté. le mandement qui Imposerait une telle obligation Aussitôt les jansénistes, par la plume d’Arnauld, pro­ serait hérétique; 3. que la sentence qui serait rendue testèrent. La Défense de COrdoruiunce de MM. les contre un refusant de signer le fait seulement» comme vira ires généraux de Mgr le cardinal ce Relz pour la contre un hérétique, serait pareillement hérétique; signature du formulaire. Œuvres, l. xxj, p. 375 100, 4. que tous les théologiens qui considéreraient comme et Γ Λα fs d Mars tes évêques de France sur la surprise hérétiques ceux qui auraient ainsi refuse de signer le qu’on prétend faire au pape pour lui faire donner formulaire, quant au seul fait, tomberaient eux-mémes quclqu’attcinte au mandement dc MM. les vicaires généraux de Mgr le cardinal de Retz, archevêque de dans l’her< sic; 5, que ceux qui sépareraient dc l’Égllse Paris (18 août 1661), Œuvres, l. χχι, p. 401-139, ccs refusant et qui sc sépareraient d’eux feraient euxmêmes un schisme dans l’Église et en seraient cou­ s’élèvent contre la décision des évêques el du CoiindL pables et que ces refusant seraient toujours unis à L’alfnire fut portée à Rome ct le pape ripou lit par un l’Égllse. » G. Hcrmant, op. cil,, I. rv, p. 707-727. bref adressé aux vicaires généraux (1** août 1661). Le pape reprend certaines expressions du mandement A la même date, Arnauld publiait encore, à propos de la défection dc quelques-uns de ses amis, en par­ du 8 Juin cl enjoint aux vicaires généraux dc révoquer celte ordonnance. G. Hermant, op. ci/., t. v, p. 198ticulier, MM Du Hamel ct Sainte Bcuve, l’ouvrage, De la signature du formulaire, Œuvres, t. χχι, p. 259200. Les grands vicair s obéirent ct le 31 octobre, après avoir révoqué la première ordonnance, ils publient 330,ou l’on montre : · 1. que ceux qui ne croient pas un second mandement qui impose la signature pure le fait dc Jansénius contenu dans le formulaire ne ct simple du formulaire. G. Hcrmant, op. cil., L v, peuvent le signer sans restriction; 2 qu’on n’est pas p. 323-328, 3G0. Des Jansénistes notoires, comme obligé dc croire le fait; 3. qu’on ne peut empêcher l’archevêque «te Sens (18 Juin) ct l’abbé de Bourzos sans injustice la distinction du droit et du fait dans la signature du formulaire; pour servir d’apologie (4 novembre) firent une soumission complète, tandis que l’évêque d’AIct protestait contre les décisions de à ceux qui refusent dc signer le formulaire sans dis Unction. · Dans cct écrit, Arnauld distingue trois cou­ l'assemblée du clergé, avec les évêques de Beauvais d’Angers el dc Veuve, en ail» guanl que le pape n’est rants parmi les jansénistes : les uns admettent la point infaillible dans les questions dc fait et que, signature avec une restriction mentale : on signe sans croire Intérieurement que Jansénius ait enseigné les d’autre part, rassemblée du clergé n’est pas un concile cl, par suite, n’a pas le droit d’imposer lu signature hérésies que le formulaire lui attribue; la signature d’un formulaire. Pur contre, le 12 décembre 1661, ne tombe que sur le droit; pour le fait, elle ne signifie les jésuites, dans leur college de Clermont, soute­ qu’un témoignage de respect el de déférence qui naient que le pape n. dans les questions dc fait, la engage seulement à ne pas contredire extérieurement même infaillibilité que Jisus-C.bnsL le pape et les évêques et non point à croire intérieure Contre une pareille thèse, les Jansénistes élèvent ment que ce qu’ils ont décidé est conforme à la vérité. aussitôt la voix. Dès le Ier janvier 1662, Arnuuld Au dire d’Arnauld, dans un autre ouvrage : Apologie pour les religieuses de l'orl· Rouai, IV· partie, celte (ou peut-être Nicole) publiait La nouvelle hérésie des fésuites, soutenue publiquement à Paris dans le col­ opinion était suivie d’un grand nombre de personnes, mais, lui, ne l’admet point : on ne peut signer le for­ lège de Clermont par les thèses du 12 décembre 1661, mulaire sans quelque explication ou restriction ver­ dénoncée à tous les évêques de Fronce Œuvres, t. xxi, bale, car, autrement. In signature suppose une res­ p 514-530, ct Les illusions des fesuifes dans leur écrit intitulé; tirpostlw Ihe>eos, pour empêcher la condamna­ triction menlnlc toujours coupable dans une pro fession de fol el contenant un faux serment et une tion de la noui*elle ht reste, ibtd., p. 531-342. Nicole, calomnie contre le prochain. La seconde opinion,sou­ dc son côte, montre · Les premières conséquences de tenue par Arnauld, consiste Λ signer, mais en expli­ la nouvelle heresie des jésuites contre le roi ct l’Êtat avec une rifututiun des chicaneries dont quelques quant qu’on ne promet sur la question de fuît qu’un silence respectueux. Enfin la troisième opinion, sou­ théologiens cherchent d’vhidcr l'auturité des conciles de Const»ncc ct de Bâle, » tandis que les évêques de tenue par Pascal, refusait absolument dc signer. Arnauld revint sur cc sujet cl justifia l’écrit précé­ Vcncc et d’Angers protest.uent contre celle doctrine des jésuites et que des cures de l'aris publiaient un dent dans un Mémoire où il montre que la signature Factum contre la thèse des Jésuites. Œuvres, t. xxi, du formulaire renferme par elle-même la créance du p. 51.» 648 fait Œuvres, t. χχι, p. 331-318. Le même Arnauld Par ailleurs, l’afTaire des vicaires généraux de Paris composa les deux lettres de son frère, l’évêque d’An­ se poursuivait. In arrêt du Conseil du 1·' mai I6i 2 gers, nu roi cl à M. de Lionne, sur le fail cl le droit el compléta ccs lettres par un Éclaircissement sur le dif­ autorise le second mandement du 31 octobre, mais Arnauld critique vivtmcnt cct arrêt dans sc* kui.ur ferent entre Jeun d’Antioche et saint Cyrille dont II 511 JANSÉNISME, LES ARTICLES DE COMMINGES çues sur rarrét du Conseil du 1* mai par lequel S. M. exhorte tous les archevêques et évêques de son royaume qui n'ont point encore signé ni fait ligner le formulaire, de faire leur mandement pur et simple pour procéder à la signature du formulaire, Œuvres, L xxi, p. 440-458; 11 attaque les évéques cour­ tisans, et, en particulier, M. de Marca, devenu arche­ vêque de Paris et M. de Péréflxe, son successeur à Toulouse Un nouveau mandement des vicaires géné­ raux (2 juillet 1662) ayant réformé en partie et pré­ cise les prescriptions de ceux du 8 juin et du 31 octobre bre 1661, G. Hcrmant, op. c/Z., L v, p. 486-487, Arnauld reprit ses attaques contre le formulaire dans plusieurs écrits : Nullités et abus du troisième mandement pour la signature du formulaire (8 Juillet), Œuvres, t. xxi, p. 459-182 et Nullités et tniustices de l’interdiction portée par le troisième mandement et de toutes les censures qui pourraient être faites sur ce sujet (15 Juil­ let). Œuvres, L xxi, p. 483-510. Ces deux écrits furent saisis et brûlés le 18 Juillet, malgré le Fartum pour ceux qui ont fait ou Imprimé les deux écrits des Nul­ lités contre le dernier mandement de Paris (18 juillet), Œuvres, t. xxi, p. 511-513. G. Hermant, op. cit., U v, p 491-497. 3· Tentatives (Γaccommodement ; articles de Commin­ ges — Tandis que le P. Dom Pierre de Saint-Joseph prenait la Défense du formulaire et que l'aubé de La Lane réfutait cette défense, afin de terminer les dis­ cussions, des conférences s’engagèrent (25 Janvier18 février 1663), sur l'ordre de Louis XIV, chez Tévêque de Comminges, Gilbert de Cholseul, entre le P. Ferrier, jésuite de Toulouse et quelques jansé­ nistes notoires: Arnauld, La Lane, Girard, Martin de Barcos, neveu de Du Vergler. Mais déjà avant l’ouver­ ture de ces conférences, les écrits d’Arnauld laissaient prévoir leur échec. En effet, dans son Mémoire sur ta proposition d*un accommodement (2 septembre 1662), Œuvres, t. xxi, p. 631-639, dans son Profet (raccom­ modement entre ceux qu’on appelle Jansénistes et ceux qui sont nommés molinistes, concerté entre M. l’évêque de Comminges et le P. Ferrier, S. J., ibid.,p. 640-664, dans un Mémoire où l’on fait voir que c’est une pré­ tention Insoutenable de dire que la grâce efficace par elle-même ait été condamnée par les dernières consti­ tutions. ibid., p. 665-676 et dans un autre Mémoire sur la proposition du P. Ferrier, Ibid., p. 677-685, Arnauld fait sans cesse des objections. De fait, ces conférences échouèrent et provoquèrent de vives polémiques entre le P. Ferrier et les Jansénistes. Dumas, Histoire des cinq propositions, t.!, p. 268-318. Le 19 juin, l’évêque de Comminges, avec une procu­ ration des abbés La Lane et Girard (7 Juin) écrivit au pape et lui envoya les cinq articles célèbres qui, dliait·!I, résumaient les opinions des jansénistes : l· La grâce efficace qui, sans nécessiter la volonté, la détermine infailliblement par la vertu de la motion divine, étant necessaire pour toutes les actions de la piété chrétienne selon la doctrine de saint Augustin soutenue par l’École de saint Thomas, il n'arrive jamais ni que nous priions comme il faut que lorsque l'esprit de Dieu nous fait prier en nous inspirant le mouvement de gémir et de prier; ni que nous mar­ chions dans la vole des commandements de Dieu que lorsqu’il nous y fait marcher en conduisant nos pas; ni que nous surmontions les tentations de notre ennemi que lorsque Dieu nous en donne la victoire. Et cependant, puisque les Justes succombent quel­ quefois aux tentations et se laissent aller à divers péchés, lors même qu'ils veulent et qu'ils s'efforcent faiblement et Imparfaitement de les éviter, il est manifeste que ccs Justes qui, dans l*étnt de cette volonté faible et Imparfaite, violent les commande­ ments, quoique par leur faute, n’ont pas eu cette grâce 512 efficace et victorieuse avec laquelle on n est Jamais surmonté. On peut donc dire de ces justes qui n’ont pas eu cette grande grâce, quoiqu’ils en aient eu une petite et Imparfaite, qu’ils ont pu en un sens observer les commandements de Dieu et résister à la tentation et qu’en un autre sens Ils ne l’ont pas pu. Car ils l’ont pu, parce qu’ils ont eu non seulement le libre arbitre et la grâce habituelle, mais aussi une grâce actuelle qu’on peut appeler suffisante au sens que les thomistes prennent ce mot, qui suppose la nécessité de la grâce efficace par elle-même. Mais, parce qu’il n’arrive Jamais que celui qui n’a pas la grâce efficace surmonte la tentation comme II faut et que c’est une maxime constante parmi les dis­ ciples de saint Thomas que la grâce suffisante étant séparée de l’efficace ne comprend pas tout cc qui est nécessaire pour bien agir, on peut dire, selon le lan­ gage de l’Ecriture et des Pères, reconnu et suivi par tous les théologiens de l’École de saint Thomas, que ccs Justes, avec ccs sortes de grâces suffisantes, n'ont pu résister à la tentation à laquelle ils ont succombé, parce que, n’ayant pas eu la grâce efficace qui leur était nécessaire pour agir, il est clair qu’ils n’ont pas eu un pouvoir qui renfermât tout cc qui était nécessaire pour agir. 2· Il y a deux sortes de grâces Intérieures : l’une efficace qui produit toujours reflet auquel elle porte la volonté: l’autre. Inefficace qui excite la volonté à des actions qu’elle n’accomplit pas. L’une est celle que les thomistes appellent simplement, proprement et absolument efficace à laquelle on peut toujours résister, comme ils l’enseignent, quoiqu’on n’y résiste Jamais en la privant de cet effet auquel elle porte la volonté : ce qu’ils expriment encore, en ccs termes de l’École, disant qu’on y peut résister dans le sens divisé et non pas dans le sens composé. L’autre est celle que les mêmes thomistes appellent excitante ou suffisante ou inefficace qui sont des mots qui ne signi­ fient tous que la même chose. El la volonté résiste proprement à cette grâce en la privant de l’effet auquel elle excite la volonté cl pour lequel elle donne un pou­ voir suffisant au sens des thomistes expliqué cl-dcssus, de sorte que la volonté peut y consentir, quoiqu’elle n’y consente jamais, lorsqu’elle n’a pas la grâce effi­ cace, non par le défaut de la puissance qu’on appelle antécédente, mais parce qu’elle se détermine libre­ ment à un autre objet. Mais quoique cette grâce, considérée en elle-même, soit privée de l’effet auquel elle tend, auquel elle porte la volonté et auquel elle est destinée par la volonté antécédente de Dieu et qu’ainsl il soit faux en cc sens que toute grâce de Jésus-Christ ait toujours l’effet que Dieu veut qu’elle ait, si néanmoins on la regarde dans le rapport qu’elle a à la volonté absolue de Dieu, on peut dire en ce sens qu’elle est efficace, parce qu’elle produit toujours dans le cœur de l’homme ce que Dieu veut y opérer par sa volonté absolue, selon celte maxime constante de l’École de saint Thomas que la grâce qui n’est que suffisante au regard d’un effet, est efficace au regard d’un autre effet, à la production duquel elle est destinée par le décret absolu de la volonté de Dieu De sorte que, selon ccs théologiens, toute grâce est efficace à l’égard de quelque effet, savoir de celui auquel elle est immédiatement des­ tinée et que Dieu veut qu'elle ait par sa volonté absolue. 3· Pour mériter et démériter dans l’état de nature corrompue, Il ne suffit pas d’être exempt de contrainte, mais il faut aussi être exempt de nécessité.Car, encore que la grâce efficace par elle-même nous détermine infailliblement et Invinciblement à agir et qu’ainsl Jamais la volonté ne U rejette actuellement, néan­ 513 JANSÉNISME, REPRISE DES POLÉMIQUES moins elle n’impose point de nécessité, parce qu'elle laisse à lu volonté le pouvoir de ne pas consentir. De sorte que l'indifférence, que les thomistes appellent active, est toujours dans l’homme corrompu pur le péché et on la peut même appeler prochaine, pourvu qu’on n'entende point par là une Indifference par laquelle la volonté, étant mue de la grâce efficace, résiste quelquefois effect Iveinent ù cette grâce et y consente quelquefois; c'est-à-dire que la résistance actuelle ou le consentement actuel de la volonté se rencontre quelquefois avec cette grâce et quelquefois ne s’y rencontre pas. 4· 11 est si peu vrai que les scml-pélaglcns aient été hérétiques pour avoir dit que nous pouvons con­ sentir et résister à la grâce qu'au contraire il est cer­ tain et indubitable qu’on peut résister à toute sorte de grâce et même â l’efficace; c'est-à-dire que quoique grâce qu'on reçoive, la volonté a toujours une puis­ sance active prochaine de lui résister, quoiqu'on ne résiste Jamais à la grâce efficace, comme il a été dit ci-dessus. 5· La doctrine de la prédestination gratuite est avec grande raison extrêmement approuvée dans toutes les écoles catholiques. Or cette doctrine, par l’aveu de tous ceux qui la soutiennent, consiste en cc que considérant non la volonté antécédente de Dieu, mais l’absolue et l'efficace, il a destiné aux seuls élus, par un décret absolu, le salut éternel avec la suite de toutes les grâces et de toutes les faveurs qui sauvent Infailliblement tous ceux qui doivent être sauvés, entre lesquelles la principale est le don de persévé­ rance qu’on ne peut nier être propre aux prédestinés. D’où il s'ensuit que Jésus-Christ dont la volonté absolue a toujours été conforme à celle de son Père, n’a point voulu simplement et absolument changer ce décret et qu’ainsl il n’a voulu absolument et i fficaccmcnt mériter par scs prières et par sa mort le salut éternel et le don de persévérance qu’à ceux dont il est dit dans l’Évangilc que son Père les lui donne et que personne ne les lui ravira d'entre les mains. Ainsi on ne nie que Jésus-Christ soit mort géné­ ralement pour tous les hommes qu'au sens de ceux qui disent que Dieu donne à tous les hommes des grâces tellement suffisantes qu'ils n'aient point besoin de grâces efficaces pour vouloir ou faire le bien. Arnauld, Œuvres, t. xxn, p. 621-629. C'est là, disent-ils, toute leur doctrine sur les cinq propositions et cette doctrine est strictement ortho­ doxe. Alexandre VII fit examiner par l’inquisition, les cinq articles envoyés par l’évêque de Comminges, au nom de plusieurs jansénistes, parmi lesquels disait-on, M. Arnauld. Celui-ci, il est vrai, protesta par une lettre datée du 1·» août et parue seulement dans les der­ niers Jours du mois, alors qu’on connaissait la réponse de Rome. Λ la congrégation extraordinaire du 21 Juil­ let, tous les cardinaux furent d'avis qu'il ne fallait rien répondre sur les cinq articles des Jansénistes, parce qu'ils étalent conçus d’une manière ambiguë et que le dessein des Jansénistes paraissait être de tirer quelque réponse dont ils pussent s'autoriser contre les constitutions. D'ailleurs, l’évêque de Rennes, La Molhc Houdcncourt, avait écrit au cardinal Rosplgliosl (12 Juillet), que les Jansénistes cherchaient à tromper et à susciter de nouvelles disputes. < Ils s'attendent à un second Jugement pour éviter les effets du premier et pour détourner le coup dont ils sc voient menacés par la Justice du roi.» Un bref d'Alexandre Vil exprimait la joie du pape : · Faites tous vos efforts, dit-il, pour engager tout le monde à sc soumettre de la manière qu'on doit aux constitutions apostoliques et à rejeter sincèrement les cinq propositions extraites du livre de Jansénius dans le propre sens du même DICT. DH T1IÉOL, CA T H O L·. 514 auteur » (29 Juillet 1663). Alors parut la lettre de M. Arnauld à un de scs amis (fin août) par laquelle il déclarait n’avoir eu aucune part aux conférences et à l’écrit envoyé à Rome. 4e Reprise des polémiques; le formulaire Recueil de bulles, p 308-219 Arn.iuld protesta encore par un Mémolremi Remarque tur la Déclaration du Roi (mal 1664). Œuvres, t. xxn, p. 525-513. Afin d’apaiser les polémiques dans le diocèse de Pans, le nouvel archevêque, Hardouin de Péréfixe, successeur de Marca, publia le 7 Juin un mandement pour la signature du formulaire : il déclare · qu’à moins d’être malicieux ou ignorant, on ne peut prendre sujet des constitutions des papes et du formulaire, de dire qu'ils désirent une soumission de foi divine pour ce qui regarde le fait, exigeant seulement pour ce regard une fol humaine et ecclésiastique qui oblige à sou­ mettre avec sincérité son Jugement à celui des supé­ rieurs légitimes. · Ce fut l'occasion de nouvelles discussions. Nicole répondit à l'archevêque de Paris, par ses Lettres sur l'hérésie Imaginaire. Les trois premières (24 janvier, 1* mars, 15 avril), étalent dirigées contre le P. Ferrier; mais la quatrième (15 juin), visait directement le man­ dement de Péréfixe et les six dernières Imaginaires (3 février, 25 Juin, 12 juillet, 12 septembre, 25 sep­ tembre et 20 novembre 1665), faisaient de fréquentes allusions à ce mandement et ù celui que le même prélat publiait le 13 mal 1665. Nicole attaquait le mandement, d’une manière plus systématique, dans le Traité de la fol humaine, qui parut le 20 août 1664. Gcrberon, op cil., t. îiî, p. 119-121. De son côté, Arnould com­ posa le Jugement équitable sur les contestations présentes pour éviter les jugements téméraires et criminels, tiré de saint Augustin (novembre 1664). Œuvres, t. xxri, p. 544-571. La tactique des Jansénistes rendait vain et Illusoire le Jugement de l’Eglise : les évêques de France, en obligeant tous les ecclésiastiques à signer un formu­ laire, avalent cru trouver le moyen de tout arrêter; mais,comme le pape n'avait Jamais fait allusion à cette signature, les Jansénistes en conclurent que le pape désapprouvait les exigences des prélats français. Pour couper court à de semblables subterfuges, le roi, à la demande des évêques, écrivit au pape pour lui suggérer d'imposer la signature d'un formulaire. La bulle lUgimlnis « postolici du 15 février 1665 répon­ dit à ce vœu; elle « dictait un formulaire, sensible· m nt analogue ù clul qu'avait Imposé ΓAssemblée du ch ~gé de 1657. Toutefois, la dernière partie du for­ mulaire de 1657 avait disparu, et Ton n'était plus U nu de Jurer que «celte doctrine (de Jansénius) n’est point celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée contre le vrai sens de ce saint docteur. » Le fonnuhire devait être signe (tins les trol mois; ce délai ; assé, des procès canoniques seraient inten­ tés aux r< c delirant». \rnauld protesta aussitôt contre cette bulle par trois Mémoires, où il défend les libertés de l’Église gallicane : après avoir fait sur la bulle elle-même 21 remarques (deux premiers Mémoires, Œuvres, t. xxn, p. 572-578). Il s'indigne contre la défense d'expliquer ou de modifier la bulle d’Alexandre Vil (mar* 1665), Œuvres, ( xxu, p. 579-583, el comme celle bulle exigeait la sign iture avec serment,li publia le 1** Juillet 1665, la Lettre nombreux qui ne furent pu! I é» que plu, inrt|. en 1 Gue, pal Qucsnel I (Germain), dan. la Tradition de CÎ-ylUe nmuint tur 517 JANSÉNISME, LA RÉSISTANCE DES QUATRE ÉVÉQUES 518 la grâce, t. iv, p. 245 sq., circulèrent Λ cette époque au prochain; enfin dont la X· (20 novembre). Il sou­ parmi les Jansénistes. tient que l’Eglise ne demande point la croyance au Malgré les conseils de plusieurs docteurs, les reli­ fuit de Jansénius qui n'csl exigée que par les jésuites. gieuses de Port-Koyal refusèrent de signer le premier Aussitôt après (31 décembre 1665), Il comment it mandement des vicaires généraux de Paris: on leur la publication de scs Visionnaires contre Desmarcts de conseilla également de signer le second mandement Saint-Sorlln cl les sept autres Visionnaires parurent et on composa pour elles un modèle d'acceptation, en 1G66 pour la défense des religieuses de Port-Koyal. mais Pascal désapprouva cette conduite; sa sœur Jac­ C’est à l’occasion du formulaire Imposé par le pape queline mourut de douleur · première victime de la Alexandre Vil. dans sa bulle du 15 février 1665, que signature du formulaire »; Nicole réfuta Pascal dans les contestations sur le fait de Jansénius prirent le plus Examen (Tun écrit sur la signature cl Amauld composa d'acuité. Dès le 13 mal 1665, Péréfixe publiait un la Défense de la bulle d'Alexandre VJl ou De la véri­ nouveau mandement pour la signature du formulaire table intelligence de ces mots qui s'y trouvent : Sens de du pape; il y demande « une soumission de foi divine Jansénius, contre ceux qui ont cru qu’ils sc peuvent pour les dogmes, et, quant au fait non révélé une véri­ entendre de la doctrine de la grâce efficace. Œuvres, table soumission par laquelle on acquiesce sincère­ t. xxn, p. 729-758, Domat, avocat du roi nu présidial ment et de bonne foi à la condamnation de la doctrine de Jansénius contenue dans les cinq propositions. · de Clermont et Intime de Pascal, prit la défense de son 5° 1x2 résistance des quatre évéques. — Les autres ami, mais Amauld répliqua. Ibid., p. 759-819; Nicole archevêques et évêques du royaume, à l’exception de n raconté plus tard (17 juin 1666) cette polémique quatre, firent un mandement très clair où il n’ct.dt dans sa Lettre d'un théologien à un de ses amis, p. 79-82. point question d'une distinction quelconque entre le Arnauld, en particulier, semble avoir pris à tache de défend! e les religieuses de Port-Koyal contre les fait et le droit. M. Pavillon, évêque d’Alet, dans son mandement ennemis du dehors et aussi du dedans. 11 leur donne du l*r juin, s’explique nettement à ce sujet ; · La sou­ des Avis généraux sur la manière de répondre aux mission qu’on rend aux décrets de l’Église sc renferme questions qui leur seront posées sur la grâce : on ne dans les vérités révélées cl c’est ά celles-là seulement les n pas instruites sur cette matière et clics n'ont pas qu’elle assujettit entièrement la raison; les autres à prendre parti. Œuvres, t. xxm, p. 95-104; il compose un Écrit pour fusti fier les religieuses de ce qu'elles ne vérités n’étant point absolument nécessaires, Dieu ne lui a point donné l'autorité infaillible pour 1rs con­ prennent point de part à la question sur le fait de naître. Quand l’Église juge si des propositions ou des Jansénius. Ibid., p. 105-121; il leur met entre les sens hérétiques sont contenus dans un livre et si un mains un Mémoire, Ibid., p. 122-131: il calme leurs Inquiétudes de conscience, quand elles refusent d'obéir auteur a eu tel ou tel sens, elle n'agit que par une lumière humaine, en quoi tous les théologiens con­ ù l’archevêque de Paris, ibid., p. 132-133; il fait des reproches Λ celles qui signèrent le formulaire sans dis­ viennent qu’elle peut être surprise et que, partant, sa seule autorité ne peut captiver notre entendement, tinction, ibid., p. 139-113; il Justifie leur conduite en quoiqu’il soit vrai qu’il n’est pas permis de s’élever face des violences exercées par M. de Péréfixe, ibid., p. 147-149; il leur suggère des Réflexions sur une décla­ témérairement contre scs Jugements vers lesquels on ration que leur n faite l'archevêque de Paris pour doit témoigner son respect, en demeurant dans le expliquer la signature du formulaire qu’il leur de­ silence. » L’évêque de Beauvais, Buzcnval. repro­ duisit, dans son mandement du 23 Juin, celui de mande, ibid., p. 150-163; en lin, pour les mettre en garde contre les démarches de l’archevêque de Paris l’évêque d’Alet L’évêque d’Angers, Amauld, et celui de Pamiers, Caulet, renouvelèrent dans leurs man­ et contre l’intervention de Bossuet, Il achève en avril 1665 son Apologie pour les religieuses de Port- dements, la distinction du fait et du droit, en niant, Royal du S. Sacrement contre les injustices et les vio­ d’une manière absolue, l’infaillibilité de l’Église en matière de fait; ils exigent une soumission sincère à lences du procédé dont on a usé envers ce monastère. Ibid., p. 167-834. Dans cet écrit auquel collabora pro­ la question de droit et demandent un silence res­ bablement Nicole, les deux chefs du jansénisme s'ap­ pectueux pour la question de fait. Le roi, par un arrêt pliquent à montrer qu'on n’est pas obligé de se sou­ du Conseil d’Élal (20 Juillet 1665), cassa ces quatre mandements comme contraires à sa déclaration et aux mettre Λ la foi humaine et ecclésiastique du fuit de Intentions du Saint-Siège. Jansénius; Ils s'efforcent de Justifier la conduite des Le P. Annat attaqua aussi le mandement des quatre religieuses â l'égard des mandements des vicaires géné­ évêques, mais les docteurs Amauld, Nicole et La Lane, raux cl des ordres de l'archevêque de Paris; ils veulent réfuter spécialement les thèses du P. Annat et les retirés à l'hôtel de la princesse de Longueville, et qui 21 exemples qu'il a allégués. avaient déjà collaboré à de nombreux écrits : Apo­ logie des religieuses de Port-Royal, Traité de la fol Dans d'autres ouvrages, restés longtemps inédits, humaine, Belga perconlator, Défense des propositions Amauld poursuit le même but Jusqu'à la paix de Clément IX en 1669. Œuvres, t. xxiv, p. 1-126 el 11 de la seconde colonne, Réponses à Cidée du Jansénisme donne aux religieuses une direction précise en par­ du P.Perrier, etc... rédigèrent une Réfutation du P. Annal ticulier dans V Éclaircissement de quelques difficultés contre le mandement de l'évêque d’Alet et compo­ touchant la signature du formulaire sans dislmdion. sèrent de concert Dix Mémoires sur la cause des quatre Œuvres, l. xxiv, p. 51-88. évéques qui ont distingué le fait el le droit. Arnauld, De son côté, Nicole, pour soutenir le courage des Œuvres, t. xxiv, p. 193-362. Le premier (février 1666), jansénistes, achevait de publier ses Lettres sur Γhérésie montre, au nom des libertés de l’Église gallicane, imaginaire: dans la V·, (3 février 1665), il montre l'impossibilité de faire un procès aux évêque* par de· qu'une excommunication injuste est nulle et unit plus commissaires nommés par le pape. 11 faut dire, en intimement a Dieu ; la V1· (25 Juin), attaque le second efTet, que le nvmdement des quatre évêques avait mandement de M. de Péréfixe; dans la VI!·(!2 juillet), Indigné le roi qui demanda aussitôt au pape de il s'élève contre l’infaillibilité du pape en matière de désigner douze prélats pour les juger, conform» inent fall; dans la VHP (12 septembre), il prétend res­ aux usages du royaume, aucun évêque ne pouvant pecter la charité en critiquant la conduite de l'arche­ être Jugé par moins de douze de ses pairs. Le pape vêque de Paris; dans la IX· (25 septembre), il declare avait consenti à nommer neuf év'ques « avec la possi­ qu’en signant le formulaire, on fait un serment témé­ bilité d'en nommer d’autres en la place de ceux qui raire. injurieux à Dieu et contraire à la charité due pourraient avoir quclqu'obstacle ou s'excuser de la 519 jansénisme, la paix de clément ix commission.· Le second Mémoire (21 mars), ct le troisième (1er avril), réfutent les divers projets pro­ posés pour le procès des quatre évêques; le quatrième (8 avril), signale l’injustice et les pernicieuses consé­ quences de la conduite qu’on voudrait faire tenir au pape; le cinquième (6 septembre), rappelle les droits des évêques reconnus par l’assemblée dc 1650. Par un décret du 18 Janvier 1667, le pape condamna les mandements des quatre évêques avec les cinq premiers Mémoires. Cependant la publication des Mémoires sc poursuivit: le sixième (1er décembre), ct le septième (20 décembre), répondaient à diverses objections. Pendant cc temps, on négociait sur le nombre ct le ;hoix des commissaires pour le procès, tandis que les quatre évêques, de leur côté, cherchaient des appuis. Sur ccs entrefaites, le pape Alexandre VII mourait le 22 mai 1667 et sa mort arrêtait l’exécution des brefs. Le cardinal Rospigliosi lui succéda sous le nom de Clément IX (22 juin 1667); aussitôt Arnauld écrivit a l'abbé Rospigliosi (21 juillet), Œuvres, t. xxiv, p. 363-366, pour lui exposer les motifs qui devaient engager le nouveau pape, son onde, à donner la paix A l’Égllse. Le nouveau pape envoya cn France le nonce Bargellinl, archevêque de Thèbes, avec mission de presser la souscription du formulaire et d’obtenir du roi des ordres positifs, afin de punir ou plutôt d’intimider les quatre évêques. Mais ccs évêques étaient devenus puissants : ils avaient gagné à leur cause des ministres d’État, des princesses du sang, des docteurs de Sor­ bonne, des membres du Parlement, des réguliers ct surtout dix-neuf dc leurs collègues dans l’épiscopat. Les quatre évêques écrivaient le 28 août au pape et tu roi pour justifier leur propre conduite. (Les deux lettres sont l’œuvre d’Arnauld, t. xxiv, p. 540-541.) De leur côté, les dix-neuf évêques écrivaient au pape une lettre dans laquelle, se disant appuyés de vingt autres prélats, ils prennent la défense des quatre évê­ ques et affirment être d’accord avec eux (1er décem­ bre 1667); ils les excusent et expliquent leur conduite par les circonstances : · il s’était trouvé parmi nous des gens qui avaient eu la hardiesse de publier cc dogme nouveau ct erroné que les décrets que l’Égllse fait pour décider les faits qui arrivent de Jour cn Jour et que Dieu n’a point révélés étalent certains et infail­ libles et qu’alnsi l’on devait avoir la foi de ces faits, luisl bien que des dogmes révélés dc Dieu dans ΓÉcri­ ture et dans la Tradition. · Ils ont voulu · s’opposer a ce mal et établir, dans leur mandement, la doctrine bien connue ct bien certaine, qui est opposée à une erreur si manifeste, savoir que l'Égllse ne définit pas avecunecertiludecntlèrcet infaillible ccs faits humains que Dieu n’a pas révélés el qu’alnsi tout ce qu’elle exige des fidèles, en ccs rencontres, est qu’ils aient pour ces décrets le respect qu’ils doivent... · Cette lettre des dix-neuf évêques fut probablement rédigée par Nicole (on l’attribue parfois à Félix Vialart, évêque de ChAlons); cc fut Vialart qui sc chargea de la faire signer des prélats ct qui la fit porter confiden­ tiellement de diocèse cn diocèse; Il recueillit dix-neuf signatures; vingt autres évêques ne voulurent pas ligner, mais promirent, dit-on, leur sympathie et leur concours Dans leur lettre au roi, les dix-neuf reprennent les mêmes thèses. Juger des évêques, déclnrvnt-lh, · ce serait non pas seulement renverser les canons, mais renoncer aux premiers principes de l’équité naturelle reconnue par les païens cux-mêrncs. » Le roi refusa de recevoir cette lettre et il la lit supprimer par le Parlement (19 mars 1668). Le 3 avril. Vialart, le plus 4g· des dix-neuf évêques, écrivit au procureur gênerai pour protester et justiner In lettre des dix-neuf ct les dtlendrv d’avoir voulu mener · une cabale ·. Le 520 25 avril, les quatre évêques envoyèrent une Ldlrt circulaire aux évéques de France pour les engager à refuser au pape le droit de Juger les évêques de France, dans la forme prescrite par le bref; c’est un vrai réqul sltoirc contre les empiétements dc Rome « qui ren verse les saints canons, viole les premiers principes de l’équité naturelle ct avilit la dignité épiscopale » (Cette lettre est l’œuvre d’Arnauld, t. xxiv, p. 549 567.) Le P. Maimbourg, jésuite, sous le nom d’un théo loglen (François romain), attaque vivement la lettre circulaire des quatre, mais Arnauld prit la défense de son œuvre, t. xxiv, p. 367-465; après avoir examiné k fond de la cause des quatre évêques, Il veut montrer le droit des évêques à être Jugés en première instance par le concile dc leur province ct 11 proteste contre la thèse du P. Maimbourg, que < le pape est, d’institution divine, le juge naturel et souverain des évêques. » Un arrêt du Conseil d’État du 4 Juillet supprime la lettre circulaire; des écrits violents pour et contre la signature sc multiplièrent, tandis qu’Amauld, Nicole el La Lane, reprenaient la publication interrompue en 1667, de leurs Mémoires en faveur des quatre évêques: le VIII· (4 Janvier 1668), réfute le P. Annat; les IX· et X· (1er juillet), discutent les brefs du pape et justifient la distinction du fait et du droit; un XI* Mémoire, qui ne fut point publié alors, expose la doc­ trine du concile de Trente sur la manière dejuger les évêques. 6° La paix de Clément IX. — Voir aussi Clément IX, t. m, col. 89-91. Pendant cc temps, les Jansénistes travaillent à la cour, afin d'aboutir ù un accommode­ ment. D’après le récit fait par VHistoire abrégée de la paix de ΓÉglise, 2 ln-12, 1698, Vialart vint à Paris, fut reçu par le roi et par le ministre Le Tellier; il fit agir l’archevêque de Sens, Gondrin, qui prit la direction de l’affaire ct travailla activement et efficacement à l’accommodement, avec les ministres Le Tellier, de Lionne et Colbert, ù l’insu de l’archevêque dc Paris el du P. Annat, confesseur du roi. Gondrin gagna le nonce et celui-ci, sur des promesses assez vagues, écrivit à Clément IX(5Juin 1668), une lettrefavorableàl’accom­ modement; Arnauld et Nicole rédigeaient des notes; l'évêque de Comminges servait d’intermédiaire auprès des évêques de Pamlcrs et surtout d’Alct qui semblaient irréductibles. Le pape, ami de la paix, approuvait conduite du nonce. L’évêque de Laon, d’Eslrées, futur cardinal, étroitement lié au pape ct nullement suspect de Jansénisme, fut un des trois négociateurs. Il fut décidé qu’on se contenterait de demander aux quatre évêques la signature du formulaire sans exiger une rétractation de leurs mandements. Vialart fut chargé de communiquer cette décision à l’évêque d’Alet; Il fit appel à l’évêque de Comminges qui se rendit à Alet avec M. dc Pamlcrs (23 juin), et 11 y eut entre les trois évêques des discussions très vives, à cause de M. Pavillon « obstiné ct entêté. · Relation, t.n, p. 6 sq. La réponse de M. d’Alet était peu rassurante, mais Vialart, obtint le consentement des trois autres évêques et le secrétaire d’État, Lionne, lui vint en aide auprès du nonce. Arnauld rédigea le projet de lettre des quatre évêques au pape, Œuvres, t. χχιν,ρ. 568-570; le nonce fil quelques modifications secondaires ct approuva (Oaoût) les quatre évêques devaient faire signer le formulaire dans lcurdlocèseosil(ons censurée* nom et que M. Ha Hier a produit à Rome sous le sien, in-4·, extraites du livre de Jansénius par les Jansénistes mêmes, in-4‘, Paris, 1655; Examen de ce qui a été avancé par le sieur Ar­ Paris, 1653; Fr. Annat, Réponse d la plainte que font les jansénistes de ce qu'on les appelle hérétiques, ln-4·, s. î.,s. <1. ; nauld dans sa seconde lettre au sujet dr la première proposi­ Arnauld et Nicole, Réponse au P. Annat, povincial des tion condamnée, ln-4·, s. L, >. d.; Arnauld,Écrit d un docteur jésuites, touchant les cinq propositions attribuées d Af. l'évêque de ses amis pour la défense de sa seconde lettre. Œuvres, d* Yprès, ln-4·, Paris, 1654, Œuvres, t. xix, p. 147-195; t. xix, p. 565-601 ; Considérations sur ce qui s*c>< passé en Éllenne Deschamps, Libri 1res de hirresl janscnlana ab rassemblée de la faculté de théologie de Paris, tenue en Sor­ apostollca sede merito proscripta, opus ante annos novem sub bonne le 4 novembre 1656, sur le sujet de la seconde letter Antonii Richard! nomine inchoatum, In-fol·, Paris, 1654, de ΛΖ. Arnauld, docteur de Sorbonne, ln-4·, Paris, 1655, (cet écrit augmenté et corrigé par le P. Étienne Souclet a Œuvres, t. xix, p. 602-625; Epistola ct scriptum ad été réédité Λ Paris, iu-fol., 1728); Fr. Annat, Caullli Jansacram Facultatem Parisicnscm in Surbona congregata die senfanorum contra latam in ipsos ascdcapostulica sententiam, sexta decembris, ln-4·, s. L, 1655, Œuvres, t. xix, p. 629· seu confutatio libelli trium columnarum ct aliarum conjec­ 657 ; I^éonard de Aiarandé, Réponse d l'écrit que M. Arnauld turarum quels fansenlani obtinere conantur ut non videantur n fait présenter aux docteurs de la faculté de théologie, assem­ esse damnati, ln-4·, Paris. 1654 (cet écrit a été traduit par blé* en Sorbonne pour ta censure de la seconde lettre, in-4·, De Cérizlcrs, sous le titre : Évasions ou subterfuge* des Paris, 1655; Arnauld, Eprstola ct alter upaluQcticus ad lansénlstes contre la sentence rendue par le Sa in t-SIége, ln-4·, sacram Facultatem Parislensem congregatam die 17 Januarii et ln-8·, Paris, 1651); Noël de La Lane, Défense de la cons­ 1656, Ιη-4·, Paris, 1656, Œuvres, t. xix, p. 666-704: titution du pape Innocent X ct de la fol de i'Églist contre le . Gaston Chnrnillard, Lettre d un autre docteur de Sorbonne P. Annat et son llvrt intitulé : Cavilli Jansenlanorunt, ln-4·, du 1 décembre 1656 louchant la possibilité des commande­ Paris, 1655; Arnauld, Réponse au P. Annal sur les cinq pro­ ments aux fustes, in-4·, Paris, 1655; Toussaint Desmarcst, positions,\n-4·. 1051,Œuvres,t. xix, p. 147-195; le même, Réponse d'un docteur en théologie d Af. Chamtllurd, contenant Éclaircissement sur quelques nouvelles objection* touchant les un éclaircissement solide de plusieurs passages de S. Augustin cinq propositions attribuées d Af. l'évêque d* Ypres, où II est de S. Prosper,etc.,allégués mal d propos pour rétablissement aussi montré que ce que les jésuites s'efforcent de faire ne d'une grâce de possibilité prochaine, distincte de l'efficace, pe ut qu' allumer le feu (T une très grande division dans Γ Église, dont on ne peut savoir si elle a jamais eu aucun ejjel, ln-4·, ln-4·, Paris, 1654, Œuvres, t. xix, p. 208-227 ; Annal. La Paris, 1656 ; Arnauld, Propositiones theologica· dutr, de doctrine de Jansénius contraire d la doctrine de l Église et quibus hodie maxime disputatur, clarissime demonstrata, d celle de S. Augustin, ln-4·. Paris, 1654; Arnauld, Franln-4·, s. L, 1656, Œuvres, t. xix. p. 705-718; Examen dece ctscus Annatus, jrsuita, famosi auctor programmatis cul qui a été avancé par le sieur Arnauld dans sa seconde lettre, tlluhts est: Jans en H doctrina Sedi aposloUca* et S. Augus­ sur le sujet de la première proposition condamnée, in-4·, tino contraria in quinque propositionibus; in exponendis Paris, 1656; Arnauld, Lettre d'un bachelier d un docteur de Jansenti sententiis fraudulentia·, in explicanda pontificali Sorbonne, sur la signature de ta censure portée contre Af. Ar­ constitutione temeritatis. In exponenda U. Augustini doc­ nauld avec la réponse du docteur de Sorbonne (Amnuld), trina insclthr el perfidite, a theologo l^ovan lens i convictus, dan* laquelle on tâche de détruire celte proposition ; Qu'un lu-i·, s. I., 1651 (cet écrit, non publié ft cette date, se trouve docteur peut quelquefois, en sûreté de conscience, souscrire d dans les Œuvres d'Arnnuld, t. xix, p. 238-308); Arnauld, la condamnation d'une proposition qu'il sait être Writable cl Mémoire sur le dessein qu’ont les Jésuite* de faire retomber la catholique, ln-4·, Paris, 1650, Oeuvres, t. xx, p. 1-38; censure des cinq propositions sur la véritable doctrine de Arnauld, Nicole et de Ln Lane, Vlniliciir S. Thonur circu S. Augustin sous le nom de Jansénius, ln-4·, Paris, 1654, gratiam sufficientem adversus P, Joannem Nicolai, ordinis Œuvres, t. χιχ,ρ. 196-207 ; Lettre circula ire des cardinaux, Fratrum Pra-dtcalorum et doctorern Paristensem, ln-4·, archevêques el évêques assemblés d Paris le 15 juillet 165 J, Paris, 1656, Œuvres, t. xx, p. 591-741; Amauld, Vera écrite d tous les archevêques et évêques du royaume pour leur S. Thomtr de gratia sufficienti et efficaci doctrina dilucide faire part de ce qui a été arrêté dans leur assemblée, au sujet explanata, ln-4·, Paris, 1656, Œuvres, t. xx, p. 39-77: de la constitution qui condamne les cinq propositions ; ά Dissertatio theologica in qua confirmatur propositio augusla fin est un formulaire de mandement qu'ils doivent faire tlniana : Defuit Petro gratia sine qua nihil possumus, ln-4·, publier en conséquence dans tears diocèses, In-fol., Paris, Paris, 1656, Œuvres, t. xx, p. 159-314; Lettres aj>ologé· 1653; Noël de La Lane, Conformité de Jansénius avec les tiques οή U fudifie sa conduite depuis le commencement thomistes sur le sujet des cinq propositions contre le P. Ferrier des assemblées de Sorbonne, sur le suftl de sa lettre, jusqu'à jésuite, avec la conviction de ses falsifications et impostures la conclusion de la question de fait (10, 94 mars. 16 avril et la réfutation de ce que le P. Annat a allégué dans son livre et 90 septembre 1656), in-4·, Paris, 1636, Œuvres, t. xx, sur la conduite de I'Églist louchant ce point, in-4·, Paris, I p. 85-158 ; Sainte-Foy, Éclatrcbscmcnl de quelques dlfluultés 1688; Paul Irénée (Nicole), Causa fansenlana, sine fictilia morales louchant fétut présent du jansénisme depuis lu tenhsrrtsl· see disquisitionibus theologice, historice explicata et •ure de MM. de Sorbonne contre ta lettre de Ai. Arnauld, explosa; adjecti sunt super eadem materia alii tractatus et in-4·. Pari·, 1656; Pasquier Qucsnrl, Causa Arnaldin·», eplslnlar, ln-8·, Cologne, 1682; Amnuld, Lettre d’un Docteur seu Antonius Amaldus,doctor Sorbonnlcus, a censura ann. Sorbonne à une personne de condition du 94 février 1666 MDCLV1, sub nomine /acuilatb theologia Parislensi», vul­ sur et qui est arrivé depuis peu dans une paroisse de Paris gatu, ulndlcalut suis tpstus aliorumque scriptis nunc pri­ 1 un seigneur de la Cour (M. de Liancourt), ln-4·, Paris, mum In unum collectis, in-8·, Liège, 1699 ;lc mime. Justifica1655, Œuvres, t. xtx. p. 311-334; Réponse faite d la lettre Itlon de Af. Antoine Arnauld contre la censure d'une partir de (fane personne de condition le 90 mars 1666 touchant les la faculté de théologie ou Recueil des écrits français composés règles de la conduite dr* SS. Pères dans In c^moositton de sur ce sujet, tant par Af. Arnauld que par d'autres théolo­ leurs ouvrages pour la défense des vérités combattues ou de giens. 3 in-8·, Uf'ge, 1703; le rntmc. Question curieuse • t M. Arnauld, docteur de 5orbonnt est hérétique, d F Innocence calomniée, In-8·, Paris, 1653; François Pêan de 525 JANSÉNISME, LES PREMIÈRES LUTTES, BIBLIOGRAPHIE V. conseiller de révêque de Liège,\n-12,Oo\. I., s. c hérétique(Rcmarque de J. Révillc, Le Quatrième Évangile, p. 323). Λ peu près à la même époque, saint Justin qui cite l’Apocalypse, en l’attri­ buant n saint Jean l'un des apôtres du Christ, présente dans ses écrits tant d'idées communes avec le quatri* .ne évangile, tant de formules voisines, que sa dépendance par rapport à celui-ci ne peut guère être mise en doute. Voir les Index alphabétiques à la lin de l'édit du Dialogue pur G. Archambault ct des Apologia par L. Pauligny dans la collection HcmmerLejuy II est moins sûr, quoique beaucoup de critiques tiennent le fait pour très probable, (.aimes, op. cit,, p 27, que saint Justin ail mis l'évangile au nombre dn écrits qu'il désigne sous le nom de Mémoires des Apôtres ; ce fait d’ailleurs ne prouverait pas absolum· nt qu'il ait attribué au quatrième évangile une ongirn* apostolique, mais seulement qu’il y retrou­ vait, comme dâus ceux de saint Marc et de saint Luc, une tradition remontant aux apôtres, cl lui reconnaissait une autorité égale à celle des synoptiques. De ce que nous savons par Eusèbc de l’évêque d l lierapolis, Paplas, et des fragments qui nous ont clé conservés de ses Exégèses des discours du Seigneur, il résulte que celui-ci utilisait la première épltre johannique ct connaissait l'Apocalypse. H. E. I. Ill, c. xxxix. n. 12 ct 17. La plupart des critiques admettent qu'il a eu aussi l’évangile entre les mains, bien qu’on s'étonne qu'il ne l'ait pas mentionné, non plus d'ailleurs que celui de saint Luc, dans le célèbre passage où il consigne les traditions recueillies par lui sur la compo­ sition des évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. S'il était sûr que certains dires des presbytres d’Asie rapportés par saint Irénée ont été empruntés par l’évêque de Lyon à l'ouvrage de Papias (on sait p .r un fragment conservé dans Eusèbc, ibid., n. 3-5. que l'évêque d'Hiérapolis s’attachait à recueillir soigneu­ sement tout ce que disaient les presbytres), si d’autre part, ccs dires des presbytres font allusion, comme il semble bien, à des passages du quatrième évangile (indication sur l'âge du Christ, Joa., vm, 57, et sur les degrés de la gloire céleste, Joa., xiv, 12), on en pourrait conclure, avec Harnack et nombre d’autres critiques, que les presbytres asiates utilisaient l’évan­ gile johannique, qui par conséquent, aurait existé ct aurait été connu en Asie dès la fln du règne de Trajan. A la même époque d'alllcurs, dans l'épltre de saint Polycarpc aux Philipplcns, on trouve plusieurs sentences qui sont à peu près sûrement empruntées, non pas sans doute au quatrième évangile, mais du moins à la première épltre johannique. En voir le relevé dans Les Pères Apostoliques, de la collection I lemmcr-Lojay, t. ni, p. 176 177. Quant à saint Ignace, il y a une telle parenté entre la christologie exposée dans scs épi très ct la doctrine johannique, qu'il ne suffit pas sans doute de supposer, avec J. Ré­ ville el Harnack, que l'évêque d'Antioche vécut dans un milieu influencé par la pensée johannique, mais qu’on est porté à admettre qu'il connaissait le qua­ trième évangile lui-même ct s’était pénétré de ses enseignements. Par contre, les adversaires de l’au­ thenticité du quatrième évangile ont noté comme · un fait étrange ct dont la slgniilcalion n’est pas négli­ geable » (Lolsy) le silence absolu gardé par saint Ignace dans son épltre aux Éphésicns sur l’apôtre saint Jean, alors qu’il loue scs correspondants d'avoir été les disciples de saint Paul, ct que, s'il faut en croire la tradition, saint Jean ayant succédé à saint Paul à Éphèse ct y ayant son tombeau, l’évêque d’Antioche aurait pu ct dû mentionner, semble-t-il, cct autre titre de gloire de la chrétienté éphéslcnne. 2° Objections contre la valeur de ces témoignages, — De cette rapide enquête à travers la plus ancienne littérature chrétienne 11 résulte que le quatrième évangile a dû être mis en circulation au plus tard dans les premières années dun· siècle, mais que. en faveur de la tradition qui le fait composer à Éphèse par l'apôtre saint Jean, tradition très largement répandue el presque unanin ement acceptée à la fln du u· siècle, on ne trouve pas avant cette époque de témoignages Indiscutables. Les adversaires de l’authenticité johan­ nique s’autorisent de l’apparition soudaine ct rela­ tivement tardive de ccttc tradition pour en contester la valeur. 1 Critique du témoignage d ! rénée. — On s’en prend sp< c airmen t au témoignage de saint Irénée, plus import ml en raison des attaches de l’évêque de Lyon avec l'Asie Mineure. On fait valoir que ce témoignage est en somme assez pauvre d’indications sur les circonstances dans lesquelles aurait été écrit ■ l'évangile. On note que saint Irénée a rapporté. I comme venant des presbytres d'Asie, des traditioni 545 JEAN iSAlNT), LE QUATRIEME EVANGILE ET LA TRADITION q*ü sont manifestement Inacceptables (sur l’Age du I Christ qui aurait eu, d'après lui, près <1.· cinquante ans au moment do sa mort). On discute même la nature el l’étendue des rapporta d* Irénée avec Polyçarpe Sur ce dernier point, si l'on conteste au’lrcliée ait été à proprement parler un disciple du vieil évêque de Smyrnc, il faut au moins admettre que, A un Arc qui ne peut être inférieur à 15 ans. Il en fut l'auditeur habituel ct attentif, recueillant de sa bouche les | échos de lu tradition apostolique. Dès lors une opinion erronée que soutient l’évêque de Lyon < i l'appuyant non sur l’autorité de Polyçarpe, mais, d’une façon vague, sur les dires des presbytres d'Asie vu général, ne doit pas suffire â faire rejeter les donnée· qu'Irénée semble bien tenir de l'évêque de $myrne et qui portent sur ce Jean d’Éphèsc, qu'il considère certainement comme l'auteur du quatrième évangile et qu’il présente comme ayant été le maître de Polycarpe. En identifiant Jean d'Éphèse avec l’apôtre, ills de Zébidée, Irénée auralt-il lait une confusion ? C’est un point sur lequel il faudra revenir, mais on peut dès maintenant remarquer combien il est peu vraisemblable que saint Irénée sc soit ainsi mépris sur la véritable identité d'un personnage dont il avait entendi parler par l’évêque de Smyrne qui en avait été lui-même le disciple. Sur le témoignage d’Irénée. ci. Labouri, Le témoignage de S. Irénée, dans la Revue biblique, 1898. p. 59-73; ct Camerlynck, De quai h evanyclii auctore, pars L Louvain, 1899, p. 128138. 2. Opposition ancienne aux écrits lohanniques. — Les critiques qui minimisent la valeur du témoignage de saint Irénée attachent par contre une importance qui parait bien excessive aux seuls adversaires qu’ait rencontrés ie quatrième évangile au cours du n· siècle. Il s’agit d'une école ou d’une secte, qui apparaît en Asie vers iG5 et qui rejette les écrits johanniques. on connaît l'existence de ces adversaires du quatrième évangile par saint Irénée qui les combat, et par saint Épiphanc qui les représente comme attribuant les écrits johanniques à l’hérétique Cérinlhc et les baptise ironiquement du nom à* A loges. Il y eut sans doute, ajoute-t-on, des aloges ailleurs qu’en Asie, ct le fait que, au commencement du ni· siècle, un prêtre romain, Caîus, rejetait l’Apocalypse et l'attri­ buait ù Cérinlhc, semble prouver qu’à Home aussi il y eut un foyer d’opposition aux écrits johannique*». Ce serait là tout au moins un Indice, que l’origine johannique de l’Apocalypse et du quatrième évangile n’était pas si fermement ni si exactement attestée que pourrait le donner ù penser l'uuaniinilé de lu tradition Λ partir du ni· siècle. Les défenseurs de l'authenticité du quatrième évangile ne sont pas très impressionnés — et à juste litre — par ccttc opposition aux écrits Johanniques. à laquelle on ne peut donner une certaine solidité qu’en exagérant manifestement la portée des quelaues allusions qui y ont été faites par les écrivains ecclesias tiques. Saint Irénée indique que c'cst simplement pai réaction contre le montanisme, lequel s'autorisait de quelques textes du quatrième évangile, que certaines gens rejettalent cet écrit, et 11 ne semble pas sup­ poser que ccs gens aient formé un groupe un peu Important, encore moins une véritable secte; le fait qu’il ne leur oppose pas les témoignages précis qu'il aurait dû avoir sur l'origine apostolique de l'évangile ne prouve pas que ccs témoignages lui fissent défaut, mais bien plutôt qu’il ne croyait pas nécessaire de réfuter une opinion Λ laquelle, vu sans doute la qualité el le nombre de ses adeptes, il attribuait peu d'impor­ tance. Sur les Aloges, voir Rose, Les aloges asiates et les atoges romains, dans la Revue biblique, 1897, p. 516-534 Cf. art Λ looks, t. i, col. 898-90L DICT. DE TIléOL. CATHOL. r.4€ 3 Données historiques di/nrYirnble* A raulhemletté.— II n'y n pas lieu d’insisUrd i vantage sur la plus ou moins grande précision ct unanimité de la tradition relative à l’origine Johannique du quatrième évangile, puisque 1rs adversaires de l’authenticité reconnaissent que cette tradition a son point de départ cl son appui dans l'évangile lui-même, ses rédacteurs, ou du moins ceux qui l’ont mis en circulation, ayant cherché délibé­ rément, dit-on, tout en le laissant anonyme, à le faire passer pour une œuvre de l’apôtre Jean. Ce qu'il importe de discuter, ce sont les motifs qu'on peut avoir de traiter de fictive cette attribution. Avant d’étuoier tes principaux, qui sont ’rés de l’examen interne de l’évangile. Il faut signaler les arguments extrinsèques sur lesquels s’appuient un certain nombre de critiques pour soutenir que l’npôtrc saint Jean n'a pu composer un évangile à itphèsc, où en fait 11 ne serait jamais venu, et que, s'il y a eu dans cette ville un personnage Important, du nom de Jean qui peut-être serait l’auteur de deux petites épi très johanniques ct même de l'Apocalypse, ce · Jean ΓAncien » n'était pas en tout cas l’apôtre, OU de Zébédéc. a) Destinées de Γapôtre Jean. — Les critiques récent! qui n’admettent pas le séjour de l’apôtre saint lean t Éphèsc, après avoir signalé comme assez étrange le silence de saint Ignace ct de saint Polyçarpe sur ce point, font grand état de quelques textes qui semblent indiquer que saint Jean fut mis â mort à Jérusalem par les Juifs. Un ms. de la Chronique de Georges Hamartolos, moine byzantin du ix· siècle, le Codex Coislinianus 305 (texte dans Funk, Poires aposioliet, t. i. p. 368) et un autre nu. publié par de Boor, Texte und Unte.rsuehungen, L v, fasc. 2 (voir aussi Funk, ibid, p. 366) contenant un abrégé de la chronique de Philippe de Side, historien du v* siècle, font en elTet allusion ά un texte de Paplas, qui · dit dans son second livre que Jean te théologien et Jacques son frère furent mis Λ mort par les Juifs. · D’autre part un martyrologe syriaque, publié pour la première lois par W. Wrigth dans le Journal of .ta· cred Literature, 1866, ct qui dépend d’un original grec du iv· siècle, énumérant les martyrs, mentionne conjointement au 26 décembre les apôtres Jean et Jacques à Jérusalem. Ce sont, il est vrai, des témoi­ gnages isolés, relativement récents, et qui se présen­ tent dans des conditions quelque peu suspectes, mal5, ajoute-t-on, ils trouvent une confirmation que plu­ sieurs jugent décisive dans la parole de Jésus. Marc., x. 39; Mat th., xx, 23, déclarant aux deux fils de Zcbédée qu’ils partageront sou calice et seront asso­ ciés à son baptême : cela ne suppose-t-il pas que les deux frères ont subi également le martyre, et que ce ! martyre, inconciliable avec la tradition qui fait nourir saint Jean » Éphèsc à un Age très avancé, était connu des évangéhstes? Quant à la date du martyre supposé de saint Jean, on ne s'accorde pas : les uns (Lolsy) pensent que saint Jean a été condamné à mort par le roi l lérodo Agrippa, au commencement do l’an 1i I en même temps que son frère. D'autres ne jugent pas que les textes qui viennent d’êtro cités exigent que le martyre dos deux apôtres ait été simultané, et comme saint Paul, Gai., ti, 9, mentionne Jean parmi les apôtres avec qui il conféra à Jérusalem A une date postérieure à celle de la mort de sa nt Jacques, ils font d’autres hypothèses plus ou moins plausibles sur les cjrconstancr-s où saint Jean aurait pu être mis à mort par les Juifs à une époque plus tardive. Sans entrer dans une discussion détaillée, il suffit de noter combien est incertaine la teneur du texte de Pupla* auquel sc refirent lo manuscrit d’Hurmatotos (dont la leçon est d’ailleurs contredite par tous les autres manuscrits de la Chronique) et le fragment publié VIII. — 18 5ί7 JEAN (SAINT), LE QUATRIÈME ÉVANGILE ET LA TRADITION par de Boor : si l’évêque d'Hlérapolis avait vérlta- I l’authenticité johannique du quatrième évangile», blemcnt déclaré que l’apôtrc saint Jean avait été liment que le texte dc Paplas n’oblige pas Λ distinguer deux personnages du nom dc Jean, et qu’il n’y a martyrisé par les Juifs, on ne s’expliquerait pas que ce texte n'ait pas été remarqué par les écrivains jamais eu qu’un seul Jean à Éphèse: Jean l’Apjtre. Contre l’interprétation d’Eusèbc, qui parait à pr I Jon.,l, 1-3. L’écrivain semble bien sc donner pour un témoin direct du Christ. Il est difficile d’admettre, pour infirmer la force dc cc texte, que les expressions employées n'ont Ici qu'une valeur métaphorique et qu’il s’iigît d’une expérience non point sensible, mais purement spirituelle (Harnack) : des termes comme « nos mains ont palpé » supposent un toucher physique, ct le verbe ΟεϊσΟαι lui-même, dans tous les passages du Nouveau Testament où II figure, désigne une vision corporelle cl non point spirituelle. Sanday, op. cit., p. 76. On ne peut non plus suppo­ ser comme le fait von Sodcn, Urchristliche Literature geschichte, Berlin, 1905, p. 191, que l’écrivain s'iden­ tifierait ainsi, en un témoignage collectif, avec l'en­ semble dc la communauté chrétienne comprenant les témoins directs de Jésus, car il se distingue nette­ ment lui-même des membres dc la communauté, aux­ quels Il transmet ce qu'il a vu ct entendu. Le sens dc cc texte est d'ailleurs si clair que d'autres critiques, parmi les plus opposés à la thèse traditionnelle, y voient une fiction intentionnelle de l’auteur qui a voulu recommander sa lettre en sc faisant passer — faussement — pour un disciple immédiat du Christ (Loisy). Au début dc l'évangile, on trouve une déclaration analogue : « Le Verbe sc fit chair, ct il habita parmi nous, ct nous avons vu sa gloire. » i, 14. Le sens le plus naturel decc texte, confirmé par sa ressemblance avec le début île l’épître, est bien encore que l’évan­ géliste sc range parmi les témoins oculaires du Verb-· incarné, bien que la vision dont 11 parle ne soit pas une vision simplement corporelle, mais une vision interprétée par la foi. — Dans le corps de l'évangile, après l’épisode du coup dc lance qui ouvrit le côté de Jésus, se trouve une attestation du même genre : · Et celui qui l’a vu en n rendu témoignage, ct son témoi­ gnage est vrai, ct lui sait qu'il dit la vérité, afin que vous aussi, vous croyiez », xrx, 35. attestation qui serait absolument concluante, tout au moins en cc qui con­ cerne le récit de la mort du Christ, si on pouvait affirmer avec ccrt il udc que l'évangélbt e s'Identi fie avec le disciple qui a vu, — •'ans doute le disciple bicn-alrné dont In présence au Calvaire est mentionnée nu f. 26, — ct que, pour donner plus de poids à scs déclarations II se rend à lui-même le témoignage qu'il dit vrai. Cette Interprétation n’est pas admise par tous les exégètes : plusieurs (Harnack, Réville, et même des catholiques tels que Calmes) pensent que le narrateur apparnft ici nettement distinct du témoin oculaire dont il afiinne la véracité (d’après Calmes, qui admet l’au­ thenticité Johannique de l’évang le dans son ensemble, cc verset aurait été ajouté par l’éditeur du livre, un disciple de saint Jean) Comme il y a une relui ion évi­ DU QUATRIÈME ÉVANGILE 550 dente entre xix, 35 ct xxî, 24, la portée qu'on attri­ buera nu premier de ces passages dépendra beaucoup dc la façon dont on Interprète le second.— La décla­ ration contenue dans ce verset xxi, 24 : · C’est ce même dhclple qui atteste ces choses et qui a écrit cela, et nous savons que son témoignage est véridique », porte sur le contenu du c. xxî, lequel apparaît nette­ ment comme une sorte d’appendice, ajouté après coup ù la suite des f. 30-31 du cl ap. xx qui constituent la véritable Anale de l’évangile. La plupart des exégètes catholiques admettent que cc c. xxî, y compris les 24-25, a été ajouté par l’auteur lui-même ù la rédac­ tion primitive de son œuvre. C'est alors l’évangéliste qui, après s’être Identifié au disciple anonyme dont Il est question dans ce chapitre, al’.nne la valeur de son propre témoignage. Procédé quelque peu surpre­ nant, mais qui s'explique, observe-t-on, par la psy­ chologic particulière dc l'apôtre. · II y a comme «leux personnes en sa conscience : sa personne et la personne dc l’Esprit Un apôtre qui a l’Esprit de Dieu peut écrire : Je dis la vérité, je ne mens pas, ma conscience m'en rend témoignage dans l’Esprit Saint Cette parole hardie n’est pas de Jean, elle est de saint Paul, Rom., îx, 1, lequel ne fit pas écrire l’ÉpItre aux Ro­ mains par ses disciples. » Batiffol, Six leçons sur (es Évangiles, p. 115. — Un certain nombre de critiques adversaires dc l’authenticité johannique estiment que le c. xxî n’est pas dc la même main que le reste de l’évangile, ct doit l’origine Λ un rédacteur qui d’allkun aurait voulu délibérément faire passer le disciple bienaimé pour l’auteur du livre. Les ressemblances de I fond et de forme que présente ce chapitre avec l'en­ semble de l’évangile donnent plutôt à penser que les ! épisodes groupés dans cct appendice ont la même ori­ gine que le reste du livre Cc qu’on serait seulement porté à admettre, c’est que ces fragments, qui n’a valent pas été utilisés dons la rédaction première dc l'évan­ gile, ont pu y être Joints en forme d’appendice lors de sa publication, qui, dans cc cas, n’aurait eu lieu qu’après la mort de saint Jean. Dans cette hypothèse, les i f. 23-24 ne seraient pas de l’évangéliste : ce seraient les éditeurs du livre, probablement un groupe de dis­ ciples de l’auteur, qui y rendraient témoignage à la véracité dc l'évangéliste, en même temps qu’ils affir­ ment l’authenticité dc l’évangile, puisque, d’après la déclaration contenue en ccs versets, les récits con­ tenus dans le c. xxî, ct par suite tout le reste de l’évan­ gile, auraient pour auteur le disciple bien-aimé, c’cstI à-dire un témoin oculaire des faits rapportés dans le livre. 2. Allusions plus ou moins claires. — Cette Indica­ tion du c. xxî, attribuant la composition de l’évangile au disciple blcn-ahné. correspond bien à l’impression que donne la place occupée et le rôle Joué par cc per­ sonnage dans l’ensemble du livre. 11 est très probable que le disciple anonyme qui ligure dans le récit de la vocation des apôtres, r, 35-51, est le même que le dis­ ciple · que Jésus aimait » mentionné dans le récit de la I dernière cène, xm, 23, présent au Calvaire, xix, 26, ct qui sc rend au tombeau avec Pierre après la résurrcc lion, xx, 2-10. C’est sans doute aussi le même person­ nage qui, désigné par l'expression l'autre disciple, xvm, 15-16, pénètre avec Pierre dans la maison du grand prêtre (la même expression désigne le disciple birn-almé au c. xv, f.3, 4, 8). La façon systématique dont l’évangéliste évite de donner le nom de ce person­ nage. le caractère très personnel des récits où il figure semblent bien indiquer qu’il y a entre l’auteur et lui une relation intime, cl tout donne à penser que c’est l'évangéliste lui-même, qui, ne voulant pas sc mettre directement en scène, tout en sc laissant reconnaître, a voilé sa personnalité sous cette appellation impré­ cise ct un peu énigmatique. Les critiques mêmes qui 551 JEAN (SAINT), DONNÉES INTRINSÈQUES DU QUATRIÈME ÉVANGILE 552 voient dans le disciple blcn-aimé non point un person- I 43; u, 1 ; îv, 6, etc., et topographiques; la mention du nage réel et historique, mais un personnage symbo- nom de personnages qui n’interviennent pourtant dam llque, un disciple purement idéal, reconnaissent qu’il le récit que d’une façon très secondaire; la netteté dans doit être une sorte de personnification de l’auteur de le dessin des caractères des personnages mis en scène l’évangile, témoin mystique des scènes qu’il raconte. Ces traits sont si frappants que les critiques radicaux Qui est ce disciple? L’interprétalion traditionnelle doivent dire, pour les expliquer, que l’auteur a déllqui identifie le disciple bien-aimé, c'est-à-dire l’antcur béréinent cherché» en allectant cette précision, à de l’évangile, avec l’apôtre Jean est celle qui se dégage donner à son récit · l’apparence de la chose vue» le plus naturellement des passages où figure ce person(I.oisy, à propos de la scène de l’arrestation de Jéiui). nage. L’interprétation purement symbolique en cflet, .Mais il suffit de comparer la manière de l’auteur du n’est pas soutenable : que l’évangéliste ait voulu faire quatrième évangile avec la précision apparente et du disciple blcn-almé le type d’une catégorie de l’abondance de détails qu’on remarque dans les évancroyants, l’incarnation d’une certaine qualité de fol, gilcs apocryphes, pour sentir la différence et conchirr on peut l’admettre; mais la façon dont ce disciple est que dans cc dernier cas on a uflaire avec des création! introduit, le rôle qu’il joue à côté de personnages très de l’imagination populaire, tandis que les récits réels, comme Pierre et les autres apôtres, ne sont pas johanniques donnent l'impression de souvenirs rédigés explicables, et les scènes où il figure deviennent tout par un témoin. Λ fait Invraisemblables, s’il n’a qu’une existence pure2. Exactitude de Vensemble. — Cette Impression eit ment symbolique. Quant à l’hypothèse, proposée sous confirmée par l’exactitude des données contenue* dans diverses formes par quelques critiques, qui volent le quatrième évangile sur la géographie de la Pales dans le disciple anonyme un disciple réel, m ins dolt-on conclure que l'auteur de l’évangile, s’il Samarie, près du puits de Jacob, îv, 5, si elle n’est pas n’est pas saint Jean, a voulu sc faire passer pour cet à expliquer par une altération de noms dans la tradlapôtre, et donner l’impression qu’il était un disciple tlon manuscrite, ne prouve pas une confusion de la Immédiat du Christ, un témoin oculaire de ce qu’il part de l’évangéliste, qui pouvait avoir des Informarapportait. tlons particulières plus précises sur la topographie des 2· La prétention manifestée par routeur d'étre un lieux où se passent les scènes qu’il raconte. De même, témoin oculaire et un disciple de Jésus concorde aoec on ne peut conclure du fait que Caïphc est désigné certains caractères de ce livre.— 1. Précision de certains comme « le grand prêtre de cette année-là », xi, 49; détails. — Le caractère de la narration en beaucoup de xvm, 13, que l'auteur ait cru, contrairement à la réapaiia/cs du quatrième évangile est tel qu’on doit lité, que le souverain pontificat était une charge conclure tout au moins que l’auteur a été Informé du annuelle : Il n san* doute voulu, par cette expression, d tail des faits par un témoin oculaire, mal* beaucoup accentuer la signification de cette année mémorable, plus probablement <|u’il a fait lui-même partie des Ce sont là d’ailleurs des difficultés secondaires. Les disciples les plus Intimes de Jésus 11 entre dans de objections sérieuses qu'on fait valoir contre l'authenmlnutieux détails, auxquels on cherche en vain à trou- tlcité Johannique du quatrième évangile sont d’ordre ver une signification symbolique acceptable, et qui ne I plus g<-néral et sont fondées sur la nature des faits *emblent être rapportés par l'é^angéllste que comme racontés, sur les tendances et le caractère doctrinal de* r-ouvetiln vécus. On peut noter spécialement à ce du livre. point de vue la précision des données chronologiques : 3* Obfeetlons contre l'attribution du quatrième éoanle jour et l’heure sont souvent spécifiés, i, 29, 35, 39, I gile à un témoin oculaire, et particulière ment à VapAlrs ' · I I ] 553 JEAN (SAINT), DONNÉES INTRINSÉQl I.S DU QUATRIÈME ÉVANGILE tain! Jean. — 1. bluer gence* avec le* si/noptiques. — On ne saurait attribuer, dll-on, A un disciple de Jésus, témoin oculaire des faits, un évangile si différent des synoptiques, qui conservent les plus anciennes tradi­ tions sur lu vie du Christ. a) Les divergences entre le quatrième évangile et les synoptiques, qui vont parfois Jusqu'à un désaccord formel, portent d’abord sur I · matière du récit. On signale principalement les suivantes. Les faits rap­ portés par saint Jean sont pour lu plupart inconnus des synoptiques, tandis que Jcnn ne mentionne presqu’aucun des faits qui forment la matière des trois premiers évangiles. Dans l; cela est vrai surtout de certains textes synoptiques qui présentent un caractère Johannique si marqué, que certains critiques ont cru devoir, pour cette raison même, et sans aucun autre motif valable, en contester l’authenticité. CL en particulier, Matlh., xi, 25; Luc., x, 21. Ces remarques, qui permettent de maintenir sans Invraisemblance l'authenticité au moins substantielle des discours que l'auteur du quatrième évangile met dans la bouche de Jésus, ne nous autoriseraient pas cependant â en attribuer la rédaction à l’apôtre Jean, s’il était vrai que la doctrine johannique présentât des caractères incompatibles avec l’attribution de l’évangile â un Juif palestinien, tel que saint Jean. 2. Caractères de la doctrine johannique allégués contre Γ authenticité de l'évangile. — Les adversaires de l’au­ thenticité insistent spécialement sur le caractère anlljudnïque de l'évangile et sur les traits où se révèle l'influence de la philosophie et de la mystique de l'hel­ lénisme. a) 11 faut reconnaître que l’appellation « les Juifs » est souvent employée dans le quatrième évangile en un sens particulier et peu favorable, pour désigner le groupe des ennemis de Jésus. On doit noter cependant que révangélistc signale à plusieurs reprises que beau­ coup panni les Juifs crurent en Jésus, vm,31,et indique comme disciples du Sauveur Nlcodèmc et Joseph qui comptaient parmi les autorités juives de Jéru­ salem. Il faut d’autant moins s'étonner que l'auteur ait en quelque manière Identifié la nation juive avec ses chefs qui, eux, furent bien les adversaires acharnés de Jésus et de sa doctrine, qu’il écrivait â une époque où l'Égiise chrétienne s’était complètement séparée du judaïsme, et avait constamment à souffrir de l’hos­ tilité des Juifs, hostilité qui s'exerçait contre les dis­ ciples comme elle s’était exercée d’abord contre leur Maître. 11 suffit d’ailleurs, pour enlever toute valeur à l’objection qu'on prétend tirer de celte altitude el de ce langage de Jean, de remarquer que saint Paul, qui pourtant ne reniait pas son origine juive, parle des Juifs exactement de la même façon que le quatrième évangile, où la polémique antljudafque est meme beau­ coup moins accentuée que dans les épltrcs p.iullnlennes. b I’Influence de Phdon et de l'alexandrinisme sur DU QUATRIÈME ÉVANGILE 556 la pensée et le langage de l’auteur du quatrième évan­ gile serait une objection beaucoup plus forte contre l’authenticité johannique, s'il était prouvé que cette influence a été réelle, profonde et intime. De fait, on ne peut nier qu’il y ail certaines ressemblances entre le quatrième évangile, principalement dans son prologue, et la doctrine phtlonienne du Logos. Mais une étude attentive fait ressortir entre le Verbe de saint Jean et le Logos de Philon des diiTércnccs si essentielles qu'on ne peut supposer que la théologie johannique ait sa source dans la conception phtlonienne. Les rap­ prochements et les oppositions sont discutés avec pré­ cision dans J. Lebreton, Les Origines du dogme de la Trinité, 4· édit., 1919, p. 590-598, note 1. 11 suffit d’admettre que saint Jean oit vécu en Asie Mineure dans des milieux familiers avec la ph’losophic alexan­ drine, pour s'expliquer qu’il ait fait quelques emprunts à la terminologie de cette école. Quant Λ l'idée même du Verbe, c’esl dans (’Ancien Testament (livres sapien­ tiaux), et dans la théologie du judaïsme palestinien, sources auxquelles Philon a d’ailleurs puisé largement, qu'il en faut sans doute chercher l’origine. L'influence du mysticisme hellénistique sur le qua­ trième évangile, qu’on a signalée récemment comme un facteur important et caractéristique, Lolsy, Ia quatrième Évangile, 2e édit., est encore moins prouvée que celle de la philosophie et de la théologie phlloniennes. Dût-on même en reconnaître la réalité dans une certaine mesure, ce ne serait pas encore une objec­ tion décisive contre l'attribution à saint Jean de cet évangile, car les mêmes critiques attribuent aussi une influence considérable aux mystères païens sur la pensée et la mystique de saint Paul.Or,si l’on ne trouve pas invraisemblable que cet apôtre, dont l’éducation première avait été toute judaïque, ait emprunté aux • religions de mystères » des éléments importants de sa théologie, on ne doit pas trouver plus de difficulté'» A admettre qu'un long séjour dnns des milieux grecs de pensée et de religion ait pu donner à l’apôtre Jean une connaissance suffisante de la mystique païenne pour que sa doctrine et sa terminologie en portent l’em­ preinte. Les remarques qui viennent d’être faites sur les principales objections contre l’authenticité du qua­ trième évangile tirées de l’élude Intrinsèque du livre montrent que la solution traditionnelle de la question johannique peut être maintenue, malgré ces diffi­ cultés, pourvu qu’on tienne compte du but de l’autour, du caractère qu’il a voulu donner à son œuvre, des conditions de temps et de milieu où 11 a dû la com­ poser. Avant de préciser ces divers points, Il convient de mentionner les essais de solution qui ont été tentés dans des voles diflérentes, en sacrifiant soit l’unité du quatrième évangile, soit son origine johannique directe. 4° Essais de solution du problème johannique. — Il s'agit de concilier la tradition qui attribue le qua­ trième évangile à saint Jean el les caractères du livre qui s’accordent malaisément avec cette attribution. 1. Distinction d'éléments diners. — Quelques cri­ tiques ont pensé résoudre In difficulté en supposant que notre évangile, au Heu de posséder une parfaite unité et homogénéité, serait le résultat d’un travail de rédaction assez complexe, et qu’on y devrait distinguer des éléments johanniques qui formeraient le fond du livre, et des morceaux ajoutés par des rédacteurs ou • éditeurs» I II faut mettre à part, à ce point de vue. l’épisode de I la femme adultère, vu, 53-vin, 11. Cette péricopc est I canonique, puisqu’elle figure duns la Vulgate cl a été certainement visée dans la décision du concile de I Trente relative ù l’authenticité de cettt version. Mais I la question de son onginc n’est pas nécessairement 557 JEAN (SAINT), DONNÉES INTIUNSÈQl ES DU QUATRIÈME ÉVANGILE 558 tranchée pnr là : c'est un problème de critique tex­ d'autres additions cl remaniements dnns le corps du tuelle sur lequel les avis sont partagés Celte pérlcope livre, notamment en ce qui concerne le disciple bicnne figure pas en < llet dans les mus orientaux, et même nlmé mis en vedette comme l’auteur de l'évangile. 1rs autorités occident ah s, sauf le Codes litzæ et Ce système, on le volt ahément, est fait surtout de quelques mis vieux latins, l’ont Ignorée jusqu'au conjectures dont le point de départ est une conception i\r siècle. Elle n’a été commentée pnr aucun Père préconçue du développement de la tradition évangé­ grec, et par fl avoir été Ignorée des écrivains latins. lique. Quant aux raisons positives qu'on fait valoir D’autre part, la place qu’elle occupe dans l'évangile, pour contester l'unité littéraire du quatrième évan­ entre deux discussions de Jésus avec les pharisiens, gile (défaut de liaison et de suite dans les développe­ qui s< (ont nettement suite l’une à l’autre, sembh assez ments, incohérences, répétitions, nuances doctrinales), anormale. Par contre, quoi qu'en aient dit certains elles ne paraissent pas suffisantes pour prévaloir contre critiques, ce récit, ni pour le fond ni pour la forme, ne l'unité d'esprit, de vocabulaire et de style qui se révèle tranene de telle sorte sur les autres parties du qua­ si fortement d’un bout à l'autre du livre pris dans son trième évangile, que, à l’envisager en lui-même, on ensemble. Pour expliquer les faits allégués a l'appui de la théorie documentaire, Il suffit d'admettre, comme ■oit obligé de l’attribuer à un auteur (liftèrent. Rien le fail Stanton, op. ci/., p. 50 sq , que la matière de n'empêche donc d’admettre son origine johannique, l’évangile a fait l’objet de l’enseignement oral de saint mais on p· ut suppose r qu'il exista d’abord isolément, Jean avant d’avoir été consignée par écrit, qu’rllc a soit qu’il n'ait pas fait partie de la première rédaction été rédigée d’abord par fragments, cl que ce serait de de l’évangile, soit qu'il en ait été détaché par des In réunion de ces fragments que l’évangéliste aurait copistes, et que cc fut plus tard seulement, après composé son livre, dont on ne saurait s'étonner dè» bien des hésitations, qu'il fut fixé à l'endroit où 11 lors qu’il ne présente pas l'unité parfaite d'un ouvrage se trouve maintenant. écrit d’un seul jet. L’hypothèse — qui ne s'impose La question de l'authenticité du c. xxi, ou tout au pas sans doute, mais qui n’est pas invraisemblable, el moins des versets 24-25 de ce chapitre, a été examinée n'est pas opposée À l’authcntidté substantielle du plus haut, col. 550. S’il était établi que cc chapitre livre — de la publication de l’évangile par les disciples n’appartient pas à la forme originale de l'évangile, et de saint Jean après la mort de l’apôtre, empêché de que c’eot un véritable appendice, composé sans doute de fragments authentiques, mais ajouté nu texte pri­ mettre lui-même la dernière main à son œuvre, achè­ verait de résoudre les difficultés» qui servent de point mitif par des éditeurs différents de l’auteur du livre, de départ à la théorie documentaire. on pourrait se demander si ces éditeurs n'auraient pas 2. inction entre l'auteur el le rédacteur. — Y a-t-ll fait subir certains remaniements à l'œuvre de saint Jean qui, dans cette hypothèse, n’aurait pas rédigé avantage à aller plus loin, et les difficultés du problème lui-même son évangile sous sa forme définitive. En Johannique seraient-elles atténuées, si l’on attribuait faveur de cette supposition, on pourrait faire valoir à un disciple de saint Jean non seulement la publica­ tion, mais encore la rédaction du quatrième évangile, la notice, d'ailleurs légendaire dans ses details, du dont l’authenticité Johannique ne serait plus qu’une canon de Muratori sur le quatrième évangde, ainsi authenticité médiate, l’auteur direct du livre y ayant que certaines assertions de Clément d'Alexandrie et de plusieurs écrivains ecclésiastiques latins, qui semblent consigné par écrit la catéchèse de saint Jean, û peu dire que l'entourage de saint Jean aurait Joué un cer­ près comme saint Marc fixa dans son évangde la prédi­ tain rôle dans la rédaction et la publication du qua­ cation de saint Pierre? Cette hypothèse, qui parait s’imposer à des critiques conservateurs, tels que trième évangile. Stanton, soulève, semble-t-il, plus de difficultés qu’elle Les critiques, qui ont tenté l’analyse littéraire du quatrième évangile en partant de l’idée qu’il est le n'en résout. On ne s'expliquerait guère dans ce cas résultat d’un travail rédactionnel complexe, ne se que la tradition ecclésiastique n’ait attaché au qua­ trième évangile que le seul nom de l’apôtre saint Jean, contentent pas d'ailleurs de celte supposition, cl vont et n’ait gardé aucun souvenir du véritable auteur du beaucoup plus loin : si Wendt admet l’authenticité livre qui pourtant, s’il est, en même temps, comme on substantielle du recueil descntences Johanniques, sorte doit le supposer, l’auteur des épltres johanniques. dut de Logia, qui formerait d'après lui le noyau de notre évangile, et si Spill a reconnaît saint Jean pour auteur tenir une place importante et Jouir d'une grande auto­ du document primitif, qu'un rédacteur, par de nom­ rité dans les Églises d’Asie. D’autre part, si l’on breuses additions et des remaniements importants, s’explique difficilement qu’un pêcheur du lac de Tibé­ aurait transformé, la plupart, Wcllhausen, Soltau, riade soit devenu le théologien du Logos, le profond Bacon, Lolsy, n’attribuent à l’apôtre aucune part mystique du quatrième évangile, il faudrait admettre dans la formation de l'évangile qui porte son nom. une transformation du même genre, et qu’il ne serait Voici, Λ litre d’exemple, l'exposé de ia théorie la plus pas beaucoup plus aisé d’expliquer, chez le rédacteur récente, celle de M. Lolsy. Le fond du quatrième évan­ du quatrième évangile, supposé différent de saint Jean, gile proviendrait d’un écrit primitif, recueil de médi­ puisque ce disciple de l'apôtre devrait être comme tations sur le thème du Christ-Sauveur, mélange de lui, on le reconnaît, un Juif palestinien, venu en Asie visions symboliques et do discours théologiques, dù à et qui sc serait assimilé la culture hellénique. La diffe­ un prophète mystique qui vivait à Éphèse dans le rence d'âge et peut-être de condition qu’on peut sup­ dernier quart du i*r siècle. Au commencement du poser entre le disciple et le maître ne diminue pas n* siècle, on se crut obligé d'adapter à l’orthodoxie beaucoup la difficulté de cette assimilation. Cf. Lebrecommune la doctrine et I évangile par trop gnostiqucs lon, Bulletin d’histoire des origines chrétiennes, dans cl transcendants du mystique d’Ephèse, en rappro­ Recherches de science religieuse, 1921· p. 211 sq. chant son Christ du Christ synoptique et en faisant une Celte difficulté n’a-t-elle pas d'ailleurs été exagérée? place aux croy ances eschatologiqucs. Cc travail rédac­ Si saint Paul, Juif de naissance, pharisien d’éducation, tionnel ne sv fit pas en une seule fols ni d’une seule s’adapta de telle façon à la mentalité grecque qu’il main. On distingue surtout deux étapes : ia première, réussit à traduire sa foi en des formules acceptable la plus importante, caractérisée par l’adjonction de la pour des esprits formés par In culture hellénique, pour­ plupart des matériaux empruntés à la tradition synop­ quoi saint Jean, qui passa sans doute assez Jeune en tique et par la fixation du cadre chronologique; la Asie, n’aurail-il pu lui aussi, s’assimiler, au cours d’un seconde, plus tardive (vers 130-110) caractérisée sur­ demi-siècle d’apostolat, tout ce qu’il y avait de fécond tout pnr l’addition du c, xxi, mais qui dut comporter dans les conceptions religieuses caractéristiques du 559 JEAN (SAINT), DOCTRINE GÉNÉRALE DU QUATRIÈME ÉVANGILE milieu Imprégné d’hcnénismc où il vécut, ct s’cn servir pour exprimer sa propre foi, qui s'enrichissait d'ailleurs » t s 'approfondissait sans cesse par son expérience per­ sonnelle dc la vie avec le Christ, sous l’action ilhimlnatrice del'Esprit de Dieu? «Le disciple blen-aimé avait dc son Maître une Idée si profonde, si haute qu’il reconnaissait dans les données fragmentaires de la révélation juive, palestinienne ou alexandrine, des ébauches du grand mystère que Dieu lui avait plus clairement révélé; prophète, évangéliste, apôtre, 11 reprenait ces vieux oracles, non cn disciple, mais en maître; ct de la lumière du Christ, dont il était luimême pénétré, il illuminait et transfigurait toutes ces théologies jusque-là obscures · Lebrcton, article cité, p. 244. IV. Conclusion. — Est-il bien difficile dès lors de concilier les traits qui donnent au quatrième évangile une physionomies! particulière, et par Icsquelsll tranche si fortement sur les synoptiques, avec l’attribution de cet évangile à saint Jean, si anciennement ct si universellement professée par la tradition ecclésias­ tique? Est-il bien difficile de comprendre que, ù une époque où la spéculation commençait à s'exercer sur la figure du Christ, risquant de sacrifier l'un ou l'autre des aspects de son caractère à la fois divin et humain (gnosticisme et docétisme), saint Jean s’adressant à des auditeurs, puis à des lecteurs familiers déjà, grâce aux synoptiques, avec les faits extérieurs de la vie de Jésus, ne sc soit pas contenté de mettre par écrit ses souvenirs personnels sur l’apostolat de son Maître, et de reproduire littéralement les paroles qu' avait recueillies de sa bouche, mais qu’il ait voulu par son témoignage éclairer l’intime de la personnalité du Sauveur, choisissant pour cela dans la tradition et dans ses souvenirs certains faits de nature à mettre en lumière la thèse dogmatique qu'il voulait inculquer, cn précisant la portée par voie d’interprétation théo­ logique et symbolique, ct présentant cn même temps l'enseignement de Jésus, cet enseignement qu'il avait autrefois reçu directement et profondément gravé en sa mémoire, sous une forme où se révèle l'influence des méditations profondes dont les paroles du Maître avaient été l’objet de la part dc l'apôtre au cours de sa longue vie? A tout bien considérer, c'est donc en saint Jean, plutôt qu’en toute autre personnalité de la fln du i* siècle ou du commencement du π·, qu’on peut le mieux se représenter, harmonieusement unis, les aspects si divers qu’une étude attentive révèle chez l'auteur du quatrième évangile : le témoin oculaire qui se trahit ù la précision de certains détails du récit, — le théologien et l'apologiste qui,en face de la philo­ sophie hellénique ct de l’hérésie naissante, se préoccupe jvant tout, cn recueillant scs souvenirs, dc défendre ct dc répandre sa fol, — le mystique enfin, qui, appuyé sur son Inspiration personnelle, rend témoi­ gnage à l’action lllumlnatrice et sanctificatrice du Verbe Incarne, afin que ses lecteurs trouvent, eux aussi, dans le Christ lumière ct vie. Et ainsi, l’étude intrinsèque de l'évnngilc, insuffisante à elle seule à cn établir l’authenticité, ne vient pas du moins contredire, pourvu que l'on tienne compte dc toutes les particula­ rités qu’elle met en lumière, le témoignage très ferme de l’ancienne tradition ecclésiastique qui en attribue la composition à l'apôtre saint Jeun. 11. LA DOCTRINE DU QUATRIÈME ÉVAN­ GILE. — L Préliminaires. IL Théologie trinltalre et Christologie (col. 564). 111. Sotériologie (col. 572). rv. Eschatologie (col. 578). V. Conclusion (col. 580). 1. PnÈLiMiNAints. — Pour bien comprendre la doc­ trine du quatrième évangile, en saisir la portée, cl en marquer la place dans le développement de la 5G0 révélation, Il importe de déterminer d'abord le but de l’évangéliste, puis de dégager les idées directrices de son œuvre ct les grandes lignes du plan qu'il a suivi. 1® But du quatrième évangile. — l. Ce n’est pas seule­ ment de compléter les synoptiques. — Plusieurs écri­ vains ecclésiastiques anciens ont pensé que saint Jean avait écrit son évangile pour compléter les synop­ tiques en comblant les lacunes que prést niaient leurs récits de la vie de Jésus. De fait, comme on l’u vu précédemment, le quatrième évangile insiste sur le ministère hlérosolymilain que les synoptiques avalent laissé dans l'ombre; il contient des épisodes que nous ne connaîtrions pas sans lui, et il fournit des données chronologiques précises que le cadre adopté par la tradition synoptique ne comportait pas. Cependant il s'agissait pour saint Jean dc tout autre chose que d'apporter à l’histoire évangélique quelques éléments nouveaux. Sans doute son témoignage devait com­ pléter celui de ses devanciers, mais non pas tant au point de vue historique, en ajoutant quelques faits Inédits à leurs récits ou en cn précisant certains détails, qu’au point de vue doctrinal, en Jetant une lumière nouvelle sur la vie et la personne dc Jésus, afin de promouvoir chez les lecteurs dc l’évangile la foi ù sa divinité, et, par cette fol, l'union à Dieu dans le Christ. Ceux que son enseignement visait directement, ce n'étaient point des néophytes, des Juifs ou des païens, mais des chrétiens qui connaissaient déjà le Christ par la prédication évangélique élémentaire, qu’il fal­ lait donc non point amener à croire, mais con th mer et perfectionner dans leur fol, cn les faisant pénétrer plus profondément dans l'intime du Sauveur, dans le mystère de sa relation unique et Ineffable avec Dieu, et en leur donnant ainsi une intelligence plus parfaite dc son rôle dc médiateur divin· 2. Son but n’est pas non plus directement polémique. — Si le dessein principal de saint Jean est essentiel­ lement dogmatique, l'auteur du quatrième évangile n'aurait-il pas eu un but secondaire, polémique? a) Plusieurs Pères de l’Égllse ont pensé que saint Jean s’était proposé, en écrivant son évangile, de combattre les hérétiques de son temps. Saint Irénée précise même, et désigne,parmi les erreurs visées par le quatrième évangile, celles de Cérlnthe et celles de la secte, plus ancienne, des nicolaltes. Cont. Hures., 1. Ill, c. xi, n. 1, P. G., t. vn, col. 878. Les nicolaltes, dont il est question dans l’Apocalypse, n, 6, où l’ange de l’Égllse d’Éphèse est félicité d’avoir eu leurs doc­ trines cn horreur, tandis qu’à Pergame il sc trouve quelques Individus attachés à ces mêmes doctrines, n. 15, semblent être tombés dans des erreurs morales, plutôt que dogmatiques, ct on ne volt pas bien quel passage du quatrième évangile pourrait les viser spé­ cialement. Quant à Cérlnthe, la question est plus com­ plexe. D’une part, une tradition qu! remonte à saint Polycarpc mentionne la présence ù Éphèsc, nu temps dc saint Jean, d’un personnage portant cc nom, que l'apôtre tenait pour un hérétique dangereux. Une anecdote racontée par saint Polycarpe et rapportée par Irénée, ibid., I. Ill, c. in, η. 4, P. G., t. vu, col. 853, et par EuscIm·. Hist. Eccl.,1. III, c. xxvni, n.2,6, P. G., t. xx, col. 276, montre rn < fiel saint Jean sc refusant à entrer aux bains public * d’Éphèse, parce qu’il y avait aperçu Cérlnthe, · l’ennemi dc la vérité ». D’autre part c’est ù ce même Cérlnthe que les aloges attribuaient la composition du quatrième évangile. Irénée, Cont. Hrtrcs., I. I, c. χχνι, n. 1, P. G., t. vu, col. 686, prête i Cérlnthe des doctrines très voisine» do celles qu'enseignaient les gnostlques du iï· siècle, | Valentin, Ba-.illde, Mardon : distinction du Dieu I suprême et d’un démiurge créateur, négation de la I divinité de J, iv, 21. pour lui faire com­ prendre que le culte qui convient à Dieu est un culte spirituel. D’ailleurs la spiritualité de Dieu ne l’isole pas du monde, car II agit dans le monde, et son action, universelle et lnc< ssantc, ne connaît pas de repos v, 17. il agit par son Verbe, mais il agit aussi par luimême (à la «hilcrcnce du Dieu des gnoitlquvs qui ne communique avec la création que par des êtres inter* méduuK *) : H envole son Fils, et, quand les hommes viennent à Jésus pour le suivre, c’est le Père qui Ici attire, vi, 44. Son action est une action vivifiante . la vie qu’il possède en lui-même» Il la communique à ipn 565 JEAN (SAINT), THÉOLOGIE TR1NITA1RE ET CHRISTOLOGIE Fils, cl par celui-ci aux hommes, v, 26; vî, 58. Mais le trnll le plus caractéristique de l'action divine, c’est qu’elle est inspirée par lamour. SI la définition : « Dieu est amour · se trouve dans la première épltre Jnhannique et non dans l’évangile, elle y u son équivalent, car celui-ci est tout rempli des manifestations de l’amour du Dieu Père pour son Fils cl pour les hommes et pourrait sc condenser en cette déclaration : · Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle mi, 16. En cet amour se manifeste la paternité de Dieu. • Le Père », c’est le nom le plus ordinaire et le plus caractéristique de Dieu dans le quatrième évangile. L’idée synoptique de la paternité universelle de Dieu s’y retrouve (en particulier dans les passages tels que iv, 23; xv, 16; xvi, 23, où Jésus donne â Dieu le nom de Père sans allusion à lui-même); cependant la pater­ nité divine y exprime d’abord et avant tout la relation mystérieuse qui existe entre Dieu et Jésus-Christ, son Fils unique, puis les rapports entre Dieu et les croyants qui, associés en quelque manière par le Sauveur Λ sa filiation divine, deviennent enfants de Dieu, partici­ pants ù sa vie. t, 12 On pourrait même croire, à lire superficiellement certains textes, que la paternité de Dieu ne s’étend pas ù ceux qui refusent de croire au Christ. Aux Juifs qui déclarent n’avoir d’autre père que Dieu, Jésus réplique en effet : « Si Dieu était votre père, vous l’aimeriez... Vous avez pour père le diable...» vm, 42, 4 I. Mais il ne s’agit Ici que de la paternité spi­ rituelle de Dieu, qui fait des croyants ses ills adoptifs en un sens spécial et qui suppose des conditions morales chez ceux qui veulent monter ce titre de vrais fils. C’est dans le même sens, moral et non physique, que Jésus refuse aux Juifs le droit de se dire enfants d’Abraham, vm, 39, alors même que, par la génération charnelle, ils en sont les authentiques descendants. 2° Le Fils de Dieu. — Cf. article Fils db Dieu, t. v, col. 2395-2397 et col 2-101-2406. Dans plusieurs passages des synoptiques Jésus est désigné ou se désigne lui-même comme Fils de Dieu en un sens spécial, impliquant entre lui et Dieu une relation exceptionnelle. Mais ce caractère unique, transcendant de la filiation divine du Christ est beau­ coup plus accusé dans le quatrième évangile. Il ne peut plus être ici question d’une filiation entendue Amplement au sens moi al et religieux; suint Jean fait nettement reposer la filiation divine du Christ sur un fondement métaphysique. Les croyants sont bien en/ants de Dieu, τέκνα τού Οχου, r, 12, mais Jésus seul est dit le Fils, υΙός; il est le Fils par excellence, l’unique engendré du Père, μονογενής, i, 14, 18; m, 16-18, cf. I Joa., iv, 9, qui était de toute éternité dans le sein du Père. 1, 18. Pour analyser complet ement l’idée de la filiation divine dans le quatrième évangile, il faut l’envisager sous un double aspect, et comme à un double moment : dans la préexistence céleste du Christ, puis dans la vie historique de Jésus 1. Le Fils de Dieu préexistant. — En plusieurs pas­ sages des discours rapportés par saint Jean, Jésus affirme sa préexistence. Il est (έγώ είμί, nu présent), avant qu’Abrnhûin ne fût, vm. 58; il était glorifié avant que le monde existât, xvn, 5; Dieu l’a aimé avant la création du monde, xvn. 24; Il remontera au ciel où il était auparavant et d’où il est descendu, vî, 38, 62. Ces textes ne peuvent s’entendre, comme l’ont soutenu certains exégètes, Beyschlag, Wendt, etc. d’une préexistence purement Idéale, dans la pensée et les desseins de Dieu : quand Jésus sc déclare antérieur Λ Abraham, ce n’est pas d’idées, mais bien de per­ sonnes qu’il s’agit; la personne historique du Christ est Ici identifiée avec un être divin, préexistant d'une 566 existence étemelle, comme le montre le prologue, où la pensée de l'évangéliste trouve dans la doctrine du Logos son expression définitive. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » i, 1. En ce premier verset de l’évangile, saint Jean affirme l’éter­ nelle préexistence du Logos, son étemelle communion avec Dieu, et enfin sa divinité. Dès cette origine des choses, h iwft. dont parle le début de la Gênés·, le Lo­ gos existait, ή/, el non pas commençait d’être, έγί.ετο, comme les creatures. Il existait donc éternellement, et de toute éternité il était auprès de Dieu, πράς τύν 0c6> (Dieu le Père, comme l’indique l’article); distinct du Père par conséquent, mais dans une union Intime de vie avec lui, cf. i, 18 : le monogène ςοΐ cat dans le sein du Père. Il possédait lui-même la divinité : θεός, sans article, n’est plus ici un nom personnel, mais Indique la nature divine qui appartient au Verbe aussi bien qu’au Père. L’évangéliste décrit ensuite l’action du Verbe dans le monde. 11 est d’abord l'agent de la création : la Genèse représentait le monde comme créé par une parole de D.eu. le Verbe Johannique est cette Parole substantielle, par laquelle tout a été fait, i, 3. Il est ensuite principe de vie et de lumière pour l’humanité 1, 4, 9. Son action vivi Cicatrice et illuminatrice. qui s'est exercée au milieu des ténèbres par la révélation de l’Anclen Testament, i, 10, 11, a son couronnement dans l’incarnation, par laquelle il est venu personnel­ lement dans ce inonde, pportant aux hommes la grâce et la vérité, qu’il possède en plénitude, i, 14. 16, 17. Au terme de cette description des attributs et de l’action du Logos, le Verbe préexistant est nettement identifié avec le Christ, auquel Jean-Baptiste rend témoignage, i, 15, 17. Et par là s'affirme la personna­ lité du Verbe avant l’incarnation : cc n'est pas,comme le Logos de Philon, un être abstrait, métaphysique, une idée personnifiée, c’est un être concret, qui, aprè> l’incarnation, garde sa même personnalité dans son existence terrestre. C’est tellement uni personne que vise saint Jean, même quand il désigne le Verbe par des termes abstraits comme la lumière, τό φώς. qu’à cc terme neutre il fait rapporter des pronoms au mas­ culin. αύτόν, i, 11 el 12. qui montrent bien que, dans sa pensée, c’est du Christ qu’il s’agit. La différence entre la conception Johannique du Logos et la théorie phiIonienne n’est pas moins marquée quand il s’agit du rôle du Verbe dans le monde : le Logos de Pinion est un être intermédiaire, à mi-chemin entre Dieu et le monde, et qui les unit l’un à l’autre, tandis que le Verbe de saint Jean n’est point un Dieu inférieur; sa divinité est identique à celle du Père; c’est par le moyen de son incarnation qu'il est un médiateur, qui « réunit Dieu et l’homme, non parce qu’il se trouve entre eux, mais parce qu’il est ù la fois l’un et l’autre. » Lebrelon. op. ch., p 594. Aussi, beaucoup plus qu'au Logos de Phllon, c’est au Christ préexistant de l’épître aux Colossicus el de l’épître aux Hébreux que fait penser le Verbe Johan­ nlque. Le mol Logos ne figure pas, Il est vrai, dans ces deux épi très, mais toutes les Idées essentielles de la théologie de saint Jean y sont déjà exprimées. La personne historique du Christ y est identifiée avec un être divin, qui est le Fils par excellence. Col., i, 13; Hcb., î, 2, 5. 8, préexistant à toute créature, en qui, par qui el pour qui tout n été créé, Col., i, 15-17; Hrb., i, 2, posscd ml la plénitude de la divinité, Col., π, 9, cl ayant droit à l’appellation divine. Heb., i, 8. Ces données de la théologie paulimenne, saint Jean leur a donné une expression encore plus nette, et les a synthétisées dans le mol de Logos, qui devenait ainsi l’expression technique de la foi chrétienne en la préexis­ tence et en la divinité du Christ :>67 JEAN (SAINT), THÉOLOGIE TRINITA1RE £T CHRISTOLOGIE Lt nom de Fil* de Dieu n'est pas appliqué au Verbe dans k prologue du quatrième évangile, sinon en tant que le \ · rbe incarné est identifié avec Jésus-Christ, et, I dans le reste de l'évangile, la filiation divine exprime toujours la relation transcendante de Jésus avec Dieu. On s'est donc demandé si, dans In conception Johannique* le Verbe ne devient pas Fils de Dieu par l'incar­ nation, au lieu d'être engendré éternellement (Loisy, op. ci(.t p. 102). Mais—de quelque façon d'ailleurs qu'on interprète l’expression μονογβνής υίός,ιη, 16, 18, (au 1.18 du c.i, la leçon occidentale μονογχνης θεός, mieux ut testée, est peut-être préférable à la leçon commune μονογζνής υΙός) qui peut %'cntendre ou du Verbe .ncarné ou du Verbe préexistant, — si l'on prend la pensée de saint Jean dans son ensemble, avec l'iden­ tité personnelle fortement affirmée du Verbe et du Fils, si l'on tient compte des textes de l'évangile, ni, 17; x, 36; cf. I Joa., iv, 14, où la filiation divine semble bien donnée comme antérieure ù la mission terrestre du Christ dont elle est le fondement et assure l'efficacité* si l’on remarque enfin que dans l'épttre aux Hébreux la génération éternelle du Fils était déjà nettement exprimée, on devra conclure que saint Jean n'a pas envisagé la filiation divine du Christ seule­ ment du point de vue historique, comme une généra­ tion dans le temps, mais du point de vue métaphy­ sique, comme une filiation éternelle, dont le terme est ie Verbe préexistant. Cf. Calmes, op. ci/., p. 110-144, 2. Le Verbe incarné. — < Le Verbe s’est fait chair, et 11 a habité parmi nous », j, 14, homme parmi les homme* Jésus-Christ esl le Verbe Incarné, et c'est par fanaissc des relations entre Jésus ct le Père qu’on peut completer l’étude des rapports du Verbe, du Fils éternel avec Dieu. Mais on ne saurait s'attendre à I trouver marquée en saint Jean avec tou tes les précisions fixées par la théologie postérieure la distinction entre ce qui, dans le Christ, ressortit à la divinité ct ce qui appartient à l'humanité. On l'a fait justement remar­ quer; · chez saint Jean, plus encore peut-être que chez salut Paul, l'unité de la personne du Christ est l'objet principal de la contemplation; l’apôtre ne méconnaît pas la distinction des natures, Il n'oublie pas la diver­ sité des rapports qu’elles fondent; mais il est soucieux avant tout de ne pas diviser le Christ. » Lcbreton, op. c//., p. 477. Sous le bénéfice de cette remarque, on peut étudier successivement dans le Christ johannique l’humanité et la divinité. o) La nature humaine en Jésus.— Certains critiques, Loisy par exemple, mettent une opposition radicale, on l’a vu plus haut, entre le Christ synoptique et le I Christ Johannique, ce dernier étant représenté comme un être divin, dont la divinité rayonne en toutes les actions et toutes les paroles. D’autres par contre, rpln, La valeur historique du quutrihnc évangile, l. J· partie, p. 334, pour rapprocher le quatrième évan­ gile des synoptiques, ont peut-être insisté un peu trop sur les caractères humains de la physionomie du Christ dans le quatrième évangile, et attribué à son humanité des traits qui, dnns la pensée de l'évangéliste, semblent men constituer des privilèges divins. 11 est certain que saint Jean a mis surtout en évidence ce qui, dans la personne et dans l'activité de Jésus, était une manifes­ tation de la gloire du Verbe incarné. Son Christ n’en il pas moins un homme, pleinement homme, dont ,c% démarches, — on l'a indiqué déjà — sont d’un homme, dont les sentiments sont essentlelkmont humains. Rien de plus convaincant à ce point de vue que l'épisode de la résurrection de Lazare, xi, voir surtout t. 33. 35, 41. On notera que si l’évangéliste passetous silence,délibérément sans doute,certalnsépisodr», comme la tentation cl comme l’agonie de Gethséinani, où le Christ apparaît dans une attitude qui semble lui attribuer les faiblesses de l’bumaiüté. 5C8 il signale d'autre part le trouble qui s’empare de Jésus Λ la pensée de sa mort prochaine, xn, 27, et son an­ goisse lorsqu'il songe à lu trahison Imminente.xin, 1. C’est également d'une façon humaine que le Clin Λ Johannique se comporte ordinairement dans ses relu tions avec Dieu, et les sentiments qu'il exprime à l’égard de son Père sont le pim souvent ceux d’une créature humaine, qui se sent inférieure à Dieu, qui, humblement et amoureusement, reconnaît et accepte sa dépendance totale vis-à-vis de Dieu. Il déclare que son Père est plus grand que lui, xiv, 28; il l'aime, ct, parce qu’il l’aime, fait en tout sa volonté, xiv. 31; xv, 10; vm, 29, 55; etc., disant ce que son Père lui prescrit de dire, xn, 49-50, accomplissant l’œuvre qu'il lui a donnée à faire, iv, 34; xvn, 4. On a dit (Réville et Loisy) que le Christ johannique ne prie pas, ou que, s’il prie, c'est pour la forme, pour l'édification de ceux qui l'entendent. Cette interprétation de passa­ ges tels que xi, 41; xn, 27; xvn, 1, ne saurait sc sou­ tenir : l’assurance d'être exaucé par le Père qui s’af­ firme en ces prières n'empêche pas que l’attitude de Jésus y soit celle d'un homme qui sollicite de la puis­ sance divine l'accomplissement de ses désirs. Faut-il voir dans le titre « Fils de l'homme », dont use assez fréquemment le Christ Johannique pour se désigner lui-même, l'expression du côté humain de sa personnalité? Il semble plutôt que, dans le quatrième évangile, comme dans les synoptiques, ce litre ait un sens messianique* en relation avec la glorification du Christ, i, 51; v, 27; vi, 63; xn, 23. Il y a même un passage, m, 13, où Jésus parait dire qu'il préexistait au ciel, en qualité de Fils de l'homme : Il en résulte tout au moins que le Fils de l’homme ne fait qu'un personnellement avec le Verbe éternel. b) La nature divine en Jésus.— Le titre de Fils de Dieu, applique à la personne historique de Jésus marque dam le quatrième évangile, plus nettement que dans les synoptiques, la participation du Christ à la nature divine. Sans doute c'est encore un titre messianique, mais il s'applique à la personne du Christ, plutôt qu’il ne désigne sa mission et scs fonctions de Messie. Saint Jean ne remonte pas de la messlanilé de Jésus à sa filiation divine : c'cst de la filiation divine entendue au sens propre que découlent les pouvoirs et l'activité messianiques; Jésus est Messie parce qu'il est Fils de Dieu par éminence, parce qu’il possède une nature divine. Contre cette assertion on ne saurait alléguer le passage x, 34, où Jésus répond aux Juifs, qui lui re­ prochent de se faire Dieu, par un texte des Psaumes où certains hommes sont appelés dieux. Il s'agit là seulement d'une sorte d'argument ad hominem. « S’ap­ puyer sur ce passage pour nier le caractère métaphy­ sique ct transcendant de la filiation divine, serait aller contre ce qu'il y n de plus clair dans la doctrine johan­ nique. » Loisy, op. cit., p. 102. La divinité du Fils de Dieu n'est donc pas une divi­ nité d’ordre inférieur ; elle fait du Fils l'égal du Père, ainsi que l'ont compris les Juifs eux-mêmes qui repro­ chaient à Jésus comme un blasphème l'affirmation de cette égalité, v, 18. Égal au Père, le Fils l'est par sa science, qui est parfaite ct universelle : « Nous savons, déclarent scs disciples, que tu connais tout ct que tu n as pas besoin qu’on t’interroge, ct c’est pour cela que nous croyons que tu es sorti de Dieu. » xvi, 29. Et l’évangéliste en toute occasion signale la connaissance surnaturelle que possède le Christ des choses les plus secrètes, ainsi que de l’avenir, u, 24 ; vi, 65 ; xn, 33, etc. Le Père cl le Fils ont aussi la même puissance L’acti­ vité du Christ sc confond avec celle du Père, v. 17,20, 36, et les œuvres qu’il fait sont le témoignage irréfu­ table de son union avec Dieu. En un mot, le Pire remet tout entre les mains du Fils, nr, 35; xm. 3 de sorte me I Jésus peut déclarer à ses disciples ; · Tout ce qu'a mon 56'J JEAN (SAINT), THÉOLOGIE TRINITAIRE ET CHRISTOLOGIE Père est A mol », xvi, 15, ct dire A «on Père : « Tout ce qui est A mol est A toi, cl tout cc qui est A loi est A mol.» xv·. 10. C’est cette communication de la nature et des attributs divins qu’expriment les ullirmations du Christ : « Je suis duns le Père et le Pire est en moi.» x!V, 10-12 Cf xvn, 22-23 : < Mol et le Père, nous mmmei un. » x, 30. Cette unité du Père et du Fils, cette · Immanence réciproque du Père et du Fils », permet de concilier raillrmution johannique de l'égalité du Père et du Fils avec l’aflirmatlon non moins nette de la dépendance du Fils par rapport au Père, dépendance non point seulement de l’humanité du Christ A l’égard de Dieu, mais aussi dépendance éternelle du Fils vis-A-vIs du Père : · le Fils ne peut rien faire de lui-même, A moins qu’il ne le voie faire au Père. · v, 10. · Comme le Père a la vie en lui, ainsi 11 a donné au Fils d'avoir la vie en lui. »v, 26. Ainsi que l'a fait très justement remarquer le P. Lcbreton, le Fils, dans la doctrine de saint Jean, n’est point conçu comme un être intermédiaire, déta­ ché pour ainsi dire de Dieu afin d’être son instrument et son représentant, et qui aurait reçu A l’origine, pour les posséder ensuite en toute Indépendance, les privi­ lèges ct les pouvoirs divins nécessaires à son action dans le monde : le Père demeure et agit constamment dans le Fils, étant ainsi A tout instant la source, le principe de tout cc que celui-ci possède et de tout ce qu'il fait. La divinité du Fils n'est donc pas subordonnée ct Inférieure A celle du Père, c'est la divinité même du Père qui lui est communiquée : « Si le Fils ne dit rien de lui-même, s'il n’a rien qu'il ne tienne du Père, c’est qu'entre le Fils cl le Père tout est commun, l'action, la vie, l'être, c’est que le Fils est dans le Père et que le Père est dans le Fils. » Le breton, op. e/Z., p. 483. c) Mode et moment de V Incarnation. — Il ne faut pas chercher dans le quatrième évangile des données précises sur le mode ct sur le moment de l’incarnation. La préoccupation essentielle de l’évangéliste est de montrer en Jésus le Fils de Dieu ct d’expliquer cette filiation divine par l’union du Verbe ct de l’humanité; et 11 ne semble pas avoir envisagé la question de l'ori­ gine de l’humanité de Jésus, non plus que celle du mode de son union nu Verbe. Ce qu'on peut du moins allirmer, c’est que, pour lui, l’humanité dnns laquelle le Verbe s'est manifesté était une humanité complète. S’il esl dit que « le Verbe s'est fait chair », le mot chair indique ici la nature humaine en son Intégrté. Dnns la pensée de l'évangéliste, le Verbe n'a pas pris seulement un corps. Jésus avait une Ame humaine, douée d’une Intelligence et d’une volonté humaines. D'autre part, il résulte de tous les textes Indiqués au paragraphe précédent, que le Verbe, en devenant homme, n'a rien perdu de fcs prérogatives divines. Saint Jean ne précise pas quel fut le moment initial de l'incarnation. Bien qu’il ne soit question dans le quatrième évangile que de la manifestation du Verbe incarné dans la carrière publique de Jésus, ct que la vie cachée du Sauveur soit en dehors de la perspective directe de l’évangéliste, on peut tenir pour certain que, dans In pensée de saint Jean, l’humanité de Jésus n’a Jamais cessé d’être possédée par le Verbe. La formule « le Verbe s’est fait chair » indique assez clairement que le Verbe ne s’est pas uni A une personnalité humaine déjà constituée, ct, quoique l’évangéliste ne dise rien sur l’origine de l’humanité du Christ, sa façon de parler suppose que dès l’instant de sa formation celte nature humaine n été placée sous le domaine du Verbe. • Il parait impossible, qu'il ait songé A faire Incarner le Verbe de Dieu en un Individu qui Jusqu'A sa tren­ tième année n'auralt été qu'un homme ordinaire, né comme les autres hommes, sans rien qui le distinguât des autres GaiJécns. · Lopin, op. cil., p. 3üJ, Cela 570 suffit A montrer l'invraisemblance de la supposition faite par certains critiques (cL Loisy, op. e//., p 105, 181), d'après lesquels, dans la perspective du qua­ trième évangile, ie moment Initial de l'incarnation se confondrait avec le baptême de Jésus, · parce que c'est alors seulement que la gloire du Verbe commence A sc manifester dans les œuvres du Sauveur. » On verra plus loin ce qu'il faut penser de l'hypothèse complé­ mentaire des mêmes critiques qui, voyant dans la descente de l'Esprit divin sur Jésus au baptême la représentation sensible de l’incarnation du Verbe, estiment que, dans la pensée de saint Jean, l'Esprit que reçoit Jésus ne se distingue pas du V rbe. Il n’en reste pas moins que la naissance terrestre du Christ, avec son caractère miraculeux, demeure en dehors de la perspective du quatrième évangile, bien que la tradition relative à cette naissance miraculeuse fût certainement répandue dans l'Église par le premier et le troisième évangiles, au moment de la composition de l’évangile johannique. La conception miraculeuse du Christ serait pourtant enseignée dans notre évan­ gile s’il fallait lire, i. 13, βς ούκ ές αΙμάτων fcc Οε'ήματος παρκάς. οΜέ έκ 6<λήμχτος ά>λ* έζ 6cέγττ/ήΟη, au Heu de la leçon commune oL.. έγτ/νήΟζσαν : c'est alors du Verbe incarné et non des croyants qu'l) serait dit qu’il est né, non du sang, ni du vouloir de la chair, ni du vouloir de l'homme, mais de Dieu. Celte leçon, qui est attestée par quelques mss a pour elle le témoignage de plusieurs auteurs anciens. Sans parier d'une allusion plus ou moins claire de saint Ignace, Smyrn., !, 1, on la retrouve A coup sûr chez Irénée, Cant, h#rests, I. III, c. xvi, n. 2 et c. xrx, n. 2, P. G., t. vn, coL 921-922 et 940, et dans Tertuïlien, De carne Christi, xjx, P. L., t. n, col. 784. Tertuïlien, qui connaissait la leçon actuelle, la regardait comme une altération dont il rendait responsables les Valenti­ niens. C’est vrai semblablement aussi la leçon δ; έγχννήΟη que lisait saint Justin Cf. Dial,, lxiti, 2. Z Apol. xxxn, 9, etc., P. G., t. vi, col. 620 et 380. Elle aurait donc quelque chance d’être la leçon prim live. Quoi qu’il en soit, et meme avec la leçon ordinaire, on a pu dire qu'il ne sera.! pas nécessaire de presser beau­ coup le texte du prologue pour en tirer, sur l'origine humaine du Christ, des indications conformo à la théologie traditionnelle de l’incarnation. Cf. Calmes, op. cil . p. 125-127. 3· L·* Esprit Saint. — L’Esprit Saint—ou simplement l'Esprit,selon l’expression ordinairement employée par saint Jean — esl souvent mentionné dans le qua­ trième évangile, en particulier dans les discours après la Cène, où Jésus promet A scs apôtres, après qu’il les aura quittés, de leur envoyer l’Esprit de vérité. Mais c’est la mission de l’Esprit Saint, son rôle dans l’Église ct dnns la vie individuelle des disciples du Christ, qui sont l’objet direct de l’enseignement de Jésus, beaucoup plus que la nature de ce mystérieux Paradet, par qui se continuera et s'achèvera l'œuvre du Sauveur. De cc qui est dit des fonctions de J'Esprit Saint, xtv, 16-17. 2d; xv, 2G; xvi, 7-15, on peut cependant conclure immédiatement qu’il n’est pas une simple créature, mais appartient A la sphère du divin : Il est envoyé par Dieu pour régénérer, sanctifier, forti­ fier, consoler, pour révéler toute vérité, et son action est si divine qu’elle sera plus cfllcace que celle du Christ lui-même, xvi, 7. Celte action dans les âmes ne com­ mencera d’ailleurs qu’a près le retour de Jésus auprès de son Père, car l'Esprit Saint sera envoyé par le Christ glorifié. C'est pourquoi l'évangéliste dit que, durant la vie terrestre du Sauveur, « l'Esprit n'était pas encore, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. » vu, 39. (I c texte grec : ούττωγά; ήν nvcjps est rendu par la Vulgate : nondum erat Spiritus datm.) L’Esprit Saint exilait cependant aioi* auprès do 571 JEAN (SAINT), SOTÉRIOLOGÎE Dieu, puisque son intervention nu baptême du Christ est nettement Indiquée, l’évangéliste veut dire seu­ lement que sa mission sanctificatrice n'était pas com­ mencée, La question se pose de savoir si ce don de Dieu, cette force divine qu’est l’Esprit Saint, n'est qu’un mode de de l’être et de l’activité de Dieu, ou s’il possède une personnalité distincte de Dieu,distincte aussi du Verbe. I il est distinct du Père. — Le rôle de ('Esprit Saint, tel qu’il est décrit dans les discours après la Cène, est bien un rôle personnel : il doit remplacer le Christ auprès des apôtres:«je prierai le Père,et il vous don­ nera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous tou­ jours >, xiv, 15, leur servir d’avocat, de guide, de conseiller, leur rappeler et leur faire comprendre les enseignements de Jésus. L’Esprit est même tellement considéré dans le quatrième évangile comme une per­ sonne. qu'il est toujours désigné par le pronom mas­ culin έζχΐυος, alors que le nom que remplace le pro­ nom est le neutre πνεύμα. El sa personnalité est dis­ tincte de la personnalité du Père. Le texte : Dieu est Esprit, iv, 24, veut simplement Insister sur la nature spirituelle de Dieu, mais ne signifie pas qu'il n'y ait pas de distinction réelle entre Dieu et ('Esprit; cette distinction est nu contraire nettement marquée dnns les passages où l’Esprit Saint est représenté comme procédant du Père, envoyé par le Père, donné par le Père. 2. Il est distinct du Fils. — Il y a dans le quatrième évangile des passages analogues qui marquent aussi une distinction réelle entre le Christ et l’Esprit. En­ voyé par le Père comme « un autre Paraclet », l’Esprit Saint doit donc être distinct du Christ qui était pour ses apôtres le premier Paraclet, auquel d’ailleurs ΓEs­ prit doit rendre témoignage et qu’il doit glorifier. Cependant beaucoup de critiques et d’exégètes pen­ sent que, dans la pensée de saint Jean, l’Esprit est identifié avec le Christ glorifié. Ils s'appuient sur plusieurs textes où le Christ semble faire coïncider son retour avec la venue de l’Esprit, et parait dire à ses disciples que, par la présence de l’Esprit Saint en eux, il leur sera lui-même présent, xiv, 18-19. Mais ces textes — qui s’entendent beaucoup plus naturelle­ ment, on doit Je reconnaître, de 1a présence spirituelle du Christ que de ses apparitions après la Résurrection auxquelles les appliquent certains commentateurs, ou de la parousie — ne prouvent pas que l’Esprit soit identique au Fils, mais expriment simplement l’unité du Fils et de l’Esprit, unité toute semblable à celle qui existe entre le Père et le Fils, et qui fait que recevoir et posséder l’Esprit, c'est recevoir cl pos­ séder le Fils, comme posséder le Fils c’est posséder le Père, xiv, 23. Ainsi qu'on l’a très justement fait remarquer, « dans la doctrine de saint Jean, les rela­ tions du Fils et de l’Esprit sont celles du Père et du Fils ·. Lcbreton, op. ciL, p. 491, et, puisque le Père el le Fils constituent deux personnalités distinctes, on en peut dire autant, en raison de ce parallélisme, du Fils et de l’Esprit. — On a moins de raisons encore d’identifier l’Esprit Saint au Verbe préexistant, comme 1 ont fait plus ou moins nettement les critiques qui volent dans la descente visible de l’Esprit sur la tête de Jésus au moment de son baptême la manifestation sensible de l’incarnation qui se serait produite à cet nst »nt, le Verbe-Esprit ayant pris alors possession de l'humanité de Jésus (Loisy, op. ciL.p. 105). Même dans l'byiiothèse — que nous tenons bien entendu pour Inadmissible — où saint Jean aurait considéré le baptême du Christ comme le moment initial de Γ In­ carnation, cette conclusion ne serait pas justifiée : l I .prit interviendrait dans l’incarnation ainsi com­ prise de la même façon que saint Matthieu et nlnt Luc le îont Intervenir dans la conception mirae* le se 572 de Jésus, sans pour cela donner à entendre que c’est l’Esprit qui s'incarne dans le idn de Marie. 3. Ses relations avec le Père cl te Fils. — De l'ensem­ ble des textes du quatrième évangile qui définissent les relations de l'Esprit divin avec le Père et le Fils, on peut conclure que l’Esprit est au Fils à peu près ce que le Fils est au Père : le Fils témoin du Père, l'Esprit témoin du Fils; l’Esprit glorifiant le Fils, comme le Fils glorifie le Père; le Fils envoyant l’Esprit, comme lui-même est envoyé par le Père. Ce dernier texte (ainsi que les autres passages du Nou­ veau Testament où le Saint-Esprit est désigné comme l’Esprit du Fils, l'Esprit du Christ), montre qu'il y a une relation plus directe et plus immédiate entre le Filsetl’Esprlt.qu'entre le Père et l’Esprit. Mais,comme lofait rem irqu rju Icinent le P. Lvbrcton, «même dans ses relations avec l’Esprit, le Fils est dépendant du Père : Il envoie l’Esprit « de la part du Père. »xv,26. Et en définitive, p.ir l’intermédiaire du Fils, qui solli­ cite et obtient du Père le don de l’Esprit, qui ne donne à l’Esprit que ce qu’il a lui-même reçu du Père, xvi, 14-15, c’est du Père que procède l’Esprit, comme de son premier principe, xv, 26. III. SotiUuologie.— La mission du Verbe Incarné est de sauver le monde. < Dieu a tant aimé le monde qu’il n donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mal· ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. · m, 16-17. Il faut exposer, d’après la doctrine du qua­ trième évangile, comment Jésus est le Sauveur du monde, et en quoi consiste le salut. 1° Jérus-Chrisl Sauveur du monde. — 1. Universalisé du salut — Le mot κόσμος revêt dans le quatrième évangile plusieurs acceptions un peu différentes. Abs­ traction faite de quelques passages où il désigne l’en­ semble des choses créées, i, 9, 10, il s’applique à l’hu­ manité, mais â l’humanité non régénérée par le Christ et soumise au Joug du péché : tantôt, comme dans le texte cité plus haut, il s’agit de l’humanité telle qu’elle était avant la venue du Christ, plus souvent 11 s’agit du monde hostile â l’œuvre rédemptrice, et sous ce nom saint Jean désigne l'ensemble des forces qui s’opposent sur la terre au règne de Dieu, le royaume de Satan, · prince de ce monde >, xn, 31 ; xiv, 30; xvi, 11, auquel appartiennent ceux qui refusent de croire nu Fils de Dieu, tandis que les croyants cessent d’être du monde, pour devenir enfants de Dieu, xv, 19. Avant la venue du Christ, toute l’humanité était plongée dans le péché, ou, ce qui a le même sens dans In langue johannlque, le monde était tout entier dans les ténèbres, les ténèbres étant le symbole de l’igno­ rance, du mal cl de la mort. Le Christ est venu comme la lumière du monde, i, 8; vin, 12; xn, 35, 46, offrant la lumière de vie ù ceux qui marchent dans les ténèbres. 11 apporte à ceux qui croient en lui la vérité qui les arrache à l’esclavage du péché, et leur donne la véri­ table liberté, vin, 32, 35-36. Il leur communique sur­ tout la vie. vi, 35; x, 10. Il est ainsi l'unique Sauveur des hommes, car il est le chemin, la vérité et la vie; par lui seul on peut aller ù son Père, xiv, 7, par lui seul on peut passer des ténèbres à la lumière, de la mort ù la vie. Ce sont là deux ordres di tincts cl entièrement séparés, correspon­ dant sensiblement à ce (pie la théologie actuelle appelle l’ordre de la nature et l’ordre de la grâce, et qui sont caractérisés dans la doctrine johnnnique par l’opposi­ tion de la chair et de l’esprit. · Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit. · in, 6. L’homme né de la chair, appartient par nature à la chair, cl il ne peut s’élever Λ la sphère de l’Esprit, au monde spirituel et divin, que par une régénération* I une nouvelle nali.ance, qui le tait enfant de Dieu Et 573 JEAN (SAINT), SOÏEH1OLOGIE c'est par l’intermédiaire du Christ, Fil· de Dieu, et par l'nclloit de son I .sprit que te fait celle régénéra­ tion. Tous ceux qui réfutent de croire au Christ restent donc dans les ténèbres, qu'ils ont préférées à la lumière, parce que leurs œuvres étaient maux aises, m, 19; dans leur orgueil ils ont dit qu’ils voyaient, et ont fermé les yeux à la lumière divine, c'est pourquoi Us deviennent aveugles, ix, 39; au lieu de participer à la filiation divine, ils rotent Ills du diable dont ils veulent accomplir les désirs, vin, 44, et ils meurent dans leur péché vin, 21. Bien que ccs déclarations ne s’adressent directe­ ment qu'aux Juifs, le Christ Johniinique laisse suffi­ samment entendre qu'il est le Sauveur, et 1 unique Sauveur de toute l’humanité. Sa mort, qui marquera son triomphe sur Satan, lui attirera tous les hommes, xn, 32. Dans l'allégorie du bon pasteur, il désigne évidemment les nations païennes quand il parle des brebis qui ne font pas partie du troupeau primitif,et qu'il amènera pour qu’il n’y ait qu’une seule bergerie, x, 16. Et l'évangéliste, expliquant le sens caché d’une parole de Caïphc, précise que Jésus devait mourir non seulement pour la nation, mais afin de réunir ensemble tous les enfants de Dieu qui éla ont disper­ sés. xi, 51. 2. La mort rédemptrice, tond''ion du salut. — Ce dernier texte indique clairement que, dans la pensée de saint Jean, la mort du Christ a été un moyen nécr s· saireà l’accomplissement de sa mission de salut L’idée de la mort rédemptrice par laquelle le Christ détruit ie péché et réconcilie les hommes avec Dieu, idée qui fait le fond de la conception paulinicnnc du salut, lient cependant beaucoup moins de place dans la théologie Johannlque. La mort de Jésus y apparaît certes comme ayant pour but cl pour conséquence le salut des hommes. Jésus doit donner sa chair pour la vie du monde, vî, 52; il est le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, x, 12, 18, et, en la donnant, il prouve l'amour qu’il a pour ses dise pics. xv, 13. Ces textes qui indiquent les fruits saluta res de la mort du Christ ne lui attribuent pas positivement le caractère de sacrifice expiatoire. D’ailleurs la crucifixion du Sau­ veur elle-même n’est pas présentée, ainsi que dans les synoptiques, comme un supplice humiliant, mais il s’y mêle une idée de gloire el d'exaltation, ni, 11; xn, 32. L'idée de sacrifice est exprimée plus nettement dans ce qu’on a appelé la prière sacerdotale du Christ, lorsque Jésus dit qu’il se sanctifie ou se consacre, (le verbe αγιάζω signifie tantôt l'oblation d’une vic­ time, tantôt la sanctification qui résulte de celle oblation), c’est-à-dire s’ofirc en victime cl se voue à la mort, pour que ses disciples soient eux-même· sanc­ tifiés et consacrés à Dieu, xvu, 19. Il réalisera ainsi ce que Jean-Ι lupllstc avait dit de lui, en le présent au t comme l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde, i, 29. Celle parole du Précurseur est le passage du quatrième évangile où se retrouve le mieux la con­ ception paulinicnnc, puisque Jésus y est désigné comme une victime dont Je sacrifice chusse le péché. Encore n’est-il pas indiqué nettement en cet endroit que ce sacrifice est un sacrifice expiatoire, et que c’est en prenant sur lui le péché, que le Christ agneau de Dieu réconcilie les pécheurs. L’Idée de la propitiation est au contraire nettement exprimée dans la première épltrc Johannlque. Cf. col. ' 91. 3. /.<· salut, révélation de Dieu.— C’est sous un autre aspect que le quatrième évanple présente de préfé­ rence l’œuvre de salut accomplie par le Christ : elle est conçue avant tout comme une révélation de Dieu en la personne de Jésus. Le Christ est venu dans le monde comme lumière, 16, et, c'est parce qu’il est lumière qu’il communique In vie : celui qui le suit aura la Jmniùc de vie. vm, 12. li Uut uolr eu lui qui 574 est la lumière, afin de devenir enfant· de lumière, xn, 36. Le salut, la vie étemelle, c'est d’abord une connaissance : connaître le seul D.eu vér. table et son envoyé Jésus-Christ, xvn, 3. Connaître Jésus-Christ, c’est d’ailleurs connaître Dieu, xiv, 7, car, étant venu de Dieu, étant descendu du ciel, il est par excellence le témoin de Dieu, le témoin des choses célestes. m, 1113; vî, 46. Et ce témoignage est l'essri t d de sa mis­ sion, selon la déclaration que Jésus fait lui-même A Pilate : · Ce pour quoi je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité », xvm, 37, non pas à une vérité abstraite, mais à la vérité substantielle qu’est Dieu lui-même, à la réalité divine qui est mani­ festée dans le Christ. C’est pourquoi Jésus lui-même dit qu’il est « la vérité », xiv, 6, que son Esprit est l’Esprit de vérité, xiv, 17; xv, 26; xvi, 13. Il comm .nuque cette vérité non pas tant, comme un maître, par une transmission d’idées, que par une prise de possession totale de l’âme de ceux qui croient en lui : ceux-ci communient en lui non seulement aux Idées divines, mais à la réalité divine elle-même. Et c'est ainsi que le Chr st est principe de vie, non pas seulement dans la gloire de sa résurrection ( ce qui est le point de vue de saint Paul), mais dans l'éternité de sa préexistence, Lebreton, op. ciL, p 465 : la vie était éternellement dans le Verbe, et d est des­ cendu du ciel comme pain de vie, vî, 33, 35, pour donner la vie aux croyants, en leur révélant Dieu, et en les unissant aiusl à Die4 par la fol qui les unit au l’ils de Dieu. 2° Le salut et ses conditions. — 1. Le salut commencé en ce monde. — Scion l'enseignement des synoptiques, le salut, c’est l’entrée dans < le royaume de Dieu » ou < le royaume des deux ». On retrouve cette expression avec la même signification, au c. ni, du quatrièm· évangile, dans l'entretien de Jésus avec N.comède, f.3 et G;mais dans tout le reste du livre, il n’est plus question du royaume de Dieu, et c'est l’expression « la vie éternelle » déjà employée aussi par les synoptiques, qui traduit le plus souvent l'idée du salut. On retrouve j dans celte expression Johannlque le double aspect que présente le royaume de Dieu des synoptiques. Le ro\ auine ne devait se réaliser dans sa plénitude qu’à la fin des temps, mais il était commencé pour les croj anti dès la vie présente. De même, la · vie éternelle », c’est la vie après la mort, après la résurrection glorieuse (dans ce sens Jésus dit : « Je suis la résurrection et la vie », xi, 25, et de même v, 21; va, 39, 40,44); mais cet aspect eschatologlquc est beaucoup moins marqué dans 1 le quatrième évangile, où le salut que Jésus apporte se réalise sur la terre même par la vie surnaturelle cl 1 divine, dont Jouissent dès Ici-bas ceux qui croient au Christ, m, 26; v, 24; vî, 48, et dont la résurrection glorieuse et la vie céleste sont comme le terme logique el le couronnement, vi, 40. C’est la vie éter­ nelle, en ce sens que c'est une vie toute spirituelle, qui ne dépend pas des conditions de temps et de lieu, el qui >c réalise dans ce monde tout aussi bien que dans le monde A vcn.r, une vie sur laquelle la mort cor­ porelle n a pas d'influence el qui est indestructible, xi, 26. 2. L'union du chrétien d Dieu par le Christ.— Cette vie éternelle n son principe dans l’union mys­ tique au Clinst, qui, ayunl la vie en lui-même, parce qu il l’a reçue du Père, v, 26, la communique aux croyants en qui il demeure et qui demeurent en lui, xiv, 20; xv, 4-7, les faisant ainsi participer à la vie divine elle même. Cette union au Christ, condition du la participation à la vie divine, est exprimée avec la plus entière netteté dans l'allégorie de la vigne, xv, 1-7. Comme le sarment ne vit et ne produit qu'autant qu’il reste uni au cep, duquel il reçoit la sève, ahui I · fidèle n’est vivant et ne produit de frultstde vie 575 JEAN (SAINT), SOTÉRIOLOGIE que par l'union nu Christ. C'est au fond, la même doc­ trine que saint Paid exprime pnr l'image du corps hutnain, dont le Christ est le chef, dont les fidèles sont les membres. Mais saint Jean dépasse et complète ici In pensée de saint Paul. La vie chrétienne n'est plus seulement la vie dans le Christ Jésus, une participa­ tion Λ la vie du Christ ressuscité, c'est l’union ή Dieu qu'on atteint directement dans son Fils, en raison de l’unité indissoluble du Père et du Fils, ct non pas seu­ lement par son luis, selon la formule habituelle de saint Paul. Cf. Eph., n, 18. La vie dans le Christ, tel est le centre de la mystique de saint Paul qui n’entre­ voyait l’union parfaite avec Dieu : « Dieu tout en tous » que dans la gloire céleste. Dieu en nous dès la vie pré­ sente, tel est plutôt le terme de la mystique Johanni­ que, résumée dans cette promesse du Christ : · Celui qui m'aime, mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous établirons en lui notre demeure », xiv, 23, ct mieux encore dans la brève formule de la prière sacer­ dotale où Jésus prie son Père pour ses disciples : < Qu'ils soient un, comme nous sommes un; moi en eux, ct toi en moi, pour qu’ils soient consommés en un. » xvn, 23. Cf. Lebrclon, op. elL, p. 481 et 483 Pour compléter cotte comparaison de la mystique paullnienne ct de la mystique johannique, il faut noter que les deux doctrines attribuent un rôle Λ peu près semblable à l'Espnt Saint dans la vie chrétienne : dans l’une et dans l'autre, l'union mystique au Christ, la communication de la vie divine est présentée comme s'opérant par l’action dcl'Esprit. Mais saint Jean fait de (’Esprit Saint le principe delà régénération, de la nou­ velle naissance par laquelle on arrive à la vie surnatu­ rel! ,ui,5-6;el la mission de FEsprit, après ledépart du Christ, sera de continuer son œuvre de salut, c’est-àdire d’illdminallon et de sanctification, en donnant aux fidèles ce que lui-même reçoit du Christ. Cf. la première épître de saint Jean, où l’Esprit Saint est présenté comme un don de Dieu, don qui est la garan­ tie de la présence de Dieu en nous. 1 Joa., in, 24 et îv, 13. 3. Eflcis de Punton au Christ. — On ne trouve pas dans le quatrième évangile une description métho­ dique des effets cl des manifestations de la vie surnaturcllc des chrétiens ct de leur union mystique avec le Christ et avec Dieu. — u) En ce qui concerne la oie Individuelle des fidèles, on peut relever seulement certains traits caractéristiques. L’union mystique se traduit d’abord par une union morale très intime entre le Christ ct les croyants, union analogue à celle qui existe entre des amis, qui n’ont pas de secrets les uns pour les autres, xv, 15. Elle entraîne, de la part des fidèles, l’observation spontanée, inspirée par l’a­ mour, des commandements du Christ, xrv, 21, 23; xv. 10, 14. Elle identifie les disciples du Christ au Christ lui-même, au point de leur assurer une puissance semblable à la sienne, leur permettant de faire des œuvres semblables à celles qu’il a faites, ct même de plus grandes, mv, 12, parce qu’ils pourront s'adresser ;< son Père en son nom, avec la certitude d'être exaucés H d’obtenir tout ce qu’fis voudront, xiv, 13-14; xv, 7, i6. Elle leur assure enfin la paix, ct la joie intérieures, même «u milieu des persécutions auxquelles, disciples du Christ qui doivent être semblables à leur Maître, ils lie n’y manquent de textes, ces deux aspects de la doctrine johannique? pas. En tous cas, quelle que soit l inlerprélarion qu on Le quatrième évangile ne contient aucune théorie donne au c vi, ct à supposer que dans la première destinée à concilier la prédestination et la liberté partie de l’entretien du Christ avec les Ju fs, il ne humaine : par scs affirmations qui se complètent, il a posé seulement les données du difficile problème s'agisse que de l’union au Christ par la foi, dans la dernière partie tout au moins, c’est bien de l'eucha­ que la théologie ultérieure essaiera de résoudre. ristie qu’il est question, de l’eucharistie présentée 5. Les sacrements, moyens de salut. — La foi n’est pas comme une condition et un gage de vie étemelle pour laseulccondiliondesalut;pour devenir enfant de Dieu, il faut renaître de l’eau el de ΓEsprit Saint, ni, 3-5, ΓΑηιο, et une semence d’immortalité pour le corps, vi, 51 55, comme une communion au Christ Sauveur c’est-à-dire recevoir par le rite du baptême communi­ dans le symbole de sa mort, sa chair donnée ct son cation de l'Esprit divin; pour posséder la vie divine, pour réaliser pleinement cctlo union mystique par sang répandu pour la vie du monde, vi, 51. Dè> lors laquelle le fidèle demeure dans Io Christ ct le Christ par le moyen de l'eucharistie, l’homme tout entier, chair ct esprit, est Intimement uni au Christ, ct vivi­ dans le fidèle, Il faut manger la chair ct boire le sang du Fils de l’homme, vi, 31, 57, c’est-à-dire participer fié par lui : « De même que je vis par le Père, ainsi à l’eucharistie. celui qui me mange vivra par moi. · vi, 58. C’est donc On a écrit que saint Jean, tout en étant un grand surtout dans l'eucharistie que le Christ sc montre spirituel, mystique cl spéculatif au plus haut degré, principe de vie pour les fidèles, et qu’il achève sa mis­ est en même temps « un grand sacramcntaliste », sion vivificatrlcc nu sein de l’humanité. L’union des Christus. 3· édit., Paris, 1920, p. 1022 (cf. J. lluby, fidèles entre eux, sur laquelle saint Paul insiste comme Saint Jean. p. 27), en cc sens que, tout en recomman­ sur l’un des principaux effets de In participation com­ dant le culte en esprit, il fait une large place dans la mune à l'eucharistie n’est pas mentionnée explicit*^ religion à l’élément extérieur ct sensible, en particu­ ment par saint Jean comme fruit de la communion lier aux rites dans lesquels la matière, servant de véhi­ eucharistique. Mais l’appel pressant à la charité mu­ cule à l’Esprit, communique d’une manière mysté­ tuelle qui revient à plusieurs reprises dans les discours rieuse, mais 1res réelle cl souverainement efficace, la du Christ après la Cène n’est pas sans rapport avec l’eucharistie, dont beaucoup de commentateurs esti­ vie divine à ceux qui participent à ces rites dans les ment que l’idée est sous-jacente à ces discours, parti­ dispositions convenables. Celle affirmation est de inoms en moins contestée, bien que beaucoup d’exé­ culièrement à la prière sacerdotale, où est précisément proclamée avec plus de netteté l’unité des fidèles ans gètes protestants sc refu .eut encore à trouver dans le le Christ. Surin doctrine eucharistique du quatrième quatrième évangile de vrais sacrements, au sens catho­ lique du mol, et continuent en particulier à ne voir évangile, cf. article EucitAnjsrn n'vnnàs la Saints É< m 1.1 . t. v, col. 989-1021 et ΙΟβ&ΊΟβύ. qu’un pur symbole dans la communion au corps ct au IV. Esckatolooik. — Les éléments essentiels de sang du Fils de Dieu, qui est présentée nu c. vi comme l’esclmtologlc des synoptiques ; retour du Christ, la condition nécessaire pour avoir la vie étemelle* On résurrection des morts, jugement, sc retrouvent dans a fait d’ailleurs Justement rcmnrqucr(J. lluby, loc. cit.). que la doctrine sacramen taire est c » 1 arfail· hnr no­ le quatrième évangile, nn»s sous une forme assez diffé­ rente. Tandis que les synoptiques insistent sur le me avec la doctrine de I incarnation qui fait le «ond mer. du rnàoL. cathol. VIII. — 19 579 JEAN (SAINT), CONCLUSION caractère de révolution soudaine et catastrophique de* événements qui marqueront la fin de» temps, saint Jean y montre plutôt le développement, le t me définitif el ia consommation dc réalités déjà présentes dans la vie de cc monde. L’avenir Implicite dans le présent, la continuité entre lo vie actuelle et In vie future, tel est le trait caractéristique dc l’eschnto* logle Johannlque, beaucoup plus accentué que dans la conception synoptique ou même dans l’idée paulinienne de la parousie. 1· la récompense céleste — On a déjà indiqué com­ ment des deux aspects de · la vie éternelle ·, c’cst celui de réalité présente qui domine dans le quatrième évangile. Cependant il ne manque pas dc textes où sa complète réalisation est renvoyée à l’avenir, où elle apparaît comme une récompense céleste. On retrouve par exemple dans un discours du quatrième évangile la sentence synoptique : « Qui aime sa vie la perd et qui hait sa vie en cc monde la sauvera pour la vie étemelle », Joa., xn, 25, où il s'agit dc toute évidence de la vie future, et elle est immédiatement complétée par celle-ci : « SI quelqu’un veut me servir, qu’il me suive; et là où je suis, là sera aussi mon serviteur », où la récompense des disciples du Christ n’est pas seulement l’union spirituelle avec lui, mais l’associa­ tion à sa gloire céleste. C’est dans celte même demeure céleste, < la maison dc son Père », que Jésus déclare à ses disciples qu’il les précède pour les y introduire à leur tour : · Quand Je serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès dc mol, afin que, là où je suis, vous soyez aussi. » xïv, 3. Il n’est guère douteux que le retour dont Il est Ici question soit la parousie, comme l’entendent les synoptiques et saint Paul, sauf que l’idée de réu­ nion l’emporte ici sur l’idée d’avènement (Loisy, op. cfL, p. 742), sauf aussi que la parousle, ainsi inté­ riorisée, parait anticipée dans le retour spirituel qui s’opère dès la vie actuelle en chaque Ame croyante, lui assurant le bienfait dc la présence mystique du Christ et de son Esprit, xïv, 18. Cette présence invi­ sible du Christ au milieu des siens est tellement un gage de la réunion avec lui dans la vie future, elle donne tellement déjà un avant-goût du bonheur céleste, que son retour visible passe un peu au second plan, n’excite pas un sentiment d’attente aussi vif, et qu’on sc préoccupe moins du moment où il se produira. » La parousie est comme latente dans le rapport actuel du Christ avec les siens; elle peut éclater d’un moment à l’autre; et, bien que cette assertion ait l’air d’un paradoxe, on pourrait soutenir que la perspective en est plus rapprochée que dans les synoptiques et dans saint Paul. » Loisy, op. c//., p. 818. 2· La résurrection. — La résurrection se présente également dans le quatrième évangile sous un double aspect. Il y aura une résurrection des morts au dernier jour, mais elle est figurée cl garantie par la résurrec­ tion spirituelle qui fait passer les disciples du Christ de la mort à la vie. des ténèbres à la lumière, du péché à la sainteté. Dans le discours sur le pain dc vie, c. vi. In résurrection au dernier jour apparaît comme l’cfiet suprême de la puissance vivifiante du Christ, s’exer­ çant surtout par l’eucharistie. Dans le discours du c. rv, la résurrection spirituelle el la résurrection cor­ porelle s’entremêlent, car, si la portée cschatologiqiic du t. 25 reste douteuse, les f. 28 et 29, annonçant l’heure où ceux qui sont dans les tombeaux enten­ dront la voix du Fils de Dieu et en sortiront, ceux qui ont fait le bien, pour une résurrection dc vie, ceux qui ont fait le mal pour une résurrection dc condamnation, doivent nécessairement s’entendre de la résurrection au dernier Jour Dans le récit dc la résurrection de Mzarc enfin, la pensée de Jésus, quand il déclare : · Je sub U résurrection et la vie », xi, 25, vn Λ la fois à la 580 résurrection des morts proprement dite, sur laquelle seule se fixe la pensée de Marthe, et à la vie mystique, qui est pour le croyant un gage d'immortalité et enlève à la mort physique son importance cl sa signi­ fication. Il faut noter ici que celle déclaration dc Jésus, exprimo une pensée qui ne se retrouve pas dam le reste du Nouveau Testament. Dans les synoptiques et chez saint Paul lui-même, la résurrection des morts est toujours attribuée à Dieu le Père, bien que ce soit dans le Christ et à cause dc son Esprit habitant en eux que Dieu les ressuscitera ; dans saint Jean au contraire, c’est Jésus lui-même qui sera l’agent de la résurrec­ tion dc ses fidèles. 3° Le jugement. — L'eschatologie johannlque com­ prend encore un Jugement au dernier jour, xn, 49; v, 29, semblable à celui dont il est question dans les synoptiques et auquel présidera le Fils de l’homme C’est aussi sans doute de ce jugement que parle Jésus lorsqu'il dit que Dieu lui n donné le pouvoir dt juger parce qu’il est fils de l’homme, v, 27. Mais cc jugement final ne tient que peu de place dans la doctrine Johannique, parce qu’il ne fera que sanctionner le jugement qui s’opère constamment sur la terre, séparant, triant, selon le sens original du mot κρίσις, les enfants de Dieu et les fils du diable, le monde et les disciples du Christ. Bien que Jésus puisse être dit l’auteur de cc jugement, îx, 39, parce que sa venue a été la cause de In discrimination qui s’opère entre ceux qui acceptent la lumière et ceux qui, préférant les ténèbres, s’aveuglent volontairement, le Christ Insiste plutôt sur cette Idée que sa mission n’est pas dc juger, mais dc sauver. Celui qui ne croit pas est déjà jugé par son incrédulité même, sans avoir besoin d'un juge extérieur, m, 18, tandis que les enfants de Dieu, par le fait même de leur adhésion au Christ, entrent dans In vie sans avoir à subir de jugement proprement dit. Le sort éternel des uns et des autres est ainsi fixé dès ici-bas, car il ne sera que la conséquence cl le développement dc l’attitude prise par chacun durant la vie terrestre : pour les justes ce sera l’épanouissement de la vie qu’ils possédaient déjà par leur union au Christ, pour les méchants ce sera la persistance dans l’état dc péché, et par suite la colère dc Dieu demeurant à jamais sur eux. V. Conclusion. — Cet exposé fort succinct de la théologie johannlque suffit à mettre en lumière l’étape décisive que marque le quatrième évangile dans le développement de la pensée chrétienne. Cc n'est plus seulement la conscience éclairée par les ensei­ gnements du Christ, surélevée par l’idéal chrétien, c’cst l’intelligence s’appliquant à la fol et la foi pre nant possession dc l’intelligence. Plus encore que dans les écrits de saint Paul, les faits dc la vie de Jésus et scs enseignements sont pénétrés par une Intelligence puissante, qu’éclaire surnaturellcmcnt l'Esprit divin, et présentés dans une lumière supérieure, qui, sous la matérialité des f ills et la lettre des discours, lait saillir fortement l'élément dogmatique qui y est hnpll cite, préparant ainsi les fondements cl traçant « éj les grandes I» nés d'une mvhthèse théo’oglquc lutég a’e. On n dit — c’est la théorie la plus en faveur actuel­ lement chez les critiques radicaux — que l’auteur du quatrième évangile avait achevé de la sorte la transformation, » ommc nci’c par saint Paul, de l’évangllo en « mystère .ri que In fi nrc du Christ, dépouillée de tout élément Judafcptt cl ainsi universalisée, pré­ senti» comme celle d’un Dieu-Sauveur analogue aux sauveur divins qu’honoraient les initiés des mys­ tères païens, avait pu s’imposer, gràre A cette trans­ formation. A la piété grecque, tandis que d’autre part 't de gnose contenu . _ donnait satisfu. lion aux intelligences éprise de philosophie mystique Sans entreprendre une réfutation n . I nnnt dite dc cette théorie, il convient de p és «.tei 581 JEAN (SAINT), CONCLUSION au moins quelques remorques générales sur deux points essentiels : Fin fluence possible des mystères païens et le rapport entre la doctrine Johannlque et In théologie dc saint Paul. 11 n'y a pas lieu dc contester la possibilité d'une certaine adaptation de l’Évangile, en sa forme Johan­ nlque, au langage employé par les cultes de mystères. Mais, quand on étudie dc près les rapprochements qui ont été établis entre certaines idées ou certains termes du quatrième évangile et les religions de mystères, on constate que les ressemblances signalées sont plus extérieures que profondes, plus matérielles el verbales que réelles. On en a vu un exemple à propos du Logos Johannlque comparé au Logos de Philon. Comment encore confondre la connaissance de Dieu qui constitue la fol, au sens Johannlque du mot, connaissance vivante et réelle qui comporte l'adhésion morale A la personne du Christ, avec l'illumination passagère produite par l'espèce d'extase qui marquait le point culminant dc l’initiation dans les mystères païens ? Comment surtout ne pas se rendre compte dc la différence essentielle qu'établit entre la doctrine du quatrième évangile et les cultes hellénistiques la fusion Intime dans cet évangile du symbolisme mystique, de l'interprétation spiri­ tuelle et métaphysique avec la réalité historique ? Les dieux-sauveurs des religions de mystères étaient des êtres mythiques. Tout divin qu’il soit, le Christ que saint Jean présente A la foi n'est point un mythe. Il est identique au Christ de l'histoire, c'est ce Jésus même que les témoins de l'Évangile avaient vu de leurs yeux et touché de leurs mains dans sa réalité humaine. Et cela suffît A creuser un fossé profond entre le christianisme, tel qu'il apparaît dans le quatrième évangile, et k mysticisme païen. D'autre part, c'est mal comprendre les rapports entre saint Paul et saint Jean que de nier l'originalité dc ce dernier, et de ne voir dans la théologie johannique qu'un développement naturel dc la théologie paullnlenne, combinée avec la tradition évangélique. Une analyse un peu approfondie des deux doctrines montre en effet que, s’il y a chez saint Jean et chez saint Paul un fond de doctrine identique, ils se distinguent l’un dc l'autre par des points dc vue net­ tement personnels : Ils ne mettent pas l’accent sur les mêmes aspects du christianisme. Dès lors, ainsi qu'on l’a Justement noté, Lcbrcton, op. cit., p. 411; Sanday, Criticism, p. 232, on peut, dans le dévelop­ pement ultérieur du dogme, discerner les deux influences se perpétuant dans deux écoles théolo­ giques assez distinctes. Les écrits de saint Paul ont pu évidemment Influer sur la pensée et le langage théolngiques de saint Jean, mais 11 n’y a pas de l’un A l’autre filiation proprement dite, l’explication véritable dc leur parenté se trouve dans la doctrine commune, celle du Christ lui-même, dont les ensei­ gnements des deux apôtres étaient l'écho, le déve­ loppement A la lumière de Γ Esprit divin. Pour saint Jean, en particulier, la figure du Christ qu'il a tracée en son évangile, bien qu’auréolée d’une gloire déjà céleste, est trop humaine et trop vivante pour n’êlre qu'une combinaison do quelques données historiques empruntées aux synoptiques avec la christologie de saint Paul. < On sent que cc n’est pas la spéculation théologique qui l'a formée, mais l'impression laissée par un homme comme nous sur un cœur d'homme. » Lebreton, op. cit., p. 440. On trouvera une liste asser complète des commentaires et travaux sur le quatrième évangile publiés nu cours du XIX· siècle dans Moffatt, Introduction to the El treature of the Λ’. T., Edimbourg, 1911; Jacquier, Histoire des Hôtes du N. T., t. iv, Pari*, 1908 et Éludes de eritique et de philolaglr du V. T„ Paris, 1920, p. 373-450, nü sont «fgnafé* et 582 analysés 1rs travaux 1« pins récents.Voir aussi ! 1. L.Jackson The fourth Gospel and some recent German criticism. I. Com mi stajres. — 1· Chet les Pères. — Origène. commentaire* dont il ne reste que des fragments publiés dans P. G., t. xïv, col. 21-829, et dan» Brooke, / hr commen­ tary of Origen on St John's Gospel, Cambridge, 1896 , S Join Chrysostome, Homilite, P. G., t. ux, col, 23*482, dont se sont beaucoup inspirés Thêophylacte, P. G., t. cxxin, col. 1133-1147; t. cxxiv, col. 10-317, et Euthymlus, P. G., t. cxxix, col. 1297-1501; S. Cyrille d'Alexandrie. Commen­ tarius in S. Joannu Ευ., P. G., t. UUUD-LXXlv. I^e commen­ taire de Théodore de Mopsuestc a été éibté en syriaque par J. B. CJiabol, dans le Corpus script, thrUl. orient, Script, syriacl, ser. IV, L 1, Paris, 1897.—Parmi les Pères latlm.il faut citer surtout les Tracialus (n Johannls Eu., de S. Augus­ tln. P. L·., t. xxxv. 2· Au moyen Λ g*. — A citer : Les Commentaires de Bêde, P. L·., t. xen, col. 635-938; de Kupert, P. L., L clxix, col. 203-826; d'Albert le Grand, dam Opéra, Paris, 1899, t. xxiv ; de S. Thomas d'Aquin, dans Opera, Paris, 1876, t. xix-xx. 3· Dans les temps modernes jusqu'au XIX· ilècle.— Cora· men takes de Caj« ton, dans Opera, Lyon, 1639, t. iv; de Tolet, Cologne. 1589; de Cornélius a Lapide el de dora Cnhnel. dans leurs commentaires de toute la Bible ; de Mai lunat, dans ses Comm. In quatuor Euangelia, Pont-kMousson, 1576-1597. 4· Aux XIX· et XX· siècles.—1. Catholiques.— Klec.Comme.dar fiber das Evangelium nach Joannes. Mayence, 1829; Bisplng, Erklbrung des Ευ. nach Joannes, Munster, I860; Hanebcrg, Evangelium nachJohannes, Munich, 1880; Coriuy, Comm. in Eo., S. Joannis, 3* édit., G and. 1889; Poebd, Kurzgefassler Commentar :um Ευ. des hl. Joannes, 2· édiL, Gratz, 1896; Schanz, Comm. ub^r das Eo. des ht. Joannes* Tublngue. 1885; Fdllon, Évangile selon S. Jean. I*aris, 1887 ; Knaben'*auer, Comm. in Ευ. secundum J vannent* Paris, 1898; Calmes, L'évangile selon S. J» un, Paris, 1904; Boiser, Das Euangelium des he il. Johannes, Fribourg-cn-B., 1905; Mari, Il Quarto Vangclo, Homa, 1910; Tlllinarux, Das Johannrseoangelium übrrsetzl und erklart, Berlin, 1913 1914. — 2. Non-catholiques. — a) Conservateurs. — Lûcke, Comm. U ber das Ευ. des Johannes, 2· êdiL 1840; Luthardt, Dos Johanni^he Evangelium, Nuremberg, 1850 (2· édiL 1875); H. Ewald, Die Johanneische Schri/ien* Gœttingue, 1861 ; Meyer, Knlinhexcgrlisches Hand bu ch uber das Eu. des Johannes, 3* édit., GirtUngue, 1869; Godet, Comm. sur ΓÉvangile de S. Jean, Neuchâtel, 1864 (nouv. élit. 1901); Westcott, Infrod. and Commentar (Speaker's Comm.), Londres, 1880; Plummer, The Gospel according to SI. John. Londres, ISSI ; Reynolds, Introd. and Comm. (Pulpit Comment.), Londres, 1387; B. Weiss, Euangelium Joh annis, Gœ l Ungue, 1902; Zahn, Das Euan­ gelium des Johannes, Leipzig. 1908. — b) Lila mux. — illlgcnfeld, Das Ev. und die Brlefe Johanna, t mile, 1849; Scholten, Hrt Evangelic naar Johannes, Anut< Jam. 1866; IL Holtzmann, Handkntnmcnlar :um N. T., Enbour^-en-B., 1890 (3· édit, remaniée par W. Bauer, 1908); Delfi, Das ulerte Euangelium, Husum, 1890; Wendt, Das Johannrscuangelium, 1900; Wellhausen, Das Euangelium Joh ames* Berlin, 1908; HeilmUllcr, Das Johannescvangelium, Gvrttbiguc, 1903 (2· édit.. 1916); W. Bauer, Johannes (dans Lictzmanu, Handbuch sum N. T.), fubinguc, 1913; LoLsy, l^e quatrième évangile, 2· édit., Paris, 1921. II. ÉTUDES SUR L'OIUGINK CT LK CARACTÈRE DU QUA­ TRIÈME èvanoick. — 1· Ouvrages généraux. — Toutes les Introductions au Nouveau Testament, ainsi que le» his­ toires littéraires du N. T. Inailmt la question de Toririne du quatrième évangile. A signaler, parmi les plus recentes: I. Catholiques. — CorneJy, Introd. sprctalii in singulas Λ*. T. libras, Paris, 1897; Bober, EuiUitung tn das N.I , Fribourgen-B., 1902; Jacquier (supra cit.); ScliAfer-Mrinrrtz, Ern­ ie Hung tn das N. T., Paderborn, 1913; Brassac, Munuel biblique, N. T.t Paris 1911, t. iv. — 2. Ih^teHants. — II. Holtzmann, Emleilung in das N. T., Fribourg-cn-B., 1883-1902; II. Weiss, Einl. In das N. T„ Berlin, 1886-1907, Godet, Introduction au N. Γ., l-auMinue, 1893-1899; Brnndt, Die eoangeltsche Geschichte und der Unprung des Chrlstentums* I^lpzlg, 1893; Zahn, Einl. in das N. T., Leipzig, 1899-1907; Jülicher. Einl. in das N. T., Tublnguc, 1893-1901; Barth, Einl. in das .V. T., GQlrislah, 1908; 1 clue, I.ini. in das N. T., Leipzig, 1913; Knopf, Einfdhrung in dus N. T., Giessen, 1919; Mnffult (supr. cit.I; Harnack, Chronologie der allchrisliichen Literalur, Leipzig, 583 JEAN (SAINT), ORIGINE ET CARACTÈRE DES ÉPH RES JOHANNIQUES 1897, 1.1; Moffatt, The historical N. T., Edimbourg, 1901; von Sodffl, Vrchrlxliche Literatargesehtchte, Berlin, 1905; Clemen. Die Entslehung des N. T., Leiprig.1912; Knowling, Literary Criticism of the AL T., Londres. 1908; Wcndlnnd, Die urchrUUtchm Literaturformen, Tubinguc, 1912; J.U ci*», Literaturg chîchle des N. T. (Die Btligton in Gcschirhte und Gegenu*art), 1912 ; Milligan, Thr A. i\ Documents, Londres, 1913; Jonr>, TheN.T. (n thetwentiethCentury, Londres, 1911. 2· Éludes spéciales, — Articles sur l'évandle de suint Jean dans Diet. de la Bible (Man; mot) ; Hasting'. Diet. of the Bibl (Strong ct Reynolds); Diet, of the Christ and the Gospels (Strachan), favorable* A l'authenticité, dans life. Religion In Geschichte und Gegmioart (Bounset) rt /inrychpmdla biblica (Schmlcdcl), contre fait then t iri té. — 1. Les mei Ueues travaux catholiques en faveur de l’authenticité et de la valeur historique du quatrième évangile sont ceux, déjà cités, de Cammerlynck, de Lepin et de Jacquier. A signaler encore : Nouvelle, L*authenticité du quatrième évangile rt la thèse de M. Loisy, Paris, 1905 ; Dausch. Das Jrduinne*evangeltum, seine Eehlhrit und Glaubumrdlgkeit, Munster, 1909. — 2. Non catholiques favorables à TaiithenUcité: San day. Authorship and historical character of Fourth Gospel, Londres, 1872; The criticism of the Fourth Gospel, Oxford, 1005; Wuttig, Das Johannebchc Ev. und seine tb/asiungszelt, Leipzig, 1897; Evans, St John thr author of the fourth Gospel, Londres, 1888; Drummond, The character and authorship of the fourth Gospel, Londres, 1903; Hanuleiter, Die Geschiehtlichkeit des Joh. Eu., I^Jpzig, 19U3; Kobinson, The historical character of St John's Gospel, Londres, 1908; Aswith, 7 he historical value of the fourth Gospel, Londres, 1910; Brooke, The historical value of lhe fourth Gospel, dans Cambridge Biblical Essays, 1909; Scott-.Mancricff, St John, Apostle, Evangelist and Prophet, Londres, 1909 ; Bert, Das Evang< liurn des Johannes, Gütersloh, 1922. — 3. Critiques défavorables ά raulhenlic'té ct d fhistoricité : Thomas, Die Genesis des Joh. Ev., Berlin, 1882; Jacobsen, Lnlrrsuchungen ubrr das Joh. Eu., Berlin, 1883 ; 0.1 loltzmann, Das Joh. Evangelium, Darmstadt, 1887 ; Krcycnbühi, Das Ev. der Wahrheit, Berlin, 1900; J. Révillc, Le Quatrième évangile, son origine et sa valeur, Paris, 1001 ; Wrcde, Charukler und Ttndcnz des Joh. Ev., Tub in gue, 1903; Burkitt, The Gospel History and its transmission, Edimbourg» 1900; d'Alma, La controverse du quatrième évangile, Paris. 1908 ; Bacon, The fourth Gospel in research and debate, Ncw-11 aven. 1910; Schwartz, Aporien im vierten Ev., Gœttingue, 19u7-1908 ; Go gu ci, l^es sources du récit fohunnique de la Passion, Paris, 1910; bpitta, Das Johannescoungelium ois Quelle der Gtschidde Jcsu, Gccttingue, 1910; Wendt, Schichtcn im vierten Ev., G<»ttfngcn, 1911 ; Overbrck, Johanneseuangi Hum, Tubingen, 1911; Gardner. The Ephesian Gospel, Ncw-Ynrk. 1915; I a timer Jackson, The Problem of the loi rlh Gospel, Cambridge, 1918; Burney, The aromate origin of the fourth Gospel, Oxford, 1922. III. études sur la personne dk saint Jean et la doctrine du QUAiiufcMi kvANGii.R. — 1· Sur la ute de saint Jean : Ifaunnrd, L'apôtre 5. Jean, Purls, 1892; Fouard, S. Jean, Paris, 1904; I illion, S. Juin F Evangéliste, sa vie, set écrits, Pari*, 1907; Pirot, Saint Jean, Paris, 1923. 2· Sur la doctrine du quatrième évangile. — 1. Ouvrages généraux : toutes les théologies du N. T. et spécialement : Reuss, Hist, de lu théol. chrétienne d CAge apostolique, Strasbourg, 1864; B. Web*, Bibtisehe Théologie des N, T., Berlin, 1868-1903; Be>*chlax, NculeAumcntliche Théologie, Halle, 1891-1896; Buvon, Théologie du N. T., luiusanne, 1891-1893,1.1 et n. llolt/nuuin, Lehrbueh des neufcstanicnt· lichen Théologie, Fribourg-cii-B., 1896; Adcney, Theology of the N. T., New-York, 1891 ; Stexcns, Theol. of the N. T., Edimbourg, 1899; Feine, Theol· de* N. T., Leipzig, 1910; Schlatter, Theol. des N. T., 2’ Part., Stuttgart, 1910; Weuiel, BtNbche Théologie des A. T., Tubinguc, 1913. Aussi les ouvrages généraux sur l’âge apostolique tpéc in­ ternent : We izsàcker, Da> apost. Zcilalter. Fnbourg-cn-B., 18.-Ο. Filetde err, Das UrchrhUntum, 2· édit., Berlin. 1903, Mr < d.ert, Il tory of Christianity (n lhe Apostolical nge, Edimbourg. 18'7; Ropes, The Apostolic Age In the light of thr modern Criticism, 1906. 2. Etudes sur la théologie de saint Jean. — al Études géné­ rales. — B Weiss, Der johanneische Ijthrrbgrif] in scinr/n Crun frupen untmuchl, Berlin, 18T»2;Stevens, I he Johcumine Tl^ologg, New-York, 1895; Scutl, The Fourth Gospel, iG rropi r and IheoFgy, Edimbourg, 1906; Inge, The i /uoe/ lhe fourth Gv-pU (dans Cambridge Biblical Essays), 584 1909, ct art. John ( Gospel of) : contenti, dans Did. of the Christ und the Gospels; B. Smith, Thr Jahanninr Theulogg (dans The parting of thr Bauds), 1912; Bmvnc. Mcnutl biblique, t. ni,Pails, 1913. p. 779-789. — b) Études spéctiles, — Titius, Die Joh. Anschauung un 1er drm GrytehispunJd dtr Sitigkeit, 1900; Johnston. Ί hr Philosophy of the Fourth Gospel, ixmdre», 1909; Bn Idem pergcr, Der Prolog des oleritn Ewmgdtums, Fribourg-ea-B., 1898; Grill, Unhrsuchu.i^n uber die EnlstehtUlgdcs uitrlen Evangelium*,! tibhigue,1902i Krebs (cath·), Der Logos als Hriland im ersten Jahrhunderi, Friboiirg-rn-Br., 1910; d'Alma, Philon d*Alexandrie rl l· quatrième évangile, Paris, 1910; Lcbrrton, up. ell.; Swet*·, The Holt/ Spirit In lhe N. T., Londres, 1909; Gogucl, la notion johannlque de TEsprit, Paris, 1902; Wendt, l)lf Begriffe Fleisch und Geist ini blblischen Spruchgebraucn, Gotha, 1878; G. Wetter, Der Sohn Got tes, Untcrsuchung ùber den Charakter und dieTendenz des Joh. Ev., Gœtth>guc,1916. Bûchscl, Der Be griff der Wahrheit in dem Ev. und In den Brir/en des Johannes, Gütersloh, 1911; Monse (rath.), Johannes und Paulus, Munster, 1015; Frey, Le concept de • vie · dans Téuungilc de .saint Jran, dans Ihblica, 1020, 1.1, p. 37-58; 211-239; — Sur l'eucharistie dans le quatrième évangile, voir lu bdihogmphie à la hn de l'article Eucha­ ristic d'apiièS la sainte EciirrunK, t. v, col. 1120-1121. III. ÉPITRES DE SAINT JEAN.— Les troisépltres johanniques tipparlienncnt à ce groupe d’éciils du Nouveau Testament, qui, dès le temps d’Eusèbc, formaient un recueil distinct, ct qu'on désignait dès lors sous le nom d'épftres catholiques, parce qu'elles ne sont pas adressées h une église déterminée ct à un cercle restreint de lecteurs. Tel est bien le caractère de la première épitre johnnmque, qui n’a ni titre, ni nom d’auteur, ni formule d'adresse au début, ni salutations à la fln. Les deux petites épttrcs qui la suivent dans le canon du N. T. ont un caractère beaucoup plus personnel ct la forme de lettres privées, mais on ne les a pas séparées dai s le recueil des écrits apostoliques de la grande épllre à laquelle elles se rattachent nettement. On étudiera successivement I. L’origine et le caractère des épltres johanniques. II. Leur doctrine (col. 580). I. O KI G! NE ET CAKACTÈKK DES ÉPITRES JO1IAN- — 1° Objet el contenu. — 1. La J* Joannis. — Si l'auteur de la première épitre ne répétait douze fois qu’il écrit . γράφω ύμΐν, rien n'indiquerait que cette sorte d’homélie soit une lettre. De fait c’est une instruction dogmatique et morale, qui ne vise pas une catégorie particulière de lecteurs, ct ne semble pas avoir été Inspirée par des circonstances spéciales, mais qui a dû être adressée au cercle de chrétiens, pour qui avait été écrit d’abord le quatrième évangile, afin de mettre en lumière les applications praaque· de la doctrine contenue dans cet évangile. On ne peut découvrir dans cette épitre un plan bien marqué. Elle est constituée par le développement de quelques thèmes, qui s'entremêlent, sc répètent à plusieurs reprises, avec des variantes ct des compléments, sans que les idées s'enchaînent suivant un ordre propre­ ment logique. Le but que se propose l'auteur est le même que celui du quatrième évangile : assurer le salut des destinataires de l'epttre par l’union au Fils de Dieu, i, 2-4; v, 13. Pour cela, il combat les fausses doctrines sur la personne de Jésus-Christ, qui commençaient à sc répandre ct risquaient de séduire les fidèles. Λ deux reprises, n, 18-28 et rv, 1-6, il dénom e, en les qualifiant d’nntichrlsts, les faux frères, les faux prophètes qui pro­ pagent h mensonge, et les termes employés pour dési­ gne r ccs doctrines erronées semblent bien indiquer q i dles étaient apparentées au docétisme gnostique, qui niait Γ Incai atiftn. D’autre part, le dernier mot de l’épHre, v, 21, est pour mettre en garde les fidèles contre le culte des fausses divinités, cc qui montre que les destinataires directs de la lettre étaient des ci réticm sortis de la genülité.—Mua il nesuiUl pas de niques. 585 JEAN (SAINT), ORIGINE ET CARACTÈRE DES ÉPITRES JOHANNIQUES demeurer dans la vérité: In vraie marque de l’union ù Dieu ct au Christ est l’observation des commando merits, spécialement du précepte de la charité frater­ nelle, sur lequel l'auteur insiste à plusieurs reprises, n, 7, 11 ; ni, 1-21 ; vî, 7-21 II faut enfin — ct c'est le troisième thème essentiel de Γ épitre— que les fidèles sc gardent d’nimcr le monde ct ce qui est dans le monde. i, 15-18; rv, 4-7; v, 19. 2. La 1b Joannis·— La seconde épitre, beaucoup plus courte que la première, porte la suscrlption sui­ vante : · L'Ancien ft la Dame élue, έκ)<κ-η κυρία, et à ses enfants » et se termine par cette salutation : · Les enfants de ta sœur l’élue te saluent. · La destinataire de cette lettre semble bien être non point une per­ sonne privée du nom d'Efec/α, mais plutôt une commu­ nauté chrétienne, une Église particulière, personnifiée comme le sont les sept églises auxquelles sont adressées les lettres par lesquelles s'ouvre l'Apocalypse, ct désignée par un nom symbolique. Le but de cette lettre, qui est une sorte de résumé de la première épitre, est de préciser d’une façon plus personnelle les avertissements donnés dans ccllc-d en termes généraux, et d’accentuer spécialement la réprobation des erreurs doctrinales sur la personne du Christ. 3. La 11 b Joannis. — La troisième épitre, la plus courte des trois, est adressée par · l’Ancicn » à un chrétien du nom de GaTus, qui doit être un individu réel, ct non point, comme l'ont pensé certains criti­ ques, un personnage symbolique ft la façon de la Dame élue de la seconde lettre. L'auteur félicite Gaïus pour l’hospitalité qu'il donne aux frères Itinérants qui passent dans la communauté chrétienne Λ laquelle Il appartient, et blftme par contre un certain Diotréphès, qui ne reçoit pas ces frères et tient de mé­ chants propos contre < l'Ancicn ». 2° Origine des épttrcs johanniques d'après la tradition ct la critique, — 1. La /· Jnannis. — a) La tradition. — Cette épitre est Indubitablement nommée par des écri­ vains ecclésiastiques du n· siècle. Eusèbe, II. E.,1. III, c. xxxix, P. G., t. xx, col. 300, atteste qu'elle était citée par Papias. Saint Irénéc, Conl. hares., I. Ill, c. xvi, n. 8, P. G.. t. vn, col. 927, en cite plusieurs passages ct dit qu’elle a été écrite par Jean, le disciple du Seigneur. Le Canon de Muratorl en reproduit le pre­ mier verset, en l’attribuant ù saint Jean. Les écrivains postérieurs, même Denys d’Alexandrie qui contestait l’authenticité de l'Apocalypse, l'attribuent unanime­ ment, ainsi que le quatrième évangile, ft l'npôtrc saint Jean. Seuls les aloges (cf la première parti? de cet article, col. 515). en rejetaient l’authenticité comme celle de l’évangile, dont nul ne mettait en doute que l’auteur fût le même que celui de la première épitre. b) Opinions des critiques. — Les critiques, catho­ liques ou protestants, qui admettent l’authenticité Johanniqur du quatrième évangile admettent égale­ ment l’authenticité de la /· Joannis. Plusieurs de ceux qui pensent que l'évangile n'est pas de saint Jeun, reconnaissent du moins l’unité d'auteur de l'évangile et de la première épitre, ainsi Harnack, Jülicher, Stanton ct d’autres. Certains, J. Révillc, Wellhnuscn, Schmlcdel, etc. sc refusent ft reconnaître dans l’épltrc la même main que dans l’évangile. Enfin ceux qui admettent plusieurs rédactions succes­ sives pour le quatrième évang le supposent volontiers que l’épltrc pourrait être l'œuvre d’un de ccs rédac­ teurs. Ainsi Lolsy, qui nie que l’épltrc ait rien de commun avec l’écrit fondamental qu il suppose Λ In base du quatrième évangile, mais qui, croyant recon­ naître dans le texte actuel de l’épltrc certaines Inter­ polations, certains remaniements, mettrait volontiers en rapport la rédaction primitive de la lettre el le travail rédactionnel qui lui aurait donné sa forme actuelle avec l'œuvre des deux rédacteurs successifs 58fi dont il découvre la main dans le quatrième évangile. 2. La Ib et la IIP Joannis.—a) La tradition. — Ces deux épitre* ont toujours été étroitement unies dans la tradition. Il n'est pas étonnant, étant donnée leur brièveté, qu'on n'en trouve pas de nombreuses men­ tions el citations. Saint Irénée cite la seconde épitre. Cont. libres., I. I, c. xvi, n. 3; 1. III, c. xvr, n. 8, P. G., t. vn, col. 633 ct 927; Tertulllen, De pudicitia, 19, P. L., t. n, col. 1020, parlant de la première épitre de Jean, et Clément d’Alexandrie, Strom., I. il, c. xv, P. G., t. vm, col 1004, citant cette épitre comme la plus grande, laissent entendre qu’il en existe au moins une autre Le Canon de Muratorl, dans un texte assez obscur, mentionne deux épttrcs de saint Jean. Malgré ces attestations, l’ancienne tradition ne s’est pas montrée unanime sur l'authenticité ni même sur la canonicité de la Ib et de la 11 b Joannis. Origène, au rapport d'Eusèbe, //, E., L VI, c. xxv, n. 10. P. G., t. xx. col. 584, indiquait que tous ne regardaient pas les deux dernières épltres Johanniques comme authen­ tiques. Quant ft Eusèbe, il déclare pour son compte personnel que, si la première épitre est acceptée par tous, les deux autres sont contestées, il les place parmi les άντΟχγόμενα» ajoutant : « qu’elles soient de l'évan géliste ou d'un autre portant le même nom » IL E., I. Ill, c. xxiv, n. 17, c. xxv, n. 3, ibid., col. 268 et 269. Saint Jérôme dans sa notice sur Papias, distingue à la suite d'Eusèbe Jean l'apôtre et Jean le Presbytie ct déclare que beaucoup regardent ce dernier comme l’auteur des deux petites épltres, Vir. Ht,. 18, P. L., t. xxm. col. 637. Cette distinction est maintenue de fait dans le canon biblique de saint Damase. Voir le texte dans Jacquier, Le Nouveau Testament dans Γ Église chrétienne, t. i, p. 328. Parmi les Églises qui n’admettaient pas la canonicité de la Ib ct de la Il b Joannis, il faut compter sans doute l’Église de Syrie, car l’ancienne version syriaque, la Pcschltto, ne les contenait pas, et les mêmes doutes out dû exis­ ter ft un certain moment dans l’Églisc d'Antioche. Ces doutes peuvent s'expliquer par la brièveté de ccs deux épltres ct leur caractère de lettres privées ou du moins adressées ft un groupe restreint. b) Opinions des critiques. — Les critiques modemes admettent pour la plupart que les deux petites épttrcs sont du même auteur. Mais un grand nombre n’y reconnaissent pas la même main que dans la première épitre. En général ceux qui attribuent û un même auteur l’évangile ct la b Joannis supposent un auteur différent pour les deux petites épltres; quelques uns, tels que Harnack, identifient cet auteur avec le presbylre Jean, dont il est question dans le texte de Papias. 3· Argum nts intrinsèques en faveur de Vauthenticité des épttrcs johanniques. — 1. La b Joannis. — Cette épitre présente, au point de vue de la langue, du style ct des Idées, de telles ressemblances avec le quatrième évangile qu'il ne suffit pas de .supposer qu’elle provient de lu meme école, mais qu’il faut attribuer aux deux écrits un même auteur, ou bien admettre que l’auteur de l’épltrc a systématiquement imité l’évangile. La première hypothèse a pour elle Je témoignage de la tradition; il faudrait, pour lui préférer la seconde, four­ nir des objections décisives contre l’identité d'auteur. Il n’y n pas lieu de relever ici les mots et locutions, images ct procédés de style cari téristiques, qui se rencontrent ft lu (ois dans l'évangile et dans la pre­ mière épitre, non plus que les idées qui leur sont communes. On en trouve une liste plus ou moins complète dans les études particulières ct les com­ mentaires sur la b Joannis. Ct. Jacquier. Histoire dc> livres du Nouveau Testament, t. iv; IL J. Holtzmann, Das Problem des ersten johanneischen Erlejcs in \einem Verhaltniss rum Evangelium, quatre importants articles 587 JEAN (SAINT), DOCTRINE DES ÊPITRES JOHANNIQUES publiés dans Jahrbuch )ûr Prot. Théologie, 1881-1882 ; Brooke, The Johannine Epistles, Edimbourg, 1912, p. 1-X. A ces ressemblances qui apparaissent plus frap­ pantes d mesure qu'on sc familiarise davantage avec les écrits Johanniques, les critiques qui n’admettent pas l’unité d’auteur opposent certaines différences de vocabulaire, de style, mais surtout d’idées qui leur paraissent inexplicables, si l'évangile et l’épltre doivent être attribués â un auteur unique. 11 est certain qu'il y a des nuances importantes, dans la christologie et l'eschatologie surtout, entre l’ensei­ gnement de la Z‘ Joannis cl la doctrine du quatrième évangile,et ccs différences seront signalées dans l’ana­ lyse théologique de l’épltre. Elles sont assez difficiles à expliquer quand on suppose, avec Lightfoot et plu­ sieurs autres critiques, que l’épltre est absolument contemporaine de l’évangile, et a été écrite pour lui servir en quelque sorte de lettre d'introduction et de préface. Mais si l’épttre a été rédigée un certain temps avant l’évangile, comme le pensent un certain nombre d’exégètes (Holtzmann en particulier, et Stanton, loc cit., p. 83-103), on ne s'étonnera pas que la doctrine y soit exprimée d’une façon moins précise cl moins parfaite. Si l’épltrc au contraire est postérieure A l'évangile — ce qui est l’opinion la plus commune, et, étant donnés les caractères littéraires et doctrinaux, aussi bien que la nature des fausses doctrines qui y sont combattues, la plus vraisem­ blable— ces différences s’expliquent suffisamment par le but particulier de l’épltrc, qui tendait sans doute à vulgariser l’enseignement doctrinal et surtout moral de l'évangile, en l’adaptant A l'état d'esprit du com­ mun des fidèles. 2 La 1b et la llb Joannls. — La communauté d'auteur pour les deux petites épttres est admise, on l’a vu plus haut, par la presque unanimité des cri­ tiques; aussi n’y a-t-il pas lieu d’en donner les preuves Intrinsèques. Cf. Brooke, op. cil., p. lxxttt. Sont-elles du même auteur que la b Joannis ? Malgré leur brièveté, on y peut relever bon nombre d'expres­ sions, et même des phrases entières qui rappellent la première épltre. Pour le fond, la Ib Joannls n'est guère qu'un résumé de la première. Les ressemblances sont telles qu'il faudrait supposer, de la part de leur auteur, s'il est différent de celui de la première, une Imitation délibérée de la b Joannls; et cette hypothèse ne peut être appuyée sur aucun argument positif. D’ailleurs le caractère même des deux épttres et leur brièveté font qu'on ne peut guère tirer argument contre l'identité d’auteur avec la première, de ce que certaines Idée- ou certaines expressions caractéristiques de cttte dernière ne figurent pas dans les deux petites lettres. Cependant les hésitations de l’ancienne tradition au sujet de l’authenticité de ccs deux épttres, en même temps que l'absence de preuves intrinsèques décisives, expliquent la réserve sur laquelle se tiennent un grand nombre de critiques. Par ailleurs, le litre de · presbytre », que sc donne l’auteur, fournirait un appui (assez faible d’ailleurs) A l’opinion qui attribue les deux lettres au presbytre Jean, de Papins, si l’exis­ tence d’un personnage de ce nom, distinct de l’apôtre saint Jean, était établie. 4· Intégrité : le verset des trois témoins célestes.— Une controverse esl engagée depuis trois siècles sur l’nuibentlcilé d’un verset de In b Joannls : Très sunl gui testimonium dant (n calo, Puter, Verbum et Spiri­ tus Sanetur, et Iu tres unum stint, v, 7. texte d’une grande Importance doctrinale, puisqu’il donne une formule très j récise du dogme t Unitaire. Au point de vue théologique, ce verset devrait êli considéré comme faisant partie du texte ecclésias­ tique officiel du Nouveau Testament, et jouir de 588 l'authenticité attribuée par le concile de Trente à la Vulgate latine, s'il était certain qu’il existait dans la Vulgate de saint Jérôme. Mais ce point esl contro­ versé. Il est vrai qu'une réponse de la Congrégation du Saint-Office, du 13 janvier 1897, a déclaré qu’on ne peut pas (uto nier, ni même révoquer en doute l’authenticité de ce verset. Mais, dans cette décision disciplinaire, il ne s'agit que de l’authenticité juri­ dique, non de l’authenticité proprement littéraire,et le problème de critique textuelle soulevé au sujet de ce verset n’a pas, semble-t-il, été tranché par le SaintOffice, puisque la liberté a été laissée A divers savants catholiques, postérieurement à cette réponse, de discuter A nouveau la question au point de vue critique. Le texte du décret du Saint-Office dans Cavalière, Thesaurus, n. 119 On est A peu près unanime aujourd'hui à recon­ naître que le verset des trois témoins célestes ne figurait pas dans le texte original de la J* Joannls. Il est bien établi en effet qu’il manque dans toutcsles versions orientales du Nouveau Testament; qu'il ne figure dans aucun ms. grec, si ce n'est dans quatre mss de très basse époque ; qu'on n'en trouve aucune trace dans l’Église grecque avant le concile de Lnlran (1215), les Pères grecs, même ceux qui ont commenté la première épltre de saint Jean, n'y ayant fait aucune allusion ; qu’il ne se trouvait ni dans l’ancienne version latine ni dans le texte primitif de la Vulgate de saint Jérôme; que la première citation certaine s’en trouve chez l’hérétique espagnol Prlscillien (380), les allusions qu’on a cru reconnaître chez Tertullien et saint Cypri en étant au moins douteuses et sc référant sans doute au f. 8 (les trois témoins terrestres) interprété mystiquement, à la façon dont ie commente saint Augustin, qui ne clic pas le f. 7; que c'est d’Espagne qu’il s'est répandu dans le monde latin (nombreuses citations surtout chez les écrivains ecclésiastiques d’Espagne et d'Afrique, et diffusion de plus en plus large dans les manuscrits de la Vulgate). L’interpo­ lation de cc verset dans le texte ecclésiastique de la b Joannis s'explique probablement par l’introduction dans le texte même de ce qui n’avait été d’abord qu'une glose marginale, formulant une Interprétation mystique du f. 8, analogue à celle qu’on trouve chez saint Augustin et plusieurs autres écrivains ecclésias­ tiques. On a attribué (Künslle) A Prlscillien la compo­ sition de cc verset, mais cette opinion reste discutée, et on ne peut alléguer en sa faveur dr raisons décisives. Les conclusions énoncées ci-dessus sont celles de J. Lebre» Ion, op. cit., note K. p. 599-6011. Dans le même sens: L. Janssens, Summa theologica, 1 ribotirg-cn Β.,ΐΟΟΟ,ρ. 135166; Mangenot, Le Canina Jounnaiin dans la lleutie ties sciences ecclesiastiques, mars 1907 Künstle, Das Comma Jnanntum au/ nine IhrKun/t untcrsuchl, l-riboura-en-B., 1905; ccs trois études sont postérieures A In réponse du Snml-OlUcc. Parim le* travaux plus anciens défavorables A l'authenticité, il faut citer surtout le travail capital de Paulin Martin, introduction â la critique textuelle du N. T„ partit pratique, Paris, 1885 1886, autogmpbfe, t. *v, et plu­ sieurs articles dans In Selfne* call alique, 1888-1889; Samuel Ben.tr, Histoire de la Vulgate, Paris, 1895. On trouvera l’exposé des arguments en faveur de l'authenticité dans Le llir, Éludes bibliques, Paris, I860, t. n, p. 1-89; 1-ninzelln, De Leo trino, Home, 1881, p. 41-80; et Comely, Introductio npec latis In singulus N. T. libros, Paris, 1886, p. 668-682. II. Doctiune des épitres johanniques. — L*cns< ignement contenu dans ccs épttres est un enseigne­ ment moral plutôt que dogmatique. Cependant l’au­ teur met en garde les destinat aires de scs lettres I rentre '’c”· erreurs doctrinales une fausse gnose, dont -, r.ih <1 ailleurs les cor séquences morales fAcheuscs ’·! n’en discute les principes dogmatiques. On | ne trouve donc pas dans les épttres job,éché, que peuvent commettre d'une façon passagère même les enfants de Dieu, î, 8, 10, mais l'état d'oppo­ sition habituelle aux lois do Dieu : par là on relève du diable qui est pécheur depuis le commencement, ni, 8, on est enfant du diable m, 10. Mais le Ris de Dieu s'est manifesté précisément pour détruire les œuvres du diable, m, 8, et pour ôter les péchés, m, 5. Par la foi en lui, on triomphe du monde, v, 4-5, on est vainqueur du Mauvais, n, 13, 14. Par lui, et par ■ 591 JEAN (SAINT), DOCTRINE DES El’ITRES JOHANNIQUES lui seul nn n la vie étemelle· · Qui n le Fila a la vie, qui n’a pas le Fils n’a pn* In vie » v, 12. l a /· Joannis Insiste plus que le quatrième évan­ gile sur l’expiation du péché opérée par le sang de hius-Chrisl. Jésus-Christ est venu, non pas seulement aver l’eau, mais avec le sang. v. 6, allusion A sa mort W. βΜο|., p. t t. ι.χχ col itM. I 1376; BAde, Expoill. in Lpui. S. Jo/ln., p. f, U 593 JEAN (SAINT) eol. 85-124; Wnlnfrld Stmhnn, Gbue ordinaria, P. L, Lcxiv.col 693-700; I cuia·ίιΙιι», Comm. In EpKf S. Joan., P, G., t. xhée de tout de cju'il y avait de plus aristocratique dans lu vieille Rome, et ayant â su tête h· pape Jean en personne. Mandé impé­ rativement â Hawnne, celui-ci dut promettre au roi barbare, de faire son possible pour déterminer Justin â rendre aux ariens leurs églises; mais il refusa, avec beaucoup de fei inclé, de négocier avec le l>ti*4h*u$, le retour à i'anunlsmc dos hérétiques déjà réconciliés JEAN I" (SAINT) 59 avec rfiglhe catholique. La date du départ de Jean pour Constantin- pie est asxezd I» ile A préciser. D'une part un document grec, le σύγγρα /μ'' êxzXr/ru-m*èv -epl μοθςτώ·/, publié parmi les Sflrcta ad illus(randtim chronicon pascale, dans le Corpus scriptorum, ht/zanitnir historia de Bonn, l. r, p 123-138, déclare expressément que le pape Jean célébr » & Constanti­ nople la fête de Noël (525). Il ajoute qu'il y avait eu préalablement des discussions assez vives sur les pré­ séances entre l'évêque de Home et l’archevêque de Constantinople; que ce dernier avait finalement cédé parce que Home possédait la sépulture "δ/ τόπο·/, du chef des apôtres Par ailleurs les documents latins laissent une impression toute diflércnte. Ce voyage. Je premier qu’un pape accomplit hors d Italie, fut l’occasion pour le baslleus et pour l'Église byzantin»· d'alllnncr leurs sentiments de respect à l'endroit de l’évêque de Home, vicaire du bienheureux Pierre. C'est le Jour de Pâques 526 que Jean, dont la préséance sur l'archevêque de Constantinople était marquée par la place occupée au chœur, célébra la messe solennelle­ ment, et suivant le rit latin, romanis precibus. Chro­ nique de Marcellin, P. L., t. u, col. 940. Le Liber ponti­ ficalis dans une de scs rédactions ajoute que ce même Jour de Pâques, le pape aurait couronné l'empereur Justin. Comme Théodoric ne tenait certainement pas â voir le pape prolonger son séjour à Constantinople il est bien difliclle d’admettre que l'ambassade ait séjourné sur le Bosphore plus de quatre mois, le Jour de de Pâques tombant en 526, le 13 avril. Il n’est pas impossible qu’une confusion se soit produite chez l’écrivain byzantin. Quoi qu'il en soit, Jean obtint du baslleus la restitution des églises ariennes; c'était un des résultats cherchés par Théodoric. Pourtant l’am­ bassade devait sc terminer d’une manière tragique. Le roi barbare était devenu depuis quelque temps extrêmement soupçonneux, el voyait partout, u tort ou Δ raison, des intrigues byzantines. Le Liber Ponti­ ficalis marque que ce fut pendant le séj >ur à Byzance de l’ambassade, qu’eut lieu l’execution de Symniaque cl de Borcc. accusés de haute trahison. C’est certain pour Symniaque, il semble au contraire que Bocce ait été exécuté avant le départ de Jean pour Constanti­ nople. Ce dernier allait être victime lui aussi des soup­ çons de Théodoric. Irrité peut être de la scene du cou­ ronnement, qui lui paraissait une reconnaissance des droits du basileus sur Γ Italie, le roi, des que J an arriva à Ravenne, fil Jeter le pape en prison Celui-ci ne tardait pas à y mourir, 1 18 mai 526. L'Église l’honorc comme martyr le 27 mai. Ce serait, d'après le Liber Pontificalis, la date de la translation de ses restes à Home. Le seul acte important qui soit à signaler dans le pontilicat de Jean Pf, c’est la consultation qu’il lit adresser au moine Deny s le Petit sur la fixation de h fête de Pâques. La réponse de Deny* marque la pris· de possession da cycle pascal qui nous régit encore aujourd’hui. La lettre dans P. U a, Analccla iiouissima, 1.1, Puris, 1883, p. 46(x, 1· Sources. — Lr Liber Punitftealts^ Mit. Duchr^ne, t. i, p. 104-107; 275-278: tnongoir de Vahh, c. lxx.v in-xm, dons Ainnilm Marcellin, Mit Eywnhardt, Berlin, 1871, p. 54 1-513; Chronique de Marcellin, nn. 325. dans P L., t. u. col. 940-041; Jaffé, Regeda Ihuilifietim Romanorum, 2· édit., p. 100; Acta Sanctorum, mal, t. vi, p. 703. 2” Travaux. — G. Picibclirifter, Der Ulgd»nkonlg Theoderich der Grosse unddiekaTulixcht Kirch· .dan» le· Κϊλ'Λ ngeschlchtUch· Stadteii, t. ni, fasc. 1 ct 2, Muaster-ea W., 1800. fait une large part Δ l’hypothèse; outre ce truviU paillvnllcr consulter les histoires générales de Rome et do l’Italie; ccs Indlcatlnm sont valables pour tous les p<»nllfleat* suivants ; J. Lan τη. Gesehl hte der mmltchen Kirche, t. n. Bonn, 1885, p. 299-300; F. Grcgorovhu, Geschichie drr Stu // Rom un Millelaller, 3 édit.. Berlin. I RM, l. V 595 JEAN Ier (SAINT) p. 315-322: H. Grihtik der Pàp'te ran Gregor 1 bit auf Grtgor VJ J, Elber­ feld, 1867, t. f. P 29; Th. Hodgkin, Italy and hcr inaaden, t. m. Oxford, 1875, p. 510-513; L. M. Hartmann, Geschichlc Italien* im Mittelalter, 1.1, Leipzig, 1897, p. 222-228. E. Amann. 3. JEAN II, pape, consacré Je 31 décembre532, mort le 8 mai 535. — Son élection n'alla pas sans quel­ ques diflku lté*. Boniface li, son prédécesseur avait déjà connu les embarras d’une conu étition. Il avait cru prévenir les troubles qui pourraient suivre sa mort en se désignant à l’avance un successeur en la personne de son diacre, l'ambitieux Vigile; mais une violente oppo­ sition, appuyée par le roi Athalaric, l'avait contraint de retirer son décrit. Il n'est pas impossible que Vigile, à la mort de Boniface, se soit agité pour arriver au pontificat En tout cas il y eut une vacance assez, longue pour l’époque (deux mois et demi). Athalaric dut inter­ venir. et faire revivre le sénatus-consulte porté sous Boniface 11, contre les menées simoniaques. Cassiodorc, Varier, I. IX, n. 15 el 16, P. L., t. i.xix, col. 778-781. Finalement le prêtre Mercurius, du titre de SaintClément, fut reconnu de tous et consacré le 31 décem­ bre 532. On peut conjecturer que c'est après son éléva­ tion qu’il ajouta à son nom, de saveur peut-être trop païenne, le nom de Jean. Jean II fut mêlé par la toute-puissante volonté de Justinien aux controverses christologiques qui, un instant assoupies, allaient reprendre de plus belle en Orient. Les moines scythes recommençaient la contro­ verse théopaschite, voir Houmisdas, t. vu, col. 171 sq., et accusaient les moines ncéinètes de Constantinople, chalcédoniens un peu trop décidés, de tomber dans le nestorianisme et de rejeter non seulement la formule toit» de Trinitate passus est, mais l'expression même de theotocos, tessère de l'orthodoxie. Deux délégués des acémètcs, Cyrus et Euloglus se transportèrent ù Home pour défendre le point de vue de leurs frères. Voir 1.1, col. 307. De son côté Justinien, qui venait d'inaugurer dans la conférence tenue à Constantinople en 533, sa politique d’avances au monophysisme, envoyait à Borne deux des évêques orthodoxes, membres de la conférence Hypatius d'Éphèsc, et Démétrius de Philippes pour solliciter le pape en sens Inverse. Une lettre fort respectueuse pour l'autorité ponti Ileale demandait à J an de répondre aux questions soulevées par la con­ troverse entre scythes et acéniètes et de revenir en détlmtive, sur I s décision·* prises par le pape Hormisdus une dizaine d'années plus tôt. Les envoyés du basilcus réussirent à convaincre Jean 11 de l'existence d'un renouveau nestoricn, et l'impression du pape fut confirmée sans doute par certaines outrances des acémètes. Toujours cst-il que k· 21 mars 534, le pape adressa au baslleus une lettre approuvant la profession de foi contenue dans la demande Impériale, et annonçant à Justinien que Cyrus el scs sectateurs avalent été excommuniés. \ leur endroit pourtant on devrait user de mansuétude, s'ils revenaient à résipiscence. Le même Jour le pape envoyait au sénat romain, une lettre parallèle à la précédente. Le préambule en est fort curieux, car 11 témoigne que le sénat de l'époque s'attribuait un droit de regard sur les choses de la discipline et même du dogme, et que le pape trouvait fort naturel, sinon de lui soumettre, au moins de lui communiquer les déci­ sions dogmatiques prises par lui d'accord avec son clergé Cette lettre indiquait les réponses ù faire aux trois questions dogmatiques postes par le basilcus et ■joutait à chaque réponse les preuves scripturaires et patriotiques convenables. A la première question : le Christ peut-il être dit l’un de la Ί nnitél le pape répondait ail irma livcmenl : Oui, JEAN II 596 le Christ est l’un de la Trinité, c’est Λ-dlre une personne ou hypostase (Jean II traduisait ύπόστασις par sub­ sistentia) d'entre les trois personnes de la Trinité. Ceci était prouvé par les textes de Gcn., ni, 22, I Cor., vm, 6. le début du symbole de Nlcéc, et diverses citations d’Augustin, de Grégoire de Nazinnze, de Grégoire de Nysse, de Proclus, patriarche de Constantinople après le con 'lie d'Éphèsc. La deuxième question était ainsi posée : Le ChristDieu a-t-il souffert dans sa chair, la divinité demeurant impassible? On devait répondre : Oui, le Christ-Dieu a souffert dans la chair. La légitimité de cette façon de parler était prouvée par les textes suivant : Deut., xxvtn, 66 commenté par Joa., xiv. 6; Zach.» xn, 10; Act., m, 15; I Cor., il. 8, commenté par Ps. xxin, 8; Act, xx, 28. par des citations de Cyprien, Grégoire de Nazi nze, Augustin; par le douzième anatlnmalismc de Cyrille et deux textes du pape Léon dont un tiré du tome à Flavien. La troisième question était relative à l'épithète de theotocos à appliquer Λ la vierge Marie. Jean II y répondait : • La glorieuse Marie, sainte et toujours vierge doit être proclamée par les catholiques, en toute propriété et vérité, la mère de Dieu, la mère du Dieu-Verbe qui s’est incarné en elle : proprie et veraciter Dei genitricem malremque Del Verbi ex ea incarnati. En effet, c’est en toute propriété et vérité que Dieu (le Verbe) en ces derniers temps s’est incarné et a daigné naître de la Vierge-Mère sainte et glorieuse. Et dès lors, puisque.cn toute propriété et vérité le Fils de Dieu s’est incarné en ,elle, c'est en toute propriété et vérité que nous 1« pro­ tclamons mère du Dieu qui par elle fut conçu et mis au monde : proprie et veraciter matrem Dei ex ea incarnati et nati esse confitemur. » Et pour tenir la balance égale entre les deux hérésies adverses le pape ajoutait : « Nous disons en toute propriété de termes pour que l’on ne croie pas que le Seigneur Jésus a reçu comme un titre d’honneur ou une grâce, son nom de Dieu, comme le pensa l'imbécile Nestorius; nous disons en toute vérité, pour que l'on ne pense point qu’il est un simple fantôme, phantasma, ou qu’il n’a pas pris do la Vierge une chair véritable, commt Fafflrrric l’impie Eutychi s. » Ceci était appuyé par une citation de suint Augustin, par la profession de foi imposée à Léporius, par une citation enfin du livre de < élase contre Nestorius et Eutychès. En définitive Jean 11 abondait, p ut-être un peu vite, dans le sens de l’impérial théologien et du cercle qui s’agitait autour de lui. Nous avons dit, à propos de l'attitude d’Hormlsdas dans la controverse thé»· paschitc, comment les formules unus de Trinitate incarnatus, unus de Trinitate passus, crucifixus pou­ vaient se justifier au nom de la communication des idiomes, tout aussi bien que l’expression beaucoup plus ancienne de theotocos Si l’on se rappelle, pour­ tant, les origines historiques des deux premières phra­ ses, la complaisance avec laquelle les répétaient tous les monophysiles, francs ou larvés, on regrettera peutêtre que Jean II n'alt pas persévéré dans la ligne de conduite de son grand prédécesseur. A vrai dire le nestorianisme ne constituait pas un danger plus pres­ sant en 531 que dix ans plus tôt. et c’était bleu plutôt j le monophysisme qui allait relever la tête et remettre en question les décisions de Ch Icédoine. A apporter de continuelles retouches à l'cruvre du concile de 451. ne Jouait-on pas un Jeu bien dangereux? Un avenir tout proche sc chargerait de donner la réponse. L’Occident ne laissa pas de poser Λ Jean 11 des ques­ tions pratiques non moins épineuses Trois pièces do sa correspondance sont relatives ù l’affaire de l’évêque de . Riez, Contuméllosus. Pour les crimes avérés dont 11 I >Tt dt rendu coupable, le pape dut le déposer et 597 JEAN II donner à saint Césafrc d'Arles l'ordre de le faire enfer­ mer dans un monastère. JdfTé, n. 886 888. Jean mourut le 8 mal 535, La date fournie par le Liber Pontificalis, 27 mal (532), est de tous points inexacte. JEAN IV 598 publiée à la fln de 638, vient d’ériger en croyance d’fctat le monothélismc de Sergius, présenté d'ailleurs comme approuvé par le pape Honorius. Le succes­ seur Immédiat d’Honorius, Sévérin. a dû attendre près de deux ans la confirmation de Byzance, qui veut le forcer à reconnaître l’ecthèse. Il n’est consacré que Liber Pontificali», t.i.p. l08;285-286; Jnfïé, J(c{/r»(n,t.i, le 28 mai 640. Mais quoi qu’aient pu promettre les p. 113. lui corrr’ijM.ndnnc.e autour de lu controverse thêonpocri’daires envoyés par lui à Constantinople, Il paschtte. lettre de Jurtlnlii) et réponses de Jean don» PL., t. 1.xvi.col. 14-24 et dam Mnnsl, Concilia, t. vm, col 795semble bien que Sévérin, loin de souscrire l'ec’hèse, l’a 8ès Ordonné le 24 décembre 640, Jean IV, s’occupa tout et Jean III est bien obscure. De Rossi a essayé d’y aussitôt de tlicrau clair la question monothélite. Théo apporter quelque clarté en commentant les Excerpta phane d’une part, édit, de Bonn., 1.1, p. 508, et d’autre Sangallensia découvert par lui. Bulletlno di archeologia part Je Libellus s ynoeticus, dans Mansi, Concilia, t. x, Christiana, 1867, p. 22-23. col. 607, parient d’un concile tenu à Rome par Jean, Du long pontificat de Jean III, nous savons bien peu qui aurait anathématlsé l’hérésie des monothélites, dit de choses. Il dut se préoccuper de réduire les divers schismes occidentaux causés par l'attitude de Vigile el Theophane, aurait, dit le Libellus, condamné SergiU' de (Constantinople). Cyrus (d’Alexandrie) et Pyrrh ts de Pélage dans l’aiTaire des Trois Chapitres. L’Afrique revint la première à l’obédience romaine; sa soumis­ (successeur de Sergius) et proclamé les deux volonté* sion, déjà partiellement obtenue sous Pélage, sera défi­ et les deux opérations de Jésus-Christ. Il est possible que ce synode se soit tenu dans les nitive apres la mort de Justinien (565) et l’avènement premiers jours de Janvier 641. On a prétendu en effet de Justin II. L’Italie du Nord fut plus difficile à réduire. qu’Héraclius, mort le 11 février 641 aurait eu connais­ Pourtant en 5G8 Jean III consacrait Pierre, comme sance de ses décisions, et se serait décidé À abandonner évêque de Ravenne, et lui donnait le pallium (15 et l’ecthèse dont il rejetait d’ailleurs la responsabilité sur 22 septembre). De plusieurs lettres de saint Grégoire Sergius. Voir Mansi, Cone., t. xi, col. 9. Mais cc détail, le Grand il ressort que l’archevêque de Milan, Laurent, mentionné par l’abbé Maxime, qui dans son procès A renoua les rapports avec Rome en 571. Epist, iv, Constantinople en 655 fait allusion à une lettre 2 et 39, P. L.» t. i.xxvn, col. 669 et 713. Le schisme adressée par Héraclius au pape Jean, pourrait bien êtr? d’Aquilée ne sera définitivement réduit qu’un demlune invention postérieure destinée à sauver la mémoire slèclc plus tard. du basileus. De toutes façons il est assez difficile de Jean III intervint en Bourgogne dans l’aiTaire des comprendre comment Héraclius aurait eu le temps de évêques d’Embnm et de Gap, Salonlus et Sagittaire. répondre avant sa mort aux décisions d’un synode Dans un concile réuni à Lyon, par le roi Gontran, romain tenu au commencement de 611. en 567, ces deux prélats avalent été convaincus de D’ailleurs, la lettre synodale, que nous possédons, est divers crimes et déposés. Ils en appelèrent à Jean III, adressée non à 1 léraclius, mais à son fils Constantin (II) qu’ils persuadèrent de leur innocence, et celui-ci écrivit qui régna avec I léracléon, son demi-frère,Jusqu’en Juin au roi de remettre les deux évêques en possession de 641. Elle porte comme sous-titre· Apologia pro Hono­ leurs sièges Jaffé, n. 1010. Mais comme ils continuèrent rio papa, cl ne saurait être mieux caractérisée que Λ mener la même vie coupable. Ils furent ù nouveau par ces mots. Sans porter de condamnation ni contre déposés dnns un concile rassemblé par Gontran à Sergius, ni contre Pyrrhus, qui sont encore appelés Ch lon-Mir-Saônc, en 579. « scs frères · le pape tente d’expliquer la fâcheu*·· Ltb Ainsi, au dire de Jean, les deux cas Jean VI apparaît comme un pacificateur. La seule affaire ecclésiastique d'importance qui se devait s'expliquer l'affirmation d’Honorius relative à une seule volonté du Sauveur. Jean IV sc hâtait d'a­ rapporte au pontificat dc Jean VI. c'est le procès, qui jouter que si l’on considérait non plus l’humanité du sc déroula à Borne, dc l’archevêque d’York, Wilfrid. C'est une longue ct pénible histoire que celle des Christ, mais l’ensemble de sa personne, il fallait, avec les Pères orthodoxes, parler dc deux natures, de deux démêlés de cc saint homme, le plus courageux repré­ sentant des Idées romaines en Angleterre, avec le roi volontés, de deux opérations. Pour terminer, Jean IV dc Northumbrie et avec l'archevêque dc Canto/béry, priait I basileus de faire cesser In propagande que saint Théodore. Plusieurs fois condamné par les évêques Pyrrhus commençait A entreprendre contre le tome anglo-saxons, rétabli une première fois par le pape dc Léon et le concile dc Chalcédolne Nous nous sommes suffisamment expliqué, t. vu, Agathon en 679 Wilfrid revint à Rome en 703 Implo­ rer dc nouveau la protection du pape. Sa cause fut col. 107, sur l’exégèse appliquée par Jean IV à la fa­ meuse lettre d’Honorius; faisons seulement remarquer examinée en soixante-dix séances, Finalement les juges romains lui rendirent justice, et Jean VI écrivit que cette synodlque du pape Jean est la première pièce d’un dossier, qui ira sans cesse en grossis nnt. aux rois dc Northumbrie ct dc Mercio pour leur deman­ der d'examiner de nouveau le procès et de rendre Il ne reste que très peu d'autres documents authen­ tiques se rapportant au pontificat de Jean IV. Les justice A Wilfrid. Jaffé, n. 2142. diverses bulles relatives à un certain nombre dc monas­ Liber Pontificalis, t. i, p. 383-384 ; Jaffé, Ilcgesta, t. i, tère > francs, ct qui portent son nom, ont toutes chances p. 215-246; les actes du synode relatif A Wfl.rid, dans d'être inauthentiques. Mansi, Condi., l. xn, col. 158 sq. Liber Pontificalis, t. i, p. HO et 330; Jaffé, Hegeita, 1.1, p.227-228; le texte de l’Apologie d’Honorius, dnn> L., I. lxxx.coL 601-608. Langea, t. u, p. 516-520; Grcgurovlus. t. n, p. 134; Itaxmann. L i, p. 171-172; Hodgkin, t. vi, p. 18 et 172; Hartmann, t. n a, p. 213-210. E. Amann. 6, JEAN V, pape, consacré le 24 Juillet 685. mort le 2 août 686. Comme diacre, Jean avait fait partie de In légation romaine qui représentait Agathon au 11 I* con­ cile de Constantinople en 680. Peut-être son origine syrienne (il était d’après le Liber Pontificalis de In province d’Antioche) l’avait-clle fait désigner pour cette mission délicate. — Élu par l’unanlrnlté du clergé ct du peuple aussitôt nprès In mort dc Benoit II (8 mai 685), Jean attendit moins longtemps que ses prédécesseurs la confirmation impériale qui seule permettait ù l’élu d’être consacré. Une ordonnnnee, divalis Justin, dc Constantin Pogonat, reçue ù Borne sous Benoît II, réglait que dorénavant su (limit la rati­ fication dc l’exarque résidant A Ravcnne. Après un demi-siècle de luttes religieuses. In paix était mainte­ nant rétablie entre Borne ct Constantinople. Du ponti­ ficat très effacé dc Jean V nous ne savons que fort pou de choses. Jean Ut régler en synode romain la question pendante entre le Saint-Siège ct les archevêques de Cagliari en Sardaigne. Le titulaire dc cc siège avait bien sur file une certaine Juridiction mais n'était pas autorisé ù ordonner les évêques de son ressort ; cc droit était réservé au pape, Citonat, évêque de Cagliari, outrepassant ses pouvoirs avait ordonné lui-même l’évêque Novellus de Porto-Torrcs. Celui-ci, devant le synode, dut reconnaître qu’il tenait sa Juridiction du pape, et c’est seulement A cette condition qu’il fut réintégré. Liber Pontiflcath, t. 1, p. 366-362; Juflè, Hegcsta, t. i, p 242; Langea, L H, p. 589-581 . Grrguruvlus, t. n, p. 172173; Hartmann, t. n b, p. 70-72. I^ingen, t. n. p. 533; Gre.torovlue, t. n, p. 188-101; Baxmnnn, 1.1. p. 191-192; Hod i in, t. vi. p. 363. Sur l'affaire de Wilfrid. I lefolc. Histoire des Conciles, trad. I^eclercq, t. m n. p. 591 sq.; Doni Cabrol, L'Angleterre chrP tienne, Paris, 1909, p. 1O9-I33. E. Amann. 8. JEAN VII, pape, consacré le l8 et p. 152-153. Cc dernier a bien vu que le pape n'était pas revenu sur In reconnaissance de Photius; mais, à l'aide d'indices extrêmement fugitifs, Il Imagine que la condescendance pontificale à l’égard du patriarche de Constantinople a été vue de mauvais œil dans les mi­ lieux germaniques, et spécialement dans l’entourage de Charles le Gros. Au moment où celui-ci est venu recevoir ù Home la couronne impériale Jean Vlll a dû être contraint d’expliquer sa conduite dans l’atlaire photlcnnc. Henouvvlant le geste de Léon III sc pur­ geant par serment devant Charlemagne, Jean serait monté à l’ainbon de Saint-Pierre, les évangiles à la main, pour jurer solennellement qu’en sc réconciliant avec Photius il n’avait point entendu porter atteinte aux sentences de scs prédécesseurs. C'est faire beau­ coup d’honneur au pamphlet byzantin que de lui donner une pareille exégèse. 5° Jean Vlll el la question du FIL1OQOE.— La meil­ leure preuve que Jean VIII n'est jamais revenu sur la réintégration de Photius, elle sc tire de l'attitude que le patriarche réintégré u toujours conservée ù l’endroit de Jean Vlll et do sa mémoire. C'est d’une manière enthousiaste qu’il parle du pontife dans son Traité du Saint-Esprit certainement composé après la mort de de Jean, voir P. G., t. ai, col. 380-381; el pour être moins chaude, l'expression de sa reconnaissance à l’égard des légats romains de 879, n’en est pas moins significative. Lettre au métropolitain d'Aquilée, n. 25. Jbid., col. 820. Celle gratitude n’a rien que de très naturel; elle ne laisse pas néanmoins que de poser un problème assez troublant, étant donnée la nature des deux ouvrages où elle s'exprime. L’un et l’autre sont consacrés à la question dite du Filioque, et. t. v, col. 2318, et prétendent démontrer que le Saint-Esprit procède exclusivement du Père. Λ l’appui de son erreur, Photius invoque tant les preuves d’Écriturc sainte, que les arguments de tradition. 11 est amené, dès lors, ù signaler l’atUtUde qu’ont prise ù l’endroit du FUioque un certain nombre de pontifes romains. On sait quelle avait été dans cette controverse, du jour où elle avait été soulevée par les théologiens francs, la ligne de con­ duite des papes. Tout fideles qu'ils fussent à la doc­ trine de la double procession du Saint-Esprit. Ils avalent blâmé plus ou moins nettement l’insertion du FUioque dans le symbole dit de Nlcéc Constantinople. A tort sans doute, Photius cherche à Interpréter cette attitude comme une condamnation de la doctrine trinilairc qu'il combat lui-même. 11 insiste tout spé­ cialement sur la position que prirent au synode de 879-880, quand ce problème y fut soulevé, les légats de Jean Vlll : « Ce vénérable pontife de Home, dit Photius, par l’intermédiaire de ses très pieux cl très Illustres représentants, Paul, Eugène cl Pierre, a voulu au synode réuni de notre temps, en recevant, comme fait l’Église catholique, et comme firent scs prédé­ cesseurs romains, le symbole de la fol souscrire et sanctionner de pensée, de bouche el de geste (χερσίν Irpxïc : il s'agit de la signature), les dérisions de ces illustres et admirables personnages. » P. G., t. ai, col. 380, cf. col. 820. H s'agit évidemment de la déci­ sion prise par le concile photien, en sa 6· session rela­ tivement au symbole de Nlcéc Constantinople. Mansl, Concilia, t. xvn, col. 516. En se prêtant A cette démar­ che, qui, étant données les attaques précédentes de Photius contre la doctrine des latins, révélait une signification toute spéciale, les apocrisiafres romains exéculaient-ila fidèlement les Instructions de leur maître, rcllétalenl-ils la pensée de. .lean VIII? Photius l’a dit et l’on trouve par ailleurs ù la suite des Actes DI CT. DH Ill£oL CATIIOL, CIO du concile photien une lettre de Jean Vlll a Photius qui semble confirmer cette manière de voir. Mansi, t. xvn, col. 253; P. L., l. cxxvi, col. 944. C’est la fameuse lettre : A’on Ignoramus, ώ* άγνοείν. Elle n’est connue que par un original grec. Le texte latin qu'on ht dans P. L·., est une traduction de Baronius. En voici les idées principales. Parmi les Grecs, écrit Jean Vlll, il circule sur notre doctrine des bruits fâ­ cheux; pour y couper court je vais exposer ce que je pense. · Lorsqu’un de tes envoyés est venu nous consulter sur le symbole, il n bien vu que nous le conser­ vons intact, tel qu'il nous a été transmis dès le com­ mencement, sans addition, ni suppression. Et nous te mandons, au sujet du fameux m mbre de phrase, que non seulement nous ne le disons pas, mais que ceux-là qui ont eu la présomption cl la folie de l’ajouter nous les condamnons comme transgresseurs des oracles divins, comme corrupteurs de la doctrine, θεολογίας, du Christ et des saints Pères, qui, réunis en synode nous ont transmis le symbole sacré; nous les mettons, ces corrupteurs, au rang de Judas, puisqu'ils n’ont pus craint de perpétrer le même crime que lui, en dis sant par le schisme l’Église, corps du Christ ». Le pape ajoute qu’il ne lui est pas facile de faire partager par les évéques de son rite ces robustes convictions, il lui semble Impossible pour l’instant de faire violence à personne; c’est plutôt par la douceur qu’on pourra, dans la suite, détourner les occidentaux de ce blas­ phème : sed poli us mansuetudine aliqua hujusmodi hommes admonere el paulatim a blasphemia revocare. 11 n’est pas douteux que celle lettre, si on la croit authentique^ ne mette Jean Vlll dans une posture particulièrement regrettable. L'historien ecclésiastique l leury en prend trop allègrement son parti : « Le pape Jean VIII, écrit-il, sachant que les grecs étaient scan­ dalisés de celte addition pouva t avec vénté dire que l’Église romaine ne l’avait point reçue et blâmer ceux qui l'avaient introduite, cl s’il use contre eux d’expres­ sions trop fortes, on peut les attribuer à sa complai­ sance pour Photius et pour l’empereur Basile qui lui I a fait faire tant de fautes. Mais il ne touche point dans celte lettre nu fond de la doctrine. Cc qui n'a pas empêché depuis les grecs schismatiques de prendre avantage de celte lettre el de tout ce qui fut fait sur ce sujet au concile de Photius qu’ils tiennent pour le vrai Vlll· concile œcuménique. » Histoire écriés.. 1. LUI, § 24. C’est bientôt dit Mais qualifier de blasphemia soit le Filîoque, soit (ce qui est beaucoup moins grave) l’insertion indue de ce mot dans le symbole officiel, on conviendra que c’est plus que fâcheux. Et tout le reste de la lettre témoigne, sem­ ble t-il, que son auteur n'est point en désaccord avec les grecs sur le fond même de la doctrine. On ne s'étonnera donc pas que, dès l’apparition de cc texte, les érudits catholiques en aient contesté l'authenticité. llergcnrôther, foc. rit.. p. 541-543 a résumé au mieux les arguments d’ordre externe et d’ordre interne qui militent en faveur du caractère apocryphe de cet écrit. Jusqu’à plus ample informé, on peut s’en tenir ù sa démonstration, en insistant tout spécialement sur les critères extrinsèques apport s par cet auteur. Le fait que la lettre ne se trouve point nu registre, lequel semble complet pour la période 879-882, est déjà surprenant. Si l’on ajoute qu'il n’a été relevé aucune trace d’un original latin de notre document, lequel figure exclusivement dans des msi grecs et do date récente, et n’a été cité jusqu’au xiv· siècle par aucun auteur grec, on se convaincra que l’état civil de cette pièce est bien défectueux. Où, par qui, en quelles circonstances ce faux a-t-il été f i briqué ? Quelle fut dans sa confection la responsa­ bilité de Photius? la chose est, apres tout d'import ince secondaire. Il reste que,si dans la question pholiennc, VI1L — 20 Üll JEAN vm, SON ACTIVITÉ ECCLÉSIASTIQUE GÉNÉRALE Jean Vlll a pu montrer à l'égard de la personne du patriarche, de regrettables complaisances, on n’est pas autorisé pour autant à Imputer au pape une capi­ tulation, même d’ordre privé, dans une aiTaire doc­ trinale. 6· Jean Vlll ct la Slaves. — La politique de Jean Vlll à l’endroit du badleus et de son patriarche eut d’ailleurs des résultats satisfaisants bien que peu durables. Outre que l’aide byzantine assura quelque repos Λ Γ Italie méridionale, H semble bien que, du vivant de Photlus, les patentions de Home sur la Bulgarie chrétienne aient été reconnues. Π n’a pas tenu qu’à Jean VIII que le royaume nouveau entrât défi­ nitivement dans la dépendance du latinisme. Si, bientôt après, il échappa à l’emprise romaine, cela tint surtout à l'affaiblissement du pouvoir pontifical qui dtxicnt sensible aussitôt . pris la mort de Jean. Autant faut-il en dire des régions occidentales de l'ancien Illyricum, Dalmatie, Croatie, Slavonie. Si elles ont été soustraites de bonne heure, ct pour long­ temps à la juridiction immédiate de Home, cc n'est pas faute pour Jean VIII d’y avoir multiplié les démarches et les actes d’autorité. Cf. Jaffé, n. 3259, 3260, 3262. C’est la même préoccupation de rattacher directement à Home la Moravie, évangélisée depuis quelque temps par les deux Byzantins Cyrille ct Méthode qui se remarque dans les relations de Jean avec k· grai d apôtre des Slaves. Ici la difficulté n’était plus enta Borne ct Constantinople, dont il semble bien que Méthode sc soit assez vite détaché, mais entre Home et l'Allemagne. Qu’il suffise d’indiquer que la plus redoutable opposition qu’ait rencontrée Méthode lui vint du clergé allemand des marches de l’Est, jaloux de conserver dans les pays slaves la prépondé­ rance de la race germanique. En 870 l’archevêque des Siases, est fait prisonnier pur les Allemands, jugé par un concile bavarois, et jeté en prison. Home n’apprit tout cela qu’en mars 873 par un des compagnons de Méthode, qui réussit à s’évader ct ά parvenir jusqu’à Jean \ i j ί Le pape aussitôt élève contre les Allemands les plus vives protestations, et Jette l’excommunica­ tion sur les évêques coupables, tant qu’ils n’auront pas réparé leurs torts. Jaffé, n. 2976-2980. Malheureu­ sement le pape cédait aux Allemands sur un point, qui tenait û coeur à Méthode. Le plus clair de ses succès, l’apôtre des Slaves le devait à l’emploi de la langue sluvonne non seulement pour la prédication, nuns pour l'usage liturgique. Il s’appuyait, pour Jus­ tifier celte nouveauté, sur l’autorisation que lui avait donnée Adrien IL Mais cette liturgie slavonne, les Allemands en avaient juré la mort; elle opposait, pensaient-ils. à leurs entreprises sur le domaine slave une Infranchissable barrière. Ils réussirent à prévenir contre elle Jean Vlll, qui, à cc moment même, se pronom a contre la liturgie slavonne ct autorisa sim­ plement la prédication en langue vulgaire. Jaffé, n. 2378. Délivré par l'intervention du pape, Méthode qui était rentré en Morax ie, ne tarda pas à rencontrer dt nouvelles difficultés. Elles lui vinrent cette fois de I entourage du duc Swatopluk, gagne par les influences allemandes Bientôt l’archevêque fut dénoncé au pape comme suspect d'hérésie; Il supprimait, «lisait «· i, le FtUcque dans le symbole ct continuait à célébrer la liturgie en xlavon. une lettre très sèche de Jean VIH le somma de venir le justifier à Home, juin 879. Jaffé, n. 3266. 3267. Méthode n’eut pas de peine à démon­ trer son orthodoxie, et à faire valoir It* incontestable! avantages de la liturgie salvonne A I tic de 880 II repartait de la cour pontihcale porteur d'une lettre de Jeun \ 111 li Swatopluk, ou étaient reconnue ct la pureté de sa foi et la légitimité de s * moyen*» de ρπ t ogandc En partkuLer le principe de la célébra­ tion de U blurgie en langue vulgaire était c Lu reine ni 612 affirmé : · Rien n'empêche, disait le pape, ni de chan 1er la messe en slnvon, ni de lire l’évangile en celle langue, car Celui qui a fait les trois langues prlnel pales, l'hébraïque, la grecque ct la latine a aussi créé toutes les autres. · Une seule restriction était faite : axant d’annoncer l’évangile en slavon, on devait L· lire d’abord en latin, afin d’attester l’unité de l’É glise. Jaffé, n. 3313; /’. Λ., t. cxxvi, col. 30L On a expliqué ailleurs comment, de la meilleure foi du monde, le pape Étienne V, trompé par une labilication éhontée de l’évêque allein ind Wiching, crut être fidèle à la pensée de Jean Vlll en proscrivant léflnilixement la liturgi slave cl en ramenant les Moraves à un latinisme rigoureux. Jaffé, n. 3407. Voir Étienne V, t. v, col. 378. Qu Jean \ III n’ait jamais songé à retirer cette concession, c'est ce que montre sa der­ nière lettre à Méthode, 23 mars 881. Jaffé, n. 3344. Certainement il n’a pas tenu qu à lui qu’il sc cons­ tituât dans les pays de langue slav'c des Églises uniates, gardant, avec leurs usages particuliers et leur langue liturgique spéciale, un contact étroit avec l’Église romaine. 111. Activité ecclésiastique. — Les multiples affaires où nous venons de voir engagé Jean VIH, ne nous donnent pas une idée complète de l’activité de ce pontife. H faudrait, pour être moins incomplet, signaler sa tentative do constituer soit en France, soit en /Kllemagiie une représentation permanente du Saint-Siège. C'est à Anségise, archevêque de Sens, que Jean confia d’abord cc soin, Jaffé, n. 3032, mais il se heurta ù une très vive opposition de la part du puissant archevêque de Heims, Him mar, au concile de Ponlhion. Voir Heide, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. iv bt p. 652. Plus tard on songea pour la même mission à l’archevêque d’Arles, Rostan. Jaffé, n. 3148. — H n’est pas sans intérêt de relever l'autorité souveraine avec laquelle Jean VIII intervient dnns l’institution de certains évêques, Jaffé, n. 2982, 2986; dans la condamnation de certains autres, Jaffé, n. 3210 3252 et 3329 (affaire de l’archevêque de Milan, Ansport); n. 3346 et 3378 (affaire d'Athanase, évêque de Naples); n. 3348 ct 3361 (affaire de Romain, arche­ vêque de Ravenne). Tous ces actes donnent l’idée d’un pouvoir pontifical très fort et très sûr de lui-même. — Bon nombre des lettres de Jean Vlll sc rapportent à des questions de droit matrimonial; Il dut insister bien des fois pour faire respecter l’indissolubilité du mariage chrétien, qui semble avoir subi à celte époque des attaques assez vives. Cf. Jaffé, n. 2972, 2J7I. Cette circonstance rend d’autant plus surprenante une consultation où Jean VIII semble reconnaître ù l'empereur, en une circonstance au moins le droit d’annuler certains manages. Il s'agit d’unions entre des sujettes de l'empereur ct des étrangers, qui auraient pour résultat de faire passer de grau h biens fonciers entre des mains suspectes. Le pape déclare qu’il n'autorise pas ces mariage ct qu’il donne pouvoir à l’empereur de les dissoudre. Non solum alienigenis noslratum copulas non pernuttimus, qu n potins, si qua contracta: sunt a domino serenissimo imperatore con­ tinuo dissociandas esse /ure sancimus. LOwehfeld Epistolae ponti ficum romanorum ineditir, p. 27; Jaffé, n. 2965. Il convient aussi de signaler une lettre df Jean VIII qui mentionne le Jugement de Dieu, divi­ num experimentum, parmi les moyens légitimes de preuves, Jaffé, n. 2991; cc Ju 'einent de Dîuu pouvait en certaines circonstances dre pratiqué corpore d sanguine Christi. Jaffé, n. 3025. Si puiv mt d'ailleurs que Jean VIII apparaisse dans les const lia de la chrétienté â de certains moments de ion ilea», Il ne laissait pas de connaître à Rome même des embarras Intérieurs qui furent parfois très ! iérieux. Dès le début de son règne, il semble avoir vu, 613 JEAN Vlll — JEAN IX plus que de raison, la main de Fonnosc, l'ancien mis­ sionnaire des Bulgares,le futur pape.dans certain» agit· sements dirigés contre lui Jean VIH croyait, A tort ou ù raison, que Fonnosc avait convoité le suprême pon­ tificat, qu'il ne reculerait devant aucun moyen pour y atteindre. Le fait que l’ancien évêque de Porto sem­ blait avoir partie lice avec un certain nombre de personnages plus ou moins tarés de la cour ponliticale explique, s’il ne I s justifie, les mesures violentes prises contre lui par Jean Vlll aux deux synodes romains d’avril ct de juin 876, ainsi qu'au synode de Troyes en septembre 878. Voir Fokmosh, t. iv, col. 595 sq. Toujours est-il que, même après que Formose eut disparu de la scène. Il put rester à Home des ennemis irréconciliables de Jean VIII, des gens en tout cas qui souhaitaient sa place. Les Annales de Fulda pré­ tendent que le vieux pape mourut assassiné par des gens de son entourage, qui lui versèrent d’abord du poison et, qui. voyant que le breuvage n’opérait pas assez vile, l’auraient achevé en lui brisant le crâne : malleo, dum usque in cerebro constabant percussus, exspiravit. Jaffé, p. 882. Si invraisemblable que ce renseignement paraisse d'abord, si conte .lé qu'ait été ce témoignage, il ne laisse pas que d'impressionner. L’assassinat d’un pape (c’est le premier qui sc ren contre dans l'histoire, ce n’est pas, hélasI le dernier) n’est pourtant pas chose si naturelle qu’un chroni­ queur l’invuite de son cru. Le P. Lapôtre, qui ne croit pas à l’assassinat, n’écril-ll pas: (En cc moment) · des­ cendait peu à peu sur la Ville éternelle cette affreuse nuit morale qui devait l’obscurcir dans les dernières années du i x· siècle ct rccéler dans son ombre de si épouvantables forfaits ?» Loc. cit., p. 161. Le meurtre de Jean Vlll ne scrait-ll pas le premier terme de cette lamentable série? L Souncr.s. — La correspondance de Jean VIH est la source principale; clic nous c*l connue d'abord par le n· (hire, qui contient les lettres nli/ s'étall arrogé un Théophylecte uuaMaruzle, «u Alberto était attribue au César allemand imaa ce qu! était plu» giave,c'était oc voir cette âoùicauon trèv MNennehsaierit consignet dans un traité, fivu, alruiJi à Γ Article i-ào* Vil f, comment les pübiidrte· nux «Rfert du prru impérial exploite­ ront plus tard kw %*A>/Kv£t4^iis faites alors. Mala n Lévrt s‘é*«dt /uttallè au Latran, Jean X11 o'avæt ait deraser /Lot. Retiré en Campanie, Il ifitéi ihrjdt h m cteMa Rc-ustu de Capoue, Pandolphe. Dans Rome satæt X ava?t des partisans dévoués. On protu du xtpurt d’Otton qui, eu janvier 964 avait ’ premiers temps de ΓF.tat pontifical, p. 172-184; lumgcn, Gecchuhtr der rùmlschen Klrcht wn .S'Ikxdaus I bi· Gregor VII p. 336-351 ; Gre^oroviu*. Gr*chichte der Sladt Rom., t. ni p. 310-339; IL J. Flots, Die Pap^tivahl unter den Ottonrn Eribourg-cn B., 1838. — Pour cc. qui concerne le prisΙΙ6<« d'Otton, le tiRvail capital est celui de Sickel, déjà cité, Ic« travaux plus récent? qui le prennent pourpoint de départ sont énumérr» duns Hauck, loc. cit., p. 226, note L E. Amann. 14.JEAN XIII, pape, consacré le l *r octobre 965, mort le 6 septembre 972. — Depuis le 6 décembre 963. c'est-à-dire depuis le parte conclu entre l’empereur Otton I’r et sa créature le pape Léon VIII, la dési­ gnation du souverain pontife appartenait, en droit comme en fuit, Λ Otton et û scs successeurs Aussi à la mort de Léon VIII, mars 965, les Humains, sans se préoccuper du malheureux Benoit V, toujours exilé Λ Hambourg, députèrent Λ l’empereur germanique pour lui demander un pape. Celui-ci fait accompagner In députation romaine par deux missi, dont l’un était Llutprand, évêque de Crémone; arrivés Λ Rome, les envoyés de l’empereur font alors procéder par tout le peuple Λ l'élection de Jean, évêque de Nnrni, qui de­ vient le pape Jean XIII (J· octobre 965). Avec lui c’était la maison de Thcophx lacte qui remontait sur le 627 JEAN XIII — JEAN XV trône pontifical, car II semble établi que Jean était le fils de la deuxième Théodore, le petit-fils par consé­ quent de Thêophylacte ct dc la première Théodora. Imposé par l’étranger, le pape impérial fut bientôt insupportable aux Romains; au bout dc deux mois ct demi éclatait une émeute dirigée par Bofricd, comte dc Campanie et le préfet de la Ville. Pierre. Le pape fut jeté au château Saint-Ange, puis expulsé; »1 ne parait pas que l'on ait immédiatement pensé à lui donner un remplaçant D'ailleurs les Romains n'eurent pus longtemps le loisir de songer A la singularité de cette situation; au bout dc quelques mois, Jean XIII reparu ssail sous les murs dc Rome avec une armée Imposante; cn même temps l’on apprenait que pour la quatrième fols l'empereur venait dc franchir les Alpes cl marchait sur Rome. I) y était Λ Noel 9G6, cl sévit durement contre les auteurs cl fauteurs dc la révolte. Celte répression assagit les Romains, el, la présence Λ peu près continuelle d'Otton aidant, Jean XIII put se maintenir sans autre difficulté. Il dut sc faire d’alll’urs le très humble serviteur dc la politique germanique. Le 25 décembre 967, Jean cou­ ronnait Olton II, dans la basilique de Saint-Pierre, en présence dc son père, assurant ainsi la dignité Impériale A la nouvelle dynastie; quatre ans plus lard, le 14 avril 972, il célébrait dans la même basilique le manage du jeune empereur avec Theophano, la fille du biuileus Nicéphore Phocas. Ce résultat n'avait pas été obtenu sans difficulté. La négociation du mariage avait été confiée A Llutprand, dès 968; celui-ci fut assez mal reçu par le basileus; des propos fort (lésa- I gréablcs furent échangés dc part et d'autre. Une lettre de Jrgh XIII aggrava encore la situation; elle priait Nicéphore, empereur des Grecs de nouer des relations d'amitié avec Ot on, empereur des Romains. JafTé, n. 3727. Rien ne pouvait être plus désagréable A un basileus, lequel se considérait toujours comme l'em­ pereur romain par excellence, qu’une telle désignation. Nicéphore entra dans une violente colère. Les naïves prétentions d'Otton, qui demandait comme dot dc Théophano les dernières possessions byzantines de l’Italie achevèrent de l'exaspérer. Les négociations furent rompues, et le basileus pensa à ériger Olranle en archevêché dépendant directement dc Constanti­ nople, ct A supprimer le rite latin dans l'Italie méri­ dionale. La tragédie du 10 décembre 969 coupa court à ces projets; Nicéphore péril assassiné. Son successeur, Jean Ier Tzimiskes, consentit nu mariage dc la Jeune Théo hono avec l'héritier d'Otton le Grand. Le pape Jean XIII servit également cn Allemagne la politique de son empereur. C'est à la demande de celui-ci qu’il organisa le ressort métropolitain dc Magdebourg, les circonscriptions épiscopales de Meissen, Mersebourg ct Zcitz, tous évêchés destinés ù porter dans les populations slaves d'au delà dc l’Elbe l'in­ fluence germanique. JafTé, n. 3731, 3732. Ajoutons, pour être Juste, que le fondateur du Saint-Empire romain de la nation germanique entendait faire servir à la réforme dc l'Église le pouvoir dc fait cl de droit dont II disposait. On saisit, sous le pontificat de Jeon XIII les premières velléités dc la grande entre­ prise que commenceront les papes du xi* siècle. Un concile tenu a Ravcnnc en avril 967 par le pape cn présence de l’empereur aurait, entre autres prescrip­ tions utiles & l’Égllse, remis en vigueur les lois trop oubbées sur la continence des clercs : de mulierositate relinquenda. JafTé, p. 472. La faveur croissante montrée à la réforme clunisienne est également l’indice des bonnes dispositions de Jean XIIL CI. JafTé, n. 3741. Enfin quelques interventions du pape cn I.spafne el en Bretagne montrent que l’horizon des préoccupations pontificales s'est de nouveau agrandi. Jaflé, n. 3746-3750, 3756. 628 Liber Pontificalis, t. n. p. 252-254; JafTé, Regeda, t. i, p. 470-477: Wallcrich, Pontificum rom olla·, 1.t, p. 44.6465, 685-686; le récit de (’ambassade de Llutprand A Cons­ tantinople dans P, L,, t. cxxxvj, Cûl. 309-338; pour 1« relation* de Jean avec R at hier, évoque dc Vérone, voir le Lit* r aiMdogcticus de ce dernier, P. L., Ibid., col. 629-642; Hcfcle. Histoire des Conciles, trad. Leclercq, t. iv b, p. 825832; L Duchesne, Les premiers temps de rLlat pontifical, p. 187-188; I-angrn, t. m, p 351-363; Grcgofovlus, t. uj, p. 354-362; Baxnuinn, t. n, p. 119-125; Hartmann, t. iv a, p. 17-34 ; A. i Inuck, Klrchenijeschichte Dru(w/i/an>/j,3*6diL, t. in. p. 230-240. E. Amann. 15. JEAN XIV, pape, installé cn novembre 983, renversé cn avril 984, meurt le 20 août 984. — Imposé aux Romains par l'empereur Otton II, qui depuis 980 résidait dans In Ville, Pierre Cancpanova. évêque de Pavie, qui prit le nom dc Jean XIV, ne pouvait sub­ sister que par la volonté dc l'empereur. Depuis 974 cn effet, Boniface VII, le pape nommé par Crcsccntius, et renversé par Olton 11 sc considérait toujours comme le souverain pontife légitime. Malheureusement pour Jean XIV. Otton mourut très peu de temps «après la nomination dc cc dernier (7 décembre 983). La régente Théophano dut aussitôt partir pour l'AIlcin.agne, où elle voulait faire valoir les droits dc son fils, le Jeune Otton, âgé de trois ans. Aussitôt les Romains pro­ fitent dc l’occasion; averti sans doute par Crcsccntius, Boniface VII, réfugié A Constantinople, débarque cn Italie; en avril 981 11 est ù Rome; Jean XIV est ren­ versé, jeté au château Saint-Ange et finalement étranglé. Liber Ponti fleatis, t. Il, p. 257 et 259; JafTé, Regesta, 1.1, p. 484 ; Wntterlch. Piadlf. rmfi. idtu·, 1.1. p. 66.87. 686-687; L. Duchesne, I.e.\ premit r* temps dv CLlat pontifical, p. 190. Voir aussi Boniface VII, t. n, col. 591. E. Amann. 16. JEAN XV,pape,consacré enaoûl 985, morten avril 996. — Originaire de Rome, fils d’un prêtre nommé Léon, Jean fut élevé au trône pontifical par la volonté de Grescentlus II, fils dc cc Crcsccntius qui avail, dans les années précédentes opposé Boniface Vil aux papes impériaux. Profitant de la carence momen­ tanée de l’autorité germanique, Crcsccntius II prit le titre nouveau de patrice des Romains, cl relégua le pape aux affaires strictement ecclésiastiques. Le retour A Rome dc l'impératrice Théophano cn 989 ne semble pas avoir modifié beaucoup la situation, la souveraine s'étant entendu avec Crcsccntius sur le partage des attributions politiques. La mort de Théophano en 991 fut le signal dc nouvelles discussions entre Romains et Allemands. Jean qui avait tendance ù s’appuyer sur ces derniers, s’était aussi rendu odieux aux Romains par son népotisme, au dire du Liber Pontificalis* A la suite d'inddents qu’il est difficile de préciser, ct qui forcèrent peut-être le pape A sc réfugier cn Toscane, il sc vit obligé de faire appel ù Otton III. Celui-ci se dirigeait sur Rome, quand il apprit la mort dc Jean XV, qui venait de rentrer dans sa capitale. Bien qu'elle soit mal connue, l’action ecclésiastique de ce pape parait avoir été assez considérable. En 991, il Intervient dans un différend entre Etbelred roi d'Angleterre ct Richard, duc de Normandie, ù qui il Impose la paix dc Rouen. Jaffé» n. 3840. En Allemagne il soutient la politique ecclésiastique de la régente, puis d’Otton III; c'est lui qui canonise solennellement saint Ulric, évêque d'Augibourg, premier exemple connu dc canonisation par le pape. Jaffé, n. 3848. Scs relations avec l'éplscopiit français furent beaucoup plus d.mcih*. L’attitude de l’archevêque de Reims Gcrbert, le futur pape Sylvestre II, est particulière­ ment intéressante A étudier. On sent bien que tous les idalcs qui depuis un siècle, s'étaient multipliés I à Borne tendaient A supprimer le respect pour le siège 629 JEAN XV — JEAN XIX 830 apostolique et amenaient les évêques à contester les i Allemagne, ft la sollicitation de Henri TI. 11 établit droits de celui-ci. Le concile de Saint-Basic en 901 est I l'évêché de Bamberg, malgré les diffienltés $UM*itées une des premières ct des plus graves manifest niions par l’archevêque de Wurzbourg. La fondation de ce du gallicanisme ecclésiastique. Mais Jean XV ne laissa siège était vivement désirée par le roi de Germanie, pas prescrire les droits du Saint-Siège. 11 manda ft qui voulait en faire un point d'appui pour les missions Home les évêques qui ft Saint-Basle avalent établi dans le domaine slave. JafTé, n. 3954. Le renouvelle­ Gerbert sur le siège de Reims. JafTé, n. 3845. L'abbé ment des drolls cl privilèges du siège de Mersebourg romain Léon, nommé légat du pape en France et en sc rattache à la même politique. En France, Jean Germanie, parvint après de nombreuses difiicullés à entra en conflit passager avec le roi Robert le Pieux, réunir le synode dc Vouzon, dans les Ardennes, l'archevêque de Sens et l’évêque d'Orléans, ft propos 2 Juin 995 qui contraignit Gerbert à reculer. JafTé, des privilèges revendiqués par l'abbaye de Fleuryn. 3855. Sur toute celte affaire voir l'article Syl­ sur-Loire. Mécontent de lu façon dont on avait parlé vestre II. devant son légat des privilèges accordés jadis à ce monastère par le Saint-Siège, le pape somma les deux Liber Pontificalis, t. n, p. 260; JafTé, Regesta, 1.1, p. 486prélats dc venir sc disculper A Rome et menaça le 48‘.‘;X\ attcrlc h, Pont. mm.uita·, 1.1, p. 66-67, 687 ; les docu­ roi de Jeter l’interdit sur son domaine, s'il ne contrai­ ments relatifs A l’nfTnlrc de Gerbert dans Mansl, Concilia, gnait pas les évêques ft donner cette marque de repen­ t. xix, col. 103-168; 173-178; 193-200; et dan» Monumenta Germanite historica,Scriptores, t.m,p.658-693;L.Duchc*ne, tir. JafTé,n 3958-3961. Nous ne savons s Robert obéit Les premiers temps de FÉtat pontificat, p. 191 ; Ilefele, A cette sommation. — Sur la fol d’une épitaphe que Histoire des Comités, trad. Leclercq, t. iv b, p. 867-869; Baronius donnait comme étant celle de Jean XVIIL Langea, t. m. p. 469-380; Çrogoruvlus, t. m, p. 389-393; Annales, ad an. 1009, certains auteurs ont pensé Baxmann, t. n, p. 132-1*16; Hartmann, t. iv a, p. 97-101; que Jean avait dû Intervenir en Orient, pour rétablir Hauck, Kitrhcngesch. Deutschlands, t. ni, p. 255-270. l’unité, rompue une fois dc plus. E. Amann. 17. JE AN XVI, antipape. Installé en avril-mal 997, Nam Gralos sujxran», eois partibus unam renversé cn mars 998. — Bien que considéré comme Schismata pellendo reddidit ecclesiam. antipape, Jean Thilagathus, un grec dc Calabre, de­ Mais cette épitaphe n’est certainement pas de venu évêque de Plaisance, est compté néanmoins Jean XVIII; elle serait celle dc Marin Ier. De Rossi, dans la série des papes Jean. C’était une créature de Inscriptiones christianse urbis Romir, t. n a, p. 215. l’ancien dictateur Crescentius, lequel avait été mis à la D'ailleurs Jean XVIII fut enterré, non à Saint-Pierre, raison par Otton 1II en 996, mais qui profita du retour de celui-ci cn Allemagne pour jeter bas le pape impé­ d'où provient l’inscription de Baronius, mais à SaintPaul où son épitaphe est encore conservée. D’après rial Grégoire V, ft l’automne dc 996. Réfugié dans une chronique Jean s'était retiré dans cette abbaye : l’Italie du Nord, cclui-ci, après avoir multiplié contre (n sancio Paulo monachus discessit. Nous n’avons pas son concurrent d’inefllcaccs anathèmes, s’adressa à d'autres précisions sur cette retraite. l’empereur. Otton arrive cn Italie au début dc 998. A la nouvelle de son arrivée, Jean s’enfuit, Crcsccntius Liber Pontificalis, t. n, p. 266; Jaffé, Regesta, L l, p. 501s’enferma dans le château Saint-Ange dont l’empe­ 503; Wnltcrich. Pont.rom. oifv.t.i.p. 69. 59 (texte de l'épi­ reur dut faire le siège cn règle. Fait prisonnier, Cres­ taphe (le Baronius), 699, ilefde. Histoire des conciles, trad. centius fut décapité sur les créneaux de la citadelle; Leclercq, l. iv b, p. 303-311; L. Duclioiic, Les premiers Jean, rattrapé dans la campagne romaine fut mutilé, temps de ΓÉtal pontifical, p. 196; Cli. Pfht dernières années du xm· siècle. Il est vrai que Le prophète de l’èrc nouvelle était saint François, Jean XXI songeait à faire un nouveau règlement dont les chrétiens auraient l’obbgation d'mutcr la sur les élections pontificales; mais il mourut d'un vie dénuée de toute ressource, puisque cette vie ne accident stupide après 8 mois de règne. Le plafond constituait qu’une imitation de celle du Christ· d’une chambre qu’il faisait arranger dans son p lais Ainsi, le débat entre conventuels et spirituels, pure­ de V Herbe s'écroula sur lui; Il mourut quelques jours ment disciplinaire A l’origine, dégénéra en une Joute plus tard. Il semble n'avoir pas laissé beaucoup de regrets. théologique. Jean XXII crut prudent de régler tout d’abord la E. Cadler, registre de Jean XX/, A la suite du 3· fasc. question disciplinaire. Par la constitution Quorumdam dr< Registres de Grégoire X, Paris, 1893; Pntthast. Regesta erigit, Ί octobre 1317. il rappela aux spirituels le pontificum romunarum, t. n, p. 1710-171«; L. Duclit^ne. devoir de l’obéissance vis-à-vis des supérieurs. Cf Libre pontificate, t. n, p. 457; Hnymihii, Annales ecckaas· K. Eubel, BuUarium Franciscanum, t. v, p. 128, ticl, ad ann. 1276, n. 29, nd nn. 1277, n. 1-20. — Sur l’iden­ n. 289 H interdit l’usage des frocs étroits, courts et tité de Pierre d’Espagne et de Jean XXI. J. T. Kôhler, rapiécés et proclama la légitimité des provisions Vnlhtandige Xachricht nom Pup.U Johann XX/, veletur unter dem Xarnen Petrus Jlhpanus ah ein bel· hrter Arzt, alimentaires. Pour prévenir les malentendus, il décla­ bekannt bf,Grilalis. Loin ahi. 1663, et ;mr N. \ alids, op. cil. Ia< question dc la vision bèatiflqiie a été reprise par N. Valois, op. cit., p. 551-627, après le P. Le Bachelet. L'au­ teur l'expose dc façon plus complète ct sc sert dc docu­ ments Inconnus à son devancier. G. Moij.at. 23. JEAN XXIII, pape, élu le 17 mai 1410, déposé le 23 mal 1415. — Écrire la biographie dc Jean XXIII est une tflchc ardue. Peu dc pcrsonnal.lcs ont été aussi diversement appréciées que la sienne. Certains hls-torkns ont pris sa défense, tandis que d'autres l'ont attaqué avec Apreté. Les plus modères ne lui sont guère favorables. Dans l’état actuel de nos connaissances, il est bien difficile dc porter sur Jean XXII1 un jugement équitable, tant scs ennemis sc sont acharnés à le perdre dc réputation. J'essaierai, dans la hmilc du possible, d’établir le départ entre cc qnl parait certain ct cc qui est douteux. Tout d’abord, Balthazar Cossa — tel était son nom dc famille — doit-il être considéré comme pape k'.dmio? Quoique la Gcrarchia catlolica, organe officie) du Vatican, le considère comme le deux cent douzième successeur dc saint Pierre, In chose est Incertaine. Le concile dc Constance ct (’Église n’ont pus tranché la question. Nüêl Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, Paris, 1902, t. iv, p. 503. La validité dc l'élection dc Cossn, qui eut lieu le 17 mal 1110, a été fort suspectée. Thierry dc Nichin, De vita et /actis Constantiensibiis Johann is XX///, dans IL Von der Hardi, .Magnum ircumenicurn concilium Cônsttint(ense, t. n, col. 301, cl Rciubuld Schlecht, édit, l’ester, dans Zeitschrift f(lr die Geschichle des Oberrhrins, t. ix, 1894, p. il. assurent que le prélat obtint in tiare par des procédés simoniaqurs II usa de pricrcs . t de promesses ms ont le coaclavlste du Dk rnÉuL. CAiiiUU cardinal dc Bordeaux. L. Duchesne, Liber pontificalis, t. n, p. 551 Pldinn, De vita pontificum, p. 283 prétend qu’il lmp >*îi son choix aa~ cardinaux par la crainte, il semble plus vraisemblable d’admettre que le cardina! Cossa dut son succès Λ la faveur de Louis d’Anjou et à la protection de la république de Florence. Les cardinaux purent encore apprécier les talents militaires de l'élu, au moment où Ladislas, roi de Naples, menaçait les États dc ΓÉglise. Cossa avait une réputation fâcheuse. Napolitain de nahs.ance, il avait, disalt*on, mené le métier de pirate ù l'occasion de la guerre que se Orent Louis d’Anjou cl le roi Ladislas, Π fréquenta ensuite l'université de Bologne ct reçut en cette ville l'archidiaconé, Boniface IX apprécia ses talents d'admlnUtratem ct de guerrier. Après l’avoir créé cardinaldiacre du titre de Saint-Eus tache, le 27 février 1402, il lui confia la légation de la Romagnc (1403) et celle de Bologne ( 1 (00)· D’après Thierry de NIchm, Balthazar Cossa mena une vie d» débauche et se ht remarquer par des actes de violt icc et des exactions Inouïes. Il aurait, durant sa légation, séduit jusqu’à deux cents femmes, veuves, vierges ou nonnes. Op. cit., dans von der Hardt, t. n, col. 337-316. Si Thierry de Niehm peut être soupçonné d'exagération, ses dires sont parttcllement vérifiés. Une bulle d’Alexandre V, légitime deux enfants nés de Cossa. Rapialdi, Annales, ad an. 1109, n. 86. D’autre part, l'acte d’accusation lu au concile de Constance contre lui contient des accusations d’in­ continence. Il est quasi Impossible de tracer la ligne dc démarcation entre le vrai et le faux dans les bruits multiples colportés contre Cossa. H. Blumenthal* Johann XXII, seine Wahl und seine Persànlichl fil ; eine Quellcnuntersuchung,iLsns Zeitschrift fdr Kirchengeschichle, 1900, t. xxî, p. 488-516. Ordonné préire le 24 mal 1410, Jean XXIII fut couronné le lendemain. Des trois ponlifcs qui préten­ daient régir l’Église romaine, c'était lui qui comptait le plus grand nombre d’adhérents Bcnoll XIII n'était reconnu qu’en Aragon, en Castille, en Ecosse el dans File dc Sicile. Quant à Grégoire XII, les Ita­ liens s'étalent détaché* de lui. Deux princes lui res­ taient encore fidèles, Charles Malalcsta, seigneur de Riimni, et Ladislas dc Durazzo. Mais celui-ci lui fit bientôt défecllon. Le 15 juin 1412.il signait la p.nx avec Jean XX111 ct le reconnaissait publiquement dans scs Étals le 16 octobre suivant. Grégoire XII n'eut d’autre ressource que de sc réfugier près de Malalcsta. Jean XXIII estima nécessaire la réunion d’ua concile qui satisfit les besoins de réformes que la chrétienté réclamait Après bien des atermoiements rassemblée s'ousdt à Rome dans les derniers mois de l'année 1412. Les Pères ne vinrent qu’en petil nombre. Ils siégèrent fort peu souvent. Leur activité ne se signala que par la condamnation des livres dc WicIcIT, qui de valent être jetés au feu. Mansi, CondL,Lxxvn,col.5Û6. Des réformes qui s'imposaient on parla passablement. Mais le pape sut combler dc faveurs les prélats qui auraient pu lui causer dc l'cnàlll et fil des promesses qu’il sc garda bien dc tenir. Le 3 mars 1413, il convoqua un nouveau concile pour le mois dc décembre de celle même année. Le lieu serait ultérieurement des gué. Sur ces entrefaites. Lad.'•las reprit les hostilités conire le pape, qui dul fuir dc Rome et se réfugier à Florence· Jean XXIII implora le secours du roi des Romains, S gisinond. Celui-ci profita des circonstances critiques où se trouvait le paj>e pour forcer celui c. en quel ]UC manière a accepter Constance comme lieu do .V union du prochain concile. La bulle de convie al: on fut expédiée le 9 décembre 11 13. Slglsmond avuil pram s contre la remise de 50 OuJ florins qat le concile \ HL — 21 643 JEAN XXIII n'examlnernlt pn< la légitimité de l’élection de Jeon XX II!. H. FInkc, A cla concilii Contant irmh, t i. p 259 II ne tint pas parole. Il semble, au contraire, avoir eu, dès le début, l’intention de terminer le scheme qui désolait l’Église, sans égard à la personne du pape. Le concile s'ouvrit le 5 novembre 1414; Je 16, eut lieu la première session. Pour le détail, voir t. m, col 1200 et sq. Jean XXIII crut pouvoir esquiver les difficultés qu'il pressentait. Scs partisans propo­ sèrent de clore l'assemblée et de confirmer les décrets du concile de Pise. Le cardinal Pierre d'Ailly pro­ testa. On l’eut peut-être obligé A sc taire, si Sigismond n'était venu ή Constance (25 décembre 1111). Dès lors, les attaques contre le pape redoublèrent. Guillaume Fillastrcsoutiendra quedanslecas d'extrême nécessité, où l'on sc trouvait, le concile avait le droit d'obliger Jean A abdiquer, sous peine d'être déclaré schismatique.Le 12 mars 1415, Cossa promit décéder ses droits Λ la tiare, si Grégoire XII et Benoît XIII y renonçaient. U refusa toutefois, ainsi qu’on l’en priait, d'abdiquer par procureurs. Son attitude le fit soupçonner de songer À fuir Constance. Tel était effectivement son dessein. Travesti, Jean XX11I s'évada dans In nuit du 20 au 21 mars 1415 et se réfugia A SchafTousc, dans les Étals de Frédéric, duc d'Autriche. Il invoqua, pour sa défense, les empiéte­ ments continuels de Sigismond sur son autorité. Ni lui, ni le concile, disait-il, ne Jouissaient plus de liberté. Leurs actes étalent entachés de nullité. L'évasion de Jean XXIII jeta le désarroi parmi les Pères du concile assemblés A Constance. Des négo­ ciations s'ouvrirent. Le pape parut prêt A conclure des transactions favorables. Mais le parti avancé, que présidait Jean Mauroux, patriarche d'Antioche, était décidé A réaliser Γιιηΐοη malgré la papauté. Le 26 mars, les Pères de Constance déclarèrent ne pouvoir ni être dissous, ni être transférés. Les craintes, exprimées par Jean XXIll, augmentèrent quand Sifismond eut expédié un défi au duc d’Autriche. Le 29 mars, il s'enfuit A nouveau et parvint au château de Lauffenburg. L’entrée en campagne des Iroupes impériales l'incita à gagner Fribourg-cn-Brisgau, le 10 avril, puis Brisach et Neuenburg. Le 27 avril, il regagnait Fribourg dans de tristes conditions. Son protecteur, le duc d'Autriche, attaqué par l’armée Impériale, encourait une série de défaites et songeait h l'abandonner. Jean XXIII plia devant le danger. Le 29 avril, il signa une procuration donnant le pou­ voir A des tiers d’abdiquer en son nom et même la promesse de résigner scs fonctions, mais il ajouta certaines conditions : le duc d'Autriche cesserait d'être attaqué, on lui donnerait le premier rang parmi les cardinaux et le titre de légat et de vicaire perpétue en Italie; Il réclamait, enfin, la liberté pour lui-même. Mansi, Concil., t. xxvn, coi. 621-622. Ces concessions étalent trop tardives. L'empereur devint maître de la personne du pape, quand le duc d’Autriche lui eut vendu la ville do Fribourg. Les Pères, de leur côté, l'avalent cité A comparaître devant eux. Ils dressèrent contre lui un acte d'accusation comprenant soixante-quatorze articles. Une ving­ taine furent écartés. On ne retint pas l’accusation d'inceste, ni celle d’hérésie, ni celle d’assassinat contre Alexandre V. Jean XXIH n’en fut pas moins sus­ pendu de ses fonctions, 14 mai 1415, puis déposé, 29 mai Mansl, op. c/L, t. xxvn, col. 662-715 et von der Hardt, op. c/L, t. iv, p. 196. Lui-même ratifia lei sentences rendues par les Pères du concile. Après tros années de captivité en Allemagne, il reconnut pubi i.ucmcnt, en 1119, Martin V. l ait évêque de Fr a cuti, le 23 juin 1419, il mourut le 22 novembre sui­ vant à Florence. JE/\N AGAPETOS 6i4 I. Sources. — Thierry de Nlrhm, De «Tifimote UbH Itr», édit. Erlcr, Leipzig, 1800; De vita ri Jmth Joannis XXIII, dans von der Hardt, Magnum trcurmnu uni Corulunticnn concilium. Francfort cl Leipzig, 1697-170U, t. u (œuvre pas­ sionnée); Invectiva in Joanmme concilio pn»lugum, ibld^ col. 304, attribuée un même Thierry par G. G. llosciikranz, dans Zeitschrift fur interlandUche Gnchichte und Alirrthurmkunde, t. vî, p. 81 ; II. Flnko, Acia concilii Consiuntinuii, Munster, 1896; G. Sclunld, Itinerarium Johanne» XXIII turn Concll oon Conshmr. dans S. Elites, Feslchrifl zum el/hundcrtiahrig^n Jubilaum des deustschen Campo Santu In Hum, F'rilMMirg-en-Β., 1897; L. Schmitz, Das Itineror Johanns XXIII. dans Hulnruchts Jahrbuch. 1896, t. xvn, p. 63-61; H. V. Samrhind. Ergunzungcn zu dan von K. Eu· b-l und L. Schmitz grliefcrtin Itinerar Johannes XX! Π,I bid., 1897, t. xvni, p. 631-632; Annicrkungcn zum pâpdlichtn Urkundtn-und Ftnanzwcien uàhrend des grown Se h innas, Ibid.. 1886, t. vu, p. 636-641 (taxes perçues sous le règne de Jean XXIII); Max Bruchet, Inventaire partir! du trésor des chartes de Chambéry <1 Cépoque ifAmédét Vlll. dans Mémoires et documents publiés par la Sociélt uunl· sienne, t. xxxix (correspondance d'Amédéo Vlll avec Jean XXIII); G. Schmid, Zur Geschichle von Salzburg und Tirol tvahrend des grossen Schisma*, dans RGmische Qtuir· tahehri/t. 1898, t. XQ, p. 421-453 (bulles de Jean XXIII); E. von Otlcnlhnl, Die pdpstlichai Kanzlcirrgrln von Johan­ nes XXI1 bis N tco tau* V, Inspruck. 1888. IL Tkavaux. — 11. Finke, Forschungrn undQuellen tur Geschichtr des Konztanzcr Kunzib, Paderbon, 1889; Noël Valois, La France el le grand schisme d9 Occident. Varh, 19U2, t. iv ; ce dernier ouvrage a été largement utilisé par H. Leclercq dan* la nouvelle édition de \ Histoire des con­ ciles d'ifcfcle, Paris, 1916, t. vu ή; Βιβλιοθήκης πρώτον (κδιδόμχ/αΐ μετά προλεγομένων. Trieste, imprimerie du Lloyd, 1903, χχνιιι-598 p. L’éditeur attribue, bien A tort, ces homélies A Théophylacte de Bulgarie; d’autres mss. les renferment sous le nom de Jean Xiph lin, mort en 1075. Tels sont le Monaccnth 196, les Nrirnianl 108 et 122, le Mosquensis 209, Γ xi.' ous 1702; et c’est sous le nom de cc prélat qu< la 15· cl le début de la 25’ ont paru dans P, G., t. exx, col 1259·1292. Mais celte attribution ne sau­ rait sc soutenir, car le début de l’homélie 25 ne peut I êtn- niérieur Λ 1118 Aussi ne doit-on pas hésiter A les | restituer à Jean le Hiéromnémon, comme le font '45 JEAN AGAPETOS JEAN-BAPTISTE (BAPTÊME DE SAINT) d'excellents mus, tels h PorlMnus îfï,1e Hlerninlqmitanus 132, k· Conshintinop'difanus S. Sepulcri I3i 456, le Taurincnsis J GO. Duns d’autres, comme le Vtndnbonensis 131 (Ncsscl), ulliEé par Eustratiadcs pour son édition, et le Vlndobonensis 119 (New)), elles ne portent aucun nom d'auteur. Il est juste d'ailleurs de faire observer que notre orateur a pillé sans scrupule ses devanciers, en particulier Théophylacle de Bul­ garie, el peut-être Jean Xiphllln lui-même, car nulle part plus qu’à rance d’abord, puis chez les héritiers modernes des Byzantins, la propriété littéraire n’a été plus odieusement violée. Dans le Parisinus 234 les commentaires de Théophy lacte sur les Évnn jlles sont précédés d’une préface de Jean de Chaicédolnc. Mais de quel Jean s'iigit-ll? Du nôtre? En cc cas, la publication de cette pièce fournirait sans doute la solu­ tion d’un petit problème littéraire en nous révélant les liens de dépendance du Hiéromnémon vis-à-vis de son devancier. Mais il faut peut-être identifier le per­ sonnage du ms. de Paris avec Jean Ca .tiimonltès métropolite de Chalcédoine sous Manuel W Cnmnêne (1143-1180), qui nous a laissé, lui aussi, quelques noinélics sur les Évangiles contenus dans le ms. 262 de l’Escurial. Quoi qu’il en soit, c'est parmi les orateurs sacrés que le Hiéromnémon doit prendre place, et nullement parmi les exégètes, au nombre desquels A. Ehrhnrd, dans sa trop brève notice. K. Krumbacher, Geschichle der byzantinischen Litleratur, Munich, 1897, p. 135, l'a Injustement rangé. L. Petit. 25. JEAN APOCAUCOS, métropolitain de Naupacte au début du xm· siècle. Dans sa jeunesse, il avait suivi à Constantinople les leçons du philosophe Psellos en compagnie de Manuel Sarnntcnos, le futur patriarche (1215-1222). Mais il était d’un Age plus avancé que Manuel. Nous ignorons la date exacte de sa nomination à la métropole de Naupacte, poste qu'il occupait déjà en 1213. Comme la première lettre que lui adresse Michel Acoininatos vient Immédiatement après une nuire lettre de ce dernier au patriarche Michel (1206-1212), on peut fixer vers 1208 les débuts de l’épiscopat d’Apocaucos. Le nouveau prélat, d’ac­ cord avec les despotes de l’Épire, ne négligea rien pour se rendre indépendant du patriarcat grec établi à Nlcéc après la prise de Constantinople par les Latins en 1204. Sous ce rapport, sa correspondance est du plus vif Intérêt Non moins hostile aux Latins, il répondit en 1220 par un refus d'une amère ironie à une invitation à se rendre à Nlcéc pour y délibérer sur un projet de conciliation avec Borne. Aussi applau­ dit-il de tout cœur à la prise de Thcssaloniquc en 1223 par Théodore Ducas l’Ange (1214-1230), qui s’y fit aussitôt couronner empereur. Mais à In chute de Théo­ dore, en 1230, Il perdit son plus ferme appui, et lors de la visite en Ëplre de l’exarque patriarcal Chris­ tophe d'Ancyre, en 1232, Il dut se démettre de son siège : c'est du moins cc qui semble résulter d'une de ses lettres à l'vvôquo de Janina, dans laquelle il se plaint de l'exarque et figure déjà comme démission­ naire. Byzanlinische Zeitschrift, 1907, t. xvi, p. 140. On peut consulier, sur tous ces événements, l'ouvrage de A. Mclianikès, Histoire de Γ empire de NMe et du despotat d'fipire ( 1204-1261 ), Athènes, 1898, passim. Cet auteur estime qu'Apocaucos était déjà mort en 1228, malt il fait sûrement erreur. Non seulement nous possédons un acte du prélat daté du mole d’avril 1228, Byzant ts, Athènes, 1909, t. I, p. 23, mais nous en avons encore un autre en date du mois d'avril 1229, Leu ichn ins, Jus qnreo-romanum, Francfort, 1596, t. t, p. 232. Rhalll-Potll, Syntagma des saint» canons, Athènes. I855,t.v,p. 106-109. De plus In lettre cl-dessus mentionné A l’évêque de Janina ne peut être que de 1232 ou de 1233. Par contre. Jeun était mort en 1235, 64f> comme le montre un acte patriarcal du mois de juillet de celle année-là, celui-là même qui nous a conservé l'acte de 1229. SI l’on songe que dans plus d’une lettre des alentours de 1220. noire prélat se plaint des incom­ modité! de la vieillesse, aggravées encore chez lui par de fréquents calculs urinaires, on sera porté A fixer vers 1160 l'époque de sa naissance. En dehors d’une lettre encore Inédite à A thana se, évêque de Coron en Morée, sur les innovations latines, conservée dans le Masquent is 240 du catakigiie de Vladimir, f° 19 ν·-23, l'héritage épi s toi aire de Jean est considérable, mais de dültcilc accès, ayant paru en des périodiques fort disparates. Pour plus de com­ modité, nous signalerons ses écrits dans l’ordre même de leur publication : 1· Acte sur la fondation de Jamna, Bulletin de la société historique et ethnologique de Grtte, Athènes, 1889, t. m, p. 451-455; 2° Lettre A Théodore Macrodoukaina pour la dispenser du vœu de se rendre à Jérusalem, Analecta hierosolymifarwe stnebyologif?, Saint-Pétersbourg, 1894, L n, p. 361-362 ; 3e Vingt lettres éditées par B. G. Vasilievskij, sous le titre de Epirotica sscculi XIII, dans les Vlzantifsktf Vremennik, Saint-Pétersbourg, 1896, t. m. p. 2 3-299, et rééditées en fascicule à part, ibid., 1903, 72 p. Voir les remarques critiques de A Papadopoulos-Iv rameus, revue citée, 1904, L xi, p. 849-866; 4· Trois actes cano­ niques, Analecta hlerosolymitante slachyolngM, SaintPétersbourg, 1897, L iv, p. 119-125; 5· Cinq lettres, dont la dernière tronquée du début. Harmonia, Athènes, 1902, L in, p. 209-224, 273-294 ; 6· Seize épigrammes, œuvre de jeunesse, Athena, 1903, t. xv, p. 462-173; 7· Deux lettres sur Durazzo, Byzanlinische Zeitschrift, 1905, L xiv, p. 572-574; 8· Huit lettres ou réponses canoniques à Georges Bardanès, évêque de Corfou, Vizanlifski/ Vremennik, 1906, t. xm. p. 334351; 9e Lettre à l’évêque de Jamna, Byzantintsche Zeitschrift, 1907, t. xvi. p 140; 10· Sept lettre* rela­ tives à Achhda et adressées à Démélrios Chomati an s. Recueil de mémoires en l'honneur de Γacadémicien B. J. Lamanskif, Saint-Péler bourg. 1907, t. i, p 227 250; 11· Tronic lettres ou actes canoniques publiés par S. Pétridès. Comptes rendus de l'institut arMoloonpu russe de Constantinoplc, Sofia, 1909, L xrv: 12· Deux lettres cl une solution canonique. Quarantième anni­ versaire du professorat de C. S. Contas, Athènes. U»O9, p. S75-382; 13· Onze décisions synoda Byzanlis, Athènes. 1909, t. r, p. 3-30; 14· Décision canonique sur une question d’héritage, tronquée du début. Phare ecclésiastique, Alexandrie, 1909, t iv, p. 65-67, A Papa· dopoulos-Kéramcus, à qm nous devons la plupart des publications qui viennent d’être signalées, s’était pro­ posé de donner une édition complète des œuvres d Apocau Joa., î, 28. Béthanie, v d.jg· ou gué, sc trouvait sur le cours Inférieur du fl· uve ; c’est tout ce qu’on en sait do certain. Cf. D. Buzy, op. cit., p. 217 sq. el P. Féderhn, Béthanie au delà du Jourdain. Plus tard Jean vint de nouveau tor la rive droite, mais beaucoup plus au D'ird, « à Li.non, près de S dim, où il y avait beaucoup d tau, » Joa.» m. 22 24 C'est la que scs propres d vс. p-t> vinrent lui duc avec indignation qu’un autre C'.3 baptême que le sien se conférait en Judée, ce qui donna au précurseur l’occasion de rendre une fols dt plue témoignage au Christ. On visitait encore ce heu véné­ rable ft la lin du iv* siècle. Cf. S. Jérôme, De ntu ct nomintbus, P. L., t. xxm, col. 877 ct Silvia· per* gr inalto, dans Geyer, Itinera Hierosolymitana, Corpus de Vienne, t. xxxvm, p 56-58. D. Buzy cherche ft l’identifier. Il conclut « que toutes les probabiLU* permet tent de vénérer ft ATn-cd-dclr l’Ennon où saint Jean Baptiste exerça In deuxième phase de son miniv 1ère. · Op. cit., p. 227. 3° Les néophytes de Jean. — Les auditeurs du Bap liste, hommes ct femmes, (on ne voit en effet aucune raison sérieuse d’exclure celles-ci), venaient surtout de Jérusalem et du sud de la Palestine, Matth., m, 5 et Marc., î, 5; mais, comme Jean se déplaçait luimême en remontant le cours du Jourdain, on peut croire que les provinces septentrionales ne restèrent pas insensibles aux attraits de sa prédication. Lorsqu'il se transput ta plus tard à Ennon, les Galilécns furent ft meme de bénéficier plus commodément de sa parole ct de son baptême. Plusieurs n’avalent pas attendu Jusqucdù pour sc mettre ft son école : André cl SimonPierre, Philippe et Nathanaël étaient scs disciples avant d’etre adoptés par le Messie. Joa., I, 35 sq. Dans la foule qui sc pressait suri es bords du fleuve, les éléments les plus disparates sc rencontraient. On y apercevait beaucoup de pharisiens ct de sadducécns. Matth.» m, 7. Il fallait que la réputation du Baptiste fût bien grande pour qu'elle attirât en meme temps les deux sectes rivales qui sc disputaient alors l’influence sur le peuple. 11 est vrai que toutes ces personnes n’étaient pas Indistinctement des candidats au baptême. Un certain nombre venaient en curieux. D’autres, Impressionnés par les discours véhéments du Précurseur, Matth., m, 7 sq., ct se sentant visés par lui, n’avaient garde de solliciter l’ablution symbolique dont l’homme de Dieu eût dénoncé toute l’hypocriâic. C’était le cas des pharisiens. Luc nous dit en effet que • les pharisiens ct les docteurs de la Loi ont annulé le dessein de Dieu à leur égard en ne recevant pas le bap­ tême de Jean. » Luc., vu, 30. Heureusement le gros de l’auditoire sc composait de gens plus simples, parmi lesquels des publlcains et des soldats qui ne deman­ daient qu’à faire ce que le Baptiste ordonnerait, Luc., m, 10. C'est à ceux-là que Notre-Sclgneur luimême rendra hommage quand il dira à scs (Use.pies au sujet de Jean : « 'lout le peuple qui l’a entendu cl les public dns eux-mèmes ont justi lié Dieu en sc fai­ sant baptiser de son baptême. » Luc., vu, 29. 4° La confession des fautes. — Jean reconnaissait chez ccs urnes droites les dispositions qui manquaient chez les autres, aussi ft leur endroit il se faisait doux ct bienveillant, se bornant à leur adresser au cours du baptême quelques recommandations paternelles. Les néophytes confessaient leurs fautes, Matth., in, 6; Marc., i, 5; ils pouvaient donc recevoir facilement les conseils appropriés à leur· besoins. Car, il n’est pas Interdit de le supposer, la confession dont il s'agit ne consistait pas seulement dans une accusation vague cl générale qui eût été sans mérite comme sans résul­ tat; en rapprochant les textes de Jac., v, IG, on con­ clurait plutôt » d< . ■! IB plus précises Quelles fautes avouait-on? rien dans le contexte ne laisse supposer, comme le prétend Cnlmct, op. cil., p. 328, que les seules fautes conlie la Loi aient été confessées. Les t po ses du Baptiste aux interrogations de scs néo *h\ t» . font entendre autre chose : aux publlcains il dlsn ·. « N'exige 7 rien au delà de ce qui vous a été ordonné », aux sold Is ; « N'usez de violence envers p» » * uiine, ne cnlomn rz pas et contentez-vous de votre solde · Luc , m, 13 ci il. En somme, il rappelait aux uns et aux autres la stricte justice dans leurs louctions (M9 Jl \N-BAPTiSTE (BAPTÊME DE SAINT), NATl BE DL RITE (ΐΓΛ de Vigoureux, t. i, col. 1435; mais le baptême qu’ils respectives; Il est donc probable que les baptisés de lean lui avouait ni en tout ou en partie les graves donnent ne paraît pas être un rite traditionnel remon­ tant au Baptiste, c’est plutôt un nte d'agrégation à infractions dont il* se reconnaissaient coupables dans la communauté, et, s’ils sc baignent souvent, surtout leurs devoirs d'état» pendant les cinq jours que dure leur grande fête du 5° IJacte baptismal. — Il consistait à Immerger les Baptême, c’est pour obéir b des préoccupations gnosnéophytes. L'immersion totale, facile dans les eaux du Jourdain, devait l'être beaucoup moins dans celles tiques. Cf. D. Buzy, op. cil., p. 370 sq. ct mandaItbs d'Eniioii. Mais rien n’empêchait le Précurseur d'InonAinsi sc trouvent réduites à néant ou à peu près les ler par affusion la partie du corps qui n'était pas prétendues survivances historiques du baptême de ’longée dons l'eau; nous savons que les nombreux Jean. IL Natvrb du πγγβ. — 1· Il est (Γinspiration laptOmcs prescrits par la loi s'administraient souvent lans ccs conditions. En dehors de ce geste hypothé­ divine. — Si Jean avait eu la prétention d'imposer un tique, quel était le rôle de Jean dans l'acte même du baptême de sa propre autorité, les Juifs ne s'y seraient pas soumis; il* étaient convaincus en effet que tout baptême? Employait-il une formale caractéristique le son rite? Ainsi que l’observait déjà D. Cahnrl, « biiptlseur » doit être muni d’un mandat divin : Quid op. e//., p. 329, on n’en possède aucune preuve posi­ ergo baptizas, si non es Christus, neque propheta? Joa., tive. Lu parole de Paul rapportée par Act., xix, 4, l, 25. Mais Jean obéissait à la parole du Seigneur, Luc , indique le but du Précurseur plutôt que la formule m, 2, ct, pour dissiper tous les doutes, il proclamait très haut sa mission : Qui misit me baptizare in aqua, employée par lui. ille mihi dixit : super quem oideris Spiritum descendra Tout ce qu'il est permis d'afHrnicr, c'cst que Jean 'était pas un témoin purement passif de Pim mer­ tern... Joa., i 33. Dieu seul a pu lui révéler qu'il verrait lon de scs néophytes. Il y prenait une part active dont l’Esprjt Saint descendre sur le Messie ; c’est donc Dieu également qui lui a confié la mission de baptiser. Le e caractère n'est pas précisé. C’est si vrai qu’aucun de disciples ne pouvait le suppléer dans son minisfait était d’une telle notoriété que les princes des èîe. Chacun désirait recevoir le baptême de lui ct prêtres eux-mêmes ne pouvaient le mettre en doute; nous en avons pour preuve la question suivante que par iui. Marc., i, 5; Matth., ni, 6. i»u Le baptême de Jean a-t-il survécu à son auteur? — leur posa un Jour Notrc-Selgncur ; Baptismus Joannis, Le quatrième évangéliste insinue que. Jean Incarcéré, unde erat? e calo, an ex hominibus? Matth., xxi, 25 L’intention de Jésus est évidente, il sa;t que scs Inter­ son baptême cessa : « On y venait (à Ennon) ct on y locuteurs n'oseront pas nier i’origin» céleste du bap­ était baptisé. Car Jean n'avait pas encore été ml> en prison. » Joa., m, 235-24. Sans doute vingt ans plus tême de Jean; comme, d'autre part, le Baptiste a tard, il e-t question dans les Actes d’un Juif nommé rendu témoignage de lui, le caractère divin de sa Apollos, originaire d'Alexandrie, qui ne connaissait que propre mission éclatera à tous les yeux. le baptême de Jean, Act., xvni, 25; mais le conféraitComment Dieu communiqua-t-il Λ Jean le mandat il? Les Éphésiens dont II est parlé au chapitre sui­ dont ii l'investissait? Saint 'Ihomas répond : famiUarf vant, xix, 1-7, l’ont-lls reçu de sa main? Ce n'est pas Spiritus Sancti revelatione. Sum. theol.. Ill*, q, χχχνπι, a. 2. L’ordre toutefois ne manquait pas de précision : démontré. Ccs Êphésiens pouvaient être des Juifs qui baptizare in aqua; celte formule, si brève soit-elle, s'étaient trouvés a Jérusalem au temps du Précurseur contient le b iptême de Jean dans son intégrité. Qu'on et avaient été baptisés de sa main. Paul semble bien Cwl .zvnùru ainsi, car II répond ù leurs déclarations : la compare â la formule employée par Jésus, lorsqu’il • Jeun a baptisé du baptême de pénitence.... · Il ne envoie les npôtres baptiser de son baptême à lui : le suppose donc aucun intermédiaire entre le Baptiste rite chrétien est constitué casentlcllcmcnt par l’nppUet ou Interlocuteurs. cation de In matière accompagnée de l'invocation SI le rite johannique n’a laissé dans le texte inspiré expresse des trois personnes divines. Le rite johanni­ iLcuno trace certaine, s’cst-ll du moins perpétué dans que, de par l’ordre de Dieu, n'est pas autre chose qu’une les différentes sectes qui, A tort ou à raison, se sont ablution d’eau. recommandées de Jean? Les disciples de Jean nu 2“ Jl est distinct des baptêmes /ui/s et supérieur ά Johannites dont il est question dans les Jlecognitiuns eux — En regard du baptême de Jean nous pou­ clémentines, avalent pour but d entraver la marche vons envisager comme susceptibles de lui être corn de l’Évangile, ut et ftdes Christi impediretur el baptisma, parés les purifications rituelles el le baptême des pro I. I, c. Liv; P. G., t. î, col. 1237-1238; il est probable sélyles. que,u.» sens de l'auteur du roman, lis réprouvaient le l.es purifications rituelles tenaient une grande place baptême du Christ ct avaient la prétention de confé­ dans la Loi ; beaucoup d'entre elles avaient un caractère rer celui de Jean. Mais quelle valeur peut bien avoir ofltcicl ct obligatoire, 1$., i, 6; Exod., xxx, 17-21 ; cette indication? 11 n'y a pas Λ tabler sur les données Lev , vî, 27-28; xi, 25-28...; Num., xix,7, 8, 21.. Elks fournies par cette œuvre fantaisiste ct tendancieuse. n’étaient cependant pas des exercices de culte, mais En tous cas, si Jamais une secte de ce genre fut elles avaient pour but de conférer ou de rendre aux organisée, elle disparut rapidement, car elle u’eat enfants d’Israël la pureté légale en vue de certains même pas conn e des auteurs ecclésiastiques contem­ actes religieux. Les pharisiens avaient Uni par mettre porains. une bonne part de leur religion dans ccs rites exté­ Les Hémérobaptistrs, mentionnés par saint Epi­ rieurs; c’est contre leurs excès qu Jésus s’élevait avec phane, Uteres., cvn, P. G., I. xu, col. 25 , sont aussi Indignation : ♦ Malheur A vous, scribes ct phansienr disparus depuis longtemps Du reste leur bain quoti­ hypocrites, parce que vous purifiez le dehors du calice dien (usage qui Justifia icm nom) rappelait moins le cl du plat, mais au dedant* vous êtes pleins de rapine baptême de Jean que les ablutions rituelles des Juifs et de désordre. » Matth,, xxm» 25. Au contraire II ou plutôt les purifications sans lin du pbnriMffsme. parla toujours en termes très respectueux du baptême Les Mandattes cnüu ou Mandéens, ont encore, à de Jean ct, en sc plonge int lul-mcme dans les eaux du * heure qu’il v^t quelques nilllers de représentants en Jourdain, il donna nu Précurseur le suprême témoi­ Mésopotamie Ceux-I o u évidemment gardé une gnage de son approbation et de son estime. Nous vcmrntmn p icidière -u joint Précurseur; lit pré· sommes donc en droit d'alllrrncr que jamais les dis­ tendent même pruaqaer ut religion prédire par lui, ciples ne fuient tentés de mettre exactement sur le d’où leur surnom vOZLs sacre­ ments, Paris, p. 18-20; I jmrnngr, Einingile selon saint Marc, Paris. 1911; saint Thomas, Sum. theol., IIP, q. xxxvnt; Saurez, Disputatio XXV, De baptismo Joannis, édiLVlvès, t. xix, p. 371-378; Bellurimn, Νοι·α controversia, 1.1,1)· sacram. Baptismi, c. xix à xxm, édit. Vivês, t. Π1, p. 567 sq.; Thelner, Acta genuina Concilii Tridentinl, 1.1, p. 331 sq. H. Houbaut. 27. JEAN-BA PTISTE DE LA CONCEPTION (Bienheureux), religieux triiiitalre, né en 1561, à Almodovar del Campo en Espagne. Sainte Thé­ rèse l’ayant vu enfant, annonça à sa mère sa future sain­ teté. Jean-Baptiste embrassa la vie religieuse en 1580. 11 sc dis! Ingua par ses prédications en Andalousie, el tra­ vailla avex zèle à la réforme de son ordre. Il mourut en 1613. Pie VII le béatifia en 1819, Ses ouvrages qui forment un cours complet de théologie mystique, ont paru à Rome, en 1630 en plusieurs volumes, dont voici les titres: 1° Tomo primera, ascétlco-misttco^n quesetruta de la verdadere humilidad y peligro di perderla con eltrato y comunicacton de los hombres: 2° Tomo scgumio oscêtlco, en que se train de los pocos qui entran en el camino de la pcrfeeciôn, y de los murhos que andan por el de ta Iniquidad: 3e Tomo tcrcero, exhortatorio, en que se contienen a Ig un a s erhortacioncs que se hacen à los her­ manos por la maiïana en los capitulos ordinarios de los Domingos; 4° Tomo cuarto, mlstito, en que se trahi de las diflicultades del conoselmiento interne sobn notund, que Dios da à algunas animus; 5° Tomo quinto, misce· lâneo, que contiene une miscelânea mistica, ascetica, y moral. Antonin de 1*Assomption, Olccfonario de etcrltores trinllarlos de Bsjxiha g Portugal, Rome, 1898» 1.1, p. 182-192. A. Palmikiu. 28. JEAN BECCOS ou JEAN XI, patriarche de Constantinople de 1275 à 1282 ct chaud partisan de l’union des Églises. — Son nom parait pour la première fois dans l’histoire en 1260, lors de l’avènement du patriarche Nicéphore, à propos d’un songe qu’il avait eu à ce sujet. Pachymèrc, L II, c. xix. Comme un grand nombre de ses parents habitaient Nicée, on peut croire que Jean était lui-même originaire de celte ville. Id., I VI, c xxv. En 1264, un autre Incident nous le montre dtjù investi des hautes fonctions de gi · ' L/, I. 1 n, c. xmv. Il eut à rvmphr comme lel d importantes missions de lu part de l’em­ pereur M < hel VIH Pairol u< d al ord au] du de Serbie, puis auprès du roi de France, sainl Louis, â la mort duquel 11 assista à Tunis, en noùl 1270 Id., ' i. V. c vi ct lx. Celle dernière ambassade avait | o r but de faire avorter le projet d'expédition de Q.ai les 657 JEAN BECCOS d’Anjou, roi de Naples, contre Constantinople. Comme die ne put avoir de suite à cause de la mort du roi de France, l’empereur profila de l'élection d'un nouveau pape, Grégoire X, pour nouer avec lui d’utiles rela­ tions, lui promettant l’union des Églises en échange de son intervention auprès de Charles d’Anjou. Bcccoi, qui A cette époque n’était pas encore catholique, ayant fait opposition nu projet d’union, fut Jeté en prison dans I tour d'Anéma. il consacra scs loisirs forcés 5 la lecture des Pères, de NlcéphÔre Bkinmvdc en parti­ culier, ct 11 ne tarda pas û sc convaincre de l’ortho­ doxie des latins. Id., I. V, c. xvj. Ünc fols converti, Il appoita toute son ardeur ct de rares connaissances théologiques au triomphe de la noble cause qu’il avait embrassée. Conclue par les ambassadeurs impériaux, le 6 Juillet 1274, nu concile de Lyon, l’union fut solen­ nellement proclamée A Constantinople, le 16 Jan­ vier 1275, en présence de l’empt rcur, mais en l’absence du patriarche Joseph, qui dut en conséquence donner •a démission. Il fut templacé par Jean Beccos, qui cumulait depuis quelque temps les deux fonctions de chartophylnx ct de skeuophylax. L’élection eut lieu le 16 mai 1275, ct l’intronisation, le dimanche suivant, 2 juin. Id., I. V, c. xxm et xxiv. Sincèrement catho­ lique, Bcccos adressa au pape Jean XXI, dès le mois d’avril 1277, une profession très explicite de foi catho­ lique, publiée en traduction latine par Allatius. De Ecclesi* occidentalis atque orientalis perpetua consen­ sione, Cologne, 1618. p, 746-752, P. G., t. exu, coi. 913, et dans le texte grec original, par A. Thelner ct F. Mikloslch, Monumenta spectantia ad unionem Ecclesiarum græcse et roman*, Vienne, 1872, p. 21-28. On a égale­ ment de lui une autre lettre au pape Nicolas 111 publiée par Pitra, Analecta novissima, Paris, 1885, p. 611-613. A la mort de Michel Paléologue, survenue le 11 décembre 1282, Bcccos ce trouva tout de suite en opposition avec les tendances nettement séparatistes du nouvel empereur Andronic Paléologue, cl le 26 dé­ cembre 1282. renonçant ύ sa dignité, il sc relira d’abord uu monastère de la Panacbnintos. puis à Brousse, en Bithynie, qui lui fut assignée comme heu d’exil. Après le patriarcal épia mère de Joseph, qui mourut dès le début de mnrs 1283. on vit monter sur le siège patri­ arcal, le 11 avril suivant, Grégoire de Chypre, ancien collaborateur de Bcccos, devenu par ambition son mortel ennemi. Sans attendre même sa nomination, il avait écrit contre Bcccos un Sermo antirrheticus, que l’exilé de Brousse s’empressa de réfuter dans un écrit vigoureux, auquel les éditeurs ont malencon­ treusement donné un titre faux, celui t\'Oratio secunda in tornum Ctiprii et nouas e/usdem hnreses. Nous en reparlerons plus loin. Au témoignage d’un compagnon de Bcccos, Georges Mi lochites, ce traité, rédigé sous forme de lettre encyclique, fut rendu public avant le sxnodc d’Adrnniytium, qui doit se placer durant l’hiver 1283-1281. A. Mal ct J. Cozza-1 uzi, i>!oihj Patrum bibliotheca, Borne, 1871, t. vin, 2® partie, p.121. Elle souleva ά tel point l’opinion publique que l’on décida, pour calmer les esprits, de réunir un concile où le patriarche exilé pourrait s’expliquer. Cette assem­ blée sc tint en cflct, quatre ans avant la chute de Grégoire de Ch> pre, c’est-û-dirc en 1285. Λ’ουα Patrum bibliotheca, Home, 1905, t. x, 1er partie, p. 321. H avait fallu, observe Georges Métochitcs, plus île six mois, presque un an de tergiversations, avant de réunir l’assemblée. Op. cil., t. vm, p. 165 ct 227. Comme il fut Impossible de s'entendre sur certains textes trop faxorablcs A la thèse catholique soutenue par Bcccos. les opposants chargèrent le patriarche Intrus de rédi­ ger un iomos où tout serait mis uu point. Cetl< pièce a été publiée, fort mal d’ailleurs ct sans les signatures, par A Bnnduri, Imperium orientale, Venise. 1729, p. 652-668, cl reproduite par P. G., I. cxui, Ô5b col. 233 sq Au lieu d'amener l'union, elle ne fil qu'nr r .ver les dissensions. De la forteresse de Salut· Grégoire, sur le golfe de Nkomédle, où il avit été enfermé après le synode de 1285, Beccos lança contre le (ornes une série d'opuscules qui finirent par retour­ ner contre Grégoire de Chypre l'opinion publique, au point qu’il dut, en Juin 128V, renoncer à son slrge usurpé; Il y fut remplacé, le 14 octobre de lu même année, pur Athanase. Quant à Beccos, s'il ne sortit pas de prison, il vit du moins s'adoucir quelque peu les rigueurs de sa détention, & la suite d'une entrevue avec l'< mpereur ct le nouveau patriarche, au printemps de 1290, alors qu'Andronic et sa cour se rendaient â Nymphée, près de Smyme, pour y faire un séjour de deux ans. Bcntré dans ut capit ale, le 28 Juin 1202, l’em­ pereur renouvela auprès de Beccos et de ses cod le Laurrntianus 26, Plu­ teus Vlll, f® 174 sq.; 17® Réfutation d1 Andronic Camatére sur la procession du Saint-Esprit, Al atius, op. cit., t. n, p 287 521, P. G., col. 395-614; 18® Réfutation du tomos de Grégoire de Chypre, Allatlus, loc. cit., p 215 sq. P. G., col. 863-895. 11 ne sera pas question ici des décrets synodaux promulgués par Beccos durant ton patriarcat, car Ils ne sont pas son œuvre person­ nelle; par contre II y a lieu de signaler son portrait reproduit par Gour dans son Euchologium sive Rituale Grsrcorum, Paris, 1646, Venise. 1730, et pur Gédéon, d'après Goar, dans scs Tables patriarcales, en grec, Constantinople, 1888, p. 396. C'est ù dessein que nous ne parlons pas de certains traités attribués ά Beccos par Nicolas Cornnène Pupadopoli, Prcrnotiones mystagngte*, Padoue, 1697. p. 14 et 242; Ils ont été forgés de toutes pièces par cet effronté faussaire, et I on est surpr * de voir non seulement le bon Fabricius, mal* A luifhsrd lui-même te laisser prendre nu piège. Et dire que ce salmigondis constitue encore de nos jours, βω dans certains milieux italiens, une autorité canonique de tout prunier ordre. Pour la bibliographie ancienne, voir IT. Chevalier. Π/fxrtaire, nu mot Jmn Veccus, h compléter par les in» Uetiouj suivantes : Poussinc* (Postions), note* diverses dam «on édition de l’histoire de Pachÿmère. reproduite tltim le Corpus de Bonn; Georges Matoehitc*, iltstorla duymattca, dans A. Mai et J. Cozza-Luzl, Nova Ihilrum b bUolheca, Rome, 1871. t. vm, 2· partie, p. 1-227, et Rome, IOOS,t x, 1· partie, p. 319-370; L. Allatlus, De Ecclesi* occidental·» atque orienta lis perpetua consensione, Cologne, 1648, p. 751769, et pour la période du concile de Lyon, p. 727-752; A. Ehrhnrd. dans K. Krumbachvr, Gesehlehte der byzan· ttntschen Litteralur, Munich, 1897, p. 96-97; Hurler, A’omrnclalar, 3· édit., 1906, t. n, p. 402-404; et les articles spé­ ciaux de J. Drflscke, Der Kirchenelnlgungweriuch dn Kaisers Michael VIII Puldologos, dons la Xcibchrifl fur udssenschaflUche Théologie, t. xxxiv, p. 325-355; Xlînlnn von Methone tm Urteile der Frledensschrift des Johannt. Bekkos, Ibid., t. xun, 1900, p. 105-141; Johannes Phurnn bel Rckkos, tbld., p. 237-257; Drel Kapltelaus der Friedensschri/t des Patriarchen Johannes Rckkos oom Jahrt 1111, Wandsbcck. Osterprogramm, 1907, in-4·, 18 p., avec une bibliographie sur Beccos; Johannes Rekkos Wlderlcgungder SyUoglsnien des Photios, eingcleltel und ub^rselzt,Beilnp.e des Jahrcsbcrlchls des k. Mal thins-Claudius - Gymnadumt. Wnndsbcck, 1912, 16 p. Voir le compte rendu de l’auteur lui-même dans la Wochenschrift filr klasxhche Phikdogle, 1912, t. xxix, p. 1013 sq; R. Souam, Tentatives tf union avec Rome: un patriarche grec catholique au Xtl/· siècle. dans les Echos (TOrient, 1900, t. n, p. 229-237,351-360. L. Petit. 29. JEAN CHR YSOSTOME (Saint), arche­ vêque de Constantinople (344 7-407), Père et docteur de l'Église L Vie de aint Jean Chryeostome. — 11. Ses écrits (col. 667).— Ill. Son enseignement théologique (coi. 672). — IV. Sa prédication et sa doctrine morale (col. 684). I. Vie. — 1® Les sources. — La vie de Jean Chrysostome est une des mieux connues parmi celles des Pires du iv· siècle. Les renseignements les plus précieux nous sont fournis par les œuvres mêmes de Jean. La plupart sont des écrits de circonstance, sermons ou lettres, qui portent avec eux leur date et nous font pénétrer dans l'intimité de leur auteur. Mais à côté de ces sources Immédiates, d'autres documents nou% permettent de reconstituer aussi exactement que pos­ sible l’histoire de l'évêque de Constantinople : le grand rôle qu'il avait joué dans la capitale, les lutte s politiques qu'il avait dû soutenir, lui valurent de trouver immédiatement après sa mort des histo­ riens plutôt que des panégyristes inconscients, cl c’est ainsi que nous a été conservée la vraie image de Jean. La plus importante de ces sources, du moins pour l'histoire de la vie do Jean après son élévation au siège de Constantinople est le Dialogus de pila S. Joannis Chrysostomi, P. G., t. xlvii, col. 5-82. Cet ouvrage, qui est censé reproduire un dialogue tenu à Rome en 407 ou 108 entre un évêque oriental cl le diacre romain Théodore, a été écrit dès avant 425; et il est l’œuvre de Palladius, évêque <1’1 b lénopolis en Bithynie, l’auteur de VHistoire tausiaque, cl un fidèle ami du saint. E. C. Butler, Authorship of the Dialogus de vita Chrysostomi, dans? ΧρυβΟσταμιχί, Sludi e ricerchc intorno a S. Giovanni Crtsoslomo a cura del Comitato per it 75® centenario della sua morte, Rome, 1908, fasc. 1, p. 35-46. On y trouve le récit d’un témoin oculaire, qui raconte les événements auxquels I II a assisté S il manifeste son admiration et sa symI pathic pour Jean, son mépris pour les ennemis qui 1 Font accablé II croit en même temps, trouver dans la simple vérité In meilleure Jusllllcatlon de snn héro*. ürt pané · - médité pour la première fois en 1848 par Maï, sous le nom de Yürl>rilîS ^£\G ' L XI VU· coL Le morceau j doit avoir été écrit tout de suite après in mort du suint 661 JEAN CII K YSOSTOME (SAINT), VIE 662 i, 4, P. G., L xLvm, col. 624 : du moine commença-t-il alors que Ici premières nouvelles de an fin solitaire A mener dans sa demeure une existence austère, aussi commençaient ά arriver à Constantinople, donc Λ la fin de 407 ou au début de 408 Aussi if a-t-il sans doute semblable que possible A celle d'un moine. S'il fallait pas pour auteur Martyrius qui fut évêque d'Antioche considérer comme un récit historique les premières entre 449 et 471. Mais si nous n'en connaissons pas pages du traité De sacerdotio, on placerait vers 373 l'origine exacte nous y trouvons d’utiles renseigne­ l’incident qui y est rapporté. La réputation de Jeaa ments sur In situation religieuse Λ Constantinople, au et celle d'un de ses amis, du nom de Basile, se serait temps de la mort de Jean et des premiers débuts de répandue en dehors d'Antioche assez pour qu'on ait son successeur. voulu faire de l’un et de l'autre des évêques : Basile Parmi les historiens du v· siècle, Socrate et Sozo- se serait en effet laissé consacrer, tandis que Jean mêne méritent une mention spéciale à cause de la aurait échappé par la fuite au lourd honneur qui lui place importante qu'ils consacrent ά Jean dans leurs était offert. Le De sacerdotio, est précisément consacré histoires, Socrate, Hist. Eccl, vî, 2-23; vu, 25 et 45; A expliquer les motifs de cette conduite, et A rappeler P. G., t. I.XVH, col. 661-736, 793, 836; Sozomène, A Basile la grandeur des devoirs épiscopaux. Il est H (st. Eccl., vin, 2-28, P. G., t. lxvii, col. 1513-1592, et plus vraisemblable cependant que le récit en question de leurs accointances avec les milieux ecclésiastiques n’est qu’une fiction littéraire,et que l'on doit renoncer deConstantinople. Socrate pourtant semble moins bien A y trouver des indications historiques sur la conduite Informé que Sozomène, sur le détal’. de la vie de l’ar­ du futur évêque A. Naegle, Zeil und Veranlassung chevêque et mérite moins de créance. Quant à der Ab/assung des Chrysostoms Dialogs de sacerdotio. Kommt der Don Chrysostoinus selbit angegebenen Veran­ Théodorct son récit est volontairement écourté et contient peu de renseignements Intéressants. H. E., v, lassung hlstorischer oder bloss li terar ischer Charakter su, dans Historisehes Jahrbuch, 1916. t. xxxvn,p. 1-48. 27-36, voir surtout 34, 2, édit. Parmentier, p. 334; J. Stiglmayr, Die hlslorische Unterlage der Schri/t des P. G., t. lxxxii, col. 1256-1269. Cf. F. Geppert, Die hl. Chrysostomus ûber das Pricstertum dans Zeitschrift Quellen des Kirchenhistoriken Sokrales, Leipzig, 1898, p. 129 sq. /ûr katholische Théologie, 1917, p. 413-449. Les écrivains postérieurs ne méritent qu'une men­ Ce qui est sûr, c’est qu'en 374 ou 375 — sans doute tion rapide, parce qu'ils sont moins des historiens que sa mère était-elle morte A ce moment — Jean réalisa des haglographcs, préoccupés de chanter la gloire de le rêve longtemps caressé de vie solitaire. Il se réfugia leur héros. La Vita S. Joannis Chrysostomi, d’un cer­ dans la montagne aux environs d'Antioche, et pen­ dant quatre ans, il y mena l’existence d'un ermite, tain Georges d'Alexandrie, qu'il ne faut pas confondre dans la compagnie et sous la direction d’un vieux avec son homonyme, le patriarche Georges II, 621631, est un mélange de légendes, d'anecdotes, et sur­ moine; puis, voulant pousser plus loin son effort vers la perfection , il se retira dans une caverne où il vécut tout d'histoires de miracles. Éditée par H. Savile, Chrysostom! opera omnia, t. vm, p. 157-265, Eton, seul pendant deux ans encore jusqu’à ce que la pratiqu* 1612. La Laudatio sancti Joannis Chrysostomi, de l'em­ de telles austérités eût gravement affaibli une santé pereur Léon le Sage (886-911) n'est guère qu'un résumé naturellement délicate et l'eût obligé A rentrer A An­ consciencieux de l'œuvre de Georges. P. G., t. cvn, tioche. Palladius, Dialog., 5, P. G., t. xlvîi, col. 18. col. 228-292. Slméon Métaphrastc enfin se contente à Dès son retour dans la ville, Jean fut ordonné diacre peu près de reproduire ce qui n été écrit avant lui, par Mélècc(381). il écrivit beaucoup pendant les années de son diaconat, car presque tous ses traités datent P. G., t. exiv, col. 1045-1209; sa source principale est un anonyme, édité par Savile, op. cit., t. vm, p. 293de cette époque. G. Banschcn, Jahrbûcher der christ lichen K irehe unter dem Kaiser Theodosius dem grosseη. 371, qui s’inspire lui-même de Georges cl le complète en ajoutant ù son récit de nouvelles histoires de mi­ Versuch elner Erneiierung der Annales Ecclesiastici des racles. Haronius /ûr du Jahre 373-393, 1 ribourg-cn-B., 1897, 2e Les premières années de Jean. — L'année de la Anhang II.Die Schri/tslellerlsche Tatigkeil des J. Chrys. cor seinem o/Jentlichen Au/treten als Predlqerzu Antlonaissance de Jean ne peut être fixée avec certitude. chien, p. 565-574. Au commencement de 386, Flavien Ce fut vraisemblablement en 344 qu'il vit le jour A Antioche. Son père Secundus était magister militum qui venait de succéder A Mélèce sur le siège d’Antioche Orientis; mais il mourut peu de temps après la nais­ l’éleva nu sacerdoce et lui confia la charge de prédi­ sance de l'enfant, laissant veuve, A l’âge de 20 ans, sa cateur qu’il devait remplir pendant douze années. femme Anlhusa. Celle-ci, qui était chrétienne, se 3® La prédication de Jean à Antioche. — · Jean était donna tout entière Λ l'éducation de son fils; elle y né orateur, et dès scs débuts 11 conquit et charma le apporta un dévouement qui excitait l’admiration de peuple d’Antioche Entre tous les maîtres de la parole, Llbanius lui-même. Jean Chrysostômo, Ad vid. /un., 2, soit profane, soit sacrée, il est certainement un des P. G., t. xi.viii, col. 601. Lorsque Jean eut grandi, il fré plus grands. Il a d'abord une facilité prodigieuse, et quentn l'école du philosophe Andragathlus, el surtout nous pouvons nous en rendre compte aujourd’hui celle du rhéteur I.ibnnius, qui était alors la lumière encore; car ses homélies qu’il n'n point d'ordinaire d’Antioche. L'enseignement qu'il reçut auprès de ce pris In peine de revoir nous apparaissent manifeste­ dernier maître excita l’enthousiasme de ses vingt ans. ment comme d'admirables improvisations. Toute cette De sacetd., i, 1, P. G., t. xlvih, col. 623; pourtant la abondante parole est entraînée par un mouvement rhétorique païenne ne parvint pas A le retenir; et quoi­ rapide, comme elle est colorée et échauffée pur une qu'il ne fût pas encore baptisé, Il commença A se livrer vive passion; la période n'est point ramassée et vigou­ avec ardeur A l'étude des saintes Écritures sous la reusement condensée comme la période latine ou conduite de Diodore de Tarse et de Mélèce d'Antioche; comme celle de Démosthène, elle sc développe au con il suivit aussi ù cette époque les leçons d'un certain traire par degrés successifs, avec des reprises Impré­ CartcriUb qui dirigeait A Antioche avec Diodore un vues, avec un certain abandon, mais un abandon plein άσζη ή. v-v; c'est IA qu’il prit le goût de la vie reli­ de grâce. » A. Puech, Saint Jean Chrysostome, Paris, 1900. p. 38. gieuse et de ses austérités. Palladius. Dialog.. 5. La première année de son ministère pastoral fut Baptisé par Mélèce aux environs de 369, Jean fut surtout employée A des controverses doctrinales. Il peu après ordonné lecteur. Il aurait voulu renoncer A s'en fallait de beaucoup que la paix régnât dans l'Église la vie du monde et sc réfugier dons la solitude: il fut empêché de réaliser son rêve par sa mère qui le supplia d’Antioche. Non seulement le schisme qui divisait de ne pas la rendre veuve une seconde fois. De sacerd., les catholiques depuis l’élection de .Mélèce n'était pas 6*3 JEAN CHBYSOSTOME (SAINT), VIE apaisé, mois les nrfens étalent turbulents ct nombreux ; k* Juif* l’agrafent, ct parmi les chrétiens un grand nombre sc croyaient autorisés à célébrer avec les Juifs les fêles du mois de Tisri, le nouvel an, l’expiation et les tibernades, ou encore à commencer In solennité de Pâques le 14 Nisan (Protopaschites). C'est contre les Juifs que Jean dirigea scs premières campagnes, et Ton peut croire que le peuple d’Antioche, si amoureux des querelles théologiques, ne lui ménagea pas ses applaudissements. Sur la chronologie des homélies de Jean pendant cette période, G. Rauschen, op. cil.9 Excms X111. Die Prüdigtl ligkeit des Joannes Chrysoitomns in Antiochien, bis mm Au/stande des Jahres 3879 p. 4‘.<> 5IX Un événement Inattendu allait changer le cours de ton activité, ct ramener à renouveler sa manière. Au commencement de 387, à propos de quelque Impôt nouveau, la populace d'Antioche se souleva; duns un mouvement de colère irréfléchie, des imprudents se ie portèrent sur l’agora et jetèrent bas les statues de l’empereur Théodose, de son pire, de ses fils ct de ia défunte Impératrice Hacc Ila. Il était aisé de prévoir que le châtiment ne sc ferait pas attendre ct qu'il serait terrible. Le viril évêque Flavien partit en toute hâte pour Constantinople, afin de fléchir la colère de l’em­ pereur. Pendant son absence, Jean eut fort â faire pour calmer le peuple, pour lui rendre courage, pour l’exhorter à la pratique plus exacte des vertus chré­ tiennes. Le carême avait commencé peu de jours après la sédition : c'était naturellement la période où les prédications étalent plus fréquentes et où les disposi­ tions des auditeurs étaient meilleures. Suivant les événements, on passait à Antioche de l’abattement le plus absolu aux espoirs les plus Irraisonnés. L’arrivée des commissaires Impériaux, leur jugement qui enle­ vait ά Antioche Je titre de métropole de Syrie ct qui ordonnait la fermeture Immédiate du théâtre, du cirque et des bains, l'emprisonnement des sénateurs, avaient excité la crainte. lorsque, vers la fln du carême, on apprit des nouvelles plus rassurantes, on commença à manifester une joie sans retenue. Jean était l'âme de cetto foule en émoi. Plusieurs fois par semaine, il prenait la parole pour exhorter, pour fortifier, pour élever. Plus loin que les événements actuels, il rappe­ lait les grands devoirs chrétiens. Enfin le Jour de Pâques, Flavien était de retour, apportant une pleine amnistie. Une dernière fois Jean monta en chaire pour rappeler la mission accomplie par l'évêque, ct tirer les conclusions de tous les événements récents. Désormais entre lui ct le peuple d’Antioche s’étaient formés d’indissolubles liens. Des 21 homélies De signis dans P. G., t. xux, col. 15-222, celle qu. porte le n 19 n’a aucun rapport avec le reste de la collection. Pour i ordre chronologique de ces discours voir, G. Rauschen, op. cil., Excurs XIV, Ze it best immun g des Au/· starides in Antiochien und der 21 Homilien des Chrysostomos Qber die Dildsaûten, p. 512-520. Les année* suivantes furent pour Jean le temps d’une merveilleuse activité pastorale. 11 sc sentait le maître de son peuple, dont II connaissait les bons et les mau­ vais côtés, qu’il pouvait manier à sa guise et dont il avait acquis le droit de reprendre les défauts ou les vices, avec une familiarité sûre d'elle-même. C'est de cette période féconde que datent les plus nombreuses des homélies de Jean : les 67 homélies sur la Gem sc; P. G., t. uu-uv, en 388 ou peu après; les 6 hon < I es sur Anne, t. uv, col. 631-676; la 4· de ces homélies est perdue; les 3 homélies sur David et SnUl, t uv, col. 675-708, après le carême de 387; plus tard les homélies *ur le* psaumes, t. lv; les 90 homélies sur Mint Matthieu, t. Lvn-LVin, aux environs de 390; les 88 homélies sur saint Jean, t. ux, vers la même époque bien d’autre* encore, quoiqu’il toit difliclle de pré­ CG4 ciser avec certitude la date de tel on tel groupe G. Rauschcn, op. cit., Excurs XV, Die Predigtbiiiykdt des Joannes Chrysostomos zu Antiochien seit déni Aulstande 387, p. 520-529. Le plus habituellement, l’orateur prenait son point de départ dans un texte del'Écriturc sainte. L’expli cation littérale de ce texte, scion la méthode rxé;o tique d’Antioche formait la première partie du ser­ mon qui était ainsi doctrinale, ct qui s’efforcait de rappeler aux auditeurs les grandes vérités de la fol chrétienne. Mais après avoir ainsi enseigné, Jean ne manquait pas d’aborder les problèmes moraux, et c’est là surtout qu'il manifestait sa souveraine maî­ trise surdes Ames qu'il connaissait si bien. 11 n'avait pas son pareil pour flageller les vices, pour ramener au devoir ks indifférents ou les pécheurs; se faisant tout à tous, sans épargner sa peine. Et l’on comprend sans peine que sa réputation ait franchi les murs d'An­ tioche ct se soit répandue dans tout le monde oriental. 4° L'épiscopat. — Pendant douze ans, de 386 à 398. Jean exerça ainsi son ministère à Antioche. Le 27 sep­ tembre 307, k patriarche de Constantinople, Nectaire, vint à mourir. Suivant te désir d’Arcadius et de la cour, Jean fut présenté au suffrage des évêques ct du peuple pour recueillir sa succession. Socrate, Hist. Eccl., vî, 2, P. G., t. Lxvn, col. 661. Lorsqu’il fut élu, on dut l'enlever d'Antioche par surprise ct l'amener de force à la capitale. Il y fut sacré le 26 février398 par Théophile d'Alexandrie. Palladius, Dial., 5; Socrate, Hist. Eccl., vi, 2; P. G., t. lxvjî, col. 661-664; Sozornène, llist. Ecc/.,vm,2,13sq;P. G.,t. i>xvn, col. 1517. Le travail ne manquait pas nu nouvel évêque. Non seulement les païens ct les hérétiques étalent encore nombreux ci remuants dans lu capitale, mais parmi ks fidèles eux-mêmes, ct jusque dans leu rangs du clergé s'étalent glissés des clercs que ir< sage ct paresseuse vieillesse de Nectaire n’avait Jamais cherché à corriger. Dès son installation, Jean entreprit t. réforme des mœurs : à scs prêtres il Interdit la cohabitation avec les sœurs agapètes; aux moines qui ne cessaient de courh la ville, il imposa la retraite dans lu» mon»· Bicrts ôu:% riches, il prêcha plus énergiquement qui* jamais le grand devoir de la charité. Ua d. aident, fortifié par une éloquence de Jour en Jour plus entraî­ nante ne devait pus tarder à faire «u nouveau pa­ triarche. représenta que Jean, en donnant asile aux moines de Nitric, avait manifesté quelque attachement ù l'origénlsmc. Il eut la faiblesse de le croire. A Constantinople, saint Epiphane, après avoir refusé l’hospitalité de l'nrchcv< que, sc mit en devoir de recueillir des signatures contre Origène. Il alla même jusqu’à annoncer une grande réunion à la basilique des Apôtres : Il devait y fulminer contre Origènc, contre les moines de Nitric, et contre Jean lui-même. Au dernier moment, cette assemblée fut Interdite, et Epiphane dut reprendre le chemin de son lie ; il mourut en roule. Mais 11 avait déjà accru le trouble des esprits, et multiplié les forces des ennemis de Jean. Théophile d’Alexandrie Jugea le moment favorable pour agir personnellement contre son adversaire. Il débarqua à Constantinople au début de 4U3, amenant avec lui une trentaine d'évêques égyptiens. Scion le reserit impérial qui l’avait convoqué. Il venait en accusé, pour comparaître devant un synode présidé par Jean ct s'expliquer au sujet des mesures violentes prises par lui contre des moines de Nilrie. Bientôt son habileté, les présents généreux qu’il dis­ tribua ù propos, l’influence qu'il sut prendre sur l’im­ pératrice, renversèrent les rôles. Peu après son arrivée, ce fut lui, qui présida un concile réuni à la villa du Chêne près de Chalcédoine, et qui procéda au jugement de Jean. Palladius, Dialog,, 8. Celui-ci avait d’avance récusé l’autorité do scs adversaires : il refusa de paraître au Chêne. On le condamna, en son absence, à la dépo­ sition; et comme parmi les charges relevées contre lui sc trouvait l'accusation de lèse-majesté, on remit à l’empereur le soin de le châtier. Cf. Photlus, Blbl., ux, P. G., t. an, col. 105-113, dont le témoignage repose sur les actes authentiques du synode. Arcadius prononça une sentence de bannissement. Jean se livra aux soldats chargés de le conduire en exil, après avoir publiquement protesté contre le Jugement des évêques, P. G., t. U!, col. 427-430, ct fut envoyé à Praenotum sur le golfe de Nicomédic. Mais le peuple de Constan­ tinople n’acceptait pas d’être séparé de son évêque, des émeutes accueillirent le retour de Théophile qui fut obligé de repasser le Bosphore; un accident mystérieux, qui survint dans le palais, effraya la famille impériale. Palladius, Dialog., 9. Eudoxle domanda cl obtint d’Arcadius des Icllres de rappel en faveur de l’exilé; elle lui écrivit elle-même pour pro­ tester de son innocence et déclarer qu’elle n’était pour rien dans tout cc qui venait d’arriver. Jean sc laissa ramener. Il fut porté dans Constantinople par l’accla­ mation de la multitude enthousiaste : l’homélie qu’il prononça alors, P. G., t. ui.col. 443-143, est comme un chant de triomphe et do reconnaissance à son Eglise fidèle. Mais la paix ne devait pas durer bien longtemps. Les rancunes amassées contre Jean étaient trop puis­ santes pour avoir cédé de façon déflnilivc;ct l’évêque lui-même n’avait pas un tempérament capable de garder des ménagements dans la lutte qu’il avait entreprise contre le mal. Dès le mois d’août 403, l’ho biilé était plus vive que jamais entre lui et l’im­ pératrice. Socrate, llist. Eccl., vi, 18, P. G., t. uxvn, col 716; cl Sozomène, llist. Eccl., vin, 20; P. G., I. lxvii, col. 1568, racontent que Jean, prêchant sur la décollation de saint Jean-Baptiste, commença son homélie en ces termes : · De nouveau Uérodi de fait rage, de nouveau elle l’emporte, do nouveau elle danse, de nouveau elle demande Λ recevoir sur un plateau In tête do Je »»» · Nous avons en effet, dnns les œuvres de Jean une homélie qui débute ainsi, P, 6C6 t. ux, col. 485-190, mais qui n'est certainement pas authentique. On ne sait donc pas au juste quel·» furent les vrai· discours de l'archevêque. Il est sûr qu’il fit des Imprudences. Théophile d’autre part fai­ sait partout crier que le retour du patriarche était contraire aux canons de l’Église. Cette situation trou­ blée persista Jusqu'aux premiers mois de 40-1. Le samedi-saint il y eut du sang versé dans l’église et les fidèles de Jean durent célébrer la fête de Pâques e» pleine campagne. Palladius, Dialog., 8. Enfin, le 9 Juin 401 l’empereur lança contre le patriarche un nouvel ordre d’exil. Celui-ci partit défin tivement le 20 Juin, après avoir adressé un suprême adieu aux évêques qui lui étaient restés fidèles, à ses diaconesses, à tous scs chers fidèles. 5· L'exil d la mort. — Le lieu assigné à Jean pour sa nouvelle résidence était la petite ville de C’ cuie, en Arménie mineure, «l’endroit le plus désert de toute la terre. > Epist., ccxxxiv, P. G., t. ui, col. 739. Le voyage du proscrit fut long et pénible. Après une halte de quatre semaines à Nlcée, la traversée de la Galatle ct de la Cappadoce apporta à l'archevêque de grandes fatigues physiques ct de grandes tristesses morales : le mauvais accueil des évêques d'Ancyrc et de Césaréo l’aflligcn particulièrement. On parvint enfin À Cucuse, où l’on put essayer de s'installer. Pendant ce temps, Arsace, un frère de Nectaire, le prédécesseur de Jean, avait été Intronisé patriarche de Constantinople; après sn mort qui ne tarda pas, il fut remplacé par un certain Atticus (14 novembre 405). Arsace et Atticus profi­ tèrent de leur autorité pour faire la vie dure aux parti­ sans de Jean, qui restaient nombreux et fidèlement attachés à son souvenir. Une persécution qui rappelait les plus mauvais jours de Néron et de Domlllen s’abat lit sur eux. Palladius, Dialog., 10. En vain, chercha-t-on à Intéresser l'Occldcnt À la cause de l’exilé. Théophile d’Alexandrie avait le premier écrit au pape Innocent pour l’informer des événements (404). Jean lui écrivit à son tour, en réclamant son appui. Innocent cassa la sentence du concile du Chêne, ct pensa un Instant réunir un nouveau synode pour reprendre i'examen du procès; finalement, ce synode ne put se tenir; le pape se contenta do rompre la communion avec les adversaires de Jean ct de consoler de son mieux, par tes lettres affectueuses, le malheureux exilé. Le séjour de Jean à Cucuse fut très pénible. Bien ne manquait à scs souffrances : ni les rigueurs du climat, ni les fréquentes invasions des barbares hauriens qui l'obligeront quelque temps à sc réfugier dans b cita­ delle d'Arabissos, ni le délabrement de sa santé qui, toujours délicate, devenait de plus en plus chance­ lante. Pourtant, il s’attachait à la vie et continuait à s’intéresser à tout : à la conversion des Goths dont il s’était beaucoup occupé à Constantinople, aux mis­ sions de Phénicie, à la situation religieuse d'Antioche, ct par-dessus tout à son Église de Constantinople dont Il persistait à se regarder comme le chef, et d’où il recevait de fréquentes nouvelles. Ne pouvant pl is prêcher, il écrivait : la plupart des lettres qui consti­ tuent sa correspondance datent de ces années d'exd, et témoignent de la vivacité de son zèle toujours en éveil. D’ailleurs, on venait le voir, dans sa solitude, scs anciens amis d Antioche, ses fidèles de Constan­ tinople, lui rendaient de fréquentes visites, d’où ils rapportaient une énergie renouvelée pour la lutte Le gouvernement impérial finit par prendre om­ brage de cette popularité persistante. Il fut décidé que Jean quitterait Cucuse et serait transféré à Pityontc, localité situé sur le Pont-l uxm, au pied du Caucase, tout à fait en dehors des voles do communications et du monde civilisé. M 4s l’exilé ne devait pas arriver en ce pays sauvage. Sous ia garde do deux soldats, Il «67 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT). ÉCRITS quitta Cucum vers la fln de juin 107. Le voyage se fit lentement, car nu début de septembre on était seule­ ment eux aborde de la petite ville de Comane, dans le Pont Jean < dormit sa dernière nuit dans une chapelle de campagne, dédiée à un martyr local, saint Basi­ lique. fl vit en rêve cc saint qui l’invitait Λ le rejoindre le lendemain. En effet, le lendemain, il sc trouva plus mal. Malgré ses plaintes, ses gardiens exigèrent qu’il se mit en route cl précipitèrent le départ Mais au bout de quelques milles, le pauvre évêque était en un tel état que force fut de revenir à la petite chapelle. Il y mourut le jour même (I l septembre 407). « Gloire à Dieu en toutes choses! » telles furent les dernières paroles qui sortirent de ia bouche d’or. L. Duchesne, Histoire ancienne de ffiglise, t. m, p. 104. La mort de Jean ne ramena pas Immédiatement la paix à Constantinople. Ses partisans continuèrent leur schisme. Il fallut que le nom du saint patriarche fut rétabli sur les diptyques pour que le pape consentit à rendre sa communion à Atticus et à scs amis. Mais les Johannites ne furent complètement satisfaits que lorsque le 27 janvier 438 les restes de leur évêque bicnaimé curent été ramenés dans la capitale et déposés triomphalement dans l’église des Saints-Apôtres,Théo­ dore!. Hist Eccl„v,3H; P. G.,t. Lxxxn.col. 1265-1269. Ainsi se trouvait réhabilité*· la mémoire du vaillant lutteur, qui avait tant souffert par la liberté de l’Eglise Il Les échits de saint Jean Chrysostom b. — 1· DiUns ion et tradition de l'œuvre littéraire de Jean. — L'héritage littéraire de Jean est immense. Aucun Père de I Église grecque, Origènc excepté, n'a autant écrit que lui, ou autant dicté. La plupart des homélies en effet n'ont pas été écrites par Jean, mais simplement recueillies telles qu'elles étaient prononcées par des sténographes et l'on trouve encore dans plusieurs d'en­ tre clics des notes ou des remarques dues Λ ces scribes. Cf . S. lâcher, dans Zellschri/i fltr katholische Theolooie. 1907, t. χχχΐ,ρ. 142 sq. ; A. Wikenhauser, Der ht. Chrysostomus und die Tachygraphie dans Archlu /tir Sténographié, 1907, t. Lvm, p. 268 sq. De très bonne heure, les œuvres de Jean se répan­ dirent partout. Saint Jérôme leur plus ancien témoin peut écrire en 392 dans le De vir. Ht., 129, P. L., I. xxm, col. 754 : Joannes, Antiochenœ ecclesiee presbyter, Eusebii Diodorique sectator multa componere dicitur, de quibus ττζρϊ (antumlegi. Palladius place sur les lèvres de Théodore cette formule : «Je le connaissais non seulement de renom mais encore par se* Imités, ses homélies et ses lettres, συγγράμματα, l ιιλίαΐ, έπιστολαί, qui nous étalent parvenus. » Dialog., 12; P. G., t. xlvii, col. 40. En Oncnl, comme en Occi­ dent, on lit ces écrits,on les cite,on les regarde comme faisant autorité : les florilèges patristiques en rap­ portent de nombreux fragments, et 11 est curieux de nol**r que c’est Cyrille d'Alexandrie, le neveu et le successeur deThéophile, qui, pour la première fois, en 429 ou 430, tire un argument doctrinal d'un texte de Jean De recia fide ad reginas, i, P. G., t. lxxvi, col. 1216. A l'envi, papes et conciles sc réclament du grand orateur. Le 11*concile de Nicée en 787 va jusqu'à proclamer ; · Si Jean Chrysostome parle ainsi des images, qui donc osera encore parler contre elles ? » Mansi, Concit., t. xm. col. 8. Dès le vï· siècle, le nom de Chrysostome sert λ désigner l'auteur éloquent de tant d’œuvres parfaites; au xi· siècle, peut-être au x·, Jean figure à côté de saint Basile et de saint Grégoire deNazMnze comme un des trois hiérarques que l’Église grecque honore d'une fête spéciale. Cette popularité ne fut pas le résultat d’une vogue passagère Elle se maintint le long des siècles, ainsi qu’en témoigne le nombre exceptionnellement consi­ dérable de manuscrits qui nous ont transmis les éails de Jean. Dans les catalogues Imprimés des 6C8 grandes bibliothèques. Baur a relevé 1917 manuscrits copiés du vin· au xvr siècle et dont chacun contient au moins un sermon du prédicateur, dont ht plupart sont même exclusivement consacrés à scs ouvrages. La seule Bibliothèque nationale de Paris possède 455 de ces mss. Il faudrait ajouter encore, à tant de témoins, les chaînes scripturaires ou ica florilèges dogmatiques, pour qui Jean constitue souvent la principale autorité, et qui manifestent ù leur manière l'extraordinaire diffusion de ses écrits. En même temps que l'on copiait le texte grec dei livres de Chrysostome on le traduisait dnns la plupart des langues chrétiennes. Entre 415 et 419, le pêlspien Anlanus donne une version latine des sept homélies sur saint Paul, de l'homélie Ad neophytos, qui a été éditée par S. H lidacher, Eine unbeachtete Itede des ht. Chrysostomus an Neugetau/le, dans Zeitschri/i fûr katholische Théologie, 1904, t. xxxvm, p. 168· 193. une série d'autres homélies marquées dans les premières éditions latines comme étant l’œuvre incerti interpretis, enfin vers 419 les 25 premières homélies sur saint Matthieu. Chrysostome Baur, L'entrée littéraire de saint Chrysostome dans (e monde latin dans Revue d'Histoire ecclésiastique, 1907, t. vin, p. 249-265; A. Wilmart, La collection des 38 homélies latines de saint Jean Chrysostome, dans Journal of theological Studies, Juil­ let 1918, t. xix, p. 305 sq. Peut-être est-ce nu même Anianu' que l'on est redevable de la traduction de troll opuscules : De compunctione, De reparatione lapsi, Quod nemo laeditur nisi a seipso. Au vï· siècle, sur l’ordre de Cassiodore, Mut! mus traduit encore les 34 homélies sur l'épitrc aux Hébreux, Institutiones, i, 8, P. L., t. lxx, col. 1120. et peut-être les 55 homélies sur les Actes des apôtres, ibid., col. 1122. La version latine des deux écrits Ad Theodorum lapsum est anonyme, mais certainement très ancienne. On sait Jusqu'à présent peu de choses des traduc­ tions de Jean, en armémlcn, en syriaque ou en copte. Les versions syriaques surtout, dont l'existence est assurée, demanderaient une étude détaillée. Cf. J. S. Assémanl. Hibliotheca orientalis, t. m, pars 1, p. 24 sq.; W. Wrlgth, Catalogue of (he syriac mss in (he British Museum, 1872, t. ni, Index, sub oerbo. Sur la diffusion des écrits de saint Jean Chrysostome dans l’Église grecque et dans l’Église latine, il faut consulter surtout l'étude de Chr. Baur, Saint Jean Chrysostome et ses œuvres dans Γhistoire littéraire Essai présenté ά l'occasion du X V· centenaire de Saint Jean Chrysostome, Louvain et Paris, 1907, p. 3-82. Cet ouvrage pourrait sans doute être perfectionné; tel qu’il est, il renferme une foule de renseignements pré­ cieux pour l’histoire littéraire de Jean. On complétera l'ouvrage de Baur pour cc qui regarde les littératures arménienne, arabe, russe et géorgienne par les éludes de A. Auchcr, C. Hacha, A. Palmieri, M. Tamaratl, dans Χρυσοστομίχά, Studi e ricerche intornoa S. Gio­ vanni Crisostomo, a cura dei comitato per H X V9 cen­ tenario delta sua morte. Borne, 1908, fasc. I, p. 143-216. L'ouvrage de Chr. Baur, 5. Jean Chrysostome et ses œuvres dans l'histoire littéraire, donne une longue et curieuse liste des éditions grecques (367), latines (297), allemandes (46), anglaises (50), arabes (3), armé­ niennes (8), bohémiennes (11), bulgares (2), coptes (3), espagnoles (4), françaises(91), glagolitiques (2). hollan­ daises (5),hongrolhc (1). italienne (46), polonaises (3), russes (3), rulhèna·' (1) slaves (I), suédoise (1), tur­ que (l), vainque (1), parues Jusqu'en 1908 (p. 82222). Sur les éditions courantes voir la bibliographie. Malgré le grand nombre de ce; éditions, on peut dire q·! un mum nse travail reste à faire pour donner enfin un texte exact cl sûr des œuvre* de Jean. La crillque des manuscrits n'a pas été, j isqu'id, tentée de manière •c· ut ’tique; beaucoup d'entre eux, et non des moins S69 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), ÉCRITS important* n'ont pas été étudié* avec le *oin qu'il aurait fallu. Bref ni le texte de Savile, ni celui de Montfaucon ne sont satisfaisants, et une bonne éd bon complète des écrits de Jeun est un des desiderata les plus urgents de la littérature et de la théologie patristiques. Cc n’est pa* seulement la critique textuelle des œuvres de Jean qui est ù faire, mais aussi, dans un très grand nombre de cas, la critique d’authenticité. La plub grande partie des écrits de Jean sont des homé­ lies : c’est dire la facilité avec laquelle des apocryphes ont pu sc glisser dans les manuscrits, au milieu des ser­ mons authentiques. Dès 421, Saint Augustin, dans le Contra Julianum, citait comme étant de Jean des passages de deux homélies apocryphes. Depuis le v· siècle, nombreux sont les discours qui ont circulé •ou* le nom de Jean et que les manuscrits nous ont transmis grâce ù cc subterfuge. Déjà les premiers édi­ teurs, Savile et surtout Montfaucon se sont donné bien du mal pour discerner l'ivraie du bon grain; mais leur travail est loin d’être complet. Des progrès considé­ rables ont été accomplis récemment par S. 1 Inidacher, dont les nombreuses études, parues entre 1891 et 1908 dnns la Zeitschrijl jilr katholische Théologie doivent retenir l’attention de tous ceux qui s’inté­ ressent à l’étude des homélies de Jean. On trouvera la liste et l’analyse de ces travaux dans Chr. Baur, op. cil., p. 258 sq. On peut distinguer dans l'œuvre de Jean des homé­ lies exégétiques, des discours indépendants, des traitée et des lettres. 2° Les homélies exégétiques. — La plus grande partie des écrits de Jean est formée d'homélies sur les écrit* bibliques ou de commentaires en forme d’homélies. La plupart remontent ù la période antiochienne de son activité. Sur la Genèse, deux séries l’une de neuf, l'autre de soixante-sept homélies : les premières peuvent être de 386; les autres datent de 388 d’après Bauschcn; de 395 selon Tillcmont et Montfaucon. P. G., t. uv, col. 581-630 cl t. un et uv. Sur les livres des Bols : cinq homélies sur Anne, et trois homélies De Davide et Saule, les unes et les autre* de 387. T. uv, col 631-675, 675-708. Sur les Psaumes, nous possédons des homélies sur une soixantaine de psaumes : iv-xn; xuu-xux; cvm-cxvn; cxix-cl, qui datent de la fin de la car­ rière antiochienne. On ne saurait dire avec certi­ tude si Jean avait ou non expliqué tout le psautier. T. LV. Sur Job et sur les Proverbes, les fragment* extraits des chaînes et publiés sous le nom de Jean proviennent dans la mesure où ils sont authentiques d'ouvrages du saint qui ne sont pas des homélies ou des commentaires relatifs A ces deux livres. T. i.xiv, col. 505-656; « t 659710. Sur les prophètes en général, deux homélies De pro­ phetiarum obscuritate, des année* 386 ou 382. T. lvi, col 1 <>3-1 Sur haïe, i-vi, six homélies prononcées les unes à Antioche, les autres A Constantinople.T. lvi. col. 97142. I n commentaire sur Isaïe, conservé en arménien, sauf le début cl la fin, demanderait une étude spéciale Sur Jérémie et sur Daniel, des fragments extraits des chaînes, et qui doivent provenir lorsqu'ils sont authentiques, d’homélies ou de livres différents. P. G., t. lxïv, col. 1038 ; t. lvi, col. 193-2-16. Sur saint Matthieu, 90 homélies prononcées A Antioche vers 390. T. ι.νπ-ι.νιπ. Sur saint Luc, 7 homélie* De Lazaro, probablement de 388 T. χι,νηι, col 963-1054. Sur saint Jean *** homélies qui doivent appartenir A l’année 389 T. ux. 670 Sur les Actes des apêtres. 55 homélies prêchées A Constantinople en 400 ou 401, P. (t., I, lx; de plus quatre homélies Jn principium Actorum Apostolorum. et quatre homélies De mutatione nominum, qui nnl été prononcées à Antioche après Pâque* 388. Ί. u, col. 65112, cl 113-156. Sur les lettres de saint Paul : 32 homélies sur l'épttreaux Romains, t. lx : deux séries de 44 et 30 homé­ lie* sur les épltres aux Corinthien*, t. lxj. auxquelles il faut ajouter 3 homél>s sur l Cor., vu, 1 sq., t. u, col. 207-242, et 3 homélie* sur 11 Cor.,tv, 13, L u, col. 271-302; un commentaire, formé plus tard de passages empruntés A des homélies distinctes, sur l'épttre aux Gâtâtes, t. lxi; 24 homélies sur i'épltre aux Ephésiem»; 15 sur I’épltre aux Philipplens; 12 sur I'épltre aux Colossiens; deux séries de 11 et de 5, sur chacune des épltres aux Thcssaloniciens; deux sénés de 18 et de 10 sur les deux lettres à Timothée; 6 sur I'épltre A Tite; 3 sur I’épltre A Philémon; et 34 sur I’épltre aux Hébreux. Ces diverses homélies viennent les unes d'Antioche, le* autres de Constantinople T. lxh-lxtii. 3· Les discours Indépendants. — Un grand nombre d’homélie*, plus d’une centaine, n'ont pas pour t m* l’explication de Γ Ecriture. Leur contenu est très divers 1. La plupart sont des sermons muraux el ascé­ tiques, parmi lesquels on citera les 9 homélies sur la Pénitence, prêché* en différente* circonstances, t. XUX, col. 277-350, les sermons *rir les caler tes, t. xlviii, col. 953-962; contre les jeux du cirque et les théâtres, t. lvi, coi. 263-270; sur Vaumône, l. u. col. 161-270. 2. D’autres sont dogmatiques et polémiques : ainsi les 12 homélies Contra anomites de incomprehensibili, t. xlviii, col. 701-812, et les huit homélies contre les Juijs T. uvm, col. 843-942. 3. Parmi les sermons pour les fêtes chrétiennes on mentionnera des homélies In natalem Domini, t. xux, col. 351-362, 2 homélies De proditione Judo?, dont l une est le décalque de l'autre, t. xux, col. 373-392; De cruce et latrone, même remarque, t. xux, col.3**3-418; 2 homélies sur Pâques, dont la seconde est d’authenti­ cité douteuse T. l, col. 433-4 12, et. ui, cul. 765-772. 4. Des panégyriques sur les personnages de l’Ancien Testament. Job, Eléatar, les Macchabées, cl sur les saints particulièrement honorés dans l’Eglise d’An­ tioche ; Bomaln. Julien, Pélagie, Berenik·* et Pro*· dnké, Ignace. Itabylai, Philogonc, etc. Les plus remar­ quables de ces discours sont ceux, au nombre de sept, qui ont pour objet les louanges de saint Paul. T. l, col. 473-514. 5. Enfin des discours de circonstance, ceux qui ont assuré au prédicateur ses plus éclatants triomphes, surtout les 21 discours sur les statues, t. xux. col. 15222; les deux discours sur les vanités humaines après la chute d’Eutropc, t. ui, col. 391-414, les deux dis­ cours avant et après le premier exil de Jean T. ui, col. 427-430; 443-148. 4· Les traités. — La plupart des traités, assez courts d’ailleurs, rédigés par Jean remontent A l’époque de son diaconat et tra lent des questions de morale. 1. On signalera d’abord ceux qui s’occupent de la vie monastique: les deux Parnneses ad Theodorum lapsum, entre 371 et 378, L xlvu, col. 277-316; le De compunctione en deux livres, entre 381 et 385 ( ?). I. xlvu, col. 393-422; Advenus oppugnatores vitre monastic#· en 3 livres, entre 381 et 385 (?) T. xlvu, col. 319-3S6. 2. D’autres livres ont pour sujet la virginité et la continence : De virginitate, écrit A Antioche, t. XLvm, col. 533-596; Ad viduam iiuuorem, vers 380, t. xlviii, col. 599-610; De non iterando conjugio, L xlviii, col. 609-620· 671 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), ENSEIGNEMENT THl'OLOGIQUE 3. Le plus célbbre dc tous les traités dc Jean est l'ouvrage en 6 livres de Sacerdotio écrit sans doute à Antioche entre 331 et 385, sous forme de dialogue entre Fauteur lui-même ct un dc scs amis du nom de DaMfe, t xlvu, 623-692; ia meilleure édition est actuellement celle dc J. A. Nairn, De Sacerdotio o/ St Jotin Chrysostome, dans les Cambridge patristic texts, 1906. 4. Sur l’éducation, il faut signaler un petit traité intitulé De cdacandis pueris liber aureus, dans l’édition de Fr. Combe As (1656). Cc traité qui ne figure pas dans P. G., n été publié cn grec par Fr. Schulte, Joannes Chrijsoslomus, De inani gloria el de educandis Uberis, Mfmslcr, 1914. 5. Trois livres Ad Stagiriuma deemone nexalum, écrits entre 3SI ct 385, P. G., t. xlvii, col. 123-191, sont à rapprocher plus par leur sujet que par l’époque de leur composition dc deux autres traités qui parlent aussi dc l’utilité des souffrances : Quod nemo hedilur nui a seipso, t. lu, col. 459-480, ct Ad cas qui scanda­ lizati sunt ob adversitates, t. ui, col. 479-528. Ccs deux derniers livres ont été composés en 405 ou 406 pendant i’exil dc Jean. 6 Deux ouvrages de Jean ont un caractère apolo­ gétique : l’un De sancto Babyla contra Julianum el gentiles, est dirigé contre Julien l’apostat et les païens, t. L, col. 533-572; l'autre Contra Judæos et Gentiles quod Christus sil Deus, est une démonstration par les prophéties dc la divinité du Sauveur. T. XLVin,coI.8l3838. 7. Enfin deux écrits disciplinaires datant des pre­ miers temps dc l’élévation de Jean au patriarcat : Adversus eosqui apud se habent virgines subintroduclas, t. xlvii, col 495-514, ct: Quod regulares feminee viris cohabitare non debeant, t. xlvh, 513-532. 5· Les lellres. — Il nous reste de Jean environ 210 lettres, généralement assez courtes et qui datent toutes de la période dc son second exil (104-107). La plupart de ccs lettres sont des écrits dc consolation ou d'cncourgacment, destinés autant à maintenir intacte l'énergie des amis de l'archevêque exilé, qu'à leur donner de scs nouvelles. Les plus intéressantes sont deux lettres au pape Innocent Ier, P. G., t. ui, col. 529-536, ct dlx-scpl lettres à Olympias, une riche veuve de Constantinople qui s'étnlt montrée pleine de dévouement pour son évêque. T. m, col. 519-623. G* Parmi les Écrits Inauthentiques qui portent le nom de Jean trois doivent être signalés ici, parce qu’il •ont spécialement Importants, ct que le problème de leur origine n'est pas encore clairement élucidé. 1. Le premier est la liturgie dc saint Jean Chrysostome qui est employée clans les églises grccques-catholiques d’Oricnt. Le concile quinisexte de 692 ne connaît pas encore de liturgie dc saint Chry­ sostome; ct l’on ne sait ni de quelle date est cet en­ semble de prières, ni quand on a commencé à y voir l'œuvre dc Jean. Voir les diverses études publiées à ce sujet dans Χρυσοστομιζά, B une, 1908, fasc. 2, en parti­ culier, celle de PI. dc Mccstcr, Les origines el les déve­ loppement. du texte grec de la liturgie de saint Jean Chu, orne, p. 215-357. 2. Un manuel d'introduction biblique, sous le titre de Synopsis Veteris et Novi Testamenti n'a été jusqu'ici publié, et peut-être ne subsiste que dans un texte tacuneux ct fautif, P, G., t. lvî, col. 313-386; l’édition de Montfaucon a été complétée par Brycnnios et par Klostermann rpil ont fait connaître de nouveaux manuscrits dc cet ouvrage, dont l’origine demeure Inconnue E. Klostermann, Analecta zur Septuaginta, Hezapla und palrlsllk 1895, p. 77 sq. : Th. Zahn, Ceschtclde des N. T. Kanons, t. il, p. 326 sq 3. Quint à l’Opus imperledum in Malhgvm voirtuer a re lutin, d'ailleurs incomplet sur le Ier évan- 672 » gile, et qui est généralement annexé aux œuvres de Saint Jean Chrysostome, P G., t. lvt, col. 615-946, c'cst à coup sûr l’œuvre originale d'un écrivain latin sans aucun doute arien el d’origine barbare. On a essayé récemment de le porter au compte de l’évêque goth Maximin. On trouvera les Indications néces­ saires ct la littérature la plus récente dans J. Zclllcr, Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'Empire romain, P iris. 1918, p 171-182. III. L’enseioni ment thîolooique dk Jean Chhysostome. — On sc tromperait du tout au tout, si l’on voulait voir dans Jean un théologien au sens strict dc cc mot. Les controverses ne l'intéressent pas et n'ont aucune prise sur lui. Il vit d'ailleurs à une époque et dans un milieu où il n'y a pas de grand problème à résoudre : au lendemain des luttes sur la Trinité contre les ariens : à la veille des luttes sur l'incarnation contre les nesloriens et les eutychiens. Mais son tem­ pérament suffit ù expliquer l’indifférence qu’il mani­ feste pour la spéculation : il est avant tout homme d'action, prédicateur et moraliste. Il enseigne Λ bien vivre, plutôt qu’à bien penser, confiant que ceux-là penseront bien qui vivront bien. Aussi n'cst-il pas de ceux qui ont fait progresser la théologie. Il est loin d’avoir dans l'histoire des dog­ mes l'importance d’un saint Basile ou d'un saint Grégoire de Nysse. On pourrait écrire cette histoire, sans presque citer son nom, rien ne manquerait pour l'intelligence du développement doctrinal. L’intérêt qu'il y a à étudier la théologie dc Jean est ailleurs, il vient précisément de cc que cette théologie n'est pas la sienne, mais celle de tout le monde, celle dc l'Égllse d’Antioche où il a été élevé ct dans laquelle il enseigne, celle des simples chrétiens qui ne cherchent qu'à bien vivre sans vouloir expliquer les mystères Insondables. 1° Le point de départ de tout l'enseignement de Jean c’cst V Écriture Sainte. Sa prédication esl avant tout une exégèse. S'il n'a pas composé dc commentaire des livres dc l'Anclen ct du Nouveau Testament, il a fait, pour le plus grand nombre d’entre eux, ce com­ mentaire cn le prêchant II n’auiait pas été Antiochien s'il ne s’étalt pas attaché d’abord ù l’explication littérale des textes : dc là l'importance qu’il attribue à la solution des difficultés grammaticales, ù la dis­ cussion des variantes entre les manuscrits, à l’indica­ tion des circonstances historiques qui ont accompagné l’apparition dc tel ou tel livre. Il connaît l’allégOii·, si fort en honneur dans l’école d Alexandrie, mais II préfère de beaucoup l’interprétation littérale qui est plus vraie. In h., r, 22; P. G., t. lvi, col. 23. A propos d'Isaïe, v, 7, il déclare que In sainte Écriture elle-même donne clairement à connaître quand ct où l’cxplica· tlon trnpologique est permise ou même ordonné' : si elle allegorise, clic explique aussi l’allégorie : ibid., col. 60. Sur Isaïe, vî, 6, sq. après avoir mentionné une Interprétation figurée, il poursuit : pour nous, nous nous en tenons a l'histoire : ήμε’ς δέ τέως της Ιστορίας έχόμιβχ. Ibid., col. 72. Malgré ccs déclarations, Jean ne se refuse pas à montrer souvent le caractère allégorique de l’Ancien Testament, ct après avoir donné le sens littéral d’un passage dc montrer comment il peut s’Inicrpr'ter κατ’ ά ou μυστίκως. Le tJT6 e8t pour lui une prophétie voulue par l'Esprit Saint, prophétie qui ne sc distingue dc l'autre que parce qu elle est recouverte non par des mots, ma s par des choses. Horn, vî de pn nit., t. xux, col. 320. Ainsi dit-ll par exemple de I l’arche de Noé : · Tout cela avait une signification mys­ térieuse; c’était une Image dc Γavenir; dans l'arche était préfigurée l’ftpIKe. dans Xoé, le Christ, dans la colombe, le Salm-1.sprit, dans la feuille d'olivier, I t >ur de Dieu pour les hommes. Horn, vî dr I.ar7, t. XLvm, col. 1037. Dc même intcrprttc-t-il le sacri* 673 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), SON ENSEIGNEMENT THÉOLOGIQUE flcc d'Isaac, Hom. xlvii in, Gen., 3, t. uv, col. 432; cf. Expos. in Psalm. XLVI, t. lv, col. 209; l'histoire de Joseph, Hom. lxj* in Gen , 3, t. uv, col. 528, etc. Surtout, ('Écriture Sainte*est pour lui le thème d'un enseignement moral sans cesse renouvelé. Nul n'a su, aussi bien que cet unique directeur d'&mcs, mettre en relief la richesse des leçons morales contenues dans les histoires dc l’Ancien et du Nouveau Testament. Lorsqu'il a expliqué le sens littéral des textes, d passe sans cflort aux conclusions pratiques que do sent vivre scs auditeurs; c'est de la Bible* des paroles du Saint-Esprit, que sc tirent toutes les régies de con­ duite comme d'ailleurs tous les enseignements de vérité : · N’attends pas un autre maître, déclare Jean, tu possèdes les paroles de Dieu; nul ne t’insiruira comme elles. » Horn, ix, in Ep. ad Col., 1, t. lxii, col. 361. Grûrt à la bonté divine, ù sa condescendanc e, les préceptes bibliques sont merveilleusement adaptés à la faiblesse humaine. Horn, xvni, in Gen., 3, t. un, col. 152: cf Horn, ni, in Ep. ad Tit., 2. t. lxii, col. 678. Si les chrétiens ne sont plus tenus à pratiquer ά la lettre les observances Judaïques qui sont périmées, ils doi­ vent sans cesse cn garder l’esprit, car c'est par leur moyen que Dieu a peu à peu élevé l'humanité. Horn, in Psalm. nu, 4, t. lv, col. 217; in Is., i, 4, sq.* t. lvi, col. 19. L’autorité suprême de ('Écriture lui vient de ce qu'elle est inspirée par Dieu. Jean « semble parfois représenter l’inspiration comme un envahissement total par le Saint-Esprit des facultés de l’écrivain, envahissement qui réduirait celui-ci ù un état pure­ ment passif, In Psalm. XLIV, 1, t. lv* col. 181, mais cc n'est pas l’idée qu’il s’en fait d’ordinaire. Il inet précisément cette différence entre la prophétie ct la divination païenne que le devin ou la pythonlsse sont passifs et hors d’eux-mêmes, tandis que le prophète reste maître de soi et conscient dc cc qu’il annonce. Hom. xxix, (η I Cor., 1, t. lxi, col. 211. Il maintient ù l'auteur humain, dans la composition des livres saints, une part qui explique les différences ou même lee divergences* que présentent ccs livres. Homil. u in Malt h., 2, t. Lvn, col. 16.· J. Tixeront, Histoire des dogmes, t. n, p. 12. Cf. S. Haidachcr, Die Lehre des heiligen Joannes Chrysoslomus Qber die Schriflinspiration, Salzbourg* 1897. Nulle part, Jean n’indique expressément quels sont 1rs livres qu’il considère comme inspirés; il semble d'ailleurs que son canon de ΓAncien Testament, aussi bien que celui du Nouveau Testament* soit complet el reçoive les dcutéro-canoniques sans aucune hésita­ tion. Cf. L. Dcnncfchl, Dec altcstamcntlichc Kanon der ontloche ntschen Schule, dans Biblische Sludien, Fri­ bourg, 1909, t. xiv* n. 4, p. 29-44. 2J L'enseignement christologique de Jean mérite de retenir l'attention. On a vu qu’il avait été le disciple dc Diodore de Tarse. Il resta lldèlc ά son ancien maître. Une homélie prononcée avant 392 est con­ sacrée à l'éloge de celui qu’il appelle un nouveau JeanBaptiste. P. G., t lu, col. 761-766. C’est assez dire que sa christologie est celle dc l’école antlochienne, et attire l'attention plutôt sur les deux natures du Verbe Incarné que sur l’unité dc la personne. Pourtant,tandis que Diodore de Tarse ct Théodore dc Mopsuestc s’ef­ forcent dc montrer que l’union des deux natures ne peut être qu'une union morale et non une union phy­ sique, Jean qui est un prédicateur, se contente d’ex­ pressions plus communes, plus populaires ct plus Indéterminées : ainsi sc tient-il cn garde contre les formules précises cl inexactes dc son maître Si Ton peut Tclever chez lui des mots peu corrects, ce n'est qn'cn passant, et tout de suite la foi populaire retrouve le droit chemin : il écrit par exemple que l’humanité est le temple dc la dix n té. Hom. in Psalm. XLiv, 2, DICT Oh T HL JL CAIHUL 674 t. lv* col. 186; qu’elle est sa lente; et il ajoute : il n'y a donc ni confusion, ni disparition des substances, mais cependant par l’union et le rapprochement* le Verbe divin ct la chair sont un, τήένώσει z.al τη σύνα­ ψε,ï Ενέστί/ όΟ-δςλόγος ζαΐ ή σάρς.Comment s accom­ plit cette unité? inutile dc le chercher, le Christ seul le sait : τδ 8έ δπως, μη ζή:ει, ίγέ<το γάρ ώςο!3<ν αυτός. Hom. χι, in Joan., 2 t. lix, col. 80. Le I ils est de la même substance que le Père, της αύτης ούσίας τφ πατρί, Hom. ι, in Matlh., 2, t. lvu, col. 17; il possède en même tempi une chair humaine* qui est semblable ù notre chair pécheresse, mais qui est sans péché tout en étant consubstantielle à la nôtre, Horn, xm* in Ep. ad Rom., 5, t. lx. col. 515, ού εγάρ αμαρτωλόν σάρκα εΐχενδ Χριστός, άλλ’ δμοίαν μέν τη ήμετέοα τη άμα ρω φ άναμάρτητον δε κ4 τη φύσει την αύτην δμοούσιαν ήμίν. Son humanité est une vraie humanité, non pas une apparence,ou une imagina­ tion, ou une ombre, ou une fiction; voilà ce que crient bien haut ses souffrances, sa mort, son tombeau, son dénûment. Car 11 a eu faim, il a eu soif, 11 s’est reposé; il a mangé* il a bu ; il est mort aussi pour montrer son humanité ct la faiblesse dc la nature. In illud : Pater si possibile est, 4.1. u, col. 37sq. Cf. In Joan., hom. xi,2, t.ux, cul.80;hom. lxdi, l,2,col.349sq.;/d.,Lxvu, 1* 2, col. 371 ; id., lxxxvii, 1, col. 474; hom. inascens.,3, Ll* col. 146. 11 est vrai que, si le Christ a connu dc notre humanité toutes les infirmités corporelles, il n’a pas senti peser sur lui le fardeau de ses fa-Lie scs spiri­ tuelles : non seulement le péché n'a pas eu de prise sur lui, mais l'ignorance non plus. Lors même qu'il dit ne pas connaître le Jour du Jugement, il park ainsi par prudence, afin d'arrêter les interrogations Indiscrète· des apôtres. Hom. lxxvii, in Matth., L lvui* coL 702-703. Bien que les deux natures subsistent cn lui sans confusion ni disparition des substances, il n y a pour­ tant qu’un seul Christ : < Hcstant ce qu il était, il a pris ce qu'il n'était pas; ct devenu chair, il est resté Dieu le Verbe* έμενε Οεδς λόγος ών... Il est devenu l’un (homme); cela (l'humanité) d l'a pris; ( autre (Dieu) Il l’était. Ainsi aucun mélange* mais non plus aucune séparation. Un Dieu, un Christ, le Fils de Dieu; cf. 1 Tun., n, 5. Mais quand Je dis un Christ* Je veux signifier une union,non un mélange,&ωβΐνλέγω, ού σύγχυσιν, parce que l’une des deux natures n’est pas changée cn l’autre, mais qu'elle a été unie avec l’autre. » Horn, vu* in Ep. ad Philip., 2, 3, L lxii. col. 231 sq, cf. Hom. vu,cont ano/n .6, t.xlvin.col.765. Jean ne cherche pas ù préciser davantage cc qu’il faut entendre par cette expression cl; Xr ιστός; et sans doute, s’il avait dû l’expliquer, aurait-il penché vers les formules antiochknncs plutôt que vers la termi­ nologie chère à l’Égllse d’Alexandrie. 11 est vrai qu’en 130, suint Cyrille d Alexandrie, pour plaire aux impé­ ratrices ct aux théologiens dc Constantinople* invoqua le témoignage de Jean contre Neslorius; malheureu­ sement les deux fragments qu il eu cite proviennent <1 une homélie d’authentialc douteuse, cl ne disent rien de plus sinon que Dieu le Verbe s est incarné déjà Vierge. Cyrille, De recta fide ad reginas, 1, P. G^ t. lxxvi, col. 1216; cf. Jean Chrysostome* Horn, in natio. Christi, P. G., t. lvi* col. 385 sq. 3° La mariologie de Jean doit nous retenir un Ins­ tant, car elle est plus pauvre que celle dc la plupart de scs contemporains, ct il est remarquable dc voir le peu dc place que tient, dans ses écrits ou dans scs homélies, la Vierge-Mère. On ne s’étonnera pas de no pas trouver chez lui l’expression Ο.οτόκος. L’homélie De legislatore ù la lin dc laquelle cc mot est employé est inauthentique. P. G., t. lvi, col. 409. Le mot était suspect aux thfologkns d Anti. Jir ; ct d’a llcurs Jean n'adopte pas dM\^.iagc le U aie ά/Ορωκοτόκος VIII. —22 675 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), SON ENSEIGNEMENT THÉOLOGIQUE dont la précision inexacte pouvait trop facilement être mal Interprétée. Mais, dans ses homélies sur saint Matthieu et sur saint Jean, il est loin de reconnaître l'éminente dignité dc Marie. Sans doute celle-ci est la mere du Christ, et son File ne la renie Jamais : · Lorsque la femme cric : bienheureux le sein qui t'a porté, Jésus ne dit pas : elle n'est pas ma mère, mais : si elle veut cire heureuse, qu'elle fasse la volonté de mon Père.» Horn. xuv, in Matth.,2, t. Lvn, col. 466. Lors­ qu aux noces de Cana, i) transforme l'eau en vin, Jésus fait cc que lui demande sa mère, par honneur pour elle, pour ne pas paraître la contredire, pour ne pas rougir d'elle devant une telle assistance. Hom. xxii, in Joan., 1, t. ux, col. 134. Enfin, sur la croix, la dernière pensée de Jésus est pour sa mère qu'il confie au disciple, afin dc nous apprendre que Jusqu'à notre dernier souille nous devons avoir soin de nos parents; et Jean ajoute: · Quel honneur fait au disciple 1 Combien celui-ci n'cst-il pas honoré I » Horn. lxxxv, in Joan., 2, t. ux, col. 461 sq. Mais en même temps, Jean insiste sur les sentiments humains dc la Vierge en des termes qui surprennent. Lorsque Marie demande à l'ange comment sc réalisera sa promesse, c’cst qu’elle a des sentiments humains, ά Ορώπινό? τι πάσχει ; cf. la meme expression. Horn., xxi, in Joan., 2, t. ux, col. 130; c’est qu'elle doute dc l'accomplissement du message divin. L'ange pourtant vient l’avertir avant la conception : n’aurait-cllc pas été troublée, si elle n'avait pas été prévenue et si elle s’était tout d'un coup aperçue du miracle : clic aurait pu recourir au couteau ou à la corde pour ne pas porter sa honte : καί γάρ είκος ήν, τό σαφές ούκ εΙΛυΐαν x Iβοiiεύσα<·Oil τι ζερίέαυτης άτοπον, καί έπίβ.όχον : Ot j καί έπΐξίφος, ού φέρουσο?7 τή> αισχύνην. Hom.iv, in .Maith., 5, t. lvii, col. 15. Jean va Jusqu’à dire que la Vierge avait sur son Fils des sentiments bas, Hom. xxi, in Joan., 2, t. ux, col. 131; qu'elle ■'enorgueillissait de son Fils, Hom. xxi, in Joan., 2, t. ux, col. 130; qu’en cherchant Jésus au milieu dc la foule, elle faisait preuve dc beaucoup d'orgueil, parce qu'elle voulait montrer au peuple que cclul-ci lui obéissait. Horn, xuv, in Matth., t. Lvn, col. 465. Λ propos de quoi, saint Thomas d’Aquin fait simplement celte remarque : In oerbis illis, Chrysostomus excessit. Sum. theol., ur, q. xxvn, a. 4, ad 3ara. 4e La Rédemption est le motif suprême dc l’incar­ nation. · Il a pris notre chair uniquement par amour, pour avoir pitié de nous. Il n'y a pas «l'autre cause de Γ incarnation que celle-là. » Hom. v, in Ep. ad Hebr., 1, t. lxiii, col. 47. Deux aspects du salut : l’un positif : • Lt Fils de Dieu s’est fait Fils de l'homme afin que les fils de l'homme devinssent fils de Dieu. · Hom. xi, in Joan., 1, t. ux, col. 79; l’autre négatif, sur lequel insiste beaucoup plus Jean et qui consiste dans ia délivrance du péché, t Nous étions tous sous le coup dc la condamnation divine, nous méritions le dernier supplice. La loi nous accusait et Dieu nous avait con­ damnés. Nous devions périr comme aux jours du déluge; nous étions déjà virtuellement morts, Jésus· C r.U nous a arraches à la mort en sc l vi ant lui-même a la mort. La présence du Christ a arrêté la colère divine. · Hom. n, in Ep. ad G d., 8, t. lxi, col. 646. Les sacrifices de l’ancienne loi étaient incapables d’opérer cette délivrance; par un seul sacrifice, le Christ nous a ■auvés. Horn, xv, in Ep. adHebr.,2. L lxiii, col. Il9sq.: Hom xvii, (n Ep. ad tlebr., 1-3, t. lxiii, col. 129 sq. Pour accomplir notre salut, le Christ s'esten quelque manière substitué à nous. « Pour les nombreux ou­ trage» dont nous l’avons abreuvé, malgré scs blenlaA*. non uulcnicnt il ne nous u pas punis, mais »1 nou* a donné son Fils. 11 l’a fait péché pour nous, c est-à-dlrc il l'a laissé condamner comme pécheur, mourir comme nuiudA. 11 a tait pécheur et péché celui 676 qui ne connaissait même pas le péché, loin de l’avoir commis... Un roi voyant un brigand près de subir sa peine, envoie Λ la mort son Fils unique et chén. Il transporte sur lui non seulement la mort, mais la faute, μετά του θανάτου καί την αΙτίαν μετή/εγκεν; et cela pour sauver le coupable et l’élever ensuite à une grande dignité. · Hom. xi, in Ep. 11 ad Cor., 3 4, t. lxi, col. 478 sq. « Les hommes devaient être punis : Dieu ne l'a pas fait. Ils devaient périr : il a donné son Fils à leur place. » Horn, vn, in Ep. 1 ad Tim., 3, t. lxh, col. 537 Cette substitution a sans doute été faite par le Père; mais clic a été librement et volontairement acceptée par le Christ, et l'on ne saurait dire que le Père ait fail à son Fils un précepte dc mourir : les textes sacrés qui semblent mentionner l'existence d'un tel commande­ ment indiquent en réalité l'accord parfait des volontés chez le Père et chez le Fils. Horn, i.x, in Joan., 2-3, l. ux, col. 330 sq. C'est par amour que Dieu nous a sauvés : «Si, en effet, personne peut-être ne voudrait mourir pour un homme vertueux, considérez l'amour de notre Sauveur qui est mort pour des pécheurs et pour des ennemis. Je vois là deux, trois, une foule de bienfaits. Il est mort pour des impiesI il nous a récon­ ciliés, sauvés, Justifiés, rendus immortels, fils et héritiers de Dieu. S’il n’avait fait que mourir pour nous, ce serait déjà une grande preuve d'amour. Mais en mourant, il nous prodigue de tels dons, et à de tels misérables que ce bienfait défie toute hyperbole et doit conduire à la foi même le plus insensible. » Hom. xxvï, in Joan., 1-2, t. ux, col. 158 sq.; cf. Hom. xv, in Ep. ad Rom., 2, t. lx, col. 543; Hom. xx, inEp.ad Ephes., 2, t. lxh, col. 137. Le sacrifice du Christ a une efficacité surabondante : • Un créancier met en prison un débiteur qui lui devait dix oboles — et non pas lui seulement, mais sa femme, scs fils et ses serviteurs. Un tiers survenant donne les dix oboles, et en plus dix mille talents d’or... Le créan­ cier pourrait-il encore se souvenir des dix oboles? Ainsi pour nous. Le Christ a payé plus que nous ne devions, autant que l'Océan surpasse en grandeur une goutte d'eau.» Horn, x, in Ep. ad Rom., 2, t. lx, col. 477 ; cf. Horn, xvn, in Ep. ad Hebr., 2, t. lxiii, col. 129. H n'y a rien en tout cela de très original. Jean exprime, au sujet dc la Rédemption, les idées dc son époque, insistant surtout sur le caractère expiatoire de la mort du Christ cl sur le rachat du péché. Son admirable éloquence, son ardent amour pour le Christ, donnent seulement à scs idées une forced une puis­ sance que l'on ne rencontre pas ailleurs. Cf. J. Rivière, Le dogme de la Rédemption, Essai d'étude historique, Paris, 1905, p. 180 sq. 5° Plus importante à étudier est la théorie de Jean sur le péché originel et sur la grâce. Dès 415, Pélage dans le Dénatura, citait un passage dc Jean en faveur de sa doctrine. En répondant à l’hérétique, saint Augustin, qui connaissait encore mal les œuvres de l’archevêque de Constantinople, se borna à dire que le passage invoqué ne prouvait rien contre la doctrine catholique. De natura el gratia, 64, P. L., t. xuv, col. 285. Lci années suivantes, les pélagiens conti­ nuèrent à se servir dc l’autorité dc Jean. L'un des leurs, Anlanus traduisit en latin plusieurs de scs homé­ lies entre 415 et 119; les auteurs du Libellas fldei et Julien d’Éclane, en 418, employèrent surtout l’homélie ad neophytos, pour démontrer leur thèse. Le passage r iplt ü d< cette nélle était nt 8ιά το καί ά - ) ι3.α βαπτίζομεν, καίτοιάμαρτήματαού/ ίχοντα, Dans saint Augustin, Contra Julian., i, 6, 22, P. L., I xuv, col. 656; ce que Julien traduisait : hac de causa etiam infantulos baptizamus cum non sint coin· çuinali pcccato. Naturellement Augustin, en répon­ dant à Julien, ic buta de rétablir le pluriel du texte 677 JEAN GIIHYSOSTOME (SAINT), SON ENSEIGNEMENT THÊOLOGlQUE original, cl d'expliquer qu’il s'agissait non du péché originel, mais des fautes personnenes; et II ajoute cette Importante remarque : At inquies: Cur non ipse addidit propria? eue putamus, nisi quia disputans in catholica ecclesia non sc aliter intellegi arbitrubatur,lah qiuestione nullius pulsabatur, oubis nondum litigantibus securus loquebatur. Contra Julian., i, 6, 22. Puis, prenant à son tour l'olTousivc, Augustin verse au débat d'autres passages dc Jean destinés A prouver, selon lui, la fol de celui ci au péché originel. Ces passages sont les suivants, a) Eplst. m, ad Olymp. : quando enim Adam peccavit poenas tuebat, P. G., t, lh, col. 574; la même citation est reprise par Augustin, Op. imper/, contra Julian., 1, 42; vi, 7, 9, 26, 41 ; b) Hom. de resus­ citatione Laxari · /Icbtd Christus — diabolus fecit esse mortales; celte homélie, dont le texte grec est perdu, ne figure pas dans P. G. On en trouvera lu traduction latine, probablement d’Anianus, dans les anciennes éditions de Jean, par exemple édit. Filler, Anvers, 1614, t. m, p. 109; il est probable d’ailleurs que l'homé­ lie est apocryphe; c) Scan. m, in Gen., 2, P. G., t. uv, col. 592 : limemus bestias el pavemus...; hoc unum signum...; quumdiu...; d) Horn, ad ncophyl. : έρχεται άττζξ ό Χριστός. ςδρεν ήμώ> χειρόγραφον πατρώου 6 τι έγραφε / ό Άδτμ. 'Εκείνος τά'/άρχην εΐζήγχγε του χρέους, ήμε ς .ό/ δζ εισμόυ ηύξήσαμτν ταις μεταγενεστίραΐς άμαρτίαις t'dil. llaidachcr, E ine unbeachtele Rede des hl. Chrifsostomus an Neugelau/lc, dans Zeil· schri/l filekatholische Théologie, 1904,1, xxxvin, p. 185; Hom. x, in Ep. ad Rom., 1, 2, 4, P. G., t. lx, col. 475-6; 479-80. Voir saint Augustin, Contra Ju­ lian., i. 6, 23-28. Si Pélage et les siens n'avaient pas le droit dc tirer à eux l’autorité de Jean, il faut reconnaître pourtant que ses expressions sont beaucoup moins claires que celles dc saint Augustin, et que plusieurs fois leur imprécision laisse place à quelque hésitation. Ainsi Jean écrit : « l es âmes des justes sont dans la main de Dieu; si les âmes des justes, donc aussi celles des enfants, car dies ne sont pas pécheresses : ού γάρ έκεΕαι πονηροί. » Hom. xxvni, in Matth., 3, t. lvii, col.353. Ailleurs il cxpliqucle mot άμαρτωλυΜο Horn , v, 19 non dans le sens de coupables, mais dans celui d’hommes condamnés au supplice et à la mort : τί oSv Οχ & τωλοί; έμοί 8οχβΐ τό υπεύθυ­ νοι κολάσει καί κα. .δεδκασμέ,οι Οχ',ά-φ. "Οτι μέν ού> τού Άδχμ άποΟχ.όντος, πάντες έγενόμΛα θνητοί, ΠΎφώς κζΐ διά πολλών ίδειςε, τό δέ ζητούμε/ον, τίνος ί>εκε/ τούτο ^έγονεν. Hom. χ, in Ep. ad Rom., 3,1, lx, col 477; cf. id. 1, col. 474. Pourtant dans la môme homélie, il écrit encore ; « Adam est le type dc JésusChrist. Comment cela, dis-tu? Parce que, comme Adam pour scs descendants, bien qu’ils n’aient pas mangé (du fruit) dc l’arbre, est devenu la cause dc la mort qui a été introduite par la nourriture, ainsi le Christ, pour scs descendants, bien qu'ils ne soient pas Justes, καίτοι γε où δίκαιο πρχγήοασι, est devenu cause dc la Justice qu'il n donnée à nous tous par sa croix. > Hom. x, in Ep. ad Rom., 1. t. lx, col. 475. Et dans l'homélie aux néophytes que cite saint Augustin, nous l'avons entendu tout Λ I heure parler de · l'obli­ gation paternelle écrite par Adam, du commencement de dette que nous avons augmenté par nos péchés postérieurs. » Jl n'y a pas, en tout cela, de theorie précise du péché originel; et cc qui reste le plus certain c’cst que la mort est l'héritage de la faute d'Adam, sans qu’on ait le droit dc parler d’une déchéance quelconque de la nature humaine. Le premier homme avait été créé immortel par Dieu: • Son corps n’était pas corruptible ni sujet à la mort; mais comme une statue d'or sortant dc la fonderie et jetant un éclat resplendissant, ainsi co corps était 678 exempt de toute corruption; aucune peine ne le char­ geait, aucun effort ne lui coûtait » Hom xr, ad pnpul. antioch., 2, P. G., t. xux, col 121. Il ne Mit pas pro­ filer dc son bonheur et mésusa de sa liberté pour faire le mal L’humanité cependant n’a pas été maudite par Dieu, qui au cours des siècles l’a instruite avec condescendance. En particulier, notre liberté reste entière, nous sommes responsables de nos actes; nous choisissons nous-mêmes notre règle dc conduite : c'est l'un des points sur lesquels Jean insiste le plu*. Lors­ que le corps est devenu mortel, Il a reçu la concupis­ cence; mais la concupiscence n’est en soi ni une faute ni un péché. • Lorsque le corps devint mortel, nécessairement 11 reçut aussi la concupiscence, la passion, la tristesse, et toutes les autres faiblesses, qui réclament de notre part beaucoup de philosophie, si nous ne voulons pas qu’en nous la raison soit submergée dans les abîmes du péché. .Mais tout cela n’élalt pas le péché même; seulement leur démesure opérait le péché, si on ne la soumettait pas au frein. » Hom. xui, in Ep. ad Rom., 1, t. lx, col. 507; cf. Hom. xix, in Gen., 1, t. un, col. 158 sq.; Horn, xx, in Gen., 3, ibid., col. 169. Si l’homme reste entièrement libre dc faire le bien et le mal, quelle part reste-t-il pour la grâce de Dieu? Jean estime que la grâce est offerte à tous : seulement les uns l’acceptent, d’autres la rejettent; ceux-ci sont des vases dc colère; ceux-là des vases de misc ric< rde. Dieu n’est pour rien dans cette attitude des hommes vis-à-vis de sa grâce : < D'où vient donc que les uns sont des vases dc colère, les autres des vases dc misé­ ricorde. De la volonté propre dc chacun. Dieu, qui est très bon, manifeste sa miséricorde, la même sur les uns et sur les autres; il n’a pas pitié seulement des sauvés, mais aussi de Pharaon, du moins en partie. Ceux-là comme celui-ci sont l’objet dc la même longa­ nimité. Mais si Pharaon n’a pas été sauvé, cela a dépendu de lui; pour cc qui vient de Dieu, Il n'n pas reçu moins que les sauvés. » Horn, xvi, in Ep. ad Rom., 9, t. lx, col. 561; cf. Hom. xvra, in Ep. ad Rom., 5 l. lx, col. 579. Cependant, la grâce ainsi offerte à tous, acceptée par les uns, rejetée par les autres, est nécessaire pour que les hommes accomplissent des œuvres vraiment méritoires. Son influence se fait sentir dans toute les circonstances de la vie, non pas seulement dan* les difficultés et dans les dangers, mais dans les choses mêmes qui paraissent le plus faciles à faire; en toute occasion elle apporte son concours, πανταχου την παρ' έαυτης είσφέ.ει συμμχχίαν. Horn, xïv, in Ep. ad Rom., Ί, t. lx, col. 532 ; cf. Horn, xxv, in Gen., 7, t lui, col. 228; Horn, i, in Ep. ad Ephes., 2, t. lxh, col. 13. On pourrait se demander encore si la grâce est tellement Indispensable qu’elle soit au point de départ de notre mouvement vers le bien. Cf. Horn, xxv, in Gen., Ί, t. un, col. 228 sq.; Horn, xn, in Ep. ad Hebr., 3, t. lxiii, col. 99. « Le bien dépend dc nous, écrit Je an, et il dépend aussi de Dieu. 11 faut d’abord que nous choisissions le bien, et lorsque nous avons choisi, alors lui nous accorde ce qui vient de lui (τά πιρ* έαυ: ·>*/). Il ne devance pas nos volontés, afin de ne pas maltrai­ ter notre libre arbitre; mais une fois que nous avons choisi, il nous accorde un immense secours.» Hom x, in Joan., 1, P. G., t. ux, coi. 73. Dc même, on pour­ rait sc demander comment il faut entendre la prédes­ tination. Cf. Hom. i. in Ep. ad Ephes., 2; P. G., t. lxu, col. 21 sq. Jean ne résoud pas toutes ccs questions, qu’il n’aborde jamais ex pro/esso, mais qu’il rencontre sur son chemin, à l’occasion d’un texte scripturaire, cl qu’il expose plutôt en moraliste soucieux d'exciter scs aud.leurs à l'action personnelle cl à I’tilorl intensif qu'en théologien préoccupé de l'exactitude des terrnM 679 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), SON ENSEIGNEMENT T1IÉOLOG1QUE et de la précision dos formules. II est certain qu'en général il insiste sur la toute-puissance de la liberté humaine, avec un optimisme tout à fait opposé aux doctrines austères de saint Augustin ; et Ton comprend que les pélagiens aient été tenté d'attirer à eux l’auto­ rité d'un tel homme. Pour le juger de manière exacte, il faut se rappeler les conditions dans lesquelles il parlait, l’éducation qu'il avait reçue, le milieu à qui il s'adossait, et que. Jusqu'alors, le problème de la grâce l'avait pas encore été discuté par des théologiens. Il semble bien d'ailleurs qu’une étude détaillée de l’en­ seignement de Jean sur ccs graves questions devrait être entreprise, et qu'il y aurait utilité et intérêt à présenter un tableau exact de son anthropologie. Cf. Th. Fôrstcr, Chrysoslomus In seinem Vcrhùllniss zur antiochenischen Schule. Eln Beilrag zur Dogmcngetehichte, Gotha, 18G9. 6· On s'arrêtera peu sur Vecclésiologie de Jean, parce qu'elle n'oflre rien d'original. L'Église, dit-il, est l’épouse du Christ, qui sc l'est acquise par son sang, Hom. xi, tn Ep. ad Ephes., 5, t. lxii, col. 87; elle est unique et elle doit rester une : le schisme qui la divise n’est pas moins coupable que l’hérésie qui altère sa foi; elle est catholique, c’est-à-dire répandue dans le monde entier; elle est indestructible et éternelle, étant le fondement et la colonne de vérité. Hom. xi,in Ep. / ad Timoth., 1, t. lxh, col. 854. Les chefs de l’Église sont indépendants du pouvoir civil, et peu d'auteurs ont Insisté autant que Jean sur la dignité et l’autorité de leur ministère : « Autre est le domaine de la royauté, écrit-IJ, autre celui du sacerdoce, el celui-ci l’emporte sur celui-là... Le prince a pour fonction d’administrer les choses temporelles; le droit du sacerdoce lui vient d’en haut. » Et un peu plus loin : i II ne t’est pas permis, o roi, de brûler de l’encens sur le saint des saints; tu outrepasses les limites (de ton pouvoir); tu vends ce qui ne t’a pas été donné... cela ne t’appartient pas, mais à mol. » Hom. w,in illud. VidlDomZntnn, 4,5,1. lvi, col. 125sq. La primauté a été confiée par le Christ à saint Pierre, et Jean ne tarit pas d'éloges sur l’apôtre pri­ vilégié. Saint Pierre, dit-il, « est le premier, le cory­ phée, la bouche des apôtres, le prince des disciples, la base et le fondement de l’Église, celui qui est préposé à l’univers et à qui le soin de tenir le trou­ peau a été confié, dont saint Paul lui-même a reconnu sans hésiter la supériorité et le pouvoir. · Hom. m, de psemt.,4,1. xux, col. 298; Hom. xxxn, (n Matth., 3, t. Lvn, col. 380; Horn, xxui, in Joan., 3, t. ux, col. 142; Hom.*xn,in Act.Ap., 1, t. lx,co1. 171 ; Hom. xxiXj In Ep. ad Hom., 5, t. lx, col. 660; etc. Tous ces titres épars se trouvent réunis en un passage carac­ téristique : ό οδν Πέτρος, ό κορυφαίος τού ·// ρ'Λ, τδ σ ύμι -ώ·/ Αποστόλων Απάντων, ή κεφαλή :\ς φρχτρΐ ; (κείνης, δ τής οΐχομέ./,ς άπίστ, · ο ά:η;, δ θεμέλιος τής έκκ> ησίας, δ Οερμδ; έραστής τού Χριστού. Horn, in illud : hoc scitote, 4, t. lvi, col. 275. C’est une autre question de savoir si la primauté de Pierre a passé à scs successeurs. Il semble que Jean ne se la soit pas posée, du moins dans les termes où nous la posons maintenant et où la posaient déjà â la fin du ivr siècle les occidentaux. Lorsque l’arche­ vêque déposé écrit au pape Innocent Ierpour lui deman­ der d'intervenir en sa faveur et de maintenir la com­ munion avec lui, cette démarche n’est pas nécessaire­ ment ù Interpréter dans le sens d’une reconnaissance de la primauté romaine. Dans ses autres écrit®, on ne trouve rien en faveur de l’autorité pontificale. CL M J gle, Saint Jean Chrysostnme el ta primauté de saint Pierre, dans Échos d'Orirnt, 1908, t. xi, p. 5-1^; 5. J an Chrysostom? el lu primauté du pape, dans Éch* a Orient, (bld., p. 193-202. 7· Au sujet des sacrements, nous nous contenterait C80 de signaler lu position prise par Jean relativement û [’Eucharistie et Λ la Pénitence. 1. On a donné à Jean le titre de Doctor Eucharistie; et de fait, l’eucharistie tient dans sa prédication une place extrêmement importante. On sent, à le lire, qu’il tient à donner à ses fidèles une haute idée du sacrement du corps et du sang du Christ, afin qu'ils en fassent l'aliment quotidien de leurs âmes. Cc qui frappe surtout, dans ses homélies, c'est la puissance du réalisme : le corps eucharistique du Christ est le même que son corps historique : « Le Christ ne s'est pas donné seulement à voir à ceux qui le désiraient, mais à toucher, à manger, à broyer entre les dents quant à sa chair, à assimiler; il u comblé tout désir. * Hom. xlvi, in Joan., 3, t. ux, col. 260.«Rendons-nous à Dieu en tout, et ne lui opposons aucune difliculté, quand même son affirmation paraîtrait contraire à nos raisonnements et à nos sens. Que sa parole soit plus souveraine que nos raisonnements et que nos sens. Soyons ainsi devant les saints mystères; n'ayons pas de regard seulement pour ce qui est sous nos yeux, mais ayons présentes les paroles du Christ. Son dis­ cours est infaillible, notre sens est faillible... Puis donc que le discours porte : ceci est mon corps, rendonsnous, croyons, voyons le corps avec les yeux de l’intel­ ligence. Car le Christ ne nous a rien donné de sensible, mais dans les choses sensibles tout est Intelligible.. Combien qui disent : je voudrais voir sa forme, son aspect, ses vêtements, scs chaussures. Mais voici que tu le vois, lu le touches, tu le manges. Tu ne désires que voir ses vêtements, mais il sc donne lul-nicme à toi, non à voir seulement mais à toucher, à manger, â incorporer. > Hom. lxxxii, in Matth., 4, t. LVin, col. 7. « Cc qui est dans le calice est cela même qui a coulé du côté du Christ, et à cela nous participons.., cc que le Christ n'a pas souffert sur la croix, il le souille pour toi dans l'oblation, et il consent à cire rompu pour rassasier tous (les fidèles)... Quand le corps du Christ t'est présenté, dls-toi à toi-même : C'est ce corps qui, percé de clous et battu de verges, n'a pas été lu pi ie de la mort ; c'est de cc corps ensanglanté, perce pur la lance qu'ont jailli les sources salutaires du sang cl de l'eau par toute la terre... Et ce corps il nous l’a donné à prendre dans nos mains, à manger, geste d’amour infini. » Hom. xxiv, in Ep. / ad Cor., 1, 2, 4, t. lxi, col. 200 sq. Cf. Hom. ni, in Ep. ad Eph., t. lxu, col,27. Le réalisme de ces passages a choqué parfois les théo­ logiens protestants, que l'on s’attendrait à trouver moins faciles à scandaliser : ainsi Loofs qui écrit : • 11 parle de la présence du corps et du sang réels du Christ, d'une manière si étonnamment massive, en un sens si grossier, s’exprime avec si peu de tact, et un manque si complet de sens moral pour parler de l’ac­ tion de la parole consécratrlcc, qu’il n’est pas surpre­ nant que tout le monde soit d’accord à reconnaître en Chrysoslomc le docteur de la présence réelle du vrai corps et du vrai sang du Christ (art. Abendmahl, dans Realencyclopûdie filr p rotestant ische Théologie und Kirche, 3· édit., t. î, p. 51). » On ne saurait en efict prendre à la lettre ce que dit Jean du corps eucharis­ tique du Christ, pulsqu’en réalité cc sont les seule espèces qui sont rompues, divisées, etc., et non le corps du Sauveur. D’ailleurs Jean lui-mênie sait très bien que, dans la sainte communion, chacun reçoit le corps entier du Christ, et non pas seulement un fragment Hom. l in Matth., t. LVin, col. 507; Hom. xvii, (n Ep. ad Hebr., t. lxiu, col. 131. Le corps cl k sang de Jésus-Chrlst sc rendent pré­ sent s dans 1 tuiharhlie pur une conversion. Jean ne i l pas la tliéorie de celle conversion, mais il en i γ la réalité : < Le Christ est présent, le même Ίst qui jndi» ht dr.-scr la table (de la cène) a dressé pour vous celle-ci. Car ce rfcsl pal un homme qui a C8t JEAN GliinbOSTOME (SAINT), SChN ENSEIGNEMENT THEOLOGIQUE fait que les oblata deviennent corps et sang du Christ, mais bien le Christ lui même crucifié pour nous. Le prêtre est là qui le représente et prononce les solen­ nelles paroles; mais c’cst la puissance et la grâce de Dieu (qui opère). Ceci est mon corps, dit-il. Cette parole transforme les oblata... Cette parole n’a été dite qu’une fols ; et sur chaque table dans les églises, depuis cc jour jusqu’aujourd’hui, Jusqu’au retour du Sauveur, elle opère le sacrifice parfait » Hom. î, de prodit. Jud., 0, t. xux, col. 380. · Les oblata ne sont pas œuvre de hi puissance humaine; celui qui les a faits alors, dans ce repas, c’est encore lui qui les fait maintenant. Nous tenons la place de serviteurs; celui qui les sancti fle et les transforme, c’est lui. · Hom. lxxxii, in Matth., 5, t. lviii, col. 744. On ne relèvera pas Ici le témoignage de la lettre à Césaire, P. G., t. lu, col. 555-560. sinon pour rappeler que cette lettre est inauthentique ; cf. Lcquien, Dissert. Damas., m, P. G., t. xav, col. 315-322. L’eucharistie, en lin, est considérée par Jean comme un sacrifice, sacrifice non sanglant, Horn, in illud : Vidi Dominum, 6, t. lvi, col. 138, figuré par les sacri­ fices de l’ancienne loi, en particulier par celui de Melehl τράπεζαν τούτην, ή: κοινών ο μεν άπαντες, τόν δι’ ήμχζ σφαγέντα Χριστόν, τό θύμα τό έπ' -χύτης κείμενο;. Hom. vin, in Ep. ad Rom., 8, t. lx, col 465; cf. De sacerdot., 3, 4, t. xlviii, col. 42; Hom. χιν, in Ep ad Hebr., 1, t. lxiii, col. 111. Notre sacrifice est le même que celui du Sauveur : la messe esl la comméinoralson de In mort du Christ : · Quoi donc, n’olïr ns-nom pas chaque jour? Si, nous offrons; mais en faisant mémoire de sa mort; et il y a une seule (victime) et non pas plusieurs. Comment cela, une seule el non plusieurs? Car elle a été offerte une fols, comme celle (qui est oITcrte) dans le Saint des saints. L’une est le symbole de l’autre. Car nous offrons tou­ jours h* même (Christ); non pas aujourd’hui un agneau et demain un autre; mais toujours le même, de sorte qu’il y a un seul sacrifice... Notre grand prêtre c’cst celui qui offre le sacrifice qui nous purifie. Nous offrons encore aujourd hui le sacrifice qui a été offert alors... Nous n’offrons pas un autre sacrifice, comme jadis le grand prêtre, mais toujours le même, ou plutôt nous faisons la mémoire du sncrifler :ούκάλλην Ουσίαν, καθάπερ ό άρχιερεύς τότε, άλλά τήν αυτήν αεί προσφέρομεν, μχ,λον δέ άνίμνησιν έργαζομεΟα Ουσίας.· Horn. χνιι, in Ep. ad Hebr., 3, t. lxiii, col. 131. CL Ado. Jud., 3, 4, t. xlviii, col. 8G7; Horn, xxi, in Act. Ap., t. l x. col. 170 . Il serait très facile d'allonger considérablement la liste de ccs témoignages. Peu d’auteurs autant que Jean ont insisté sur l’eucharistie et sa place dans la vie chrétienne. Il lui arrive parfois d’employer un langage peu correct; il s’exprime en orateur soucieux avant tout de se faire comprendre et d’exciter l’amour de scs fidèles pour le Christ présent dans son sacrement: de là certaines expressions qui ne doivent pas être prises trop à In lettre. .Mais dans l'ensemble son ensei­ gnement a pour nous une importance capitale à cause de la place qu’il reconnaît à l'eucharistie dans la vie de l’Église et des fidèles. 2. La doctrine de Jean relativement à la Pénitence présente de plus grandes difficultés. Non pas qu’il nie le pouvoir des clés, et qu’il ne reconnaisse pas à ΓÉglise le droit divin de remettre les péchés. Il connaît, tout aussi bien que les grands Cappadociens par exemple, la longue série des ( pi cuves qui constituent la péni­ tence ecclésiastique, cl il sait que ces épreuves tirent leur efficacité cl leur vertu de la contrition qui les accompagne : « Ne parlez pas ici de cruauté et d’inhu­ manité; c'est au contraire effet de bonté, excellence b82 du traitement médical, preuve de sollicitudo. Mais 11 ont expié assez longtemps, dites-vous. — Voyons, combien? — Un an, deux, trois. — Ah! Il s’agit bien de temps et de durée : c’est le redressement de l’âme que je cherche. Montrez-le moi, montrez-moi qu’ils sont contrits, qu’ils sont changés, et tout est dit. .Mais s’il n’a y pas cela, le temps ne sert à rien. Nous ne demandons pas en effet si la blessure a été souvent pansée, mais si le pansement a fait du bien. S’il a pro­ duit son effet, même en très peu de temps, qu’on ne l’applique plus. Mais s’il n’a rien produit, même après dix ans, il faut encore le remettre; le moment de débander, c’est l’état du blessé qui l’indique. » Hom. xiv, in Ep. Il ad Cor., 3, L lxi, col. 502; cf. Ad Theod laps., î, 6, 7, t. xlvii, 281 sq. La question est surtout de savoir quelle attitude Jean adopte vis-à-vis de la confession. Il faut bien reconnaître que la plupart des textes que l’on a cou­ tume de citer à cette occasion sont tout au moins imprécis, et peuvent s’interpréter plus facilement d’une confession à Dieu que de la confession sacramentelle faite à un prêtre. Dès la période de la prédication anliochlcnne, Jean insiste sur la difficulté du ministère sacerdotal, à cause de l’ignorance dans laquelle se trouve le prêtre ou l’évêque des misères spiri­ tuelles des fidèles :· Les infirmités et les blessures des âmes ne se voient pas; elles ne viennent pas d’ellesmêmes à la connaissance de l’évêque. Souvent le mal lui reste caché, car nul d’entre les hommes ne sait ce qui se passe dans l’homme si ce n’est l’esprit de l’hominc qui est en lui. Surtout, il n’a pas, pour appliquer ses remèdes, les facilités et la liberté dont dispose un simple berger. Celui-ci ne rencontre Jamais de résis­ tance : qu’il faille lier, brûler, couper, retenir à l'étable, écarter du pâturage ou de l'abreuvoir, dès qu’il le croit nécessaire rien ne l’empêchera de le faire. Mais pour l’évêque, une fois acquise la connaissance du mal, l’embarras, au lieu de diminuer, augmente : ses agneaux sont d’un traitement si difllcilel Avec eux aussi, 11 peut y avoir à lier, à priver de nourriture, à brûler, à couper, mais l’acceptation et l’efficacité de la méde­ cine dépend ici des malades et non du médecin. · Cf. De sacerdot., u, 2-4, t. xlviii, col. 635; cité par P. Galticr, Saint Jean Chrysostome et la confession, dans Recherches de Science religieuse, 1910, L i, p. 229. Cf. Horn, n, de prenit., 1, t. xux, col. 285; Hom. ni, de panit., 4, t. xui, col. 297; Horn. ivf in Lazar., 4, L xlviii, col. 1012. Peut-être cependant le passage du De sacerdot. qu’on vient deciter suppose-t-il, plus qu'il ne l'exclut, lu confession; cf. P. Galber, art. cit., p. 323 sq., et quelques textes de la même période antiochicnne seraient-ils de nature à fournir au moins des indices de l'existence d’une confession auriculaire, ainsi dans l’?w/n. xxiv, in Joan., 3, P. G., t. ux, col. 196 sq., les multiples exhortations qui sont faites de ne pas rougir des hommes, de ne pas dissimuler à l'homme l’acliou ou la pensée coupable que l'on s’est permise et qui n’échappe pas au regard de Dieu, d’appliquer sans crainte, même aux fautes secrètes, les remèdes de la pénitence et de guérir ainsi scs blessures. Malgré tout, In pensée de Jean est loin d’être claire: et si l’on ne connaissait pas par ses contemporains la discipline pénitent idle en usage à la fin du iv· siècle, on aurait peine à croire, d’après le témoignage imprécis de Jean, à l’existence d’une discipline aussi strictement réglée. En arrivant à Constantinople, Jean se trouva en face de circonstances spéciales. A la suite d’un scan­ dale dont les circonstances sont mal connues, son pré­ décesseur Nectaire avait été amène a supprime. . fonction de prêtre pénitencier. Socrate, Hi t. i.ccl.,\ , 19, P. G., t. lxvii, col. 613. Jean cependant était disposé à 6SJ JEAN CIIRYSOSTOME (SAINT), LE PKÉDICATEI H ET LE MORALISTE l’indulgence envers les pécheurs repentants : l’évêque no va tien de Constantinople Sisinnius lui reproche d avoir dit : Mille fois, s’il le faut, faites pénitence, ct vous aurez accès aux saints mystères.· Socrate, Hit. Ecrl., vi, 21; ct l’acte d'accusation présenté contre lui au concile du Chêne porte, comme septième grief: « Il encourage A pécher; s’il vous arrive de pé­ cher une seconde fois, enselgne-t-ll, faites pénitence une gronde fols; chaque fois que vous aurez péché, venez me trouver, ct je vous guérirai. » Photius, Hibl,. 59, P. G., t. an, col. 112. Ccs deux témoignages < attestent également la persistance A Constantinople, sous l’épiscopal de Jean, d’un régime pénitentiel com­ portant l’intervention de l’évêque. Était-ce le régime de la pénitence publique avec confession préliminaire des fautes A expier? ou bien y faut-il voir la confession strictement privée, dégagée de tout l'appareil pénltenticl? Celte seconde hypothèse s’impose à quiconque admet la disparition depuis Nectaire de toute péni­ tence publique : son successeur n’a pu recommander el pratiquer que la confession au sens précis ct technique que nous donnons aujourd’hui A ce mot. · P. Gailier, /oc. ci/., p. 221 sq. Ajoutons d’ailleurs que le reproche fuit à Jean pnrsescnnemisd’avoirindiscrèlemenl multi­ plié le pardon ecclésiastique témoigne clairement que la pratique en question était tout A fait insolite à l'époque. El puis comment sc falt-il alors que les écrits de la période constantinopolitaine, il ne soit jamais question d’une autre confession que de celle qui est faite A Dieu? L'Ao/n.ix, in Ep. ad Hebr., est particulièrement expli­ cite à ce sujet : t Avant de savoir qu’il est possible de se purifier par la pénitence, la pensée qu’il n’existait pas de second baptême nous remplissait d’anxiété ct nous jetait dans le désespoir. Mais maintenant que vous savez en quoi consiste la pénitence ct la rémission des péchés, cl que nous pouvons échapper à tout si nous voulons la pratiquer comme il faut, quelle excuse aurions-nous de ne pas même penser A nos fautes? Si nous faisions cela, tout serait gagné, car avoir passé la porte c’est être déjà entré : de même celui qui pense à scs péchés. S’il les passe en revue chaque Jour, il en obtiendra sûrement guérison. Mais s’il se borne A dire : je suis pécheur, sans les passer en revue l’un après l’autre, pour dire : J’ai fait tel ou tel péché, il n’en viendra jamais à bout; sans cesse il se confessera (pécheur); mais jamais 11 ne travaillera sérieusement A sc corriger. > Hom. ix, in Ep. ad Hebr., 4, t. lxiii, col. 81 ; ci. Hom. xxxi, in Ep. ad Hebr., 3, t. lxiii, col. 216· Il faut bien avouer que les formules de Jean sont obscures et prêtent A controverse. SI le dernier de ceux qui, à ma connaissance, ont étudié le problème, le P. Gailier croit pouvoir conclure que Jean parle de la confession sacramentelle ct en recommande l’usage, les Indices qu’il relève sont trop ténus pour forcer l’assen­ timent et dirimer A jamais la controverse. Après lui, j’ai tenu à signaler les plus caractéristiques de ces indices Malgré tout, on demeure frappé du peu de place que lu ni, dans la prédication de Jean, tant A Constantinople qu’A Antioche, la pénitence sacra­ mentelle; cl 11 semble qu’au lieu de vouloir tirer A sol des textes diilv lis il est plus sage de conclure avec Petau Quanquam multa sunl a tandis Patribus, præsertlmque a Chrysoslomo in homiUis aspersa, qua·, si ad exadse veritatis regulam accommodare volueris, boni tensus inania videbuntur : quippe declamatorio illo more ad imperitum /ere multitudinem, exaggerandi causa, et subito quodam impetu dicendi ac calore profusa feruntur plerumque licentius. Unde ea aliorum comparatione locorum vel conciliorum potius ac Patrum 'tmperanda* et in gyrum ventatis revocanda sunt. Dia· l?iba de prnitentiee vetere disciplina, { IV; P. G., t xui. col IU36. 684 8° l.'eschatologic de Jean ne donne pas lieu à grandes remarques, car clic est conforme A celle de toute l’école antiochienne, cl a son point de départ dans l’interprétation littérale de l’Écriturc. Les Ames des justes entreront nu ciel immédiatement après leur mort. Horn, de beato Philog., vr, 1, t. xlviii, col. 749; leur sort sera la félicite éternelle ct la possession de Dieu. Toutefois les saints ne voient Dieu qu’autant qu’il leur est possible. Ibid., col. 750 Mais ils ne contemplent pas l’essence divine : « Ni les prophètes, dit-il, ni les anges ct les archanges n’ont vu et ne volent ce qui est proprement Dieu : αύτδ β-cp ίστίν ό θεός ού μόνον ττροφηται άλλ’ ούτε άγγελοι είδαν οδ-c άρχοηγελοι Le Fils et le Saint-Esprit seuls le voient, car la nature créée tout entière, comment pourraitelle voir l’incréé? Hom. xv in Joan., 1, 2, l. ux, col. 98; in Isa., cap. vi, I, t. lvi, col. 68. Quant aux méchants, ils sont condamnés au feu de l’enfer, ct Jean se plaît A en décrire les tortures, selon les données fournies par l’Écriture. Ad Theodor, laps., t, 9, 10, t. xlvii, col. 289 sq.; Horn. î in Ep.ad Hebr., 4, t. lxiii, col. 18; Expos, in Psalm, xux, 6, t. lv, col. 249. Ccs peines seront éternelles : ni le temps, ni l’amitié, ni l’espérance, ni l’attente de la mort, ni même la vue des infortunés punis comme eux n’adou­ ciront les châtiments des damné?, Ad Theodor, lap*., i, 9, 10, t. xlvii, col. 289 sq. ; Hom.v, in Ep. ti ad ?/:<*> sal., 1, t. Lxn, col. 179. Au plus, Jean admet-il que l’aumône et les prières des vivants peuvent apporter quelque soulagement aux âmes de ceux qui sont morts sans baptême ou que Dieu a condamnés. Horn, m, in Ep. nd Philipp., I, t. lxii, col. 203; Hom. xxi, in Act. Ap., 4, t. lx, col. 169. C’est la dernière trace d’origéidsme que l’on puisse encore relever chez lui et c’est A peine si l’on peut ici parler d’origénisme. IV. Le phédicateuh et le moralists. — Jean est avant tout un prédicateur. Ses rares traités remon­ tent A peu près tous A l’époque antérieure A son ordi­ nation sacerdotale; les seules lettres que nous ayons conservées de lui appartiennent A la période de son exil. Entre temps i) sc contente de prêcher; il est chez lui dans la chaire, ou plus exactement A l’ambon, au pupitre du lecteur, car c’cst de IA qu’il parle le plus volontiers pour être en contact plus immédiat avec scs auditeurs. A sa fréquentation de l’école de Llbanins, il doit sans doute la pureté si souvent remarquée de sa langue : il n’y n peut-être pas un Père de l’Église grecque qui écrive ou qui parle de façon aussi élégante, qui soit ausM fidèle aux plus pures traditions de l'atticisme. Déjà saint Isidore de Pélusc, Epist., î, 2, célébrai! son style; ct un aussi bon juge que M de Wlllamowilz Môllendorfl n pu récemment écrire que tous les Hellènes de son siècle ne sont que des bar­ bares auprès de ce chrétien de Syrie dont le style mérite d’être comparé A celui de Démosthène Dans Hlnneberg, Die Kultur der Gcgcnmart, Berlin, 1905, p. 212. Pour le reste Jean n’emprunte rien A la rhé­ torique païenne : si scs premières homélies sont encore un peu trop fleuries, tout de suite 11 échappe A la tyrannie des tropes ct des figures pour laisser parler son Ame. On ne peut guère lui comparer, comme prédicateur populaire que saint Augustin. Celui-ci aussi, son grand contemporain de l’Occidcnl, est le docteur de son peuple, parce qu’il commente avec amour les livres de l’Écriture. Mais la manière de ccs deux grands ora­ teurs est toute difTêrente. Au breviloquium d’Augustin s’oppose !n μσχρολογία de Chrysostome : un quart d’heure suflit A l’un, tandis que l’autre a parfois besoin de deux heures; cclul-lù enseigne ct s’adresse A l’intel­ ligence, celui-ci exhorte ct parle A la volonté el au cœur Augustin est un théoricien, Chrvsostomo un I homme d’action -.aussi se laisse t-il davantage entrai 685 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), LE PREDICATEUR ET LE MORALISTE ner par les circonstances; nul aussi bien que lui ne sait profiler des occasions pour ranimer une attention détaillante, ou pour adapter ses leçons morales aux exigences immédiates de son auditoire. Un jour des paysans de la campagne environnante assistent à l’une de ses homélies : il les félicite de leur présence Λ l'église, Horn, xix, de sial.,1, P. G., t. xux, col. 187 sq.; un autre Jour, Il voit parmi son auditoire des étran­ gers, de passage à Antioche : pour eux. I) résume en un long exorde, l'objet de ses précédentes Instructions, Hom.iu,de Lazaro, 1, t. xlvih, col. 991 ; une autre fols encore, Il remarque que ses auditeurs ne l'écoutent plus guère : « Mais faites donc attention, leur dit-il; ne soyez pas ainsi distraits. Pourquoi vous parlé-jc ainsi? nous vous parlons des saintes Écritures, ct vous dé­ tournez vos yeux vers les lampes ou vers ceux qui les allument. C’est bien de la légèreté de faire plus atten­ tion aux allumeurs qu’au prédicateur. Mol aussi, j’allume une lumière, la lumière des saintes Écritures, et sur notre langue brille le flambeau du saint ensei­ gnement.» J/om.iv, in Gen., 3, t. uv, col. 597. On com­ prend sans peine l’impression que devait produire une parole aussi vivante. Aujourd’hui, nous trouvons les homélies de Chrysostome un peu longues; volontiers nous leur repro­ chons de manquer d’ordre, ct de passer trop facilement d’une idée à l’autre. Du temps de l’orateur, quelques esprits chagrins faisaient déjà la même remarque, ct Jean s’excusait auprès d’eux : · Si Je traite de tant de choses dans chacun de mes discours, si je les varie sans cesse, c’est que Je veux que chacun ait son mot, trouve son butin, ct que nul ne retourne à la maison les mains vides. » llnm. xxm, in Joan., 1, t. ux, col. 137 sq. Mais une telle prédication plaisait à l’esprit mouvant des gens d’Antioche ou de Constantinople. Les ama­ teurs de beau langage ne se lassaient pas d’entendre un orateur qui s’exprimait dans un style si coulant, si pur, si harmonieux; ccs intelligences, curieuses de nouveauté, guettaient avec avidité la comparaison inattendue, l'image pittoresque, l’anecdote plaisante, par où Jean excellait à retenir l’attention. On ne trouve guère chez lui, comme chez Augustin, de jeux de mots, d’antithèses, de pointes brillantes : bien plutôt qu’à ccs procédés un peu artificiels de la rhétorique, il sc contente de faire appel à l’imagination et au cœur des fidèles qu’il charme ct qu’il entraîne. C’est tout un tableau de la société à la fin du iv· et au commencement du v· siècle, que l’on trouve dans les homélies de Jean, tableau animé et puissant. Les mœurs de son temps ne sont pas flattées par ce prédicateur austère qui voudrait corriger tous les abus, ct réaliser l’idéal d’une société parfaitement chrétienne. De cette société, ni Antioche, ni surtout Constantinople n’olïralcnt alors le spectacle, avec leur clergé mondain, leurs bandes de moines gyro vagues ct intrigants, leurs veuves coquettes ct Jalouses, leurs riches aux fortunes immenses, parfois mal acquises el plus souvent mal employées, leur amour immodéré des Jeux, des spectacles, des courses de char, leur luxe souvent Immodeste. Trop fréquemment, les chrétiens gardaient des mœurs païennes et l’on pouvait sc de­ mander quelle transformation l’Évanglle avait Intro­ duite dans leurs Ames. Jean s’attristait en face de pareils spectacles; il dénonçait sans trêve le danger des richesses, la vanité de tous les biens humains, la nécessité d’un retour complet aux sentiments et aux habitudes chrétiennes. Parfois, on a voulu voir en lui un tribun plus ou moins révolutionnaire. En réalité, il sc contentait de rappeler sans cesse les principes de la morale chrétienne, el il avait un sens trop aigu des réalités pour vouloir le bouleversement du vieux monde et l’apparition d'une société entièrement renouvelée 686 Parmi les vertus que Jean exige de sc* auditeurs l’une de celles qu’il recommande le plus fréquemment, ct avec les accents les plus entraînants, c'est la cha­ nté. A côté des immenses richesses accumulées dons quelques familles puissantes. Il y avait tant el de si grandes pauvretés! Jean aurait voulu voir les riche* distribuer abondamment de leur sup rfiu II fait parler le Christ, à nouveau Incarné dans ses pauvres : « Certes, Je pourrais me nourrir moi-même, mais J'aime mieux errer en mendiant, tendre la main devant la porte, pour être nourri par toi; c’est par amour pour toi que J'agis ainsi. J’aime donc ta table comme l'aiment tes amis; je me glorifie d'y être admis, et, à la face du monde, je proclame tes louanges, je te montre À tous comme mon nourricier.» Hom. xv, in Ep. ad Horn., 6, t, lx, col. 518. Ailleurs, il Insiste davantage encore : « Ce que Je vais dire est douloureux et homble : cependant il faut que je le dise. Mettez Dieu au même rang que vos esclaves. Vous donnez par testament la liberté à vos esclaves -.libérez le Christ de la faim, de la nécessité, des prisons, de la nudité. Ah' vous fré­ missez à mes paroles...» /fom. xvin, in Ep. ad Rom., 7, t. lx, col. 582. Parmi toutes les pratiques de la charité, l'hospi­ talité est une de celles qui lui tiennent le plus à cœur : < Combien peu sont les hôtes de leurs frères? On sait trop bien qu’il y a une maison commune de l'Église qu’on appelle l’hôpital. Mais l'on devrait agir soimême, aller s’asseoir aux portes de la ville, accueillir spontanément les arrivants. Au contraire, on compte sur les ressources de l'Église. On oublie que la charité u un double but : elle doit profiter autant à celui qui l’exerce qu’à celui qui ta reçoit. A raisonner comme le font ceux qui xe refusent à pratiquer l’hospitalité euxmêmes, en leur propre domicile, on devrait conclure qu'il faut laisser les prêtres prier pour les commu­ nautés ct renoncer soi-même à la prière Cependant on loge sans difficulté les soldats, sur la réquisition de* autorités civiles. On ne veut pas en faire autant pour les pauvres, sur la réquisition du Christ. Les pauvres cependant sont nos défenseurs contre les démons, comme les soldats contre les barbares.. Ayez donc chacun à domicile un xenodochium proportionné à vos ressources; réservez dans votre maison une chambre pour l’hôte, c’est-à-dire pour le Christ. Chargez un de vos serviteurs, ct ne craignez pas de choisir le meilleur pour cct office, d’y recevoir ct d’y soigner les men­ diants et 1rs Infirmes Sinon, si vous vous refusez à faire ce sacrifice, si vous ne voulez pas Introduire Lazare à votre foyer domestique, rccevez-le du moins à l’écurie. Oui, recevez le Christ à l’écurie Vous fré­ missez : c’est bien pis de lui refuser votre porte. » Horn, xlv, in Ad. Ap., t. lx, col. 319, trad. A. Puech, Saint Jean Chrysostome, p. 66. On ne saurait rien concevoir de plus vivant qu’une telle prédication, cl l’on comprend sans peine l’enthou­ siasme qu’elle excitait parmi les pauvres, la mauvaise humeur avec laquelle elle était reçue par les riches. Parfois Jean fut oblige de s’en excuser auprès d'eux : « Beaucoup me font ce reproche : tu attaques sans cesse les riches. Oui certes, car sans cesse ils attaquent les pauvres; d’ailleurs je n’attaque pa* les riches, mais ceux qui usent mal de la richesse. Je le dis toujours, ce ne sont pas les riches que j’accuse, ce sont les avares ; autre chose est la richesse, autre l’avarice. » Horn, n, in Eutrop., 3, l. ui, col. 399. Ces excuses ne suffirent pas à le sauver de la haine que lui avalent vouée ses adversaires : c'est bien peu de temps après avoir pro­ noncé les paroles qu'on vient de rappeler que Jean tomba sous leurs coups. Et pourtant, la morale prêchée par Chrysoslomc, n’est pas autre chose que la morale de l’Évanglle. Jl ne cherche pas à imposer à ses auditeurs d'insuppor- t$7 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT), LE l’RÉDlCATEl R ET LE MORALISTE tables fardeaux. 11 sali que la virginité est réservée 4ux moines ct aux ascètes, et que le mariage est la condition ordinaire de ceux qui vivent dans le monde : nul n'a parlé avec autant de respect de la vie familiale, des devoirs de la maîtresse de maison, de l’éducation des enfants. Il sait que le jeûne est un merveilleux moyen de pénitence, mais il sait aussi qu'il occupe une place Inférieure dans le chœur des vertus chrétiennes, et que ce serait une faute de le préférer ù la charité. A personne 11 ne prêche autre chose que le devoir. Par­ fois il se laisse entraîner par la fougue de son éloquence, sa pensée est p’us calme que scs mots ne le laisseraient croire. Son rêve serait de réaliser ici-bas l'idéal prêché par le Christ, idéal de pureté, de fraternité, de charité. 11 faudrait pour cela changer les hommes. Jean a été la victime de son rêve. Après l’avoir prêché pendant des années. Il n’a pas réussi Λ le faire accepter de ses auditeurs Même dans ses homélies, nous trouvons tou­ jours, malgré tant de siècles écoulés, les plus pures leçons de la morale évangélique : ce sont ces homélies qu’il faut relire si l'on veut avoir une juste idée de ce que doit être un véritable prédicateur de la vie morale selon le Christ. I-es ouvrages sur Jean sont très nombreux, et U ne ser­ virait A rien de donner Ici un catalogue complet de tout ce qui a été publié λ cc sujet. On sc bornera A rappeler les livres ou les articles qui semblent le plus utiles ù consulter, rt Λ marquer aussi 1rs points sur lesquels 11 conviendrait de faire porter de nouvelles recherches. L’ne bibliographie méthodique, comportant une sage appréciation des ou­ vrages parus jusqu'en 1903 est donnée par Dom Chr. Baux : Saint Jean Chrysostome et ses œuvres dans [histoire littê•aire, Essai présenté ά [occasion du xv· centenaire de saint Jean Chrysostome, Université do Louvain, Recueil de tra­ vaux publiés par les membres des conférences d’histoire et de I philologie, Louvain et Paris, 1907, fasc. 18, p. 223-298. < e travail, très Important, fournil une première orientation pour toutes les études relatives A Jean. Pour 1rs ouvrages paru· de lût0 Λ 1915 on peut consulter K. MOnscher, dans le compte rendu publié par le Jahrtsberichl uber die Fortschrille der k lass ischen Altertumsuflssenschaft, 1915, L exxx, p. 181 sq. Il faut mentionner dès maintenant parmi les articles géné­ raux les plus importants ceux de E. Venables, Chrysodum, dan» A Dictionary of Christian biography, t. i, p. 518-535; de E. Preuschen, Chrgsodomus, dims la Rcalencyclopadic fûr protestuniiseht Théologie und Kirche, 3· édit., t. IV, p. 101— 111; de O. Bardcnhewcr, Johannes Chrysoslomus, dans le Kirchmlnixon de Wetzerot Write, t. vî, ou mieux dans la Pntrologte, 3· édit. 1910, p. 297-311, ct dans In Geschlchte der allkirchllchen Literatur. t. m, 1912, p. 324-361. I. Biographie. — Panni les auteurs modernes el récents, d faut citer ·. G. Hetmant, La vie de S. Jean Chrysostome, Paris, 1664; Ttllemonl, Mémoires, Paris, 1706, t. XI, p. 1105; 547-626; J. Slilting, dans les Acta Sanctorum, sep­ tembre, l.iv, Anvers. 1753, p. 401-709; A. Meander. Der hi. Johannes Chrgs., und die Kirche, besonders des Orients, in dessen Zeitalter, 2 vol. in-8·, Berlin. 1821-22. 4· édit., 1858; E. Martin, S. Jean Chrysostumr, ses oeuvres el son siècle, 3 vol. ln-8·, Montpellier, I860; A. Puech, S. Jean Chryioslorne, dans la colkeliou Les saints, Paris, 1900, 5* édit. 1905; A. Ch. Papadopoulos, Ό άμος Ίωχννής Χρυσόσ­ τομο., Alexandrie, 1908« Ou trouvera quelques points do détail traités dans \ ^υσοτομιχ-. Sludl e nctrche intorno a S. Giovanni Crisototno, a cura dei comitato per il XI' centenario della sua morte, late. 1-3, Homa. 1908; pur exemple: Λ. M. Amelli, S. Giot'unnl Crlsostomo anrlh provvldrniiule tra Constantlnopall e floma, tosc. 1, p. 47-59; A. Naegle, Chrgtostomos un i Liba­ ti of, fasc. 1, p. 81-1 12; \\ uescher-Becchl. Saggto d’icunovra[a <Ü S. Gioo. Cri»., fus. 3, p. 1013-1038; P. A. Bocchi, Up analogia o storia dette reliquit dl S. Giovanni Cris,, lasc 3. p 1039-1140. II. Érxns. — On possède trois éditions complètes des œurrt> de Jean celles de Fronton du Duc, de Savile et de Muni faucon. De ('edition de du Duc. 6 volumes parurent de 1*0« a 1621; Ch. Morel et S. Crumulsy. publièrent en IC les 6 d «r» solumes. Les 12 Vol. turent i anprlmêt eo 1698 à Francfort, en 1701 A Ma)euce, en 1723 à Franc­ (£8 fort el Amsterdam. L'édition d'H. Savile en 8 vol. In-foL, parut Λ fiton en 1612, clic n’a pas été réimprimée. Enfin l’< million de Montfaucon en 13 vol. in-fol. parul ù Pari· de 1718 ?» 1738; elle fut plusieurs fols réimprimée Λ Venise $ 1734-1741 ; 1775, 1780. L’ne editio parlstana altem, emen­ data et aucta (préparée par Sinner, Fix, cl Dübner), parut de 18.11 ?i 1839 Λ Paris, chez Gaumc, en 13 vol. in-8*; Mlgne, P. G., t. xlvu ù LXiv. reproduit le texte de Monlfaucon sauf pour les Hom. In Matth. qui donnent le toxic de Field, Cambridge, 1839, Il y ajoute un supplément très riche, ruai· très peu critique. Aucune de ces éditions ne repose sur une collation »ulflsante des nus. o< le travail de classification des très nom­ breux mss. de Jean a été Λ peine commencé par J. Pu oison, Symbolic ad Chrywstomum patrem : 1. De codice Lincopenst; 2. de libro Holme nsi, Lund, 1889-90; Nollet sur un ms. de S, J. Chryt. utilisé par Erasme et conservé d la bibliothèque royale d Stockholm, Lund, 1890. Sur les fragments conservés dans les chaînes et les flori­ lèges. il faut consulter les travaux de S. H a h lac hcr. surtout: Studien über Chrysoslomus Eklugcn dans les Silzungsberichie der K. Akad. der Wtosensch. in Wien. Phil. hist. Liasse, Vienne, 1902, t. r.xi.iv, Chrysostomus-Fragmente in Maxi­ mos Florllcgium und In dm Sacra Parallela, dans Byumttnlsche Zelbchri/t, 1907, t. xvi, p. 168-201. Sur les anciennes traductions latines, voir Chr. Baur, L'entrée littéraire de S. Chrys. dans le monde latin, dan· Revue d’histoire ecclésiadique, 1907, t. vin. p. 249-265; A. llmart, Im collection des JS homélies latims de uiint Jean Chrysostome, daiu Journal of theological Studies, juillet 1918, t. xix, p. 305 sq. Le fasc. 1 de Κουσ .ιτ μ·.χι donne des renseignements sur les traductions arménienne, géorgienne, arabe, ruwe ;cf. Baur, op. cit., p. 196, 220 sq. Il faut ajouter ù la bibliogra­ phie de Baur quelques travaux récents sur les version» armé­ niennes : L. Dieu, Le comna ntairc arménien de S. Jean Chrysostome sur Isaïe, c. vn-L.xiv, est-il authentique ? dans Revue ([histoire ecclésiastique, 1921, p. 7-30; P. A. Varda­ nian, Un fragment récemment découvert du commentaire de S. Jean Chrysostome sur [évangile selon S. Matthieu, dam Handes Amsorya, 1921, t. xxxv, p. 353-364; 1*. N. Akin ion, Deux nouveaux fragments du commentaire sur les Psaumes de S. Jean Chrysostome, dans une vieille version annrnirnne, même revue, 1922, t. xxxvi, p. 321-332; P. A. Vardanian, Homélie de S. Jean Chrysostome · in turturem ·, même revue, 1922, p. 333-311. Les traductions syriaques n’ont pas encore été étudiées, ni éditées, à l’exception de quelques homélies. Des mss. syriaques du British Muscum, du vi'-vm* siècle avec des homélies de Jean sur les écrits du Nouveau Tes­ tament sont mentionné· par de Lagarde, Ankundigunp eincr neuen Ausgabe der grlechlschcn ï berstezung des al­ ien Testaments, Gœttlngue, 1882. p. 51 ; quelques homélies traduites en copte, dans Budge. Coptic homilies In lhe dialed of upper Egypt, Londres. 1910. p. 1-57, 147-203; 133-143; 275-285; cf. Baur, op. cit., p. 198; Zolga, CataL cod. enpt., Rome, 1810, p. 4 sq.| 120, 134 sq., 607 sq. Les traductions en langues modernes sont nombrcuscsi on en trouvera une liste, sinon coinnlèlc, du moins très étendue dons Baur, op. cit., p. 182-222. Une traduction française des œuvres complètes de Jean n paru sous le litre : Saint Jean Chrysostome, Œuvres complètes, traduites pour la première fols en français sous la direction de prêtres de [Immaculée Conception de Saint -Older, Bar-le-Duc, 1863-67. 11 vol. ln-8·. Réédition (?) Arras. 1887-88 (le litre porte : sous la direction de M. Jeannin). Une autre traduc­ tion est celle de J. Barelllc. Paris, 1861-72, 19 vol. ln-8· et 1 vol. de tables, rééditée en 11 vol. ln-8·, Paris, 1865-73. Les œuvres les plus Importantes se trouvent traduites en an lais dans la Select library of lhe nier ne and post-nicene Fairnri of the Christian Church, éditée par Ph. SchaiT, New-York, 1889-90, t. ix-xiv. En allemand la Ribliothek der Ktrih· nvatrr, Kempten, 1860-1884, a publié 10 vol. d'œu­ vres choisies. Don» la nouvelle édition de la Dlblfothek der Kirchenuatrr ont déjl paru le commentaire sur saint Mat­ thieu traduit par Chr Baur. 1916, t. xxm, xxv, xxvi, et xxvn, 1» et le De sacerdotio traduit par A. Naegle, 1916, t <\vn,2 ’· d'importante» introductions précèdent ces tra­ ductions· Un possède fort peu de travaux de critique littéraire, sur les a uvret de Jean. Ιλ chronologie de> homales et des ctlfTêrents écrit·* » été surtout i tu»'i»o pn TH*· » ta! ri Stilting. Il re è mentionner: G. Rnuschen, Jahrbnrher der chmlli, chen Kuchcuntcr dem Kabcr Theodosius dem Grossen, brt- 689 JEAN CHRYSOSTOME (SAINT) bourg-en-B., 1897, p. 505-574 : Die schrl/htellerische TMlykeit | des J. Chr. vor stinem ôlfmltlchcn Auflrthn abPrediger tu Anliochien · p. 495-529 : Die PriidlgttüllgkeH des J, in AnUnchlen-, p. Batiffol, Dr quelques homélies de saint Jean Chripo Irme, dans Revue biblique, 1899. t. vin, p. 566-572; J. Par u< «Ire, Les homélies de saint Jran Chrysostome rn juillet M, dans Échos parus dons lu Zelbchrlfl fùr kalhallsche Théologie de 1891 û 1908. On verra aussi P. Batiffol, Sermons de Ncsloriu·, dnns /koiir biblqtir, 1900, t. ix, p. 329-52; Dom G. Morin, Étude sur une série de discours îfun éuéqtir du 17· nlèclr, dans In Revue béné­ dictine, 1891, t. xi, p. 385 sq·; Let monuments de ta prédica­ tion de saint Jérôme, dans la Revue (fhistolre el de littérature religieuse , 1896,1.1. p. 393-134 ; co dender article est repro­ duit dans : Éludes, textes, découvertes, 1913, t. i, p. 220 sq.; Vojît, Zuvi llomilicn des hl.Chrysostomus mit Vnrecht unter die zavlRIhaften verwlesen, dans la Dyzanttnlsche Zelbchrift, 1905, t. \iv, p. 498 sq. Sur le De sacerdotia en particulier et les circonstances de sa composition, voir A. Cognet, De Joannis Chrys. dia­ log» qui i.i cribitur πιρι '/e,: >όγοι e , Paris, 1900 ; J. Volk, lut Schulzrede des Gregorius von Sazianz und die Schri/l ùber das Prtestertum von Johannes Chrys,, dans Zeitschrift fnr praktischr Théologie, 1895, l. xvn, p. 56-63; S. Colombo· Il prologo del .·* dl S. Giovanni Cris,, dans Dldaskalelon, 1912, t. i, p. 39-17; A. Naepclc, Zelt und Veranlassung der Abfarsung dexChrys. Dialogs De sacerdotio, dans Hbtorlscha Jahrbuch, 1916, p. 1-48; J. Stiulmayr, Die hblorischr Unterlagc der Schrift des hl. Chrgs. über das Priestertum, dans Zeitschrift fur kathollsche Théologie. 1917. t. xt., p. 413-449. III. Doctiunh. — Sur les rapports de Jean et de Γhellé­ nisme ; A. Nægele, J. Chrysostomus und sein Verhàltnis :um liellmiumts, dans Rysantinische Zettrchri/t, 1904, t. xm, p. 73-113; Th. E. Ameringer, Thr stylistic Influence of the second sophistic in lhe panegyrical scrntonx o/ .S’. John Chry­ sostom, a study in greek rhetorg, \\ η>ίιιηΛΙοη, 1921; P. H. Defcen, Die Tropcn der Verglcichiing 1^ i Johannes Chrysostvmu\, Reltrag sur Geschlchte non Anlaphor, Alhgorle und Glclchniss in der grlrchlschcn Prosaliteratur, Γrll.ourg et Olten. 1921. Sur l'inspiration de l’Êcriture : S. Haidarhcr, Die I^hrr des hl. J. Chrys. über die Schrlflinspiration. Salzbmirg, 1897. Sur rÉgllse. — M. Jugie, Saint Jean Chrysostome et la primauté de saint Pierre, dans Échos d*Ortent, 1908, l. xi, p. 5-15 ct S. J.’ Chrys. el la primauté du pape, ibid,, p. 193202; N. Cardinal Marini, Il pnmato dl S. Pietro e de suoi successori in \an Giovanni Crisostomo, Home, 1919. Sur ÎEucharidie : G. E. Staltz,Dk Abindmahbl hrr der gricchischcn Kirche In three gcschichllichtn Eniunchtung.$2X Chrysoslomus, dans Jahrbncher fur deutsche Théologie, 1865, L x, p. 446-462 ; J. Sorv, Die Lchre des hl. Chrys. uber die rtale Gcg(nu>art Christi in der Eucharistie und die Transsubstantiation, dans Thcologische Quartalschri/t, 1897. t. lxxix, p. 239-297; A. Naegelo, Die Eucharistteichre des hl Chrgiostomus, dans Strass burger thcvlogbchc Stmlien, Fribourg, 1900, t. m, fasc. 4 et 5; Sala ville, CépicUse d'après saint Chrysostome et la tradition occidentale, dans Échos dOrient, 1908. t. xi, p. 101-112. Sur la pénitence : J. Tunnel. Saint Jran Chrys. et la Con­ fession, dans Rruuc du Clergé français, 1907, t. XUX. p 291307; P. Gaiticr, Saint Jran Chryt, et la confess ion,dans Recherches dt Science religieuse, 1910, t. i, p. 209 sq.,313 *q. Sur ΓExtrême-Onction : J. Keen, Eln mlssm rdandrnes Zeugnit des hi, J. Chrys fur das Sahramml der Irtzlcn Ülung, Hom, di in Matth., P. G., t. lvii,co1. 381, dans Zclhchr. fur kathollsche Théologie, 1905, t. xxix, p. 382-389. Sur la morale: A. 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Molinos, Chrgnttome orateur. Mon­ ta ibnn. 1886; Sc bel willer, ZirH / etichlen der gefalllchm lirred^omkeit in der attr.hrlslllrhen Kirche (Chrysostornus und Gregor von Na/lanz), dans 7hr toqische praktuche (Juartalschrifl, 1902, L LV, p. 70-89; 324-343. G. Hardy. 30. JEAN CLIMA QU E (Saint) auteur aicéUque grec, ainsi appelé du titre (Κλίμας,ό’οο/α) de ton ouvrage. Sa vie soulève encore de nombreux problèmes La notice officielle que lui consacre la liturgie grecque se réduit à ceci. Jean, dont on n'indique pal k heu d'origine, se fait moine auSinal dès l’Age de seize ans; à dix-neuf ans accomplis, il embrasse le vie érénutique ù Tholas, à 5 milles du couvent, ct la mène du­ rant quarante années consécutives, au bout desquelles H devient abbé du Slnal cl meurt après avoir composé son Échelle, H. Delchaye, St/nararium Eccfalæ Constcmtinopolitanir, Bruxelles, 1902, p. 571-574. Il n’y a dans cette notice aucun synchronisme qui permette de fixer même approximativement l’époque où vécut le béms. Une Vie abrégée, placée en tête de VÉchelleel écrite par Daniel de Raithu, ne contient absolument rien de plus, en dépit de violenta efforts de style, sauf peut-être l'appel final au témoignage de Jean de Balthu, le destinataire de V Échelle, ce qui indiquerait un auteur presque contemporain. Mais Daniel déclare luimême ignorer la patne de celui dont il entreprend d'écrire l’histoire,el cet aveu chez un contemporain nous semble étrange. P. G., t. lxxxvui, col. 596-608. Celle vie csl suivie, col. 608-609, de quelques anec, dotes, qui ont été depuis reconnues pour des emprunts aux Zîéct/s du moine Anastase le Sinaïte, F. Nau, Le texte grec des récits du moine Anastase, dans Oriens Christianus, 1902, t. n, p. 58-87, el le docte éditeur de ccs derniers n cru pouvoir tirer de l’un d'eux, le xxxn*. la preuve que Jean Climaque élalt mort vers 649. F. Nau, Note sur la date de la mort de Saint JeanCIiI maque, dans In Ritzanfinisrhe Zeitschrift, 1902, l. xi, p. 35-37. Lu cr. tique a généralement fait bon accueil à celle démonstration sans observer qu'elle portait a faux. Le Jean dont il est question dans le récit, dont se réclame F. Nau, est expressément désigne sous le nom de Jean le Sabaîte. Il faudrait donc, pour pouvoir I en faire état, prouver d’abord que Jean le Sabaîte n’est autre que Jeun Climaque; mais celui-ci serait le premier Λ protester contre pareille identification. Il nous parle en effet de ce Jean le Sabaîte avec le res­ pect, sinon d’un disciple pour son matin, du moins d’un homme pour un vieillard. P, G., loc. cit., col. 720721 SI donc, comme rétablit F. Nau, le hér s du récil xxxn est mort en 619, comme cc personnage esl Jean le Sabaîte, beaucoup plus Agé que Jean Climaque. au témoignage de Climaque lui-même, il faut en concl *n que cc dernier est mort plus tard, vers o80, ou uu plu* tôt vers 670. Est-il possible de descendre si bas? Climaque, il est vrai, ne fait aucune affusion à l’inv izloh arabe (le Caire fut occupé le 21 décembre 640), ct i parait extraordinaire qu’un tel événement u'uit laissé aucun écho dans scs écrits. Quoi qu'il en soit, il est Impossible de tirer du récit xxxn d’Anastase autre chose que ce qu’il contient, ύ savoir que Jean leSabafL est mort un an avant la rédaction de cc récit. Autre observation. Plusieurs des récits publiés par Nau mettent en presence le vieux Jean le Sabaîte el le jeune Jean, futur higoumène du Slnal. nouvellement ton­ suré. La tradition, acceptée par Nau, identifie ce Jeun, disciple de Martyn us. avec le Climaque. Celui-ci n’est donc pas Jean le Sabaîte, et les récits d’Anastase sont antérieur» ά Climaque. ou du moins ù la mort de ce 'dernier. En voici une preuve de phis. Le récit ix d’Annsj .e n pour héros Georges ArsddTtc* (Jticns titrtsIÉnfàs, 691 JEAN CLIMAQUE (SAINT) oc. cil., p. 65, et Cil ni a que nous parle dc son côté du mémo personnage comme d'un saint vieillard. P. G., loc. cit., col. 1H 2 b. Est-il possible de trouver ailleurs quelque synchro­ nisme moins flottant? Peut-être. On sait que Jean est communément désigné dans les manuscrits dc VÉ· chelle par le nom dc Jean le Scholastique. Or nous trou­ vons dans Jean Moschus, Pratum spirituale, c. en, P. G., t. lxxxvii, col. 2960, lu mention d'un Jean le Scholastique abbé, qui doit être le nôtre. La scène, rappelée par Moschus et si étrangement défigurée dans la traduction latine par le superbe contre-sens du début, nous est décrite tout au long par Sophronc luiméme dans le récit du miracle dont 11 (ut l’objet à Alexandrie. P. G., loc. cit., col. 3665-3676. Celui que Moschus appelle Jean le Scholastique sc nomme chez Sophrone Jean le Rhéteur, ibid., col. 3673 a. Mais on sait que chez les écrivains de cette époque, les mots de rhéteur et de scholastique sont synonymes et signi­ fient avocat. Il s'agit donc bien, dc part et d'autre, du même personnage. Or la maladie de Sophrone dont fut témoin Jean le Scholastique, eut lieu durant l'année 607-698 â Alexandrie, comme il résulte des études con­ cordantes de S. Vailhé, Sophrone le Sophiste ct Sophrone le Patriarche, dans Reoue de ΓOrient chrétien, 1903, t. vu, p. 360-385, t. vin, p.32-69,356-387, cl de H. Use­ net Der heilige Tychon, Leipzig, 1907, p. 98. Jean le Rhéteur avait reçu, au dire de Sophrone, le titre de pré/et (έπαρχος), distinction purement honorifique, dont un autre scholastique plus ancien, le fameux Evagrc, avait également été investi. Mais il y a mieux encore. Au témoignage du même Sophrone, Jean le Rhéteur, qui se trouvait aux côtés du narrateur en 607-608, avait été le disciple préféré d'Etiloge, qui l'avait amené avec lui d’Antioche à Alexandrie lors de son élévation au patriarcat dc cette ville (5*9-607). Il était riq âgé alors dans les liens du mariage, mais sa femme Rhodope, en dépit d'un pèlerinage aux saints Cyr el Jean, avait été emportée par une maladie infectieuse. P. G., loc. cit., col. 3640. Et comme So- J phronc nous dit que les deux époux avaient mené à Alexandrie le vie commune durant assez longtemps, Jean déjà prêtre (abbas) en 607-608, au rapport dc Moschus, n’avait pu embrasser l'état monastique avant 590 ou 600. Il devait avoir, lors de son arrivée à Alexandrie en 580, une trentaine d'années, ce qui reporttrail sa naissance aux alentours dc 550. Ces déductions ne concordent pas tout à fait, J'en conviens, avec le synaxairc ni avec la vie abrégée, ccs deux documents dérivant d'ailleurs en toute évidence l’un dc l’autre. Mais quelle est la valeur de et s docu­ ments? L’auteur principal, Daniel de Raithu, ne nous dit-il pas ignorer totalement la vie antérieure de son héros et son pays d’origine? De plus, rien dans son récit ne vient Justifier le titre de scholastique, que les manuscrits sont unanimes à décerner à l’auteur dc VÊa elle. 11 n’y a aucune allusion non plus, dans cette même vie, à un séjour du CLimaque dans les monas­ tères égyptiens. Or, celui-ci nous assure y avoir vécu au moins deux ans, probablement à Sccé. dont il préfère les moines à ceux de Tabcnne, nouvelle preuve qu’il a dû voyager dans tous les monastères ég> ptiens. P. G..loc.cit. col.764 sq., 11 6. Au reste. Il tnnulle ses Instructions d'une fouie de traits empruntés aux moines d’Êgyptc Dans notre hypcthwc, au contraire, ccs frequentes allusions au monachisme égyptien s’expli­ quent aisément, de même que le titre de scholastique, retenu d'ailleurs par Daniel dc Raithu, au moins dans le titre d< sa prétendue vie. Si les pieux chroniqueurs du Sinal sont si sobres dc détails sur les premières années du Climuque, c'est peut-être parce qu’ils n’en savaient nen, peut-être aussi qu’ils ne voulaient pas rappeler le manage de leur héros. Quoi qu’il en soit, les 692 témoignages concordanta dc Jean Moschus et de Sophronc nous permettent d'affirmer que l’abbé Jeat le Scholastique de 607-608 est le même que le disciple du patriarche Euloge, qu’il était venu d'Antioche, comme la plupart des écrivains décorés du litre de scholastique, qu'il avait embrassé la vie monastique vers 599-600, et qu'il y a les plus grandes probabilité pour ne pas dire certitude, que cc Jean le Scholas­ tique et Jean Climaquc sont un seul ct même person­ nage. Quant à l’œuvre elle-même, composée à la demande de Jean, abbé dc Raithu (voir à cc nom), son auteur lui donna le nom Échelle, en souvenir de la vision de Jacob, et il la divisa en trente échelons ou degrés, pour rappeler les trente ans de vie cachée de NoireSeigneur Jésus-Christ. P. G., t. i.xxxvm, col. 1161. Considérée dans son ensemble, elle comprend comme deux parties distinctes, d'abord la lutte contre les vices, c’est l’objet des vingt-trois premiers chapitres; puis l'acquisition des vertus, c'est le sujet des derniers chapitres. Le Liber ad pastorem, que l’on regarde aujourd’hui comme un traité à part, au moins dans les éditions courantes, faisait ù l'origine partie inté­ grante de l’ouvrage, comme le contexte l’indique. Le style offre, comme dans tant d'autres livres de cette époque, un singulier mélange de tournures recherchées ct dc locutions populaires : c'est déjà la lutte séculaire entre le parler savant ct le dialecte de la foule, cl si l'on veut bien sc rappeler que c'est là une caraclénstique dc l'école d'Antioche, on aura moins dc difficulté à accepter cc qui a été dit cl-dessus des premières aimées de Jean. La composition est d'ailleurs très inégale. Ici ce sont des définitions abstraites, des descriptions accumulées dc façon à dépeindre sous les plus vives couleurs tel vice ou telle vertu; là, des digressions fort prolixes, remplies d'ailleurs d’inté­ ressantes anecdotes. Si l'auteur doit beaucoup à es devanciers en ascétisme, il les nomme fort peu. Une fols il cite Cassien, col. 718; une autre fois, Evngre, mais pour le condamner, col. 8G6; une autre fols, col. 950, le théologien Grégoire, c’cst-à-dirc Grégoire le Grand, l'ami ct le correspondant d’Eulogc d'Alexandrie, le premier maître spirituel dc Climaque, si notre hypo­ thèse est exacte. Qu'il s'agiss bien, dans le passage cité, dc Grégoire le Grand, l non de Grégoire de Nazianzc, on n'en saurait douter.Lp doctrine rappelé· par Climaque se trouve clairement exposée dans le premier P. L. t. lxxvi, col 6*21, tandis qu’on In cher­ cherait en vain dans le second. Voir sur cc point spé­ cial O. Z klcr, Das Lehrslûck von den siehen Haupt· sûnden unlch, 1893, p. 4 sq La Regula pastoralis du grand pope avait été traduite en gr c ar nastare 11 d’Antioche (59Ü-6 2) ct il n’est point témé­ raire de penser que la 1· dure d cet ouvrage ait suggéré à Climaquc In premier Idée de son Liber ad pastorem. Les autres autorités dont 11 sc réclame sont des moines contemporains qu'il a personnelle­ ment connus ou dont il a entendu parler par des témoins dc leur vie. Peu dc psychologie, beaucoup d’c!inp'ribmc, tel est le caractère dc cette mystique, si goûtée des Orientaux, que les manuscrits de V Échelle ne sc comptent pas. Peu dc livres ont été plus lus que cclul-ΙΛ. comme le montrent non seulement le nombre di s manuscrits qui le contiennent, mais encore les Innombrables scholics dont 11 a été l’objet, ct les traductions en toute langue qui en ont été faites. Il n’y n pn; encore d’édition critique. I.'étlillon princeps, due à Matthieu Had* nu. Parts. 1Γ.33, et rcpnxlultc par P G., t. ixx v \ m, col 5**0-1209,est absolument insuffisante. Il en e»l de* même dc celle toute récente du inoine-crmitc So|>Iik>iüo«, K < ·α; όαίου πα;ρά; 'T* ’’ΛΛ ΪΛαοΟίίσα » Couatuntluoplc, jv, 1 ρΙ.,190 ρ.,1 Γ.Ι^ρΗ- 693 JEAN CLIMAQUE (SAINT) — JEAN DAMASCENE (SAINT), VIE 69'. muni nune gnete édita n*r trois lettres, pour la défense des images furent écrite* non à Damas, mais à Saint-Sabas ou à Jérusalem Cela ressort, du reste, assez cl urernent d’un passngt qui se lit ù la lin de la première el de la seconde de ccs lettres : « Nous ne supporterons pas, dit le saint, parlant presque au nom du patriarche dc Jérusalem, qu'on enseigne une foi nouvelle, car de Sion sortira la loi, et la parole du Seigneur de Jérusalem, suivant l'oracle prophétique de l Esprit Saint..,. Si nous en voyons qui s'obstinent dans leur opinion perverse — puisse le Seigneur ne pas le permetire,— alors nous ajou­ terons te reste. · De imaginibus, i, P. G., t. xav, coi 1281,Le reste, c'était la sentence d’excommunica­ tion contre Léon l’Isuuricn ct ses partisans que Jean prononça, en effet, la treizième année du règne de cet empereur (73ής έπισκόχοΐς. Théophfene, op. cit., ad an. 13 Leonis. P. G., t. cvm col. 824 Nui doute qu’à ce concile notre saint n’ait tenu une place importante Ainsi croule par la base le récit légendaire du bio­ graphe sur la fausse lettre fabriquée fuir Léon l’Isaurien pour compromettre ♦ le grand vizir · Jean auprès du calife, et sur tout ce qui s'en serait suivi : Jean ne pouvant établir son Innocence el condamné ù subir l’amputation de la main droite; miracle de lu sainte Vierge, restituant au défenseur des images le membre amputé; résolution de Jean, après ce miracle,de quitter le monde et d’entrer ù Saint-Sabas. Il faut voir en tout cela un conte arabe. Après cela, on hésite Λ ajou­ ter quelque crédit au récit des multiples épreuves que le vieillard sabuile chargé de former l'vx-grund 695 JEAN DAMASCENE (SAINT), ÉCRITS virir aux vertus religieuses lui aurait fait subir. La vente des corbel Iles par le novice dans les rues de Da­ mas (!) doit être une pure Imagination. Somme toute, Jean dut sc faire moine de bonne heure» probablement vers l'âge de trente ans. Les synaxaircs nous disent qu’il parvint jusqu’à une vieil­ lesse heureuse et féconde, b yrtpx πΙονι. H. Delcbaye op. cil., p. 279. Cette affirmation est confirmée par Jean lui-même : au moment où il prononce en un même jour ses trois homélies sur la Dormition, il est arrivé à l'hiver de la vie, έν χε-.μώνι έπών, τάν γεγηρακότα λόγον. Ηomit. π, in Dormitionem, 1, P. G., t. xevi, coi. 724. Si nous lui accordons un minimum de 75 ans, du moment qu'il est à peu près sûr qu'il est mort en 749, il a dû naître vers 674-G75. Entré au couvent, au début de l’épiscopal du patriarche Jean, en 706, il a eu le temps d’être instruit par lui dans les sciences divines, et d'être vraiment son disciple. C’est à la laurc de Saint-Sabas qu'il a dû composer tous ses outrages théologiques, 11 conservait, du reste, d'é­ troites relations avec le clergé de Damas, comme nous le verrons tout à l'heure, en parlant de scs écrits. Devenu prêtre et possédant à un haut degré le don de la parole, il était invité à prêcher aux grandes solen­ nités hiérosolymi laines. Les échantillons, trop rares, qui nous sont parvenus de son éloquence font regretter les homélies perdues. Cette éloquence répandue dans tous ses écrits lui valut bientôt d'être comparé à la rivière qui arrose Damas, sa patrie, et en fait la pe le de la Syrie : C’est l'historien Théophane qui, dès le début du ix· siècle» lui donne le nom de Chrysorrlioas, qui rouie de l'or, tant à cause de l’élcgance fleurie de ses discours que de l’éc lal de sa vertu. Op.cit., ad an. 2 Constantini, col. 841. Sa sainteté, on la voit transparaître dans ses œuvres. Le ton d’humilité sincère avec lequel 11 parle de luimême en plusieurs endroits de scs écrits, allant jus­ qu’à se traiter d’homme ignorant, son amour pour Jcsus-Chrlft, sa tendre dévotion à Marie, son dévoûmenl pour l’Église qui lui a fait composer tous ses ouvrage', tout cela nous montre que le docteur de Dama* innariient à la race des grands saints qui ont illustré i Eglise à la fols par leur science et par leur vertu. Son culte dut commencer presque aussitôt après sa morL Le VII* concile œcuménique fait de lui le plus grand éloge, dans sa sixième session, et à la septième lui r n < Mémoire éternelle ». Le concile icoi o huit de 1 luria avait dit, en pariant des trois deftnscurs des saintes images : Germain de Constanti­ nople, Jean de Damas, Georges de Chypre : « La TrlnUi a /ait disparaître les trois, ή Τριάς τούς τρεις καθε’/cv. » Mansl, t. xm, col. 356. Les Pères du V11* concile changèrent la formule en celle-ci : Ή 'Γριάς τεΛς τρείς έδύξ^ εν, La Trinité a glorifié les trois. Ibid., col. 400. ILéophanc appelle Jean « notre père samt », ό ίσιος r.a rtp ημών Ιωάννης, toc. cit. Son nom apparaît au 4 décembre dans les plus anciens synaxaircs connus. Dclehaye, op. cit., p. 278-279, Quelques-uns, comme le cod. 40 du couvent .SainteCroix de Jérusalem, qui est du χ·-χι· siècle, fixent sa fête au 29 novembre. Ibid., p. 263. L'Église grecque a retenu la date du 4 décembre. Le marty­ rologe romain place le dies natalis de Jean au 6 mai. Par un décret du 19 août 1890» le pape Leon XIII l’a proclamé docteur de i'Église, et a étendu a L ie à l ÉgLsc universelle, en lu lixant au 27 mars Leonis Xi II Pont, ma, Acta. t. x, p. 216-218. Longtemps vém ré â la laure de Saint-Sabas, où Jean Phocas le voyait encore au xn· siècle, Descriptio Terne sanctu. P. G., L cxxxni. coi. 948, son corps fut ensuite transporté a Constantinople, comme nous l’appteiul Georges Pachimère, au xiv· siècle. Historia, De Andr^ruco, 696 L I, c. xni. Certains martyrologes latins semblent faire allusion à cet te transtal ion, quand ils disent, au 6 niai : Comtontinopoli, depositio sanetœ memorise Joannie Damasceni, doctoris egregii. Cf. la longue note de Lcqulen, P, G„ t. xav, col. 483-488. La notice biographique qu’on vient de lire est nouvelle sur plusieurs points. Nous apportons ci-après, en pnrlant des écrits du saint, quelques autres déterminations chrono­ logiques. Ιλ Vie écrite par Jean de Jérusalem sur la On du x* siècle a servi do source Λ presque toute les notice an­ cienne» et modernes, Elle fut publiée en traduction latine seulement dans les ztrfri sanctorum, mai, t. n, p. 109-118. Lequien en donne le texte original avec traduction latine m tête des œuvres du wtlnt docteur, en l’accompagnant de notes critiques qui la contredisent par endroits. Cette édi­ tion est reproduite dans P. G., t. xav, col. 429-490. Le savant éditeur n'a pas essayé d’écrire lui-même une bio­ graphie du Damascènc, en prenant ses œuvres pour base. Il s’est contenté de recueillir les témoignages des anciens écrivains orientaux et occidentaux sur le saint docteur, ainsi qu’un certain nombre de notices hagiographiques empruntées aux synnxalres grecs et aux martyrologe» latins. Ces témoignages et ces notices, de même qu’une tra­ duction latino d'une biographie grecque différente de celle de Jean de Jérusalem, et lo récit de Vincent do Beauvais dans le Speculum historiale, sc trouvent dans P. G., ibid., col. 489-514. Papadopoulos-Kéramcus a publié dans 1« ’Avôtzra ·εροιο -·» .τ:ζη: t. iv, S. Petersbourg, 1897, p. 303-350, une vie anonyme des saint Cosmos et Jean Damascènc postérieure à celle du patriarche Jean do Jérusalem et encore plus légendaire. Il n'y a rien ù en tirer. Rien à tirer non plus du panégyrique de S. Jean composé par Constantin Arropolitc au xiv* siècle. P. G, t. cxl. col. 812-885. Ce morceau n’est qu’une paraphai de la bibliographie du x· siècle. La meilleure notice ancienne, est colle des premiers synaxaircs. telle qu’elle se ht tlnns l'édition du P. Delclinye, Acta sanctorum novembris. Pro; ylu uni, p. 278-279. C’est en sc fondant sur la Vit de saint Etienne le Sabaitc, neveu de S. Jean Damascene, que le P. S. Vallhé e»t arrivé à Axer avec une très gronde probabilité la date de la mort du saint docteur : Date de la mort de saint Jnui Damascene,dans le* /' r/ios OHenf, 1906« t. ix, p. 28-30. Cette Vie de saint f.tiennc, écrite par le moine Léonce de Saint-Sabas avant l’année 809, est malhercusrmrnt Incomplète. Cf Acta sanctorum, jull·, t. m, p. 504-584. Parmi les notices biographiques écrites par des modernes, la meilleure est celle de il. Lupton, dan» le Dictionary of Christian biography de W . Smith et 11. V ace, Lui 1882, p. 409-123. L’auteur n utilisé les deux articles de Félix Névcsur saint Jean Damascene parus dam la Reçut belge et étrangère, t. xu (1861), p. 1 et 117. IL Écrits de saint Jean Damascene. — Saint Jean Damascène est avant tout un théologien, et l’on peut dire qu’il n'est que cela. S'il s'occupe parfois di questions philosophiques, c'est toujours en vue dr la théologie. Pour lui, les diverses sciences humaines ne sont que les servantes de cette reine : πρέπει τγ, βτοϋίδι άβριις Tulv ύπηρβτχΐσΟαι, dit-il au début de sa Dialectique, P. G., t. xav, col. 532 b. Cela n’empêche pas son activité littéraire de sc manifester sous des formes très variées; car de la théologie il a cultivé presque toutes les branches. Le premier dam i'Lgl.sc, il tente un exposé synthétique du dogme, el il le d< fend contre les diverses hérésies de son temps. Il s’occupe en même temps d’exegèse, de morale et d'ascétique. Il prononce de belles homélies pleines de doctrine, et cultive la poésie liturgique. C’est soui ces six rubriques : Dogmatique, Polémiqué, Exégèse, Morale cl ascétique, llomiltlique, Poésie liturgique, que nous allons grouper scs divers écrits. Nous essaierons ensuite d’en donner une classihcation chronologique, dans la mesure ou la chose est possible Nous termi­ nerons par quelque brèves indications sur les œuvres perdues, doutcil es ou apocryphes. Disons tou! μαζέ Οω. Dialectica, c. n, t. χαν, col. 533 a. dans le IV· livre c ces retours sur des questions déjà C’est un des derniers ouvrages de Jean, écrit sur traitées dans les livres précédents s’expliquent, selon l’ordre de son ancien confrère de Saint-Sabas, Cosmas, nous, par la révision que le Damascènc fit de son devenu évêque de MaTourna, donc, après l’année 712. ouvrage sur la fin du sa vie. Cc sont de vrais supplé­ Comme il le déclare lui-même dans la lettre-dédicace, ments ajoutés après coup. Il manque, du reste, dans l’auteur ne veut être qu'un écho, P. G., Ibid., col. 525 a tout l'ouvrage cette division rigoureuse que nous mais c'est un écho singulièrement puissant, qui con­ somme* habitués û trouver dans nos traités scnlascentre et unifie les voix multiples des siècles anté­ tiques. Les répétitions, les retours sur les mêmes ques­ rieurs. L’ouvrage est divisé en trois parties. La pre­ tions ne manquent pas. Quant au plan général, on mière est intitulée : Κεφά/αια φιλοσοφικά ou Dialec­ peut dire qu'il reproduit la su/le du symbole de Nicéetique, t. xav, col. 525-676; la seconde : FIcpl alp£ εων Constantinople. La Foi orthodoxe n’est pas autre chose έν συντομίτ δΟεν ήρξαντο zal ζόΟεν γεγόνα αν, ou qu’une explication développée de cc symbole. Il y Liore des hérésies, ibid., col. 677-780; la troisième, de manque cependant un chapitre sur l’Église, à laquelle beaucoup la plus longue et la plus importante : il n’est fait qu'une courte allusion, au chapitre sur la T3z8çht;(Ou *ΈχΟ*σΐ^)&χριβής τής Ορθοδόξου -ίστεως. foi, col. 1128 a. Quant aux sources auxquelles puise Exposition de la foi orthodoxe. Ibid., col. 789-1228. notre docteur, ce sont uniquement «les so .rces grec­ Les chapitres philosophiques, titre beaucoup plus ques. De la théologie occidentale il ne connaît que la exact que celui de Dialectique, devenu pourtant plus lettre du pape saint Léon à Flavien. Pour Je traité usuel, constituent une sorte d’introduction philoso­ de Dieu, il empnmte beaucoup au pseudo-Denys phique è l’exposé du dogme. C'est une série de défini­ l’Aréopagilc, qu'il prend avec tous scs contemporains tions philosophiques, empruntées aux anciens philo­ pour le vrai disciple de saint Paul. Pour la théologie sophes, spécialement à Aristote et à Porphyre, et trimtaire, son auteur préféré est & ünt Grégoire de Nananze. Pour la christologie, il s'inspire principale­ tutti aux Pères de l’Église, car, quoi qu’on en ait dit, saint Jean Damascènc ne jure pas que par Aris­ ment de scs prédécesseurs immédiats : Léonce de Byzance, Maxime le Confesseur, Anastase le Sinalte. tote, el il raille les hérétiques qui veulent faire de ce Dans tout l’ouvrage il utilise également les autres philosophe le treizième apôtre. Contra Jacobitas, 10, grands docteurs de lOrient: Athanasc, Basile, Grégoire l. xav, col. 1441 a. Même en philosophie, ses maîtres de Nysse, Jean Chrysostome, Néniésius d’Emèse sont avant tout les Pères de l’Eglise. Il le montre bien (spécialement sur la création et l'homme), Scvérien quami il s’agit de définir la nature et la personne. On de Gabala. Cyrille d’Alexandrie, Cyrille de Jérusalem a de celte partie une double rédaction dans les mss : (spécialement sur l’eucharisLc), etc. De tous !et Pères, l'une plus longue, où abondent les répétitions; l’autre beaucoup plus courte, qui doit être la dernière. L’édi­ le plus fréquemment cité un peu partout est bien saint Grégoire de Nazianzc. pour lequel le Damascene a tion de Lequien donne l'une et l’autre. eu une prédilection spéciale. Disons en lin que fauteur Le Hure des hérésies sert d'introduction historique Λ sc cite lui-même, cl qu’il a mis dans la Foi orthodoxe le VExpusé de la foi orthodoxe. C'est une brève recension de 103 hérésies. Pour les 80 premières, l’auteur repro­ meilleur de scs autres écrits. 2. De la première partie de la Source de la connafsduit mot à mot le Panarion de saint Éplpbanc. Le reste est emprunté ù divers auteurs : Théodoret, le saner, il faut rapprocher le petit tra.té philosophique intitulé : El:αγωγή δηγμάτων στχκχα 3,^, Institutio prêtre Timothée de Constantinople, Léonce de By­ elemcntaris ad dogmata, l xcv, col. 99-112, qui en zance, saint Sophrone. Il n'y a de vraiment original constitue comme la première édition, et qui, si nous que ce qui regarde l’islamisme, l’iconoclasme et la entendons bien la suscription des mss : i r.o φωνής secte mystique des aposkhites, apparentée aux massaliens. Ίωίνν^υ του ΔαμαιΧΓ,ν/ΰ πρδ: Ίωχννην έπΐιχ-πυν Λα^δικεΙας, fut dictée par le saint doc leur cl recueillie L'exposé de la foi orthodoxe fut divisé par l’auteur par un de ses élèves Jean. devenu dans la suite évêque en cent chapitres. Les manuscrits ne fournissent pas uc Laodicée du Li» an. dans la province ecclésiastique d’autre division. On a pris cependant l'habitude, en de Damas, Cc petit trailé est bien Inférieur aux Cha­ Occident, de le partager en quatre livres, sans doute pitres philosophiques. La définition de Γ hypostase, pour l’adapter aux quatre livres des Scnhnccs de en particulier, est bien incomplète. Ce doit être une Pierre Lombard. Cette division en quatre livres est œuvre de jeunesse. Il semble que l’auteur n’avait pas cric des éditions Imprimées. SI elle se justifie assez pour les trois premiers livres, elle est tout A fuit arbi­ encore lu Léonce de Byzance. 3. Le Libellus de recta sententia, Λίβελλος repi όρΟυυ traire au passage du troisième au quatrième livre. Le φρυνήμχτος, t. χαν, col. 1121-1432, esi une profession livre I correspond à peu près ά nos traités De Deo uno de foi déla.llée que Jean composa pour un évêque du et trino. Le livre II traite spécialement de la création nom d'Elic, qui la récita au métropolite de Damas, en général, des anges, des démons, de la nature visible, Pierre. Quel était cet évêque Ébe? Vraisemblablement du paradis, de l’homme et de scs facultés, de hi Pro­ un maronite mono th Lie converti; car il promet spé­ vidence. Ce second livre relève en grande partie de cialement de ne pas communiquer avec les maronite*· la philosophie et des sciences naturelle* de l’époque. Nous avons trouvé dans un ms. de la Bibliothèque C’est le moins théologique des quatre. On y trouse des Vatican? qu Élie fut éveque de lahroud, un des sièges choses assez curieuses sur l’astronomie cl la physique sudragants de la métropole de Damas. Il n'est pas des anciens. On y apprend, par exemple, que deux du lout sûr, comme l’a Lrme Lequien dans sa préface, animaux s< u’ement ne peuvent pas re nuer les ore es : col. 1421, que cet ecut ail été Cvmpvké api es le début l'hoaiine el le si..Dc. Le livre 111 est enlivivo eut 699 JEAN DAMASCÈNE (SAINT), ÉCRITS de J'iconoclasms; car il n'y a pas dans le texte : Je rejette toutes hérésies, depuis celle de Simon le Magi­ cien jusqu'à celle qui s'est élevée de nos jours contre la sair.le Eglise de Dieu, mais bien : jusqu'à celles qui se sont élevées de nos jours, μέχρι των νυν κινςΟεισών, col. 1132 b; ce qui s'entend facilement du monothésmc ct du paulicianisme, qui avaient alors en Syrie l. de nombreux partisans. 4. Le De sancta Trinitate, περί τής άγίας Τριάδας, t. xcv, col. 8-18, litre incomplet, est un résumé de théologie par demandes ct réponses sur Dieu, la Trinité et l'incarnation. S’il est permis de douter que ia rédaction soit de Jean, la doctrine est bien de lui; et l’on peut retrouver l'équivalent ct les tenues mêmes dans ses œuvres authentiques. 5. Nous n'hésitons pas non plus à la suite de Lcquicn Λ ranger parmi les œuvres authentiques cette Expo­ sitio et declaratio fidci, ibid., col. 117-138, conservée seulement dans une assez mauvaise traduction arabe, que nous avons dit être la profession de foi même récitée par saint Jean Damascène, le jour de son ordination sacerdotale. Elle débute par une belle prière à Dieu, où le nouveau prêtre fait éclater sa reconnaissance pour les bienfaits divins. C'est déjà, en petit, V Exposé de la foi orthodoxe, et dans le même plan, avec une finale sur les six conciles œcuméniques, leurs canons ct les canons de saint Basile. On trouve d'autres exposés dogmatiques, ressem­ blant à des professions de foi,dans certaines homélies de Jean. Voir spécialement celui qui se ht dans ΓΛοmélic sur le samedi saint, t. xevi, col. 601-622. 2° Ecrits polémiques. — Jean a écrit contre toutes les hérésies existantes de son temps, nestorianisme, monophysisme, rnonothihsme, manichéisme ou pauliciainsmc, iconoclasmc. Il a même esquisse une méthode de discussion avec les Sarrasins infidèles, et nous a busse un fragment de traité contre de* superst.lions populaires. Bien qu’il s’inspire de ses devanciers, il est bien plus original dans ses traités polémiques, que duns la Source de la connaissance. Ses trois discours pour la défense des images fondent la théologie byzan­ tine sur le cuite des images et des reliques. Son grand dialogue contre les manichéens, malgré les répétitions qui s’y rencontrent, est un vrai chef-d’œuvre. 1. Contre les nestoriens, Jean a écrit deux trai­ tés. Le premier, pi bllé par l.cq ion, porte le titre suivant : Κατά αφέσεως των Νεστοριανών, t. xcv, col 187-221. C'est un modèle de discussion serrée cl lucide, adaptée au point de vue de l'advcrsa rc et le ballant sur son propre terrain. Par IE. ri lure et le symbole de Nlcée, Jean démontre aux nestoriens la divinité de Jésus-Christ et l’unité de sa personne. Le second que 1 eq’Jlen n avait pu retrouver, cf. P. G, t xcv, col. 417, a » té publié par F. Dickamp, dans la Theol. Quartalschrift, 1901, t. lxxxih, p. 555595; l’a tlcnticilé de ce texte est incontestable. Il e*l d’ordre spéculatif. 2. Contre les jacobiles nous possédons egalement deux trait» Le premier, intitulé : ΙΙερΙ συνθέτου φύτεως κατά ά/εφζ/ων, De natura composita contra accphalos, t. xcv, coi. 111-126, peut être considéré comme une premi» rc ébauche du second, beaucoup plus long, écrit au nom de Pierre, métropolite de Damas à l'évi tue Jatubile de Dara. T. xciv, col. 1135-1502. Lequicu n a pu retrouver tout le texte de cc second trait·, il > a suppléé,col. 1437-1110, par une traduction laLne de la vcinon arabe. Dans l’un comme dans l’autre, saint Jean Damascène met à nu l’entêtement et la déraison de ces Jacobite*, appelés aussi acéphales, qui tout eu condamnant l'eut) chianiime, et en moinUuant l'union sans confusion de ia divinité et de i uu mainte dans le Chris t, se reluit ut absolument, 700 par une vaine crainte du nestorianisme, à compter les natures après l’union, ct ù dire deux natures. Leur formule est : μ(α φύσις σύνθετος. La tactique de Jean, pour les mettre en contradiction avec eux-mêmes, est de les ramener à la terminologie trini taire, reçue de tous. On sait que les Jacobites ne donnaient pas au mot φύσις le même sens, suivant qu'il s’agissait de la Trinité ou de la christologie. Au fond, entre eux ct les catholiques, il y avait le malentendu créé autour de la définition de Chalcédoinc, que les hérétiques se refusaient Λ reconnaître. Pour les confondre, Jean recourt à la fois à la dialectique et aux témoignages patristiques. 3 II faut rattacher ù la controverse contre les Jacobites ia Lettre à l'archimandrite Jordanès sur le Trlsagion, περί τού τρισαγίου ύμνου, t. xcv, col. 2162 On sait que Pierre le l oulou avait ajouté au Tri? sagion les mots : Qui crucifixus es pro nobis. C'était rapporter le triple Sanctus au seul Fils de Dieu incarné, tandis que les catholiques l'entendaient généralement des trois personnes de la Trinité. Comme Pierre le Foulon était un antichalcédonicn décidé, on lui prêta même couramment l’erreur du théopaschilisme. Les groupes monophysi tes ayant adopté son addition, le Trlsagion devint dès lors un brandon de discorde entre catholiques ct monophysilcs. Certains catholiques, voyant qu'il s’agissait, au fond, d’une question de mot ct d’usage, finirent par concéder qu’on pût accla­ mer le Fils de Diçu incarné, mort pour nous sur la croix, par un triple sanctus; mais pour éviter toute interprétation hérétique, Calendion, patriarche catho­ lique d'Antioche, avait ajouté à l’addition du Foulon les mots : Χριστέ βασί/εύ. Saint Jean Damascène a l’ai; d’ignorer ce fait, et il maintient fermement contre son contemporain Anastase, abbé du couvent SaintEuth)me, l’interprétation traditionnelle du Trlsagion· Il fait appel pour cela tant ù l’explication littérale de la vision d’Isaïe, qu'au témoignage des Pères, et à l’origine du Trlsagion liturgique sous Proclus. Le récit qui sc réfère ù cette origine est, du reste, fort sujet à caution. Voir ce sujet la quatrième dissertation de Lcquien, t. xav, col. 331-350. 4. Les monothélites sont réfutés en même temps que les Jacobites monophysites dans le traité qui a pour titre ; ΙΙερΙ τών cv Χριστφ δύο θελημάτων καί ένεργειών καί λοιπών φυσικών Ιδιωμάτων, De duabus in Christo Doluntatibus et operationibus, deque naturalibus reliquis proprietatibus, ubi obiter de duabus naturis d una hypostasi, t. xcv, coi. 127-186. L’auteur emprunte beaucoup au grand adversaire du monothélisme, saint Maxime. Il fait constamment appel aux notions philo­ sophiques. 5. Contre les manichéens, il nous reste de Jean deux dialogues. Le premier, très court, est sans doute une première ébauche du second, qui est beaucoup plus développé et qu’il ne faut pas hésiter À considérer comme l’un des meilleurs écrits du saint docteur. Ce premier dialogue: Διάλεςις Ίωάννου ύρΟοδόςώ) πρδς Μανιχαΐαν, Joann is orthodoxi disputatio cum manicheeo, a été publié pour la première fois par Mai, Bibliotheca noua Patrum, t. iv b, p. 104. Mignc l'a reproduit dans le L xevi, col. 1319-1336. Il ne contient rien qui ne sc retrouve dans le second : Κατά Μανιχαίων διάλογος, Dialogus contra manichieos, t. xav, col. 1505-1581. Jean s'y élève aux considérations les plus hautes de la métaphysique cl de la théologie, et touche en parti­ culier à ia question de la prescience divine et de la prédestination. A son époque, le manichéisme venait de ressusciter sous le nom de pauheianlsme. Au témoi­ gnage de Théophane. le métropolite Pierre de Damas, ami de notre saint, cul la langue coupée par ordre du calife Walid 11, pour avoir écrit contre les Arabu musulmans ct les mamehéens. 701 JEAN DAMASCÈNE 6. Contre les Sarrasins musulmans Jean a écrit un chapitre dnns le Livre des hérésies, que nous avons déjà signale. Ce chapitre n’esl pas un simple exposé de la dogmatique musulmane, mais en constitue aussi une brève réfutation. T. xav, col 7G3-773. En dehors Constantinople est sûrement Interpolé. H. Dclchaye, op. cil., p. 278-279. 5· Homélies. — Jean fut un prédicateur éloquent et Il n'est pas facile de faire l'inventaire de ce qui original. Scs discours portent un cachet doctrinal, lui appartient dans les livres liturgiques actuels. La qui les rend parfaitement reconnaissables. On y trouve tradition lui attribue la composition de VOcloékhûS toujours le théologien de lu Trinité et de l'incarnation. ou livre des huit tons contenant les olHccs du commun Il sait être à ia fois abondant ct concis, et contraire­ du temps. On ne peut prendre à la lettre celte allirmsment à beaucoup de Byzantins, il parle toujours pour tlon. · Si Jean jette les bases de l’Ocloéchos byzantine dire quelque chose. Ses homélies sont certainement ce ct prépare la plupart de ses matériaux, il ne lu bâLl qu’il a écrit de plus personnel, et elles sont riches de certainement pas seul, ni tout d’une pièce. » Pargolrc, doctrine. L'Église byzantine de 527 à 547, Paris, 1905, p. 332Sur les treize discours publiés sous son nom, P. G., 333. Signalons seulement les compositions d’une t. xevi, col. 515-811, neuf sont sûrement authentiques, authenticité Incontestée. Elles sont de deux sortes. ï savoir : une homélie sur ia transfiguration, une sur Lee unes sont des hymnes métriques, les autres se Je figuier desséché, une sur le samedi saint, l’homélie rattachent à la poésie rythmique. Au premier genre sur la Nativité de la sainte Vierge qui commence par appartiennent les hymnes en vers iambiques pour la les Knits : Δευ~ε. πάν a &vrtt col. 661-680, les trois Nativité de Noire-Seigneur, t. xevi, col. 817-825; lion éUes sur la Dormition, prononcées en un seul jour, pour l'Ép.phanie, ibid., col. 825-832, et pour la Pente­ c'est-à-dire un 15 août, vraisemblablement à Gcthsécôte, ibid., 832-840. L’autlienticité de l'hymne pour nuini même, dans l'église qui abritait le tombeau de la Pentecôte est contestée. Certains l'attribuent à un la Vierge; un panégyrique de saint Jean Chrysostome Jean, moine d'Arclas Cf. Allatius, Prolegomena, 79, et un panégyrique de sainte Barbe. /’ G-, L. xav, col. 185-187. Il faut ajouter aux com­ L'homélie sur la Nativité de la Vierge qui commence portions m< liques une prière eucharistique en vers par les mots : Λαμπρώς πανη 'Ορίζει ή κτίσις σήμερον, amicréontiquer Ibid., col. 853-856. A la poésie col. 68O-f98, doit être restituée à saint Théodore rythmique appartiennent les hymnes pour Pâques, Stud te (♦ 82b), d'après le témoignage même des mss« col 839-843; pour l'Ascension, col. 843-846; pour la dont l’un eat du ιχ· siècle. Cf. G. A. Schn· ider, Der 1 rii<’’ration, col. 817-831; pour l’Annonciation, hetL Theodor von Stud on. sein Le ben und Wtrken, coi s5i-352; pour la Dorm JEAN DAMASCENE (SAINT), ÉCBITS col. 1368-1370. Le biographe du x· siècle raconte en quelle circonstance fut composé cc dernier morceau. Vî/.i, 27, l x< iv, col. 4G8. L'Horologe des Grecs donne sous le nom de saint Jean Damascene trois belles prières préparatoires à la communion, P G., t. xevi, col. 815-818. Cette attri­ bution est confirmée par ccrl uns mss. 7· Fragments divers. — Signalons enfin divers frag­ ments d’assez maigre importance recueillis par Lcqulen.et dont il n'est pas facile d’assurer l'authcntlcité. t. Responsio ad severtanns, t. xcv, col. 225-228. — 2. Fragments sur divers sujets, ibld., col. 228-234. — 3. Trois extraits d'une Chaîne sur saint Lue, col. 234236. — I. De mensibus macedonleis, col. 236-238. — 5. Canon Paschalis, col. 239-212, attribué à saint Jean Damascene par un grand nombre de mss. — 6. Deux fragments sur l’incarnation, col. 411-416.— 7. Frag­ ment sur les images conservé dans une version arabe, col. 135-138. — 8. Fragment d'une homélie sur la Nativité de Notre-Seigneur ou sur l'Annonciation trouvée dans une chaîne sur saint Luc,t. xcvi.col.815 816. — 9. Fragments d’une chaîne sur saint Matthieu, ibid., col. 1407-1414. Le fragment sur l'eucharistie est tiré de la Foi orthodoxe, L IV, cap. xni. 8° Essai de chronologie des oeuvres de saint Jean Da­ mascene.— La vie de saint Jean Damascènc nous est trop peu connue, pour qu'on puisse fixer d'une manière précise la date de composition de chacun de scs écrits. La lecture de ceux-ci fourni t cependant quelques points de repère qui permettent de déterminer approxi­ mativement la date des principaux. Les affirmations de Lcquicn dans scs préfaces sont souvent fausses, parce que cet auteur s'est laissé impressionner par le récit légendaire du biographe. Voici les conclusions auxquelles nos recherches personnelles nous ont amené. 1. 11 est Λ peu près certain que saint Jean a composé tous les écrits qui nous restent de lui au couvent de Sainl-Sabas. Le fait que certains sont dédiés à des membres du clergé de Damas ou écrits en leur nom, ne suffit pas pour affirmer qu'ils ont été composés par le saint docteur avant son entrée au couvent. Les bonnes relations que Jean conserva avec scs compa­ triotes, sa réputation de théolog en ct la proximité de Jérusalem ct de Damas peuvent l’expliquer. 2. Furent écrits avant la persécution iconoclaste, par conséquent avant 726, V Expositio et declaratio fidet conservée dans une version arabe, et vraisemblable­ ment au s|, malgré l’aifirmation contraire de Lequien, le Libellus de reda sententia pour l'évêque Élie de labroud. 3. Les trois discours sur les Images ont été écrits entre 726 ct 730; car ils sont tous les trois antérieurs au concile des évêques de l'Orient qui, en 730 anathématlsa Léon l'Isaurlen, selon Theophano. Au mo­ ment où Jean publie son troisième discours l’anathème n’est pas encore prononcé. T. xav, col. 1321 a. Le leroiid fut précisément écrit après la déposition de saint Germain de Constantinople, arrivée A la mi-janvier 72 I, cl non < n 730, comme on l’affirme communément. Ibid., col. 1297 a. Les trois discours furent composés A Sa ‘ni Sabas ou à Jérusalem, alors que Jean était déjà prêtre : cc qui, tomme nous l’avons déjà dit, ruine par ia base tout le récit du biographe sur ia inam coupée. 4. La lettre à l’archimandrite Jordanès sur le Trlsagion fut éaite après In mort de Jean, patriarche do Jvi.i t ii. inlvée en 734-735. 5. L’Introduction élémentaire aux dogmes, est sûre­ ment antérieure à la Source de la connaissance. 6. Les traités contre les nestorlcns, les Jacobites, les monothélites, les dialogues d’un chrétien avec un Stnasin, le premier dialogue avec un manichéen sont ausi»i vraisemblablement antérieurs à la Source de la DICT. DK TIléOL. CATHOL connaissant. La chose est certaine pour le traité contre les Jacobites, écrit au nom du métropolite de Daims Pleire, qui fut exilé par Valid I; et mound en 742-713 7. La Source de la connaissance fut composée sur le demande de Cosmos le Mélode» alors qu'il était déjà évêque de Malouma; donc après 742. 8. Le grand dialogue contre les n anlchéens est venu après V Exposition de la Foi orthodifxe, et fui utilisé en supplément lors de ia dernière révision du livre IV de cet ouvrage, c. xtx-xxi. 9. Les trois homélie* sur la Dormition ont été pro­ noncées, alors que Jean était déjà parvenu A un âge avancé, comme il le déclare lui-même, au début de U seconde homélie. 10. Il est évident que des traités doubles contre les nestonens,contre les Jacobites, contre les manichéens, sur les vertus et les vices, le moins développé a été composé le premier· 11. L'homélie sur la Transfiguration fut prononcée après le commencement de la persécution iconoclaste; car Jean y demande A l'apûtrt saint Pierre de faire cesser le fléau. T. xevi, col. 556 e. 9° Œuvres Inédites, perdues ou non retrouvées. — L'inventaire complet des œuvres authentiques du Damascènc conservées dans les mss est encore a f.i re. Sl Lcquicn a fouillé consciencieusement dans les mss de la Bibliothèque nationale de Pans, si Allatius a exploré, au moins en partie les fonds de la Vaticane, il reste A exécuter le meme travail pour d’autre fond . Parmi les œuvres perdues ou non retrouvées, il faut signaler les panégyriques en l’honneur du saint évêque de Malouma, Pierre, mis À mort par les musul­ mans, en 74'2 : τούτον έγχωμίοις λόγων τετίμηχεν A δαιος πατήρ ήμών Ιωάννη, dit Théophanc, Chron., ad. an. 2 Constantini, P. G., t eviu, col. 811. Il reste aussi A retrouver le texte or g nal de la Declaratio fidei dont on ne possède qu’une version arabe. Lequien parle, dans une note, de quatre homé­ lies ascétiques, qu'il devait publier en supplément et dont on n’a plus rien entendu demi s, ce q I est assez Inquiétant pour leur a thenllclté. Cf P G., t. xav, col. 463. 10· Œuvres douteuses. — On met généralement au nombre des œuvres douteuses, le célèbre discours Hcpl των έν πίστη καχϋίμημένων, De lis qui In fide dormie­ runt, t. xcv, coi. 217-278, que l’Église grecque a toujours attribué A saint Jean Darnascène, et qu’elle a introduit dans l'office de la coinmémoralson générale des défunts, le samedi avant le dimanche de l’Apoereo (— Sexagésime), mais sur l'authenticité duquel le» critiques anciens et modernes ont toujours été parta­ gés. Récemment F. Dlekamp a de nouveau plaidé pour l'authentldté dans un ai tide donné A la R mlsche Q uartaisehri/l, 1903, p. 371-382, sous le titre : Joh in­ nes von Damasku; Ucber die in Glauben Entschla/cnen. Il a assez bien répondu aux partisans de 1 opi­ nion adverse, sauf sur le point du style. Ma;* ce polot, dans le cas, est capital, tellement la divergence < 4 grande entre la manière et le vocabulaire de Jean el le style du discours. Pour cette raison, et malgré la suscrlptlon d’un ms. du îx· siècle, le caractère apo­ cryphe de la pièce ne fait pour nous aucun doute. On pourrait peut-être l’attiibuer A Jean, évêque d’Eubée, dont plusieurs homélies sont encore inc files et qui reçoit le surnom de Darnascène dans plusieurs anciens manuscrits. Cf. Allatius, Prolegomena, 65, P. G., t. xav, col. 171. Il faut aussi ranger au nombre des œuvres d’une authenticité douteuse, une homélie encore inédite sur l’Hypapa 4è, qui débute par les mots : Είχε μέν ή των γενεθλίων πα>ήγ,Γις, cl qui se trouve ans plu­ sieurs mss sous le nom de samt Jean Darnascène. Après VIH —23 707 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTB1NE l'avoir parcourue dans le Cod. Ottob. ortrc Î64, nous bcMtons A l’attribuer nu saint docteur, A musc du commentaire de la prophétie du vieillard Simeon. Cf. Fabricius, Bibliotheca graxa, édit. I taries, l. ix, p. 682 sq-, P. G., t. xav, col. 59. II® Œuvra apocrypha. — Sont sûrement apo­ cryphes les écrits suivants, qu’on trouve dans P. G parmi les œuvres de Jean. 1. Epistola de confessione neenon potestate ligandi atque solrendt, t. xcv, col. 283-301. Cette lettre, oû se trouve une doctrine erronée sur le pouvoir d’absoudre les péchés, est très probablement du mystique du xi* siècle, contemporain de Michel Cérulairc, qui a nom Symeon le Nouveau Théologien. Cf. K. Moll, Fnthusiasmus and Bussgr tuait im griechischen Monchtum, Leipzig, 1898. 2. Oratio demonstrativa de sacris imaginibus adversus Constantinum Cabalinum, ibid., col. 309-34-1. Cet écrit fut composé vers l'an 780par un Byzantin du patriarcal de Constantinople. Cf. Pargoire, op. cil., p. 375. 3. Epistola ad Thcophilum imperatorem, ibid., col. 345-385, lettre écrite en 839, par les patriarches melchites, parmi lesquels sc trouvait Christophore d’Alexandrie. Pargoire, ibid. 4. Deux petits traités sur les azymes dont l’un porte le titre de Sexta hirresis Armcnorum, ibid., col. 387396, élucubrations apparentées à la littérature anti­ latine élaborée par les théologiens de .Michel Cérulaire, et reproduisant les thèses de Nicétas Pectoral us. 5. Lettre sur le corps et le sang du Seigneur adressée ά Zacharie, évéque de Dara (?), ibid., col. 401-404, et petite homélie sur le même sujet, col. 405-112. Ces deux écrits, dont la doctrine eucharistique est si curieuse, sont attribués dans les mss à Pierre Mansour, moine byzantin de la seconde moitié du xn· siècle. Cf. Fabricius, op. cil., reproduit dans P. G., t. xav, col. 39. La théorie eucharistique qui s’y trouve for­ mulée est en relation avec la contiovcrsc sur la corrup­ tibilité du corps et du sang de Jésus-Christ, qui mit aux prises les théologiens byzantins, à la veille de la conquête de Constantinople pur les Croisés, en 1204. 6 La Vie de Barlaam el Joasaph, t. xevi, col. 8591240, sur laquelle on a dit tout le nécessaire dans ce dictionnaire, t. n. col. 410 sq. l.La passion de S. Artémius, t. xevi, col. 1251-1320, écrite par Jean, moine de Rhodes (ix· siècle). 8. Sont apocryphes les six canons publiés par Mal sous le nom de Jean le Moine, dans le Spicilegium Homanum, t. ix, p. 713 sq. cl reproduits dans P. G., t. xevi, col. 1371-1408. Cf. Sathas, 'Ιστορικόν δοκίμιον rept του Οτάτρου καί της μουσικής των Βυζαντίνων. 1. Édition» dfs œuvre». — La écrit* de mi Int Jean Denuucêne comme ceux de la plupart de* autres Pères do ΓΙ glbe, ont été édités partlclîrinrnt par divers savants, a* ont d’être rant trait de près ou de loin à saint Jean Darrwueiic et λ scs écrlU, de la Vir écrite par le biographe du x· dcc’e, et d’un recueil de témoignages ancien* sur le saint docteur. On trouve le tout «tans l’édition de Migne a>e«. ta notice de Fabrh u». qui donna une analyse détaillée des deux tomes de Lequie , et ajoute quel μ * rensuignelas oeuvres apocryphes ou Inédites. P· G., 708 t. xav, col. 10-514. L'édition rtc Migne, Paris, 1RG|, repro­ duit celle de Lequien, augmentée de quelques morceaux authentiques découverts depuis, rt de plusieurs ouvrage» apocryphe*, notamment 3; Perrier, Jean Damascène sa vie et ses écrits, Stras­ bourg, 1863; O. Zôckler, Dus Lehrstuck von den sieben liauptsûndtn, Munich, 1893, (parle de l’opuscule De octo spiritibus mquiliir)·. Loafs, Studirn uber die dtm Johannes von Damaskus zugcschricbcnen Parallelcn, Italie, 1892 (à corriger par le* tens aux de llôll el de Ehrhard déjà signa lés); P. Nlkltino, Johannis Damasceni canones iambici cum comnuntarlo et indice verborum ex schedis Augusti Nauck editi dan* le* Melanges Gréco-nnnairu tirés du Bulletin de FAcadi mie impériale des science*, Péterabourg, 1891, t. vj, p. 199-2O4; E. Bouvy, Anarrèoniiques toniques dans la Vie de suint Jean Damascene, dans la BgzantinDche Zcilschrilk 1893, t.n.p. 110(11 s’ugil de la prière en ver» que Jean aurait adressée A la Vierge pour demander la restitution do sa main coupée, P. G., t. xuv, col. 157); Itanisen, Uebcr tin dem Johunnrs fdlschlich zugeschrirbcnes Gcbct in bgzanil· nlschejt Anakrconten dans Philologue, supplément, t. v. 1899, p. 210. Biographie universelle des musiciens de M. Félis, t. i, 1837, p. LXX ; G. J. Papadopoulos, Συμβολή clç την ισ: otiv -ή; χαρ ήμίν ΐχκλησιαστιχή; μουσιχήζ» Athènes, 180··. ρ. 154-230; K. Dyovouniotis, Ιωάννης· Δαα ·■ σ/>.χ.ς Athènes· 1903; K. Kniinl)Rchrr, A. Ehrhurd, Grschlihtt der byzantinischtn Littrrutur, Munich, 1897, p. 6871,674-676; M. Jugle, Ilemargues sur de prétendus dbcoun inédits de saint Jran Daimncéne, dans les £c/ios d'üricnt, t. xvn, p. 343-344. Pour des notices résumées, voir le· manuel* de patrologie. III. Doctrink. — A propos de ta doctrine de saint Jean Damascène, il circule dans les manuels de patro­ logie et ailleurs, certaines affirmations qui, après une lecture attentive des œuvres du saint docteur, ne nous paraissent pas fondées. On dit tout d’abord que Jean n’est qu’un compilateur. Le terme est Juste pour cer­ taines de scs œuvres, comme le Commentaire des Épllres de suint Paul et les Paratlèlex sacrés. Il ne l’est pas pour ^Exposition de la Foi orthodoxe, qui n’est pas une compilai ion, mais un résumé bien personnel de l’enseignement des Pères grecs sur les principaux dogmes chrétiens, dénotant un travail intense d’assi­ milation el un ctîorl génial pour condenser en une langue ferme, claire el précise les vérités révélées II l’est encore moins pour la plupart des écrits polémiques el pour les homélies, qui n'ont rien de ia compilation, el ne le cèdent pas, pour l'originalité, aux composi­ tions similaires des autres Pères. On dit aussi que toute la théologie de Jean est dans le De fide orthodas a. Cela, non plus, n'est pas exact. Bien des afllnnnlions dogmatiques et des développe­ ments Ihéolugiquc* importants disséminés dans les autres œuvres du saint docteur ne sont pas du tout représenté*, ou le sont A peine par quelques mots, dans la Fof orthodoxe, et la lecture de celle-ci ne sautait sufUre pour dresser le bilan de la doctrine du Damas­ cene. on ne trouve rien, par exemple, dans la Fot orthodoxe, sur la primauté de saïul Pierre, alors que ce 709 JUAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE dogme est magnifiquement développé dane l'homélie sur la Transfiguration. Il est encore plus faux d'allirmer que ce même traité de la Foi orthodoxe nous livre la quintessence de tonte la théologie des Pères grecs. Il est vrai, sans doute, connue nous Pavons dit plus haut, que Jean est un écho fidèle de la doctrine des Pères grecs. Aucune des affirmations théologlques de la Foi orthodoxe qui ne puisse être confirmée par le témoignage de quelque docteur antérieur. Mais écho fidèle ne signifie pas écho total. Jean a ses préférés parmi les Pères, comme on le voit par exemple, par son choix des formule·· trinitaircs. 11 est loin aussi de nous répéter, même en résumé toute la doctrine des Pères ailler curs. Il y a des lacu­ nes importantes dans la Foi orthodoxe, qui ne sont même pas comblées par l'appoint des autres écrits. Ce qu’on y trouve sur l’Église, les vertus théologales, In grâce, les sacrements, l'anthropologie, les fins der­ nières ne peut être considéré comme l'héritage complet de la patriotique grecque. On a egalement fortement exagéré, selon nous, l’importance que Jean attribue à la philosophie et la part qu'il lui fait dans l’exposition du dogme. On ne saurait, sous ce rapport, le comparer à saint Ί bornas d’Aquin. Quant à son aristotélisme, il sc réduit h bien peu de chose. Qu'emprunte-t-il, au juste, à /Kristole? Quelques définitions de logique et de métaphysique, qu’il corrige, du reste, parfois d’après les formules patristiques. Par l’intermédiaire du pseudo-Denysetde quelques autres, il passe dans son œuvre autant de platonisme que d’aristotélisme, et la dose de l’un et de I autre est petite. Cette dose se réduit à un ensemble de notions qui font partie de la philosophia perennis, el qu’il est aisé de retrouver bien qu’avec moins de précision, chez les Pères antérieurs. Les Pères, avec les aints Livres, voilà les vrais maîtres de sa pensée· 11 est impossible de donner, dans le cadre restreint d’un article, un exposé complet de la doctrine do saint Jean Damascènc. Il n’y faudrait pas moins d’un volume. Déjà, du reste, en plusieurs longs articles de ce dictionnaire, il a été question de sa théologie. Voir, en particulier, les articles : Dieu, sa nature d'après les PfcnES, t. iv, col. 1127-1129; Épiclèsr, t. v, col. 217-251 ; Esprit Saint, t. v, col. 791-799; Eucha­ ristie, t. v, col. 1172-1173; Hypostatique (Union), t. vn, col. 502-505; Immaculée conception dans l’Éoijse grecque, t. vu, col. 920-921. Par le fait que notre docteur a composé la première somme théolo­ gique digne de ce nom, on est amené à l'interroger à peu près sur toutes les grandes questions théologiques. Cela va faciliter notre tâche. L'exposé qui va suivre visera non à répéter ce qui a déjà été dit, mais à le compléter, et à mettre en relief les côtés qu’on peut considérer comme originaux par rapport à la thé logic latine, ainsi que certaines affirmations dog­ matiques importantes ordinairement négligées dans lis synthèses théologiques les plus connues, celles-ci étant faites presque uniquement d'après la Foi ortho­ doxe et réutilisant pas les autres écrits du saint. Nous grouperons ces indications sommaires dans le cadre ordinaire des manuels de théologie, après avoir dit un mot de ce qu’on peut appeler la métaphysique du dogme chez saint Jean Damascènc. 1° Métaphysiquedu dogme.— i.Déftnitionde la nature eide la personne. — Les mystères de la Trinité cl do l’incarnation mettent en Jeu avant tout 1rs concepts de nature et de personne; la plupart des hérésies sont nées de la confusion de ces deux Idées, comme le remarque fort justement saint Jean I >ama*cène en plusieurs endroits de scs écrits. Il n est donc pas éton­ nant que lr saint docteur sc soit appliqué à définir ces deux termes et leurs synonymes. Sur ces défli» linns II revient sans cesse dans ses ouvrages dogmati 710 ques et polémiques, cl ces répétitions mêmes finissent par rnoendrer quelque confusion dans l'esprit du lecteur. C'est que Jean a voulu rapporter â la fols les définitions des philosophes et celles des Père* de l’Egl.se. De plus, il semble qu'il y ait eu dans son esprit une élaboration progressive de ces deux con­ cepts, Mais avec un peu d'attention, on finit par saisir sa pensée définitive, celle qui sc fait Jour çà et là dans ses principaux ouvrages. C’est le concept de personne que Jean vise le pre­ mier et à qui 11 accorde la primauté. Au lieu de consi­ dérer la personnalité ou subsistence comme la der­ nière formalité venant actuer l’essence et la poser hors de ses causes, il suit exactement le chemin in­ verse: il pose d’abord la personne concrète, et voit en elle tout le reste venant s’ajouter à elle comme mor­ ceau par morceau pour la constituer dans sa totale réalité; car le vrai réel, c’est la personne, l’individu. La personne est donc pour lui l’individu concret subsistant en sol et selon soi d’une existence propre et indépendante : ύπόστατν; κυρίως τό ζαΟ'έτκό Utoσυστάτως υφιστάμενον ίση τε καί λέ^χ-οα, Dialectica, 44, col. 616 b; ou plus brièvement encore : ή ύπόστασιτ ή καΟ’έαυτό έστιν βπαρςις. Ibid., 66, col. 669 a. Jean donne deux autres définitions de la personne· Dans 1’Introductio elementaria ad dogmata, un ouvrage de jeunesse, il s'en tient encore aux vieilles défini­ tions de saint Basile : l'hypostase désigne le particu­ lier, cl est constituée par l'ensemble des notes carac­ téristiques de l’individu, Vouste, ούσίχ, est 17tenirnt commun qui se retrouve dans les individus. Institutio elem.. 2, t, t. xcv, col. 101 a, 104.Ces définitions super­ ficielles cl prises par le dehors, qui pouvaient suffire pour formuler le dogme triffitaire, se trouvaient en déficit devant le mystère de l’incarnation; car la nature humaine du Christ n’est pas l’ousfe commune; elle possède ses notes individuantes, cl cependant eUe n’est pas hypostase. Jean s’en aperçut bientôt cl. en plusieurs endroits, donna une définition composite : l’h> postase est constituée à la fois par les notes fndividuantes et l’existence Indépendante : ούιία ne με i συμβεβηκότων τήν καθ αυτό 6παρ;ιν άδιαι.έτω. καί άποτετμημένως τών λαπών ύποστάσεων έυεργεί< >.αΙ πράγματι κλτρωταμίνη. De duabus volunt., 4. I. xcv, col. 133 a. Mais quand il veut Indiquer le vrai cons­ titutif de l’hypostase et parler proprement, κυρίως il s’en tient à la définition déjà donnée par Léonce de Byzance, τό καθ'έαυ-ό ΰιοτυστάτως «’ φιστάμενον. La personne ainsi définir correspond à la substance concrète, à 1’ούσία πρώτη d Aristote et des ph losophes. Mais, après y avoir fail allusion, dans la Dialectique, notre docteur opte résolument pour la terminologie des Pères, qui désignent la personne par les trois termes : ύπόστασις. άτομυν, πρόσωπαν. Dia­ lectica, 43. col. 613 b. Chacun de ccs termes exprime sans doute une nuance; mais, en fait, pour les Pères ils sont synonymis. C’est aussi la terminologie patrlstique que Jean tidopte ponr désigner la nature. Ccs termes sont ουτία. φύσις, μορφή, είδος. Dial., 30, col. 592-593. Toute ousie est commune, πάσα ούσία κοινή έστι τών ύπ’αύτής περιεχομένων ύ ποστάσεων./à· fldr orth , 1. Ill, 6, col. 1008 a C’est Γούτία δε repa des philosophes. Par celle définition, notre docteur écarte les ούτίχι μερικοί de Phllopon. Nous verrons plus loin comment Il répond à l’objection qu on pourrait lui faire, relative­ ment à la nature humaine individuelle du Christ. La nature, du reste, peut être considérée, non seulement comme espèce participée par les individus, mais aussi en elle-même, telle que sa notion apparaît à l'esprit, έν ψιλή Οεω;ίγ; et dans ce cas. elle n’impllquo pas l’existence Indépendante, καΟ’έα τήν ούχ ύφ: . , νε De fide orth., 1. Ill, 11, col. 1021 d. C'est cumme un 711 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE sujet qui réclame l'existence pour devenir hypostase» car e’rst dans lh\post asc qu’elle est considérée» ή ούοία ύπωείμεν^ν ~ρδ; βπαρζιν. Dialed., 16, col. 581 b, ή άπλς *,ύσία έν ταίς ύποστάσβσι δσαύτως θεωρείται, Ibid., col. 612 b. C’est encore dans l’hynstasc qu'elle prend scs notes individuelles, τά συμβφ^ότα, qui apparaissent ainsi comme tenant le milieu entre Γάτλή ούσία el Γάπ/η ύπόστασις. 2. L'ényposlasie. — Outre les termes de nature et de personne, Jean, après Léonce de Byzance, en introduit un troisième : Γένυπόστατον. Qu’est-cc, au juste que τδ ένυπόστατον? Cc mot, d’après notre auteur est pris en cinq acceptions, dont deux sont nnpropres. : Il signifie quelquefois la simple existence» την άπζώ; ύπαρξιν;βΙ dans cc cas, on peut l’appliquer non seulement â la substance, ούσί^ mais encore à I accident, quoique celui-ci ne ^oit pas Ivjπόστατον, mais bien plutôt έτεροΟ πόστατον, soutenu par un autre que soi. Quelquefois le même mot indique l’être subsistant en soi, την καθ’έαυτδ ύπόσταπιν, c'est-àdire l’individu; mais ce n’est pas là proprement Γένυπόστατον, mais 1'hypostase même. Donc» à propre­ ment parler, Γένυ πόστατον est ce qui ne subsiste pas en soi-même; mais est considéré dans les hypos­ tases, άλλ’ έν τα?ς ύποστάσεσχ Οεωρούμενον. Ainsi 'a forme ou la nature humaine n’est pas considérée dans une sienne hypostase, mais dans chaque individu humain. Ou bien encore ένυπόστατον est ce qui se compose avet quelque autre chose différente en subs­ tance, pour former un tout et compléter une seule hypostase composée. Ainsi l’homme est composé de l’âme et du corps; ni l'âme seule ni le corps seul ne «ont appelés des hypostases, mais ils sont ένυ πόστα τα, rt ce qui résulte des deux est hypostase des deux. On appelle aussi ένυπόστατον la nature prise par une autre hypostase et ayant en elle la subsistence. Ainsi l'hu­ manité du Seigneur, qui n’a pas subsisté en elle-même, même un instant, n’est pas hypostase mais bien plutôt ένυπόστατον. Elle a subsisté, en effet, dans l’hypost asc du Dieu Verbe, qui l’a prise, et c'est cette hypos­ tase du Verbe qu’elle a eue et qu'elle a pour hypostase. Dial., 41, col. 616-617. 3. L'énousle. — Toute nature (concrète) est ou hypostase ou ένυπόστατον ; car il ne saurait y avoir de nature concrete ανυπόστατος, ce mot étant syno­ nyme d’ii réel· De même, toute hypostase est ένούσιος, c'est-à-dire ac trouve dans une ou plusieurs natures. Mais i’hypostase se trouve dans la nature par l’inter­ médiaire des notes individuantes, τά συμβεβηκότα, qui, tout en se greffant sur Γούσία et méritant ainsi d'être appelées ένούσια, caractérisent quand même I hypostase et la montrent. C’est la doctrine exprimée dans un passage du traité contre les Jacobites, cap. 11, col 1441 : έτερόν έστι τδ έν τινι z>l έτερον τδ έν φ έ/0'rHOv μέν γχρ έστχ τδ έν τη υύσία Οεωρούμενον, τουτίστι τδ των συμβεβηζότων άθροισμα, δ δηλοΐ τήν ύπόστασίν, ούκ αύτ/4; τήνούσίαν· ’Ενυπόστατον δέ. ούχ ή ύπόστατις, τό έν ύποσσάσει δέ ζαΟ φώμενον. Ainsi d'aprts le Damascene, l’individu concret peut s’analy cr de c tte manière: Au sommet» la réalité totale, l’existence concrete cl indépendante, c’est-à-dire rhypn stase, qui supporte cl fait subsister tout le reste; ensuite, la substance ou nature, ούσία, φύσις. en tant qu elle porte l’éli ment commun à tous les individus de même espèce, qui subsiste dans et par l’hypostase; r · 4 pour cela qu'elle est ένυπόστατος. considérée dm» I h'pc.tasc: entre Γ hypostase et Γούσία, les ac· ici.L· a actéris tiques de l'hypostase ou individu, IL.Z11 M. greffant quand même sur Γούσία commune et t va >1 de points d’attache entre elle et Γ hypostase. C'e par eux que Γhypostase est dite ένούσνκ. c’esta- i;rr, ie troupe dans la nature individuelle, qu elle fait luthier. On avouera que celle métaphysique eu 712 vaut une autre» cl qu’elle s'adapte merveilleusement aux mystères de la Trinité et de l’incarnation. Elle est de beaucoup plus simple et plus compréhensible que la plupart de nos systèmes scolastiques avec leurs entités abstraites. 4. Diverses sortes d*unions. — Des diverses sortes d'unions qu’énumère le Damuscènc en plusieurs en­ droits de scs écrits nous ne parlerons que de cello qui ont un rapport direct avec l'explication du dogme, c’cst-à-dire de Vunion htjpostulique, de Vunion prosopique et de Vunion pur composition essentielle. Alors que la théologie latine réserve l’expression d'union hypostatique à la seule union des deux natures divine et humaine dans l’unique personne du Christ, Jean connaît plusieurs sortes d’unions hypostatique*. Mais toute union hypostatique présente ces troll caractères : 1· unité de l’hypostasc; 2° persévérance des natures unies et de leurs propriétés sans changement, mélange ni confusion; 3° indestruclibililé de l'union, en ce sens que l’unique hypostase pour les natures unies reste toujours la même. Notre docteur trouve cette définition réalisée dans l'union de l’âme et du corps, cl il dit couramment que l’hypostase humaine est composée, σύνθετος, parce qu’elle sub­ siste en deux natures différentes ayant des propriétés opposées, à savoir l’âme et le corps. Dial., 66, col. 665663. il y a aussi union hypostatique, lorsqu'une nature est unie à une autre hypostase» en qui elle trouve son appui et sa subsistence. C’est le cas de l'incarnation du Verbe. L'humanité du Sauveur n’a Jamais été hypostase, parce que, dès le premier instant, elle a été soutenue dans l'être, par l’hypostase du Verbe, qui lui a servi d’hypostasc. Ibid., col. 668 et passim dans les autres écrits. Au chap, lvx de la Dialectique, col. 664 a, il est fait allusion ù une troisième sorte d’union hypos­ tatique, καί πάλιν, καΟ’ύπόυτασί / έστι. τδ έκ δύο μέν πραγμάτων, έν ένΐ οέ πρόσωπφ γνωριζόμενον : il y a encore union selon Γhypostase dans le cas d'un dre résultant de deux réalités et se manifestant duns un seul prosopon. Comme le saint docteur ne donne aucune explication, et ne reparle plus de cette troisième sorte d'union hypostatique, il est vraisemblable qu’elle se confond dans son esprit» avec l'une des deux précé­ dentes. L'union κα(Χύπόστασιν est aussi appelée union par composition, ίνωσις κατά σύνΟεσιν. Mais la σύνΟεσις est prise par rapport à l’unique hypostase et non par rapport aux natures unies; car de deux natures res­ tant cc qu’elles sont, il est Impossible qu’il résulte une seule nature σύνθετος; tout comme il est Impossible que de deux hypostases restant hypostases, il résulte une seule hypostase. Dès lors, quand on dit hypostase composée, ύπόστασις σύνθετος, qu’il s’agisse d’un individu humain ou du Christ, cela signifie qu’une hypostase unique et simple en elle-même fait subsister les natures unies, ou, si l’on veut, subsiste en clics, remplissant comme un double rôle. Dial., 65, 66, col. 661-664, 668-669; De fide orlh., LUI, 3, col. 993. Cette union est aussi appelée union substantielle, ίνωσις ούσιώδης» pour en marquer la vérité et la réaLté» non pour introduire une nature composée de deux natures. De fide, orlh., ibid. Qu’est-cc que l'union prosoplque ou personnelle, ένωσις προσωπική? C’est celle qu’a inventée Nesto­ rius, relie où deux personnes distinctes revêtent mu­ tuellement le πρόσωπον, le rôle l'une de l’autre, l'une parlant au nom de l'autre, et vice versa. C'est l’union morale, relative, cl non fondée sur l’unité de l’être, celle qui existe entre deux amis. Dial. 65, col. 661 b. Différente à la fois de l’union hypostatique et de Tunion prosnplque» est l’union pnr composition esse·· tlclle, celle qui résulte de l’union de deux ou plusieurs i essences ou natures pour former une seule nature 713 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE composée, μία φόαντ σύνθετος. Le résultat de cette composition est un tertium quid, qui n'est conwbstnntiel Λ aucune des natures composantes. C’est de celte manière que certains hérétiques ont conçu l’union de l'humanité et de la divinité dans le Christ. Jean explique cette sorte d'union par In brève formule : έ: έτ-~ων έτερον. DM·, 66. col. 669 ab'. De fide orth., I. Ill, 3. col. 998-999. 5. L'énergie et fe vouloir. — L’hérésie monothéllte amena les théologiens catholiques ù analyser l’activité de l’ânic humaine du Christ. Saint Maxime s'illustra dans cette étude, mais compliqua peut-être à l'excès la terminologie. Saint Jean Damascene reproduit les distinctions de son prédécesseur, et il a. lui aussi, une terminologie surabondante, qui réclame toute l’atten­ tion du '· tour. Le mot ένέργεια désigne à la fois la puissance d'agir et l’agir lui-même, la faculté naturelle et son acte : ένέργειά έστιν ή φυτική έκάστης ουσίας δύναμίς τε καί κίνησις. De fide orlh., 1. 11, 23, col. 919. Toute na­ ture a son έυέργεια ou scs ένέργααι, puissances na­ turelle.* cl operations correspondantes, car Γένέργενχ a sa source dans In nature et non dnns rhyposlase. Une nature sans ένέργειά serait un pur non-être, ή; χωρίς μόνον τδ μή ον. Jbid La première ένέργειά de tout vivant est la vie même. De fide orlh., I. III. 15, col· 1018 6. H faut distinguer entre ένέργειά. τδένεργείν, τδ τί καί πώς ένεργεΤν. τδ Εεργητδν ή ένέργημα, τδ ένεργητικόν. ύ έ%ετγών. ’Ενέργεια, c’est le pouvoir d'ng r; τδ * νεργε ν. l'acte par lequel on use de ce pouvoir; τδ τί ένερ*. ε v. c’est faire tel ou tel acte; τδ πώς ένεργεν, c'est agir bien ou mal; τδ ίνεργητόν ou τδ ένέργημα, c’esl le résultat de l’acte; τδ έ-εογητικόν, c’est la nature d’où procède l’énergie; ό ενεργών, c'est l'hypostasc qui possède la nature, et met l'énergie en mouvement. De duabus volunt., 35, t. xcv. col. 172 bc, combiné avec De fide orlh., 1. Ill, 15, col. 1048 a. Si les termes :ή ένέργειά, τδ ένεργεϊν, τδ ένεργητύν, τδ ένεργητικόν, sc rapportent à la nature, il faut rapporter Λ l'hypostasc non seulement δ ενεργών. mais aussi le τδ τί καί πώς ένβργεΤν. La volonté ou le vouloir est une espèce d’énergie. Comme telle, elle appartient donc ù la nature. La terminologie se complique ici, à cause de l'abondance des termes synonymes et de la multiplicité de sens d’un même terme. D’abord, une distinction capitale : le τδ θέλειν, le vouloir, et le τδ τί καί πώς θέλειν, les déterminations du vouloir. Le premier sc rapporte Λ la nature, et sc multiplie suivant le nombre des natures. Le second est du ressort de la personne. Termes qui sc rapportent Λ la nature : τδ Οέ>ειν. ή Οέλτσις, τδ θέλημα φυσικόν, ou simplement : τδ θέλη­ μα, ή όελητικη δύναμις, τδ 0ε) ητικόν. Termes hypostatiques ou personnels : τδ τί 0έ)χιν (— ήβούλησις, qui regarde la tin. τύ τέλος, appelée pour cela τδ βουλητόν); τδ πώς Οέ)ειν (« βου^ή ou βοόλευσις, qui regarde les moyens vers In Πη,τδ βου>?>τόν) Après hi βούλευτις ou délibération, vient le juge­ ment, κρίσις. SI le Jugement est approbatif, H prend proprement le nom de γνώμη (« 0έλη (ία γνωμικόν — Οελητόν). /Après la γνώμη, vient le choix final. la προαίρεσις (» θέλημα προαιρετικόν, employé quelque­ fois comme synonyme de θέλημα γνωμικόν) Après la τροαίρεσις vient l’élan vers l’action, όρμη πρδ: ραζίν. Ions les actes énumérés sont le fait de Γ hypostase, ό Οέλων. De fide orth., I II. 22, L III, 14, col. 914-948, 1033-1036; Dr duabus volunt., 21-25, t. xcv, col. 153156. Nous verrons plus loin quel usage notre docteur fait de cette terminologie par rapport à l'IIommeDicu. 6. Le nombre. Le nombre Joue un rôle capital dnns la controv.rr avec les Jacobites c· les monolhélltes. < eux-cl ne veulent compter ni le* natures, ni les volon­ 714 tés, ni les opérations de l'Homme-Dleu, parce qu'ils attribuent au nombre un rôle essentiellement diviseur, séparateur. Pour ces logomaques, le nombre, c’esl Nestorius en personne Jean Damascene s'efforce de les amener à la raison, de les famll nrlscr avec ce « croqucmitalne »; le mot est de lui II fait remarquer que le nombre n’est pas plus diviseur qu'i nificatrnr, qu’il indique même plutôt l’union que la division ; car la division s’entend du partage de la monade en deux moitiés, tandis que la dyade s'obtient par l’addition de la monade. Considéré en lui-même, le nombre ni ne divise ni ne conjoint, mais 11 est susceptible d'indiquer l’union ou la division. Quand 11 sép ire oudlsth *ur, la division ou la distinction ne vient pas de lui, mois d’autre chose. Un être peut être un sou* un rapport et multiple sous un antre. Les hérétiques se contredisent du reste eux-mêmes; car Ils comptent les hypostases divines, rt les propriétés de l'humanité et de la divinité dans le Christ. Contra facobitas, 50-51, col. 1457-1459, passage capital. 2e Démonstration chrétienne. Sources de la Hénélatton — On ne trouve dans les œuvres de saint Jean I) mascène aucune esquisse suivie du traité de la dém nitra­ tion chrétienne mais seulement deux ou trois passages qui peuvent s’y rapporter. Dans le De fide orth., I. IV, 4, col. 1108-1109, I) parle des bienfaits de la rédemp tion, de la merveilleuse propagation de la religion chré­ tienne et de la transformation morale de l'humanité opérée par elle Le dialogue entre un chrét.en et un Sarrasin, dans l’état où il nous est parvenu, constitue un essai assez maigre d'apologét que à l’égard de* musulmans. Mais dans le petit dialogue rapporté par Théodore Aboucara.t. xav, col. 1596-1597, la démons­ tration pnr le miracle est nettement abordée Les sources de la Révélation sont les llvr< s divine­ ment inspirés et la tradition non écrite, “αράδοσις άγραφος.Toute l’Écriture, aussi bien celle de l'.An* icn que du Nouveau Testament, est Inspirée de Dieu. C’est par le Saint-Esprit que la loi el les prophètes, le* évan­ gélistes et les apôtres ont parlé. Jean fait un éloge plein de poésie de l’Écriture et de son utilité De fide orth., L IV, 17, col. 1176-1177. Sa liste des Livrée saints, pour l’Anclen Testament, est incomplète, et ne reproduit que le canon palestinien, tel que le donne saint Épiphane, De ponder, et mensuris, qui parmi les deutérocanoniqucs,nc nomme que ’ » Sagesse de Salo­ mon el la Sagesse de Jésus, flls d« Slrach, · livres excellents, mais qui ne sont pas comptés, et n'étalent pas placés dans l'arche. · Ibid., col. 1180 c. Cette reproduction du texte t un feu con­ sumant toute malice. De fide orth., I. I, 9, col. 836-837; De S. Trim!., 5, t. xcv, col. 16. 2. Connaissance de Dieu. — Bien que personne n'ait vu Dieu, et que lui seul .se connaisse parfaitement lui-même, il n’a pas voulu que les hommes fussent à son sujet dans une ignorance complète. 11 s'est mani­ festé à eux et par la création el la conservation de l’univers, et par la révélation positive, car il est essen­ tiellement bon et communicatif ; mais il ne nous a révélé que cc qu’il nous était utile dr connaître cl ce que nous pouvions porter. De fide orth., I. I. 1. col. 7SO792. <>n peut dire que la connaissance de l’existence de Dieu est Innée à tous les hommes, πασι ή γνώσις τού είναι Θεόν ύπ’αύτου φυσικώς έγκατέσπαρται. Ibid., col. 789, et 3, col. 793 c. L’essence de Dieu est infinie et Incompréhensible en rllr niême, et la connaissance que nous pouvons en DOCTRINE 718 acquérir est plutôt négative que positive. Ce que nous en saisissons de plus exact est justement de savoir qu’elle est In Unie et incompréhensible, τούτο μόνον αυτού κατάληπτον, ή άπειρία καί άκαταλςψία. Ibid., 4, col. 800 b Jean signale cependant les deux autres voies d'affirmation et d’éminence. Ibid., et 8, col. 808809, cl surtout, 12, col. 845-848. L'Écriture sainte, du reste, parle souvent de Dieu comme s'il avait une forme humaine et corporelle. Le c. 11, col. 841-841, explique les anthromorphUmes les plus courants. Le nom qui convient le mieux à Dieu est celui qu'il s’est donné à lui-même en apparaissant à Moïse : il est l’être tout court, ό ών, ramassant en lui toute la pléni­ tude de l'être, 9, col. 836; ou bien, comme le dit Denys, on peut le définir le bon, ό άγαίίός : ce qui revient au même; car en Dieu être bon n’est pas postérieur à être, ού γάρ ίστιν έπΐ θεού είπείν, πρώτον τό είναι. ζαί τότε τά άγαΟόν. Ibid. (Signalons le contresens de la tra­ duction latine à cet endroit) De ce primat de la bonté la théologie de Jean est toute pénétrée. C’est l’attribut qui est mis dans le plus vif relief. 3. Démonstration de Vexistence et de Vanité de Dieu — Jean démontre par des arguments métaphysiques, l’existence de Dieu et son unité. La manière dont ces arguments sont présentés prêterait fort à la cri­ tique. On y trouve cependant les éléments suffisants d’une démonstration rationnelle. Les arguments au­ raient seulement besoin d’être mis en forme et élagués de certaines notions inutiles. L’existence de Dieu est prouvée a) par la contin­ gence des êtres changeants : Cc qui change n’existe pas par soi, et a une cause; à) par la conservation 11 le gouvernement du monde; c’est l’argument le plu* faible; c) par l’ordre qui règne dans le monde. De fidr orth., I. I, 3, col. 793-798. L’unité de Dieu est établie dans le De fide orth., 1. 1, 5, par quatre brefs arguments, que l’on trouve déve luppés d’une manière beaucoup plus claire et beau­ coup plus métaphysique dans le grand Dialogue contre les manichéens. Nous avons dit, que cc Dialogue était postérieur à la Foi orthodoxe. lui comparaison entre 1rs deux ar gumentations esl une nouvelle preuve de et fait. Les argument> sont tirés; de la perfection de Dieu; de son immensité; du gouvernement du monde; de cc principe métaphysique : que l’unité est antérieur ù In pluralité, et l’explique. 4. Les attributs divins. En plusieurs endroits de la Foi orthodoxe et de ses autres écrits, Jean donne de longues listes d’attributs divins. Voir, par exemple, t. xciv, col. 792, 808, 860, 1236. Il démontre, en parti­ culier, l’incorporé! té, c. îv, col. 797, la simplicité^ c. ix. col. 833, l’immensité· c. xn, col. 849-853, et explique en quel sens on peut dire que Dieu seul est Incorporel, 1. 11, 12, <·<»!. 925, et mcirconscrit, col. 853. L’opération de Dieu est toute simple, cause uni­ verselle de tout ce qui est et de toute activité des créa­ tures. à la manière du rayon de soleil, qui réchauffe toute chose. En parlant de cette causalité universelle de Dieu. Jean emploie le langage quelque peu panthéistique de Denys l’Aréopagitc.De fide orth., L 1, 10, 12, 14. col. 840, 844, 860. Mais il corrige ces expres­ sions, en déclarant positivement que Dieu nous a tirés du néant» el qu'il ne nous a communiqué ni son essence ni la connaissance de son essence en ellemême. Ibid.. 12, col. 845 b. Lu science de Dieu est universelle. Son œil immaté­ riel embrasse d’un simple regard les choses présentes, passées et les choses futures, avant qu’elles arrivent. Ibid., xiv, col. 860 d. Les choses futures, il les con­ temple comme si elles étaient déjà arrivées. Contra m inichicos, 37, col. 1514 b ; car, étant cause de tout, 11 porte en lui les raisons de toutes choses, et tout arrive Infailliblement suivant le plan qu’il porte éterm Ile- 719 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE ment dans sa pensée; tel un architecte qui, avant dc bâtir une maison, en arrête le dessin dans »on esprit Sa pensée est donc créatrice des choses, mais en tant qu'elle est unie A sa volonté. De fide orth., 1, I, 9, col. 837 5; De imag, 1,10, col. 12404241. Comment concilier cette prescience infaillible et cette causalité universelle avec la liberté des créa­ tures? Jean répond par une formule qu'il répète sou­ vent,et qulavoisinciaconceptlonmollnlste delà science moyenne : « Dieu prévoit, mais ne prédétermine pas nos actes libres, » πάντα προγινώπκει ό Θεός, ού πάντα δέ προορίζει· προγινώσκει γάρ τά έφ’ήμ-ν,ού προορίζει 8έ αύτά. De fidt orth., I. Π, 30, col. 969 sq. « Nous ne sommes pas cause du pouvoir que Dieu a de prévoir nos actes libres; mais le fait qu’il prévoit cc que nous devons faire vient dc nous; car si nous ne devions pas c faire, il ne Je prévoit ait pas. La prescience de Dieu est vraie et infaillible» mais ce n’est pas elle qui est la cause de la production dc l’acte futur; c’est parce que nous devons faire ceci, et cela qu’il le prévoit. Il prévoit, en effet, beaucoup de choses qui ne lui plaisent pas, et et n’est pas lui qui en est In cause », ή μέν προ­ γνωστική δυνατού Οεου ούκ έξ ημών ίχει τήν αΙτίαν · τό οέ προγνώναι ά μέλ/ομεν ποιειν, έξ ημών.... ότι μέλλομεν ποιεϊν τόόι ή τόδζ προγινώσκει. Contra ma η lelut us, 79, col. 1577 b. D’api ès notre docteur. Dieu sans doute est cause de tout le bien, de tout l’être qui est dans les créatures; mais quand il s’agit des actes libres, c’est la créature libre qui a l’initiative de la qualité de son acte bon ou mauvais. « Dieu est l'auteur des vases d’honneur et des vases d’ignominie, mais ce n est pas lui qui fait l’un honorabit·, l’autre mépri­ sable, cela dépend du choix dc chacun. De fide orth., I. IV, col. 1192 b. Jean, du reste, n’a pas la prétention d’expliquer l'inexplicable, et il sait que, tout comme i essence de Dieu, chacun de scs attributs est Incom­ préhensible. Contra manich., 77, col. 1576 e. Dieu est tout-puissant. 11 peut tout ce qu'il veut, mais il ne veut pas tout ce qu’il peut. Il a le pouvoir, en effet, dc détruire le monde, mais il ne le veut pas. De fide orth., 14, col. «60-861. 6* La Trinité. — La doctrine trinitaire du Damas* clm résume bien, dans son ensemble, la théologie grecque des siècles antérieurs, mais on remarquera que pour cerlaines formules, la préférence est accordée aux Péris rappadoc«ens, et spécialement à Grégoire de Naz«aiize. Quant ù la théologie des Pères latins, notre docteur l’ignore complètement. Pas une allu­ sion, par < \< niple, ft la théorie augustinlenne des pro­ cès on* divines. A certains endroits, Jean la frise presque mais il n'en a pas la clef. S’il parle du verbe InUi mi. il ne tonge pas à voir dans le Saint-Espnt la pnxeuin umoris, (.'est ce qui explique sans doute son aguostk une absolu sur la seconde procession. La Ti n-te est un mystère Incompréhensible. Plus on le scrute, moins on le connaît; plus on veut l’exa­ miner curieusement, plu» il se dérobe. De har., épii.» col 780 a On peut, sans doute, recourir A des com­ paraisons, mars aucune n’est adéquate, άδύνατον έν r.îciv 6μον>ν εύρεΐν παράδειγμα έπΐ της θεολογίας. De fide i rth , I. ill, 26, col. 1096 b. Ce mystère réfute à la fols Je polythéisme des païens et le dogme uni­ taire des Juifs ibid., I. L 7, col. 805 e; car si Dieu est un, Il n’est pai solitaire. « La solitude prive dc la société, elle c*t chose morose, τό μοναδικόν άκοινώνητον zal άμείλικτον ». De duabus colunt., 3, t. xcv, col. 132 α. Il \ a déjà IA comme une ébauche de lu belle théorie de Bichat d de Salut Victor sur la plura­ lité de· p* rsonnes en Dieu Mais Jean ne pousse pas celt· .die 11 développe un autre essai de démonstra­ tion ratlonelle dc la Trinité emprunté aux Père* grecs: Dieu n peut pas être dépouvu dc parole; il doit avoir son \crbe, cl le Verbe de Dieu doit avoir son souffle 720 son esprit. Ce qui, dans la créature, est Inconsistant et passager, est en Dieu sub islam et coétvrnèl A ion principe· Dr fide orth., I. 1, 6-7, col. 801-805. L'Église catholique cnst.gno qu'il y a en Dieu une seule essence, substance ou nature, ούσία, φύσις, et trois personnes distinctes La personne, en Dieu, est « le mode sans commencement de chaque subsistence éternelle, έπΐ της άγίας τριάδος ύπόστατίς έστιν ό Ævsp χος τρόπος της έκάοτου άίδΙο ύπάρξεως. » Dialect., 6ff, col. 669 a. Ces modes de subsistence sont cons­ titués par des relations réciproques fondées sur l'ori ginc, et c'est cette relation d’origine qui fait la distinc­ tion des personnes entre elles : κατά τό αίτιον καί τό αίτιατόν καί τό τέλειον της ύπο-στάοεως, ήτοι τόν της ύπάρξεως τρόπον, τήν διαφοράν ίννοουμεν. De fide orth., 1. I, 8, col. 828 d\ τό άγέννητον, καί τό γεννητύν καί έκπορε*,τόν ούκ ούσίας είσΐ δηλωτικά, άλλα της πρός άλληλα σχέπεως καί του τηςύπάρξεο>ς τρόπου. Ibld.J, col. 837 c. Les trois personnes, en effet, sont réelle­ ment distinctes entre elles, bien qu’elles soient Insé­ parables, l’une de l’autre, qu’elles se tiennent l'une l'autre, qu'elles s’envahissent l’une l'autre et existent l'une dans l’autre. Cette compénétration mutuelle fondée sur l’unité d'essence, περιχώρησις, se fait sans mélange ni confusion. Ibid., 8, col. 823-829; 14, col 860 b. Remarquons que le Damascène, à propos de la distinction, emploie une terminologie qui pourrait prêter ù confusion. Il oppose la distinction ou division réelle, διαίρεσις πραγματική,A Indivision par la pensée, τό διηρημένον έπινοία. Cette division par la pensée correspond, dans le fait, à la distinction réelle mineure dc nos scolastiques, tandis que la διαίρεσις πραγματική est notre distinction réelle majeure en tant qu'elle vise deux êtres, deux substances complètes ayant une existence indépendante. Le mol διαφεης veut dire séparation et non simple distinction, même si la distinction est réelle. C’est une distinction fondée sur la séparation réelle. Dieu que réellement distincte des deux autres, chacune des trois personnes divines s'identifie, en fait, avec toute l'essence divine, en qui elle subsiste d’une manière parfaite; car l’essence divine est toute simple, et ne saurait être composée d’hypostases; mais elle se trouve tout entière dans les trois bypdstffsès, ou. pour parler plus exactement, elle est les trois, τά έν οίς ή Οεότης, ή , τό γε άκριβέστερον, ά ή Οεότη , ildd , 8. col. 829 b, et chacun des (rois est Dieu par fa t./> rechi sententia, 1, col. 1424. Remarquons, en passant, que, pour parler des personnes, Jean emploie parfois le neutre, τα τρία, bien qu’il distingue clairement entre άλλος et άλλο. Il n'a pas cru devoir corriger certaine» formules patristlques. Les noms concrets des personnes sont le Père, le Fils et l’Esprlt aint. A chacun de ccs noms s'ajoutent d’autres noms tirés de I Ecriture sainte et expliqués par les anciens Pères. Jean rapporte et explique briè­ vement ces divers noms. De fide orth., 8, 13, col. 8098*24, 856-860. Les noms qui dé ignent les relations, ou modes d’existence, ou propriétés hypostaliques, Ιδιότητες ύποστατικαί, sont : l’innas< ibllité et la paternité, ή άγεννησία, ή πατρότης, jiropiiétés du Père; la filiation, ή υΐότητ, propriété du Fils, la pro­ cession, ή έκπόρευσίς, propriété du Saint-Esprit. Le Père est dit άγέννητος, le Fils γΓ/νητός, le Saint Esprit έκπορευτόν Ibid., 8, col. 817, 820. Les noms des deux processions sont : la génération, ή γέννησις, et la praccsniun, ή έκπόρε’χιις · Nous savons qu’il y a une I différence entre la γέννησις et Ι'έκπύρευσις: mah nous Igi i.r··· dement le mode di cette «ι i « c< · I Ibid., col 824. La procession du Salnt-i nt ( est per1 fois app< léc προβολή; d'où le nom de προβολή donné au Pêie Ibid., col. 809 b, et De sacris lejuniU, ‘28 I t. XCV, col. 60 b. Cf. De fide orth., 12, col. 849 b. 721 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE Cependant la προβολή n’est Jamais donnée comme pro­ priété distinctive et incommunicable du Père. Jean dit constamment que le Fils a tout ce qu’n le Père I excepté l’inuasr ΜΚΐέ,πλήντήςάγεννησίαςκατά πάντα όμοιον τφ ΙΙατρΙ, De flde orth., 1.1, 8, col 816 c, 824 b, I 828 d; 1. 111, 13, col. 1033 a; De duabus volunt., 11, col. 141 b; deux fols, U ajoute : excepté Vlnnasci· bilité et la paternité, πλήν της άγεννησίας καί της πατρότητος, Dc imo η., in, col. 1340 b. < Dans la divi­ nité lupcrsubstantlclle» il n’y a rien d’hypostatique ou dc personnel que le τό άγέννητον et le τό γεννητικόν du Père, le τό γεννητόν du Fils et le τό έκπορευτόν du Saint-Esprit. » De dinibus volunt., 33, t. xcv, col. 169 c. Or, c’cst seulement par ce qui est personnel, c’est seulement par le mode d'existence et par les propriétés h·;postâtiques, que les trois personnes diffèrent entre elles. De fid. orth., col. 817 a, 824 b. Tout le reste, tout cc qui est dans la ligne dc la nature : opération, science» volonté,attributs divers, estcommunaux trois. Quelles sont les relations des personnes entre elles? Jean pose en principe que le Père, étant lui-même sans principe, άναίτιος, άγέννητος est seul principe, seule source dans la Trinité. Dc lui, en même temps et éternellement, sortent le Fils par génération, γεννητώς, et le Saint-Esprit par procession, έκπορευτώς 11 est Ιογεννητωρ du Fils et le προβολεύς du Saint-Esprit : ό Πατήρ, πηγή καί ·1τ(α ΤΙού καί άγίου Πνεύματος... μόνος αίτιος όΐ larqp.De flde orth., 1.1,12, col. 849 a. b premiere sue, de telles affirmations semblent exclure toute participation du Fds ft la procession du SaintEsprit el Jean parait déjà s'exprimer comme s’expri­ mera Photius cent ans plus tard. Mais cc n’est qu’une apparence. Le docteur de Damas maintient très fer­ mement le diagramme trlnitaire des Pères grecs. Il répète, après Grégoire de Nazianzc, que, parti du Père, le mouvement dc la vie divine se poursuit vers la dtjade pour s'arrêter jusqu'à la Triade : μονάς άπ’άρχής είς δ.άδα κΐνηθζ?πα, μέχρι της Τριάδος ίστη. De nynino Trisay io, 28, t. xcv, col. 60 a. Il dit, après saint Basile, que ΓΙ sprit est conjoint au Père par le Fils, δ·.’ ΤΙου τφ ΙΙατρΙ συναπτομενσν. De flde orth, Yin, col. 856; après Athanasc et Cyrille, que le SaintEsprit est l'image du Fits, comme le Fils est l'image du Père, είκων του 1 Ιατρός ό ΙΤός, καί του ΤΠου τό I ! νεύμα Ibid. Or, d’après Je Danmscènc lui-même, il existe un lien causa) entre l’i· age et son prototvpe · ή είκών του ανθρώπου, έξ άληΟινου αΙτίου του ανθρώπου λέγε­ ται. Diidedica, 6, co). 518 e. Les comparaisons qu’il emploie maintiennent au Fil· la place du milieu dans la ligne droite qui représente le mystère; dc telle sorte que le Fih ap;i irait inséparable du Père dans l'acte productem du Saint-Esprit : « Le Père est la source, le Fils, le fleuve, le Saint-Esprit, la nier; et ccs trois choses; la source» le fleuve et la mer, sont une Mule nature. Le Père est la racine, le l’ds, le rameau, le Saint Esprit, le fruit et dans les trois. Il y a une même essence. Le Père est le soleil, le Fils, le rayon, le Snlnt-i’sprit hi chaleur ou l’éclat. » De lucres^ épi)., col. 780. Le Saint-1 sprit est le souffle dc la bouche du ΙΊΕ //i Trnnsflg., 18, I. xcvî, col. a b. Si le Pèjc est la source originelle de l’existence du Saint Esprit, s’il est προβολεύς, il l’est par le Vt rbe» son Fils On cherchera vainement chez notre auteur la formol · plioticimc : Le Salnl-l 'prit procède du Père brui c l i <ύμενον(οατ le Père le produit comme b L 722 ft travers le Fils, qui le retient dan· se« bras). /> flde orth., 1. I, 7, col. 805; 12, col. 818-349. Cf. De hymno Tris., 28, t. xcv, col. 60 e. Ce que .lean refuse au Fils dans la procession du Saint-Esprit, c’cst d'être source primordiale et Indépendante de la troisième personne. Dans sa pensée, le Fils n’est pas absent de l’acte paternel par lequel surgit le Saint Esprit; il y coopère, mais en tant que ne faisant qu’un avec le Père et recevant de lui le pouvoir «pirateur. C’est l’équivalent de la formule dogmatique : Le SaintEsprit procède des deux en tant qu'ils ne sont qu'un seul principe. Mais la nuance que n’indique pas la formule a b utroque, à savoir que si le Fils est co-principc avec le Père, il ne l'est pas au même titre que le Père, parce qu’il reçoit du Père d’être spiraleur avec lui, notre docteur l’exprime par les préposition* grecques έκ et διά. Έκ indique le principe primordial, le principi sans principe, le principe tout court. Διά, au contraire, indique le principe intermédiaire, le principe ayant lui-même un principe. C’est la clef des passages sui­ vants, qui ont fait croire à certains, et à saint Thomalui-même, que le Damascene avait nié la doctrine catholique sur la procession du Sa· nt-L* prit ; · Le Père seul est principe, μένος αίτιος ό ΙΙχτήρ. — Nous tie disons pas que l'Esprit est du Fils, έκ του Yltô, bien que nous le nommions Esprit du Fils. Jl est Γ Esprit du Fils, non comme procédant de lui, έξ αύτου, mais comme procédant du Père par lui. > De flde orth , I. I, 8, col. 832; 12, col. 849 b; De hymno Trisagio, loc. cit Cc que notre docteur a dit dc plus opposé en apparenc» au dogme catholique se lit dans l’homélie In sabb sanctum, 4 : « La Saint-Esprit est dit Esprit du Fils comme se manifestant par lui, et étant distribué à lu créature, mais non comme ayant de lui son existence, ως δι'αύτου φανερούμενον, καί τη χτίσει μετχδιδόμενον. άλλ’ούκ έξ αύτου ίχον την ύπαρξιν. · T. xcvi, col. 605 b. Mais qu'on le remarque bien : Jean nie simplement que le Saint-Esprit tienne son existence ex Filio tanquam ex principio originali; il ne nie pas qu’il tienne son existence ex Pâtre per Filium, c'est-ft-dire du J'ère, par le Verbe comme ne faisant qu'un principe avec le Père C’est donc Ift une question de terminologie. Plusieurs Pères grecs, comme Epiphane, Dldyme l’Aveugle. Cyrille d’Alexandrie, n’avaient pas poussé Jusque-lû Vacribie des formules,et avalent employé l’expression ab utroque, έξ άμφο7ν, έξ άμφοτέρων. A l’époque du Datnascène, ccs formule* étaient démodées. On ne les employait plus : ούλέγομεν, dit-il. H faut reconnaître, du reste, que la procession du Saint-Esprit paraissait aux théologiens grecs beaucoup plus mystérleusr qu’aux théologiens latins. Ceux-ci avaient dans la théorie augustinienne une belle analogie qui monlrau une différence bien nette entre les deux processions, et mettait en lumière le rôle du Fils dans la production du Saint-Esprit. 7· Création. — La création est l’acte par lequel Dieu fait passer les choses visibles et invisibles du néant à l'être, έκ του μ ή βντος είς τό είναι παράγει. Dieu crée en pensant, et sa pensée pose Γ oeuvre, que complète le Verbe et qu'achève l'Esprit. De flde orth 1. Il, 2, col. 864-865. L’acte créateur est, en Dieu, to ·» Λ fuit libre. · C’est par sa volonté qu’il a amené toute» choses ft l'existence. · Ibid., I. I, 8, col. 312, 813; I. 1 ΐ 12, col. 920. C’est pour cela que lu création n’esl pa éternelle. Ce qui passe du néant Λ l'être ne saurait rlh éternel : ή κτίσις έπί Θεοΰ 0<>ήσεως ίργον οδσα ού συναΐδιός com τφ Ο.φ ! bid., col. 813. Le motif qnl a poussé Dieu ft créer n’esl autre que •on immense bonté : «itant bon et suprabon.ô περάγα 0ος, il ne s’est pus contenté dc sa propre contemplation» mais dans l’excès de sa bonté, H lui a plu qu il y eût des êtres participant n scs bienfaits et ft sa bonté » Op. cit., I. II, 2, col. 864; 1. IV, 13. col. 1136. JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE Snr l’ordre de îa création, Jean adopte l'opinion de GreuMn? de Narlann* : Dieu a d'abord créé les anges puis le monde de* corps, enfui l’homme» car il conve­ nait que la natun spirituelle,τήννοεράν ούσίαν, fut créée la première» ensuite la Sensible» enfin l’homme, composé des deux. » Op. cil.,1. 11, 3, col. 873; I. IV. 13, col. 1136. Dans le Dialogue entre un chrétien et un Sarrasin, le Damascene développe cette Idée, qu’après la première semaine, Dieu a cessé de créer, ct que les êtres vivants, y compris l’homme, subsistent et se multiplient sui­ vant les lois posées il l’origine. Cette doctrine.!elle qu elle est présenter dans cc dialog c, laisse planer l’obscurité sur l'otlgine de l’âme humaine ct ferait penser au traducianisme. Disp. Saraceni cum christ., t. xevi, roi 1337-1340. 8· Angétoloyie. — L'angélologie de Jean s’inspire de celle de Grégoire de Nazlanzc et du pseudo Denys. L’ange est une substance intelligente, toujours en mouvement, libre, incorporelle, r vaut reçu dans sa nature, le don dc l’immortalité. Dieu seul, du reste, connaît sa vraie définition. L’ange n’est pas immuable < r sa nature, ct peut changer par l’usage de la liberté. Il rst incapable de pénitence, parce qu'il est incorporel. L’est à cause dc la faiblesse de son corps, que l’homme est susceptible dc pénitence. Après leur premier choix, les bons anges ont été fixés immuablement dans le bien, ct les mauvais anges dans le mal. L'ange est immortel non strictement en vertu de sa nature, car tout cc qui commence n naturellement une fin, mais par un bienfait du créateur, qui seul possède par nature lu vie éternelle. De flde orth., L II, 3, col. 865 sq. Les anges sont circonscrits, bien qu’ils ne le soient pas A la manière des corps. Lorsqu’ils sont au ciel, ils ne sont pus sur la terre. Ils sont dans des lieux spiri­ tuels, b νοητοϊς τόποις, c’cst-A-dirc, qu'ils sont IA où il? agirent. Dc flde orth., I. I, 13, col. 852. Dieu seul est Inc rconscrit. On peut dire que les anges sont sans contours prévis, Αόριστοι, en cc sens qu'ils apparais­ sent aux hommes sous une forme étrangère. Dieu seul est vraiment Αόριστος A propos de la nature des anges, le Damascènc avait d’ub «ni «lit qu’ils étalent tous de même nature, ol άγγ: oc μία φύσις εΙσ:. Inslit. elem., 1, t. xcv, col. 100 c Dans le De flde orth., 1. II, 3, col. 869 c, il est dus réservé, cl déchue «pie nous Ignorons si les ange >nnt é ‘aux ou different entre eux dans leur rssen c C'est lr secret «le Dieu. Les bons anges diPé rente dre eux pat Γ il mlnatlonet le πιιψ.τωφωτν μω καί τη στόσει Ils sont rangés, d’apn > l’Aréop.ipitr, rn trois ordre*, dont chacun comprend trois classes. <1ς τρε’ς άφορίζει τριαδικές διακοσμήσεις. Ibid.. col 872-873. Tous ceux qui attribuent aux anget le pouvoir de créer une essence quelconque parlent au nom du liable. Ibid., col. 873 u. Les bons anges tirent leur sainteté non de leur nature, mai* du Saint Esprit, ce qui équivaut à dire qulls ont été élevés a l’état surnaturel. Ils sont main­ tenant confirmés dans le bien par un bienfait divin, et parce qu'ils sont attachés au bien souverain. Ils ■ont au ciel, où leur unique occupation est de contem­ pler et de louer Dieu, et de faire sa volonté. Us sont préposés par le Créateur ù la garde dc la terre, dei nations» des divers lieux. Ils s’occupent aussi de nos Affaires, et nous viennent en aide, καί τά καΟ'ήμάς οΙκνΛμου/τες καί β',ηΟούντες ήμίν. Ibid., col. 872. lean ne dit pas expressément que chaque homme a son mge gardien. Les anges supérieurs — que celte supé­ riorité vienne du rang ou dc la nature — illuminent les Inférieurs. Pour se communiquer leur* pensées et leurs volontés. Us n'ont besoin ni de langue, ni d'o 724 rcillcs. Ibid., col. 868-869. Les anges ne raisonnent pas, ù proprement ^parler, mais comprennent par simple intuition, απλή προσβολή νοούντων. Inst, elem., 8. t. xcv, col. 109 b. Sur les mauvais anges, l’enseignement de notre docteur peut se résumer ainsi : Les mauvais anges, dont le nombre est Incalculable, πλήθος άπειρον, appartiennent tous A l'ordre terrestre, chargé de garder la terre. Le chef dc cet ordre sc révolta le premier par un libre choix de sa volonté, ct devint ainsi mauvais, dc bon qu’il était. Un grand nombre de ses subnrdon nés le suivirent. Depuis leur chute, Ils sont irrémédia­ blement fixés dans le mal, « car cc qu'est la mort aux hommes, la chute l'est aux anges ». De fide orth., I. II, 4, col. 873-877. Si le diable voulait se convertir, Dieu lui pardonnerait; mais il ne le veut pas. Dieu, cepen­ dant, continue ù lui faire du bien, en lui conservant l’être, et II supporte sa démence. Contra maniclueos, 32-35. 71, col. 1540-1511, 1569. On peut dire que son châtiment vient de lui-même cl non de Dieu. · Ce châtiment n'est autre chose que le feu du désir du mal ct l’incendie du désir insassouvl. Il ne désire pa* Dieu, mais rien que le mal. φαμέν, ότι ή κόλτσις έκείνη ούδέν Ιτερόν έστιν, cl μή πυρ έπ’.Οψ/ας της κακίας zxl αμαρτίας, καί πυρ αστοχίας της έπιΟυμίας... ΈπιΟυ· μουντές, καί μή μετέχοντες των της έπιΟυμίας. πυρδς δίκην ύπδ τής έπιΟυμίας καταφλίγονται. Ibid., 36, col. 1541 c. Saint Jean semble bien enseigner Ici que le feu qui dévore les démons est purement métapho rique. Voir, plus loin, son enseignement sur les fins dernières. Les démons ne peuvent rien que par la permission dc Dieu. Ils peuvent prédire l'avenir, le connaissant par­ fois parleur perspicacité ou par conjecture; mais ils mentent souvent. Ils peuvent suggérer le mal ù l’homme mais ne peuvent jamais violenter sa volonté. Dieu per­ met ccs suggestions pour l’exercice des bons ct l’augmentation de hors mérites. I) faut voir l’influence du diable dans les hérésies ct, dans toutes les erreurs qu» ont égaré les homme* De flde orth., toc. cil.; D' imag., t, col. 1285, 1288. 9° L'homme. Sa nature, klal primitif. Péché originel — L’homme, dernière créature dc Dieu, composé d’esprit et dc matière, résume cn lui toute la création C'est un vrai pet it monde, μικρόκοσμος. Notre docteur développe 1res bien cette idée. De fide orth., 1. II, 12, col 925-928: Dr duabus nfdunt , 15, t. xcv, col. 144 b c Le corps de I homme est composé des quatre élé­ ments. De flde orth., L 11, 12, col. 925. Son Ame est une substance vivante, simple ct incorporelle, invisibh par sa nature aux yeux du corps, immortelle, raisonmiblc « t intelligente, sans formc.se servant d’un corp » rganlqiiû, auquel elle donne la vie, Γaccroissement, la m nsation ct la puissance génératrice; elle n'a pas un autre esprit distinct «l’ellc-mème, mais l’esprit, νους, est sa partie la plus pure; ce que l'œil est dans le corps, l’esprit l'est dans l’âme, clic est douée de liberté, dc volonté el d’activité; elle a une volonté changeante, parce qu'elle est créée. Tout cela, clic l’a reçu selon sa nature par le bienfait du Créateur» duquel aussi elle a reçu l’être ct une telle nature. Ibid. Voir aussi De duabus volunt., 15-18, t. xcv, col. 144-148, où l’au­ teur donne un résumé de sa psychologie. Dans le second livre dc la Foi orthodoxe, notre doc­ teur fait déjà cc que fera plus tard saint Thomas; Il passe en revue les diverses facultés dc l’homme, cap. 12I 28. Il s’inspin^ spécialement· dans cct exposé, dc l’ou­ vrage de Némésius d’Einèse. De hominis natura, P. G.. I t. XL, col. 5ut-817, el emprunte aussi beaucoup à I saint Maxime pour ce qui regarde la volonté. Il ,’éteml p irliculièremcnt sur la liberté,dont il démontre l’existence par plusieurs arguments, et définit la nature et les limites, c. 25-28; ci. aussi 1. Π, 7, 725 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE col. 893. La liberté, τδ αύτεςούτιον, consiste, comme l'ipdlque le mot grec, A être le maître dc scs actions, κύριος πρά'εων, à en avoir le choix et l'initiative, à en être le principe, ποιε’ται δέ τούτου τήν αϊρεσιν δ νους δ ήμέτερος· καί υδτός έστιν άρχή πράςεως, 2627, col. 960. La liberté est inséparable dc la raison, et l’acte psychologique de la d< libération serait un nonsens, si nous n étlons pas libres. 25, col. 957 c. Sur l'origim de l’Ame humaine, Jean n’a pas d'afflrmalion claire. 11 dit bien, dans sa définition de l’Ame, que celle-ci a reçu son existence et sa nature du Créa­ teur, τδ είναι καί φύσει ούτως είναι είληφεν. Mai» on peut se demander s’il s’agit, dans ce passage, de l’Ame du premier homme ou dç chaque Ame humaine en particulier. Le parfait εϊληφεν fait songer à la première création. Plus loin, c. 28, col. 961 c. il affirme que notre naissance est l’effet de la puissance réatricc ή γένεσις ήμών τής δημιουργικής αύτου δυνά.ιεός έστι. Mais celte expression est assez vague. Nous avons dit plus haut que dans la Disputatio cum Sara­ ceno, on découvre une tendance Iraducianlstc. Mais ce dialogue est-il vraiment l’œuvre de Damascène? Sur l’état primitif de l’homme vaut la chute, lean a une doctrine très satisfaisante; mais qu'il est assez diflicilc de démêler. 11 va sans dire qu’il ignore les distinctions précises dc nos théologiens entre l'état de nature pure, l'état de nature intègre, l’état de justice originelle. Cc qu’il a toujours en vue, c'est la nature humaine historique, celle que Dieu créa au commencement. Cela n’empêche pas qu'on ne trouve chez lui les éléments d’une triple distinction : 11 a vu en Adam innocent : l. la nature dans son intégrité,TÔ είναι; 2. l’vléinent proprement sumatur» I, c’est-àdire la participation A In grâce divine. 1η0£ωσις;3. ce que nous appelons le préternaturel, le τδ εδ είναι, conditionné par la persévérance l:m> l'amitié divine. Notre docteur enseigne tout d'abord uue « Dieu façonna dc scs propre* main*, οίκείαις ς, καί τδ εδ cl·/® χαρισάμενος. Op. cit.,1. Ill, 1, col. 981 a. Cf. In sabbatum sanctum, II, t. xcvi,col. 612; In Dormit., n, 8, ibid , cob 733 c Outre le pouvoir royal sur la terre et cc qu'elle renfer­ mait, βασιλεύς των έπΐ γης. De fide orth., 1. II, 12. col. 921, ces privilèges consistaient dans l’incorrup­ tibilité, àçQapala.rimpassibilité απάθεια. et l'immor­ talité corporelle άθζνατία· L'incorruptibilité exemp­ tait Adam des nécessités corporelles, comme manger, boire, dormir; de la souffrance el de la maladie; de tout cc qu’entraîne la circulation vitale dans l’état actuel,βευσις,τομή. Insabb.sanc ,27,t.xcvi,col.G28 b, De fide orth.,L II, 12, col. 917 c d. Il le soustrayait même à l’œuvre de la génération charnelle. Cc n’est qu’en prévision de la chute, ct pour qu Adam, devenu mortel, pût sc survivre cn sa postérité, que Dieu forma la femme. Si Adam n’avait pas péché. Dieu aurait trouvé un moyen de multiplier l’espèce humaine aulrt que la génération charnelle. De fide orth., 1. II, 3d, col. 976; I. IV, 21, col. 1208 d b. Cette doctrine, qu nous surprend quelque peu, a été enseignée par plu sieurs Pères grecs, comme Orlgène, Athanasc, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome. L’àxdOsta s’entend de l’exemption de la concupiscence» de toute passion troublante, dc toute inquiétude et de tout souci. L'homme, au paradis terrestre, ne devait être occupé qu'à louer Dieu ct à jouir de sa contemplation. Op.eit. I. II. 11, col 913-916. Enfin, l’homme ne devait pa> mourir. Ibid., 1. Il, 12, 30, col. 921, 977. A propos du paradis terrestre, Jean allégurlse passa­ blement Il reconnaît bien un paradis sensible δ παρά­ δεισος αισθητός, vrai palais royal réserve ù l’homme seul, à l'exclusion des animaux, placé du côté de 1’0neul. planant au-dessus de toute la terre, πάσης της γης υψηλότερος κείμενος. De fide orth., I. Il, II, col. 912-913; mais en même temps, il parle d’un paradis spirituel, séjour de l’âme. Cette maison dc l’âme n'étad autre que Dieu lui-même, Θιδν ίχωνοΓκον τδν ένοικον καί αυτόν ίχων εύκλεές περιβόλαιον. Ibid., col. 916 Quant A l’arbre de la vie, ban en signale trois expli­ cations; une, littérale, qu’d n'accepte pas (le fruit de cet arbre préservait de la mnrt); deux allégoriques, qui lui plaisent : le fruit de l’arbre dc la vie n'était autre chose que la douceur dc la contemplation divine; ou bien, on peut l'entendre de la connaissance de Dieu Acquise par la consldciation des créatures. Ibid., col. 916-917. L’arbre de In science du bien ct du mal est aussi une allégorie, ·οιΐ qu’il faille y voir la par­ faite connaissance de sa propre nature, chose réservée aux parfaits, ct qui n’était pas bonne pour Adam encore Jeune et Inexpérimenté, soit qu’il faille l’en­ 727 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTU I NE tendre de la manducation sensible ct délectable, source de corruption. J bid. Les pr.\ liges que nous avons signalés : incorrup­ tibilité, imp.i .ibilité, immortalité peuvent être dits préternaturels, dans la pensée même de notre doc­ teur, qui oulrme positivement la chose pour l’immor­ tel, té corporelle : Contra manichrcos, 71, col. 1569 c. Une doctrine si nettement caractérisée sur l’état de Justice originelle devait entraîner un enseignement non moins précis sur le péché originel ct scs suites. Jean, quoi qu’en ait écrit certains auteurs, affirme clairement l'existence d’un péché inhérent A la nature humaine par suite de la transgression d’Adam. II distingue même ce péché comme tel, qu’il désigne par les mots de αμαρτία, κατάρα, κατάκρισις. des peines ou châtiments, suites de ce péché. Un passage capital est celui-ci : « Jésus-Christ a délivré la nature du péché du premier père, «le la mort et de la corruption... De même qu’en vertu de notre naissance d’Adam nous lui avons été a “imilés, héritant de lui la malédiction et la corruption; de même,en naissant de Jésus-Christ, nous lui sommes assimilés, ct nous héritons de lui llncorruptibil.té, la bénédiction, et sa gloire, η-ε.Οέρωσε τήν φύ . / ~ης αμαρτία: του προπάτορος, τού Οαυάτο j καί τηςφΟορύς .. γεννηΟί,τες έκ του’Αδάμ, ώμοΐ(!>Orutv αύτφ,κλ,,ρονομήηαντες την κατάραν καί τήν φΟ ,· ράν. » De fide orth., 1. IV, 13, col. 1137 / e. Jean dit encore que Jésus-Christ a payé pour nous la dette qui nous grevait, û/în de nous délivrer de la condamnation, ίνα τό κιΟ’ήμών ύπέρ ημών άποτίπας βφ ημα, έ)ευθερώση ήμ»ς της κατακρίσεως. De duabus volunt., Il, t xcv, col 185 a b,cf. Ibid., 28, col. 161, Et que d’au­ tres testes semblables on pourrait citer: car contraire­ ment à un préjugé trop répandu et accrédité par Petau, la mention du péché onglnel cl de ses suites est très fréquente dons les écrits de notre docteur, comme elle l’est dans les écrits des autres Pères grecs, ses prédéces­ seurs. En particulier, Jean atllnne que la volonté libre est It Mij< l premier du péché originel, πρωτοπαθής cv ήμΤν ήΟέ'ζβις, De fide orth., L 111, 14, col. 1011 d; que te péché nous a fait perdre lu grâce de Dieu et les pri­ vileges d’incorruptibilité, d’impassibilité ct d'immor­ talité qui l'accompagnaient. Ibid., 1. II, 28, 1. Ill, 1, col. 961, 981; In sabb. sanctum, 7-12, 27, t. xcvt, col. 609-012, 628; ainsi que le το ζαθ'όμοίωσιν, atta­ quant ainsi l’intégrité de la nature. De fide orth., 1. Ill, 14, col. 10-15 a. Si le τδ κατ’είκάνα en lui-même est itslé, Inst, elem., t. xcv, col. 97, il a été aussi faussé en quelque manière par l’arersio a Deo et la conversio ad creaturas, dont Jean parle expressément et qui cons­ tituent sans doute pour lui sinon l'essence totale, du moins, le côté principal du péché de nature, en tant qu’inhérent à la nature même. De fide orth., I. II, 30, col. 977 e d. La nature humaine u été rendue réelle­ ment malade, ct bien qu’ayant conservé le libre arbilr* elle ne pouvait d'clle-même se relever. In ficum arefactum, 1, t. xcvt, col. 576-577. 10· Providence et prédestination. Le problème du mal. — Ce que nous avons dit plus haut de la prescience divine et de ses rapports avec la liberté humaine est en étfOête rt’ation avec la question de la providence ct de U prédestination. Notre docteur s’est occupé d'une mani! i «pécule des difllcdi s problèmes qui s’y rattA'hrnl dans sa polémique avec les manichéens. Sa doctrine diffère sensiblement des conceptions de la Il éologle occidentale Elle est consolante, et met en vd relief la bonté de Dieu. Nous la croyons inatta­ quable du point de vue de l’orthodoxie, et nous n’ose­ rions comme certains, la traiter de superficielle. La Providence est définie : « Le soin que Dieu prend des êtres. Et encore : La Providence est le dessein de Dieu suivant lequel tous les êtres reçoivent une direc­ 728 tion convenable. SI donc le dessein de Dieu, 0co5 βούληοις est la Providence, il s'ensuit nécessairement que tout ce qui arrive par la Providence est Fn la droite raison, se réalise de la façon la plus lnllc ct la plus noble, et il ne peut en exister une meilleur· .. Dieu est ù la fois le Créateur el le provident; si puis­ sance créatrice, conservatrice et provMvnte est sa bonne volonté même, ή άγ-Οή αύτοϋ Οέλ. σί; έστι De fide orth., II, 29, col. 961. D'après celte définition, rentrent dans le plan providentiel toutes les démarches positives de Dieu à l’égard de ses créatures pour leur faire du bien, tout ce qu’il veut positivement pour elle* C'est pour cela que Jean ajoute que nos détermina tions libres, τά 2φ’ήμ~ν, ne dépendent pas do la provi­ dence mais de notre libre arbitre, Ibid., col. 964 e;car ce n'est pas Dieu qui en a proprement l'initiative mai» nous-mêmes. I! les prévoit, sans doute, mais il ne les prédétermine pas par une volonté positive. Dieu adapte son plan providentiel à l'égard de l’homme, ô la con­ duite que celui-ci tient; d'où l’adage: « La providence de Dieu à Γégard de Γhomme a pour guide sa prescience·, προνοεΐται ό Οεδς κατά αύτοϋπρόγνωσιντών ά πάντων » Contra maniciuros, 18, col. 1576 d. Tous les homme* ont le pouvoir de choisir le bien. C'est une grâce offerte â tous, car Dieu veut d'une volonté sincère ct désire d'un grand désir le salut de tous; il est tout bon, sans envie et offre le bien u qui veut le recevoir. Mais l’homme est libre : c’est à lui d'accepter ou de refuser l’offre divine. La grâce de pouvoir choisir le bien n’est ni nécessitante ni efficace par elle-même. L’homme peut l’accepter, il peut aussi la refuser; car la liberté consiste essentiellement dans le pouvoir de choisir, d'avoir l'initiative de sa détermination. A celui qui accepte l'offre divine Dieu accorde aussitôt son concours, sa grâce, pour qu'il puisse réaliser le bien choisi. La bonne œuvre est ainsi à la fois de Dieu et de nous; de nous, parce que nous l’avons choisie; de Dieu, parce qu’il nous aide â la réaliser; de Dieu encore, parce qu’il nous a ai â la choisir, en nous suggérant la bonne volonté, â laquelle nous avons consenti. A celui u positive, antérieures A la prévision des meules et des démérites. 11 ne connaît qu’une prédestina· tlon antécédente conditionnelle englobant tous les hommes, par laquelle il veut k salut de tous et a préparé A tous et A chacun des moyens surabondants de salut, bien que ccs moyens ne soient pas nécessaire­ ment égaux pour tous. De fide orth., L II, 25, col. 968969. Cette prédestination antécédente univers· lk, (mn. . itlnn I . · tu e d< <* volonté libre), est un pur effet de la bonté de Dieu; elle est absolument 730 gratuite. Le Damascene n'est nullement pélagien. Il sait l’impuissance radicale de la nature humaine pour le salut. Ct. Homil. tn ficum are/., 1, l. xcvj, col 576577. il proclame aussi bien que quiconque la nécessité de la grûce pour tout acte salutaire. Ce qu'il ignore, c'est la grâce efficace par elle-même, au sens de saint Augustin, c’est toute prédestination, toute élection ante provisa merita, et toute rép obation négative ou positive ante prævisa peccata. Il insiste beaucoup sur l'immense bonté de Dieu, qui ne sc résout A abandon­ ner déflrntiveinent le pécheur, A le réprouver, ή τε/χία έγκατά/ ειψ·.ς, qu après avoir tout fait pour le toucher, le guér«r, le sauver, el qu’après que l’homme, par sa mut. a se volonté, reste inguérissable : ή δέ τνεία έγκατά αψ.ς, δτε ταυ Θεού τάντη τα πρδς σωτηρίαν πε τοι κότας, άντπαί .Οη ος, καί άννάτρευτυς, μ>λ>ανδέ άν,ατος, έ; οϊκάας Γ.ρόΟέστως διαμείνη ά άνθρωπος. De fide orth., I. Π, 29, coi. 963 b Nous avons entendu tout A l’heure notre docteur nous purler de celte écono­ mie im fi Me de Dieu appelant le pécheur à la péni­ tence. H consacre tout un chapitre A expliquer et A atténuer les expressions de saint Paul qui, prises A la lettre, conclu.ra.ent au prédestinatianisme : < Il faut savoir que c’cst la coutume dt la mainte Écriture de pr&cnter la permission de Dieu comme une action positive de sa part... Dieu est bien l'auteur des vases d’honneur ct des vases d'ignominie, mais ce n'est pas lui qui les fait honorables ou méprisables, mats le propre choix de chacun. » De fide orth., L IV, 19, col. 1192-1193. Donc, sans aucun préjudice ni détri­ ment pour la grâce de Dieu, qui est toujours présup­ posée indispensable, gratuite et largement offerte, c’cst bien nous-mêmes qui sommes, par le libre choix de notre volonté, les artisans de notre destinée éter­ nelle. Notre part, bien minime, ci. Com. in episl. ad Romanos, vm, 25, t. xcv, col. 508 c, consiste A tendre la main pour recevoir le don de Dieu, qui amoureuse­ ment nous sollicite, π Ισι β;ύα τά αγαθά ό πόθων λαμβάνα. Contra minich., 74, col. 1573 a. Celui qui ne veut pas recevoir sc condamne lui-même, όμή 0έ> ων λαβείν, αύτός έα-ττου αίτιος. Ibid., ΊΟ, col. 1568 d. On conçoit que notre auteur puisse écrire sans contra­ diction : < Efforçons-nous de faire le bien et de devenir bons, afin que nous soyons du nombre de ceux ειωΟέντος. Le Verbe dc Dieu lui-même servit d'hypostase a la chair; car ce n’M pas à une chair («= une nature humaine) préalablement douée de subsistence indépendante que le Verne s’e t uni ούγάρ προϋποστάση καΟ’έαυτήν σαρκΐ ήνώθηό θείος Λόγος; mois le Verbe lui-même est devenu hypostase pour la chair; dc sorte que, aussitôt que la chair a existé, au même moment elle a été la chair de Dieu le Verbe, au même moment elle a été animée d'une âme raisonnable et Intelligente. C’est pour cela que nous parlons non d’un homme déifié mais d’un Dieu incarné. Celui qui était déjà par nature Dieu par­ fait, ic même est devenu par nature homme parfait. II n’a pas subi dc changement dans sa nature; il ne s’est pas non plus présenté à nous sous les dehors d’un fantôme humain, ού φαντάσας τήν οικονομίαν; mais à la chair prise de la sainte Vierge ct aminée d’une âme raisonnable et intelligente et ayant trouvé l’exis­ tence en lui καί b αύτφ τδ είναι λαχο’χτη. d s’est uni selon l'hypostAse, sans confusion ni changement, ni séparation. 11 n’a pas changé la nature de sa divinité en la substance de la chair; il n’a pas non plus fait une seule nature composée, μίαν φύσιν σύνθετον, de sa nature divine ct de la nature humaine qu'il a pi in. · Dr fide orth.. I. III, 11, col. 985-988. CL ibid., Ill 12. col. 1032; Contra /acobitas, 79, col. I 176 c On aura remarqué un mol capital dans cette défi­ nition Le Verbe a servi d’hypostale à l'humani < qu’il • pri*e; /7 uinaivlé a trouvé son existence, son être, ~à en lui, ή cv αύτφ τφ Λόγψ ύπαρίις. Ibid . 12,
    ένέ;γειαν; comme le fer rougi au feu brûle non par sa nature propre mais en vertu de son union avec le feu. Op. cd., 1. III. 17, col. 1068-1072. Unie à la personne du Verbe, l’humanité participe à l'adoration dont le Verbe est l’o »jet. Nous ne l’ado­ rons pas en clic-même ct séparément mais À cause du Verbe et en lui, αυτόν και έν α τω πρ^σκιτ/ε ταα. Ce n’est pas la chair que nous adorons, mais la chair de Dieu. Ibid., I. III, 8; 1. IV. 2. col. 1013 c, 1033. Cf. De imay., i, 4, col. 1236 c. L’union hypostatlque, par définition même. Iah*e subsister dans leur intégrité avec toutes leurs propriétéf respectives, les natures unies. C’est pour cela que le monéncrglsme et le monothéisme sont des hérésies réfutées par le bon sens et la plus simple philosophie. Si nous posons deux natures distinctes, nous devons admettre aussi deux séries d’opérations distinctes, deux volontés physiques (facultés cl actes) distinctes; car l’opération, la volonté, sont choses de la nature, non de la personne. En Dieu même, nous voyons l’opération et la volonté suivre l’unité de la nature et ne pas se multiplier suivant les In postales. Jean Da­ mascene, après saint Maxime, démontre cela tout au long dans le De fide orth., I. Ill, 13-18, ct dan> le traite De duabus voluntatibus. 11 s'attache spécialement à prouver l’existence de la libellé humaine du Christ, De fide orth.. I. HI. 18, col. 1071-1078. cl pénètre fort avant dans cc qu’on peut appeler la ps\cho|ogie de l’Homme-Dieu. Pour saisir le dcxcloppcmrnl de sa pensée, il faut se reporter ά ce que nous avons dit phi· haut, col 713, sur sa terminologie de l’opération cl du vouloir. Jean refuse Λ la nature et à la volonté humaine du Christ tous les termes strictement personnels. La volonté humaine de Jésus, tout en étant très libre, tout en obéissant très librement â la volonté divine, n'avait pas par elle-nifime et sans ta permission du Verbe, la détermination, l’approbation et le choix de la chose voulue, τό πώς Οέλαν, τό Οέ/ημα γνωμικόν. τό Οί. ημχ προαιρετικόν. IJ n’y α qu'un seul voulant, ύ Οέ>.ων, qui veut par ses deux volontés cl librement. Mais il va sans dire que la volonté divine prime la volonté humaine sans l’annihiler ni la violenter; c’est à elle que Γήγεμονία appartieiiL ÔT€μέν πα;αχω;ε'ται υπό τού κρείττονος, τήν οίκε αν ό ντ>ύς τού Χριστού ήγεμον.αν ένδε κνυται. Έκνικ }ται δ_. καί έτετοι τώ κρε ττονι, καί ταύτα ένεργεϊ. 5 ή θεία βούλεται βο Αησις, De fide orth., I. HI. 6. «-Ol, 1905 b « Pu un mouvement iibiv, l ame du Sug· cm voulait hbiement ce que sa 735 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE 736 volonté divine voulait qu'elle voulût. » Ibid., 1. III, L'âme du Sauveur jouit-elle, dès ici-bas, de la vliion 18, col. 1076 c. 11, col. 1036-1037; De duabus volunt., béat I fl que? Léonce de Byzance l’ava.t aillnné expres­ 26-27, 39-13, t. xcv. col. 157-160, 177-181. sément. Cf. M. Jugie, La béatitude el la science parfaite Au reste, de même qu’il y a une compénétration de Jésus viateur d'après Léonce de Hi/zance el quelques sans confusion des deux natures, περιχώρησχς, de autres théologiens byzantins, dans la Hevue des sclciau même il y a uni union et compénétration intime de philosophiques el théologiques, t. x, (1921), p. 518-559. leurs activités. Celles-ci restent sans doute bien dis­ Saint Jean Damascènc l'enseigne aussi, de manière tinctes mais l’une ne se manifeste pas sans l’autre. Jean équivalente, non seulement quand il déclare que Jésus répète à plusieurs reprises la phrase de saint I.éon dans comme homme fut parfait dans la science divine, dès la Lettre à Fl wien: Agit alraque forma cum atteritis com­ le premier instantde la conception virginale, mais ainsi munione quod proprium esi. < Le Christ ne faisait pas quand il nous dit que, dès le même moment, sa chair, les opérations humaines d’une manière purement c'est-à-dire son humanité tout entière, fut glorifiée, humaine; car il n’était pas un pur homme. Il n’opérait et que l'éclat même, la gloire qui Jaillit de son corps, pas non plus les choses divines en Dieu seulement, lors de la transfiguration, ne fut que la manifestation car il n’étaft pas Dieu seulement, mais il était à la fols extérieure d’une prérogative possédée dès l'origine, Dieu et homme. ο6τε τά ανθρώπινα άνθρωπίνως ένήρ- δοξάζεται ή σαρξ άμα τη έκ του μή βντοςείς τά cl αι παρα ωγή, καί ή της Οεότητος δό.,α καί 8ό .α τού σώμα γησεν, ούτετάΟε7α -.ατά Θεάν μόνον. De fide orth., Ill, τος έ j εται.... ουδέποτε τά σώμα τά ά t ιον άμέτοχον της 19, col. 1080. La divinité opérait les miracles, mais l'humanité était son instrument· L'humanité souffrait Οε’.ας δυξης ύφέστηκεν. lionül. in Trans fig., 12, t. xevi, sur la croix, mais la divinité, qui lui était unie, rendait col. 564. Cf. De fide orth., 1. IV, 18, col. 1188 5 c. Ces scs souffrances salutaires. L'humanité, du reste, re,oit textes ne paraissent pas avoir été remarqués Jus­ plus qu’elle ne donne. Alors qu'elle n’est qu’un qu’ici par les théologiens. 5. Les passions de Tdme et la corruptibilité du corps. simple Instrument pour la divinité, celle-ci la fait entrer en participation de scs prérogatives, ibid., 1.111, — Jésus-Christ a pris toutes les pa .> mis naturelles et Irrépréhensibles de l'homme, τά φυσικά καί ά&άβ'ητε 15, col. 1057-1060. De duabus votant., 42-43, t. xcv, col. 181-184. C’est cette compénétration des deux πάθη,c'est-à-dire celles qui ne dépendent pas de nous, activités que De nys l'Aréopag te a voulu exprimer τά ούκ έφ’ήμΐν, et qui ont fait irruption dans la vie humaine comme châtiment de la transgression, telles quand il a parlé d'opération théandrique, καινή τις que la faim, la soif, la fatigue, le travail, les larmes, la θεπνδρική ένέργεια. L'expression fait songer Λ la fois a l'unité de la personne et à l'union des deux activités, corruption, la fuite de la mort, la crainte et l’angoisse Dr fide orth., I. 111, 191, col. 1077-1081. Bel exemple, Αγωνία. Par corruption, φθορά, il faut entendre, outre la souffrance physique et la mort, les fonctions de la pour le dire en passant, d’interprétation orthodoxe vie végétative et animale, auxquelles le corps du d'un terme fort douteux dans ses origines. Sauveur était soumis, tout comme le nôtre : alimenta­ Une union si intime des deux natures dans l’unité de la personne entraîne la communication réciproque des tion et tout cc qui s'en suit, flux vital, humeurs. Parmi les fonctions de la vie végétative, Jean exclut comme propriétés sur tous les termes qui peuvent indiquer la personne, que ces termes visent directement la divinité Inutile en Jésus-Christ la fonction génératrice» τά σπερ­ ματικόν καί γεννητικόν. Quant à la mort, le Sauveur ou qu’ils visent l'humanité; car le même est Λ la fols Dieu et homme. Dans son chapitre sur cette communi­ l'a subie, mais son corps ne pouvait être sujet à la cation des idiomes, περί του τρόπου της άντιδότεως, De dissolution totale, διαφθορά, car cela ne convenait pas à sa dignité. De fide orth., I. III, 20, 26, 27, 28, fide orth., I. Ill, 4, col. 907-1000, Jean s'exprime d’une manière très claire sur la valeur des termes concrets et col. 1081, 1093-1100; De duabus volant., 36, 37, abstraits. Rien d'aussi précis n’avait encore été écrit t. xcv, 173-176. Parmi les passions proprement dites dont l’âme du sur la question. Dans le Ik fide orth.,\. IV, 18, col. 1181Sauveur a connu les mouvement·*, notre docteur signa!· 1192, passage qui a dû être ajouté après coup, notre la colère, θ>μός, la Irish «μ·, λύπη, l’ennui, άόημονία, docteur s'est donné la peine de classer les diverses la crainte et l’angoisse, δε x φόβος, άγωνία, non en manières dont J Écriture sainte parle de Jésus-Christ, tant que ces passions sont causées par l’appréhension ou dont J v sus-Chris t a parle de lui-même. 11 s’y trouve de l’inconnu, mais en tant que cc sont de1* mouve­ phislen s indications Intéressantes pour le théologien ments instinctifs de l’âme devant un mal Imminent rt l'exégète· 4. La science humaine de Jésus-Christ. — Sur la ou prévu avec certitude. De fide orth., I. III, 10S81089; De. duabus volunt., 37, col. 176-177. Ces passions science de l’âme du Sauveur, Jean a une doctrine très ferme et très nette l)è> le premier instant de la con­ naturelles, du reste, étaient volontaires, c'est-à-dire ception dans le sein virginal, cette science a été par­ sous la pleine domination de la volonté humaine et la le, et n’a pas réellement progressé. Le progrès n'a de la volonté divine. Elles ne prévenaient jamais cit que dans In manifestation cxérleure. Jésus homme l'usage de la raison. De fide orth., \. 111,20, col. 1084. a eu h connaissance de toutes les choses futures. 11 Le Sauveur a absolument ignoré les poussées de la concupiscence désordonnée ; et s’il a été tenté, la ten­ a été parfait, des le premier instant, à In fols dans la *ng< vie divine et dans lu sagesse humaine, τέλειος tation a été pour lui tout extérieure. Ibid., col. 1081. έν ΐνθρωπίνη καί θεία σοφία έ; άκρας συ>λήψ<ως 12e Sotérudogie. — Sur le mystère de la rédemption γέγονεν. Connaissant tout, Il n’a pas eu à faire de saint Jean Damascène n'u point de thèse développée mais de simples affirmations éparses cà et là, qui ne pénibles efforts pour délibérer sur le parti Λ prendre. CW pour cela, qu'il n’y a eu en lui ni βουλή, ni γνώμη, présentent rien de bien original. Pour détruire le règne du péché et de la mort, et ni προαίρεσις. (Voir plus haut, col. 713, le sens de ces ramener l’humanité au bien-être primitif, Il fallait mots.) La raison de celte science parfaite n’est autre un rédempteur sans péché, exempt par là-même de la que runionhypostatlque.Le Verbe a enrichi son huma· dette commune,et montrant aux hommes, par l'exem­ mté de toute sagesse et de toute grâce, et ces trésors ple d’une vie sainte, la voie du salut. De fide orth., sont pour elle des biens de nature et non des faveurs 1. HI, 1, col. 981. L'homme était par lui-même impuis­ vstajoutée*. πάντων τήν γ.ώσινείχεν ού χάριτι à δνά την ζαϋ ,πόστασιν ένωσιν. Ceux qui peinent autre­ sant à se relever. In ficum are(., 1. I. xevi, col. 576. Par ailleurs, Dieu, qui par sa toute-puissance aurait ment ne peuvent être que des dis· iplcs de Ncstorius. pu nous arracher à In tyran ic du démon, a voulu Oe (dearth , I. 11,22; III. 14,21, 22, col. 948 a, 10 li4045,1084-1088, De duabus ooL, 28. t. xcv» col. 177 «auvegarder avec le tyran le, règle, d’une st.ule 737 JEAN DAMASCENE (SAINT). DOCTRINE justice. Il h voulu que la nature vaincue triomphât elle-même de son ennemi. Ce plan supposé, l'incar­ nation du I ds de Dieu, sa passion cl sa mort deve­ naient nécessaires. Le démon et la mort, ακται, Homil. I, in Dormit., 10, col. 716 b, et a été réuni â son âme, le troisième Jour, pour la vie incor­ ruptible et éternelle. Cc privilège lui était dû cl comme mère de la Vie et comme nouvelle È\c. Homil. II in Dormit., 2-3, 8, 14, 17, col. 725-728, 733 c, 741 a. 745 b; Homil. Ill in Dormit., 3, col. 757 b c. C’est A Jérusalem, sur le mont Sion, où elle avait sa maison, que Marie est morte. Homil. Il in Dormit., 4. col 72 i Au ciel, où elle siège à côté de son Elis. au-dessus des chérubins et des séraphins» Marie partage la royauté de Jésus sur toute créature. Jean la salue comme la mal tresse de toutes les créatures, βντως κυρία καί πάντων χτισμάτων δεσπόζοΛσα, των απάντωνδέσποίνχ. De fide orth., 1. IV, 14, col. 1161 a; De imag. i, 21, col. 1252 d. CI. Homil. II in Dormit., 12, col. 720 a; ή βασιλές» ή κυρία, ή δέσποινχ II proclame aussi sa médiation universelle et sa maternité de grâce. A l’exemple des autres orateurs byzantins, il lui attri­ bue tous les bienfaits de la rédemption, en cc sens au moins que c’est par elle, grâce à sa libre coopération au plan divin, que nous avons eu le Rédempteur. Voir en particulier Homil. II in Dormit., 8, coL 733 e d. Elle est l'espérance des chrétiens, notre protectrice, notre réconcilialrice auprès de son Fil*», le gage assuré du salut. In Naliüit., 11-12, col. 680. Qui doute qu'elle soit pour nous la source de la bénédiction cl de tous les biens ? 11· Culte des saints, des reliques et des images. — Jean parle avec éloquence du culte qui est rendu aux saints dans l’Église catholique. Le culte qui s'adresse A une créature est motivé par une relation, un rapport de cette créature avec Dieu; ούδενΐ δεί προσκυ/cîv ώς Θεω cl μή μόνφ τφ φύσει Θεφ, πασι δέ δφχιλήν άπονεμειν διά τόν Κύριον. De ima g., ui, 40, col. 1J56 e. Cc principe général s’applique â la fois au culte des saint» et de leurs relique»» et au cuite dos images en général. Nous vénérons les saints, â cause de Dieu, parce qu’ils sont ses serviteurs, se» enfants e scs héritiers» des dieux par participation, les aims du Christ, les temples vivant» du Saint-Esprit. Cet honneur rejaillit sur Dieu lui-même, qui sc consi­ dère comme honoré dans ses fidèles serviteurs, et nous comble do ses bienfaits. Les saints sont, en effet, les patron» du genre humain, προστάται τού γένους παντός. Il faut bien «c garder de les mettre nu nombre des morts. Ils sont toujours vivants, et leur» corps mêmes, leurs reliques méritent ans»! notre cuite. VIII. — 24 739 JEAN DAMAbCÈNE (SAINT). DOCTRINE 740 Telles sont les idées que notre docteur développe, De de notre culte, et que c'est unu espèce d'idolâtrie que fide f)rth.9 1. IV, 15, col. 1165-1168, et en plusieurs d'y faire participer une vile matière. !.c respect ct la endroits des discours sur les images; voir spécialement vénération dont nous entourons l’image ne s'adresse De imng., m, 33, col. 1352-1353. point à l’image en tant qu'elle est simple matière, mail En dehors des corps des saints, méritent aussi notre en tant qu’elle est image, c'cst-ù-dirc représente le culte, mais culte relatif, qui remonte A Jésus-Christ ou prototype; et cc respect même, cette προσκύνησις, A ses saints, toutes les autres reliques et choses saintes, ne s'arrête pas à l'image, mais par clic arrive jusqu’au qu’il t'agisse de la vraie croix ct des autres instruments prototype, suivant le principe proclamé par saint Basile : ή της είκόνος τιμή πρδς τόν πρωτότυπον δια­ de la passion ou des objets et lieux consacrés par la βαίνει, En d'autres termes, cc culte est un culte pré De gique. Sa doctrine sur cc point est développée dans les imag., i, 21, col. 1253 a. Et notre théologien explique trois discours sur les Images, et résumée dans De fide avec beaucoup de clarté que, si tout culte, en définitive, orth., 1. IV, 16, col. 1168-1176, Voir aussi, à la fln du sc référé à Dieu, il y a plusieurs sortes de culte, parce troisième discours, avant les témoignages de la tradi­ que le divin se trouve dans les créatures à des degrés tion, un résumé sous forme scolastique, avec multiples divers. Il y a un culte, un respect suprême, qui n’est divisions et subdivisions, col. 1336-1356. Toute la dû qu’à Dieu, auteur et souverain Seigneur de toutes démonstration vise À établir ces trois points : l'icono­ choses ; c'est l’adoration proprement dite, ή λατρεία, ή προσκύνησις κατά λατρείαν; mais au-dessous de ce graphie religieuse est fondée en raison; le culte rendu aux images saintes est licite au point de vue théolo­ culte suprême, il y a les divers témoignages d’honneur, gique; ce culte offre de multiples avantages. de respect ct de vénération qui sont donnés à des Notre docteur concède aux iconoclastes qu'on ne créatures à cause de quelque excellence qui est en saur it faire une image de Dieu tel qu'il est en lui- elles; c'est la simple προσκύνησις. la προσκύνησις même dans sa nature Invisible, incorporelle, incir- τιμητική, qui s'adresse soit aux personnes saintes, αις δια της είκονιζομίνων προσηγορίας. De imag., énergie, sont susceptibles d'être décrits, dessinés. i, col. 1264 b. Cf. ibid., 16 : την ύλην σέβω, ως Oc.ας De imag., i, 4. 16, 19, col. 1236, 1245, 1249; m, 6. ένεργείας καί χάριτος έμπλεων, col. 1245 b. · De leur 24, 2’·, col. 1234, 1344-1345. L’iconogiaphte religieuse vivant, les saints étaient remplis du Saint-Esprit, ct a donc un fondement dans la réalité des choses. aprè* leur mort, la grâce du Saint-Esprit ne s'éloigne Contraire ment A ce qu’aflhincnt les iconoclastes, pas de leurs ûincs, ni de leurs corps dans leurs tom­ cette iconographie n’est point interdite par l’Écriture beaux, ni de leurs saintes images, non qu’elle y réside sainte. L’Ancien Testament ne défend que les idoles, substantiellement, mais parce qu’elle y opère des bien­ et autorise de multiples représentations ct images. faits. · De imag., i. 19, col. 1249 ed. (J. il, 14, col. D’ailleurs nous ne sommes plus sous la Loi; nous 1300 b; m, 34, col. 1353 b. Homil. Il in Dormit., sommes parvenus à l’âge mûr du Christ. En se ren­ 17, t. xevi, col. 715 b. Cette conception n’est pas dant visible. Dieu nous a en quelque soi te invités à particulière à Jean Damascène. Elle a été adoptée fa re son image visible. N’est-.I pas le premier ù avoir par la théologie byzantine. Ce serait l’outrer que de (ait des images? Il a engendré de toute éternité son l'assimiler A la causalité sacramentelle, ct l’on peut \trbc. parfaite image de sa substance, il a fait en donner une bonne interprétation, bien qu’à l’homme à son image et à sa ressemblance. Il porte en première vue clic paraisse s'opposer à l’enseignement lui-même les Idées, les images, de toutes choses. 11 du concile de Trente, qui noue défend d'hoaorvr les i voulu que ΓAncien Testament fût la ligure, l'image Images · A cause de qui Iqui divinité ou vertu qui serait • ··! Nouveau. S’il est permis de faire des images, il en elle» non quod credatur incise aliqua in iis diuuulas rit aussi permis de leur rendre un ccrt.dn culte. Ce ntl oirttu, propter quam aint colendæ. Concil. Trident., qui le prouve, c’est la tradition de l’Êgll e catholique, ses*, xxv. Denzlngcr-Bnnnwart, n. 986. Ce que les Byzantins, veulent dire, au fond, c'est que Dieu règle de fol pour le chrétien. Si les iconoclastes ont ral>on, l’Église de Dieu s’est trompée Jusqu'Ici. Cet récompense souvent par des bienfait* miraculeux le argument seul suiflt à condamner la nouvelle hérésie. culte rendu A lui-même ou aux saints par l'intermé­ diaire des Images ou des reliques. El qu'on ne dise pas que Dieu seul doit être l'objet 741 JEAN DAMASCÈNE (SAINT). DOCTRINE 15® La grâce. Nécessité des bonnes oeuvres. — Nous avons déjà fait allusion plus haut, col. 728 à la doc­ trine de Jean sur la grâce actuelle, et la manière dont son action se concilie avec la liberté humaine. Résu­ mons ici brièvement tout son enseignement sur cette importante question, car les théologiens latins ont une tendance ù soupçonner les Grecs de pélagianisme. Le Damascène ne mérite aucunement d’être enveloppé dnns cette suspicion. il affirme d'abord en termes généraux la nécessité absolue de la grâce pour opérer le bien ct parvenir au salut. Le salut ne vient pas des hommes, ct la vertu par laquelle on y parvient, ne tire pas son origine des forces humaines. Homil. in ficum are/., 3, t. xevi, cob 581 c. Sans Dieu, nous ne pouvons faire ni avoir aucun bien, De imag., m, 31, Lxav, col. 1319 c. Sans son secours, nous ne pouvons pas connaître la vérité surnaturelle, άλωτά γάρ έπιμελείτ καί πόνψγίνεσΟαι πέφυκεν άπχντ^, καί πρδ πάντων καί μετά πάντα, τη του διδόντος Θεού χχριτι. Dialect., 1, col. 532 a. Cf. De fide orth., I. IV, 17, coi. 1176 c. La grâce divine nous est, en particulier, nécessaire pour triompher de la concupiscence charnelle. « Dieu donne à la loi de notre esprit, force contre la loi qui est dans nos membres. Cette force, nous l'obtenons par la prière; mais c'est le Saint-Esprit lui-même qui nous apprend à prier. Sans la patience ct la prière — qui sont en nous œuvres de la grâce — il est impossible d’accom­ plir les commandements du Seigneur, άδ υνατον εΐ μή δι' υπομονής καί προσευχής τάς έντολάς τού Κυρίου κατεργάσασΟχί. De fide orth., 1. IV, 22, col. 1200-1201. En un autre endroit, notre docteur répète la même doc­ trine, en disant que les deux grands moyens de salut que nous avons â notre disposition sont de nous faire vio­ lence par amour ct de prier avec humilité, en fuyant les occasions du péché. Contra manichæos, 86, col. 1584. Le plus souvent il Insiste sur la nécessité de la grâce concomitante pour opérer l’œuvre salutaire. Celle-ci résulte à la fois de notre libre choix et coopé­ ration, ct du concours divin. Même avant la chute, Adam avait besoin de la grâce divine pour progresser dans le bien. De fide orth., 1. II, 12, col. 921 a. A plus forte raison en est-il ainsi pour nous. Se proposer lo bien ou le mal dépend de notre libre arbitre; mais à ceux qui avec une conscience bonne — (Jean ne dit pas, mais sous-entend ici qu’à la bonne conscience elle-même la grâce divine n’est pas étrangère) — choisissent le bien, le concours de Dieu est nécessaire pour réaliser le bien choisi. Ibid., I. II, 29, col. 968 a. Cf. Laudat. S. Joan. Chrysostomi, 4, 5, t. xevi, col. 765 d. 768 a b; De imag., rn, 33, coL 1352 b. · Être bon dépend à la fols de Dieu et de nous. Le rôle de Dieu est de nous donner à la fois l’être et le bien-être. Notre rôle, à nous, est de garder les biens que Dieu nous donne. Cela, nous le faisons ou nous ne le faisons pas : τδ μένγάρ είναι, ούκ έφ’ήμίν, άλλ’έκ Θεού μόνου* τδ δέ άγαΟδν είναι, έκ Θεού καί έξ ήμων. Contra mani· chaos, 70, coi. 1569 a b. Notre docteur enseigne aussi très clairement la nécessité de la grâce prévenante, mais cette grâce pré­ venante et sollicitante, Il dépend de notre libre choix de l'accepter ou de la refuser. Dieu nous olTrc, nous donne même le τδ εύ είναι, le bien surnaturel, mais ce τδ ευ είναι dépend pointant de nous; nous pouvons lo perdre ou le refuser, τδ μέν είναι ούκ έφ’ήμιν λαβείν τδ δέ ευ είναι έφ’ήμ,ν έστιν. Ibid., 72, col. 1572 a. La formule la plus complète do la doctrine sur la grâce actuelle est celle-ci : · Il faut savoir que la vertu fut donnée par Dieu dans la nature, et qu’il est lui-même le principe ct la cause de tout bien. Sans son secours et sa coopération, Il nous est impossible de vouloir ou I χης τε καί σώματος χωρούν, ού δαπανώμευον, ού οΟ-’.ρόμενον, ούκ είς άφεδρώνα χωρούν (μή γένοιτο), αλλ’είς την ήμών ούσίαν καί συντήρησιν. col. 1152. Par l'eucharistie, nous sommes unis au corps du Sei­ gneur ct à son esprit, et nous devenons le corps du Christ. Ibid. C'est dire que notre docteur enseigne la trans­ substantiation, le changement total du pain ctdu vin au corps ct au sang de Dieu, μεταποιούνται είς σώμα καί αίμα θεού. La présence réelle ne s’opère pas par descente du ciel du corps pris par le Verbe dans le sein de Marie, mais par vole de changement Dans l'homélie pour le samedi saint, 35, t. xevi, col. 637 c, il est dit que la chair de Dieu oient du froment et son sang du oint en vertu du changement véritable et ineffable opéré par l’épiclèse, σάρκα Θεού έκ σίτου, καί at μα Θεού ές οίνου, αληθώς τη έπικλήσει καί άρρήτως μεταποιούμενου. Comment cela se fait-ll ? Mystère insondable, comme celui de l’incarnation, col. 1145 a. Le Damascene en trouve cependant, à la suite de saint Grégoire de Nysse, une analogie passable, dans le changement des alimenta en notre substance. Son sentiment sur la forme do l’eucharistie a été suilisammcnt expliqué à l'article Épiclèse, t. y, col. 247-251. Jean enseigne clairement que la trans­ substantiation sc produit au moment précis où le célébrant, dans le rite grec, demande l’envol du Saint-Esprit. Mais il ne refuse pas pour cela toute efficacité aux paroles dominicales. Celles-ci sont comme une semence que fait germer l’épiclèse, com­ parée â une pluie bienfaisante. L'objection des Icono­ clastes tirée du mot άντίτυπα dans la messe de saint Basile, a sans doute été pour beaucoup dans l'élaboration de cette théorie. Notre docteur exige du communiant une foi ferme, une conscience nette, une pureté parfaite de l’âme ct du corps, une charité ardente. Il s’agit de recevoir « le divin charbon » uni au feu de la divinité, le corpi mémo du Crucifié, col. 1149. A ceux qui le reçoivent dignement et avec foi. le corps du Christ sert pour la rémission des péchés ct la vie éternelle; il est une sauvegarde pour l'âme et le corps, col. 1148. Comme nous l’avons vu plus haut, d’après le Damaicène, c'est surtout par l'cm laristic que nous devenons κοινωνοί, μέτοχοι Τής θείας φύσεοις. L'euchu die est un vrai sacrifice, i'hosllc pure et non sanglante offerte en tout lieu au Seigneur qu'· prédite le prophète Mulachic. Elle a été figurée par le savr eu les honneurs de l'imprimerie. Elle parut juste â temps pour être connue de Pierre Lombard, avant la publication des Livres des Sentences, dont le plan, dans les grandes lignes, rappelle la division de la Foi orthodoxe. Saint Thomas d'Aquin et les autres scol tiques, jusqu’au xvi· siècle, n'en curent pas d'autre entre les mains. Quant aux autres écrits du saint doc leur, cc n'csl qu’à partir du xvi· siècle qu’on com­ mença A les publier ct à les répandre, ct il fallut attendre le début du xvm· siècle pour en avoir une édition à peu près complète. Quelle a été, au juste, la part d’influence exercée par la Foi orthodoxe sur les théologiens scolastiques, el en particulier sur la synthèse thomiste ? La question. A notre connaissance, n’a pas encore été approfondie el mériterait de l’être. Nul doute que ccttc influence n’ail élé réelle, mois on a l’impression qu’elle ne fut jamais bien profonde. Le Damascène, du reste, ne fut pas toujours compris, par exemple, sur la proces­ sion du Saint-Esprit. Cf. saint Thomas, Summa theol, q. xxxvi, art. 2 ad 3a®. Dans l’article Prédestina­ tion du Dictionnaire Apologétique de la Foi catholique, t. IV, col. 227, le P. A. d'Alès fait remarquer que saint Thomas, dans sa doctrine sur la prédestination, combine la conception auguslinicnne avec la pensée damascémcnnc. La distinction entre les deux volontés de Dieu, antécédente ct conséquente, si clairement énoncée dans la Foi orthodoxe, est courante chez les grands scolastiques, ct a passé dans nos manuels de théologie. Inutile de faire remarquer, après cc que nous avons dit plus haut, que saint Jean Damascène est un partisan résolu de la prédestination ct de la réprobation post prsevisa mérita, et que sur la question des rapports entre la grâce et du libre arbitre, il favo­ rise ouvertement cc dernier. Si sa doctrine avait été plus étudiée et mieux connue au moyen Age. nul doute que celte doctrine n'eût exercé une influence salutaire contre les excès du prédestinatianisme. Somme toute l’influence du Damascène tant sui 751 JEAN DAMASCENE (SAINT) — JEAN D’ASIE OU DZÉPHÈSE la théologie de l'Orient que sur celle de l’Occldent, n’a pas été ce qu'elle méritait d'être. Il lui a manqué de vrais disciples pour faire surgir de sa synthèse une scolastique féconde et du meilleur aloi. 11 ne serait pas trop tard, encore de nos jours, pour mettre en valeur les trésors qu'il recèle. En terminant cet article, nous faisons nôtre le vœu exprimé par le P. de Ré­ gnon « que le Jour advienne où, pour cimenter l’union mire l’Orient et l'Occident, l’Église place dans la chaire de scs écoles la Fontaine de la Science de saint Jean Damascene auprès de la Somme théologique de saint Thomas I » Études de théologie positive sur la sainte Trinité, t. iv, p. 54. Saint Thomas ne sera pas froissé du voisinage, car il y a, entre ces deux génies, un véritable air de famille : Ces deux moines-prêtres portent au front l'auréole de la sainteté. Tous deux ont, au suprême degré, l'amour de la tradition et des Pères. Tous les deux formulent en un langage sobre et cristallin, les vérités les plus hautes, et savent, par des comparaisons très simples, les mettre à la portée de tous. Chacun des deux a été à la fols, philosophe, théologien, exégète, polémiste, orateur, poète sacré. Tous les deux ont eu le goût des sommes, des chaînes t-l des opuscules, et sont revenus souvent sur les mêmes questions. Tous les deux ont marié ensemble ia philosophie et la théologie, et, sans sc laisser enchaî­ ner par aucun système, ont été sagement éclectiques. S'ils ont aimé Aristote, Ils n'en ont pas fait le treizième apôtre, el l'ont baptisé sur bien des points. Au demeu­ rant, Jean est un ruissekt limpide, charriant de l’or, mais peu abondant; Thomas est un neuve aux larges bords, qui a connu le rufsselct parmi scs aflluents. Sur les traductions slaves de In Fol orthodoxe, voir t KalaMovItch, Jean, exarque de Bulgarie. Ilecherches sur Chittolre de la langue rl de la littérature slaves aux /X· et J· sttc/ct Moscou, 1824, p. 19 sq.; Pulouzov, Le siècle du tsar hulgurt Siméon, Pétrognul. 1852, p. 95-99; Murnire, 7 hteuveDt s’entendre que du séjour ou de la sépulture de Jean dans ce monastère, mais ils n'indiquent milie­ ux' i <.’ I en ait été rnoine. Le manuscrit que nous 752 venons de citer renferme les œuvres suivantes de Jean, qui sc retrouvent exactement dans le même ordre dam le Parisinus 364, les deux mss dérivant l’un de l'autre ou d’un prototype commun: 1° Tructatus de sacra eucha­ ristia, f°334v®-354, compilation de textes empruntés ô une foule d'auteurs sur le Saint Sacrement On le trouve aussi dans les manuscrits 364, ÎQ 1ϊ;901, t° 232 v°; 1133, 1° 292, de la Bibliothèque nationale de Paris;2° De pessimo usu monasteria laids (radendi, f° 354-368, et Parisinus 364, f° 18-34. Cc traité fort Instructif et écrit avec beaucoup de chaleur a été publié par J.-B. Colelier, Eccles ire græctr monumenta, Paris, 1677, t. i, p. 159-191, et reproduit par P. G., t. cxxxn, col. 1117-1149; 3° De quadragesimarum jejunio, f° 370 v>, et Parisinus 364, t* 36 v«-43. Cet opuscule, adressé ά l'évêque Eulogius, traite en cinq parties la question des divers carêmes orientaux, en particulier de celui de l'Assomption, et contient des renseignements très curieux sur l'habitude de rompre le jeûne ô la neuvième heure du jour. On en trouve également le texte dans le Coislin 112, f® 472 vM95; 4° Hesponsa de baptismo ad Theodorum metropolltanum Ephesinum, contenus dans le Parisinus 1304, (° 37, et publiés en partie par Aliatius, De ætate et interstitiis in collatione ordinum etiam apud Græcos servandis, Rome, 1638, p. 215; 5° Ecloga ascetic*, tirées des saints Pères, et divisées en deux parties, la première concernant les Ans dernières, la seconde, l'oraison, l'ofllce divin et l'eucharistie On en trouve le texte dans le Vindobonensis theologicus 276 (Nessei), ί° 1-136 v«; 6° De azymis adversus Lut inos, adresse au métropolitain d'Andrinople. L'auteur rappelle au début de cet opus­ cule une mission remplie par lui pour ramener l’union dans l’Église; il faudrait avoir en main tout l’opuscule pour savoir de quel événement il veut parler. On le trouve dans les Mosquenses 230 (Wladimir), f ’ 81 ; 24Q f° 99; 230, f° 340; dans le Vaticanus 630, dans le Bono­ niensis bibliotheca universitatis 2412, dans le Valli· cellanus B. 43, ί° 183 Conformément au goût de l’épo­ que. dont les recueils de Nicon et de Paul Evcrgvtinos offrent un parfait exemple, Jean ne rédige pas, Il réunit le plus de textes possible sur un sujet déterminé et les enfile avec plus ou moins de bonheur. L. Petit. 33. JEAN D’ASIE ou D’ÉPHÈSE, évêque monophysite d’Éphèsc, (f vers 585). Né vers le com­ mencement du vï· siècle dans la ville d’Amld, (aujour­ d'hui Diarbékir), Jean fut atteint,lorsqu’il avait un an et demi d'une maladie qui avait fait périr vers le même âge ses deux aînés. Guéri miraculeusement par un stylite, nommé Maron, il lui fut remis deux ans plus tard, comme étant son (Ils spirituel. Il perdit son maître vers l'âge de 15 ou 18 ans, au moment où la persécu­ tion contre les moines anti-chulcédonlens commençait è sévir à l'instigation de l'empereur Justin Ier. Entré au monastère de Mar Yohanan dans sa ville natale, il fut ordonné diacre en 529, mais peu après il lui fallut quitter la ville avec lu plupart des religieux de son monastère, par ordre d’Éphrvm, patriarche d'Anlioclu el d'Abraham bar Killi évêque d'Ainid. Lorsqu'on 534, le gouvernement de Justinien fll transporter â Cons­ tantinople, par mesure de persécution, les chefs du parti monophysite, Jean, qui se trouvait alors en Pales­ tine, gagna lui aussi la capitale dans des circonstances que nous ignorons. Il avait environ 30 ans. On sait que, contrairement aux vues de l'empereur, tout prisonnier et sui veillé qu'il fut, Théodosc d'A­ lexandrie, opéra en ci· temps, gr icc à l'appui de Théodora, la reconstitution de. la hiérarchie monophysite. Jean, qui était particulièrement exercé à l'usage de la langue grecque, fut choisi pour regrouper les monophysitcs d’Asie Mineure et sacré évique d Éphèse Or i par une combination* assez curieuse, tandis qu’il m 753 JEAN D’ASIE DU D’ÉPIIÈSE — JEAN DE CAHT1IAGÊNE disposait à servir les intérêts de l'hérésie, l’empereur, qui le traitait avec bienvcillnrice» le chargea, malgré ses préférences dogmatiques, de convertir au chris­ tianisme les païens, qui sc maintenaient dans la région montagneuse des provinces de Carie cl de Phrygie. Λ la mort de Théodose. Jean lui succéda dans la direction plus ou moins clandestine du parti à Cons­ tantinople et en Asie Mineure. Mais, après quelques années du règne de Justin II, la persécution contre les antl-chalcédnnlcns reprit à l'instigation du patriarche de Constantinople, Jean le Scolastique. Par deux fois, Jean fut enfermé dans les prisons patriarcales : llnalement il fut remis en liberté, mais surveillé de très près. 11 mourut sous le règne de l’empereur Maurice, vers 585, ayant plus de 80 ans. Bien que Jean d’Asie oit manifesté une grande acti­ vité comme prédicateur» il ne semble pas qu’il ait rien écrit de proprement théologique; du moins ne connalsons-nous de lui ni homélies ni traités polé­ miques. Mais s’il a prêché et disputé en grec pour les populations de Constantinople et de l’Asie Mineure, il n’est pas étonnant qu’il n’en reste rien, les mesures prises pnr les empereurs orthodoxes pour la défense de la foi ayant causé la disparition de la littérature monophysitc de langue grecque. Deux ouvrages en langue syriaque seuls nous sont parvenus, qui tous deux sont de nature historique et comme tels seront étudiés ailleurs : les Vies des saints orientaux, recueil de biographies des moines monophysites vivant dnns la région d'Anild, ouvrage com­ posé vers 568, et l’Histoire ecclésiastique en 3 parties et 18 livres, dont la troisième partie, seule conservée en tradition directe, rapporte les événements des années 575 ft 585. {.'Histoire ecclésiastique de Jean d’Asie, écrite au milieu des persécutions dirigées par Justin 11 contre les antl-chalcédonlcns est une source de premier ordre pour I histoire du monophysisme La Vit des saints orientaux a été publiée par Land, Anccdota syriaca, Ley de. 1868. t. n, p. 1-288. et E. W. Brooks, A book o/ histories compiled by John of Ephesus, Patroloyia orientalis, t. xvn, fuse. 1. Histoire ecclésiastique : frag­ ments de Ια II* partio dnns Land, op, ell., p. 289-329; 383-391, cl. In trod. p. 34 sq.; Ill· partie dans W. Cureton, The third part of the ecclesiastical history of John bishop of Ephesns nmo first edit'd, Oxford, 1853.— L» Duchesne» Jean if Asie, historien eccti dastlque, mémoire lu dans la séance publique annuelle des cinq Académies du 25 octobre 1892; W. \\light, A short history of the syriac literature, Londres, p. 102-107; R. Duvnl, Histoire de la littérature syriaque, 3· édit., Paris. 1907, p. 181-181, 362 sq.; A. Baumstarlc, Gesehlehte der syrtschen Llteratur, Bonn, 1922, p. 181 sq. E. Tissehant. 34. JEAN DE CARPATHOS, écrivain ascé­ tique grec dont la vie nous est totalement Inconnue. Les uns le font vivre dès le v® siècle, tandis que les autres le ramènent au vu® et même au vm® siècle. Pareillement certains manuscrits lui donnent le titre d’évêque, d’autres, celui de moine; les premiers comme les se­ conds remontent ft une respectable antiquité. Photius, qui mentionne un des ouvrages de Jean dans sa Biblio­ thèque. cod. 201, P. G., t. cm, col. 672-673, fait l’éloge de l’œuvre sans rien dire de l’auteur. Il n’en savait sans doute pas plus que nous. Les divers traités que Jean nous n laissés sont tous rédigés sous forme de brèves sentences, d’articles de peu d’étendue et pouvant aisément sc retenir, suivant l’usage presque constant des auteurs ascétiques de l’Oricnt· On a de lui : 1® Capitula consolatoria centum ad monachos Indice, p’ibl.» pnr Pontanus i latin seulement à la lin de son éd Bon de le DfOptra de Philippe le Sol Ingol- I stadt, 1654, et reproduits d’après lui par Aligne, P. G., I t Lxxxv, col. 791-812. Il manque ft cette édition les I articles 3, 37, 58 et 99, nécessaires pour obtenir le chiffre de 100 déjà donné par Photius. Le texte grec, I 754 Inconnu ft Mlgne, se trouve imprimé dan» la Philocalia, Venise, 1782, p. 241-2* 1, 2· édit·, Athènes, 1893, 1.1, p. 165-181. Le dernier numéro, le 96· de Pontanus, forme dan% cette édition comme une œuvre à part avec un titre spécial, mais ce titre même indique que le mor­ ceau en question constitue le centième article; 2® Ad eosdem capitula physiologic/>-ascetiea CXVI, encore inédits en grec. Pontanus en a publié en latin 82, d'abord à la suite des œuvres de Syméon le Nouveau Théologien, Ingolstadt, 1603, puis en appendice à la Dioptra, Ibid , 1651, d’où ils ont passé dans les diverses éditlons de la Bibliotheca Patrum, édiL de Paris, L xv p. 845-849» édit, de Lyon, L xn, p. 535-542, et enfin dans P. G., col. 811-826. On les trouve au complet dans un grand nombre de manuscrits,comme \eSabaitiens 403, f® 12-34, le Sabaitlcus 66, f® 139-1G2; le Monacensis 499, f® 161-173; V Angelicus 52 (B. 5. 7), f° 237-252; le Laurentlanus X. 3 et le Baroccianus 123, f® 250. Une double série, l’une de 67 articles, l’autre de 88, est contenue dans le Vindobonensis theologicus 324 (Nessei), f® 202-210; mais à en juger par Γincipit de l’une et de l’autre, c’est un simple extrait du traité précédent, car les premiers numéros de chaque série correspondent respectivement au 18* et au 8® de Pon­ tanus: 3® Capitula moralia LXXX; Capitula XXX l de Oratione; Capitula gnostica XXXII; Capitula CVItl de praxi et theoria spirituali. Ces quatre* séries sont conservées, selon l’ordre indiqué, dans le Vindobonens is theologicus 315 (Nessei), f® 68-95. et le Baroccia­ nus 133, f° 162-173, et attribuées de part et d’autre A Jean de Carpathos. Mais on les trouve imprimées, sous le nom d’Ébe î'Ecdlcus, dans la Phitocalia, Venise, 1782. p. 529-548, 2® édit., Athènes, 1893, 1.1, p. 375390, d’où Aligne l«a tirées, P. G., L cxxvn, col. 11481176. L’attribution à ÉUe est sans doute fausse. A ce poète ascétique doivent appartenir les distiques iambiques qui ouvrent chaque série, mais les articles euxmêmes, c’est-à-dire l’ouvrage proprement dit, sont bien de Jean de Carpathos d’après les manuscrits qui viennent d’être mentionnés. L. Pbtît. 35. JEAN DE CARTHAGENE, théologien franciscain,! 1617.— Il avait appartenu d’abord à la compagnie de Jésus, puis passa aux franciscains de la stricte observance de la province de la Conception. Envoyé A Borne par ses supérieurs, il y professa avec beaucoup d’éclat au couvent de San-Pietro-in~ Afontorio. Paul V qui l’avait en amitié l'envoya À Naples pour régler auprès du vice-roi diverses affaires d’ordre politique. C'est IA que Jean mourut en 1617. — Il a laissé : 1® De religionis christianiv arcanis homiluc sacrir, 3 vol., dont le lef parut à Venise en 1603, les deux autres ft Home on 1611, 1614 Cet ouvrage, très utile aux prédicateurs n été souvent réédité, /Anvers. 1622, etc. — 2® Disputationes in unipcna Christian* I religionis arcana, Home, 1609. — 3® et 4® Pro eccle­ siastica libertate et potestate luenda adversus infustas Venetorum leges ejusdem ecclesiastica· libertatis lursioas et contra perniciosos errores quorumdam qui pnrdtclas leges tueri contendunt, Home, 1607; Propugnaculum catholicum de /ure belli /Ionian i Pontificis adversu> Ecclcshe jura violantes, Rome, 1609; ces deux traité» dédiés ft Paul V sont destinés A défendre la politique de ce pape lors de son différend avec la République d< Venise. — 5® Se tertarum disputationum in 1 V librum Sententiarum, t /, in quo de sacramentis in genere uc de inslrumentali eorum efficacia pertractatur, Horno» 1607 Venise, 1618 —6® et 7® Urie Praxis orationis mentalis. parue après sa mort ft Venise, 1618, do mémo qu’un De ortu, progressu et viris illustribus ordinis Montis Carmeli, Anvers, 1620, Cologne, 1615. — Wadding ti connu aussi des Homilite de statu pontificio et card, nulitio, demeurées Inédite»; Sbaraglia mentionne i 755 JEAN DE CARTHAGÈNE — JEAN DE COE'OUA ILLES 756 lement one Dispute io contra latentem usuram inédite, manuscrit de Paris n'csl qu'une compilation désor­ et met au compte de Jean de Carthagine un Tractatus donnée, il est probable que l'œuvre de notre auteur y dr prsrdesti'nattone, paru à Borne, en 16.., et qu’An- aura encore subi des retouches ou des suppressions. tonjo, Bibliotheca hispana nova, t. i, p. 413, avait L. Petit. 37. JEAN II DE CONSTANTINOPLE, attribué h un François de Carthagène, Inconnu par 1 surnommé le Cappadocicn, patriarche de 517 à 520.— ailleurs. B avait d'abord été syncelle de Timothée 1«, un intrus Wadding, Scriptorts ordini» minorum, Rome, 1806, que l’empereur Anastase avait substitué à Macédop. 135; Jeun de Saint-Antoine, Bibliotheca univenalis /ran· nius II, jugé trop peu zélé à l’endroit de i'Hétictque. clxrana, Madrid, 1753, t. Π, p. 143; Antonio, Bibliotheca Timothée étant mort le 5 avril 517, Jean lui succéda; hispana nova, Madrid, 1783, t. i, p. 672; Waddlng-Sbantapparemment le baslkus le croyait acquis à sa poli­ gha, Supplementum ad scriptores ordini» minorum, Rome, tique. Au fond, pourtant, Jean était de sentiments 1800, p. 404; Hurter, Nomenclator, 3* édit., t. m, col. 396orthodoxes; mais il n'osa sc déclarer pour la fol chai397. cédonienne, qu'après la mort d’Anastase, et quand le E. Amann. 36. JEAN DE CITROS. canoniste et contro- pouvoir fut passé aux mains de Justin (avril 518). ▼erslstc grec, qui occupa le siège épiscopal de la pelite En Juillet de cette même année, Jean rétablit dans ▼111c de Kitros, sur la côte occidentale du golfe de Salo- les diptyques, le nom du pape Léon, et celui du pape nlquc, à peu de distance de la mer.Lequien, Oriens chris- n'giiant, Honnisdas, mettant fin par là au schisme tianus, t. n, p.82, le fait vivre à la fin du xiv* siècle ou ucacien qui durait depuis 484. Dès lors il sc mit au nu début du xv· siècle. C'est une erreur, car Matthieu service de la politique de réunion des Églises inaugurée Blastarès, dont on possède des manuscri ts datés de 1342, par Justin ; et c'est lui qui, le Jeudi saint de l'année 513 avait déjà mis ά contribution scs œuvres. Il est vrai signa définitivement la paix entre Home et Constan­ qu'on a voulu le dépouiller de la paternité de ces der­ tinople. Les légats romains ne furent pas neanmoins nières, Je veux dire des Réponses canoniques qui portent sans remarquer que Jean voulait éviter dans scs dé­ son nom. Dans un article intitulé : De qui sont les marches tout ce qui aurait pu, dccc fait, sembler une réponses canoniques dont routeur passe pour être Jean, soumission à l'endroit de Borne. Le diacre Dioscore, évéque de Kitros (XIII· siècle)? paru dans les Vizan- en particulier, avait bien l'impression que Jean voulait tifski! Vremennik, 1894, t.i, p.493-502, A. Pavlov a pré­ traiter d'égal à égal avec le pape. En souscrivant, tendu qticlcs seize réponses données par Jean aux ques­ comme il était prescrit, le formulaire d’Hormisdas, tions de Constantin Cabasilas, métropolitain de Dyrrha­ Jean fit précéder le texte Imposé par les légats d’une chium, étaient en réalité de Démétrlus Chômai innus, déclaration qui mettait sensiblement sur le même pied archevêque de Bulgarie. Après la publication des les deux grandes églises de l’ancienne et de la nouvelle œuvres de cc dernier par le cardinal Pitra, Juris eccle­ Home. Il ajouta·! : Omnibus actis a sanctissimis qua­ siastici Grarcorum selecta paralipomena, Paris, 1891, le tuor synodis, i. e. : Niacna, Constantinopolitana, Ephesavant russe avait constaté que les réponses de Jean sina et Chatccdonensi, de confirmatione fidei et statu de Citros se retrouvaient toutes, mais dans un ordre ecclesia· assentior. Cette addition est de grande Impor­ djflércnt, chez Chomatianus, op. cit., p. 617-686, et tance. Jean mettait sur le même pied les trois conciles il en a conclu aussitôt ou que Jean ne fut qu'un pla­ jusque là seuls reconnus par Borne, de Nicéc, Éphèse giaire, ou que les compilateurs postérieurs ont fait et Chalcédoinc, d'une part et de l’autre le concile de erreur en lui attribuant une œuvre qui n’était pas de Constantinople, de 381, que nul pape encore n’avait lui. Pavlov a sans doute raison, et l'on est moins reconnu; surtout 11 donnait égale force aux prescrip­ surpris de voir un prélat aussi haut pincé que le métro­ tions dogmatiques de ces conciles de confirmatione politain de Dyrrhachium s’adresser, pour la solution fidei et à leurs décisions disciplinaires, de statu ecclesiae. de certaines dillicuités, à l'archevêque de Bulgarie, plu­ Sans aucun doute il visait tout spécialement les canons tôt qu'à un simple suffragant de Thcssaloniquc. Nous 2 et 3 de Constantinople relatifs à l’organisation des ressorts ecclésiastiques et à la primauté d'honneur de ferons toutefois remarquer que l'éditeur de Chômatianus n'est pas bien sûr lui-même que h s réponses l’Église de Constantinople, canon contre lesquels, è à Cabasilas sont bien de son héros, mais nous pensons Chalcédoinc, l’Église romaine avait encorc’t protestéqu'elles sont bien de lui. Jean de Citros aura fait Thiel, Epistohr Hormisdrr, n. lxi. Dans la réponse qu’il comme d’autres byzantins : il aura tué le volé. Son adressa à Jean, le 3 juillet suivant, Hormlsdas ne travail aura consisté ù modifier la disposition primi­ releva pas ces prétentions, il sc contenta de tracer au tive des questions et réponses, parfois même II aura patriarche un tableau des devoirs qui lui restaient à touché à la rédaction; il aura surtout laissé de côté cc remplir, délicate manière de lui faire sentir la supé­ qui n'intéressait ni lui ni son correspondant, et il riorité du siège romain. Thlcl, op. cit., n. i.xxx. Le aura signé. Quoi qu’il en soit, ces réponses ont été pape d’ailleurs ne conserva à l'endroit du patriarche Imprimées pour la première fois dans E. Bonncfol, aucune arrière-pensée; quand les moines scythes soule­ Juris orientalis libri 111, Paris, 1573, p. 159-184, puis ! vèrent la question théopaschlte, Jean fut commis­ par J. Lrnnclavius, Jus graeco-romanum, Francfort, sionné par Hormlsdas pour trancher les premiers 1596, l. i, p. 323-335, par Rhnlli et Potli, Syntagma conillts. Thlcl, n. xcviu, 1. On sait d’ailleurs que les divinorum sacrorumque canonum, t. v, p 403-120, el moines n’attendirent pas la fin des débats et partirent pir Migne, P. G., t. cxix, col.9G0-985, Chose curieuse, pour Rome. Jean ne connut pas la bizarre Issue de Matthieu Blastarès attribue à Jean de Citros les cette querelle théologique; il mourut dans la seconde Réponses à Cabas. 1rs, mais II les reproduit avec des quinzaine de février 520, et fut remplacé le 25 février r- maniements considérables pour la forme comme par le syncelle Éplphane. Thlcl, n. cxl pour le fond, et en y taisant entrer des extraits des Theoptnmes, Chronique, nd. nn. 6010, P. G., t. cvm, réjxjnses de Bahamon à Marc d’Alexandrie. Il y a les col. 381 ; Victor de Tînmes, Chronique, nd. nn. 517, P. L., plus grandes chances pour que l'œuvre de Jean de t. UXVII1. col. 902 et surtout les lettres du pape Honnisdas, Citros soit précisément cette compilation en partie don* Thlcl, Eplatoltr romanorum t»ontificum, Brnunsbcrg. Inédite que Blastarès a mise en appendice à son Syn­ I 1867. Voir l'art. Hotimisdas, t. vn.col. 167 »q. tagma A Jean de Citros appartient aussi une compi­ E. Amann. lation souvent citée par Allatlus et contenue dans le 38. JEAN DE CORNOUAILLES écrivain Paristnus 1296, p 210 sq., v»u$ le litre de Opusculum . ecclésiastique du xn' siècle. — I. Vib. — Jean de ds Latinorum ritibus cl dogmatibus. Mais comme cc I Cornouailles, appelé en latin Joanne, Cornubienti, I 757 JEAN DE CORNOUAILLES 758 l’humanité de Jésus-Christ. Le Verbe Incarné n’étant ou Joannes a Sancto Germano, est présenté bar beau en set deux nature» qu’une seule personne. Il ne leur coup entBibliotheca media: et infimer latinitatis, t. iv, p. 67; lls, se bornait à énoncer le dogme qui déclare que Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiasticis, t. n, Jésus-Christ, en tant qu'homme seulement et abs­ p 1529, etc. On place son berceau Λ Saint-Germain, traction faite de sa divinité n'est pas une personne dis­ localité de Cornouailles. D'autres cependant le font tincte, entière et complète. — Alexandre III fit con­ naître en Bnssc-Hretngno; ainsi Lcvot, Eiographle damner cette erreur dans un concile tenu à Tours bretonne, l.î, p. 933. Tout ce que nous savons de positif à son sujet, car lui-même l’uffinne, c'est qu'il fré­ en 1163; quelques années après, Il fit écrire à Guillaum quenta en France, à Paris, les écoles de Pierre Lom­ archevêque de Reims (18 février 1177), et à d'autres évêques de France pour réprimer la témérité de ceux bard, de Robert de Melun, de Maurice de Sully : il qui disent : Christus non est aliquid secundum quod est distingue les deux derniers comme les docteurs les homo,,. C'est là un abus, ajoute-t-il, appuyéi sur notre plus orthodoxes de l'époque. Girald le Cambrien, dans sa Gemma ecclesiastica, n, 35, nous assure de Jean de autorité, défendez sous peine d’anathème un tel langa­ ge... Denzingcr-Bannwart, Enchiridion n. 393. — Jean Cornouailles qu'il professa à son tour, mais où et de Cornouailles avait d’abord partagé les idées de pendant combien de temps, c'est ce qu'on ne saurait Gilbert de lu Porrée, d'Abélard et de Pierre Lombard, dire d’une façon précise: 11 y a quelque apparence qu’il assista au concile de Tours en 11G3, peut-être Alexan­ comme il le confesse lui-même, mais il seconda le zèle du souverain pontife en composant son Eulogium dre III le connaissait-il personnellement. On a quelque raison de penser que ses principaux écrits, où sont — A en juger par la préface, la rédaction de ce traité ne fut faite qu’après 1176, car Jean y parle de Guil­ mentionnées les controverses entre théologiens de France, furent composés en cc pays : d’autre part laume présentement archevêque de Reims et précé­ cependant c’est l’Angleterre qui possède les manus­ demment archevêque de Sens : or, la translation de ce prélat eut lieu en 1176. D’après une déclaration qui crits de plusieurs ouvrages de Jean de Cornouailles. sc lit en tête d’un manuscrit conservé à Saint-Victor, Quelques auteurs le font vivre jusqu'en 1176, cl même après,mais rien ne prouve qu'on doive l’identifier avec ; Oudin, op. cit.,1. n, p. 1530, l’auteur aurait écrit anté­ un Jean de Cornouailles archidiacre de Worcester en rieurement sur cette matière, mais avec trop de conci­ sion et sans résultat : c’est cc qui lui a fait attribuer 1197. (Voir à cc sujet Le Neve, Fasti, ni, p. 73.) En somme bien des incertitudes planent sur cette exis­ I*Apologia signalée plus haut. — Quoi qu’il en soit, tence. voici d'après Jean de Cornouailles, ce que contient II. Œuvnr.s.— On se trouve arrêté par des doutes VEulogium : Dieu s'est fait homme. De ce dogme on a donné trois explications : selon les uns, il existe en analogues sur certains ouvrages qui lui sont attribués : Jésus-Christ un homme véritable, selon les autres, il un traité toutefois lui est assigné sans contestation. Ie Ouvrages douteux. Cc sont : 1. Summa qualiter fil ! faut Joindre à la chair et à l’âme une troisième subs­ tance, savoir la divinité pour constituer la personne de sacramentum allaris per virtutem tanche Cruris et de Septem canonibus oel ordinibus M issir. L’écrit a été I l’Homme-Dieu, selon d'autres eu tin, l’humanité est en Jésus-Christ paiement et non substance, il n’y a pas attribué soit ù Guillaume, abbé de Saint-Thierry, soit à Hugues de Saint-Victor, soit à Richard de Saint- en lui un pur et simple homme, une personne humaine Victor. Des manuscrits anglais, comme le n. 459 de ! proprement dite. Après cet exposé qui forme le Corpus Christi College à Cambridge en font honneur à 1* chapitre, l'auteur cite les autorités qui semblent Jean de Cornouailles : ce sentiment est accepté par favoriser les deux derniers systèmes, spéci dément un Dom R. Ccillier, Histoire générale des auteurs ecclésias­ passage où saint Augustin explique les mots : Habitu inventus ut homo, Phil., π, 7, Il expose ce qu’ont dit tiques, 2· édit., t. xiv, p. 358 et par Oudin, op. cil., Gilbert de la Porrée, Abélard, Pierre Lombard, mais on n’en volt pas la raison. Le traité a été donné remarque que ce dernier n’a fait que répéter sans trop dans un Hecueil des auteurs liturgiques Imprimé à Rome en 1591 : Migne l’a inséré à la suite des œuvres de confiance cc qu’ont dit les deux autres, c. n et m. A ces docteurs il oppose saint Anselme de Cantnrbcry, de Hugues de Saint-Victor, P. L., t. clxxvh, col. 455. — 2 Apologia de Christi Incarnatione, ou De Verbo saint Bernard, Achard, évêque d'Avranches, Robert Incarnato, ou De homine assumpto : on y traite le de Melun, Maurice de Sully, c. iv. Alors il s’engage dans même sujet que dans VEulogium dont 11 va être ques­ une discussion rigoureuse, établit par des autorité et tion plus loin. L’ouvrage attribué Λ Hugues de Saintdes arguments comment 11 y a un homme proprement dit, aliquis homo, en Jésus-Christ, il apporte des pas­ Victor a été mis au compte de Jean de Cornouailles par Oudin, op. cit., Cc dernier prétend que l’écrit fut sages des Psaumes et de l'Évangile. c. v, divers texte* composé pour le concile de Tours en 1163, mais les de saint Augustin, c. vî, vn, vin, répond aux objections raisons qu’il allègue valent aussi bien pour Hugues de que l’on peut présenter, c. ix à xix Le c. xx résume Saint-Victor : le traité est dans P. L., t. clxxvtt, tout ce qui précède; Jean do Cornouailles y invite le pape à frapper d'anathème l’enseignement des nihilistes. col. 455. — 3. D’autres œuvres restées manuscrites, comme Commentarius In Aristotelis libros duo Anuly- I Le traité a été donne par Marlène, dans Thésaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. v, col. 1655-1702; tieorum posteriorum, ms n. 162 de Magdalen College A OxfurcL I dans P. L., t. exax, col. 1011-1086. 2° Ouvrage certain. C’est VEulogium ad Alexandrum Du Boulay, Histoire de Γ Université de Paris, t. n, p. 750; papam 111, avec ce âous-tltre : Quod Christus sit I Cave, De scriptoribus ecclesiasticis, t. n. p. 233; Dom R. OiJaliquis homo. Cet écrit fut composé pour combattre le I llcr. Histoire des auteurs ecclesiastiques, t. xxu, p. 218; sentiment d'Abélard, de Gilbert de la Porrée, cl même I Daunou. dan* Histoire littéraire de la France, t. xiv, p. 194; de l ierre Lombard, pendant un temps : ces auteurs Dupin, Bibliographie de» auteurs ecclé*/astiques, t. xn, prétendaient que l’humanité du Christ n’étult qu’un 2· partie, p. 623; Fabriclu», llibliothrca lalina mediae et In flVêlement dont le Verbe avait daigné se couvrir. On 1 nvr latinitatis, Hambourg, 1735, t. iv. p. 189; Th. Hardy, catalogue of materlab relating to the history vf avait dit avant eux, el nous disons encore aujourd’hui, I Descriptive Great IJritain and Ireland, Londres, 1865, 3 vol. ln-8·, Ln, que le Verbe s’est revêtu d’une chair humaine : ces p. 301; Gross, Sources and Literature of English Hhlorg, docteurs prenaient l’expression trop Δ lu lettre. Ils I Londres, 1900; C. L. Kingsford· John of Cornu»ult duns furent désignés de leur temps sous le nom de nihilistes, I Dictionarg of National liiographg, Londres, 1908, t x, parce qu’ils réduisaient à rien ou à trop peu de chose I p. 375: D. Martène, Thesaurus nouiu anecdotorum, Paris, I 759 JEAN DE CORNOUAILLES — JEAN DE DEVENTER OU DAVENTRIA 1717, t. v, p. 1655; Oudin. De scriptoribus ecclesiasticis. Piris, 1722, L n. p. 1223, et 1529; P. L., t. clxxvu, col. 295, et t. exax, col. 1011; Pitts ou PiLscui. De illus­ tri l·./» Angtijr scriptori bu\ Paris, 1623, p. 236; Tanner, BIN. Brd. Hi b., t. J. p. 432 et t. n, p. 221 ; Wright, Biogr. British Literature, p. 215; E. Burton, John o/ Cornwall, dsns Thr colhot le Encgc lopadia, t vin, p. 470; G. C. Boase and W. Courtney, Bibliotheca Oomu biens Is, 3 vol. Londres, 1874-Γ*· 2; l . Chevallier, Répertoire, Blo-lu biographie, tu, toi. 2307; I lauréau dan» Nouvelle Biographie générale, i, xxvi, col. 543. J. Baudot. 39. JEAN DE CÙN (CONO),O.P.< 1463-1513), naquit en 1163, à Nuremberg, en Bavière. Ses premières études achevées dans sa ville natale où l'esprit de la Renaissance et de l'humanisme avait pénétré, il alla en Italie pour s'y perfectionner dans les langues grecque et latine, d'abord à Venise sous la direction d’Alde Romain qu’il regarda toujours comme un père et un Initiateur, puis nu gymnase de Padoue où il entendit les leçons de Marcus Musurus. Cf. Pnc/alio libri de homine. Ex Cenobio F. Ord. DM Dominici ex Basilea Cursim VU luce Martii, an. 1012. En quelle année et en quel couvent Jean de Cono prit-il l’habit dominicain, nous l’ignorons, mais nous le retrouvons, en 1499, au couvent de Spire. Cf. Lettres du 9 septembre 1499 et du 28 février 1501, adressées par Jodocus Gallus Rubeaquensis à Reuclilln, dans Gelger, Johann Reuchlins Brie/ivcchscl, p. 60. Érasme l’a en liante estime et le désigne comme Vir ul gnec* litteratura excellentissimua. Cf. Gelger, op. cit., p. 112, note 1. 11 est également en relations amicales avec Wlmpfeliiig. Vers 1509, par l'intermédiaire de Reuclilln et sur la recommandation de Pdhkan, Jean de Cono vient à Bftlc · où il établit le premier les muses grecques », Son ordre d’ailleurs le favorisait. Le 25 avril 1510, le géné­ ral lui donne permission de retenir en sa possession tous les livres grecs et latins dont 11 a besoin; il peut emporter ccs livres avec lui lorsqu’il change de couvent. A Bide, il est chaudement recommandé à l'éditeur Amerbuch; il loge même dans sa maison et devient le précepteur de ses Irois Ills, Bruno, Basile et Boniface, auxquels se joignit Beatus Rhenanus. En même temps il aidait Amerbuch dans l'édition des œuvres de saint Jérôme, 5 in-fol., Bâle,1516. Il mourut le20février 1513 et fut enterré dans l’église du couvent de son ordre. L’épitaphe de son tombeau fut composée par Beatus Rhenanus. Jean de Cono fut un des initiateurs de l’Allemagne au grand mouvement humaniste. Son œuvre consiste surtout en traductions : 1® Busilii Magni differentia · ουσίας » et « ύποστάσχως », Padoue, 1507 , l’opuscule est dédié â Jodocus Guilus;2° Gregorii Nytseni de philosophia lib. VIII, Bâle, 1512, dédié ù Beatus Rhenanus; 3e Gregorii Nazianzeni theologi in Gregarium Nyssenum fratrem Basilii Magni, cum altero die electionis su/r ad confirmandum ipsum super­ veniret, oratio, Bâle, 1512; 4· Institutu Justiniani reco­ gnita quibusdam locis Grxcis, restitutis et fortasse umni us. Bait, 1512. Joannes Antonianus, O. P., lit une seconde édition des œuvres de Jean de Cono, Cologne, 1537, 40. JEAN DE DAIV!BACHf dominicain alia· cion, théologien et diplomate. 11 naquit près de Stras­ bourg en 1288 et prit l’habit au couvent des Prêcheurs de cette ville en 1308. Son enseignement théologique et scripturaire fut vite remarqué et Ht de lui l’un des personnages les plus en vue de la chrétienté. Compa­ triote et confrère du célèbre J< an Tau 1er, il devint son and. Des relations épistolairc.s suivies le lièrent avec le brillant et remuant Vcnturin de Bergame. L'ouvrage principal de Jean de Dambach est un traité didactique Du Péché et de la Giüce, écrit d’une netteté remarquable. L’auteur tente de réduire la complexité du problème en dégageant seize questions principales. Il s’y réclame de saint Thomas d’Aquin. A < die époque la querelle entre Louis de Bavière et la papauté avignonaise était particulièrement vive. Ser­ viteurs dévoues de la cause pontificale, les dominicains avaient été fort molestés dans les terres du SaintEmpire. Or Jean de Dambach était, plus que tout autre, partisan de la suprématie spirituelle des papes. L’accès de sa patrie lui fut interdit. Mais, en son exil, il sc souvint que Boëce persécuté avait écrit un livre : Delà consolation de la philosophie. Religieux plus que philosophe, Jean de Dambach rédigea La consolation de la théologie. En 1347, le souverain pontife le créa maître en théologie. Cette même année Charles IV, roi de Bohème et prétendant à l’Empirc sous le patro­ nage du pape Clément VI, obtint la fondation d’une grande université ù Prague. Le chapitre général domi­ nicain, tenu à Bologne, plaça Jean de Dambach à la tête du collège théologique avec le titre de régent. La tradition a transformé ce titre en celui de « premier recteur de l'université de Prague ». Quelques semaines plus tard Louis de Bavière mourait. La paix religieuse et politique redevenait possible dans ΓEmpire ger­ manique. Au service de Charles IV comme au ser­ vice de la papauté, Jean de Dambach s’employa ù réconcilier les schismatiques. Il recherchait quelles conditions leur seraient les plus douces tout en étant théologiquement valables. Dès 1348, on le retrouve ù Avignon où 11 est venu intercéder olïlciellement en leur i;ivrur. Il occupait les loi 5 négociations à composer un opuscule sur les délices du Paradis, qu'il présenta au pape en 1350. Cependant 11 ne semble pas avoir prolongé longtemps son séjour à la cour pontiIleale et d est douteux qu’il y ait Jamais rempli la charge de maître du Sacré Palais comme on l’a parfois soutenu. 11 mourut ù Fribourg-en-Brisgau en 1372. Outre scs trois principaux ouvrages : De culpa e gratia; De consolatione theologia; De sensibilibus deliciis paradisi; il avait écrit : De amore virtutum; De ingrato commodo sacerdotum; De quantitate induigenitarum; De proprietate mendicantium; De priidlegiis exemptorum circa interdictum: De moderatione quart# scilicet luneraltuni] ; De simonia clauslrallum; Dt redemptionibus seu reemptionibus; Directorium con· fessorum; De præconiis sancti Joannis evangelist*. Quelques-uns de ces travaux ont même été imprimés au XVI· siècle. Jean de Dambach, théologien disert et I diplomate persuasif, dut se livrer avec talent au mi­ I nistère de la prédication. On lui attribue des sermons : I De tempore et De sanctis. Quétlf-Echard, Scriptores ord. prard., t. n, p. 27-28; Morvri. Grund Dictionnaire hbtortque, an mot Coiv*n; Henrico* Panlalcu, l*rowpo g raphia : Vir. llluslr. German., I t in. un 1504; Altamura, Bibliotheca dominlcann; Mal­ tha At Werltnua, Add. II ad Trilemliun; Melchior Adam, I VlU phtlot. Gtrm-, In Beaium Khtnunum; Vila· Juris., tn Bmufac. Amerbuch; Christianas WuntUius ou WUTstisen* In Epist. H Chrun Basil.; L. Geiger, Johann Hcachlin Hrtrfweth” I Fubtnvue, 1875: Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. n. eoL 1127; Joseph Knepper. Jakob \\ tmpfrling, »rln I Lcbm and sriru Werkt dans Erluuterungcn und Hrganzungcn I im Janssen* Geschlcht· dn driukhcn Volkes, I- ribouru-cn- ' BrWtOKU. 19V2. t- tu, p. 279, note &. R. CO U LON. 7G0 Denlflc et C.hatctaln, Chartularium Unloersltatts pari· slrnsis, 1801, t. n. n. 1139, p. 603; Rclr.hert, Acta eapttu lorum generalium ardlni · pntdicatorum, 1899, t. u, p. 310; lUovlun, Annal, , 1 Z<8, ud on. 1348; QuéUt-Erhurd,Scri;>· lon.y ordlnU prédit alorum, t. î, p. 667 Λ G70 b; Touron, Di luire des hornnv . Illustres de l'ordre de S. Dominique, !7 15, t n, p. 4GO-460; Mortier, Histoire des maîtres gênirmu df Cordrr drj fHres prlcheun, 1907, t. m. p. 250-251 et sur­ tout p. 450, n. 3. JEAN DE DEVENTER ou DAVENi TRi A ainsi appelé du nom de sa ville nntale. capital. 41 7G1 JEAN DE DEVENTEB OU DAVENTRIA — JEAN DE GALLES de la province d'Ovcr-Issel, dans les Pays-Bas, appar­ tenait ù l’ordre des frères mineurs et fut provincial de Cologne. Prédicateur de renom et théologien distingué, il combattit l’erreur naissante du protestantisme et publia dans cc but : Exegesis absolutissima juxta ac brevissima euangetieæ veritatis errorumque ac mendacioriun quar sunt cum in confessione Lutherunn, sacra casare a ma/estât i in Comitiis Augustanis exhibitu, Ium In ejusdem apologia, in-8®, Cologne, 1533, 1535, 1537. Cet ouvrage renferme aussi une Apologia contra Luthentm; on lui en attribue une autre contra anabaptidas. On a encore do lui : Christiana veritatis (clum seu fldei catapulta in plerosque pseudoprophetas ac populi seduc­ tores, 2 in-8°, Cologne, 1533. Foppens, Bibliotheca Belgica, Bruxelles, 1739, p. 624; Joannrs n S. Antonio, Bibliotheca universalis /ranclscana, Madrid, 1733, t. n, p. 147; Richard et Giraud, Dtzionario unie. ddlc saenze ecckslasllchc, t. iv, p. 108; Hurter, Nomen­ clator, 3· édit., L n, col. 1258. n. 3. P. Édouard d'Alençon. 42. JEAN DE FRIBOURG, de son nom de famille Rumsik, dominicain, appelé aussi par les chro­ niqueurs Jean leTcutonique, connu dans la littérature du temps sous le titre qu’il sc donnait lui-même de lector ou lector exiguus, naquit à Fribourg-cn Brisgau, au début do la seconde moitié du xm· siècle C’cst en bonne partie dans cette ville, où il était lecteur du couvent des prêcheurs, qu’il exerça son activité apos­ tolique (lettre du provincial d'Allemagne en 1291). Il semble cependant, à en juger par le Catalogus mortuorum publié par Polnsignon, que son zèle s éten­ dit bien au delà, jusqu’en Italie: Johannes de Friburgo, tuba euangelica, non solum in Germania, sed et tn Italia. Il mourut à Fribourg, le 10 mars 1314. Jean est de la première génération de moralistes qui, poussant à fond l’œuvre entreprise par Raymond de Peûafort dans sa Summa, lirent de la casuistique et de la pastorale une science, où le détail et la multiplicité des décrets et des conseils pratiques dispersés à tra­ vers les pénitcnlicls et les recueils canoniques, étalent ordonnés et rat lâchés aux principes do la morale spé­ culative. On remarque en particulier l’usage abondant et significatif que Jean fait de la IP pars de lu Somme de saint rhomas;il est par 1Λ l'un des premiers témoins et agents, entre 1280 et 1298, do la dilTusion dans les écoles de cette partie do l’œuvre du docteur ; ngélique. Le succès considérable des ouvrages de Jean, môme après les Sommes nombreuses et plus complètes du xiv· siècle, manifeste quelles furent l’opportunité et la perfection de son œuvre Voici la liste do ces ouvrages, telle que l'a dressée Schulto; on trouvera chez cot historien l’indication dos éditions, ou, pour les œuvres restées inédites, des manuscrits D’abord, deux com­ pléments A la Somme de Raymond : Reglstrum ou Tabula super texlu et apparatu seu glossa Rmjmundi, et Additiones ad Summam Rai/mundi. Puis un recueil personnel de Quiextione* casuales, composé après 1280, dont Echard n publié le prologue, et qui préparait la Summa confessorum, la grande œuvre de Jean, com­ posée entre 1280 et 1298; on y Joint habituellement une Tabula super Summam, et des Statuta ex sexto libro decretalium addita, rédigés pour mettre nu point la Somme apn u publication du Liber sertus do Boniface ΧΊ 1 en 1298. Enfin deux ouvrages de vulga­ risation, U Manuale collextum de Summa confessorum, et le Confess tonale, de caractère plus pratique, où l’on trouve de curieux renseignements *ur l’administration do In pénitence ù cette époque. Témoignent du succès de lu Sumrna, la traduction faite en Allemagne par I Bed bold Hiienlon, O. P., qui eut de 1472 à 1198 onze I éd lions, et l’extra l publié en français sous le titre do Régie des marchands. Provins, 1496. Quant ù ΓΑρρα- I rulus seu Glo^ade la Somme do Raymond, classique I 762 au xm* siècle, que certains voulurent attribuer » Jean de Fribourg. Il est sans conteste de Guillaume do Rennes. Echard, s'appuyant sur un renseignement fourni par Léandrc Alberti, propose d’attribuer Λ Jean un Commentaire sur les Sentences: on n’a pn contrôler encore cette ahirmalion. Mais très probablement est authentique le petit traité intitulé De/ensorium Annæ, où fauteur, /rater Joannes ordinis predicutorum lector exiguus, défend le veuvage do sainte Anne contre a légende, courante alors des trois maris : épisode do la longue controverse qui devait, longtemps encore, occuper les dévots de sainte Anne. Ce traité inédit sc trouve dans le ms. British Mus., 6 E 111, fol. 248250. Cave, Scriptores ecclesiastici. Appendix, 1705,p,6; QuétifEcbard, Scriptores ordlnh praedicatorum, 1719, t. T, p. 523520; Oudrn, Scriptore» Ecclesltr, 1722, t. m, p. 732-736; Fabricius, Bibliotheca medi te et Infima latinitatis, 1734, L ii, p 612-613 ; Touron, Histoire des hommes Illustres de Γordre de S. Dominique, 1743. t. i, p. 95-127 ; ! lain. Reper­ torium, 1827, t. n, n. 7365-7378; Histoire littéraire de la France, 1835, t. xvm, p. 403-105; von Schulte, Die Geschichtc der Que lien u. Li Uratur des canor, ischrn RidiLt i»n Papsl Gregor IX bis zum Cnnctloon Trient, 1877, t. u. p. 419423; llauréau, Histoire littéraire de la France (1881), L xxvni, p. 262-272; Pohulgnon, this Dominik-mer oder Prrdigcrklôster m Frciburg-i-Br., dam Frvlburger DluzesanA rehiv, 1883, t. xn; Ktrchenlrxlenn, 1839, t. n, p. 1675; Finke, Ungcdrùckte Domintkunerbric/e des ΧΙΠ Jahrhundertes, 1891, n. 158; Finke; Dit Freiburger Domini Kaner und der Munilerbau, 1901, p. 35-39; Michael, Geschichîe des dcutschcn X'olkes, 1903, L m, p. 238-243. M. D. Chenu. 43. J EAN DE Q ALLES, appelé aussi Jean WaIcys, franciscain (f vers 1300). Il entra chez les frères mineurs au couvent de Worcester. Après avoir pris I ses grades à Oxford, où 11 enseigna, il vint à Paris se faire recevoir docteur, vers 1260. On l'y trouve dans les années qui suivirent 1280, avec le titre de Regens in Theologia Retourna-t-il en Angleterre, comme pourrait le faire supposer une lettre de l’archevêque Peck ni, d’octobre 1282, le déléguant pour ramener à l’obéissance scs compatriotes révoltés? Il était certai­ nement à Pans en 1283, car il fut un des cinq docteurs qui examinèrent les écrits de Pierre-Jean Olive. C’est tout cc que l’on possède comme chronologie à son sujet; on veut qu’il soit mort, au couvent de Paris, dans les environs de 1300. Avant de rendre l’âme. il était resté de longues heures sans parole; quand il reprit ses sens cc fut pour dire : « Mon jugement est rendu; je in'cn vais dans ma patrie. » Barthélemy de Pisé rapporte qu’on l’avait qualifié Arbor uitnr et que l’on grava un arbre de vie sur la pierre de son tombeau Trithème lui donne encore le surnom de Tnsmé .Rte, ce qui nous apprend qu’elle avait été la réputation de cc professeur. Écrivain d’une extraordinaire fécon­ dité, Jean de Galles laissa de nombreux ouvrages, qui ont exercé la sagacité des bibliographes, et le grand nombre des manuscrits témoigne de l’estime dont il jouit pendant longtemps. La meilleure étude sur lui nous paraît être celte de M Hauréau, dans Γ Histoire littéraire de la France; nous lu suivons dans l’indica­ tion de ses ouvrages. 1° Summit collectionum ou Colla· tionum, s t ue Commun iloquium ad omne genus homi­ num. C'est un recueil d’extraits, où l'on trouve des leçons el des exemples pour tous les hommes et toutes les conditions de la vie humaine, souvent imprimé, seul ou avec d'autres ouvrages : sans d ite ni lieu, Cologne? sans lieu, 1172; Augsbourg, 1475; Ulin, 1481, 1493; Strasbourg, 1139, 1550; Venise, 1496; Lyon. 1511; Paris. 1516, 1556. L’édition do Venise, Π96. sous le titre de Summa Joannis Valensls de re gin dite vittr, seu Margarita doctorum ad omne prvp >situm, renferme le Communiluquturn avec les quatre ouvrages 763 JEAN DE GALLES — JEAN DE JANDUN suivant! : 2® Brevitoquium de virtutibus antiquorum princîpi.m et philosophorum: 3e Compendiloquium, dit aussi 1 lorilegiurn, de vitis illustrium philosophai uni et de didis moralibus eorumdcm ac exemplis imitabilibus; 49 Brei iloquium de pnilosophia sive sapientia sanc­ torum; 5® Ordinarium viler reltgiosse, sive alphabetum, divisé en trois parties, dont on a fait quelquefois des ouvrages séparés, Dietarium, Locarium, itinerarium; C· Summa de vitiis et virtutibus, dite aussi Manila· qutum, non imprimée, ainsi que les suivants : 7° Sum­ ma just ittor vel tractatus de septem vitiis; 8® Tractatus de decem pnreeptis dit aussi Legiloquium; 9° Tractatus de peenilcntia, édité par François Harold à Mayence, 1673; 10· Manipulus florum, demeuré inachevé et complété par le dominicain Thomas d’Irlande et sou­ vent imprimé sous son nom; 11° Tractatus de poenis inferni; 12® Expositio super Pater noster: 13® Declaratio réguler I ratrum minorum, éditée dans le Firmamentum ordinis minorum, Venise, 1513; 14® Collectio versuum; 15® In IV libros Sententiarum, que l'on dit avoir été publié ù Lyon, 1511, mais dont l'authehtlcité parait douteuse et qui peut appartenir au suivant; 16° Pos· ΙΙΙΙκ in Evangelium Joannis, qui furent attribuées à saint Bonaventure el insérée> dans l’édition valicane de 1589, des œuvres du docteur séraphique, ainsi que 17® Collationes in Johannem; 18® Commentarii in omnes epistolas Pauli, absolument inconnus aujourd hui comme les autres 19® commentarii in Apocalypstm; 20® De origine progressu et fine Mahumetis et quadruplici reprobatione prophetice ejus, Strasbourg, 1550, Cologne, 1651, douteux; 21® Sermones de tempore d sanctis, qui existent en manuscrit à la Bibliothèque nationale et à celle dc Charlevillc. Wadding a édité Borne, 1655, Vllerbc, 1656, Dc Oculo morali aureus libellus Joannis Gualensis, dont il défendait l’authen­ ticité; cet opuscule avait déjà paru à Venise, 1496, en latin et Italien; le P. Théophile Raynaud le publia à Lyon, 1641 cl l'attribua au célèbre Idiota, Raymond Jourdain; l’accord n’est pas encore fait sur l’auteur. On a souvent attribué à Jean Walcys des ouvrages de Thomas Waleys, dominicain et de Jean de Rldcval, franciscain du siècle suivant, comme on a fait des ouvrages distincts, par suite de la diversité des litres, d'un seul el même traité. Cette élude nous entraînerait trop loin. Résumons ce que dit Hauréau de la méthode et du caractère des livres en question. · Jean de Galles ri est pas métaphysicien, c’cst peut-être le docteur de son temps le plus étranger à la métaphysique ; et s’il observe assez fidèlement dam» la composition dc ses ouvrage; les préceptes de la logique, il ne les enseigne pas; ce n’est pas non plus comme on disait, un logicien. C'est un théologien moral,sic. Ce qu’il se propose, ce n'est pas de faire des leçons de morale, c’est d'instruire les Jeunes prédicateurs qui doivent discourir en chaire de* vices cl des vertus. Pour bien prêcher, Il faut avoir beaucoup lu. et les livres sont rares. 11 n’a pas seule­ ment une instruction très variée, mais quelque esprit el assez dc goût, cc qui le distingue des compilateurs de son temps. L'utilité de scs livres fit leur succès qui fut durable · Au témoignage dc l'éditeur vénitien de 1496. le bieiihc ureux Bernardin dc Feltre, grand prédi­ cateur franc mort en 1494, ne partait jamais en nntuon, sans emporter avec lui la Somma de Jean dc Galles. Waddlnu-Sbanudla, Sert pions ordtnli minorum, Rome, 1806; ihmnu, don* Histoire littéraire de la France,!, xxv, p. 177 sq.; l^cov de In Marche, La Chaire française au mofrn dpr, Parta, 1877 ; Féret, La Faculté de Uir>logiede Parti, Pa/κ. 1B95.t n; A. G. Little. /Tic gng Frier» in Oxford, Oxlacd, 1892; Hurter, bîumcnc tutor, 3* édit., L n. col. 517. P. Édouard d Alençon. appelé Jean Welle tailles documents contemporains, üvit mineur, avait 44. JEAN DE GALLES, 764 fait ses éludes à Exeter, Londres et Oxford. En 1368, le chapitre provincial Payant désigné pour enseigner ks Sentences au couvent dc Londres, un bref pontifical, donné le 12 septembre de la même année, déléguait le provincial dc Toscane pour lui conférer, après examen, les facultés et les privilèges des docteurs, ac si in studio Parisiens! magistratus esset. On le trouve qualifié de chapelain pontifical dans une lettre citée par Wadding, à l’année 1372. Un fort curieux brevet royal, en date du 22 février 1378 ordonnait de faire rendre à frère Jean Welle equi, calices, libri, moneta, vasa argentea ac diversa alia bona et catalla, qui lui avaient été dérobés par un serviteur infidèle. C’est le dernier document daté que nous ayons è son sujet. On lui attribue comme ouvrages demeurés manuscrits : Lectura in IV libr. sententiarum; Liber disputationum; De vitis sanctorum Wallcnsium. Wadding, Annates minorum, t. vm; Sbaraglin, Scriptores ordinis minorum, Romo. 1806; Eubel, Bullarium fruncliconum, t.vi;A. G. Little, The greg Friars in Oxford, Oxlord, 1892. P. Édouard d’Alençon. 45. JEAN DE GOGH, voir Puppen. 46. JEAN DE JANDUN (f 1328) est surtout connu comme philosophe ; mais il appartient égale­ ment à la théologie par sa collaboration au Defensor pacis de Marsile de Padouc. Né au bourg dc Jandun, de Janduno, de Genduno, de Ganduno (Ardennes), dans la seconde moitié du xiii® siècle, et, de ce chef, parfois confondu avec Jean de Gand, il dut faire scs études à l’université de Paris, où 11 enseignait avec éclat la philosophie vers le com­ mencement du xïv* siècle. Deux dc scs ouvrages sur Aristote sont datés de 1300 et 1310. Un acte dc 1316 le signale comme magister artistarum au collège de Navarre. Le 13 novembre dc la même année, il est pourvu par Jean XXII d'un canonical au chapitre de Senlis : cc qui prouve qu’il appartenait au clergé séculier. Sa doctrine philosophique verse dans l'aristoté­ lisme aigu, tel que l'enseignait Averroès. Pour l’accor­ der avec la fol catholique, Jean dc Jandun n’a pas d’autre ressource que le fidéisme. Qu'il s’agisse de combattre l’unité d’intellect dans tous les hommes, de faire de l’àme la forme substantielle unique du corps humain ou d'affirmer son libre arbitre, il ne se déter­ mine que par un acte de fol contre toutes les évidences de sa raison : Has ego conclusiones assero simpliciter esse veras sola flde, quia credo potentiam Del omnia posse facere... Quod si quis demonstrare sciat et principiis philosophorum concordare, gaudeat in illo; et ego ei non invideo, sed eum dico meam capacitatem excellere. Quasi, super tres libros Aristotelis de Anima, ni, 29, cf. ui, 12 et 41. Cité dans Noël Valois, p. 550-551. Jean dc Jandun est un des premiers témoins de cette école nominaliste où s’est définitivement rompu l'équilibre harmonieux établi par le thomisme entre nos deux sources, natu­ relle et surnaturelle, dc vérité. Voir Ét. Gilson, Études de philosophie médiévale, Strasbourg, 1921, p. 51-76. Lorsque,vers 1311, Marsilede Padoue vint enseigner à Paris, de communes préoccupations scientifiques et philosophiques rapprochèrent les deux multrcs. Entre eux s'établit peu à peu une collaboration intellectuelle, qui aboutit, en 1324, à la pu blication du Defensor pacis, où se développait 11 ti éoric régalienne d’une complète subordinut.on dc l'Égliae i l’État. Sans doute I le nom dc Marsile figure seul en tête de l’ouvrage ; mais tous les contemporains sont d’accord pour l’atlribucr concurremment à Jean de Jandun. Voir les con­ tinuateurs dc Guillaume dc Nangls, dans Recueil des hist, dr France, t xx, p. 622 et 612; les chroniques de SuUU-UenU, ibid., p. 721; la tuiu de la cbionique d· 7G5 JEAN DE JANDUN Gêraud de Frnchet, /5M., t. XXI, p 68. Les condamna­ tions successives dc Jean XX H ont toujours frappé simultanément ccs deux « dé v tables hérétiques ». Pour l'exposé de la doctrine e* les actes de 1 Eglise qui la concernent, voir Maiisile de Padoue et Jean XXII, col. 637. On a voulu parfois ne faire dc Jean qu'un simple copiste : Em Friedberg, Die mtttelalterlichen Lrhren iïber das VerhAllniss oon Kirche und Staut, Leipzig· 1874, I il, p 25. C'est méconnaître la puissance de sa personnalité « A y regarder d’un peu près, il n’esl pus impossible dc trouver dans le De/ensor pacis des mar­ ques du style dc Jean dc Jandun. On y reconnaît surtout sa tournure d’esprit philosophique, sa façon dc distinguer le domaine dc la foi dc celui dc la science et son habitude d’invoquer l’autorité d’Aristote. Une grande partie du Defensor n’est qu’un commentaire de la Politique, ouvrage sur lequel Jean de Jandun ne parait pas avoir laissé dc glose, mais qu’il cite à plu­ sieurs reprises dans scs divers traités... Il ne serait pas surprenant que Marsile dc Padouc eût eu recours à son ami ponctionner à son système politico-religieux une base philosophique. » N. Valois, p. 572. Abandonné plus tard à lui-même dans son Defensor minor, Marsile ne cite presque plus Aristote, ibid., p. 607 : cc qui laiss î entrevoir le genre dc concours que Jean dc Jandun lui avait apporté. Prévoyant avec raison le scandale qu’allait soulever leur doctrine, nos deux réformateurs prirent le parti, aussitôt que leur œuvre se fut un peu répandue, dc sc réfugier à la cour dc Louis dc Bavière, alors en conflit ouvert avec Jean XXII. Cc fut sans doute en 1326. L'empereur semble tout d’abord les avoir reçus avec détlancc; mais ils devinrent bientôt scs conseillers. Ils le suivirent à cc titre dans sa campagne d’Italie et prirent une part active nu coup d’État ecclésiastique qui, au printemps de 1328, prononça la déchéance du • prêtre Jacques dc Cahors » et lui substitua l’antipape Nicolas V. Jean dc Jandun fut récompensé dc cc zèle par une nomination ά l'évêché de Ferrare, qu’il obtint dc l’empereur le 1er mal. Mais, enveloppé dans la débâcle des troupes impériales, il ne put même pas prendre possession de son siège et mourut à Todi, probablement du 10 au 15 septembre 1328. Son nom reste associé A l’une des plus audacieuses révolutions théoriques et pratiques que le moyen âge ait entreprises contre la constitution dc l’Église et dc la papauté. Étude biographique et bibliographique très complète pur Noël Val »h, Jean de Jandun et Marsile de Padoue, dans Histoire Idlerairc de la France, t. xxxni. Paris, 1900, p. 328623. Notice uans Hurter, Nomenclator 3· édit., t. u, col. 529. J. Rivière. 47. JEAN DE JÉRUSALEM, prêtre et procurcur, avec son confrère Thomas, de l'épiscopat d’Orient au septième concile général, second dc Nicéc(787). Avant cette époque, il avait été syncelle ou vicaire général, d'abord du patriarche de Jérusalem vers 760, puis dccelui d'Antioche, vers 780. E tre ccs deux dates, probablement vers 761, Λ l'occasion du synode tenu p r l’épiscopat oriental contre Cosmos, évêque Icono­ claste, ù Épiphanie, il composa un Synodicum contre le conciliabule iconoclaste do 754. Celte pièce, qui lui est expressément attribué· dans un grand nombre de manuscrits, comme les Mo\quenses toi (WLullmir), f· 131-139, cl 197, f° 192-199, tous deux du ix· siècle, a été ensuite légèrement modifiée par l’auteur lui mêm •u par un anonyme, à l’époque du concile de 787, et publiée, sous le nom fautif dc Jean Damascène, par Combefls dans le t. n de son Auctarium, reproduit par Ah m·, P. G., t. xcv, col. 309-311. Dans le manuscrit 1113 de Paris, on trouve, à côté du Synodicum, un récit des I prog’ï-sde l’iconoclnsme vn Syrie absolument identique I A l’exposé lait par Jean lui-meme, au cours du Vil· cou- | JEAN DE JÉRUSALEM 7C6 clic, à la Cm de La cinq dème session. La paternité de Jean de Jérusalem relativement A cc traité semble donc solidement établie Mais ce que l’on ign irait, c’est qu'il n'a guère fait, dans ce pastiche, que reproduire une Nouthesia ou Exhortatio sur le culte des images contenue dans le Mosquensls 197, f° 142-171 v·. En effet, cc document correspond, dans sa 2· et 3· partie, au discours cité plus haut du pseudo-Damascène, mais avec cette différence qu'il n'y est fait aucune allusion au conciliabule de 751 ; il a donc dû être com­ posé entre 750 et 754, tandis que le discours du pseudoDamascène est postérieur à la mort de Constantin Copron) me (775) cl antérieur au concile de 787, qui n’y est pas encore mentionné. On s’accorde à attribuer la Nouthesia A Georges le Chypriote, l'antagoniste de l’évêque hérétique Cosmas, celui-là même qui eut l’honneur d’être condamné en 751 avec Germain et Jean Damascène. Jean dc Jérusalem, bornant son tra­ vail à quelques retouches, aura donc fait sienne l’œuvre dc Georges, quitte à être pillé à son tour non seule­ ment par le pseudo-Damascène, mais par d’autres encore. On a, en effet, du patriarche de Constanti­ nople Méthode, un discours sur les saintes Images, publié par Arsénij d’après le Mosquensls 412, p 143147, qui n'est dans sa majeure partie qu’un centon du pscudo-Damascène. B. AfélioranwkiJ, Georges de Chypre et Jean de Jérusalem, deux champion· peu connus de forthodoxie au Till· siècle, Saint-Pétersbourg, 1901, xxxi.x-131 p. bi-8· (en fujm); Byianlinische Zetlschri/l, 1902.1. xi, p. 538-313. L. Ρεπτ. 48. JEAN DE JÉRUSALEM, patriarche, controversistc grec, sur la vie duquel plane la plus grande obscurité. Tandis que Cave, Scriptores ecclesias­ tici, 1715, l. u, ρ 11-12, en fait un auteur du ιχ· siècle, Fabricius le place après Photlus, Bibliotheca grrca, t. xi, p. 656, et Oudin, aux alentours de 1430, Commen­ tarius de scriptoribus Eccies tæ antiquis, Leipzig, 1722, t. in, col. 2366. Dosilhéc, patriarche dc Jérusa­ lem, dans sa Dodecabiblos, p. 752, comme dans son Τόμος αγάπης, p. 501, l’identifie avec cc patriarche Jean qui assista au concile dc Constantinople contre Pantcugénèsen 1156-1157. K Krumbacher, Geschichte der byzuntinischen lÀUeratur, Munich, 1897, p. 91, dit simplement qu’il vécut au xn· siède. Est-il possible de préciser davantage? D’abord il faut résolument écarter, non seulement l’absurde affirmation dc Ou.lin, mais encore celle de Dosilhée. En effet, dans ce même synode de 1156, panni les textes que l’on oppose A I Panteugénès, il s’en trouve précisément un tiré du l*r discours do Jean sur les azymes. A. Mai, Spicile­ gium romanum, t. x, p. 51.L’auteur du discours n’est donc pas lo prélat que nous voyons siéger comme pa­ triarche. Dans deux manuscrits de Moscou, portant lean. 239 et 240 dans le catalogue de Wladimir,ces dis­ cours sont attribués à Eustrate de Nlcéc, l’antago­ niste dc l’archevêque dc Milan à Constantinople en 1112. Cette mission de Pierre Grossolnno suscita en effet une telle éclosion do libelles anti-latins, qu’on ne saurait être surpris de rencontrer parmi les polémistes d’alors un patriarche de Jérusalem. Il est vrai que ni Lcquicn, Oriens Christianus, t. in, p. 500, ni les Boilandistes, A cia Sanctorum mail, propylxum.p. xlv-xlvi, ne mentionnent sur le siège dc la ville sainte, vers cette époque, de patriarche Jean, mais les documents récemment découverts signalent un prélat do ce nom comme successeur dc Siméon, le dernier patriarche grec qui ait résidé â Jérusalem avant l’occupation latine (1099). A. Pap idopoulos-Kerameus, ’Λ.άεκτα lep >3υλυμιτικη; στ^χοολογίχς, 1.1, p. 125, 133, 110, 142. Et comme on attribue à cc Siméon un traité sur les azymes, nul doute que son ’uccesseur n’ait eu à soutenu des discussions analogues. 767 JEAN DE JÉRUSALEM — JEAN Et ceci n’est pas une simple hypothèse. Deux manus­ crits de Milan, VAmbrosianus 1, f® 131 V», ct V AmbrarM/n/j WJ, f° 230, contiennent la pièce suivante: Synodïeum editum Consfantinopoli a Joanne better memorise, patriarcha Hifrosolymit mo, Inc.Mc/u Σέργιου τού Γκίβ,ύζ πατριά-χοι Κωνσταντινουπόλεως ό πάπας * Ρώμης. Les premiers mots dc V incipit sc rappor­ tant ou patriarche Sergi us (999-1019), le patriarche Jean, auteur dc l'opuscule, est nécessairement pos­ térieur à 1019; ct comme après cette date aucun patriarche de cc nom n’occupa le siège de Jérusalem avant le successeur dc Siméon, il s'en suit que le Jean de l’opuscule milanais doit être identifié avec le pre­ mier patriarche /n partibus qui ait suivi l’occupation de la ville sainte par les croisés. Simple patriarche titulaire. Jean ne pouvait qu’être mal disposé pour les latins, ct il dut ne manquer aucune occasion d’exhaler sa mauvaise humeur C'est donc ù lui. ct à nul autre des nombreux patriarches hiérosolymitains du nom de Jean, que doivent appartenir les opuscules théologiques qui nous sont parvenus sous le nom de Jean, patriarche de Jérusalem. Cc sont : 1° Narratio de Latinorum innovationibus : c'est l’opusculc contenu dans les deux manuscrits milanais cités ci-dessus, el dans le Parisinus 1295, f® 26, où le nom de l'auteur n'est pas indiqué; i) y est surtout question de In sup­ pression du nom du pape dans les diptyques; 2° Ser­ mones duo de azymis, publiés depuis longtemps par le patriarche Dosithée de Jérusalem, Τόμος αγάπης, lassi, 1698, p. 50-1-527; quelques manuscrits, comme nous l'avons fait observer, attribuent cet ouvrage à Lustrate de Nlcéc; 3° Disceptatio de azymis, quam in urbe Hierosolymitana cum philosopho quodam itato habuit, publiée également par Dosithée, ibid., p. 527538. On la trouve dans un grand nombre dc manus­ crits, par exemple, le Vlndob. theol. 106 (Nesscl), f· 144-147, le Palatinus 356 (aujourd’hui ù Heidel­ berg), f® 88, et le Palatinus- Vaticanus 361, (® 86. C'est sans nul doute d’après ce dernier manuscrit, où manque l'introduction au dialogue, que l’opuscule a été cité par Allatius, loannes Henricui Holtlngerus Iraudis et Impostura mani/este conoiclus, Home, 1661, p. 526. Le Canonicianus 21 contient, avec le traité sur les azymes de Siméon, prédécesseur de Jean, les trois opuscules dc ce dernier sur le même sujet, i® 104-136; mais le troisième y est réduit à la dernière page; Il commence, cn etTet, à la p. 537, ligne 4, de l'édition de Dosithée. Dans l’introduction mise cn tête du dialogue, l’auteur rappelle qu’il a écrit beaucoup d’autres traités contre les latins : (laque post alias et altas adversus illos (Latinos) orationes, quas supra diges­ simus, non mulli pnrteriere dies. Il a en vue, en par­ iant de In sorte, d’abord les deux traités sur les azymes, qui précèdent immédiatement celui-ci dans les manus­ crite complets, et peut-être aussi, 4® un traité sur la Procession du Saint-Esprit, cité par Allatius, ibid , urns Indication de manuscrit, mais avec cet incipit qui permettra de le reconnaître à l’occasion : Γέγονεν έν ηφέτφ κατά τήν ύπατίαν Φ>α6ίου Θεοδοσίου "δ τρνχτίλέχατο·?, C’eit encore ù ce Jean qu’appartient très probablement, 5® le très court opuscule du Parisinus 917, f® 109 v®, ainsi libellé : Joannis, Hierosoly­ mitani patriarche?, adversus Illos, qui aquam calidam in mysteriorum celebratione negant esse adhibendam. Une discussion de cctte nature n’a pu ic produire qu’aprês l’occupation latine. L. Petit. 49. JEAN DE LA CROIX (Saint), carme décbaOtté, un des plus célèbres théologiens mystique· (154Z 1591) — L Vie. IL Œuvres. III. Doctrine. I. Vif — Troisième fils de Gonzalès de Yépès et dc Catherine Alvaiez, Jean naquit en 1542, à PontlLéxc», uans la Vieille-Castille, et mourut à Ubeda, en DE LA CROIX (SAINT) 768 Andalousie, le 14 décembre 1591. Clément X le béa· tll.a rn 1675, et Benoît XI H le canonisa cn 1726. fi revêtit l’habit dans l’ordre du Carmel le 24 février 1563 ct prit alors le nom de Jean de Saint-Mathias, qu'il porta Jusqu'au jour de sa profession dans la nouvelle observance, le 28 novembre 1568. Outre son éminente sainteté, deux œuvres l’ont rendu célèbre : scs écrits mystiques et la restauration de la règle primitive du Carmel, entreprise de concert avec sainte Thérèse dc Jésus. Il n’y a pas Heu dc détailler Ici les admirables vertus dc Jean de ta Croix. Biles parurent avec un caractère d’héiolcité inouïe dans les sou (Trances que lui valut de toutes parts sa courageuse Initiative. Nous ne signalerons de sa vie que ce qui intéi esse sa qualité dc théologien mystique. — Jean dc Yépès fil ses premières études ù Médina del Campo. Le cycle dc sa formation sacerdotale s’étend dc 1556 ù 1568. Il fut élève au collège de lu Compagnie dc Jésus ù M dîna del Cami» jusqu’en 1562. L'année suivante 11 reçut le saint habit; en 1564, après sa profession, on l'envoya au collège Saint-André, des Carmes, à Salamanque, où II fré­ quenta la célèbre université jusqu'à la fin de l’année académique 1567. Nous nfanquons de renseignement! positifs pour fixer plus exactement la chronologie et l'ordre de ses éludes; les données fournies par les bio­ graphes anciens ne sc concilient pas aisément avec celles que nous recueillons dans un historien récent, Jean Dominguez Berructa, Sta Teresa de Jesùs y San Juan de la Cruz, Madrid, 1915. Un fait est acquis et a été vérifié sur place : le saint est immatriculé sur les registres dc l’université dc Salamanque. On y lit : Juan dc Santo Matbla, del monasterio de Nuest ro Sert or San Andrés, natural dc Mon H veros (op. cil., p. 43). Tous les contemporains s'accordent pour recon­ naître au jeune religieux les plus éminentes qualité! d'esprit. Le manuscrit 13 488 de la Bibliothèque natio­ nale de Madrid nous apprend que scs supérieurs,consta­ tant scs progrès et sa grande capacité, lui confièrent la charge de préfet des étudiants; ct dans des Cons­ titutions que le Père Rubeo écrivit pour le collège Saint-André, Jean est nommé maître des étudiants, avec la charge « d'enseigner une leçon ct de présider aux tl· » Wenceslas del S. Sacramento, O. C. DM Fisionomia de un Doctor, 2 vol. Salamanque, 1913, 1.1, p. 67 II était très versé dans la théologie morale, et très perspicace cn casuistiquc.C’cst lui qui introdui­ sit dans l’ordre la coutume des conférences des cas dc conscience. Au couvent de Baeza, H obligeait chaque confesseur ù résoudre un cas dc conscience par semaine, et cela en présence dc tous les religieux choristes. Lorsque se trouvait dans le couvent quelque religieux ancien professeur ou réputé savant, le saint présidait lui-même, expliquait le cas, le résolvait, et Invitait scs auditeurs, surtout les plus Instruits, à lui faire des objections; il y répondait avec précision ct clarté; tous reconnaissaient qu'à Alcala comme A Salamanque, sa façon de présider méritait l’admira­ tion. Par ordre du commissaire apostolique, Il orga­ nisa le premier ollège de la Réforme, à Alcala; les religieux fréquentaient l'université. On a peu de données sur les lectures de Jean ct les sources de sa science, un historien contemporain affirme que pour la composition dc scs ouvrages, H n'utilisait que la sainte Écriture; cn outre. Il n’avait habi­ tuellement sous ta main qu'un Flos sanctorum et le livre de saint Augustin, Contra h vreses; scs écrits ne contiendraient donc que des réminiscences dc saint Thomas, saint Augustin, saint Bernard, saint Gré1 goirc, le pscudo-Denls, Aristote. A propos des études que le saint fit ù Salamanque le P. José de JésusM trie nous dit qu'aux matières de scolastique · Il Jolgiinlt l’étude particulière des auteurs mystiques I notamment de saint Oenis et dc saint Grégolie . His- IGd JEAN DE LA CROIX (SAINT) torta de la vida y vtrtudes del Ven. P. Fray Juan de la Cru:. Bruxelles, 1628. II. Œuvres. — Le» préliminaires dc la dernière édition espagnole cn trois volumes publiée par Gerardo dc San Juftn de la Cruz, O bras del mlstlco doctor San Juan de la Cru:, ediclôn critics, Tolède, 1.1 et n, 1912, t. ni, 1914, font amplement connaître les écrits de saint Jean dc a Croix ct leur histoire, passablement mouve­ mentée. 1° Description des oeuvres de saint Jean. — On pos lèdc dc lui : 1. Subida del Monte Carmelo y Noche oscura (La Montée du Carmel ct la Nuit obscure). — 2. Llama de amor viva (La vive flamme d’amour). — 3. Cantico espiritual (Le cantique spirituel). — 4. El Tratado de las espinas de esplritu o Coloquios entre Cristo y la Esposa (Le traité des épines dc l'esprit ou colloques entre le Christ ct l'Époii c). — 5. Tratado brtve del conoclmiento oscuro de Dios ufirmativo y negativo y modo de unirse el alma eon Dios por amor (Brcf traité dc la connaissance obscure, affirmative et néga­ tive déDIcu,et moyen pour l’Ame de s'unir à Dieu pur amour). L'authenticité de ces deux derniers écrits est controversée, mais le P. Gerardo de San Juan de la Ciuz, op. cil., la croit certaine ct donne des raisons valnbïes cn faveur dc l’authenticité. — 6. Divers écrits moindres : Instructiôn y cautelas para ser verdadero religioso; Avisos ά un religioso; Avisos y sentencing espirituales; Cartas espirituales; Dictumen sobre el espi­ ritu de una religiosa; Poesias mis tiens; Una oraciôn à la snntissima Virgen; Relaclôn de la fundadôn del convento dc las Carmelitas des colzas de Malaga. ( Ins­ tructions et précautions pour être un vrai religieux; Avis ù un religieux; Avis ct sentences spirituels; Lettres spirituelles; Décision sur l'esprit d'une rclipl(ulcu, qui reste toujours Ici-bas Incoin- I préhenslblc pour l’âme. L unicité de cette nuit» est I bien mise en relief par la comparaison avec la nuit I naturelle La nuit des sens, la nuit de l'esprit dans la I foi. ct Dieu lul-mêm , dans l'état d’union parfaite ici-bas, ces trois nuits sont entre elle* comme le I crépuscule qui vuile d’ombre les objets sensibles, | DOCTRINE minuit ou les ténèbres totales, l’aurore enfin qui précède Immédiatement la lumière du Jour. La privation du goût que l'on trouve dans l'exercice naturel des puissances, doit d’abord affecter la partie sensible de l’âme, t.. m. C’est la première partie de la nuit des sens, absolument Indispensable vu la nature même de l'union divine. C. iv el v. Car les appétits abandonnés sans frein à eux-mêmes engendrent dans l’âme des elfe s gravement dommageables, qui met­ tent obstacle à l’union parfaite, c. vi à x, quelque I faibles que soient ccs appétits. Le grand mystique précise. Il s’agit de mortifier les appétits dans ce qu’ils auraient de volontaire; en eux-mêmes, s'ils ne dépas­ sent pas un premier mouvement, et s’ils ne sont pas consentis, leur nuisance est nulle ou très minime: il est Impossible dans la vie présente de les mortifier tota­ lement. Même il arrivera que durant l'union de quié­ tude très élevée. Ils agissent Indépendamment de la volonté absorbée dans l’oraison. Le mal ne réside pas en ce que l’appétit sensitif goûte son objet connaturel. mais en ce que la volonté s’y délecte, s'y repose comme dans son terme. Aussi notre saint docteur souligne t-il que la mortification des sens doit viser à un profit spirituel; mais telle est l’ignorance de pludeurs : Ils s’adonnent à des pénitences et à des exercices désordonnés, sans se mettre en peine l clairement que dans la gloire, mais pour­ tant par une touche vive ct haute qui pénètre la substance dc l’ûmc. Le démon ne peut s’entremettre Ici. L’ûmc se trouve enrichie de vertus et comblée de jouissances. Elle ne peut que recevoir avec humilité, el ne doit pas renier ccs perceptions, comme on l’a recommandé pour les précédentes, car elles sont des faveurs accordées à i’âmc détachée dc tout, el font partie dc l'union. Les perceptions concernant les créatures sont inférieures, ct presque sans utilité pour le progrès spirituel; il faut se soumettre au jugement du directeur, et les repousser, s'il le juge convenable, c. xxiv. Les révélations ayant pour objet de découvrir des secrets et des mystères font connaître bleu en soi, ou Dieu révélé dans ses œuvres, naturelles el surnaturelles. On doltse prémunir contre les contrefaçons diaboliques, et en général se garder prudemment afin d’avancer sans erreur dans la nuit de la fol, c. xxv. — Les paroles inté­ rieures peuvent sc ramener à trois espèces : les succes­ sives, c. xxvn, les formelles, c. xxvrn ct les substantielles, c. xxix. L’auteur fournit dans chaque chapitre une doctrine abondante, théorique ct pratique, ramenant toujours son enseignement au but qu’il poursuit. En résumé on ne doit faire aucun cas des paroles succes­ sives ct formelles, mais sc gouverner en tout par la raison ct par l'enseignement dc l’Égllse. Dans les paroles substantielles, qui, peut-on dire, opèrent ce quelles signifient, il n’y a ni â désirer, ni ù rejeter, mais à s'abandonner ; pas d’illusion Λ ralndre, ni de l’âme ni du démon. — Les sentiments spirituels, c. xxx, sont d'ordre absolument passif; Ils opèrent dans la volonté et dans l'intelligence. L'activité de I’âmc n'y Intervient nullement. Ce sont des touches de l’union opérée passivement dans l’ûmc. Le livre 111 a pour sujet la purification active de la mémoire ct dc la volonté par les vcitus d’espérance et de charité. L’auteur avertit de nouveau qu’il ne s’adresse pas aux commençants, mais à ceux qui progressent vers l’union divine par la contemplation. Le c. t nous apprend à ne pas retenir les connaissances acquises naturellement par les sens extérieurs; elles font toujours obstacle à l'union, n'étant pas propor­ tionnées Λ *être divin ; aussi arrlve-t-ll que l’union vld · la mémoire, jusqu* » provoquer la sensation du vertige. Et que l’on ne dise pas que c’est détruire la nature; au début les distractions sont inévitables, mais clics cessent dans l’état d’union habituelle; le fonctionne· i ment des facultés s’en trouve au contraire perfec­ tionné, les œuvres ct prières des âmes arrivées â cct | état sont toujours efficaces; comme cc fut le cas pour i 1» vierge Marie, élevée dès le principe Λ ce haut état ! d’union. Il appartient û Dieu seul dc placer l'âme dans (SAINT). DOCTRINE 778 cet état surnaturel où la mémoire se vide; on demande simplement à l’âme de s’y disposer dans la mesure de ses capacités, selon les conseils donnés plus loin. Les c. ii-iv exposent les dommages causés par le* notions distinctes et naturelles, le c. v explique les avantages dc l'oubli. La présente doctrine s'applique également aux perceptions naturelles de l'imagination. Du c. n au c. xn, l'auteur s'occupe de la mémoire imaginative en tant qu'elle retient des notions reçue* p »r voies surnaturelles : visions, révélations, paroles Intérieures, sentiments. L'âme doit veiller à ne pas s'en embarras­ ser; divers dommages pourraient s’en suivre : erreur, vanité, Illusion diabolique, obstacle A l’union par l'espérance, le plus souvent notions impropres sur Dieu. Au c. xm. on signale simplement les connais­ sances que l’intelligence conserve; l'auteur les pace parmi celles de la mémoire, bien qu'elles n’appartlcn nent pas ù la fantaisie. Mais 11 n’entre pas dans le détail, pour ne pas faire double emploi avec le c. xxiv du I. II où ces connaissances ont été traitées comme perceptions de l’cnlcndcmcnL Saint Jean, à l’encontre d’une opinion qu'on a parfois émise, n'admettrait donc pas la mémoire comme faculté distincte ce l'intelligence. En résumé, c. xiv, que l'homme spirituel se tienne dans le vide de tout le créé, faisant usage des maximes exposées L 1, c. xm et s’élance affectueu­ sement vers Dieu. Mais qu'il ne laisse pas de penser et dc se rappeler ce qu’exige son devoir; pourvu qu’il ne s'y attache pas avec esprit de propriété, aucun dom­ mage n’en résultera. Bien entendu, celte doctrine n’a rien dc commun avec ce le qui prétend «opprimer totalement les images de Dieu et des saints. Nous arrivons à la nuit obscure de la volonté. . xvxuv. L’ûme doit garder toutes ses forces pour Dieu, les gouvernant par la volonté, et exclure toutes les affections déréglées ; Joie, espérance, douleur et crainte doivent servir ct non commander. En premier lieu vient la jouissance, en tant qu’active ct volon­ taire, provenant de choses distinctes et clairement perçues. Six genres d’objets peuvent la provoquer : temporels, naturels, sensibles, moraux, surnaturels et spirituels. Chaque catégorie est traitée Λ part, les diverses classes d’objets, étudiées séparément avec leur puissance respective et l’art dc $'en servir sans dommage pour l’âme. Ici se place une description magnifique, en un style éloquent et vigoureux, des maux qu’enlrnînc la jouissance des biens naturels, surtout des charnels. Puis viennent des lumières sur la pratique du renoncement el ses avantages, sur l’humilité et l’amour du prochain : < Nul ne mérite d’être aimé si ce n’est Λ cause de sa vertu; aimer ainsi c'est aimer selon Dieu et en toute liberté; plus alors I l'affection grandit plus aussi croît l'amour de Dieu. » C. xxn. Avec quelle discrétion le saint enseigne l’usage des biens sensibles! Quelle sagesse, quelle science dans ccs conseils, sur la manière de distinguer entre la saveur sensible utile et la nuisible, car il en existe dont certaines âmes ont besoin, pour aller à Dieu, c'est conforme â l’ordre établi par Dieu même, qui veut par là être mieux connu ct aimé. Celui qui ne sentirait pas cette liberté d’esprit par rapport aux objets et goûts sensibles, mats y attacherait sa volonté, devrait absolument s’en priver, c. xxrn. Plus loin, l'auteur explique comment le sensible, dans l’ûme purifiée, étant soumis Λ l’esprit, devient un docile instrument, nu point que l'âme arrive Λ goûter le spirituel même par ses puissances sensitives, c. xxv. Les vertus naturelles (biens moraux), reçoivent une récompense d’ordre naturel, cor Dieu aime tout ce qui est bon, même dans le barbare et le païen. Le chrétien peut donc s'en réjouir à ce titre, mais ne doit pas en rester ΙΛ; son devoir est de mettre sa Joie dans la vertu par motif d’umour de Dieu et en vie do la 779 JEAN DE LA CROIX (SAINT). DOCTRINE Me éternelle. c. xxvn. Les biens surnaturels sont donnés pour rutHffé de tous, à ta différence des biens spirituels, qui font l’objet d’un commerce intime et privé entre Dieu cl l'âme. Ils procurent un double avantage, temporel d’une part, spirituel el éternel de l'autre, on ne doit s’en réjouir qu’à cc dernier titre, i Dieu permet sans doulc à la nature et au démon d'imi­ ter ses cruvres. Celles qui sont authentiquement divines sont reconnaissables au profit qu’elles appor­ tent à qui les opère, c. xxrx. Ceci amène l'auteur à développer sa pe séc en parlant des sorciers, magi­ ciens, etc., qui ont pactisé avec le démon, c. xxx. Voici enfin la sixième et dernière classe de biens, les spiri­ tuels destinés à acheminer l’âme vers l'union divine. On peut en faire une double classification : a) biens pénibles et biens agréables, partagés de part et d'autre en obscurs et confus, clairs et distincts; b) biens IntelIcctlfs, niTeclifs. Imaginatifs. Il ne sera question Ici que des biens spirituels agréables, dont l’objc est clair et distinct. L’élude du reste est réservée ή la nuit passive. On en compte quatre espèces : a. émoti/s : Images et statues des saints, oratoires, cérémonies du culte, lieux el exercices de dévotion. Avec beaucoup de sens théologique, l’auteur combat les superstitions et les pratiques vaincs et indiscrètes; cl par ailleurs, avec beaucoup de sens artistique, il disserte sur les églises et les lieux de prière, <. xxxn-xun. — b. Provocati/s : c. xuv, la prédication, considérée au double point de vue du prédicateur et des auditeurs. Le saint proclame la valeur de l'art de la parole, qui, dit-il, sauve les causes en péril, comme l'absence de rhétorique perd les meilleures causes... La Maniée du Carmel se termine Ici sur une phrase inachevée. Deux espèces de biens spirituels ne soit pas expliqués : les directifs, et les per/ecU/s. Le P. Gerardo opine que par directifs, Jean entend cc qui concerne la direction spirituelle; les perfectifs seraient les vertus et les grâces divines. Le saint se proposait aussi de traiter l'espérance, la douleur el la crainte. Voir I. I II, c. xv. Nous Ignorons si ces plans ont été réalisés. A la suite de la Montée, l'édition critique publie deux fragments inédits, et les attribue à saint Jean : La fouistance, première affection de la volonté. Nul objet de l'appétit n'est un moyen proportionné à l'union divine par la volonté. — Pour s'unir à Dieu, la volonté doit être vide de tout appétit naturel. On retrouve dans ces textes le style el la doctrine île notre saint. 3. Analyse de la Nuit obscure. — Le livre Intitulé Null obscure a pour thème le cantique déjà commenté dans la Montée du Carmel. Les deux premières strophes exposent les ellels des deux purifications spirituelles, des sens et dr l'esprit; les six autres comprennent les eficts multiples et merveilleux de l'illumination spiri­ tuelle et de l'union d’amour avec Dieu. Notons de suite que cette dernière partie nous manque; la Nuit obscure, comme la Montée, contenue dans les mss que nous possédons, est in chevée. Conformément au dessein annoncé. Montée, 1. I, c. i, l'auteur va expliquer le tecond aspect de la « Nuit » des sens et de l'esprit cl non pas, qu’on le remarque bien, une autre partie de cotte nuit. 11 s'agira de lo pasfvo c'est-à-dire de ce que Dieu fait dans l'âme sans autre concourt positif de sa part que son libre consente* ment. Et d’abord, pourquoi cette action spéciale de Dieu ? Parce que l’âme est Incapable par sa propre industrie de sc purifier autant que le requiert l'union d'amour; tan* doute convient-il qu’elle travaille de son mieux â t’y disposer, mais Dieu doit y mettre la main pour pnrnchcxcr l’œuvre. Strophe 1. vs. 1, $ iv. D’où description des Imperfections propres aux commen­ çants, ramenées aux sept péchés capitaux. Str. I, I ι-vm. Le saint docteur, en psychologue averti· 780 fouille tous les replis de la nature humnfne déchue avec une pénétration extraordinaire, encore avoue-t-U n’avoir signalé que le plus Important. Dieu fait donc progresser en opérant l’universelle suppression des goûts et saveurs à l'endroit du créé. C'est in Nuit dite < passive ». Et par quel moyen opère-t-il ? Par la nuit de con­ templation. qui produit deux sortes de ténèbres ou purifications, selon les deux parties de l'âme, la sensi­ tive et la spirituelle. On débute par la nuit des sens qui est très commune. Celle de l'esprit est le propre des avancés; elle est très rare. 5 ix. L'auteur entre en matière en donnant les trois signes auxquels le spiri­ tuel discerne expérimentalement la nuit des sens, |x, puis il Indique la conduite à tenir. § xi. On rencontre Ici le texte, ayant trait à l’appel à la contemplation : porque no à todos los que se e/ercifan de proposito en el camino del espiritu tleva Dios A contemplaciôn ni aim à lo mitad : el por qué, el se lo sabe. « Dieu n'élève pas à la contemplation tous ceux qui s’exercent délibé­ rément dans le chemin de l’esprit, pas même la moitié; le pourquoi. Lui seul le sait. » Cc texte fait difficulté pour les tenants de « la contemplation accessible à tous » (cf. Arlntcro, O. P., Cucsliones misticas, Sala­ manque, 1920. 2· édit.). Notons a ssl que certains écrivains distinguent les « signes · don és dans la Montée, I. Il, c. xi et xn, de ceux de la Nuit obscure. D'autres y volent des notions qui se complètent mutuellement. A la purification passive des sens succède celle de l’esprit, mais pas toujours Immédiatement; cette puri­ fication est nécessaire pour achever de spiritualiser l'âme, encore appesantie par le corps. Celle-ci reçoit des communications qui produisent des faiblesses, fatigues, ravissements, extases, secousses des os, preuve que les communications ne sont pas purement spirituelles, comme le requiert l'union. Le traitement par la nuit de l’esprit fait graduellement disparaître ces Imperfections, et d'autres encore, habituelles et actuelles. L'auteur observe ici que les deux parties de l’âme ne se purifient jamais bien l’une sans l’autre La nuit des sens devrait s’appeler réforme, et cohlbltlon de l'appétit, plutôt que purgation, car les désor­ dres de la partie sensitive tiennent de l’esprit leur origine et leur force. Mais avant de les soumettre conjointement à une même action purifiante, 11 fallait accommoder les sens à l’esprit. En quoi consiste cette action spéciale de Dieu ? C'est la contemplation infuse, ou Théologie mystique, dans laquelle Dieu Instruit secrètement l’âme en perfection d'amour, sans que celle-ci agisse de s<»n propre mouvement, ni même comprenne celle divine Influence, Elle est celte sagesse amoureuse de Dieu, disposant l'âme par purification et Illumination à l'union d'amour, celle-là même qui purl tic les esprits bienheureux. En cette vie, à cause de la dlsprn portion, elle est cependant nuit obscure pénible, affligeante. Les extrêmes, le divin et l’humain, sont appelés à s’unir étroitement, intimement; l'humain doit subir une transformation radicale que saint Jean désigne par les expression les lus fortes : désassimi­ lation Intérieure, destruction expérimentée dan la substance de l’âme, sécheresse, vide, pauvreté, nudl é etc. Cet < tat est un véritable purgatoire anticipé, et l'âme qui le subit maintenant ne séjournera pas plus tard, ou du moins ne sera que peu de temps, dans celui d'outre-tombe, car une heure de ce purgatoire Ici-bas est plus efficace que plusieurs heures dans l’au­ tre vie La volonté, § ni. n aussi sa grande part de terribles souffrances; malgré certains soulagements, cert aines consolation* intermit lentes, l’âme sent qu’elle n'est pus nu bout de ses peines. A propos du purgatoire I le suint docteur ne dit pus que les ûmes y doutent 781 JEAN DE LA CROIX (SAINT) positivement de leur salut; mais elles Ignorent la durée de leurs peines et surtout, ne volent pas en elles-mêmes une cause qui les ferait cesser; elles n’ont l’expérience que de leur misère,et non de l'amour que cependant elles donnent à Dieu consciemment et de tout leur pouvoir. Une telle douleur s’explique par la nature de l'amour, et l’absence de l'Aimé. Après le tableau des souffrances, voici les effets admirables d'illumination Intérieure, j v; ce n'est pas Dieu qui torture Intentionnellement, c'est l'âme qui pâtit de sa propre résistance, J vî. Le second vers de In première strophe célèbre le commencement d'une véhémente passion d’amour divin, fruit des rigoureuses épreuves, qui pourtant ne sont pas terminées. L’auteur annonce les règles pour discerner les mouvements naturels des surnatu­ rels; Il énumère les propriétés de la contemplation ou théologie mystique, d'après saint Thomas. Elle est secrète, Ignorée des créatures, même du démon; l'état qu'elle détermine est sujet à des fluctuations, d'où l’image · Par l'escalier secret fe suis sortie déguisée, » str. II, vs. 1 ; la contemplation est science d'amour, connaissance Infuse et amoureuse de Dieu, Illuminant l’âme et l'embrasant pour l’élever graduellement jusqu'à Dieu son créateur. Str. II, vs. 2. Les degrés de l'escalier se reconnaissent aux effets, on ne peut les voir en eux-mêmes par vole naturelle; ces effets sont, d'après saint Bernard et saint Thomas, les dix degrés de l'échelle mystique; noter que sans l'humilité on ne peut se maintenir sur aucun degré. Celui qui meurt lorsqu’il sc trouve sur le neuvième, ne passe point par le purgatoire. Le dixième degré appartient au ciel. L'auteur achève sa matière en expliquant la « cachette » de l’âme; « Quand Dieu la visite par l’intermédiaire du bon ange, 1'flme ne marche pas encore totalement dans l’obscurité et en secret. Mais lorsque Dieu la visite par lui-même, elle est cachée A l'ennemi; la Divine Majesté demeure substantiel­ lement dans l’âme; ni ange, ni démon ne parviennent à connaître leurs communications réciproques; cc sont les louches substantielles de divine union entre l’âme et Dieu, le degré suprême d'oraison.» Str. II. vs. 4. L'Ame est établie dans un état de paix semblable à l’état d'innocence d’Adam, quoique n'étant pas tout à fait délivrée de toutes les tentations de sa partie Inférieure, vs. 5. La Nuit obscure se termine Ici par une très brève exposition de la strophe 3·, sans comment dre développé. 2’ La Vive flamme d'amour commente les quatre strophes du cantique chanté par l'âme parvenue Λ l’état de transformation en Dieu, mais dans un degré d’amour plus consommé, plus parfait, qui lance des étincelles et des flammes. Sous l’in fluence des profondes et délicates douceur* de l'amour, elle dit quelques-uns de scs merveilleux effets. Ici surtout saint Jean de la Croix se révèle docteur mystique par excellence; mais 11 est aussi Λ l’occasion, théologien de la mystique. Le traité de la Vive flamme se refuse au résumé analytique. Il est tout entier descriptif. Un souille do sic Intense anime la pensée; le style est enflammé, enthousiaste, d'une éloquence fortement communi­ cative. « On a dit à Juste litre que pour parler de l'amour divin avec plus de pénétration. Il faudrait avoir joui de la béatitude même. Les pages écrites par sainte Thérèse sur ce sujet, pour admirables qu’elles soient, n’atteignent pas la profondeur de vues, ni la puissance d’expression de saint Jean. Se trouvant en présence de l’infini obscur, puisque l’nmour de Dieu c'est Dieu même, le saint ne fait que décrire 1rs Impressions qu’il a reçues, seul moyen qui reste Λ la disposition de l’Intellige ce dans cel état exceptionnel. Bien qu'il s'en défende, et c'est l'opinion | DOCTRINE 782 du P. Gerardo, Il fait le récit de son expérience person­ nelle, et nom a donné ainsi one sublime contemplation de V amour le plus qualifié plutôt qu'un traité. > Hoornaert, op. cil., t. m, avant-propos, p. xxxiv L'objet de la Vive flamme est, nom l'avons dit, l'état de transformation en Dieu par l'amour, lui première strophe expose le fait que l'âme étant tonte Λ Dieu par l'amour, et blessée à mort, désire I’uninn parfaite, éternelle et Immuable. La seconde strophe décrit les effets produits dans l'âme par cet mour; Ils sont figurés par le cautère, la plaie, la touche, la main. IxO troisième chante l'amour que l'âme, dans cet état, rend au Bien-Aimé, capable qu’elle est de connaître et d'aimer; l’amant n'est satisfait que lorsque toutes scs capacités s’occupent dans l'Aimé. Et dans h quatrième 11 s'agit des retours Ineffables de Dieu \crs l’âme. Notons simplement, au courant de la lecture, quelques points de doctrine. C'est à Γ Esprit-Saint, l'esprit de Jésus, que saint Jean attribue toute l'œuvre. Ce même feu divin qui glorifie nu ciel, purifie Ici-bas, et par là dispose À l’union transformante. L'Esprlt-Salnt est le principemoteur de tous les actes et opère dans le « centre » de l'âme. Il n'y avait pas jusqu'ici acte d'amour propre­ ment dit, quand l'âme agissait eomo de suqo « par ellemême »; alors c'était disposition à cet amour, c'est-àdire dispositions en désirs et sentiment* succes­ sifs, que nunca Uegan à ser ados perfedos, » qui n'arrivent jamais à être des acte* parfaits. » (La pre­ mière rédaction de la Vive flamme porte : que mu r pocos Uegan à ser ados perfedos de amor à contemplaclôn · dont bien peu arrivent à être des actes parfait* d’amour de contemplation, » nuance qu'il importait de signaler, op. cit., t. n. p. 106, str. f. vs. 6). Les actes spirituels sont Infusés par Dieu (ibld). L’âme doit s’exercer Ici bas à l’amour. Peu d'âmes parviennent à un état si élevé, et il est accordé principalement à ceux dont l’esprit et La vertu doit passer à des disciples. Dieu donnant les prémices aux chefs dans la mesure proportionnée à la postérité qu'il leur destine. Str. II, vs. 2, p. 414. Dieu permet que le corps même porte les traces des blessures de l’âme, comme en saint François d'Assise. Les délices sont plus intenses, et saisissent plus subitement, lorsque l’âme seule est blessée, et non la chair; néanmoins un puissant effet spirituel peut sc répercuter dans le sens. Qu’est-ce que la « touche » mystérieuse ? « Vous m’avez touché de U splendeur de votre gloire et de la figure de votre substance, qui est votre Fils; c’est Lui qui est cette louche délicate dont vous m’avez atteint avec la force du caul re », touche substantielle, de la substance de Dieu à la substance de l’âme ; beaucoup de saints l’ont expérimentée Ici-bas. Elle contient une saveur de vie éternelle, non au degré parfait, mais très réelle cepen­ dant; l’âme en jouit selon ses puissances et selon sa substance; le corps lui-même s’en ressent, quelquefois Jusqu’aux extrêmes articulations des pieds et des mains. Saint Jean revient Ici sur un de ses thème*» favoris : la nécessité de porter la croix de Jésus. · C’est le moment de dire pourquoi II en est si peu qui arrivent Λ ce haut état de perfection; le motif n’en est pas en ce que Dieu désire qu’il y ail peu d’âmes élevées. · .. que no es, porque Dios quiera tme haya pocos espiritus Icvantados; 11 voudrait au contraire que toutes fussent parfaites, mal* Il trouve peu de vases capables d’une œuvre si sublime : on refuse toute souffrance, et en même temps on désire devenir parfait. (La variante du ms. de Burgos présente le même sens : A’o es porque no quiera que hublese muchos de los espiritus levantados. < Cc n'est pas qu’il ne désire qu’il y ait beaucoup d'âmes élevées. Str. ’ I, vs. 5. Nous l’avons notée Ici cependant, vu l’importance doctrinale de ce texte. Comparer avec la Nuit obscure, str. T, $ u 783 JEAN DE LA CHOIX (SAINT) lté pins haut : pourquoi Dieu n'introduit pas dans la . Nuit de l’esprit » tous ceux qui s’exercent à la vie ^iritucllc.) La strophe III découvre les attributs divins révélés a l'âme dans l’union d’amour ct qui sont autant de • lampes de feu ». C’est la plus haute connaissance de Dieu possible en cette vie. L’Ame purifiée complè­ tement éprouve la soif Insatiable de l’union; mais Dieu la fait attendre encore; état douloureux s’il en fût, où l’âme souffre d’une privation infinie, où son amour ne soulage nullement sa peine, car elle ne possède Dieu que par grâce, ct pas encore par union; par la grâce il y a amour réciproque, comme entre fiancés, qui tout en s’aimant, ne se possèdent mutuel­ lement qu’en désir ct en promesse, se font des cadeaux et des visites; ce sont les préparatifs; mais dans l’union 11 y a l’amour comblé, satisfait, complété par la communication ct la possession réciproque; c’est le mariage spirituel. L’Ame n'en est encore qu’au désir, disposition préalable A l’union, § in. Le saint docteur revient ici avec complaisance sur sa matière préférée : la direction spirituelle des âmes contem­ platives, 5 iv-xvi. Que l'âme marche par le chemin de la fol, où Dieu seul est un guide sûr, ct qu'elle ne sc confie pas à la dire lion des < trois aveugles », le maître spirituel incompétent, le démon ct elle-même. L'au­ teur répète les signes de l’état contemplatif, ct les justifie longuement, Il décrit la notion générale et amoureuse de Dieu · reçue passivement dans l’âme selon le mode surnaturel de Dieu, ct non selon le mode naturel de l’âme, » § vi, scs rapports avec les actes spécifiés, l'altitude opportune de l’âme, le rôle du directeur spirituel, les maux que peut engendrer son Ignorance, et leur cause. Le style est Ici singulièrement combatif; on devine au mot alumbramlento « illumi­ nisme » l'adversaire que le grand mystique a en vue. Les i vi-xni rappellent avec fermeté les devoirs du directeur spirituel. Puis vient l'étude des ruses et des efforts du démon, celle enfin des erreurs possi­ bles de l'âme elle-même. Le § xvn ct les suivants continuent le commentaire interrompu. En parlant de l’élimination de l'appétit naturel, A propos du VI. 4, saint Jean montre que le désir même de Dieu peut n'avoir aucune valeur sur naturelle. Les « caver­ nes du seas » étant toutes baignées ct imprégnées de la lumière des · lampes de feu », elles rendent au BienAimé tout ce qu'elles ont reçu de Lui. H semble difllcilt de pénétrer plus au fond dans le mystère de notre vie divine. < Par le moyen de celle transformation substantielle, l’âme est comme l’ombre de Dieu et elle • agit » en Dieu et pour Dieu cc qu* 11 « agit > en elle pour ‘‘Ol-même et à sa manière, car les deux volontés n’en font qu’une, » C’est la possession en commun de la divine essence. La doctrine développée Ici est un > rai commentaire de saint Thomas: Caritas est ami­ citia qusrdam hominis ad Deum, /undata super commu­ nicationem bcatiludinis selermr, Il », IIIe, q. xxvj,a.2;lc docteur mystique approfondit toutes les excellences ct merveilles de l’amitié entre Dieu ct l’âme. La quatrième *trophe met le comble A cette sublime doctrine, en célé­ brant les «réveils »el l’aspiration de Dieu habitant en secret dan» l'âme comme dans sa propre maison, ct ne se découvrant qu’â clic. Quant A « l’aspiration », saint Jean renonce â en parler tant elle est inexprimable. 3· Le cantique spirituel. — Nous ne pouvons faire kl une étude approfondie de la valeur des deux séries de mss déjà signalées, qui nous transmettent le cantique spirituel. 11 faudrait vérifier de près les con­ clusions du P. Gerardo dans son édition critique, où fi donne en entier les deux rédactions. La seconde (ms. de Jaèn). placée en tête, contient de nombreuses addition» attribuées au alnt, notamment, au début. n argumento, qui synthétise les strophes d’après la DOCTRINE 784 division traditionnelle des trois voles purgative, Illumi­ native ct unitivc. Cet « argumento » n'existe pas dans le ms. de Sanlûcar de Barramcda (pr entière rédaction), ms. que l'auteur a pourtant revu, ainsi qu’en font fol les nombreuses notes écrites de sa main, et cette mention suivie de sa propre signature ; « Ceci est le brouillon qui a été mis au net depuis. » Este libro es et borrador de que ya se sued en llmplo. /r. Ju' de la — Il n’existe pas davantage dans la traduction française de René Gaultier, 1622, traduction faite d'après un ms. que possédait la vénérable Mère Anne de Jésus. Voir plus haut, col. 771. Or en comparant V argumento a\ec le prologo Identique dans les deux rédactions, on peut se demander dans quel sens la division d s trois voles est applicable au Cantique ijpi· ritueL D’après ce prologue il s’agit d’un tableau A décrire, d'un état d'âme ù manifester par un dialogue entre l'âme et l'Époux, dans une forme visiblement Inspirée du Cantique des cantiques. Saint Jean essaye de révéler ce que l’Esprit Saint fait comprendre aux âmes amoureuses où 11 habite; leurs sublimes sentiments ct leurs aspirations. Ses commentaires, dit-il, ne sont que l’accessoire des strophes, ils n’en épuiseront pas le sens, ct l’on n’csl pas tenu de s'y attacher exclusivement; chacun pourra trou­ ver dans le Cantique lui-même la nourriture appro­ priée A scs capacités et à ses dispositions; s’il fallait confiner l'interprétation dans les limites de concepts déterminés, cela ne serait pas du goût de tout le monde, ni conforme A la sagesse mystique, qui provoque l’amour à la manière de la foi, sans connaissance distincte. Cependant, chemin faisant, selon que l'exigera la matière, il touchera brièvement certains points relatifs à l’oraison; non les plus com­ muns, mais les plus extraordinaires. « Cc ne sera pas en vain, que J’aurai traité un peu de la théologie scolastique qui concerne le commerce intérieur entre Dieu cl i’Arne; bien que Votre Révérence (la Vén. Anne de Jésus) n’ait pas la pratique de celte théologie grâce ù laquelle on pénètre les vérités divines, vous possédez cependant l'exercice de la théologie mysti­ que, qui s’acquiert par l’amour; ct en lui, non seule­ ment on comprend, mais de plus on goûte. > — Il faudrait examiner du même point de vue 1' « anotaciôn » qui ouvre le commentaire de la seconde rédaction; elle semble s'inspirer du même esprit que Γ « argumento ». — Ajoutons encore une donnée à l'exposé de la question. La « Declaraciôn » de la • Canclôn I » dit expressément : « L'âme énamourée du Verbe Fils de Dieu, son Époux, désirant s'unir A Lui dans la claire vision de son essence, exprime des anxiétés d'amour, ct se plaint de son absence, d’autant plus que l’Époux l'a blessée de cet amour qui Va /ait sortir de toutes les créatures ct d’elle-mêmc... » L auteur suppose évidemment que la purification initiale est un fait accompli au moment où l'âme com­ mence A chanter le Cantique. Celui-ci dépeindrait donc d s états mystiques. Il faudra donc s’assurer du texte, ct serrer de près la doctrine avant de risquer un juge­ ment. Les idées théologiques et philosophiques des autres traités se retrouvent dans le Cantique. Jean a utilisé Ici en vrai maître la forme lyrique. · Constatons aussi que la mystique spéculative y intervient A peine, et laisse dominer I? mystique expérimentale. L’Intérêt spécial du Cantique est IA. lloori acrt.op.ciL, t.iv, p. xn 4« Appréciation générale. — Durant sa vie, saint .Jean fut persécuté A cause de sa doctrine ct déféré plusieurs fols A l’Inquisition; une nouvelle tempête sc déchaîna lor > de la publication de scs oeuvres;mais II fut brillamment défendu ct avec succès. Voir la bü ilo|ra l.’i , 'est pt inona · Ile aussi: ApnUullc.' Sedis /udlclo divinitus instructus J(bros dr I mystica theologia c.rUUi sapientia re/ertos conscripta, 785 JEAN DE LA CHOIX (SAINT). DOCTRINE dit de loi le Bréviaire romain, 24 nov. Cet éloge les contient tous. Saint Jean do la Croix était philo­ sophe, théologien, poète, artiste, directeur spirituel, écrivain; dans tous ces domaines il s'affirma avec une Incontestable supériorité dont tous ses contemp or ains ont laissé des témoignages impressionnants. il était particulièrement versé duns la sainte Écri­ ture. « Le texte biblique est Intimement mêlé à l’œuvre de Jean de la Croix... Les témoignages confirment Ici cc que l'étude des écrits eût suffi à nous faire deviner. Ik nous apprennent que Jean de la Croix faisait de ia Bible sa lecture ordinaire, qu’il savait d’ailleurs (’Écriture presque entièrement de mémoire, comme Il était possible de s'en assurer en l'entendant faire dans les chapitres ou au réfectoire, des leçons impro­ visées. improvisations qui prolongeaient un travail intérieur. C'est ainsi qu’un témoin attentif signale l’étude silencieuse que Jean de la Croix entreprend des Livies saints dans les coins les plus solitaires du cou­ vent de Grenade. Le même témoin note que Jean de la Croix excellait à commenter l’Écrlture et, en parti­ culier, le Cantique des cantiques, l’Ecclésiaste, l'Ecclésiastique, les Proverbes, les Psaumes. Un manuscrit fait allusion à ces entretiens spirituels où Jean de la Croix expliquait jusqu’à trois ou quatre fois, et comme en des plans de croissante profondeur, le même évan­ gile on le même psaume. Ce dernier renseignement est précieux puisqu'il nous fait surprendre, à la source, la technique que nous retrouvons dans l’œuvre com­ posée... Ces documents suffisent à nous faire pressentir de quelle manière Jean de la Croix introduit en son œuvre les textes bibliques. Les passsages allégués ne se surajoutent pas à la page composée; sans doute ne sont-ils pas le plus souvent cherchés à travers un livre que l'écrivain consulte. Ils nourrissent sans cesse la pensée créatrice ct ne s'en peuvent séparer. Il est certain que saint Jean de la Croix a suivi le texte de la Vulgate... Il est sûr que la traduction que Jean de la Croix donne des textes qu’il choisit est bien sienne. Cette assertion peut être prouvée. » J. Baruzi, op. cil., Le problème des citations scripturaires, etc. Le saint docteur s’était assimilé de même façon toutes scs lectures; il cite peu, et sans références : saint Augustin, saint Grégoire, saint Bernard, saint Thomas, le pseudo-Denis, Boècc, ct Aristote. Ses œu­ vres portent lo cachet de la plus profonde originalité. Mgr Wuffcl ierl, évêque de Bruges estime qu’il a dû connaître le grand mystique brabançon, le bienheu­ reux Rusbrocck. Collutiones Brugenses, l. xv-xvm, pass. Le P. Wcnceslao del S. Sacramento, O. C. D.. relève pourtant une dissemblance marquée d'avec la doctrine de c mystique. Fisionomia de un Doctor, p. 69. S’il l’on veut résumer en un mot la spiritualité de saint Jean de la Croix, on dira que cet auteur veut enseigner ce que i’fimc peut ct doit faire soit pour correspondre à l'action mystique divine, soit pour s’y disposer. Selon lui, renoncement ne signifie pas seulement répres on de l’appétit sensitif ct de tout appétit désordonné, mais négation de l'appétit; c'est là son rien, son aide. Jea i n’exige pas la suppression de l’appétence, elle esl Impossible, et d’ailleurs contre nature, il l’affirme. Il n'impose plus, d'une façon Immédiate, de régler l’appétence; il tend directement à faire prédominer l'esprit pur In négation de l'appétence, par lo vide et le silence Intérieur, par h • null ». Le procédé est radical : s’attaquer au fond, dénier Λ l’appétit son mouvement vital naturel, c’est la condition favorable, indispensable, d’après lui, à ta domin dion ellcctivedc la vl surna r Ile; le discerne ment dans l’usage des créatures, objets de 1 appétit, s'en suivra par la logique même des choses, idle est la spécialité de l’ascèse de saint Jean de la Croix : Tout 3t Bien Voilà cc qu’il appelle · s'exercer dans ta voie 786 de l'esprit » ; là est pour lu! la disposition qui rend apte à la vole contemplative. El sans doute Ton ne remarque pas, dans ses écrits, qu’il exige une grâce d’ordre spécial pour pratiquer son ascèse, du moins en ce qui concerne la · nuit des sens ». Mais au début de la « nuit active » de Γ sprit, Afon/éè, I. II, c. v, nous lisons qu’il s’adresse principalement à ceux qui ont com­ mencé à entrer dans l'état de contemplation /Ailleurs, saint Jean alllrme que Dieu n’élève pas à la con­ templation tous ceux qui, d’initiative personnelle, s'exercent dans « la vole de l’esprit ». Il affirme en outre que Dieu n'exige pas toujours cette préparation active, d’initiative personnelle, car 11 arrive que Dieu place d’emblée certaines âmes dans la vole passive; elles ne seront pas de ce chef dispensées de « s'exercer dans la voie de l’esprit », mais elle ne le feront pas activement, d’initiative personnelle — redisons-le — « como de sutjo ». — La doctrine du · rien » suscita de nombreuses et âpres contradictions; elle heurtait de front la tendance à matérialiser l’ascèse; elle pro­ voqua les objections de ceux qui estimaient trop large, et inconliôtable, prêtant à l’illusion, la part faite à l’action divine. Peu à peu ces objections se sont éva­ nouies, saint Jean de la Croix aura autant d’admira­ teurs qu’il comptera de fidèles disciples. Puisse la sainte Église combler leurs vœux, et les vœux de l’ordre du Carmel, en décernant, officiellement, à notre saint, le titre de « docteur mystique ». I. ÉDITIONS. — Éditions latines : Cologne, 1622, 1639, 1710; la traduction est due au P. André de Jésus, canne déchaussé polonais. — Éditions italiennes : Rome, 1627 et 1637; neuf éditions À Venise, 1643,1636,1671,16X3. 1707. 1719, 1729, 1739 et 1748; Gênes. 1*58; Milan. 1912.— Édition» flamandes. Anvers, 1637; G and. 1693; Gnnd, t. i, 1916, t. π. 1917, par le P. Henri de la Sainte-Famille, tra­ duction de l’édition du P. Geranio ; Bcstijging van den Karmel, Dnnkert Narht, Lroendtge Llefdetdam, Getstelifke Ltefdezang. — Éditions allemandes. Prague, 1697 et 1725; Augsbourg. 1753; Soulzbach, 1830; llathbonne, 1853et 1359. — Alitions anglaises. Londres, 1864. 1888. 1906. — Alitions françaises, lui première est de René Gaultier, Paris, 1621; elle contient la Montée du Carmel, La Nuit obscure, et la Flamme d'amour. Le traducteur y mit la main avant que ne parfit la première édition espagnole de 1618. En 1622, A Paris, René Gaultier publia le Cantique d'amour divin entre Jésus-Christ et Γ/Vne dévote, qui est le Cantico etpirilual. Rappelons que la première édition espagnole dudit traité esl postérieure : Bruxelles 1627· J’ni sous les yeux la réim­ pression, Paris, 1627, «lu travail de Gaultier, de 1621,«revue et corrigé sur l’espagnol pour la deuxième édition ». com­ prenant les trois grands traités du saint; le Cantique spiri­ tuel est absent. En tête de la Vior flamme d'amour on Ut : • reveuê et corrigée sur l’original pour la dernière édition ·. — Traductions du R. P. Cyprlen «le ta Nativité. O. C O·. Pari». BMI et 1665; du R. P. M illiard, S. J., Paris, |tVM; Avignon. 1834; Besançon. 1846. Paris. l830et 1861 ;an Giuvanni della Cr«r. Sienne» 1886; A Poulain, S. J., La mystique de S. Juin de la Croix. Paris. 1893; Bcrllilcr, S. J.. Analyse sommaire en onze lettres, dan* l'édition du P. Maillard, S. J., Besançon, 1846; Ludovic de Bc^sc, O. M., Eclairci*sements sur les ouvres mystiques de saint Jean de la Croix, Parts, 1893; P. Angel Maria, O. C. D., Suma espiritliai de san Juan de la Crm, Burgos, 1904; Mme Carré Châtaignier, Essai sur le· images dans fauvre dr saint Jean de la Croix; thèmes dlrerteurs et classes (f images, thèse. Bordeaux, 1923: ci. Bulletin hispanique, t. xxv, n. 3 juillet-septembre 1923. P 265; Claudio de Jésus Cruel Hrado. O. C. D., San Juan de ht Crut y el Doctor angelico, article du périodique El m»n(< Carmelo, 1917« Burgos, t. xxi, p 302; Gabriel d* Irsus, O. C. D., Ixi subida del Monte Carmelo es Ajcrficu o es mlitica? article du périodique La Vida *>'»rr natural, janvier 1923; Μ. V. Benuulot, O. P., Le texte anthrntique du Cantique spirituel de saint Jean de la Croix, article du périodique. La vie spirituelle, mars, 1V23, supplément. F. Pascal du S. Sacrement O. C. D. 78« 50. JEAN DE LA CRUZ, d’origine espagnole revêtit l'habit dominicain Λ Madrid, au couvent de Sainte-Marie de Atocha. Il travailla avec Louis le Grenade, A rétablir en Portugal, la discipline reli­ gieuse. Il mourut vers 1560. après avoir rempli l'offlce de prieur en plusieurs couvents. On a de lui écrit* en langue vulgaire : Ie La hixluria de la Iglrsla, que llamrn ecclesiastica y tripartita, In-fol., Lisbonne, 1511; CoTmbrc, 1551; 2° Dialogo sobre la necessilad, obliga cton, y prouccho de la oracton oocal, y de las obras vir tuosas, y sacras ceremonias que usan los Christianos : con un sermon de San Chrisoslomo sobre el psalmo XL! : y un tratado de Vincentio Lirinense, que ha zen al pro­ posito del dialogo, trastadado por el misma autor, ln-4·, Salamanque, 1555; 3® Suma de los mistcrlos de la Fee de Fray Francisco Titelman de la Orden de lot /ranriscos, transladada dal latino por el Fray Juande la Cru:, etc., Louis de Grenade a réuni cet ouvrage à sa Guia de peccadnres: 4° Cronica de la Orden de predlcadores de su principio y sttccesso hasta nuestra edad, y compilada de historias antiquas, In-fol. Lisbonne, 1567. Quétif-Echard, Scriptores ord. prad., t. u,p. 174; Hurler, Nomenclator,3· édit, t.n, col. 1540; Nicolao Antonio, Biblio­ theca liispana, ln-4·, Rome. 1672,1.1, p. 517. R. CoULON. 51. JEAN DE LA CR U Z embrassa la vie reli­ gieuse au couvent dominicain de Talavera de la Rclna (province de Tolède), sa ville natale. On a de lui : IeDe statu religionis et de privilegiis regularium quibus a summis pontificibus decorati sunt epitome, in-8®, Ma­ drid, 1613; in-fol. 1648; Cologne, 1619; in-8°, Venise, 1620; 1628; 2° Directorium conscientia: in duas partes divisum : i. De præceptis agitur decalogi; Π, De sacra­ mentis, in-4°, Madrid, 1624 ; Tolède, 1624-1628; in-fol, Madrid, 1648. Le même ouvrage fut réédité plus lard par le P. Louis Bertrand Loth, O. P., avec le Campu­ lum annorum a b Adam ungite ad Christum ex sacra Scriptura collecto efusdem Johannis de Cruce opera, in-8°, Douai. 1649; In-fol., Madrid, 1666; In-8®, Parti, 1673. Quétif-Echard, Scriptorcs ord. prtrd., t. o, p. 433; Hurler Nom» nelator, 3*éidt. L in, col. 896; Nicolao Antonio, Biblio­ theca Hispana, in-4·, Rome, 1672,1.1, p. 517. R. Coulon. 52. JEAN DE LA ROCHELLE, franciscain (1200-1245), naquit vraisemblablement dans la ville dont il porte le nom, vers l’an 1200. Il semble assez di flici le d’admettre qu’il y ait pris l’hnbit des frères mineurs, car ceux-ci ne s’établirent A La Rochcllcqu’en 1229,ct ù cette date Jean devait être déjà M’université de Paris. Alexandre de Halès y enseignait depuis plu­ sieurs années, quand il entra lui aussi chez les mineurs, 1231-1232 Autorisé A présenter pour maître auxiliaire le premier de ses frères en religion, qui aurait accompli les années prescrHes pour les études, Alexandre hési­ tait quand une nuit, pendant qu’il priait, Il vit une lumière écl itante briller sur In tête d’un de scs con­ frères également en prière C’était le frère Jean; Il le présenta donc et le Ht admettre pour bachelier. L’époque est Imprécise, mn’s ce devait être avant 1235, cnr trois ans après, Jean était maître régent et en cette qualité prenait part A la discussion ordonnée pnr l’évêque de Paris sur la question de la pluralité des bénéfices. Sa réputation égala bientôt celle de ion maître; les contemporains les comparent h deux flombeaux éclatants qui illuminaient le inonde; leurs ouvrages étalent pareillement recherchés. Ils mou­ rurent aussi la même année 1245 ct le martyrologe franciscain rapporte la mort de Jean nu 3 février. A la suite d’Alexandre, Il fut défenseur ardent de la philosophie d’Aristote ct sa Summa de. anima est une preuve de la haute estime en laquelle il tenait la phi­ losophie et de l’intelligence qu’il en avait. Il ne cral- 789 JEAN DE LA ROCHELLE gnalt pas de dire, dans un sermon public, que Satan I était l’instigateur de In lutte engagée alors dans l’uni­ versité contre la philosophic:· Il ne veut pas que les chrétiens fidèles aient l'esprit pénétrant. · L’autorité dont il Jouissait dans son ordre n'étalt pas moindre. Avec Alexandre, H prenait la tête du mouvement qui I allait amener la démission de frère Élie, 1237-1238. 1 On les trouve encore tous les deux parmi les quatre maîtres en théologie, auxquels le nouveau ministre général demandait une exposition de la règle francis­ caine, qui devait être présentée au chapitre de Bologne en 1242. Après un long oubli, Jean de la Rochelle (ut assez étudié au sl cle dernier. L'abbé Cholct, chanoine de la Rochelle ct l’abl é Th. Graslllcr recher­ chaient ct recopiaient ses ouvrages pour les publier, H. Luquct, un autre compatriote, faisait paraître un Essai d'analyse et de critique sur le texte inédit du Traité de l’dme, Paris, 1875, ct il avait préparé deux autres essais sur le traité des vertus ou du bonheur et sur celui des vices ou du malheur, qui n'ont pas vu le Jour. Ouvrages de Jean de la Rochelle. Imprimés:Summa de anima di F. Giovanni della Rochelle, éditée par le P. Th. Domcnichclli, Prato, 1882; Expositio quatuor magistrorum in regulam, publiée dans des diverses édi­ tions des Monumenta ct du Firmamentum ordinis minorum.— Manuscrits.Voici la liste donnée par Domc­ nichclli : Commentarium in IV libros sententiarum, non encore retrouvé; Summa theologica, seu de Arti­ culis fidei; Summa d* vitiis; Summa virtutum et vitio­ rum; De decem præceptis; Postillie super Danielem; Commentaria in Evangelium Matthaei; Postilhr in Marcum, in Lucam, in epistolas Pauli, in Apocahjpsim. 11 faut y ajouter des Sermones de tempore et de sanctis, dont Luquct a donné des extraits ct un Pro­ cessus sive negociandi modi themata sermonum, ou Ars conficiendi sermones ou encore Forma praedicandi. Jean de la Rochelle avait en clïet la réputation d'être le premier prédicateur de son époque. Bernard de Besse, Liber de laudibus B. Franciscl, Rome, 1897, ct Analecta Franciscuna, t. ni; Du Boulay. Histoire Je Γunivers lié dr Puris, t. m; llnuréau. Histoire de la philotophie scolastique, Paris, 1880; Fêrct, La Faculté de théologie de Purls, Paris, 1894,1.1; Hilnrln de Lucerne, Histoire des ftudes dans l'ordre de Saint-François, Paris, 1908; Hurter, Nomenclator, 3· éd., L n, col. 261. P. Édouard d'Alençon 53. JEAN DE MAR 1ENWERDER, théologlenet directeur de conscicncc( 1343-1417). Jean naquit à Marienwerder en 1343. Il fit IA ses premières classes, aux écoles de la cathédrale. Puis II sc rendit A Prague où il passa une grande partie de sa vie, soit comme étu­ diant, soit comme professeur. En 1369, reçu maître cs-arts, il explique Aristote dans des leçons publiques. Ordonné prêtre en 1370, doyen de la faculté de philo­ sophie en 1374, il est promu au doctorat en théologie en 1384 par le célèbre professeur Henri de Oytha. Très estimé dans son milieu, on le tenait pour un homme de caractère, de Jugement droit et doué de l'esprit scien­ tifique. Il professa la théologie A Prague jusque vers l’an 1388, époque où les étudiants et les professeurs de nationalité allemande, très nombreux en l’université de cette ville, ne furent plus supportés. Avec le cha­ noine Rymann, docteur en droit canonique, son com­ patriote et nml. Il regagna sa ville poméranlcnne. Comme Rymann aussi, qui avait la charge de prévôt. Il entra nu chapitre de Marienwerder en qualité do doyen. Les loisirs que lui laissaient ses nouvelles fonctions, Il les employa A prêcher, A confesser, A visiter les malades ainsi qu'A poursuivre sans relâche ses études de théologie. En l'année 1393, la direction spirituelle de la pieuse Dorothée de Montai! dont il sc chargea, donna A kcs travaux une orientation nouvelle. Il n'eut pas do JEAN DE MARIENWERDER 790 peine A reconnaître que Dieu conduisait cette femme par des voles extraordinaires. Ne se flant pas à ses propres lumières, Il avait volontiers recours aux con­ seils autorisés de Rymann et de son évêque. Contraire­ ment à la pratique de son temps, Il permit à la ser­ vante de Dieu la communion quotidienne et il l'enten­ dait chaque jour en confession. Il notait en outre avec soin tout ce qu'elle lui communiquait de sa vie inté­ rieure, et 11 avait pour principe de tout soumettre au contrôle de ΓÉcriture, de l'enseignement de l’Église et d'une saine raison. Ainsi que son ami Rymann, il avouait avoir acquis plus de lumières sur nos mystères et les opérations de Γ Esprit de Dieu dans le commerce de cette âme bénie, que dans tous les traités de théo­ logie scolastique. La pieuse Dorothée mourut en l'année 1394. Sans perdre de temps, Jean aidé de Rymann, rédigea une vie abrégée de la pieuse ser­ vante de Dieu, qu'il fit précéder d'une Introduction sur la théologie mystique. Cependant il expédiait A Rome une relation plus courte en vue de la canonisation de sa pénitente. Deux ouvrages plus considérables suivirent : le Liber de Festis el le Seplililiurm L’un est une vie de Dorothée, considérée surtout dans ses rap­ ports avec les Jours et les mj stères de l'année ecclé­ siastique; l'autre est un traité de la vie spirituelle d'après les communications de Dorothée et qui com­ prend sept parties. La direction ct la doctrine spirituelle du théologien de Maricnwcrdcrlul tirent rencontrer la contradiction Vers la fln du xiv« siècle, un hérétique qu'il qualifiait d'homme grossier ct bestial, apporta de Bohème au pays de ΓOrdre un nouveau symbole, où il tournait en ridicule la vie ascétique et proscrivait tout effort vers la sainteté. Jetant le discrédit sur les saints il n’épargnait ni la pieuse Dorothée ni scs guides spiri­ tuels. A cet hérétique qui avait réussi à séduire beau­ coup de monde, le doyen Jean opposa son Explication du symbole des Apôtres. Sa connaissance approfondie de la vie spirituelle donnait à sa polémique une lumière el une force nouvelles, cl lui valut le titre de professeur émérite. Il parut avec évidence que rien n’est efficace pour garantir le peuple de l’erreur autant qu’un exposé lumineux de la vérité divinement ré­ vélée. Par a Heur , J’intime péné ra Ion es enseigne­ ments eolastiques el des xpérlen es ystiques.d nt Jean avait été le témoin, devait aire de ce livre un des ouvrage p éféré du xv* siècle à scs débuts. Dans une visite que Jean de Marienwerder fll a Montau où vivait encore la mère de la pieuse Dorothée, les bonnes gens ct les chevaliers de l’Ordre le prièrent d'écrire en allemand une vie de la servante de Dieu. Ce fut l'occasion d’un petit livre que ce théolog en écrivit avec son cœur, plein d'originalité, de fraîcheur el de vie, la première œuvre en prose allemande parue en Prusse, ct que les germanistes estiment un trésor de leur langue. Souvent transcrit, il fut imprimé en 1192 Une invasion des États de l’Ordre par le roi de Pologne, au commencement du xiv· siècle, ruina tout le pays; Marienwerder fut mise Λ sac et l'argent et l’or de ses églises pillés. 11 ne pouvait plus être question de pour­ suivre en cour de Rome le procès de canonisation de la pieuse servante do Dieu. Jean abreuvé de chagrin, mourut le 19 septembre 1417. L'Exposition du Symbole de Jean de Marienwerder ne fut Jamais éditée,au moins en entier.La Vie abrégée de In pieuse Dorothée de Montau fut éditée au monas tère d’OIiva. en 1702, puis A Dantzig en 1745, cl dans les Acta Sanctorum au 30 octobre, t. xm, p. 499-560 Le Seplitilium a paru pour la première fois, en notre temps, dans les Analecta Bollandiana, 1833, ct aussi séparément en 1885, A Bruxelles, par les soins de l'éditeur F. Hipler. On trouve le septième traité de cet ouvrage, qui contient du vu· au xx· chapitre les 791 JEAN DE MARIENWERDER. — JEAN DE MYRE confessions de la pieuse servante de Dieu en langue allemande, dans Fr. Dlplcr Chrislliche Lehre und Errielung in Ermland und in Preuss. Ordcnslaate a>6hrend des .MiMet-Alters, Braunsberg, 1877. Fr. Jffplrr. Meister Johannes con Marirniocrder, Professor der Théologie :a Prag, Braun*b erg, 1865; Acta Sanctorum, octobre, t χτπ, Pari», 1883, p. 473-177; Wetzer et Welte, Kirchentexlcon, Fribonrg-cn-Brlsgau» 1889; J lutter» A’omrnclalor, 3 édit., t. n, p. 783-784; Hauck, Realencyctopadic fur prot. Théologie, t. xxin, p. 694. A. Thouvenin. 54. JEAN DE MONTENERO, dominicain, ainsi appelé du nom do son village natal en ÊLrurie, Tundes théologiens les plus actifs ct les plus experts des conciles de Bftle et de Florence. Provincial de Lom­ bardie dès 1432, il demeura toujours dans les hautes charges de son ordre; mais il ne fut jamais général» comme on l’a dit par inadvertance, art. ImmaculéeConception, t. vu, col. 1110 Envoyé par Eugène IV au concile de Bâle, il se signala en particulier au cours des débats sur T Immaculée Conception, en 14351436; il fut un des principaux opposants au privi­ lège, ct rédigea une Relatio siue Allegationes de conrtplione beater Virginis, dont on peut reconstituer i ensemble grâce au Tractatus de veritate conceptionis de son confrère Jean de Torquémada, qui menait la lutte avec lui, et grâce â la réponse de son adversaire Jean de Ségovic, Septem allegationes et totidem avisa­ menta... circa immaculatam conceptionem. 11 y a d'ail­ leurs â la Lhblolhèquo nationale de Paris, dans le ms latin /5/P, provenant de B le, cette Relatio, à lui attribuée. Après avoir quitté Bâle, lorsque les Pères se séparèrent du pape, Jean assista au concile de Ferrare» en 1138, où il fut un des théologiens préposés â la discussion avec les Grecs. Mais ce fut surtout à Flo­ rence, après le transfert du concile dans cette ville, qu’d joua un râle de premier plan dans les débats qui amenèrent l'adhésion de la plupart des prélats grecs présents. Ceux-ci d’ailleurs rendirent le meilleur témoi­ gnage à la science et Λ la charité de leur adversaire : Contra validos fratris Joannis syllogismos dicere non ^alebas, rappelait Joseph de Méthone ù l'irréductible Marc d'Éphêse, Apologia, Mansi, Concil., édit. Welter, t xxxi b, col. 1229, etc. Voir le résumé des séances dans les actes du concile, en particulier, s< ss. xvm-xxv, ct ses disputationes sur la primauté du pape. Mansi, ibid., col. 1666 sq., 1676 sq. Jean avait publié aussi Ion du concile de Bâle un Tractatus contra impugnantes privilegia ordinis praedicatorum, ms. Bâle, A. X. 130, f· 147, Quêtll-Echnrd. Scriptores ordinis prrrd Icatorum, t. i, p 799-801 ; t. u, p. 823; Fabricius. Dibltotheca latina médite et infirme latinitati», 1733, t. tv, p. 305; Tonton, Histoire du hommes lllutlrts de tordre de S. Dominique, 1740, t. nt, p. 287-313; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. u. col. 820821; Mortier, Histoire des Maîtres généraux de fordre des Frérrs prêcheurs, 1907, t. iv, p 280,315,310. 792 à la conception de la sainte Vierge. S'il s'étalt contenté de soutenir la thèse maculiste, il n'aurait pas suscité d’émotion parmi les maîtres de l'université de Paris; mais il eut la témérité de prétendre que nier que la Vierge eût été conçue avec la tache originelle était une opinion contraire ù In fol. Le faculté de théologie lui donna la réplique. Elle censura les quatorze proposi­ tions le G Juillet 1327 ct les déféra au tribunal de l'évêque de Paris. Le 23 août 1387, une ordonnance épiscopale défendit, sous peine d’excommunication,de soutenir lu doctrine contenue dans les quatorze pro­ positions et décréta la prise de corps contre Jean de Monzon. Cf. Baluze-MoUat, Vita paparum Aventonensium, Paris, 1922, t. iv, p. 301-308. Jean de Monzon appela aussitôt de cette sentence au Saint-Siège (en l’espèce au pape d’Avignon) ct affirma hautement que celui-ci pouvait seul juger sa cause, à l'exclusion de l'évêque de Paris. Il attaqua, de plus, la nominalisme qui, d'après lui, régnait en maître à l'université de Paris. Clément Vil saisit de l'aiTaire trois cardinaux. Une enquête fut commencée. Pierre d'Ailly représenta la faculté de théologie, en Avignon (mai-juillet 1388). L’ordre fut signifié à Tap pelant de ne s'éloigner de la cour qu'avec l’autorisa­ tion du pape. Jean» désespérant d’obtenir une sen­ tence en sa faveur, s’enfuit le 3 août 1388. Lc27jan vicr 1389, l'excommunication et Tuggrave étaient prononcées contre lui. ( f Baluzc-Mollat, op. cil., t. iv. p. 302 318. Condamné par Clément VII, Jean de Monzon passa dans l'obédience urbaniste. Il fit preuve de zèle en composant un Tractatus tnformatorlus de electione papæ, où il attaqua violemment la validité de l’élec­ tion de Robert de Genève; le traité, achevé ù Aix-enProvence, en 1389, est contenu dans le ms. latin 1466 de la Bibliothèque nationale de Paris, p. 611-707, ct dans le ms. Harberini XVI, 79, fol. 135-149. Boniface IX voulut dans la suite utiliser les talents du dominicain et le chargea de convertir h sa cause ses confrères de la province d'Aragon. Mais Jean de Mon­ zon craignit de recevoir mauvais accueil; il sc contenta de rédiger un Dialogus, en faveur de la thèse urbaniste et de la réunion d'un concile général. Son diuloguc, terminé le 14 août 1391, se trouve dans le ms. latin 1466, p. 1-G10. Dcnlfle et Châtelain. Chartularium, t. ni, p. 486-515; Quétlf-Echard, Scriptores Ordinis praedicatorum, Paris, 1719.1.1, p. 691-694 ; N. Vnïob. /41 Trance ct le Grand Schis­ me d9Occident, Paris, 1896. t. n. p. 212, 217. 366, 402; Baluze-MoUat» Vitæ paparum Aven., t. I, p. 501-503 et ancienne édit., t. i, col. 1375-137G; Mortier, Histoire des maître* généraux de fordre des Frères Prêcheurs, Paris, 1909, t. iv ; art. Immaculée Conception, t. vn, col. 1084 iq. G. Mollat. 56. JEAN DE MYRE, prédicateur ct exégète grec de la fin du xvm· siècle. Né ù Llndos. petite ville de l'1le de Khodes.il entra de bonne heure dans le clergé et M D Chenu. se lit un grand renom comme prédicateur On l’enten­ 55. JEAN DE MONZON, dominicain, xiv·siè­ dit tour à tour ù Scopélos, ù Thessalonlquv.dans Tllc de cle, adversaire de In doctrine de I* Immaculée Concep­ Chio, ct surtout ù Smyrne» où le métropolitain Procopc tion. Il était d'origine catalane. Entré dans l’ordre des ct les notables lui prêtèrent tout leur appui pour la frères prêt heurs, il fut distingué par scs supérieurs qui publication de scs livres. Quand Procopo devint pa­ lu* cnn fièrent Tense gnement de la théologie dans divers triarche en 1785,11 emmena avec lui Λ Constantinople couvents Le chapitre général, tenu à Florence en son protégé ct en fit le prédicateur oiïlcicl de la capi­ tale L'année suivante, il rétablit en sa faveur l’ancien 1374. le jugea digne du titre de maître et lui délégua évêché de Myrc, en y rattachant Llbyso cl Castelloles pouvoirs de commenter le livre des Sentences à Oxford. Mal.· Jean ne put traverser In Manche, et rizo, achetés par le candidat 1.000 piastres ù Athnnnse Comnène Hypsilanti» qui Ici détenait Jusque-là à Grégoire XI autorisa le chnn< cl cr de Paris Λ lui donner titre d'cxnrchi©. Voir cc qu'en dit 1 lypsll ntl lui-même la berntia docendi, 3 avril 1376, Deni fleet Chatelain, dans In partie publiée de scs Mémoires : Tà puni τήν Lba/bilarlum Universitatis Parisiens!*, t. m. p. 229, άζωαν/. Constantinople, 1870, p. 643-644. Mais le η 11<·* 141 permission d’enseigner ne lui fut concédée nouveau prélat ayant voulu mettre On aux dilapida­ qu'eu 1387. Celte année-là, dans son premier cours, il tions dont était le théûtrc le monastère de Saint-Nitait quatorze propositioni dont quatre avaient trait 793 JEAN DE MYRE. — JEAN DE PAUME (LE BIENHEUREUX) colas, encourut la disgrâce de ses diocésains qui le I chassèrent honteusement Grâce â l’entremise du I patriarche Procope, il y eut une réconciliation, mais de courte durée. En 1789, à Γavènement du painnrche Néophyte, Jean dut sc retirer au monastère des Ibères, à l'Athos; il put cependant nu bout de trois ans. retourner dans son ancien diocèse, mais pour en être chassé de nouveau; il finit ses jours en Roumanie, dans un monastère voisin de Bucarest, au mois d'a­ vril 1796. Voir AUgemelner lltlerdrlâcher Anieiger de 1796. p. 280 ct 285. Voici les titres de ses ouvrages imprimés ; 1° Τδ Ιεεδν $σμα των φσμάτων του σοφού Εολ^μώντος, έςηγηΟέν μέν. καί κατά δύναμιν διισαφηΟί/. ίη 4·, Venise» 1785,16 334 ρ. ;—26< Ιερά βίβλος ή χαλουμένη Ά ποστολική σαγήνη, ήζ τά μέρη δύο, ών τδ μέν πρώτον περιέχει διδεχάς λίαν ψυχωφε7χ’ς, τδ δέ δεύτερον έρωταποκρίσεις πνευματικός καί πάνυ ωραίας μετά καί τινων παραινετικών (πιστολών έν τφ τέ)ει, ln-4·, Venise, 1785, 24 352-128 ρ.; 2· édition, in-1·» Hcnnnpolis, 1873,312-96 ρ. La première partie com­ prend 31 homélies prononcées à Scopélos ct h Salonique; la seconde, des réponses à diverses question» d’ordre religieux, des lettres de spiritualité, ct une profession de fol de l'auteur. Cette seconde partie a été prise à tort pour un ouvrage distinct par plus d’un historien de la littérature gneque moderne; — 3·Τού ένάγ(οις πατρδς ήμών Ίωάννου αρχιεπισκόπου Κωνσταντινουπόλεως τού Χρυσοστόμου τόμος πρώτος Χρυσό πηγή κ αλυύ μένος, t.· ω περιέχέταιή έξήγησις καί διτσάφησίς της κοσμογε/έ^εως τού προφήτου ΜωΟσέως, in-f°, Venise, 1786, νπι-500 ρ., i fig. C’est la traduction néo-grecque des 65 premières homélies de saint Jean Chrysostome sûr la Genèse;—4 ° ’Ερμηνεία τού θείου καί Ιερού μεγάλου κανόνας τού έν άγίοις πατρδς ήμώ/ Άνδρέου άρχ·.επισκόπου Κρήτης τού Ίεροσολυμίτου. Τόμος Α',περιίχων τήν πρώτην, δευτέραντε καί τρίτην φδήν, in-4% Vienne, 1796, 224 28 ρ., 4 flg. Le tonic second n’a jamais paru. L'appendice contient le conum ni aire sur le chapitre i Conformités, le Commercium beati Francisci cum domina paupertate, un raité de conversatione religiosorum, des Sermones ad fratres et des Epis loir pastorales. Le P. ΑΠό, dans sa vie du bienheureux, regarde toutes ces œuvres comme douteuse s, mais il semb'e les admettre dans son 796 ouvrage sur les écrivains de Parme. Pour les écrits super Sententias et super Bibliam, faute d'avoir su lire Trithemius, il lui fait dire plus qu’il ne dit en réa­ lité. Loreperi de cet auteur ne signifie nullement qu'il les ait vus, comme le suppose Allô. Trithemius donne Vincipil des ouvrages qu'il a vus, il ne le fait pas pour ceux de Jean de Parme, donc il ne les connaît que pour les avoir trouvés mentionnés. L*Officium Passionis semble bien être celui que composa saint Bonaventure sur la demande de saint Louis, et qui dans plusieurs manuscrits commence par l'invitatolrc Begem Christum crucifixum. Les traités De beneficiis Creatoris et De conversatione religiosorum demeurent introuvables. En fait de sermons on n’en connaît qu’un seul, que nous ont conservé les Chroniques de Marc de Lisbonne. On ne connaît également que la lettre pastorale qu'il écrivit conjointement avec Humbert de Romans, général des frères prêcheurs, en 1255, et que reproduit saint Antonin. Reste le Sacrum commercium beati Francisci cum domina paupertate. Diflércnts manus­ crits portent un explicit avec la date de 1227. SI l’in­ dication est exacte, l’opuscule ne saurait être de Jean de Parme. Hubcrtin de Casai, qui se fait gloire d’avoir connu le bienheureux, cite un long passage du Commercium, mais il en Ignore l'auteur, quidam sanc­ tus doctor, écrit-il. La chronique des vingt-quatre géné­ raux, composée avant 1369, l’attribue à Jean de Parme tandis que Barthélemy de Pisc, qui lui aussi a fait usage de l’opuscule, ne le mentionne pas au nombre des écrits de Jean. Quand, en 1900, nous avons édité le Sacrum commercium, nous n'avons pu élucider com­ plètement la question de l’auteur, tout en écartant l’attribution de la chronique citée. Par conséquent le seul ouvrage que nous ayons encore de ceux que l’on dit avoir été composés par le bienheureux, ne nous parait pas de lui. irénêr AfTÔ, Vtta det a. Gtoannt dl Parma, Parme, 1777; Memorie deyli scrlttorl Parmigiani. Panne, 1789. t. i; Saint Antunin, Chronicorum opus, pars II. lit. κχΐη, c. xiu Ut. xxiv, c. ix; Barthélemy de Piw, /λ rmifomiitate vllu b. FrancLci ad vitamdumuu Jcxu,dfu\* Anubc.lv frambeana. Quarnechl, 1906, t. iv; Bernard de B< sse. Liber de laudib·· b. Franclsci, édit. Hllarin de Lucerne, Rome, 1897, Ann lecta franc., Qtianicchl. 1897, t. ni; Chrmtica 24 generalium, ibid; Dciiinc et Châtelain, Chartularium universitatis Paris tensis, Paris». 1889. t.i; Hllarin de Lucerne, Histoire de* études dan^ furdrr de SainTFrançms, Paris, 1908; Holzapfel. Manual/ historiae ordinis fratrum minarum, Fribourg, 1909; I lubert n ’//, ff, et VIenn iLIblioth.!mp.,2MJ Jean a laissé deux volumi­ neux ouvrages, encore inédits : d’une part des quodlibeta (le nombre et la division varient d’après le· mss) qui touchent aux questions les plus diverses, depuis celles de la métaphysique la plus abstruse, jusqu’aux cas de conscience de la morale la plus terre à terre; d'autre part des queestiones, dont le contenu est sensi­ blement analogue à celui de l'ouvrage précédent. Jean de Pouilly, malgré son antagonisme contre les prêcheurs est généralement thomiste, encore que plu­ sieurs de scs solutions aillent dans la direction du nominalisme. Sur In question de l'immaculé* Concep­ tion, il est nettement opposé à la thèse scotlstc et va jusqu'à la qualifier de téméraire et même d’hérétique. Quodlib., 1. 111, c. iv. I. Sources. — Du Doulay, BIstoria unloerxltatis Pari· sfmsis, t. iv, p. 187; Deniflc, Chartularium universitatis ParMensh, t. n, p. 221-222. 213-2 If.; In œuvres Inédites de J tan de Pouilly sont contenues dam» les nus : Biblioth. net., Int. n. //363, Quodlibcta tl Qiuritloncs; /3C7/. (luire· hones; /4J72, Quodlibcta; Florence, ms. //, /, 117. Quod· Mbela; on trouvera l’indication exacte des divers chapitres dan» In notice de Noël Valois, p. 260-265, 267-270. Le texte dt la bulle Vas electionis est inséré au Corpus Juris, Extra· 1Ό9..Ι. V, tit. m, c. 2; voir aussi Dcnzlngcr-Bannwart. Enchi­ ridion. n. 491-493. II. Travaux. — Notices dnns Moreri, Le grand diction· nairt historique, au mot Pouilli; C. Oudin, Commentarius de trriptnribus cedes., t. m, col. 801; llnuréau, Histoire de la philosophie scolastique, II· part., t. 11, p. 278-281; Féret, La /acuité de théologie de Paris, 1806, t. ui, p. 229-231 ; Noël Valois, dans Histoire littéraire de la France, 1915, t. xxxiv, p. 220-281. _ de son ordre, qui le nommait procureur général et le fixai* ainsi ft Borne.Dès la fin de l’année,Clément VIII l'adjoignait aux consult eurs de la céh bre cuntpégalion de Auxiliis. Le 17 août 1605 Paul V le préconisait archevêque de Trani et, le 26 Janvier suivant, sur h demande de Philippe III, roi d'Espagne, Il le transférait nu siège épiscopal de Patti, en lui conservant le titre archiépiscopal. Le P. de Rada mourut au couvent de Saint-François, ft Poule, dans les Calabres, comme 11 était en routc pour aller prendre possession de son diocèse en Sicile. En 1614, son ancien disciple, le P. Rodrigue de Portillo, trouvait ft Naples un manucrit de son professeur que l'on sc disposait à publier sous un faux nom. C'était le troisième partie des Quastiones controversée. Il s’occupa sans retard de la faire paraître, Controversiarum thcohnjicarum Inter sanctum Thomam et Scolum super tertium Sententia­ rum, tertia pars, ln-4°, Rome, 1614. Peu d’années après un autre de ses confrères, Barthéh my Cimarclli, don­ nait une nouvelle édition renfermant quatre parties super quatuor libros Sententiarum, 4 ln-4·, Venise, 1617. Wadding-Sbarnglia, Scriptores ordinis minorum. Homo. 1806; N. Antonio, Bibliotheca his pana nova, t. I, 1783; Meyer Lh inui, Librisexcuntrovioiarum dc auxiliis, Anvers, 1705; Hurter, Nomcncl., 3· éd., t m, coi. 396. P. Édouahd d’Alençon. 63. JEAN DE RAGUSE, voir Stojkowic. 64. JEAN DE RA ITH U, destinataire de i’E- chellc de saint Jean Climaque et auteur de scollcs impor­ tantes sur ce grand ouvrage ascétique. Dans son Liber ad pastorem, Climaque fait de son ami le plus bel éloge, sans nous fournir pourtant aucun renseignement précis sur scs antécédents. On sait seulement qu’il fut higoumène nu supérieur du couvent de P.aïthu. Il fa t sans doute l’identifier avec ce Jean le Cllickn, dont 11 est question dans le Pratum spirituale, c. 115 et 177, et qui avail déjà 1 assé ft Rnithu soixanteselz·' années de sa vie, lors de la visite de Moschus. Ses scolics, encore inédites dans le texte original, ont A. Thouvenin. été Imprimées en une mauvaise traduction latine dans 62, JEAN DE RA DA, frère mineur de l’obser­ les diverses éditions de la Bibliotheca Patrum, Paris, vance, était originaire de Tauste en Aragon (f 1606). Il 1589 et 1654, t. v; Cologne, 1618, t. vï; Lyon 1677, dit lui-même qu’il avait étudié ft l’université de Sala­ t. x, p. 507-520, d’où elles ont passé dans Migne, P. G. manque, où il avait été nourri des doctrines de saint t. lxxxvih, col. 1211-1249. Quant au monastère de l’humas. Plus tard,devenu franciscain, il connut celles Rafthu, on l’identifie communément avec celui de Tor de Scot, pour lesquelles il ne cache pas son enthou­ ou Tour, port solitaire sur le canal de Suez, presque siasme Leur étude lui fit voir que souvent on condam­ ft l’extrémité méridionale de la péninsule sinnltique, A nai! le docteur subtil, sans l'avoir entendu. Aussi, dans l’entrée du désert onduleux et dénudé d’el Kftn, qui son enseignement, comme lecteur de théologie au cou­ le sépare des imposantes montagnes du Slnaï. Mais si vent de Salamanque. H suivait une méthode différente. l’on se rappelle que el-Tor n’est que la transcription Partant de cc principe qu’on ne peut bien comprendre arabe des mots grecs τό 8pcÇ, qui servaient à désigner la doctrine de saint Thomas, si on ne connaît également non la ville, mais la montagne d’el-Tor, ft savoir le celle de Scot, et réciproquement, il exposait successive­ Sinnï lui-même, on devra plutôt reconnaître l’ancienne ment. sur les points controversés, la thèse thomiste et la Ralthu dans le village de Rûyah, que Pocockc s thèse scotlstc. avec les arguments en faveur de cha­ retrouvé encore existant près de la moderne Tor. cune. puis 11 s'attachait ù répondre aux objections Description 0/ the East, t. t, p. 142. Dans des temps soulevées contre la seconde. Scs élèves le pressaient relativement récents, le t final aura cessé de se pro­ de publier ses leçons, ses supérieurs lui en faisaient noncer, comme dans Alla, l’ancienne Aflat. Au rapport un devoir: de là l’ouvrage dont le titre a varié suivant d'Eutychlus ou Ca’îd ibn Batrîq, Annales, édit. les editions. Sancii Thomæ et Scoii controversarum Cheikho, 1.1, p. 202-204, le couvent de RuHliu aurait th"Joy.rarum questionum resolutio. La dédicace étant été bâti par Justinien. Cf. J. Maspéro et G. Wict, .Maté· du mois de septembre 1586, nous croyons que le vo­ riaux pour servir à la géographie de l'Égypte, Le Caire, 1914, p. 98. lume parut celte même année, ft Salamanque. On trous < une édition de Paris, 1589, in-8·. Elle ne ren­ L. Petit. ferme que les vingt premières questions des trente qui 65. JEAN DE ROQUETAILLADE (d· Rupe«els«ia), franciscain, J* 1362. On discute fort sur se trouvent dans les éditions postérieures. A une date que nous Ignorons l’auteur publia une seconde partie et son lieu, d’origine. I ’anglais 'Fanner le fait naître près l'OUvrag» était plusieurs foi réimprimé : Salamanque d< < ammages, dnns te Devonshire; lorrès 'mat l’ins­ crit parmi les écrivains catalans. Nous le croyons 15f*8. Venise» 1601 et Paris. 1604, par le franciscain pl tut gascon. Appartenait^ ft la famille noble qui Au gu Λ n GothUzl, dit Sburaglla. Au mois de mai ÎM)O donna un évêque à Rodez au xn· siècle ou bien étaitJean de h da était arraché a ses études pa le chapitre 801 JEAN DE HOQUETAILLADE — JEAN DE RUSSIE Il né simplement ù l’ombre de son vieux château, sis entre Bu/.as et Liingon de Boquctalllnde? Fodéré vante lu noblesse et In puissance de sa parenté; mais que vaut son témoignage? Il le veut profês du couvent de Vlllcfr.mchc eti Bcmijoliiis, uuquelll aurait fait don de sa seigneurie, quand lui-même disait être du couvent d’Aurlllac en la custodio de Rodez, province d'Aqui­ taine il a écrit, dnns son traité de la Quintessence» qu’avant d’entrer chez les mineurs, il avait perdu plus de cinq ans · au désir et envie de philosophie mondaine en la très renommée étude de Toulouse, » et il ajoute qu’après sa profession, 11 en perdit encore plus en • disputations vaincs, grand bruit de paroles, louanges, lectures de divers auteurs. » C'est probablement quand il renonça à ces vanités qu'il reçut du ciel ce don d'in­ terpréter les prophéties, qui lui valut la réputation de prophète. Prophète, il se défend bien de l’être, mais néanmoins il parle souvent de ses révélations et, pour con firmer scs pronostics, il rappelle que plusieurs se sont déjà réalisés. On lui rendait d'ailleurs cc témoi­ gnage et Froissart, son contemporain, le fait remar­ quer dans ses chroniques. Prophète ou non, Iloquetaillade prétendait bien lire dans l'avenir et n’hésitait pas ù annoncer, même Λ jour fixe, des événements futurs. 11 sc trompa souvent, ajoutons-le, par exemple quand il annonçait que, le 15 Juillet 1362, les cardi­ naux s’enfuiraient d’Avignon. C'est que l'objet le plus fréquent de ses prophéties était les châtiments réservés a ia cour romaine en punition des abus qui s'y commettaient. Il était venu à Avignon en 1349, « ad denunclandum et dicendulii », aussi Clément VI l’avait jeté en prison. Déjà pareil désagrément lui était arrivé, quand il était encore dans sa province; en 1315, écrit-il, Guillaume Farinicr, son provincial et futur général de l'ordre, l'avait fait enfermer au couvent de l’.gcac. Il subit encore la même peine sous le pontificat d’innocent VI (1352-1362). Duplcssis-Mornay allirme, mais sans preuves, que ce prophète de malheur périt sur le bûcher. Fodéré le dit mort et enseveli dnns le même couvent de Viilefranchc et Sbaraglla donne la date de 1362, sous le ponti tient d’Urbain V, élu le 27 septembre, tandis que Torres /\m it après l'avoir envoyé comme missionnaire à Moscou, le fait revenir en Catalogne pour y mourir nonagénaire. Boquctaibade occupait les loisirs de sa prison à écrire scs visions et scs révélations et aussi à étudier le Grand œuvre, dans le but, disalt-11, de se rendre utile à l’Église romaine, quand elle aurait été dépouil­ lée de ses biens. Il y composait aussi, toujours d’après des révélations, son traité sur les vertus cl propriétés de la quintessence de tontes choses, afin d’apprendre aux pauvres du Christ el aux hommes évangéliques les moyens de sc so pier à peu de frais et de prolonger leur existence. Faut-Il dire que la première quintesscnc< dont II préconise l’emploi, est celle qu’il nomme l’eau ardente, âme ou esprit du vin, ou eau-de-vie? On trouve dans cc traité les remèdes les plus étranges, mênie contre les possessions, et ils n’ont rien de com­ mun avec les exorcismes, qu’il mentionne cependant, li les autres ne réussissent pas. On a de Hoqtiei llade, Visiones et revelationes, publiées, dit Sbaragllù, par Jean Ergon, ermite Augus­ tin, dans scs Compilationes vaticiniorum. I nc lettre à Guillaume de Curie, cardinal des Quatrc-SnlntsCouronnés, éditée par Edouard Brown dans l'Appendlce au Fasciculus rerum expetendarum et fùgiendarum d'Orduin Gi.ics, Londres, 1690, avec le Libruncutus dictus Vade ruecum in tribulatione, composé en 1356, dans lequel il annonçait les événements qui devaient siilvre Jusqu'en IJ62. Dans cet ouvrage il fait men­ tion de quelques uns do scs autres écrits propin tiques, Librt quatuor de speculis temporum De resero!ionibus arcanorum Seriptune saerse; Ostensor quod adesse /es- I Dtl T. DE Tllé,OL. CATHOL. 802 linant tempora, et il qualifie ce dernier volumen magnum;il y Indique «aussi un Libellus quem inlilulaoi : lJt non erubescant detractoribus laud· dores, adressé a son neveu mai rc Anselme. La Bibliothèque nationale de Pari» possède en outre un Commentarium super prophetiam Cyrilli eremihe presbyteri de statu Ecclesi/e Le Liber lucis et le traité De con fed Ione veri lapidis philosophorum, qui sc complètent l’un l’autre, furent souvent édités dans les recueils d’alchimie. Opus de consideratione quintæ essentlæ omnium rerum, Bâle, 1561, 1597, traduit par Antoine du .Moulin, La vertu et propriété de ta Quinte Essence de toutes choses, Lyon 1549, 1581. On lui attribue encore un commentaire InVI libros Sententiarum et un traité De lamulalu phi­ losophie! ad theologiam seu Evangelium. Froksart, Histoire et chronique, Paris, 1574,1. I, e. ccxi, 1. Ill, c. xxiv; Wadding· Annales mincrum, ann. 1X57. χνι-χχι; Fodéré, Narration historique de a noeru de de S. François, Lyon, 1619*, Baluze, Vibr paparum Aoenionrnshmr, Paris, 1693; Bayle, Dictionnaire historique, Amster­ dam. 1731; Tanner, bibliotheca brlUinnico-hibrrru·*·!. Iz>ndres, 1748; SbaraiJia, Sapptrmrntum ad *criptores ordin>t mi no non, Borne, 1806; Torres Amat. Memories... de las tscrltores Catalane*, Barcelone, 1836; Fabricius. JJibtiodicea latina medior el Infimor orîatls, Hambourg. 1733, l. vi, p. 366; Hurter, Nomenclator, 3· êd., L n, col. 627. P. Edouard d Alençon. 6Θ. JEAN DE RUSSIE, polémiste et can miste grec de la fln du xi* siècle. Originaire de Constanti­ nople, il fut envoyé en Russie, en 1079, pour y recueil­ lir la succession de Georges, métropolitain de Kiev, qui axniit dû quitter le pays à la suite d’une révolution intérieure. Il mourut en 1039. Son œuvre 1 t tendre» sans être considérable, ne manque pas d’intérêt. On a d'abord de lui, conservée en un grand nombre de copies, une Lettre à Clément pape de Home. 11 s’agit de l’antipape Clément III, Guibert (1630-1110), que l’empereur Henri IV avait opposé à Grégoire \ 11 cl qui avait essayé, pour augmenter son influence, do nouer des relations avec les Églises d’Oricnt. Le métro­ politain de Kiev répondit à ces ouvertures par une lettre où il reproduit, souvent dans les mêmes termes, 1rs griefs de Photius, et surtout de Michel Cérulure, contre les latins, chose d'autant plus aisée pour lui qu’il avait dû assister aux débats de 1053, qui avaient amené la consommation du schisme. Composé en grec, ce document fut traduit de bonne heure en vieux russe, et c’est en celte langue qu’il fut d’abord publié par K. Kalaïdovilch dans Monuments de la littérature au T//* siècle (en russe), Moscou, 1821, p. 205-218, puis, avec l’orglnal grec, par V. J. Grigorovitch, dans Mémoires scientifiques de l Académie impériale des sciences (id ), S. P tersbourg, 1854, t. i, 3* partie, p. 1-20, el par S. A. Pavlov dnns sa recension du l vre de A. Popov, Esquisse historicc-littérai e des anciens ouvrages polémiques contre les latins (Id ). Moscou, 1875, parue dans Rapport sur la dix-neuvième adju­ dication du prix du comte Ouvanw, S. Pétersbourg, 1878, p. 355-373, et en tirage à part sous le titre: Essai critique sur Γhistoire de l'ancienne polémique grecorusse contre les latins, ibid., p. 168-180. Il existe aussi une édition en grec seulement faite Λ l’aide de deux manuscrits de Patmos par Sophocle C (Economos, Tou όσίου ττχτρύς ήμών Ίωάννου μητροπολίτου ’Ρωσσ ας έττιστολή πράς Κλήμεντα πάπχν ’Ρώμτς, Athènes, 1868, in-8®, χνι-18 p., avec une introduction qui suc par tous les porcs la haine de l’Église catholique. Sigismond de Hcrbcrstcin a donné de la lettre une traduction peu fidèle dans ses Rerum Moskooitanirn commentarii, Vienne, 1549, BAlc, 1551, Comenturi delta Moscovia, Venise, 1550, fol. 19-21, et on en trouve un résumé, emprunté, sans le dire, Λ l’historien russe Macalre, dans le pasteur protestant L. Bu ss.ud, i: Eglise de Russie, Paris, 18b7, l. n, p. 217-229. VIII. — 26 803 JEAN DE RUSSIE JEAN DE SAINT-THOMAS Le second ouvrage dc Jean a pour titre : Jean, métropolitain de Russie, surnommé le Prophète du Christ, courtes régies ecclésiastiques tirées des saints livres adressées au moine Jacques. On n l’habitude dc les citer sous le titre abrégé de Réponses canoniques. Il y cn n 34, mais on n'a retrouvé le texte grec que de 17 d'entre elles. Publiées pour la première fois par K. Knlaldovitch dans les Curieux monuments russes, 1815, t. i, p. 89 sq., puis par Macaire. métropolitain de Moscou, dans son grand ouvrage. Histoire de Γ Église russe (cn russe), S. Pétcrsbourg,1889,t.n,p. 352-259,elles furent ensuite l’objet dc deux importantes publications dc A. S. Pavlov. Cc savant canoniste ayant retrouvé le texte grec original de plusieurs dc ces réponses, le publia, accompagné d’une vieille traduction russe, dans les Mémoires de Γ Académie impériale des sciences, appendice au t. xxn, n. 5, S. Pétcrsbourg, 1873, puis en une édition définitive dans Bibliothèque historique russe publiée par les soins de la Commission des anciens textes,S. Pétcrsbourg, 1880, t.vi,p.l-20. C'est sur ccttc double édition de Pavlov qu’a été faite celle, plus accessible, dc L. K. Goetz, Kirchenrechtliche und kub turgeschichlltche Denkmùlcr Altrusslands nebst Geschichle des russtschen Kirchenrechts, Stuttgart, 1905, p. 114-170. Le texte y est reproduit aussi bien cn grec qu’en vieux russe, traduit cn allemand, accompagné d’un excellent commentaire, et précédé, p. 98-113, d’une étude d’ensemble sur cette œuvre d’une impor­ tance considérable pour la connaissance des mœurs du peuple russe au χι· siècle. Philarètc, archevêque de Tchernlgov, attribue encore à notre auteur un oflice en l’honneur des saints Boris et Gleb, martyrisés en 1015, Esquisse de la littérature ecclésiastique russe (cn russe), S. Pétcrsbourg, 1884, p. 16; maisE. E. Goloubinskij, Histoire de ΓÉglise russe (Id.), Moscou, 1891, t. i,p. 1, n.839, revendique la paternité dc ccttc œuvre pour le métropolitain Jean 1·* (1015-1035), contem­ porain des deux martyrs. En dehors des ouvrage» cités au cours de l'article, voir C. A. Nevolin, Le métropolite Jean considéré comme auteur de la lettre sur les azymes d Clément, évéque de Home (en russe), dissertation parue d’abord dans le Bulletin de ΓAcadémie impériale des Sciences, S. Péter*bourg, 1853, puis dans Collée lion complète des œuvres de C. A. Nevolin, S. Pétcrsbourg, 1859, L vi, p. 637-643. L. Petit. 67. JEAN DE SAINT-ANTOINE, fran- cUcain du xvni· siècle, né à Salamanque. 11 est surtout connu comme l’historien des trois branches dc la famille franciscaine. Continuateur du P. Luc Wadding, il a publié une bio-bibliographie des principaux per­ sonnages qui ont illustré l’ordre séraphique depuis sa fondation jusqu'au milieu du xvm· siècle. Ce livre, devenu aujourd’hui extrêmement rare est intitulé : Bibliotheca universa Iranci8 cana W illati Alhentro et syllabo Wadingiano locupletior, in tres distributa tomos, adjectis necessariis indicibus ac materiarum bibliotheca, 3 In-f®, Madrid, 1732. L'auteur s’était préparé à cette lâche cn composant d’abord, soit cn latin, soit cn espagnol des recueils bibliographiques moins étendus: Bibliotheca minorum discalceatorum, in-4®, Sala­ manque, 1728; Franciscos descalzus en Cuslilla ia oieja, Cronica de la provincia de S. Pablo, ln-f®, Sala­ manque, 1728. Sbendes, Supplementum, p. vm; Richard, et Giraud Blbltottrque sacrée, Paris, 1822. t. u, p. 368; Hurter, Noaienclatur, 3· édit., L n, col. 1*212. W 68. JEAN DE SAINT-THOMAS, théolo­ gien dominicain du xvn· siècle.— L Notice biogra­ phique. 11. Écrits. ΠΙ. Doctrine. I. Notice hiounAFiUQUE. — Jean dc Saint-Thomas naquit le 11 juillet 1589, à Lisbonne, dc pieux parents. i* 804 Pierre Polnsot, autrichien viennois, secrétaire de l'archiduc Albert d’Autriche, et Marie Gnrccz, portu­ gaise. 11 fit ses humanités et ses études philosophiques à Colmbre, où il prit ses grades. L’archiduc Albert ayant quitté le Portugal pour la Flandre, cn 1596, Jean, avec toute sa famille, le suivit; après une inter­ ruption dc plusieurs années, Il reprit, Λ Louvain, ven l’an 1608, le cours de scs études ecclésiastiques. Il eut pour professeur un excellent ct saint théologien. Fr. Thomas de Torrès, de Madrid, plus tard évêque de Tucumân; après son examen dc baccalauréat, épris d’affection pour son maître ct pour la doctrine de saint Thomas, il renonça au monde pour embrasser l’ordre des frères prêcheurs ; en 1612, à 23 ans, il entra, sur le conseil dc son maître, au couvent d* N.-D. de Atocha, Λ Madrid, auquel Thomas était luimême affilié. Son noviciat achevé, Jean fut de suite envoyé par scs supérieurs ά Alcaln, afin d’enseigner aux étudiants dominicains du collège Saint-Thomas la philosophie ct la théologie; il s’acquitta de cette fonction pendant 17 ans (1613-1630). La chaire ves­ pérale du cours dc théologie de Saint-Thomas étant devenue vacante Λ l’université, par suite de la promo­ tion du P. Pierre de Tapia à la chaire matutinale (27 juillet 1630), Jean dc Saint-Thomas en fut nommé titulaire; onze ans après, Pierre dc Tapla ayant été promu évêque de Ségovlc, Jean reçut la chaire matu­ tinale (1·' octob. 1611), où il enseigna pendant deux ans, jusqu'au moment où Philippe IV d’Espagne le choisit comme confesseur ; 11 quitta alors Alcala pour se rendre à Madrid (29 mai 1643). L'année sui­ vante, pendant l’expédition de Catalogne, au moment du siège de Lérida par les Espagnols, saisi par la fièvre, épuisé par les veilles et la pénitence, 11 mourut, le 17 juin, ù Fraga cn Aragon, dans sa 55· année, laissant après lui un grand exemple de sagesse et de vertu. Sa vie fut une reproduction vivante des vertus du docteur angélique, dont il avait pris le nom, afin de marquer sa dévotion pour lui. Dc fait, il joignit à un travail intellectuel acharné un grand amour de la prière et un ardent désir de la perfection religieuse. Les étudiants accouraient ù son cours, attirés par la profondeur et la solidité dc sa doctrine. Dans les dis­ putes publiques, toujours tranquille ct serein. Il ne laissait échapper aucun mot vif. Grand amant dc 1a pauvreté ct de l’humilité, il refusa à plusieurs reprises les dignités qu’on lui offrit dans son ordre ou au dehors; d’une abstinence sévère, il jeûnait souvent pendant le carême au pain et â l’eau, et pratiquait avec assiduité les mortifications corporelles. Chaque Jour, il célébrait la messe, s'y préparant par la confes­ sion. Père des pauvres, comme on l'appelait, Il aimait ύ visiter les pauvres ct les prisonniers, surtout quand Il était confesseur du roi. Cc n’est d’ailleurs qu’à contre cœur ct par obéissance qu'il avait accepté cette dignité disant alors à scs frères en religion : « C’en est fuit dr ma vie, mes Pères; je suis mort, priez pour mol. » 11. Eciuts. — 1® Œuvres philosophiques. — Artts logic# I Pars, de Dialecticis institutionibus, quas summulas vocant, Alcala, 1631, 1634, Madrid, 1632, Home, 1636 ct II Pars in Isa go gem Porphyrii, Aris­ totelis Categorias et Perihermeneias ac Posteriorum libros, Alcala, 1632, Rome, 1637, Madrid, 1640; Naturalis Philosophise, I Pars, qu# de Natura in communi efusque affectionibus disserit, Madrid, 1633, Rome, 1637, Saragossc, 1644 ; II Pars tn octo It bros i Physicorum, ibid.; Ill Pars, qu# de ente mobili corrup­ tibili agit ad libros Aristotelis de ortu el interitu, cum decem tractatibus de melcons, Alcala, 1634; IV Pars quit de ente mobili animato, ad Ubios Aristotelis de Anima, Alcala, 1635. L’cnscmule de ces traités fut l réuni ct publié sous le nom de Cursus philosophicus 805 JEAN DE SAINT-THOMAS thomlslicus, Madrid, 1637, 1638, Cologne, 1638, Rome, 1636, 1637, Lyon, 1663, Paris, 1883. 2e Œuvres théillogiques. — 1, Le Cursus theologicus comprend 8 volumes, les 3 premiers sur Ια 1* de la Somme de Saint-Thomas, le4*ct 5· sur la IMI·, le 6· sur la 11*-11®, les deux derniers sur la 111\ Les volumes parurent d’abord séparément. Le tome ! débute par trois traités ad theologlæ tyrones, sell, 1. Universum textum Magistri Sententiarum tn ordinem redigit; 2. Omnium quiestionum divi Thomæ d materiarum in sua Summa ordinem explicat; 3. Vindicias D, Thomæ pro dodrinæ efus puritate, probitate el singulari appro­ batione o/lert, Alcala, 1637, Janna, 1651, Lyon, 1663. La dernière de ccs dissertations fut publiée à part sous le titre : Speculum sine macula, i. e. tractatus de appro­ batione, auctoritate d puritate dodrinæ D, Thomæ Aqutnatii, Cologne, 1658. Une édition générale fut publiée à Lyon, 1663; Il y manque le dernier tome, qui ne devait être publié qu’en 1667, puis ά Cologne 1711, enfin à Paris, 1883-1886. Les quatre premiers tomes furent édités du vivant dc l’auteur et sous sa sur­ veillance; les autres ne parurent qu’après sa mort par les soins du P. Diégo Ramirez, son élève. Jean de Saint-Thomas avait corrigé de sa main jusqu'à la disp. XVIII, dans la I* II®, c’est-à-dire jusqu'à la fin du traité de donis Spiritus Sancti. Le P. Diégo Ramirez ajoute : « Jusqu'Ici nous avions l’exemplaire corrigé par l’auteur; désormais nous publierons les traités théologiques qu’il enseigna publiquement à Alcala, » c’est-à-dire du t. v, disp. XIX au t. vm exclusivement. Au sujet dc cc dernier tonie le P. Ra­ mirez ajoute : « Dans cette partie, l’auteur n’emploie pas scs procédés habituels de style, car c’est le travail qu’il avait fait avant dc venir à l’université d’Alcala; aussi, afin de le publier tel que nous l’avons reçu de sa main, nous l’éditons scion l’ordre prescrit. Bien que l’auteur n’ait pas employé le titre de Disputa­ tiones, nous l’introduisons cependant, afin de marquer la connexion avec les autres matières de toute cette troisième partie; ainsi, à chaque question répondra une disputatio, divisée selon les articles de saint Thomas avec l'explication littérale de Maître Jean, ct après chaque article viendra la solution des points douteux, selon sa manière accoutumée. > Prologus R.P. Did, Ramirez ad materiam de sacramentis in genere. Il ne fut pas toujours possible de donner le texte entier; ainsi, q. lxxh, a. 1, dub, 1, on lit : Desideran­ tur aliquot lineæ, quas supplere religio fuit audorique supponere ; et dub. 3 : Et hic paulo plure* desiderat* lineæ, delapsa irreparabili casu chartæ particula. Le dernier tome, le vm·, fut publié à Paris par Combefis, O. P., 1667, 1674, édit, semblables. 2. Jean dc Saint-Thomas publia encore, en langue espagnole : a) Explicaciôn de la doctrina crisiiana y ta obtlgaclôn de los fieles en errer y obrar, Madrid. 1610, Valence, 1644, Alcala, 1645, Arnberes, 1651, Rome, 1663. Une traduction latine en (ut publiée par le P. Henri Hcchtcrmans, O. P., sous le litre : Compen­ dium totius dodrinæ Christian*, Bruxelles, 1658, Venise, 1693. Cet opuscule eut un grand succès; Nicolas Antoine l’appelle libellum aureum, et les censeurs, les PP. E. Nierembcrg ct A. dc Castro S. J., louèrent grandement la simplicité avec laquelle l’auteur mettait ccs difficiles questions à la portée de ceux qui ne sont point théologiens de profession, b) Prâclica y eonsideradôn para ayudar a bien morir, Saragosse, 1645, traduit cn italien sous le titre : Pradica c considerationi per ajutare d per disporsl a ben morire, Florence, 1674. — c) Rreve tratado y muy I Importante, que por mandado de Su Alajesdad escribiô et R. P, Fr. Juan de S. Tomds para saber hacer una con/eslon general, Madrid, 1614. Ces deux opuscules furent traduits cn latin, ct édités avec un court traité | 80C des censures ecclésiastiques, sous ce titre : Aurea praxis adjuvandi Infirmos ad bene /ellelierque morien­ dum, simulque tradalus duo, aller ercleiiadlcas cm· suras omnes alque eundarum propositionum damnatarum notitiam complectens, aller con/essionem regis generalem, d ut lingulari* persona d ut rex ut, edo­ cens, Venise, 1693. 11L Docthine. — Jean de Saint-Thomas est regardé À Juste titre comme l’un des plus grands théologiens thomistes. Ses contemporains, d’une voix unanime l’appelèrent un second Thomas, brillante étoile en face du Soleil (saint Thomas d'Aquin); et toujours, on le plaça, en compagnie de Cajétan et de Baûez, aux côtés de l’Ange de Γ École. Sa doctrine n’est autre que celle du docteur angé­ lique, profondément comprise et fidèlement exprimée. Lui-même protesta, au moment de sa mort, devant le Saint Sacrement, qu’il n’avait jamais rien écrit ou enseigné, pendant 30 ans, qu'il ne jugeât conforme à la vérité et & la pensée de saint Thomas» Dans son remarquable traité sur la fidélité à saint Thomas, H se révèle lui-même, ct on volt quelle haute idée il se faisait du thomisme. Deux conditions sont requises, dit-il, pour être un vrai disciple de saint Thomas; la première, c’est de suivre sa doctrine comme vraie et catholique, la seconde, c’est de la développer de toutes scs forces. Les signes auxquels, en fait, on reconnaît un disciple de saint Thomas sont les suivants : L il accepte ct continue l’œuvre de ceux qui au cours des temps ont été les disciples du docteur angélique; 2. Il aime la doctrine du maître, et s’cfiorce de la défendre ct dc la développer; 3. loin de solliciter les textes de saint Thomas cn faveur de son opinion, il se range au sentiment de son maître; 4. il accepte non seulement ses conclusions, mais aussi ses procédés de démons tratlon; 5. enfin il s’en tient à la tradition commune dans l’interprétation du texte de saint Thomas (De approbatione dodrinæ S. Thomæ, disp. II, art. 5). En vrai disciple, doué dc toutes ces qualités, Jean travailla au développement ct à la défense du tho­ misme; Il combattit en particulier, sans violence de langage d’ailleurs, Vazquez et Suarez : comme Cajétan s’était opposé ù Scot et Bafiez ù Molma, Jean s'opposa ù Suarez, maintenant contre son interprétation éclec­ tique le pur thomisme : Nec cnim, dit-il, defensio doctrinæ S. Thomæ d vindicatio ejus ab erroribus d ab improbabililale sentiendi est solius privat* person* vin­ dicatio, sed lotius Eedes i« judicii d Apostolic* appro­ bationis assertio Quare majus aliquid in S. Thoma quam S. Thomas suscipitur et defenditur. Ibid., Prolo­ gus, édit, dc Cologne, 1.i, p. 133. Qui veut, ajoutc-t-ll, pénétrer jusqu’en son esprit le vrai thomisme, qui considère tout sous la raison formelle dc date, doit tenir grand compte de Vordre dc la Somme Théologique; « le moyen principal, ct le plus efficace, pour rechercher ct atteindre la pensée de saint Thomas en son admirable édifice théologique, est d’observer atten­ tivement l’ordre qu’il suivit, quasi aureis quibusdam nexibus discurrens, dans la construction de sa Somme, dans l’enchaînement des questions, dans la succession des traités. Car n’est pas vrai savant ni docteur, celui qui ne saisit pas l’ordre de la science qu i! étudie. I Isagoge ad D. Thomæ theologiam, p. 85. Aussi lulmèino, dans cette Isagoge, exposa admirablement l’ordre et la connexion dc toute la Somme, puis com­ menta chaque question selon l’ordre des articles. C’est pourquoi le mérite propre de Jean dc SaintThomas ne réside pas dans des doctrines nouvelles, mais dans une profonde pénétration dc la pensée thomiste. 11 suillra donc ici dc signaler en bref les questions qu’il traita plus abondamment ct plus exac­ tement : la nature dc la théologie, Λ laquelle se rat­ tache, comme à la suprême sagesse, l’apologétique, de 807 JEAN DE SAINT-THOMAS — JEAN DE SALISBURY même que, dans l'ordre des sciences philosophiques, la critique sc rattache à ta métaphysique, Curs. Theol., t. î, q. !, disp il. n. 12, n. 4; t. v, disp. XVI, □. 3, q. î et n; la nature de la liberté divine, ibid., t. n, disp IV, a. 3 sq.; de l'essence de l'action immanente Curs. Phil., Phil. Nat., I, q. xiv, a. 3; la connaissance réfléchie, Log., n, q. xxm, a. 3-4; la puissance obédlentielle, Curs. Theol., t. vm.dljp. XXIV, a. 1, dub.8, concl. 2 ct sol. arg.; la sanctiîlratlon initiale de la sainte Vierge, où, après Scr. Cappnni de Porrecta, Il montre que saint Thomas est favorable A la doctrine de l'immaculée Conception, Isag. ad Theol. D. Thoma;, disp. Il, a. 2. En morale, Jean de Saint-Thomas, défend le probabilisme, Cars. Theol., t. iv, disp. XII, a. 3, n. 4, avec modération d'ailleurs et sans verser dans les excès des casulstcs En lin, avec une profon­ deur remarquable ct une pieuse suavité, il traite des dons du Saint-Esprit, en particulier du don de sagesse et d'intelligence : en cette matière, on peut dire qu'il est le théologien classique. Voici sur cc sujet scs prin­ cipales conclusions : 1. Ceux qui s'exercent dans les vertus ordinaires ressemblent à des gens qui par leurs propres moyens et selon leurs propres eiïorts règlent leur marche; mais ceux que meuvent les dons du Saint-Esprit, semblables A l'oiseau que soulève le souille du vent, sont portés pour ainsi dire dans la vole du Seigneur. Curs. Theol., t. v, disp. XVIII, a. 1, § 1, n. 8. — 2. Grâce aux dons du Saint-Esprit l’homme est passif sous la motion divine, mû plutôt qu'il ne se meut, ibid., 5 2, n. 1; ccs dons sont des dispositions, des habitus grâce auxquels l'intelligence et la volonté sont dociles A l’instinct de l'Esprit qui non seulement les meut, mais devient leur règle ct la mesure de leur activité. Ibid , a. 2, n 14.—3. Celui-là seul connaît la douce Inspiration ct le murmure intérieur de l'Esprit, qui les a expérimentés au fond de son Ame. Ibid., a. 1, 5 1» n 3. 4. Le don d'intelligence nous procure une claire pénétration de l’harmonie et de la crédibilité de l’objet de la foi, en môme temps qu’il nous permet d'en écartcî les erreurs et les illusions des sens. Ibid., J 2, n. 3. Cf. n. 4, a. 2, sol. obj., n. 3, n. 25; a. 3, n. 11. La connaissance expérimentale tendant de sol A l’évidence, le don d'intelligence selon son constitutif formel est évident, ibid., $ 2, n. 9; il tend A l’évidence mystique et expérimentale. Ibid., n. 10. Cf. §3, n. 2.7. — 5. La raison formelle de la connaissance des causes suprêmes par le don de sagesse est une certaine expé­ rience de Dieu et des choses divines, dans une délec­ table ct savoureuse appréhension, comme en un con­ tact intime des choses spirituelles par l'âme; par cette union, l’âme devient comme connaturelle aux choses divines, et les di cerne des créatures par un certain goût intérieur. lbid.,a. J I, n.5.—β. La contempla­ tion est un acte éminent ct spirituel de l'intelligence par lequel nous sommes unis à Dieu; elle est donc proprement l’acte du don de sagesse, par lequel l'esprit de l'homme, éclairé par l’expérience savou­ reuse des chosen divines, devient docile Λ la lumière de l'Esprit, pour Juger divinement des choses divines. Comp. tot du·!., part. Il, c. xn, de oratione, § 1. — 7. Par la contemplation, l'âme est établie et fixée en Dieu, sc délcct mt en tout cc qu’elle perçoit, toute transformée spir tuèllement. Ibid. — 8 La contempla­ tion se fait de deux manières : soit par une connais­ sance infuse, soit par notre propre eff* rt. Par une lumière infuse, quand l’intelligence sc sent illuminée par une clarté inaccoutumée cl inconnue Jusqu’alors, sou· une notion hors de son pouvoir, en même temps que h volonté sc dilate en une affection profonde qu’elle ne saurait expliquer. C'est alors la réalisation de la pande de *alnt Jean t Non necesse habetis ut cJfguis docrai nos, sed siettl unctio efus dnret vos... Ibid. Comme particularité de la doctrine de Jean de 80S Saint-Thomas, il faut noter encore qu'il place le conitltullf formel de la déité dans l'intellect Ion actuelle de Dieu par lui-même. In I, q. xiv, t. î, disp. XVI, a.2; mais celte opinion est communément rejetée par les thomistes. Le style de Jean de Saint-Thomas est clair et simple quoique souvent diffus; dans ses questions qtiodllbé talcs, on retrouve les défauts littéraires du temps En somme, on peut s’en tenir au jugement de Maître Cabcro, O. Clst. : Angelicam doctrinam exhaurire oidttiir Cursu isto. Censura tomi secundi. Aussi Jean de Saint-Thomas cxerça-t-ll une grande influence sur les théologiens thomistes postérieurs, Diaz,Guérivoi$,Goudin, B/lluart, les Salmantlcenses, Gonct, ct Contenson, qui dit de lui : Angelica doctrina sancti Thoma callen­ tia et penetratione nulli secundus. Theol. mentis, I. VII, diss. V, c. 1. Didncus Ramirez, O. P., Vita Reaerend tsstmt P. Joannti a S. Thoma, O. P., (pnrmKsa t. i, Cursus theologici); Hechtermans, O. P., Ad Lectorem, dans Ia version latine du catéchisme; Echo rd, O. P., Synopsis vitte R. P. Fr, Joannis a S. Thoma, rn tMe du t. vm du Curs. theol., édition de Paris, 1667; Qurtif-lwhard, Scriplores Ordinis Praedica­ torum, l. u, p. 538-Û..U: Touron, O. P., Histoire des hommes Illustres de Cordri de Suinl-Damini que, Paris, 1743, t. v, p. 248-238; Graveson, O. P., Historia ecclesiastica, Venise, 1760, t. vm, p. 197; N. Antonio. Bibliotheca Hispana now, Madrid, 1783, t. I, p. 785; Riagrafia rclcsltislica completa, Madrid. 1857, t. xr. p. 172-177; Martinez Vigil. Ο. P., La Ordrn de Predteadarrs, III part. : cnsago de una blbiiotcea de dominicos espaftolrs, Madrid, 1884, p. 377; Menendez y Pelayo, Historia dr las ideas es letleas cn Espatia, Madrid· 1881. t. n, p. 193-202; /xi Cicncia Espaitola, Madrid, 1888, 3· édit·» t. in ; Inventario biblmgra/lco de la cicncta es pah) la, p. 153, 193; Trupb-do, T.O. P., Juan de Santo Tomdr y sus o bras, Oviedo, IH89; .Innée dominicaine, juin 1893, p. 358365; I hirter, Nonirndator, 3· édit., t.m, col. 915;Bcllmn de Heredia, O. P.. La ensr/Îansa de santo TomAs en la Unioersidad de Alcala, dans Cienda Tomista, t. xiv, p. 207 »q.; Gctino. O. P., Dominicos espaholes con/esorts de Reyes,!bid^ p. 434-U3. J M Ramirbx. 69. JEAN DE SALISBURY, auteur ccdi Blastique et évêque de Chartres, (xn· siècle) I Vib. — Jean de Salisbury, en latin Joannes de Saresberia ou Saresberiensis, est quelquefois désigné aussi sous le nom de Jean le Petit, conformément à ce qu’il écri­ vait cn parlant de hil-mêmc: paroum nomine, facultate minorem, minimum merito, (Epist., cen, P. L.,t. exax, col. 221). 11 naquit à Salisbury (Old Surum) ou dans le voisinage de celte cité, probablement entre les années 1115 et 1120. Il raconte lui-même, Poli/crattcus, n, ‘28, P. L., ibid col. 474, qu’il fut confié, étant enfant, A un prêtre qui devait lui apprendre les ps itimes. que ce prêtre pratiquait la magie ct voulut l’employer comme Instrument de certaines expériences, mais qu'il fut trouvé inapte A cet ofllcc : ce dont Jean remerciait plus tard le Seigneur. C'est le seul détail que nous ayons sur sa première enfance. Il était bien jeune encore quand II commença scs études A Pans en 1136 : tout d'abord il suivit les leçons d’Abélard, le péripat 'Mcien palatin, comme 11 lo désigne, Metatogicu*, i>, 10, P. L., ibid., col. 867. Un an plus tard le maître ayant quitté sa chaire, Jean passa du nominalisme au réalisme exagéré sous Albéric de Porta Veneris: c’cst ainsi qu'il désigne son nouveau maître, on pense qu'il s'agit du futur archidiacre de Heinis. Epist., cxun, P, L., ibid., col. 124, puis sous Robert de Melun, réa­ liste mitigé, promu plus lard A l'évêché de Hereford. Cc cour' de (Unlerlique pour Jean dura environ deux ans, de 1136 Λ 1 î38. Ensuite notre Jeune étudiant prend les leçons de Guillaume de Couches, grammairien cl philosophe renommé, A Chartres si nous en croyons C. Sch arschmldt, Johannes Saresberiensis nach Lebcn Urid Sludien, Schriftcn und Philosophie, Leipzig, 1SG2, p. 21; il a encore pour autre maître Richard l'Evôque, 809 JEAN DE SALISBURY devenu plus tard évêque d’Avranches. C’cst ainsi que Jean pose les fondements dore savoir classique par lequel il sc distingue comme humaniste entre tous ics contemporains. Le chancelier Bernard Silvestris (probablement plus tard évêque de Quimper), avait donné un grand renom â l’école de la cathédrale de Chartres. Mais les ressources de l’étudiant sont médiocres et pour gagner un peu d’argent il sc charge de quelques élèves, va passer quelque temps à Pro- I vins, où en compagnie de son ami Pierre, le futur abbé de Moutier-la-CclIc, il continue de mener de front les éludes ct renseignement· Alors aussi il profite des libéralités du comte Théobald. Epist., cxuit, P. L., ibid., col. 123. Vers 1140 ou 1141, il retourne à Paris attiré par les avantages que cette ville offre aux professeurs : tout cn continuant d’enseigner, il suit un cours de théologie, sous maître Gilbert, le même évidemment qu’il avait connu chancelier à Chartres, Mdalogicus, i, 5. P. L., Ibid., col. 832. Il s’agit de Gilbert de la Porréc, plus tard évêque de Poitiers, le commentateur des livres de la Trinité attribués à Boèce, l’auteur du l.iber sex principiorum considéré comme le complément indispensable de l’Organon d'/\ristotc : voir t. vi, col. 1351. Peu de temps après, cc maître vient à lui manquer, étant nommé évêque de Poitiers cn 1142 î les autres maîtres de Jean cn théologie furent Robert Pullus, bientôt nommé cardinal, ct Simon de Poissy. Douze ans (ou peut être dix) sc passent cn ccs < Iverses études (1136 1148). Ici sc présentent quelques difficultés de chronologic dans lesquelles nous ne pou­ vons entrer : on ne peut douter que peu de temps avant 1148, Jean était auprès de son ami Pierre de Celle, en apparence comme secrétaire, mais en réalité comme hôte. Au printemps de 1148, il assiste au concile tenu â Reims par Eugène III, il y est témoin de la discussion qui s’élève entre Gilbert de la Porréc ct saint Bernard. C’est sans doute à cette occasion qu’il fut présenté à Théobald, archevêque de Cantorbéry par saint Bernard lui-même. S. Bernard. Epist., cccxxt, P.L.,l. cLXxxn,col.5G2. A la suite du concile, il semble que Jean accompagna Eugène III à Brescia, se rendit à Rome cn septembre 1148, Historia ponti· ficalis, 18. Il prend alors la résolution de retourner en Angleterre, ce qui arriva sans doute avant 1150. En traversant la France, il reçoit de Pierre de Celle l’argent nécessaire pour son voyage, Epist., lxxxv, P. L·., t. exax, col. 71, ct de saint Bernard une lettre de recommandation (citée plus haut) pour Théobald qui l’incorpore à son clergé. De 1150 à 1164, Jean vécut â Cantorbéry : son habi­ leté dans les aflaircs et sa remarquable érudition l'engagèrent en diverses né, ociations; la cour de Théobald était un centre d’activité administrative ct elle le devint davantage à l’avènement de Henri H cn raison des séjours prolongés de cc roi sur le continent. Le prélat, avancé en âge, fit de Jean son secrétaire intime ct son assistant. Metalogicus, prologue. P. L., ibid., col. 824 : si bien que celui-ci peut écrire que sur lui retombe la solUciludo totius Hritanniœ El cepen­ dant Il est d’une assiduité infatigable ù l’étude, il prend une part active aux discussions entre les savants, il entretient une continuelle correspondance avec les érudits. Ajoutons Λ cela les nombreux dépla­ cements qui pendant cc laps de temps lui font tra­ verser dix fois les Alpes, Metalogicus, m, P. L., ibid, col. 889 : on le trouve en 1150 en Italie, Historia ponlificalh, 32 cl 39; il est auprès du pape Eugène Hl, durant son séjour à Ferentino de novembre 1150 à Juin 1151. l^lycrattcus, vi, 24, P. L., (bid., col. 624. Par deux fols il sc rend Jusqu'au sud de l’Apulié» une fols avant 1154, une autre fois avec Adr’en l\ entre novembre 1155 it Juillet 1156 Avec re dernier pan- 810 tife, il vit dan» les termes d’une affectueuse intimité, U séjourne à Bénévent pendant près de trois mois. Polycraticu», vi,24, P. L., ibid., col. 62.3.Eu 1155, il-crt d’intermédiaire pour obtenir d'Adrien IV k don de l'Irlande au roi Henri IL Mctalogicus iv, c. 12, P. h,, Ibid , col. 945. L'authenticité de la bulle Laudabiliter par laquelle le pape autorise Henri H h (aire inva­ sion dans l’tle ne semble pas contestable. Voir art. Adhirn IV, 1.1.» col. 458. Au retour d’une de ses visites à la cour pontificale, en 1159, Jean volt la colère du roi Henri II se déchaîner contre lui. L’incident est occasionné par le rapport dans lequel Arnulf, évêque de Lisieux, dénonce au roi scs agissements : il s'agit sans doute de la protestatio!· contre les sommes considérables prélevées par He ri H sur les biens du clergé pour subvenir aux h t de l’expédition contre Toulouse. Episl., cxv, P. i. , Ibid,, col. 100. Dans cette lettre à son ami Pierre de Celle, Jean déclare qu’on l’accuse de pousser le clergé à affirmer plus vigoureusement ses privilèges; son intention est de passer en France pour demander conseil et recourir à Rome. Dans le même temps, il écrit au chancelier Thomas Beckcl, alors cn France auprès du roi, il lui rappelle l’ancienne amitié qui les unit et Joint une lettre dans laquelle le pape, Alexan­ dre III, successeur d’Adncn IV, recommande Jean de Salisbury à lu faveur de Henri IL Epist., oui, col. 98. Jean se trouve pour un temps dans un profond désespoir; peut-être s’exagère-t-ÎJ le danger où il se trouve Mais son extrême pauvreté, des dettes qu’il lui faut payer le rendent perplexe : on le dissuade de quitter l’Angleterre. Epist., xevi, col. 87. Au bout de quelque temps, grâce sans doute à b médiation de Thomas Becket cl cn dépit de la résistance d’Arnulf de Lisieux il semble s’être tiré de scs difficultés, A la mort de Théobald cn avril 1161, Jean parait sur la scène comme un des exécuteurs testamentaires de l’archevêque. Epist., lvu, col. 37. Aptes le sacre de Thomas Beckcl, le 3 Juin 1162, il est un des cinq com­ missaires chargés d’aller ù Montpellier pour recevoir d’Alexandre Ill le pallium du nouvel archevêque. A quelque temps de U, il compose une vie de saint Anselme à la requête de Thomas cl cn vue d’obtenir la canonisation : Alexandre III après avoir reçu cette vie, écrivit de Tours le 9 Juin 1163 pour expliquer les motifs de renvoyer l'aflolre à un autre temps, ct, de fait, b canonisation demandée n'eut lieu que trois siècles après. L'élection de Thomas comme primat d’Angletcrre semblait promettre à Jean des Jours tranquilles : il n’en fut rien. Au retour du roi, cn Janvier 11G3 après une absence de cinq ans, les allaircs changèrent de face rapidement; Jean crut nécessaire pour lui de quitter le pays. La date de cc départ n’est pas claire­ ment indiquée. W. Fitz-Stephen estime que Jean étant un des plus fermes appuis de Thomas, Henri II tenait â l’écarter avant l’assemblée de Clarendon. Ecrivant en 1167, Jean s'exprimait ainsi quartus exilii mei annus elapsus est, Epist., ccxxi, col. 246, ainsi, il aurait quitté l'Angleterre durant les premiers mois de 1164. Il traversa lentement lu France; fut .iccomp.igné jusqu’à Paris par son frère Richard qui semble être retourné cn Angleterre. Il alla chercher un refuge auprès de Pierre de Celle, devenu depuis peu abbé de Saint-Rcmi de Reims Durant ce séjour, il composa son Historia pontificalis, continuation de la chronique de Slgebcrt de Gembloux, allant de 11*18 à 1152, si tant est qu’on doive lui attribuer cette œuvre. Dès 1159, il avait complété ses deux œuvres les plus consi­ dérables. le Polycratlcus ct le Metaloglcus. En dépit de l’assistance de scs amis, il est toujours dans la gêne; Il avait appris en 1165 que toute el(en Kreuzzuges, 13-20. Une heureuse conjecture de Giesebrecht a identifié l'anonyme avec Jean de Salisbury, Sitzungsberlchte der philosphdol und hist. Classe der K. Bayr. Akademle der Wisscnschaft, Munich, 1873, p. 123. Le Pierre, ami de l’auteur, serait dans ce cas, Pierre de Celle La conjecture a été adoptée par Pauli : Zeitschrift zum Kirchenrecht, 1881, L xvi, p. 261. D'autres cepen­ dant hésitent encore : Voir Vacandard, Vie de saint Bernard, t. n, p. 346 sq. III. Remarques sur quelques assertions rele­ 3® L’Enthellcus, de dogmate philosophorum est un poème dc 1800 vers, contre les faux philosophes de l'époque. Jean dc Salisbury l’écrivit probablement quelque temps avant d’achcvcr le Policraticus auquel il devait servir d'introduction... Il y traite en abrégé bon nombre des sujets caractéristiques du PoUcrativées DANS LES ŒUVRES DE JEAN DB SALISBURY. — eus. Actuellement un poème analogue mais plus court Pour ne pas interrompre l’énumération des œuvres, occupe la place de VEntheticus en tête du traité. nous avons différé ces remarques ; ceux qui ont amè­ C. Petersen : Johannis Sarlsberiensis Entheticus... nunc primum editus et commentariis instructus, Ham­ rement critiqué cet auteur semblent ne s'être pas rendu compte du point de vue où se plaçait Jean de bourg, 1843. In-8®, Deux autres œuvres : le De membris Salisbury. Ainsi, en matière dc politique, son exposé conspirantibus, fable en vers représentant les membres dans le Policraticus n'a guère de relation avec les révoltés contre l'estomac; et le De septem septenis, formes de gouvernement qui existaient de son temps : moyens pour s’élever des choses humaines aux divines, scs exemples sont empruntés soit à ΓAncien Testament ont paru suspectes aux critiques qui ne croient pas soit à l’ancien empire romain, c'est seulement en pas­ pouvoir les attribuer ù Jean de Salisbury. 4® Jean de Salisbury a fait aussi œuvre à'hagio- sant qu’il fait allusion aux coutumes de ses contempo­ graphe en écrivant les vies dc saint Anselme et de saint rains. Par dessus les questions d'ordre temporel, il s’élève Λ cc qu'il considère comme les principes éter­ Thomas dc Cantorbéry, comme nous l'avons signalé nels du droit civil : son point de départ est La notion en résumant sa vie. d'équité, qui constitue le parfait ajustement des 5® La collection de scs lettres peut être considérée choses. Ici-bas, deux interprètes en jugent, la loi et comme formant un dc ses principaux ouvrages : elle le prince; mais sous ce nom de prince, il ne faut pas est Intéressante pour l'histoire du xn· siècle en raison comprendre le tyran. Voir R. Lane Poole, Illustrations du nombre des lettres, de leur étendue, des sujets variés dont elles traitent. Tl nous en reste 339 : malheu­ of the history o/ medieval thought, Londres, 1884, p. 211 sq. reusement il nous manque un classement méthodique. Deux griefs principaux ont été faits à Jean de Celles adressées nu pape Adrien IV, sont écrites au nom dc l'archevêque Théobald dont Jean était lo Salisbury. Il a préconisé lo tyrannicide; il a enseigné le pouvoir direct dc ΓÉglise sur le temporel des rois. chapelain et le secrétaire : elles sont relatives A des !· Le tyrannicide, — Les écrits de Jean de Salisbury, différends survenus entre les églises, entre des ecclé­ notamment le Policraticus, renferment bien les expres­ siastiques et des séculiers, entre des monastères et des sions que l'on vient de relever. On lit en particulier évêques. Un bon nombre se rapportent au schisme cette phrase : tyrannum occidere, non modo licitam est, soulevé par Victor contre le pape Alexandre III; sed gequum el justum. Voici comment l'explique dans d'autres sont adressées ά ce dernier. Celles que Jean une note Gosselin, Pouvoir du pape au moyen âge, écrivit pendant ses années d'exil, témoignent dc son p. 740 : « L'évêque do Chartres, Λ la vérité, dit qu’il zèle A défendre les droits de l’Église. Les lettres 150 est permis de tuer un tyran public, c’est-à-dire, celui 159, 166, 198 attestent le dévouement dc Jean pour qui usurpe manifestement la puissance suprême; mais son ami Thomas Becket, mais nous fournissent la il suppose clairement qu’on ne peut le tuer qu'au nom preuve qu'il n’wpprouvalt pas toujours le zèle ardent de lu puissance publique... accipere (gladium) inlellide l'archevêque. Plusieurs sont écrites A Pierre de gitur, qui eum pmpria temeritate usiirfxit. non qui Celle aux générosités duquel Jean de Salisbury’ rend utendi eo a Domino accipit potestatem. Utique qui a un sincère hommage. Deo potestatem accipit, legihus servit, et justitiir et juris J. Masson en n publié 302 réunies avec le» Lettre* <ΓÉtienne famulus est, (jui vero eam usurpat jura deprimit et de Tournai et de Gerbrrt, ln-4·, Paris, 1611. L'édition est voluntati suie teges submittit, tn eum ergo armantur jura •siez défectueuse, élle a été reproduite telle quelle dans la qui leges exarmat, et PVBUCA ΡΌΤΣ3ΤΑ.8 ssevll in eum Blbltolhren mnrima Patrum de Lyon et dan» celle do qui evacuare nil dur publicam nanum. Policraticus, Odogne. C. Lupus, a publié 33 rpttrai nouvelles Jointe* A I. Ill, c. xv. Celle explication lève toutes les diflitkl «utre* déjà connues dans IVdillon des Itplln·» de I honiut >15 JEAN DE SALISBURY — JEAN DE SÉGOVIE cultés que peuvent offrir nu premier abord plusieurs autres passages, par exemple au L VIII, c. xx : Sed née oenenf, liret videam ab infidelibus aliquando nurpatum, nullo nunquam jure indultum lego ICENT/am. Son quod tyrannos de medio tollendus non ue credam, sed sine religionis honestatisque dispendio. il est à remarquer que dans ce dernier passage, comme dans le precedent, l'auteur n'autorise les particuliers ù tuer un tyran que dnns le cas où In loi le permet Car s'il défend l'usage du poison à l'égard d’un tyran, c’est uniquement par la raison, que cc moyen n'est permis par aucune loi. Aussi bien, lorsqu’au xv* siècle, un franciscain nommé Jean Petit osa soutenir la thèse suivante : · Il est permis à tout sujet de tuer ou de faire tuer un vassal criminel ou un tyran infidèle (8 mars 1408), » U tenta vainement de s'appuyer sur Jean de Salisbury ; le chancelier Gerson se déclara nettement contre son assertion en invoquant notre docteur et saint Thomas. L'université de Paris condamna la théorie de Jean Petit, qui fut réprouvée également par le concile dc Constance. Bref ni alors, ni plus tard, quand on voulut faire aux Jésuites un grief de sou­ tenir le tyrannicide, le nom de Jean de Salisbury ne fut prononcé: on connaissait pourtant scs ouvra­ ges. Voir Tyiumniudr. 2° Le pouvoir du pape sur le temporel des rois. — Gosselin, que nous venons dc citer, reconnaît en effet que l’évêque de Chartres soutient l’opinion d'un pou­ voir direct dc l’Égllse et du pape sur les choses tempo­ relles : « C’est, dit-il, le premier auteur à notre con­ naissance qui ait soutenu cette opinion : il eut peu de partisans avant le xm· siècle. » Op.e//.,p. 448, note 2. Pour Jean de Salisbury, l’Égllse et le souverain pon­ tife ont reçu immédiatement de Dieu un plein pou­ voir de gouverner le monde, tant pour le spirituel que pour le temporel, de telle sorte néanmoins qu’ils doivent exercer par eux-mêmes le pouvoir spirituel et confler aux princes séculiers le pouvoir temporel : ainsi le prince n’est que le ministre de l’Églisc. Cette opinion est exposée et soutenue ouvertement dans le Policratieus, L IV, c. i ct ni. Il est intéressant de voir cette doctrine se mani­ fester aussi catégoriquement en ce milieu du xn* siècle. C’est la systématisation dans le domaine de la théorie, d'une pratique qui devenait de plus en plus courante, au fur et à mesure que se renforçait le pouvoir de I Église Jean de Salisbury parle déjà comme les cano­ nistes ct le théologiens de la génération suivante. Mais sa pensée manque encore de toutes les nuances que la réflexion théologique finira par introduire dans cette délicate matière. I. Ouvrages généraux. — Les histoires littéraires : Cave, Scriptures ecclesiastici, t. n, p. 243; Cellllcr, Histoire des auteurs sacrés, t. xxin, p. 279; Oudin, Scriptores eccle­ siastici, t. u,p.303; Fabricius, Hl bliothrca latina medtir cl tn/imer rtafil, t.rv, p. 370; Du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, t. ix, p. 107; Histoire littéraire de lu Trance, t. xiv, p. 89-101. Le* histoire* de la philosophie médiévale,en particulier llauréau. Histoire de la philosophie scolu 4(qvr, Paris 1872, l. I, p. 533; A. Clervnl, Les écoles de Chartres au moyen âge. Paris, 1895, p. 180. Il ne faut pas négliger non plus le* ouvrages généraux anglais : Dictionary of national U lu gru phy, t. x, p. 876; 77ir catholic Encyclopedia, L VUI, p. 478; lîiogruphla britannica litteraria, t. n, p. 230. Enfin travaux d’ordre moins général, tel» que Leyser, medii «roi, 1721, P 445; Lirou. lit bllothéque Chartraine, 1719,p. 74 sq. ; IL Poole, Illustrations of the history of mediet al thought, Londrt*. 1834 ; W . Stubbs, Seventeen lectures un the üudg of medieval and modem history, Londres, 1830; Norgate, England undir the angevin kings, Londres, 1887. IL Travaux paxticuuims. — M. Demlmuld, Jean de Salisbury, Par», 1873; P. Gcnnrlch. Zur Chronologie des Lsbms Jvh-mnes von Salisbury, dans Zeitschrift fur Kirchen· ix*càfcâU, 1892, L xm, p. 544 sq; IL Pau U. Ucher du Kir· 816 c/ienpollthche Werkianikelt des Johannes Suris beriensli, dans Zeitschrift filr Klnhuirecht, 1881, t. xvj, p. 255 »q.; H. Bouter, Johanne* mm Sali' hury, zur Gr^hichte der christlichen Whicnschaft tm Λ7Ζ Jahrhundert, Berlin. 1H4B; C. Schaarschmidt, Johannes Sures bmensls narh Lebrn un4 Studicn, Schn/tm nnd Philosophie, Leipzig, 1862 (le meil­ leur ouvrage qui ait paru sur Jean de Salisburyi. J. Baudot 70. JEAN DE SÉGOVIE, théologien espagnol, qui Joua un rôle cons d. -râble au concile de Bâle II faut le distinguer d'un outre Jean du S govie, dominicain du xvp siècle, sur lequel on trouvera l'essentiel dam Quétif-Echard, Scriptores ordinis prirdicatorum, t. n, p 311 sq. L Vie. — On est très mal renseigné sur la famille, les premières années, les débuts dans la théologie de Jean dc Ségovic. Il est fort possible qu’il se soit appelé « de Contreras », et que le nom de Ségovic soit sim­ plement le nom dc la petite ville castillane, où II naquit dans les dernières années du xiv* siècle. Qu'il ait été frère mineur, cela semble tout à fait invraisem­ blable, bien qu’on l’ait prétendu. En 1432, il était depuis peu dc temps en possession dc la première chai le de théologie à l’uni versilé de Salamanque, titu­ laire par ailleurs de plusieurs bénéfices, entre autres d’un canonical à Tolède, cl de la dignité d’archidiacre de Vlllaviciosa. Au printemps do 1133, Juan est envoyé au concile dc Bâle, comme représentant du roi de Castille et de l’université. Scs connaissances théolo­ giques le firent vite remarquer; d’a lleun Jean sc rangea, dès son arrivée, parmi les plus audacieux repré­ sentants dc la théorie conciliaire. Tout pénétré de la doctrine de la prééminence du concile sur le pape, dans les matières louchant au dogme, à la morale et à la réforme de 1 Église, le théologien espagnol fil ses débuts lors de la discussion soulevée par l’arrivée à Bâle, en février 1434, des cardinaux envoyés par Eugène IV pour présider le concile. Dans la commis­ sion nommée pour examiner celte affaire, Jean soutint qu'admettre, sans autre précaution, les présidents désignés par le pape, c'était porter atteinte à lu préé­ minence du concile, représentation dc 1 Église, au Jugement duquel le pape meme est soumis, n'étant que le premier serviteur el le membre le plus noble du corps mystique du Christ. Ce discours fut publié, comme étant l'expression exacte des idées professées par ia majorité du concile. On retrouve Jean, en juin 1434, dans la commission chai géc d’examiner lu ques­ tion des annotes ; il y réclamait la suppression d’un abus au* si dangereux pour l’ÉgLse. De septembre 1431 à mars 1436, Jean est absent de Bâle, ayant accom­ pagné le cardinal Ccr vantés dans un voyage en Halle, où l’on devait négocier avec Eugène IV. Quand, au printemps de 1436, Ségovie rentre à Bâle, il s’occupe activement de faire délinir par le concile l'iminacuhe Conception de Mme; de même il est mêlé à la discus­ sion avec les hussites relativement à l'usugc du calice, consulté par la commission qui est chargée dc la réu­ nion des grecs avec l’Églisc romaine. Mais pendant eu temps l’atmosphère du concile sc chargeait d’orage; bientôt ia lutte se déclarait ouvertement entre le pape et le concile. La logique de ses idées devait amener le docteur do Salamanque à prendre position contre le pape. On le voit en effet figurer comme témoin à charge dnns le procès engagé contre Eugène IV ct qui traîne en longueur de la tin de 1437 au 25 Juin 1439. On notera pourtant, que Jean ne se départit jamais d’une certaine modération Quand, en scptembic 1439, I il s’agira dc répondre à ia constitution Nfutjses par I laquelle Eugène IV avait frappi d anathème les mem­ bres du concile, Jean, contrairement au cardinal Louis Aleman, eslhncra inutile el dangereux dc riposter aux censuics ponLilcales par un anathème conci­ liaire. 11 Unira par faire adopter une formule qui se Λ’-S 817 JEAN DE SÉGOV IE borne à réfuter point par point la constitution Moyses. Quelques jours plus tard, lorsqu'il faut remplacer le pape, dont le concile a pronom·· la déchéance, c’est Jean de Ségovie qui, avec l'abbé dc Dundiennnn et Thomas de Courtelles, reçoit mission de rec nier par cooptation le collège électoral. Au premier tour dc scrutin, Il recueille le plus grand nombre de suffrage après Amédce do Savoie. Le 5 novembre 1439, Amédéo qui avait au second tour recueilli la presque unanimité do voix était proclamé élu. Il fallait le faire i«con­ naître par les diverses puissances; Jean fut député successivement A la cour du roi de France, Charles VII, élé dc 1440, puis A la dièlo de Mayence, pour décider le nouveau roi des Homains, Frédéric 111 à reconnaître Félix V, le pape du concile. Il ne parvint pas A déta­ cher ccs deux souverains de l'obédience d’Eugène IV. Le voyage de Mayence lui réserva même une assez pénible avanie; Jean venait d'être nommé cardinal par l’antipape, 12 octobre 1440, mais la diète, voulant témoigner qu’elle ne reconnaissait pas Félix V, ni dès lors les dignitaire* créés pur lui, exigea que Ségovie pour paraître devant elle dépouillât les insignes cardi­ nalices. Incapable dc se faire reconnaître, l’antipape finit par négocier, par l’intermédiaire de Charles VH, avec le pape Nicolas V. Il réussit A conserver pour luimême la dignité cardinalice, qu’il aurait voulu égale­ ment assurer A tous les cardinaux nommés par lui. Mais trois d’entre eux seulement furent acceptés par Nicolas. Jean de Ségovic fut écarté du Sacré Collège; mais on lui donna en commende l'évêché de SaintPaul-Trois-Châlcaux, 21 juillet 1449. Cette collation fut d’ailleurs révoquée le 11 mai 1450; le 13 octobre on lui attribua l’évêché do Maurienne, qui lui fut ôté le 26 janvier 1453. Finalement on accorda A Jean de Ségovie le titre d’archevêque de Césarée. Retiré au prieuré d’Alton, près d’Aiguebelle (Savoie), 11 se consola dc ses disgrâces en composant divers travaux, de longue haleine ct spécialement son histoire du concile de Bâle. Il mourut après 1456, laissant, dit la Chronique latine de Saucie une grande réputation de sainteté. Sur sa tombe, comme sur celle d’Amèdce et du cardinal Louis Aleman, les miracles étaient fréquents. Joannes de Segouia, sacra' theotoyiw doctor pro/undissimus hispanus, in prioratu Aytonis Maurtan· nensis divers is seputtus euidentissimis claret mira­ culis. Nous laissons évidemment la responsabilité de celle aliirmalion au chroniqueur savoislen. Cf. Chronica latina Subaudite, dans les Monumenta histo­ ric patrue. Scriptores, t. !, coi. 615. 11 (Euvhrs. — Presque toutes sont restées iné­ dites; elles sc rapportent aux questions traitées par le théologien au concile: I® Johannis de Segouia relatio in deputatione fidei super ntalerla bullarum de prirsi· dentla, conservé dans dc nombreux mss , en particulier dan le Vatie, palat, lat. 600, f° 1-30; c’est le rapport dont il a été question ci-dcssus. — 2® Septem allega­ tiones et totidem auisanicnta pro (n/ormatione Patrum concilii llasileensis... circa sacratissima- virginis Marht immaculatam conceptionem ejusque prirservalionem a peccato originali in primo suic animationis instanti, publié en 1664 A Bruxelles par le franciscain Pierre d’Alva y Astorga. En voir l’analyse dans l’article Immaculî i Con( i.iTioN, t. vu, col. 1110 sq. — 3e Con­ cordant iir bibltc/e vocum indeclinabilium, composé A l’occasion dos disputes théologiques avec les grecs. A propos dc la procession du Saint-Esprit, on argu­ mentait fort sur les prépositions de cl ex; Jean de I Ségovic entreprit dc rassembler, pour éclairer le sens de ccs particules, le plus grand nombre possible de textes scripturaires où elle·» llgurcnt, (.elle concor­ dance fut imprimée A Bâle, en 1476. Ln même contro­ verse avec les grecs donna occasion A Ségovie de traiter plus amplement de la procession du Sain 818 Esprit — 4· De audorttate Eedeslse, Intitulé aussi De huuperabili sanctitate et suprema audortlaie g/nr ralium conciliorum, même ms. que po r l®, f· 163 211 mais incomplet; mieux conservé dans Vatic. 4039, f· 192r°-232v· et Vatic. Regin 1012, f® 132r*-3l I v·; un court fragment est publie dans Von der II itdl, Res concilii (ecumenic l Constant if ne/s. prolégomènes, p 7 L'ouvrage de Jean publié au printemps de II .43 o»t un exposé complet de la théorie conciliaire. Voip les idées principales qui y sont développées : L’Égl -c est la communauté «les croyants, uni* par les sacr meats ct le lien de la charité; ainsi comprise, elle est inlail* liblc dans les questions relatives à la foi et aux mœurs; mais ΓÉglise infaillible, ce n'est m le pape, ni le Sacré-Collègo, ni l'Église romaine, ni même le concile général. Étant un corps mystique composé dc plusieurs membres, elle ne peut s'identifier à l'un quelconque dc ceux-ci a l'exclusion des autres. C'est l Église en tant que corps qui est Infaillible, et cas corps de l’Égllse est composé de l'ensemble des évêques, dos prêtres, des prédicateurs, des docteurs, des curés. Le concile général, régulièrement convoqué, en étant la représentation régulière, est par le fait même le docteur suprême, ayant puissance d enseigner le peuple chrétien et de le guider dans le* voies du salut. Lui réuni, les pouvoir* du pape, chef de I Église par délégation du Christ, semblent cesser, puisque le Christ lui-même, dont il est le délégué, est présen immédiatement dans le concile : videntur cessare ad io nes capitis substituti, sicut delegati in prxscnlia delegantis, ipso judicante. Cette phrase est empruntée au traité de pnesidenha, mais elle complète l'exposé, que nous analysons. 11 suit log quement que tous les chrétiens, y compris le pape, ont le devoir de se soumettre entièrement au concile.— 5· Dc tribus veri­ tatibus fidei, « ou explication des trois vérités de foi décrétées pur le saint concile général de Bâle, ct exposé des cinq conclusions d'où il appert que i’ex-pape Eugène IV est hérétique, pour cire retombé dans le* erreurs signal es ; · traité conservé dans un ms. de Munich, ancienne Bibliothèque de la Cour, lat. 6606, composé en réponse à la constitution Moyse*, donc à la lin d’août ou au début de septembre 1439 : la vérité A laquelle résiste Eugène IV c’est avant tout celle dc lu prééminence du concile sur le pape, p oclaméc à Constance ct reprise A Bâle. — 6® Dicta Joajuùs dc Segobia circa materiam neutralitatis principuni, intitulé aussi Allegationes cuntra neutrulitatem; nombreux mss : Paris, Bibl. nat., lat., 4223 cl 1443, co dernier, copié sur un ms. conservé à Bâle, Bibl. de I Univer­ sité, E. /, 2; Munich, meme ms. que ci-dessus el aussi 6439 ; Vatic. Regin. 1019, t» 97 vMlô r·. Un frag­ ment très court a élé publié par Von der Hardi, loc. cil., prolégomènes, p. 14-16 Ce petit traité· composé entre la déposition d’Eugène IV cl 1 élection de Félix V, est destiné à combattre l’altitude indécis.* des princes électeurs allemands Leur hésitation entre l'obédience d'Eugène IV et celle du concile est un»· Inconséquence; s'ils reconnaissent, comme ils le pré tendent, la légitimité du concile, ils n'ont pas le droit dc lui refuser l'obéi sance, n'y avant pus d'autorité supérieure Λ laquelle ils puissent en appeler. — 7® Jus­ tificatio sacri üasilctnsis concilii et senteniite Ipsius contra Gubridem ohm Eugentum papam IV labe el in/ustifleatio ipsius Gabrielis et stbi adlurrenlium et a sacro concilio se qualitercumque abstr h^fdlu/n; nom­ breux mss. : Munich, ibid., 6006, ί· 207 r®-221 v* ; 22 332, f® 48 r®-56 v® ; Vatic, palat. 600, ί· 122 r® 133 v® ; obi, (° 233 r®-246 v° ; Vienne, ancienne Biblio thèque do la Cour. 5030, f® 367 r* 3Si) v·. L'auteu» y examine le procès d’Enaene IV au quadruple point de vin· de la compétence du tribunal, de la véulé de* accusations, de motifs du procès, des formes Jurl 819 JEAN DE SÉGOVIE — JEAN DE THESSALONIQUE (SAINT) dlquee observées. — 8° De magna auctoritate episco­ porum in concilio generali conservé dans un ms. de Bâle, Bibl. de l’UniversIté, B. V, /3; composé dans les loisirs de la retraite, cc traité reprend d’une manière Irénlque une des questions qui fut le plus violemment agitée au concile. On sait que la démocratie ecclésias­ tique s'y agita beaucoup pour se faire reconnaître de· droits égaux à ceux des évêques. Jean, qui, au concile, avait soutenu quelque peu les revendications des clercs inférieurs se prononce nettement ici en faveur des évêques. — 9° Historia gestorum generalis tynodi Basilecnsis, c’est l'œuvre capitale de Jean de Ségovle, publiée dans les Monumenta conciliorum gene­ ralium sæculi XV, par Birk, t. n et ni, 1873-1896; le livre XIX· n’est pas encore publié, voir Bibl. nat., lat1494, copie authentique du ms original conservé à Bâle. C’est à cette volumineuse histoire que Ségovle se consacra à partir de 1450; Il n'eut d'ailleurs pas le temps de la terminer, son histoire s'arrête en 1444. Pour l’écrire, l'auteur disposait de son journal per­ sonnel qu'il tint régulièrement pendant le concile, des procès-verbaux ofiiciels, enfin de la copie d'une masse considérable de documents qu’il a insérés au courant de sa narration. Tout en se piquant d'une entière impartialité, Ségovle, ne laisse pas de démon­ trer une thèse, c'est à savoir que le concile a mené la lutte pour le triomphe de l’idée républicaine dans l’Église contre l'absolutisme papal par tous les moyens de droit. L'historien de la théologie aurait grand Inté­ rêt À lire de cc point de vue les introductions de plu­ sieurs des livres, qui sont de véritables éludes dogma­ tiques. — 10e De mittendo gladio spiritus in Sarracenos. Dans sa retraite d Avion, Ségovle ne se préoccupait pas seulement des théories conciliaires; l'avance de plus en plus inquiétante des Turcs effrayait tous les esprits; plus que jamais il était question de croisade En bon intellectuel, le théologien de Salamanque pro­ posa lui aussi son projet; mais la croisade dont il rêvait était toute pacifique. Au lieu de combattre l’Islam par les annes, que n'entreprenait-on de le convertir? Dans sa solitude savolslcnno, Jean avait fait venir un musulman d'Espagne; ensemble Ils avaient traduit le Coran en latin et en espagnol. Fort de cette con­ naissance approfondie de l'Islam, Jean, dans l'ouvrage dont nous donnons ci-dessus le titre, entreprit de réfuter, è l'usage des mahométans de bonne fni, la religion du Prophète. Antonio, Bibliotheca hlspana vetus, t. n, p. 229,233, a encore vu le ms. de l'ouvrage dont 11 donne une très copieuse analyse; celle-ci per­ met de juger du point de vue auquel s'est placé notre théologien. Si elle se retrouve jamais, son œuvre pourra fournir une intéressante contribution à l'histoire de l'apologétique chrétienne. — 11® 11 y aurait intérêt aussi à rassembler la correspondance de Ségovle, dont Il subsiste un certain nombre de lettres dans plusieurs mss., par exemple Vatic, lat. 2923; Urbtn. lat. 402, etc. G Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiasticis, Leipzig, 1722, t m. col. 2432-2133; Fabricius Bibliotheca lallna media et Inflmir arbitis, édit, de Hambourg, 1735, t. !▼, p. 414-417; N. Antonio, Bibliotheca hlspana velus, 2« édit, Madrid, 1788, t. □, p. 225; A. Zimmermann, Juan de Segovia, dissertation inaugurale, Breslau, 1882, .rès sommaire; Haller, Concilium Bas license, Studten und Quel· len, BAle, 1890, t. I, p. 20-52 donne une étude littéraire assez complète de l'œuvre de Ségovle; B. Beer, Urkundliche Brltrdgc xu Johannes de Segovia's Geschichle, dans les Siteungibtrichle der Kals. Akademie der Wlsscnscha/l :u Bien. 1896, L cxxxv; Noël Valois, Le pape et le concile, Paris. 1906, voir table alphabétique, L n, p. 419; Albnnês, Gallia Christiana novissima, L tv, 1909, col. 268. E. Amann. 71. JEAN DETHE88ALONIQUE (Saint), archevêque de Thessalonlque, mort nu début du vu· siècle. L Vie. II. Œuvres et doctrina. 820 L Vie. — Plusieurs archevêque· de Theesnlonlque ont porté le nom de Jean. Gn en a compté jusqu'à huit, depuis les origines Jusqu'en 1440. Cf. L. Petit, Les évéques de Thessalonlque, dans les Échos d*Orient, t. iv et v, et : Le St/nodicon de Thessalonlque, ibtd', dans le n. de mai 1918, p. 236-254. Celui qui a laissé un nom dans l'histoire de la théologie est le premier de la série. Il a gouverné la métropole macédo­ nienne entre les années 610 et 649. A cette dernière date, Thessalonlque avait comme titulaire le mono théllte Paul, que le pape saint Martin I" condamna après le concile du Latran. Voir dans Hardouln Concil., L ni, col. 662-676. les deux lettres de ce pape rela­ tives Λ cette aiTaire. Il n’y a pas longtemps que cette chronologie a été établie. Comme Lequien, dans son Oriens Christianus, ne connaît pas d’évêque de Thcssalonique ayant porté le nom de Jean avant celui qui assista au VI· concile général (680-681), on a généra­ lement confondu, et certains confondent encore avec ce dernier, le Jean dont nous allons parler. Le bollandistc Corneille de Bye, qui a publié le premier quinze discours de notre Jean sur les miracles opérés par Je saint patron de Thessalonlque, Démétrius, n’a pas peu contribué à accréditer l’erreur. Acta sanc­ torum, octobre, t. iv, p. 104-160. C'est en étudiant de près ces discours, que J. Laurent a démontré d’une manière péremptoire que leur auteur u vécu à la fin du vî· siècle et au début du vu·. Voir son argumenta­ tion dans la Btpantinische Zeitschri/t, 1895, t. iv, p. 420-431, dans l'article intitulé : Sur la date des églises Saint-Dérnétrlus el Sainte-Sophie ά Thessalonique. Nous avons nous-même corroboré cette démons­ tration par de nouvelles preuves, dans notre article sur La oie et les oeuvres de Jean de Thessalonlque, Echos d'Orient, 1922, p. 294-295. Inutile de les répéter Ici. Qu'Il suffise de dire que, d'api ès les discours en question, notre Jean assista au siège de Thessalo nlque par les Avares, en septembre 597, et que la plupart de scs auditeurs avaient été témoins oculaires des miracles opérés par saint Démétrius sous le règne des empereurs Maurice (582-602), et Phocas (602-610). De sa vie nous ne connaissons que le peu qu'il en dit lui-même dans les discours sur saint Démétrius et ce qu'y ajoute l’auteur anonyme du second livre des Actes de saint Démétrius, également publié par le P. de Bye, Acta sanctorum, loe, cit. D’après cet anonyme, Jean avait laissé parmi ses contemporains une réputation de sainteté. Lui-même l’appelle < noire père saint », et le place, avec saint Démétrius, parmi les protecteurs de Thessalonlque, qu’il défendit si bien de son vivant, durant les deux sièges qu’eut ft soutenir la ville contre les Slaves, aux environs de 617-619. Lors du dernier siège, qui fut terrible, on vit Jean mettre tout en œuvre pour organiser la résistance. Il resta lui-même sur les remparts avec les assiégés pour soutenir leur courage, et par-dessus tout excita leur confiance en Dieu et au saint martyr Démé­ trius. Il composa, A cette occasion, une belle prière ft Jésus-Christ, dont l'anonyme nous a conservé le texte. Cf. P. G., t. cxvi, col. 1341. Par l’cxordc d’un discours sur la Dormition de la sainte Vierge, dont nous reparlerons tout à l’heure, nous apprenons qu'il Introduisit dan» le diocèse de Thessalonlque la fête de la Dormition. Bien que son nom ne paraisse pas dans le syn ’Xnire do l’Église de Constantinople, U n'est pas douteux qu'il n'ait été honoré comme saint dans ea ville épiscopale. 11 reçoit cc titre non seule­ ment dans le*> suxeriptfons de plusieurs manuscrits, mais rnron dans les actes du VII· concile œcumé­ nique. I lardoutn, op. ctt., t. iv, col. 292. IL (Evvhes et doctrine. — Jean fut avant tout un prédicateur populaire, préoccupé d’édifier ses auditeur· par l’explication llttémi(. snlnte· Écri- 821 JEAN DE Til ESSALON IQU E (SAINT) turcs et par des récits hagiographiques. Nous allons passer en revue ce qui nous reste de scs discours, en signalant cc qu'ils renferment d’intéressant pour l'his­ toire de la théologie. 1· Homélies évangéliques. — Jean avait composé une série d’homélies ®ur l’Évangile. Λ la cinquième session du Vil· concile œcuménique, Nicolas, évêque de Cjziquc, présenta aux Pères le livre qui les con­ tenait; et on lut un long passage du discours qui commençait par ces mots : Μέχρι τ6τ* πηρίζων -ôv Κύριον ημών ζαΐ Θεόν Ίησουν Χριστόν, ce qui suppose un discours précédent sur la tentation de J ésu--Christ. Hardouin. t iv, col. 292-296. De même, V incipit de la seule homélie qui nous soit parvenue en entier, celle qui traite de la concordance des récits évangéliques louchant la résurrection de Notrc-Sclgneur, indique clairement que l’orateur avait prononcé d'autres dis­ cours sur l’Évangile : « Nous do us avons expliqué de notre mieux les faits qui ont précédé la passion du Seigneur.· Cette homélie et le morceau inséré dans les actes du VII· concile, voilà tout ce qui nous reste du recueil; ou plutôt, c’est tout ce que nous en connais­ sons avec certitude; car il est vraisemblable que des homélies de notre Jean se cachent encore parmi les ipurici de saint Jean Chrysostome. Pendant long­ temps, c’cst-à-dirc jusqu'à la publication du Novum auctarium de Coinbefls, en 1648, l'homélie sur la concordance des Évangiles était rangée dans cette catégorie. On la trouve, d’ailleurs incomplète, dans l’édition des œuvres de saint Jean Chrysostome par Saville, t. vm, p. 740-747. Celui-ci a donné le texte contenu dans le ms. 114 de a bibliothèque impériale de Vienne, f° 367-375. Tout le début, c’cst-à-dirc, un court résumé de la passion du Sauveur, y fait défaut. Montfaucon et après lui, Migne, P. G., t. ux, col. 635-644, ont reproduit cette édition. Combe ils, dans le t. I de son Novum auctarium grieeo-latinæ Patrum bibliotheca, Paris, 1648, p. 791-822, publia le texte complet d’après un bon ms. de la Bibl. natio­ nale de Paris, avec une nouvelle traduction latine et de savantes notes. Chose curieuse, cette édition est restée presque inaperçue. Non seulement Migne l’ignore, mais A. Ehrhard, dans la Geschichle der byzantinischen Lilteratur, de Krumbachcr, 2· édit., .Munich, 1897, p. 192, donne le morceau comme inédit. Les manuels de patrologie se taisent sur Jean de Thessalonlque. Le fragment cité par le VII· concile œcuménique mérite d’ut tirer l’attention des historien* du dogme. Jean v légitime contre les païens et les juifs, l’usage de l’Eglise de représenter par la peinture, et aussi par lu sculpture, l’Homme-Dieu, les anges et les saints. Il y a là une première théorie de l’image, qui sera développée et même compliquée à l’npparitlon de liconoclasme. L'image, pour l’évêque de Thcssalonlque, n’est qu’un Intermédiaire qui nous fait penser aux êtres qu’elle représente. Le culte ne tombe pas sur elle mais sur eux. ττροσχυνούντε; ού τάς <1κύνχς -χλλά τούς διά τής γραφής δηλουμένους. Dieu considéré en lul-mcmc ne saurait être représenté, pulsquil est absolument immatériel, invisible el inclrconscnt. Mal* il n’en va pas de même du Elis de Dieu Incarné, puisqu'il a réellement pris notre nature. Les anges peuvent être peints, non seulement parce qu’ils ont apparu quelquefois sous une forme humaine, mais aussi parce qu’ils ne sont pas absolument incorporels. Dieu seul est absolument Incorporel et soustrait aux lois de l’espace. Les créatures que nous appelons incor­ porelles, comme les anges cl les âmes humaines, ne le sont que comparativement aux corps grossiers d Icibas; en fait, elles sont revêtues d’un corps subtil, léger comme l'air, semblable à m flamme. Aussi sontelles circonscrite* par le Heu, cl peuvent-elles êlre i 822 vues miraculeusement par un œil corporel. Pour appuyer cette doctrine, Jean en appelle à l'autorité de saint Méthode, de samt AU) an aie, de saint Basile et de leurs disciple'». Saint Tarais*» au VII* concile, ne parut pas l’approuver : Il ne retint du passage que ce qui suflisait pour le but qu'on se proposait : < Le Père, dit-il, a démontré qu’il faut peindre les anges, parce qu’ils sont circonscrits, et qu’ils ont apparu à beaucoup sous la forme humaine. » Être circonscrit n’est pas nécessairement l’équivalent d'être corporei. On sait qu’aprè* le* persécutions Iconoclastes, les artistes byzantins s'interdirent les images sculptées. 11 n’en était pas ainsi auparavant, et l'iconographie religieuse recourait également à la sculpture et à la peinture. Notre auteur témoigne de cet mage dant le même p.issage. Parlant de* images du Christ, il dit : οΰ/Λυν τη ςυλίνη tLz6/. ή τη γραφίδ·. προαζονουμ·/ ή σέβομεν αλλά tot των δ'-ων δεσπότην Χρνττδντύν δ^ςολογούμεν. L’homélie sur l'accord des Évangélistes touchant la résurrection de Jésus-Christ porte, en plusieurs manuscrits, le titre suivant: Sur les femmes myrophorrs; et qu'il n'existe aucun désaccord ni aucune contradiction entre les évangélistes au sujet de la résurrection de Noir·· Seigneur Jésus-Christ. Certains catalogues de m**. donnent simplement l’indication générale : « De con­ sonantia evangel istarum. · Il ne faudrait point s’y laisser tromper. Jean n’exanune que le récit des appa­ ritions qui se produisirent le jour même de Pâques. Il se montre concordbte à outrance» et déploie beau­ coup d’ingéniosité à établir sa thèse» qui est celle-ci: « Chaque évangéliste parle d'une arrivée différente des saintes femmes au sépulcre. » li identifie Marie de Jacques, Maria Jacobi, avec la sainte Vierge, et. par suite, déclare que la Mère de Dieu fut favorisée, avec Marie Madeleine» de la première apparition de Jésu* ressuscité. Il arrive à distinguer Jusqu’à cinq Mario, dont il est parlé dans le* Évangiles, à savoir : MarieMadeleine» Marie de Jacques le Majeur, c’esl-à-di·. e la sainte Vierge, — celle-ci n'étant pas appelée Ma e de Joseph, parce que Joseph était mort avant qnr Jésus commençât son ministère public— Marie mère de Jacques de Mineur et de José, signalée par saint Marc, Marie de Ucophas» sœur de la Mère de Dieu; cl enfin Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare Il y a Intérêt, pour les exégète*» à comp irer cotte solution avec celle qu’avaient d^jà esquissée plusieurs exégètes grecs, notamment I iésychius de Jerusalem. 2° Discours sur saint Démétrius. — Ces discours, publiât, avec des lacunes, par le P. Corneille de Bye. Acta sanctorum, loc. cit., et reproduits tels quels. P. G., t. xevi, col. 1203-1324, constituent ce qu’un appelle le livre premier de* Actes de saint Démétrius. Ce sont quinze récits de miracles opérés par le saint patron de Thessalonlque sous les empereur* Maurice et Phocas. L'élément dogmatique y est peu abondant. L’orateur y parle souvent de la providence, de la miséricorde el de la justice de Dieu. 3· Discours sur 1‘Hraltatian de la sainte Croix. — Le ms. de la bibliothèque de Palmos, daté de 1544, contient, sous I* nom de Jean de Thessalonlque, un « discours sur ΓExaltation de lu sainte Croix ·. Cf. Jean Sakkclion, Ηχτμιχχή βί,3*.ν.0η.·.η, Athènes, 1899, p. 174. .X ayant pu consulter cc ms. qui est très tardif, il nous est didtciic de dire *1 l'attribution est fondée. Contre l’authenticité du discours on ne saurait faire valoir son litre. On sait, en effet, quo la fête de l'Exaltation de la Croix est indépendante des événe­ ments qui se produisirent sou% l'empereur Hérachus Elle existait à Jérusalem, dès le iv· siècle, et te célé­ brait «bins tout ΓOrient, le 14 septembre, bien avant Héraclius. Il est permis de soupçonner que ce discours sur l’Exaltation de la sainte Croix est l’un de* deux 823 JEAN DE THESSA LON 1QÜ E (SAINT) qui se trouvent parmi les œuvres de saint Jean Chrysostomc, P. G., t. ux, col. 675-681 et que plusieurs manuscrits attribuent à saint Joseph de Thessnlonlque. 4· Homdie sur ta Dormition de ta sainte Vierge, — De tout ce qui nous reste de Jean de Thexsalonlquc cette homélie est certainement le morceau le plus inté­ ressant. Elle est encore inédite, et se trouve nu moins dans une quinzaine de mss. dont les plus anciens re­ montent au x*-xi· siècle. Dans son Auctarium novum, 1.1, p. 82!, en note, Combefls deciare en avoir préparé i'éddion, puis avoir renoncé a la publier, à cause des nombreux emprunts faits par l’orateur aux apocry­ phes : quam qu idem nu hi paraveram ac erum conatus illustrare; sed postea visum esl mihi potius premere, quam minus certa nixus veritate, aliorum fidem elevare. Tischendor! en a donné quelques fragments dans ses Apocalypses apocrypha, Leipzig, 1866, p. xxxviiixu. M. Bonnet a fourni des renseignements intéres­ sants, mais incomplets et pas toujours exacts, sur le huit mss. de la bibliothèque nationale de Paris qui la renferment : Bemcrkungen Qbcr die ôlteslen Schri/tcn ion der Hlmmelfahrt Maria, dans Zcitschrijt jur u>issenscha/tliche Théologie, 1880, t. xxiu, p. 236-243. Quant ù G. Bickel), qui a parlé également de notre homélie dans la Theologische Quartatschrijl, 1866, p. 469 sq., il n’a connu que les fragments publiés par Trebendorf. Aucun de ccs savants n’a examiné de près le morceau et n’en a fait ressortir l’importance. On trouve: a les résultats de nos recherches person­ nelles en tête de l'édition que nous préparons pour la Patrolagia orientalis de Graflm-Nau. Notons ici les points qui intéressent le plus directement la théologie. Tout d’abord, le prologue nous apprend que Jean fut le premier à ntroduire à Ί hessalonique, la fête de la Dormition de la sainte Vierge. Jusque-là, les évêques de cette métropole avaient hésité à célébrer cette solennité, à cause des récits apocrvphes qui circulaient, · et qui n'étalent pas en harmonie avec le sens catholique. · Jean s'est enfin décidé à suivre l’exemple «presque universel », cl c’est pour cela qu’il s’est livré fi un travail d’expurgation des apocryphes; car il est persuadé que ceux-ci ne constituent que des deformations d’un récit primitif authentique, écrit par les apôtres eux-mêmes. Ce point de départ explique tout le discours. Cc que Jean nous donne, c’est un nouveau récit apocryphe, apparenté principalement à celui du pseudo-Méliton, et où la part de son imagina­ tion personnelle n’est pas petite. Il sait, au moins, ' éviter ce que scs modèles renferment de trop choquant, et s’ellorce de sauvegarder les vraisemblances, sans y réusrr toujours, car le merveilleux y abonde. Chose curieuse, après avoir lu le morceau, on ne sait pus, au juste, quelle a été la pensée personnelle de fauteur sur le mystère même de ΓAssomption, c’est-à-dire sur la résurrection glorieuse de la sainte Vierge. La finale du discours, qui devrait nous l’ap­ prendre varie, en eflet, dans presque tous les mss. Tous les Byzantins ont admis que le corps de la Mère de D*cu avait été préservé de la corruption du tom­ beau. mais tous n’ont pas enseigné qu’il ait été de nouveau réuni à son finie. Certains, Λ la suite de l’apo­ cryphe Johunnis liber de dormitione Maria ont cru â un transfert du corps dans le paradis terrestre, où il serait conservé Incorruptible jusqu’à la résurrection générale, impossible de dire, d’une manière certaine, quelle a été la position prise par Jean entre les deux opinions. Si, pour ce qui regarde· la doctrine proprement dite de l’Assomption, l’hunu lie est plutôt décevante, elle renferme, pur contre, de précieuses données sur d’autre* po |m< t’·· ologie. Tour u abord, l'viuleur sc fait de lu Mère de Dieu 824 une très limite Idée. Dès l'exorde, Il la salue comme la maîtresse et la bienfaitrice du monde entier. Il pro clame ensuite son absolue impeccability, mais sur­ tout il met en relief la maternelle tendresse de son cœur pour les hommes et son rôle de médiatrice uni­ verselle, Les apôtres et les fidèles, qui l’entourent ù scs derniers moments l’appellent leur mère. Quand ils arrivent à sa maison, les onze lu saluent tons par ccs mots : « Bienheureuse Marie, Mère de tous ceux qui sont sauvés, la grâce soit avec vous. » Saint Pierre, dans son discours, dit d’elle : « La lumière de sa lampe a rempli toute la terre, et elle ne s’éteindra pas jus­ qu'à lu consommation du siècle, afin que tous ceux qui veulent se sauver reçoivent d’elle courage et confiance, ίνα πάντες cl β^υλόμενοι σωΟήναι Χάβοτι θάρσος ές αύτής. » Ailleurs, elle est déclarée · respi­ rante de nous tous, σύ γάρ εΐ προσδοκία πάντων ήμών » Le titre de Mère des hommes donné à .Marie «t devenu banal pour la piété moderne. Il est plutôt rare dans l’ancienne littérature byzantine. Pour la piété byzantine, la sainte Vierge est surtout la Maîtresse et l'impératrice, ή Δέσποινα, ή βασίλισσα. Un des charmes du discours de Jean de Thessaloniquc est Justement cet accent de piété filial· envers Marie. La primauté de saint Pierre sur les autres apôtres a été rarement exprimée avec autant de netteté dans un document oriental, qu’elle l’est dans notre homélie. Dans le collège apostolique réuni autour de Marie, Pierre occupe toujours la première place. C’est lui qui parle le premier, lui qui prend toutes les initia­ tives, lui à qui les autres défèrent les rôles les plus honorifiques. D’un bout ù l’autre du discours, règne le sens de 1a hiérarchie. Quand Marie dit à Juin : « Mon enfant, prends celte palme, tu la porteras devant ma couche funèbre, suivant qu'il m’a été dit, » l’apôtre bicn-aimé répond aussitôt : « Je ne. puis la prendre en l’absence de mes conpôtrcs, de peur qu’à leur arrivée, il ne s'élève parmi nous des murmures et des plaintes; car il y en u un parmi eux qui est plus grand que mol el qui a été établi sur nous. έστινγάρ με.ζωνμου έν αυτοΐς, κατασ-.αΟεΙς έφ'ήμάς. » Ce quelqu'un» c’cst saint Pierre, comme Jean le déclare plus loin, lorsque le prince des apôtres veut lui faire porter la palme : « Tu es notre père et notre évêque; c’est toi qui don marcher en tête en portant lu palme et en entonnant la pjalmodle. · Dans le petit discours que l’orateur met sur les lèvres de Marie, au moment où parents et connais­ sances sont rassemblés autour d’elle, nous lisons que deux anges» l'ange de la justice et l ange de la malice, viennent vers chaque homme, au montent de la mort. Si le moribond est un Juste» l'ange de la Justice se réjouit et une multitude d’autres anges se joignent à lui pour transporter fame du défunt dans le séjour dei Justes. Si, au contraite. Il s’agit d’un pécheur, c’est l'ange de la malice qui triomphe U qui prend avec lui d’autre* démons pour emporter l’âme criminelle et la torturer, tandis que l’ange de lu Justice éprouve une vive douleur. I n rétribution Immédiate aussitôt après la n ort, déjà allirméc dans le passage qu’on vient de lire, est encore plus clairement enseignée dans le discours de samt Pierre à la fouie. La mort est pour tous la fin du mente cl du démérite. L< pécheur, celui qui n'a rien de la justice, ό μηδέν ίχων τής δικαιοσύνης, est trans­ porté sans retard dans le lieu du supplica, Celui, au contraire, qui a fait des oeuvre»· de Justice, est placé dans le lieu du repos. Aucune allusion directe au purgatoire. Signalons i’nflirmnUon du péché originel dans le ’ dCiSainl u lOTC : lrrllë à ï’^iginc par k pttht d Ad.un, l )ieu dui^a lo premier homme dans I cc monde, . où nou> hnblton» nous mêmes, comme 825 JEAN DE TIIESSALON IQUE (SAINT) étant sous le coup do la colère et en état d'excommu­ nication. » Cc qui est moins orthodoxe, c'est la théorie de la corporéité relative de l’Amc humaine, qui reparaît dans cette homélie, comme nous l’avons trouvée dans le passage cité au Vil· concile œcuménique. Les apôtres voient l’Amc de Marie sous la forme d’un corps humain intègre, πεπληρωμέ^η π5 nv τοίς μέλεσιι τοδ άνθρώπου, χωρίς μόνου του σχήματος τη; Οη'χίας ζαΐ του δρρενυς. Il est vrai que I authenticité de ce passage pur ut dont eu e. Jean semble aussi enseigner la trichotomie, et mettre une distinction entre l’âme, ψυχή, et l’esprit, πνεύμα. Il compare l’homme à une lampe à trois mèches, τρίμυςος λαμπάί, qui sont le corps, l’Amc, et l’esprit. Nous avons donné au cours de l’article, le* Indication» relatives aux œuvres de Jean de Thc*sal Hurter. Nomenclator, 3· édit., t. n.col. 1155 et 1165, note. \ . Orlet 75. JEAN ITALOS, c’est-A-dlre Jean Malien, l'un des principaux rcprésentantsdu mouvement philo­ sophique à Constantinople durant la seconde moili du xi· siècle. Né en Calabre, comme il l'adh me lui-même, et non point en Lombardie, comme quelques-uns l’ont cru en sc méprenant sur le sens byzantin de Lnngobardia, il suivit son père dans une expédition mili­ taire en Sicile; mais n*ayant aucun goût pour le métier des armes, il abandonna bientôt sa patrie pour se rendre à Constantinople et s'y perfectionner dans les sciences. Michel Pscilos occupait alors la chaire d· philosophie dans une sorte d'académie ou d université embryonnaire créée par l’empereur Çqnst no tin Monomaque (1012 1051). Jean suivit scs le nn% puis il lui succéda, ('robablcmcnt à l’avènement de Michel Ducas (1071 107.8), qui avail clé SOD élève. Esprit curieux et turbulent, passionne pour la mét aphysique, ivide de solutions net les non seulement pour les graves problèmes de la destinée humaine, mais encore pour les augustes mystères du christianisme, il ne tarda pas A entrer en conllil avec l’autorité ecclésiastique. On ouvrit une enquête canonique contre lui dès Î(i77. mais la protection dont il jouissait auprès des grands de la capitale le préserva alors de toute sanction. 11 en fut autrement sous .Alexis ltr (Zomnène (10814118), désireux sans doute de (aire table rase de tous les personnages influents de l’ancien regime. Par un décret du mois de mars 108*2, le nouvel empereur ordonna au patriarche Eustratlos Garidas de reprendre au plus tôt l'examen de la doctrine d‘Halos. On la condensa en onze articles, qui furent solennellement analhémallsés le 13 mars, dimanche de l’Orlhodoxle, en présence du professeur coupable. Puis, les 20 et 21 (lu mémo mois, le synode se réunit de nouveau pnur délibérer sur les mesures Λ prendre contre les disciples du philosophe et sur certains points de sa doctrine non encore pleinement élucidés. L’empereur lui-même les avait résumés dans une « Note impériale » dont le synode prit d’abord connaissance. Celte pièce est fort instructive et nous renseigne très exactement sur la première phase do ce long procès, qui se termina par la condamnation de neuf aéélcles, quTUIos reconnut comme siens, et parla défense qui lui fut intimée, sous peine d’expulsion, d'enseigner déso mais publique­ ment ou en particulier. Le dixième article, relatif à une insulte sacrilège que le philosophe se serait per­ mise envers une hn igc du Christ tut provisoirem mt écarté comme non prouvé. Par une séance synodale 827 JEAN ITALOS JEAN IV LE JEUNEUR tenue le 11 avril suivant, on volt qu'Italos avait été relégué dans un monastère et que la plupart de ses disciples avaient réussi ά se justifier. Mais le dossier est évidemment Incomplet, les derniers feuillets du manuscrit qui le contient ayant disparu. On lit encore aujourd'hui, dans le Synodikon du dimanche de l’Orthodoxie, les dix articles dogmatiques contre Halos. Il y est accusé : 1° d’avoir voulu expliquer par le raisonnement l’union hypostatique; 2° d’avoir renou­ velé les opinions des anciens philosophes grecs, sur I’ftme humaine, le ciel, la terre et les créatures; 3° d’avoir enseigné la métcmpsychose, et par suite d’avoir nié l’immortalité de l’âme humaine et la vie future; 4e d'avoir repris Λ son compte la théorie de Platon sur l’éternité de la matière et des idées; 5° d'avoir mis bien au-dessus des docteurs ct des saints les anciens philosophes et les hérésiarques condamnés par les sept conciles; 6® d'avoir nié la possibilité des miracles du Christ et des saints; 7° d’avoir considéré les lettres profanes non comme de simples éléments de formation intellectuelle, mais encore comme les dépositaires de la vérité; 8e d'avoir cru aux rêveries platoniciennes sur les idées et leur union substantielle avec la matière; 9® d'avoir prétendu que les hommes, lors de la résur­ rection future, ne reprendront pas les corps qu’ils auront tus durant cette vie, mais d'autres; 10® d'avoir propagé les erreurs des anciens sur la préexistence des âmes, lu non-éternité des peines de l'enfer, la formation d’un monde nouveau et la négation de la création. Un onzième article, qui a disparu depuis longtemps du Synidikon, condamnait nommément Jean Halos et ses disciples; j’en ai retrouvé le texte dans un manus­ crit de l'Lscurial, mettant ainsi fln aux hypothèses des critiques sur le véritable objet de ce dernier paragraphe. L’excès de la dialectique avait, on le volt, entraîné notre philosophe dans un rationalisme forte­ ment teinté de platonisme. Les ouvrages de Jean Halos sont tous restés Iné­ dits. Les manuscrits nous ont conservé de lui : 1® Un recueil de réponses ft 93 questions posées par divers personnages, entre outres par l'empereur Michel Ducas Parapinakès (la cinquantième) ct par son frère Andionlc Ducas (la quarante-troisième); 2® Un commenlâire sur les livres II, III et IV des Topiques d Aristote, qui n'est qu'un plagiat du travail analogue d’Alexandre d’Aphrodislas; 3° Un commentaire sur le Dr interpretation' du même Aristote; 4® Un petit Ira.H d< dialectique adressé ft Andronlc Ducas, frère Bint de 1’cmpcrcur Michel; 5® Un résumé de rhéto­ rique; 6® Divers chapitres de logique, spécialement sur la matière ct les trois formes du syllogisme, sur les questions relatives au genre, sur les cinq univer­ saux, d'après V Introduction de Porphyre. Voir sur tous cet ou\ rages le Monacensls yr. 99, f® 279-447; le Vtndcbon. phil. 203, p 1-232; le Scoriul. X, 1,11, f® 80273; le Scoriul, Ω, 4, 14, I® Cl-91; le hlarclan. 26ô, le Vulic. 316 et 1457, les Parlsinl 1843, 2002, et 656 du Supplément grec, K Kiviuhacher, Geschlchlc der by tant In lichen Lilleraïur, Ulrich, 1897, p. 445. Ajouter : Th. Ouspcmldj, J >u ce au premier cm pin bulgare (ux rus»c), Odessa, 1879, p 1-10 de l'appendice; du ni»me : Actes du procès de Juin llol· t pour caute c’bénsle dons le* Notices de Γ Institut •teheob y t russe de ( < ivtunlinoplr(en ruwtc), OUme philo ajphico-lheulvgt que, , cc qui lui attira immédiatement les protestations du pape Pelage, comme on le \oil par les lettres de saint Grégoire le Grand. Mansi, ConciL, t. ix, col. 1214. SI deux pape» ont agi de la sorte, si saint Grégoire le Grand n’a cessé de protester pour faire renoncer le patriarche ft ce titre, c'est que Jean prétendait bien ft une juri­ diction plus ou moins exclusive sur tout (Orient. Malgré les remontrances pontificales, il n'en continua pas moins de s’appeler patriarche œcuménique jus­ qu’il sa mort, S. Grégoire, EpisL, vii, 4, P. h., I.lxxvii, col. 857, ct le titre est resté ft ses successeurs, en dépit de tous les efforts tentés par Rome. Voir Cons­ tantinople (Église de) t. n, col. 1133-1135. La querelle suscitée par les prétentions de Jean le Jeûneur au litre de patriarche œcuménique ne fui pas la seule dlfliculté qui le mit aux prises avec saint Gré­ goire le Grand. Vers 591, celui-ci avait demandé au prélat byzantin des explications au sujet d’un prêtre nommé Jean et de plusieurs moines d’isauric, accusé» d’hérésie, dont l'un, Anastase, qui était prêtre, avait été roué de coups dans l’église de Sainte-Sophie. Jean le Jeûneur répondit «ju’il ne savait pas de quoi il s'agissait. Saint Grégoire le Grand lui répliqua assez vertement : < J'ai été fort surpris de la réponse que vous m’avez faite; si vous dites vrai, qu’y a-t-il de pire que de voir les serviteurs de Dieu ainsi traités, sans que le pasteur qui est présent en sache rien? Mais si vous le savez, que répondrai-je ft cela, tandis que l’Écriture dit : < La bouche qui ment tue l’ftmc? i Est-ce là qu’aboutit voire abstinence? Ne vaudrait-il pas mieux voir entrer de la chair dans votre bouche, que d’en voir sortir un discours faux, où l’on se joue du prochain ? * EpisL, in, 53 P. L., L lxxviî, col. 648. L empereur «Maurice avait prêté ft Jean le Jcûncui une somme considerable pour scs bonnes œuvres ct le patriarche lui avait fait une hypothèque sur loin scs b.vus. Or, après sa mort, on ne trouva chez lift I qu une couchette de bois, une mauvaise couverture I cl un manteau usé. L i anpcreur, plein d'adimratioD 829 JEAN IV LE JEUNEUIl — pour cette pauvreté ct cotte austérité, déchira l'obllgallon et flt transporter au palais le pauvre mobilier, C'cSt du moins cc que raconte Théophylacte, d’après la tradition de son temps, llist., vu, G, édit, de Boor, 1887, p. 254-255, Jean le Jeûneur mourut le 2 sep­ tembre 595 Dans la lettre que saint Grégoire le Grand écrivit à l’empereur Maurice pour le féliciter du choix qu’il avait fait de Cynaquc comme patriarche, Il qua­ lifie d'heureuse mémoire Jean, le prédécesseur de celuici. EpisL, vu, 3G, P L., t. lxxvii, col. 859. Si l’on ne veut pas ne voir là qu’une formule officielle, il faut admettre que tout en cherchant à faire respecter les droits de 1 Église romaine contre les prétentions du Jeûneur, le pape ne méconnaissait pas pour cela ses vertus réelles. L'Église grecque honore Jean le Jeûneur comme un suint et le fête, le 2 septembre. L’Église russe lui a voué un culte tout particulier. Jean le Jeûneur ne semble pas avoir été un grand théologien. Saint Isidore de Séville, De viris illustr., 39, P. L., t. Lxxxiu, col. 1102, ne lui attribue qu'une lettre, perdue aujourd'hui, écrite à saint Léandrc, au sujet du baptême. 11 n’y disait rien de nouveau et se contentait «le rapporter les témoignages des anciens sur les trois immersions. On a souvent attribué à Jean le Jeûneur d’autres ouvrages : une homélie assez longue sur la pénitence, la commence et la virginité, une autre sur les faux prophètes ct les faux docteurs, un pénitent ici ct un discours dans lequel 11 prescrivait l’ordre à suivre dans la confession des péchés. Les deux homélies sur la pénitence ct les faux prophètes ont été attribuées aussi à saint Jean Chrysostome, mais on a reconnu qu’elles ne sont pas de lui. La seconde ne semble pas être de Jean le Jeûneur, à cause de son style incorrect et rampant. La première est bien supérieure. Montfaucon, suivant en cela Vosslus ct Pearson, la croit de Jean le Jeûneur. On la trouve duns P. G., t. lxxxvui, col. 1937-1978. Le pénitentiel a été imprimé à Paris, en 1651, par Morin, qui doute cependant qu’il soit de Jean le Jeûneur. Cet ouvrage contient en elTet des prescriptions inconnues au vi· siècle et qui le reporterait au vm·. 11 est dans P. G., t. lxxxvui, col. 1889-1918. On trouve aussi dans le Σύνταγμα των Ιερών κανόνων de Blialli ct Potli, Athènes, 1854, t. iv. p. 432-445, un résumé des canons de Jean le Jeûneur par un certain Mathieu, Imprimé d’n; ris les mss 24, J/, 58 et 37 de la Biblio­ thèque iinpi. de de Vienne. Quant au discours sur l'ordre à garder dans la confession des péchés, cc doit être un extrait du pénitentiel et qui ne peut guère remonter à Jean le Jeûneur. Le cardinal Pilra a recueilli ces deux ouvrages dans le Spicilegium Soles· mense, t. tv, p. 416 444. En résumé, en dehors de la lettre à saint Léandrc, que nous n’avons plus, on ne peut lui attribuer que l’homélie sur la pénitence, encore n’cst-ce pas sans quelque hésitation. Baron lus, Annales, ad an. 595, et le· critiques de Pari ad hune h'cu/n; ( chUcr, Histoire ptntratr des auteurs eccp\iustl· que^, 1730, t. xvn, p. 123-126; Fnbrichis. üibtùdlirca gruca, 1721, t. x, p. 164-1G7; Krumbacher, Getchlchlr der bgtaniinichrn LlUcraliir, 1H97, p. 144; Mmul, Conr/L, t.ix, col. 1214; P. G., t. lxxxvni, col. 1889-1978; fUmlll ct Potli, X jv ·· μα L *.euv κανόνων, 1854, t. ïv, p. 432-445; Pilra, Spicih gitan Solesmense, 1838, t. iv, p. 416-444. R. Janin. 77. JEAN LE SCHOLASTIQUE, ou Jean d'Antioche, patriarche de Constantinople de565 à 577. historien ct canoniste. Dans un remarquable article publié par la liyzantinische Zeitschrift, l900,t.ix,p. 33735G, J. Haury a prouvé que l’bUtonen Jeun Malalas doit être identifié avec le canoniste Jean le Scholasti­ que. Mtdûl < n syriaque signifie rhéteur, non point dans le sens m «hn;nrc du mol mais dans la signi iica lion spé­ ciale qu d avait alors, celle d’avocat, cl le mot de scâo- JEAN LE SCHOLASTIQUE 830 la&tique a exactement le même sens. Il v a doneldentité de nom. Faut-Il admett re aussi l’identité des personnes? Assurément. Historien et canoniste sont originaires d'Antioche, ont vécu à la même époque, ont achevé leur existence à Constantinople, ont fréquenté les mêmes souverains, ct manifesté des tendances d’esprit analogues. Sans insister ici sur les multiples arguments de cette lumineuse démonstration, nous nous borne­ rons ά en enregistrer le résultat La carrière de Jean peut donc se résumer comme il suit. Né à Sérémlos près d’Antioche, il était flls d’un ecclésiastique, mais il n’entra lui-même dans le clergé que fort tard, alors que vers 550 le patriarche d'Antioche Domnos (allas Dominos) voulut l’envoyer à Constantinople en qua­ lité d’apocrisiaire, c’est-à-dire de légat permanent. Jusqu’à cette époque, tout en exerçant la profession d’avocat, il avait écrit une histoire universelle, cellelà même qui a été publiée sous le nom de Jean Malalas, et dont les dix-sept premiers livres ont certainement été écrits à Antioche vers 518. Les livres suivants sont d’un ton et d’un style bien diflércnts; Ils ont été com­ posés à Constantinople à partir de 552. Le récit s’arrête au 7 décembre 574, et l’on sait que l’auteur, devenu dans l'intervalle patriarche de Constantinople (15 avril 565), est mort le 31 août 577, après deux ans de maladie, assure l’historien Jean d’Énhèse, IL 26. Il était donc tombé malade à la fin de l’été de 575. On conçoit dès lors qu’il n’ait pas poussé sa chronique au delà du 7 décembre 574, date à laquelle Justin 11, devenu fou, avait dû ronfler la régence de l’emp rc à Tibère. L’unique manuscrit qui nous ait conservé la chronique de Malalas étant tronqué de la Fin, c’est sur un abrégé latin de cette chronique, le Chronicum Palatinum, tiré du Vaticanus Palalinus 277, que s’appuient les observations qui précèdent. Le chro­ niqueur latin ne parle pas de la folie de Justin, mais seulement d’une paralysie des jambes. Or c’est là un euphémisme habituel cher. Malalas quand il parle d’autres folles de souverains. S’il s’est servi de li même expression pour Judin, comme on n’en saura t douter, le chroniqueur latin étant incapable d’avoir inventé de telles locutions, c’est que Malalas avait de sérieux motifs de ménager ia réputation de l’empe­ reur : nouvelle preuve qu’il n’est autre que Jean le Scholastique, devenu patriarche de la capitale, grâce à Justin H, S’il est mort en 577, Jean a du uadrv vers 503, c’csl-à-d rc la douzième année de l’empereur Anastase (491 518), époque à laquelle s’ouvre la seconde partie de sa chronique. L’examen de cette dernière étant étranger au but de ce dictionnaire, Il nous suffira de renvoyer à l’excellent article que lui a consacré K. Krumbacher, Geschtchte der byzanttntschen Litterator, Munich, 1897, p. 323-334. Gomme théologien, Jean le Scholastique paraît avoir tenu le milieu entre les nestoriens et les mono· phyxites. Nous ne connaissons que par Photius» cod. 75, son Dis^ows ente n tique sur la Trinité. P. G,, L cm col. 210. On lui attribue aussi une Mystujogia, aujourd'hui perdue, asset semblable, observe Jean do Nikiu, au livre de Mennas, sur lequel on peut voir Mutui, Concit., t. xi, p. 525 et 530. Il aurait été de la sorte un précurseur du monothéhsinc. Cette préoccu­ pation de ménager les deux partis opposés no surprend pas chez cet homme, que Baronius traite de nnndt· nalor rerum sacrarum, car en lui le servilisme égalait l’ambition. La Mqstagoyia aurait été écrite en 565, au début par consequent du patriarcat «!o Jean, pro­ bablement dans lo but de concilier au prélat la faveur de tous. Mais c'est surtout comme canoniste que Jean lo Scholastique se recommande Λ la postérité. Deux élé­ ments essentiels sont entré* dans la formation du Corpus juris canonici de I Eglise grecque : les canons, I 1' i Ml 831 JEAN LE SCHOLASTIQUE œuvre des condies ct des grands docteur*, et les lois sur les matières ecclésiastiques, émanées des empe­ reurs chrétiens. Ces matériaux, on sentit de bonne heure le besoin de les réunir, de les abréger, ct de les coordonner en un ensemble méthodique. Dès le règne de Justjnirn. probablement en 535, un autrui inconnu avait distribué tous les canon*, en 60 litres par ordre de matière, avec un appendice comprenant les 21 cons­ titutions impériales relatives aux choses ecclesias tiques d’après Je Cocfrx repetitæ praleclionis, lib. I, lit. ι-χιν. C’est ce travail que Jean d'Antioche entre­ prit de perfectionner, d’abord en y introduisant les canons de saint Basile, non compris dans la collection des 60 titres, puis en groupant les canons en un ordre meilleur, enfin en réduisant les titres à 50. Son œuvre porte le titre suivant : Collectio canonum ecclesiasti· rorum in L titulos divisa. Elle a été publiée pour la première fols par G. Vcrl! ct H. Justel dans leur Biblio­ theca juris canonici veteris, Paris, 1661, t.n,p. 499-660. I ous les manuscrits qui nous l’ont conservée donnent a l'auteur les litres de scholastique et de prêtre d'Antioche; le recur. 1 a donc dû être composé vers 550 A Ant ochc, avant le départ de Jean pour la capitale en qualité d’apocrlsialre du patriarche Domnos, et après son ordination sacerdotale postérieure à 548. A cc premier recueil strictement canonique, Jean ajouta plus taid un supplement emprunté, tantôt littéralement, tantôt en abrégé, aux novelles 6, 5, «4, 16, 120, 56, 57, 3, 32, 131. 67. 123. 83. ct divisé en 87 chapitres sons le litre : Ex editis post codicem sacris novellis eonsfitullbnibus Justiniani divir memo· rise diverses constitutiones, cic. Les mots de divie memo· rlir indiquent clairement qu’il s'agit d'un travail pos­ térieur Λ la mort de Justinien survenue le 14 no­ vembre 565. Jean était donc déjà patriarche, quand 11 le compilait, et ce seul détail montre qu’il s’agit d'un supplément, et non d’une partie intégrante de la Collectio canonum. On désigne communément ce second recueil sous le nom de Collectio LXXXVII capitulorum. Il a été publié pour la première fois par G. E. Heimbach, Anecdota, Leipzig, 1810, t. n, p. 202234, ct réédité par Pitra, Juris ecclesiastici Grœeortim historia cl monumenta, Home, 1868, t. u, p. 385-405. La plupart des mss. contiennent,en l’attribuant encore à Jean le Scholastique, patriarche de Constantinople, un recueil intitulé : Alia capita ecclesiastica efusdem novdtæ constitutionis. On le trouve dans Vœll et Justel, up. cit., p. 660-672, ct en abrège dans Pitra, up. cil., p. 106-407. Comme ces chapitres, au nombre de 22, se retrouvent tous sous la même (orme dans la collection des 87 chapitres, on a supposé que c’est une première ébauche de celte dernière collection. C'c*t du moins l'avis de Pitra; mais Zacharie de Lin­ gent hal estime avec plus de raison que ces 22 chap très faisaient p artie d’un Nomocanon de 50 litres, difiércnt de la col le lion de Jean d’Antioche. Noir sur le* travaux » unoniques de notre auteur, Fr. Blener. De tv licet ion i bus t a nu iuj ni Ecclesiae grarese, Berlin, 1827, p. 12-11; Zuchnrlc de Ltngrnthal. Jtislorla· piris grrco-runmni delinrutio, Heidelberg, 1839, p. 32-33; Die jrirchlschrn Nomocanonrs, dans les Mémoires dr t*Académie Impériale des sclents dr St-Pcttrsboura, 1877. t. xxm, n. 7, p. 4-5; Pitra. «p cil., p. 368-374. Chez ce dernier, In collection des 50 titres n’est pas publiée intégralement, mais seulement en partie, p. 375-385* L. Petit. 78, JEAN LE TEUTONIQUE. Voir Jean db Naples. 7Θ. JEAN MAUROPUS. Voir Mauropus. 80. JEAN PHILOPON i savant, grammairien, pl d'»M>phe et théologcu du vi· siècle. L Vie. IL Œu­ vre·. Ill Enseignement Ihéolog que. — JEAN PHILOPON 332 I. Vie. — Nous ne savons à peu près rien de la vie de Jean Philopon. Nicéphore Cal lis te, H. E., I XVIII, c. xlvii P. G., t. cxlvii, col. 421, nous assure qu’il était d’origine alexandrine, ct l'on peut le croire sur ce point, mais il sc trompe certainement en en faisant, après Pliotius d'aille irs, Cod. 240. P. G., t. an’ col. 1208-1213, I* contemporain de Sergius de Cons­ tantinople (610-639). En réalité, Jean a vécu un siècle plus tôt, comme on peut s'en assurer par diverso allu­ sions très précises contenues dans ses ouvrages. Au quatrième livre de scs commentaires sur la physique d'Aristote, lorsqu'il commence à parler du temps, le commentateur écrit : » Nous sommmes maintenant en l’année 233 de l’ère de Dioclétien. » Celle date corres­ pond û l’année 517 de notre ère. Le nombre 233 σλγ'ββΐ celui que fournissent les meilleurs manuscrits. Quelques-uns portent le chiffre 333, τλγ', qu’avalent reproduit les anciennes éditions. Dans son traite sur l’éternité du monde contre P oclus, Philopon écrit: « De nos jours, en l’année 245 de Dioclétien, les sept astres errants se sont trouvés réunis dans la constella­ tion du Taureau. > L'ouvrage a donc été composé peu après l’année 519. Le traité sur la création du monde est dédié à Sergius, patriarche d’Antioche, qui présida aux destinées de celle Égl se de 546 Λ 519: c’est donc durant cet intervalle de temps que fut composée l'exégèse de Jean. 11 faut par suite renoncer aux anciennes légendes qui font de Jean un contemporain de la prise d’Alexandrie par les Arabes (6H), qui racontent ses vains efforts pour la conservation de la célèbre bibliothèque, ou même qui prétendent con­ naître sa conversion à l’islamisme. Cf. FabriciusHarles, Bibliotheca gncca91. x, p. 639 sq. Les dates principales de la vie de Philopon peuvent être ù peu près établies de la manière salvant*. En 517 se place, comme on l’a dit, le commentaire sur la physique. En 529, le De sciernilate mundi, qui est peutêtre son plus ancien ouvrage personnel. Vers la même époque, on doit mettre la controverse avec Sévère d* An Loche, (S Idas, sub verbo Ιωάννης) ct le traité de Universali cl particulari adressé à Sergius, qui n éta t encore que prêtre à ce moment. Sergius fut ordonné patriarche d'AnUoche en 646; c’est peut-être à su requête que Jean écrivit son principal ouvrage théologique le Δναι η ής ainsi que les deux apologies rédigées pour détendre ce livre. On ne sait pas au juste Λ quel moment précis Phi­ lopon s’avoua manifestement trithéisic, mais cc fut sûrement avant le milieu du vP s êcle. car Mar Abas, primas Orientis, qui mourut en 552 était converti a cette doctrine. Λ - >émnni, Bibliotheca orientalis, t. u, p. 411. Sans doute son enseignement fut-il la raison pour laquelle Justnnen le somma de venir ù Constan­ tinople, Jean s’excusa, par lettre, de ne pouvoir faire cc voyage. Assénmnl, ibid., t. ni, p. 252; A. Mai, Spicilegium Romanum, t. m, p. 739. Nous ne savons plus rien de précis sur Philopon jus­ qu'en 568; à cette date, Jean de Constantinople ayant prononcé un discours sur lu sainte Trimté, Philopon lui répondit par un βιβ ι3ά>ιον que connaisse l Pholius. Jean Ph lopon dcvu.t être alors 1res âge. Au dire de Nicéphore, // E., xvni. 48. il fut contemporain de Georges de P s die, dont le* travaux parurent sous le règne d’Héraclius (610-640) : on peut conclure de cette donnée, ri elle est exacte, que Jean mourut aux environs de 580. La réputation «le Jean est due surtout à son amour pour le iras a l.par où il merit a son surnom de φιλόκον'.ς. Aucune des sciences humaines ne semble lu. avoir été étrangère; ct il tient une place Importante dans I mouvement plulosophi que et < eiitlfiqucdeson emps, Dr < pie d Ammonlus hls d Hcnn as, oui ζξανδρέως του φύ.οπό νου έκ των συνουσιών ’ Αμμωνίάν τού ’Βρμείου σχολικοί άποστ μειώσεις ctç τάς 'Αρίστυτέλοος δεκά κατηγορίας. Cf. Fabricius-Harles, Riblloth. gneca, t. x, p. 645. 2. In Analqtica priora σχολικοί ϊποτςμειώτεις be των συνουσιών ’Αμμωνίου τοϋ Έρμείου μετά τινων Ιδίων έπιστάσεων, édit V. Trincavell, Venise, 1536. 3. In Analytica posteriora, etc..., édit. V. Trincave­ ll, Venise. 1534. 4?Ιωάννου γραμματικού ύπόμνημα είς *ά περί φυσι­ κής τέτσαρα πρώτα βιβλία του Άριστο τέλους. loannls grammatici in primos quatuor Aristotelis de naturalis auscultatione libros commentaria, édit. Trincavell, Ve­ nise. 1535. De cette édition grecque, Girolamo Doroleo de Venise donna une traduction latine en 1539 (?) puis en 1542. Une seconde traduction latine, qui n’était d'a.llcurs qu’une révision complète de la précédente parut en 1569 à Venise, par les soins de Giambattista Bassario, médecin à Novare. Cf. P. Duhem, op. ciL, 1.1, p. 314, note 5. La plus récente et la meilleure édi­ tion grecque du commentaire sur la physique est celle qui a paru dans la collection des Commentaria In Aristotelem græca, Berlin, 1887 sq., t. xvi et xvn, par les soins de J. Vitelli. Cet ouvrage, ignoré à ce qu’il semble, des écrivains occidentaux du moyen Âge, est l'un des plus Important > qui soient pour nous taure connaître les théories physiques en vogue à l’époque de son auteur. Nous en possédons les quatre premiers livres en entier, et des fragments assez peu considé­ rables des quatre derniers 5. In llbrum prlmum meteororum llbrl III, Venise, 1551. 6. In Ubros très de anima commentarii [ubi libri sin­ guli in τμήματα, commentarii ipsi in Οε >ρίας sive I us iores disputationes et πράξεις sive tectiones verba philosophi brevi explicatione illustrantes a Phitopono divisi juerant] édit. V. Trincavell, Venise, 1553. 7. In libros duos de generatione et interitu, cum prxfattone Er. Asulani, Venise, 1527. 8. In libros quinque de generatione animalium scholia Philoponi. L’authenticité de ce dernier commentaire est au moins douteuse. Hurles, Diblioth. grxca, t. x, p. 617, note y, les attribuerait plutôt à Michel d’Êphèse. 9. In Ubros XIV metaphyslcorum (έξηγήσενς των μετά τά φυσικά Άριστοτέλου; άπδ του Φιλοπονου Ίωά νυυ] latino interpreta vit Fr. Patricius, Ferraro, 1583. Cette longue énumération suffit à montrer l’activité de Philopon. 11 n'est pas impossible que l'authen­ ticité de l’un ou de l’autre des derniers commenta res cités doive être définitivement rejetée; mais il reste que notre auteur, est à compter parmi les plus impor­ tants exégètes de l’œuvre aristotélicienne. 3e Écrits scientifiques. — On cite sous le nom de Jean Philopon deux livres do science pure : un Irii lé Sur l'astrolabe, édit. H. Hase, dans Rheinisches Mu­ seum, 1839, t. vi, p. 127-171; et un commentaire sur le premier et le second livre de l’arithmétique de Nicomaque de Gérasa; édit. Rich. Hoche, 2 fasc., Lelpz g, 1864; Berlin, 1867. 4e Écrits thMoglques. — Les œuvres théologique· de Philopon sont ns^ez variées. L'écrivain s’intéresse A tous les sujets, depuis la création du monde Jusqu’à la résurrection des morts; depuis les statues des idoles jusqu’à la nuluic divine. VIIL — 27 835 JEAN PHILOPON 1. Le plus important de ces ouvrages est celui qui portait le titre de Διαιτη ής ( L’arbitre ένώσεως. Il comprenait dix livres» Nicéphore Calhste, H. E, XVIII, χι,νπ, P. G., t. cxlvii, col. 424, mais n’était pas rédigé en tonne de dialogue, comme on Ta parfois soutenu (ainsi Ph. Meyer, art. Johannes Philoponos, dans Itealencijclopddie, t. ix, p. 311, L 19). Saint Jean Damascène, De hœres., 83, P. G., t. xav, col. 744-755, en cite deux fragments dans le texte grec : l’un pro­ vient du 1. IV (incip.: ο γάρ κοινός καί καθόλου της του άνΟρώπου φύσεως λόγος. Des. : ταύτη φαμέν δύο τινών είναι); l’autre, le plus considérable, du 1. VII (incip. : Ιβ$ >μό; έστι λόγος. Des. : ούδέ κατά τούτο αν οιαφέροιεν). Une partie de ce même passage (Incip. : ούχούν έκαστη φύσις. Des. : ήν μόνην έζ τ.ασών ό λόγος προσείληφε) est reproduite par Nicéphore Callisto //. E., ibid, P. G., t. cxLvn, col. 425-428, avec quelques omissions et quelques variantes. L’ensemble du texte original a disparu; mais l’ouvrage entier s’est conservé dans une traduction syriaque qui figure dans un ms. du British Museum : Wright, Catalogue, t. n, p. 587; cf. t. i, p. 114 ct 388, ct dans un ms. du Vati­ can. Assémam, Biblioth. orientalis, t. m, p. 250. Cet to traduction est encore inédite. Le Διαιτητής est un écrit consacré à l'examen des problèmes trim lai res et chrislologiques. Les textes conservés par saint Jean Damas­ cène sont relatifs à la définition do la φύσις et de Γύπόστασις. Nous les retrouverons en examinant renseignement théologique de Philopon. 2. Κεφάλαια δεκά καί έτττά πρός τούς άχεφάλους. Cet ouvrage avait été réfuté par un moine du nom do Nicias, dont Photius lisait encore le travail, Cod. 50. P. G., t an, col. 85» ct Jean avait l'occasion de le citer dans son Διαιτητή;. Suidas, Lexicon, sub verbo ‘Ιωάννης, signale parmi les livres de Jean un écrit contre Sévère d’Antioche (512-538); et Fabricius, Biblioth. græca, t. x, p. G52 pense que les dix-sept cha­ pitres contre les acéphales faisaient partie de cet écrit. K. Krumbacher, Gcschichte der byzantinischen LUteraiur, 2· édit., p. 53, indique comme renfermant les chapitres en question le cod. Vindobon. theolog. 196, f· 99 v°-130 Ve. 3. Κατά τη; αγίας καίοίκουμενικής τέταρτης συνόδου. Photius lisait cet ouvrage contre le concile de Chalcédoinc. Cod. 55, P. G., t. an, col. 97. L'écrit en ques­ tion était divisé en quatre parties et il s’efforçait de prouver, conformément à la tactique en usage chez les monophysltes, que la doctrine chalcédonlenne était identique à l’ensc gncmont de Neslorius. 4. Κατά των ενΟέως δυγματισΟέντων περί της αγίας καί όμοουσίου τρεάδος ύπδ τού έν άγίοι; Ίωάννου άρχιεπιτ κόπου Κωνσταντίνου π όλε ως τούάπδ Σχολαστικών Ouvrage attesté par Photius, d’après qui nous venons de citer le titre. Cod 75; P. G., t. an, col 240, mais perdu de même que le précédent. L'ouvrage de Jean le Scholastique, patriarche (intrus) de 565 à 577, auquel devait répondre Ici Philopon, était un Discours catη chétigue, prononcé en 566. Photius, id., ibid. L’écrit de Philopon serait donc l’un des derniers, sinon le dernier de sa longue carrière. Nous n’en connaissons nen, sinon que l auteur y citait des textes patriotiques, tout a fait étrangers à la question au dire de Photius. 5. Ll; τή Έ:αήμ;ρυν. M· ntionné par Photius, cod. 43, Ibi 76; et cod 240, col. 1208-1213, cet écrit est cité liabtuellement sous le titre ; περί κοσμοποίας λόγυι ζ' (Commentariorum in Mosaicam mundi crea· tionrin fibri septem). La première édition de cet ouvrage fut donnée par t ordier, Vienne, 1630, et re­ produite par Gallandi, Biblioth., t. xn, p. 473. L’édi­ tion I l meilleure est celle de G. Relchardt, Joannis Phlfoponi de opificio mundi libri Vil, Leipzig, 1897. Le traité est d» dié à S rglus, patriarche d'Antioche; 1 a doue été ccxit entre 546 et 519. Philopon y soutient 830 la thèse suivante : sans avoir l’intention de faire œuvre de physicien ni d’astronome, Moïse au premier cha­ pitre de la Genèse nous enseigne des vérités que la science des Grecs a retrouvées bien longtemps après lui; d’ailleurs là où son enseignement est en contradic­ tion avec la physique péripatéticienne, les hypothèses proposées par Moïse sauvent les apparences beaucoup mieux que celles d’Aristote. · Que personne, écrit-il, ne réclame de l'ouvrage de Moïse les considérations tech liques sur la nature qu’ont imaginées ceux qui sont venus après lui. Qu’on ne lui pose pas de questions telles que celles-ci : quels sont les principes matériels des choses? Vaut-il mieux n’en poser qu’un ou en admettre plusieurs? S’il y en u plusieurs, quel en est le nombre et quels sont-ils? Sont-ils les mêmes en toutes choses, ou diflérents en dos choses differentes? Quelle est la substance du ciel? Colle des êtres sublunaires en est-elle distincte? Les mouvements do ccs êtres sontils accompagnés de changements substantiels? Bref, qu'on ne lui pose pas toutes ccs questions conçues par ceux qui sont capables de s’enquérir curieusement de tout cela, puisque ceux-ci ne s’accordent aucunement, pour ainsi dire, ni entre eux, ni avec la réalité. Ce n’est pas le but qu'a visé l’admirable Moïse. Le pre­ mier, sous l'inspiration de Dieu, il s'est proposé de conduire les hommes à la connaissance do Dieu, ct de leur enseigner le moyen de vivre en conformité avec cette connaissance. Aussi cc qu'il a écrit, c’est tout ce qui contribue à cet objet; il a écrit par exemple que ce grand et brillant ouvrage qu’est l’Univers ne possède pas l’existence d’une manière automatique, qu’il n’est pas d’une essence supérieure et divine; mais qu’avant d’avoir été engendré par cc principe invisible el créa­ teur de toute** choses, avant d’avoir reçu la beauté qui se manifeste en lui, il n’était pas. » Op. cil., ï, 1; édit. Relchardt, p. 3. Parmi -es devanciers, celui que Philopon cite le plus volontiers est saint Basile; par contre il s’attaque très habituellement à l’exégèse de Théodore de Mopsuesto. Cf. Photius, Cod. 43, P. G., t. au. col. 76. Même du point de vue de la critique tex­ tuelle, l’ouvrage de Philopon n’est pas sans intérêt, car il signale fréquemment les leçons d’Aquda, do Symmaque et de Théodotion pour le premier chapitre do la Genèse. 6. Κατά ΙΙρόκλου περί άϊδιότητος κόσμου. La première édition de cet ouvrage fut publiée en 1535 à Venise par Trincaveli. La plus récente et la meil­ leure est celle de IL Rabe, Joannes Philoponus de 2/ternitate mundi contra Proclum, Leipzig, 1899. A Pro­ dus qui avait réuni dix-huit arguments pour démon­ trer l'éternité du inonde, Jean Philopon répond par autant de contre-propositions, dont chacune réfute un argument de Produs. L’ouvrage est long, ennuyeux quelquefois ; mais on y trouve aussi quelques vues inté­ ressantes. Proclus objectait par exemple que la créa­ tion introduisait un changement en Dieu, qui ne peut passer de la puissance à l’acte, ni produire par consé­ quent un monde dans le temps. Jean réund que Dieu est créateur par nature, έξις, sans l’être forcément en acte, ένέργεια : le fuit qu’il ne crée pas ne lui enlève nen de son caractère, pas plus que le maçon ne cesse d'être maçon s’il ne construit pas, le professeur d'être professeur s’il n'enseigne pas. D’ailleurs, le fait VIH, Stuttgart, 1903, p. 233-286, de C. Cipolla, Il traltalo DE MONARCHIA di Dante Aleghteri e Γopusculo DR po­ testate REGIA ET PAPALI dl Giovanni di Parlgi, dans Memorle delta H. Academia di Torino, 1er. II, t. xtn, 1892, p. 325-419, nous connaissons assez bien la doctrine de notre auteur sur ce point. Il se tient à égale distance du radicalisme des légistes de Phi­ lippe le Bel aussi bien que de la doctrine outrée de J. A. Fabrtcius-l larles, Bibliotheca gratta, Hambourg, certains de leurs adversaires. L'ouvrage témoigne 1807, t. x, p. 639-669; F. Trechsel, dons les Thtologlsche d’une lecture très étendue, assimilée par un esprit Studirn und K ri U ken. 1835, t. vm, p. 95-118; J. M. Schônclair et singulièrement vigoureux. Il sc trouve Imprimé fcldcr. Die Klrchengctchichle des Johannes non Ephesiu, Munich, 1862, p. 286-297; Stelnschnclder, Johannes Phldans Schradius, Syntagma tractatuum de imperiali loponus bel den Araben, dam Mémoires de PAcad/mte des jurisdictione, etc., Strasbourg, 1609, t. n, p. 113-151, Sciences de Sa InS-Pélen bourg, 1869, t. xm, p. 152-176; 220et dans Goldast, Monarchia S. H. Imperii scu de 224; 250-252; A. Stôckl, art. Johannes Phthponos, dam Jurisdictione imperiali regia et pontificali, Hanovre et K (rchmleslcon, t vi, col. 1748-1755; K. Krumbachcr, Francfort, 1611-1614, t. n, p. 108 sq. Gctchlchle der bgrantlnhehen Literal ur, 2· édit., Munich, 2° Par son traité De transsubstantlone panis et vint 1897, p. S3, 581-582. 621, 624; P. Meyer, art. Johannes (n sacramento altaris, Jean de Paris a pris place dans Phlioponos dans ia Bealeneyclopddle fur protestanlische Th eui^gle und Klrche, t. ix, p. 310-311 ; P. Duhein, Le sys­ l'histoire des doctrines théologiques. Cf. Euchahistème du monde. Histoire des doctrines cosmologiques de Platon tjb du xni· au xv’ siÊCLit, t. v, col. 1309 sq. Nous Λ Copernic, Part*. 1913, t. î, p. 313-321 ; 351-356; 361-371 ; n’avons pas à y revenir. Qu'Il nous suffise de faire 381-385 sq. ; 1914, L n. p. 108-112 ; 469-471 ; 494-501 et pass ; I remarquer, que pour juger équitablement la position U. Gbevaher, Bio-blbUographlr, 2* éditât, n.col. 2470 sq.; toute hypothétique de notre théologien, il serait indisT. W. Lavids, art. Joannes PhUoponui, dans Dien«nLsscnschalL t- IX, col. 1764-1795. Gustave BahdY. ■ 3· Dclcrmuialio de conlcssionibus /ratium, en m». : 841 JEAN QUIDORT .1 EKÉM IE. LE PROPHÈTE Oxford, Lincoln college. CW. 81; Laon, Cod. 27S; I Leipzig. Bibl. univers., Cod. lat. 102, f® 162 rM67 r*; I Vienne, 1 lofbibl., Cod. lat. 4127, f®. 211 r®-2!5 r®. Un ms. de ia Vaticane, Vat. lat. 1086, (·. 75 r® donne les Instantiœ M. Johannis de Poliaco cum responsionibus M. Johannis de Parysiis. 4° De adventu Christi secundum carnem et De Anti· I christo pillé plus tard par le dominicain Nicolas de Strasbourg. Cf. H. Déni fie, Der Plagiator Nikolaus von Strasbourg, dans Archio..., t. iv, 1888, p. 312-319; et une mise nu point de cet article par M. Grabmann, Neu au/ge/undene laleinische Werke dculscher Mystiker, dans Silzungsberlchte der bayer. Akadcmie der Wtssen* schu/len, philos.-philolog. und hist. Klasse, 1921, 2. Abhandlung, Munich, 1922, p. 44. Dans un article ! de V Archivum franciscanum, 1911, t. îv, p. 209-211, le P. Delorme, O. M. attribue le traité De adoenlu Christi A Huger Bacon; mais Grabmann fait remar­ quer avec raison que la tradit on manuscrite est manifestement pour Jean de Paris. 5° De un Haie esse et essentte in créaits. De yride super librum metheorum. Sermones. 6° Signalons comme particulièrement Importants au point de vue théologique trois ouvrages à peu près Ignorés. Le premier, le plus connu des trois, est le Corrcctorlum corruptorii, cf. M. Grabmann, Le Correc­ torium corruptorii du dominicain Johannes Quidort de Paris, dans la Revue néoscolastique, 1912, t. xix, p. 404-118. Contrairement à ce qu’affirme C. Oudin, ce corrcctolrc n'est pas l'ouvrage du meme titre imprimé sous le nom de Gilles de Rome, mais une œuvre net­ tement distincte qui se trouve dans de nombreuses bibliothèques. Voici quelques-uns des mss : Cod. Vat. lat. 869, (° 118 r®-151 Γ5; Erfurt, Amplonia,Cod. F, 79, f· 176 r°-266 r«; Bâle, Bibl. univers., Cod. B, III9 14, f· 1 γ·-31 r°; Admont.StiflsbibL, Cod. 60, i° 55 r*-74 r·; Münster, Bibl. univers., Cod. 175. Le P. Ehrlc fait connaître encore cinq autres mss. du même traité, Der Kampf um die Le lire des hl. Thomas, dans Zeils· chri/l /Ûr katholische Théologie, 1913, t. xxxvn, p. 286-189. Une étude approfondie du Commentaire de Jean de Paris sur les Sentences offrirait sans doute un réel Intérêt pour la connaissance de la théologie après saint Thomas. Cette étude est possible maintenant que nous possédons nu moins trois mss. de cette œuvre Importante : Bâle, Bibl. univers.. Cod. B, lll9 18; Adinont, Stiftsbibl., Cod. 60, f® l r®-52 r®; Vienne, I lofbibl. Cod. lat. 2165. D’après l’étude publiée par le Dr Grabmanni Studlen su Johannes Quidort von Paris O. Pr., même recueil que plus haut, 3 Abh, München, 1922, on peut dire que Jean de Paris est un théolo­ gien très personnel, d’une grande pénétration d’esprit; il fait Λ l’expérlenco une place marquée dans son œuvre. Fidèle disciple de saint Thomas, il s’en lient aux idées fondamentales du maître et sc range nette­ ment aux côtés d’Hervé Nédellcc, parmi les repré­ sentants les plus autorisés de sa doctrine. Cette Im­ pression est confirmée par une œuvre encore peu connue, le Quodlibetum Johannis Parisiensis, Paris, Bibl. nnt., Cod. lat. 14572, f® 1 r®-4 v·, que Grabmann attribue A notre théologien. P.-M. Schaff, O. P. JE ANSON· — Ce docteur en théologie, de la Faculté de Paris, qui vivait nu xvm· siècle, n publié des Dissertationes de praecipuis religionis fundamentis, scilicet de extstentia Del, de spirltualitate an inue, de existentia alterius post mortem viler, de necessitate religionis In genere et de panis inferorum veternis, ln-4®, Parisiis, 1750. Il se donne comme docteur et | théologien de l’Église métropolitaine de Paris. 842 JÉRÉMIE. Cette étude sur Jérémie comprendra trois parties. La première, col. 8-12-845, sera consacrée au prophète lui-même, et au milieu oô 11 a exercé son ministère. — La seconde, col. 846-868, traitera du livre de Jérémie, texte, (col 846), caractères généraux (col. 853), authenticité, (col. 854), âge respectif des diverses parties, (cul. 862), rédaction, (c t 866). — La troisième, col. 868-886, étu Ji».ra le contenu même du livre, spécialement les rapports du livre et de l’histoire (col. 868), et les enseignements doctrinaux qu'il com­ porte (col. 891). L Le pnopnftTB Jérémie. — Pour connaître le prophète Jérémie, sa personne et ton œuvre, la source A peu près unique, mais heureusement fort abondante, plus qu'en aucun autre recueil prophétique, est son livre lui-même. Jérémie, dont le nom fut porté par plusieurs autres personnages de l’Ancien Testament, mais de bien moindre importance, naquit â Anathoth,dans le pays de Benjamin ; c’était alors une ville fortifiée tans doute, aujourd’hui un petit village, du nom d’Anata, & une heure de marche environ de Jérusalem. Plus d’un pas­ sage des oracles du prophète semble bien une rémi­ niscence du paysage de montagnes qu’on y découvre. Jer., ni, 2, 21 ; vn, 29; xiv, 6. Son père, un prêtre du nom d'Helcias, qu'on ne sau­ rait identifier avec le grand prêtre qui découvrit dans le temple le livre de la Lol, IV Rcg , xxi appar­ tenait plus probablement à la famille d’Abiathar, des­ cendant d’Héli et destitué de ses fonctions de grand prêtre par Salomon qui le renvoya dans ses terres à Annlhoth. Ill Reg., n, 26, 35. Dans ce milieu de fortes traditions religieuses se forma l'esprit du jeune Jérémie. La date de sa naissance peut avec vraisemblance se placer aux environs de 650 : il n'avait pas, en effet, atteint In trentaine lors de sa vocation au ministère prophétique, la 13· année de Joslas en 626, Jer., i, 6; d’autre part, la durée de son activité, poursuivie jusqu’au delà de la ruine de Jérusalem pendant plus de 40 ans se concilie fort bien avec cette date. Des Pères de l’Église, saint Athanasc, saint Am­ broise et avant eux Origène; des théologiens, saint Thomas, Suarex; des exégètes, Knabenbauer, Fillion, appuyés sur Jer., r, 5, antequam exires de vulva, sanctiflcavi te, ont pensé que le prophète « aurait été purifié de 1a tache originelle dès le sein de sa mère, comme le i Précurseur. » Cette opinion, qui est loin d'être com­ mune, a contre elle le sens même du mot hébreu qui veut dire « consacré à lahvé ·, réservé à son service et se i dit aussi bien des personnes, des prêtres et lévites, ■ que des animaux ou des choses mômes telles que malI sons, villes, pays. C’est le sens qu'exige d'ailleurs le contexte et c’est encore celui de l'auteur do i’EcclèI Blastique, xux, 7 et du Targum de Jérémie. Cf. Con! damin, Jérémie /ut-il sanctifié avant sa naissance? dans I Recherches de Science religieuse, 1912, p. 446-447, Jusqu'au moment de l’appel Λ la mission de pro­ phète, aucune indication ne permet de dire ce que fut ht vie de Jérémie; témoin sans doute des funestes con­ séquences des règnes ImplM de Mniiassé et d'Amon, il put mesurer toute l'horreur du mal dont scs premiers oracles rumine ceux de Sophonle sont ia vibrante con­ damnation. Bien simple, surtout si on le compare Λ ceux d'Isaïe et d’Ézéchlcl, le récit des vision* qui annoncent A Jérémie sa mission et en précisent la nature nous révèle déjà un des traits caractéristiques de la phy­ sionomie du prophète. Sa réponse à l’appel divin n'est pas celle d’un zèle confiant et enthousiaste,maisd’uue humble el timide défiance de soi-même : «Ah! Sei­ Richard et Giraud, Bl btlolhégur sacrée, 1824. t. xiv, p. 124. | gneur lahvé, vols, Je ne sais pas parler, car Jo suis un J. Baudot. enfant. · Jer., i, 6. Et pourtant, timidité et sensibilité 843 JÉRÉMIE. LE PROPHÈTE d H paraît ront pour faire place Λ In force et à la gran­ deur d’âme ou mieux cn exalteront encore tout te mérite. Sans défaillance, malgré les pires dangers, Jérémie annoncera à son peuple et aux nations les ordreset les châtiments divins, mais aussi les promesses de restauration. Prophète pour les nations, il l'est, en effet, Jer., i, 5, non seulement A cause des oracles des c. xlvï-u, mais encore parce qu'il ne pouvait guère prédire les malheurs de Juda sans parler en même temps dc ceux qui en devaient être les Instruments, i Jer., χντπ, xxv, xxvn, xxvni, xxxvn Quelques mots sur la situation politique générale à l’époque de l'activité dc Jérémie aideront à mieux comprendre celle-ci. La puissance assyrienne, qui avait anéanti le royaume d'Israël, 722-721, ct qui, | par un miracle prédit par IsaTc, avait été empêchée de faire subir 1e même sort à Juda, 701, était alors à son déclin. Pour prendre sa part des dépouilles du grand empire chancelant, Néchao li (610-594), le pharaon d’une Égypte relevée des humiliations dc la conquête assyrienne, accourait ù la tête d’une armée, 508. Malgré le message pacifique, adressé au roi de Juda, pour obtenir dc lui libre passage, Josias crut de son devoir, malgré l'issue probable d'une lutte inégale, de s’opposer au passage du pharaon. Dans la rencontre» qui eut lieu A Mageddo, près du mont Carmel, il trouva la défaite et la mort. Son successeur Joachaz, destitué et exilé cn Égypte par le vainqueur, fut remplacé pur Joakim, dont l'attitude ne devait que trop rap­ peler celle dc Manassé (608-598). Cependant Ninive succombait (608-606) et les Chai- I déens poursuivaient leur conquête, sous la conduite dc Nabuchodonosor, fils du roi de Babylone, cn met­ tant cn déroute l'armée de Néchao ù Carcamis (605). j Cc désastre entraînait pour Juda comme pour les peuples de Syrie la nécessité de reconnaître la suze­ raineté dc Babylone, héritière dc l'hégémonie assy­ rienne. Jérémie le comprit et ne cessa dès lors de recommander la soumission. 11 n'en fut pas de même dc Joaknn; réduit ù la dépendance, la rareté ct le vague des renseignements ne permettent pas de pré­ ciser cn quelles circonstances, Il manifesta à diffé­ rentes reprises une attitude que Nabuchodonosor jugea hostile. A la tête d'une armée, renforcée dc contingents syriens, moabites ct ammonites, ce der­ nier entreprit une campagne contre Juda. Avant sa fin, Joakim mourait, et Joachln, son fils ct successeur livrait Jérusalem, après trois mois dc siège. Mathanins, te plus Jeune fils de Josias, était alors établi roi de Juda, sous le nom de Sédécias, par Nabuchodonosor (598). La soumission ù Babylone semblait ccttc fois devoir être définitive. 11 n’en fut rien. Les intrigues de l'Égypte, les menées du parti toujours confiant cn I appui des pharaons, les encouragements des faux prophètes, les tentatives de coalition d’Edom, dc Moab, d'Ammon, dc Tyr ct de Sidon finirent par triompher, malgré les pressants avertissements de Jérémie, des dernières résistances du faible Sédécias. Le roi de Babylone entreprit une nouvelle campagne ct après avoir ravagé le pays vint mettre le siège d vant Jérusalem la 9· année dc Sédécias, au 10· mois. Obligé dc l’abandonner pour faire front à une année dc secours des Égyptiens, il le reprit bientôt ct le 9· Jour du 4· mois de la 11· année dc Sédécias, les assaillants pénétraient dans la ville. Le roi de Juda, arrêté dans sa fuite, eut les yeux crevés, après avoir assisté au massacre de ses fils; la ville fut démantelée, te temple pillé ct brûlé, de nombreux captifs emmenés; seul demeura le petit peuple, laissé ù la culture des vignes et des champs, sous le gouvernement dc GodoÛa* (587). Non moins que la situation politique, la situation m r d< rt rci jdcuse est profondément troublée durant 844 le règne des derniers rois de Juda. Jérémie, n'ayant pu, malgré ses efforts répétés, garder A la nation son existence, essaiera dc lui garder du moins sa religion Son rôle au temps de Josias nous est mal connu. Bien ni dans son livre, ni dans celui des Bols ne nous permet de nous rendre comple de la part qu’il a pu avoir dans la réforme entreprise par ce roi, A la suite dc la découverte du livre dc la Loi dans le temple (621). Eaut-il chercher l'explication dc cc silence dans l'attitude hostile qu'aurait observée le prophète à l'égard du Deutéronome ct de la réforme dont il est le programme? (K. Marti, Duhm, Cornill, Kent.) Il ne le semble pas, car non seulement l'oracle certainement authentique du c. xi : « Entendez les paroles dc cette alliance (Deutéronome) » contredit pareille hypo­ thèse, mais encore l'identité de pensée et d’expression sc retrouve si souvent dans le livre dc la Loi et celui du prophète qu'on est obligé dc conclure, sinon à l'identité d'auteur, du moins A l'attitude nettement favorable de Jérémie vis-à-vis du Deutéronome. Cf. infra et Condamin, Le Livre de Jérémie, p. 103-106. La date tardive dc la rédaction des oracles est sans doute la meilleure explication de ce silence sur des événements qui avaient dès lors beaucoup perdu de leur Intérêt. La Jeunesse et le manque de notoriété dc Jérémie rendent d'ailleurs assez peu vraisemblable qu’il ait joué un rôle de premier plan lors dc la réforme dc 621. Toutefois tes reproches et tes exhortations qu’il avait déjà adressés au peuple, Jer., n-iv, 6, avaient contribué sans doute à préparer les esprits A la néces­ sité et aux conditions d'un changement dc vie. L'éloge enfin qu'il fait dc Josias, roi Juste et équitable, Jer., xxn, 15, suffirait à rendre tout à fait invraisemblable celte prétendue opposition à l'œuvre réformatrice du roi. Approuva-t-ll également sa campagne malheu­ reuse contre Néchao? C’est assez peu probable, étant donné sa sympathie ou plutôt sa politique à l'endroit dc Babylone et l’enthousiasme avec lequel il décrit la déroute des Égyptiens à Carcamis qu'il célèbre comme « 1e Jour dc la vengeance dc lahvé ». Jer., xi.vi, 3-12. Avec Joakim, la situation change : au point de vue politique, l'influence dc l'Égypte est prédominante; au point de vue religieux,c’est te retour aux pratiques idobUrlqucs, à la corruption du temps de Manassé; pour 1c prophète, c'est la persécution, pour 1c peuple, l'oppression ct la violence. Aussi tes occasions sontelles nombreuses où Jérémie aura à Intervenir. Menaces d'invasion terrible, Jer., iv, 5-vi, 3, annonce de la ruine des villes de Juda, dc Jérusalem, du tem­ ple même, de la dispersion des habitants, Jer., νπ-x; xxv, oracles symbolisant les mêmes catas­ trophes, Jer., xvni, 1-17; xix, ne font qu'exciter la fureur des ennemis du prophète qui ne lui ménagent ni les mauvais traitements ni tes menaces de mort, Jer., xx; xxv!; la rédaction enfin dc ses oracles met 1e comble à la colère du roi qui ordonne son arresta­ tion. Jer., xxxvi.Dansccttc lutte Inégale, l’Ame sensible dc Jérémie est mise à une rude épreuve, elle s’exhale cn plaintes amères, en imprécations contre scs adver­ saires, Jer., xvn, 14-18; xvni, 18-23; xx, 7-18; elle ne cède pourtant pas au découragement : le rouleau des prophéties lacéré ct Jeté au feu par Joakim, sera de nouveau dicté à Baruch; l'heure du châtiment n’en sera pas retardée; 1e luxe insolent, l’injustice et la violence du roi Impie exigent prompte ct terrible ven­ geance : · C'est In sépulture d’un Ane qu'il aura, il sera traîné ct Jeté hors des portes de Jérusalem... » Jer.» xxn, 19. Cc n'est pas A dire toutefois que Jérémie se soit complu dans ccs jugements ct ccs condamnaI tlons; n'cssüic-l-ll pas au contraire dc fléchir la rigueur des arrêts divins sans se laisser rebuter par de* Insuccès répétés? Jer., xiv; xv 845 JÉRÉMIE. TEXTE Animé de bons sentiments Λ l’égard du prophète, le | roi Sédécias, faiblesse ct inexpérience, n’en fit pas moins ce qui est mal aux yeux dc lahvé, IV Reg., xxiv, 18-20; II Parai., xxxvi, 11-13; aussi la voix de Jérémie va-t-elle désormais se faire encore plus pressante et plus menaçante A mesure que les événe­ ments se précipitent vers leur dénouement. Avertis­ sements Λ tous ceux qui sont demeurés dans le pays après la déportation dc 598, menaces aux messagers de la coalition contre Babylone, Jer., xxiv, cons· ils aux exilés, Jer., xxix, témoignent dc l’activité du prophète aux premières années du nouveau règne et de son opposition aux partisans dc la révolte. Ce sont ccs derniers pourtant qui l’emportent, rendant la catastrophe, dès longtemps prévue, Inévitable ct pro­ chaine. L’ennemi déjà est aux portes de la ville, toute résistance est devenue inutile, Jer., xxi, 1-10; le retour à dc meilleurs sentiments, Imposé par l’immi­ nence du danger ct manifesté par le projet de libé­ ration des esclaves hébreux, ne dure pas; le danger passé, on s’en flattait du moins, grâce à l’entrée cn scène d'une année égyptienne, les généreux enga­ gements furent vite reniés; Jérémie fait entendre aux coupables leur condamnation. Jer., xxxrv, 12-22. Aux envoyés du roi, venus pour solliciter son inter­ cession auprès de lahvé, c'est encore une sentence dc condamnation qu’il adresse. A cette heure critique c'était risquer de passer pour un traître, Jer., xxxvn; emprisonné une première fois, mais prêchant quand même la reddition, Jérémie est jeté dans une citerne; le roi l’en fait tirer ct de nouveau l'interroge sur la situation, mais toujours versatile ne sait point ee ranger aux avis du prophète. Jer., xxxvm. L'heure du châtiment avait sonné, la vérité des oracles du voyant d’Anathot h allait éclater terrible dans la prise cl la des­ truction de Jérusalem, dans le massacre ou la dépor­ tation de scs habitants. Jer., xxxtx. Jérémie, laissé libre par le vainqueur, demeura au pays dc Juda, avec Godolias, nommé gouverneur par les Chaldécns. La crainte de représailles, A la suite de l’assassinat dc cc dernier, poussa les Juifs à cher­ cher un refuge cn Égypte; le prophète, consulté, s'y opposa mais cn vain; ct lui-même fut entraîné avec Baruch dans l'cxodc vers les bords du NIL C’est là qu’il fera encore entendre sa voix pour reprocher à •es compatriotes leurs pratiques Idolâtriqucs. Jer., xl-xijv. Seules quelques tradi lions nous parlent de sa fin; scion l’une des plus anciennes, Il aurait été lapidé par les Juifs, qui ne pouvaient supporter ses plaintes et ses menaces. A première vue le résultat dc cc long ministère prophétique, durant les règnes des derniers rois de Juda, peut paraître assez mince; l’inattention, la révolte, le mépris ou la haine ne furent que trop sou­ vent la réponse des contemporains dc Jérémie ù ses avertissements, à scs menaces, à scs prières. La pos­ térité a été plus juste à son endroit :1a tradition Juive l’a tenu pour un des plus grands parmi ses prophètes, la réponse des disciples au Sauveur leur demandant ce qu'on pensait dc lui, en est une preuve, Matth., xvj, 14; la tradition chrétienne a vu en lui une figure de Jésus-Christ; la plupart des critiques, qui ont étudié sa personne ct son œuvre, ont loué la grandeur dc son caractère, reconnu la vérité dc scs prédictions et dégagé l'influence profonde et salutaire dc son ensel- . gnement pour la sauvegarde do la religion dc lahvé i dans le naufrage de sa nation. II. Lk Livrk DR Jérémik. — Le livre du prophète Jérémie a pour titre dans l'hébreu : inxpl ou mer, dani I les Septante, ‘Ic^cptxC» dans la V ulgate, Jen mias. Dans la collection des écrits prophétiques il vient ordinairement anrès Isaïe et avant Éréchlel, soit dans . 8'16 les manuscrits hébreux, snft dans ceux de· Septante; les anciennes listes orientales ct occidentales lui don­ nent le même rang. Cf. Swcte, An introduction to (he Old Testament in Greeck, Cambridge, 1904, p. 200214. Cet ordre est ancien, l'auteur du livre de l'Ecclésiastiquc l’observe déjà dans l’éloge qu'il fait des prophètes. Eccli, xLvm, 25-49. Les talmudlstes toutefois lui en ont préféré un autre : Jérémie, Ézéchiel, Lsaîe, plaçant Jérémie aussitôt après les li­ vre» des Bois, parce que tous deux se terminent par un récit cmblable ct parce qu’ils attribuaient la composition de ces derniers au prophète lui-même. Quant à la place respective des prophètes, elle s'ex­ plique par le fait que « le livre des Rols se terminant par la dév.istatlon, Jérémie n'étant que ruine, Ezéchitl commençant par la ruine et te fermant par la conso­ lation, il fallait unir la ruine à la ruine, et la consola­ tion à la consolation. » Baba-Bathra, 14*-15t>. La Bible syriaque a une distribution particulière, les livres prophétiques cn constituent la troisième partie dans l’ordre suivant : IsaTc, ordinairement le» petits prophètes, Jérémie, Ézéchicl ct Daniel. Le concile dc Trente dans sa liste des livres cano­ niques, la Vulgate dc saint Jérôme ct nos B Mrs hébraïques ont reproduit l'ordre le plus ancien et le plus fréquent. /. TEXTE ET VERSIONS. — 1· Texte hébreu. — « Il y a dans le texte de Jérémie, disait Richard Simon, plusieurs phrases si coupées qu'on n’en peut trouver le sens qu’en y suppléant beaucoup de mots ou cn renversant l’ordre des périodes pour les mettre dans leur état naturel. » Histoire critique du Vieux Testament, L c. iv. D’autre part, plus qu’aucun autre livre de l'Ancicn Testament celui de Jérémie serait surchargé dc nombreuses additions, < soit parce que le style un peu diffus du prophète se prêtait facilement aux interpolations, soit plutôt à cause de son objet et des circonstances dans lesquelles 11 a d’abord été publié et conservé. » Loisy, Histoire critique du texte et des versions de la Bible, dans L'enseignement biblique, 1892, p. 257. Aussi les critiques, sous prétexte de ramener 1· texte dc Jérémie à sa pureté primitive, lui font subir des mutilations aussi nombreuses qu'injustifiées, réduisant cn pièces les poèmes du prophète, pour cn attribuer la plus grande part à des auteurs de la déca­ dence ou A des glossatcurs inconnus C’est le cas en particulier dc Duhm dans son Commentaire du livre I de Jérémie, 1901, dans le Hand-Commcntar dc Marti. Cf. Albert Condamin, Jérémie et la critique radicale en Allemagne, dans Recherches de Science religieuse, 1916, p. 167-184. éditions critiques. Baer ct Franz Delitzsch, Jérémie, Leipzig, 1890 dans la Bible hébraïque de David Gins­ burg, L mires, 1894, p. 822 939. Cornill, Jérémie, Leip­ zig, 1895 dans The sacred Books of the Old Testament dc P. Haupt. Le texte édité par I. W. Rothstein, dan» la Bildia hrbraica de Kittel, Leipzig, 1906, p. 639 743. Cf. Bern, dc Rossi, Varix lectiones V. T. ex im­ mensa manuscriptorumeditorum codicum congerie haustar... Panne, 1786, t. m, p. 64-125; Scholia crilica in V. T. libros seu supplementa ad variantes sacri textus lectiones. Panne, 1798, p. 59-71. Le plu» ancien m». daté, connu, a été copié en l’an 916; conservé Λ la bibliothèque de Pétrograd, Il con­ tient Isaïe, Jérémie, Ézéchicl ct les douze petits pro­ phètes; il n été édité par Strack en 1876. Sur les manuscrits et éditions imprimées du texte hébreu Cf. Ch. D. Ginsburg, Introduction to the mussoretico-crilical editionof the hcbrriu Bible, Londres, 1897. 2° Versions. — 1. Targum — Le livre de Jérémie se trouve dans le targum des prophète» de Jonathan ben Vzzlel; le caractère dc paraphrase y est plus 847 JÉRÉMIE. VERSIONS marquéq”r poor les éléments historiques de l’ouvrage; l’obscunle des livres prophél ques en général et spé­ cialement des passages concernant l'avenir d'Israël y prêtait d’ailleurs; en revanche les données pour l’his­ toire de l'exégèse y sont abondantes. Le L 11 du c. x, conservé en araméen dans le texte hébreu du prophète, est lui-même une paraphrase. La première édition de ce targum qui est dc 1494, a été reproduite dans les grandes polyglottes et dans les Bibles rabbinlques de Bombcrg (1517) et de Buxtorf. La meilleure édition n été donnée par Paul de Lagarde, Prophetas Chaldaice, Leipzig, 1872, d'après le Codex Reuchlinianus. Édition partielle, L. Wolfsohn, Das Targum rum Propheten Jeremias in femtnischer Ueberlleferung, c. i-xn, Halle, 1902. CL Comil], Das Targum zu den Propheten, dans Zeitschrift [Or die Alttestamenlliche Wlssenschaft, 1887, p. 731-767; Mangenot, Targum, dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, t. v, col. 20012003; Eb. Nestle, BibelUbersetzungen, jftdisch-aramalsche,ànns Hauck, Realenctjklopôdie,3· édit., p. 107-108. 2. Les Septante. — Tandis que l’on peut tenir la version grecque d’Ézéchiel · pour un témoin parfai­ tement srtr du texte hébreu tel qu'on le lisait à Alexan­ drie au ni* siècle avant notre ère, » Coralli, Das Buch des Propheten Ezethiel, Leipzig, 1886, on ne saurait en faire autant pour celle de Jérémie, non pas qu'elle soit défectueuse comme celle d'Isaïe et surtout celle de Daniel, mais parce qu'elle difTèrc notablement dc l’hébreu massorétique. La question est d'importance, elle sera étudiée dans un paragraphe spécial. Le texte grec de Jérémie se trouve dans toutes les éditions des Septante depuis la Polyglotte d'Alcala (1514-1517) et l’édition romaine de 1587, devenue le textus receptus de ΓAncien Testament grec, ainsi que dans scs nombreuses rééditions (voir surtout celle de Tlschendorf, 7· édit., revisée par Nestle, 1887) Jusqu’à Swete : The Old Testament in Greek according to the Septuaginl, Cambridge, 2* édit., 1899, t. in, p. 223-349. Éditions spéciales du livre de Jérémie : Sébastien MQnsler, 1510; G. L. Spohn, Jeremias vates e versione udæorum Alexandrinorum ac reliquorum interpretum grtecorum, Leipzig, 1794; 2· édit., 1824. Pour ce qui subsiste du texte de Jérémie dans les •utres anciennes versions grecques d'Aquila, de Symmnque et de Théodotlon, cf. Field, Origenis IIexapto­ rum qua supersunt sive veterum interpretum græcorum in totum Vetus Testamentum fragmenta, Oxford, 1875, t. u, p. 573 sq. 3. Venions syriaques, — a) La Peschitto. Quoique laite directement sur l’hébreu, la version syriaque dc Jérémie, comme celle des autres prophètes d'ailleurs rt des Psaumes, a subi l'influence des Septante. Les différents mss. offrent peu de variantes et encore sontelles Insignifiantes; le meilleur texte se trouve dans la reproduction d'un ms. Jacobite du νι· siècle par Cerianl, Translatio syra Pescillo Veteris Testamenti t codice ambroshmo sæculi fere VI, photolithographice édita, 2 In-fol., Milan, 1876-1883. Les polyglottes de cjay el de Walton renferment un texte de la Pes­ I. chitto dont une édition critique reste encore à établir. Cf. Nau, Syriaques (venions) dans Vigoureux, Dic­ tionnaire de la Bible, t. v, col. 1914-1918. b} La version hexaplaire, ou version syriaque des Septante d'après les Hcxaples d’Origène en reproduit fidèlement les additions et les variantes non moins que les notes marginales tirées des venions grecques autres que les Septante. Cf. Bubons Duval, La Hila­ rature syriaque, Paris, 1900, p. 64-65. Le plus célèbre des tnvs. qui nous Vont conservée, VAmbroslanus C. 313, conservé à Milan, a été édité par Cerianl dans le t. vu des Monumenta sacra et profana. Codex surohexaplarts ambroslanus, photoHlhnqr., Milan, 1^71 De ce w ine ms. une édition partielle contenant Jérém c M et Ézéchlel, avait déjà été donnée pnr Norbcrc, 1787, c) Des autres versions syriaques, philoxémcnne et révision dc Jacques d’Édesse, rien ne nou* est parvenu du livre de Jérémie. Cf. Eb. Nestle, Bibelabersctzungen, syrische, dans Hauck, Realencyklopâdle, 3· édit,, t.m, p. 167-170. 4. Versions coptes. — Suivant de très près le grec des Septante, elles sont dc la plus haute Importance pour la critique du cc texte. IL Tatlam a publié la version bohaTriquc : Prophetic mafores in dialecto lingua ægyptiacM memphitica seu coptica, Oxford, 1852, édition qui a servi dc base au travail critique de A. Schulte, Die koptische Vebersetzung der vier grossen Propheten, Munster-en-Wcstph., 1892 Autres textes publiés : A. Ciasca, Sacrorum bibliorum fragmenta copto-sahidlca, Borne, 1889, et Dciber, Fragments coptes inédits de Jérémie, dans Revue biblique, 1908, p. 554-566. CL H. Hyvcrnat, Coptes (versions), dam Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, t. n, col. 931-951; Hyvcrnat, Étude sur les versions coptes de la Bible, dans Revue biblique, 1896, p. 427-433; 540-569; 1897, p. 48-74; Vaschalde, Ce qui a été publié des ver­ sions coptes de la Bible, dans Revue biblique, 1919, p. 220-243; 513-531 ; 1920, p. 241-258. 5. Version éthiopienne. — Cette version, dont l’his­ toire demeure fort obscure, ne serait pas antérieure au vi* siècle; œuvre d'un syrien, sachant assez mal le grec et l’éthiopien, elle est faite d'après le grec et sur un texte semblable à celui du Sinalllcus; elle aurait été remaniée dans la première moitié du vn* siècle d'après l'arabe. Cf. Joseph Schæfcrs, Die æthlupische Uebersetzung des Propheten Jeremias, Fribourg-cn-Br., 1912; Revue biblique, 1913, p. 623-624. 6. Version arménienne. — Faite d'après le grec,suivi fidèlement mais non servilement ; édition critique par J. Zohrab, Venise, 1805. Cf. Hyvcrnat, Arménienne (version), dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, ti,col. 1010-1015. 7. Versions arabes, d’après le grec également; texte dans la Polyglotte de Paris, réimprimé dans celle de Londres avec quelques compléments. Cf. A. Vaccarl, Le versione arabe dei Profcti, dans Biblica, 1921, p. 401423; 1922, p. 401-423. 8. Versions latines. — a) Antérieures à saint Jérôme. Quelques fragments de ccs versions contenant des passages de Jérémie nous ont été conservés dans un palimpseste de la blbllolhèi|uc dc l'université de Würzbourg, daté du vi* siècle; il a été publié en partie par Monter : Fragmenta version is antiquæ latinm antchleronymlanæ Prophetarum Jerctnirc... e codice re­ scripto Wtrceburgensf, Copenhague, 1819, et au com­ plet par Rankc, Par palimpsestorum Wirceburgensium. Antlquisslmæ Veteris Testamenti verslonis latlmr frag­ menta, Vienne, 1871; autres fragments dans le Ixctlonarium Bobbiense, do Turin, découverts par Amolli mais non encore publiés; dans le Sangatlensis, à SaintGall, n. 912, publiés par Tischendorf dans Anecdola sacra et profana, Leipzig, 2* édit., 1861, p. 231, et plus complètement par Burkitt dans son ouvrage : The old latin and the Kala, Cambridge, 1896, dans Texts and Studies, t. iv, fasc. 3. Pour les citations de Jérémie d’après les anciennes versions latines, cf. P. Sabatier, Bibliorum sacrorum Intime versloncs anti­ que seu vetus Italica..., Bcims, t. u, 1743, p. 6-13-722. CL L. Mécbincau, Latines (versions) de la Bible anté­ rieures à saint Jérôme, dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, t. iv, col. 96-123. b) La Vulgate. — Faite sur l'hébreu massorétique, et s’écartant comme lui par conséquent du grec des Septante, la traduction de saint Jérôme présente dans le livre de Jérémie les mêmes caractères d’une façon générale que dans l'ensemble des livres de ('Ancien Test, ment Elle fournit des exemples du souci de VERSIONS l’élégance par la recherche en particulier de syno­ nymes ee substituant ù un terme unique en hébreu, ainsi Jcr., iv, 214-26 où le même verbe répété quatre fois est traduit dc ccs différentes manières : Aspexi terram... Vidi montes... Intuitus sum... aspexi... Même préoccupation aussi que dans les autres livres pro­ phétiques de mettre dans tout leur Jour les prophéties messianiques en accentuant l’idée messianique réelle­ ment présente dans le texte. L’hébreu : < Et voici le nom dont on l’appellera : lahvé, notre justice, » devient : Et hoc est nomen quod oocabunl eum Dominus justus noster, Jcr., xxin, G. Ailleurs, le traducteur maintiendra contre l'ancienne version latine une façon de rendre l’hébreu qui lui permettra une interpréta­ tion messianique, Femina circumdabit virum. In Jeremiam, l.VI, c. xxxi, P. L., t. xxiv, col. 880-881. Cf. Condamin, Les caractères de la traduction de la Bible par saint Jérôme, dans Recherches de Science reli­ gieuse, 1911, p. 425-440 et 1912, p. 105-138. Jl. LE TEXTE H&HHEÜ MAS3ORÊTIQÜE ET LA VEEsiotf des Septaete.— Une des nombreusesquestions soulevées par l’étude du livre dc Jérémie est celle des rapports du texte hébreu massorétlque et dc la version des Septante. Les différences entre l'un et l’autre sont plus considérables que pour aucun autre livre de la Bible; les unes intéressent le groupement des pro­ phéties, réparties selon deux ordres bien différents, les autre· leur étendue, réduite, dans la version grecque, de la huitième partie du livre environ. De ces faits, quelle explication donner? La réponse Importe non seulement à la critique textuelle mais encore à l'histoire même du livre et dc sa composition; l’histoire dc la version des Septante, toujours des plus obscures, malgré les nombreux travaux dont elle a été l'objet, pourra, elle aussi, en recevoir quelque lumière. Pour plus dc facilité et de clarté les deux questions de l’ordre des prophéties et dc leur étendue seront successivement étudiées. Ie L’ordre des prophéties. — Texte hébreu et ver­ sion grecque sc correspondent parfaitement (à l'ex­ ception de xxin, 7-8 reportés dans les Septante après ΧΧΙΠ, 40) Jusqu’au chapitre xxv, 14; ù partir du ver­ set suivant cesse l’accord qui ne se retrouve qu'ù la fin du livre avec le chapitre ui. Voici l'ordre respectif desdeux textes, il s'agit des oracles contre les nations:· Hébreu» Grec. XXV, 15-xlv fl· xxxn-u. XLVI XXVI (l’Égypte). XLVII xxix, 1-7 (Philistini). XLVU1, 1-44 XXXI, 1-44 (Moab). XUX, 1-5 xxx, 1-5 (Ammon). e·™* 7-22 xxix, 8-23 (Édom). 23-27 xxx, 12-16 (Damas). a·*· 28-33 — 6-11 (Cédnr et les royau­ mes de Hasor). «MM* 34-39 xxv, 14-xxvi-l (Élam). l-u xxvu-xxvin (Babylone). ui IJI Ce simple rapprochement des deux textes pose immédiatement deux problèmes : 1. Quelle est la place primitive des oracles considérés dans leur ensemble? — 2. Quelle est la distribution originale de ces oracles contre les nations? Ie Quelle est la place primifive des oracles dans le recueil des prophéties de Jérémie? — Le grand nombre et h variété des réponses données Λ cette question proviennent du manque d’éléments suffisant· pour aboutir Λ une complète certitude. Selon l’opinion le plus communément admise aujourd’hui, l’ordre du grec serait le plus ancien; le f, 13 du c. xxv n’appa­ raît-il pas en effet comme l’annonce de la série des oracles contre les nations étrangères et tout particu­ lièrement contre le peuple qui a réduit Israël ou cap· M M O· ■■i M SB ■i M· tlvité ? : « Je ferai venir sur ce pay· (des Chaldéens) toutes les paroles que J'ai prononcées contre lui, tout cc qui est écrit dans ce livre» ce que Jérémie a prophé­ tisé contre les nations. »Or cc n'est que vingt chapitres plus loin qu’apparaissent dans l'hébreu les oracles» manifestement visés dans ce passage Cf. Comely» Historica et critica Introducito tn ut [usque Tet'amenti libros sacros, Paris, 1897, t. n b, p. 367-373. De plus la vision symbolique de la coupe de vin à prise nter aux nations, xxv, 15-26, semble bien une sort d'intro­ duction au recueil des mêmes oracles. La discussion de la deuxième question ajoutera encore à la probabilité du caractère primitif de la place donnée par le grec aux oracles contre les nations. 2. Quelle est la distribution originale des oraclrs co tr les nations? — L'hypothèse qu'il y eut deux traduc­ teurs grecs pour le livre de Jérémie et qu’il exist i dès lors deux recueils hébreux primitivement indépen dants pourrait bien donner la réponse à la question. Si la < onstatation de la pluralité ou de la dualité de traducteurs avait été faite à différentes reprises déj 1 (Streane, Kneucken, Scholz, Frankl), la délimitation dc l’œuvre respective des deux traducteurs revient à H. St. J. Thackeray, The greek translators of Jeremiah, dans The Journal of theological Studies, 1903, p. 245266. Par la comparaison des différentes m » ni ères dc rendre en grec les mêmes mots hébreux, on est amené à constater que certains mots» certaines expressions •ont régulièrement traduits de telle façon dans une première partie du livre qui va du chapitre i à xxvni des S ptante, tandis que ces mêmes mots, ces mêmes expressions reçoivent une autre traduction, constante également, dans une seconde partie du livre qui va dc xxix à u. (Le c. ui serait encore d'une autre main). Les exemples abondent, ainsi l’hébreu nvr τεκ na i-xxvin, l est par οϋτω; είπτ/ κύριος γυ rois environ dans xxix-u; dc même l’hébreu may cir rendu par τάσσαν (8 fois) είς άφχνίσμόν (18 fois) dans l-xxvnj» l'est par τιθίναι (ou διδόναι) είς αβχτον 13 fols dans xxix-ij. Dc tels exemples pourraient être multipliés Cf. Thackeray, foc. cit., p. 217-251: A. Scholz, D. s massoretische Texi und die LXX Uebersetzang des Huches Jeremias, Ratisbonnc, 1875, p. 14. A l’appui dc ccs considérations viennent encore les remarques faites sur certaines particularités dc la traduction dc la seconde partie dc Jérémie, ù savoir son Igno­ rance dc tels el tels mots hébreux et la présence dans Cf. Thackeray. A Grammar of the Old Testament in Greek. t.1, 1909. p. 14 Un tel ensemble de faits ne peut guère s’expli­ quer que par l’hypothèse de deux traducteurs. Mais pourquoi cette double traduction? Par suite, sans doute, de l’existence dc deux recueils hébreux partiels et séparés, traduits chacun par un auteur différent. C'est t ntre autres hypothèses, celle qui paraît la plus vraisemblable parce qu’elle rend compte en même temps de quelques par Icu arités du livre de Jérémie par ailleurs Inexpliquées. Ainsi quatre des oracles contre les nations, Élam, l’Égypte, Babylone et les Philistins ont un titre spé­ cial : < Parole de lahvé adressée â Jérémie (ou pro­ noncée par Jérémie). » Dans le grec, ils sc trouvent groupés en tête de la série, sans doute parce que pri­ mitivement ils appartenaient au même recueil dont ils formaient les derniers chapitres xxv-xxi.x, ou mieux encore la fin d’un premier recueil xxv-xxvm et le commencement d’un second xxix, 1-7. On ne volt pas au contraire quelle raison aurait pu comman­ der la répartition do ccs mêmes oracles avec des titres spéciaux dans l’hébreu où ils sont dispersés parmi les autre* oracles xux, 34-39; xi.vi; l-u, xlvu. Ainsi s’explique encore cette not' que l'on trouve à 851 JÉRÉMIE. VERSIONS h fin de la prophétie contre Babylone, et qui s’est maintenue dans le texte massorétique seulement : 9 Jusqu’ici les paroles de Jérémie. » u, 64. Si elle n sa place marquée dans l'hébreu où elle termine toute la série des discours du prophète avant l’appendice historique, sa présence dans le grec n'aurait rien non plus que de naturel puisqu'elle serait la conc’usion du premier recueil, c. xxvm. lien est de mémo d’une note analogue qui est A la fin de l'oracle contre Moab, xlvhi, 17; si elle ne sc comprend pas dans l’hébreu, pulsqur la prophétie est au milieu des autres, clic s’expliquera^ au contraire fort bien dans le grec puis­ qu’elle marquerait la fin des oracles contre les nations, xxxi, 44. On peut donc conclure avec quelque vraisemblance à l’existence de deux collections distinctes des prophé­ ties de Jérémie, la première c. ι-xxvm du grec, com­ prenant des prophéties de date ancienne pour la plu­ part el terminées par les oracles contre les trois grandes puissances, Elam, l’Égypte et Babylone; la seconde χχχπ-υ du grec, contenant quelques prophé­ ties et des récits historiques. Les oracles contre les petites nations, d’abord sans doute indépendants, auraient été ensuite groupés sans souci d’arrangement systématique et mis en tête de cette deuxième collec­ tion. La réunion de ces deux recueils n’était pas encore chose faite lors de la traduction grecque des livres prophétiques A Alexandrie, probablement au n· siècle avant Jésus-Christ. Quand elle eut lieu, la note de la fin du premier recueil : < Jusqu'ici les paroles de Jérémie » n'étant plus en place au milieu du livre, a pu faire croire à un déplacement du passage qui la précédait et pour cette raison celui-ci aura été trans­ porté A la fin du livre avec toutes les autres prophéties contre les nations; c’est alors que celles-ci auraient été disposées dans un ordre jugé meilleur, ordre géo­ graphique par exemple, allant de l'ouest A l’est, de l’Égypte à Babylone. Cf. Thackeray, loc. cit., p. 256257; Condamln, Le livre de Jérémie, p. xxvm-xxix. Telle serait l’origine des di(Terences entre les dispo­ sitions du texte hébreu et de la version grecque; cette dernière ayant sauvegardé l'ordre primitif. Simple hypothèse sans doute, mais qui, outre la réponse satis­ faisante qu'elle donne aux questions ci-dessus posées, rendrait compte également de la confusion chronolo­ gique facile à constater dans tout le livre. Voir plus loin. « Enfin, comme le remarque le P. Condamln, si les choses se sont passées ainsi, si les deux recueils ont été finalement joints bout à bout, en dépit de l'ordre chronologique, c'est une preuve du respect avec lequel on traitait les Écritures prophétiques. Certains critiques parlent A chaque Instant de rema­ niements très libres Infligés aux anciens textes par les éditeurs. Ici un désordre apparaissait avec évidence dan*· le mélange des règnes de Joakim et de Sédéclas; la fusion des deux recueils en un seul était une excel­ lente occasion d'y porter remède en rangeant les prophètes suivant un ordre meilleur. Nous voyons cependant qu'on a conservé l'ordre primitif. Sauf pour les oracles sur les nations, et donc dans les parties principales du livre, l’édition massorétique ofïre les mêmes groupements que I édition des Septante. » Le livre de Jérémie, p. xix. 2 L'étendue du livre de Jérémie. — Une deuxième particularité distingue le texte grec de l’hébreu mnssorétique : l’omission dans les Septante d’un nombre considérable de mots ou de passage » qui sc trouvent dans l'hébreu et la Vulgate Pared phénomène sans doute sc retrouve ailleurs dans I Ancien Testament mais Jama i dans de telles proportions : 2 700 mots d’après le calcul de Graf, ou la huitième partie envi­ ron du livre, n’ont pas leur correspondant en grec. Dans le nombre de cet omissions, Il en est d'insigni­ 852 fiantes, telle, celle du mot lahvé dans l'expression : lahvé déclare; on le compte 100 fols seulement dont le grec pour 170 environ dans l'hébreu ; telle encore celle du mot Sabaoth dans l'expression : lahvé des années; telle enfin celle du titre même de prophète en appo­ sition au nom de Jérémie. Mais, A côté de ces omissions sans importance, lien est d'autres plus graves, voici les principales ; n, 1-2 (en grande partie); vu. 1-2 (presque tout), 27 (presque tout); vin, 10-12 (presque tout); x, 6-8, 10; xr, 7-8 (sauf les deux derniers mots); xm, 10·, 12 (plusieurs mots); xvi, 1 et partie de 5, 6, 17; xvn, 1-4; xxm, partie de 16, 36, 37, 38; xxv, lb, 7b, 9*, 14, 18 (deux derniers mots), 20', 25·, 26 (derniers mots); xxvi, 22b; xxvn, 1, 5·, 7, 8 (plusieurs mots), 12b-14·, 17, lb, 19 (presque entier), 20b-22; xxvm, partie de 3,4, 11, 11-16; xxîx, 14, 16-20, partie de 1, 12,21,25, 2; xxx, 10-11, 15·. 19b, 22; xxxi, 17b, 37; xxxn, 5b, llb, 19 (derniers mots). 30b; xxxm, 14-26; xxxiv, 4b, 10b, 11·, 19b, 21 (plusieurs mots); xxxv (plusieurs mots), 17b, 18'. 19'; xxxvi, 6·, 9 (en partie), 25 cl 26 en partie; xxxvin, 9·, 12 (en grande parile); xxxix, 4-13, 16b; xl, 3b, 4b, 5a, 7 (plusieurs mots), 12*; xu, partie de 2, 7, 10, 14, 16; xui, 9b, 19b, 21·; xuv, 12·, 29b; xlv, 4 (derniers mots); xlvi, 1, Il (plusieurs mots), 25-26; xlvïi, 1 (en grande partie); xlviii, partie de 40-41 et 45-47; xux, 6. 34 et partie de 12 et 24 ; L, partie de 1,2, 14, 28, 36, 39; u, partie de 22, 28. 57, 64 et du dernier st ique de 44 au premier de 49; ui, 2-3, 12 (en partie), 15-16*. 28-30. Comme précédemment, mais pour de nouvelles rai­ sons, une même question se pose : quel est le texte pri­ mitif, quel est celui qui ajoute ou retranche A l’autre? Est-ce le traducteur grec qui par ignorance, négli­ gence ou fantaisie a laissé perdre une partie du texte A traduire ? Kucpcr, llaevernick, Graf, Kcll, Trochon le pensent. « Une bonne partie de ces omissions, dit cc dernier, est tout A fait contraire aux habitudes des Hébreux, ceux-ci font habituellement suivre le nom d'un personnage important du nom de son père; les Sep­ tante au contraire omettent souvent cette indication. Ils resserrent et abrègent les descriptions plus détail­ lées de l’hébreu, xxîx, 11; xxxn, 11; xuv, 29; xxvn, 18-22;... Ils passent des mots dont ils ne comprennent pas le sens, ainsi xuv, 19; xxxn, 40; ils en suppriment qu'ils trouvent hyperboliques ou peu justes, xxvn, 5,7; xxxviji. 24, etc... » Jérémie, Lamentatione, Haruch, Paris, 1878, p. 16. Λ l’opposé J.-D. Michaelis, Eichhorn, Movers, Bieck, Workmann préfèrent le texte grec qui repro­ duirait plus fidèlement l’original. C'est encore l’opi­ nion de critiques plus récents tels que Streanc, Glcsebrccht, Stem rnagcl. Cc dernier, entre ces deux hypo­ thèses d’un traducteur grec faisant Intentionnellement des coupures ou des Septante représentant une forme plus ancienne du texte se prononce pour la seconde, car, dit-il, en beaucoup d’endroits où une abréviation aurait été possible, elle n'a pas été faite, et par ailleurs il sc trouve maints passages manquant dans les Sep­ tante que leur importance même aurait préservés d'une suppression. Lehrbuch der Einleitung in due Λ. T., Tübingen, 1912, p. 533. D'autres enfin s'en tiendraient volontiers A une opinion moyenne, ne croyant pas pouvoir trancher d’une manière générale la question de priorité de l’un ou de l’autre texte, chaque cas particulier demandant son examen et sa discussion (Pcakc, Condamln). Si i l’on comprend l'omission du titre de prophète A côté du nom très connu de Jérémie, dans une copie ou une traduction, on comprend moins l'addition de cc même titre par un éditeur, si enclin soit-il A la paraphrase. L’indication de fils d’un tel aura pu être laissée de côté, surtout A une époque plus récente, plutôt qu’ajoutée 853 JÉRÉMIE. AUTHENTICITÉ 854 "Ί scribe archéologue (par exemple xxîx, 21); 2· Quant à la /orme littéraire, fi Les rédti en prose par un « elle aura été omise comme inutile A répéter chaque tiennent dans le livre de Jérémie une place assez confols près d'un nom propre, quand cc nom sc présente ildérable, les oracles du prophète sont pour la plupart souvent : ainsi fils d'Ahttam omis une dizaine de fols des morceaux poétiques, où Ton retrouve non seule­ après le nom de Godolias; fils de Mnthanias omis une ment le vers hébreu avec le parallélisme mais encore douzaine de fois après le nom d'Ismald, etc., xl, sq. · la strophe ou mieux le poème strophique. Par suite du Lu reconstitution de la forme poétique pourra encore manque de données, 11 est difficile de formuler avec en certains cas douteux commander de préférer un certitude les règles du vers hébreu, les théories à son texte Λ un autre, mais toutes les divergences ne seront sujet demeurant en parfait désaccord; pour la strophe pas pour autant réglées, il s'en faut. La répétition et le poème «trophique il n'en serait pas tout à fait de elle-même de passages en termes Identiques ou Λ peu même, les travaux du P. J. K. Zenner, de D. H. Mül­ près, beaucoup plus fréquente dans l'hébreu que dans ler, du P. A. Condamln permettraient du moins dam le grec et qu'on ne saurait expliquer d'une manière une large mesure la reconstitution des poèmes strogénérale par leur caractère d'interpolation, ne permet phiques par l'application des différentes règle· pas d conclure contre le texte massorétique, car si la retrouvées de la strophique hébraïque. « Fondée avant reproduction de tel ou tel passage peut être acciden­ tout sur le sens, dit le P. A. Condamln, la structure des strophes met vivement sous les yeux le développe­ telle, celle de tel autre pourra fort bien être l'œuvre ment des Idées, les contrastes, le dialogue, la pensée personnelle du prophète lui-même, adaptant ù un nouveau sujet un texte déjà utilisé. (Passages qui sont dominante d’une prophétie, située d’ordinaire dam la strophe centrale, les promesses messianiques ou les en double A la rois dans l'hébreu et dans le grec : vi, 22-24 - L, 41-43; x, 12-16 « u, 15-19; xvi, 14-15 menaces plus fortes dans les strophes intermédiaires. xxm, 7-8; xxm, 19-20 =» xxx, 23-24; xux, 19-21 — (Voir par exemple, n-iv, 4). Il est superflu d insister sur son utilité pour l'exégèse. F. B. Koester a fort bien L, 44-46. Passages qui ne sont en double que dans l’hébreu : vi, 12-15 = vm, 10-12; xv, 13-14 « xvn, compris son Importance en matière de critique. « Dam les questions d'authenticité, dit-Π, pour des mor­ 3-4; xxm, 5-6 « xxxin, 15-16; xlvi, 27-28 «· xxx, 10-11 ; liî, 7-16 ■= xxxix, 4-10). Cf. Condamln, op. cit., ceaux ou des livres entiers, on devrait tenir grand compte du caractère «trophique de ces écrits. » Theop. xxxi ; Steucrnagel, op. cil., p. 537. Cet ensemble de divergences, dont l'examen ne per­ logtsche Studien und Kritiken, 1831, p. 114. Pour Jer., met pas une solution d'ensemble, laisse supposer que n, 28 J, par exemple, la symétrie décide nettement en faveur des Septante. Dans Jer., xlvt, 15, la leçon ni l’hébreu ni le grec ne sauraient prétendre être la du bœuf Apis, au 3· vers de la strophe, est puissam­ reproduction fidèle du texte primitif de Jérémie. Les vicissitudes par lesquelles celui-ci a dû passer avant ment confirmée par le parallélisme de l'antistrophe, spécialement au 3· vers, t. 21. Les exemples abondent de nous parvenir en sa forme actuelle, l’existence de dans le commentaire pour des membres de vers, des doux recensions avant même les Septante (Corncly, vers entiers, des groupes de vers, audacieusement Knahenbauer, Crampon, Gautier, Driver,...) seraient amputés par les critiques radicaux. » Le livre de Jéré· cause de la diversité des deux textes. mie, Paris, 1920, p xl Cf. les introductions des com­ Outre les ouvrages généraux Indiqués à la fin de l’article mentaires d’Isaïe et de Jérémie du P. A. Condamln et les travaux d-dessus mentionnés : F. C. Movers, De pour l’exposé des règles, et les commentaires euxntriusque recensionis vaticiniorum Jcrtmltr, gra-cc ale xxm· mêmes pour leur application. Dans des cas assez nom­ drlrvr et hebraiew masordhicn· indole et origine. Commentatio breux en effet, une heureuse solution de problèmes de critica. Hambourg, 1837; J. Wlchclhniis, De Jertmlee senionis alex, indole et auctoritate, Halle, 1847; Schulz, De critique textuelle, d’authenticité ou d'exégèse pourra Jereml« textus he braid et grtrd discrepantia, 1861 ;E. Kuhl, être suggérée par la reconstitution strophique des Das Verhiiltniss der Massora uir Septuaginta in Jerrmla, poèmes de Jérémie. Halle, 1882; G. C. XVorkmnnn, The text of Jeremiah or a Notons toutefois que les remaniements et les tramcritical investigation of the greek and hebrew with the variapositions de textes, exigés parfois pour le rétablisse­ lions In the LXX. Edimbourg. 1889; A. W. Strcane. The ment des divers éléments constitutifs du poème stro­ double text of Jeremiah, Cambridge, 1896. phique et de leur groupement et plus encore peut-être HI. LAXGÜB, STYLE KT FORMS LfTTSRAtRK — la rigueur du système ne vont pas sans soulever de 1· Pour fuger du style, il faudrait, au préalable, avoir sérieuses difficultés. « Faut-il croire que Jérémie dont le style est si plein d’abandon et parfois si négligé, fait subir au texte les corrections nécessaires; bien dont la métrique est si ondoyante et parfois si incer­ des répétitions par exemple ne sont certes pas le fait du prophète lui-même. Quoi qu’il en soit, les juge­ taine— au point qu'on ne sait trop, par moment, s’il ments portés sur le livre de Jérémie nu point de vue écrit en vers ou seulement en prose rythmée; — littéraire sont contradictoires; tandis que saint faut-ll croire que ce Jérémie s'est astreint néanmoins Jérôme dans sa préface A la traduction du prophète avec persévérance Λ une forme strophique, l»on gré trouve son style simple et rustique, P. L.. t. xxvm, mal gré quelque peu artificielle, soumise A des règles col. 849, d'autres nu contraire ne le trouvent pas Infé­ assez compliquées et minutieuses? » Jeun Calés, Bulle· rieur A celui d’Isaïe Qu'Il suffise de remarquer Ici que (in d'exégèse de Γ Ancien Testament, dans Hecherches sans atteindre ù la pureté, A In variété et A la subli­ de Science religieuse, 1921, p. 117-118. Cf. Lagrange, Revue biblique, 1922, p. 132-135. mité du grand prophète du vm· siècle, le voyant iv. AVTHKxnciTÊ. — 1· La tradition — La tra­ d’Annthoth n’en n pas moins su s'élever Λ la grande dition juive sur l'origine du livre de Jérémie est éloquence; les sentiments d'une Ame profondément ancienne et uniforme. Indépendamment du témoi­ sensible et religieuse, l'nmour pour son Dieu et sa gnage du livre lui-même au c. xxxvi sur su formation. patrie lui ont Inspiré des poèmes d’une réelle beauté. Il y a celui de l’auteur de l’Ecclésiastique. xux, 6-7. Qu'importe dès lors que sa langue soit moins pure, La façon dont il parle de Jérémie et reproduit un que les expressions et les tournures nraméennes s’y passage de ses prophéties, Jer.. î, 5, 10, laisse entendre mêlent Λ l'hébreu, qu'importent les répétitions et les réminiscences ? Cf. Aùg. Iviepcr, Jcremia* Librorum I qu’il connaissait le livre renfermant scs oracles et sacrorum Interpres atque vindex. Berlin, 1837; Driver, l'attribuait au prophète lui-même. Le II· livre des Pandipomènes, xxxvi, 21-22 et le I·» d’Esdras, i, 1, Introduction lo (he Literature of the Old Testament, mentionnent les paroles que lahvé a dites par la Londres, 7· édit., 1898, p. 271-277; Stream» Jeremiah, Cambridge, 1903, p. xxvm xxx. » bouche de Jérémie au sujet de h victoire des Perses 855 JÉRÉMIE. AUTHENTICITÉ sur let ChaMéent. De mfme Daniel, ix, 2 rappelle le nombre des annf. font Inhvé avait parlé au pro­ phète Jérémie. Le i jünud témoigne dans le même tens : · Jérémie écrivit son livre », est-il dit au traité Baba Bathra 15·. La tradition chrétienne n'est pas moins affirmative. Les citations des oracles du prophète dans le Nouveau Testament sont moins nombreuses sans doute que celles d’Isaïe, mais sont encore assez fréquentes, quelques-unes avec indication d’origine : Matth., n, 18 17et Jer.» xxxi, 15; Matth., xxxvu, 9 et Jcr., xxxu, 6-9. La tradition ecclésiastique est unanime. 2· La Critique. — A l’opposé de cette affirmation attribuant sans réserve tout le livre au prophète Jérémie, se place celle de la critique, qui sans aller toujours jusqu'au rejet de l’authenticité de la moitié au moins du livre (Duhm), refuse au voyant d’Anathoth une part, plus ou moins considérable selon les opi­ nions, dans la composition des oracles qui nous sont parvenus sous son nom. Que le livre en effet, disent bon nombre de critiques, soit une compilation d’élé­ ments, d'époques et d’auteurs différents, c'est un fait démontré par les nombreuses répétitions de passages entiers, répétitions communes aux deux textes grec et hébreu, ou spéciales au texte massorélique, voir plus haut, col. 851 ; par les répétitions encore que four­ nissent titres et remarques ajoutés aux discours, i, 2 « i, 4; xxxîiî, 1 « xxxn, 6; xxxiv, 1 ■» xxxiv, 6, 7; par la répartition singulière et inexplicable en toute autre hypothèse de certains passages, surtout aux c. xxii-xxiv el xxvn-xxix. Seule la combinaison d'élé­ ments hétérogènes rend suffisamment compte de cet ensemble de particularités. Steuernagel, op. cit.9 p.537. Et alors cette question sc pose:comment,dans le désordre actuel de ces éléments de provenance diverse, retrouver l’œuvre primitive, comment la dis­ tinguer des surcharges qui risquent de la faire dispa­ raître, comment en un mol distinguer les passages authentiques de ceux qui ne le sont pas? La discussion de quelques données fournies par le livre lui-même, et l’examen de quelques passages plus spécialement contestes essaieront une réponse ù la question posée. 1. Données fournies par le livre lui-méme. — Le récit même du prophète au c. xxxvi fournit une pre­ mière indication et des plus importantes. De cette his­ toire des origines du livre suit tout d’abord et sans aucun doute la participation de Jérémie à la composi­ tion de son livre, tout au moins du contenu de ce second rouleau, qu’il dicta à Baruch après la destruc­ tion de celui que Joaklm, roi de Juda, avait brûlé Jer., xxxvi, et qui constitue le noyau de notre livre actuel Ne s’ensuit-il pas de plus, cc caractère d’ina­ chevé, d'incomplet qui permettra des additions plus ou moins nombreuses et plus ou moins tardives à ce premier recueil authentique? Sans doute, de ces addi­ tions, Jérémie lui-même ou son secrétaire Baruch pour­ ront être les auteurs, mais d’autres aussi pourront collaborer à la constitution du recueil complet. Comment distinguer l'œuvre des uns et des autres? Certains pensent pouvoir le faire en attribuant au prophète lui-même les passages où il parle à la pre­ miere personne, et À un rédacteur, Baruch ou quelque autre, ceux où il est parlé de Jérémie à la troisième personne; l'emploi de cette personne dans le titre d’un discours ou d'un récit n'empêchant pas l’attribution ■o prophète, si, par ailleurs, la première personne est employée. Là où cette méthode d’investigation n’aboutirait pas à des résultats décisifs, Il resterait, faute d’arguments péremptoires contre l’authenticité, v continuer d’admettre la composition par Jérémie. S «magel, op. cil., p. 541-542. Et oins! l'on arri▼ tait à reconstituer les oracles qui figuraient sur le rouleau dicte à Baruch, puis ce qui y aurait été ajouté 856 sous la dictée même du prophète Jusqu’en 586, tout le reste étant dépourvu d’authenticité. A titre d’exem­ ple voici la répartition adoptée par Steucnagel; sauf des variantes de détail plus ou moins nombreuses, elle correspond dans l’ensemble aux conclusions des critiques. Premier rouleau : i; n; m, 1-13, 19-25; iv, 1-ix, 21; x, 17-22; xi; xn, 1-13; xiu, 1-17, 20-27; xiv; xv, 1-6, 10-21; xvn, 12-18; xvni; xix, 1, 2·, 10, 11·, 12· (?); xx, 7-18; xxi, 11-14; xxn, 1-23; xxv; xlvî, 1-12; peut-être xvi, 1-13; 16-17; xvn, 9-10; xxm. 9-40; XXXI,2-9,15-22; xlvu; XLvm; xux, 1-22, 28-33. A cette première collection, ont été vraisem­ blablement ajoutés, les oracles prononcés par Jérémie jusqu’en 586 : xn, 14; xm, 18, 19; xv, 7-9; xxn,24-30; xxin, 1-2, 5-6; xxiv; xxvn; xxx, 12-19; xxxi, 23-23, 31-37; xxxn; xxxîiî, 1-17; 23-26; xxxiv; xxxv; xlvî, 13-25; xux, 23-25, 34-38, cl peut-être un noyau des chap. l-li. Lehrbuch., p. 541-542. Tout le reste est œuvre d'éditeurs, dont le plus important est Baruch. L'attribution qui est faite à ce dernier de passages du livre, de récits historiques surtout, ne saurait faire difficulté au point de vue de l’authenticité, • car avec Baruch on ne quitte pas le prophète, » et son œuvre aussi bien que celle de Jérémie a droit aux mêmes égards et jouit de la même valeur historique. Cf. Touzard, Hcuue biblique, 1916, p. 322. Tabac, Les prophètes d'Israël, fasc. 2-3, Malines, 1921, p. 289. Cet ensemble de conclusions toutefois ne s'impose pas. parce que tout d'abord le critère employé est loin d’avoir toute la rigueur supposée : certains récits en effet « de leur nature, demandent la troisième per­ sonne, alors même qu’ils auraient été dictés par Jéré­ mie : quand, par exemple, le prophète entre en scène accidentellement, en passant, ou quand le récit prend le caractère d’une histoire générale (c. xl et suivants). » D’autre part, 11 y a de nombreux exemples de récits où le narrateur parle de lui-même à la troisième per­ sonne, ou à la première et à la troisième indifférem­ ment (cf. Is., vn, 3; Dan., iv, 25-34; Tob., i-πι, à comparer avec iv-xiv, etc..·.)· Cf. Condamin, op. cil.t p. xu. Ce critère n'est donc pas suffisant et les raisons d'ordre littéraire ou historique que l'on y ajoute pour refuser à Jérémie lu composition de maints passages de son livre n'apparaissent pas non plus toujours très décisives. 2. Examen de quelques passages contestés. — L'exa­ men des difficultés, soulevées par quelques morceaux ou plus considérables ou plus importants, permettra d’en maintenir, le plus souvent du moins, l'authenti­ cité. a) x, 1-16. — Pour la plupart des critiques ces ver­ sets ne sauraient faire partie de l'œuvre primitive : le sujet diffère de celui des prophéties au milieu des­ quelles ils se trouvent; ils en rompent la suite logique en s'intercalant entre vii-ix et x, 17; enfin et surtout, le style qui ne ressemble guère Λ celui de Jérémie, pré­ sente au contraire beaucoup d’analogie avec Isaïe, particulièrement xl, 19-22; xuv, 9-20 et xlvî, 5-7. Si l’on remarque de plus que ce passage contient la glose araméenne certainement tardive du t. Il, et que les t. 8-10 manquent dans le grec, Il apparaîtra difficile d’en maintenir l'authenticité. Ces raisons ne sont peut-être pas aussi décisives que le pensent la majorité des critiques; rien ne s’oppose en effet A ce que Jérémie ait adressé aux exilés pareil avertissement, relatif aux idoles, lors de la première ou de la deuxième déportation. 11 resterait toutefois que le passage n’est pas à sa place et qu'il a subi quelques remaniements, celui au moins du f. 11. b) xi, 1-8. — Morceau très important pour la solu­ tion du problème toujours discuté des rapports de Jérémie el du Deutéronome. Pour quelques critiques 857 JÉBÉMIE. AUTHENTICITÉ récents, K. Marti, Duhm, Cornlll, Kent, ce passage ne serait que la réponse d'une tradition tardive ù la question de savoir quelle avait été l'attitude de Jéré­ mie ù l’égard de la réforme deutéronomlque. Cc qui le prouve c’est : 1® le style,{très inférieur à celui du pro­ phète; 2° bon nombre de locutions et d’expressions empruntées nu Deutéronome; 3® l'opposition surtout entre l’exhortation pressante à observer la loi écrite el renseignement ordinaire de Jérémie, particulière­ ment dans vm, 8 et in, 10; le prophète en effet ne pouvait se contenter d’une réforme, qui, négligeant les dispositions morales, insistait seulement sur le côté extérieur de la religion. Pour maintenir, avec la grande majorité des cri­ tiques d’ailleurs, l'authenticité au moins substantielle du passage Incriminé, il suffît de remarquer que l’affi­ nité de Jérémie avec le Deutéronome se retrouve en maints autres endroits, que Jcr., vm, 8 reste d’une Interprétation trop incertaine pour étayer une véri­ table démonstration et qu’cnffn le livre de l'alliance, même réduit aux seuls chapitres qui auraient consti­ tué le rouleau découvert dans le temple, ne méritait pas une telle aversion de la part de Jérémie; cette loi bien au contraire devait plaire au prophète par · son monothéisme, son horreur pour l’idolâtrie, son huma­ nitarisme ardent, sa haute moralité, sa détestation des abominations païennes, son exhortation â aimer Dieu de tout son cœur et à vivre en conséquence (Peake). · Cf. Condamin, op. ei(.t p. 105. Loin donc d'être une addition tardive les versets 1-8 du c. xi pourraient bien reproduire le plus ancien de tous les discours conservés dans le livre de Jérémie, se rapportant ainsi à l’époque de la réforme de 621. Gautier, Introduction à ΓAncien Testament, Lausanne, 1906, 1.1, p. 476. c) xvn, 19-27. — Exhortation à observer le sabbat. Depuis Kuencn et Stade, la majorité des critiques trouve cette exhortation bien surprenante de ia part de Jérémie, qui nulle part ailleurs ne mentionne le sabbat et n'attache aucune importance à l’accom­ plissement des prescriptions rituelles et cérémonielles. Mais, Indépendamment du style, tout à fait dans la manière du prophète, on veut bien le reconnaître, le silence absolu de Jérémie sur le sabbat, institution ancienne et importante en Israël, ne seralt-il pas au moins aussi extraordinaire que cette unique mention? Prétendre de plus que Jérémie condamne ou méprise les rites extérieurs, c'est mal Interpréter les passages où le prophète en Juge 1’obscrvalion Inutile ou même coupable si elle n'est accompagnée des sentiments d’une piété sincère. Quant ù situer l'exhortation à un moment précis des 40 années du ministère de Jéré­ mie, c’est chose assez difficile; peut-être pourrait-on, avec assez de vraisemblance, la rapporter elle aussi, comme le passage précédent, à la réforme de Josias (voir Orclli). d) xxv, 12-14. — Π s'agit de l'annonce de la captlvité et de sa durée. Comment admettre que Jérémie ait pu prédire, dès la quatrième année de Joakim, la chute de Babylone dans 70 ans? Les préjugés dogma­ tiques qui se refusent Λ reconnaître la révélation dan· l'œuvre des prophètes ne sauraient évidemment enre­ gistrer une si parfaite correspondance entre l’histoire et la prophétie. De tels préjugés cependant no sont pas recevables non plus que la conclusion qui en découle. A noter seulement que le nombre de 70 n’est pas à en­ tendre nécessairement dans un sens rigoureux, d’abord parce que les indications chronologiques de ce genre dans la Bible n’ont pas en général cette prétention et qu’nssez souvent aussi ce nombre do 70 sert à désigner une quantité assez considérable, ainsi dans Jud., i, 7; vm, 14, 30; I Reg., vï, 19 où il cet question d’individus. De 605, date do la prophétie à 538 fin de la captivité, le total des années est tout proche do 858 70, un peu moins il l'on compte seulement depuis la première déportation en 593. L'authenticité de h donnée essentielle de ce passage étant ainsi maintenue, il ne s'ensuit pas que tout y soit primitif; la fin du t. 13, par exemple: · ce que Jérémie a prophétisé sur toutes les nations. » n’est guère en situation dans un oracle du prophète luimême. Il ne s'ensuit pas non plus qu’il soit à sa vraie place, car 11 rompt la suite des idées entre les f. 11 et 15 et serait mieux à la suite des oracles contre Baby­ lone, Jcr., L-u. Les lacunes du texte grec confirment ces conclusions. e) xxvn-xxix. — De ces chapitres, dont l'authen­ ticité substantielle et la crédit lité n’ont pas à être mises en doute (contre Duhm et Schmidt) et dont cer­ taines particularités orthographiques ont fait sup­ poser l’existence séparée avant leur introduction dans Je livre actuel, un passage surtout a été discuté : xxix, 16-20. Beaucoup le tiennent pour une interpo­ lation; non seulement il ne figure pas dans les Sc;»· tante, mais encore il est sans lien avec le contexte dont Il rompt la suite logique qui s’établit fort bien entre les versets 15 et 21. Pour résoudre ces difficultés qui sont réelles, sans sacrifier l'authcntMté,on a recours à une simple transposition du texte; voici celle que propose le P. Condamin : lire dans cet ordre le c. xxix : 1-9, 16-20, 10-15, 21, etc.; la suite du sens s'établit ainsi : < Non seulement vous ne reviendrez pas bientôt de l'exil (4-9), mais ceux qui sont restés Id seront dis­ persés (16-20); au bout de soixante-dix ans seulement l’exil finira (10-14); quant aux faux prophètes qui vous trompent, void contre eux... (15, 21-23). » Op. ciL, p. 209. t) xxx-xxxi. — Inutile de souligner l'importance de ces chapitres au point de vue messianique, surtout de xxxi, 31-34. Leur authenticité a été l'objet de nombreuses discussions et de jugements fort divers. Deux questions se posent ù leur sujet : Est-ce une œuvre homogène, ou bien ù un noyau primitif plus ou moins considérable des Interpolations sont-elles venues s’ajouter? s'il n'y a qu'un seul auteur, cet auteur peut-il être Jérémie? Pour répondre à la pre­ mière question, il y a lieu de constater tout d'abord l'unité de sujet, de plan et de composition. Il s’agit dans le passage entier du retour du peuple hébreu de l'exil assyrien et babylonien; la structure slrophlquc de l'oracle dont le texte massorétique a presque com­ plètement préservé la physionomie (léger déplace­ ment de xxxi. 27-30 et rejet de xxx, 10-11, 23-24; xxxi, 35-37), atteste par la symétrie numérique, les répétitions «le mots dans les strophes et la série régu­ lière: strophe, antlstrophc et strophe intermédiaire, la réalité et l’unité du poème; on ne saurait par consé­ quent le disséquer en éléments primitifs et secondaires. Cf. Condamin, op. cil., p. 233-237. De quel auteur ce poème est-ll l'œuvre? A cause des ; notables ressemblances qu'il offre avec kale, xl sq., ne seralt-il pas de la même main qui écrivit la seconde partie du livre d'Isalc (Movers, de Welle, IliUlg)? Pas nécessairement. car si les ressemblances sout Indéniables, elles ne sont pas « telles qu’on ne puisse les expliquer par une imitation voulue, quelques pures coïncidences ou surtout, par de simples réminis­ cences. » N’aurait-Il pas en tout cas été composé long­ temps après le commencement de l’exil, xxx. 12-14, el en Palestine, xxxî, 8, 21, donc pas par Jérémie dont le séjour en Juda avant son départ pour l’Égypte fut de très courte durée, et qui de plus annonr.ut un exil de longue durée alors qu’il est Ici question d’une restauration très prochaine, xxx, 21-22 (SmcaJ). Une telle Interprétation des passages invoqués ne s'impose pas; la ccrt.iudo et l’étendue de la ruine y sont plutôt affirmées que sou accomplissement déjà ioiutmii; de 859 JÉRÉMIE. AUTHENTICITÉ même pour 1a proximité de la restauration, ou bien 11 s’agit des exilés de l’ancien royaume d’Israël, xxxi, 21-22, ou bien c’est sur la certitude encore du retour qu’insiste le prophète. Ainsi donc, et en tenant compte que sur beaucoup de points ces c. xxx-xxxi paraissent bien porter la marque des œuvres de Jérémie, leur authenticité peut être maintenue (Dri­ ver, Gautier, Bolhslein, Condarnin). Celle du passage messianique xxxi, 31-34 est admise par la majorité des critiques, Cornill, Gicscbrecht, Pcake, Ed. Kœnig, Kcil. SU uemagcl... Cf. Condamin, op. ci/., p. 233-239. g) xxxii, 16-14. — A part les versets 24-25 ct 36-44 dont bon nombre de critiques maintiennent avec rai­ son l'authenticité, le reste du passage pourrait bien être secondaire ; la prière de Jérémie ù lahvé, 17-23 parce qu'elle ne répond guère à la circonstance et qu’elle est en grande partie composée de citations; la réponse de lahvé, 28-35, pour 1rs mêmes raisons. h) xxxin, 11-26. — L’absence de ccs versets dans les Septante soulève immédiatement la question de leur authenticité. Comment cn clïct un passage de cette Importance aurait-il pu être laissé de côté par le traducteur grec? D’autre part les |. 14-15 semblent bien une répétition de xxix, 10 ou mieux de xxm, 5-6; 25-26 rappellent xxxi, 36-37, et les promesses de per­ pétuité des prêtres lévitiques sont dilflcilcment conci­ liables avec cc que le prophète en dit par ailleurs. Pour ces raisons, la majorité des critiques el parmi eux des catholiques tels que Jahn, Movers, Scholz, abandon­ nant l’authenticité, voit dans ces prophéties une Imita­ tion d’époque récente de véritables oracles de Jérémie. Cette conclusion cependant ne s'impose pas. L'ab­ sence du passage dans le grec n’entraîne pas nécessaire­ ment son absence dans le texte primitif. Des cas sem­ blables ne manquent pas; les répétitions, surtout celle du début 14-15, auront peut-être amené le traducteur grec à considérer l’ensemble du passage comme une redite inutile, cl par conséquent à le supprimer. De ces repetitions elles-mêmes on ne saurait non plus conclure à l'interpolation, à cause de leur fréquence même dans le livre. Enfin de la prétendue incompatibilité avec les vues ct promesses ordinaires du prophète, que reste-td, si l’on remarque que Jérémie, tout comme les autres prophètes, ne pouvait exclure de la restauration future les institutions de l'économie ancienne? Cc qu'ils attendaient, lui ct les autres, c’était non leur complète el brusque disparition, mais leur perfectionnement. Cf Condamin, op. ci/., p. 248; Lagrange, Pascal cl les Prophéties messianiques, dans Revue biblique, 1906, p. 513-544; Van Hoonackcr, Le sacerdoce lévilique, p. 124. t) xxxix, 1-10.— A l'exception du t·3 généralement maintenu À cause de sa concordance avec des récits par allèle ·» ct du lien qu'il établit entre la fln de xxxvin et xxxix, 11, tout le reste du passage serait à rejeter: 1· parce qu’il n'est que la reproduction abrégée de Jer., ui, 4-16 ou de IV Peg., xxv, 1-12; 2® parce que la suite naturelle du récit s’établit par le rapprochement des versets xxxviu,28, xxxix, 3 et 11; 3° parce que 4-10 manquent dans le grec, omission qui, sans être elle-même une preuve suffisante d'interpolation, accentue cependant la vraisemblance de la non-authenUcilé. /) XLvui et xux, 34-29. — Malgré les attaques de quelques critiques rejetant en bloc tous les oracles contre les nations, l’authenticité de ces derniers ne saurait être sérieusement contestée que pour xlvim et xux, 31-39. D’une longueur démesurée, sans propor­ tion ave< celle des autres oracles, dépendant dlsale, xv-xvi surtout pout les f. 5, 29-38, écrit d’un style d flus, l'oiadc contre Moab ne saurait être l’œuvre de Jérémie; à l’exception de quelques versets, Il est d'choque tardive. — Mois pourquoi vouloir i amener la 8G0 prophétie contre Moab aux proportions plus modestes des autres? Les Moabites ne furent-ils pas en lutte très fréquente avec Israël, toujours prêts à faire cause commune avec ses ennemis et à l’insulter dans son malheur? Soph., n, 8-11 ; Ezcch., xxv, 9-11 ; n'est-il pas dès lors bien naturel que Jérémie ait consacré à cc peuple une prophétie plus longue? Si Isaïe, d'autre part, a pu reproduire tout au long un ancien chant sur Moab comme nombre de critiques l'admettent pour Is., xv-xvi, · pourquoi Jérémie ne pouvait-il pas prendre quelques parties de cc chant, les modifier, les adapter, les insérer dans son propre poème? > Condamin, op. cil., p. 317. Quant à l'oracle au sujet d'Élam, xux, 34-29, dont l’éloignement ct l’absence de relations avec Juda à l’époque du prophète s’opposeraient à l'authenticité, on n’a pas prouve qu'il n'est pas de Jérémie. Les Élaniites en etlct, voisins de Babylone, pouvaient fort bien ù un titre ou à un autre intéresser le royaume de Juda. k) L-u. — « Celle prophétie est très généralement considérée comme inauthenlique. Elle reflète les expé­ riences, les sentiments d’un Juif, vivant dans l’exil, longtemps après la destruction de Jérusalem, la dépor­ tation de scs habitants et la ruine du temple. · Gautier, Introduction à TAncien Testament, 1906, L î, p. 498. L’étendue et l’importance de l'oracle contre Babylone, l'attitude générale de la criliqueùson endroit exigent la discussion du problème de son authenticité. Celui-ci, cn eflet, ne saurait être résolu parle simple mépris du préjugé rationaliste : « Ccs chapitres contiennent des prophéties contre Babylone d’une parfaite exactitude : c’est la seule raison pour laquelle ils sont rejetés. On y voit des vaticinia post eventum, parce qu’on affirme l'impossibilité du miracle et de la prophétie... »Ennoni, art. Jérémie dans \ igouroux, Dictionnaire de la Bible, t. m, col. 1274. D’autres raisons sont invoquées contre l’attribution de ccs chapitres à Jérémie. Quelle en est la valeur? S’il faut rattacher u, 59-6-1, dont l'exactitude histo­ rique n’est pas à contester, à l'oracle proprement dit, il s'ensuit que celui-ci aurait été prononcé la quatrième année du règne de Sédéclas,593. Or, cette même année, Jérémie, s’indignant contre les faux prophètes, qui annonçaient la fln prochaine de l'exil, xxvm, 1-9; xxxix, 8, 9, 15, demande aux captifs de la première déportation de s'installer dans leur nouvelle résidence: • Bâtissez des maisons ct habltez-lcs, plantez des jar­ dins ct mangez-en les fruits. » Jer., xxix, 5. Bien plus il les invite à rechercher le bien de la ville où Ils ont été emmenés et à prier lahvé pour elle, car son bien sera aussi le leur, xxix, 7. De telles recommandations sont-elles compatibles avec l’ordre de fuir hors des murs de la ville de Babel, l, 8; u, 6; avec Kappel à ses ennemis de se ranger cn bataille autour d’elle, de se venger sur clic, de l'exterminer, b» 14-15? Les faux prophètes, séducteurs du peuple» ne tenaient pas un autre langage, Jérémie après cn avoir proclamé le mensonge va-t-il le reprendre à son propre compte? C’est assez peu vraisemblable, d’autant plus que tout le passage suppose une époque postérieure ά la ruine de Jérusalem et à la destruction du temple, ct que le ton passionné qui l'anime s'accommode bien des senti­ ments de haine ct de vengeance provoqués par la vue d’une telle catastrophe. Enfin, la mansuétude du vain­ queur à l’égard du prophète ne sc comprendrait plus guère si celui-ci avait prononcé de semblables paroles contre Babylone. L’oracle n’est donc pas de la qua­ trième année de Sédécias. I Est-cc ù dire cependant que Jérémie, ù un autre moment de sa carrière, n’aura pu composer cette pro­ phétie? Les raisons, qui font écarter la quatrième année de Sédécias, ne valent plus, semble-t-il, pour les temps I qui suivirent la chute de Jérusalem par exemple Mais Sül JEREMIE. CHRONOLOGIE de nouveaux arguments sont apportés qui militent cette fuis contre l’authenticité elle-même do l’oracle. C’est d’abord la conUadiclion avec l'altitude du prophète, non plus seulement à un moment donné de u vie, mais durant tout son ministère. Avec autant de persévérance que d'insuccès, il a piôché la soumission à Babylone, alors mêm» qu’il ne l’entrevoyait plus comme le moyen d'éviter un châtiment déjà trop mé­ rité. Certes, les calamités qui ont anéanti Juda ct Jérusalem, ct dont les Chaldécns ont été les auteurs pouvaient bien émouvoir l'âme sensible de Jérémie, mais il savait que tous ccs maux, prédits par lui-même, n’étaient que le Juste châtiment des crimes de son peuple. Pourquoi dès lors userait-il de celle violence à l’égard du vainqueur, qui, même apres les événements douloureux des derniers Jours de Jérusalem, n'en demeure pas moins pour lui le serviteur de lahvé, xun, 10? El puis les exhortations à la patience, faites aux exilés en 593, n’avaient pas perdu de leur actualité dans les années qui suivirent la mort deSédécias;alors, comme précédemment, il importait de ne pas séduire les captifs par l'annonce de la destruction de Babylone et l’espoir d'un prochain retour; l’oracle des ch. l-u, n’aurait il pas eu ce résultat? A celle première raison, tirée du caractère même de la mission de Jérémie, s'en ajoute une deuxième, fournie par l’examen de la situation historique telle quelle se dégage des nombreuses allusions aux événe­ ments. Pour l’auteur des c. l-u non seulement la destruction du temple est un fait accompli, l, 28; u, 11, 51, mais encore la chute de Babylone est proche, L, 2-3; l’heure du châtiment a sonné pour elle aussi, L, 27, 31, les captifs n’ont plus qu’à reprendre le che­ min du retour dans la patrie, l, 4-8; u, 6. 45, 50. Autant d'indications qui obligent à reculer la date de l'oracle Jusqu aux dernières années de l'exil, à une époque par conséquent où depuis longtemps déjà Jérémie était mort. Un troisième argument enfin peut encore être apporté, tiré des nombreuses répétitions de passages eu d’expressions Identiques ou parallèles de Jérémie. Il y a là une manière d écrire qui, sans doute, n'est nullement étrangère au prophète, el même on a voulu y retrouver la marque incontestable du style de Jéré­ mie, mais le nombre même de ces répétitions révèle plutôt l’œuvre d’un disciple, familiarisé avec les dis­ cours du prophète et se plaisant à cn reproduire les formules. Cf. l, 4-5 ct m, 21, xxxi, 9; l, 5 et xxxn, 40; L. 13 et xux, 17, xix, 8; u, 37 ct xx, 11; u, 15-19 el x, 12-16, etc., etc. La presque unanimité des exégètes catholiques maintient cependant l’authenticité des c. l-u, mais sans pouvoir s'appuyer comme le remarque le P. Con­ damin. « sur le témoignage des Pères de l’Église, qui serait insullisanl en la matière. Si l’on omet quelques fragments dOlympiodorc (vr siècle), dont Pâulhcnticité n'est pas certaine, on trouve seulement trois au­ teurs ecclésiastiques, dans les sept premiers siècles, dont nous ayons le commentaire des c. l ct u de Jéré­ mie : Oilgènc (fragments grecs, et traduction par saint Jérôme des homélies xx et xxi sur Jérémie), saint Éphrem ct Theodorei Origènc, dans les fragments grecs, cl Théodoret,dans tout cc passage, ne nomment pu* une seule fois Jérémie. » Op. cil., p.355. Les défen­ seurs de l’opinion traditionnelle sc refusent â admettre la contradiction qu’impliquerait la composition par Jérémie, la quatrième année de Sédécias, d’oracles annonçant la ruine de Babylone ct la fin do I exil : « Ccs deux vérités devaient nécessairement se ren­ contrer dans scs oracles. Eu énonçant la première, il prémunissait ses concitoyens, déportés à Babylone cn même temps que le roi Jéchonias.contre tout ce quiourait pu aggi avez leur situation.En énouçaut lu seconde, 1 862 il faisait briller Γespérance dans le lointain, et montrait qu’il (allait avoir confiance dans la bonté divine. Cette double p ruée fait tout le fond de ses prophéties : les Babyloniens, vainqueurs des Juifs coupables, seront eux-mêmes vaincus, ct Israël, châtié et repen­ tant. reviendra dans sa patrie. Voudrait-nn lui faire un reproche de ce qu’en un endroit il appuie sur l’une de ces vérités plutôt que sur l’autre? · Trochon, Les Prophètes, Jérémie, (Lu Sainte Bible), Paris, 1878, p. 12-13. Pas de contradiction non plus dans le changement d’altitude qu il faudrait prêter au pro­ phète vis-à-vis des Chaldécns, « s'il a annoncé leurs succès, s'il a prophétisé leur conquête de Jérusalem et la ruine de sa patrie, ce n’est nullement par atlcction pour Babylone. Il n’a agi que comme messager de Dieu. C’est le cœur serré et plein de tristesse, qu’il prédit cet acte nécessaire de la vengeance divine, seul moyen d’expier les péchés d’Israël. Mais cette mission reçue de Dieu l’empêche-t-elle d’aimer sa patrie? Non, il ressent une profonde Indignation à la vue des cruautés que les Chaldécns exercent contre scs compatriotes. U annonce souvent que Babylone sera punie à cause de sa cruauté, de son orgueil, de son idolâtrie. » Trochon, p. 13. Faut-il pour maintenir une certaine authenticité, distinguer dans cet oracle ce qui serait de Jérémie et cc qui serait d’un rédacteur (Movers, de \Vc;tc, Hitzig cl plus récemment Slcuernagcl)? c’est peu probable; outre ce qu’a forcément d’arbitraire une telle réparti­ tion, l’unité de composition du poème, le lien qui existe entre scs diÎTércnles parties, et de plus, selon k P. Condamin. la structure des strophes proteste­ raient contre les remaniements ainsi exigés. La conclusion de cette longue discussion semble donc s’imposer: «l’oraclecontre Babylone n’est pas de Jérémie. C’est l'opinion à laquelle sc rallient dans de récents travaux des auteurs catholiques. » Tobac, Les Prophètes d'isracl, fasc. 1-3, Malines, 1921. p. 2J8-299. Le P. Condamin dans son Commentaire sur érémie ne range pas ces chapitres dans la liste des passages au­ thentiques, p. XXÎV. 0 lu. — L’indication qui termine le c. u : «Jusqu’ici les paroles de Jérémie » à elle seule rendrait déjà sus­ pecte l’attribution au prophète du chapitre qui la suit. Si l'on remarque de plus que tout cc passage ne fait que reproduire la fin du livre des Bois, IV Beg., xxiv, xxv, 1830 avec un assez grand nombre de divergences toutefois, et relate des événements survenus, très vraisemblablement, après la mort de Jérémie, t. 31-34, on y reconnaîtra une addition aux écrits du prophète, dans le but de montrer clairement d’après l’histoire, cn manière de conclusion, comment la prédiction prin­ cipale relative au sort de Jérusalem avail été accom­ plie. Cf. Condamin. op. cil., p. 3G3. I il n’y a pas à discuter ici l’authenticité de passages beaucoup plus courts, de simples versets mêmes ou de parties de versets (ct. les commentaires) Notons seu­ lement qu’à part quelques exceptions, xxm. 19 20; xlvi, 27-28; xlviu, 10; xlvuj, 330,34*. les mutilations que certains critiques, Duhm surtout, font subir au texte ne sont nullement justifiées. F. CHRONOLOGIE DES PROPHET/A8 DE JErEMIB. — La question d'authenticité réglée pour la plupart des oracles contenus dans le livre de Jérémie, reste celle de l’époque à laquelle Ils furent prononcés L’arrange­ ment cn effet des prophéties dans le recueil actuel est loin d’être toujours conforme à l’ordre chronologique, et les divergences qu’offrent à cc sujet le texte hébreu ct les Septante ajoutent encore à la complexité du problème Pour l’attribution d’une date précise à chaque oracle cn particulier deux nouvelles difficultés Mirgissent, provenant, l'une, du changement, à l’époque de I exil, dans la manière de compter les années que 863 JÉRÉMIE. CHRONOLOGIE l'on fait commencer non plus à l'automne, mais à j 1 équinoxe du printemps selon la manière babylo­ nienne. l’autre du calcul de la durée d’un règne, dont e non lire des années pourra varier scion que Ton compte ou non comme années complètes celle dc l'avè­ nement et celle dc In mort du roi. Cf. Stcuernagcl, Einldtung, p. 539; Condamin, op. cil., p. xvin-xxn. l our dater les prophéties de Jérémie, IJ y a d'abord | les indications chronologiques fournies par le livre luimême. Qu elles émanent du prophète ou dc son disciple Baruch, ccs datations sont à retenir sauf au cas où elles seraient formcllèment contredites par le texte de l'oracle. H y a ensuite les allusions historiques fournies par l’oracle lui-même ; assez souvent clics permettront, au moins d'une manière générale, la détermination di e clr instances où celui-ci a été prononcé. En pareille nutière toutefois, il importe de ne pas oublier, surtout pou les discours du temps de Josias, que leur rédac­ tion, la quatrième année seulement de Joakim, a pu atténuer quelques-uns des traits qui auraient permis de les dater avec le plus de certitude; ayant, par suite du changement dc circonstances, perdu de leur intérêt, ccs traits, ou bien auront été laissés dc côté, ou bien auront été fortement atténués. Là où manquent à la fols les données chronologiques et les allusions histo­ riques suffisamment précises, les attributions à telle ou telle époque varieront avec les critiques; c'est le cas ordinaire pour les plus anciennes prophéties dc Jéré­ mie. Pans certains cas enfin, il faudra savoir renoncer Λ toute fixation, même approximative. Il n’en reste pas moins que, pour reconstituer les différentes phases de l'œuvre du prophète eten saisir le développement, la détermination aussi exacte ct complète que possible dc la date des différentes parties du livre s'impose. Au règne dc Josias (638-608) appartient tout d'abord le récit dc la vocation dc Jérémie, daté de la treizième année du règne de ce roi. Jer., 1,2. Au début du minis­ tère du prophète également ct sous ce même roi se placent les c. n-iv, 4, non pas seulement à cause dc ia formule un peu vague dc m, 6 : « lahvé me dit aux jours dc roi Josias », mais encore parce que les reproches et les exhortations contenus dans ce passage sont tout A fait de circonstance dans la première partie du règne dc Josias, alors que les funestes conséquences des réactions impies d'Amon ct dc Manassé n'ont pas encore élé enrayées par la réforme entreprise à la suite de la découverte du livre dc la Loi (621). On a déjà dit qu'à cette réforme aucune allusion n’est faite, non plus qu’au déclin de la puissance assyrienne. Cf. Jer., u, 18. C’est à l’époque de cette même réforme qu'il faut I placer le passage xi, 1-8 qui soulève la question si di cutée des rapports de Jérémie avec le Deutéronome; l'authenticité et l'historicité dc cette péricope s ntà maintenir, ce que font d'ailleurs la plupart des criti­ ques. — vm, 9-17, qui signale les abus à faire dispa­ raître; xn, 18-23, qui rappelle l'attitude hostile des compatriotes du prophète, sans doute à cause de son zèle pour la réforme et xn, 1-6 qui semble la plainte provoquée par ccs événements douloureux (cf. surtout xn, 6) sont du même temps ainsi que probablement xm, 1-14, On peut même attribuer au règne de Josias ou à celui de Joakim, sans plus dc précision, le poème sur i'|ii\as'. I; l’abondance el lu précision de* détails, remarquables dans lout it chapitre, ne permettent pas tie mettre en doute l’exactitude historique dc cette donnée chronologique ; aucun critique d'ailleurs, ou peu s’en faut, ne songe à la contester. Pas d’objection sérieuse non plus contre l'indication dc xi.v, 1, qui place encore dans cette même année la promesse dc vie sauve faite à Baruch;les plaintes du secrétaire dc Jéré­ mie aussi bien que la réponse de lahvé trouvent une explication suffisante dans l'appréhension des danger* que la lecture publique des prophéties faisait entrevoir A Baruch, et des châtiments qui allaient frapper le peuple et lui-même. Le* versets 7-17 duc. xn qui annoncent le châtiment d'kracl appartiennent encore au règne de Joakim, mais aux dernières années; de l’avis de la plupart des commentateur* modernes ils auraient élé prononcés à l'occasion de la révolte du roi de Juda contre Nabucho­ donosor. CL IV Rcg., xxiv, 2 Ver* le même temps ct plus tard encore, alors que l'invasion chaldécnne mena­ çait déjà, il faut placer le récit du c. xxxv concernant les Kéchabites ; l'indication quelque peu vague du t-1 : « aux Jours de Joakan > se trouve précisée par le 1.11 : « lorsque Nabuchodonosor, roi dc Babylone, est monté contre ce pays, nous avons dit : « Entrons dans Jéru­ salem, pour échapper à l'armée des Chaldéens ct à I année d’Arain; » ct nous sommes venus habiter Jérusalem, t A l'époque do Joakim enfin, mais sans qu’il soit possible de préciser davantage, remontent les prophé­ ties de xvi-xvn, 18; leur groupement, malgré la variété des sujets, lient peut-être au fait qu'elles furent adres­ sées aux contemporains de ce roi impio; le reproche de xvi-12 : « Et vous, vous avez fait pis que vos pères, ct voici que chacun de vous suit l'opiniâtreté de ion cœur » n'était alors que trop Justifié. Du temps do Joakin, qui ne régna que trois mol*, serait le petit poème xm, 15-27, si comme il est probabl le t.18 fait allusion à ce roi, auquel 11 associe sa mère, comme d'ailleurs en d'autres circonstances, xxn, 26; xxix, 2. A partir du c. xxî, assez nombreux sont les passages, récits ou oracles, en proportions à peu près égales, que l’on peut dater du règne dc Sédécias, 597-587. Du début de cc règne, peu de temps · après que Nabuchodonosor, roi de Babylone, eût emmené en exil, de Jérusalem à Babylone, Jéchonias, ills de Joa­ kim... · xxiv, 1, est la vision symbolique des deux paniers dc ligues, xxiv, par laquelle le prophète signifie aux habitants, laissés dans la ville par le vainqueur, que ce sont les exilé* de Juda el non pas eux qui for­ meront le nouveau peuple de Dieu. l.a finale du t. 8 ne se rapporte pas nécessairement à ceux qui cherchè­ rent un refuge en Isgyplc après la ruine dc Jérusalem, mais peut-être ù des compagnons de captivité de Joachaz, emmenés en 608, ou encore à ceux qui dès 597, s’exilèrent volontairement sur les bords du Nil pour échapper â la catastrophe qu'ils redou­ taient. Le groupe bien caractérisé des c. xxvu À xxix, appartient lui aussi aux premières années dc ce même règne : d'une part, en clTct, il est bien évident qu'il faut remplacer le nom de Joakim, xxvu, 1, par celui dc Schkdas, les f. 3,12,20, et lu date donnée xxviu, 1, le prouvent abondamment; d’autre part, la question de savoir combien dc temps durerait l’exil devait alors préoccuper les esprit* à Jérusalem et plus encore en Babylonie; pour les mettre en garde contre les vaines t .pérances d’un retour prochain, annoncé par les faux prophètes, Jérémie, 1 interprète autorisé des révéla­ tions divines, déchire avec autant de certitude que i d énergie qu'il faut envisager une longue capüvilé;lc* 1 DI CT. DB THÉOL. CÀT1IOU 86€ premières années qui suivent la déportation de 597 répondent tout ù fait û la situation. Entre ces événements et le début du siège de Jéru­ salem, 588, malgré le manque d'indication chrono­ logique, on peut placer avec assez de vraisemblance k violent réquisitoire contre les faux prophètes, xxin, 9-40 et les oracles contre Joachaz, Joakim et Jéchonias, xxî, 11 xxm, 8 ; rien en effet, du moins dans leur forma actuelle, n’y porte la trace de* tragique* événements, précurseur* immédiats de la catastrophe. Avec xxî, 1-10, commence ia série de* passages relatifs au siège et â la ruine de Jérusalem. C’est le premier message de Sédécias (un deuxième xxxvn, 3-10) avec la réponse du prophète au sujet de l'attaque dc la ville par Nabuchodonosor. Le* événements racontés au c. xxxiv : annonce dc la prise de U ville ct de la captivité de Sédécias, affranchissement mo­ mentané de* esclaves Israélites, trouvent place aux premiers temps du siège. Durant son interruption, due ù l'arrivée des secours égyptiens, se placent le* événe­ ments, objet du récit du c. xxxvn: deuxième message du roi au prophète, emprisonnement de celui-ci qui annonce de nouveau à Sédécias, le consultant en seer t, qu'il sera livré aux mains du roi de Babylone. Ensuite et Jusqu'à la fin du siège, sc déroulent les dilk-rent* épisodes racontés aux deux chapitres suivants xxxvin el xxxix, et entre temps a lieu l'acte symbolique de l'achat d’un chump par Jérémie ct la prière qui y est rattachée, xxxn; la dixième année de Sédécias en marque la date, xxxn, 1. Vers le même temps, alors que Jérémie était encore enfermé dans la cour des gardes, se place la prophétie du c. xxxm qui repren 1 en les accentuant cl les précisant les promesses du chapitre précédent· Les oracles de xxx et xxxi sont contemporains sam doute des événements qui suivirent la ruine dc Jéru­ salem ct qui sont racontés aux c. xl-xuv. « Lu situa­ tion du royaume ruiné après 587, semble répondre mieux au tableau présenté par la prophétie; mais faute de details sur les événements dc celle époque, comme aussi sur l'œuvre prophétique ct littéraire de Jérémie, il serait téméraire de vouloir flxcr une date précise. » Condamin, op, cil,, p. 239. 11 en va de même pour les passages qui n’ont pu être attribués à telle ou telle époque, faute d'indications suffisante*; leur authenti­ cité n'en est pas pour autant contestable. F/. RÉDACTION OU HISTOIRE DU U VU DR JÉRÉMIR. — Les constatations et les discussions relatives à l’état du texte, À l'authenticité cl à la chronologie des pro­ phéties de Jérémie laissent prévoir une histoire asse* mouvementée de la rédaction de son livre. Heureuse­ ment le prophète nous donne lui-même à ce sujet une indication des plus précieuse* en nous racontant au c. xxxvi les circonstances de la première rédaction de ses oracles. La quatrième année du règne de Joakim, Il reçut l’ordre de consigner par écrit sur un rouleau toute* le* paroles que lui avait dites lahvé contre Israël, contre Juda ct conbe toute* les nations depuis les Jours de Josias. La menace de (oui le mal que lahvé avait dessein de faire Λ son peuple, Inspirerait peutêtre à celui-ci une crainte salutaire qui le détournerait de sa mauvaise voie et lui obtiendrait ainsi le pardon de son iniquité, xxxvi, 1-3. Ayant fait venir Baruch, Jérémie lui dicta donc toutes les paroles que lahvé lui avait dites Jusqu'alors ct lui ordonna d'en faire lecture au peuple rassemblé dans la maison dc lahvé, le Jour du Jeûne, ce qui fut fait la cinquième année de Joakim au neuvième mois. Un des auditeurs de Baruch, Nichée, fils dc Gamarias, informa les ministres, réunis dans la maison du roi, de ce qui sc passait, et, à leur tour, ceux-ci, désireux d'entendre aussi cette lecture, man­ dèrent Baruch et lui ordonnèrent de lire à nouveau k recueil des prophéties. Elhayts de ce qu'ils enlcndl· V11L — 28 867 JÉRÉMIE. LES DONNÉES rent ηΙοπ,ΙΙ» f'enquirent de l’origine de tels oracles, et après avoir recommandé à Baruch et Λ Jérémie de sc tenir cachés, ils allèrent rendre compte nu roi des évé­ nements. Celui-ci voulut naturellement connaître ccs discours, si pleins de menaces à l’adresse de son peuple ; lecture lui en fut faite, et, soit mépris ou espoir de détourner ainsi de sa personne et de son royaume la condamnation qu'il venait d’entendre, il se mit ά lacérer avec un couteau le rouleau des prophéties el à en jeter les morceaux au feu ( d’après l'interprétation plus probable de l’hébreu, le livre entier aurait été lu). Vain espoir, car le livre allait être reconstitué et de nouvelles menaces y être encore ajoutées : Jérémie, en effet, fait annoncer à Joakim que lahvé fera venir sur lui, sur sa race, sur tous ses serviteurs et sur tous les habitants de Jérusalem et les hommes de Juda tous les malheurs qu’il leur a annoncés, xxxvi, 21 ; puis, ayant donné Λ Baruch un autre volume, il lui dicta « toutes les paroles du livre que Joakim, roi de Juda, avait brûlé, et beau­ coup d’autres paroles semblables y furent ajoutées. » xxxvi, 32. Tel est en substance le récit des origines du livre do Jérémie, l'exactitude historique ne saurait en être mise en doute. Les conclusions suivantes s’en dégagent : 1· Jusqu’alors Jérémie n'avait pas composé de recueil de ses discours, et, alors même que rien n'empêche de supposer qu'il a pu mettre par écrit tel ou tel de scs oracles, il scnible bien que la plupart furent alors repro­ duits de mémoire, quitte à subir dans leur rédaction quelque modification, commandée pur les circons­ tances, particulièrement par le but avant tout pra­ tique (pie sc proposait le prophète, à savoir : inspirer une crainte salutaire, dans l’espoir d’une conversion. 2° Les circonstances et le but de la composition du recueil Invitent encore à penser que celui-ci ne devait contenir que des discours, accompagnés tout au plus de quelque brève notice ayant trait à leur origine, et groupe s vraisemblablement sans grand souci de l’ordre chronologique 3° Le second volume ajouta nu contenu du premier beaucoup d’autres paroles semblables, et par là on peut entendre non seulement des oracles postérieurs ù la première rédaction mais encore quelques-uns de ceux qui. remontant ù l'époque antérieure ù la quatrième année de Joakim, n'avaient pas été recueillis dans cette première édition. · D’où il appert que, dès l'origine, le contenu du livre prophétique apparaît comme dila­ table. Et cela se comprend sans peine dès qu'il s’agit, non d'une reproduction littérale des oracles, mais plu­ tôt du résumé de la mission prophétique. Des discours ont pu être d’abord négligés qu’on jugea bon de recueil­ lir ensuite; dans chaque discours, des idées, des déve­ loppements ont pu être simplement indiqués, que plus tard on estimera utile de souligner. » J. Touzard, L'ânu luiot au temps des Perses, dans Revue biblique, 1911·. p. 319. Cc travail, entrepris d’abord par Jérémie el Baruch, pourra fort bien se continuer, même après la mort du prophète par tel ou tel de scs auditeurs ou de ses disciples, qui ajoutera au recueil déjà existant des discours jadis prononcés par Jérémie ma s non encore réunis. Peut-on préciser davantage et essayer de compter les élup* s successives par lesquelles passa le livre avant d’attemdre sa forme actuelle en indiquant les pas­ sage* qui remontent à chacune d’elles? Les critiques n’ont pas reculé devant l'entreprise et c'est ainsi qu’il* sc proposent tout d'abord l’évaluation du contenu du premier volume, celui que brûla Joakim, mais, faute d « nui* précises, les conclu* uns varient : un livre qu» cte lu à trois reprises différentes dans le courant de U même journée pouvait-il être bien long? et pour­ tant. d'autre part, n'était-il pa* l’écho d'une prédica­ tion de pm* de vingt années? Bref, une telle évaluation HISTORIQUES 868 demeure bien problématique; voici celle qu’adopte Steuernagel, Lehrbuch der Einleltung /n das Aile Testament, Tübingen, 1012, p. 564-565 : ι-u; m, 1-13, 19- 25; îv, 1-ix, 21; x, 17-22; xi; xn, 1-13; xm, 1-17, 20- 27; xiv-xv, 1-6, 10-21 ; xvn, 12-18; xvm; xix 1,2·, 10, 11% 12·(?);χχ, 7-18; xxi, 11-14; xui, 1-23; xxv; xlvi, 1-12; et peut-être : xvi, 1-13, 16-17; xvn, 9-10; xxm, 9-40; xxxi, 2-9, 15-22; xlvh; xlviii; xux, 1-22, 28-33. Pour le contenu du second rouleau, si l’on est généralement d’accord pour y reconnaître le noyau de notre livre actuel, il n’en va plus de même lorsqu'il s'agit d’en reconstituer les éléments; ù plus forte raison pour les éditions suivantes qui, au nombre de trois, auraient finalement et assez longtemps aprh la prise de Jérusalem donné au recueil sa forme définilive. « Vouloir déterminer d’une façon précise, comme plusieurs s’y efforcent, le contenu de ces diverses édi­ tions serait une entreprise chimérique. » Condamin, op. cit., p. xin. III. Les données du uvre de Jérémie,— Λ lbs DONNÉES HISTORIQUES. — Un livre tel que celui de Jérémie, où abondent les allusions aux événements contemporains, soit dans les parties narrative.*, soit dans les parties prophétiques, appelle le contrôle de l’histoire. La valeur et l'autorité du livre, non moins que les conclusions relatives à son origine pourront lui demander el en recevoir une garantie nouvelle, tandis que la réalisation des événements, prédits par le pro­ phète, confirmera le caractère sum durci de sa mis­ sion. Deux catégories de faits à étudier ; les uns, objet de récits ou de simples allusions, les autres de prédic­ tion. 1° Récits ou allusions historiques. — En ce qui les concerne, leur accord général avec les données fournies par d'autres livres de la Bible, celui d’Ézéchicl en par­ ticulier, el d’autre part, l'authenticité substantielle du livre, en assurent l’exactitude historique, laquelle est d'ailleurs généralement reconnue. Bien des problème» toutefois continuent à sc poser à leur sujet et les re­ marques suivantes pourront dans la plupart des cas leur apporter une solution satisfaisante. Ainsi le silence sur certains événements contemporains de l’activité du prophète, tels que la découverte, dans le temple, du livre de la Loi ou la réforme de Josias, peut paraître singulier, d'autant plus que, par ailleurs, les allusions aux événcmentsd'ordrc politique et religieux abondent. Mais c’est Ici surtout qu’il y a lieu de tenir compte des circonstances dans lesquelles fut composé le recueil des prophéties; en effet, la première rédaction des oracles n’ayant eu lieu que la quatrième année de Joakim, assez longtemps par conséquent après la dé­ couverte du livre de la Loi cl la réforme de Josins, elle avait à se préoccuper surtout de la situation présente, où ccs mêmes événements n’étaient certes plus nu premier plan. D’autre part, des difficultés d’ordre chronologique, telles que le désaccord entre certaines données du livre des Bois et de celui de Jérémie, l’impossibilité d’établir avec exactitude la suite chnnologique de certains faits ou la durée de certains règnes, peuvent trouver une explication dans l’impré­ cision et la variété de la computation hébraïque. Dan» les grandes lignes d’ailleurs les renseignements d’ori­ gine babylonienne confirment les indicat ions bibliques Cf. Condamin, op. cit., p. xvin-xxi Des invraisem­ blances, des inexactitudes dtspai affront par la simple restitution du texte dans sa teneur ou dans son ordre primitifs. Sur la difficulté particulière de l’évaluation du chiffre des déportés, voir Touzard, L'dm lu lue au temps des Perses, dans Revue biblique, 1917, p. 64-71 < l Condamin, op. cil., p. 36l-3b.» Oc nouvelles découvert. , pourront enfin élucider certa υnts. jusifu’à présent demeurés obscurs. I C est ainsi que le* papyrus d El. pl .ntine, en révélant 869 JÉRÉMIE. LES PRÉDICTIONS l'existence de colonies Juives dans lu Ilaute Égypte dès avant la domination des Perses, ont confirmé l'exislence jusqu'alors fort discutée, de colonies semblables dans la région de Pâturés, dès le temps de Jérémie. Jer., xuv, 1. Pas n'est besoin en effet de reculer rétablissement de ccs colonies après la prise de Jéru­ salem par Nabuchodonosor; il n’y a aucune raison de le prétendre, ainsi que le remarque le P. Lagrange, « puisque cc n'est pas de cc moment que date l’exten­ sion du judaïsme connue depuis sous le nom de Dias­ pora. On pourrait tout aussi bien songer à la transpor­ tation partielle opérée par Néchao après sa victoire sur Joslas. Le deuxième livre des Bois nous dit que le pharaon établit roi Ellaqim/flls de Josias, à la place de Josias son père... « et il prit loakhaz et l'emmena en Égypte, et il y mourut. » IV Bcg., xxm, 34 d’après les septante. Le troisième livre (non canonique) d'Esdras paraît avoir donné plus d’importance au convoi des déportés (du moins dans le texte latin, III Esdr., 37 sq.). » Les nouveaux papyrus d'Eléphantine, dans Revue biblique, 1908, p. 340. L’existence du temple, bâti par la colonie Juive d* Éléphant! ne» lors de la campagne de Cambyse en 525 permet en effet de sup­ poser un établissement déjà ancien dont les premiers temps doivent vraisemblablement être reportés à l’époque même de Jérénue. De plus « le culte de plu­ sieurs divinités honorées à côté de lahvé par les Juifs d’Eléphantinc, comme en témoignent les papyrus, répond tout à fait aux penchants polythéistes coura­ geusement attaqués par Jérémie. > Condamin, op. cit. р. 292. 2° Les predictions. — Mais c’cst surtout dans l’an­ nonce des événements futurs qu’il y a lieu d’établir et de défendre l'exactitude du prophète, en montrant la réalisation de ses prédictions;l'honneur et la véra­ cité de lahvé aussi bien que de son interprète sont en Jeu : «Je veille sur ma parole, dit lahvé, pour l’accom­ plir. » Jer., î, 12. (Cf. à cc sujet la théorie singulière de CorniH sur l’indifférence des prophètes relativement à l’accomplissement de leurs prédictions, Das Buch Jeremia, 1905, p. 86). Λ différentes reprises d’ailleurs dans le livre lui-même apparaft le souci de faire voir dans les événements la réalisation des paroles du pro­ phète; ainsi pour le châtiment d'Hananlas, Jer., xxvin, 15-17; ainsi encore pour l'appendice historique, с. lu qui vraisemblablement n’a été ajouté au livre que pour manifester la vérité des menaces de Jérémie. L'authenticité bien établie des oracles concernant la ruine de Juda et de Jérusalem, les victoires de Nabu­ chodonosor, la captivité, la chute de Babylone, prouve suilisainmcnt, par le simple rapprochement de l’his­ toire, l'exactitude des prédictions de Jérémie, sans qu’il soit nécessaire d’insister. Il n’y a lieu de le faire que pour quelques oracles dont la réalisation parait moins certaine et pour cc fait a été le plus souvent contestée, car il est bien évident que la correspon­ dance, même parfaite entre l'histoire et la prophétie n’est pas une rnlson pour Jeter le discrédit sur tel passage du livre, dont l’authenticité aura par ailleurs été démontrée. De prétendues contradictions entre tels faits et tels oracles qui en seraient l’annonce disparaîtront, grâce à une exégèse mieux informée. Ainsi en est-il de cette invasion des Scythes en Juda, qui, d’après la plupart des critiques et des historiens modernes, aurait été prédite par Jérémie, c. îv, 5-vi, 10, cl en fait n'aurait pas eu lieu puisque les Scythes n’auraient exercé leurs ravages que bien loin du pays de Juda. Mais si, dans le passage en question, il s’agit non plus d'une inva­ sion d·· ces barbares venus · des extrémités de la terre», mais de celle des Chaldécns, ainsi que rétablissent l’exégèse el l’histoire (cf Condamin. op. ri/., p. 61-67), 11 n'y u plus A faire au prophète le reproche d’erreur, 870 mais à reconnaître l’exactitude de sa prédiction, et A en tirer les conclusions qui s'imposent touchant le caractère de la mission de Jérémie ; c'est là préci cément cc qui répugne à de nombreux partisans de l’hypo­ thèse des Scythes. Le sombre avenir annoncé A différentes reprises A Joakim et aux siens, s’cst-il réalisé selon les prédic­ tions de Jérémie? Pas tout à fait, du moins à première vue. Pour cc qui est de la succession au trône de David, auquel ne saurait plu* désormais prétendre aucun des descendants de l'impie Joakim, Jer., xxxvi, 30, faut-il voir une contradiction dan* le règne très court de trois mois et plus nommai qu'effectif de son ffls Joachin, captif durant trente-six ans? Cf. IL Par., xxxvi, 8-10. Il ne le semble pas, car réellement un tel règne ne peut s’entendre d’une véritable succession au trône de David. Pour la privation de sépulture, annoncée au même endroit et encore xxn, 18-19, lad Bculté est plus sérieuse. Le IV· livre des Bois, xxjv, 6 ne dit-il pas que • Joakim se coucha avec scs pères. · laissant entendre par là qu'il mourut de mort naturelle el que les funé­ railles ordinaires des rois lui furent faites? de plus, dani le texte grec du II· livre des Paralipomènes, xxxvr, 8, il est dit de ce roi qu'il fut enseveli avec ses père· έν γανοζχή, c'est-à-dire dans le jardin d’Ouzza, lieu de la sépulture de Manassé et d’Amon, IX Heg., xxi, 18-26. Y a-t-il donc contradiction entre l’histoire et la menace de Jércmle? Le manque de précision de la formule employée au livre des Bois, el l’incertitude de l’authen­ ticité du texte grec ne permettent pas de l’affirmer. L'hypothèse d’une mort violente, suivie d'une priva­ tion de sépulture plus ou moins longue, ou bien même une profanation du tombeau lors de l’invasion chai· déenne n’est d'ailleurs pas exclue par ces différents textes. L'oracle de xuv, 24-30 soulève deux problèmes, celui de la disparition totale des Juifs de l’Égypte. d’une part, et de l'autre celui du sort réservé au pharaon Hophra. « Écoutezdonc delà parole lahvé, vous tous de Juda qui habitez sur la terre d’Égypte, mon nom ne sera plus prononcé par la bouche d’un homme de Juda disant : « Vivo le seigneur lahvé! » Voici que Je veille sur eux pour leur mal el non pour leur bien et tous les hommes de Juda qui sont dans le pays d'Egypte mourront par le glaive et par la famine Jusqu’à la ruine entière. » Jer., xuv, 26-27. A remarquer tout d’abord que le mot tous n’est pas plus à prendre à la lettre en cet endroit qu’en maints autres passages bibliques; le t. 28 l’indique clairement :« et ceux qui échapperont au glaive reviendront de la terre d’Égypte au pays de Juda. » Mais les papyrus d’Élcphanline qui nous ont expliqué la présence de Judécns dons la région de Pâturés au temps de Jérémie, nous les mon­ trent encore assez nombreux en Égypte à la lin du v· siècle, et l'on sait par ailleurs que dans les siècles suivants ils ne le furent pas moins. Donnent-ils donc un démenti A la prophétie de Jérénue? Non, car la menace d’extermination no «’adresse pas à tous les Juifs Jusqu’alors installés en Égypte, mais à ceux-là seulement qui malgré Γ rdre de lahvé étalent passés dans cc pays, entraînant à leur suite le prophète cl se livrant à la plus grossière Idolâtrie. Cf. Knahcnbuucr, In Jeremiam prophetam, p. 502-503;Condamin,op. cit., p. 288. L’autre problème posé par ce même oracle concerne le sort du pharaon Hophra, qui doit être le signe ou la preuve do la certitude des catastrophes annoncées précédemment .« Le pharaon Hophra a-t-il subi en réalité le sort prédit par Jérémie? Suivant Hérodote, 1. H, 162, 169 el Diodore de Sicile, I. I, 68, Amasls, envoyé par Λprié* (Hophra) pour apaiser des troupes de soldats égyptiens révoltée*, fut proclamé roi par les rebelles; cl il engagea la lutte contre Apriès. 871 JÉRÉMIE. LES DOCTRINES RELIGIEUSES Celui-ci, battu près de Momcmphls, fut ramené prison­ nier ft Sali et traité avec de grands égards. Mais à la fin, les Égyptiens sc plaignant de cc que leur plus grand ennemi était si bien truité, il leur fut livré, et ils l'é­ tranglèrent. Les Égyptologues historiens Maspero, W if lis Budge, Flinders Petrie, Breasted, admettent ce récit, au moins en substance. Plusieurs critiques Hlitzig, Gmf)ont estimé que la correspondance était trop parfaite entre la prédiction et l’événement ct qu’il fallait donc voir dans le passage de Jérémic un oati< inium ex eoenlu. » Condamin, op. cil., p. 292 Cette raison est évidemment Insuffisante pour mettre en doute l'authenticité de Jer., xuv, 30. Une dernière question, amenée encore par l'annonce les châtiments dont est menacée l’Égypte, a pour objet la campagne victorieuse de Nabuchodonosor en ce pays. Jer., xun,8-13 « Ainsi parle lahvé des armées, Dieu d'Israël : Je vais envoyer chercher Nabuchodo­ nosor, roi de Babylone, mon serviteur ct J'établirai son trône sur ces pierres... Il viendra, Il frappera l'Égypte... 11 mettra le feu aux maisons des dieux l’Égypte;!) les brûlera,il emmènera captifs (les dieux); I ne!toléra l'Égypte comme un pâtre nettoie son man­ teau ; et de cc pays il sortira victorieux. » Cf. prophétie analogue d'Ézéchfel, xxjx, 19-21; xxx. Or, si l'on excepte le témoignage de Flavius Josèphe, dépendant d'ailleurs de celui de Jérémic, l’histoire semblait bien muette sur cct événement, n'était-cc pas tout simple­ ment parce que les prédictions des deux prophètes ne s'étalent pas réalisées? (llitzig, Graf, Kucncn). Mais < le 3 décembre 1878, Théo. G. Pinches, traduisait et commentait, devant la Society of Biblical Archaeology, un fragment d’inscription cunéiforme relatant l'expé­ dition faite par Nabuchodonosor en Égypte « la trenteseptième année » de son règne, en 568, probablement contre Amasis. Le texte cunéiforme de cette inscription a et publié par Pinches, Transactions of the Society of biblical archaelogy, vol. vn, 1882, p. 218-222; correc­ tement et plus complètement par le P. Strassmaicr, Babylonische Texte, t. vi, n. 329. Stephen Langdon cn a donné récemment une nouvelle transcription ct traduc­ tion, Die ncubabylonischen Kônigsinschriften, 1912, p. 206· 07. Sur l'étendue de la conquête de Nabucho­ donosor, les avis sont partagés. L’historien assyrio­ logue Tielc regardait comme certain que le roi de Babylone « parcourut l'Égypte du Nord au Sud cn pillant ct ravageant. » Wiedemann admettait aussi une conquête de l’Égypte Jusqu’à Syène. D'autres bornent l’invasion à la région du Delta. Le texte est trop mutilé pour qu'on puisse préciser; mais le fait de l'expédition est sûr et communément reçu par les historiens ct les exégètes récents. » Condamin, op. cit., p. 290. Cf. Jer., xlvi, 13-26 ;k, 25-26; xxv, 19; J. Vandervorst, Israël et Γ Ancien Orient, Bruxelles, 1915, p.147. //. les DOCTRINES religieuses. — Les circons­ tances mêmes dans lesquelles s'exerça l'activité du prophète Jérémie et l'influence que celle-ci devait avoir sur l'avenir religieux d’Israel donnent une im­ portance toute particulière nu contenu doctrinal de scs oracles. Notions de la divinité, de la religion ct du culte, de l’avenir messianique devaient recevoir, en ces temps troublés qui précèdent la ruine de Jérusalem, une expression forte et précise. Par elle, seraient maintenus Ici droits du Dieu d'Israël, même dans l'effondrement de son peuple, et seraient guidés et réconfortés les exilés Sans doute les prophètes de la captivité et avant tous Ézéchiel compléteront ct développeront l'œuvre commencée par Jérémic, mais à ce dernier revient l'honneur d'avoir préparé les esprits à mieux comprendre et ft recevoir plus docilement les enseigne­ ments de la longue épreuve de l’cxll. 1· Dieu. — 1. Sa transe ndance. — Les funestes 872 conséquences des désordres favorisés par l’Impk Manassé n’avaient pas disparu du temps de Jérémie, malgré la réforme entreprise par le roi Josias, mort trop tôt pour en garantir l’ciïlcacité. Si dans la terre d* Israël, si dans la ville sainte elle-même et Jusque dans les parvis du temple, l’idolâtrie s’étall installée, qu’adviendrait-il de la pureté de la fol et du culte sur la terre étrangère? Pour la sauvegarder, Jérémic ne ménagera pas les avertissements, les reproches et les menaces, flétrissant le crime des fidèles des Baals et de la reine du ciel, idoles qui ne sont que vanité et néant, ct rap­ pelant la puissance du Dieu d’Israël, indignement outragé. En dehors de x, 3-16, où l'opposition entre les Idolei et lahvé est si vivement exprimée, mais dont l'authen­ ticité est objet de discussion, il ne manque pas. dans l’œuvre du prophète, de passages non moins sigiiiflcatifs. Ces idoles, ne sont pas des dieux, n, 11; de quoi sont-elles capables, malgré leur grand nombre, pour sauver Juda de son malheur? n, 23; d’aucun secours, n, 8; dévorer le fruit du travail de nos pères, leurs troupeaux de bœufs et de moutons, leurs fils et leurs filles, voilà leur œuvre, m, 24. Comment d’ailleurs pourrait-il cn être autrement? Ces prétendues divi­ nités ne sont que du bols ou de la pierre, il, 27; ui, 9, On a dit pourtant que la comparaison des citernes, n 13, et par ailleurs la parole de lahvé: «J e vous jetterai hors de cette terre sur une terre que ni vous, ni vos pères n’avez connue; et la vous servirez jour et nuit d'autres dieux, · xvi, 13 indiqueraient de la part du prophète une croyance Λ la réalité des faux dieux. Stade, Biblische Théologie des Allen Testaments,Tûbingue, 1905, p.259. En fait il n'en est rien. Celui qui con­ damne si souvent l’idolâtrie ne va pas Imposer aux exilés le culte des divinités babyloniennes. Il s’agit là d’une parole ironique : < Ces dieux pour lesquels vous abandonnez lahvé vous pourrez les servir Jour ct nuit,· ou mieux encore d'une parole prophétique, annonçant l'infidélité des captifs qui, sc conformant au préjugé antique, se croiront tenus de changer do religion en changeant de pays. Ainsi donc le culte rendu aux idoles est aussi inutile qu’impie. Malheur ù la nation qui s’est ainsi prostituée, xm, 27; tant d’iniquités ne sauraient échapper au regard de lahvé qui livrera au pillage les biens, les trésors, les hauts-lieux de Juda, à cause de ses péchés commis sur tout son territoire, xvn, 2-3. En face de ce néant des idoles apparaît la transcen­ dance de lahvé, manifestée par son empire universel aussi bien sur la nature que sur les nations. C’est lui le maître de la pluie ct des moissons, xiv, 22; v, 24; de l'océan dont les flots sont impuissants à dépasser la limite de sable qu'il leur a imposée, v, 22; des astres qui reçoivent de lui leurs lois, xxxi, 35. Il est plus que cela, plus que les dieux de la pluie, des mers ou des astres qu'ont imaginés les idolâtres, Il est le créateur de toutes choses, x, 16; xiv, 22; dans sa puissance, Il a fait la terre, dans sa sagesse, Il a établi le monde et dans son intelligence, étendu ks deux, x, 12. Dieu d’Israël, Il l'est encore des autres nations dont les divinités ne peuvent rien pour elles, car lahvé est le maître des destinées des peuples étrangers comme de celles de Juda. A Γexemple de ses devanciers, Jérémie Insiste sur l’action de lahvé dans la vie des peuples; il importait en effet que les grands bouleversements elles catastrophes où sombraient les plus puissants empires aussi bien que les plus humilies royaumes, ne devins­ sent pas pour Israël une occasion de scandale, et noie portassent pas à douter de 11 puissance de son Dieu C'est pourquoi le prophète y fera voir l’exécution d’un plan divin, selon lequel les nations sont l’instrument de wngi .mc Condamin, op. c//., p. 232. Cf. Ézéchiel, xvm, 2. C’est enfin le sentiment très vif de la justice divine qui provoque l’étonnement de Jérémie au sujet de la prospérité des impies et lui fait dire : < Tu es trop juste ô lahvé, pour que je dispute contre toi, pourtant je veux plaider avec toi. Pourquoi la voie des méchants est-elle prospère, pourquoi tous les Impies vivent-ils en paix? » xn, 1. Texte Important qui serait le plus ancien de la Bible (Peake) où soit débattu le problème de la prospérité de l’impie en contraste avec les souf­ frances de l’homme Juste · Le psaumelxxhi et le livre de Job exposent en termes éloquents cette anomalie apparente du gouvernement de la Providence, mystère angoissant sous l'ancienne loi, qui promettait au peuple fidèle des récompenses temporelles. » Conda­ min, op. cil., p. 107? b) La bonté. — Non moins que la justice, la bonté est un des attributs de la divinité sur lequel Jérémie se plaît à insister, aimant à en rappeler les plus signifi­ catives manifestations. Quelle sollicitude pour Israël aux premiers temps de l'allianceI n, 2-7. Quel amour ct quelle miséricorde que des infidélités sans nombre ne parviennent pas à lasscrl xxxi, 3, 20; xxxni, 11. C’est que lahvé a pour les siens un cœur de père; n’a-t-il pas dit ù son peuple : · Comment te mettrai-je au rang de fils... tu m'appelleras mon Père et tu ne t’éloigneras plus de mol, ni, 19. · Le profond attachement de Jérémie pour Juda apparaît comme un reflet de cette bonté souveraine. S'il semble parfois sc résigner trop facilement au sombre avenir qui menace sa patrie, c'est qu'il sait les exigences de la justice, mais plus encore les promesses de l’amour. Combien de fois ses « prédications pleines de menaces sont-elles Interrompues par des cris de douleur 1 » A l'approche du châtiment, il soufTre au plus intime de son cœur, ïv, 19, 21, trouvant · pour s’ex­ primer des accents d’une beauté, d'une grandeur tra­ giques : « Je suis meurtri de la meurtrissure de la fille • de mon peuple; Je suis dans le deuil, l’épouvante m’a «saisi... Qui changera ma tête en eaux et mes yeux en •source de la mer pour que Je pleure nuit et Jour les «morts de la fille de mon peuple, vin, 21-ix, l. » Par son intercession il essaie d’apaiser la colère de lahvé qui répondant sans doute à une prière ou la devançant lui dit : · Et toi n’intercède pas en faveur de ce peuple, «n'élève pour lui ni plainte ni prière, ct n’insiste pai «auprès de moi, car je ne t’écuutcrai pasl vu, 16 · Touznrd, L'dme juive..., Revue biblique, 1917, p. 461462. Ainsi le Dieu que le prophète a entrevu dans le· vision· ct plus encore pressenti dans ton action aussi bien dans sa propre vie que dans celle de son peuple apparaît comme un Dieu vivant ct éminemment per­ sonnel. « Nulle part le sens de la personnalité divine n’est plus vif que dans Jérémic, le prêtre d’Anathoth sent perpétuellement que lahvé est tout près de lui, qu’il peut s’entretenir avec lui, lui confier ses préoccu­ pations ct ses peines, entendre ses réponses ct ses en­ couragements; sa prière revêt la forme d’un véritable dialogue. Jer., vu, 16-19; xi, 18-23; xn, 1-6; xiv-xv; xvn, 11-18; xvm, 19-23; xx, 7-18. » Touzard, art. Juif (Peuple) dans Dictionnaire apologétique de la Foi catholique, t. n, col. 1597. 2° La religion. — Cette notion d'un Dieu vivant ct personnel nous amène tout naturellement ù la question des rapports de cc Dieu avec les hommes.Ici encore l’action et l'influence de Jérémic sont de pre­ mière Importance. On fait volontiers du prophète 1e fondateur de la religion individuelle. « On a souvent dit que dans les siècles précédents, la vie dos individus était comme perdue dans celle de In nation, que la 875 JÉRÉMIE. LES DOCTRINES RELIGIEUSES 876 fidèle de lahvé. · Écoutez la parole de lahvé, vous r< ’ glon apparaissait avant tout comme une fond Ion sociale, que les responsabilités individuelles étaient tous, hommes de Juda, qui entrez par ces portes poor absorbées dans celles qui pesaient sur l’ensemble II y adorer lahvé. Ainsi parle lahvé des armées : Réformez a une part de vérité dans cette assertion; c’est en tant vos voies ct vos œuvres ct Je vous ferai habiter dans qu’elle concerne la masse, toujours prédisposée à se ce lieu, vu, 2-3. » « Pratiquez le droit ct la Justlc . laisser entraîner dans les mouvements généraux et Λ xxii, 3. » Celui qui sonde les reins et les cœurs veut k en suivre les vicissitudes. Mais sous sa forme univer­ don de soi par la confiance: «Béni soit l’homme qui selle, la proposition est erronée. Il y eut alors des âmes sc confie en lahvé, et dont lahvé est la confiance, vigoureuses dont la vie religieuse fut aussi personnelle xxm, 7. » Par ses paroles non moins que par son attitude, qu'à toute autre époque; les noms d É’ir, d’Élisée, inspirée par une fol profonde et un abandon complet d’Isaïe, beaucoup d’autres encore suffisent a le prouver. à la miséricorde divine, Jérémie prêche la nécessité Une chose est vraie néanmoins. En un temps où l’état d’un culte vraiment intérieur. Est-ce à dire qu’il ignore les pratiques d'un culte du peuple ne semblait pas tout à fait désespéré, où les arrêts divins même les plus austères paraissaient extérieur, ou même qu’il les condamne, ainsi que le prétendent bon nombre d’exégètes, d’accord en cela, susceptibles de délais indéfinis, les réformateurs cher­ chaient à ramener dans la bonne voie la nation tout semble-t-il, avec les passages où le prophète manifeste fort peu d'estime pour les sacrifices et en blâme entière; tel fut par exemple l’objectif d’Is.de ct d'Ézél’usage : « Vos holocaustes ne me plaisent point, vos chias Mais, dans les Jours de Jérémie, toutes les Illu­ sacrifices ne me sont pas agréables, vi, 20. » « N’Inter­ sions étaient tombées; les règnes de Manassé et de Joakim avalent révélé l’irrémédiable perversité, l'irré­ cède pas en faveur de cc peuple, dit Juhvé à Jérémie, quand ils Jeûneront Je n’écouterai pas leurs supplica­ ductible obstination d’Israël. Avec la nation actuelle tions, quand ils m’offriront des holocaustes ct des Il n’y avait plus rien à faire; on ne pouvait compter, offrandes je ne Ici agréerai pas, xiv, 11-12.» Mais Jérémie se plaît ù le répéter, sur un retour sincère et c’est surtout vn, 21-23 qui établirait la condamnation définitif. Dès lors les âmes religieuses n’ont qu’à se replier sur elles-mêmes, qu’à sc suffire à elles-mêmes. des sacrifices par le prophète, ct même son Ignorance des prescriptions rituelles, données aux Hébreux, Résignées, sc sentant en pleine antithèse avec leurs lors de leur sortie de la terre d’Égypte : « Ainsi parle contemporains, clics accepteront leur isolement, elles lahvé des armées, Dieu d’Israël : Multipliez holocaus­ voudront en profiter pour rendre plus intense leur vie tes et sacrifices et mangez-en la chair 1 Car je n’ai rien intérieure et leur attachement à celui qui s’est fait dit, rien prescrit à vos pères, au Jour où je les fis sortir leur appui. » Touzard, L’âme juive... dans Revue bi­ de la terre d’Égypte, sur les holocaustes ct les sacri­ blique, 1917, p. 156-157. fices. Mais voici ce que je leur ai prescrit, Je leur al Par sa parole et par son exemple Jérémie va se dit : Écoutez ma voix, ct je serai votre Dieu, et vous trouver le guide de ces âmes que les conditions de vie serez mon peuple, et vous marcherez dans toutes les religieuse imposées par la captivité, vont orienter voies que je vous prescrirai pour votre bien. » N’cst-ce vers des préoccupations d’une vie plus intérieure. Le pas faire de la seule obéissance à lahvé la base de prophète, en effet, n’avait pas seulement la conviction l’alliance ct la condition du salut, à l’cxclulson de d’un Impossible retour à Dieu du peuple dans son ensemble, mais il était encore obligé par l’hostilité de ! toute offrancc de sacrifice ? N’cst-cc pas d'ailleurs ses compatriotes, des prêtres plus particulièrement, à répéter les enseignements des deux grands prophètes se tenir à l’écart de toute religion officielle, si bien que du vin· siècle qui exprimèrent la même réprobation ct opposèrent eux aussi la pratique du droit et de la la nécessité d une union personnelle ct intime avec Justice à la célébration des fêtes et des sacrifices ? Dieu s'imposait à lui chaque jour davantage, lahvé devient ainsi pour lui l’ami, le confident, « il le sent Amos, v, 21-24; Isaïe, i, 11-17. Condamnation du culte extérieur et origine récente vivre non seulement dans les profondeurs terri­ des prescriptions rituelles du Pentateuquc, telle fiantes du sanctuaire ou sur la plate-forme du char serait donc la double conclusion qui sc dégagerait symbolique; il le sent vivre à ses côtés, au dedans des différents textes cités de Jérémie. S’imposc-t-elle ? de son âme. 11 pourrait presque dire avec saint Paul : Nullement. Au sujet de la première de ces conclusions • En lui nous vivons, nous nous mouvons, en lui nous qu’il suffise de remarquer que, s’il est question sans sommes 1 » Touzard, foc. cil., p.458. De ce sentiment à la fols vif ct profond de la présence de Dieu, de cette doute de l’inutilité du rite extérieur, H s'agit uni­ confiance ct de cet abandon en sa miséricorde, le livre quement de celui dont l’accomplissement n’est pas de Jérémie offre, à d'innombrables reprises, l’expres­ accompagné des dispositions intérieures qui lui don­ sion aussi variée que saisissante. Les déportés de Juda nent sa véritable signification; sans elles, en effet, 11 devient une vaine cérémonie, expression menson­ n’auront qu’à la reprendre à leur compte pour trouver, dans leur isolement, loin de tout ce qui dans le gère de sentiments inexistants et comme telle, odieuse temple et ses cérémonies leur rappelait la splendeur de à lahvé. Le prophète lui-même, d'ailleurs, nous lahvé, le réconfort moral et spirituel qui les gardera Indique suffisamment dans quel sens il convient de du découragement. Des souffrances analogues évo­ l’entendre, lorsqu’il fait aux sacrifices leur place queront le souvenir de celui qui, pour n’en être pas dans le culte des temps messianiques, xvn, 26; terrassé, exalta sa fol et sa confiance au Dieu d'Israél xxxi, 14; xxxm, 17-24, ct lorsqu’il insiste sur l’im­ portance du sabbat, xvn, 19-27. Quant à la seconde et de Juda. l a personne et l’œuvre de Jérémie poursuivront des conclusions que l’on prétend lirer du texte de longtemps encore 1< ur action bienfaisante sur les Jérémie, relativement aux prescriptions mosaïques sur les holocaustes et les sacrifices, U faudrait, pour âmes pour les n alntcnir ou les ramener dans la l’admettre, affirmer, nu préalable, que le prophète fidélité. du vu* siècle n Ignoré ou contredit la législation Ce· remarques sur la nature des rapports du pro­ du code de l’AIllancc c* plus spécialement les prescrip­ phète avec lahvé nous aideront à mieux comprendre tions de l’Exode, xxn, 29-30; xxm, 18-19. De plu· son enseignement sur le culte et le péché. le contexte et les passages nn dogues laissent entendre 1· Le aille — Pour servir le Dieu Juste ct bon, que l’expression : « Je n’al rien prescrit » n’est pas à slvant et personnel, que nous fait connaître le livre prendre à la lettre et en toute rigueur; · cc n’est pas de Jérémie il faut lui rendre un culte avant tout Intérieur; droiture de cœur, respect ct observation une négation absolue, mais relative, qui laisse de de la lol moral* t*î« «ont premiers devoirs du côté un objet secondaire, pour mettre en relief la 877 i I JÉRÉMIE. LES DOCTRINES RELIGIEUSES pria ipal. Osée, vi, 6, exprime l.i meme idée sous la mémo forme : « Je prends phnsir A la piété cl non iiux sacrifices, A la connaissance «v Dieu, plus qu'aux holocaustes. » Le second membre du ers montre bien dans quel sens il faut entendre li n galion. Les préceptes fondamentaux sont contenus ans le Drcal gue qui ne dit rien des sacrifices. » Condamin, op. cil.» p. 71. Ainsi donc, comme les autres prophètes, mais plus énorg Iqucment encore, car le mal s’est ag ravé, JéréUdc insiste sur le côté moral cl spirituel du culte A rendre A lahvé, mettant le peuple en garde contre une îausse confiance et une vainc sécurité, appuyées wr l.i simple exécution de certains rites ou même sur la presence matérielle du temple : Touzard, L'dme juive».. Revue biblique, 1917, p. 469. « Parcourez les rues de Jérusalem ct regardez; informez-vous et cherchez si vous y trouvez un homme, s’il en est un qui pratique la Justice et qui recherche la fidélité, v, 1. · Entre tous, les plus coupables sont ceux-là mêmes qui, au lieu de veiller au ma ntl ai ct au respect de la loi, lu dénaturent et la violent : prêtres et prophètes prépa rent ct précipitent le malheur de la nation, n, 8; xxm. 13, 14; xiv, 15; vi, 14; xxm, 17-24... Puisque le peuple tout entier est pécheur, tout entier il sera châtié, et ceux-là mêmes qui n'auraient pas encouru à la lettre les reproches du prophi te ne sauraient sc désolidariser de la nation, car c’tst depuis longtemps que le péché de tout Israel appelle le châtiment. A tous les siècles de son histoire. I’m fidélité et l'ingratitude ont été sa réponse aux bienfaits de Dieu; de génération en génération le mal n’a fu.lt qu’augmenter; en vain les prophètes ont-ils multiplié avertissements et menaces, en vain h ruine du rosaume de Samarie a-t-elle manifesté la rigueur du châtiment divin, tout a été inutile. Aussi Juda est-il plus coupable qu’Isracl ct la sentence qui le condamnera sera plus terrible encore, m. 7-10; xxn. 21. Jérémie ébauche ainsi « ces vues générales du péché national que reprendra Ézéchlel ct qui éclai­ reront les écrivains sacrés lorsqu’ils feront l’histoire des deux royaumes. » Touzard. loc. cil., p. 472. N’y a-t-il donc plus d’espoir de conversion ? Le prophète va-t-il se résigner à cette situation sao* autre issue que la condamnation et la ruine ? Il le semble bien, tout d’abord du moins. L’aveuglement et ren­ durcissement de cc peuple sont tels que le Dieu qui commande aux éléments ne peut plus émouvoir cc peuple Insensé et sans coeur, v, 20, 24. Aux avertis­ sements les plus solennels ne répond-il pas : « Inutile, nous suivrons nos pensées, nous agirons chacun scion I obstination de notre mauvais cœur? xvm, 12; > su conversion est désormais aussi invraisemblable S79 JÉRÉMIE. L’AVENIR MESSIANNIQIE que le changement de couleur de In peau de l'éthiopien ou des taches du léopard, xm, 23. Alors c'est le châtiment. SI la menace de l'invasion étrangère avec tout son cortège d'horreurs, iv, ct vî, provoque une légère amélioration dans la situation et favorise la réforme de Josias, cc n’est là qu’un arrêt bien passager dans la marche des vengeances divines vers leur réalisation que le prophète entrevoit comme Inévitable et très prochaine, viu; xn; xm; xv; xvi; xix passim. Discours ct actions symboliques aboutissent à la même conclusion: la mine totale, la ruine étemelle, xxv, 9. La déportation dc 598 cn marque la première étape, mais fait surgir en même temps dans l'âme dc ceux qui étaient demeures fidèles la notion du devoir de l'expiation, source de pardon ct germe des restaurations futures. Ils com­ prennent, cn effet, que c'est bien sur eux maintenant, • que retombait de tout son poids la faute nationale. Non seulement ils cn sentaient l'impardonnable gra­ vité et la responsabilité...; mais ils avalent conscience qu'à eux Incombait le rude devoir dc l'expiation. Les souffrances du voyage, la mélancolie et les tris­ tesses du séjour cn terre étrangère : autant de mani­ festations dc la justice ct dc la fureur de lahvé; autant d’éléments destinés ù constituer le fardeau de peine et de misère qui serait la rançon du crime séculaire. Leur devoir était dc s'y soumettre sans protestation et dc payer la dette des ancêtres; leur rôle était d'ac­ cepter dans la résignation les maux du présent ct ceux de l'avenir. · Touzard, loc. cil., p. 481. Expiation et en même temps pratique, aussi complète que possible cn terre étrangère, des ordonnances divines permettraient d'envisager l'avenir sous de moins sombres couleurs. La catastrophe pourtant ne faisait que commencer, ct le prophète aura fort à faire pour mettre cn garde exilés et habitants dc Jérusalem contre de vaines espérances, xxvn-xxix. Lui-même n'a-t-il pas laissé prévoir la possibilité du salut, bien avant même les brillantes promesses des c. xxx-xxxm qui sont con­ temporaines des premiers temps qui suivirent la ruine de Jérusalem ? Un passage particulièrement significatif à ce sujet est celui où Jérémie entrevoit le rétablissement d’Israël dont celui de Juda est insé­ parable, m, 19-25. Mais c'est surtout aux chapitres xxx et xxxi que l’on voit la justice faire place ù la miséricorde, les menaces aux promesses, la ruine au salut; ce ne sera pas toutefois sans la coopération du peuple dont le repentir et les larmes feront encore mieux comprendre et la gravité dc la faute et la générosité de l’amour divin. · lahvc veut entendre les gémissements d’Éphraîm repentant; 11 veut entendre Éphralm reconnaître son Dieu, confesser sa honte et sa con­ fusion, le voir plier sous le poids du péché de sa jeu­ nesse. C'est alors seulement... qu'il donnera libre cours aux manifestations de son amour. Car c'est l'amour qui inspire sa conduite et ses desseins de pardon... Un mouvement de conversion et 11 ne con­ tiendra plus ses sentiments de tendresse. · Touzard, L'âme fuive..., Revue biblique, 1919, p. 26. Et ainsi après avoir scruté jusque dans ses moindres replis la conscience du peuple Juif et cn avoir dévoilé toute la perversité, après avoir prédit les maux qui •liaient fondre sur la nation rebelle, après avoir par ses enseignements préparé les Ames, surtout dans la terre d'exil, à l'expiation pour leurs propres fautes et celles d’autrui, le voyant d'Anathoth perçoit, par delà les longues années de l’épreuve, le pardon; son regard découvre une ère de miséricorde ct de salut pour Israël, pour Juda et pour toutes les nations. ///. lUro/i MKfWAlflQUB. — Jérémie, en effet, n'est pas seulement le prophète de la ruine de Jéru­ 880 salem cl dc lu captivité; si les anathèmes tiennent h plus grande place dans son livre, les prédictions de bonheur n'en sont pas oour autant absentes et vien­ nent enrichir l’héritage de brillantes promesses, légué par les prophètes des siècles passés. C'est ù la lin dc sa carrière, Λ l'heure où tout semblait perdu pour lui-même ct son pays, que Jéré­ mie est favorisé des plus belles visions d’avenir, xxxxxxm. Cc n'est pas ù dire toutefois que quelque lueur d’espérance n'ait illuminé auparavant les plus sombres prévisions, m, 14-18; xxm, 3 8; xxix, 19-14. • Dans ces prophéties, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, les éléments qui concernent la restauration nationale se fusionnent étroitement avec celles dont le caractère est nettement messianique; il est ù peu près impossible de les Isoler les uns des autres. «Touzard, loc.cil. p 27 1° restauration du peuple de la hué. — N alunilement c'est le peuple de Juda ct celui des dix tribui qui apparaissent au premier plan des perspectiva d’avenir. Prospérité et félicité temporelles devien­ dront leur partage : les dispersés sc rassembleront, m, 18; xxm, 3; xxxi, 10; xxxn, 37; xxxui, 7; ill reviendront, xxxi, 8,17, dans des demeures ct des villes restaurées, xxx, 18, surtout dans les capitales d( Samarie el de Jérusalem, xxxi, 4-5, 38-40. Plus nom­ breux que jadis, xxx, 19, ils seront dans l'abondanct de toutes sortes de biens, xxxi, 12 ct Jouiront de b paix et dc la sécurité, xxx, 10; xxxn, 37 Le point de vue spirituel n’ist pas absent de ca réconfortantes perspectives. C’est le repentir qui ouvrira la voie du salut, m, 21-22; c’est la soumission religieuse à lahvé qui cn obtiendra le pardon el l'oubli des fautes, xxxi, 34; xxxm, 8; xxx, 9. Toute­ fois ce qui doit caractériser l’èrc dc restauration, c'est la conclusion d'une alliance nouvelle, xxxn, 40, bien différente de l'ancienne, xxxi, 31-32. El ici, l'horizon s'élargit : ccttc nouvelle alliance, lahvé sans doute la fera encore avec la maison d'Israël, mais surtout avec les cœurs dociles qui recevront sa loi : « Je mettrai une loi en eux, et dans leur cœur je l'écrirai, et je serai leur Dieu et eux seront mon peuple, xxxi, 33. » Désonnais ct pour jamais, il sera leur bienfaiteur : « Et Je ferai avec eux une alliance éternelle par laquelle je ne cesserai plus dc leur faire du bien, xxxn, 40. · Aussi stable que les lois de la nature elle-même cette alliance ne changera plus, xxxj, 35-36; tous enfin pourront acquérir dc Dieu une connaissance « plus parfaite, plus universelle ct plui Intime > (Crampon) ct les grâces du salut seront offertes ù tous les hommes dans des conditions Incompara­ blement supérieures à celles de l’ancienne loi (selon l'interprétation la plus vraisemblable de xxxi, 34. Cf. Condamln, op. cit., p. 230-231). Tout le passage décrivant les caractéristiques de la nouvelle alliance, d’où est venu le nom même de Nouveau Testament, καινή διαθήκη a été reproduit intégralement par l’au­ teur dc l’Épltre aux Hébreux. Comparer Hcbr., vm, 8-12 ct Jer., xxxi, 31-34. Que de telles espérances débordent le cadre même dc l’avenir dc Juda et d’Israël, c'est cc qu'entrevoit lul-inêmc le prophète, quand il annonce qu'en ccs jours-là, on n'aura plus souci dc l'arche d’alliance, m, 16 et que le temple dc Jérusalem pourrait bien disparaître tout comme celui dc Silo, vn, 14. Ses paroles sur la pérennité du sacerdoce lévitique, xxxm, 18 n'y contredisent point; entendues, avec tous les I commentateurs catholiques, nu sens spirituel, elles annoncent le sacerdoce chrétien avec son ministère 1 et son sacrifice, « mais on peut dire aussi que le pro· phète était éclairé par une lumière divine sur les traits essentiels du salut messianique, ct non point sur les tein0s les circnnq mr %, les dét i|<; pour ceci i U était laissé à ses conjectures probables... Le· pr »· 481 JÉRÉMIE L AVENIR MESSIANNIQL’E pheu· n'attendnlent pns, pour les temps rnraslnmque*, jne brusque ct complète disparition de l’économie tncicnnr, mais plutôt son perfectionnement. · Condamin, op.cit., p. 248. Cf. supra l'authenticité dc xxxin, 14-26. vol. 859. 2° Les nations associées au salut. — SI 1« nations ne figurent pas au premier plan dans cette vision de la restauration messianique, si elles sont simplement Invitées A connaître ct ά propager la nouvelle du salut d'Israël, xxxi, 10, dont le bonheur et la prospé­ rité les enraieront, xxxm, 9, celui qui, dès le début de son ministère, a été établi prophète des nations, i, 5 sait le sort qui leur est réservé. C'est le châtiment d’abord : · Prends dc ma main ccttc coupe du vin de ma colère, dit lahvé, et fals-Ia boire A toutes acs nations vers lesquelles Je t'enverra1. Elles cn boiront, elles chancelleront, elles seront prises de folie devant l’épée que J’enverrai au milieu d'elles, xxv, 15-16. » < Déjà commence A s'esquisser cette théorie qui tiendra une si grande place dans les documents postérieurs A l’exil el surtout dans la littérature apocalyptique et d’après laquelle l'humiliation des nations, considé­ rées comme formant un bloc hostile A Dieu cl A son peuple, constituera le premier acte dans le grand drame du salut d’Israël. » 'louzard, loc cit.. p. 25. Ceux-là surtout seront châtiés qui ont contribué au malheur d'Israël, xxx, 11, IG, 20, et la série des oracles contre les nations se complaît dans la descrip­ tion des maux qui les frapperont, xlvi-ij. Mais là aussi surviendra le temps de la miséricorde : « Λ la fin des Jours, Je ramènerai les captifs de Moab, d'Ammon, d'Elnni, xlvhi, 47; xux, 6, 39. » Avec « les méchants voisins d’Israël », arrachés comme eux de leur sol par lahvé, ils reviendront chacun dans son héritage, xn, 14-15. Ils sont invités A apprendre les voles du peuple de Dieu, à jurer par le nom de lahvé et à prendre rang au milieu de ce peuple même, xn, 16 Avec toutes les nations, Ils reconnaîtront la vanité de leurs Idoles, des extrémités de la terre, tous viendront rendre hommage A la puissance de lahvé, xvi, 19-21; l’assembleront à Jérusalem, après avoir renoncé A l'obstination dc leur cœur, ni, 17, et seront bénis en lahvé, iv, 2. S* Le roi messianique. — A ces peuples revenus de leurs égarements ct réunis A Juda ct à ÉphraTm 11 faut un chef. SI lahvé reste le pasteur qui rassemble et garde son troupeau, xxxi, 10, fidèlement assujetti, xxx, 9, il partagera aussi cc soin avec des pasteurs selon son cœur, dont les qualités d'intelligence ct de sagesse, ni, 15 assureront la garde vigilante du trou­ peau, désormais sans crainte ct sans terreur, xxui, 4. Au-dessus d'eux, A la fols chef, dominateur et roi de l'antique race de David, xxx, 21 ; xxm, 5, étroite­ ment uni A înhvé, un germe juste fera régner le droit el l’équité dans le pays, xxm, 5, 15. Avant Jérémie, le prophète Isaïe, iv, 2, ct après lui le prophète Zacharie, m, 8; vi, 12. employaient ce même mot de germe pour désigner Je Messie. 11 méritera d'être appelé Yahivch-sidqénû, lahvé-notrc-justicc, xxm, 6. Les anciens vo» nient dans cette dénomination une preuve de la divinité du Messie, puisqu’il y recevait le nom incommunicable de Dieu ; mais, selon l’interpré­ tation généralement admise aujourd'hui, c'est le nom composé tout entier · lahvé-notre Justice » qui est donné au Messie ct non pas lahvé seul, Cc qui veut dire que par le Messie lahvé manifestera sa Justb c ct fera triompher notre droit La ville dc Jérusalem ellemême n'est-cllc pas d'ailleurs qualifiée elle aussi du | même titre, xxxm. 16 ? Cf. le nom d’Emmanuel dans | IsaTc, vn, 14. Knabcnbaucr, Commentarius in Jere­ miam, p. 280 291. On a noté le rapprochement, sans doute intentionnel, du titre attribue au Mosde ct du num du roi Sédécias : lahvé-nia-justice. 882 Pour compléter ces quelque* rares indicationi rela­ tives au Messie, il faut y Joindre ce que dit le prophète de l’avenir glorieux de la capitale du futur royaume, Jérusalem, relevée de ses ruines, apparaîtra comme le trône de lahvé. Plus n'est besoin désormais, pour manifester la présence divine, de l'arche d'alliance; qu’elle vienne A disparaître el elle ne sera ni regrettée ni rétablie, m, 16. Pour participer aux bénédictions dont Jérusalem est la source, on viendra A elle de toutes parts, non seulement les Israélites, mais toutes les nations, qui, connaissant la gloire de son nom, xxxm, 9, s'assembleront auprès du trône de lahvé. Il convient d’ajouter que la personne même de Jérémie, dont la mémoire fut entourée d’une véné­ ration de plus cn plus grande par les Juifs cf II Macc., xv, 12-16 et Malth., xvi, 14, a été regardée dès l’antiquité chrétienne comme la ligure de JésusChrist. Saint Jérôme, dans son commentaire sur le livre du prophète, faisait remarquer a propos du c. xxiu, 9 : Certe nullum puto sanctiorem esse Jere· mia, qui virgo, propheta, sanctipcatusque in utero, ipso nomine præfigurat Dominum salvatorem. Jeremlas enim interpretatur Domini excelsus. P L., L xxiv, coi. 822. Dans l'interprétation messianique qu'il donne de xi. 18-20, Jérôme sc fail l'écho de la tradi­ tion lorsqu'il dit : Omnium Ecclesiarum iste est consensus, ut sub persona Jertmiæ, a Christo hæc diet tntélit gant, quod ei Pater monstraoerit, quomodo eum oporteat loqui, et ostenderit illi studia Judseorum, et ipse quasi agnus ductus ad victimam. non aperuerit os suum... P. L., t. xxiv, coi. 756. Bossuet dans seMéditations sur ΓÉvangile a relevé les nombreuses et frappantes ressemblances entre la passion du Sauveur ct les souffrances de Jérémie. Ct. Magnan, Les Prophètes d'Israèl et le Messie depuis Salomon jusqu* A David, Paris, 1893, p. 490-502. 4® Discussion du texte XXX/, 12. — N'ayant point fait état du célèbre texte : Femina circumdabit virum dans la description dc l’avenir messianique, nous devons en établir le sens. Et d’abord les différents textes. Hébreu : w aaian nzjpj Γυο πσηπ nvr ma vt t ·.· r t t r t î 11 < Car lahvé a créé une (chose) nouvelle sur la terre : une femme entourera un homme,· ce que saint Jérôme a traduit littéralement : Quia creavit Dominus novum super terram : Femina circumdabit virum. Le grec a une leçon très différente : δτι<<τΐβ*/ Κύριος σωτηρίαν cl; χαταφύτιυσίν καινήν, έν σωτηρ'φ nep ελεύσοντχ. άνθρωποι, au lieu dc έν σωτηρία du Valvunus, le Sinaitû us port»· et; σωτηρίαν il i Alexandrinus έν ή σωτηρίφ, · Car le Seigneur a fait naître le salut cn une plantation nouvelle, les hommes entoureront dan ou pour (leur) salut. » Ce sens est totalement durè­ rent dc celui de l’hébreu et de la Vulgate, des mob sont traduits qui no figurent pas dans le texte mus sorétique, toutefois ces particularités des Septante semblent provenir néanmoins dc riiébicu légèrement modi lié. Cf. Condamin, Le texte de Jcrèmie, XXJtl, 21, est-il messianique? dans Hcvue biblique. 1897, p. 396397. Le sj riaque, pour Iciuemble co· Jonne à Ibébreu, dit;·? a femme aimera tendrement (caressera) l’homme » Le rargum enfin offre une glose intéressante: · Car voici : le Seigneur crée une (cho.se) nouvelle sur la terre et le peuple de la maison d'Israël s’attachera à la Loi » L’hébreu aurait donc chance de reproduire la leçon primillve s'il n’y avait pas la dilllculté, mais sérieuse, de I ’interpretation des truis derniers mots deson texte, traduits par saint Jérôme : Femina circumdabit virum. Ceux-ci, cn cITet, dc par leur obscurité même, ont donné lieu aux explications les plus variées, surtout chez les commentateurs non catholiques. Cf. Conda­ min. lue. cit..p. 398. Chez les catholiques, très nombreux 883 JÉRÉMIE, L’AVENIR MESSIANIQUE ian» doute «ont ceux qui les entendent de ’’ Incarnation du Ver c. «u sens d'haie, vn, 14, depi is .Ont Jérôme jusqu’aux modernes, Knahcnbaucr, Trochon, billion, en putant par saint Bernard, saint Thomas, saint Bonaventure, Corneille de la Pierre, Estius. Mais il ne saurait être Ici question d'invoquer en faveur de cette Interprétation une tradition patriotique. SI l’on excepte saint Jérôme, en effet, qui volontiers dans sa traduction renforçait la note messianique (cf. son commentaire sur Jérémie Λ cc passage, P. D., t. xxiv, col. 880-881), on ne peut l’établir. Les Pères zrcc* ne pouvaient guère découvrir Γ Incarnation du Verbe dans le texte des Septante, et saint AthaiiMe même, après citation et commentaire de ce t xte, se contente de reproduire la version d’Aquila, qu'il entend sans doute dans le sens de la conception virginale du Seigneur, mais sans se prononcer aucu­ nement sur la valeur respective des doux traductions, P. G., L xxv, col. 205. C’est bien à tort donc que l’on en fait trop souvent le témoin d'une tradition, qui ne peut davantage revendiquer l’autorité des Pères latins antérieurs Λ saint Jérôme, lesquels utilisaient les anciennes versions latines, dérivées des Septante. Les passages de saint Cyprien ct de saint Augustin, ainsi que de quelques autres écrivains ecclésiastiques, invoques en faveur de cette même tradition ne sont pas à retenir, faute d'authenticité (Cf. Condamin, toc. cit., p. 399-403). La tradition juive enfin, malgré le groupement de certains textes rabbiniques, n'est pas siifilsamment nette pour apporter ici son témoignage. S'il n’existe d< ne nas de tradition patrlstique au sujet de l'intcrpr ta ion de Jer., xxxi, 22. il n'existe pas davantage d'unanimité parmi 1rs exégètes. Fai­ sons d’a »ord abstraction de ceux qui sc croyaient lié» par une tradition dont ils n'osaient s’écarter, comme Sanchez. A côté de ceux-ci, nombre de com­ mentateurs catholiques pensent que les termes memes du texte ne suggèrent en aucune façon l’idée de 1’ Incar­ nation du Verbe dans le sein virginal de Marie, et en cherchent une autre explication, ainsi dom Calmet, le P. Houbigant, L. Reinke et plus récemment To lard, Condamin. « Aucun des trois mots du texte, fait remarquer ce dernier, ne paraît comporter le sens qui lui est ici prêté (par saint Jérôme) : a. Femina : cc n'est pas vierge, mais tout au contraire naps, c*c Reçut biblique, 1919, p. 2-H. iv. noTtoa du pkopuète dk iauvè. — Jérémie, constamment en butte aux contradictions de scs contemporains, mais plus particulièrement des pré­ tendus prophètes, est obligé à différentes reprises, de défendre son œuvre en en rappelant l’origine et la nature. De l'ensemble de ces passages, sc dégage uu enseignement très complet sur le prophétisme en Israël. · Si l'on veut comprendre ce qu'est un prophète de ΓAncien Testament, il faut l'étudier surtout dans le livre de Jérémie. On y verra la mission surnaturelle du prophète nettement caractérisée : la vocation irrésistible par laquelle Dieu choisit et désigne libre­ ment le porteur de sa parole; les révélations dont l’origine est manifeste pour l’âme qui le» reçoit; une force surhumaine soutenant le prophète dans On redoutable ministère, sans l'cmpécher cependant de courir maints dangers, de subir de mauvais traite­ ments, d’éprouver de nombreux déboires; la condam­ nation rigoureuse des contrefaçons de la prophétie; la distinction parfaitement tranchée entre les vrais prophètes, envoyés par lahvé ct prêchant sa parole, et les /aux prophètes qui s’ingèrent dans les mêmes fonctions sans mission, sans mandat, prôneurs de leurs propres idées sous le titre usurpé de · parole de lahvé » i, π, 8, 26, 30; v, 13, 31; vi, 13; xiv, 13-16; xv, 15-21 ; xx, 7-13; xxm, 9-40; xxvi, 12-19; xxvn, 16; xxyiii; xxîx. 20-32; xxxvi, 1-3, 27-32; xxxvir, 18; xt.u, 7. » Condamin, op. cit.,p. xxxv. Particulièrement Importants sont les f. 1-13 du c. xx pour démontrer contre le rationalisme le caractère surnaturel de l'inspiration ct des révélations dont est favorisé le prophète qui a nettement mscience de parler au nom de lahvé. Cf. Condamin. iai mission surnaturelle des prophètes, dans Études, 5 janvier 1909. Non moins Importants les chapitres xxvn à xxix où la lutte contre les faux prophètes amène le véritable envoyé de lahvé à afiinner l'origine divine de sa vocation ct de sa mission contre les usurpateurs d’un rôle qu’ili n’ont pas reçu de Dieu. I. — ΓπίΝΟΡΑυχ coMMENTATruni. — 1· Cathoffqu«.— Origênf, Honiéltei XX, tur Jérémie t-xx, édit. Klostermunm.dans le Corpus de Berlin,Origène, t. m,19ol i l dnni P. G., L xin, col. 256-534: traduction latine par S. Jèrèin<·, P. L., t. xxv, col. 585-092; Thêodoret, Commrn/dfrv, P. G., t. lxxxi, col. 495-760; S. Êphrem, Conunrntatre dr Jérémie, édition romaine, syro-lntlnc, 1740, t. n; S. Jérôme, Commentariorum In Jcnmlam prophrtnm libre irx, P. L, t. xxiv, col. 679-900 (Ιλ* 32 prendra chapitres seulement); W .Strnlæn, Cloua ordfn. In Jrrtm., P. L., t. cxiv,cü!.9-<»2. Haban Maur, Expoxltlonri tuper Jerrmlam prophtlam libri maintl, P. L., t. exi, col. 793-1182; Rupert de Deutz, In Jrrrmtam prophetam commentariorum liber units p I t άχνη. cul. 1363-1420; S. Thomas TAquIn, In Jerrmlam prophetam expoUtlo (s'arrête au cour, du c. xm); 885 JÉRÉMIE — JÉHÉ.MIE (jipriln, Commentaria in Jerrmtam prophetam, ίη carius la Scalar Del, 15X6. Mnldonat. In Jeremiam commentarium, 1609; Sanchez. (Glliparis Sanrlljj S. J.. In Jerrmiam pro· phctum commentarii cum paru phrasi, Lyon, ICI H; Corneille de U Pierre. Commentarius in quatuor prophetas majores, 1° édit.. 1621; Calmet, Commentaire littéral sur tous les livres de ^Ancien et du Nouveau Testament, Jérémie et Hartnh, P· édit·, 1707-1716; Houblgnnt, Biblia he bru Ica tum nolis criticis el vers tone latina, Puri», 1733, t, ιν; Traction, Jérémie, dnn» 1m Sainte Bible avec commentaires, Paris, 1878; Ant. Scholz, Commentar sum Hut he des Propitlrn Jercmias, Wurzbaurg, 1880; Leo Ad. Schnecdorfcr, Das Weissagungsbuch des Profcten Jeremia, Prague, 1831; I. Knabcnbauer, Commentarius in Jcrrmiam prophetam, (tans Cursus Seri plane sacnr, Paris, 1889; Fillion, La Suinte Bible commentée, t. vi; Aug. Crampon, Im Salnle Bible traduite en français sur les textes originaux, t. v. Les Prophètes, Paris, 1001; Léo Ad. Schncedorfcr, Dos Bach Jrrtmlas,dans Kurzgt fasstesudssenschaftlh h· > Kommcntar.,, des A. T.t Vienne, 1903, t. m; A. Condamin,/x* Hure de Jérémie, traduction et commentaire, dans Études bibliques, Paris, 1920. 2· Non catholiques, — Les principaux commentateurs juifs, surtout S al. larch! ou Hasid ct Dav. Kimchi; les principaux réformateurs, Zwingle, Bucer, Calvin; beaucoup Je théologiens du xvir siècle cl du xvni· siècle ont écrit des commentaires sur Jérémie, citons seulement : W. Loth, Commentary upon the Prophecy and Lamentations of Jeremiah, Londres, 1718; J. D. Michaelis, Ob\c contiones philologiae et crlllae In Jeremia· vaticinia, Gœtlingue, 1743; llrnn.Vcnerna, Commentarius ad librum prophetiarum Jert mite, Leuwnrdcn, 1765; au xix· siècle : J. G. Eichhorn, Die hebrahehen Propheten, Gœttingue, 1819; J. G. Dahlcr, Jérémie traduit sur le texte original, accompagné de notes explicatives, historiques ct critiques, Strasbourg, 1825; Rosenmüller, Scholia tn V. T„ t. vm, Ixdpzig, 1826; Aug. Kuepcr, Jcrtmlas librorum sacrorum interpres atque vindex, Berlin, 1837; Ewald, Die Propheten des .4 lit η Bandes, Stuttgart, 1840-1841; G. Hitzig. Der Prophet Jeremia erkldrt, Leipzig, 1841; E. Henderson, The book of the prophet Jeremiah and that of the Lamentations trans· loted from the original Hebrew, with a commentary, Londres, 1851 ; W. Neumann, Jeremia von Ana loth, Die Wetssagungen und Kiagelieder, Leipzig, 1856-1858; K. IL Graf, Der Prophet Jertmia erklart, Leipzig, 1862; C. \V. Ed. Nacuelsbach, Der Prophet Jeremia thcologhch-homllctisch bcarbcitrl, Bielefeld rt Leipzig, 1868; C. F. Keil, Hi btischcr Commentar uberden Propheten Jeremia, Leipzig, 1872; R. Pa^nr Smith, Jtrrmlah, dans Thr Holy Bible, The speaker's Commentary, L-n lrrs, 1875; Edouard Kcuss, Les Prophètes, Paris, 1376, t. i; A. W. Strcane, The bonk of the Prophet Jerc· miuh, Cambridge. 1881; 2· édit. 1913, dans Cambridge Bible for schools und colleges; J. K. Cheyne, Jeremiah, dans The Pulpit Commentary, Ixmdon, 1883 ; F. Giesebrecht, Das Buch Jeremia, Gœttingue. 1894; 2’ édit., 1907, B. Duhm, Das Buch Jrrcmla erklart, Tubinguc, 1901 ; B. Duhm, Das Buch Jeremia tn den Vcrsmassen der Ur· schrifl übeneltl, Tubinguc. 1903; C. H. Cornlll. Der Pro· ph'i Jeremia, 3· édit.. Munich. 1905; C. von Orelli, Der Prophet Jertmia, 3· édit., Munich, 1905; S, B. Driver, The book of lhe Prophit Jeremiah, Londres, 1906; J. W. Rothstein. Das Buch Jertmia, dans Die heilige Schrlft des A· T, de Knutzscli, Tubinguc. 1909, t. i; A. S. Peake, J»rrmiah and lamentations, Edimbourg, 2 vol., 1910-1912; L. Elliot Binns, Thr Book of the Prophet Jeremiah with introduction and notes, Londres, 1919; P. Volz, Der Pro­ phet Jeremia ubrr'etst und erklàrt, dans le Komnvntar sum A. T. do E. Sellin, Leipzig, 1922. II. Om rages a consulter. — 1· Questions générales, — Francis E. Glgot, Special Introduction to the study of the Old Testament, New-York, 1906, part. II, p. 266-293; Vlgouroux, Bacuez et Brassac, Manuel biblique. Ancien Testament, Paris, 1920, t. it, p. 314-361 ; J. B. Pell, Histoire de ΓAncien Testament, Paris, 1922, t. n, p. 262-280; V. Ermonl, art. Jérémie (Lt Prophète) et Jérémie (Lr livre) dans F. Vlgouroux. Dictionnaire de la Bible, t. in, col. 1257-1281 : R. Comely, Historica et critica introductio tn U. T. libros satros, Puris, 1887, t. u. p. 359-402; S. B. Driver. In Inlrodm lion to thr literature of lhe Old Testament, Edim­ bourg. 1898. p. 247-277; Carl Sleurmogel. Lehrbuch der Einlrllung in das A. T Tublngue, 1912. p. 533-573; Edouard Tobar, Ao Prophètes df Draft, Malines, 1921, fate. 2-3, p. 207-302: Lucien Gautier, Introduction d ΓA, T„ I II TIMNOS 886 ixiuunne, 1911, t. i, p. 377-420; S. Mayer, art. Jrremlas duns Kirchen 1ericon. 2· édit , 1889, t. vj, 1292-1302; F. Buhl, art. Jminias, der Pmphrt, (Inns Hauck, flealrn· cyl k· pad le fur prohdantlsche Théologie und Klrchr, 3' 6«Ut., 1900, t. vm. p. 646-660; A.-B. DaHdson, art. Jerrmiah, dans Hastings, A Dictionary of the Bible, 1899, t. n, p. 569. 578; Wilhelm Erbt, Jeremia und trine Zeit, Gœttingue, 1902; Edouard Bruston, Jérémie et son temps. Paru. I >06; Ch. F. Kent, The Sermons, Epistles and Apocalypses of hmefs prophets, I»ndm, 1910; John Skinner, Pntphccg and religion. Studies tn the life of Jeremiah, Cambridge, 1922. 2· Théologie du prophète, — L. Reinke, Die Messtantschcn Wctssagungrn bet den grossen and klrtnen Propheten des A. T., Giessen, I8GI, t. m, p. 414-602; f^ Hlr, Les trots grands ITophètes, haie, Jérémie, Ezéchlcl, édit.Gnindvaux, Paris, 1877, p. 258-281; R. S mend, Lehrbuch der alltcsta· mrntlichrn Hcligionsg'.sehichte, 2e édlL, Fribourg-cn-B., 1899, p. 244-204; O. Procksch, Ceschlchbbrtrachtung und grsrhiehlliche Ueberlleferung bet den oorexilhrhen Ihvphrten, Leipzig, 1902, p. 70-02; B. Stade, B(bfl>che Thcolngle des A. T,, Tubinguc, 1905, t. I, p. 251-275; Ch. Jean, Jércmte, sa politique, sa théologie, Paris» 1913; Du même. De ForlginnliU de Jérémie, dons Revue des Scien­ ces philosophiques et thèologiques, 1914, p. 123-438; J. Touzard, L9dme fuit* au temps des Perses, dans Revue b< bllque, 1917, p. 451-488; 1918, p. 336-402:1919, p 5-88. A. Clamer. I JÉRÉMIE II TRANOS, patriarche de Constantinople A la An du xvi· siècle. Né vers 1530, à Anchialo, sur la mer Noire, Il eut pour maîtres dans les lettres grecques les meilleurs professeurs du temps, entre autres, Hiérothée» Arsène cl Damascène, qui devaient tous les trois obtenir plus lard une métropole. Élevé luI-mAme au siège de Larissa, en Thessalle, vers 1565, Jérémie gouvernait en paix son diocèse, quand le choix de scs collègues dans l’épiscopat le porta, le 5 mai 1572, au trône patriarcal, devenu vacant par U démission forcée de Métrophancs II. Il olRcia pour la première fois en cette qualité le 15 mal, joui de l’Ascension. Mais son prédécesseur Métrophanes, devenu son rival, travailla si bien les esprits et les autorités turques, qu’il réussit à chasser Jérémie, le 29 novembre 1579. Ce ne fut d’allkurs qu’une retraite momentanée,car le vieux Métrophanes étant mort le 9 août 1580, Jérémie put dès le 13 août remonter Ute de Césarée, ne régna qu’un an; il fut renversé le 2 ) fé­ vrier 1585 par Théoleple II, métropolite de Pb ’ »popoli, qui dut A son tour céder la place, d’.tboui le piteux échec de scs négociations. O regret perce pour ainsi due A chaque page de son 7ûrckischès Tugebuch, Francfort sur le-Maln, 1674, ln-fol , 22 f, 552 p., 18 f. : curieux Journal, où il a enreghtré une foule de particularités précieuses con­ cernunt les personnes qu'il avail fréquentées el les faits qui étaient venus à sa connaissance. Sans s'occuper du manuel de Heer brand, Jérémie II, dans sa seconde réponse, traite des six points suivants : De la procession du Saint-Esprit, du libre arbitre, de ia JustllKutlon et des bonnes œuvres, des sept sacreπι u υ, de l’invocation des saints et enfin de la vie mo­ nastique. A l’exception du premier article, lu doctrine qu’il y expose ne s'éloigne pas de celle des catholiques. Àus*l les ptofesseurs de Tubingue lui opposèrent-ils une longue réplique, datée du 21 juin 1580, alors que Jérémie u'occupait plus le trône patriarcal. Mais une 888 fols revenu nu pouvoir, Jérémie ne laissa pas tans réponse le factum luthérien Sn réplique, achevée au mois de mal 1581, fut expédiée le 6 Juin. Il y est de nouveau question, mais en termes plus brefs, delà procession du Saint-Esprit, du livre arbitre, des suce­ ments, de l’invocation des saints, de la confession et de la vie monastique. Le patriarche laisse voir la fatigue qu’il éprouve A se répéter; et, pour finir, il demande A scs correspondants de ne plus lui reparler de ces questions. Les professeur! de Tubingue ne se le tinrent pas pour dit, et Ils iéditèrent une dernière réponse, A laquelle Jér émie opposa cette fols un dédai­ gneux silence. Ainsi se termina cette correspondance fameuse, dont les monuments sont encore aujourd’hui fort utiles A consulter. Ils ont été publiés dans les recueils suivants, que nous rangeons par ordrc de date : 1° Censura orientalis Ecclesia: de pnccipuis nostri sæcull haereticorum dogmatibus, Hteremltc Conslantinupollluno patriarcha, judicii et mutua' communionis caussa, ab orthodoxa- doctrina: adversariis, non ita pridem obla­ tis. Ab eodem patriarcha Constantinopoliiano, ad Ger­ manos grace conscripta : a Stanislao autem Socolooio, serenissimi Stephani Polonia· regis theologo, ex graxo in latinum conversa, ac quibusdam annotationibus, ad proprius Gnccorum opiniones respondentibus illustrata. Crucovle, 1582, In-fol., 236 p.; Dlllugen, 1582, in-8·, 8 f., 399 p.; Cologne, 1582, In-8·, 8 f., 417 p.; Paris, 1584, in-8·, 6 f. non chiffrés et 178 f. chiffrés. Cette édition ne contient que la traduction latine de la première réponse de Jérémie. Socolov en avait obtenu le texte grec de l'archimandrite Théolepte, le même sans doute que le futur patriarche, rival de Jérémie.— 2· Acta el scripta theologorum Willcmbergensium, et patriarcha' Consianlinopolilani D. Ilieremia : qua ulrique ab anno Μ. I). LXXVL usque ad annum AI. J). LXXXI. de Augustana con/essione inter se mise· runt : grsece et latine ab iisdem theologis edita. \\ Itebergæ In officina hreredum J hannis Cratonls. Anno M. D. I XXX II L ln-fol. de 10 f. non chiffrés, 384 p. el 4 f. non chiffrés, dont le dernier blanc. Ce rarissime et précieux volume contient toutes les pièces mention­ nées ci-dessus, en grec et en lutin. — 3° Acta orientalis Eccleshc contra Lu heri hæreslm monumentis, nolis, ac dissertationibus illustrata, opera, ac studio D. Emmanuetis a Schelstrule sac theot. docL bibliothecas Vati­ cana: pra'fecti, bas ilicte principis apostolorum de Urbe canonici, una cum epistola Christophe)fi Ranzovii adversus t ufhcranorum errores. Rome, 1739. In-fol de xx-982 p. 4 f. pour la première partie, et xxxiv p. pour la seconde partie. Ouvrage posthume fort inté­ ressant, mais ne contenant que les parties principales des diverses réponses de Jérémie avec d’abondants commentaires. — 4° Liber qui vocatur Judex veritatis distinctus (n partes duas. Tomus primus qua (sic) orthodoxa· nostræ sanctaqm Chr1sti E celes Ire orientalis dogmata el mysteria continentur, quas a sanctissimo viro Jeremla, qui tunc tempo is clavos palriarchalis tl acumenici throni gubernabat, composita sunt, annoque A1DLXXVI. ad Lutheranos qui Tubinga' ((icrmaniæ urbs esi) erant, missa. Terme itidem ejusdem ad illos responsiones. Altera nunc vice diligentia et labore Getleonis Cyprii hieromonachi Hierosolymitani edita. I Ipske. litteris Br Itkopfl s. 1758, In-4® de 8 f. et 241 p. Tomus secundus in quo continentur Augustana Confessio seu Lutheranorum reUgionjs omnia dogmala ei articuli. Primum secundumqur cl tertium responsum ad tria patriarcha· Constantinop ditant 1). Jeremiie res­ ponsa. Editio necunda cum diligentia ac sumptibus i Gedeon hieromonachi. In-4· ourparlcrs â poursuivre, mais slmplemi at de l'uniformité A sauvegarder dans l’Église du Christ, chose impossible à obtenir A moins de rester fidèlement attachés à la doctrine des Pères exposée par MutUuca Bli*tarés dans son traité sur la Pâque. Voir la lettre en question dans le Cod.Vat. grac. 1436,1·ΊΊ. Dareste, au lieu de s’aboucher avec le métropolitain de Phila­ delphie, Rome préféra recourir A une autre tentative directe auprès du patriarche, par l’intermédiaire de deux grecs de Corfou, Michel Eparcho et Jean Buonafè. Grégoire XIII adressa une lettre particulière A Jerémie le 5 février 1583. Theiner, Annales ecclesiastici, ad. an. 1583, n 45. t. in, p. 435. El pour appuyer sa missive. Il y Joignit quelques cadeaux. Arrivés à Constanti­ nople au mois de Juin 1583, les deux envoyés pontifi­ caux ne négligèrent rien pour réussir dans leur mission, dont le seul résultat appréciable fut une lettre de Jérémie nu pape datée du mob d’août. Le patriarche remerciait pour les cadeaux, et demandait un dtîol de deux années pour opérer la réforme du calendrier. Schelstrate, Acta orientalis Ecclesiæ, p. 249-252; A. Démêtracopoulos, Έ"ανο:θώσενς σφα μίτων ~αρατςρ ι θέντων έν τη Νεοε »Λ νι <η φιλολογι το 5 Κ Σ10χ μττά καί ττνων ?τ οσύ , ών, Trieste, 1872, ρ. 17-18; É. Legrand, Bibliographie hellénique du ΧΠ· stede. Purls, 1885, t. n, p. 377 A Rome, on prit au sérieux ces belles promesses, cl, au début de 1584, Jean Buonafè fut chargé d’une nouvelle mission pour Jérânilr, A qui 11 devait remettre une lettre du pape datée du 7 mars, Theiner, ibid., ad an. 1581, n. 133. A en croire un rap|X rt d'Eparcho A Slrleto en date du 4 avril 1581 Jérémie aurait même eu l’intention de publier U réforme dans les fies soumises A Venise, Cod. Vat. lai.. 6195, f® 338. Tous ces projets s'évanouirent avec la chute de Jérémie renversé par Pachômc au mois de février. Du reste, étalcnt-lls sincères? 11 est assurément permis d'en douter· Au moment même où Jérémie laissait croire aux envoyés de Rome la prochaine adop­ tion de la réforme, il Taxait déjà condamnée A leur Insu en termes formels dnns plusieurs documents ofiiclcls. L'un d'eux est du mois de février 1583; il est adressé au doge de Venise Nteoîo da Ponte. Sophocle (Economos l'n publié pour U première fob. mnh avec lajdiito erronée <’o 1582f dnns In brochure. Βίος Γρηγνplou ΕΙρηνουπόλτως καί Βατοπτπ8ίου, Athene^ 1860, ρ. 58-62 II .» rte reproduit par G. Sathas, Βιογραφικύν σχεδίασμχ rrcpl τού πατρίαρχου Ίερςιίου Β (15721594), Uhènes, 1870. ρ. 26-28, et par J. Veloudo, Χρισόβουλλα καί γραμματα των οίκουμοικών ττχτριτρχών, Venise, 1873. ρ. 6-12; ibid.t 1893, ρ. 12-19. Aux Arméniens de Léopol, en Gailcle. le patriarche avait tenu un hmgnge encore plus nettement hostile dnns un acte synodnl du 20 novembre 1582, publié pour In première fols par Jacques Méloétas aux f® 2^-3"» d'une rarissime plaquette Intitulée : De catcndarto novo grrqoriano Jcremtæ archiepiscopi Conxtantinou· poleos. Νέας 'Ρώμης, et ercumenici patriarcha judi­ cium, una cum aliis quibusdam ejusdem ad Germanos S91 JÉRÉMIE II TRANOS 892 d’ignorance où croupissait son clergé, dont 11 aurait ttfrrft. fiiat offnlft modo Ίάχοβος h Ιΐα·«0·'μ ς Μηλοήτας» natione grrrcus, ex irsula Pathmo oriundus, voulu relever le prestige en formant, comme 11 l’écri­ Francofui tl ad Oderam, excripsit typis Andreas vait à Mnrgounios, · des ouvrier dignes de cultiver cette vigne du Seigneur qui ne veut pas être labourée Eichor o. M. D. XC, in-4·, de 12 foi non chiffrés. Le même texte se retrouve, avec d’importantes variantes, par des ânes. » S’il est vrai, comme on l’assure. que le dans le potrfarchc Dwtfthôe de Jérusalem, Τ'.μος I pape Giégnlre XIII avait conçu le dessein, en 1584, έγ>π t'Jassi 1698. ρ.533-54Π; dans C.Sat has, op.ciL^ lors de l’exil dc Jérémie A Rhodes, d’appeler A Rome p. 28-32; dans M. Gédéon. Κανονικοί ΔιατΈεις, 1.i, le patriarche déchu et dc l’élever au cardinalat, comme un autre Bessarion, il faut avouer que l'on se faisait p. 34-38. Traduction latine dc Cnislus, dans l’édition A Rome beaucoup d’illusion sur son orthodoxie. du Chronicon Ecciesin rr.rctr Philippi Cyprii. publiée III. JÉRÉMIE II ET LE PATRIARCAT DE MOSCOU. — p r Henrietta Hilar ins. Leipzig el Francfort, 1687, en L’érection A Moscou d’un nouveau patriarcal est le appendice nnn paginé. En tet mes plus amers encore, Jérémie avait écrit à cette occasion au prince d’Ostrog, I grand événement du troisième passage au pouvoir de Constantin, pour lui demander d’user dc toute son Jérémie. Notons-le toutefois, 11 n’était pas patriarche en titre quand il entreprit le voyage dc Moscou. Revenu Influence afin d’empêcher la prétendue réforme de d’exil giâce A l’intervention dc l’ambassadeur de pim·ter en Ruthénle La pièce, encore Inédite, sc France auprès dc la Sublime Porte, Il avait trouvé le trouve dans le cod. Vatic, lot. 6417, f° 39, sous ce trône patriarcal occupé par son rival Théolcpte; et titre : Patriarcharum Constanhnopolitani cl Alexanquand celui-ci finit par céder la place A un concurrent, drtnt litteræ synodictr ad ducem Oslrovite Rulenum de calendario correcto a Sede Aposloliea. Elle est ana­ le diacre Nicéphore, ancien protosyncelle dc Jérémie, ce dernier avait déjà pris le chemin dc la Russie. Ce lysée par J. Schmld. Illslorisches Jahrbuch, t. ni, 1882. p. 564-565. Et quand Possevlno affirmera plus n’est qu’à son retour, durant une halte chez Jean Zamosjski, grand chancelier de Pologne, qu’il apprit tard dans sa Moscovia, Cologne, 1597, p. 216, que Jéré­ par une lettre de Pierre, voivode de Moldovalachle, mie avait promis nu pape d’introduire le nouveau caiendrici, le patriarche, Informé dc cette assertion que le sultan lui avait restitué son siège le premier jour par Cruslus, s’empressera de la démentir dans une du ramadham, c’est-à-dire le 4 Juillet 1589. La lettre du vo vode, restée inconnue aux historiens dc Jérémie, longue let tic justificative, datée du mois dc septem­ bre 15^9. cl publiée par Jacques Méloétas, op. cit., . porte la date du 2.5 septembre 1589; elle est Imprimée t* 5. C’est sans doute à ce double document que fait dans le rarissime recueil dc Jacques Méloétas, De calen­ allusion Mélétlus Pigns, protosyncclle d’Alexandrie, dario notH) gregoriano, Francfort. 1590, f° 10. Le détail quand il parle, dans une lettre du 19 septembre 1584, n’esl pas sans importance : il nous montre que lors des d’un synode tenu A Constantinople, en présence des négociations de Moscou, Jérémie n’avait d’autre carac­ quatre patriarches ou dc leurs représentants, pour tère officiel que celui d’avoir été patriarche, cl dc ne condamner la réforme grégorienne. E. Legrand, Lettres l’être plus. Quoi qu’il en soit, nous devons rappeler Ici de hlélélius Pigos antérieures à sa promotion au patriar­ en quelques mots cc grave événement. Les détails nous cat publiées d'après les minutes autographes, Paris, en ont été transmis par un témoin oculaire, Arsène, 1902, p. 121. Un τόμος fut promulgué A cette occasion, archevêque d’Elassona, dans un curieux poème Im­ assure Mélétlus, et cc qualificatif convient assez à la primé pour la première fols comme dc la simple prose lettre aux arméniens dc LéopoL Elle est d’ailleurs par Pasinl, Codices manuscripti bibliotheca* rcgiir Tauri· lue tique pou le fonds, sino r dans la "orme au nuisis Atheruri, Turin, 1740, In-fol., p. 433-469. il se fameux tomos d’Alexandrie rédigé par Mélétlus Plgas trouve en latin dans Wlchmann, Sammlung kleiner lui-même pour le synode en question et publié d’abord Schri/ten zur Kenntnis des russischen Rcichs, Berlin, dans le volume de Porphyre Ouspcn^ki], Le patriarcat 1820. 1.1, p. 57-123, dans A. de Slarczcwscki, Historic d'Alexandrie, Saint-Pétersbourg, 1898, t. !, p. 140-152, ruthenicœ scriptores exteri sœculi X VI, Berlin et Saintpuis par É. Lcgiand, op. cit., p. 138-155. Un peu plus Pétersbourg, 1842, et dans P. G., lut tantum édita. tard, les grecs dc Venise, ayant sollicité dc Jérémie par t. lxxxi, col. 885-910, t. n ; en français dans A. Galltzln, de l’organe leur ch b même pas y songer. La pièce se trouve dans Doslthéc, 1 ’ΡωσσΙα, Athènes, 1859, p. 27-68, et dans C. Sathas,op. τύμ ς άγά ς, p. 540-541, dans C. Sathas, op. cit., ! cit., p. 35-81. Des détails nouveaux sont fournis par lis p. 32-34, duns J. Veloudo, op. cit., p. 13-17, 2· édit., Mémoires dc ce même Arsène d’Elassona, découveits p. 20-24, dans M. Gidéon, op. cil., p. 38-40. Le docu­ et publiés en partie par A. Dmllricvsklj, Travaux de ment est du mois de juillet, indiction III. c’cst-A-dlre l'académie théologique de Kiev, t. xxxvin, 1898, fnsc. 1de 1590. El pour bien montrer qu’il n’avait jamais 5, el t. xxxix. 1899, fasc. 2-4, et en tirage A paît. Sur entendu pactiser avec Rome sur cc point, l’Orient plus d’un point, les Mémoires corrigent le poème, et orthodoxe, réuni en concile plénier, le 12 février 1593, ces deux documents doivent constamment être mis en A Constantinople, sous la présidence du même Jérémie, I parallèle. Un extrait important des Mémoires sc trouve pour le règlement des affaires de Russie, condamna en reproduit, d’après l’édition de Dnütilcvsklj, dans l’ar­ terme* soknnels la réforme giégorlenne dans un acte ticle dc l’archimandrite Chrysostome A. Papadopoulos dont nous parlerons plus bas cl qui porte la signature Ilz.l της έ)ληνικής έ κλησιαστι 7ς χ ονογ;αφίχς τού de tro!* patriarche* el de quarante évêques. La conclu­ ις αϊώνος (tirage A part de 1Έ *ζλ σναστικ^ς Φάρος). sion s impose : aussi bien vis-à-vis d’une réforme pure­ Alexandrie, 1912, ρ. 29-40. C’est A l’aide du poème ment scientifique que sur les questions dogmatiques, seul qu’a été rédigé le pittoresque récit d’EugèneJérémie st montra d’une IntranJgennce farouche; Melchlor de Vogué, De Byzance à Moscou. Les voyages grâce ü lui, les Grecs retardent encore aujourd'hui sur d un patriarche, dans Revue des Deux mondes, n. du le rest* du monde, non moins fiers de ce schisme l*r mars 1879, p. 5-35. astronomique que de l'autre. Avec la mèin d’éner­ Arsène se trouvait A I.éopo! depuis deux années, gie, Ji érnlc s’étMl opposé, mais en vain, A l’élablissequand il y reçut, le P» mal 1088» une lettre dc Jérémie n mt des jésuites A Constantinople, en 1583. Voir I informant de son arrivée a Zaniosc et l’invitant A E Legrand, 1\< laiton de Γ esta b lissement dis PP. de la wmr le rejoindre comme interprète dans h· vnvage U mpaynie de Jésus en Levant, Pads, P 69, p. 5. Ce qui de Moscou. Le 21 juin dc fo même année Jérémie ne Vempêchait pas de gémir sur le déplorable élut accompagné d’Arsène, et d’un autre prélat, Hiérothé* 893 JÉRÉMIE 11 TRANGS — JÉROME do Monembasle, arriva à Smolensk, sa première étape ! en territoire russe, et le 11 juillet il était û Moscou, i Bien accueilli par le tsar Fédor Ivanovitch et par la tsarine Irène, il reçut au bout de quelques jours la visite dc Boris Godounof, le tout-puissant ministre dc Fédor, qui venait lui proposer de la part du souve­ rain de s’établir ά Moscou avec le titre de « patriarche deMoscouetdc toute la Russie.· Jôémle aurait accepté sur le champ sans l'opposition de Hiérothée dc M mein· basic el de quelques membres de sa suite Cet e après· sentent s’explique tout naturellement, si l’on veut bien se rappeler, comme nous l’avons dit plus haut, qu’à ce moment Jérémie n'était plus qu’un simple ex-pa­ triarche. Un peu plus tard, nouvelle instance du tsar demandant cette fols le titre de patriarche pour Job, le métropolitain de Moscou. Après d'assez longues ter­ giversations, on procéda, le jeudi 23 janvier 1589, à un simulacre d'élection, et. le dimanche 26. le métro­ polite Job fut solennellement Intronisé patriarche en présence de Jérémie, de toute la cour.de tout le clergé indigène et d’une foule immense dc moujiks rayonnant de joie. Comblé de présents, Jérémie prolongea son séjour à Moscou jusqu'à le fin de l'été. Au mois de novembre 1589, il se trouvait encore à Tarnopol, où il présidait un synode local dont il promulgua les déci­ dons dans un curieux siglilion conservé aujourd'hui sous le n. 505 des mss. grecs dc la bibliothèque publique dc Pétrogrnd et publié par A. Papadopoulos-Kérameus, dans 'ΊΙμε ολόγιον do 1905, des Établisse­ ments nationaux philanthropiques de Constantinople, p. 459-463. A Zamosc, il avait appris, par une lettre du voivode de Moldavie, son rétablissement sur le trône patriarcal, et dans les prcmieis mois dc 1590 11 était enfin de retour sur les bords du Bosphore. Sui le voyage dc Jérémie en Russie et scs diverses étapes, voir J. Malichevsklj, dans les Travaux de Γ Académie théologique dc Kiev, 1885, t. n, p. 656-674. Restait à faire sanctionner par scs collègues de ('Orient les graves mesures prises A Moscou. Cc n’était pas chose facile. Sur la demande dc Fédor, Jérémie avait accordé à Job le troisième rang parmi les patri­ arches cl déterminé que Moscou prendrait place immé­ diatement après Alexandrie. Or, un syaode tenu au mois de mai 1590 ù Constantinople et composé dc tiols patriarches, dc quatre-vingt-quinze évêques et des prln< Ipaux fonctionnaires du patriarcat,accorda seule­ ment à Job le cinquième rang, après Jérusalem. Cet acte Important, dont l’original est conservé à Moscou au ministère des Affaires étrangères, n. 5 des docu­ ments grecs, a été publié pour la première fols dans son Intégrité par W. Regel, Analecta byzantino-russica, Saint-Pétersbourg, 1891, p. 85-91. Le texte publié d’après Th. Dnllianos, ’Ιστό (α τ*,ς £ωσσιχτχ έκκλησίας. Athènes, 1851, dans C. Dellcanès. *Εγγ, αφα πατ;.ια χι x, t. m, Constantinople, 1905, ρ. 24-26, n’est qu’une caricature dc l’original. Denys, métro­ polite de Larissa, fut chargé, en 1592, de porter cet Instrument no tsar. Celui-ci entra aussitôt dans une violente colère, et il Insista en termes impérieux pour que l'on fixât le rang de Moscou après Alexandrie et avant Antioche. Un nouveau synode, convoqué à cet effet, se K'nnll le 12 février 1593; Il comprenait trois patriarches (le quatrième avait remit sa voix à celui d’Alexandrie) et quarante évêques. Tous furent d'ac­ cord pour maintenir la première décision et attribuer nu nouveau patriarche « des réglons du nord » le cin­ quième rang. Ce point réglé, on profila dc la présence dans la capitule de tant dc prélats pour promulguer huit canons, dont le dernier portait condamnation du nouveau calendrier. L’original de cet Intéressant docu­ ment se trouve à la bibliothèque synodale dc Moscou, n. 198 des mss grecs. Il a été publié, mal· sans les signatures, par le patriarche Doslthéc. Τόμος αγάπης, (SAINT). BIOGRAPHIE 894 p. 541-457, par Rhalll et Pot 11, Σύνταγμα των θείων zal ;ζ;ών ζανόνων, L v, Athènes, 1855. ρ. 119-155; par C. Sathas, op. cit., p. 82-92, el par C. Delica nés, op cit., p. 10-20. Le morceau est suivi dans Sathas de quatre lettres de Mélétlus Piga* relatives au même objet Jérémie, on le voit, avait promis au tsar plus qu'il n'avait pu tenir : preuve nouvelle de ia faiblesse de son caractère. Il était malaisé, il est vrai, de résister en face aux caprices du fils d’Ivan le Terrible. Un autre synode, tenu au mois de mal 1593 et dans lequel furent édictés douze canons sur divers points de dis­ cipline, fait plus honneur que le précédent au patriar­ che Jérémie. Ces canons ont été publiés d’après un codex dc Tréblzonde par A. Papadopoulos-Kerameus, dan* ses Ελληνικά ’Ανέκδοτα, Constantinople, 1885, p. 73-75; mais j’en al retrouvé le texte dans plusieurs autre.’» mss., entre autres dans le ParUinus 1323, t* 384 et dans le n. 22 Q du monastère de Lavra au mont Athos, f· 131-133. L. Petit. I. JÉROME (Saint).— L Biographie. IL Œuvres, (col. 909). 111. Doctrines (coL 927) Esquisse biographique. — 1· Jusqu'au second séjour a Rome. — Saint Jérôme (Eusebius Hiero­ nymus) naquit vers l'an 344. En effet, à la mort de Julien ΓApostât, en 363, il pouvait encore se dire un enfant. In Habacuc, Ub. Il, c ni, f. 14, P. L., t. xxv, col. 1329; et, d’autre part, écrivant, à saint Augustin, né en 351, il l’appelle « son père par la dignité, mais son fils par l’âge ·, «date pli, dignitate parens, cc qui ne se comprendrait guère sans une dif­ férence d’ûge d’une dizaine d’années au moins. Epist., cv, P. L., t. xxn, col. 837. Le P. Ca va liera opine néan­ moins pour 347. CL Saint Jérôme et son auvre, 2 voL, I ouvaln, 1922, Jérôme vit le jour à Stridon, petite ville « aux con­ fins de la Daknatie et de la Pannonie ». Vür. ill., c. 135, P. L., t. xxin, col. 715. Cette ville ayant complète­ ment disparu quelques années plus tard, lors de l'invasion gothique, il est très dilUcile d’identifier son emplacement avec quelque certitude. Une conjecture habilement présentée par Mgr Francesco Buhc veut retrouver Stridon dans la petite localité bosniaque de Grahovo, non loin dc Spalato. Pour généralisée qu elle soit, cette opinion ne semble pas cependant reposer sur des bases suffisamment solides. Grahovo. en parti­ culier, est trop éloignée d’Aquilée, avec laquelle Jérôme eut beaucoup plus dc relations qu'avec Salone, la moderne Spalato. Sur cette question voir F. Bulic, Bulldttno di archeologla e storia dulmata, 1899, t. xxn, et comparer Corp, inscript, latin., t. ni, n. 9860; cf aussi Duchesne, Histoire ancienne de ΓÉglise, L a, 4· én nom ne paraît nulle part. Jérôme, malgré tout, tâchait de ménager sa personne. Mais quelles que fussent 1er dispositions personnelles de Jérôme et de Rufin, I) se trouva des hommes, plus zélés que prudents, pour rallumer entre eux lu vieille querelle, et diverses circonstance* y contribuèrent. Le monde cultivé de Rome s’ètttlt. A leur sujet, divisé en deux partis, qui ne suivirent p<< les chefs dans leur rapprochement. D’un côté donc. Pammachius el Océanus, qui a vident été chargés de transmettre A Rufin lu lettre (^xxxi) men’Jonnce cl-dersus, la gar­ dèrent par devers eux parce qu'il» ta Jugeaient trop conciliante, tl trop cniillmtr· D’autre part, un ami de Rufin, Aprunlunu», lui envoya A Aquilêe une copie de la tinduction de Jérôme, ainsi que des explications qui l'a compngmdcnt, dan» le dessein ue provoquer une réplique. Vers le meme temps, c’cst-â-dirc tout A la fin «le 393 ou nu conuneneenient de 10u, Théophile d'Alexandr e, prenant assez soudainement une atti­ tude liés hostile aux origênlstes, lança l’.mathème contre · ux el leurs doctrines. Bientôt, A sa demande, le pape Anastase, dans un synode romain, les condam­ nait comme hérétiques, cl il invitait en outre Rufin n v» nlr ren h c compte de sa foi.C’est dans ces conjonc­ tures que celui-ci, sc sentant gravement atteint par la I 902 lettre A Pammachlus, rédigea sb répnncr File com­ prend deux livres. Le premier tend avant tout à repousser In note d'hérésie; l'auteur s’y applique à montrer qu'il n’a sur la Trinité, T Incarnation, la résurrection, le second avènement et le Jugement der­ nier, d’autre croyance que celle de l’Églke catholique. Dans le second, il passe à l’offensive contre Jérôme, dont i) incrimine la doctrine, notamment les commen­ taires des épttrrs de saint Paul. Telles sont les trop célèbres Invectives de Hulin. En les écrivant, dans les derniers mois de l’an 400, celui-ci ne les destinait ni à Jérôme ni à une publicité illimitée, mais seulement A Apronianus et à quelques autres amis, qu’avaient émus Ici accusations portées contre lui. De fait, durant un temps assez long, trois ans Λ peu près, elles ne sor­ tirent pas de ce petit cercle. Cependant Rufin répon­ dait aussi au pape Anastase,en alléguant, pour se dis­ penser du voyage A Rome, des raisons de santé et de famille. Ici encore 11 l'emploie de son mieux A se défendre du reproche d'hétérodoxie et proteste qu’il n'a, qu’il n'aura Jamais d’autre fol que celle de l’Église romaine. Quant à Jérôme, Il était, semble-t-il, entraîné dans le courant belliqueux qu’avait créé la nouvelle attitude de Théophile d'Alexandrie. Celui-ci, après s'être assuré l’appui de l'évêque de Rome, poursuivait de plus en plus non seulement les erreurs d’Origène. mais tous I ses admirateurs, parmi lesquels les moines du désert ! de Nitrir, et il apportait dans cette lutte toute la fougue de son tempérament. En le suivant avec une confiance lmp aveugle, le solitaire de Bethléem sera I poussé à des démarches qu’on ne peut s’empêcher de I regretter. Non coûtent d'obliger Théophile en tradui­ sant en latin scs lettres pascalcsou synodales, ainsi que d’autres documents nntiorigénistes, où la personne même d’Origènc était copieusement Injuriée. Jérôme approuvait de< mesures de forme trop brutale contre les moines plus ou moins récalcitrants; il en viendra à s’associer, de bonne foi sans doute, à une funeste et haineuse campagne contre Jean Chrysostctne. A la fin de l’année 101 et au printemps de 40*2. les documents nmu I» montrent occupé A son Apologie contre Hulin. Le texte des Invectives ne lui était point parvenu; mais Pammachlus cl Marcella lui en avaient fait connaître Jet accusations principales. C’est d’après ces données sommures. éclairées et en partie confir­ mées pur la let U c du meme auteur nu pape Anastase, qu’il composa les deux prem livre de son Apologie. I) y discute un a un tous les gncls articulés contre lui, et s’attache spécialement A bien définir la manière dont il a toujours traité soit Origènc lui-même, soit les écrivains qui lui sont favorables : le martyr Pamphile, Dldyme, Eusèbv de Césaréc. U n’admet d’ailleurs pas l’authenticité de V Apologie d*Origine attribuée à saint Pamphile. Peu après, ayant reçu de Rufin même une copie des Invertu*s, avec une lettre qui accen­ tuait le* /cprocliei antérieurs, il compléta sa réponse par un troisième livre, <»ù de solides arguments n'aunilunt rien perdu de leur furre â être un peu moins is*(U'onné< d'avgrci perform ihtés. 11 venait pourtant de recevoir du saint évêque d’Aqullée, Chromât lus, qu'il estimait et aimait beaucoup, une lettre le sup­ pliant de mcl’rc fin à cette malheureuse polémique. Mais parce que Rufin lui avait adressé des menaces et que son silence eût pu paraître un aveu de culpa­ bilité, il ne crut pas pouvoir déférer à ce pressant con cil. t Discussions avec saint Augustin, — Les relations .inc, ne comprenaient ni la langue égyp­ tienne ni la langue grecque. 5. Autres travaux exotiques. — En 406 parurent i le* Commentaires sur les cinq petits prophètes qui n'avaient pas encore eu leur tour, à savoir : Malachie, I Zmharic, Osée, Joel ct Amos.Cc travail, exécuté rapldement et dicté, parce que l’auteur « était trop fuible pour c< rire lui-même », dut < i pendant être interrompu I pour rélu ter l'héréUque VlgilanUu», dont les attaqua· 9U5 Ji HOME (SAINT) contre le célibat, le culte de· saints cl des reliques venaient de lui être signalées par le* prêtres Riparius et Didier. De même date est une dissertation sur les paroles de sain’ Paul. 1 Cor.,xv, 8, ainsi lur s et envisa­ gées par le commentateur: Omnes quidem dormiemus (vel non dormiemus ), sed non omnes Immutabimur, dis­ sertation écrite Ala demando des moines Minervluset Alexandre. A côté de tant ct de si utiles occupations, on est peiné de devoir cn mentionner une autre,qui se rapporte probablement, elle aussi, à l'année 406 : Je veux parler île la traduction du pamphlet de Théo­ phile d'Alexandrie contre saint Jean Chrysostome. De bonne fol, sans doute, Jérôme commit l’erreur A Jamais regrettable d’être un instrument trop docile entre les mains de Théophile, qui poursuivait depuis longtemps Jean de Constantinople, ct pour qui l’in­ térêt de la religion sc confondait souvent avec celui de ses sympathies ou de ses antipathies. Éplphane, le saint évêque de Chypre, l’ardent pourfendeur de toutes les hérésies, s'était trompé de la même façon. Son exemple explique et excuse en partie la conduite de Jérôme. Le Commentaire sur Daniel, qui vit le Jour vers 407, fui pour son auteur l'occasion d'un danger aussi grave qu’inattendu. Il avait écrit, à propos de la statue montrée cn songe A Nabuchodonosor, que le qua­ trième empire ne pouvait être que celui des Romains, et que la situation actuelle vérifiait l'image des pieds de la statue, partie de fer et partie d’argile. < En effet, A l’origine, rien de plus fort et de plus résistant que l'empire romain; mais, à la fin, rien de plus faible, puisque, soit dans nos luttes civiles, soit dans nos guerres contre les peuples étrangers, nous avons besoin du secours d'autres nations barbares. » Des gens malintentionnés l’accusèrent d'avoir visé malicieuse­ ment Stilicon, alors tout-puissant auprès du Jeune empereur Honorius. L'accusation commençait à faire du bruit et A inquiéter ses amis; mais le chef vandale, périt de mort violente, et tout rentra dans le calme. Le Commentaire sur Isaïe, œuvre de longue haleine, comprenant « dix-huit livres », dont un seul, le cin­ quième, relatif aux dix visions ou onera des chap, χιπxxm, avait été écrit dès 397, semble avoir été repris en 408. Il ne put être achevé qu’en 409 ou 410, soit à cause d'autres occupations, soit parce que l'auteur manquait de copistes, tandis que sa santé, dont il se plaint souvent, allait déclinant de jour en Jour. Jérôme apprit alors à la fois la morldePammachlus, celle de Marcella, la prise ct le sac de Rome par les hordes d'Alaric. Ces nouvelles le consternèrent au point d'amener un arrêt complet dans son activité littéraire. Ce n'est qu'après une année ct peut-être plus qu'il put sc remettre A Ezéchicl, dont H avait projeté ct déjà commencé un commentaire. Encore fut-il bientôt obligé de laisser là les livres et l'étude pour 1a prati­ que de la charité ct de l’hospitalité : Bethléem s'était trouvée subitement comme cernée, presque submergée déjà par les flots de l’invasion barbare. Toutes les réglons avoisinantes : l’Égypte, la Syrie, la Phénicie, le nord de la Palestine, étaient mises à feu et A sang; chaque jour amenait à l'hospice des monastères de nouvelles légions de fugitifs qu'il fallait loger ct nour­ rir, quand on le pouvait, cl à tout le moins réconforter ct consoler Tout autre soin dut provisoirement céder le pas à celui-là. La tourmente passée, l'infatigable vieillard s’empressa de continuer ct d'achever l'œuvra si malheureusement Interrompue; cn même temps, sur les Instances de la Jeune Principia, il rédigea et lui envoya un éloge funèbre de Marcella, Epist., cxxvn, P. L , t xxn,col. 1082; enfin il eut le courage d'entre­ prendre, en 415, sur Jérémie le même travail d’exé­ gèse qu’il avait accompli pour tant d’autres. Il espé­ rait compléter ainsi le cycle des Prophètes, grand· et BIOGRAPHIE 906 petits; mali l'âge, avec ses Infirmités, et lei clrcoi stances extérieures ne lui permirent pas de dépasser le trente-deuxieme chapitre. C Im lutte contre tes pélaqiens.— L'e reur pélagienne, qui, née en Afrique, cherchait A se répandre en Pales­ tine, devait occuper et troubler les quelques a née* qui lui restai* nt; c'est contre elle que le vieux lutteur allail diriger ses derniers coups. Pélage avait séjourné quelque temps a Jérusalem, et il avait réussi à entrer en relations d'amitié avec les moines de Bethléem. Ce fut pour Jérôme une raison de traiter d'abord sa personne avec ménagement. Quant A l'erreur même, il cn avait pressenti ct deviné les approches dès 413, lorsque, dans le prologue au VI· livre du Commentaire sur Etéchiel, H signalait la réapparition de l'hydre hérétique. En 414, Il mettait la vierge Démétra Je, cn garde contre cette · doctrine Impie et scélérate t. Epist., exxx, col. 1120. Dans le prologue de son pre­ mier livre sur Jérémie, en 415, Il revient sur le même sujet; et, sans nommer Pélage, il le traite de calomnia­ teur Ignorant et lui reproche de marcher sottement sur les traces de Rufin et de Jovinien. Au cours de la même année 415, cn réponse à la consultation d'un certain Clésiphon, il traite la matière ex professo; et, embrassant d'un seul coup les principales négations des novateurs, Il établit contre eux, avec la nécessité de la grâce, la propagation du péché originel et de ses suites funestes. Episl,, cxxxin, col. 1147. Revenu ensuite momentanément à sa tâche préférée, le com­ mentateur se plaint en plusieurs endroits d'une hérésie qui tend à ne lui plus laisser un instant de loisir pour vaquer à scs chères études scripturaire·. Il en fit alors paraître une solide réfutation, en forme de dialogue entre un hérétique et un orthodoxe. Cependant Pélage n'en poursuivait pas moins ses menées. Cité d'abord devant un synode de Jérusalem, puis ù Dlospolis, l'ancienne Lydda, devant un con ile de quatorze évêques palestiniens, il échappa à toute condamnation, grûcc à un système d’équivoques et d'habile dissimulation, grâce aussi à la protection A peine déguisée de Jean, évêque de Jérusalem. Ses partisans triomphaient. Bientôt, une nuit de l’an 416, ils se portèrent en masse à Bethléem, le foyer mani­ feste de la résistance à leur propagande, ils maltrai­ tèrent les religieux et les religieuses, tuèrent un diacre ct mirent lo feu aux monastères. Cc n'est qu’en se réfugiant dans une tour que Jérôme échappa A leur func. Le bruit courut, appuyé sur de nombreux indices, que Jean de Jérusalem avait été au courant de leur projet. En tout cas, informé do cc qui s'ct.üt passé, le pape Innocent écrivit Λ Jérôme, pour le consoler, ct à l’évêque, pour lui reprocher de n'avoir point pris les mesures que comportait 11 situation. Episl., cxxxvi ct cxxxvn, col. 1163 et 1164. On était en 417. Nous rencontrons encore après cette date plu­ sieurs lettres de Jérôme, où, malgré des infirmités croissantes, il se préoccupa des moyens de résister au pélagianisme, se réjouit de le voir refo dé de l’Orient et félicite Augustin de son ardeur A le combattre. Episl, GXU-CXLUI, col. 1179 sq. A la fin de 418 ou au commencement de 419. Il eut à subir une des pl s grandes épreuves de sa vie, la mort d'Eustochium, qui avait remplacé sa mère Paula à la tête du monastère des religieuses belhlcémites. Après cc coup, ajouté A tant d'autres et A l’épuise­ ment résultant d'une vie toute de privations et de fatigues. Je saint vieillard ne fit plus que languir. Dans une lettre de 41 ♦ A Alypiuset Augustin, une des der­ nières que nous ayons de lui, ct u e des dernières qu'il ait écrite» ou dictées, il s'excuse sur sa faiblesse et sa trisl tse, c ne plus répondre aux ennemis de la fol. Epist,, exun, col. 1181. J'ai dit : une des dernières ct non pas :/a dernière. Désormais, en ellct, nous en powé dons quatre autres, qui semblent être tout aussi récentes, et même plus récentes, du moins en partie. Elles ont été découvertes naguère dans trois manuscrits espa­ gnol et publiées par Oom De Bruync, en 1910; clics sont rangée·, sous les numéros <:u-cuv de l’édition Hilberg L in. Cf. Quelques lettres inédites de S. Jérôme, dans la Revue bénédictine, 1910, p. 1-11; Vaccari, S. Girolamo, p. 118-133. L’une d’elles, la cun·, est une lettre de félicitations et d’encouragement au pape Boniface Ier, élu le 29 décembre 418. et elle n’a pu être écrite avant le printemps dc 119; elle comprend un post-scriptum, de la main même dc Jérôme, pour exciter le pontife, qu’il savait ’un tempérament plu­ tôt indulgent, ù la vigilance ct à l’énergie à l’égard des · hérétiques », c’est-ù-dlrc des pélagiens. Une seconde lettre, Epist., cuv, réponse à un personnage nommé Donatus d’ailleurs inconnu, traite des agis­ sements de la même secte et des difficultés qu’elle était en train de créer aux débuts du nouveau ponti­ fical; parson contenu clic nous apparaît, dit Vaccari. manifestement postérieure à celle que nous venons de caractériser. Enfin, il en est deux qui sont adressées à Riparius, prêtre aquitain, depuis longtemps en relations épldol.drcs avec notre saint ct son fidèle allié pour ia defense dc l’orthodoxie; cf. Epist., αχ ct cxxxvru, P L., col 906 ct 1164. La première en date, Epist., cui, a aussi été écrite en 419, d'après l’analyse critique et comparative qu'en fait Vaccari, op. cil., p. 128 sq. l’autre, Epist., eu , est donc, scion toute probabilité de 420, car I auteur, lui-même la présente comme partie, comme chaînon d’une correspondance simplement annuelle : Ut saltem rara scriptio per annos singulos non pereat, sed captas in Christo amicitias mutuis epistolis /requentemus. S'il en est ainsi, nous aurions dans ces lettres une nouvelle preuve, une preuve, pour ainsi dire, matérielle et tangible, dc la survivance de Jérôme Jusqu'à l’année 420. Ce point de chronologie, assez communément admis aujourd'hui, a été long­ temps contesté, sur l'autorité de certaines Vies anciennes, qui plaçaient la mort du grand solitaire de Bethléem dans le courant de la douzième année de '1 béodosc le Jeune, lequel monta sur le trône le 1er mai 408. Mais ccs Vies, à moins quelles n comptent les années seulement â partir du 1er janvier 409, vont à l’encontr·· des faits les mieux établis ct en particulier du témoignage dc Prosper d’Aquitaine, qui, dans sa Chronique, rapporte la mort de Jérôme au temps du X I* consulat dc Théodose ct du 111· dc Constance. Néanmoins Cavalier» Jugeant plusieurs points Faibles dans le classement chronologique défendu par Vac­ cari tient toujours pour l'année 419 Cf. Bardenhcwcr, Grichichte der nUklrchllchm Lileratur, t m, p. 608, 009. Rauschcn, Theulogische Revue, 1908, p. 594. Sur I s d rnlers mois dc la vie du saint docteur, comme sur les circonstances de sa mort, les renseignements sérieux font rompit tement défaut. I a légende et I Imagination d s artistes ont essay de *uppié r en ces deux points au silence de I histoire. Mais les détails don s par les trois lettres apocryphes De morte Hie­ ronymi, De magnificentiis IL, De miraculis IL, insé­ rées à titre documentaire dans l’édition Valiarsi, P. L., t xxn, col. 2 9-326, ne méritent aucune créance. Jérôme a assez dc mérite réel, Il nous a laissé assez de fruits de von activité de savant ct d'apôtre, il a assez peiné, asse/ bataillé même, pour que sa réputa­ tion n’ait nul besoin des embellissements dc la légende ou de la fiction. C'est le 30 septembre 420 que Dieu l’uppela à la récompense dc ses rudes labeurs et de tous ses combats. Labeurs et combats, ces deux mots résument toute U vie dc saint Jérôme. 11 a travaillé sans relâche pour l'ÊJis et pour la diffusion de sa doctrine,dc la science scnpluralre en particubet ; il s’est donné la mission de lutter sans trêve ni merci contre tous ceux qui met talent en péril l’orthodoxie ou la murale catholique. Les difficultés, les heurts et meurtrissures sans nombre d’une telle existence, la multiplicité et l'acharnement des adversaires, le renouvellement incessant d'attaques auxquelles on ne pouvait faire face sans s'arracher ùde chères études doivent nous rendre indulgents pour certaines manifestations de vivacité et de suscepti­ bilité naturelles, pour une polémique souvent trop acerbe ct émaillée d'expressions qui, moins cho­ quantes alors qu'elles ne le seraient aujourd'hui, devaient cependant paraître excessives aussi aux cnn temporains. Les amis même du laborieux solitaire contribuaient à l’importuner, en sollicitant à tout propos des éclaircissements, des conseils, la solution de toutes leurs difficultés, et en lui dérobant ainsi une partie de son temps si précieux. Tout cela réuni explique et justifie cc mot du H. P. Lagrange, dans le Bulletin de UK. écriés., 1899, p. 441 : < Quant à se> colères (de Jérôme), Je voudrais qu’il ne fût Jugé que par un tribunal d’hommes d'étude, constamment troublés dans leurs recherches absorbantes par des oisifs querelleurs. » En résumé, Jérôme fut à la foil un grand érudit, un travailleur infatigable, un écrivain plein dc talent ct de verve, et un saint, austère dans scs mœurs, austère dans ses principes, très sévère ct très dur pour lui-même avant d’être sévère pour autrui Mais comme d'autres saints, tout en s’imposant à notre admiration ct en sc recommandant à notre Imi­ tation par des vertus héroïques, il gardait, dans son caractère ct ses procédés, des traces visibles de l’imper­ fection humaine. Son vigoureux et rude tempérament, sa haine Implacable de l'hétérodoxie, qui paraissait parfois s’étendre jusqu’aux partisans ct aux victimes dc l'erreur ct même déborder çâ et là sur ceux qui allaient à l'encontre de scs idées; sa vivacité dans les discussions, scs mots ct scs railleries à l'emportepièce, empêcheront toujours dc le proposer comme un modèle accompli de mansuétude chrétienne, dc l’assi­ miler à un saint François dc Sales, il n'en restera pas moins, par l'étendue et l’importance de scs travaux, et plus encore par l’orientation critique qu'il n imprimée à l'étude dc la Bible, le docteur scripturaire grand et illustre entre tous, in exponendis Sacris Scripturis Doctor Maximus. Sources. — Tout d’abord, les ouvrages de Jérôme même, mais surtout ses lettres (125 environ) ct les préfaces qu’il n mises en tête dc plusieurs traités ou comment aires et dans lesquelles souvent il rappelle cc qu’il a fait ou indique ce qu’il se propose dc (aire; ensuite les lettres Λ lui adressées ct publiées d’ordinaire, conune dans P. L., parmi les lettres écrites par lui. Ouvrages généraux. — Stilting, Acta sanctorum, Home ct Paris, 1865, septembre, t. vm, p. 418 sq. ; De sancto Hieronyrnn presbytero el doctore Ecclrsi/v; Baronins, Annales ecclesiastici, édit. Thrincr. Bar-lc-Dur. 186«, t. vi ct vn; TUIcmont, Mémoires, Paris, 1707, t. xn; Dom Cclllier. His­ toire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 2· éd., Paris, 1861, t. vn; Richard Simon, Histoire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament, Rotterdam 1603; Vtllcmaln, Tableau de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle. Puris, 1854; Godescnrd, Vie des Pères, martyrs, etc., Paris, 1863, t. vn;Ebcrt. Allgemeine Geschichte der Literutur des MiUclallers (ni Abendland bis mm Beginn des XI Jahrhun· derts, 2· édit., Leipzig, 1889, t. i, p. 185, traduction fran­ çaise pur J. Aymeric et J. Condamin. Histoire g nerale de la liUéndure du moyen 6ge en Occident, Paris, 1883; Gaston Boissier, /xi /In du payanhme. Etude sur les dernières luttes religieuses en Occident au ÎV*stèctr, Pari*, 1891;O. Burdenhewer, Ceschtchte der altklrchlichrn Ltterutur, 1912, t. ni. Biogh Armr.s et monographie s. — Ιό plus ancienne notice biographique est celle qu’a rédigée, nu vi· siècle, le comte Marcellin, dan* son C/imn/mn rerum orientalium in Ecclesia i g starum. qui commence en 379. là où finit la Chronique de Jèfft'ne,j;· L < ' u· «»· «10 »q. Λ noter ensuite trois I courte. Via anony.no, recueillies par Migne, P. L·., t. xxn 909 JÉROME (SAINT) ŒUVRES EXÉGÉTIQUES 175-214; deux d’entre elle·, datent apparemment du vm· ou du ix· siècle, cl In troisième se révèle, par «ce airaclèro Internes, comme l’œuvre de Nicolo Manlæoria, diacre (la Sulu<-I.aurenl*hi-I)umn>o bous le pontifical de Lucius II (an. I I I 1-11 là). Toutes les trois Bout plus riches en détails légendaire'» qu'en renseignements historiques. Cf. Λ. Vac­ cari. L· antlche vite di S. Gindamo, dnns Miscellanea Gcro· nlmlana, Home, 1920, p. 1-18. — Plus prés de nous, ValInrd, S. Eusrbll Hieronymi Slridonensl» presbyte ri alla, ex e/m potissimum scripti» concinnata, en tête dc son édition, I des 0/xra S. Hieronymi, Vérone, 1734-1742, cl Venise, I 1760-1772. dans P. JL, t. xxu, 5-176; J. A. Môhlcr, Hieronymus und Augustinus im Strrit fiber Gai. Il, 14, dans J. A. Mohler* gcsammclle Schrl/ten und Au/sdhe, herausgegcbrn von Dôlllnger, Hathbonne, 1839-1840, t. f, 1-18; Odlôflibet, Histoire de saint Jérôme, Paris, 1844; Schœne, Quiritlonum H ieronymlanarum capita selecta, Ber­ lin, 1864; Helnkens, Die Rinsirdlrr des hl. Hieronymo* in Ire 1er Bear b thing c bibliques d’excellentes indications. En dépit de quelques meurs de détail, d’applications allégoriques forcées, d'étymologies u< formais insoutenables, il reste un des me* lie an traités de Jérôme. L’auteur avait anno· cé l’intention d‘él< ndre ce travail ù tous les livres de l’Ancien Testa­ ment. li est bien regrettable, que les circonsl. nces et notamment la multitude de ses autres travaux ne lui aient pas permis d’exécuter snn dessein. Cf. M. Rahmer, Die hebralschen Traditionem in den Werken des Hieronymus, durcheine V eryleichung mit den jûdtichen Quellen kritlsch bdeuchlet, Teii 1, Questiones in Gene­ sim, Breslau, 1861. 2e Œuvres polémiques. — Exégète et critique, Jérôme a été aussi un polémiste, au ant par penchant naturel, que par nécessité. I ét de incessante, approfondi . de la Bible faisait s s délie s il ne con naissait point d’occupation plus utik ou plus at­ trayante Vais ihaquc fois que l’intérêt de ce qu’il croyait la vérité, chaque fois surtout que h cause dr l’orthodoxie et cie l’Église parut le demander, il devint combattant; et dans ces luttes intellectuelles il porta, avec tout le zèle d’un croyant convaincu, toute la vigueur et la fougue de son tempérament, toute la verve de son génie volontiers mordant et sa rca tique. Il fut souvent, dans ses discussions, fort et persuasif; il fut maintes fois cloquent; il faut reconnaître q e souvent aussi il passa les justes bornes dans i’exp es sion et la défense de sa pensée, de même qu dans l’un, robation des opinions cl des personnes de ses adversaires. Dans notre Esqùisse biographique, nous avons mentionné scs principales polémiques. 11 nous sufllra ici de les énumérer dans U ur ordre à peu près chronologique cl de les caracler scr bnèveiuent. 1. La première esl celle que, dès 379, selon Vallarsi et Cavallera ou quelques années plu> l ard, selon d'autres historiens, il entreprit contre les laci/ rirns, P L., I. xxm, col 155-182. Ces malencontreux zélateurs sc réclamaient de l’exemple el es principes rigoristes de Lucifer de Cugliari. Celui-ci. par horreur de J hérésie, avait refusé de reconnaître à Antioche l'év que .Mélèce, sincèrement revenu du semi-an anisine à la foi trudi tlonnchc; il avait perpétu le xchism qui désolait la cité, en ordonnant Paulin, l’ami de Jérôme. Lui el ses adhérents déclaraient irrévocablement déchus de leurs fonction* tous les évêques signataires de i'insuifhantc formule de Klmlm, et fis réitérai· ut le baptême donné par les hérétiques L’opuxcuk de Jérôme est écrit en forme de dialogue, et U nous est présenté comme le compte-rendu fidèle d' n discussion pu­ blique qui ir ait eu lieu entre un schismatique et un calhollniic biction littéraire ou expression de la réa­ lité. nous recueill ns ici de la bouche dc< deux locuteurs des fragments très appréciables de J \rfes 915 JÉROME (SAINT). ŒUVRES POLÉMIQUES du concile de Rlminl qui ne nous étalent pas connus par ailleurs et notamment le texte de la fameuse formule. Cf. Batiffol, Les sources de ΓAltercatio luci/eriani et orthodoxi, dans Miscellanea Geronimiana, p. 97 sq. 2. Presque contemporaine delà réfutation des luci­ fériens est celle d'Hcliddius, P. L., t. xxm, col. 183-206 Dans un livre aussi misérable de forme que de fond, celui-ci avait nié la virginité de Marie post partum ct prétendu égaler l’état de mariage ά In profession de la virginité par motif religieux. Quant au premier point, Jérôme, abordant de front les arguments de la thèse qu'il combattait, explique comment les textes de Matth., i, 18, 25 : Antequam convenirent.,.; et non cognoscebat eam donec peperit, énoncent la situation antérieure à la naissance de Jésus sans rien préjuger pour le temps qui la suivit; i) montre de môme, par l’usage de l’Érrilure, que · les frères de Jésus · sont non pas ses frères au sens strict du mot, engendrés de Joseph ct de Marie, mais seulement scs proches, ses cousins, fils d’une autre Marie, ù savoir Marie épouse de Cléophas ou Alphée, laquelle était ellemême sœur de la sainte Vierge. II conclut en affirmant sa croyance à la virginité de saint Joseph, comme digne complément providentiel ct rehaussement de la virginité de Marie et de celle du Sauveur Jésus : Tu dicis Mariam virginem non permansisse; ego mild plus vindico, etiam ipsum Joseph virginem fuisse per Mariam, ut ex virginali conjugio virgo filius nasceretur. P. L., t. xxm, coi. 203. Lorsqu'il établit ensuite, appuyé principalement sur l'autorité de I Cor., vu, la prééminence de la virginité, il écarte toute Intention de mépriser ou de ravaler le mariage, Ibid : Obsecro lecturos ne me putent nuptiis detraxisse in virginum laude... Non negamus viduas, non negamus maritatas sanctas mulieres inveniri. Il répondait ainsi d’avance aux accusations qu’allait provoquer, quel­ ques années plus tard, son livre contre Jovinien. 3. C'est cn 392 ou au début t’e 393 que Jovinien, moine dissolu ct scandaleux, déjà excommunié par le pape Slrlcc et condamné dans un concile de Milan, fut pris à partie par Jérôme, P. L., t. xxm, col. 211-338, que ses amis d'halle ct notamment Pammachius avaient supplié d'intervenir. Jérôme résume ses erreurs en les ramenant à quatre chefs, ibid., col. 214 : Jovinien soutenait que « vierges, veuves et femmes mariées ont même mérite, toutes choses égales d'ailleurs; » Il affirmait l'Impeccnbllilé de « ceux qui ont eu part à la renaissance baptismale avec une foi parfaite, qui plena fide in baptismo renati sunt; » Il n’admetlalt • point de différence entre l’abstinence des aliments et l’usage qu’on cn fait avec action de grâces; » enfin, « à tous ceux qui auront été fidèles à leur baptême Il promettait même récompense dans le royaume des deux. · Mais c’est le premier point surtout qui retient l'attention de Jérôme, comme étant à ses yeux l'erreur principale. L'un des deux · livres » que comprend l'ouvrage est consacré exclusivement à l'apologie de la virginité La comparant nu mariage, l’auteur la déclare préférable en soi. C'est la pure doctrine évan­ gélique; mais Ici, comme cn d'autres occasions, Jérôm · appuie parfois sur les arguments do sa thèse au point de paraître outrepasser les justes bornes et mécon­ naître les mérites propres, sinon l’honnêteté de l'état conjugal; de plus, il donne souvent libre cours à sa verve sarcastique sur les défauts des femmes et les Inconvénients ou désagréments de leur société C’est pourquoi l'oeuvre, dès qu'elle fut connue à Home ct en Italie, y souleva un véritable scandale. 11 semble même que les ami » de Jérôme Domnlon ct Pammachius n'étalent pas loin de s’associer à l'appréciation géné­ rale Aussi bien, averti par eux, le solitaire de Bethléem Jugea-t-ll ù propos d'adresser à Pammachiu une longue lettre apologétique, EpisL, uvni, P. L.,t. xcu, 91G col. 493-511 où il proteste·contre les conclusions exa­ gérées auxquelles scs paroles avaient donné occasion, Il rappelle que, dans le traité Incriminé, Il a proclamé la légitimité du mariage, et s'est tenu ù égale dis tance des Juifs et des Gentils, qui ne comprennent pas le mérite de la continence pm f ute, ct des sectes orientales dont le spiritualisme menteur condamne tout union de l’homme et de la femme 1. On sali déjà l’occasion et l’objet de la polémique avec Rufin et comment Jean de Jérusalem y fut mêlé. Ces divisions, cn sol fort regrettables, ont donné naissance, sans compter les lettres lxx.xi· à Rufin, ct lxxx . iv·, à Pammachius ct Océanus, ainsi qu'une traduction du Περί άρχών, à deux ouvrages dignes ici d’une mention spéciale : le Liber contra Joannem Hierosolymitanum ut 1* Apologia adversus libros Ruflnl. a) Le premier de ces deux traités, P. L., t. xxm, col. 355-396, fut provoqué directement par une Apologie de Jean de Jérusalem, qui faisait grand bruit cn Italie ct dans laquelle ni les écrits ni la personne de Jérôme n'étalent épargnés. Celui-ci, dans sa réponse, établit que la cause véritable de la dissension entre l’évêque et lui était, non pas l'ordination de Paullnlen, comme scs adversaires s’obstinaient il le prétendre, mais les doctrines orlgénislcs, dont Jean était accusé ct dont, ni dans son Apologie ni autrement, il ne s’était suffisamment justifié. Ccs doctrines ou, pour parler plus exactement, ces · erreurs », il les ramène à huit points, dont trois seulement avaient été claire­ ment rejetés par Jean : 1° dans la Trinité, ni le fils ne peut voir le Père, ni le Saint-Esprit ne peut voir le Fils; 2° les âmes humaines ont été emprisonnées dans leur corps cn punition de leurs péchés; 3° un jour vien­ dra où le diable se convertira ct partagera la gloire des saints; 4e Adam ct Ève, avant de pécher, n’avaient point de corps : ces tuniques de peau dont Dieu les revêtit après leur faute, au dire de la Genèse, cc sont leurs corps; 5° il est faux que la chair doive ressusciter, ct la différence des sexes ne subsistera pas après la résurrection; 6e l'histoire du Paradis terrestre n’est qu'une fiction allégorique; 7® les eaux qui, suivant l'Écriture, planent au-dessus du firmament, cc sont les anges, ct celles qui restent au-dessous, ce sont les démons; 8° l'homme, par son péché, est déchu de la dignité d’image de Dieu. b) L’ Apologia contra libros Ru fini, P. L., t. xxm, col. 397-492, comprend trois livres, dont deux, furent rédigés d’après des renseignements provisoires et assez sommaires, ct dont le troisième seul a été coin pose après réception du texte même des Invectives de Bu fin. Dans tous les trois, l’auteur poursuit un double but : d'abord, combattre l'origénlsmc, comme dans le Traité contre Jean de Jérusalem; puis expliquer sa conduite à l'égard d’Origène ct notamment les varia­ tions qu’on lui reprochait à cc sujet. L'explication est conforme à celle qu'il avait donnée dans la lettre lxxxiv, à Pammachius ct Océanus. 5. Vers l'année 106, Jérôme eut à défendre la fol cl les traditions catholiques contre Vigilantius, P. L., t. xxm, col. 339-352, qui attaquait, paraît 11, le culte des martyrs ct des reliques, le célibat des prêtres, la vie monastique, l'emploi des cierges allumés dans les cérémonies religieuses ct les collectes faites parmi les fidèles pour les monastères ct les pèlerins de Terre sainte. L’occasion était belle «l'opposer uu novateur, outre des textes positifs, l'usage de l'Église, et de préciser en même temps le sens de certains rites,de certaines coutumes. Jérôme ne s'en fit pas faute; du culte de dullc, rendu aux saints, et surtout du culte tout relatif des reliques ct des images, il distin­ gue nettement le culte d’adoration, dù à Dieu seul. Quoique brève, et dictée dans l'espace d'une nuit. unius noctis lucubratione dictavi, la réfutation ne 917 JÉHOME (SAINT). (EUVUES IIISTOHIQUES manque ni do solidité ni d'entrain. Son adversaire, qu’il appelle ironiquement Dormitantia*, semble ne s’être pas relevé des coups que le rude athlète lui avait portés : on ne voit pas que, dans la suite, Il ait encore été question de lui ct de ses erreurs. Des doctrines analogues sont exposées dans les lettres xîv ά Héliodorc, αχ A Riparius. P. L·., t. xxn, col. 348 d 907. 6. Nous avons mentionné plus haut, l’apparition sournoise de Pélage ct du pélagianisme en Palestine, et les tristes exploits par lesquels leurs adeptes s’y signalèrent bienlôt.C’est contre cette erreur que Jérôme, déjà accablé de vieillesse, ht sa dernière campagne, avec le regret, exprimé quelques mois avant sa mort, de ne pouvoir plus la continuer. Il lui avait opposé, pour ne point parler des coups appliqués occasionnel­ lement cl en passant, deux écrits principaux a) Le premier est une réponse, Ep/sL, cxxxm, col. 1147-1161, à un certain Ctésiphon, d’ailleurs Inconnu, que plusieurs manuscrits qualifient Urbicus ou Urbicius et qui paraît avoir appartenu A une famille puissante, assez portée pour les novateurs. Ctésiphon avait demandé A être éclairé. Pour satisfaire A son désir, son correspondant ne se borne pas à réfuter les thèses extravagantes de ΓάπάΟεια (exemption des passions) ct de Γάνγμχρτησίχ (exemption du pé­ ché), prises comme point de départ pour nier la nécessité de la grâce, il veut remonter A la source du système erroné; ct i) montre dans celui-ci un écho, un débris facilement reconnaissable de plusieurs philosophies païennes, du pythagorisme ct du mani­ chéisme notamment, qui, considérant l’homme comme une émanation de Dieu, tendaient A l'égaler à lui. Et parce que Rufin avait traduit ct publié sous le nom de Xyste pape et martyr un livre favorable au péla­ gianisme, qui était l’œuvre de Xyste, philosophe py­ thagoricien, Jérôme ne laisse pas échapper cette occasion de relever l’étrange méprise ct de dauber le malencontreux traducteur. Du reste, dans cette longue lettre, qui a pris l’allure d’un petit traité, il garde des ménagements manifestes envers Pélage, ne Je désignant pas nommément, ni lui ni ses sec­ tateurs. Mais il ne faudrait pas le solliciter beaucoup pour amener de sa part un changement de tactique; et les intéressés en sont avertis vers la lin : Nullius in hoc opusculo nomen proprie tangitur. Advenus magis Irum perversi dogmatis locuti sumus. Qui st iratus /uerlt algue rescripserit, suo queesimus prodetur indicio, am­ pliora inverso certamine vulnera suscepturus. b) I.a menaee peu déguisée contenue dans ccs paroles ne tarda pas A être mise A exécution, au moins cn cc qui concerne la force ct l’ampleur du réquisitoire. C'est,en cftet, nu cours de la même année 415 que l’infatigable polémiste donna, cn trois livres, sous le titre de Dialogus adversus Pelagianos, P. L., t. xxm, col. 195-590, une réfutation plus détaillée du système hérétique. L’ouvrage, comme son titre l’indique, est écrit cn forme de dialogue. Les inter­ locuteurs sont un catholique du nom d'Atticus ct le pélaglen Critobule. Entre eux, la discussion prend souvent une allure si animée, si serrée, pur l’entre­ croisement des demandes ct des réponses, des objec­ tions et des répliques, qu’on la suit avec autant do plaisir que de facilité. Lu clarté et une élégante vivacité y vont de pair; et cette œuvre esl sans doute A ranger, avec la correspondance, parmi les produc­ tions A la fois les plus attrayantes et les plus littéraires de l’auteur. Quant au fond, la méthode adoptée a J’avantage d’amener naturellement une étude très fouillée du sujet, de mettre A nu les équivoques multiples auxquelles la secte avait recours pour échap­ per A la répression. Le champion catholique fait d’ailleurs preuve d’une érudition scripturaire si 918 plantureuse, Il cite si à propos ΓAncien et le Nouveau Testament, qu'on devinrent s'il en était besoin, le maître ès-sclences bibliques q H seul a pu le former et l’armer si complètement. On remarquera que, dans ce traité encore, malgré son ampleur relative, Pélage et les pélagiens ne sont pas nommés. N’est-ce pas peut-être qu’en vieillissant Jérôme s’était avisé qu’on peut servir les intérêts de la vérité sans molester et humilier ceux qui lui font opposition Près de finir, il mentionne ct loue vivement plusieurs ouvrages de saint Augustin contre le pélagianisme, qui viennent d’arriver à sa connaissance. En présence de réfutation< si autorisées, Il s’excuse presque d’être intervenu dans la controverse, ct II se taira, pour ne point porter de l’eau A la rivière, ne dicatur mihi illud florati I : In syloam ne ligna Mais s’il renonce ù se commettre lui-même désormais avec les hérétique*. Il ne cessera point jusqu'à sa mort de se préoccuper des moyens de les ramener ou de les confondre, et ses dernières lettres, nous l’avons vu, s’inspirent encore de cette préoccupation. S'* Œunrrs historiques. — Absorbé généralement par scs travaux d’exégèse et de polémique, Jérôme fit cependant plus d’une fols œuvre d’historien. Sa mé­ moire vaste et sûre tout ensemble et son goût des recherches d’érudition devaient le pousser dans cette direction et pouvaient lui être Ici d’un grand secours. Dnns ses traités de polémique, on rencontrede-ci de-là de belles pages d’histoire. Il s’était proposé < si Dieu lui cn donnait le temps et si ses détracteurs cessaient de poursuivre un fugitif ct un reclus, » P. L., t. xxm, col. 53, de retracer les vicissitudes de l’Église«depuis l’avènement du Sauveur jusqu’à son temps » Il n’a pas exécuté ce dessein. Mais dans ce genre littéraire nous lui devons cependant d’appréciables contri­ butions. 1. Il a traduit la Chronique d’Eusèbe, P. L., L xxvn, col. 31-702, dont l’original est perdu, et tout en complétant la partie un peu maigre qui regarde l’histoire romaine, il a continué l’ouvrage depuis la vingtième année de Constantin Jusqu’à la mort de Valens (378). Ce travail est de 388. et. malgré scs lacu­ nes ct ses inexactitudes. 11 a rendu de longs sendees L’édition de Schoene, 2 vol.. Berlin, 1866, 18 <5, gordune sé Icuse valear, même après l’apparition de celle qu’a donnée R. I lelm dans le Corpus de Berlin en 1913. 2. Quatre ans plus tard, cn 392, Jérôme composa le De viris illustribus, P. L., t. xxxm, col. 601-720. C’est le titre qu’il donne lui-même à son recueil dans une lettre à Désidérius, Episl, xlvd, 3, P. L., t. xxn, col. 493, quoique, de son propre aveu, Episl., cxn, ad Augustinum, 3, il eût dû l’intituler plutôt : De scriptoribus ecclesiasticis. Il y dresse, cn effet, en cent trente-cinq chapitres, un catalogue des écrivains ecclesiastiques des quatre premiers siècles. Philon et Sénèque y sont mentionnés par exception, le premier, à cause de la manière impartiale et élogieuse dont il parle de la chrétienté primitive d’Alexandrie, le second, A raison do la correspondance qu’il aurait entretenue avec saint Paul. La liste comprend aussi quelques hérétiques. L’auteur l’ouvre par le nom de l’apôtre saint Pierre; il lu ferme par son propre nom et dans un autre endroit, il la date, cn affirmant qu’il y a Indiqué brièvement tous les ouvrages qu'il avait composés jusqu’à la quatorzième année du règne de Théodose. Episl., xlvii, ibid. On a r levé dans cc livre quelques lacunes regrettables ;ii omet, par exemple, l'apologiste Athéna gore. On lui a reproché aussi son extrême concision dans certains cas; il n’a que deux lignes sur Jean Chrysostome « qu’on dit avoir écrit beaucoup <1.· choses, » mais dont Jérôm ‘ hii-même n’a lu que I · llepl ίζρωσύνζς, n. 129. Saint Ambroise n’obtient lui non plus qu’une bien rnaigr 919 JÉROME (SAINT). LETTRES mention n 124. Le travail en lomm parait hAtif; tant que Jérôme a Eu4he pour guide, il est relativement exact ; mais sur les auteur» dont Eusèbc n’a pti parler, les rens< IgncmenU sont moins complets et plus con­ fus Pourtant l'auteur, dit Zôckl i, * a ouvert une voie nouvelle, ct H peut revendiquer pour l'histoire de la littérature théologique le mémo honneur qu’Eusèbe dans le domaine de l’histoire ecclésiastique.» 3. Trois biographies de solitaires nous ont été laissées par Jérôme, P. L., t. xxm, col. 17-60 : celle de saint Paul, l’initiateur de la vie érémitique, qui mourut plus que centenaire dans sa caverne, à l’ombre du palmier qui lui avait fourni pendant de longues années de quoi se nourrir cl sc vêtir; celle du moine Malchus, que l’on pourrait intituler La chasteté récompensée, fait ligure de roman pieux; celle en lin de saint Hilarion, un peu plus étendue que les deux autres ct pulsée à la fois à une source orale et dans des documents écrits, s’inscrirait dans la liste des récits de voyage à tendance édifiante. 4® Œuvres épistolaires. — On n'aurait qu'une Idée très Incomplète de l'activité ct des mérites littéraires de Jérôme, si I on ne tenait compte de sa vaste cor­ respondance. Elle a fourni la matière de tout un volume, P. L., t. xxn, sans que nous puissions nous flatter de la posséder complète : Dom De Bruyne l’enrichissait naguère de quatre lettres importantes, découvertes par lui dans les bibliothèques d’Espagne et publiées dans la Revue bénédictine, 1910, p. 1-11. Elle est d’ailleurs telle que M. Ebert, op. et loc. cit., y volt le plus ancien et · le vrai modèle du style épistohilre moderne ». « Elle faisait », continue-t-il • les délires du moyen Age; elle fit aussi le bonheur de lu Renaissance. » Les lettres de Jérôme sont à la fols poui le fond, d'une richesse el d une variété étonnan es. ct, pour le style, d’une allègre vivacité, d’une élégante souplesse dont, ni avant ni après, on ne trouve guère d’exemple. On y rencontre de véritables mor­ ceaux de choix, des tableaux qui peuvent être proposés A l’imitation des artistes de la plume : tel le récit de la prise de Rome par les Goths, Epist., cxxvn, ad Principiant, 11-13, col. 1093 sq.; telle la description de l’fle déserte où Bonose s'était retiré pour vivre tout à Dieu, Epist ,m9ad Rufflnum, col. 333,334. Il est à peine besoin d’ajouter qu’un des principaux avantages de la collection est de nous faire connaître A fond l'âme de Jérôme : elle nous découvre les trésors de sensibilité exquise qui s'unissaient dans cette riche nature â la pénétration de l’intelligence, A la force de la volonté, à un caractère impressionnable, A l’austérité des prin­ cipes ct des mœurs, à la rudesse du langage et des formes dans certaines circonstances. Par les lettres de Jérôme, nous pénétrons mieux le secret de son inlassable activité, le but ct la portée de scs grands travaux, extatiques ou autres, d'autant que beau­ coup d'entre elles traitent de questions s'y rattachant directement ou même ont été écrites pour leur servir soit d’introductions soit d’annexes explicatives ou Justificatives. Enfin, dans cette correspondance nous possédons les annales d’un demi-siècle, puisqu'elle va de 370 À 419; et, selon la remarque de M. Ebcrt, « nous y trouvons une galerie de portraits des plus Intéressants et un tableau des plus riches au point de vue de la civilisation de cette époque. » C’est tout un défilé de personnages, les uns illustres, les autres obscurs, qui passent devant nous. Pour ne citer que qudques nom* parmi les plus en vue, et sans parler de ces femmes vaillantes ju-qu'A l'hérol me, qui s'appelaient Paula, Euriochium, Mariella, etc., au nombre des correspondants de Jérôme llguraicnt le pape Damase. Augustin d’IUppone, Cbromatlus d'Aquilée, Héliodore, Paulin de Noie, Théophile d’Alexandrie, Rufin. Pammaclüua. 920 M. Ebcrt divise ces lettres en six catégories qu'on sc gardera bien toutefois de concevoir à la façon de compartiments étanches. Cc sont d'abord les lettres où Jérôme raconte les faits de sa vie ou de h vie d’autrui; ensuite les lettres consolât 1res, alnd qualifiées par l’auteur lui-même, lorsqu’il dit, par exemple : Scripsi consolatoriam (epistolam) de morte filia ad Paulam; les éloges funèbres ou epitaphio, dnnl les plus célèbres sont celui de Ncpotien, Epist., ux, col. 589-602, celui de Paula, Epist., cvni, col. 878-906, celui de Marcella, Epist., cxxvn, col. 1087-1095; les lettres exhortatoires, comme la xiv·, col. 317-355, à Héliodore, pour le ramener à la vie monastique, la xxn·, col. 391 125, à Eustochium, De custodia virgi­ nitatis, la up, col. 527-510, à Népotlcn, sur les devoirs de la vie cléricale et monastique, la un·, col. 510-549 et la Lvm·, col. 579-586, toutes deux adressées à Paulin de Noie, pour le décider A rompre complètement avec le siècle, et tourner toute son application du côté des études scripturaires; la uv· col. 550-560, A Furia, De viduitate servanda, la exxx·, col. 1107-1124, à Démétriade, De servanda virginitate; les lettres poiémico-apulogétiques, dans lesquelles l’auteur se défend ou même attaque; enfin les lettres didactiques ou doctrinales. Comme échantillons du genre polémique et apolo­ gétique, indiquons, entre autres, les lettres xu, col. 474-476, A Marcella, contre les erreurs de Montan; xui, col. 477-478, A la même, cont.’c les Novations; XLvra, col. 493-511, à Pammachius, pour dissiper les malentendus et les griefs nés de la réfutation de Jovinicn; Lvn, col. 568-570, au même, exposé de la meilleure manière de traduire, en réponse à des criti­ ques malveillantes; 1 s cinq lettres A Augustin, mentionnées et caractérisées plus haut, col. 9<’3 lxxxi, col 735-736, A Rufin, à propos de sa traduction du liepl άρχών; i.xxxn, col. 736-743, A Tliéophile d’Alexandrie, pour repousser les accusations de Jean de Jérusalem; lxxxiv, col. 743-752, A Pammachius et A Océanus, pour combattre les erreurs d’Origène et justifier l’attitude observée antérieurement A son égard. La catégorie des lettres didactiques est peut-être la plus nombreuse; du moins est-elle la plus importante. La plupart sont spécifiquement exégétiques, ct beau­ coup ont l’allure et l’ampleur do petits traités sur des questions bibliques spéciales. Nous ne pouvons son­ ger A les énumérer toutes. Donnons cependant Ici une brève indication des principales, qu’on pourra compléter d’après J. Van den Ghcyn, art. Jérôme, dans le Dictionnaire de la Bible, t. m, col. 1313 sq. La lettre xviu, au pape Damase, P, L., t. xxn, col. 361-376, est consacrée A la vision du Séraphin au charbon ardent. De Seraphim et calculo, Isaïe vi. L’auteur, selon son propre témoignage, nous transmet les explications du Juif qui lui avait appris l’hébreu. 11 suit aussi Ongène dans l’interprétation allégorique du texte, avec un certain éclectisme toutefois. Ainsi, O ri gène avait vu dans les deux séraphins qui se tiennent aux deux côtés du trône de Dieu, le Fils et le Saint-Esprit. Cette opinion pouvait être tournée contre la notion catholique -le ia Trinité divine, c’cst-ù-dirc contre l’égalité parfaite des trois personnes. Jérôme en propose une toute différente, suivant la­ quelle celui qui est assis sur le trône est le Christ, assisté de deux anges. Aujourd'hui d'ailleurs, pour apprécier comme il convient cette lettre xvm, Il est nécessaire de lu comparer A une autre explication de In vision d'Isaïe, que le P. Amelli a retrouvée, en 1900, dans les manuscrits du mont Cassin ct qui est attribuée A saint Jérôme Mise en suspicion pai quelqw s-uns, la découverte du P Amelli a une garan­ tie sérieuse dans la lettre lxxxiv de notre auteur 921 JÉROME (SAINT). TRADUCTIONS écrite en 400. Ici, en effet, il est question, P. L., t. xxn, col. 745, d'une réfutation de l’interpréta­ tion d'Origène, publiée vingt ans auparavant Jusqu'à maintenant on croyait que cc passage désignait l’épltre xvm à Damase; mail désormais 11 est impossi­ ble do ne point remarquer qu’à côté de ï'Epistola ad Damas uni de Seruphun, il existe sur le même sujet un autre opuscule où les idées d’Origène sont réfutées plus péremptoirement et plus directement; et celle constatation, sans diminuer en rien ia valeur de la Icllrc ù Damase, plaide naturellement en faveur de l’aulhcncité du texte qui vient d’être mis au jour. Après la lellrc xvm, citons les lettres : xx, col. 373379, où Jérôme expose le sens du mot Osanna xxi, col. 379-394, intitulée De duobus filiis, commen­ taire de la parabole de V Enfant prodigue; xxvi, col. 430-431, explication des mots Atleiuia, Am . G11( el dont 925 J E110 Μ E (SA IN T) Ad. Harnack a relevé les truces duns les diverses productions de Jérôme, cn émettant l’opinion qut le traducteur a purfois confondu le texte hébraïque dc saint Matthieu avec Tésangile selon les Hébreux. Voir A. Harnack, Getchiclde der altchrislUchai l.itleralur, 1893, l.1, p. 8-10; —4. Liber 1 de epistolis canonicis ad Evodium, attesté seulement par un ancien Catalogue (x· siècle) des manuscrits de Bobbio, lequel a été publié dans la Dissertation 43* dc Muratori;—5. Dans le Catalogue (x· ou xi· siècle) des manuscrits de SatnlEmnicran b Rntisbonnc, nous rencontrons un Com­ mentum Hieronymi super Hcsdrum scribam, cité sous ce litre cl d'après celte source, par Jailé, Monumenta Germanite historica. Script., t. χνπ, p. 567, ct par Becker, Catalogi bibliothecarum antiqui, p. 129, n. 512. Le Calai, des manuscrits de Corbie, (pu est dc 1200, men­ tionne aussi un Hieronymus in Esdram, tandis qu’un autre, jadis propriété dc la cathédrale dcBeauvais, nous parle d’un Hieronymi in Jeremlam ei Esdram. Celte dernière dénomination sc retrouve dans la Bibliotheca bibliothecarum dc Montfaucon, l. u, p. 1290; ct l’ouvrage devrait, cc semble, appartenir à la Vaticane. Souhaitons qu’on l’y découvre un jour. — 6. Enfin, commenter le Cantique des cantiques fut chose projetée et formel­ lement promise par saint Jérôme, comme lui-même I afllrme en deux endroits, Epis!., lxv, ad Princi­ piant, P.L., t. xxn, col. 639, et Prolog, in Maith., P.L. t. xxvi, col. 22; ct 11 est probable, d’après des indices sérieux, que cette promesse fut réalisée. 11 y aurait donc là aussi, pour les chercheurs, matière à heureuse trouvaille. Voir A. Amelli, Analecta Hieronymiana et patristica, dans Miscellanea Geroninüana,p. 160 sq. I. Editions complètes. — Des éditions des Œuvres corn· pities, de celles du moins qui sont venues successivement Λ notre connaissance, ont été données par Érasme, 9 vol. in-folio, BAle, 1516-1520, souvent réimprimée; par Marinnus Victorius, évoque do Rlcti, 9 vol. in-f·, Home, 15651572, réimprimée plusieurs fois, notamment ù Paris, 1613; pur les bénédictin» J. Miirlitmay et A. Pouget, 5 vol. in-t·, Pari·*, 1603-1706; pur D. Vallarsi, 11 vol. in-f*, Vérone, 1734-1742. el 11 vol In-P, Venise, 1766-1772. C'est l'édition de Vallarsi que Migne a fait réimprimer, avec des enrichis­ sements dans P. L., t. xxn A xxx. Bien que le tnnail des bénédictins ait été, dc la part de Vallarsi et de ses colla­ borateurs, l'objet d'une révision digne de grands éloges, II reste que le texte dc saint Jérôme est encore l'un des plus négligés cl que la tradition manuscrite n'a été que très Incomplètement étudiée. Il est ù souhaiter que le Corpus de Vienne nous fasse bénéficier quelque Jour, pour cc Père comme pour d’autres, des découvertes modernes cl des progrès dc In critique, Ιλ lûclic d’un éditeur. Il est vrai, présente Ici des difficultés spéciales, qui tiennent Λ la ma­ nière dc procéder de l’auteur : souvent, surtout dan» ses dernières années, Jérôme dictait sauf A revoir ensuite personnellement ce premier jet, pour biffer, ajouter, modi­ fier. On devine ce qu’un texte original ainsi conditionné n pu laisser dc traces dans nos manuscrits. Voir sur cc sujet II. Wlkenliauer, Der ht. Ilicrongmus und die Kurz»chrifl, dans la 77ιπ*1ορ. Qilartabchrift, 1910, t. xcif, p. 50-57 Quoi qu’il cn soil, on peut espérer que la direction du Corpus scriptorum cctle*, latin., qui a trouvé cn M. Hilberg un excellent éditeur pour les Lettres (t uv, bv et lvi, 1910,1912, 1918), cn trouvera de semblables pour toutes les autres parties des Optra. II. Editions spûcialks kt traductions· — Ici comme partout, nous f Usons abstraction de la Vulgato ct des nom­ breuse» traduction* ou autres publication* dont elle a été l’objet. Elle omise, certain» écrit* de .h'rôinc ont été. dc son vivant, déjà traduits en grec par son tiini Sophrvnhis; voir Dr n. 134, P. L., t. xxm, col.715.716. Dr^zliii· gcumhlle Schri/tcn ont été publiés en allemuid par P. Ixupelt (Bibliolhck der Kircht multi r), 2 vol.» liciüjdrn, 18/2-1S7 i; B. Matougues a égaicm< nt donné, en ΙπιιιςιιΙ*. un choix abondant, sous le titre iV Œuvres de S. Jérbn ■ ··, Pari», 1838; plus riche encore e*l le recueil, rn traduction anglaise, que W. i I. Premant le a Inséré dans Select Library n/ Sterne and Pod-Niccne f allier■, Scr. H. vol. H. New-York, 1893; Il y a encore dans le* SS. Putrum opuscula seUcla dc il. Hurter ŒU V R ES 926 un tome xi inUlulé: S, Hieronymi ephlobr se 1erter, Inspruck, 1680; des Letter i chof trs, avec traduction français, de P. fjutrange. Paris, 1840, et de J. P. Charpentier, Paris, ct de* Letlns diables, avec Introduction et notes, de L. I>aurand, Paris, 1916. III. Autres éditions partielles ou fragmentaires. —»Dom Germain Morin. Anecdotes Marrd~Aana, t. m. part. Il Sancti Hieronymi presbyteri qui deperditi haclmus putaban­ tur Commentarioli in psalmos; part. II : S. H kronyml pres­ byteri ho ml lier in psalmos. In Marc i evanyr Hum a lia que varies argumenta; part, lil ; S. Hieronymi prt^b tractatus sise homili/r In psalmos quattuordecim. Accedunt ejuviem S.Hitronymi in Esalam tractatus daort gr.rca in psalmos fragmentes, MaroUou» et Oxford, 1895, 1897, 1903; du même auteur, Quatone nouveaux discours inédits de S. Jérôme sur les psaumes, dans la Hevue bénédictine, L xix, 19o2, p. 113-144; Études, textes, découvertes, t. b 1913, p. 17-25, 220-293; J. K. \Vahiis. Hieronymi grerr.a ln psqbnos fragmenta, dam Alitcslamriithche A bhandlungrn,t.i, flke. 3, Munster, 1908. IV. Travaux.— Sur S. Jtrôrnr traducteur de nombreux ct importants travaux ont été publiés, qui se rapportent principalement et parfois exclusivement A la Vulgate; je renvoie donc A ce mut pour cette partie de la bibliographie, et je me borne à mentionner fci : G. Hoberg. De tanctl Hlrrongmt rat tone interpretandi, Bonn, 1884»; E. Klosternurnn, Origrnrfs Wcrke, t. m. Jerrrtiahomlllen, Klagcllederhmimenlar, Erklarung drr Samuel-und Kànigcbâcher, dan* le Corpus de Bcrlin,Leip£*4,1901; A. Condamia, Un prucéd, liUCruirr,de S. Jérôme dans sa traduction dc la Bible, dan* Miscellanea Gcronltniana, Home, 1920. p. 89-96· Sur Jerûme écnvaln : Aem. Luebeck, Hieronymus qoos nourrit icnptores et ex quibus haus>rtt, Leipzig, 1872 (Il s'agit des auteurs profanes, latin* ct grecs, utilisés on Imités); H. Goclxer, Etude lexica graphique et grammaticale de la latinité de S. Jérôme, Paris, 1884 ; C. Pauckcr, De latini­ tate beati Hieronymi observationes ad nominum ocrborumqiss usum pertinente», Berlin, 1370, 2* é I Hieronymus, dan* la Zelbchr.f. die altrstament IVu.·., 1884, t. iv. p. 34-83; W. Bâcher, Einx angrbliehe Lücke im hebrdtschcn Wissen des Hicrvnyniux, ibid., 1902, t. x\n, p. 114-UGgJ. Wulx. Onomastica sacra, I. Untersuchungen zum Liber interpretationis nominum h<'bru ico rum des hl. Hit rung mus. II. Texit der Onomaslica, Lciprig, 1915; P. de luiganlc, Hieronymi Qua diones Acbruicir tn librum Gcnrsro*. Leipzig. 1868; J. Brochet. Saint Jcnlme et ses ennemis. Etude sur la querelle de S. Jé­ rôme avec Hufln d* A quilée rt >ur Γensemble dc son auvre polémique, Paris, 1906; Casanmssa, L*Adversus Helvidium di S. Girohimo, dons la Scuola caltolicu, 1920, p. 226 sq. 326 sq.; E. A. Ixlmcr, Die Maricnvcrchrung in den crslen Jahrhundcrtcn, Stuttgart, 1886, contenant une analyse très exacte de ΓΑΛνγλκι Hcbudlum, p. 104-112; W. i laller, Joointanus, die Fragmente seiner Schriftrn, dte QurlUn :u seiner Geschichte, sein Le ben und seine l^ehre, dans le rte und Unfrrsurhungrn, Leipzig, 1897, Neue Folgc, t· u, fa*c. 2; E. Gaebel, Jovinlanus und seine An^lchl nom Vcrhdllnu des Wicdfrgebarenen zurSùndc, Po*rn, 1901 ;\V. Schmidt, Vigi­ lantius, Munster, I860; G· NijhoiT, x^igilunllus, Graningue, 1897 ;A. Hé* file, Vigi lance de Calagurris, Paris, 1902; A Bcrnouilll, Der SchrÎJ<(·llerkatatog des Hieronymus, Eribourg ct Leipzig, 1895; St. Sychowskl, Hieronymus ah Literu rh Istorlker Eint qucUrnkritlsche Untcrsuchungdrr Schrift des hl. Hieronymus · De viris illustribus · dan* KirchenyrschichtL Studien,t.n, 2. Munster, 1894; J.de Ihvkrr. Contribution d Félude des Vies de l\iul de Huhs, Gand, 1905 ; P. Van de Sen, Saint Jérôme et la Vie du moine Malchus U Captif, Louvain, 1901; Israël, Die Vita S. H i lurion is des Hürvnymus ab Quelle fur die An/dnge des Monchthums kritisch unltnucht, dons la Zeitschrift fur ivi*scn\chaft. Théologie, 1880. p. 129; P. Winter, D»r lllcrarische Charükter der Vita btiih Hitarionb des Hlemnymus, Zittau, I9OI; du même auteur, Sckrvlogt de» Hicrvnguiu», Zilluu, 1907. C. Sieg- 927 JÉROME (SAINT). L’INSPIRATION SCRIPTURAIRE fried et H. Geteer ont recueilli des extrait! en syriaque de la seconde partie de la Chronique d’Eusèbe, et Ils les ont publIM, avec une traduction latine, sous le titre de Euseblt canonum epitome ex Dionysii Tclniaharcnsls Chronico prtita, Leipzig, 1884; la version hiéronymirnne de cette seconde partie est reproduite en fac-similé, d'après le meilleur manuscrit, par J. Kn. Fothcrlngarn, dans The Rod h tan Manuscript of Jerome** Version of the Chronicle of Eme bins, Oxford, 1905. A noter encore : IL Gclzer, Sexto* Julius Africanus und die byzanlinlsche Chrono gra­ phic, t. n, part. 1 : Die Chronlka des Eusebios d. Kulsureia, Leipzig, 1885, p. 23-107 ; A. Schoene, Die Wellchronik des Eusebius in three Hear bettun g dutch Hieronymus, Berlin, 1900; Mir la lettre ui, Λ Népollcn, Fr. Schubert, Eine atlchrlstliehe Fivdoralinslriiktlon, dans les Wcidenuuer Sludirn, 1908, t. u, p. 317-350; Schubnch, Ueber die Briefe des hl, Hieronymus als Quelle der Geschichle der IV, und V Jahrhunderle und all erbauende Lcktiire, Coblence, 1855. III. Doctrines de saint Jérome. — Une obser­ vation préalable s’impose. Jérôme, esprit avant tout érudit, critique et pratique, s’attachant de préférence à Vexamen des textes et obéissant aux nécessités de la polémique, ne nous a laissé sur aucune question une de ces larges études méthodiques et compréhen­ sives, dans lesquelles d’autres Pères, tels saint Augus­ tin et saint Hilaire, se complaisaient et qu’il ont consacrées à la mise en pleine lumière de la vérité religieuse. Même dans le domaine spécial où 11 a été et où il reste un maître incontesté, celui de la science biblique, Il ne nous offre rien de semblable. Lui qui a passé sa vie à étudier les livres Inspirés, à en con­ server ou rétablir la lettre et le sens authentiques, à les défendre contre leurs détracteurs ou d’inintelli­ gents admirateurs, lui qui, par sa vaste correspondance autant que par ses travaux plus considérables, en a répandu le culte et l’étude, n’a jamais songé à for­ muler une théorie de l’inspiration. Du moins, >*il l’a fait pour lui-même, Il n’a pol jugé à propos de nous communiquer sur cc sujet l’emcmbl de ses idées; il s’est contenté d’énoncer occasionnellement et comme en détail des conclusions et des aperçus auxquels ces idées aboutissaient naturellement. C’est par ces indi­ cations occasionnelles, plus ou moins fragmentaires, que nous pouvons et devons connaître ici le fond de sa pensée. /. L* INSPIRATION DR L'ÊCR1TO RK.—\* Fait de Γ inspi­ ration.- Saint Jérôme croyait à l’inspiration des Écri­ tures, qu’il trouvait affirmée par saint Paul, Il Tim., n, 16; dans tous les livres inspirés il voyait l’œuvre du Saint Esprit, œuvre unique, parce que tout entière de même provenance. · Le lion de Judas, dit-il, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ, qui rompt les sceaux du livre, non pas, comme plusieurs le pensent, du seul psautier de David, mais de toutes les Écritures, qui, dues A un même Esprit saint, sont en conséquence tenues pour un seul livre. » In /s., I. IX. c. xxix, P. £., t. xxiv, col. 382. Homme de tradition, il admettait assurément l’inipb; lion au sens de tous les Pères ou écrivains ecclésiastiques qui l’avaient précédé et dont il étudiait sans cesse et connaissait admirablement la doctrine. Λ la suite de Justin, d'Athénagore, de Théophih facultés ct qualités propres que leur influence se fait sentir partout, de mille manières. La diversité de style et de composition littéraire nous révèle à elle seule le degré de culture, lo genre de vie, d'éducation et d'occu pelions habituelles, toute la physionomie Intellec­ tuelle cl morale de l’écrivain Celte remarque s'impose en particulier à qui examine d'un peu près les oracles de plusieurs prophètes, d’haie, par exemple, d'Amos, ! num ayante, uun l'mnuenw 933 JÉROME (SAINT). L’INSPIRATION SCRIPTURAIRE du Dieu Inspirateur, et cette Influence se fait sentir < à 1’lntelllgcnce. cn l'éclairant, à la volonté, pour la mouvoir ct la diriger. Quelle est la nature Intime de ccttc Influence? La réponse de Jérôme à cette question sera nécessairement, comme toute explication d'un fait surnaturel, de teneur plutôt négative ou exclusive que positive. Nous avons déjà vu comment 11 repousse h théorie montanlste, qui réduirait l'écrivain sacré au rôle d'automate Inconscient; nous l'avons entendu affirmer avec énergie que le prophète, c'est-à-dire le sujet Inspiré garde la maîtrise de son esprit L'opi­ nion contraire se heurte aux déclarations les plus nettes de l’Êcriture. Ne lisons-nous pas,Prov., xvi, 23 : Sapiens intell iglt quæ pro/ert de ore suo el in labiis suis portabit scientiam? 1. Influence sur Γintelligence. — Ce n’est pas sans raison que les prophètes sont souvent appelés des voyants. Dieu, cn effet, les éclaire cn les favorisant d'une vision. Celte vision, essentiellement acte de l'esprit, non des organes corporels, peut être plus ou moins parfaite, ainsi que le montre la comparaison entre les prophètes de 1'Ancien Testament ct ceux du Nouveau; elle peut sc produire progressivement dans le même sujet ct relativement au même objet, comme dans la scène longuement racontée Dan., vm, mais quelque parfaite et développée qu'elle soit, elle sera toujours incomplète, fragmentaire par rapport Λ la science de Dieu, laquelle seule est vision Intégrale el sc communique à chacun suivant la mesure déter­ minée dans les Impénétrables conseils de la Provi­ dence. In Mich., n, 11 sq., t. xxv, col. 1176; In Dan., vm, 15 sq. et xn, 8 sq., t. xxv, col. 537, 538. On comprend, d'après cela, que la vision inspirée Implique, de la part de Dieu, une manifestation de vérité, un enseignement, en d'autres termes, une révélation. Voilà pourquoi, quand l’apôtre commande, c'est le Saint-Esprit qui commande · In apostolo Spiritus Sanctus praecipiens audiatur. Epist., cxxni, t. xxn, col. 1049. Saint Paul, Ion même qu'il ne donne qu'un conseil, I Cor., vn, 40, le rattache ù l'autorité divine, lui assigne une origine divine : Puto, autem, quod et ego spiritum Del habeam. D’où II suit que, s’il dit ailleurs, Gai., v, 2 : « Ecce, ego Paulus, dlco vobis, ceci doit s’entendre « non de paroles qui seraient de Paul seul, mais de paroles émanant tout d’abord de Dieu : non quasi Pauli tantum verba acci­ pienda, sed Domini.· In Gul., v, 2, t. xxvi, 391. Il y a révélation non seulement quand il s’agit d'événements futurs humainement Inconnaissables, mais aussi pour des choses d’ailleurs connues de l’hagiographc. Ceci est môme un postulat de l’attribution Λ récri­ ture de sens profonds ct mystiques. « Parce que la Loi est spirituelle, elle ne saurait être comprise sans une révélation : /.ex enim spiritualis est, et revelatione opus est ut intelligalur,ac revelata lacte Dei gloriam contem­ plemur » Epist., un t. xxn, coi. 543 Cf. Schade, op. cit . p. 27. Mais comment s'opère cette révélation? Comment est elle présentée Λ l’huglographe ? Les modes de communication et d'ndnptntion sont divers; Dieu no la réalise pas partout uniformément. Mais si elle est parfois accompagnée d’apparitions extérieures, s’il peut se faire qu’elle soit introduite et aidée par des Images ou tableaux qui frappent les sens, ello reste toujours essentiellement Intérieure. C’est dans ce sen’· que Dieu ne s'adresse pas aux oreilles de l’haglographc, mais Λ son cœur : Vides quontam Deus non in auribus, sed in corde loquitur. Tract, de ps. LXXXIV. Anecd. Mareds., I. in, part. 3, p. 43. Jérôme Insiste beaucoup sur cette Intériorité, Il y revient fréquem­ ment cl II l'appuie de nombreuses citations scriptu­ raires, par exemple, Zach , î, 9 : Et angélus qui loquer batur in me, et Ps„ lxxxiv, 9 ; Audia/n, quid loquatu- 934 in me Dominas. Le livre d’Amos, dit-H, contient des discours qui ont été vus par le prophète, et cette expression n’n de sens qu'à condition de la rapporter à ls perception par les facultés Internes, puisque aussi bien nous avons des organes corporels pour entendre les discours, mais non pas pour les voir In Hab.9 n, 1, L xxv, col. 1289; In Amos. t, 1, ibid , col. 991. Ainsi, les hagiographes sont vraiment 0εο3.8αχτο<, ct l'action Intime du Saint-Esprit en eux se traduit justement par l'un ou l’autre des verbes suggerere. Insinuare, inspirare. Quidquid enim altis exercitatio et quotidiana In Lege meditatio tribuere solet, illis Spiritus Sanctus suggerebat, el erani, /uxta quod scriptum est, θεοδ.όχζτοι;—verba Insinuai apostolis;— doctrinam, quam Moyses non tam sua sponte quam Deo trascente (alias : /ubenle) primum, dehinc inspi­ rante susceperat. Epist., un, L xxn, coi. 543; In Eccles., i, 1 et xn, 11, t. xxm, coi. 1013, 1113. L’affirmation de 1’actlon Intime de Dieu dam l’haglographc est si fréquente, si variée, si énergique, qu’on soupçonnerait Jérôme de pencher vers le montanisme, s'il ne s’en défendait ailleurs surabon­ damment. On devra lui tenir compte des déclarations reproduites plus haut, col. 930, pour Interpréter équitablement des propositions comme celle-d: Apostolum Spiritu Sancto plenum repente in verba quse in se Christus loquebatur erupisse. In Ephes., v, 14, t. xxvi, coi. 529; et cette autre, mise dans la bouche du prophète Michée : Ulinam de meo sensu loquerer et Sanctum Spiritum non haberem. In Mich., η, 11, t. xxv, col. 1174. Même observation relative­ ment à quantité de formules qui se représentent plus ou moins souvent, v. g. : Spiritu Dei loqui, prophetico Spiritu pronuntiare, prophetare Spiritu Sancto, Dei Spiritum sequi. A vouloir trop insister sur ces expres­ sions ct d’autres semblables, on les séparerait, contre tout droit, de leur contexte soit immédiat soit éloigné, on les mettrait en contradiction avec la doctrine que l’auteur professe ailleurs, lorsqu'il traite la question directement et de propos délibéré. Remarquons enfin que, d'après Jérôme, la lumière de l'inspiration n'est point permanente, elle ne peut pas être conçue sous forme de qualité inhérente au I sujet, l’Esprit saint n’éclaire l’intelligence de l’hagiographe que dans les moments où celui-ci doit parler ou écrire cn son nom. De là, dans Ezéchic! cn parti­ culier, cette formule frequente d’introduction, pour annoncer le retour, la réapparition de l’influx inspi­ rateur : Et factus est sermo Domini ad me dicens. In Ez., xxxv, 1, t. xxv, col. 333; Tract in Marc., i, 1-12, Anecd. Mareds., L ni, part. 2, p. 327. 2. Influence sur la volonté. — Dieu, qui éclaire, dilata I et fortifie l'intelligence de l’hagiographe, meut en même temps sa volonté; Il doit la mouvoir eu vue de la I dilluslon de la révélation. « L’esprit du Seigneur s’em­ pare d'abord du prophète, puis 11 le pousse et l’oblige à prophétiser. » De fait, l’impulsion divine se traduit fréquemment par un ordre formel; mais elle est aussi maintes fols Implicitement contenue dans le caractère ct le but de la révélation, et cette circonstance nous explique pourquoi Jérôme Insiste moins sur l’action motrice de Dieu que sur son action illunii natrice. Le plus souvent, lu motion d'en haut tend d'abord à la prédication orale de la parole révélée. Zacharie M donne expressément comme envoyé par Dieu, pour parler cn son nom. « Parlant par l'Esprit de Dieu et en vertu d’une mission divine, » Michée, pour cette raison, revendique la qualité de véritable prophète. Habacuo « a reçu l’inspiration prophétique, pour réprimander les transgresseurs de la loi et enseigner lu doctrine du Seigneur. » In Zach., vi, 8, in Mich* u, 11 sq.. In IIab.,i, 12, P. L., t. xxv, col. 1444, 1174. 1283 Mais qu· la parole de Dieu soit consignée pat 935 JÉROME (bAINT). L'INSPIRATION SCRIPTURAIRE écrit, c'est aussi un effet de la motion inspiratrice. Autrement· les Écritures ne seraient pas en toute vente I’nuvn de Dieu, et mémo on comprendrait moins que cc soit lui qui nous les ait données à lire, legendas dedit In /·., xxn, 4-6, t. xxiv, col. 278. Moïse, après avoir déjà raconté la création de l'hom­ me, est encore divinement sollicité et amené à expli­ quer la nature humaine : Qui ergo in Genesi scripsit de hominum cnnditione, ipse et nunc inducitur a Spiritu Sancto disputare quid sit homo. Tract, de Ps. Lxxxtx, I, Anted Mareds., t. in, part. 2, p. 107. Nous savons que la Loi a été écrite par Moïse sur l’ordre de Dieu ; on nous dit également qu’elle a · été écrite par le doigt de Dieu, · Cette seconde expression implique plus qu’une motion extérieure et initiale, elle n’est exacte que si la volonté de l'écrivain reste sous l'influence divine pendant toute la durée du travail à accomplir. Ainsi seulement aurons-nous la certitude que l’hagiographe a écrit précisément et exclusivement ce qui lui a été communiqué par la lumière inspiratrice, et ainsi sera-t-on fondé à dire avec saint Jérôme, In Mich., π, 5-7, P. L., t. xxv, col. 1222, que l’Écriture A été rédigée et publiée par l’Esprit faint : a Spiritu Sancio conscripts sunt et edits. Il est A peine besoin d’ajouter, après tout cc que nous avons dit. que l’auteur humain obéit librement A la motion divine. Celle-ci laisse place non seulement au libre jeu de la volonté et des préférences ou ten­ dances personnelles, mais aux multiples influences ambiantes Si saint Luc n’a pas mentionné V Hosannah de l’entrée triomphale A Jérusalem, c’est qu’il ne pou­ vait le traduire exactement dans sa langue et qu’il n’a point voulu mettre le lecteur en présence d’une difficulté. Epist., xx, t. xxn, col. 378. Saint Jean n’a entrepris la rédaction de son évangile qu’à la prière de presque tous les évêques d’Asie, qui désiraient et lui demandaient un ample exposé de la doctrine sur la divinité du Christ. Prol. in Matth., t. xxvi, col. 18 sq. 5° Étendue de Γ inspiration. — Nous n’avons pas à nous occuper ici du nombre et des noms des livres Inspirés. Cc point a été traité à l'art. Canon, t. n, col. 1577, 1578, et 1591,1592.Rappelons seulement que trop conflant dans la valeur absolue du canon palesti­ nien, Jérôme a relégué tous les deutérocanoniqucs de l’Anclen T. slnmcnt parmi les apocryphes, ne leur re­ connaissant point d’autorité scripturaire; en quoi il était manifestement en contradiction avec l’usage cou­ rant de l’Église. Sur 1rs deutérocanoniqucs du Nouveau Testament, ses Idées sont beaucoup moins arrêtées, et pour son compte personnel, il ne semble pas mettre de différence entre protocanoniques et deutérocanonlques. Mais il s'agit présentement de cc à quoi, dans les livres reconnus comme Inspirés, s’applique le privi­ lège de l'inspiration. Or, Il s'applique A tout le contenu de ces livres, sans qu’on puisse en excepter les choses en apparence les plus banales, les détails les plus vulgaires et les plus insignifiants. Telle est la doctrine de saint Jérôme, et il déclare sans ambages que penser le contraire serait le fait d'un sot ou d'un ignorant. Epist., xxvn, t. xxn, 431. 1. L'fpitre à Philémon lui fournit l’occasion d’insis­ ter sur celte vérité, de la mettre en une vive lumière. Ceux, dit .1, qui refusent d’admettre l’origine et l’autorité divines de edit petite épltrc prétendent que l’Apôtre n’a pas toujours parle comme organe du Christ non sempe· aj ostoiuh. i e onuun Christo in sz lo uinL· d xisie, L'infirmité humaine, d’après eux, n’aurait pu soutenir cette Influence continuelle de ΓΕ pnt saint, unuin tenorem Sancti Spiritus. Pourquoi faire Intervenir la supitme majeste du Seigneur à pro­ pos de > actes et des nécessités les plus infimes de notre pauvre corps telles que le mander, le boire, etc. : < dut disponere piui.dium, ciLum capere, esurire, saturarit 03Ü ingestadigerere, exhausta complere? Quelle poiirrailêtre, d’ailleurs, la part de Dieu dans une parole comme celte· ci, i i Tint., vî, 13 : Penulam quam reliqui Troade apud Carpum, veniens tecum after ? ou dans cette autre, Gai., v, 12 : Uiinam et abscindantur qui cos conturbant ? ou encore dans la demande adressée ici même, t 22, A Philémon : Simul autan et prie para miht hospitium 1 Et des minuties semblables, njoute-t-on, sc rencon­ trent chez les prophètes, comme chez les apôtres. » O n’est pas ici le lieu, reprend Jérôme, de répondre à toutes les difficultés; je n’ai du reste pas relevé toutes celles qu'on produit ordinairement. Mais si l'on ne veut pas que les petites choses aient même cause que les grandes, il faudra soutenir, avec Valentin, Marcion et Apelles, qu’autre est le créateur de la fourmi, du ver de terre, des moucherons, des sauterelles, et autre celui du ciel, de la ferre, de la mer et des ange> Ne doit-on pas plutôt reconnaître dans de moindres effet* le même pouvoir et la même intelligence qui se mani­ festent dans de plus grandioses ? Au demeurant, ceux qui font A cette épître un grief de sa simplicité me paraissent trahir leur Ignorance, puisqu’ils ne com­ prennent pas cc que chaque expression, ce que chaque détail renferme de puissance et de sagesse.» In Phtlem., prolog., t. xxvn, col. 599 sq. Très suggestive aussi, au point de vue de l'étendue de l’inspiration, la façon dont Jérôme, envisagé la sortie véhémente de Paul : L’tinam et abscindantur qui vos conturbant In Gai., v, 12, t. xxvi, col. 105. Il propose, pour l’expliquer ou la disculper aux yeux des païens, diverses considérations, dont nous avons reproduit une partie plus haut, en traitant du côté humain des livres inspires; cf. col. 931. Mais il ne lui vient pas à ridée de recourir au moyen radical et simple que lui eût fourni une exception à l’inspiration. Loin de là, il argumente de ce passage pour démontrer contre certains gnostlques l’inspiration des livres de l’Anclen Testament, cc qui aurait été impossible, absurde, si le passage n’était pas lui-même Inspiré. < Tirons parti de ceci contre Marcion, Valentin et tous ceux qui décrient l’Anclen Testament. Eux qui se disent révoltés de l’idée d'un Créateur sanguinaire, dur. fau­ teur de guerres, justicier rigoureux, comment parvien­ dront-ils â excuser ce trait d’un apôtre du Dieu bon ? Pou’ralt-on montrer dans la Loi mosaïque une maxime aussi brutale, aussi cruelle, que celle-ci ? Certes, Je ne le pense pas. Et l’on ne saurait voir une pure manifes­ tation d’amour dans cc qui sc révèle, par la rudesse même des termes, comme l’explosion d’un cœur gonflé d’indignation. En conséquence, tout ce qu'on alléguera pour justifier l’Apôtre, nous le ferons valoir, nou», en faveur de 1*Ancienne Loi. » Le principe si clairement exposé, si vigoureusement défendu, dans les deux commentaires est répété et appliqué partout où l’occ «slon s’en présente. Ainsi Jn Eph„ i, 9, P. L., t. xxvi, col. 452, nous lisons que < Die.i, par scs Écritures, nous a fait connaître toutes sortes de mystères, > tant terrestres que célestes, tant naturels que surnaturels; non seulement la manière dont le monde, avec tout ce qu'il contient, a été créé et celle dont nos premiers parents ont été formés, mais aussi les détails de l’ordre mondial : comment les oiseaux sont suspendus dans l’air, comment les pois­ sons nagent dans l'eau, comment l’homme marche sur la terre. Dans le Prologue à son commentaire d’Isaïe. L xxiv, col. 18, 19, Jérôme signale l’extraordinaire abondance de doctrine dont nous sommes redevables au prophète; grftce à lui, dit-il, nous connaissons la naissance et la vie merveilleuses de l’Emmanuel, sa mort, sa résurrection, son œuvre de rédemption univciselle sans parler des sci< nccs physique,éthique et lot que. Tout ce qui relève des Saintes Ecritures, tout ce qu’une langue humaine peut exprimer, une 937 JÉROME (SAINT). L INSPIRATION SCRIPTURAIRE intelligence mortelle naliir, est condensé dan· ce volume. » 2 Inspiration verbale. - Cc que nout avons dit |usqu*!cl doit s’entendre do l’origine divine du fond ou des pensées Les arguments apportés n’ont de valeur évidente que dans ces lliriilcs. Quant Λ la question de rinsplr.it Ion verbale, Jérôme, non plus qu’aucun di s anciens Pères, ne Γη posée nulle port en termes exprès. 11 semble néanmoins Incontestable qu’il ne concevait point l'inspiration comme verbale au sens strict^ c'est-à-dire comme une révélation ou dictée de chacun des mots, de chacune des expressions. Ceci résulte surtout de la distinction, partout affirmée, d’un double élément dans l’Écriture: d’une part, le sens, les choses exprimées; d’autre part, les mots, véhicule et vêtement des idées, verba, sermo, littera, iqUabse. Le second élément est de beaucoup le moins important, et c'est le premier que l'on doit avant tout considérer et étudier : L'Évangile réside non dans des mots, mais dans leur signification : Nee putemus in verbis Scripturarum esse Evangelium, sed In sensu. In Gai., i, 11, t. xxvi, col. 322. Aussi bien les Septante ont fait leur version sans s'inquiéter de l’ordre des mots dans le texte original; les apôtres citent l’Anclen Testament d’apres le sens et de mémoire, en se per­ mettant des omissions et des intercalations, pourvu que la pensée essentielle n’en soit point altérée; notre divin Sauveur a usé de la même liberté, parce qu' « il n’y a pas lieu de sc préoccuper des syllabes et des minuties de l'expression, dès qu’on rend fidèlement la vérité des pensées.» In Malach., m, 1, L xxv, col 1564. Toutes ces remarques sont longuement développées dans In lettre à Pammarhlus déjà mentionnée, et elles y servent de base aux règles prônées pour la traduction d’un livre quelconque, soit inspiré, soit profane. Epist., lvh, t. xxn, col. 572. « Depuis mon adolescence, dit Jérôme, j’ai toujours traduit non les mots, mais les idées. Une traduction d’une langue dans une autre, si elle est rigoureusement verbale, ad verbum expressa, obscurcit le sens; ainsi des herbages luxuriants étouffent les semailles. Laissons les autres s'acharner après les lettres et les ssllabcs et attachons-nous aux pensées. » Et l'auteur ajoute ici une série d'exem­ ples confirmatifs, empruntés partie ù la version des Septante, partie Λ nos Évangiles canoniques. Telle cette parole de Notrc-Seigncur, qu’un même évangé­ liste, saint Marc, dans une même phrase, v, 41, reproduit sous deux formes sensiblement différentes : Tulitha cuml, quod interpretatur : puella, libi dico, surge. Telle la prophétie relative au champ du potier, citée par Matth., xxvn, 9, mais bien autre­ ment libellée dans l’ancienne Itnla et les Septante, et tout autrement encore dans l’hébreu. Telle aussi la pro­ phétie de Zacharie, xn, 10 : Videbunt in quem com­ punxerunt, rapportée diversement par les Septante el par Joa., xix, 37. Telle encore cette autre prophé­ tie de Zacharie, xui, 7 : Percultam pastorem, cl disper­ gentur oves, qui, sous celte forme, celle de Matth., xxvi, 31, s’écarte ù la fois et du texte original et de la traduction grecque. J'omets plusieurs cas analogues. Mais on remarquera la conclusion tirée à propos de Matth., xxvn, 9 : « Qu'on traite donc l'apôtre de faussaire, puisqu'il n'est d’accord ni avec l’hébreu, m avec les Septante, et puisque, cc qui est plus grave, changeant les noms propres, il n écrit Jérémie au lieu de Zacharie. A Dieu ne plaise cependant que nous disions cela d’un fidèle disciple du Christ, qui s’est mis en peine, non de rechercher les llubes et les mots, mais d’enregistrer les pensées et les doctrines : cui curie fuit non verba et syllabas aucupari, sed sententias dogmatum ponere. » Assurément, l’accumulation de ces exemples de libre reproduction, ainsi que la liés libre Interpretation 933 qui en est donnée, nout est un indice certain du senti­ ment de Jérôme; on ne voit pas comment elle se concilierait avec la croyance à l'inspiration stricte­ ment verbale. Cc n'est pas du reste une fon et dans une seule lettre qu'il a défendu scs principes larges de traducteur et sa pratique conforme; on retrouve ces deux choses souvent exposées ailleurs, avec applica­ tion expresse à l’élaboration de notre Vulgate latine, Cf. notamment Epist., evi, 12, 17, 26, 54, 55. t. xxn. col. 842, 813, 846, 856, 857; Epist., cxxi, 2, ibid., col. 1010 sq. ; in Mlch., v, 1, t. xxv, col. 1195. De là les critiques dirigées, contre la version d'Aquila, parce qu'elle est d’une littéralité excessive et parfois ridi cule. Epist., lvh, 11. t. xxn, col. 578 Enfin, si Jérôme avait considéré les mots de la Bible comme inspirés, concevrait-on qu'il ait déclaré, Epist., xxn t. xxn. col 416, en avoir éprouvé, à de certains moments, un dégoût tris prononcé : St quando prophetas legere eapiss^m, sermo horrebat incultus? L’ensemble de ces considérations parait décisif. Cependant on a voulu faire de Jérôme un partisan de l'inspiration verbale; cf. Sanden, Etudes sur saint Jérôme, p. 127 sq.; et nous ne nierons pas qu'il ne soit, Jusqu’à un certain point, responsable de ce dissentiment. Tantôt, en effet, In Eph., in, 5. I. xxvi, col. 418, dans la locution cohseredes et concorporales et comparlicipes, il n'ose pas supprimer « bien qu'elle alourdisse la phrase latine », la conjonction copula­ tive et, · parce qu'elle se trouve dans le grec, et que tous les mots de l’Écriture, toutes les syllabes, tous les détails sont pleins de sens : singuli sermon s, sytiabof, apices, puncta in divinis Scripturis plena sunt sensibus. · Tantôt, s’adressant à ses moines de Bethléem, il dit. Tract, de Ps. JC, Anecd. Mareds., t. m, part. 2, p 117, que « tous les mots de i'Écriture sont autant de mystères, qu'ils sont profondément mystérieux, ces termes qui paraissent si vulgaires aux mondains. · Tantôt, écrivant A Paulin, qu'il veut amener à étudier la Bible de préférence aux auteurs profanes, il fuit l’éloge du Lévitique, en disant que < chaque sacrifice, voirc presque chaque syllabe, et les ornements du grand prêtre, et tout l'ordre des lévites y reflètent des mystères célestes; · puis il ajoute que « V Apocalypse de Jean renferme autant de mys­ tères que de mots et que sous chacun de ceux-ci se cachent des significations multiples : toi habel sacra menta quot verba, in verbis singulis multiplices bitent tntelligenlisr. » Epist., un, t. xxn, col. 545 et 548. Ces passages et quelques autres semblables ont pu donner le change sur la véritable pensée de leur auteur, du moins sur sa pensée personnelle et défi­ nitive· .Mais il serait déraisonnable d’attribuer â des expressions détachées el occasionnelles, dont l’une ou l’autre traduit peut-être une simple impression de jeunesse, plutôt acceptée que raisonnée, une valeur absolue, une portée en contradiction ouverte avec des exposés théoriques et réfléchis, el aussi avec la pratique constante du même écrivain. Or, s 11 est un endroit où la question est traitée ex professo et longuement motivée, c’est bien la lettre lvu. à Panimachlus. dont nous avons vu le sens clair el catégo­ rique. Γη outre, lu première des citations qui semblent faire difficulté ci-dessus remonte à l'année 38n ou 387, c’est-à-dire Λ une époque ou Jerdme suivait encore de cou fiance en bien des points Ongène, qui fui. on le sait, favorable Λ l’inspiration verbale; cf. Z flllg. Die Inspiratlunslehre des Origines, p. 76-82; el il n’est ni étonnant ni douteux qu’il ait puisé Λ cette source plus d'une opinion hâtive cl provisoire, que ses études personnelles et surtout le maniement des textes devaient un Jour corriger. D’autre part, une légère exagération dans une exho I dion A des moines et dans les deux extraits de la lettre â Paulin 939 JÉROME (SAINT). L’INSPIRATION SCRIPTURAIRE s’expliquerait assez naturellement, en partie par le n’a pus gardé en tout temps à l’égard de la version but poursuivi, en partie aussi et principalement pnr des Sept ntc une attitude uniforme. A ce sujet, on l’a la manière de Jérôme, qui, toujours tout entier à peut-être mal jugé de deux manières très difiérentsi: 1 Impression et A In pensée du moment, ne reculait pas, suivant les uns. Il aurait simplement dénié A cette pour les Inculquer» devant une forme plus ou moins version l’autorité divine qui résulte de l’impirulion; hyperboliq ir Le grand docteur était d’un tempéracf. Sanders, Etudes sur saint Jérôme, p. 145, el ment aus aident qu'énergique; il sentait vivement, Grützmnchcr, Hieronymus, t. n, p 104; d’aulro, pensait profondément, et la vivacité du sentiment, comme Rochrl· h, Essai sur saint Jérôme eséjète, la force de la conviction se traduisaient sous sa p 59, et H Weiss, Die grossen Kappadozier, p. 36, plume en une vivacité et une Insistance singulières l’accusent de s’être contredit grossièrement et arbi­ du langage. trairement en cette ni .tière. La première de ces allô* Au su plus, il est naturel que, dans certaines gatlom n’est pas vraie absolument; la seconde ne circonsta ices, dans certains contextes, on attache l’est gucr da antage. Ce qui sc dégage à tout le une importance exceptionnelle aux termes employés. moins comme très probable d'un examen attentif des Ainsi on admettra facilement ce que nous lisons, faits, c’est que sa manière de voir a évolué graduel­ In Matth,, n, 21, t. xxvi, col. 28, qu'à dessein l’évanlement dans une direction constante, qu’elle s’est g< liste a écrit de Joseph : Accepit puerum et matrem modifiée, rectifiée au fur et à mesure qu’Ü entrait ep . plutôt que accepit filium suum et uxorem suam. davantage en contact avec le texte hébraïque Avant On comprend aussi la Justesse de cette remarque, lui, l’œuvre des Septante était communément tenue In Maiih., xiv, 13, t. xxvi, col. 99, sur Jésus passant pour Inspirée, parce que accomplie, croyait-on,dans des au désert. : Eleganter euangelista non ait : fugit in circonstances merveilleuses qui lui assignaient Dieu locum desertum, sed secessit, ut persecutores vitaverit comme auteur principal II est à priori assez naturel magis quam timuerit. Mais on aurait tort, en sc que cette Idée ait été d’abord acceptée par un homme fondant sur l'une ou l'autre phrase isolée, de vouloir qui sc faisait gloire de s’attacher inviolablcment à la transit rmer en règle générale quelques exceptions tradition et de ne point s’en rapporter à son propre Insinuées par Jérôme. Un exemple éclairera et confir­ Jugement; t. xxn, col. 60. Origène, en dépit de ses mera cette observation. La lettre à Painmacbius recherches critiques, avait accueilli et répété l’opinion contient cette déclaration, t. xxn, col. 571: Egoenim I commune; et saint Hilaire aussi l’avait enregistrée i on solum fateor, sed In era noce profiteor me in inter­ de bonne fol dans cc Commentaire sur les psaumes que pretatione Cr# corum, absque Scripturis Sanctis, ubi le jeune Jérôme transcrivit de sa main lors de son séjour dans les Gaules. Que si, malgré tout, nous n’en el verbarum ordo mysterium est, non verbum ex verbo, sed sensum exprimere de sensu A première vue, ceci retrouvons pas l’écho formel dans les travaux hiérosemblerait accorder que l’Écriture, parce que l’ordre nymiens avant 390, le fait n’a rien de bien surpanant; des mots y est un mystère, doit, à la différence des car outre qu’il ne nous est resté qu’un petit nombre œuvres humaines, sc traduire mot pour mot. Mais s’il des productions qui datent de cette époque, il s’agit en était ainsi, l’aveu contredirait brutalement et le d’une idée alors universellement admise, qu’on peut but de la lettre el tout le contexte. Car, comme on l’a el qu’on doit supposer chez qui n’y contredit point. vu plus haut, l’auteur se propose de prouver qu’une Puis, n’est-il pas permis d’en entrevoir l’influence traduction ne doit point être littérale et que même les dans le dessein, conçu et en partie réalisé vers ce apôtres et les évangélistes citent la Bible et l'inter temps, de soumettre à revis! n et correction les prêtent en ne tenant compte que de la pensée. Pour manuscrits de la version grecque de 1’Ancien Testa­ ne point prêter au correspondant de Pammachius ment ? Toutefois nous ne sommes pas réduits à de pures un manque c mplet et Inadmissible de logique, il n’y a qu’un moyen : c’est, dans 11 phrase que nous exa­ conjectures. Parmi les fragments de la revision men­ minons. de donner à la parllcul* ubi non pas une tionnée qui nous sont parvenus, se trouve la Préface valeur purement explicative ou causale, mais une au livre des Paralipomènes d'après les LXX, P. E, signification restrictive. Considéré dans son contexte» I t. xxix, 401-401, et cette préface, écrite entre 389 ubi est l’équivalent de quando, non de in quibus ou de et 391. contient une double déclaration qui laisserait quia; et toute l’incise dont · et adverbe fai partie d (licilvment place à un doute raisonnable. L’auteur devra sc rendre ainsi en français : abstraction faite fait remarquer, col. 402, que, dans les exemplaires des endroits de l'Écriture sainte où Γordre même des grecs, beaucoup de noms propres de personnes et de mots renferme un mystère. lieux sont défigurés, au point d’etre devenus des noms On ne saurait donc conclure des quelques expres­ d’apparence plutôt barbare et sarmate qu’hébraïque; sions hyperboliques que nous avons relevées que mais la faute, ajoute-t-il, en · ist aux copistes, qui Jérôme ait cru à la dictée ou révélation de chacun des entassent incorrections sur incorrections, el non aux mots du tixte sacré. Mais elles peuvent servir, avec Septante, qui. pleins du Saint-Esprit, n’ont pu nous beaucoup d’autres, à établir une conclusion qui se donner qu’une traduction vraie : nee hoc LXX inter­ rapproche de celle-là, tout en restant essentiel!* ment pretibus, qui, Spiritu Sancio pleni, eu quæ vera luerant difii ente. Si l’on s’en tient à cette Idée générale, tran dulri uni, sed scriptorum culpie adseribendum, dum d souvent exprimée, si fortement inculquée» que tout, de inemendatis inemendata scriptitant. A la fin de dans l’Ecriture, est l’œuvre de Dieu, que tout y est la même préface, ibid., col. 404, il est encore expressé­ p loie de Dieu, que l’Esprit inspirateur se sert de ment questi< n d’additions des Septante» qui peuvent l'homme comme d’un instalment, on sera p rfaltcêtr< mises au comptedu Saint-Esprit : quid LXX inter ment fondé à rapporter à une seule et même motion I prêtes addiderint vel ob decoris gratiam, vel ob Spiritus d Vine inspl utr ce non seulement le fond doctrinal, Samti auctoritatem. Érasme et d’autres upr. s lui ni % aussi b manière dont cette doctrine est rendue, ont pensé qu'en ces deux endroits, si signithallfs, le cho x des termes aptes à l'exprimer exactement; l'auteur n’exprime pas sa propre conviction et qu'il et dt' lors on sera en droit de voir dans les a voulu simplement s'accommoder à celle de ses pn i s de saint Jérôme l'affirmation, au moins corn -pondants, Domnion et Rogntlcn; mais Π n’y a Im» < .te, de ce que le P. L grange tt un grand dans le contexte absolument rien qui autorise cette r< nu < dr moderne- appellent inspiration verbale en supposition D-autre pnrt. des explication d’abord plus ou nioinsembarrns^cs.cpji deviennent plus nelt-s ur ico - Fr rt aUêouê. 8. IrupU :ii n de la section des Septante, —Jérôme avec le temps, se couipici.iicut beaucoup mieux par .141 JÉROME (SAINT). L’INbl'l m AT1UN le fait que l’autcui avail primitivement une opinion opposée à son opinion définitive. Deux causes surtout «lurent contribuer ù diminuer aux yeux Cette constat; lion est renouvelée, en 395 ou 396, dnns In lettre lvii, 7, t xxn, col. 572-577, et dans la Préface au livre des Paralipomtnes, t. xxvm, col. 1325, 1326. (Ne pas confondre cette dernière Préface, qui se rapporte à la traduction de l'hébreu et est de 396, avec la Préface, mentionnée plus haut, au livre des Paralip, d'uprès les LXX, laquelle est antérieure de six ou sept ans.) En présence de ces faits, des doutes commencèrent à se faire Jour dans l’esprit de Jérôme. Mais le revirement ne sc produisit que peu ù peu; il était Inattendu, et il fut accepté, consenti à regret, avec resignation, dans la mesure où des découvertes journalières le rendaient inévitable. Et cc qui est vrai de ia persuasion intérieure, l'est aussi de sa manifes­ tation pur écrit, d'autanl plus qu'ici les susceptibilités de l'opinion publique, sans parler de celles de l'amourpropre, pouvaient entrer en jeu. Cette observation aidera peut-être ù comprendre les étapes successives de la pensée et du langage de notre auteur. Nous avons vu comment, vers 390, d rendait les seuls copistes responsables de toutes les variantes; et dans les mêmes pages il supposait encore que les intercalations du texte grec avaient pu être Inspirées par le SaintEsprit. Cependant, pour qui observe attentivement, des celle époque un changement de direction semble s’annoncer, et il est parti· uhèrement sensible dans les Quæstiones hebraica- in Genesim. Cet ouvrage, qui devait, selon l'intention attestée dans les premières lignes, s’étendre ù tout l'Ancien Testament, avait été entrepris pour défendre la tradition hébraïque, t xxm, col. 936, 937; cl, nécessitant ainsi un travail constant de comparaison, Il mettait plus souvent I·· diligent critique en face des divergences de la version grecque Sa composition fut apparemment laborieuse et dut avancer assez lentement, car nous vivons par ailleurs qu'elle fut interrompue ou retar­ dée par celle du Liber de nominibus hebraieis, ainsi que par la traduction des Homélies tifines contient diverses remarques qui ne soni rien moins qu'élogieuses pour la version grecque. On dirait que le savant exégète, déçu par les difficultés qu’il n rencontrées sur sa route, a oublié ou renié en quelque sorte les règles qu’il avait suivies jusqu'ici. 11 blâme, par exemple, col. 976, comme inutile et peu convenable, Γ insertion du mot de/leiens dans cette pro position, G^n, xxv, 8: Et defter n A b'ahum mor­ tuus st. Un peu plus loin, col. 979, à propos de ce passage, Gen., xxvî, 32, 33 : Dixerunt ei · tntenimus aquam ; et vocavit non en efus saliirtlas, il sc déclare simplement impuissant à comprendre la traduction opposée des LXX : Nescio quomodo In Septuaginta interpretibus habeatur : non invenimus aquam; d vocavit nomen ejus juramentum. Il signale encore, col. 984, comme tout ù fait embrouillée et À peu près Inintelligible, l'interprétation donnée de Gen., xxx. 32,33. Les Quaestiones in Genesim sont des années 389*390. Dans les Commentaires sur les petits prophètes, rédigés pour la plupart entre 391 rt 395, nous cons­ tatons de moins en moins de réserve à l'égard de la version des Septante et de scs écarts Mais c'est dans la Préface au Pentafeuque (an. 398-40-1) que Jérôme semble faire le pas décisif, en attaquant de front la légende des cellules, fondement prétendu de la croyance ù l'inspiration. T. xxvm, col. 147 sq. DéjA auparavant, en 306, Prcef. in P ir., t xxvm, col. 1325. il l'avait traitée \ n suspecte, puisqu'il écrivait : Post septuaginta cellulas, qu* outgo sine auctore fodantur Mais quand il public sa traduction du Pentafeuque Il n'hésite plus, et à la vigueur des raisonnements en tiques il ajoute le sel de sa mordante ironie : Nescio quis primus auctor sej>tuaginta cellulas Alexandri* mendacio suo exstruxerit, quibus divisi eadem scriptita­ rent, earn Ar ideas, ejusdem Ptolemaei ό ύπχραστπστης et multn post tempore Josephus, nihil tale retulerint, sed in uno basilica congregatos contulisse scribant, non pro­ phetasse. Aliud enim est vatem, aliud esse interpretem Ibi Spiritus ventura pr*dicit, hic eruditio et verborum copia ea quit intelligit transfert. A partir de crtic épo­ que. fardent polémiste ne sc fera plus scrupule de signaler toutes les défectuosités de la version grecque Ainsi fait-il, après 404, dans une réponse à saint Augustin. Epist., cxn, 20, t. xxn, col. 928 sq.; ainsi dans ses Commentaires sur Osée, Joël, Amos, publiés vers 406. Le premier surtout étonne le lecteur par la fréquence des rcmanpics peu flatteuses, comme celles-ci : Nescio quid indentes LXX transtulerunt.,., transtulerunt /alsi sermonis similitudine. In Os., xm, 1, 2, et xiv, 2-4, t. xxv, coi. 931, 942. Dans la partie du Commentaire sur Isaïe postérieure à 408, le commentateur a décidément abandonné les LXX pour s’en tenir à l'hébreu, cl Ici il multiplie les obser­ vations défavorables, sans plus se mettre en peine des excuses qu'il invoquait jadis ; LXX nescio quid volentes posuerunt, In Is., v, 17 ; quid sibi autem voluerint in hoc loco LXX interpretes non satis Intelligo. In Is., xxi, 6 sq.; secundum LXX interpretes, que/n sensum habeat nescio. In Is., xiv, 21. P. · . t xxiv. nd. 86,271. 168. Quelques années plus lard, d déclarera renoncer, pour ne point fatiguer le lecteur, â relever 1rs trop nombreuses variantes ; il plaindra les chrétiens cnn tempi eues du texte hébreu, qui rend témoignage pour eux contre les Juifs, In Jerem. (r-i 415 120), .xvn, 2, 3, xxix, 14 sq., C xxiv, col. 787, 861. et un jour, dans un mouvement d'humeur satirique, Il renvoie scs contradicteurs aux soixante-dix cellules du phare d'Alexandrie; c'est lù, dit-il, qu'ils trouveront *.»43 JÉHOME (SAINT). LTMJIUANCE BIBLIQUE un refuge digne d’eux et dc leurs rôves, In Ezech. (en 410-415), xxxro, 23 sq., t. xxv, col. 323. Dc tout rc qui précède il résulte que, si Jérôme n'a pas toujours apprécié dc même façon la version des Septante, il n’a pourtant point varié par incons­ tance ou légèreté : son attitude primitive, celle qu'il tenait de son éducation, était toute dc respect, elle reposait sur la croyance à l’inspiration, nous Je savons par son propre témoignage. Il ne l’a modifiée et aban­ donnée que peu à peu, contraint par la vérité qui sc dégageait de scs constatations quotidiennes; encore A-t-il tenu compte peut-être, dans la manifestation de sa pensée définitive, des circonstances dc temps et de lieu, et surtout dc la nécessité dc ménager la tran­ sition pour ne point heurter Inutilement certaines susceptibilités traditionnelles. Bref, loin dc lui faire un grief de cc changement, il y n lieu, dc l’cn féliciter comme d’un progrès et d'un act · dc noble franchise. C’est grâce à cc progrès qu’il a pu sagement formu­ ler, le premier, le principe de la préférence à accorder généralement, dans l’étude delà Bible, au texte original sur les venions. 6e Véracité parfaite des livres inspirés.— 1 Aflirma­ lion générale de celle doctrine. — Une des conséquences nécessaires de l’inspiration, comme aussi une de scs garanties, est l’absence complète d'erreurs dans ce qui en est le produit. Que cette conséquence n’ait pas échappé à l’attention de saint Jérôme, c’est cc dont nous ne saurions douter, quand nous considérons l'insislancc avec laquelle 11 nous présente la Bible comme l’œuvre de Dieu et comme revêtant dans tous ses détails, du fait de son origine, l'autorité dc Dieu même. Cf. ci-dessus Fait de l'inspiration et étendue de l'inspi­ ration. On aura déjà remarqué, là où nous avons traité de V inspiration verbale, ccs paroles concernant Matth., xxvn, 9 : · A Dieu ne plaise que nous traitions ainsi (dc faussaire) un fidèle disciple du Christ, qui s’est attaché dans sa relation aux pensées et aux doctrines plus qu'aux syllabes et aux mots. » Nous avons égale­ ment enregistré cette déclaration d’une lettre à Marcelin, que « prétendre corriger quoi que ce soit dans les parole du Seigneur serait un trait dc folie ou d’ignoranc crasse. » Ailleurs, Epist., lvîi, 11, t. xxn, 575, nous lisons que ce serait le fait d’un impie Jérôme, en effet, après avoir signalé les variantes de deux oracles rapportés Matth., i et n : Ecce Virgo... Et lu, Bethlehem terra Juda..., ajoute : Har replico (c'est-à-dire : je relève ces details), non ut euangelistas arguam falsitatis, hoc quippe impiorum est Celsi, Porphyrli, Juliani, sed ut reprehensores meos arguam imperitia:. La parole du Seigneur est toujours et nécessaire­ ment vraie C'est pourquoi, partout où l’on sc heurte à d’apparentes contradictions, on est en droit, bien plus, c’est un devoir de chercher à les concilier. La lettre xxvn, ad Damasum, 10, 11, t. xxn, col. 456, 457, en énumère un grand nombre et résume la solution de toutes dans ce principe: Cum videatur Scriptura inter se esse conirarla, utrumque verum est, cum diversum sit. C'est celui que nous retrouvons, ainsi formulé Epist., xrvi, ad Marcellum, 11, t. xxn, col. 486, 487 : Primum te scire volumus, omnem sanctam Scripturam non poste sibi esse contrariam, el maxime unum adversum se non discrepare librum, et, ut plus adfidamus, eumdem efitutemque libri locum. Il est vrai qu'en tête dc cette lettre figurent les noms de Paula et d’Eustochium et qui cc sont ccs deux nobles dames qui, de leur retraite de Bethléem, l’adressent à Marcella; mais l’on ne saurait douter que les pensées ne soient celles de Jérôme, qui u certainement approuvé et peut-être revu la rédaction, si même II n’a tenu la plume. In Nahum, i, 9, t xxv, col. 1238. la promesse divine de ne châtier les coupables qu’une fols est rappelée cl expliquée; puis le commentateur continue : « S’ils 9V< étaient punis une seconde fois, l’écriture mentirait, cc qu’il n’est pas permis de supposer : Scriptura men· (dur, quod dicere nefas est. I i Jerem., > i. 35 *q.( t. xxiv, col 885, la formule, est à peu près identique : Scriptura mentiri non potest De là, pour désigner l’Evangile ou la Bible en général ccs ex près fions cou­ rantes : veritas Euangelii, verbum veritatis, apostohea veritas. Ainsi, In Is., vm, 20,1 xxiv, col. 122, la parole toujours véridique du vrai Dieu est opposée aux ora­ cles trompeurs des idoles el de leurs devins ou pythonisscs, et la conclusion est que, « pour résoudre les questions douteuses, il faut s’en rapporter à la loi et aux témoignages scripturaires » Les apôtres, parce qu’ils sont Infaillibles, sc différencient cssentiellcin^nt des autres écrivains, qui ne le sont pas : Sclo aliter habere Apostolum, aliter reliquos tractatores; dios semper vera dicere, istos in quibusdam, ut hominu, aberrare Epist., i.xxxh, t. xxii, coi. 710. 2. Réponse aux difficultés. — Le principe absolu dc l’inerrance scripturaire devait mettre fréquemment son défenseur dans l’embarras. Des difficultés dc toutes sortes se présentaient sans cesse au traducteur et au commentateur; des questions lui étaient posées à ce sujet par ses disciples, scs amis, des fidèles ou des évêques (les contrées les plus éloignées; enfin, il n’ignorait pas et il ne pouvait laisser sans réponse les objections de Celse, de Porphyre, de Julien (’Apostat. Toujours pourtant il maintient invariables son affir­ mation et son attitude, en proposant un éclaircisse­ ment à tous les doutes, en essayant de résoudre tous les problèmes. Les solutions sont très diverses, suivant les cas; elles ne sont pas toutes également heureuses ni péremptoires. Beaucoup, la plupart peut être, sont fondées sur la multiplicité «les sens d’un même mot, sur la différence des temps, des milieux, des personnes visées, des points dc vue des haglographes. Ainsi s'harmonisent parfaitement en sc complétant, ces deux maximes, en apparence contradictoires, juxta­ posées dans le même contexte, Prov., xxvr, 5, 6 : Ne respondeas stulto fuxta stultitiam suam, ne cjjlciaris el similis ; — responde stulto fuxta stultitiam suam, ne sibi sapiens esse videatur. In Ezech., î, 13. Il, t. xxv, 26. Assez souvent, par exemple pour compren­ dre comment dans Marc., i, 1, une citation empruntée à Malachic et à Isaïe est simplement attribuée uu second, ou pour concilier les récits dc saint Luc et de saint Paul sur les déplacements ou voyages dccelul-d après sa conversion, Il y a lieu d'hésiter entre deux ou trois hypothèses, et l’auteur revient à plusieurs reprises sur la même quest Ion,dans l’espoir de l’éclaircir davan­ tage. Cf. In Matth., m, 3. t. xxvi, col 29 ; Tract, (n Marc., i, 1-12, A need. Mareds.,1. m, part. 2, p. 319 sq. In Gai., i, 17. P. L., t. xxvi, col. 327, 328. Plus d’une fols, 1 exég te ne fait nul mystère dc scs perplexités en présence d’un problème ardu uu point de lui avoir paru, à première vue, insoluble. Epist., xxxvi t. xxn, col. 456. A défaut d'autre expédient, on doit suppo­ ser une erreur dc transmission textuelle, une erreur de copiste; et les fautes dc cc genre sont spécialement fréquentes dans les noms dénombrés et la transcription des noms propres. Epist Lxxn, t. xxn, col. 676. On peut aussi, bien que plus rarement, soupçonner une négligence ou une inexactitude de traduction de la part des Septante : Et si quidem in historiis aliter haberenl Septuaginta interpretes, aliter hebraica veritas, confu· gere poteramus ad soitta præsidia et arcem lingutc tenere uernaculæ, Epist., lxxh, 2, t. xxn. col. 673; toutefois cc moyen n’est guère Indiqué que vers les I uemlèrcs années de Jérôme, alors qu’il avait renoncé dé lin)Vivement à tenir la version grecque pour une I œuvre Inspirée. I Si de' ic\ < . pris dans le sens littéral ne paraissent I pas susceptibles d’harmonisation entre eux ou d’u >e 945 JEROME (SAINT). I/INERIIANCE interprétation raisonnable, Il est fuit appel au sen* mystique; l’Évnnglle, en cfTet, « est dc sa nature, nécess uteincirt vrai, et II sc pourrait qu’en s’attachant exclusivement à In lettre, on en boulevmAt com­ plètement l’économie : Hufus natura: est, ut non pots it ait ad esse quam vtrum est,.. SI quls tantum lit· teram sequitur, posteriora ponit In /aciem In Gal., ι, 6, t.xxvi, col 310. Void deux applications remarquables de celte règle. D’après G< n., xn, 1, Tharé comptait soixante-dix ans d’Ago lorsqu’un Ills, Abraham, lui naquit, et cclul-d était lui-même, âgé de soixantequinze ans quand il quitta Huron el la Mésopotamie; suivant un autre endroit, Tharé vécut encore 135 ans après In naissance de son fils; et mourut avant son expatriation; pour mettre ccs données d’accord, Il est permis dc ne compter les années d’Abraham qu’à par­ tir du jour où 11 Inaugura une vie nouvelle par sa conversion nu culte du vrai Dieu; Quæst. in Genes., t. xxn, col. 957. Le même procédé nous donnera la véritable Intelligence dc la prophétie de Zacharie rapportée, Mal h., xxi, 45 Le prophète avait annoncé l’entrée triomphale du Messie à Jérusalem en ccs ter­ mes : Ecce rex tuus venit tibi mansuetus, sedens super asinam el pullum filium sub/ugalis Or, pour le court trajet de Bethpbagr à la ville sainte, Jésus n’a pu utiliser deux montures Λ la fols; le sens littéral Impli­ querait ou une impossibilité ou une ridicule incon­ venance, et nous sommes ainsi amenés A de plus hautes pensées : cum historia vel Impossibilitatem habeat, vel turpitudinem, ad olliora transmittimur ΓΑ nesse, c’cst la synagogue, véritable sub/ugalis, parce qu’elle avait porté le joug dc la loi mosaïque, et l’Anon est la multitude des gentils, qui avait jusque-là b lût ré ou erré en liberté In Matth., xxi, 5, t. xxvi, col 153. Nous pourrions facilement allonger la liste dc ces exemples. Chacun du reste aura remarqué ce que certaines explications proposées ont de forcé, d’lnvralscmblable» et comment Jérôme lui-même s’en rendait compte. L’ensemble établit d’autant mieux combien il avait à cœur d’épargner, A tout prix, Λ I’Écriture le déshonneur d’une aillrmatlon quelconque contraire Λ la vérité. Si une exception lui eût paru possible, que dc fois et avec quel empressement, pour sortir de peine, pour repousser les sophismes ou les railleries des incrédules. Il aurait employé ce moyen radical et. dans l’hypothèse, si naturel 1 Mais Jamais il ne l’a fait; jamais, même en face des questions les plus embarrassantes, même dans ces heures qu’il trouvait angoissantes, caepi mecum tacitus æstuare, Epist, xxxvi, 10, t. xxn, col. 456, il n’y a songé; tant sa conviction en cette matière était Inébranlable. Plutôt, dit-il, que d’inmglncr une erreur dans les livres Inspirés, il croirait à In violation dc toutes les lois de la nalure. Ainsi, du rapprochement dc plusieurs nombre des livres des Ilots et des Paralipomènes II semblerait résulter que Salomon, Agé seulement de 10 ou 11 ans, aurait engendré un fils, cl l’on arrive à une conclusion Identique relativement A Achaz. Quelque Incroyables que paraissent des faits de ce genre, il faudrait les admettre sur l’autorité dc la Bible, si l'authenticité des textes était A l’abri dc toute contestation : Cum et ipsum authenticum et cteterl Interpretes part auctoritate consentiant, non in Scriptura, sed In sensu est difficultas. Quis enim crederet mortalium, ut undecim annorum puer generaret /ilium ? Multa el alta dicuntur in Scripturis, qutr videntur incredi­ bilia, et tamen vera sunt. Neque enim valet natura contra natura· Dominum; aut potest vas figulo dicere ; quare me ita fecisti, aut itu/ Epist., lxxi», 2. t x.\ir, col, C73 sq Gardons-nous donc d’imiter les Septante, qui ont omis, par-ci, pnr-IA, dans leur version, des dét-ids qu’ils ne comprenaient pas. Melius e>/ autem In divinis libris traus/erre quod dictum esi, licet non udelligus BIBLIQUE W(» quare didam sit, quam auferre quod nttcia* Alloquia et mulla alia, qim ineffabilia sunt et humanus ammm capere non potest, hac licentia delebuntur. Cette affir­ mation dc la croyance due aux faits le* plus merveil­ leux, comme aux mystères les plus impénétrables, de. qu’ils sont consignés dans la Bible, se retrouve lon­ guement développée dans une page du commentaire In Philemon , t. xxvi, col. 608, 609. Ce passage est d’une Importance capitale, et on l'a nommé Juste­ ment le « Credo scripturaire » de saint Jérôme. Cf I elat’te, A atnur d la q rr t on bibtiqu . p 54. Il clora dignement la série de ses témoignage* sur la véracité absolue des Livres saints. Après un premier et succinct énoncé de son idée, l'auteur y revient pour l’expliquer en détail et l’inculquer avec force : Quod autem dicn taie est credit quispiam in condi­ torem Drum : non potest credere. nisi prius credi­ derit de sanctis e/us vera esse quse script i sunt: Adam u Deo plasmatum. Eo m ex costa dilui et latere fabricatam, Enoi h translatam, Noe naufrago solum orbe servatum: quod primus Abraham de terra sua et de cognatione lussus exire, circumcisionem quam in signum /utune prolis acceperat posteris dereliquit; quod Isaac oblatus victima sit, et pro illo aries immolatus coronntusque sentibus passionem Domini de/ormartt: quod Moyses el Aaron decem plagis AZgqptum afflixe­ rint: quod ad vocem Jesu filii Nave precesque steterit sot in Gaboon, et luna In valle Alton, hmgum est uni­ versa Judicum ge*ta percurrere, el totam Samson fabu­ lum ad veri solis (hoc quippe nomen efus sonat) trahere sacrante tum. Ad II· gum libros venio, tuando in tempore messis, obsecrante Samuel·, pluvia? de calo et flumina repente manarunt; et David uncius in regem eit et Nathan et Gad prophetaverunt mqsteria; cum Silas igneo raptus est curru, et Elisaeus spiritu duplici mor tuus mortuum suscllanil Hure et codera quer de sanctis scripta sunt nisi quis universa crediderit, in Deum sanctorum credere non valebit: nec adduci ad fidem Veteris Testamenti, nisi qusecumqae de patriarchis et prophetis el aliis insignibus viris narrat historia comproburit : ut ex fide l^gis ad fidem venial Euangelii, et justitia Dei (n eo reveletur ex tide in fidem, sicut scriptum est. Justus autem meus ex fide vivil. - Jc η’αι pas besoin de remarquer que le mot /abulu, dans ce contexte, comme ailleurs dans saint Jérôme el sou­ vent dans les classiques latins, s'entend d’un récit véridique. Après toutes ces déclarations en faveur de l’Inerriince scripturaire, on comprend combien saint Augus­ tin, envoyant A Jérôme sa célèbre profession de foi sur cc point, avait raison dc se croire et dc >e dire com­ plètement d'accord avec lui Epist, cxvi inter Hlervmjmianas, 3, P. L., t. xxn, col. 937 : Ego enim /ateor caritati luie, solis eis Scripturarum libris, qui jam canonici appellantur, didici hunc timoren honoremque de/erre, ut nullum eorum auctorem scribendo aliquid errasse firmissime credam. At si aliquid in eis offendero litteris quod videatur contrarium veritati, nihil aliud quam vel mendosum esse codicem, vel interpretem non assecutum esse quod didam est, vel me minime intel­ lexisse non ambigam... Nec te, mi frater, sentire aliquid aliter existimo 3 A>f>erl·υn^ de Jardine à concilier t vec sa d· ctr n» • durale. — Quelques passages de* comment Ures de saint Jérôme pourront causer une Impression dc sur­ prise, parce qu’ils semblent admettre la possibilité d’erreurs dans I’Écriture Mais très souvent lout étonnement disparaîtra si l'on veut seulement prendre garde A In manière dont l'auteur procède en ce genre dc compositions : il a pour principe qu’un commentateur peut et qu’il dort fréquemment rap­ porter les opinions les plus divers s suns en apprécier la valeur ni même en indiquer les sources, et en laissant 947 JÉROME (SAINT) L’INERRANCE BIBLIQUE 94g au lecteur le soin de sc prononcer. Prol. in Jerem., la relut Ion de Aci., vn, le diacre Étienne aurait contredit P. L., t. xxivt col. 680, 681. Voir ci-dessous Interpré· la Genèse notamment quant au lieu de sépulture tation. Tel est le cas In Mich., v, 2, P. L., t. xxv, d’Abraham, quant à celui des douze patriarches cl col. 1197 : Sont autan qui asserunt, in omnibus quant aux noms du vendeur ct de l'acheteur d’une pene testimoniis quie de Veteri Testamento sumuntur grotte funéraire. Et Jérôme allonge encore celle énuiné 1sti usmodi esse errorem, ut aut ordo mutetur, aul verba, ration.Toutefois, en la poursuivant, il scdéfend expres­ et interdum sensus quoque ipse diversus sit, vel apostolis sément ct A plusieurs reprises de vouloir accuser l'Écrivel evangclislis non ex libro carpentibus testimonia, sed ture d'erreur. « cc serait, dit-il, une impiété digne de memoria credentibus, qua nonnunquam fallitur. Ccs Crise, de Porphyre et de Julien : hoc quippe impiorum lignes sont loin d’exprimer la pensée de Jérôme; est Celsi, Porplu/rii, Juliani, »/oc.,c//.,col. 575. Ensuite, car il les oppose assez clairement, par les premiers parmi ces difficultés, il en est beaucoup qu’il examine mots : Sunt autem qui asserunt, A celles qui précédent ailleurs en détail, pour les résoudre de son mieux. Immédiatement, ct dans celles-ci parlant à la première Pourquoi donc ici scmble-t-il les accumuler comme personne ct énonçant son propre sentiment, il suppose à plaisir, sans s’arrêter, contrairement à son habi­ que, si saint Matthieu, n, 6, citant Mlchéc, le fait tude, à en proposer une explication un peu complète ? Sa façon de procéder est conditionnée par le but qu'il inexactement, c'est qu’il a voulu nous présenter telle quelle la réponse des scribes, afin de montrer el de stig­ poursuit. Il répond à Bu fin, qui lui reprochait «l’avoir traduit des textes trop librement; et, à l’encontre de matiser leur négligence en chose si importai.te : son accusateur, il soutient qu'une bonne traduction Arbitror Matthæum, indentem arguere scribarum et ne doit être ni servile ni trop littérale. Pour le prouver, sacerdotum erga divina- Scriptura lectionem negligenil entend tirer parti de l’exemple des apôtres et du tiam, sic etiam posuisse, ut ab iis dictum est. 11 ne évangélistes, qui citent et traduisent l’Ancien Testa­ pouvait d’ailleurs faire siennes les paroles rapportées ci-uessus sans se contredire ouvertement. En effet, ment en s'attachant uniquement au sens et en faisant bon marché des mots. Or, Γ argument sera d’autant In Matth., xxvm, 9, 10, l. xxvi, col. 205, parlant plus fort que les divergences sc présenteront plus encore en son nom propre, il écrit : · Les évangélistes considérables. Voilà pourquoi il est instinctivement et les apôtres ont l'habitude de reproduire seulement entraîné à y insister, au risque de paraître, cette fols, les pensées de l’Ancicn Testament, sans se soucier de la peu soucieux de la véracité des Écritures, qui lui est suite des mots; euangelistarum et apostolorum more pourtant si chère, qu’il a affirmée ct qu’il affirmera vulgato, qui verborum ordine pradermisso, sensus si péremptoirement, qu'en cent autres endroits il tantum de Veteri Testamento proferunt in exemplum. défend avec tant de vaillance ct d’habileté. En Dans d’autres passages d’apparence plus ou moins opposant d’emblée à chaque objection la réplique énigmatique, v. g. Jerem., xxvni, 10, 11, t. xxiv, qu’elle comporte, il nuirait à sa démonstration pré col 855, et In Gai., m, 1. t. xxvi, col. 347, Il s’agit uniquement de façons de parler particulières, c'est-àsente. 7° Saint Jérôme et la théorie dite des apparences histo­ dire de noms ct d’expressions employés dans un sens riques. — Les exégètes catholiques sont unanimes à détourné ou conventionnel, mais clair cependant, reconnaître que saint Jérôme a toujours exclu de parce que l’usage vulgaire de tous les Jours, verbum quotidiano? sermocinationis, le fait suffisamment con­ l’Écriturc toute erreur formelle. Mais quelques-uns, parmi les plus actifs et les plus en vue, ont cru récem­ naître. Les exemples de cette catégorie sont assez ment trouver en lui un représentant de cc qu’on a nombreux; nous aurons l’occasion d’y revenir bientôt. appelé la théorie des apparences historiques. Si on lit, In Ephes., iv, 21, t. xxvi, col. 507, qu’il L'origine ct le sens de ccttc expression sont connus. n'y n eu vérité m dans aucun des patriarches, ni dans La Bible parle parfois des phénomènes de la nature aucun des prophètes, ni dans aucun des apôtres, mais dans un langage métaphorique ou suivant les seulement en Jésus, la véritable signification de cette apparences sensibles, sans plus approfondir. C’est là phrase ressort du contexte immédiat; l'opposition une vérité universellement admise, en même temps n’est point entre la vérité, d'une part, el l’erreur qu’une règle d'exégèse appliquée dans l'Eglisc depuis ou le mensonge, d’autre part, mais entre la science les origines. Léon Kill à la suite de saint Augustin née· siilrcnicnt bornée des organes ou Interprètes el de saint Ί hornas. 1 a sol nnellemcnt affirmée dans de Ia ri-v-élation et la science sans limites de Celui qui, l'encyclique Prouidentissinius Deus. » Dieu, dit-il, par­ omtiu? personne divine, est la vérité substantielle lant aux hommes, a adapté son langage à leur Intel­ ct absolue. Pour nier ou révoquer en doute la ferme et Inva- I ligence el s’est exprimé à la manière humaine. » On devine déjà comment, transportant celte doc­ riablc conviction de Jérôme concernant l’Inerriince trine du domaine des sciences naturelles à celui des de la Bible, on a cru pouvoir faire état de sa lettre à sciences historiques, ce qu'une phrase de l'Encycilque Pammachius, De optimo genere interpretandi, Epist., Lvn, t. xxii, col. 568-579. Assez étrange, en elTet, semblait partiellement autoriser, un groupe important est l’impression que produit tout d’abord In lecture d'exégètes contemporains en soit venu à imaginer que, sur ce terrain aussi, les écrivains inspirés n'au­ de celte petite dissertation. L'auteur y énumère, on pourrait dire y étale, une assez longue série de diffi­ raient considéré et raconté que les apparences; cl les apparences Ici seraient les opinions el les appré­ cultés exégt tiques, de contradictions apparentes, cl il le fait sans prendre le temps ou la peine de développer ciations populaires, mêmes fausses, soit consignées dans des monuments trompeurs, soit conservées el ou de justifier pour aucune une solution satisfaisante. transmises oralement. S’il en était ainsi, un hagloEn Matth., u, 6, la prédiction de la naissance du graphe resterait véridique en accueillant sans choix, Messie à B thlécm, n'est d’accord ni avec le texte en enregistrant simplement et sans plus les opinions original de Michéc ni avec les Septante; Matth., xxvi, 31. les paroles de Zacharie : percute pastorem sont I et croyances erronées du vulgaire;Je dis: simplement devenues : percudam pastorem, et placées à tort dans I et sans plus, c’csl-à dire sans les approuver explicite­ ment, sans attester son adhésion personnelle, parce la bouche de Dieu; Ibid., xxvn, 9, le nom de Jérémb figure à la place de celui de Zacharie; Marc., i, 23, a I qu’nlors il y aurait erreur fonnefie; mais aussi san* attribué A Isaïe un oracle dont lu partie | rlncipak est I j conlrc«lirc, sans en signaler la fausseté, parce que, de λ nlpchtc, ct II απινΙ,ΐΐ, 26, rapporté nu temps du l dans et· cas, il ne s’en tiendrait plus aux apparences, il pénétrerait Jusqu’à la réalité, pour la dévoiler, grand prêtre Ablathnr I épisode des pains de proposl Nous n’avons pas h discuter le fond de ccttc théorie, lion, qui appartient au temps d Abimélcch; suivant I 949 JÉROME (SAINT) L’INERRANCE BIBLIQUE encore moins Λ disséquer les arguments de raison ou d'autorité qu’elle a Invoqués. Faisons seulement obscr ver qu'elle restreint de sin ' ilièrc façon les limites de la vérité historique, ou, pour parler plus franchement, qu'elh* la réduit à rien ou presque rien, ct qu'elle va très cr.rtn nement A l'encontre de l'idée qu'on s’en étnlt faite jusqu'aujourd'hui. Au demeurant, elle a été répudiée par Benoit XV, dans un passage de l’cnc) clique Spiritus Paraclilus. Voir Inspiration, L vu, coi. 2213 Benoit XV fait rein rquer que plusieurs partisans de ces opinions cherchent vainement à s’obriter sous le patronage de saint Jérôme, pour restreindre la véracité des Livres saints aux apparences historiques. Tâchons d'établir que cette remarque est très on­ dée. Nous y parviendrons en analysant succ- 950 nique ct dans tout l’univers avaient embrassé la fol. » AumI bien se m* Ml en devoir de chercher a- Et le traducteur de conclure aussitôt qu'au sentiment de Jérôme, · les historiens sacrés ont raconté bien des faits tels que la tradition populaire les admettait, sans se préoccuper de leur authenticité.» Malheureusement, sa traduction est defect musc. Saint Jérôme, dans son lang g , uil l’usage biblique. Sous sa plume, populi, les yudt >. ce sont les nations, les gôjim des Juifs, les «ent 1s en général; cc n’est que par une étrange dis­ traction qu'on a pu sc méprendre sur la portée de deux termes u>u. b si clairs, employés d’ailleurs au pluriel, ct les rendre par ccs deux noms au singulier : le peuple, la foule. Par conséquent, les testimonia quæ jam fuerant tn qr ni ibus divulgtdu ne sont point des récits ou tradi­ tio;.\ populaires quelconques, cn vogue parmi la foule; c’est la version même «ii s Septante, seule cn question dxns tout le context» Jér·’ me veut expliquer pourquoi l'buteur des 'ctes la suivie de préférence et 11 cn donne trois raisons qui sc succèdent ici dans l ordre le plus naturel : saint I uc écrivait pour les gentils, qui ne coin uls*aii ni q c les Septante, dont l’autorité était mitur* lkn.cu parmi eux. bien supérieure h celle qu’eût pu obtenir son allirmution à lui. Il devait donc citer leur chiffre; telle éUul d'ailleurs lu méthode ginérnler »rr t wuivi» par le> i titre·- et leurs disciples lorsqu’ils l’adressai nt aux gentils. Toutefois, au dire de plusieurs, 952 saint Luc avait encore une autre raison, excellente et tou le personnelle, d’agir comme 11 le fit : Il Ignorait l’hébreu. 2 In Jerem., xxvm, 10-15, P. L , t. xxiv, col. 853856. — Dans le commentaire de Jerem., xxvm, deux phrases surtout semblent, Λ prenne rc vue, favorables à la théorie des apparences historiques. Nous les citons d'abord à part, pour les mettre bien cn évidence, sauf ù les replacer ensuite ct Λ les examiner dans leur milieu. Elles sont amenées l’une ct l’autre par l’omis­ sion réitérée, dans la version des Septante du nom de prophète, que le texte hébreu accole régulièrement au nom propre du faux prophète Annule. Expliquant le vers. 10, le commentateur dit : « Comme si, dans les Écritures sacrées, on ne racontait pas beaucoup de choses scion l’opinion du temps auquel sc rapportent les faits, et non selon cc qui était en réalité; » ct nu vers. 15, Il écrit : · La vérité ct la règle de l’histoire sont observées, à considérer non pas ce qui était, mais cc qu'on croyait en ce temps-là. » Ces deux affirmations n’inipliqucnt-cllcs pas chez celui qui les émet, l’idée que le narrateur inspiré reproduit sans correction les traditions populaires? Avant de répondre, consultons le contexte. Dans les c. xxvn ct xxvm, Jérémic nous apparaît si­ gnalant avec Insistance, sur l'ordre de Dieu, le danger des faux prophètes, parmi lesquels il range expressément Ananie ct le devoir de repousser leurs prédictions. Ί nous dit très clairement ce qu’il faut penser de tous. Tous sont manifestement des imposteurs, et tous nous sont présentés comme tels; aucun lecteur,si peu intelli­ gent soit-il» ne saurait se tromper soit sur la qualité des personnages, soit sur le Jugement que l’auteur cn porte ct qu’il entend nous faire partager. Est-il besoin d’ajou­ ter que cette double constatation, qui s’impose à tout le inonde n’a pu échapper à saint Jérôme? Malgré cela, les Septante, par une sorte de scrupule religieux, par craint d’expressions malsonnantes, ont, dans leur tra­ duction, évité toujours de donner à Ananie le titre de prophète; ou bien ils ont purement ct simplement sup­ primé ce nom, ou bien ils l’ont remplacé pur celui de ψευδοπροφήτης, C’est à propos de cctte substitution dan h verset 1 du chap xxvrn que Jérôme écrit :«Ccux que l'hébreu nomme nebitm, prophètes, les Septante, dans leur traduction,leswpp 'lient ψευδοπρ',φήτας,ίαιιχ prophètes, pour rendre le sens plus clair. » C’cst direéquivalemnu ni que le texte était clair par lui-même, puis­ que les tradi cteurs n’ont pu viser qu'à le rendre en­ core plus clair: ut manifestiorem facerent intelligentiam. Ailleurs, le saint docleur est plus catégorique sur le procédé habituel de Septante: .1 n’y voit qu’un vain scrupule, le fait d’une cr.u.it» ée, qu nanie e t n •éduclear. t-oméqucmineu' ici, il attestequ la règle et la vérité dt l'hlsloire, parce qu’elle accommode son langage · une opinion populaire et fausse, présent/, comme telle. Les deux formules que nous avons examinées peuvent recevoir un supplément de lumière d une troisième, qui leur esL sans aucun doute parallèle. Celle-ci sc rencontre dans le commentaire du Cha­ plin xxvn. Elle se rapporte aux versets 14 et 15. dont voici la teneur : « Nolite audire verba prophetarum dicentium vobis : Nolite servire regi Eabqlonis, quia mendacium ipsi loquuntur vobis, quia non misi eos, ad Dominus,et ipsi prophetant in nomine meo mmdacder.s Là-dessus Jérôme a greflé ccttc glose : Observandum autem in Scriptura sancta quod, pro pseudoprophetis, appellet prophetas qui vaticinentur in nomine Domini mendaciter. Les dernières paroles sont celles mêmes du texte sacré. En les reproduisant telles quelles, le commentateur a voulu marquer de façon plus sensible que c’cst la Bible elle-même qui ajoute ce déterminatif au nom de prophetes; il nous dit que, partout où elle donne cc nom aux faux prophètes, ehe ajoute, sous une forme ou sous une autre, la caractéristique de prophètes menteurs. On le voit, c’est toujours de l’ac­ commodation biblique au parler courant qu’il s'agit, nous avons aflairc à une troisième expression de la meme tendance ou habitude; mais ici cctte circon­ stance, que la Bible, quand elle énonce ou reflète des opinions fausses, a soin de les caractériser comme telles, est encore pim nettement aillnnéc que précé­ demment. 3. In E:ech.t xm, 1-3, P. L., L xxv, col. 112.— Cc que salut Jérôme a écrit concernant ccs tro»s versets confirme bien notre interprétation de son commen­ taire de Jérémie. Voici d’abord sa traduction fl.lùle des trois versets d’après l'hébreu: El fadus cslscrmo Do­ mini ad me dicens: Fili hominis, vaticinare nd prophetas Israël, qui prophetant; ct dices prophetantibus de corde suo : Audite verbum Domini; hsec dicit Dominus D.us Vse prophetis insipientibus, qui sequuntur spiritum suum d non vident. Il s’agit ici, personne ne le niera» de faux prophètes très nettement appréciés à leur valeur réelle, puisqu'il· prophétisent de leur chef, de carde sua;puisqu'ils con­ sultent et suivent, cn insensés qu’ils sont, non l’espnt de Dieu, mais leur propre esprit; puisqu'onfln ils ne sont favorisés d'aucune vision. El cependant Ézéchlel, Ici comme ailleurs, leur donne le titre de prophètes, de prophètes (Tlsraèl. Le cas esl entièrement sem­ blable ù celui fie Jérémic On ne sera donc pas étonné que les Septante, obéissant peut être, comme plus haut, à Je ne sais quelle crainte religieuse, aient pra­ tiqué dans notre texte une petite suppression, du re^te bien mutile Λ tout point de vue; ils ont omis les mots : qui prophetant,prophelutdibus de corde suo. On *cra moins étonné encore d'entendre Jérôme répéter sa remarque sur l'accommodation habituelle du langage de l’Écriture. Il le fait en des termes qui mettent en pleine lumière sa pensée, telle que nous l’avons déjà définie. Après avoir signalé l'omission les Septante, il ajoute, pour Justifier A fa fois le texte hébreu cl sa version A lui : Est autem sermo conlru pseudoprophetas, qui decipiebant populum d contra Dei mandata ahud p ophetab-mt. Nec quempiam moveat quod propheta appellantur; hanc enim habet sancta Scriptura consuetudinem, ut unumquemque vaticinationis sure et sermonis prophetam nuncupet, sicut prop! da· appel uritur Baat, et pmjdutiv utut .rum et propheta confusionis. Unde et apostolus Γαιι us poetam gradum prujdidam vocat ( i it., 955 JÉROME (SAINT). L’INERRANCE BIBLIQUE lf 12) : Dlxi quidam proprius eorum propheta. Il ne faut pas s’cfTarouchcr, dit saint Jérôme, de ce que des imposte urs comme ceux dont parle Ézéchiel sont nommés prophètes · car c'est l'habitude de l’Écriture de nommer tout homme de celte sorte pruphHe de ses propres inspirations e! de ses propres discours, comme elle dit aussi prophètes de Baal, prophètes des idoles, prophètes dt confusion. » En d’autres termes, la Bible, lorsqu’elle donne, par adaptation à l'usage courant un titre non mérite, ne manque Jamais de marquer, d'une manière ou d’une autre, cc que cc titre a de conven­ tionnel, d’inexact; celui qu'en pareil cas elle appelle prophète, clic le stigmatise en même temps comme pro­ phète sans mission divine, prophète de son cru, de scs imaginations et de scs rêves à lui. En parlant ainsi, Jérôme ne fait que souligner le sens, déjà clair par luimême, du texte qu’il avait sous les yeux, et les exem­ ples qu'il allègue sont absolument décisifs en faveur de notre interprétation. Pour en éluder lu force pro­ bante, on devrait soutenir que, d’après lu·, l’Écriture, tout en disant prophète insensé, prophète de Baal, de confusion, exprime par le mot prophète une opinion erronée sans que le déterminatif ajouté la corrige. 4. in Matth., xïv, 1-9, i L. I xxvi, col 9’»-9S. — Rappelons d abord l’objet de celte page d l’É angile Ilérodc, pour complaire à Ilérodiadc, a Jeté Jcaii-Baptistc en prison. Bientôt, pour satisfaire jusqu’au bout les rancunes de celle femme, il est amené, par la su le d’un serment irréfléchi, à lui accorder la tête du pri­ sonnier. Le t. 9 nous dit l’assentiment donné Λ l’hor­ rible demande : Et contristatus est rex: propter jusju­ randum autem el eos qui pariter decumbebant, jussit dari. Sur quoi Jérôme fait ccs réflexions : Et contristatus est rex Consuetudinis Scripturarum est, ut opinionem mul­ lorum sic narret historicus, quomodo eo tempore ab omni bus credebatur. Sicut Joseph ab ipsa quoque Maria appel labatur pater Jesu, ita el nunc Herodes dicitur contris­ tatus, quia hoc discumbentes putabant. Dissimulator enim mentis suæ etarti/cs homicidii tristitiam præjerebat in facie, cum lælitiam haberet in mente. Jérôme pense donc que la tristesse d’Hérodc était feinte. 11 est sans doute permis d’être d’un autre avis que lui sur cc point particulier Aussi bien n’est-ce pas cc qui nous préoccupe. Cc qui nous importe ici c’est uniquement de savoir si, admettant que l’évangéliste avait recueilli une opinion erronée, Jérôme trouvait dans son texte l’indication, la rectification de l’erreur. Or r.ifl’rmativc cet certaine. La simulation nous est suffisamment Indiquée, au sens de Jérôme, par le f 5, Et potens illuni occidere, timuit populum, quia sicut prophetam eum habebant. Car voici l’explication qu’il donne de ce verset : Seditionem quidem populi verebatur propter Joannem, a quo sciebat turbas in Jordane plurimas baptixatas ; sed amore vincebatur uxoris, ob cujus ardorem etiam Dei præcepta neglexerat. Le comment aire nous dit donc que, partagé entre deux sentiments contraires, le prince débauché el cruel penchait cependant du côté où I entraînait la passion, retenu seulement, par la crainte du ressentiment popu­ laire Mais nu moment où se produit la demande de Solomé, interprète de sa mère, la circonstance du ser ment qui avait précédé semblait légitimer le meurtre h x yeux et des courtisant el du p bile, elle sembla t même l’exiger; et alois ilérodc, débarrassé de l’inqu élude qui l’avait retenu jusque-là, ne dut plus ressentir •ntérte rernent que la Joie de pouvoir acquiescer sans da< g i à la proposition· C’est du moins ainsi q e Jérôme a co t.pris la Bit .itio ; et la narration de sain Matthieu. Voici do. c comment on traduira la phrase principale du comm» ntalre : Il est habituel a l’Écriture de rap­ porter l’opinion du grand noinbjr, telle qu’elle régnait au moment d s événements ra onlés;· mais ce serait jDt«r(îé: r fort mal que dt ne point suppléer le 956 correct f imposé par le conte xte : 11 faut sous-entendre qu’en cc cas l’auteur sacré fournit lui-même la recti­ fication de l’erreur commune. 5. Advenus Helvidium, 4, P. L., L xxm, col 1R7188. — En combattant I felv dlus, qui niait la virginité de Marie post partum, sain Jérôme fut amené à recher­ cher les raisons du mariage de Marie et de Joseph, L’une d'elles est que, sans cette chaste union, Marie, passant pour adultère, aurait été lapidée par les Juifs, en vertu de la loi de Moïse. En eiïct, ajoute t-il, per­ sonne, en ce temps-là, n’aurait cru qu’elle avait conçu du Saint-Esprit, ni que l’ange Gabriel lui avait apporté le message divin. Cependant, malgré le mariage publie, pour des motifs analogues, c’est-à-dire à cause dei Juifs incrédules et railleurs, 11 restait un secret Λ gar­ der provisoirement. Il le fut si bien, qu’à part Joseph, Élisabeth, Marie elle-même et peut-être l’un ou l’antre confident discret, tout le monde regardait Jésus comme le fils de Joseph. Et le commentateur continue en ccs termes : Excepto Joseph, el Elisabeth, et Maria, paucisque admodum, si quos ab his audisse possumus trslimare, omnes Jesum filium æstimubant Joseph; in tan­ tum ut etiam evangelistic, opinionem vulgi exprimentes, quæ vera historiæ lex est, patrem eum dixerint Salvatoris ut ibi :... < El cum inducerent parentes ejus puerum Jesum... » Et alibi : *Et erant pater ejus et mater admi­ rantes ...» Et rursum : « Et ibant parentes ejus... » Ipsa quoque Maria, quæ ad Gabrielem responderat dicens. • Quomodo erit hoc, quia vlrurn non cognovi (Luc. i ,31), » quid de Joseph loquitur ausculta: 'Fili, quid jecisti nobis sic. Ecce paler tuus et ego dolentes quaerebamus te... » Evangelistic patrem Joseph dicunt, patrem Maria con­ fitetur Non quod, ut superlus indicavi, vere pater fuerit Salvatoris; sed quod ad famam Marite conservan­ dam, pater sit ab omnibus æstimalus, qui antequam moneretur ab angelo : « Joseph, fili David, ne timueris accipere Mariam conjugem tuam, quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancio est (Matth., i, 20), » cogitabat occulte dimittere eam. In tantum suum non esse qui conceptus fuerat confidebat. Les mots : Evangelistæ optntonem vulgi exprimentes, quæ vera historia· lex est, étonnent de prime abord : à les lire, il semblerait que recueillir et perpétuer les opinions du vulgaire, c’est, selon saint Jérôme, la vraie loi, le rôle véritable de l’histoire. Mais si Jérôme ne concevait l’histoire, tant profane que biblique (car sa maxime est générale), que comme un recueil de cc genre, s’il ne la concevait pas du moins sans le mélange obligé des erreurs populaires, il faudrait reconnaît e qu’il a dit une énormité, et lui refuser tout crédit. Ses annotateurs Vallarsi et MafTei ont sans doute pris les mots en ce sens. Ils en suspectent l’authenticité, en se fondant sur le manuscrit de Vérone, dans lequel on ne les trouve pas. Mais nous n’avons nul besoin de cette hypothèse pour échapper à la difllcuité. D’aillvun l’accord des sources manuscrites s’y oppose. Puis, frappante est l’analogie de la phrase que nous exami­ nons avec plusieurs autres qui ont été discutées cidessus; frappante surtout son analogie avec la seconde formule notée dans le commentaire sur Jérémie : Historiæ veritas et ordo servatur juxta id quod eo tempore credebatur. Ce texte a donc toutes chances d’être au­ thentique. Au surplus, bien expliqué, Il nous aidera à pénétrer jusqu’au fond de la pensée de saint Jérôme. Les mots dont II s’agit doivent naturellement s’intetpréter en regard des passages parallèles ; ils en recc vront et Us y proJettex ont un sur roll de lumière. Mais I même à ne les considérer que dans leur contexte, nous leur trouvons un sens très raisonnable et non moins évi­ dent Qu’on relise simplement les courts extraits repro­ duits ci-dcssus, et l’on y verra sans peine que le tout peut sc résumer ainsi : les évnnqéi strs. en racontant cux-inüines k-s faits, ou en rapportant les pnmle, de »7 JÉROME (SAINT). L’INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE 958 Marie, ont nommé Joseph père dr Jé^us, non pa* que, coutumes exotiques ou ancienne». Dans ce dorraine dans leur pensée ou d'après la inanifiM dion complète l’emploi des termes propres, fussent-ils étranger* ou de celle-ci, c'est-à-dire d'après l'ensemble de leur nar­ prim l fs et vieillots, pours u qu’ils soient compris, esl ration, H fût son vrai père, mais parce que le peuple préférable à l'emploi d'équivalents indigènes el plus rappelait ainsi, uniquement donc pour ne conformer à récents, mais aussi plus vagues et souvent simple­ l’usage courant de celle expression. En elTet, c'est par ment approximatifs. Ces comparaisons nous aident â le témoignage des évangélistes que saint Jérôme éta­ comprendre la portée juste el profond»· de la maxime blit la situation réelle de Joseph A l'égard de Jésus; il dr saint Jérôme sur la loi ou convenance du genre nous montre dans leurs écrits, notamment en saint historique. Matthieu, i, 20, et en saint Luc, !, 34, le correctif do Sur saint Jérôme exr&te. — G. Hoberg, De S Hieronymi l’opinion populaire, à laquelle ils adaptent leur lan­ interpret indl, Bonn. 1886; Ph i Irrgefirothri, Die gage. Le correctif est même supposé par lui dans les ratione nniiochenische Schule und ihrt Hrdeulungau/cxcyAnehem Ge· mots : Ut eliam evangelistic opinionem uulgi (sous-en­ bicb, Wurxboarg, 1866; M. ru h mer. Die hebrdLschrn Γπχtendu : non suam) exprimentes, quæ ocra hislorLr lez ditianen in den Wrrkcn des Himngmtu, durch fine Vcrgtelesl, patrem eum dixerunt Salvatoris. On supplée à bon chung rnlt den /ùdlschcn Qa-Uen krtllich beleuchtet. I Tell : droit : non suam, dit le P. Delattre, op. cit., p. 85, car Du Q.ix^tiones In Genesim, Breslau, 1861 ; II Teli . Die bien certainement Jérôme ne mettait pas les évangé­ Commentarii xu den li klelnrn PropMus, Berlin, 1902; listes dans le tntlgits: il proteste très clairement contre A. Koerlcb, Essai sur saint Jèriim· exe oet?, Genève, 1891; Lietzmann, Apollinaris won L«vxAcru und seine Schute. toute interprétation qui leur prêterait l’erreur com­ II. Texte un i Untrrsuchungm, Tubtn/ue. 1904; Bardenhe*cr, mune : Non quod, ut superius indicavi, oere pater /uerll Hieronymus (IlektoruUsrede), Munich, 1905; M. J. La^can^e, Salvatoris. Et comment les savait-il mieux instruits Saint J -mine cl In Indlhnn fuit* dans la Genèse (Revue btbli· que la foule des contemporains de Jésus? Sans aucun que, 1898, p. 563-566). Sur la doctrine de F Inspiration dans sa tnt JerOme.—Schade, doute comme nous-mêmes, par la lecture de l’Évangile; et les citations qu'il en fait le prouvent sulü- Die 1 n» pi ration* lehrc des h. Hieronymus, Fribotirg-cn-Brtsgnu, 1910; du même, Der ht. Hieronymus und dm Problem saincnL der Wahrheil der hcittg^n Sehrift, dans Der Kath-jhk, 1911, De quelque côté donc qu'on l'envisage, la phrase l. i, p. (11-421; L. Sanden, Élude» sur taint Jèrbme. Sa de Jérôme no favorise pas, elle exclut même la théorie doctrine touchant F Inspiration des Livre» uiinl» et Pur vera­ des apparences historiques. .Mais alors que signifient nte, Bruxelles et Paris. 1903; E- Kal t, Der A usdn ck tabula· ces mots : Quæ ocra historiée lex est. En voici ta seule bel Hieronymus, dans Der Kathnlik., 1911, t. n,p. 271-287 ; E. Dorsch, S. Augustinus und Hieronymus ùber die Wahrsignification possible, vu le contexte et les circons­ tances : c’est uno loi ou une convenance de l’histoire hclt der bilduchcn Geschl chie, dan* Zeitschrift fdr katholœh* Theol., 1911,t. xxxv, p. 421-448,601-664 ; ZÔIIy, Die ln»pt· d’exprimer ou, plutôt, do mettre en relief les opinions ration Ithrr des Origenc*. Fribourg-en-Brteguu, aidera à populaires. Je dis : de mettre en relie/,de /aire ressortir; comprendre l’attitude primitive de salut Jérôme A l'égard car ce sens est, dans la série des sens du latin expri­ des Septante; mere, un des plus primitifs, comme des plus usuels, Sut Finerrancc biblique. — Les mêmes traités ou arlwJe». et il n'y a Ici aucune raison de lui substituer le sens el la plupart des lima qui traitent en détail la question de affaibli du français exprimer. L'auteur, écrivant ccd l’inspirai loti. Concernant la théorie de* apparences histo­ entre 382 et 384, donnait donc dès lors une première riques, un trouvera tous les éléments d’appréciations dans ouvrages. Trois la défendent; c’cst le P. Laexpression ù la maxime qu’il répétera, trente ou trente- quatre g range, La methode historique, turtoul d propos de FAncien cinq ans plus lard, en marge de l’épisode du faux Testament. Paris 1003 : à compléter par deux articles de la prophète Ananic. Et dans ces limites, on comprend Hcduc biblique., 1903. p 292-313 et 1904. p. 103-117; L. qu’il a parfaitement raison. Ayant d’ailleurs sauve­ Sanders, op. cit., h compléter parla réplique au P. Delattre, gardé la vérité, les évangélistes ont bien rendu l’aspect qui se Ut dans la Proue biblique. 1905, p. 284-287; du temps et du milieu en laissant à Joseph, soit Poels, Crillek en Traditie. of de Bijbcl i>wr de ll'Mimchen. d’instinct, soit de propos délibéré, son titre de père, Contre ces auteurs, le P. Delattre, s'est posé en défenseur de que tout le monde lui donnait selon les desseins de la la tradition et de saint Jérôme, dans son volume : Auteur de la question biblique. Une nouvelle école tfcxlgise rl les Providence, soucieuse de l’honneur de Marie. Cc nom autorités qu'ellf iru* ivwlr leurs, nu sens d'hérétiques, sans qu’ils aient besoin de exercé une Influence sensible sur ses pr uipes d’hermé­ rectifier Immédiatement par l’addition d’un pseudo. neutique ni sur sa méthode d’exéçrsr. Dlscïpit du tout comme la Bible dit le prophète Ananie En racon­ dtdascalée, surtout par la lecture widue do œ vres tant la vie de .Mahomet, des écrivais chrétiens lui d’Origène. dont il a traduit une partie en latin. Il donneront le litre de prophète, à la façon musulmane, n'est pas étonnant qu'il ait donné d’abord avec excès sans se compromettre en faveur de l'islamisme. Il y a dans l'allégorisme. Toute sa tendance exégétiquo üou» ηρριηιΚ domi­ plus : l'emploi conventionnel de vocables ainsi consa crés par l’usage est, tout danger do malentendu écarté, née par la manière dont il envisage le contenu de d’une réelle utilité. Des noms comme celui de prophète, l’Écriture suinte. Or, l’Écriture, esl â ses ye i\ «me appliqué au fondateur de l’Islam, celui de réformateur mer trop profonde, trop pleine d’abîmes mystérieux, pour Luther et Calvin, etc.,sont pleins do cou I» ur locale; meme dans les» par· es qui semblent le plu* Lud s. ils reportent instantanément le lecteur J *é ><»que pour que la richesse de son fonds soit d’oruniaire des faits, dans le milieu historique; ils remettent en épuisée pur une seule et supcrflclelle Interpretation. Parole de Dieu écrite par l’intermédiaire des auteurs mémoire toute une situation, le rôle d’un personnage, la considération dont il était entouré, l’influence qu’il inspirés, elle participe dans une certaine mesuic de a exercée; chacun do ccs termes est comme une mer­ l'insondable opulence de la sagesse et de la science veilleuse formule d'évocation en. trois ou quatre divine»; elle est de nature ù nous arracher cc cri d’ad­ miration : O allihtdodiiutiaruml.. A côté et au-dessus syllabes. Il y là une loi p >choîogique analogue A de la pensée, de la vérité, spécuLthe ou pratique, hiscelle qui semble dominor 1 Histoire des Institutions et 959 JÉROME (SAINT). L’INTERPRÉTATION DE L’ÉCRITURE longue ou morde, directement exprimée par la lettre, il ex sic tout un monde de vérités plus relevées, réservé â une étude plus religieusement attentive et où II nous faut lâcher d’atteindre. Cf. In 1 aan pritj. in hb. xvnr. xxiv ol 629 ; In Hab c, ni, 8, 9 t xxv col 1318 ; In So hon. Hî, 10 sq t. xxv rot 1381 ; In Ezcch., XL, 24 sq., t. xxv, col. 387; Tract, dc Ps. LXxrn, A need. Mareds , t. ni, part. 2, p. 63. 1· Les divers sens bibliques. — Quel est, d’après Jérôme, l’objet de ces vérités? ct sont-elles d’une ou dc plusieurs sortes? sc rangent-elles toutes dans une meme catégorie? La réponse à ccs questions, force nous est de le reconnaître, n’est pas facile; ct cc qui en fait la difficulté, c’est la multiplicité ct la variété presque incroyables des dénominations employées, sans parler des explications ajoutées cà ct là. Le plus sou­ vent, l’auteur ne mentionne et semble ne connaître en dehors du sens littéral qu’un sens unique, de sorte que I Écriture comporte un double sens, est suscep­ tible d’une double interprétation; ailleurs, de l’accep­ tion littérale ou historique il distingue deux autres acceptions, ct le texte sacré fournit ainsi matière à trois interprétations différentes, dont les limites res­ pectives ne sont d’ailleurs pas toujours déterminées de façon absolument identique. Dans une lettre à Hédibia, qui est un véritable petit traité sur diverses questions bibliques, nous lisons · 11 y a trois manières dc graver l'Écnture sainte dans nos cœurs ct d’en faire notre règle. La première est l’interprétation historique, furta histo­ riam; la deuxième est tropologique, juxta tropologiam; la troisième est spirituelle, juxta intelligentiam spiriualrm Dnns l'histoire, on s’en tient à l’ordre des faits consignés par écrit, corum quœ scripta sunt ordo servatur; par la tropologlc, nous nous élevons de la lettre à des vues plus hautes, ct, Interprétant d’après son côté moral tout cc qui est arrivé charnellement au peuple Juif, nous le faisons servir à l’utilité de nos âmes; par la contemplation spirituelle, in spirituali 0:ωρ y, transportés dam un monde supérieur, nous abandonnons In terre, pour nous occuper dc la béati­ tude future ct des biens célestes, ct dans la méditation de la vie présente nous trouvons une ombre de la féli­ cité à venir. > Epist., exx, 12, t. xxn, col. 1005. Le com­ mentaire sur Ézéchiel nous ram ne à cette division tri­ partite, en expliquant chacun des trois membres par application à des textes concrets : Jubetur nobis ut eloquia veritatis, id est Scripturas Sanctas, intelligamus tripliciter. Primum furta litteram; secundo medie per allegoriam; tertio sublimium, ut mystica quaque nos­ camus Secundum litteram illud est : · Neque fornicemur, iicul quidum eorum fornicati sunt, el ceciderunt una die vlglnli tria millia (1 Cor., x, 8); » el : · Nolite murmu­ rare. sicut quidam de iis murmuraverunt el perierunt ab exterminatore (I Cor., x, 10). » Medie autem et juxta tropologiam, quando recedimus a littera el paululum ad alliora conscendimus, di-ente Apostolo : « Scriptum est : λ on alligabis os bovi trituranti; » itaiimque sequi tur « Numquid de bobus cura esi Deo ? An propter nos utique locutus est (1 Cor., ix, 9 iq.) ? » Extrema autem, td est tertia el sublimis sacraque intelligentia fuxla illud ejusdem apostoli : · Propterea relinque! homo patrem el matrem et adhaerebit uxori suae. Sacramentum hoc ma­ gnum est ego autem dico in Christo el in Ecclesia (Eph ,v,31). » In Ezech., xvi, 30, 31, t xxv, coi. 147 sq. Dans le commentaire sur Amos, les dénominations ct le nuancement tri * bref des trois catégories ont partielI ment varié: · Nous devons entendre Γ Écriture sainte d abord selon la kttrr, secundum litteram, en faisant tout ce que la moi aie prescrit; secondement, selon 1 alégone. fuilu allegoriam, c'est-à-dire, l’intell g< ncr iiituellc; troi^tmemeiil, par rapport à la béatitude future.· In Amas, iv, 4, t. xxv. col 1027 En d’autres endroits, Infiniment plus nombreux, 960 Jérôme ne compare ou n’oppose au sens littéral qu’un autre sens, qu’il ne définit guère que par celle oppo­ sition, mais dans lequel il comprend innnlLsic ment tout cc qui dépasse le sens littéral, ct qu’il qualifie Indifféremment, selon Ica cas. de spirituel, allégorique, tropologique ou tropique, anagogique, typique, mystique, figuré, voire de moral, parabolique ou métaphorique. Il est presque superflu de citer des exemples ; on en trouve Λ chaque page ct plus qu’à chaque page des commentaires. Partout on rencontre des formules binaires dc cc genre : Quid nobis videatur juxta histo­ riam breviter diximus, nunc tropologitc sumina carpa­ mus, In Is., xxî, 1, t. xxiv, coi. 260; dicamus primum juxta historiam, deinde juxta tropologiam. In Is., xxviii, l,col. 315. Mais qu’on examine la division à deux membres, ou la division à trois membres, on devra se garder d’attribuer à certaines expression·, comme celles de sens spirituel ou typique, de sens anagogique, de sens métaphorique, la signification pré­ cise que l’usage subséquent des exégètes ct des théolo­ giens y a attachée. Il est vrai qu’il arrive à l’auteur de se souvenir en passant du sens propre du mol méta­ phore et dc souligner cc qui différencie la métaphore ct l’allégorie, In. cp. ad Gai. iv, 24, t xxvi,
      En résumé, sur le terrain de l’exégèse littérale, l’évolution dc saint Jérôme apparaît manifeste et graduelle. D’abord allégoriste exagéré et facilement dédaigneux de la lettre, il en vient peu A peu à accorder au sens historique, aussi bien dans la pratique que dans la thérorie, une place qui, petite A l’ongme, va s’élargissant de Jour en jour, jusqu’à ce que l'allégorie soit tout A (ait reléguée A i’arrièr^-plan et proclamée absolument dépendante du sens littéral. Ce change­ ment, qui nous montre dans l’exégète parvenu à la pleine maturité dc son talent non plus une opinion acceptée de confiance ct routinière, mais une convic­ tion raisonnée ct personnelle, paraît avoir été en lui le résultat de trois causes : le contact avec les textes et leur manipulation quotidienne pour les traduire ou les commenter ne pouvaient pas ne point faire sentir l'importance primordiale dc la lettre ct la nécessité absolue de s’y cramponner pour échapper aux extra­ vagances de la fantaisie; ensuite, les violentes cnntro\ erses soulevées A propos des erreurs d'Origène ren­ daient fatalement les procédés exégétlqucs de cc maître suspects à tous les esprits soucieux d'orthodoxie ; enfin, les relations de notre auteur avec les docteurs Juifs semblent avoir agi dans le même sens sur scs Idées et scs méthodes. Si parfois nous rencontrons l’affirmation d’un sens spirituel ou allégorique exclusif dc tout autre, c’est que le sens littéral a paru, ce qui est relativement très rare, impossible physiquement ou moralement. Le commentateur s’en explique sans ambages, In Matth., xxî, 4, t. x.xvi, 147 : « Chaque fols que le sens histo­ rique Impliquerait une impossibilité ou une inconve­ nance, nous devons nous élever A des pensées plus hautes. · En un autre endroit. Dialog, ado. Lucife­ rianos, xxvm, t. xxm, 182, nous lisons que, dans cer­ tains cas, · en voulant nous tenir à la lettre, nous abou­ tirions A créer dc dogmes nouveaux. » Et In Is., xxn. 11, 12, t. xxiv, col 265 : « Ccs passages sont difficiles, et le sens historique en est très obscur; c’est pourquoi nous sommes obligé d’en proposer diverses Interpré­ tations analogiques. » Ceci n'est que l'application d’un procédé que nous connaissons déjà. Nous avons vu plus haut, Inerrance, col. 914. que Jérôme no se fait pas faute de recourir au sens spirituel, comme A un moyen dc sauvegarder la parfaite véracité dc la üible, en échappant A d'apparentes contradictions ou A d'autres difficultés. Nous avons pu remarquer alors que les solutions tirées dc IA n’ét nient pas toujours très natu­ relles ni pleinement satisfaisantes; nous poumons ajouter que, plus d’une fols, la difficulté A résoudre est VIII. — 31 963 JÉROME (SAINT) L’INTERPRÉTATION plus subjective que réelle ou est fortement exagérée. C’est ainsi que l'idslofre de la Jeune Sunamite amenée à David, d’après III Beg., !, est déclarée inacceptable au sens historique, cl, par conséquent la Sunamite ne peut être qu’une personnification de la sagesse. Epist., ui, 2 sq., t. xxn,col. 527 sq. Dans d’autres cas réputés embarrassants, il eût suffi, A la rigueur, pour tout expli­ quer, de constater remploi ou d’une hyperbole, ou d’une métaphore proprement dite, ou d'une de ces expressions anthropomorphiques dont la Bible est assez coutumière. 3e Recherche des divers sens. — Au surplus, qu’il s’agisse de rechercher le sens propre ct littéral ou un sens moins direct et plus relevé, Jérôme fournit à qui veut y ré ssir des Indications et trace des règles aussi juges qu'utiles. Nous avons dit ci-dessus combien il insiste sur la nécessité de l’attention, même pour l’interprétation allégorique, à tous les éléments du texte et du con.ixte. Il y revient sans cesse L'intcrprélalîon « ne doit point sc plier au caprice du commentateur ou du lecteur, » In Gai., iv, 25, t. xxvi, col. 391 ; elle ne peut jamais « faire violence au texte. » Epist., xvm,, ad Dumas., 6, t. xxn, col. 365. « L'histoire a des lois fixes, dont il ne lui est pas permis de s'écarter. La tropologie est libre, ct n'a d’autre règle que de poursuivre une inter­ prêt ation pieuse, en s'attachant au contexte, et de n’être point trop audacieuse à rapprocher des choses qui jureraient ensemble. > In Ilab., i, 6, t. xxv, col. 1281I282. Mais ceci posé, il est bon que l’exégète ne se dissi mule pas la difficulté de sa tâche. L’Écriture, œuvre de Γ Esprit de Dieu, est profonde cl mystérieuse comme lui ; la comprendre ct l’expliquer ne saurait être un jeu d’enfant. Il faut savoir se résigner éventuellement à ne lu pénétrer qu’en partie « Je prie le lecteur, lisonsnous, In Ezech., xl, 5 sq, t. xxv, col. 380, de ne point traiter tout ceci de frivole, quoique Je n'en sois pas satisfait mot-même, sachant que je frappe à une porte fermée. Qu’on me lise donc avec indulgence. J’aurais pu d’ailleurs avouer simplement mon ignorance et renoncer à toute envie d'approfondir ces questions. .Mais malgré l’imperfection de ma connaissance, je crois qu’il vaut micu v dire peu que rien. » Et plus loin, dans le même commentaire : « Les mystères de l’Écriture doivent être admirés ct médités plutôt que tra­ duits en paroles. · lu Ezech., XLVHi, 21, cul. 487. Les I prophètes présentent des obscurités spéciales. < Ils ne retracent pas simplement en historiens une suite de faits, mais leurs pages sont pleines d’arcanes divins. Autre est chez eux le son des paroles, autre le sens qui y est enfermé. Ce que vous estimiez facile ct clair à une première lecture, vous le retrouverez ensuite enve­ loppé de nuages. » Proe/. In Is. lib. xvm, t. χχιν, col. 653. « Nous ne pouvons arriver A l’intelligence des Écri­ tures sans le secours du Saint-Esprit, qui les a Inspi­ rées ct dictées. · Epist., exx, 10, t. xxn, col. 997. Parce que donc · nous avons toujours besoin de sa venue pour commenter les divines Écritures, Il nous faut l’appeler de toute l’ardeur de nos désirs; il faut lui demander d’accomplir cc qu’il a annoncé dans les prophètes, de réaliser en nous sa promesse : Ouvre ta bouche, ct Je te rassasierai. » In Mich., i, 10 sq., t xxv, col. 1159. Jérôme ne cesse pas de solliciter pour lui-même cette visite illuminatrice ni de sc rccomman<1 r sous ce rapport aux prières des aulics. · Parce que tout cela est assez embrouillé, écrit-il, ct parce que le passage est d une interpretation dillicile, prions en­ semble le Seigneur, afin que, purifié de tous mes péchés je puisse d’abord saisir le mystère de Dieu ct ensuite exposer ce que j’aurai saisi. » Epist., xvm, 6, t. xxn. col. 364. Une intention simple et droite est. dans l’exégète, une luuù.uon pour mériter le secours divin et y DE L’ÉCRITURE 9b4 correspondre. « Les hérétiques dénaturent la vérité de l’Évangilc par l'interprétation vicieuse qu’ils en donnent; cc sont de mauvais hôteliers, qui changent le bon vin en eau, tandis qucNotre-Seigncurchangeait I l’eau en vin. » In. Is., i, 22, t. xxiv, col. 38. Quant à nous, nous ne devons, dans nos études scripturaires, avoir cure que de la vérité : in erpusittunc enim sanetarum Scripturarum, veritatem debemus sequi, non com tentionem. In Is., u, 20, t. xxiv, coi. 86. Ce que Jérôme recommandait de mille manières ct avec tant d'ins­ tance, Il le pratiquait tout le premier. « Nous ne cher­ chons pas à faire vanter nos travaux, mais nous nous efforçons de saisir la pensée des prophètes. » /7r/. in Is. lib. v, t. xxtv, col. 158. On pourrait multiplier A plaisir de semblables paroles. 4e Utilisation des devanciers.— Visant comme inter­ prète non A se mettre en évidence, mais A connaître et À répandre la vérité, il est tout naturel que Jérôme ait consulté et utilisé ses devanciers. Il l’a fait dans une très 1 irgc mesure; car il avait lu immensément, et sa mé­ moire était prodigieuse. Mais A cet égard on a pu lui adresser un reproche qui n'est pas entièrement immé­ rité : celui de citer assez souvent des opinions diver­ gentes ou contradictoires sans sc prononcer, parfois même sans indiquer scs sources, en laissant A d’autres le soin de choisir. Telle a été, en effet, fréquemment sa méthode. Loin d’en faire mystère, il l’afiirme haute­ ment en plus d’une occasion, il s’en sert comme d’un argument pour repousser certaines accusations, ct 11 élève cette pratique A la hauteur d’un principe. Au commencement de scs études sur Jérémie, il sc défend contre « la rage de détracteurs qui critiquent non seule­ ment ses paroles mais chacune de scs syllabes, > ct il s’en prend spécialement à · un calomniateur ignare· (Pélagc), qui a récemment attaqué son commentaire de l’épltre aux Éphéslens : « Je constate, dit-il, qu’il ne comprend pas, enlisé qu’il est dans l’épaisseur de son Ignorance, les lois du genre comm ntaire : Ici. on re cueille en grand nombre des opinions diverses, c n citant o en taisant les noms des auteurs, de façon A hi scr le lecteur libre de choisir A son gré. D’ailleurs, dans la préface qui figure en tête du premier livre de mon ouvrage, j’ai annoncé qu’on trouverait du mien dan· mes pages, ct aussi des données empruntées A d’autres; que donc mon commentaire serait l’œuvre des exé­ gètes qui m’ont précédé autant que mon œuvre. » In Jereni., Prol., t.xxiv, col. 680. L’auteur rappelle ensuite qu’il a déjà répondu de façon analogue A des critiques semblables de Rufin Et de fait, dans sa troisième apologie contre ce dernier, t. xxm, col. 167, il avait écrit : < Vous me reprochez d’avoir inséré dans mes commentaires certaines parties d’après Orlgènc, cer­ taines d'après Apollinaire et certaines de mon cru. Mais sl cc que j’ai produit sous le nom d’autrui est d'Apollinaire et d'Origène, pourquoi m’en faire dans vos hvres un grief, comme si, quand J’écris : ceci est d’un tel, cela est d’un nuire, ce premier ou cet autre c’était moi-même? D’Apollinaire A Dldyme grande est la distance au point de vue de I explication, du style, des pensées, lorsque dans un même chapitre J’ac­ cueille des opinions divergentes, peut on croire que J’acquiesce A des sentiments qui se contredisent? » Ces deux extraits donnent une idée de la manière dont Jérôme conçoit et pratique souvent le recours aux devanciers, sans les contredire comme sans sc rallier A eux expressément. Dans bien des cas, on pourra regretter et l'on regrettera de ne point connaître son sentiment A lui. M üs sa méthode a au moins le mérite de nous avoir conservé de nombreux fragments an­ ciens qui autrement eussent été perdus. Ainsi, des • trois volume'» d’Origène » qu’il atteste, Prol. in Eph.. t. xxvi, col. 112, avoir eus A sa disposition pour corn I Mlcr l'épltre aux Épheicns, comme des ouvrage, 965 JÉROME (SAINT) L’ORIGINE moins étendus d*Apollinaire ct dr I Hdyme sur le même sujet, il ne nous reste que les parties qu'il a insérées dans son commentaire. ///. NATtniK kt oniaiNK db Γépiscopat — Quelle est la doctrine de saint Jérôme concernant la hiérarchie ecclésiastique? On l'a accusé d'avoir nié la supériorité des évêques sur les prêtres, ou tout au moins d'avoir méconnu le droit divin de l'épiscopat. La question q suscité, depuis des siècles, d'ardentes controverses. C'est que la solution dépend de plusieurs textes, qu'il s'agit d'interpréter et de concilier entre eux, et l’on doit reconnuttre que la tâche n'est pas sans présenter de sérieuses difficultés. 1° Les textes. — Deux passages célèbres sont surtout à examiner, parce que le sujet y est traité assez au long ct ex professa; c'est le commentaire (an. 387388) de l’Épitre à T’»e. i, 5, t. xxvi, col. 596 sq. et la lettre à Évangélus (de date Incertaine, mais vraisem­ blablement écrite après 385, selon Mgr BatifTol), Epist. cxlvi, t. xxn, col. 1192-1195. Nous en reproduirons d’abord les parties principales, que nous citerons le plus souvent en latin, afin d'avoir une base plus sûre pour nos déductions. Nous indiquerons ensuite quel­ ques autres endroits de moindre importance. 1. Le verset Tit i. 5, est ainsi traduit : Hujiisrei gratia reliqui te Cretcv, ut ra quæ desunt,corrigeres, et constituas per chutâtes presbyteros, sicut ego tibi disposui. Il est suivi immédiatement de ces remarques : Audiant episcopi, qui habent constituendi presbyteros per urbes singulas potestatem, sub quali lege ecclesiastica' conati· tutionis ordo teneatur. Or la volonté du Christ, que Paul a déjà promulguée ct qu'il veut rémémorcr ici est que, dans le choix des ministres sacrés, on ne suive pas des vues personnelles ct intéressées, mais qu'on admette uniquement les plus dignes; ct les qualités qui font les plus dignes sont détaillées par l'Apôtre, qui dit, entre autres choses,au t.7 -.Oportet enim epis­ copum sine crimine esse. — Le rapprochement de cc terme d’episcopus avec celui de près bgteri, qui sc Ht au t. 5, leur synonymie, est, pour le commentateur, le point de départ du développement qui va suivre : idem est ergo presbyter qui et episcopus, et antequam diaboli instinctu studia in religione flerent el diceretur in populis : « Ego sum Pauli, ego A polio, ego autem Cephee,· communi presbyterorum consilio Ecclesia: guberna­ bantur. Postquam vero unusquisque eos quos baptizaverat suos putabat esse, non Christi, in loto orbe decretum est ut unus de presbyteris electus superponeretur caderis, ad quem omnis Ecclesia· cura pertineret, el schismatum semina tollerentur. Putet aliquis non Scriplurarumjed nostram esse sententiam, episcopum et presbyterum unum esse, et aliud alatis, aliud esse nomen officii ; rele­ gat Apostoli ad Philippenses verba dicentis : « Paulus ei Timotheus, serui Jesu Christi, omnibus sanctis In Christo Jesu, qui sunt Philippis, cum episcopis ct dia­ conis... » Philippi una est urbs Macedoniae, el certe in una civitate places, ut nuncupantur, episcopi esse non poterant Sed quia eosdem episcopos illo (empore quos et presbyteros appellabant, propterea indifferenter de episcopis quasi de presbyteris esi loculus Jérôme con­ tinue ensuite son affirmation principale sur l'identité primitive des πρεπβύτεροι ct des έπίσκοττοι par d'au­ tres citations. Il invoque successivement Act. xx, 17, 28, «pii lui suggère cette réflexion : Et hic diligentius observate quomodo unius civitatis Ephest presbyteros vocans, postea eosdem episcopos dixerit; puls 1 leb , xm, 17, et I Pet , v, 1, 2, doux textes qui Indiquent claire­ ment plurali!é de chefs, direction collective. Ensuite 11 ajoute : H cc propterea ut ostenderemus apud veteres eosdem fuisse presbyteros quos ct episcopos, paulotim vi ro, ut dissensionum plantaria evellerentur, ad unum omtrm sollicitudinem esse delatam Sicut ergo presby­ teri sciunt se cx Ecclesiie consuetudine ei qui sibi prae­ DE L’ÉPISCOPAT 966 positus fuerit esse subfectos, ita episcopi noverint se magis consuetudinequam dispositionis dominior ot date presbyteris eue majores, et in commune debere Eoi nam regere, imitantes Moysen, qui, cum haberet in potestate solum preeesse populo 1trail, septuaginta elegit cum quibus populum judicaret. 2. Pour saisir la portée de la lettre à Évangélus, il est Indispensable de n'en point perdre de vue l'occasion ct le but. Des bruits sont venus aux oreilles de Jérôme, d'après lesquels l'un ou l'autre extravagant, dans le clergé romain en particulier, aurait prétendu égaler les diacres aux prêtres, voire les mettre au-dessus. C'est celte prétention insensée qu'il veut confondre. Il y oppose deux considérations: un argument de raison et un fait historique. L'argument de raison se fond* sur l’égalité primitive des prêtres ct des évêques : la supé­ riorité de l'épiscopat par rapport au diaconat n'étant pas contestée, l'infériorité de celui-d à l'égard du presbytéral résulte de ce que presbytérat et épiscopat sont un même ordre. L'argument de fait est le droit qu’ont exercé les prêtres à Alexandrie, durant une longue su;te d’années, d'élire l'évêque et de le choisir au sein de leur propre collège. Jérôme Insistera d'autant pins volontiers sur ce fait qu'il y trouve une réponse parfai­ tement adaptée et adéquate à l'objection que certaine lui opposaient : « A Borne, c’est un diacre qui est ap elé à témoigner en faveur de celui qui va être ordo. né prêtre. » Cf Mlchiels, Origine de l'épiscopat, p 345,346. Mais voyons la teneur de la lettre. Audio quemdam in tantam erupisse vecordiam, ut diaconos presbyteris, id est, episcopis anteferret Nam cum Apostolus perspicue doceat eosdem esse presbyteros quos episcopos, quid pati­ tur mensarum et viduarum minister, ut supra eos se tumidus tfferat, ad quorum preces Christi corpus san­ guisque conficitur? Quseris auctoritatem? Audi testi­ monium. Le témoignage qu'on nous annonce n’est pas unique; il embrasse la séné, même quelque peu allon­ gée, des passages allégués A propos de Tit-,1, 5 C'est d'abord Philipp., 1, t, ct Act., xx, 28; c’est aussi le texte même de Tit., t,5 sq., ainsi introduit: Ac ne quis contentiose (n una Ecclesia plure* episcopos fuisse co. ten­ dat. audi et aliud testimonium, in quo manifesti-sime comprobatur eumdem esse episcopum atque presbyterum; c’est encore ccttc phrase de 1 Tim., îv, 14, où l'Apôlre prie son disciple de se souvenir de la grâce reçue per impositionem manuum presbyterii; c’est I Pet., v, 1 2, où Pierre, instruisant ct exhortant des prêtres, πρεσβοτέρονς, en qualité de συμπρεσβύτερ<»ς. leur dit: Poscite qui in vobis est gregem Dei, providentes, quod quidem grace significantius dicitur, έπισκο πούντες, id est super­ intendentes, unde et nomen episcopi tractum est. Enfln, deux autres passages, 11 Joa., 1 et ill Joa. 1. méutent considération, parce que l'apôtre saint Jean y est qualifié de πρεσβύτερος. —A ces textes, dont ressem­ ble contient l'expression ct la preuve de la situation primordiale, succède une explication historique de sa transformation : Quod autem postea unus electus est, qui certeris praeponeretur, in schismatis remedium /ac­ tum est, ne unusquisque ad se trahens Christi Ecclesiam rumperet. Nam et Alexandria· a Marco evungelista usque ad Heradam el Dionysium episcopos, presbyteri semper unum ex se electum, (n excelsiori gradu colloca­ tum, episcopum nominabant; quomodo si exercitus im­ peratorem faciat, aut diaconi eligant de se quem indus­ trium noverint et archidiaconum vocent. Quid enim facit, excepta ordinatione,episcopus,quod presbyter non faciat? Nec altera rvmante urbis Ecclesia, altera totius orbis existimanda est. Et CaUiee, et Brilanniæ, et Africa et Persis, el Oriens, et India et omnes barbarae mdtones, urum Christum adorant, unam observant regulam veritalla... Ubicumque fuerit e/ iacnpus, sive Romsr, sive Eugubii, site Co i tontinopoli, siv Rhegii, sîih: Alexan­ dria, sive Tanis, ejusdem menti, r;usdem est cl sacer- 967 JÉROME (SAINT). L'ORIGINE DE L’ÉPISCOPAT d^tii... Cvterum omnes Apostolorum successores sunt... Presbyter et episcopus aliud a bitis, aliud dignitatis est nomen. Unde et ad Titum, et ad Timotheum de ordi­ natione episcopi et diaconi dicitur, Tit., i, I Tini., in ; de presbyteris omnino reticetur, quia in episcopo et presbyter continetur... Et ut sciamus traditiones aposloticas sumptas de Veteri Testamento, quod Aaron et filii ejus atque levttæ In Templo juerunt, hoc sibi epis­ copi, et presbyteri, el diaconi vindicent in Ecclesia. Dan· une lettre à Océanus (an. 397 ou 398), Epist., lxjx, 3, t, xxn, col. 656, la même doctrine est indiquée en peu de mots. Après avoir rappelé les témoignages classiques de I Tim., v, 1, ct Tit., î, 5, Jérôme con­ clut : In ulraque epistola, sive episcopi, sloe presbyteri (quamquam apud Deteres Udem episcopi el presbyteri luerint, quia illud nomen dignitatis, hoc alatis), jubentur monogami in clerum eligi. Nous avons encore fiden­ ti té du prêtre et de l’évêque afllrmée, vers 391 ou 392, In Agg,, n, 11, L xxv,col. 1406. Il y est dit que saint Paul, écrivant à Timothée, détermine les qualités requises dans un évêque, et celles-ci sont brièvement énumérées. Ensuite le commentateur ajoute : El ne hoc casu dixisse videretur, ad Titum quoque super pres­ byteris (quos et episcopos intelligi vult) ordinandis, eadem cautela servatur; puis il cite Tit., 1,5 sq. 2· Idées de saint Jérôme que supposent ces textes. — De ces extraits, en tenant compte de ce que Jérôme a écrit ailleurs, nous pouvons, ce semble, dégager les conclusions qui suivent, comme résumant l'ensemble do ses idées sur la nature et l’origine de l’épiscopat. t. Situation primitive, — A l’origine, apud veteres, les communautés chrétiennes étaient gouvernées par un collège de prêtres : communi presbyterorum consilio Ecclesia gubernabantur. Il n'y avait point de différence entre prêtres et évêques; dans les textes apostoliques, πρε/τβύτεροι et έπίσχοποι sont tenues synonymes et fonctions Identiques, avec cette seule nuance, que le premier indique plutôt l’âge, et le second, la charge, le rôle social. Ceci est allirmé de bien des façons et répété avec une insistance remarquable : Idem est ergo presbyter qui et episcopus; episcopum et presbyte­ rum unum esse, et aliud «tatis, aliud esse nomen officii; eosdem episcopos illo (empore quos et presbyteros appella­ bant; indifferenter de episcopis quasi de presbyteris est locutus; quomodo unius civitatis Ephesi presbyteros vocans, postea eosdem episcopos dixerit ;apud veteres eos­ dem /uisse presbyteros quos el episcopos; eosdem esse presbyteros quos episcopos; cumdem esse episcopum at­ que presbyterum; presbyter el episcopus, aliud «talis, aliud dignitatis est nomen; in episcopo el presbyter con­ tinetur ; quamquam apud veteres Udem episcopi et pres­ byteri fuerint; presbyteris, quos et episcopos intelligi vult. Voir les références cl-dessus. Mais l'identité des πρεσυύτεροι cl des έττίσκοποι admise, quelle était, au sons de Jérôme, leur dignité? Avalent-ils tous le caractère épiscopal? étalent-ils, au gouvernement personnel et monarchique près, de vrais évêques? Quelques théologiens cl exégètes l'ont cru. Cf, Dom Sanders, op. cit., p. 301. Mais une seule chose est claire : c’est que la question n’est posée nulle part, en termes formels ou approximatifs, dans les écrits de Jérôme. Peut-être même ne s’est-clie Jamais formulée bien distincte dans son esprit. Si, malgré tout, on veut essayer de pénétrer le fond plus ou moins confus de sa pensée, on devra avouer qu’il reste assez, incertain cl à peu près insaisissable. D’un côté, la façon générale de parler ct de raisonner semblerait indiquer une tendance n expliquer la synonymie pri­ mitive de* deux vocables έτίΛΧο^ος et πρ^βύ-.ερος cn ramenant le premier à la sign! llcation désormais usuelle du second, et non invrrs ment. Le changement intro­ duit par · la coutume » ou | ar un < décret » quelconque, l auUar parait l'avoir couçu et nous le présenter avant 9G3 tout comme une élévation d’ua des membres du presbytérium, un accroissement do son pouvoir. Un pres­ bytie aurait été choisi parmi le corps des presbytres, pour < être préposé aux autres », pour être · placé en un rang supérieur », pour être seul désormais à porter le nom d'évêque ct Λ « faire l'ordination »; ct certes • des évêques tels que ceux ainsi dénommés actuelle­ ment, 11 ne put Jamais y cn avoir plusieurs dans une même ville : et certe in una civitate plures, ut nuncupan­ tur, episcopi esse non poterant. » Mais supposer dans les presby très des premiers temps le caractère épiscopal, qu'ils n’ont plus aujourd’hui, n’est-ce pas sc représen­ ter le changement plutôt, comme une diminution do la généralité des rcpc βύτεροι, qui tous, Λ l’exception d’un seul, auraient perdu u la fois et leur participation anté­ rieure au gouvernement et la plénitude du pouvoir sacerdotal? D’autre part cependant la comparaison avec des diacres qui éliraient parmi eux un archi­ diacre conduirait aisément à une interprétation oppo­ sée de la pensée de Jérôme, puisque l’archidtaconat n’implique aucun changement dans le pouvoir d'ordre. En résumé, il y a là un problème d’exégèse ou de psychologie personnelle qui reste ouvert. Au surplus, le gouvernement en commun ne nom esf pas donné comme le régime de toutes les É ’lises sans exception. Jérôme admettait, même pour cette époque, l'existence d’Églises épiscopales, c’est-à-dire soumises chacune à un pasteur unique, à un évêque. Tel est le cas notamment pour Alexandrie, pour Jéru­ salem, pour Rome, pour Smyrne, pour d’autres villes de l’Asie Mineure, ainsi qu’il résulte de textes très explicites : Alexandrite a Marco euangelista presbyteri semper unum ex se electum episcopum nominabant, cf. plus haut, col. 966; Jacobus, statim ab Apostolis Hierosolymorum episcopus ordinatus, suscepit Eccle­ siam, De viris, n. 6, t. xxin, 609. Le De viris contient encore des notices sur « Clément, quatrième évêque de Rome, mentionné par l’apôtre Paul dans ces paroles, Philip., iv, 3 : Cum Clemente el exteris cooperatoribus meis;· sur Polycarpc, « disciple de l’apôtre Jean ct or­ donné par lui évêque de Smyrnc; » sur saint Jean, qui « écrivit son Évangile, rogatus ab Asia episcopis, · Ibid., 15,17,19. Toutes ccs Indications sont confirmées par la traduction de la Chronique d'Eusèbc, où nous lisons, à l’année 33, t. xxvu, col. 573, 571 : Ecclesia Hierosolymorum primus episcopus, ab Apostolis ordi­ natus, Jacobus, /rater Domini; h l’année 44, col. 577, 578 : Petrus Apostolus, natione Galilseus, Christianorum poni i/ex primus, cum primum Antiochenam ecclesiam jundasset, Hornam proficiscitur, ubi euangelium pradicans xxv annis ejusdtm urbis episcopus perseverat; à l’année 45, col. 579, 580 : Primus Antiochia episco­ pus ordinatur Enodius, à l’année 64, col. 585, 586 : Post Marcum euangelistam primus Alexandrine eccle­ sia episcopus ordinatur Annianus, qui pra/uil an nis xxn. 2. Situation nouvelle el définitive. — Le régime pres­ bytère), dans les Éullses où il (ut d’abord en vigueur, n'était pas fait pour durer. Il se transforma, en effet, promptement cn celui qui devait se perpétuer cn tous lieux ct dont Jérôme relève les traits caractéristiques Désormais il n'y aura plus, il ne pourra plus y avoir qu’un évêque par Église: Certe In una civitate plures, ut nuncupantur, episcopi esse non poterant; ne quis conten­ tiose in una E< < tesia plures episcopos juisse contendat. Tous les évêques sont les successeurs des Apôtres, ils en tiennent la place ct en remplissent la fonction ; Omnes Apostolorum successores sunt; apud nos Apostolorum locum episcopi tenent. Epist., xli, 3, t. xxn, coi. 476. linedl du In plénitude du sacerdoce, l’évêque a seul, comme prerogative essentielle, le pouvoir d’ordonner des prêtres pour le service des diverses communautés : I Quid rnirn pied, excepta ordinatione, episcopus, quod 969 JÉROME (SAINT). L’ORIGINE DE L'ÉPISCOPAT 970 presbyter non factat ? audiant episcopi, qui habent conf­ India, el omnes barbar* nationes unum Christum ado­ utuendi presbyteros per urbes singulas potestatem. Mali rant, unam observant regulam veritatis; ubicumque il est de plus supérieur nux prêtre» par le pouvoir de fuerit episcopus,ejusdem nierUt, ejusdem est et sacerdfleurs assez rare dans les premiers temps de la pré­ dication apostolique, réserve faite» vers le déclin du mération, s« Ion que celle-ci suit l’ordre descendant ou siècle, du champ d’activité de saint Jean, de l’Asie l’ordre ascendant. C'est donc l’épiscopat qui tient la tête de In hié­ Mineure —, ou bien ressortissait à la Juridiction rarchie; et. par ccttc affirmation, le catholicisme so supérieure d'un apôtn ou d’un év que sans siège fixe. différencie du montanisme : Apnd nos apostolorum Ain 4 Droit divin et droit ecclésiastique comme base de Γ épiscopal. — Nul doute que, pour saint Jérôme, l’évêque ne soit supérieur au prêtre; il lui est supérieur par la plénitude du pouvoir d’ordre, et aussi par le pouvoir de juridiction. Mais, en fait de juridiction, lui est-il supérieur de droit divin ou de droit cccléastique? Le fondement du droit ecclésiastique est nettement .ιΠΙπη'*, on ne saurait le contester. Toute­ fois cette affirmation n’est pas de forme exclusive; au contraire, clic contient une réserve, une restriction expresse : la supériorité dont il s’agit repose plus sur l> c »ulume, la loi de l’Église, que sur une prescription formelle du Seigneur : magis consuetudine quam dispo­ sitionis dominicae veritate. Dans une question où 972 l’exactitude est de si haut prix, ces deux petits mots: ma is quam, ne sont i u 11 cm en t à dédaigner. On aurait donc tort d a mettre comme chose cidre qu’aux yeux de saint Jér inc l'épiscopat est une institution purement ecclésiastique, » Cf. Batiffol, Études iPhisl. et de théol. positive 5* édit Paris, 19(J7, p. 270. Celui-là ne dit pas · purement ecclésiastique », qui dit plus eci lisiastique que divin Mais comme l ne pas remarquer en outre que les propres principes de Jérôme auraient dû le conduire logiquement à affirmer la prééminence de droit divin? Dans sa pensée les pôtres étaient assurément d’insti­ tution divine ? Serait-il croyable que lui, le grand scripturaire, ait jamais perdu de vue les textes du Nouveau Testament qui proclament cette vérité? Or, Il enseigne que · tous les évêques, en quelque lieu qu’ils soient, à Rome, à Gubbio, à Constanti­ nople, à Reggio,... sont les successeurs des apôtres;· que · chez nous », c'cst-à-dire dans l’Église catholique, « ils tiennent la place des apôtres et occupent le pre­ mier rang. » La conclusion naturelle, c’est qu’hériûen légitimes d’un pouvoir divinement institué, Ils sont eux aussi, en tant que dépositaires de ce pouvoir, d'institution divine. Mais si notre analyse de la pensée de Jérôme et de scs conséquences logiques est conforme à la réalité, pourquoi attribue-t-il la supériorité des évêques au droit ecclésiastique, source simplement secondaire, plutôt qu’au droit divin, source pre ûère? C'est vrai­ semblablement parce que cette attribution peut être regardée comme fondée quand on considère la situation de fait, la subordination effective el quoti­ diennement sentie du clergé inférieur. On comprend qu’il y a en réalité une notable différence entre la dépendance d’un corps de pasteurs dirigeant seul une communauté, quoique sous le contrôle d'un apôtre, d’un supérieur habituellement absent, et la subordina­ tion d'un clergé effectivement gouverné par un évêque, présent à sa tête et y exerçant constamment son auto­ rité. Λ des prêtres qui, groupés en une sorte d'aris­ tocratie ou d'oligarchie, étaient jusque-là, dans une large mesure, maîtres de concerter et de régler euxmêmes leurs mouvements, l’Église, en créant des sièges épiscopaux, donna des chefs à demeure, imposa une direction permanente; et à raison de celle trans­ formation profonde, de celte substitution, pour le clergé Inférieur, d'un rôle récepteur et passif à un rôle d'initiative à peu près indépendante, Jérôme a pu concevoir et placer dans la loi ecclésiastique la cause de la subordination des prêtres aux évêques. Celle vue paraît d’autant plus légitime que la création par l’Église de résidences épiscopales procède de l’inten­ tion de resserrer l’unité en concentrant partout le gou­ vernement dans les mains d’un seul. Cf. Mlchiels, op. cit., p. 427. Que si, après cela, dans l'affirmation répétée et for­ tement accentuée de l’identité primitive du presbytérat et de l'épiscopat, comme dans celle de l’origine ecclésiastique de leur inégalité, on veut voir quelque influence d'une tendance à pousser l’énergie de l’ex­ pression jusqu’à friser parfois l’exagération, je n’y contredirai point. L allégation emprunte même une cert Ine vraisemblance ru but poursuivi da s les deux documents à prendre e i considération. La lettre à Évangélus. nous l’avons constaté cl tout le monde en convient, a pour objet unique de repousser des prétenlions c.xhorbitnntcs, bien faites pour émouvoir une Ame A la lois très chatouilleuse sur le chapitre de J l'orthodoxie et peu tendre dans la répression des Iabus; el l'on a compris comment II importait à la démonsi rat ion de la vérité d’égaler autant que possible les prêtres aux évêques. Mais le Commentaire de l épllrt à 7 de, i, 3, pourrait aussi avoir été iuihicncé 973 I JÉBOME (SAINT). I/OKIGINE DE L’ÉPISCOPAT en cet endroit pnr une Intention de moralisateur, voire de censeur,suiUsninincnt annoncée dès le début el con­ firmée par des développements subséquents : Audiunt episcopi, qui halent constituendi presby'eros per urbes singulas potestatem, sub quali te ye ecclesiastica consti­ tutionis ordo teneatur...·, ex quo manifestum est, eos qui, Apostoli lege contempta, ecclesiastic un gradum non merito voluerint alicui deferre, sed gratia, contra Chris­ tum facere... At nunc cernimus plurimos hanc rem bene­ ficium facere, ut non quierant eos qui possunt Ecclesiis plus prodesse sed quos vel ipsi amant, vel quorum sunt obscq iis deliniti. 5. L'épiscopat à Alexandrie. — La Lettre A Évangélus tire argument d'un usage particulier de l’Église d'Alexandrie, remontant A l'évangéliste saint Marc et conservé nu moins Jusqu'aux évêques Héraclas (f 249) et Denys (f 265) : dans cette ville l’év êque était élu régulièrement par les membres du presbyterium et parmi eux. Voir ci-dessus, col. 966. Ce passage, au jugeincn de beaucoup d’historiens, supposerait qu'à Alexandrie la consécration épiscopale était Inconnue ou dévolue A de simples prêtres. Il est vrai que lérôme n'y parle ni explicitemei t ni Implicitement de consé­ cration, que même sa pensée nous y apparaît comme s * portant uniquement sur l'élection; c’est cc qui ressort et des termes de son aillrrnallon : Presbyteri semper unum ex se electum, in excelsiori gradu collocatum, epis­ copum nominabant, et des deux comparaisons qu'il y Joint : Quomodo st exercitus imperatorem faciat, aut diaconi eligant de se quem Industrium noverint et archtdiaconum vocent. Mais ce silence condull-il nécessai­ rement A la conclusion indiquée ci-dessus? n'est-ce pas plutôt que l'auteur fait simplement abstraction de l'ordination, comme de chose n'important pas A sa démonstration? Les deux hypothèses sont possibles a priori et l’une et l'autre me paraissent soutenables, à considérer les paroles citées de Jérôme et l'intention princip ale qui le guide. Mgr Batiffol préfère la pre­ mière; Il la défend en cc sens que personne n’aurait songé A la nécessité d’une consécration. Pour lui, « Jérôme ne dit pas que le prcsbytérlum « rdonnalt l’évêque d'Alexnn rie, mais que le presb térium éli­ sait un prêtre, qui, par le fait de son élection se tr· uvalt être évêque, comme s'il n'était besoin d'aucune ordination pour faire d'un prêtre un évêque. · Éludes d'histoire et de théologie positive, 5· édit., p. 271. Le pass «ge et sa connexion avec cc qui précède pour­ raient lonc sc rendre ainsi : si évidente est l'Idcnttté originelle du presbytérnt et de l'épiscopat que. Jadis, aux prêtre d'Alexandrie, pour avoir un nouvel évêque il suffisait de choisir dans leurs rangs quelqu’un, qu’ils faisaient ensuite asseoir sur un siège élevé et I rocl imaient évêque, et qui était réellement et pleine­ ment évêque par le seul fait de cette élection et de cette cérémonie. Je pense toutefois avec le P. Prat, art. Évêquks, t. v, col. 1685, que l’autre explication, qui s'adapte aussi au texte et nu but de l’auteur, emprunte nu contexte subséquent un surcroît de probabilité : si la consécra­ tion n'a été ni mentionnée ni Insinuée, c’est qu’il n'y avait aucune raison do le faire; elle est restée en dehors du champ de vision de l'écrivain, parce qu'elle était complètement étrangère et indiffé­ rente A son dessein. De quoi s'agissalt-11, en efTet? D'établir l’identité primitive des prêtres et des évêques. Une première preuve avait été tirée des textes du Nouveau Testament. Une second*' est demandée A l'ancienne coutume d'Alexandrie, qui, reconnaissant aux prêtres le pouvoir d'élire l'évêque et de le tirer du sein de leur collège, rehaussait par là-même la dignité du presbytérat. La preuve est concluante sans nul recours ni allusion A lu consécration. «SI saint Jérôme ne parle pas d· consécration, dit le P. Pral, c'est qu'il n'avait point a en parler.! L'exempl historique d'une armée victorieuse qui décerne â son chef le titre à'imperatnr, et l'exemple hypothétique de diacres qui choisiraient parmi eux un ..rchidiacrc montrent mieux rnenre que, e fait, l'auteur n- songe qu’à un acte d'élection ou de dési­ gnation. Mais il y a plus : la preuve, ainsi proposée, va parfaitement au-devant de l'objectl »n qui suivra : Quomodo Romæ ad testimonium diaconi presbyter ordi­ natur? A Home, l’intervention des diacres était mani­ festement une déclaration antérieure à l'ordination; il ne viendra à l'idée de personne que des diacres aient été appel > à ordonner des prêtres. A cet usage roma la coutume alexandrine, conçue comme élection préa­ lable à la consécration, s'oppose directement et adé­ quatement; elle va droit à confondre les sottes et intolérables prétentions des zélateurs du diaconat. D'autre part, Jérôme n'a pu même songer à attribuer la consécration épiscopale aux simples prêtres : une ligne plus loin, il les déclare incapables de toute ordi­ nation : Qui enim facit, excepta ordinatione, episcopus, quod presbyter non faciat? Pour éclairer la relation de s Int Jérôme el surtout pour confirmer la première interprétation,on a produit plusieurs documents postérieurs, auxquels il est dilll elle de reconnaître une valeur décisive. Ils sont au nombre de quatre : un texte de Sévère d’Antioche; un texte d’Eutychius;un texte des Apophtegmata Pidrum; un texte d'Épiphane. Disons un mot Je chacun. Mais remarquons d’abord que, quelle que soit la portée de ces documents, dès qu'ils n'ont pas Jérôme pour source ni pour objet, Ils ne sauraient établir directe­ ment sa pensée; ils pourrdent, tout au plus, l’éch rer Indirectement, en nous aidant à mieux connaître les faits dont il nous parle. Sms bénéfice de cette remarque, voici une brève appréciation des textes. Le témoignage de Sévère, le cél re évêque mono· physite d'Antioche, est celui qui pourrait ivoir le plus de poids. Sévère appartient à la première moitié du vi· siècle, H était l’un des hommes les plus réputés de son temps pour l’ampleur de scs connaissances, et 11 vécut de longues années en exil à Alexandrie. Mais I r e nous dit pas autre chose que ceci : « L'évêque de In cité renommée pour son orthodoxie, la cité des Alexan­ drins, était primitivement établi p ir les prètr s.plus tard, conformément au canon qui a prévalu par­ tout, leur évêque fut Institué par la main de évêques. » Voir E. W. Brooks, dans le Journal of theologi- d Studies, 1901, t. n, p. 612-613. 11 n'y a pas iù un seul mot qui ne puisse s'entendre de la simpl élection. Per­ sonne ne ''avisera, Je pense, de voir dans l’expression par la main une allusion au rite de l'ordin tlon. Notre traduction franç Is rend littéralement une trad ction syriaque du texte grec, qui est perdu; et cette expres­ sion, en syriaque, est l’équivalent exact et ordinaire de la préposition par. On ne serait pas mieux fondé â nous objecter le fait qui a provoqué 11 déclamtion de Sévère. Elle a été faite A propos du ca* d’ n certain Isaïe, qui, consacré évêque par un seul évêque, éfendait la validité de sa consécration en s'appuyant sur un canon soi-disant apostolique. Sévère répond qu’on n'a pas le droit d'invoquer contre les usages ecclésiastiques des règles t unbées en désuétude; el comme exemple de règles devenues caduques, il die la coutume d'Alexandrie. Il est donc clair qu’il n a point visé à alléguer un ca< p reil A celui qu'il avait A résoudre : Ici il s’agissait d un é êque, unique consécratcur d’un autre évêque, tandis que lu coutume particulièr · d’Alexandrie concerne l’intervention du seul presbyterium pour la pr unoti n d’un des siens A l’épiscopat. Eutychlus, p triarchc mclchlte d'Alexnndric de q33 »75 JÉIIOME (SAINT) Λ 940, nous λ laissé des Annales, où nous lisons que nlnt Marc établit Ananias évêque d'Alexandrie et qu'il institua en même temps douze prêtres. A la mort d'Ananias. les prêtres avalent pour consigne de lui holslr parmi eux un remplaçant et d’imposer les mains â l’élu pour la consécration épiscopale. Après quoi 11 leu? faudrait s'adjoindre un sujet nouveau, pour compléter leur collège, qui devait toujours comp­ ter douze membres. Cette règle fut en vigueur jus­ qu'au temps de l’évêque Alexandre, qui la supprima, ordonnant que ses successeurs fussent institués par les évêques de h province, P. G,, t exi, coi. 982; voir aussi Gore, The ministry o/ the ehr1sttun Church, Londres, 1889, p. 358. Mais, au sentiment de tous les critiques, l’autorité d'Eutychius est mince, soit ά cause de l’époque tardive où il a vécu, soil parce qu'il ne cite pas sa source, soit, comme l'a d« jù constaté Charles Gore, loc. cil., parce qu' · il est d'une ignorance étonnante » et contredit sur plusieurs points le témoignage de Sévère, assurément mieux Informé. On aura remarqué comment une dr sc> i-fllnnations con­ tredit aussi le système de Mgr Batiffol, en tant qu'elle nous présente les prêtres comme les consécrateurs de 'évêque. On a fait état d'un passage signalé par Dom Butler dans les Apophtrgnwfa Patrum, P. G., t. lxv, col. 311, et qui, selon lui, peut difllcilemcnt être postérieur au îv* siècle Des hérétiques sont venus trouver l'archi­ mandrite Poemen, et Ils se mettent Λ censurer et à calomnier l’évêque d’Alexandrie, l’accusant d'avoir été consacré par des prêtres. L'abbé, sans répondre à leurs allégations, ordonne de servir manger à ces visiteurs étrangers et de les congédier ensuite en paix. On ne peut raisonnablement rien conclure du silence de Poemen,sinon qu’il considérait l'accusation comme entièrement dénuée de fondement. Quant au grief même, s’il signifie quelque chose dans la bouche des accusateurs, c’est avant tout qu'une telle consécration est chose inadmissible. Vouloir y découvrir une allu­ sion â l’ancien régime alexandrin me parait une suppo­ sition passablement fantaisiste, et Mgr Batiffol avoue qu’il n'ose s’y rallier. Mais il se flatte, en revanche, de tirer quelque chose d'une phrase où saint Épiphanc rapporte qu'à Alexan­ drie la coutume, à la mort de l'évêque, était de lui donner un successeur sur-le-champ, pour couper court aux agitations populaires qui auraient pu se produire : TOx; h μχτά τελβάήν έτ.ισy.énvj τούς καΟΐσταμέ^υ;,ά»’ άμα γ·.νεσθαι, εΙρήνης t εχα,τοΰ μή Γ.αρα τριβάς γένεοΟαιέντοϊςλαοϊς. llirres., ι.χιχ, 11, P. G., t. xut, col. 220. 11 suivrait de là, sem­ ble-t-Π, qu'on n’attendait pas, comm dans les autres cités, un moment favorable à la réunion des évêques de la province, mais que le clergé local pourvoyait luimême el seul au siège vacant. Le dire de saint Épi­ phanc est-ll digne de toute confiance? 11 est permis d’en douter, puisque, selon Mgr Batiffol, son auteur l’étale d’ « une histoire controuvée », en donnant Achillas comme successeur d’Alexandre (f 328), dont Il est en réalité le prédécesseur. En outre, j’avoue ne pas comprendre de quel droit on invoque un fait de l'année 328 pour établir la réalité et le sens d'une cou­ tume qu'on a déclarée abolie nu plus tard en 325; je lis, en effet, dans Mgr Batiffol, op. cit., p. 276 : · Cc canon (le 4· de Nlcéc) ne pouvait pas ne pas supprimer le vieil usage alexandrin, si cc vieil usage subsistait encore en 325. comme nous le pensons. » En résumé, j’estime que les quatre textes posté­ rieurs. s’ils p»oj. tient un peu de lumière sur le témoi­ gnage de Jérome, n'ajoutent rien, en particulier, à la vraisemblance de la première explication et qu fis lu ΐ6ΗΛ·οΙ peut-être moins vraisemblable que l'explica­ tion opposée LA ΤΗ Λ Π ΓΙ I ON 97b Sur 1rs origines de l'épiscopat et 1rs dhensulon» dont elles ont été l'ohjH, les trois ouvrilges rib's et-drMUfc, de Mlctiich, Sanders et Batiffol, sût liraient peut-être û donner une Idée très sonumure. Mm·» il n’est pu» un point de l’Iibtolrr de l'Égflse qui uit été plu* fréquemment agité et plu» diversement résolu. Il serait taMlulcux cl il est bnpoMÎbl· d'énumérer lotis les livres qui y ont été consacré*». Lu» plu­ part. qui traitent en même tempe de la pensée de S. Jriôme, sont malheureusement dominés, en Angleterre surtout, par le préjugé confessionnel du presbytérianhnie. l’ne bibliographie assez complète do la question a été donnée par le P. Prat. art. ÊrEQUES, t. v, col. 17UU. 1701. Z F. AUTRES PO/E TB DE DOCTRINE. — Saint Jérôme fut avant tout un scrutateur de ΓÉcriture, un exégète et un critique. C*est donc sa doctrine scrip­ turaire qui nous intéresse spécialement. Voilà pour­ quoi nous avons voulu jusqu'ici recueillir ses ensei­ gnements concernant l'inspiration, l'inerrance et l'interprétation bibliques, en y joignant, comme nées et essentiellement dépendantes de l’exégèse du Nouveau Testament, ses vues sur lu nature et l’origine de l’épis­ copat. En dehors de cc domaine spécial, c'est-à-dire des questions qui relèvent directement de la critique et de l'herméneutique sacrées, on pourrait glaner dans le vaste champ de ses œuvres complètes des textes, des arguments en faveur do presque tous les points de la doctrine catholique. Non seulement II a démasqué et combattu les erreurs de son temps, celles d’un Hel­ vidius, d’un Jovinien, d'un Vigilantius, d’un Pél.ige, des lucifériens, des allégoristes outranclers, mais il ne manque pas, dans scs commentaires, de noter, partout où il les rencontre sur son chemin, les erreurs anté­ rieures et d'en motiver la condamnation. Ainsi fait-ll pour les judaïsants, pour le gnosticisme, scs formes multiples et leurs représentants, pour le manichéisme, le montanisme, le millénarisme, les rebaptisants; ainsi, pour toutes les hérésies contre les mystères de la Trinité et de l'incarnation, qu’elles s’appellent monarchlnnisme, patripassianhme. arianisme, etc. Fautil rappeler scs enseignements sur la virginité, sur la pratique des conseils évangéliques, qui a pris corps dans l’état monastique, sur le culte des images, de la croix et des reliques? Nous avons aussi indiqué en passant, sauf à y revenir bientôt, sa pensée sur la primauté romaine et sur la nécessité de demeurer uni à 1’iglise. Mais parce que, sur tous ces articles et sur un bien plus grand nombre d’autres, écho fidèle de la tradition, docteur en parfaite communion de senti­ ment avec la généralité des docteurs et des Pères de l’Église, il n'apporte pourtant pas de développements personnels et nouveaux, nous jugeons inutile de dresser Ici un Inventaire de scs témoignages dogmatiques. Nous concentrerons plutôt notre attention sur deux vérités fondamentales touchant lesquelles ses idée» forment un ensemble plus compréhensif : l’autorité et le caractère inviolables de la tradition doctrinale, la suprématie du pontife romain. Nous indiquerons ensuite un petit nombre de points sur lesquels son sentiment ne peut être suivi ou appelle des réserves 1° La tradition. — Jérôme s'est toujours fait une loi de recueillir et de transmettre fidèlement la doctrine de ses devanciers; il est tiaditlonnel par principe Dans su lettre à Ctéslphon,/jmL,t.cxxxm, 12, t.xxu, col 1160,il expose ainsi sa ligne de conduite: « Depuis ma jeunesse, — il y a de cela beaucoup d’années — J'ai écrit bien des ouvrages; et toujours J’ai eu soin de ne dire à ceux qui me lisaient que cc que j'nvius appris de renseignement publicité l’ï glise; je me sui» appliqué à suivre non les raisonnements des philo­ sophes, mais la simplicité dc\ apôtres; car je me rappe­ lais ce texte : · Je perdrai la sagesse des sages el je rejetterai la science des savants », et cri autre : < Ce qui paraît en Dieu une folle est plus s ».’e que la sagesse I de tou* les hommes. . I Cor., i, 19, 25 Aussi j'invite 977 JÉHOME (»ΑΙλΤ), LA sans crainte mes adversaires Λ passer au crible tout ce que j’nl écrit Jusqu'il présent : «'Ils trouvent quelque choie à reprendre dans Ica productions de mon petit esprit, qu’ils le dénoncent publiquement. Ou bien ils me blâmeront A tort, et je repousserai leurs calomnie»; ou bien leurs critiques seront fondées, el j’avouerai mon erreur; j’aime mieux inc corriger que de m’entêter dans des sentiments erronés. » « Cc que j'enseigne, dit-il ailleurs, Epist., evin, 26, t. xxn, col. 902, je l’ai appris non de moi-même, c'csl-A-dire de la présomp­ tion, maître détestable, mais des hommes qui ont illustré l’Église. » Et à ses amis Domnion et Rogatlcn il écrit, Prw/. in Paraitp., t. xxix, col. 407 : · Λ l’égard des Livres saints, jamais je ne me suis Hé à mes propres forces, jamais je n’ai adopté pour guide mon opinion personnelle. J’ai pris l’habitude d’interroger sur les choses que Je croyais savoir et, à plus forte raison, dans les cas où Je doutais. » Pour Jérôme, la tradition apostolique est la règle suprême de la fol, et vainement essaierait-on de lui opposer l’autorité de l’Écriturc. Voici comment il clôt et résume en quelque sorte toute sa dissertation Contre les luci/értens, t. xxm, col. 181, 182 . « Jo vous dirai brièvement et clairement le fond de ma pensée. Il faut demeurer dans l’Église, qui, fondée par les apôtres, subsiste encore aujourd’hui. Si vous enten­ dez, où que ce soit, des gens qui se disent chrétiens emprunter leur nom Λ quelque autre que le Seigneur Jésus-Christ, comme font les marcionistes, les Valen­ tiniens, les montagnards ou cnmpites, soyez persuadé qu’ils ne sont pas l’Église du Christ, mais la synagogue de l’Antéchrist. Cc sont eux que l'Apôtre a annoncés (sous cette dernière dénomination), cela résulte du fait même de leur Institut on postérieure. Et qu’ils ne sc bercent pas d’illusions, pendant tirer leurs doc­ trines des textes scripturaires. Le diable même parfois a Invoqué l’Écriturc. Mais l’Écriturc, cc n'est pas la lettre, c’est le sens. Au fait, si nous nous attachions à la lettre, nous risquerions, nous aussi, de nous créer de nouveaux dogmes et d'affirmer qu’on ne doit pas admettre dans l’Église ceux qui ont des chaussures ou qui possèdent deux tuniques. » Non seulement l’Écriturc, bien comprise, ne peut être contraire A la tradition, mais c’est à la tradition et à l'autorité gardienne de la tradition qu'il faut demander l'interprétation de l’Écriturc, Cette loi est nettement indiquée dans une lettre A Paulin de Noie, Epist., un, t. xxn, col. 543, 514. L’Éthiopien, ministre de Candace, « lisait le prophète Isaïe; et à Philippe, qui lui demandait : « Comprends-tu cc que lu lis? · il répond : · Comment le comprcndrals-je, si quelqu’un ne me l’explique? » Pour mol, s’il in’csl permis de parler de ma personne, je le dirai : Je ne suis ni plus saint, ni plus zélé que cc serviteur, qui, laissant lu cour de sa souveraine, était venu au temple du fond de l'Éthiopie, c'cst-ù-dirc des extrémités du monde; qui aimait et estimait la science divine au point de lire les Écritures sur son char, et qui cependant, tout occupé qu’il était A feuilleter, A méditer cl A relire les oracles du Seigneur, ignorait encore celui qu’il adorait dans le Livre sucré sans l’y reconnaître. Philippe vinl, il lui découvrit ce Jésus caché sous l’écorce de la lettre. Oh! l’admirable puissance d’un maîtreI En un instant i’Éthiopien croit, il est baptisé, il devient fidèle et saint; il était disciple, désormais il est lui-même maître. » Puisque tels étalent l'estime et l’amour de Jérôme pour la doctrine traditionnelle, il ne faut pas s'étonner qu'il ait mis tout en œuvre pour la connaître. La plu­ part des voyages qu'il entreprit et des hautes relations qu’il rechercha dans sa jeunesse n’avaient point d’autre but. 11 voulait voir de près, autant que possible, les origines de la fol et interroger les maîtres les plus | I'HIMAL’JL KOMAINE célèbres. C’est pour cette raison qu’encore adolescent il aimait fréquenter et entretenir, A Concordia, pres d'Aquiléc, ce vieillard presque centenaire, nommé Paul, qui, dans sa jeunesse, avait connu A Rome un secrétaire de saint Cyprien. Epist., x, ad Paulum senem, t. xxn, col. 343, 344; De viris, n. 53, t. xxm col. 661. C’est poussé par le même désir qu'il alla entendre Apollinaire, A Laodicée, Didyme, à Alcxan dric, Grégoire de Nazianze. A Constantinople. Epist , lxxxiv, 3, t. xxn, col. 745. Enfin, si fort, si ancré dans l’âme de Jérôme était le sens traditionnel, que maintes fols I) l'a emporté sur les répugnances du critique ou sur certains préjugés qui lui avaient peut-être été infuses par les maîtres Juifs auxquels U dut avoir recours. Bien qu’en prin­ cipe il rejette l’authenticité des livres deutérocanonlques de l'Anden Testament, il en (ait souvent usage « Il appelle l'Ecclésiastique une Eenture divine, » remarque M. Trochon. « 11 cite le livre de la Sagesse comme Écriture; il l’emploie avec d’autres texte* des livres protocanoniques, comme ayant une auto­ rité égale. Dans ses commentaires sur Γ Épltrc aux Gala tes, il allègue successivement un verset du liv 1 de la Sagesse, un verset de l'Épltre aux Romain^ un verset de 1 Corinth, et un verset deulérocanonlque de Daniel. IJ réfute l’hérésie pélag enue par le témoignage des parties dcutérocanoniques de Daniel, qu’il cite comme appartenant au livre de ce prophète. Dans son Commentaire sur le prophète Nahum, il prouve, par un autre verset deutérocanonlque de Daniel cl par l'autonté d’Ézéchlel, qu'Israel a été appelé race de Chanaan A cause de ses crime* » Trochon, La Sainte Bible. Introd. générale, III· partie, p. 149. Voir aussi, l'art. Canon, L u,col 1577, 1578. 2° La Primauté romaine. — La tradition aposto Uque se conserve dans l’Église et par l’Église. C'est de la bouche des ministres de l’Église que tous, comme l’eunuque de la reine Candace, nous devons la recevoir Pour lui rester fidèle, · il faut demeurer dans l'Église qui existe aujourd’hui telle qu’elle a été fondée par les apôtres. » Ado. lueif., loc. cit. Mais l’enseignement de l’Église, A son tour, se résume el se concrétise dans celui de son chef visible. « Respecter les borne* traditionnelles, » c’est en définitive adhérer A < la foi romaine, qui a été louée par saint Paul. » lui primauté de l’évêque de Rome est on ne peut plus catégoriquement affirmée par saint Jérôme; il y voit la réalisation nécessaire de la parole de Jésus consignée en Matth xvi, 17-19. 11 sait que la solidité cl l’unité de l'Égluen dépendent; il proclame que · ΓÉglise est fondée si»r Pierre, seul choisi parmi les douze apôtres, aÛn qu< la désignation d’un chef écartât les dangers de sci> slon : Pnipierca inter duodecim unus eligitur, ut capite constituto schismatis tollatur occasio. » Adv. lucii, 26, P. L , t. xxn, coi. 217. La promesse faite A Pierre de l’établir fondement de l’Église, fondement indeslruc tible et immuable, empruntant son indestructibilitc et son immutabilité au Christ comme fondement principal, est rapjH’lée en une foule d'endroits, par exemple. In Afatth., xvi, 18, t. xxvi, col 117; Adoers Pctag., L I, 14, L xxm, col. 506; In Escch., xu. 8, t. xxv, col. 399; Epist, xu. ad Marcella/n, . t. xxn, col. 475. Voir card. Marini, Hieronymus di>c (rirue de Romanorum Pontificum primatu penes orten talem Ecclesiam testis el assertor, dans Miscellanea Geraiiiniuma. p. 183 aq. La foi de Pierre, comme sen pouvoir souverain, est passée aux pontifes de Rome VoilA pourquoi lu foi romaine c*t in altérable et d u virginale pureté, pourquoi aussi quiconque s’y coi forme est par JA-mêmc â couvert de tout reproche « Elle a été louée par le grand Apôtre. » — Jérôme revient sans cesse sur cet argument — · et die est Inaccessible aux artiticesdu langage et aux sophismes; 979 JÉROME (SAINT). L’ÉTERNITÉ quand même un ange viendrait In contredire, elle reste immuable, garantie qu'elle est par le témoignage de Paul : A ft mien scito romanam pdem, apostalica voce laudatam, ejusmodi praestigias non recipere; etiamsi angelus aliter annuntiet quam semel prfrdlcatum est, Pauli auctoritate munitam non posse mutari. » A pol. adn. libr. Eufini, 11, L xxm, coi. 466. On a reproché A Jérôme « ce qu’il avait écrit contre Helvidius, pour défendre la perpétuelle virginité de Marie; mais est-ce que Dmnasc, le virginal gardien de la virginité doctrinale de l’Église, n trouvé quelque chose Λ y reprendre ? » Epist., χι.ντπ, ad Pam., 18, t· xxn, eol. 508. I Nous avons parlé, col. 865, du malheureux schisme d’Antioche, où les questions de terminologie et de doctrine théologiques sc mêlaient aux rivalités de personnes. On a vu comment Jérôme Inclinait forte­ ment du côté de l'évOquc Paulin et combien vivement 11 désirait le maintien des anciennes formules trinitaircs. Néanmoins c'est de Home qu'il attend une direction sûre et obligatoire; et il la suivra, il le pro­ met, quoi qu'il en puisse coûter A son amour-propre et même A sa raison. « J'ai cru, écrit-il au pape Da­ rn asc, qu'il était do mon devoir de consulter la Chaire de Pierre et cette foi romaine louée par 1'ΛρΛtre; Je cherche la nourriture de mon Ame là où J’al reçu autrefois la robe du baptême. Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre. Votre grandeur m'effraie, mais votre bonté m'attire. C’est au succes­ seur du Pêcheur et nu disciple de la croix que Je m'adresse. Ne voulant point d'autre chef suprême que le Christ, Je me tiens en communion avec votre Béatitude, c'est-à-dire avec la Chaire de Pierre, c'est sur cette pierre, Je le sais, que l’Église a été bM ‘e : Ego nullum primum, nisi Christum, sequens, Deatitudinl tua, id est, Cathedrae Petri, communione consocior; super illam petram irdifleatam Ecclesiam scio. Celui-là est un profane, qui mange l'agneau pas­ cal hors de < ette demeure. Si quelqu'un n'est pas dans l'arche de Noé, il sera submergé par le déluge. » Con­ séquent Jusqu'au bout avec ses principes, leur immo­ lant donc ses sympathies et opinions propres, Jérôme continue : « Je ne connais point Vital, Je rejette Mélèce, J’ignore Paulin. Quiconque n'nrnasse pas avec vous dissipe; quiconque n'est pas au Christ est à l'Antéchrist. » Sans doute, ce n'est pas avec Joie, ce n'est pas inêrne sans faire violence A ses sentiments intimes, qu’il accepterait l’expression des (rois hijpostases, il le déclare d'un ton amer, presque hautain; mais plus sa répugnance est vive» plus aussi, en la surmontant, il reconnaîtra le principe d’autorité et la nécessité absolue de l'obéissance. « 11 devrait nous •ufflrc, poursuit-il, d'affirmer une substance et trois trois personnes subsistantes, parfaites, égales, coétvrnello Il n'y a donc pas Heu, sauf votre .avis, de par­ ler de trois hypostases,mais d'une seule.· Toutefois la conclusion dernière, la résolution pratique reste tou­ jours celle d’une soumission Inconditionnelle : · Déci­ dez de grûce, s’il vous plaît, et Je confesserai sans crainte trois hypostases : Je supplie votre Béatitude*, par le Sauveur crucifié, par la Trinité consultant Idle, de m'adresser par écrit l'autorisation soit de taire, soit d’employer cette formule. · Epist., xv, t xxn, col. 355 sq Comme la réponse de Damasc sc faisait attendre et que, de toutes parts, le solitaire de Chalcis était sollicité, tourmenté même, une nouvelle suppli­ que, partit pour Home, plus pressante encore que la première; et elle redisait le même hommage à In prim iuté f · Au milieu des trois factions qui s'efforcent de m'attirer à elles, nu milieu des moines qui m'entou­ rent et dont l'ancienneté tend à m’en imposer, Je ne cesse de crier : Celui-là est mon homme, qui sc tient uni A la Chaire de Pierre *. Ego intérim clamito : si quia DES PEINES 9S0 cathedra* Petri jungitur, ille meus est. C est pourquoi Je conjure votre Béatitude de me faire savoir par une lettre avec qui Je dois vivre en communion dans ers réglons syriennes.Ne dédaignez pas mon Ame; IcChrist est mort pour elle > Epist,, xvi, col. 358. La ligne de conduite et , scutum fidei qu'il a Imaginé et qu’il colporte dans le monde ues éludes. C’est un grand tableau où les relations entre l'essence commune d’une part el d'autre part les Individus divers en lesquels elle sc spécifie sont assimilées aux rapports qui s'etubli tient entre l’essence divine ct les trob j ersonnes de lu sainte Trinité. Voir une recons­ titution de ce tableau dans Fontes rerum austriacarum, t. vu, p. 20. En 1407, Jérôme est rentré ft Prague, où 11 est reçu •u nombre des maîtres ès-arts. Resté laïque 11 ne prendra Jamais les grades en théologie; mais cette c»r constance ne l’empêche pa· de se J» ter avec toute sa fougue dans les questions religieuses. C est le mofl ent où le*· discussions autour des thèses proprement v»a.Ici. le atteignent leur paroxysme;c'est le moment aum uù les Idées de réforme religieuse trouvent dans la réaction nallot nllsle tchèque un allié inattendu. Jeuî Hus ct Jcrôine de Prague sont les grands artisans du mouvement qui. en 1409, balaye de I université les ΑΙκιιιαποι qui Jusque-là y parlaient en muilres. i ni. i«ment slavlsée, l'université nouvelle s'ouvre de plus en plus kuguncnt aux influences wlclefhtes. 988 Dans les luttes ardentes qu! suivent la publication de la bulle d’Alexandre V, le nouvel élu du ondle de Plie, contre les erreurs de Wlclef, Jérôme sc fait remarquer par sa brillante éloquence, sa fougue extraordinaire. Plus encore que Jean Hus, Il est lo chef de la Jeunesse universitaire, qui prend violemment parti contre les représentants officiels de l’Église. Prague est bientôt un théâtre trop étroit pour son zèle de réformateur. Il s'agit de gagner au wlcleflsme les pays voisins de la Bohême, Hongrie, Croatie, Autriche, Pologne. Peutêtre, avant d'entreprendre cette tournée de propa­ gande, Jérôme cst-II allé se retremper ô Oxford aux sources pures de l'esprit réformateur. Il semble en cflet qu'il faille rapporter ft ccttc époque (1409-1410) une lettre de l'université de Prague adressée Λ l'univcrsité d'Oxford, pour Intercéder en faveur de maître Jérôme que des propos suspecta ont fuit incarcérer. Palacky, Documenta, p. 336. Quoi qu'il en soit d’ail­ leurs on trouve Jérôme ft Rude le Jeudi saint 1410, discourant devant le roi Slgismond contre les vices du clergé ct prêchant la réforme de l’Église. Sur plainte de l’archevêque de Prague, Il est arrêté, ct mis en prison par l'évêque de Gran. Il trouve moyen de se faire mettre en liberté; en août 11 est à Vienne, peutêtre après être repassé à Prague, où 11 pourrait bien avoir assisté aux Joutes théologlques relatives aux propositions de Wlclef qui remplissent la fin de Juil­ let 1410. A Vienne les choses se gâtent sérieusement. Les propos de Jérôme avaient peut-être revêtu une véhémence particulière; l’ofllcial de l'évêque de Pas­ sau (Il n’y a pas encore de siège épiscopal Λ Vienne) cite Jérôme ft comparaître devant une députation de l'université de Vienne. On lui reproche d’avoir ensei­ gné quelques-unes des quarante-cinq thèses wide listes, ct on lui objecte son altitude des années précédentes à Cologne et u Heidelberg. Pour demeurer en liberté Jérôme Jure sur les évangiles de ne pas quitter la ville avant d'avoir donné toute satisfaction sur sa doctrine; mais il manque ft sa parole ct s'échappe de Vienne, sous prétexte que toute la procédure a été menée contrairement uu droit. Jugé par contumace, Il est déclaré véhémentement suspect d’hérésie, celte sentence est affichée aux portes de l'église SaintÉtienne de Vienne, ft Cracovle et Λ Prague. Sur le procès de Vienne, voir Ladislas Klicman, Processus judiciarius contra Jeronymum de Praga habitus Vienna·, anno 1410-1412, dans Historlschcs Archio der tschcchischen Akadcmie, n. 12, Prague, 1898. De Vienne Jérôme s’étalt enfui en Moravie. On le rencontre de nouveau ft Prague en 1412, aux côtés de Jean l lus. Les quoi elles religieuses, un instant assou­ pies ft la fin de 1411 par l’appel de Jean Hus nu SaintSiège, reprenaient de plus belle autour de la question des indulgences. rVvcc une violence dont Hus lui-même s’étonne Jérôme attaque la bulle de Jean XX11I, prêchant la croisade contre Ladislas de Naples, le sou­ tien de Grégoire XII, et accordant l'indulgence plé­ nière ft ceux qui y prendraient part. Au concile de Constance on accusera Jérôme d'avoir été l’organisa tcur de la procession burlesque où la bulle pontHU ale fut promenée dans les rues de Prague, suspendue au cou d’une fille de joie, pour être ensuite solennelle­ ment brûlé · Jérôme déclara, Il est vrai, qu'il n’étalt pour rien dans cette pnrudle dont il semble que le metteur en œuvre fut Woksa de WalUcln, un des favoris du roi Wcm c »las. 11 n'en reste pas moins que Jérôme, en ces conjonctures, s'appliqua A all.scr l’indignation populaire. Ce fut lui en effet qui, apiè» Γexécution Judiria re de trois Jeunes gens qui avun-ul troublé la prédication de l’indulgence, fit aux < pre ΓΓΐ n2Urlyre * iuhératllcs triomphales, 11 Jull- Depuis lo derniers mois de telle même année 989 JÉROME DE PRAGUE 1412, Jean Hus frnppé d’excommunication pontificale avait dû quitter Pi iglic, ou n’y séjourner qu'incognlto. Jérôme, non moins suspect, avait dû s’éloigner. On Je trouve en 1113 b CracuVlt à la cour du grand duc Witold, qu’il accompagne dans une de ses expédi­ tions en ItUMle et en Lithuanie. Jérôme au cours de et voyage en pays schismatiques sc fait remarquer par les avances qu il prodigue aux hétéiodoxes, dont 11 aurait affecté de vénérer les rites plus que ceux de l’Églisc catholique. Toutes ces démarches de Jérôme ne passaient pas inaperçues, Λ Vienne, un professeur de l’université, Jean Sybart disait ouvertement que le maître As arts de Prague était allé à Crncovle pour recruter des adhérents à son hérésie. Lettre de Jean Hus, du 1* juillet 1413, dans Palacky, Documenta, p. 63. 11. JénostR au concile de Constance. — Cepen­ dant l'état d'anarchie dans lequel depuis quarante ans te débattait l’Églisc, état qui avait tant contribué au ptogiès des idées hétérodoxes, semblait devoir prendre fin. Le concile convoqué à Constance pour le 1er novembre 1114 allait bientôt s'imposer à tous comme la seule autorité capable de faire prévaloir ses décisions. On s’explique comment les deux réformateurs tchèques se sentirent contraints, l’un après l’autre, de venir à Constance où les attendait le même tragique destin. Chose étrange, l’un ct l’autre y sont venus de leur plein gré, poussés néanmoins par une invincible attraction vers cette ville où se concentiail pour un moment toute l’autorité de l'Églisc, L’un ct l’autre y sont venus pour les mêmes raisons plus ou moins obscurément perçues : Soucieux de ccttc Idée de réforme ecclésiastique, qui hante toute la chrétienté, ils ont le besoin de lu dégager des con­ cepts hétérodoxes où Ils l’ont eux-mêmes compro­ mise; ils veulent justifier In jeune nation tchèque du reproche d’hêiédc qui déjà est accolé à son nom; voilà pour la «léfcnsive. Pensent-Ils prendre l’oflensive; espèient-ih gagner à leurs vues réformatrices la haute asscmbke où tant de bons esprits pensent comme eux pour l’essentiel ? 11 n’est pas interdit de le supposer. C’est en apôtres de la réforme, qu’ils quittent la Bohême. Mais à peine ont-ils franchi la frontière, qu’ils se sentent des accusés, presque des condamnés. Hus est parti le premier le 11 septembre 1414; Jérôme au moment du départ, lui n promis d’aller le rejoindre, s’il est besoin, pour l'épauler et le défendre. Or dès le mois de decembre 1414, Hus, prisonnier malgré le sauf-conduit impérial, sent que la partie est perd e> que lout conspire ici contre l’idée de la réforme à la mode tchèque. Il mande à ses amis de IVugue que nul ne vienne le rejoindre. Palacky, Documenta, lettre 50, p. «9-90. Pareille recommandation n’était pas faite pour arrê­ ter Jérôme Au carême de 1115, H se met en roule pour Constance, nourrissant peut-être les mêmes illusions qui avalent décidé son ami à sc rendre au concile Comme lui il part sans sauf-conduit, espérant que rien ne lui sera plus facile que de faire respecter les droits de la défense. Il n’est pas arrivé à Constance qu’il sent tomber toutes ses illusions. Arrivé incognito le 4 avril, il est sans doute instruit par lus nobles bohémiens de la vraie tournure que prend le procès de Jean Hus. Ans itôt il quitte la ville, se rend à Uebcrlihgen et adresse au concile une demande de sauf-conduit. En même temps, Il fait placarder dans Constance un avis, où il se déclare prêt, lui Jérôme de Prague, malt n ès-artsde Pari·, Heidelberg, Cologne et Prague, û rendre raison de srs enseignements cl I doctrines, ajoutant d’ailleurs qu’il ne refuse pa?<, s'il est trouvé en qu< h ues erreur ou hérésie, à en subir publiquement la prine, prout erroneum seu /urrrtteum I decet. Ne venant ρα.. venir lu sauf-conduit, Jérome | 990 commence ù concevoir des craintes. Manf d’une lettre que lui ont remise les nobles k deques, et qui doit lui servir pour jusUlicr son retour à PiugUc. U reprend, toujours Incognito, le chemin de la Bohème. 1 a véhémence de quelques propos qu’il lient le fait reconnaître et arrêter ù Hirschau. il est de bonne prise, car justement quelques jours plus tard, sans doute le 17 avril, le concile a r<’pondu à sa demande de lauf-conduit par une citation en règle. Jérôme est sommé de se présenter devant rassemblée pour répon­ dre aux accusations qui pourraient êtn portées coulee lui, en matière de fol : nd quod a oiolentia (justitia temper saluai omnem Ubi sulcum conductum nostrum of]rrimui. Cette det mère phrase prétendait mettre Jérôme è l’abri de toute violence illégale, mais non lui assurer l’impunité au cas où il serait reconnu cou­ pable. Le 1« mal la citation est renouvelée; la lendemain, à la vn* session générale, le promoteur madré Plro de Cologne requiert du concile que Jérôme soit déclaré contumace, et obtient de poursuivre le procès contre lui. La procédure par contumace serait d'ailleurs évitée Ballotté de geôle en geôle, au hasaid des Juridictions féodales qu'il traversait, Jérôme arrivait à Constance le 25 mars, menottes aux mains, une chaîne de fer à la ceinture. C’était dans un équi­ page presque aussi piteux que la veille le pape Jean XXΙΠ, prisonnier du concile, avait fait son entrée dans Constance, pour s'entendre déposer la 29 mai. Un premier interrogatoire sommaire eut lieu a l’arrivée de Jérôme de Prague. Gerson, chancelier de l’université de Paris, un maître de Cologne, un autre de Heidelberg lui posèrent quelques questions sur les thèses philosophiques relatives au problème des Universaux qu il avait soutenues dans ccs diverse· écoles. Mais là n'était point le vif du débat. D ailleurs le concile avait pour le moment d'autres soucis : le 29 mai on terminait le procès de Jean XXIII, pour aborder aussitôt celui de Jean Hus. Enfermé dans la tour du cimetière Saint-Paul. soumts A h plus rude captivité, Jérôme devra attendre l’issue de l'action menée contre son ami. Il ne semble pa» qu’il ait pu communiquer directement avec lui. A la veille de son supplice, qui eut lieu le 6 juillet, Jean écrit À ses amis de Bohême qu'il n'a aucune nouvelle de Jérôme. U •ait seulement qu’il est dans une dure prison, que com­ me lui-même il attend la mort, lettre lxxi, Palacky, p. 117; Jean espère que Jérôme subira h mort avec plus de courage encore que lui-même. Lettre lxxxvi, Ibid., p. 140. Le supplice de Jean Hus avait exaspéié au plus haut point l agltation de la Bohême. Le schisme se déclarait ouvertement ô Prague. Une nouvelle exé­ cution risquait de compromettre définitivement h cause de l'unité. C'est la raison sans doute pour la­ quelle le promoteur du concile mit tout en œuvre pour obtenir de Jérôme une abjuration que le sauverait du supplice, un désaveu des doctrines professées par Jeun Hus, une approbation de la sentence portée contre celui-ci. Energiquement travaillé par le cardinal de Florence, maté par une dure captivité qui eut bientôt raison de sa robuste constitution, Jérôme se décida à faire cc que l’on attendait de lui. Dans une congrega­ tion publique tenue le 11 septembre 1415, Il lut une formule de rétractation écrite tout entière de sa main. Mais on voulait donner A cet acte plus de solennité en la faisant réitérer dans ta xix· tessioA générale qui se tint le 23 septembre. Jérôme dut y relire le texte fourni précédemment par lui. Il y an a thème t liait toute hérésie et tpé Salement celle dont il était sus­ pect, et quiét.d1 J’h c ‘ de Jean Wlclef et de Jean Hu·; il acceptait l'a torilé d© I I église ct celle du c<»n< Ils 'péclaleinenl eu ev qui con ex ne I© pouvoir des clefs, 991 JÉROME DE PRAGUE les sacrements, l'ordination, les offices et censures écriés lus tiques, les indulgences, les reliques des saints, les cérémonies, les libertés de l’Égllse, bref il rejetait les 45 articles de Wlclef déjà si souvent condamnés et les 30 articles de Hus, condamnés eux aussi par le concile; plusieurs de ces articles étaient notoirement hérétiques, d'autres blasphématoires, erronés ou tout au moins scandaleux. Venait ensuite une explication de la conduite adoptée par Jérôme dans les thèses rela­ tives au problème des Universaux. Nul ne lui repro­ chait son réalisme, si outré qu’il fût, mais on lui deman­ dait de déclarer, ce qu'il fit, qu'il ne liait pas la vérité de ce système avec les dogmes de la foi. H expliquait ensuite comment i) avait pu admettre de bonne fol l'innocence dc Jean Hus, mais pour lors, pleinement convaincu dc la culpabilité de celul-cl, Il comprenait qu’il avait été justement condamné, lui et sa doctrine, comme hérétique et Insensé. Suivait une explication sur quelques termes employés par lui dans la séance précédente et qui pouvaient donner lieu ά malentendu. Le tout se terminait par une protestation de fidélité à l’Égllse. < SI J’y manque, concluait Jérôme, je veux encourir toute la sévérité des canons et m’expo­ ser Λ la peine éternelle : canonum severitati subjaceam et telernx perna: obligatus inveniar. > L' bjuratlon de Jérôme n'entralnalt pas de sol la mise cn liberté Immédiate, que celui-ci avait escomptée. Il fut maintenu en prison, dans une situa­ tion plus douce. Il est vrai, qu'auparavant. On atten­ dait de lui, en effet, une démarche sur l’efficacité de laquelle beaucoup comptaient. Des lettres de Jérôme adressées au roi, à In reine, à la noblesse dc Bohême, aux partisans dc Jean Hus, où seraient hautement reconnues la culpabilité du réformateur ct la justice de son exécution, auraient le meilleur clfct, pensait-on, pour ramener tout le parti hussltc à une plus sa ne appréciation des choses. Jérôme était, dès le 12 sep­ tembre, entré dans cette vole ct avait écrit dans ce sens è Lackon dc Krawar. La lettre dans Palacky, Docu­ menta, p. 598. Mais il refusa bientôt dc continuer. Ccttc altitude fit suspecter la sincérité dc sa rétracta­ tion. A la fin d'octobre, Gerson publiait un opuscule De protestatione ac revocatione in rebus jldci, qui faisait une allusion A peine voilée A la fâcheuse posture où Jérôme risquait de se mettre. Un certain nombre de hautes personnalités conciliaires, il est vrai, d'AUly, le cardinal des Urslns, le cardinal de Florence étaient d’avis que l’on mît Jérôme cn liberté. Mais les adver­ saires de Jérôme. Michel de Causls et Étienne Palecz profitèrent habilement dc certaines accusations por­ tées contre Jérôme pur quelques carmes récemment arrivés de Prague et qui jadis avalent pu être les victimes des violences du chevalier. On fit tant el si bien qu’il fut décidé que le procès de Jérôme serait repris à nouveau, que les anciens Juges seraient des­ saisis el qu'une nouvelle enquête serait menée par le patriarche latin de Constantinople, Jean dc Hupcsclssa Comme Jérôme n'avait pas laissé d’écrits, tout le procès devait se passer par audition de témoins. Le 27 avril 1416 les commissaires délégués dépo­ saient leur rap|x>rt cn congrégation publique. Ils avalent dressé une liste des fails relevés ù la charge de l’accusé: celle IMe fut encore augmentée par les wins du promoteur. Le texte dans von der Hardi, t. iv, p »?2" 1’83, et dans MansJ, Concit., t. xxvii. col. 84O-8G3; on en trouvera un résumé très suffisant dans Heftle-Leclercq, t. vif a, p. 377-387. On peut en somme ramener a deux catégories les chefs d’accusa­ tion : Jérôme s’est f.dt le propagateur des idées de Wlclef alors qu'il connaissait déjà ct leur malien ct la condamnation portée contre elles. Il n appuyé cette propagande d'acte de violence nombreux, qui témoignent de son attachement opiniâtre aux doctri­ 992 nes proscrites. Ces divers chefs d'accusation seraient soumis au prévenu, qui devrait répondre sous lu fol du serment, aux diverses questions qui lui seraient posées. Ainsi acculé Jérôme fit télé du mieux qu’il put. 11 s'attacha à montrer aux commissaires enquêteurs que les actes dc violence qu’on lui reprochait avalent été ou exagérés ou mal Interprétés; que d’autre part les doctrines wide fis tes, auxquelles il avait adhéré, n'étalent pas un bloc à accepter ou A rejeter sans plus, que bien des propositions condamnées étalent suscep­ tibles d’une interprétation plus bénigne. Sur un seul point Jérôme croyait qu’il fallait nettement sc séparer de Wlclef et au besoin de Jean Hus, il s'agissait de la doctrine de la transsubstantiation, que Jérôme déclarait accepter sans ambages, alors que les deux novateurs semblaient avoir enseigné la doctrine de la rémanence et plus ou moins compromis le dogme de la présence réelle. Cette tactique adoptée dans les Interrogatoires privés, Jérôme la reprit en séance publique à la congré­ gation générale du 23 mai 1416. Il avait demandé avec beaucoup d'instance cette comparution publique; il espérait sans doute qu’il lui serait loisible d’y exposer oratorio modo l’ensemble de scs Idées sur la réforme de l’Égllse. Confiant dans son éloquence il se fi Utah peut-être de retourner en sa faveur une assemblée qui avait mis à son ordre du jour l'extinction des abus dont souffrait la chrétienté. Son espoir fut trompé; il lui fallut répondre dc nouveau à toutes les chicanes de détail accumulées avec une minutie dc procureur par l’accusation. A cette défense il perdait la plupart dc scs avantages. A maintes reprises pourtant il lui arriva de conquérir par scs réparties vives et spirituelles la sympathie de l’assemblée; des sourires bienveillants accueillirent quelques-unes de ses réponses, comme Pogge qui assistait à la séance, l'a fort bleu noté. Mais Il fallut une nouvelle audience, le 26 mal, pour épuiser l’interminable liste des griefs accumulés contre lui. Les témoins ayant d'ailleurs maintenu les divers points contestés par Jérôme, le patriarche dc Constantinople conclut en déclarant que l’accusé était quadrupticlter de hteresi convictum, ce qui doit s'entendre, scinblc-l-ll, non de quatre points spéciaux sur lesquels Jérome aurait été convaincu d'hérésie, mais bien de l’énergie de la conviction que le procès avait laissé dans l'âme du prélat relativement â la culpabilité du prévenu. Il ne restait plus qu'â laisser à celui-ci la parole pour sa défense. Auparavant on lui lit remarquer que s’il voulait rétracter son erreur, revocare errorem suum, le concile dans sa miséricorde était encore prêt â le recevoir au giron dc Γ Eglise, mais qu'au cas con­ traire on procéderait contre lui juxta juris disposi­ tionem. Au dire de Pogge, qui a laissé de toute cette séance une très vivante narration, le discours dc Jérôme fut une merveille d'éloquence, digne d’être mise en paral­ lèle avec cc que les orateurs classiques ont laissé dc plus fameux. Son argumentation générale n'avait pas laissé de faire grande Impression sur les Pères du concile. Partant des grands exemples d’accusations injustes et calomnieuses dc l'antiquité profane ct sacrée. Jérôme s'efforçait d'expliquer les raisons qu'avaient ses ennemis de conjurer sa perte. Son procès n'était pas autre chose qu'une rcpr&aille des Allemand contre le nationalisme tchèque ct tout ccd dit avec tant de verve paraissait si vraisemblable, que beaucoup se sentaient Inclinés à la miséricorde. Mais la dernière partie du discours gâta tout; on s'atten­ dait à cc que Jérôme regrettât ses erreurs possibles» cn demandât le pardon. Bien nu contraire, avet' une fougue extraordinaire, il rétracta son abjuration de l’année précédente, arrachée, disait-il, par la terreur que lui inspirait le bûcher; il proclama hautement l’in- JÉROME DE PRAGUE. 993 noccnce. In sainteté de Jean Hne, retira la lettre écrite par lui à Prague pour approuver la condamnation de son maître ct ami. Il ajouta enfin qu’il adhérait en général aux doctrines de Wlclef, sauf pour cc qui avait trait nu sacrement dc l’autel : ubi ipsi Joannes Wyclefus et Joannes Ilus quoad sacramentum altaris dixerunt contra dnctorcs Eccleslir eorum opinionem quoad illam partem non sequitur neque eam tenet. Au fait sur tous les points dc fol, il croyait ce que croyait l’Égllse; Wyclcf et Jean I lus, sauf le point ci-dessus, n’avalent pas cru autre chose, mais Ils s’étalent élevés avec force contre l’orgueil, le faste, la pompe des prélats, contre les désordres énormes par lesquels on scandalisait l’Égllse. En parlant ainsi Jérôme, II le savait, prononçait ta propre condamnation. Il n’étalt plus seulement hérétique, mais relaps, c’est-à-dire, quels que pussent être scs sentiments ultérieurs, passible dc la peine capitale. Théorique ment 11 aurait pu être livré séance tenante au bras séculier. 11 semble que le concile ait voulu prévenir une exécution précipitée. On laissa à l’accusé deux jours pour réfléchir, espérant peut-être qu’ilsc rétracterait, ct que, cn violation d’ailleurs de la jurisprudence dc l’époque, on pourrait lui accorder son pardon. Diverses tentatives furent faites pour k gagner; elles échouèrent. Ni Jérôme, ni le concile ne pouvaient plus reculer. La xxi· session générale, qui je tint le samedi suivant, 30 mal. fut spécialement réunie pour terminer l’aiTalrc. L’évêque do Lodi commença par requérir contre Jérôme les peines de droit,au cas où il ne sc rétracterait pas séance tenante. L’accusé répondit par une nouvelle exposition de scs Idées, et une narration dc sa vie, analogues à celles qu’il avait données deux jours auparavant. Il fut ainsi amené à faire une profession dc foi très précise qui jette un jour curieux sur sa mentalité. « Il croyait, disait-il. à une seule Église catholique, cc que l’on peut entendre de la multitude dc ceux qui doivent être sauvés, de ΓÉglise triomphante ct dc l’Égllse militante. Mais l’Égllse catholique c’est aussi l'ensem­ ble de tous ceux qui professent la fol du Christ; c’est encore la communion des prélats ct des chefs. A ccs prélats, à ces chefs il faut obéir, alors même qu’ils sont pervers, etiam dyscolis, quand ils commandent selon la loi dc Dieu, mais non point quand ils sont extérieurement pervers, exterius dyscolis. Jérôme tenait d’ailleurs tous les articles dc fol, admettait les céré­ monies dc la messe, les offices, les jeûnes, mais sans les cérémonie^ accidentelles: tenere acremonias missarum, officiorum, fcjunloritm sine cæremonils accidentalibus. Mnis il fallait, d’après lui. rejeter du clergé tous les abus, c’est-à-dire la pompe ct le faste, dum clerus eoniiertil patrimonium Christi in /astus, pompas, quoad pulchros equos, domos, curias, vestes, non ministrando pauperibus illa quee clerus tenet ultra necessitatem efus et utitur bonis sive patrimonio Christi quoad lasciviam et alios actus meretricales. Il ajoutait pour finir que son phis grand péché était d’avoir, par peur du feu, con­ damné au mois dc septembre la mémoire dc Jean 1 lus. » Devant ccttc obstination, il ne restait plus au patriarche de Constantinople qu’à proposer la sen­ tence définitive. Elle fut lue par lui, et approuvée par les quatre évêques députés des nations (on sait que le concile avait adopté le vote par nations ct non par têtes). Le cardinal d’Ostlc président donna lui aussi son placet. Le texte dc la sentence constate que Jérôme de Prague, maître ès-arts ct laïque, n adhéré d’abord aux erreurs dc Wlclef ct dc Jean Hus, qu’il les a ensuite reniées, mais qu’il est devenu relaps, cn ce sens qu’il a déclaré inique In sentence portée contre Hus, ct a déclaré n’avoir Jamais lu dans les livres de ccs auteurs ni erreur s ni hérésies; qu’il déclare présentement adhérer à tous leurs enseignements, sauf sur le point du sacre­ ment dc l’autel, où il se fie plus aux docteurs de j DJCT. DF THé.OÎ. CATIiOt 994 l’Égllse qu’à Wlclef et Hus. Lt concile le retranche donc dc l’Égllse comme une branche morte, le dénonce et le condamne comme hérétique cl relaps, l’excommunie ct le frappe d’analbême. Il ne restait pins qu’à requérir l’intervention du bras <énihcr, ce qui fut fait à l’instant. A dix heures et demie du matin. Jérôme était brûlé vif à l’emplacement même où onze mois plus tôt s’était allumé le bûcher dc Jean Hus. 11 mourut avec un courage héroïque, en donnant jusqu’au bout les marques de 1a plus grande piété el de la plus absolue confiance en Dieu. Il mourut en somme pour n’avoir pas suffisamment remarqué quelles scories se mêlaient aux initiatives réformatrices dc Wlclef d’abord, de Jean Hus ensuite. La* que, sans formation tbéolnglque spéciale. Il ne parvint pas à discerner ce que contenaient d’infini­ ment dangereux pour l’Égllse les théories du docteur d’Oxford. si Imprudemment propagées par lui. De bonne fol sans doute, Il chercha aux pensées les plus aventureuses de Wlclef une Interprétation qui ne fût pas trop contraire aux principes de l’orthodoxie. Il n’y réussit que partiellement. On a remarqué avec quelle Insistance II se sépare dc scs deux maîtres sur la question dc l’eucharistie. S’il voulait, comme 11 le déclara, rester fidèle à tout l’enseignement dc l’Égllse, Il aurait pu, il aurait dû appliquer à nombre d'autres théories wlckfistes le meme principe qu’il proclamait ici : « Je crois davantage l'enseignement d’Augustin el des docteurs approuvé» que celui de Wlclef et de Hus. » Mais celle discrimination 11 ne sut pas ta faire. Fougueux jusqu’à la violence, Il adhéra avec une ardeur inouïe à la cause de la réforme de l’Égllse, sans voir qu’il la compromettait par ses excès mêmes; ses outrances, plus encore que les prédications de Jean Hus. ont lancé la Bohême dans les plus sanglantes aventures, elles ont ouvert la vole à ta grande révo­ lution religieuse du xvi· siècle. Sources. — Avant tout le* actes du concile de Cxmstnncr, par malheur bien Imparfaitement publiés. On trouvera ceux-ci dans Mansi, Conci/., t. xxvn, et. d’une manière beaucoup plu* utilisable, dans von der Hardt, H^s concitii oKiiniritici Condantlcnsts, Francfort ct Leipzig· 1693, t. iv, part. 8, p. 4'33-76'3. 11 existe du procès et de la mort de Jérôme deux narrutions anonymes Imprimées à la suite l’une de l’autre, dans llhlaria et monumenta Joannis Hus nique Hieronymi Pragensls, Francfort, 1715, t. u. p. 522-528: .'»23*532. Ιλ première présente une parenté Incontestable avec la Chronique de Laurent dc Brezina. publiée par C. H Ô fier dans scs Geschichtschrciber der hussiltschcn Beux gang in Bohmen, Fontes rerum auilnacarum, L n, p. 331 et sq.; elle doit dériver de la même plume; saut l’esprit nettement favorable au mouvement hussite, cette narration s’adapte bien au récit que donnent les Actes conciliaires. — Pogge. dc passage Λ Constance au moment du procès final, en a laissé une excellente narration dans une lettre à l’Arétln; le texte dans Historia et monumenta, t. n, p. 532-534, dans von der Hardt, op. cit., L iu, part 5., p. 61-71. — Les premiers historiens du concile parlent naturellement de Jérôme : Thierry Vrie, Hi "torla concilii Con dant iens Is, I. VII, dlst. iv, dans von der Hardt, op. rit., t. i, p. 180 sq., et Thierry de Nicm, De olla cl fatis Constan* tirniibus Joannis XX1I1, Ibid., c. xxxiv, t. n. p. 449-454. D’autres documents importants dans F. Palacky, Z*»xumenta M, Joannis Hus, Prague, 1869, et dan* les t.u ct vi, des Fontes re rum austriacarum. Presque tous les textes cités ci-dessus sont analysés dans Hcfcle, Histoire des conciles, trad. Leclercq, L vn a, passim. Travaux. — On n’indiquera que les plus importants, pour plus de détails voir Fart. Hus (Jean), t. vu, col 345 ; J. Palacky, GeschÎchte non Bohmen, Prague. 1845, t. ni a, p. 239-392; J.-A. Helfert. Hus und Htenmymus, Prague, 1853 ; C. I Idfier, Maq· ter J. Hus und der .4 brag der deal . >er Profmarc n und SiudραΛ» il’urluj^ Homa, G-7;51<-ÔM A. Palmieiu, 997 JÉRUSALEM (ÉGLISE DE). JUSQU’A L’INVASION ARABE 99* (Êgll·· d·) . — Bien qu’elle I les grands sièges dc Home, d'Antioche et d’Alexandrie, ait été le hei cran du cbi Isllanlsme, l’Égllse de Jérusa­ monlre qu’au début du iv® siècle la Ville sainte com­ lem, devenue Églhc patriarcale au milieu du v· siècle, mençait à attirer davantage l’attention dc la chré­ n'a Jamais eu, Uni s’en faut, une Importance compa­ tienté. Mais pendant quelque le np> encore el dès que ra!.le Λ celle des autres grands sièges de l’Orlcnt. Un s’esquissent les premiers reporte métropolitains, certain nombre dc personnalités ecclésiastiques, célè­ /Ella n’est qu’un évêché - V NOS JOURS 100i seur Théophane III assistait au concile qui, en 1440, à Constantinople, brisait le pacte conclu à Florence. On volt si les patriarches de Jérusalem étalent Imbus de l’idée alors courante dans le month giec, que seule l'ÉgILc orthodoxe, en face des prévarications latines, avait conservé Intact le dépôt de la fol. Lu prise de Constantinople par les Turcs en 1153 ne modifiera pas sensiblement leurs rapports avec le Phanar; ces rap­ ports Iront plutôt en sc resserrant encore. Pourtant quelques exceptions sont à signaler; les dangers que le triomphe des Turcs faisait courir à la fol chrétienne amenèrent plusieurs patriarches de la fin du xv· siècle, Abraham, Jacques III, Marc III à sc rapprocher de Rome. Lcquicn a pensé que l'absence de ces noms dans le catalogue officiel des patriarches grecs s'explique par les tendances de ceux-ci vers l'union avec les latins. Mais, somme toute, ce ne furent là que des exceptions. Au fur et à mesure que se consolide le nouvel état de choses, les patriarches hlérosolymltalns sont de plus en plus de fidèles serviteurs de la politique religieuse byzantine. De moins en moins d’ailleurs les indigènes ont accès à cette haute fonction; l’habitude se prend au Phanar, qui continue d'exercer sur les nominations patriarcales la même surveillance que du temps des empereurs chrétiens, de ne désigner pour le trône de Jérusalem que des personnages d’origine grecque. Au xvn· siècle Sophronc V, Théophane IV, sont du Péloponèse, Nectaire dont nous parlerons tout à l'heure est un crétols, et ainsi de suite. Originaires des pays grecs, les patriarches finissent par perdre le goût de la résidence à Jérusalem. C'est de plus en plus fré­ quemment qu’on les trouve à Constantinople et leurs signatures figurent au bas des actes de maint synode; de longs voyages dans les Balkans, en Russie même les tiennent longtemps éloignés de la Ville sainte. Les besoins d’argent expliquent en partie ces tournées en Europe : soucieux d’entretenir les édifices sacrés de Jérusalem, les patriarches doivent faire appel aux aumônes de l'Europe, ct Ils s'adressent Naturelle­ ment aux pays qui se rattachent à l’orthodoxie byzantine. C'est ainsi que se crée en particulier entre la Russie et Jérusalem des liens qui subsistent encore aujourd’hui. 3° L'Église de Jérusalem et le protestantisme. Le concile de Jérusalem de 1672. — A l’art. Lucahis (Cyrille) on étudiera les cflorts faits, au début du xvn· siècle, par les protestants et tout particulière­ ment par les calvinistes pour faire accepter les doc­ trines de la Réforme par l’Église grecque. A quelques exceptions près, les prélats orthodoxes s'opposèrent avec vigueur à ces tentatives, ct dans la circonstance les patriarches de Jérusalem firent honorablement leur devoir. En 1638’Théophane IV fait partie du sy­ node qui anathématisc l'ex-patrlarche Cyrille Lucaris. Nectaire, ordonné en 1661 joint sa confession de fol ù celle que publie Pierre Mohlla, métropolite de Klcw contre les erreurs de Calvin ct de Luther. Mais cc fut surtout le patriarche Doslthée, voir t. iv, col. 17881793, qui mena le plus éjicrglqucmcnt la lutte contre les Infiltrations protestantes. Il fut l’âme du concile rassemblé à Bethléem en 1672, ct qui porte le nom de concile de Jérusalem. Nous allons en analyser briè­ vement les actes; le détail dans Mansl, ConciL, t. xxxiv, col. 1651-1778, et pour la bibliographie, l’art. Dosithêe, t. iv, col. 1793. « Il est grand temps de parler, dit le prologue assez verbeux, qui sert d'introduction; les calvinistes fran­ çais, pur la bouche du ministre Claude de Charenton, vont partout prétendant que nous partageons leurs erreurs; pures calomnies, car il est Impossible qu'ils n’alent pas une connaissance précise des dogmes de notre Église. Réunis pour la consécration de l’église de Bethléem, qui vient d'être restaurée, nous nous pro- 1005 JÉRUSALEM (ÉGLISE DE). DES CROISADES A NOS JOURS posons donc de dire avec précision quel est le «ym‘ oie de notre fol > Ln première partie de l’exposé conciliaire est d’ordre plutôt historique; elle tend à expliquer rommenl l’Église orthodoxe ne peut être rendue soli­ daire de Cy ille Lucaris. Si tant est qu’il soit l’auteur de la profession de fol sl favorable au protestantisme qu’on lui attribue, Cyrille n’est pas, dans la circons­ tance le porte-parole de sa communauté. Son attitude « lhelcllc exté’lcüre est déjù A elle seule une protesta­ tion contre cette calomnie. C’est dans ses œuvres authentiques qu’il faut chercher l’expression sinon de sa pensée personnelle, du moins des croyances officielles de son Eglise. Ln vaine hypothèse que les Orientaux partager aient des croyances voisines de celles du protestantisme sc heurte A la constatation de leurs usages, de leurs professions de fol, des anathêmes dont Ils chargent, au cours des cérémonies saintes, des erreurs analogues A celles qu’on voudrait leur imputer. Avec une emphase quelque peu vani­ teuse. le texte dénombre les rangs serrés des peuples qui se rattachent ù l’Église orthodoxe, et qui tous par­ tagent la même répulsion A l’endroit des nouveautés doctrinales; puis il reproduit les jugements portés contre Cyrille aux deux synodes de Constantinople (1038) et de Jassy (1612). Cette longue dissertation mi-partie historique, mipart ic polémique est suivie d’un exposé positif de la doctrine orthodoxe sous dlx-sept capitula qui répon­ dent point pour point à ceux de Cyrille. Cet arrange­ ment explique un certain nombre de répétitions fasti­ dieuses, et le désordre apparent de toute cette pièce. Quelques reproches d’ailleurs qu’on puisse lui adresser, elle n’en reste pas moins un exposé remarquable de la dogma tique et par endroits de la théologie orthodoxe. Le concile de Trente n’y est pas nommé, mais plu­ sieurs de scs définitions sont sous-jacentes nu texte grec. Passant rapidement sur l’enseignement trlnltaire et chrlstoiogique (can. 1 ct 7), le concile Insiste d’abord sur la règle de fol, qui est fournie par l’Écriturc sainte. Interprétée par l’Eglise dont l’autorité est la même que celle des Livres saints (can. 2). L’Église n’est d’ailleurs pas Instruite immédiatement par le SaintEsprit mais par l’intermédiaire des saints Pères (can. 12). Cette Eglise n’est pas seulement la société des justes; c’est l’ensemble de tous les fidèles du Christ, sous l’autorité cl la direction de celui-ci. De l’Église, c’est Jésus-Christ lui-même qui tient le gouvernail. Il n comme représentants Immédiats les évêques établis par le Saint-Esprit, successeurs des apôtres, dotr* dès lors d’un pouvoir bien supérieur à celui des simples prêtres (can. 10 et II). On remarquera que la rédaction de ces canons est conçue de manière à éli­ miner. sans le dire, l’autorité du pape. Clément A Home, Evodlus A Antioche, Marc A Alexandrie sont déclarés tous trois les successeurs de Pierre. Les ensei­ gnements dirigés contre les concepts protestants de la Justice originelle ct du péché d’origine, sont exposés aux canons 5 ct 6. 11 n’y a pas Heu d’y insister; mais II convient de mire remarquer la rédaction du canon 3 relatif A la prédestination, aux rapports de la grâce et de la liberté, et A la volonté suivi tique universelle. Elle est influencée, sans conteste, par le désir de répondre non seulement aux protestants, mats encore aux jansénistes. Le concile de Trente, arrêté par le respect dû uu grand nom de saint Augustin, n’nvait touché que d’une main très prudente à lu doctrine de | la prédestination ante pravisa merita. L’assemblée de Jérusalem, au contraire, n’hésite pis A proclamer commo lu croyance officielle de l’Église orthodoxe le molinisme le plus strict : Deus itlos prit (latinavit quos arbitrio suo benr usuros privsctvil. quos vero male I damnai La doctrine dr la grâce efficace par < ik même est explicitement rejetée, ct le concept de grace pré­ 1006 venante, προκαταρκτική, et de grâce spéciale, χ/'ΐς l '.κή, se calque exactement sur le schéma: grâce suffisante et grace efficace. La volonté snlviflque universelle est affirmée avec non moins de force l^t doctrine de la fol Justifiante et de son rapport avec les œuvres est touchée plus légèrement, toutefois le con­ cile alfirme que l’homme, même non Justifié par la fol, peut faire le bien moral grâce au libre arbitre, qui demeure toujours dans la nature humaine (can. 13 et 14). La partie la plus considérable de l’exposé doctrinal est celle qui est consacrée aux sacrements; elle serre dr très près les définitions de Trente, surtout en ce qui concerne l’eucharistie : la présence réelle, le dngme de la transsubstantiation, μετουσίωσις, l’adoration due au corps du Christ, le caractère sacrificiel de U messe (can. 15, 16, 17). Au contraire le canon 18 consacré aux doctrines eschatologiqucs est Inspiré par le désir de ne pas compromettre les doctrines propres de l’Église grecque avec celles des latins. A toute force le rédacteur veut éviter le terme de purgatoire, bien que le concept qu’il présente recouvre assez exacte­ ment celui de l’Église romaine. « Les âmes des défunts sont ou dans le repos ou dans la souffrance, suivant les œuvres accomplies Ici-bas. A peine sont-elles séparées du corps, qu’elles se rendent soit au séjour de Joie, soit au lieu de tristesse ct de gémissement, où d’ailleurs ni la béatitude ni la damnation ne sont encore absolument complètes. C’est seulement en effet après la résurrection générale, après la réunion de l’âme avec le corps, que chacun recevra complète­ ment la béatitude ou la damnation. Quant à ceux qui sont morts avec des péchés mortels, mais qui n’ont pas quitté cette terre dans le désespoir, et ont eu le tetnps de se repentir dans celte vie corporelle. Ils ne peuvent plus certes faire aucun fruit de pénitence (verser des larmes, s’agenouiller, veiller dans la prière, se morti­ fier, secourir les pauvres, bref faire des œuvres satlsfactolres, lχάνο noce;v). Ces Ames vont, elles au>si, en enfer, clç άοου; elles y endurent les peines de leurs péchés, mais elles ont conscience de leur libération future; elles sont libérées en effet, par la souveraine bonté, et par l’intermédiaire de la prière du prêtre, par les aumônes, etc. Mais le principal moyen est le sacrifice non sanglant, que chacun fait offrir pour ses parents défunts ct que l’Église catholique ct aposto­ lique offre Journellement pour tous. Il convient seu­ lement de remarquer que nous ne connaissons pa> le temps de la libération; que les âmes soient délivrées de leurs peines, avant la résurrection générale cl le grand Jugement, nous le savons et le croyons; mais quand cela arrlvc-t-ll, nous ne le savons pas. » Le document conciliaire sc termine par les réponses A quatre questions d’ordre plutôt pratique : lecture de la sainte Écriture en langue vulgaire : nécessité d’ex­ pliquer aux fidèles les Livres saints; canon biblique; culte des saints et des Images. La réponse A cette der­ nière donne au rédacteur l'occasion de toucher aux chapitres de la prière vocale ct mentale, du mona­ chisme et des vœux de religion, des Jeûnes ct absti­ nences. Sur tous ces points Ια pratique de l’Église orthodoxe ne diffère pas de celle de l’Église romaine Le document se termine par une remarque qui a son jrnpo lance. La doctrine que nous venons d’exposer surtout en matière sacramentelle, dit-ll, n’est pas seu­ lement la nôtre, elle est celle des Églises dissidentes, nestorlcnne el Jacobite, séparées depuis longtemps déjà de l’Église orthodoxe Cet accord est un signe de l’antiquité et de la vérité de nos croyances. Ici est cet important document auquel A diverses reprises l’Église orthodoxe aimera à se référer comme A l’exposé le plus complet de scs doctrines dans les questions soulevées par la controverse protestante. Pour ne citer qu’un exemple, c’est A lui, que ’ envoient 1007 JÉRUSALEM (ÉGLISE DE). DES CROISADES A NOS JOURS les patriarches des Églises catholiques d’Orlcnt dans une réponse aux archevêques cl évêques anglicans en 1723. Ceux-ci avalent demandé à entrer en communion avec l’Église orthodoxe; on les admettra bien volon­ tiers à celte union, s’ils veulent professer de manière explicite la doctrine du concile de Jérusalem de 1072. 4· Les autres con/essions ou rites représentés à Jéru­ salem· — Il n’entre pas dans l’objet propre de cc dic­ tionnaire de décrire, même sommairement, l’incroya­ ble variété des communautés chrétiennes qui sc cou­ doient, sc heurtent, s'affrontent, sc font la guerre ù Jérusalem. On comprend que chaque confession, chaque rite ait tenu à trouver une place,si petite soitelle, où elle pût célébrer son culte au voisinage immé­ diat des Lieux saints. Quelques-unes de ces confes­ sions sont bien faiblement représentées, et les titres de patriarche ou d’archevêque dont sc parent aisé­ ment leurs chefs ne doivent pas faire illusion. Les chiffres qu’on trouvera ù l’art. Asie (État religieux), t. i, col. 2085-2086 n’ont pu être vérifiés. Les condi­ tions toutes nouvelles créées par les récents traités ont dû les modifier plus ou moins profondément. La diversité de ccs groupements religieux tenant surtout à des circonstances historiques, le mieux est de les présenter dans l’ordre chronologique de leur appari­ tion, quitte à réserver au patriarcal latin une mention plus particulière en dernier lieu. 1. Les Jacobites (ou monophysltes syriens) avalent un évêque ù Jérusalem depuis la fin du vi· siècle (Sévère, en 597). Vers le milieu du xn· siècle, cc prélat avait le titre de métropolite. U y a aujourd’hui encore, résidant au couvent de Saint-Marc, un évêque Jaco­ bite, dépendant du patriarche d’Antioche, lequel ré­ side ù Dcir Zafaran près de Mardin. Ccs Jacobites ont la jouissance, au Saint-Sépulcre, de la chapelle dite du tombeau de Joseph d’Aiimathle. — Le tout petit troupeau des syriens catholiques, reste d’une Église syrienne unie, qui a existé au xvn· siècle à Jérusalem, est administré par un vicaire du patriarche syriencatholique d’Antioche. 2. Les coptes (monophysites d’Égypte) ont eu à partir du xi· siècle et pendant assez longtemps un évêque résidentiel à Jérusalem. Il y aurait encore aujourd’hui au Caire un prélat qui porterait ce titre. En tout cas, les coptes ont un évêque comme supé­ rieur dr leur couvent qui est adossé au Saint-Sépulcre ; ils ont la jouissance d’un autel appuyé à l’édicule même du tombeau de Noire-Seigneur, Les Abyssins qui sc rot tachent étroitement aux coptes possèdent une partie du couvent copte-.leur maison principale est au nord de la ville, nu delà des établissements russes. — D’aqrès Hcrgcnrblhcr, il y avait ou xvm· siècle à Jérusalem un évêque copte-uni, Archio /dr katholisrhci Kirchenrechl, 18G2, t. vu, p. 354. Tout cela n’est plus qu’un souvenir; Il y a pourtant encore à Jéru­ salem un ou deux prêtres abyssins catholiques. 3 Les nestoriens, eux aussi, ne sont plus qu’un sou­ venir. Ils auraient eu dès la fin du ix· siècle, un évêque ù Jérusalem, lequel aurait eu Λ la fin du xi· le titre de métropolite. Il y en avait encore un au xvn· siècle. Le Qulcn, Oriens chrisltanus, t. n, col. 1233-1300. — Lc^ chaldéens-unis, qui représentent la partie de l’Église neslorlcnnc revenue au catholicisme sont administrés par un vicaire patriarcal résidant à Jéru­ salem el dépendant du patriarche de Babylone. 4. Les arméniens, dont l’influence ù Jérusalem n’est pas en proportion avec leur petit nombre, avalent dans la Ville sainte depuis 1175 un archevêque qui résidait au couvent de Saint-Jacques sur le Mont Slon. et qui dépendait du catholicos de Sis. En 1311 les moines! de Sa Int-Jacques, en lutte contre le catholicos don­ nèrent, au métropolite le titre de patriarche. Cc titre n’implique pas d’ailleurs l’indépendance complète par 1008 rapport au catholicos. Cf. t. r, col. 1903-1909. — A côté de ces arméniens non-unis, il y a Λ Jérusalem une communauté d’arméniens catholiques, adminis­ trée par un vicaire patriarcal relevant du patriarcatuni de Constantinople. 5. Les grecs-rnclkites catholiques. On désigne aujour­ d’hui sous cc nom les fidèles de langue arabe et de reli­ gion grecque en communion avec l’Église romaine. L’origine de ce groupement est non moins obscure à Jérusalem qu’ù Antioche et à Alexandrie. Nous a vont vu qu’à Jérusalem, il y eut au cours du xv· et du xvi· siècle des patriarches grecs qui rentrèrent en commu­ nion avec Rome. Quand leurs successeurs du xvn· siècle sc remirent définitivement sous la coupe de Byzance, un certain nombre de fidèles gardèrent leur attachement ù l’Église romaine. Il fallut bien à divers moments s’occuper de leur donner des pasteurs. Au cours du xrx· siècle, après avoir été ballottés sous diverses juridictions, ils passent sous la houlette du patriarche grec-mclklte d’Antioche, qui les administre par un vicaire patriarcal résidant à Jérusalem. Le séminaire Sainte-Anne dirigé par les Pères blancs forme concurremment avec le culinaire patriarcal de Damas le clergé grec-melkite, non seulement pour la Palestine, mais pour toute l’Église melklte. Voir t. r, col 1 117-1 118. 6. Zzs maronites représentent eux aussi une Église revenue à l’unité catholique; peu nombreux à Jéru­ salem Ils r lèvent d’un vicaire représentant dans la Ville sainte le patriarche maronite résidant ÙBekcrké, dans le Liban. 7. Les Russes ont tenu ù avoir dans la Ville sainte un évêque de leur rite. Depuis 1858 les énormes construc­ tions de l’établi sèment russe et de ses dépendances témoignent de l’importance qu’avaient avant la guerre mondiale les pèlerinages venus de la sainte Russie. Quand ces pèlerinages reviendront-ils ? 8. Les protestants eux-mêmes ont tenté au cours du xrx· siècle la création d’un évêché ù Jérusalem. L'érec­ tion et les vicissitudes de cet évêché angllcanoallemand ont bien été les événements les plus curieux de l'histoire religieuse de Jérusalem au xrx· siècle. L’Idée vint du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, qui désirant pour le protestantisme une place dans les Lieux saints, négocia en 1811 avec la reine d’An­ gleterre, l’archevêque de Cantorbéry et l’évêquç de Londres pour l’érection d’un évêché placé sous la pro­ tection de lu Prusse et de l’Angleterre. Si elle déplut aux milieux anglicans de sentiment High Church, qui virent dans celte démarche une tentative pour accuser le caractère protestant de l’Église établie, la suggestion prussienne fut bien accueillie parmi les hauts digni­ taires de l'anglicanisme. Les sommes nécessaires à la constitution d’un revenu furent fournies moitié par l’Angleterre, moitié par la Prusse; il fut stipulé que chaque pays aurait Λ tour de rôle droit de nomination; toutefois l’archevêque de Cantoibéry conservait un droit de veto sur les nominations faites par la Prusse. En réalité l’évêché devait être un établissement angli­ can qui prendrait sous sa bienveillante protection les protestants des autres nationalités; les ecclésiastiques allemands devraient pour être considérés comme de son ressort subir un examen réglé par l’évêque et recevoir l'ordination suivant le rite anglican. Cette combinaison bâtarde ne pouvait longtemps durer. En 1886 les deux puissances dénoncèrent l'accqrd de 1811; et chacun · reprit sa liberté; Il reste toujours un évêché anglican dans la Ville sainte; les fondations protestantes allemandes avant la guerre y étalent aussi fort imposantes. 9. Les catholiques latins. — Nous avons vu plus haut qu’au lendemain ue la chute de Salnt-Jeun-d’Acrc, I en 1231, le patriarcat latin avait tendu de plus en plus 1009 JÉRUSALEM (ÉGLISE DE) JESSÊ 1010 ù devenir une dignité purement titulaire; en fait il ne Mû τούς τίσσαρχς τιλίνταίονζ χϊώνβς. Anonyme, Athèredevenait un pal hncat résidentiel qu'en 1817. Dans nos. 1901; 'Ιστορία τής Έχ*/τ,σ·*ς Ίιροσο/Sxo L Χρ-σοστ4αου Δ. Jérusalem et cet Intervalle de temps les latins, plus ou moins nom­ 1910, qui confient une histoire complète de breux suivant les époques, furent administrés par les A.exnndrle, 33 Λ 1909. Pour l'histoire ancienne, nombreux documenta religieux franciscains relevant directement du Saint- rassemblés dans Vincent et Alæl, Jéruialem, recherchas de Siège, el formant cc que Ton a appelé la Custodle topographie, (farchéotogle d (Thhhdrc. t. ri; Jérusalem de Ίerre sainte. La custodle dont les autorités musul­ nouvelle, Paris, en cours de publication depuis 1913. Pour manes avalent peu à peu reconnu l'existence légale l’organi>allon religieuse actuelle des diverses communau­ avait pour but : de défendre cl d’honorcr les sanc­ tés ; Silbemagl, Verfassung und grgemudrtlger Zuitand tuaires et autres lieux sanctifiés et consacrés par la sAmtllchrr Kirchen des Orient», 2' édit., Ratbi>onne. 1004; pour ce qui concerne spécialement les catholiques, renseiprésence du Sauveur; de recevoir les pèlerins de gnrments statistiques dans les .Vflssfonrs entMIcæ cun Terre sainte; de prêcher l'Évangile dans les lieux S. Congregationis dr Propaganda fide, Florence, 1922, et sanctifiés par le Chilst. Nous n'avons pas ù dire Ici dan* Λ. Battandlcr, Annuaire pnntlfïrat eatholiqur. deputo les luttes que la custodle dut mener pour maintenir 1898. Parmi les revues : la Revac biblique, la ftrvue de contre les empiétements des autres rites cl les brutales l'Orient chrétien et les Échut (f Orient donnent souvent des fantaisies des musulmans, les sanctuaires confiés à sa contributions importantes pour l’hhtoire de JèruMilem; gai de. Son organisation définitive avait été réglée par voir aussi, mais comme organe de vulgarisation. Jérusalem, m^nsurlk illustrée, rédigée par In assomptpmhtes; le bref In supremo de Benoit XIV, du 7 janvier 1740, renne a pam de 1903-1914.— Sur l'évêché an dlcan<>-pru»slen de qui est encore en vigueur aujourd'hui. C’est ce bref Jérusalem, voir une bibliographie sommaire dan» la qui décrète que le custode sera toujours un Italien, Rratencykhpàdle protestante, t. vm, p. 693. E. Amamn. le vicaire un français, que les quati e discrets (diserdi), JESSÉ, évêque d’Amiens de 793 à 836. — Ses appartiendront aux quatre nations, italienne, fran­ antécédents ne sont pas connus, mais, dès les débuts de çaise, espagnole, allemande (depuis 1921 il y a un cinquième discret qui est anglais). La juridiction de son épiscopal il apparaît en relations très étroite' avec la cour de Charlemagne. C’e»l ainsi qu'en 799 il la Custodle avait été jadis fort étendue, elle embrasse fait partie de la députation ecclésiastique ch.irgée de encor aujourd’hui Plie de Chypre. Cette juridiction l’est restreinte peu à peu à mesure que les diocèses reconduire â Borne le pape Léon III; en 800, il est se sont reformés, La reprise du patriarcat latin en encore dans la Ville lors du couronnement de l’empe­ 1847 l'a transformée complètement. Toutefois neuf reur; en 802. Il est envoyé Λ Constantinople pour négo­ paroisses ou quasl-parohses dépendent encore aujour­ cier le mariage de Charlemagne avec l’impératrice d'hui directement de la custodle; en outre elle admi­ Irène. Missus dominicus ordinaire, il est envoyé en nistre directement: 21 sanctuaires, 12 écoles, 2 orphe­ cette qualité à Ravcnnc, au pape Léon III, qui. dans une de ses lettres sc plaint que les envoyés Impé­ linats, 4 dispensaires, 9 hospices pour les pèlerins. riaux, « ntre autres Jessé, ne sc rendent pas bien Le patriarcal latin fut rétabli, nous l’avons vu, ou plus exactement rendu résidentiel par Ple IX. compte des difficultés romaines. Cf. P. L., t. xcvm, bulle Nulla celebrior du 23 juillet 1847. Le premier col. 520-522. Au concile d'Aix-la-Chapelle, en 809, il patriarche latin qui résida à Jérusalem fut MgrValerag, soutient la politique de Charlemagne dans la contro­ nommé le 4 octobre 1847. Cc prélat déploya la plus verse du Filioque; envoyé A Rome avec Bernard grande activité pour rendre la vie ù son diocèse qui évêque de Worms cl Adélard, abbé de Corbie, »1 defend comprenait, comme l’ancien patriarcat latin, la Pales­ le point de vue impérial dans le fameux colloque tine et Chypre. Les catholiques latins sont aujourd’hui des députés francs avec le pape tenu au secretarium les plus nombreux, de beaucoup, de tous les catho­ de Saint-Pierre. La participation de Jessé à celle liques dispersés dans la Palestine. Il est pourtant diffi­ ambassade avait clé mise en doute par les auteurs cile de fournir des chiffres valables pour l’heure pré­ du Gallia Christiana, elle ne semble plus pouvoir être sente, étant donnée l’énorme perturbation que les niée depuis les travaux des éditeurs des Monumenta événements politiques viennent d’apporter dans toute Germanix historica. Leges, sect, ni Concilia, l. n a, ia région. La dernière publication olllclelle, Afüsfone* p. 239-240. Sous le règne de Louis le Débonnaire, catholici? cura S, Congregationis de Propaganda fide, Jessé continue A jouer un rôle considérable dans la de 1922, p. 535 évalue en bloc A 25 OOO tous les catho­ politique; partisan de son mclmpobtain, Ébon de liques, appartenant aux rites latin, grec et maronite, Reims, il prend comme lui le parti dv$ dis de l’empe­ sans distinguer entre eux; elle ajoute en note, mais reur révoltés contre leur père. Mais Louis ayant sans donner aucun chiffre, qu’il existe encore à Jéru­ d'abord repris l’avantage. Jessé est dépose par le con­ salem des chrétiens dépendant des patriarcats syro- cile de Noyon, en 830. Ebon le remet en fonctions, cl cathollque, iuinéno-catholîquo et chaldéo-catholiquc. Jessé prend part au concile de Compïègne, qui, en 833, Nous Imiterons la prudence du document olllclci. dépose le Débonnaire. En 834 l'empereur remonte sur le trône, et Jessé, au concile de Tliionvilic. en 835, La source principale pour écrire l’hhtoire do l’Église esl mis en fâcheuse posture avec Ébon et les suffra­ do Jérusalem reste toujour» Le Qu Ion, Oriens chrlstlonus, ganti de celui-ci. II s'était d’ailleurs soustrait par Pnrto, 1710, t. m, Dr putrhirchatii hfrrosiduniUiino, col. 101la fuite A des représailles possibles, il meurt en 8J6, 528; suit l’histoire des divers evêchêt relevant du patriarcat runp's d’après leur rassort métropolitain, col. 523-784, en Halle où 11 s'étall réfus* é luprcs de Lothaire. enfin l’htttnlrodu patriarcal latin, col. 1241-1340. Le Quicn Il reste de Jessé une Epistola de baptismo, publiée avait pu u tiliscr deux ouvrage» nntériuurtoncnt parus: D. Pa­ d’abord par J. Cordés â lu suite des opuscules d’Urnepe b roc h, Tradotai pnrttmtnarh de episcopii el patrianhis mur, insérée dans la Idibliotheca irterum Patrum de tanche HiervMdundtan, * ■·* *η 1 - '° :r«; des principaux rites du baptême cl de lu couflrmation. ’ pQ' -axGsov αύ:τ Ïg»; Tn>s «ΐΜτάτων /SÔvmv γ,ί i Pour le lilurgisle. elle est un témoin précieux dt la ν.ύ α/xii, —. Jérusalem. -------------- -1862, - - . htofolrv abrcgée, mnh où. façon dont s’administraient ccs deux sacrements à malgré le volume restreint. Il y a beaucoup i preachy pour l’époque de Charleinugue, Le théologien en retiendra la période suivant le schisme ; ‘II ’ΕχχλΓ^ία 1011 JESSÉ. — JÉSUITES (LA THÉOLOGIE surtout deux choses. A l'époque de Jessé, sauf le cas d’urgente nécessité, le baptême n’est administré qu’en commun et solennellement. Bien qu’il ne s’agisse que d’enfants en bns âge. toutes les cérémonies dn nUéchuménat et du baptême solennel sont accomplies sur les néophytes, comme s’il s'agissait d’adultes. Le baptême sc donne toujours par une triple inimcts on. Bref les simplifications du ri tuel baptismal qu’amènera plus tard la pratique exclusive du baptême des enfants ne sont pas encore envisagées. Gallia Christiana, t. x, col. 1054-1055; Monumenta Ger­ mania historica. Liges, sect. m.Cond/ta, t. u a, p. 239-240, t. n à, p. 698 sq.; Hefcle, Ihdidre des Conciles, trad. Le­ clercq, t. m b, p. 1131, t. iv a, p. 82 sq. Amann. 1. JESUALD DOLOQNI, frère mineur capu­ cin, appartenait ù une famille noble de Palermo. Né en 1585 il entrait en religion le 13 avril 1602, pour y mourir après plus de cinquante ans, passés en grande partie dans la chaire de lecteur. Il fut qualificateur et consultcur de la sainte Inquisition en Sicile et théolo­ gien du cardinal Jérôme Colonna, auquel 11 dédia le second volume de sa Theologia moralis. La première partie, De sacramentis now legis,paru à Palermo, 1646. Cc ne fut qu’au bout de trois ans qu’il acheva son ouvrage ή Venise. 1) y réédita le premier volume et publia les deux autres : De indulgentiis, suffragiis, censuris et purgatorio; De legibus divinis et humanis, de proreptis decalogi et Ecclesiæ sancta catholica ac de votis Deo factis, 3 in-fol., Venise, 1649. Il promettait encore de donner des traités De horis canonicis el de electione, monialium clausura et de somonia. Ils ne virent pas le jour et l’on a seulement un autre ouvrage, in Scoti for malitates subtilis disquisitio, in-4°, Palermo, 1652. Ce fut son dernier travail, car le P. Jésuald mourut l’année suivante à Termini, le 29 avril 1653. Monyltore, Bibliotheca Sicula, Palerme, 1707, t. i; Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum ord, Jr. min. connectnorurn, Venise, 1747; Mazzucchclli, GH scrUlorl d J lutta, Lu, part. 3, p. 1486; Hurter, Nomenclator,3· éd., t ID, Col. 1191. n rJin P. Edouard d’Alençon. 2. JESUALD DE LUCA DE BRONTE, DANS L’ORDRE DES) 1012 J b SUITES (La Théologie dan· l'ordre d··)·— Cette étude devant rester dans scs limites propres, Il n’y sera pas question des multiple» aspects sous les­ quels on pourrait considérer la Compagnie de J( .us : son histolro, son apostolat, scs succès et ses épreuves. Les considérations historiques n'inicrvirn ont que dans la mesure nécessaire pour faire comprendre le développement de la doctrine ou le sens et l'enchaîne­ ment des controverses théologiques auxquelles l’ordre fut mêlé. De même 11 n’y a pas lieu de trader à fond telles doctrines de la Compagnie de Jésus, comme le molinisme ou le probabilisme, qui ont eu ou auront dans ce dictionnaire un article spécial. En revanche, les accusations d’infidélité à l’égard de la doctrine de saint Thomas, qu’on a souvent portées et qu’on porte encore contre les théologiens Jésuites, appellent une exposition nette des principes de la Compagnie de Jésus sur l’obligation et la manière de suivre le grand maître. Ainsi restreinte, la matière est encore trop vaste; car, pour donn r une idée complète de l’activité qui s'est manifestée dans la Compagnie de Jésus pendant les trois siècles de son existence, Il faudrait passer en revue tous ceux de ses membres qui se sont fait un nom dans les diverses branches de la science sacrée, tous ceux qu’on trouverait dans le Nomenclator literarius d’Hurler, en parcourant, à partir de l’année 1550, les Tabulae chronologies theolo­ gorum secundum disciplinas dispositæ, ou plus complè­ tement encore, tous ceux qui figurent dans les diverses tables qui forment le dixième volume de la Bibliothique de la Compagnie de Jésus, édit. Sommervogel, Paris, 1909. Un travail de cc genre ne serait pas ici à sa place; d'autant moins y serait-ll, que tous les théologiens jésuites de quelque notoriété ont eu ou auront, sous leurs noms respectifs, une notice biogra­ phique dans ce dictionnaire, et que les principaux ouvrages ont été signalés à l’article Dogmatique, l îv, col. 1566 sq. Conçue d’une façon plus synthétique, l’étude présente comprendra quatre scellons : Γ Prin­ cipes de la Compagnie de Jésus sur l’enseignement des sel· nces sacrées; 2° La théologie dogmatique dans la ( ompagnlc de Jésus (col. 1043); 3° I a théologie morale (col. 10G9); 4° I.'ascétisme (col. 1092). frère mineur capucin de la province de Messine, était né I. LES PRINCIPES DE LA COMPAGNIE DE le 28 août 1814. En 18*29 il revêtait l’habit franciscain et une fois profès, Il se livra à l’étude avec ardeur ; il pro· JÉSUS SUR L'ENSEIGNEMENT DES SCIENCES sacrées. — Pris dans leur ensemble, ces principes duh t beaucoup trop d’ailleurs, pour laisser des œuvres ne représentent pas une création instantanée : es durables. Celle qui attira surtout l’attention sur lui fut quittés dans les Constitutions, soumis à l’épreuve le Consecrator Christian! matrimonii in verum et pro­ de l’expérience, ils furent fixés dans le Ratio stu­ prium sacramentum nova Legis, in-8®,Cat ane, 1871, dans diorum, pois complétés ou précisés par divers actes laquelle il soutient l’opinion que le prêtre est le ministre des Congrégations générales ou d’autres autorités du sacrement dans le mariage. Il l’avait déjà embrassée compétentes. Nous étudierons donc successivement ; dans une dlsM » talion: Cur Verbum caro factum, in-8°, L Les Constitutions. Il L'enseignement théologique Catane, 1869, et la défendit avec une ardeur augmentée avant le Ratio dudiorurn (coi 1Π15). HL I cRdtiostupar la contradiction dans la deuxième édition du Con­ diorum (col 1018). IV. Les directives concernant la secrator, 2 In-8”, ibid., 1876. Un décret du Saint-Ollirc, doctrine de la grâce (col. 1026). V. Les ordonnances en date du 17 Juillet 1878, condamna cet ouvrage. Le P. Jésuald qui avait été professeur de droit canoni­ de 1651 et de 1832 (col. 1035). VL Les récentes di­ rectives (col 1038). que au collège alors florissant de sa ville natale (1850), L Les Constitutions.— Quand celles-ci furent rédl y occupa aussi les chain s d’éloquence et de philosophie ; gées, de 1541 à 1550, les études théologiques n'avaient l’université de Païenne le nommait professeur sup­ pas encore pris leur essor dans l’ordic fondé par pléant en 1858 el, quatre ans après, celle de Messine lui saint Ignace. Mais ces études étaient devenues une conférait la patente de professeur de théologie dogma­ tique. En 1870 il accompagnait au concile, en qualité nécessité, soit pour la formation des Jeunes rcbgœux qm devaient continuer l’œuvre commencée, soit pour de consulteur, l’évêque de Muro; il publia alors une 1 organisation des colliges destinés à recevoir des dissertnlion, Pro opportunitate u t umenteur declarationis externes. Aussi l’auteur des Constitutions se préoccu­ de pontificia magfoteriali tnfallibilitate, In-8®, Naples, pa-t-il en tendant à ce but, on étudiera les lan­ gues. les diverses parties do la philosophie, la théologie 4 scolastique el positive », et la sainte Ixriture. L'enseignement ne sera réellement profitable aux étudiants qu’à la condition d'être non seulement ortho­ doxe, mais solide et sûr. De là celle regie générale : « Qu'en chaque faculté on suive la doctrine la plus sûre et la mieux approuvée, securiorem et mugi» approba­ tam doctrinam, et par suite les auteurs qui l'ensei­ gnent; au rectcur appartient le soin de ve.licr à ce point, en s'attachant à ce qui aura clé établi, pour la plus grande gloire de Dieu, dans la Compagnie entière.» Suit læu après, c. xiv, une détermination plus pré­ cise : < En théologie, on expliquera l’Anclen et le Nouveau Testament et la doctrine scolastique de saint Thomas; en positive, on choisira les auteurs qui sembleront le mieux appropriés. En logique, en phi­ losophie naturelle, en morale et en métaphysique on suivra la doctrine d'Aristote. » En mettant ainsi à la base de l'enseignement théo­ logique, la Somme de saint Thomas d'Aquin, sons tou­ tefois l’imposer comme livre de texte, voir José Manuel Alcurdo, Comcntario ά las Constitutiones, Madrid, 1922, t. m, p. 305 sq., le fondateur de la Compagnie de Jésus avait Incontestablement en vue la sûreté du la doctrine, et Léon XIII, dans le bref Gravissime nos, a loué celte détermination comme pleine de sagesse non moins que de piété, provida mente et sancta. A cette époque, l’ange do (’École n'avait pas encore reçu ollï richement le titre de docteur de l’Église, que saint Pic V devait lui décerner en 15G5; le texte communé­ ment suivi n'était pas la Somme théologique, mais le livre des Sentences de Pierre Lombard, sauf de rares exceptions signalées par F. Ehrlt, Die pdpstliche Encyklika oom t August 1879 und die Restauration der christlichen Philosophie, dans Stimmen aus Maria· Laach, Fribourg-cn-Brlsgau, 1880. L xvm, p 389, note 3. Cajétun avait bien publié des commentaires sur la Somme, au début du xvi* siècle, et à Sala­ manque, quelques grands professeurs de l’ordre de saint Dominique, en particulier François de Victo ria et Dominique Soto, avaient innové en substituant la Somme au livre des Sentences. Mais celte Innovation n'était pas entrée dans la plupart des universités, notamment à la Sapience de Rome. En suivant le mou­ vement de Salamanque, saint Ignace posait un acte d’une réelle Importance ; par là meme il contribuait à procurer l’hégémonie de la Somme de saint Thomas, destinée à devenir le livre de texte dans le grand nombre d’universités et de collèges que la Compagn c de Jésus allait fonder ou diriger Voir F Ehric, Die vaticanischen Handschri/ten der Salmanticenser Theologen des sechszehnten Jahrhunderls.dnus Der Katholik, Mayence, 1884,1. n. p. ..00 sq Le saint ajoutait, d est vrai, dans une note déclarative : « On lira également le Mallie des Sentences »; mais ou celte note no repré­ sentait qu'une sorte de concession faite à l’usage cou­ rant, ou le texte du Lombard équivalait, pour saint Ignace, à l’élément positif A. Juancn, Stcllung der Gesellscha/t Jesu, p. 223. Blent d la Somme lheotpgigue régna sans partage; ce dont Tolct s'applaudissait au début de son cours : Nos divino /aoore non Magistrum, sed sanctum Thomam suscipimus interpretandum. Saint Ignace n'avait pas seulement en vue la sûreté de la doctrine, il visait encore à l'unité, souvent recom­ mandée dans les Constitutions, en particulier 111* par­ tie, c i, n. 18 : · Ayons tous les mêmes sentiments suivant l’avis de saint Paul, el, autant qu’il se pourr i, ex primo ns-les de la même manière. Qu on ne sou lire donc Jamais qu’il v ait parmi nous des divergences dam» la doctrine soit en parole dans .es prédications 1016 ou leçons publiques, soit par écrit dans les l.vrcs, qui ne pourront être mis au jour sans l'approbation et le consentement du Père général. » Recommandation dont l'importance cl la portée ressortent de cette déclarât on ajoutée par le saint fondateur : « Il ne faut point admettre d'opinions nouvelles; et si quel­ qu'un s'écartait, dans su manière de voir, d’un senti­ ment commun de l’Église ou de es docteurs, il devrait soumettre son jugement à celui de la Compagnie, comme il est déclaré dans l'examen. Même dans les questions où les docteurs catholiques ne s'accordent pas. d faut s'edorccr d’avoir dans la Compagnie la conformité. » Curandum est. Par ce terme plein de réserve, sænt Ignare nous montre dans la conformité parfaite des sentiments un idéal qu'il ne faut jamais perdre de vue, mais sans prétendre par le fxt même que cet idéal soit pleinement réalisableία-ba»;aussi asoil-d dit dans le premier passage; quoad ejus fieri paud... quantum fieri potest, c’est-à-d.re, dans la mesure du possible. Ce qui doit s'entendre moralement parlant, comme dans les choses huma, ne* de celle nature. A la solidité cl à l’unité de la doctrine un autre caractère doit s'ajouter ; Peuse .garment devra être pratique en vue du but à pour u.vre, le bn des âmes. C'est ce qui expl que une déclarai» <». d i saint fondateur, relative au le Je où il d t de prendre la Somme théologique pour texte scolaire : « Mais s» dans la su.te on composait une autre théologie, non con­ traire à celle-là, haie non contrariam, qui parût mieux appropriée aux besoins de notre époque et, à ce titre plus utile aux etudiants, on pourrait, après examen de l'allaire par ceux qu* dans toute a Coin μ < gnie seraient les plus capables d’en juger el a\ec l'approbation du père general, la prendre pour texte de renseignement. » Les termes rest netifs, haie non contrariam, indiquent assez que saint Ignace n enten­ dait pas parler de la doclnnc de saint Thomas pnse en cüc-mêmv, m il· seulement de 1 exposition concret d’une mise en œuvre de cctt doctrine conservée quant à la substance; interprétation que la 1" Congrégation générale, tenue après la mort du fondateur en 1558, a fixée en modifiant ainsi le texte primitif : sed si vide relue temporis decursu alium auctorem. Saint Ignace admettait donc l'hypothèse d'une rédaction nouvelle, spécialement adaptée aux besoins nouveaux. Il en provoqua même la réalisation, en pressant Jacques Lainez de composer un manuel de cc genre. L’œuvre fut commencée, mais les autres occupations de Lainez ne lui permirent pas de la mener à bonne lin; les notes conservées « sont en grande partie des conq.» Ldions de textes cl d’opinions de di\en» auteurs, tirés des œuvres des Pères, de l’histoire des conciles et des éciits thcologiqucs anciens et modernes. » J. Boero, [ Vie du P. Jacques Laine:, Lille, 1894, p. 223; Polanco, Chronicon Soc. Jesu, anno 1553. n 121, t. m. p 67 sq Pourquoi cc désir d’une adaptation nouvelle de Ij théolog.o? Parce que. depuis l'époque où saint Tho­ mas a vu l composé la Somme, les conditions avalent notablement change Un fait a Uiicextrémegnivités'imposait : l’apparition et la ddlusion du protestante me. Si les luthériens et les calvinistes s’en prenaient à la théolugio scolastique, ce n’était pas seulement pour la methode qui lui est propre; c'était aussi pour des rai­ sons plus foncières qui rappelaient en parue la cri­ tique faite au xm* siècle par Roger Bacon de ce qu’il appelait · les sept péchés capitaux > de la théologie de son temps, voir t. it, col. 27 sq: ils critiquaient en particulier l’nigcrence de la philosophie dans la science sacrée et l’insuihsanco des preuves scripturaires ou patristiques en beaucoup de points tdlinués par les catholique* En outre, les humanistes augmentaient la did cultv par leurs attaques railleuses et passionnées contre ce qu ils tenaient pour uu jargon de barbare*. 1015 JÉSUITES. LES PREMIERES DIRECTIVES THÉO LOGIQUES Aussi, longtemps avant de rédiger les Constitutions, saint Ignace avait compris la nécessité, non pas d'abandonner la théologie scolastique, mais de la renforcer par un emploi meilleur et plus considérable de l’élément positif. Dans la onzième règle d’ortho­ doxie, ad sentiendum cum Ecclesia, il avait recom­ mandé « de louer la théologie positive cl scolastique; car, comme c’est surtout le propre des docteurs posi­ tifs, tels que saint Jérôme, saint Augustin, saint Gré­ goire et autres semblables, d’exciter reflection en vue de nous faire aimer et servir de tout notre pouvoir Dieu, Notre-Sc’gneur, ainsi l'office principal des sco­ lastiques, comme saint Bonaventure, saint Thomas, le Maître des Sentences, etc., est de définir et de déclarer,conformément au besoin des temps modernes, les choses nécessaires au salut étemel et de mieux combattre el mieux dévoiler toutes les erreurs ct les faux raisonnements des ennemis de l’Église. En eflel, plus récents que les autres, ils ne se servent pas seu­ lement avec avantage de l’inlclligencc plus exacte des saintes Écritures et des écrits des saints docteurs posi­ tifs, mais, éclairés et enseignés eux-mêmes par le secours divin, ils s’aident en outre des conciles, des canons et des constitutions de notre sainte mère l’Église. » Le désir de trouver dans la théologie une arme défensive contre les erreurs nouvelles explique encore une autre préoccupation du fondateur de la Compagnie de Jésus. Pendant les années qu’d avait passées à Paris, comme étudiant do philosophie ct de théologie, il s'était rendu compte, par expérience personnelle, des avantages que présentait, pour une formation solide ct complète, l’usage de certains exercices litté­ raires qui sc pratiquaient dans ^Université, notam­ ment les répétitions ct les disputes scolastiques. 11 les prescrivit dans les Constitutions, et ce que nous savons du régime suivi dans les collèges fondés de son vivant montre que la pratique répondit à la théorie. Ces exercices apparaissent dans la Prima studiorum constitutio, du collège de Padouc, fln 1515 ou début I 1516. Epistol# miit#, t. î, p. 587-593. De Messine, Nadal écrit cn décembre 1551, qu’on y suit l’usage de Paris : Si serva U modo di Parigi, et dans son Chro­ nicon, 1.1, p. 372, Polanco parle également des exerci­ tationes more parisiens!. Tout cela tendait, dans la pensée du fondateur, ύ faire approfondir la doctrine reçue cn classe el à la rendre personnelle par l’assimi­ lation; chose Λ laquelle le saint attachait une grande importance. Polanco est son interprète quand, dans un écrit où les mêmes exercices sont recommandés, il Insiste en premier lieu sur la nécessité d’éludicr les matières à fond, lundatumenle : « Mieux vaut bien savoir une science que de toucher à beaucoup en sachant peu de chacune. » Kegulce Collegiorum Soc. I Jesu, dans Monumenta padagogica, p. 55. Attentif ù suivre les adversaires sur tous les terrains et ù ne rien négliger de cc qui pouvait contrebal meer leur influence dans les milieux lettrés, saint Ignace demandait même ù ses ills de soigner leur style, d’avoir « un bon latin, » de « se perfectionner dans la langue latine, » comme on le voit par les recomman­ dât. ons qu’il flt en 1556 aux professeurs de théologie envoyés à Ingolstadt. Cartas de san Ignacio de Loyola, Lvi, p. 163. 505. II. L’en si ion ement théologiqub dans la Com­ pagnie DL Jésus AVANT LA EÉDACTION DU RATIO RTODIORVM. — Un quart de siècle s'écoula entre l'année 1556, où mourut saint Ignace, et l’époque où Claude Aquaviva, cinquième général de l’ordre, flt mettre la main au Patio studiorum, destiné ά devenir le code oillciel de l’enseignement dans la Compagnie de Jésus. De nombreux documents ont été publiés suoi le titre de Monumenta pa:dagogica ou dans le premier \olume du Kalio studiorum, du P. Faciliter. 1016 Bien qu'ils n'aient jamais eu de caractère absolu ou défln tif, ni même, pour la plupart, de caractère offlcleljls n’en sont pas moins importants et intéi estants; Importants, parco qu’ils pré) arêrcnl l’avenir; inté­ ressants, parce qu’ils nous font connaître le mouve­ ment des idées ù l’époque où Ils furent composés. Nous y voyons renseignement des sciences sacrées s’orga­ niser peu Λ peu dans les universités cl les collèges de la Compagnie de Jésus d'après les principes posés par le fondateur. Particulièrement instructifs sont divers écrits du P. Jacques de Ledesma qui vécut au Collège romain de 1559 ù 1570, comme professeur de théologie et préfet des éludes. Dans l’un de ccs écrits, il indique de quelle manière les professeurs doivent suivre saint Thomas : · Qu'ils expliquent d’abord ce que le saint docteur enseigne, sans changer l’ordre des questions, qu’ils exposent d’une façon rigoureuse cl expresse scs argumentset ses conclusions avec leurs fondements; qu’ils exposent ensuite de la même manière ce qu'il y a de plus important dans le commentaire de Cajétan; enfin qu’ils ajoutent ce qu'il leur semblera bon d’ajouter. » Circa studia et mores Collegii romani, dans Monumenta pædagogica, p. 149. Mêmes prescrip­ tions dans un autre écrit, avec cette seule différence que les professeurs sont invités à ne pas se borner au commentaire de Cajétan, mais à se servir aussi d’autres auteurs, tels que Capréolus, Scot, Durand, Gabriel Bicl, etc. De sacra: thcologiir studiis, ibid., p. 518. On trouve une application de cette méthode dans V Enarratio in Summam theologicam sancti Thonur, de François Tolet, qui fut professeur au Col­ lège romain de 1562 Λ 1568. Les maîtres chargés d’exposer à leurs disciples la doctrine de saint Thomas, étaient-ils tenus d’y con­ former la leur, cn acceptant les conclusions du grand docteur? Oui, généralement parlant. Celte obligation est souvent énoncée ou rappelée. Ledesma dit dans l’écrit Circa studia, Mon. p#d., p. 119, 159 : « qu’ils n’introduisent pas, surtout en matière grave, des opi­ nions nouvelles, sans le conseil cl l’agrément du supé­ rieur, mais qu'ils suivent ordinairement l’opinion commune ou celle de saint Thomas. » El ailleurs d’une façon plus péremptoire : « Louer saint Thomas el sa doctrine. 11 faut suivre toujours l’opinion de saint Thomas ou l’opinion commune. » Ad docendum regulæ, loc. cit., p. 570-571. La disjonctivo exprimée dans ce dernier texte, trouve son application dans une autre règle, où il est également question du docteur angé­ lique : « Même dans le cas où II faudrait abandonner son opinion (cc qui ne doit arriver que très rarement, et seulement quand l’opinion commune des docteurs est contraire ù la sienne), il faudrait encore excuse: ou Interpréter saint Thomas, ou, si la chose est pos­ sible, concilier ù l'aide d’une distinction sa doctrine avec celle des autres, cn sorte que l’autorité même du saint docteur soit toujours sauvegardée. » Ibid., p.570. Tous les professeurs furent-ils fidèles Λ cette direc­ tion? On est tenté d’en douter, quand on considère les plaintes portées souvent contre la trop grande liberté des opinions et l'insistance avec laquelle on revient sur la nécessité de s'en tenir aux opinions communes el de respecter l’autorité de suint Thomas el même celle des théologiens scolastiques cn général. Des remarques significatives apparaissent dans une pièce datant, semble-t-il de l’année 1563, où sont rapporté» les avis des professeurs du Collège lomain sur 1» manière d’enseigner « En traitant une question, ait observer Tolet, qu’on propose toujours, soit qu'on la suive, soit qu on ne la suive pas, l’opinion commune, afln que les étudiants la connaissent. » Ledesma ajoute: • Qu’on ne désaffectlonne pas scs disciples de la doctri ie de saint 1 humas ou des théologiens; qu'au con· 1017 JÉSUITES. LE RATIO STUDIORUM traire on les y affectionne. » Achille Gagliardi signale deux abus A éviter dans renseignement philosophi que : « celui d’une trop grande 1 berté, nui* ble Λ la foi, comme l'expérience le démontre dans les universités d’Halle, el celui d’un attachement trop exclusif A la doctrine d’un ou de deux auteurs, ce qui, en Italic, provoque le mécontentement ct le mépris, · D’autres rappellent qu'il faut enseigner la philosophie de telle façon qu'elle soit utile A la thénlog-.e; en conséquence, il faudrait spécifier les opinions qu'on ne peut défendre cn matière de fol et celles qu’on doit défendre, «pour que tous les em oignent et les sou­ tiennent de toutes leurs forces. » Generalia quadam circa studia, dans Monumenta padagogica, p. 160. 161. Les mêmes préoccupations sc retrouvent dans un rapport sur cc qu’il faut enseigner ct défendre cn ph losoph e : « Ne pas trop louer et même ne pas louer du tout Averroès. Louer saint Thomas et sa doctrine; A tout le moins ne pas le blâmer, surtout de telle manière que les étudiants se désaHcctionncnt de lui et de sa doctrine; mais, si l’on croit parfois devoir abandonner son opinion, Il faut le faire avec modestie. Pareillement, ne témoigner ni mépris ni dédain à l'égard des autres théologiens scolastiques ou de leur doctrine, encore moins A l’égard de la théologie sco­ lastique en général. » Docenda ct defendenda in philosophia, ibid . p l.H. Saint François de Borgia, troisième général de la Compngn c de Jésus, crut devoir tenir compte de ces observations, et des déviât ons qu'elles supposaient. Dans une ordonnance adressée aux provinciaux en novembre 1565, il prohiba dix-sept propositions qu'on lui avait déférées. Monumenta pivdagogica, p. 787. La plupart étaient d'ordre philosophique, et quelquesunes seulement d'ordre théologique; signalons, parmi les dernières, celle-ci destinée A devenir plus tard lo sujet d’une vive controverse : Praedestinationis non datur causa ex parte nostra. Les propositions particu­ lières étaient précédées de cinq rèi les d’une portée générale: il vêlait prescrit do ne défendre,aussi bien cn philosophie qu’en théologie, aucune proposlt on qui fût contraire ou qui dérogeât tant soit peu ou n me qui fût moins avantageuse A la fol; de ne défendre rien de contraire aux axiomes communément reçus par les philosophes; do ne non défendre d’opposé A la doctrine plus commune des philosophes et des théolo­ giens; de ne pas soutenir d’opmion contre l'opinion commune sans avoir consulté le supérieur ou le préfet des études; de ne pas introduire cn théologie ou cn philosophie d’opinion nouvelle sans avoir pris la même précaution. Après la mort de saint François do Borgia, la Hl* Congrégation réunie cn 1573, recom­ manda vivement au nouveau général, le P. Êvernrd Mercurian, de veiller · A cc que nos professeurs qui expliquent Aristote n usent qu’avec beaucoup de dis­ crétion de ceux de ses interprètes qui ont publié des écrits impies contre les dogmes chrétiens; de voilier surtout A cc qu’ils sc servent d’Aristote pour répondre aux attaques de ces auteurs contre la vérité chré­ tienne. ct à cc qu’en enseignant la philosophie, on la maintienne dans son rôle de servante et d’auxiliaire de la vraie théologie scolastique, que les Constitutions nous recommandent. » Celle ordonnance et cette recommandation pou­ vaient remédier A des abus particuliers; mais elles étaient loin de répondre pleinement au souhait, for­ mulé par Ledesma. d'avoir un plan d’études où tout serait réglé d’une façon nette ct cn détail : Scribatur liber, in quo distincte et particutatim contineatur Mus ordo studiorum Circa studia el mores Collegii romani, dan Monumenta perdaqogica, p 143. Saint François de Borgl-i cl son successeur, Êvernrd Mercurian <· préoccupèrent bien du projet. Ils firent faire des tra­ 1018 vaux d’approche, mats Ils n’eurent pas le temps de mener l’œuvre A bonne Πη. Ce qui fut fait sous leur Impulsion ne fut cependant pas mutile et ne devait pa^ tarder à porter ses fruits. III. Lf. ratio STObiOROH (1582-1598). — Élu général le 7 février 1581, le P. Claudo Aqua viva s'appliqua sans retard à la grande entreprise. D ins­ titua. dans la congrégation même qui l'avait élu, une commission de douze membres ad conficiendam for­ mat im studiorum. Conqrrg. IV, decret, xxxi. 11 s’y trous a t des hommes remarquables, comme Pierre Fonseca pour le Portugal, François Coster pour la Belgique, Jean Maldonat pour la France, Achille Gagliardi pour l'Hal.e. Le résultat de leurs travaux n’a pas été conservé; il semble qu'ils ne purent traiter de la question que d’une façon générale cn posant des principes et en fixant la marche a suivre. En tout cas, cc fut seulement après ta clôture de la Congrégation, que le P. Aquaviva se mit résolum nt à l'œuvre. Pré­ voyant que le travail durerait un certain temps, Ü adressa aux provinciaux, en septembre 1582, une lettre où il leur recommandait avec instance de veiller à la sûreté et A l'uniformité de doctrine requise par les Constitutions; dans ce but 11 formulait provisoirement six règles qui n'étaient, en substance, qu’une confir­ mation ou amplification des s.x règles générales de saint François de Borgia. Nous les retrouverons plus loin dans les principes relatifs au choix des opinions. Au mois de décembre de l'année FUivante (1583), six Pères choisis dans les diverses assistances se réu­ nirent A Borne et travaillèrent en commun jusqu'à la fin d’août 1584. Le plan d’études qu’ils élaborèrent fut soumis A l’examen de toutes les provinces durant l’année scolaire 1581-1585. Après que les observations eurent élé reçues, puis examinées et utilisées dans la mesure où elles parurent opportunes, le prviruer Ratio fut imprimé sous ce titre : Ratio atque institutio sta· diorum per sex patres ad id jussu R. P. Praepositi Generalis deputatos conscripta Ronue, In Collegio SocletatL Jesn anno Domini 1586 Outre un résumé des actes de lu commission et quelques pièces de caractère justificatif ou documentaire, l’écnt compre­ nait deux parties distinctes : l'une d’ordre spéculatif, sur les principes qui devaient régir les professeurs dans le choix des opinions. De opinionum delectu; Γautre d ordre pratique, sur le régime des classes. De scho­ larum administratione. Nulle valeur juridique ne s’attachait au travail; il fut imprimé comme manus­ crit, A un petit nombre d’exemplaires, non pour être mis cn pratique, mais pour être soumis à l’examen des Pères les plus capables de porter un Jugement, en attendant l'intervention nécessaire d’une Congréga­ tion générale. Cc serait donc une erreur manifeste que d’invoquer tout ce qui est contenu dans cette premier· rédaction comme l’expression authentique des vues communes et des principes de la Compagnie de Jésus. Une seconde édition suivit en 1591 : Ratio atque institutio studiorum. Rome, In ( ollcgio Soaetatls n. On y avait utilisé les cr. tiques faites contre h première rédaction et les données fournies par l expcr.ence, mais on n’y trouvait que la partie pratique; 1 autre partie, dont la révision n’était pas encore achevée, ne fut envoyée aux provinciaux qu’en juillet 1592. Réunie l’année suivante, la V· Congrégation générale chargea de reviser le R dio studiorum une commission de onze membres, dont le premier fut Robert Bel far­ min. Lo principal résultat do leurs délibérations fut la rédaction de dix règles générales sur lo choix des opi­ nions en théologie ct en philosophie, et d’une préface contenant elle-même quatre règles sur l’obligation el la manière de suivre la doctrine de saint Thomas. Le tout reçut Γ approbation de la Congrégation générale ct fut muré dans les Actes, décret 41. Enrichi de ccs 1019 JÉSUITES LE RATIO STUDIORUM nouveaux documents, Je Ratio de 1591 devait être •ounr's dans toute la Compacte A un denier examen; cela /ait. le P, général fera l imprimer et promulgue­ rait l'édition officielle et défin (ne. Ce qui eut Leu cinq ans plus tard : Ratio atque institutio studiorum Societatis Jrsu. Superiorum permissu, Neapoli, In C Ifeglo ejusdem Societatis, 1598. C'est donc L* qu'il faut chercher les vra.s prmc.pcs de l’ordre sur rensei­ gnement des sciences sacrées. Nous nous bornerons aux considérations propres à mettre ces principes en relief, pour cc qui concerne l'orientation générale de l'enseignement et l’adoption de saint Thomas comme doct r propre, en renvoyant pour le reste A c< ux qui ont résumé 1»· Ratio studiorum d'un< façon plus com­ plet* par x crtlons et de les admettre ou de les rejeter < toutes les fois qu'ils ven · eut û l’encontre une raison solide ou des auteurs re* <· tables » A. Astroin, His­ toria. t. iv, p. 30, Veut-it o les mimes demanda entii I eit < . ■ n Mus du /pj/io de 158»·. qu n se conte t l de quelques règles géné- 1021 JÉSUITES. LE RATIO STUD1ORUM raies sur l'orientation de l'enseignement, sane entrer | dans le détail des opinions. Pachtler, Ratio studiorum, p. 35. I Entre ces deux attitudes extrêmes, chacune en sa façon, il y en avait une autre, moyenne et modérée. On la trouve soutenue dans trois écrits provenant de personnages de grande autorité, Salmeron, Bellannin, et Maldonal. Consulté par Aquavlva, Alphonse Sal­ meron, l’un des dix premiers compagnons de saint Ignace, exposa son avis dnns une lettre datée du lrr septembre 1583. Epislolæ P. Salmeronis, t. n, p. 709, dnns Monumenta historica S. J. L’uniformité absolue dune renseignement théologique cl philoso­ phique lui paraît un idéal séduisant, mais que l’expé­ rience démontre irréalisable ici-bas. Il y aurait, pour la Compagnie de Jésus, des inconvénient* ù s’attacher si étroitement à un seul auteur, qu’elle ne Jurât plus que par lui. Saint Thomas est incontestablement le maître parmi ceux qui ont le mieux traité les matières théologiques; en se pénétrant bien de sa doctrine on ne peut manquer de devenir un theolog en solide et vraiment catholique. 11 n’en est pas moins vrai qu’on rencontre chez lui des assortions qui ne sont pas com­ munément admises par les autres et qui ne convien­ nent pas à notre époque; il ne serait donc pas à pro­ pos d'obbger les nôtres à les soutenir toutes, d’autant plus que les dominicains eux-mêmes ne s’y sont pas astreints. I n parlant ainsi Salmeron pouvait avoir en vue les maîtres de Salamanque comme l raiçoh de Victoria Melchior < ano et Dominique de Soto qui, dnns kur enseignement et dans leurs écrits, suivaient saint Thomas d’une façon plus large que ne le firent plus tard Mollna et Battez. Voir F. Ehrle Die pôpstliche Encyklika oom 4. August 1879 dans Stimmen aus Maria-Laach, 1880 t. xvni, p. 392 note 1. 355 sq.; L. Mahleu François Suarez. Paris 1921 p. 32-35. Deux écueils sont à éviter : d’un côté, admettre les plus faibles arguments d’un auteur, par égard pour les solides raisons qu'il a pu donner ailleurs; de l’autre, rejeter les bonnes preuves, parce que l’auteur en aura donné de faibles L’obligation d’avoir la Somme théologique pour texte de notre ensei­ gnement n’entralnc pas colle do suivre sa doctrine en tout, pas plus qu’en philosophie l’obligation d’ex­ pliquer le texte d’Aristote n’entraîne celle de lo suivre en tout. Visons d’abord à une doctrine solide, Inébranlable, d’où qu’elle vienne. Qu’on veille à ce qu’aucun esprit trop libre ou friand du nouveautés ne se mette à créer des doctrines nouvelles, c’est-àdire se rattachant par quelque point à celles des héré­ tiques ou contredisant les premiers principes commu­ nément reçus dans les écoles en philosophie et en théologie· Il ne semble pas à propos de dresser un catalogue de propositions prohibées : « on l'a déjà fait, et l’on s’en est mal trouvé. » Du moins, si l’on sc décide pour un catalogue de ce genre, qu’il ren­ ferme un très petit nombre de propositions, · pour qu'on ne puisse pas dire que nous voulons resserrer l’esprit humain dans des limites trop étroites, et con­ damner par anticipation des pensées ou des proposi­ tions que l’Église n'a point proscrites. » Contentonsnous de rester dans les bornes tracées par les saintes Écritures et les définitions de l’Église, des pontifes ou des conciles. Vers la même époque, Aquavlva fit examiner pnr Bcllarmln l'écrit, cité plus haut, où l’on proposait d’imposer aux professeurs do la Compagnie l'obliga­ tion de suivre saint Thomas en tout, à l'ex» option I du seul point de la conception de Mario. L’illustre controversis tu répondit qu'à son avis, il fallait Imposer I saint Thomas Λ tous comme l’auteur commun, tan· I quam communis auctor, mais sans ajouter I bllgation I do suivre ses idées en tout. La mesure serait, en elle- I 1022 même, moins bonne; car, ma’grê la supériorité ou l'excellence relative de saint Thomas, on ne peut pas nier qu'en certains points, si peu nombreux so ent-ils, d'autres liaient mieux traité les questions. « Si donc il est licite de prendre dans chaque auteur ce qu’il y a de mieux, pourquoi nous priverions-nous de cet avantage?»ConsiikraUon plus valable encore, quand le senti ment contraire ù celui de saint Thomas est en même temps plus sûr et plus avantageux pour la foi chré­ tienne; ce qui parait être le cas en plusieurs problem ·. Moins bonne en elle-même, la mesure proposée sera t,en pratique, d’exécution difficile et peut-être imposable. Car elle se heurterait à la manière de voir et d’agir de la plupart des maîtres de la Compagnie. Pourraiton, sans porter atteinte à leur dignité, les forcer brus­ quement à enseigner, sur un certain nombre de points, le contraire de ce qu’ils ont ensc gné Jusqu’ici? Par ailleurs, la mesure ne parait pas nécessaire. On met en avant la sûreté de la doctrine et l’union des esprits, si vivement recommandées par saint Ignace.La sûreté de la doctrine peut s’obtenir autrement; il suffit que, d'un côté,on soit tenu de suivre samt Thomas ordinai­ rement et que, de l’autre, on dresse deux catalogues contenant les opinions du saint docteur dont nous nous écartons, puis celles qui semblent plus probables ou du moins aussi pro abies que les siennes, et qui seraient déclarées libres. Quant à l'unité des esprits, il faut assurément y tendre de toutes nos forces, mais sans prétendre aller au delà de ce qui est posô b’e idbas, à savoir de s’entendre sur les points où le désac­ cord entraînerait danger d’erreur pernicieuse. Aussi b:en la recommandation de notre bienheureux père Ignace est-elle formulée d’une façon non pas absolue, mais relative, quoad ejus fleri poterit. Bref, « qu’on reçoive saint Thomas comme notre auteur habituel et commun, tanquam ordinarius et communis auctor, mai· en exceptant un certain nombre d’opinions. · Cette manière de voir fut égal· ment « lie des autres pro raseurs du coll ge romain consultés par Aquaviv i en 1582. Voir X. M. Le hacheli t Bellarmin avant son cardinalat, Paris 1911, p. 500. Muldonat émit le même sentiment dans l’écrit De ratione theolo g ne el sacræ Scriptune docendæ, écrit dont la date n'est pas donnée, mais qu’il semble avoir composé en 1591, comme membre de la commission Instituée dans la IV· Congrégation générale. D’après lui, saint Thomas est l’auteur qu’il faut tout d'abord enseigner dans nos chaires : nos Constitutions l'exi­ gent, il l’emporte sur tous les autres théologiens; sa doctrine a reçu plus que toute autre l’approbation de l’Égl.sc. Mais l'obligation ne doit pas être imposée d’une façon si étro.to qu'on ne puisse s’écarter de lui en quelques points, nonnullis in rébus. D’ailleurs, les maîtres doivent avoir soin d’aiTectionner leurs élèves au saint docteur, dont ils expliqueront le texto. Monu­ menta pivdagogica, p. 861, 866. Aquaviva goûta l’avis exprimé dan· ces pièces, comme on le voit par la réponse qu’il fit Λ Salmeron, le 29 septembre 1582 : · J’ai lu avec plaisir le Jugement de votre Hcvércnce relatif aux opin ons et à la doc­ trine des nôtres. Jugement conforme Λ ce que Je pen­ sais moi-même.» Epistolte Salmeron is, Monum hist., t u, p 716. Le général s’inspira en effet de ces sentiments dans la lettre adressée aux provinciaux en septembre do la mémo année; parmi 1rs six règles qu il y formula pour diriger provisoirement les professeurs dans le choix des opinions, la première était ainsi conçue : « sans Juger qu’on doive lnterd>re aux nôtrci, dans l’enseignement de la théologie le-s opinions des autres autours quand elles sont plus proba des et plus com­ munément reçues que celles de sa nt Thomas, l’auto­ rité de ce maître. In sûreté de sa doctrine, l’approb ition plus générale dont elle Jouit et le* recommanda- 1023 JÉSUITES. LE RATIO STUD1ORUM lions de nos Constitutions relatives à In sûreté de la doctrine nous font cependant un rigoureux devoir de le suivre habituellement. C’est pourquoi toutes scs opinions, quelle s qu’elles soent (excepté celle qui con­ cerne la conception de la sainte Vierge) pourront être défendues, et mime on ne devra s’en écarter qu'nprès mûr examen et pour de graves raisons. » Pachllcr, Ratio studiorum, t. n, p. 12. De leur côté, les six Pères chargés de préparer le Ratio studiorum se prononcèrent sur la même question, De opinionum delectu in theologica facultate, Pachllcr, op.cit., I.n p.30-31. Ils maintinrent d'abord, quant à la substance, les six r· gles générales de saint François de Borgia; vient ensuite cette prescription :« En théologie les nôtres suivront la doctrine de sainlThoinns, à l’ex­ ception d’un petit nombre d’opuiions qui, tout en étant ou en paraissant être de saint Thomas, peuvent cepen­ dant être contredites sans danger el avec grande proba­ bilité; les supérieurs pourront donc permettre à ceux qui le voudraient, de défendre le contraire en vue d’exercer les esprits et de provoquer une recherche plus approfondie de la vérité. » Suivait l’énumération des propositions laissées ainsi libres. La règle 6· com­ plétait la matière en défendant de s’écarter de saint Thomas dans les points non exceptés. En vue d’obtenir l’unité de doctrine, deux cata­ logues avaient été dressés par les membres de la com­ mission. Ils contena ent: l’un, les opinions laissées à la libre discussion, libérer; l'autre, les propositions dites obligatoires, definitae. Les propositions énoncées dans ce double catalogue s’élevaient au chiffre considérable de 597 Les professeurs du College romain critiquèrent vivement cc travail soumis à leur appréciation : à leur avis, beaucoup de propositions étaient déclarées obligatoires sans fondement suffisant; en revanche, parmi les opinions dites libres, il y en avait beaucoup trop de contraires à saint Thomas, Bellarmin en comp­ tait Jusqu’à 77, dont quelques-unes lui sembla ent importantes. Le Bachelet, Bellarmin avant son cardi­ nalat, p. 510, 515. Ces critiques eurent leur effet; si le double catalogue fut maintenu dans le Ratio de 1586, le nombre des propositions fut réduit de près des deux tiers; au lieu de 597, il n’y eu avait plus que 202, dont 67 dites facultatives, libéra:, et 101 obligatoires, défi­ nit*. Pachtler, op. cit., t. n, p. 32, 205. Des attaques plus graves, se produisirent. Henri Henriquez, alors transfuge de la Compagnie, dénonça le Ratio, comme opposé à saint Thomas, dans un mémoire présenté à l’inquisition d’Espagne, le 20 oc­ tobre 1586. As train, op. cil., t. ni, p. 407. L’affaire n’eut pas de suite, d’autant que le Ratio, soumis à Γ Inquirit on de Home, sortit indemne de l’examen. Cf. Bellarmin avant son cardinalat, p. 497. Le douille cata­ logue de propositions fut maintenu dans l’édltloi de 1591 .ou plutôt dans le supplément publié l'année sui­ vante Il repro­ chait du reste aux réviseurs, d’avoir été trop faciles dans leurs jugements. Enfin, il faisait siennes plu­ sieurs des mesures d'ordre disciplinaire ou adminis­ tratif qui avaient été suggérées dans l'enquete com­ mune : faire lire au début de l'année scolaire la lettre De soliditate atque uniformitate doctrines, surveiller avec soin l’enseignement des professeurs et tenir compte, en les nommant, de leur attachement Λ saint Thomas. Toutes ces prescriptions édictées, Aquaviva con­ cluait qu’il n'y avait pas lieu do dresser un catalogue do propositions jugées probables ou non probables, permises ou prohibées, puisque 1 obligation stricte de suivre saint Thomas constituerait désormais pour la doctrine un principe suffisant de solidité ct d’uni­ formité. Il fit toutefois une exception relativement à un problème qui avait été depuis plusieurs années 1'objel d’une vive discussion dans la Compagnie. La controverse se rattachait à deux points qui avaient été critiqués dans le De concordia do Molina. D'abord la définition que ce théologien avait donnée de la grâce efficace : Illa dicitur gratia efficax, cui homo consentit. On avait attaqué cette définition comme ina­ déquate, n’envisageant la grâce efficace que dans son terme, in actu secundo, tandis qu’il fallait l'envisager aussi dans son principe, in actu primo, antérieurement au libre consentement de la volonté, car sous ce rap­ port, elle rentre comme moyen d'exécution, dans l’or­ dre de providence spéciale qu’entraîne la prédesti­ nation des élus. L'autre point concernait la manière dont Molina comprenait ct expliquait la prédestina­ tion elle-même, en rejetant l’existence on Dieu d'une volonté antécédente absolue, en vertu de laquelle il aurait décrété la gloire pour un certain nombre d hommes Indépendamment de la prévision des mérites futurs. A cette occasion, les adversaires ava.cnt rappelé la 16· proposition contenue dans l'or­ donnance de saint François de Borgia : Prédestina· liants non datur causa ex parie nostra. Voir Le Bachelet, Auctarium Bellarnunianurn, p. 100; Bellarmin avant son car*'. 1,311 En 1610 Le^slns publia en Belgique sous forme de d H on apologétique, son petit traité De gratta eguiict, avec uo appendice De praedestinatione ct repro­ 1032 batione angelorum et hominum. Il y soutenait la doc­ trine do .MoHna sur lu prédest nation, en se servant do la formule : post préidsa mérita, qui ne ke trouve pas dans lo De concordia. Sur le point de la grâce efficace, il s’en tenait à la notion donnée par Μ· I na. Dans un opuscule inédit, De gratta congrua, il pose expressément cette question, entendue de la grâce efficace considérée in actu primo ou antérieurement au consentement donné : L'cmporte-t-elle, absolument parlant, comme grâce ct comme secours, sur la grâce suffisante? Non, répond-il, n. L Dico ergo, in aunllo quod dicitur congruum scu efficax, non necessario requi­ ritur aliquid prévium, nostrum proveniens consensum, quod non sil in auxilio non congruo seu inefficaci. Lessius fut attaqué, spécialement par Suarez el Bcllarmin : Ils jugèrent celte position contraire à celle de saint Augustin ct de saint Thomas. Auctarium Bellarminianiun, p. 27, 186 sq. Celle affaire ennuya beaucoup Aquaviva, ct l'opposition venant de théo­ logiens qui jouissaient d'un si grand renom de science théologiquo, et que, personnellement, Il estimait sin­ gulièrement l'impressionna beaucoup. Dans l’enquête de 1613, on trouve (égarée, semble-t-il, parmi des documents provenant de l’assistance do Germanie), une pièce anonyme Intitulée : Loca aliquot S. Thonue, in quibus videtur inter eos qui salvantur et damnantur, consentiunt et resistunt vocationi, ponere aliquod dis­ crimen antecedens usum liberi arbitrii. C’est un recueil de nombreux passages tirés des diverses parties de la Somme théologique et d’autres écrits de saint Thomas. Cette pièce fait comprendre le sens d’une critique de Bcllarmin, publiée dans 1'Auctarium Bellarminianiun. p. 187; Quod Lessius non agnoscat ullam discretionem electorum a reprobis ante prie visa merita, neque cum sancio Thoma, neque cum Vasques. Ccs documents et d'autres, qui seront bientôt pu­ bliés, prouvent Λ l'évidence que dans la controverse dont nous fuirions il ne s'agissait pas de la grâce effi­ cace in actu primo, considérée dans son entité phy­ sique et matérielle, point sur lequel Mollna, Su rez, Bcllarmin et Lesslus s’accordaient, voir Auctarium Bcllarminianum, p. 21 sq., il s’agissait de la mémo grâce considérée dans cc qu'on peut appeler son entité morale, c'est-à-dire le rapport spécial qu’elle doit à la sagesse qui dirige et à la volonté qui tend au but, en tant que secours ordonné par Dieu à produire infail­ liblement le consentement de l'homme. Lessius no rejetait pas absolument ccttc considération,car il affir­ mait qu’en donnan la grâce Dieu a la connaissance certaine de I effet futur et qu’il le veut ; mais il n’in­ sistait pas sur cet aspect de la grâce cl, incontestable­ ment, il n’exphqumt pas la chose comme Suarez cl Bcllarmin; ceux-ci, en effet tenants delà prédestina­ tion à la gloire ante prévisa mérita, rattachaient ù l élection divine préalable k caractère de bienfait spé­ cial qui convient à lu grûce fficace in actu primo, ce que Lesslus niait, conformément à son système de la prédestination à la glohe post pnvvisa mérita. Aquaviva Jugea qu’il fallait maintenir et nette­ ment alarmer que la grâce efficace considérée même antérieurement nu consentement de la volonté, in actu primo, l’emporte moralement ct relativement sur la grâce purement suilhmiile. Il adjoignit donc a sa lettre du 14 décembre 1613 le décret suivant : Stntulmm ct mandamus ut In tradenda divin* ixraUm cillmcltrtto theologi nx*le­ ta U» eam opinionem sequan­ tur, *ivo in lectionibus xlvo In publici· disputationibus, qu* a plerhque xoclrtutlf •crlntoribu’· IrmlHur atque la ccMiUuserula do auxilii • Nom Mtntunns et ordon­ nons qu’en trmliuit de Pefllcaclté de lu grâce, les nôtres suivent, soit dnm les livres, w|t dnn* les cours et le disputes publiques, Copinlon que la plupart «1rs auteurs de In (. Ici ci»n- 1033 JÉSUITES. LA DOCTRINE DE LA GRACE divin» gratta coram wm· traverse* de aurillls iltvlnfr mis Pcmlltlcibii* pta mémo- grathr, tenues en presence rta t.lvnumtc VI11 et S. D. de» souverain* pontife* Clé­ N. Paulo V. timqunin magie ment VIII ct Paul V, a été consentanea SS. Au .us U no proposé*· et soutenu* comme et Tliotnn* graviorum Pa­ plus conforme, nu jugetur ut trum indivin ex pi le «ta et h l«»oph*que. La XXI· (xjngrégatlon générale, en 1829. prescrit d maintenir la théologie scolastique, h XXII·, en 1859 dc conserver la forme syllogistique et fustige du Ulln ou d'y revenir, là où l'usage serait tombé en désué­ tude Deux documents méritant d'être mentionnés à part. VI. Les régentes directives. — 1· Le bre/ · Gra­ vissime Nos » de Léon XIII, 1892. — L'enrycl que .Etcrni Patris publiée par Léon XIII le I août 1879, en vue de restaurer dans toutes les écoles catholiques la philosophie chrétienne d’après saint Thomas d’Aquin, ne pouvait que renforcer et accentuer dans la Compagnie de Jésus, le mouvement de réaction thomiste, que plus ears de ses membres les Kleulgen. les Schrader, lc> Cornoldl, les L beratore et autres avaient secondé ou même provoqué L’ordre tout entier représenté par la XXIII· Congrégation générale, réunie en 1883, tint à protester, déen t 15, d une façon oflicielle et solennelle, de sa pleine a ihcsion à la direction donnée à l’Église par son chef. L’assemblée renouvela, en recommandant de les observer avec le plus grand soin, les prescriptions contenues dans les Constitutions et dans les décrets de la V· Congrégation générale, d’après lesquelles les nôtres doivent regar­ der saint Thomas comme leur docteur propre el le suivre en théologie scolastique. Elle renouvela égale­ ment l’obligation, énoncée dans le décret 36 de la XVI* Congrégation et le décret 13 dc la XVII·, de s’en tenir à la philosophie scolastique comme préparation la meilleure aux études théologiques. Les professeurs de physique expérimentale devaient tenir compte de ccs décrets et ne rien aærmer qui fût en contradic­ tion avec le système scolastique sur les principes et la composition Intrinsèque des corps. En même temps, pour favoriser l’union cl la concorde des esprits, la Congrégation avertissait tout le monde professeurs el étudiants de théologie ou philosopha. d’éviter une confiance excessive en leur propre Jugement el de ne pas enseigner témérairement ou à la légère, comme vraie el légitime doctrine de saint Thomas, des inter­ prétations nouvelles et purement subjectives, mais bien plutôt d’estimer beaucoup et de consulter avec soin les excellents docteurs de la Compagnie, loués et approuvés dans l’Église; docteurs qui ont mérité d’être recommandés par les pontifes romains et par des hom­ mes d’une très grande érudition, comme dos disci­ ples de saint Thomas, très attachés à cc maître, comme dc sages interprètes cl même comme des lumières de la sainte Église. Décret 18. Léon XIII allait bientôt confirmer d’une façon notable l’ensemble de ces recommandations par le bref Gravissime Nos, adressé au général de la Compagnie de Jésus, le 30 décembre 1892. Le titre même de ce document en indique l’objet général : Litter* aposto­ lic* quibus constitutiones Societatis Jesu de doctrina S. Thom* Aquinatis profitenda confirmantur. Léon XII ( rappelait son désir de restaurer dans les écoles catho­ liques la philosophie de saint Thomas d’Aquin ot la demande de collaboration que, pour réaliser ce projet, il avait adressée aux ordres religieux. Dans Je dessein de mieux assurer et de régler d’uno façon plus précise l’aide qu’il désirait obtenir et qu’il attendait do la Compagnie dc Jésus en nnrHriincr. H rnnnrl'i’» tous le» documents contenu» dans les Constitutions de saint 1039 JÉSUITES. LES RÉCENTES DIRECTIVES 1040 Ignace, Je» décrète des Congrégations générpjos ct les Dans lo dessoin do favoriser parmi les nôtre» l'eniellettres ou ordonnances des Pères généraux, qui obli­ gnement et l'étude do In doctrine du docteur angé* gent les professeurs de la Compagnie Λ suivre, en hque, les Pères do la XXVP Congrégation auraient théologie, la doctrine de saint Thomas, et, cn philodésiré traiter plus longuement de co sujet; mai» Ici sophfe, celle d’Aristote interprétée par l'Ange «lûl'Erole. événements politiques qui so produisirent alors ne leur Toutes ccs prescriptions, Léon XIII déclarait les conen laissèrent pas le loisir. firmer de son autorité pontificale et leur dormer lo Le B. P. W ’ndlmlr Ledôchowskl compléta l'œuvre caractère de règle fixe, constante et définie. Non pas par sa fi t I re /dodrfna S. Thonier magis magtoque tn qu'il voulût, ajoutait-il, diminuer aucunement les Societate fnvenda, datée du 8 décembre 1910, (IGinari grands mérites des écrivains que l'Ordre a produits; 1917). Elle débute par un nrnplc éloge do la scolastique, « c'est IA une gloire de famille qu'il faut maintenir et étudiée dans son développement historique, dans sa respecter; > mah l’écuell serait que l'estime accordée valeur intrinsèque ct sous lu lumière do l'expérience et A ccs grands auteurs et l'attachement Λ leurs écrits d< » approbations que les souverains pontifes lui ont ne devinssent un obstacle, plutôt qu'une aide, pour prodiguées:autant do titres qui s'appliquent plu» par l'unité de doctrine, qui doit venir de l’acceptation tlcuhèrcment A la théologie et A In philosophie «colaspratiqué de saint Thomas comme docteur commun ct tiques telles qu'on les trouve chez celui qui a mérité propre. Il faut donc, en théologie, s’en tenir A l'ensei­ le nom d'Ango de i’École et do prince des théologlcoi, gnement de ce maître, même en matière d’opinions, et que Léon XIII a déclaré le patron dos école* catho­ quand il traite de la question ex professa et que sa liques du monde entier. Vient ensuite ia partie doc­ pensée est certaine; de même en philosophie, au moins trinale. Les prescriptions contenues dons les Consti­ dans les points principaux cl lh s avec plusieurs autres tutions, dans le Radio Studiorum ancien ou nouveau comme fondement, in præcipuis et quæ tanquam et, dans les décrets des Congrégations générales, pres­ fundamentum sunt altorum plurium, cai il y a entre la criptions confirmées et renomolées par Léon XIII, doctrine théologlquo et philosophique du saint doc­ concernent d'abord deux points fondamentaux : teur une connexion si étroite, que l’une ne va pas l'emploi de la méthode scolastique dans renseigne­ sans l’autre. ment de la théologie dogmatique ct la fidélité A suivi·· Que Léon XIII n’ait nullement songé A trancher saint Thomas comme docteur propre. C'est dans le par ce bref les controverses relatives A la pensée du but do promouvoir toujours de plus en plus lu second docteur angùique sur les sujets discutés entre les point, que des directions pratiques sont données à la théologiens jésuites et les dominicains dans l'affaire fin de In lettre : lecture et étude approfondie, par los De auxittts et depuis lors, la chose ressort de cc que, professeurs et par les étudiants, des écrits du saint docteur; usage en classe de la Somme thcologtque rappelant et confirmant les prescriptions contenues dam les Constitutions de la Compagnie de Jésus, dans 1 comme texte, pour la partie scolastique do renseigne­ ment, avec emploi d’un autre texte pour la partie le· ch rets des Congrégations et dans les lettres ou ordonnance·» des Pères généraux, le souverain pontife positive; recommandation aux supérieurs de préparer n'excepte aucunement le décret d’AquavIva ni ceux des professeurs qui soient A la hauteur de la tâche, dan» des Congrégations qui l’ont maintenu. En outre, les circonstances actuelles, et cn même temps réelle­ parlant A la fin de celle lettre de l'enseignement ment attachés A la doctrine de saint Thomas. donné A I T'nivcrsité grégorienne, Léon XIII s’en Un troisième point avait besoin d’être précisé : dan» déclare satisfait, lætamur optedts fusslsque nostris salis quelles limites les professeurs de la Compagnie de odmoiium esse /udum; or, c’est un fait de notoriété Jésus sont-ils tenus d'adhérer A celte doctrine? Deux pu qu·· que I en gnement donné A l'Univcrslté affirmations résument la réponse à cctte question : g gor cnne comprend la doctrine officielle de la Il y a obligation de suivre la doctrine de saint Thomas Compagnie de Jésus sur la grâce ct les matières con­ dans les points principaux, in omnibus enuntiatis nexes. mnfortbus, ou, suivant la formule de Léon XIII, in præcipuis efusdodrinæ capitibus, qua· tanquam funda­ 2· Concfus/on ; la lettre du T. R. P. Ledôchotrski, 1916. — Le bref qui vient d'être rappelé Imposait menta sunt multorum plurium aliorum; on est libre aux professeurs de théologie, et surtout de philo­ par rapport aux autres points, mais A la condition sophie, un examen de conscience sur leur fidélité de rester dans ia disposition de no s'écarter du grand pratique A suivre la doctrine de saint Thomas. Il maître qu'à contre-cœur et très rarement, graoate pouvait avoir pour résultat de développer ou d’accen­ admodum et rarissime. Mais qu'entendre par ks tuer, chez quelques-uns la tendance A une adhésion enuntiata mafora ? En premier lieu, l’ensemble des plu» stricto, que nous avons vu se manifester dès le vérités rappelées par Pie X dans le Motu proprio : début de l’ordre par opposition A la tendance plus Doctoris Angelici, 29 juin 1914, «celles que les plu» large qui avait prévalu chez le plus grand nombre. La nobles philosophes et les principaux docteurs de XXVI· Congrégation générale réume cn 1915, énonça l’Eglise ont acquises par leurs méditations et leurs de sages recommandations ù l’adresse de tous les raisonnements louchant le mode propre de lu connais­ professeurs. En traitant de questions controversées, sance humaine, la nature de Dieu et des autres êtres, ils doivent éviter xoigneusement de censurer l'opi­ l’ordre moral et la manière de tendre A notre fin der­ nion contraire A la leur. Dans l’intérêt de la charité ! nière » Vérités directement opposées aux assortions ct de la vérité ct pour le plut» grand bien de leur» du matérialisme, du monisme, du panthéisme, dn élève», Ils ne dois eut pas consacrer A ces sortes de socialisme et du modernisme sous ses formes mul­ problème» plus de temps que l’importance du sujet tiples Pour aller plus loin, il faut tenir compte de ne l’exige, mais se contenter plutôt d’exposer loyale­ plusieurs distinctions déjà rencontrées : il y a «les ment le» diverses opinions avec leurs principaux fondoctrines que saint Thomas tient avec fermeté, des dements et d’ind qucr avec modestie celles qu’ils questions qu’il n traitées expressément, dedita opera, e-i ment préférable ; mais il ne faut pas mettre nu dc> afilrnmtlons qu’il appuie sur des arguments cer­ nombre de· questions léputées fibres dans les chaires tain· Ma s il y a aussi des points où sa pensée donne de la Compegn e celles qui ont trait A la nature de In lieu a dlscmdon, de» questions qu’il n’a traitées qu’en grâce et à la sc ence moyenne, puisque, sur ces points, | passant, des assertion» qui no sont fondées que sur des tou* «ont «»L>1 pé», d’ap < s les prescription» de plusieurs | raisons probables et que d'autres docteurs do grnn«ie généraux. d'cii»e jner I doctrine soutenue au nom autor U rejrHon· ou contcslcilt, nu du moins ennsi­ dt U Compagnie dan» les Congrégation» De auxiliis· de rent comme n’étant que d'une importance secon· 1041 JÉSUITES. LES RÉCENTES DIRECTIVES dalrc. Telles, par exemple, les vingt-quatre Thésée ptéscniées A ta Sacrée Congrégation des Eludes et qu elle u Jugé, le 27 Juillet 1914, contenir dei point* Importants do ta doctrine de saint Thomas, cas plane confiner· candi Dollar le principia ri enuntiata ma/ora, snn* cependant les déclarer obl.gatolres. Ccs proposi­ tions, ainsi rapprochées et groupées, constituent une synthèse d’ordre m cludt* de la philosophie nitlonm*!) et de ta thécdogle et de fonin r les élève* ians et1* branches d l’en*clggica Soc. Jesu, qutr prunam /talionum studiorum L J spagne, tout d’abord, présente une pléiade d’au­ anno JSûS editam prircesstre, Madrid, 1901, dans la collec­ teurs ranges communément parmi les tliôdogicns de tion Monumenta historica Soc. Jesu, a patribus ejusdem Societatis nunc primum edita; G. M. Patchlcr, S. J., Ratio premier ordre : François Tolet, Louis de Molina, Gré­ studiorum et Institutiones scholastlar Soc. Jesu per Germa· goire de Valence, François Suarez, honoré pur plu­ nlam olim vigentes, dans In collection Monumenta Germanite sieurs papes du titre de Doctor eximius, Gabriel Vaspirdagoglca, Berlin» 1887, 1890, 189-1, t. n, v, ιχ, χνι; X. M. quez, Dldace Ruiz de Montoya, Jean Martinez de Bnchclet, S. J., Dellarmin avant son cardinalat, Paris, Itipalda et Jean de I.ugo, devenu cardinal en 1613, 1911, append, ix-xv, p. 493-518; A. Astraln.S. J., Historia mais qui par l'époque de son enseignement au Collège de la Campania de Jesus en la Aslstencla de Espaha, Madrid, romain ct de la publication do scs œuvres, rentre dans 1909. 1913,1916, t. πι,ιν, v; P. Tacchl Venturi,S. J.,Storia delta Compagnta di Gesà In Italia, Home, 1910,1.1, p. 53 sq. ; le premier siècle de l'ordre. D'autres gloires surg sent Andr. Jiianrn, Shilling der Gesellschaft Jesu sur Lehre des ailleurs : en Italie, le cardinal Bellarmin; en Belgique, Aristoteles und des hl. Thomas von 15 S3, dans Zeitschrift fûr Léonard Lessius; en Allemagne, le bienheureux Pierre kathalische Théologie, ïnspnick, 1916, t. xl, p. 201-237; Cam si u s, Jacques Gretscr, Adam Tanner; en France, Sforxa Palla vicini, Vindicationes Societatis Jesu, quibus multorum accusationes in ejus Insitlutum, leges, gymnasia, celui qu’on a nommé « l’aigle des Jésuites ·, Denis Pelau, sans compter un nombre beaucoup plus consi­ mores rr/itluntur, Rome, 1619. lui lettre du R. P. Vladimir dérable d'auteurs inférieurs, mais d'une réelle valeur, Ledôcbowskl a été publiée dans diverses revues : Ctvtllà Cattidica, 1917, t. IV, p. 61; Scuola Catlnlica, Milan, 1917, qu’il serait superflu d'én· niércr; tels, par exemple» t v, p. 276; Zeitschrift fur kaIholische Ί heologle, Inspruck, Jacques Granado, Commentarii in Summam Theologi,e 1918, p. 206; Ηατόη g Pt, Madrid, 1917, t. xux, p. 339, etc. S. Thomie, Séville, 1623; Pierre Arm bal et Gaspard Voir Eludes, 1917, t. cun, p. 74. Hurtado de Mendoza, voirt. îv, col. 1556sq. II. LA THÉOLOGIE DOGMATIQUE DANS LA Tous ces théologiens n'ont assurément pas exercé COMPAGNIE de Jésus. — Même séparée de la la même influence, ni dans i'ordre ni au dehors, par morale et de l’ascétique, la théologie dogmatique exemple Suarez ct Vasquez comparés entre eux. reste une science complexe qui comprend, outre la D’ailleurs, ni Suarez lui-même ni aucun autre n’ont scolastique, les diverses disciplines qui rentrent dans composé un corps de doctrine théologique que la la théologie positive ou qui s'y rattachent. D ux Compagnie de Jésus ait fait sien ou que tous scs théo­ choses nous aideront à nous faire une idée générale logiens aient suivi; en ce sens, il ne saurait être ques­ tion d’une théologie suarézicnne ou lugonienne ou du développement, dans la Compagnie de Jésus, de la théologie dogmatique ainsi comprise : I. Une vue ripaldicnne ou même inohnlste, si ce n'est dans un d’enscmidc du mouvement; II. La considération des sens restreint et purement relatif, pour désigner un grandes controverses doctrinales où les théologiens certain nombre d’opinions avancées par tels ou tels jésuites furent engagés (col. 1051) grands théologiens et admises par d’autres à leur suite et comme sous leur patronage. C’est ailleurs que dans I. Vue d'ensemble du mouvement doctrinal les idées soutenues qu'il faut chercher l'influence plus considéré dans son développement. — Les his­ toriens du dogme signalent chez les théologiens catho­ universelle ct plus profonde exercée pur les grandi auteurs jésuites du premier siècle sur le développe liques, h paitir des début· du xvi· siècle, un fort mou­ vement de renaissance ct de réaction, provoqué par ment de la théologie dogmatique dans l'ordre. l'apparition du protestantisme et favorisé par l’inven­ Ce qu'il faut d’abord signaler, c'est la méthode adoptée par ces maîtres dans renseignement, oral ou tion de l’imprimerie. Ils distinguent dans l’évolution écrit. Méthode caractérisée par l'alliance, dans un de ce mouvement une période de préparation, qui s’étend Jusqu’à la fln du concile de Trente (1563); degré plus accentué qu'au paravent, de l’élément sco­ un< période d’éclat qui va Jusqu’en 1G60 et pendant lastique représenté par saint Thomas, et de l’élément Iqc[Uc11c le mouvement parvient à son apogée; une positif fourni surtout par les Pères, le* deux éléments pér ode de stagnation qui dure environ un siècle se complétant ct s’entr’aidant mutuellement, nonpa·» (1661) 1760); une période de profonde décadence qui seulement de fait, par simple nécessité de défense ο j couvre le dernier quart du xvm· siècle et les trente de polémique, mais en principe, conformément à la premières années du xix· (1770-1830); enfin, après vraie notion de la théologie qui a pour objet propre les cette date, une période de renaissance ou de rest >uvérités révélées, principia revelata sibi aDeo, S. I hoinas. ration qui se continue et s’accentue au cours du Summa theol., 1·, q. i, a. 2. La tendance apparaît déjà xix· siècle. Schceben, La Dogmatique, trad. Bélet, chez Tolet, considéré à bon droit comme le père do ia Paris, 1877, L i, p. 691 sq. Si l’on excepte 1a première théologie scolastique dans la Compagnie de Jésus. Après période où la Coinpaunie de J / sus n’existait po^ encore avoir fait de brillantes études à l’université de Sala­ ct la < uatrième, où elle n’existait plus, on peut y retrou­ manque, où 11 eut pour professeur le célèbre Domi­ ver, quoique d'une façon moins absolue et moins tran­ nique Solo, doctissimi magistri nostri Solo, comme il chée. les memes phases de développement. aime Λ le rappeler, Enarratio, 1.1, p. 282, Il entra dans / PHKktlKH Hl P Cl. K DU LA COMPAQÿlR UK JÊ3Ü3 · la Compagnie de Jésus en 1558; appelé l’année sui­ PÎH/ODK U* ÉCLAT AT DP CTION. - Ce fut, vante au Collège romain, il y enseigna successivement presque dès le début, une efflorescence merveilleuse ct lu philosophie et la théologie jusqu’en 1568, époque où presque morne de grands hommes, suivant la remarque saint Ple V lui co fla d’autns fonctlo s. Sans nous d’un théologien contemporain : Apud societutem Jesu faire connaître dans toute son ampleur, cc que fut son pullulant lurnmi viri mira et oiz audita efflorescentia. j enseignement oral, très bnllnnt el très goûté d’après Dom Lauréat Janssens, Drit lectiones de Deo uno, t. i.t les témoignages du temps, les notes publiées au siècle 1045 JÉSUITES. VUE D’ENSEMBLE DU MOUVEMENT DOCTRINAL dernier soin» le litre tV Enarratio In Summam Theologia* S. Thonuc Aquinatis, Home I860, nous renseignent du inn'ns sur sa méthode et son procédé. Tolet s'attache à la Somme IhMogiqur, « œuvre de la plus grande valeur ct qu'on ne saurait Jiunaln trop louer, opus quidem uti­ lissimum et nunquam sutis laudatum · Il étudié, article par article, les questions traitées par saint Ί homas.soit en les résumant brièvement, soit en les développant, selon que la matière est plus facile ou plus difiiclle. Viennent ensuite, sous le nom de Quirstiones ou Dubia, de courtes dissertations où les opinions émises sur le sujet par les principaux Scolastiques sont exposées et discutées; enfin Tolet conclut en faisant les précisions ou les distinctions qui lui semblent nécessaires. Cons­ tante est la préoccupation, énoncée dès le début, de bien montrer ce qui est de foi et de s'attacher Λ la doctrine et aux sentiments des saints Pères; quar fîdel tenenda surd, semper ostendentes, et quantum nobis fuerit concessum, sanctorum Patrum dicta et placita propo­ nentes. Le genre inauguré par Tolet alla en s'accentuant. Les petites dissertations, Dubia ou Qutrstiones, devin­ rent chez Grégoire de Valence, Bellarmm, Suarez Vasquez el les autres, des Disputationes de large enver­ gure ct parfois de belle tenue littéraire. La part fa le à l'élément positif, particulièrement à l'élément patris· llque, est réellement une note caractéristique même chez des th&dogiens plus proprement scolastiques, comme Suarez, Vasquez, Ruiz de Montoya, Ripalda, etc. C’est plutôt à leur érudition positive qu’à leur profondeur dialectique, que plusieurs de ces théolo­ giens ont dû des appellations singulièrement expres­ sives : « Augustin de l Espagne » ou « Cynlle des temps nouveaux », données l’une à Vasquez, l’autre à Ri­ palda. C’est surtout sa vaste connaissance et sa péné­ trante critique des opinions soutenues au cours des siècles qui a fait dire de Suarez, qu’en lui · on entend toute l’Ecole ». Qu’une œuvre de ce genre comporte nécessairement, de la part de ceux qui l’entreprennent, quelque liberté d’appréciation, Jointe à une certaine propension à prendre cc qu’ils jugent bon là où Ils lo trouvent, nulle raison de le nier; mais au-dessus des maîtres secondaires, cités, discutés ou suivis à l’occa­ sion en des détails, plane toujours la grande et excep­ tionnelle autorité du maître par excellence, celui qui reste pour tous lo docteur propre, saint Thomas d'Aquln, dont ils commentent la Somme ou dont ils font du moins la base de leur enseignement. Grégoire de Valence donnant lo plan de son t uvrnge. Totius operis dloislo et argumentum, commence par dire : · Quo­ niam disputationes nostras ad Summam theologicam D. Thom* accommodare instituimus... » 11 déclare qu’en ce qui concerne la doctrine, il a marché d’ordi­ naire. comme il le devait, sur les traces de saint Tho­ mas; car, de l’avis de tous, ce grand maître · l’emporte tellement sur les autres théologiens scolastiques que les hérétiques eux-mêmes, dont il est pourtant l'ennemi capital. eont forcés do reconnaître celte supériorité.» < e que l’auteur confirme par un témoignage emprunté à Théodore do Bèze. Dans le prologue do ses leçons de Louvain sur la Trinité, P q. xxviî, Bellarmln célèbre avec enthou­ siasme la méthode admirable ct facile du grand maître: • Il propose toutes choses dans un sl bel ordre, d’une manière sl facile cl si concise que, si quelqu’un étudie avec soin ces quelques questions de saint Thomas, J'ose affirmer catégoriquement qu’il ne trouvera, en ce qui louche Λ la Trinité, rien de difficile dans les Écritures, les conciles, ou les Pères, et qu’en s atta­ chant à l’élude du saint docteur il fera plus de progrès en deux mois que s’il en consacrait un grand nombre Λ une étude personnelle ct directe dos Ecriture· et des Père·. » 104« Dans lo premier ouvrage qu’il publia De incarna­ tione Verbi. Alcala, 1590, Suarez émet cette dé aralion de principes : · Un de mes grands souci* a été de n'épargner ni travad, ni application, ni efforts, afin d’exphquer la doctrine de saint Thomas avec assez d’exactitude et de clarté pour en faciliter l’intelli­ gence... Et là où le champ libre est la ssé aux op nions J'ai cherché à imiter l’exemple et la sagesse de ce docteur, préférant toujours ce qui me paraissait plus conforme à ia piété, à la raison, à la tradition, laissant tout ce qui s'en écartait. » R. de Scorradles, Fran­ çois Suarez, Ι.ιι,ρ. 155 474 où le docte I tographe relève la préoccupai Ion constan c h zSuarz c ram n r la théologie < à sa nature rop ubllé* de s fence révélé * ». Vasquez, de son côté, avertit ses lecteurs qu'il n’aurait jamais osé mettre la main à ses Comme da -es. < s’il n’avait eu pour précurseur et pour guide sa.nl Thomas, ce doc cur sl grave et sl profond dont Dieu a daigné nous faire don. · Il en est de même des autres grands théologiens jésuites, bien qu’on pusse remarquer entre eux une différence accidentelle dans la manière technique de suivre le maître commun. Nous trouvons des Commen­ tarii in Summam, commentaires dus à des profes­ seurs enseignant dans de grandes universités, comme Toi t à Rome, Bellarm.n à Louvain, voir t. n, col. 587, Grégoire do Valence â D.llinçen et à Ingolstadt. Molina à E\ora, Suarez ct Vasquez à Alcala, Salamanque et Cofmbre. Bientôt le souci d'adapter plus spécialement l’exposé de la doctrine théologique aux besoins des temps nouveaux amène d'autres théolog ens a s’atta­ cher moms strictement au texte même qu’à la doc trine de la Somme, avec un apport plus considérable de l’élément positif. De là des œuvres aux titre» variés, comme la Summa theologt* scholastic*, Mayence, 1623, par Martin Bccan, VUniversa theolo­ gia scholastica, speculation, practlea, ad methodum S. Thom*, Ingolstadt, 1626, par Adam Tanner; le* Disputationes théologie* in Summam S. Thom*, Anvers, 1643-1655, par Rodrigue de Arriaga, profes­ seur à Prague; les Disputationes in Summam theolo­ gicam, Pans, 1633. pnr Louis Le Mairat (Mæralius); la Theologia universa, Bordeaux. 1644, par Jean Mar­ tinon; un Cursus theologicus furta methodum, qua in scholis Soc. Jesu ubique pr*legilur annis quaternis, sancti Thorn* ordini respondentem, Vienne, 1630, par François Amico. Enfin aux cours généraux qui comprenaient l’en­ semble de la théologie s’ajoutèrent dès lors des élude.' particulières, restreintes à telle ou telle partie ou à telle ou telle question plus importante : msi, pour prendre deux < xemplcs, le traité du portugais ( hristophe Gll (Aigldlus). De sacra doctrina et essentia atque unitate Dei, Lyon 1610; c cclu du lorrain Claude ΊΊphaine. Declaratio ac defensio scolasttca doctrin* sanctorum Patrum Doctorisque angelici de hypostasi et persona ad augustissima sanctissim* Trinitatis, et stupend* incarnationis mysteria illustranda Ponl-àMousson, 1634. Plusieurs des grands théologi es jésuite' cultivèrent cc genre : Lessius, De gratia eiflctici decretis divinis, libertate arbitrii et praacientia Dei conditionata, Anvers, 1610; De prrle<.tiunibus el mortbus divinis, Anver*, 1620, etc; Jean Martinez Je Ripalda, De ente supernaturati, Bordeaux et Lyon, 1635, 1615, ouvrage où. pour in première fois, toute la question du surnaturel fut systématiquement étu­ diée. A ce genre de travaux s'applique i ui*>ervalioii faite, lors de l’enquête de 1613 par les PP. Decker cl Negroni : « Pour choisir les opinions solides, il faut surtout tenir compte des auteurs qui ont publie peu de choses, mais qui ont écrit d’une manière exacte cl ex professo sur un sujet spécial, car souvent ces au­ teurs traitent les questions avec plus do som que les 1047 JÉSUITES. VUE D’ENSEMBLE DU MOUVEMENT DOCTRINAL autres plue encyclopédiques et par 1Λ même impuis­ sants Λ donner le même soin A tous les détails. > Observation juste, mais qui ne s'oppose nullement A ce qu'on trouve chez ces divers auteurs l’air de famille, que l'emploi d'une même méthode générale donne à leurs écrits. Le mouvement théologique, tel qu'il apparaît dans le premier siècle de In Compagnie de Jésus, présente un autre caractère : l'ampleur donnée à la culture des sc.ences sacrées. Saint Ignace avait, dans la 11· règle d'orthodoxie, préconisé l'alliance de la théologie sco­ lastique et dc la positive; mais qu'entendait-il par cette dernière? Dans son avis, De ratione theologice et sacræ Scripturæ docendae, Maldonat semble identi­ fier la théologie positive ct la théologie morale : et moralem quam positivam vocant, dans Monumenta p/rdagoglca, p. 804. La pensée de saint Ignace allait certainement plus loin, car dans la règle même dont il •'agit, il énumère en parlant dc la théologie positive « la sainte Écriture, les écrits des saints docteurs posi­ tifs, les conciles, les canons, et constitutions de la sainte Église catholique notre mère. » Un document rédigé vers 1566 donne également la théologie posi­ tive pour « celle qui consiste dans l’élude des saintes lettres et des docteurs, des conciles et de la partie du droit canonique qui sc rapporte à la théologie. > tnstiucllo pro præ/eefostudiorum,dans Pachtler, op. cit. 1.1, p. 203. I Toutes ces sciences et l’histoire ecclésiastique qui •'y rattache, peuvent être considérées sous un double aspect : en tant qu’elles fournissent à la théologie scolastique les matériaux dont elle se sert en les orga­ nisant, ou bien en tant qu’elles constituent en ellesmêmes des branches distinctes, quoique indépen­ dantes. Considéiées sous le premier aspect, ces sciences rentrent dans la théologie dogmatique, telle que les grands théologiens Jésuites l’ont comprise et pratiquée. Mais ils (Iront davantage; plusieurs d’entre eux, et non des moindres, cultivèrent ces sciences pour ellesmêmes. Ceci est vrai tout d’abord de ('Écriture sainte. Pendant le premier siècle do son existence, la Compa­ gnie de Jésus ne fut pas moins fertile en grands exégètes qu’en grands théologiens scolastiques. Il serait même plus exact d’éviter l’opposition tacite que cette manière de parler semblerait supposer, car plu­ sieurs parmi les plus grands furent tout à la fois émi­ nents comme théologiens scolastiques et comme exégètes. SI François Tolel s’est signalé comme pro­ fesseur au Collège Romain, il n'est pas moins remar­ quable par ses commentaires sur l’évangile de saint Jean et sur l’épître aux Romains. Salmeron, théolo­ gien pontifical au concile de Trente, s’est Immortalisé par ses vastes travaux exégétlques sur le Nouveau Testament, Commentarii en onzo volumes in-4®, Madrid, 1598-1602. Si Maldonat eut tant de vogue à Pans, comme professeur de théologie au collège de Clermont, A cause de son mode d’enseignement nou­ veau et plus pratique, il s’est acquis un renom plus grand encore par ses Commentarii in quatuor Euan­ gelia, Pont-A-Mousson, 1506-97. Λ c«‘tc ou A la suite dc ccs trois grands espagnols, combien dc noms d'exégètes marquants leur pays nous fournirait, si pareil inventaire rentrait dans notre sujet, L'effort et le résultat fut tel, que Schceben a cru pouvo r dire, op. cit., 1.1, p. 695 : « L’exégê e prit d<: · le début un essor si remarquable, principalement chez lo jésuites d’Espagne, qu'il resta peu de chose A faire dans la période suivante. » Le mouvement ne fut piu exclusivement propre à un pays; en plusieurs autres, a In même époque, apparaissent des exégètes dr s ».eur:en Baie. Benoît Justiniani ; en France, Jean Lor n; en Belgique. Jacques Bonhère. Cornelius A La­ pide, en Allemagne, Adam Contzcn, Nicolas Serarius, 1048 lorrain de naissance. Voir Vlgouroux, Dictionnaire de la bible, art. Jésuites (travaux des) sur la sainte Écri­ ture, par le P. A. I hiraml. S. J., t. in, col. 1103 sq. L’activité des théoioglenti Jésuites ne s’arrêta pas A la sainte Écriture. Le double but qu’ils avaient à poursuivre : corroborer les catholiques dans leur foi et combattre les erreurs contraires, leur Imposait l’obli­ gation dc suivre les adversaires dans leurs attaques contre 1 ancienneté ct la stabilité des dogmes proposés par l’Églisc catholique. Dès lors 11 Importait grande­ ment d’utiliser les écrits des Pères et des auteurs ecclé­ siastiques. comme témoins des croyances primitives. Aussi, dès la première édition dc son catéchisme, paru en 1556 à Vienne, sous le titre de Summa doctrine christianæ, le bienheureux Pierre Canisius ne ec con­ tenta t-i) pas d’indiquer en marge, les textes de la sainte Écriture; il y joignait les principaux témoi­ gnages de la tradition pair stique. Quand, plus tard, le P. Busaeus (Pierre Buys) en donna intégralement le texte, ce fut comme une première ébauche dc théologie patriotique. Beaucoup marchèrent dans la voie ou­ verte, en suivant des sentiers différents. Les uns, comme Théodore Antoine, dit Peltanus, ct Balthasar Cordier s’efforcèrent d'enrichir le dépôt traditionnel par des Catena; ou collections dc textes et dc passages. D’autres, en plus grand nombre, publièrent des ou­ vrages inédits, des nouvelles éditions, des traductions de Pères ou d'écrivains ecclésiastiques. Nombreux furent ces ouvriers de second ou de troisième ordre qui, modestement et laborieusement, jetèrent leur pierre dans les fondements d’édifices appelés A prendre de-s proportions aussi grandioses que les Acta Sanctorum ou la Putrologia grieca ct latina, parue dc nos Jours. Plus rares sont les représentants du droit canonique; tel. eu Allemagne. Paul Laymann (f 1635), Jus cano­ nicum, sine commentaria in libros Decretalium, Dilllngen, 1663-73. D’autres, comme Jean Buys, François de Torrès, Théodore zkntoine, commencent à recueillir ct à publier des textes conciliaires ou canoniques. Débuts bien humbles assurément, dépassés de beau­ coup par les travaux postérieurs, mais n’en ayant pas moins la valeur dc prémices ct d’amorce. Beaucoup plus notables sont dès lors les études historico-pntristiques, ducs en Allemagne à Jacques Grctscr ct en France à des hommes comme Fronton du Duc, Jac­ ques Sirmond, Théophile Raynaud ct, par-dessus tout, Dcn s Petau, l’illustre auteur des Dogmata catholica, œuvre dont il parlait ainsi lui-même dans une lettre écr te en 164 1, au P. Mutius Viteilesch : « Je n’ai pas smvi, dans ce traité des choses divines, le chemin battu de la vieille école; j’ai pris un chemin nouveau et, je le puis dire sans orgueil, un chemin où jusqu'ici personne n’avait encore posé le pied. Mettant de côté cette théologie subtile, qui marche, â l’exemple de ia philosophie, · travers je ne sais quels dédales obscurs, J'en ai fait une, simple, agréable, sortant comme un lleuvc rapide de ses sources pures ct natives qui sont l'Émture, les Conciles et les Pères, et, au heu d’un visage hérissé et presque barbare qui fait peur, je lui al donné une physionomie polie ct aimable qui attire. » L’hyperbole mise à part, Petau enrichissait l’Église catholique d'une discipline nouvelle ct pleine d'ave­ nir : la théologie historiro-patnstique. Vers la même époque, un Jésuite belge h P. Jean Bollandus (f 165Û). commençait A réalise r le projet qu le P. I Itriberl Roswoyde avait conçu le premier, dvréunir i n un vast* r eu II les documents relatifs aux vies des saints. Acta sanctorum Comme ouvrier de la première h· ure et comme organisai* ur de la bibliothèque et des archives, lean Bo liandus mérita d* donner son nom à I illustre société qui continua l’ceuvr·- U qui « ut l’hon­ neur de compti r parmi ses pr mkrs membres à côté du fondateur, des érudits tels que Godefroid i lenschius tï i Λ 4» 10'19 JÉSUITES. VUE D'ENSl. IBLE DU MOUVEMENT DOCTRINAL 1050 et Daniel Pnpebroch, Voir t. n, col. 950 sq.; Sompas considérer let pro esscuri u les écr vains Jésuites mvrvogel. Diblluthique, t, i, col 1520 sq. avec Indi­ .solém nt. mais de t nlr ompte ue 1 influence com­ cations d i les. 11 y aurait exagération manifeste â parier d’une pé­ riagi. Anvers, 1632; François Suarez, portugais, Colmbre, 1632. Cce travaux ont leur place dans i his­ riode de décadence profonde, ou même de stagnation, toire de la philosophie scolnstlque. Le cardinal Gon­ en prenant cc mot dans un sens rigoureux ct absolu; zalez les cite p. 100, 102, ct porte sur Je plus célèbre mais fl n’en c^t pas moms vrai que si l’on compare le ce Jugement flatteur, p. 136 : · Suarez est peut-être second siècle au premier, notable est ta différence, après saint Thomas, la personnification la plus émi­ au désavantage du second. C est IA, du reste, un phé­ nente de la philosophie scolastique. Sa comepl.on nomène non partlcuder A la Compagnie de Jésus, iuab philosophique est ia plus complète, la plus universelle, général, i la même époque. la plus soEdc, après celle do saint Thomas, qui lui L’mfviionic appelait nettement en ce qui concerne sert de point de départ, dc base et dc règle, comme on l les travaux dc la sainte Écriture. Non que l’étude do peut le voir en parcourant scs œuvres. Dans la méta­ celte science ail été abandonnée : en parcourant dans physique comme dans la théodicée, dans la morale le Nomenclator d’Hurlcr ta colonne qui s’y rapporte, comme dans la psychologie, Suarez marche généralcon trouvera des jésuites en assez grand no libre, une jnenl à la suite du docteur angélique, dont il o pose, cinquantaine environ; mais aucun n'est comparable commente ct développe les idées avec une remarqua- aux grands exégète» du premier siècle, ct c’est à peine blc lucidité. 1 iéc» mment, un auteur qui n’est pas suasi l’atlention est spécialement attirée par quelques résii n, a reconnu le grand mérite du Doctor Eximius noms, comme ceux d'un Ménocbius, en Italie, d’un dans ce gigantesque travail dc systématisation scien­ i Tourncmine, en France, d’un Didacc Quadros, en tifique de toute la métaphsylque : A. Grabmann. Die Espagne. Si ta science exégétique n’est pas stagnautc, Disputationes Metaphysicie des Franz Suarez in ihrer elle fait pou de progrès. L’infériorité n'apparaît pas moins dans ta théologie mcthodischen Elgcnart und Fortuùcklung, p. 29-75, des BeilrÛge sur Philosophie des P. Suarei. pnr K. Six, scolastique. Plus dc commentaires de ta Somme de saint I bornas, comparables par l’ampleur, A ceux du A. Grabm nn, F. Nath yer, A. Junncn et J.Blcdcrtak, Impruck 1917, p. 31-37, 48. Ajoutons un représentant grands maîtres; suivant ta remarque de Schecbcn, delà tendance thomiste plus stricte, Côme Alamanni» op. cit., p. 709, « on s’en aperçoit par ta substitution Summa totius philosophise e D. Thonue Aquinatis ange­ des ouvrages ln-4· aux in-folio, des in-8· ct des ln-12 lici Doclorit docirina, Pavio, 1618, 1623; ouvrage réim­ aux in-4·. » On ne rencontre même plus, d’ordinaire, l’exposition ayant pour objet direct le t< xte du docteur primé au siècle dernier, Paris, 1885, 1888. ngvl.que. A part quelques exceptions, comme VOpus Tel fut, dans ses grandes lignes, le développement du mouvement théologique dans ta Compagnie de I th^dogicum de Silvestre Maurus, Rome, 1687. les Jéso pendant le premier siècle do son exlsleive. Pour I docteur» nouveaux se contentent le plus souvent d uln.icr les matàiaux accumules par le labeur de l apprédur dans toute son ampleur, il importe dc ne 1051 JÉSUITES. VUE D’ENSEMBLE DU MOUVEMENT DOCTRINAL leur aîné*. Sous cet aspect, et en cc sens, le second siècle est, par rapport au premier, une période d'assi­ milation. C’cst aussi une période de vulgarisation. On veut éviter les redites et les pertes de temps qu’entraînait le mélange des questions théologiques et des questions philosophiques dans la Somme de sa nt Thomas; les longs commentaires et les Dispu­ tationes de large envergure font place à des composi­ tions où l’on vise beaucoup plus â la brièveté, à la claité, à l’ordre logique et à la valeur relative des questions pour l’époque et pour les pays. De là viennent les abrégés de toute sorte : Manuels ou Cours, présentés sous cc titre ou sous d’autres équiva­ lents : Tractatus theologici, Institutiones theologiae, Theologia, soit simplement, soit avec des épithètes qui déterminent le genre spécial, parfois un peu ency­ clopédique, de ccs cours, par exemple celui des jésuites de Wurzbourg, intitulé Theologia dogmatica, polemica, scholastica et moralis el honoré de < et éloge : < Omnium finis et digna coronat, par le P. Christ. Pesch, Prælectiones dogmatice?, t.i, n. 54. Les auteurs sont de toute nationalité : Italiens, comme Sforza Paliavldnl, Rome. 1628, etc; Domi­ nique Viva, Padoue, 1712. Espagnols : Martin de Esparza Artiada, Rome, 1662; Jean-Baptiste Gormaz, Augsbourg, 1707; Jean Ulloa, Augsbourg, 1719; Jean Morin, Vienne, 1720; Jean-Baptiste Gcner, Rome. 1767. Allemands : Christophe Haunold, Ingols­ tadt, 1659-1670; Antoine Erbcr, Vienne, 1747; Jos. Monscheim, Dill gen, 1763; Antoine Mayr, Ingolstadt, 1729; Henri Kilncr et autres auteurs de la Theologia dogmatica polemica, scholastica et moralis, Wurzbourg, 1766. Français : Georges de Rhodes, Lyon, 1661; Edmond Simonnet, Nancy, 1721; Paul-Gabriel An­ toine, Ponl-Ù-Mousson, 1723. Belges, comme Jacques Plate), Douai, 1661. Anglais, comme Thomas Comp­ ton ou Carleton, Liège, 1658, 1662. A côté des cours complets, les traités particuliers se multiplient en trè* grand nombre. Certains ont attiré l’attention par le nom de leurs auteurs ou l'originalité de leurs vues, comme Y/Enigma sacrum cl la Vila abscondita, Rome, 1717, 1728, de l’espagnol Al vare Clenfuegos, professeur au Collège romain, puis car­ dinal en 1720. Voir t. n, col. 2511. D’autres ont leur place dans l’histoire des dogmes par l’in fluence exercée, comme l’ouvrage classique du sicilien Benoit Piazza, Causa immacubdee conceptionis sanclissinur Matris Dei Marier, Païenne, 1717. D’une façon plus générale, la mariologie traitée avec prédilection par le bienheureux Pierre Camsius, Suarez et autres grands théologiens, continue à se développer avec une richesse dont on peut sc faire une idée en jetant un coup d’œil sur le répertoire spécial du P. Sommcrvogcl, liibliolheca Mariana de ta Compagnie de Jésus, Pa. s, 1885. La philosophie sc présente à peu près dans les même conditions que la théologie scolastique. Des nombreux cours el Ira tés, des nombreuses études sur les philosophes anc cm», des nombreux commentaires sur leurs écrit* qu’on trouve signalée dans la Hibliotièjue de ta Compagnie de Jésus, L x, col. 521-26, 733-45, beaucoup sont de l’époque présente; mais très peu sortent du commun. Au moins est-il Juste d’en relever quelques-uns : en liai e, Sylvestre Maurus, Aristotelis opera qusr exstant omnia brevi paraphrasi, ac litter te perpetuo tnhicrente explicatione illusit uta, Home, 1168; en ISpagne, Louis de Lossada, Cursus philo ophicus regalis collegii Sulmanticensis, Sala­ manque, 1724, 1730, 1735; en Allemagne, Jean-BapUste lolomel. créé cardinal en 1712, Philosophia mentis et sensuum secundum utramque Aristotelis methoaum pertractata, metaphipice et emptrice, Augsbourg, 1698; Au lu i ne Mayr, Philosophia peripatetica anti­ 1032 quorum principiis et recentiorum experimentis confir­ mata, Ingolstadt, 1739. Un fait plus important sc rapporte à ccttc époque: l’apparition de la philosophie nouvelle avec les • Essais · de Descartes, 1637, etc. Celle philosophie nouvelle compta parmi scs principaux adversaires deux jésuites français : Pierre Bourdin (f 1653), sep­ tième objection ou dissertation touchant la philosophie première, et Gabriel Daniel, Voyage du monde de Des­ cartes, Paris, 1690. Quoi qu'il en soit des cas particu­ liers, comme celui du P. Yves André, l'ordre dans son ensemble ne pouvait avoir qu'une attitude d’hostilité à l'égard d'un système dont les principes étaient en contradiction manifeste avec ceux de la philosophie péripatéticienne et thomiste. Sur la demande de la XIV· Congrégation générale, le P. Michel-Ange Tarnburinl, nommé général le 31 janvier 1706, fit un cata­ logue de trente propositions cartésiennes dont l’en­ seignement était prohibé dans les chaires de la Compa­ gnie. Voir C. de Rochcmontcix, Le Collège Henri IV de La Flèche, 1.1, p. 60-89, Le Mans, 1889. Si les écrivains Jésuites de cette période cèdent la palme en plusieurs points à leurs grands aînés, en d’autres pourtant ils la leur disputent. Dans le champ du droit canonique, des commentateurs plus nombreux et de plus grand renom apparaissent, comme Henri Plrhing, Dillingcn, 1674; Jacques XVicslner, Ingols­ tadt, 1717; François Schmalzgruebcr, Ingolstadt, 1728; Joseph Biner. Augsbourg, 1754. A la seconde moitié du xvn· siècle, appartiennent la plupart des nombreux ouvrages du P. Philippe Labbe, el spécialement la collection des conciles généraux et particuliers do France, qu'il publia en collaboration avec le P. Ga­ briel Cossart; ouvrage considérable, dont une nouvelle édition fut donnée en 1714 par le P. Jean Hatduuin, sur l'ordre de ΓAssemblée du Clergé de France de 1685. Des travaux semblables furent publiés pour l'Allemagne, par Joseph Hartzheim, Cologne, 175963, et pour la Hongrie, par Charles Pclcriïy, Vienne, 1756-69. Les éludes patristiques ne sont plus illustrées par un Pctau, mais le mouvement dont ce grand homme et scs contemporains avaient été les initiateurs, se développe; et bien qu’à celte époque les principaux représentants de la grande érudition palristique et ecclésiastique se rencontrent parmi les bénédictins de France, la Compagnie de Jésus présente des noms dignes d’être associés aux leurs; tels, en dehors de Philippe Labbe déjà mentionné, les PP. Pierre Poussfnes, Pierre François Ch;filet et Jean Garnier. En Italie, Sforza Palla vicini, professeur au Collège ro­ main et cardinal en 1650, s’immortalise par son Istoria dei Concilio di Trento, Rome, 1656. Enfin de nom­ breuses études do détail sur la vie, les écrits et la doctrine des saints Pens ou surdos faits Importants de l’histoire de ΓÉglise sont provoquées, comme on le verra plus loin, par les controverses de l’époque, sur­ tout le Jansénisme et le gallicanisme. Tout cet ensemble de travaux témoigne assurément d'une grande activité littéraire. Gênée pendant la période d’attaques et de persécutions que traversa l'ordre sous les pontificats de Clément XIII et de Clément XIV, cette activité n'en continua pas moins jusqu’à l’heure de la suppression, en 1773, comme 1 attestent les multiples ouvrages publiés encore pen­ dant le quart de siècle qui précéda ce triste événement. Alors même brilla en Italie un homme d’une érudition et d’une fécondité merveilleuse, François Antoine Zaccarla (f 1775), doublement remarquable, et par scs travaux personnels, nombreux cl Variés, et par son Thésaurus lheotogicus, Venise, 176'2, précieux recueil d’études spé< aies, empruntées au? me fleurs théolo­ giens de son siècle ou de* siècle* antérieur·. 1053 JÉSUITES. VUE D’ENSEMBLE DU MOUVEMENT DOCTRINAL Ut. LA NUU\ ELLE COMPAGNIE : PERIODE DK R P. AC- | TtOK ET DK RENAISSANCE. — Le court dcml-sièclc qui s'écoula entre la suppression de la Compagnie de Jésus et son complet rétablissement par Pic VH en 181I, correspond A la · période de décadence profonde, » dont parlent les historiens du dogme ou de la théologie catholique. SI la Involution française avait amené de grands bouleversements dans l’ordre pol.tique, le désordre et le désarroi n’étaient pas moindres dans le domaine des idées. La Compagnie de Jésus n’étant plus, il ne saurait être question pour elle d’une part de responsabilité dans ce triste résultat. Ce qu’il est, au contraire, permis de constater comme un fait histo­ rique, c’est que, dans ces temps troublés, il y eut, parmi les anciens membres de l’ordre supprimé, de nobles et vigoureux défenseurs de l’Eglise et de la foi catholique, comme Alphonse Muzzarclli en Italie, Fauste Arevalo en Espagne, et d’autres en France, en Belgique et en Allemagne, dont les noms viendront A propos de la controverse rationaliste. Quand la Compagnie de Jésus sortit du tombeau,il lui fallut tout refaire en matière d'enseignement, car elle n'avait plus ni maisons d'études, ni bibliothèques, ni maîtres formés, ni traditions scolaires. Les traités de théologie et de philosophie qui avaient cours s’ins­ piraient le plus souvent des idées régnantes; les autres avaient trop subi l’inlluence des mêmes idées pour être en parfait accord avec l’ancienne théologie, celle de saint Thomas d’Aquin, et l’ancienne philo­ sophie, celle d’Aristote Interprétée par ce même doc­ teur. Ces difficultés furent encore compliquées par l’apparition de nouveaux systèmes philosophiques ou théologiques, comme le traditionalisme, le mennésianiMnc, l’ontologisme et autres. Ces nouveautés trouvèrent des adversaires décidés dans la Compagnie de Jésus : le mennésianisme, dans le P. Jean Louis de Rozaven (f 1851) ; le traditionalisme, dans le P. MarieAnge Chaste), (f 1861), l’ontologisme dans le P. Henri Ramière (t 1884) et d’autres. Il y eut cependant dans quelques pays, en France notamment, des tiraille­ ments dus à l'influence que ces nouveaux systèmes excrçèrcnt sur les esprits; mais la déviation ne fut que momentanée et, sous l’action vig lante et ferme des supérieurs, tout rentra dans l’ordre. J. Burrilchon,La Compagnie de Jésus en France, Paris, 1919, t. m, c. m, p. 159 sq. En 1858, le R. P. Bcckx adjoignit à son Ordinatio pro triennali philosophai' studio un grand nombre de propositions prohibées; beaucoup se ratta­ chaient à des systèmes philosophiques opposés A l’en­ seignement d’Aristote et de saint Thomas, tels que le cartésianisme, le kantisme. Je traditionnalisme, l’ontologisme, etc. L’ordre renaissant renoua son enseignement Λ celui d’autrefois en recourant au même lien de doctrine et d'unité : les principes posés dans le Ratio > ludiorum. Quand, vers le milieu du xix· siècle, un mouvement sensible de réaction sc produisit en faveur de la théo­ logie et de la philosophie thomiste, les membres de la Compagnie y curent leur bonne part. Il suffit do citer en Allemagne, Joseph Kleutgen, Die Théologie der Vorzeil vertheidigt, Munster, 1853-GO, et Die Philoso­ phie der Vorzeit vertheidigt, Munster, 18G0-63; H. Hur­ ler, Theàlogiæ dogmutiex compendium, Inspruck, 187G; Ferdinand Sientrop, Prxleitlones dogmatiex de Deo uno, de Verbo Incarnato, Inspruck, 1876, 1882, en Belgique, Louis do San, De Deo uno, Louvain, 1904, cl autres traités justement estimés. Mais ce fut sur­ tout en Italie, au Collège romain réorganisé, que le niou\emcnt acquit une ampleur et une efficacité plus grande. Si les Pnvlectiones theologico· du P. Jean Per­ rone, Home, 1835-42, constituaient déjà un réel pro- I grès, d'autres maîtres publièrent ensuite des écrits qui, faisant moins large la part de la controverse, et I 1054 combinant dans une meilleure mesure l’élément scolas­ tique et l’élément positif, rentraient davantage dans le genre traditionnel; tels, pour ne par er que i es morts, les cardinaux Franzelln et Mazzdla, les P P. Pal­ mieri et Schlffini, auteurs dont les œu\res sont trop connues pour qu’il soit nécessaire de les énumérer. La renaissance des sciences sacrées s’étendît, bien que dans des proportions d. verbes, aux autres branches de la théologie. L’exégèse biblique a été noblement cultivée, en Italie, par François Xavier Palritâ; en Allemagne,par les PP.Comely, Knabenbauer et autres auteurs du volumineux Cursus script une sacrer, Paris, A par ir de 188G. Le* études d· droit canonique ont eu d'iliustres représentants dans le cardinal Tarquini, Juris ecclesiastici publici institutiones, Rome, I860, et • urtout dans le R.P. François-Xavier \\ cmx, général d· la Compagnie de Jésus, Jus Decretalium, Rome, 1893. La théologie patri s tique a été moins riche en ouvrage* généraux qui lui soient spécialement et directement consacré', comme les Études de Théologie palristique sur la Trinité, par le P. Théodore de Hr gnon, Paris, 1S92, etc. En revanche, la plupart des théologiens dogmatiques ont eu soin, A l'exemple du cardinal bran· zelin, d’utiliser dans leur enseignement et dans leurs écrits les trésors d’érudition accumulés dans tes œuvres de Pctau et de ses émules. En outre, dans les grands dictionnaires de Théologie publiés depuis un demisiècle ou qui sont actuellement en cours de pub’.ra­ tion, de nombreuses et importantes étude* palnstiques, doctrinale* ou historiques, ont paru sous le nom de théolog c jésuite*. L'h.sto.rc ecclésiastique reste en honneur, i«pré­ sentée particulièrement par les nouveaux Bohandistes, tels que Victor de Buck (f 1876) et Charles de Sincdt (f 1911). L'ne branche spéciale, l'arclu’olo · e sacrée, se développe et commence à intéresser les théolng.ens eux-mêmes pour l’apport fourni en faveur des croyances et des coutumes primitives; telles en Italie, les diverses publications du P. Raphael (/Ar­ med (f 1885), et, en France, celles des PP. Arthur Martin (t 1856), Alphonse Didron (f 1867) et Chant* Cahier (f 1882). Enfin, dans ce fécond mouvement de réaction et de renaissance, les études de philosophie scolastique ont eu leur belle part, noblement relevée par Kleutgen, cette science a trouvé en Italie, particulièrement au Collège romain, toute une pléiade d’ardents apôtus dans le* Cornoldi, les Tapparelll, les Liberatore, les Sch.lllni et leurs successeurs. Léon X111 a rendu hom­ mage ù ccs efforts dans l’épithète de nrO ce »i mnïojophorum do née Λ Kleutgen et dans le bref Grati^ime nos, adressé aux membres de la Compagnie de Jésus; après avoir rappelé l’encyclique Æfcrni Patris et le dessein qu’il y avait exprimé de faire revivre dans les école* chrétienne* la philosophie scolastique d après saint Thomas d'Aquin, il ajoutait que, pour exécuter cette «ouvre il comptait sur la collaboration de* onlrc* religieux en général, et en particulier sur celle de la Compagnie de Jésus : Quo quidem in numero dresse non pjlerai inclyta Societas Jesu. II. Lbs okandks contkov&rsbs th^olootquk* dk la Compagnie υκ Jésus. — Comme ce titre l'indique, i) ne s’agira pas Ici de toute* 1rs controverse* auxquel­ les des théologiens Jésuite* ont pu prendre part ou donner occa'ion; des controverses personnelles, locales ou particulières, c*e*t-ù-diic restreintes â des points de détη I, n’ont qu’un intérêt secondaire et n’accu­ sent pas un inouxtm nt d’ensemble. Il en va autre­ ment de certaine* cmlroverses capitales, où tout l'Ordru fut engagé; A la différence de* autres, celks-cl sont de nature A man fester, par Ια spontanéité et runivcrsiiî lé de l’ofipositlon, un réel caractère de foncnliition Lhéologtque dans la Compagnie de Jc*us. 1055 JÉSUITES. LA CONTROVERSE PROTESTANTE Ccs controverses générales ont porté sur quatre erreurs bien caractérisées: le protestantisme, le jan­ sénisme, le gallicanisme ct le rationalisme moderne, ‘detraction sera faite de la controverse de auxiliis; ce qui en a été dit ci-dessus sutili à montrer qu'il y a dan* In doctrine officiellement soutenue par les tin ologicns jésuites, sous Clément VIII et Paul V, un point réellement caractéristique de leur enseignement en matière non de foi, mais d'explication systématique. r. controverse protestante.— En fondant la Compagnie de Jésus, saint Ignace lui avait donné pour mission spéciale de sc consacrer sans réserve à la défense de I Église romaine. Le principal ct le plus menaçant adversaire était alors le protestantisme ; la lutte devenait inévitable. Les circonstances ellesmêmes en donnèrent le signal, quand trois des dix pre­ miers jésuites, le bienheureux Pierre Lefèvre, Claude Le Jay et Nicolas Bobadilla, envoyés en Allemagne ou en Autriche, se trouvèrent en face de plusieurs chefs intellectuels de la Réforme. A la controverse orale s'ajouta bientôt la controverse par écrit. Outre son catéchisme, comparé par Schecbcn au Livre des Sentences, ib r entenuorum sui tempuns, le bienheu­ reux Pierre Canlslus publia ses Commentaria de Verbi Dei corruptelis, Dill.pgen, 1571, suivis d’un autre volume. De Maria Virgine incomparabili et Dei geni· trice, Ingolstadt, 1577. La contre-révolution religieuse, qui se produisit alors dans les pays d'Allemagne restés catholiques ct dans quelques-unes des régions enta­ mées par l’hérésie, se rattache en grande partie à l’apostolat de cct homme de Dieu, surnommé « le ’ marteau des hérétiques » ou < le nouveau Boniface ». V oir t. u, col. 1509 sq. A côté de lui se place un théo­ logien de marque, d» JA nommé, Grégoire de Valence, professeur de 1575 à 1591 dans les universités d'ingohludt et de Ddh. gen; il a mérité d’etre salué comme • le restaurateur de la théologie en Allemagne, mêlant dans ses commentaires sur la Somme, de la façon la pim heureuse, dans un beau el riche langage, la théo­ logie positive el la théologie scolastique. » Schecbcn, op. cit., I. î, p. 701. En meme temps, il lit œuvre de controversiste vaillant et habile dans un grand nombre d écrits sur les matières discutées entre catholiques et protestants. Voir t. iv, col. 1565. En fondant A Borne en 1552, le Collège germanique, saint Ignace s’était proposé d’assurer et de perpétuer les fruits de cc grand mouvement de réaction catho­ lique en Allemagne.Vingt-quatre ans plus tard, le pape Grégoire XI11 décrétai t, dans l’intérêt des élèves du même collège, l’érection au College romain d’une châtre de controverse, confiée à Bobert Bellannin, posa l’occasion providentielle qui valut à l'Église romaine les Disputationes de lonlroversiis christianæ fidet, adversus hujus temporis hæreticos, Ingolstadt, 1536, 1588, 1593. Œuvre capitale cn son genre, dont on a pu dire qu'elle fut pour la théologie polémique ce que la Somme théologigue de saint Thomas avait été pour la théologie scolastique. Voir t. u, col. 577, 588. Ma.%. en dehors de cette œuvre que son ampleur et son mérite mettent à part, la controverse protestante donna lieu, surtout dans les pays où les novateurs ct les cathol ques se coudoyaient, à un puissant mouven e il i itérairc qui sc maintint dans les siècles suivants. En Alltmagne, dans la première moitié du xvu· siè­ cle, des theolog ens de grand renom sc distinguent aussi comme populiste· : Jacques Gretser (t 16-i), auteur d’une éruu.lion et d’un· fécondité merveilleuse voir t. vi, col. 1866; Martin Becanus (f 1624), bra­ bançon d’or gine et longtemps professeur à Wurz­ burg, Mayence ct Vienne, connu surtout par son Manuals enntrooersiarum. Mayence» 1623, ouvrage non iculrii.cnt solide, mais <1 gne et plein de mesure voir L u, col 522; Auam Qh ilz.cn (f lbJ5), apologiste 1056 des Controverses de Bellannin ct remarquable, en matière économique par des vues surprenantes pour l’époque, voir t. ni, col. 1756. A ccs célébrités s'ajou­ tent, au cours du même siècle, d’autres champions de la foi catholique, dont les noms méritent d’etre relevés; George Scherer (t 1605); Josse Kcdd (f 1657); Laurent Forez (t 1659), voir t. vi, col. 539; Jacques Masen (f 1651); Guy Erbcrmann (f 1695), voir t. v, col. 399. Au xvnr siècle, la préoccupation polémique est encore tellement à l'ordre du jour qu'elle est au premier plan dans des publications théologiques, comme le Cursus theologite polemicie uniuersie de Guy Pichler, Augsbourg, 1713, ou que du moins elle va de pair avec le dogiae, comme dans les théologies déjà citées des jésuites de Wurzbourg, Theologia dogmatica, polcmica, etc., ct dans celle de Sardagna, Theologia dogma! ico-polcmica. La controverse protestante s'étendit naturellement aux pays voisins de l’Allemagne; partout il y eut, dans la Compagnie de Jésus, de vaillants champions. En Pologne, Pierre Skarga (t 1612), Nicolas Ciehovius ou Gichocki (1669), Théophile Hutka (f 1700); Godefroy I iannenberg(t 1729). En Hongrie, le cardinal Pazmany (t 1637), et Martin Szentivany (t 1705). En Bohême, Jean Kraus (f 1732). En Belgique, Théodore Antoine Peltanus (f 1581); François Coster (t 1619), voitt.in, col. 1920 ; Charles Scribani (f 1129); Jean de Gouda (t 1630). Lessius lui-même (t 1623), qui joignit à sel autres mérites celui d’avoir fait œuvre d'apo’.pgétiqu· dans deux de ses écrits, Quæ fides et religio sit capes· senda consultatio. Anvers, 1609; De antichrislo el ejus pnecursuribus, Anvers, 1611. En France, le calvinisme eut de dignes adversaires dans beaucoup d'écrivains, dont plusieurs furent égakm nt de grands prédicateurs et de vaillants apôtres: Edmond Auger (f 1591), voir t. i col. 2267; Jean Gontery (t 1616), italien d’origine, t. vi, col. 1191; Louis Biciieome (f 1625); Pierre Coton (t 1626), t. m, col. 1928; l’alsacien Jean-Jacques Scheflniacher, (t 1733), t. iv, col. 1570, et beaucoup d’autres. Voir J. Brucker, La Compagnie de Jésus, p. 471, 758. En Angleterre, ce fut surtout par le témoignage du sang que les missionnaires jésuites rendirent hom­ mage à la foi catholique ; mais plusieurs sc distin­ guèrent aussi par l’apostolat de la plume comme le bienheureux Edmond Camplan, Rationes decan quibus /retas certamen anglicanse Ecclesiæ ministris obtulit, 1581, voir t. n, coi. 1449; Jacques Gordon Huntiey, Controversiarum i hristlanir. fidei adversus huius temporis htrrehcos epitome, Cologne, 1620, voir t. vi, col. i 196; Bobert Persons, De persecutione angit· cana, Koine, 15 >2,etc.; Jacques Mumford, The Question o/ Questions, Gand, 165.8, etc.; Jean Spencer, The trial o/ the Protestante private spirit, 1630, etc. Au xix· siècle, dans la nouvelle Compagnie de Jésus, la controverse protestante ne cessa pas, mais dans l'ensemble elle changea d'aspect. Sous l'in fluence de la philosophie moderne, du kantisme surtout, la protes­ tantisme agressif modi lia peu à peu son terrain d’at­ taque; répudiant l'ancien conservatisme, la plupart des théologiens évangéliques s’en prirent aux bas*»s mêmes du catholicisme cl du christianisme, considérés comme religion fondée sur la révélation divine Dès , lors, la lutte se confondit ù peu près, dans les grandes lignes, avec la lutte plus générale contre le rationa­ lisme et scs formes multiples. ; La controverse protest .mie eut une influence nota­ ble sur le develop; rment de la théologie dans la Com­ pagnie de Jésus. Elle contr bua Inconlvst.iblement à I l’a< iiphon ct au molt tien jaloux de la méthode géné­ rale inditpiée ci-dcMUs, celle qui consiste A combiner, dans un un p u fantaisiste dans scs Mémoires, Paris, 1865, ct dans VHistoire du jansénisme depuis son origine jus­ qu'en 1641, Paris, 1864 ; Jacques Philippe Lallcmant, Jansénius condamné par l’Église, par lui-méme el ses déjenseurs, et par saint Augustin, Bruxelles, 1705; Le véritable esprit des nouveaux disciples de saint Augustin, I Bruxelles, 1706. De nouveau la lutte reprit ù l’occasion de la cons­ titution dogmatique Unigenitus, 8 septembre 17’3. Clément XI y condamnait 101 propositions de Quesncl, où sc trouvaient affirmé* s. entre autres choses, l’irrésistible efficacité de la grâce divine ct la limita­ tion en Dieu de la volonté de sauver les hommes. Un des principaux défenseurs de cette constitution fut le jésuite belge Jacques Fontana, auteur d’un ouvrage considérable cl classique cn l'espèce: S. D, N. Cle­ mentis PP. XI constitutio Unigenitus theologice propu­ gnata, Rome, 1717. Les propositions de Quesncl furent, d'une façon plus succincte, passées au crible de la critique par Dominique Viva, Jésuite napolitain, Trutina theologica thesium Quesnellianarum, Benévent, 1717. Quand, sur la fin du xvni* siècle, le jansénisme Joséphiste tenta de pénétrer en Italie, la cause catho­ lique trouva de vaillants champions dans les Jésuites de ce pays, Zaccarla, Bolgeni, MuzzarelU, etc. Comme la controverse protestante, quoique d'une façon moins étendue ct moins profonde, la controverse janséniste eat son influence sur le développement de la théologie dans la Compagnie (k Jésus, particulière­ ment dans les pays où la lutte fut plus directe ct plus VIH. — 34 1059 JÉSUITES. LA CONTROVERSE prolongée. La nécessité de combattre les novateurs avait forcé les premiers théologens jésuites ft faire la part plus large Λ la théologie positive; la nécessité de suivre les jansénistes sur leur terrain d'attaque poussa leurs adversaires Jésuites dans la même direc­ tion et nécessita une étude spéciale de la patristique et de l'histoire des anciennes hérésies. Car les jansé­ nistes ne prétendaient pas seulement identifier leur doctrine, farouche et désespérante, sur la grâce, la prédestination, la corruption totale de la nature hu­ maine, etc., avec la doctrine de saint Augustin, consi­ déré par eux comme une autorité suprême et Impres­ criptible; mais ils présentaient encore certaines hérésies, en particulier le pélagianisme et le semi pé­ lagianisme, de telle façon que la doctrine molimste sur la grâce et la prédestination ne semblait plus qu’un renouveau de ces erreurs. Comme exemple du genre, on peut prendre, parmi les cinq propositions de Jansénius, la quatrième, d'après laquelle les scmipélagiens auraient admis la nécessité d’une grâce inté­ rieure prévenante pour tous les actes, même pour le commencement de la fol, et n'auraient été hérétiques qu’en soutenant une grâce telle que la volonté humaine pût y résister ou y consentir. Semipelagiani admitte· bant prævenientis gratiæ interioris necessitatem ad sin­ gulos actus, etiam ad initium fidei: et in hoc erant hirretici, quod vellent eam gratiam talem esse. cui posset humana voluntas resistere et obtemperare. Cf. supra, coi. 491. Assertion qui, dans la bulle de condamnation, est déclarée /alsa et turretica; fausse dans sa première partie et hérétique dans la seconde. Pour détruire la prétention qu’avaient les Jansé­ nistes d’étayer leurs erreurs sur les anciens Pères et sur saint Augustin en particulier, il fallait nécessaire­ ment étudier cl approfondir les écrits invoqués. Petau donna l'exemple dans scs Dogmata theologica, el les autres défenseurs de la doctrine catholique i’imi­ tèrent. Signalons seulement, en dehors des auteurs déjà cités, deux Jésuites italiens : Laurent Alticozzi, Summa augusliniana, Rome, 1744-61, recueil habile­ ment composé de textes de l’évêque d’Hippone sur la grâce et sur l’Église; Jean-Baptiste Faure, S. Aurelii Augustini Hipponensis episcopi, Enchiridion de fide, spe et caritate, Rome, 1755, ouvrage précieux par les annotations commentant le texte. Sans méconnaître en rien la valeur exceptionnelle de saint Augustin, comme docteur de la grâce, ces apologistes ne man­ quèrent pas de relever les exagérations manifestes des Jansénistes. Petau traitant de la prédestination, De Deo Deique prop ietalibus, 1.1,1. X, ne craignit pas de distinguer entre Augustin soutenant ex pro/esso la foi de ΓÉglise et Augustin ayant, comme docteur privé, ses vues personnelles et donnant de certains textes scripturaires des interprétations qui ne sont nullement communes parmi les Pères et qui ne l’im­ posent pas, au jugement des meilleurs exégètes. L’au­ torité dont jouissait alors le grand docteur était telle que celte indépendance relative à son égard a'tira parfois en Espagne ou en France, des désagréments aux théologiens Jésuites, et pourtant cette conduite n'était-elle pas maintenue dans de justes et légitimes limites ’ Le Saint-Siè^c lui-même dut réagir contre les outrances jansénistes; parmi trente et une propositions condamnées sous Alexandre VIII, le 7 décembre 1690, on ht celle-ci, la trentième : Ubi quis invenerit doctri­ nam in Augustino clare /undatam, illam absolute potest tenere et docere, non respiciendo ad ullam Pontificis bullam. · Quand on trouve une doctrine clairement étabbe dans saint Augustin, on peut absolument la soutenir et Fena igner, sans avoir égard ft aucune bulle de* apc*. » Voir Alexandre Vlll, 1.i, col. 762. Aux histoire* Jansénistes du pélagianisme et du scmlpélagianlsme ou autres erreurs, on opposa, pour remet­ GALLICANE 10GO tre les choses au point, des histoires serrant de plus près les documents anciens cl laites par des homme· d'une érudition incontestable ; Petau, De pelagia· norum et scnupclagianorum dogmatis historia, Parii, 1613; Jean Ganncr, Dissertationes septem quibus inte­ gra continetur historia pelugiana, P. L., I. xuu, coi. 255 sq., Louis Patouillet, Histoire du pélagia­ nisme, Avignon, 1763, etc. En tin, sur un terrain qui sc rapporte moins au dogme qu’ft la pratique de la vie chrétienne, le livre d’An­ toine Arnauld, De la /réquenle communion, Paris, 1613, provoqua parmi les théologiens Jésuites un mouvement de vive réaction, où apparaît encore au premier rang, Denis Petau, De la pénitence publique et de la prépa­ ration nécessaire à la communion, Paris, 1644. Voir J. C. Vital Chatcllain. Le P. Denis Petau d'Orléans, ch. xvni, Pans, 1884. Ce fut le signal d’une lutte qui s’est prolongée jusqu'à nos jours, pour aboutir sous Pie X au décret du 20 décembre 1905, De quotidiana S. Eucharistiæ sumptione, lit. controverse qaLUCANr — On peut consi­ dérer cette controverse sous l'aspect particulier qu’elle présente dans certains pays, tels que la France, le* Pays-Bas, l'Allemagne et, plus tard, l’Italie, où le gallicanisme eut un caractère à la fois ecclésiastique et politique; on peut aussi l’envisager sous un aspect plus general, en ne considérant que les grandes thèses dogmatiques impliquées dans Je débat. Prise sous le second aspect, la controverse est plus ancienne et plus étendue, car dès le début les théologiens de la Compagnie de Jésus durent prendre position en Lee des deux assertions fondamentales qui avaient été formulées dans les assemblées de Constance cl de Bâle : allinnalion de la supériorité du concile général sur le pape; rejet d’une infaillibilité pontificale qui serait Indépendante du consentement ou de la ratifi­ cation de l’Église universelle En présence de cc· deux assertions qui diminuaient l'autorité el les préro­ gatives du pontife romain, les théologiens jésuites ne pouvaient rester indifférents; ils le pouvaient d’au­ tant moins que l'Ordrc s’était fait un devoir spécial de défendre l’Église, en général, et en particulier, son chef, le pontife romain, successeur de Pierre et vicaire de Jésus-Christ >ur la terre. Deux des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola, Jacques Laimz, qui lui succéda comme géné­ ral, et Alphonse Salmeron furent envoyés au concile de Trente par Paul III, comme théologiens du pape. Ils firent honneur à ce titre, Laincz tout particulière­ ment. 11 ne se contenta pas do défendre la primauté pontificale avec la prérogative, pour le pape, de ne pouvoir être réformé par le concile; il alla plus loin et, dans une question d ailleurs controversée, soutint que les évoques tiennent immédiatement leur pouvoir de juridiction non de Jésus-Christ lui-même, niais de son vica re. i 1 Grisar, Jacobi Lainei Disputationes Tri· dentino:, Inspruck, 1886,1.1, p. 75, 97 sq., t. n, p. 74 sq. Dans le premier siècle de la Compagnie de Jésus, tous ceux de ses grands théologiens qui curent l'occa­ sion de traiter le sujet, furent les défenseurs convain­ cus et avisés de la suprématie et de l’infaillibilité pont flcalc : le bienheureux Canisius, Grégoire de Valence, Bcllarmin, Vasqnez, Suarez, Lessius, Grctser, Tanner, Bv» anus, le cardinal de Lugo, Ripalda. Voir Seinsane, Histoire des dogmes, trad Degert, t. vî, { 50, p. 190 sq. Sans compter les traités spéciaux, publiés A la même époque par des auteurs de moindre noto­ riété, par exemple, Emmanuel Vega, De ve/o et unico primatu D. Petri, apostolorum principis, sacrosanc­ torum Ecclesia patrum testimoniis atque (ecu meni­ cer uni < anciliorum testimoniis comprobato, Vilna, 1580; Ihnri ΙΙ·η quez, De pontificis romani clave, Sala­ manque, 1593. I0G1 JÉSUITES. LA CONTROVERSE GALLICANE La doctrine de In suprématie et de l'Infaillib lité personnelle du pontife romain fut dès lors commune parmi les théologien· de lu Compagnie de Jésus, comme le prouvent les cours publiés aux siècles sui­ vants et, d’une façon particulière, des traités dis­ tincts dont les titres mêmes accentuent la position anti-gallicane, Tel·, en France, Honoré Nicquet (t 1667), Vindicte primatus S.Pétri, réfutation, demeu­ rée inédite, d’un livre d'Antoine Arnauld, voir Sommervogel, Bibliothèque, t. v, col. 1714; en Italie, Thyrse Gonzalez de Santalla, alors professeur de théo­ logie au Collège romain, De inlalllbilitate romani pontificis (n definiendis fidei et morum controversiis extra concilium generate et non exspectato Eccleste con­ sensu. Rome, 1689; en Allemagne, Guy Pichler, Papatus nunquam errans in proponendis fidei arti­ culis, hoc est romanus pontifex Jesu Christi in terris oicarius, D. Petri successor, universalis Eccleste pastor el rector, judex controversiarum ad fidem et mores per­ tinentium. auctoritate summus, potestate maximus, sententia infallibilis, publicet disputationi propositus, Augsbourg, 1709, et J. Rupp.De in/allibilitate romani ponti ficis extra concilium generale. Heidelberg, 1763. Une nouvelle phase de la controverse commença quand, sous le pseudonyme de Justini Febronii juris­ consulti, Jean-Nicolas de Hontheim eut publié son De statu præsenti Eccleste et legitima polestate romani pontificis, liber singularis ad reuniendos dissidentes in religione compositus. Bouillon et Francfort, 1763. Il y soutenait les thèses gallicanes contre la primauté pon­ tificale, mais en les dépassant notablement sous l’in­ fluence d’idées jansénistes. Voir t. v, col. 2117. Des théologiens jésuites ripostèrent : entre autres, en Allemagne, Joseph Kleiner et François Xavier Zcch; en Italie surtout, Antoine-Marie Zaccaria, Antifebronio, Pesaro, 1767; Antifebronius vindicatus, Césène 1771, etc. Voir t. v, col. 2122, 2123. Même après la suppression de la Compagnie de Jésus, plusieurs de scs anciens membres demeurèrent d'infatigables champions du pape et de scs prérogatives; en Italie notamment, Jean Vincent Bolginl (f 1811) et Al­ phonse Muzzarclli (t 1813). Enfin, de 1850 A 1870, dans le laps de temps qui fut comme une préparation prochaine au dernier et décisif combat, celui qui eut lieu au concile du Vatican, plusieurs écrits sur la suprématie du pontife romain parurent sous le nom de théologiens jésuites, la plu­ part professeurs au Collège romain : Charles Passaglia. De praerogativis B. Pétri, Ratisbonnc, 1850; Clé­ ment Schradcr, De unitate romana, Fribourg-enBrisgau, 1862 ; Joseph Kleutgcn, De romani pontificis suprema auctoritate, Naples, 1870, etc. En même temps, les revues publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus, en particulier la Civillà cattolica, soutenaient vigoureusement la même cause. La définition vaticane de la primauté et de l'infaillibilité papale fut le cou­ ronnement doces trois siècles d'cfTorts et de luttes. Cependant, telle qu'elle s’était historiquement déve­ loppée, la controverse gallicane n’avait pas été res­ treinte aux vérités définies en 1870; aux deux thèses fondamentales dont il a été question jusqu’ici, s’en était jointe une autre, sur les rapports de l’Église et de l'Etat ou de la puissance spirituelle et de la puis­ sance temporelle. Les théologiens gallicans refusaient •u papo tout pouvoir, direct ou indirect, sur le tem­ porel; au contraire, les principaux théologiens Jésuites lui attribuèrent un pouvoir non pas ordinaire et direct, niais extraordinaire et Indirect, pouvoir ayant pour raison d’être et pour mesure le bien spirituel do l’Église I et des finies, /n ordine ad spiritualia. Le cardinal Bellarmin a toujours été regardé comme le principal I représentant de celle docte.ne, quoiqu’il ne l’ail pas I Inventée et qu’elle no lui soit pas propre. 11 y eut ΙΑ, I / 1062 particulière ment en France, une pierre d’achoppe­ ment, d’autant plu» que des assertions Irritantes s’ajoutèrent A cette première source de mécontente­ ment. Dans son livre De rege et regis institutione Madrid, 1599, Jean de Mariana soutint que, dans le cas d’un abus de pouvoir qui mett ait une nation en péril, le peuple aurait le droit de reprendre l'autorité que le prince tient de lui, et même de mettre à mort le tyran par mesure de légitime défense. Voir José Ignacio Valenti, Le P. Jean de Mariana, dans la Science catholique, 12· année, Arras, 1898, p, 865-75. Il y avait lieu de laisser dans l'ombre cet écrit, pour rester dans l'esprit de la 6· règle des professeurs de théologie : « Si l’on sa*t que certaines opinions, quel qu’en soit l'auteur, oilensent gravement les catho­ liques d.ms une province ou dans une académie. Il ne faut pas les y enseigner ou les y défendre. Car U où 11 n’y a péril ni pour la foi ni pour l'intégrité des mœurs, la prudence et la charité font aux nôtres une loi de s’accommoder à ceux parmi lesquels Ils vivent. · Mais des protestants, escomptant sans doute le scan­ dale qui en résulterait, firent rééditer l’ouvrage en 1605, à Cologne. L’émoi et les récriminations furent tels que le P. Aquaviva crut de son devoir d'inter­ venir; par ordonnance du 8 juillet 1610, il Interdit à scs sujets « d’admettre et de soutenir, soit en public dans les chaires ou dans les livres, soit en part cuber par manière de conseil ou d’entretien, Γορ.ηιοη d’après laquelle il serait licite à qui que ce soit d'atten­ ter, sous prétexte de tyrannie, à la vie d’un prince ou d’un roi. » Cette mesure ne suffit pas pour calmer lev esprits en France. Bellarmin ayant publié quelques mois plus tard son Tractatus de potestate summi Pon· tificis in rebus temporalibus, Rome, 1610, pour y défendre contre un juriste écossais, Gu.llaume Bar­ clay, le pouvoir ind.rect du pape sur les choses tem­ porelles, le Parlement de Paris prohiba, le 26 no­ vembre, cet ouvrage comme « contenant une fausse et détestable proposition, tendant à l’éversion des puis­ sances souveraines, ordonnées et établies de Dieu, etc. » L’intervention du nonce apostolique et du card nal auprès de la reine régente, Marie de Médlcis, obt.nt À grand’peine qu’il y eut un sursis à la publication. Voir t. n, col. 571. Suarez fut encore plus durement traité pour avoir repris la même doctrine, De/ensio fide adversus regem Angite, CoTmbre, 1613; le livre fut condamné au feu et brûlé en place de Grève. Aquaviva Intervint de nouveau et renforça les mesures de prudence. Non content de rappeler la recommandation qu’il avait faite en 1610, il la renou­ vela et la transforma en précepte strict, in virtute sancta' o bed lent te.en édictant les peines les plus graves contre les transgresseurs. Ordre fut donné le 5 Jan­ vier 1613 aux provinciaux · de ne laisser paraître dans leur obédience, sous n’importe quel prétexte et en n’importe quelle langue, aucun écrit traitant du tyrannicide ou de la puissance du souverain pon­ tife sur les rois et les princes, A moins que l’ouvrage n’eût été préalablement révisé à Rome et approuvé. > Précepte renouvelé, le 13 août 1626, par le successeur d'Aquaviva, Mutius Vltellcschi. Conformément A ces ordonnances, les théologiens jésuites s'abstinrent dé­ sormais do traiter ces questions brûlantes. Une autre raison s’ajouta en France, quand la négation de tout pouvoir pontifical, direct ou indirect, sur les rois et les princes en matière temporelle eut été officiellement insérée, commo premier article, dans la Déclaration du Clergé gallican en 1682. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1322. Mais cc serait une erreur d’interpréter cette pru­ dente réserve dans le sons d’un abandon réel et défi­ nitif de la doctrine prise en elle-même. Pour s'en rendre compto, U sulht de voir les Jugements portés do nos t(G3 jfsLHTES. LA CONTROVERSE RATIONALISTE jours sur cette matière par des théologiens et des cano­ nistes de grande autorité, qui ont enseigné au Collège romain : card. Tarquini, Juris ecclesiastici publici institutiones, Rome, 1888, p. 22 sq.; Palmieri, Trac­ tatus de romano pontifice, 3* édit., Prato, c. xxi, p. 518 sq.;\Vcrnz, Jus Decretalium, 2f édit., Home, 1905, 1.i, p. 19. Sur l'état actuel de la question par rapport aux déclarations pontificales, voir l'article Gallicanisme, dans A. d'Alès, Dictionnaire apologétique de la Fol catholique, t. n, col. 270 sq. La controverse gallicane eut un double résultat pour la Compagnie de Jésus. Extérieurement, elle valut à scs théologiens l'épithète d'ultramontains ou de ponti­ ficaux. Épithète propre à leur concilier des sympathies de la part des catholiques profondément attachés au Siège romain, mais aussi des antipathies de la part de ceux qui, en vertu de préjugés nationaux ou pour d'autres raisons, avaient le souci d’atténuer le plus possible les prérogatives personnelles du pontife romain. En cela comme en d'autres points, les jésuites n’avaient qu’à suivre cc qu’ils cons déraient comme le sentier du devoir, sans se préoccuper des attaques et de l’impopularité. L’autre résultat fut de confirmer l’orientation déjà déterminée par les controverses protestante et janséniste. Pour ruiner les prétentions des :»dversaircs et répondre à leurs attaques, il fallait de toute nécessité recourir aux diverses branches de la théologie positive. Ainsi la défense de la suprématie pontificale et de l'infaillibilité personnelle du pape les for», a-t-elle à chercher dans une étude plus appro­ fondie de l’histoire ecclésiastique ou du droit cano­ nique des réponses aux objections que les gallicans, comme les jansénistes, prétendaient tirer de certains faits où, d’après eux, cette infaillibilité avait sombré; question des papes Libère, Vigile, Honorius, etc. De là, sur ces faits ou d'autres du meme genre, tant d'études qu’il serait impossible de rappeler en détail. Voir Sommervogcl, bibliothèque, t. x, col. 606-611. iv. controverse rationaliste — Considéré comme système qui prétend opposer la raison à la fol ou subordonner celle-ci à celle-là, le rationalisme exista dès le début de la Reforme dans plusieurs sectes dissidentes. Les sociniens, en particulier, sc conduisirent en vrais rational stes à l’égard de points tenus jusqu’alors comme fondamentaux dans la reli­ gion chrétienne, par exemple, les myslètes de la Tri­ nité, de l’incarnation et de la Rédemption, la divinité de Jésus-Christ. Mais au cours du xvm· siècle, le système s’organisa sous une forme plus méthodique et plus générale, soit en Allemagne, parmi les protes­ tants libéraux, issus du socinianisme et de la philo­ sophie moderne, oit en Angle tcnc, parmi les déistes, soit en France, dans le clan des « philosophes » ou « encyclopédiste^ ». Devenue radicale et absolue, l'at­ taque ne s'étendit plus seulement à tels ou tels dogmes, mais à tou e in révélation et aux préambules de la foi, c'est-à-dire, à cet ensemble de vérités que la foi suppose et qui comprennent, outre le fait de la révé­ lation, les niirudes comme signes ou preuves de l’in­ tervention divine, l’authenticité, la véracité et l'auto­ rité sacrée de la Bible, l'historicité des faits primitifs qui sont racontes dans les premiers chapitres de la Genèse et qui sont à la base du dogme du péché ori­ ginel et de plusieurs autres, enfin l'existence même d'un Dieu in fin ment sage et vérace. De telles attaques demandaient de nouveaux e fl orU si l’on voûtai répondre aux adversaries de la fo» sur le terrain où ils se pinça ent. L'Église ne manqua pas de bons défenseurs, bien que, par une permission divine qui pouvait avoir le ca a lire d’un châtiment, l'esj rit, le talent lit aire et la popularité aient été du mauvu.t côté. Les l.éologiens jésuites ne pouvaient pas se désaitciesscr d'une pareille lutte; 1064 dans les pays atteints, Ils sc montrèrent de vaillants et dévoués serviteurs de l'Église, avant et après la suppression de l'Ordre, soit en exposant avec plus de soin les preuves de la religion, soit en répondant aux principales attaques. Tels furent, en France, les PP. Gabriel Bonifier, Claude Merlin, Claude Adrien Nonotte et, dans les Mémoires de Tréuuiu,leh PP.Tour· nemine et Bcrthier. En Belgique, François Xavier de Feller sc distingua par divers ouvrages, dont le prin­ cipal fut son Catéchisme philosophique, Liège, 1772. Il y eut également en Italie de valeureux champions: Jean-Baptiste Noghcra, Christophe Muzzanl, Alphonse Muzzarelli, etc. En Allemagne aussi, des Jésuites ou anciens Jésuites soutinrent noblement la lutte, entre autres, I I. Goldhagcn, Joseph Kleiner, Benoit Stattler, Demonstratio euangelica, /Xugsbourg, 1770, bien que cet auteur sc soit trop laissé influencer, dans scs écrits philosophiques et théologiques, par les idées cou­ rantes. Mais, quand Hermès et Gunther tentèrent d'ériger en système une interprétation scmi-ralionalislc des dogmes chrétiens, ce fut du pays même où l'erreur s'était produite que vint la réaction, repré­ sentée principalement par un jésuite allemand déjà plusieurs fois signalé, le P. Joseph Klcutgcn. La controverse rationaliste eut, dans la Compagnie de Jésus, un très important résultat d'ordre pratique. Les théologiens dogmatiques comprimit qu'en face d'attaques portant directement contre les premiere fondements de la fol, il fallait soigner spécialement et renforcer la partie de la théologie où ces fondements sont exposés. De là naquit le traité De uera religione, présenté à part et d'une façon appropriée aux besoins des temps nouveaux, comme déjà dans la théologie de Wurzbourg, où cc traité apparaît en tête de tous les autres et dirigé, suivant les paroles mêmes de l'auteur, le P. Neubauer,· contre les athées, qui nient toute religion, contre les polythéistes, qui établissent une fausse religion, contre les mnhométans, qui pro­ fessent une religion impie, contre les théistes, qui n'admettent pas de religion révélée, contre les Juifs, qui rejettent la religion chrétienne, et contre les sec­ taires, qui ne veulent pas de la religion catholique comme exclusivement vraie. » Au xix· siècle, la même préoccupation de fortifier les bases de la foi se rencontre non seulement chez les théologiens dogmatiques, mais encore chez les exé­ gètes et tous ceux qui, de près ou de loin, peuvent contribuer à la défense du christianisme. C'est sous l'influence de ce mouvement que l’apologétique, appelée aussi théologie fondamentale, est devenue plus qu’un traité distinct; elle est devenue la matière d'un enseignement autonome, séparé de la théologie dite dogmatique et la précédant, au moins dans les centres scolaires où le nombre des étudiants est assez grand pour permettre ce dédoublement des chaires. Ainsi en est-il dons l'Université grégorienne, à Home, dans celle d’Inspruck cl dans plusieurs grandes mai­ sons d'études de la Compagnie de Jésus en France, en Espagne et en Allemagne. Ajoutons enfin un double fait qu'il suffit d'énoncer : L’activité théologique, dogmatique ou apologétique des jésuites s'est encore mumfcstce dans les nombreuses revues publiées ou dirigées par les membres de la Compagnie de Jésus, celles du moins qui ont, en tout ou en partie, un caractère théolog que : en liai c, la Civillù cuttolica; en Autriche, la Zeitschrift fûr k dholische Théologie, d’Inspruck; en Allemagne, les Slimmen aus Mnria-Laach et leurs Ergüngzungshelte; en France» les Éludes, et surtout les Recherches de science religieu ·; en Espagne, les revues madrilènes Ra:ôn y Fc et Estudlos tel >u slices En outre, beaucoup de | théologiens jésuites ont collaboré aux encyclopédies cl aux grands dictionnaires lhéologtques ou apütugé- lOGL JÉSUITES. LA THÉOLOGIE tique» qui ont ôté publiés depuis un demi-siècle ou qui sont encore actuellement en cours de publcation. L’idéal serait quo Dieu daignât accorder à son Église un nouveau Bclhirinin qui, de tant d'éléments épars, sût tirer une Summa controuersiw. parfaitement appro­ priée aux conditions et aux besoins de notre temps. 111. Conclusions : Valeur delà théologie dog­ matique Di.s jésuites.— Ce qui précède montre clai­ rement combien grande et combien variée fut l'acti­ vité des membres de la Compagnie de Jésus dans lo domaine de la théologie dogmatique. Que l'apport fourni par eux ne soit pas une quantité négligeable, c’est là un fait reconnu par les écrivains qui, comme Scheebcn, Schanz et autres, ont étudié l'histoire de la théologie catholique en marquant les g amies lignes de son développement et les divers facteurs qui ont contribué à son progrès. Quelques-uns de leurs témoi­ gnages ont paru au cours de celte étude. Par contre, les attaques n’ont pas manqué; attaques d'ailleurs très différentes par le genre et le ton. Les unes furent grossières et déloyales, celles qui venaient de gens haïssant à fond la Compagnie de Jésus, dési­ reux avant tout de la noircir le plus possible et même delà détruire; dans ce but, ils ont fait usage de pro­ cédés qui auraient été universellement stigmatisés s'il s’était agi d’autres victimes que les jésuites : exposé inexact de la doctrine, falsifications matérielles, cita­ tions do passages coupés ά dessein et séparés du con­ texte qui en précise le sens, etc. De pareilles attaques ont été réfutées par des apologistes, comme le P.Duhren Allemagne et le P. Alex. Brou en France; elles visent beaucoup plus la théologie morale que la dogmatique. D’autres attaques restent sur le terrain d’une oppo­ sition honnête et loyale. Cc qui a clé dit jusqu’ici permettra d’y répondre brièvement. Ainsi on a pré­ tendu ou insinué que, sous le rapport du thomisme, il y avait chez les jésuites contradiction entre la théo­ rie et la pratique: en théorie, protestations officielles d’attachement ù la doctrine de saint Thomas; en pratique, tendances antilhomistes, puisque, sur des points nombreux et importants, les théologiens jésuites s’écartent du grand docteur et de ses interprètes légi­ times. En face de cette objection qu’il rapporte dans scs Vindicationes, c. xxvn, le cardinal Pallavicim sc déclare profondément étonné; il n’arrive pas à com­ prendre comment on prétend voir dans les théolo­ giens de la Compagnie de Jésus des adversaires de saint Thomas, quand il est facile de montrer, l’his­ toire en main, tout cc qu’ils ont fuit pour introduire la Somme thcologique et pour en assurer la predomi­ nance dans le haut enseignement, quand la part faite dans leurs écrits A la doctrine de l’ange de l’Écoleest si grande. On peut, dit-il, compter les points où ils s’écartent de cc docteur, mais non pas ceux où ils le suivent, tant ils sont nombreux : consentanea non numerabis, quippe innumerabilia. Au fond, n’y aurait-il pas dans l’objection une équivoque latente sous le terme de thomisme? Car il y a un thomisme spécial, un thomisme «l’école qui renferme comme partie intégrante un certain nombre d'affirmations qui, pour avoir été longtemps soutenues dans l’Église, p< uvent néanmoins rire < iscutécs. telles les doctrines sur la |»cdetemnnat on physique ad unum, sur la grâce efficace ab intrinseco, sur la pré­ destination absolue des élus en dehors do toute pré­ vision des mérites, d’autres encore, données comme théologiques, mais qui semblent s’appuyer sur des postulats d'ordre métaphysique sujets ù discussion. Et il y a un thomisme plus large, celui des théoio- I glens qui s’attachent sincèrement â la doctrine de saint Thomas, qui l’acceptent dans se> grandes lignes et la suivent de grand cœur, innK sans recon- | DOGMATIQUE 1066 naître par le fait même comme interprétation légi­ time de la pensée de cc docteur toutes les interpré­ tations qui peuvent en être données dans telle école et sans croire déroger au respect dû au grand maître si. dans des pomis secondaires où l’évidence n'existe pas, iis désirant examiner la valeur objective des raisons alléguées ou des postulats ph losophiques qui pourraient se trouver à la base de l’affirmation. Nous avons vu que les théologiens jésuites sont thomistes dans ce sens plus large. Le rejet du thomisme au sens plus étroit, du thomisme d’école, suiht-il pour qu’on ait le droit de déclarer leur théologie antilhomiste, purement et simplement? D'autres ont parié d'éclectisme û propos de l’école des jésuites, comme Scheeben dans cette phrase, op. cil 1.1, p. 7Û3. « Tout en sc rattachant étroitement ù saml Thomas, elle inclinait vers un certain éclectisme el mettait à profit les recherches el les ressources con­ temporaines. » Mais la particule atténuante dont cet auteur fait usage et l’explication qu'il ajoute à la fln de sa phrase nous avertissent encore d’éviter l’équi­ voque possible. Il y a véritablement éclectisme dans le sens défavorable du mot, quand des théologiens ou des philosophes cueillent dans des systèmes diffé­ rents ce que chacun lui paraît offrir de bon, sans sc préoccuper de voir si ces emprunts forment un sys­ tème homogène et cohérent. L’écucff aurait existe si l'on avait donné suite à une pensée émise par le P. Nadal dans un écrit, De studiis societatis, Imprimé dans les Monumenta ptedagogica Soc. J au, p. 98; à savoir « qu’avec le secours de Notre-Seigneur on formât, en s’aidant de tous les scolastiques, une Somin théologique qui renfermerait toute la doctrine con­ tenue dans leurs écrits, en conciliant les controverses de manière à faire disparaître les divergences d’école entre thomistes, scotistcs ou nominalistes; en d’autres termes, un résumé le plus succinct possible de la théo­ logie scolastique pure et simple : quæ... puram sinceramque theologiam scholasticam tradat, quantum fleri potent, compendiosissime. » Rêve utopique qui, heu­ reusement, ne tenta personne. Nadâl lui-même, envoyé comme visiteur en Allemagne et mieux ins­ piré, posa en principe à l'université de Dillingen, en 1563, qu’on prendrait saint Thomas pour base de l’enseignement théologique : Videtur Instituendus cursus theologiie ex D. Thoma. Ibtd., p. 765. Et nous savons en quel sens la IV· Congrégation générale, réunie en 1581, sc prononça, can. 9 : sequantur nostri doctores in scolastica theologia doctrinam S. Thomse, juxta praxim in libro de Ratione studiorum ponendam Pris comme système, l’éclectisme n’a donc point droit de cité ni en théologie, ni en philosophie, dans la Compagnie de Jésus Seulement, dans les limites où s’exerce l’indépendance relative que scs constitu­ tions el ses prescriptions ont accordée, les écrivains et les professeurs peuvent choisir, dans les cas particu­ liers, telle opinion qui leur semble préférable. Tel est l’éclectisme dont Suarez en particulier a fait un lég tune i snge, nu Jugement de Grabmann. op. cit., p. 536a. Faisons l'application Λ deux controverses qui exis­ taient au milieu du xvi· siècle, quand l’ordre nouveau prit naissance. La première concernait la conception de la Mère de Dieu,déclarée immaculée par les scotistcs et non immaculée par les autres. Les premiers théolo­ giens jésuites sc trouvèrent en face do cette double opinion, cl remarquant que la thèse scotistc était devenue beaucoup plus commune et qu’elle paraissait plus sûre, ils n'hésitèrent pas â l'adopter. Ont-ils eu tort? L’autre question concernait la solennité des vaux et la racine des effets Juridiques qui l'accom­ pagnent : les uns prétendaient que tout était de droit naturel, ou du moins de droit divin; les autres rap­ portaient le tout au droit ecclésiastique. Prenant, la 1067 JÉSUITES. LA THÉOLOGIE DOGMATIQUE question dans l’état où elle sc trouvait, les théologeiu jésuites optèrent pour la seconde opinion. Ontils eu tort? D’autres applica ions seraient possibles. Bi n de plus sage qu l’avisd Bellanninsurla manière de suivre Oint Thomas: «Est-ilcroyable que la lumière de la vérité ait toujours brillé pour cc docteur, et qu’elle n’ait jamais brillé pour les autres? Si donc il est permis d’emprunter à chaque auteur cc qu’il a de meilleur, pourquoi nous priverions-nous de cet avan­ tage? » Argumentation qui n’est nullement un plai­ doyer en faveur de l'éclectisme érigé en système, puisque le vénérable cardinal avait commencé par dire qu’il fallait, à son avis, déclarer saint Thomas l’auteur commun, celui qu’en principe on doit suivre : Ut sanctus Thomas proponatur tanquam communis oticior, toti societati sequendus, placet. D’autres ont estimé qu’en conséquence de la préoc­ cupation apologétique ou polémique, dominant chez eux, les théologiens jésuites étaient arrivés à une théo­ logie plutôt négative que positive, ou bien à une théo­ logie de combat, n’ayant qu’une valeur relative, ad hominem. Il est vrai qu’il y a une mauvaise manière ! d’entendre la défense de la foi. celle qui consiste à créer des systèmes pour la circonstance, sans sc préoc­ cuper de la valeur absolue des principes, ni de leur conformité avec les données do la foi ou de la tradition; et malheureusement l’écueil n’a pas été parfaitement évité dans plus d’une controverse récente. Mais il y a une autre manière, totalement diflérente, celle qui consiste, non pas à substituer des principes nouveaux aux anciens, mais à garder l’héritage du passé en y joignant seulement le souci d’une adaptation aux besoins du temps où l'on vit. Celte adaptation revient surtout à la manière de présenter, de prouver, de défendre la doctrine. Elle demande que la théologie scolastique et la théologie positive ne soient pas consi­ dérées comme deux théologies totalement distinctes, ce qui serait faux, puisque suivant la juste remarque de Tolet, elles ont le môme objet, cum sint de iisdem; mais qu’en outre on les combine pour qu’en s'entrai­ dant elles aient toute leur eilîcaclté. Si les jésuites, pris dans leur ensemble, ont donné beaucoup à la théologie positive, cc ne fut pas en faisant abstraction des principes que la scolastique leur fournissait, mais au contraire en s'en inspirant et en les faisant valoir. Leur théologie ne fut pas un simple instrument de combat, n’ayant qu’une portée d’ordre relatif; et, de ce chef, il n’y a pas plus lieu de déprécier ces maîtres qu'il n’y a lieu de méconnaître les mérites qu'ils se sont acquis dans l’Église par un rajeunissement de l’an­ cienne manière lequel tendait uniquement ù donner aux anciens principes plus de vigueur et plus d’elllcacité contre des adversaires nouveaux. D’autres enfin ont tenté de dénigrer les théologiens de la Compagnie de Jésus en relevant les écarts d'un certain nombre qui ont avancé des propositions con­ damnées par le Saint-Siège ou par des évêques, comme la thèse du péché philosophique réprouvée pnr décret du Saint-Ofllce le 24 août 1690, Denzlnger-Bannwart, Enchiridion, n. 1290, voir t. i, col. 749 sq.; opinion du P. Hard oui n sur la filiation divine de Jésus-Christ censurée par In plupart des évêques français en 1753, voir L vu, col. 549 sq., et beaucoup d'autres choses. Le· faits allégués sont réels; il y a eu condamnation d assertions tbéologlques émises par des écrivains ou des professeurs jésuites, il y a eu mise à l’index de livres composés par des jésuites, 80 environ, d’après J. Hllgcrs, Der Index der oerbotenen Bûcher, Fribourgen-Brisgau, 1904, p. 138 sq.; mais ce furent là des écarts individuels, parfois en matière disciplinaire, et combien peu nombreux comparativement à la somme totale des écrivains jésuites. D’écarts individuels, non sanctionnés par l’Ordre, a-t-on le droit de conclure lOfi» contre l'Ordrc lui-même pris dans son ensemble et contre su doctrine propre ? Dans la Compagnie de Jésus, les théologiens qui comptent vraiment sont ceux que l’estime générale et la voix commune ont mis au nombre des probati auctores. Demandons le dernier mot au pnpc Léon XIII. Parlant dans le bref Gravissime Nos des grands doc­ teurs de la Compagnie do Jésus, probatos illos el exi­ mios societatis ductores quorum laus in Ecclesia est, il ajoute : « Nam virtute ut erant atque ingenio eximii, data studiosissime opera scriptis Angelici, certis locis sententiam e/us copiose luculenterque exposuerunt, doc­ trinam optima eruditionis supellectile ornaverunt, mulla inde acute utiliterque ad errores re/cllendos novos con­ cluserunt, iis prscterea adjectis quacumque ab Ecelesta sunt deinceps in eodem genere vel amplius declarata vel pressius decreta; quorum sollertia fructus nemo quidem sine jactura neglexerit. Distingués par le talent comme par la vertu, ils s'appliquèrent do tout leur zèle aux écrits du docteur Angélique. En maint endroit ils exposèrent sa pensée avec ampleur et netteté, en l’accompagnant d’un excellent appareil d'érudition. Ils en tirèrent des conclusions d’un incontestable profit pour la réfutation d’erreurs nouvelles; d’autant qu'ils y joignirent tout ce qui, depuis lors, avait été dans l’Église l’objet de déclarations plus explicites ou de décrets plus précis. Labeur industrieux, dont nul ne saurait, sans préjudice, mépriser les fruits. · 1. Sources bibliographiques. — Sommcrvogel, Biblio­ thèque de la Compagnie de Jésus, t. x, Paris, col. 138-60, 606 sq., 651-59; Hurter, Nomenclator litterarius theologiae catholica9,3· édit., Inspnick, 1907; J. Brucker,La Compagnie de Jésus, Paris. 1019, p. 138,538, 750; Wcrnz et Schmidt, Synopsis historhr Societatis Jesu (Pro nostris lanltun), Rntlsbonne, 1914, p. 611-624; M. llehnbuchcr, Die Orden und Kongrcgatlonem der katholischen Kirche, Paderborn, 1908, t. m, p. 131 sq.;Schechen, Handbueh der kathoUsehen Dogmatik, Fribourg-en-Britgau, 1873, t. i, p. 445 sq.; tra­ duction française pnr Bolet, Paris, 1877, t. I, p. 695 sq.; H. Klhn, Encyklopddle und Méthodologie der Théologie, Frlbourg-cn-Brisgau, 1892, p. 413 sq.; Christ. Pcsch, Prælectiones dogmatica9,2· édit., Frlbourg-en-Brisgnu, 1898, L i, p. 25 sq.; D. Laurent Janssens. Prirlectiones de Deo uno, Rome, 1899, t. i, p. 19 sq.; Bcm. Hartmann, Lchrbueh der Dogmatik, Fribourg-en-Brisgau, 1911, p. 86 sq.; Philippe Labbe, Bibliotheca antljansentana, Paris, 1654; Karl Wer­ ner, Geschlchte der neuzeitlichen christlich-klrchllchen Apologetik, SchafThousc, 1867, t. v, passim. 2. Études ou Jugements sur les principaux théologiens jésuites. — Jos. Parla, préface do Franctsct Tolett... In Summam theologia S. Thonue Aquinatis enarratio, Rome, 1869; Ch. Verdlèro Histoire de ^université d9Ingolstadt, Paris, 1887; B. Duhr, Geschlchte der Jesuiten (n den Imii· drrn deutscher Zunge, 1.1 et u, Fribourg-en-Brisgau, 1907, 1913; J. M. Prnt. Maldonat et rUniversité de Paris au 117· siècle, Paris, 1856 ; Ant. Astrnin, Ilistoria de la Corn· pania de Jesus en la Aslstencla de Espafïa, t. i , I. I, c. nr; t. v, 1. 1, c. iv ; t. vï, 1. I, c. iv, Madrid, 1913, 1916, 1920; H. Fouqucrav, Histoire de la Compagnie de Jésus en France, Paris, 1910, 1.i, I. 111, c. ni et xi; Cam. de Rocheinontelx, Le collège Henri IV de la Flèche, Le Mans, 1889, t. iv. c. 1; Jos. de la Servière, La théologie de Bellarmin, Pari», 1908; Karl Werner, Franx Suarez und die Schotaslik der lehltn Jahrhunderte, Ratisbonne, 1861 ; Raoul do Scornillc, Fran­ çois Suarez, Paris, 1821 ; J. C. Vital Chatcllaln, Le P. Denis Petau d'Orléans, Jésuite. Sa vie et ses écrits, Paris, 1884; D. Franz Stnnonlk, Dionysius Petavtus, Gmtz, 1870; E. Martin, L'Université de Pont-d-Mousson, Nnncy, 1891; Grnbmnnn. Die Disputationes metaphystc/r des Franz Suarez In Hirer methodlschen Elgenart und FortuHrkung, dans le recueil Franz Suarez, Gtdenkbltitler zu setnem drcihunderlJlihrigen Todestag, Beltrage sur Philosophie des P, Suarez, von Six, Grabmann. lluthcgcr, Juancn, Blcdcrlack, Inspruck, 1917 ; Th. Torelllcs, Le mouvement théolaglque rn France depuis set origines Jusqu'à nos jours. Paris, 1902, c. VI-ΧΪΠ. 3. A/Jotogét(que. — Sforza Pnllavlclnl. VindicationesSocleI tatis Jesu, quibus multorum accusationes in ejus tnstituturr 10G9 JÉSUITES. L/\ THÉOLOGIE MORALE Qlre*. numna»ta, mort* nlfUuntur, Rome, 1619; B. Dubr, Jesui^n-babeln, 4· Mit., I rihottrg-m I m'au, 19Ü4; Alex. Orou, Les Jésuites de la légende, PaiU, 190«. X. Lr. Bachelet. III. LA THÉOLOGIE MORALE DANS LA COM­ PAGNIE DE JÉSUS.— L Importance de-In théologie morale dans la Compagnie de Jésus (col. 101.9). II. Son objet (col. 1073). 111. Sa méthode (col. 1074) IV. Son esprit (col. 1076). V. Scs thèses caractéristiques (col. 1083). VI. Ses principaux représentants (col. 1088). I. Importance de i.a théologie mohale dans la Compagnie de Jésus. — 1Q Les Jésuites et te ministère des confessions. — Pour apprécier comme Il convient le développement pris par la théologie morale dans la production littéraire de ia Compagnie de Jésus, il faut avoir présente à l'esprit la place faite au ministère des confessions dans l’activité apos­ tolique de l’Ordre. De par la volonté de saint Ignace, cette place est de premier rang. Non seulement le saint fondateur désire que scs religieux se confessent eux-mêmes chaque semaine au moins, Const., Ill, i, H. —sœpius in hebdomada confiteri conducet, dira plus tard Aquaviva, Reg. saccrd., n. 3 : Instil., t n, p. 138, — mais il veut qu'entrés dans une société dont le but est le bien des âmes, ils soient toujours prêts à aider le prochain à se réconcilier avec Dieu. Cette pensée s'accuse avec relief en de nombreuses pages des documents dont l’ensemble forme V Insti­ tutum. 1 ulles Regimini : Instil., t. n, p. 6; Cum inter cunctas, ibid., p. 12; Licet debitum, ibid., p. 18, etc.— Exerc. spirit., Annotatio 18, Confessionis generalis el communionis usus, ibid., t. π, p. 392, 396. —Examen generale, iv, 15,22; v, 5; vi, 2.— Const., IV, proœm. A; vin, 4; xvr, 1; VII, iv, 5.— Résumant tous ces textes, la 8* règle des Prêtres s'exprime ainsi : Omnes il quibus ex obedienlia confessiones audiendi sanctum munus committitur, multum ad id officii studeant, el tamquam nostri Instituti ualde proprium magni faciant. Instil., t. n, p. 138 On trouvera, tant chez les polé­ mistes protestants, entre autres J. Da llé, De sacramentali sive auriculari latinorum confessione, Genève, 1661,1. IV, c. n, ni, vm, que sous la plume des jésuites eux-mêmes, par exemple Imago primi sæculi S. J., 1640, p. 369-374, des témoignages concordants sur le zèle effectif déployé dans ce sens. Cf. Dœllingcr, t. 1, p. 20-23. 2e L’élude de la morale à Γ intérieur de la Compagnie. — On ne pouvait insister si fort sur l'administration du sacrement de pénitence sans exiger des sujets une forte connaissance de la théologie morale et sans les mettre A même de se l’approprier. Une telle nécessité ne s'imposât-elle pas d’ellc-même, saint Ignace l'eût bien aperçue au seul souvenir du jugement dont il avait été l'objet A Salamanque, en 1527, lorsque, tout en l’autorisant à continuer ses catéchismes et A donner les Exercices, on lui avait interdit de sc prononcer sur la gravité des péchés, tant qu'il n’aurait pas passé quatre ans A étudier la théologie. Monum. hist., Monum. Ignatiana, ser. IV, t. i. p. 77-79. Nous ne savons A quel résultat put parvenir le saint en fait de science morale; mais il est intéressant de noter que Lnlncz, son successeur comme général, s'était acquis dans ce domaine une particulière compétence. Voir dans J. Lalncz, Disputationes Trtdentuur, édit. Grlsar, Inspruck, 1886. t. n, le texte Jusqu’alors inédit de plusieurs traités de morale (surtout De usura, p. 227-321, De simonia, p. 322-382), et dans Monum. hist., Lainii Monum., t. n, p. 711, un grand nombre de consultations sur des cas de conscience. • In confessionibus, disent les Constitutions, IV, vm, 4, D, prceler studium scholasticum et casuum conscientia·, pricserlim restitutionis, conveniet com­ pendium aliquod casuum et censurarum qutr reser- 1070 vantur, habere...; ac brevem interrogandi methodum de peccatis el eorum remediis; et instructionem ad bene ac prudenter in Domino, sine damno suo el cum proxi­ morum utilitate, hoc ofju ium exercendum ... > C’est en vue «le cc dernier point que saint Ignace fit composer par Polanco un Diredoiium breve ad confessorii ac con filent is munus recte obeundum, Louvain, 1554, premier ouvrage de morale émané de la Compagnie. Même préoccupation dans Reg. sacerd Instil., t, n, p. 138; Ratio d< 1536 dans Pachtlcr, Ratio st ut; torum et Institutiones scholasticae in Germania vi· génies, t. π, p. 119 ; Instruct. d’Aquaviva, iv, n.2; xx,n.6, Instil., t. u, p. 311 et 337; Congreg., IX, d, 8, InstIL, t i, p. 626; Circulaire du P. Centurione, 9 août 1756, Pachllt r, t m, p. 133. Dés l’origine deux Institutions, inspirées, semble-til, d'une tradition des frères prêcheurs, répondent effectivement à ce souci conscience pour les scolastiques théologiens et la conférence hebdomadaire de cas de conscience pour les prêtres. 1. Il y avait dans les couvents dominicains, pour les aspirants au sacerdoce qu'on ne jugeait pas à propos d'envoyer dans un studium, un enseignement de cas de conscience dont devaient profiter aussi les religieux formés. Mortier, Histoire des Matins généraux des Frères Prêcheurs, t. v, p. 47-48, 97, 151, 433. Déjà en 1259 le chapitre général de Valenciennes, auquel saint Thomas avait pris une part active, s'était préoccupé de la question : Si non possunt inveniri lectores sufficientes ad publice legendum, sallem provi­ deatur de aliquibus qui legant privatas lectiones, vel historias, vel SUMMAM DB CASIBUS (vraisemblable­ ment la Somme de saint Raymond), vel aliquod hujus­ modi, ne fratres sint otiosi. Mortier, loc. cil., t. i, p. 565. Que saint Ignace ait connu ou non cette pra­ tique dominicaine, le fait est qu'il adopta pour les siens une réglementation très semblable. Tous les sujets ne peuvent s’appliquer avec profit aux études spéculatives, mais tous doivent recevoir avant leur sacerdoce une solide formation in its qu* ad doctrinam confessionibus ulilem pertinent. Ce bagage n’est pas moins Indispensable aux futurs coadjuteurs spirituels qu'à ceux qui deviendront profès. Const., IV, v, 2, D; vm, 4, D; xm, 4, E. Aussi, dans le plan d'études élaboré sous les premiers généralats et consacré par le Ratio studiorum, rcmarquc-t-on, en doublure de l'enseignement scolastique, un cours régulier de cas de conscience, dont le périodicité, d’abord variable, se fixe vite à une ou deux classes quotidiennes, durant deux ans, et dont le professeur, tout en ayant spécia­ lement la charge de ceux qui ne font pas de théologie scolastique, les casistx ou casuist*, voit cependant casuistcs et théologiens sc réunir à certains jours sous su chaire, l'attention soutenue par la perspective d'un examen final. Lalncz, De sacrxtheol. studiis, dans Mo­ num. padug. S. J., p. 520-521 ; Congreg. 11 ( 1565), d. 69, Instil., 1.1, p. 500 ; E. Mercurian, Ordinatio de promo­ vendis ad ordines sacros (1576), Instil., t. π, ρ. 255; Maldonat, Visitatio collegii Pari*., (1579), Monum. pKdag., p. 715; Rey ubv provincialis, η. 56. Instil., Ln, p. 82; Ratio de 1586, Paehl 1er, l. π, ρ. 78-79, 119-124; Ratio do 1599. Re ul« p> ovinctahs, n. 9 § 1» 12» 19 § 4, Pachtlcr, t. n, p. 236 sq Instil. Congreg. VII (1615), d« 33, ibid., t.1, p. 598; Congreg. XII1 (1687), d. 16, ibid., t. 1, p. 666; divers autres documents dans PudiUcr, L in, p. 133, 179, 187, 193, 349-353, 391, 443. 2. La conférence des cas de conscience est née du besoin d'entretenir chez les prêtres ce tic science de la morale à laquelle les supérieurs de l'ordre tiennent tant. On la voit fonctionner de très bonne heure, même dans le maisons les moins nombreuses, tantôt tous les 1071 JÉSUITES. THÉOLOGIE MORALE. TENDANCES Jours, Monum. hist., Poland complementa, t. π, p. 582, tantôt un jour sur dt tix, Monum. hist., Epistola? P. H. Nadal, 1.1v, p. 520,définitivement, aux terme·» du Ratio, une ou deux fois par semaine. Ratio de 1580, Pachtlcr, I u, p. 122-123; Ratio de 1599, Regulæ provincialis, n 13-15; Regula pre fessor is casuum, η. 7-10, Paehl 1er, I n, p. 240, 326; Instil., I. n, p. 193. Elie consiste dans la discussion rationnelle de quelques espèces concrètes, que présentent deux ou trois membres dc la commu­ nauté désignés d’avance, sous la direction d'un préfet spécialement compétent. Avec un peu dc suite dans le choix du sujet, elle permet une révision méthodique et continue des questions qui sc présentent le plus fré­ quemment au confessionnal. Aussi son utilité est-elle Jugée considérable. On n’en dispense que les profes­ seurs de théologie ct de philosophie, et toute négli­ gence à cet égard est sévèrement réprimée. Congreg. IX (1650), d. 8, Instil., t. i, p. 626. — Nous avons dit que cet exercice était présidé par un membre dc la communauté d’une particulière compétence. Dans les collèges, c’est naturellement le professeur de théologie morale. Dans les autres maisons, le provincial doit faire en sorte qu'il y ait toujours quelqu’un qui in casibus conscientia bene versatus sil, ut difficultatibus domi et foris occurrentibus satisfacere possit. Reg. pnepositi provincialis, n. 57, Instil., t.n, p. 83. Comme on a en pays protestant des spécialistes de la controverse, ainsi veut-on avoirpartout un casuisle spécialisé capable de trancher les difficultés embarrassantes, devant lesquelles quiconque n'est pas du métier, cût-il d'ail­ leurs la science d'un Bellarmln (voir Le Bachelet, Bellarmln avant son cardinalat, p. 90), se reconnaît Impuissant. Cc souci est tout à fait caractéristique 3· L'enseignement de la morale au dehors. — On sait à quel état dc déchéance cn étalent arrivés le clergé et les ordres religieux à l’époque de la crise protestante. La disparition des écoles épiscopales et abbatiales obligeant les évêques à ordonner des sujets médiocres, souvent illettrés, fatalement grandissait À peu près partout le nombre des prêtres incapables d'administrer les sacrements. Beaucoup, surtout en Allemagne et en Italie, ne connaissaient pas plus la formule dc l’abso­ lution que les cérémonies dc la messe. J. Janssen, L'Allemagne et la Réforme, trad, fr., t. îv, Paris, 1895, p. 102-107,112-11I. 118; I raunsberger,Beal· Pel i Ca­ ni·: ep loin* ' acta Fribourg en-B., t i, 1896, p. 421, 442. 48 , 401,526, 630, etc. P. Tacchi-Venturi, Storia drlla Cou,pania di Gesù in Italia, 1.1, p. 27 sq. Dans le diocèse dc Milan, les préoccupations de ces malheu­ reux étaient si éloignées des devoirs de leur état, qu'on disait par manière dc proverbe : Se vuoi andare ail1 inferno, fatli prête. Giussano, Vita dl San Carlo Borromco, 1. Il, c. i. En France la situation n'étalt guère meilleure. P. Imbart dc la Tour, Les origines de la Réforme, t. n, Paris, 1909, p. 287-305. Tandis que l'enseignement théologique des universités, dès long­ temps miné par le terminisme, achevait de se consumer cn discussions verbales, l’ignorance du clergé alarmait ks plus clairvoyants. « Dc cculx qui viennent aux ordres y trouvons fort petite science et moult elère armée, écrivait cn 1515 l’évêque de Toul, Hugues des Hazards. Car de dix à grand peine en trouve-t-on ung qui sçachc cc qu'il est tenu de sçavolr, ne gram­ maire, ne aultres sciences; par quoy ils n’entendent rien (etiam littéralement) de cc qu'ils lisent : qu'est une grande malédiction. » Dans E. Martin, Histoire de V Université de Pont-à Mousson, Paris-Nancy, 1891, p. 3 sq. L'Espagne semblait mieux partagée. Mais si une renaissance très forte du thomisme permettait à l'élite dc recevoir dans les universités une bonne formation théologique, cc relèvement des hautes étude* n’atteigna t ni les desservants des paroisses rurales, ni la masse imposante des rég diers, et, vu 1072 l'aversion des prêtres Instruits pour le confessionnal, servait peu la couse dc l'indispensable réforme, /deo populus Dei infirmus est, imbecillis, perterrihu ac perditus, quoniam in Israel medicus non invenitur, qui medelam applicare non ignoret. Telle était encore cn 1580 la plainte de B. de Medina, Instruct, confcua. riorum, Prolog. On pouvait craindre qu'une situation aussi univer­ selle n’entraînât avec clic dans le peuple chrétien un abandon complet des sacrements el en particulier du sacrement dc pénitence. C'est pour parer selon leur· moyens Λ ce grave danger, que, dès la création de Icon premiers collèges, les jésuites inscrivirent nu pro­ gramme un cours public dc cas dc conscience. Voici, à titre d'exemple, ce que portait Λ cc sujet le prospec­ tus du collège dc Messine, second cn date des collèges dc la Compagnie (1518). Une autn leçon se fera sur ΓÉthique d*Aristote . Une autre encore sur quelque Sont d· cas e consci nce pour apprendre à bien rece­ voir et admin λ rer le 'acrement de Pénitence, Monum. predag , p. G16. Une lettre de Nadal, titulaire précisé­ ment de cc cours cn même temps que recleur du col­ lège, Monum. hist., Vila S. Ignatii par Polanco, t i, p. 283, renseigne sur les résultats obtenus cn 1551. Monum. hist.. Epistola P. H. Nadal, t. i, p. 120 En ccttc même année un plan d'études rédigé sous les yeux dc saint Ignace pour le collège de Vienne, pré­ voyait l’ouverture d'un cours dc cas (volr la not d L 1073 JÉSUITES. THÉOLOGIE MOKALE. TENDANCES 1074 Snssl dans S. Caroli Bor. Orationes Xll, édit. d'Augs- I philosophie des mœurs une connaissance approfondie bourg, 1758, p. 55), ct qui faisait le plus grand cas du I de la casuistique, cette morale appliquée. On l’avait Directorium con/essariorurn de Polanco (voir Instruit compris dans l’Égllse depuis bien longtemps. Voir plus ad con/essarios, dans Acta Red. Mediat., Lyon, 1G33, haut, col. 1070, ct art. Casuutique, t. fi, col. 1870. t. i, p. 655), fil de la discussion méthodique des cas de Aussi l'originalité des Jésuites n'est-elle pas d'avoir conscience un élément essentiel des conférences ecclé­ Inventé la casuistique; elle eat seulement d’en avoir siastiques Instituées par lui et adoptées h son exemple mieux marqué la place dans le cadre classique des par beaucoup d'évêques. /·’ Conc. proo. de Milan, disciplines théologiques. 1565, p. Il, decr. 29; Instructiones congreg. dterers.. i 3e Qu’on ne s'attende pas, d'ailleurs, à trouver ces Ut. 17-21, Acta Eccl. Mediol., t. i, p 21 et 513. En deux objets de la morale, principes et applications, 1593 les franciscains introduisaient le même exercice aussi parfaitement distincts chez les auteurs d'autre­ dans leur enseignement. IL Holzapfel, Manuale his­ fois que chez ceux d’aujourd’hui. L’habitude de com­ toriae O. F. Μ., Fribourg, 1909, p. 503. Enfin les régu­ menter au cours de théologie scolastique les questions liers qui ne l’avalent pas encore, sc le voyaient imposer dc la Secunda Secunda: consacrées aux vertus morales, peu après par Clement VIII ct Urbain VIII. Voir obligeait à fusionner dans l’enseignement spéculation et casuistique : d’où le caractère mixte d’ouvrages tels art. Conférences ecclésiastiques, t. m, col. 828. que le De censuris de Suarez, ou les traités De justitia Ainsi se préparait, grâce au mouvement Imprimé par les Jésuites aux études casuistiques, celte floraison et /ure de Lesslus, Lugo, ct autres. Peut-être cette cir­ inouïe d'ouvrages de morale ù laquelle devait assister constance n’a-t-elle pas été sans Influer sur l'allure le xvn· siècle. Les protestations mêmes de Saint- générale prise par la théologie des Jésuites, et sur ta préoccupation constante de garder le plus possible Cyran, Petri Aurelii Opera, édit. Paris, 1612, t. n, p. 241-244, et de G. Hcrmanl, Véritez académiques, le contact avec le donné psychologique et moral. III. Méthode de l'enseignement morae — Paris, 1613, p. 253 sq., puis d’/\rnauld ct dc Pascal contre les méfaits des casulstrs Jésuites confirment in­ Dans leur enseignement ct dans les manuels qui en directement la réalité de leur influence. Longtemps sont issus, l'ensemble des casuistes dc la Compagnie après, saint Alphonse dc Liguorl ne craindrait pas dc Jésus ne procèdent pas autrement que leurs devan­ d écrire : · En fait dc morale, Je ne cesserai dc le ré­ ciers, si cc n’est que très vitc.ù l’ordre alphabétique des péter, Ils ont été ct ils sont encore les maîtres. » Lel- Sommes antérieures suivies d’abord par eux, (Voir Monum pædag., p. 99, 869; Monum. hist., Poland tres, Lille, 1888-1898, Correspondance spéciale, t. i,l. 10: complementa, t. π, p. 582 ; — les Aphorismes de Sa en 30 mars 1756. IL Odjet de l'enseionkment moral. — Ie On sont une survivance), ils substituent l’ordre métho­ dique esquissé par le Ratio (Ratio de 1586. Pachller, pourrait être tenté de croire que l’intérêt des Jésulstcs, dans le domaine de la morale, se borne ù la casuis­ t. n, p. 119; Ratio de 1599. Regula pro/essoris ca­ tique. Il n’en est rien. L'enseignement théorique est, suum, n 2, Ibid., t n, p. 321; Instil, t.n,p. 192.CX Pacht­ comme il convient, Λ la base. Dès la philosophie, lcr, t. ni. p. 242-215). ct adopté plus tard, à la suite suivant les programmes d'études les plus anciens, une de Buscnbaum, par saint Alphonse de Liguorl. A cela près, leur méthode n’olTrc rien de nouveau. Analyplace importante est faitehV Éthique d'Aristote.Const., IV, xm, 3, C; xiv, 3; Monum. paedag., p. 616; Ratio ligue, rationnelle, et, qu’on nous passe le mot, stric­ tement obligationniste, elle s'efforce de répondre aux dc 1586, Pachller, t. n, p. 131; Ratio dc 1599. Regulae pro/essoris philosophiae moralis, ibid., t. n, p. 311; exigences dc la casuistique. Ie Dans l’exposé didactique, c’est, sur chaque Inslit., t. π, p. 195. Ratio de 1632. Pachtlcr, t. n, p. 344. D’autre part, cn théologie scolastique, le plan dc la matière, l’application dc règles générales, brièvement Somme, qui, dès l’origine, sert dc guide aux profes­ établies, à un certain nombre dc cas-types, choisis parmi les plus usuels et les plus représentatifs. Metho­ seurs préférablement aux Sentences, amène A traiter ù fond les principes rationnels dc la morale. Ratio de dus Ria el optima visa fuit et /aeillima, ut, in quavis 1586, Pachller, t. if, p. 77-79; Ratio dc 1599. Require materia seu dubio, in primis ex communi doctorum pro/essoris scholastics thcologiæ, n. 7, ibid., I n, p. 302; sententia respondeatur, qua responsio ceu regula, quapiam sit, ex qua deinde, qu dies id fleri potest, — aut Instil, t. n, p. 185; Ordinatio pro studiis superiori us, du P. Piccolomini (1651), η. 8, Instil. t. π, p. 229-230. certe circa eam — casus aliquot particulares resolvantur, ut, secundum illos et responsionem didam, alii similes, Voir a is-1 Pachller, l iv, p. 486, 549. 2° Mais, ù côté dc ccs éludes théoriques, Il y a place, cum inciderint, resolvi possint. Ces lignes de Busendans un système complet de formation sacerdotale, baum, Medulla theol. mor., preL, pourraient être pour un enseignement pratique, qui, utilisant A litre signées de tous scs confrères, car elles ne font que dc principes les conclusions des thèses spéculatives, paraphraser les règles du Ratio relatives au cours de cn fasse l'application aux diverses éventualités de la théologie morale : Ratio de 1586, Pachller, l. n, p. 122; vie réelle, cl mette ainsi le futur prêtre cn état de Ratio do 1599, Regube pro/essoris casuum., n. 4, t. n, résoudre par raisonnement ou par analogie les pro­ p. 321; Instil., t. n, p. 192. Cf. Maldonat, dans Mo­ blèmes concrets du for sacramentel. A vrai dire, nulle num. pædag., p. 870. conscience préoccupée de reconnaître son devoir dans Dans les recueils de cas, où la doctrine sc présente ccl enchevêtrement de circonstances qu’est la trame sous forme dc solutions de problèmes, le rôle de l'ana­ d’une vic morale, ne saurait sc dérober A l'exercice lyse est plus important encore. LA il ne s'agit plus spontané ou savant de la casuistique. Voir H. Thamin, d’énoncer des règles générales ct dc statuer sur des Un problème moral dans l'antiquité, Élude sur la casuis­ cas-types à peine circonstanciés, mais d’apprécier tique stoïcienne, Paris, 1881; Brunelière, Une apologie comme cn une sorte de confession fictive des cas Indivi­ de la casuistique, dans Revue des deux mondes, 1" Jan- I duels, pris pour ainsi dire sur le vif, tels que pourrait les vier 1885, p. 200; A. Molinler, Les Provinciales de présenter un pénitent cn chair ct en os. On devine quel minutieux examen requiert une opération aussi déli­ Biaise Pascal, Paris, 1891, t. i, p Lvn; A. de la Barre, cate, où l’oubli de la moindre circonstance suffirait ù La morale, Paris, 1911, p. 111-120. — Mais combien cela est plus vrai dc qui prétend diriger les autres! I fausser toute la solution; et l’on comprend, par suite, Comme le médecin doit joindre A l'étude des sciences I que In nécessité dc préparer ou d’aider le confesseur à medicales une formation thérapeutique, cl comme le I de telles dissections morales impose A In casuistique magistrat doit connaître la Jurisprudence avec la legis- I une subtilité cn rapport avec les mouvantes combinai­ lation, pareillement faut-il qu’un confesseur ajoute ù la I sons de l'activité humaine 1075 JÉSUITES. THÉOLOGIE 2· Usant ù cc point de l’analyse, In méthode des casulstes Jésuites est par le fait, comme celle des moralistes de tous les temps, plus rationnelle que pro­ prement tlwologlquc. Les Jansénistes et leurs amis le lui ont assez rcpioché. La morale chrétienne, selon eux, ne devait emprunter scs règles que de rÊcriture sainte, des maximes des Pères et des canons de l’Église, Il n’y avait, hors dc là, que « philosophismc ». Arnauld, De la fréquente communion. Préf, Œuvres, t. xxvn, р. 99; Concino, Apparatus ad lheol., 1. I, diss. II, с. n, n. 7-8; c. m, n. 4-6; c. v. — Avec autant dc res­ pect pour I’Écriture et la tradition (Zaccaria, Diss. pro1eg.,port. II),les Jésuites sentent mieux,d’une part, l’impossibilité de trouser là tous les éléments d’une monde adaptée à la complexité du réel, et, de l’autre, la légitimité du raisonnement dans l'exposé des règles des mœurs et la solution des cas dc conscience. · La raison en est, dirons-nous avec J. Hogan, que presque tous les devoirs de l’homme sont des devoirs naturels. Ils se rattachent, il est vrai, à un ordre plus élevé pour le chrétien, mais ils n’en conservent pas moins tous leurs traits originaux et caractéristiques. Cette doc­ trine, exposée en différents endroits par saint Thomas Quodl. IV, a. 13; Sum. theol., I» II®, q. evin, a. 1, est admirablement développée par Suarez, De legibus, 1. X, c. n, n. 20. Celui-ci remarque Judicieu­ sement que même les devoirs particuliers du chrétien découlent naturellement des faits dc l'ordre surna­ turel, tels qu'ils sc sont produits et ont été manifestés à l’humanité. Au delà de ces étroites limites, tout cc que défend l'Évangilc est également défendu par la loi naturelle, et tout ce qu’il prescrit dérive delà nature morale dc l’homme. Par conséquent, le devoir moral, dans toutes ses parties, relève du jugement humain et lui est soumis, non comme à un arbitre suprême.·., mais comme au moyen propre, voulu par Dieu, d’atteindre la vérité morale. » Les éludes du clergé, trad. Boudinhon, Paris, 2· édit., p. 262. Cf Cano, De locis theol,, 1. VIII, c. vn, concl. 2. 3° Enfin, toute orientée vers le confessionnal, la casuistique se tient systématiquement sur le terrain des obligations auxquelles s'étend le for sacramentel : à ce troisième article dc la méthode les auteurs dc la Compagnie dc Jésus restent aussi d'ordinalrc scrupu­ leusement fidèles. Aux ascètes et aux mystiques les traités dc perfection chrétienne, dont la production ne chôme guère dans la Compagnie. Eux, casulstes écrivant pour les confesseurs, sc bornent ù tracer les limites du devoir, à circonscrire la zone du péché. Que cela suffise à fournir une règle adéquate de vie morale, Ils sont bien loin de l’imaginer. Ils savent qu’en sa qualité de médecin et de guide le prêtre ne doit pas laisser les âmes s’installer délibérément sur cette frontière du permis et du défendu; mais ils savent aussi que, comme juge, rien ne le dispense de connaître le sens exact des lois de Dieu, rien ne l’autorise à en majorer ia portée. Voilà dans quelle pensée ils croient tout à la fols se rendre utiles aux ûmes et servir la science des mœurs en distinguant avec soin le domaine des préceptes de celui des con­ seils. Voir J. I logon, ibid., p. 289; L. Bail, dans Zac­ caria, Diss, proleg., part. 111, c. i. Telle a été, durant les deux premiers siècles, la méthode constante des moralistes jésuites. Nous avons cité de préférence Hermann Buscnbaum, parce que sa Medulla theologia? moralis, rééditée environ 200 (ois avant de servir de base à l’œuvre de saint Alphonse, peut être regardée comme le manuel type. Mais avant lui Sanchez, Fdhucci, Laymann...; après lui, — et d’ailleurs d’après lui, — Lacroix, Mazzotta, Reuter... s'inspirent exactement des mêmes conceptions. Tout leur effort, redisons-lc, va, dans le sens où déjà Γοη travaillait avant eux, à organiser la casuistique en MORALE. TENDANCES 107G une discipline scientifique nettement différenciée et bien homogène, distincte A la fois de la théologie sco. lactique et de la théologie ascétique ayant pour objet spécifique l'étude des devons du chrétien; bref, à fondre ensemble le contenu pratique de la Somme de saint Thomas et des Sommes de cas de conscience, pour constituer cc que nous appelons aujourd’hui, ce que dès 1591 Henriquez appelait la théologie morale. Cc long effort devait être couionné dans la personne de saint Alphonse de Liguori, qui, sur la question dc méthode, ne diffère en rien dc Buscnbaum et de Lacroix. Après le rétablissement do la Compagnie, 1814, l'activité dc ses moralistes continua dc s’exercer dans la meme direction. Le compendium de Gury, 1850, où tant dc prêtres se sont préparés à entendre les confessions n'est en somme qu’un résumé dc saint Alphonse dans le cadre dc Buscnbaum, véritable < Medulla Alphonslana. » Plus étendu, plus soucieux de remonter aux sources, plus personnel aussi et par conséquent plus contestable, VQpus theologicum morale d'Antoine Balicrini, publié en 1889-1893 par Palmieri, ne veut être autre chose, au point de vue méthode, qu’un large commentaire de Buscnbaum, en parfaite harmonie avec celui dc Lacroix. Même formule géné­ rale chez Bucccroni, Génicot, Noldin. Mais, parallèlement à cc grand courant casuistique, une autre tendance s'est fait Jour depuis quelques années. Dès le milieu du xix® siècle, sous l’influence peut-être du renouveau thomiste qui caractérise cette époque, divers auteurs avalent cherché, en Allemagne surtout, à donner à la théologie morale une formule plus largement organique, en réintégrant dans son cadre les éléments théoriques et ascétiques que le travail des siècles précédents en avait dissociés. La Theologia moralis de Lchmkuhl, parue en 1883 et souvent rééditée depuis lors, répond à cette pensée. La méthode n'y est certes pas moins rationnelle que dans les ouvrages dont nous venons dc parler; au contraire, une plus grande rigueur a été introduite dans le raisonnement, une suite plus logique observée dans le plan, où l’ordre positif du Décalogue, tradition­ nel depuis le xve siècle, a fait place à l’ordre aristoté­ licien des vertus, plus satisfaisant pour l’esprit. Mais on y icconnatt d'autre part la préoccupation très sen­ sible dc préparer le prêtre à sa mission dc docteur et de directeur autant qu'à son rôle dc confesseur, et le souci d’envisager les questions dans une perspective élargie, plus adéquate à la vie chrétienne totale. Le P. Lchmkuhl a exposé scs idées sur lu théologie morale dans The catholic Encyclopedia, New-York, t. xïv, 1912, p. 601. Actuellement cette tendance, qui est celle dc la Nouvelle revue théologique, organe des R. P. Jésuites dc Louvain, ne se trouve nulle part mieux représentée que dans le traité de morale, en cours de publication, du B. P. A. Vcrmeersch, professeur à ΓUniversité grégorienne depuis 1919, après avoir enseigné longtemps au scolasticat dc Louvain. Le titre dc cet ouvrage, Theologies morulis principia, responsa, consilia, est à lui seul un programme. IV. EsPiUT DE LA DOCTRINE MOHALR.— 1° McntaUU des moralistes jésuites. — Dans son livre De V existence et de l’instilul des jésuites, 1844, c. ni, le P. dc Ravi· gnnu définit 1'esprit doctrinal dc la Compagnie dc Jésus par · la tendance à garder les droits de la liberté humaine et dc la raison. » Cette vue générale, déve­ loppée par le V. Matignon dans une série d'artlcks (v Ir la bibliographie), est certainement très exacte, mai. vile demande à être complétée. On pourrait songer d’autic part au tenue d'« anthropocentrisme » dans lequel l’abbé H. Bremond incline à résumer l’attitude des jésuites en spiritualité, cette haute I morale, Histoire littéraire du sentiment religieux, t. ni, 1077 JÉSUITES. THÉOLOGIE p. 31, 113-117, 131, 136-138.,,; Revue d'ascétisme el de mystique, 1922, p. 420 sq. Pour discutable que Oit le mot, l’idée qu’il porte n’est certes pas A écarter tout net; mais il n’y aurait là encore, relativement du moins aux moralistes, qu’une face dc la réalité en ce sens que les jésuites, comme tous les théologiens sco­ lastiques d’attache aristotélicienne sont en morale foncièrement cudéinonistcs. — Renonçant pour notre compte à la séduction des synthèses simplificatrices, nous nous contenterons dc caractériser les moralistes Jésuites en esquissant Ici les lignes maîtresses dc leur mentalité professionnelle, avant d’indiquer, dans la section suivante, leurs thèses les plus représentatives. Si c’cst au jeu que sc trahissent les caractères, c’est plus encore dans la polémique que s’accusent les tem­ péraments Intellectuels, Quelle est donc l'attitude des jésuites dans les controverses doctrinales qui rem­ plissent les deux premiers siècles dc leur histoire? 1. Tout d’abord, en réaction contre la tendance protestante à réduire la vie chrétienne à une pure religion dc l'esprit, ils manifestent un sacramentalisme résolu. On a pu sc convaincre déjà dc leur zèle à propager la confession. Voir col. 1069. Leurs efforts en faveur de la communion fréquente sont bien connus également. Voir art. Communion, t. ni, col. 532. Ils montrent par là à quel point ils comptent sur la grâce sacramentelle comme levier moral, et quelle dispro­ portion ils mettent, dans la vertu du sacrement, entre l'efficacité ex opere operato et l'influence» qui doit être cependant sauvegardée, des dispositions du sujet : très loin en cela du pur moralisme stoïcien que leur ont reproché des critiques superficiels, lis pourront être combattus sur ce point au nom des principes tout opposés de Saint-Cyran et d*Arnauld; Ils n'en main­ tiendront que plus fermement leur point dc vue, per­ sistant à considérer avec le concile dc Trente, dans l’absolution du prêtre un miséricordieux appoint à rinsufïisancc intrinsèque de l'attrition, DenzingcrBannwart, n. 898 et 915, et dans l’Eucharistic, non pas une récompense accordée à la vertu, mais Vanti dotum quo liberemur a culpis quotidianis. Ibid, η. 875. 2. Absolument contraires, en second Heu, au sévère pessimisme que scs partisans cherchent à recom­ mander dc saint Augustin, et au déterminisme mys­ tique qui en découle, ils résolvent par un franc opti­ misme, ainsi que l'a exposé l'article précédent, le double problème des conséquences dc la chute origi­ nelle et des secours offerts en vue du salut. Avec saint Thomas ils refusent d'admettre que l’homme ait été atteint in suis naturalibus par le péché d’Adam Ils ne croient donc pas que notre nature historique, privée seulement des dons gratuits, soit proprement mauvaise en soi, et ils soutiennent tout spécialement, avec Molina, qu'elle a conservé, non pas, en vérité, intègre, mais pourtant complète, la liberté sans laquelle leur paraîtrait vain le mot de responsabilité. Corré­ lativement, concevant, de la part dc Dieu, la création de l’homme, non pas comme la volonté dc glorifier en tel ou tel la divine Miséricorde et en tel autre la sou­ veraine Justice vindicative, mais comme la manifesta­ tion en chacun d’une profusion d'amour, ils tiennent essentiellement Λ maintenir au-dessus dc toute atté­ nuation l’universelle Providence salviflque et le don offert à tous les hommes, en chaque acte moral, d’une grâce vraiment suflisantc pour faire le bien. 3. C’cst par l'effet de cc sain optimisme, et à l'imi­ tation, du reste, du Bon Pasteur de ΓÉvangile, qu’ils inclinent plutôt à la mansuétude qu’à la sévérité. Le joug du Seigneur n'est-ll pas doux? El. si la voie est étroite qui conduit au salut, le meilleur moyen d’y ramener le pécheur n’est-il pas encore de l’envelopper dc bonté? De là vient qu’à l'encontre du rigorisme janséniste, Ha professent un souverain respect des MORALE TENDANCES 1078 consciences, s'interdisant scrupuleusement d'imposer aux âmes la moindre obligation incertaine. Elit erramus mod iram poenitentiam imponentes, nonne melius est propter misericordiam rationem reddere quam propter crudelitatem t lisait-nn dans Gratien, Deerei., p. II, cans. XXVI. q. vn, c. 12 : Alligant. Saint Raymond dc Pcftafort avait dit à ion tour : Non sis nimis pronus judicare mortalia peccata, abi tibi non constat. Summa, 1. Ill, tit. xxxiv, f Quid de venialibus. Et Gerson : Ne sint ( theologi], /ac iles asserere actiones aliquas aut omissiones esse peccata mortalia, .. ( cum) per tales assertiones publicas nimis duras... nequaquam eruantur homines a luto peccatorum, sed in illud pro­ fundius, quia desperatius, immergantur. De Dita spir^ led. IV, cor. 11. De son côté saint Antonin répétait : Sf vero non potest [ confessorius] clare percipere utrum sit mortale,... potius videtur absolvendum. Summa, p. II. tit. iv, c. 5, f 8. C'est donc en harmonie avec la tradition des grands moralistes leurs prédécesseurs, que les jésuites entrent eux-mêmes dans l’esprit de cette règle du Ratio studiorum : Ita suas confirmet opininnes | professor casuum conscientise], ut, si qua alia fuerit probabilis et bonis auctoribus munita, eam diam probabilem esse significet. Ratio de 1599. Pachth r, t. n, p. 324. Cf. Ratio de 1586, ibid., p. 12X Du reste, souvent très durs pour eux-mêmes, ils savent, en chaire et dans leurs entretiens ou leurs livres spirituels, parler le langage ferme ou sévère qui sied au directeur ou au prédicateur, le langage d'un Lallemant, d'un Bourdalouc. Mais rentré» dans leur confessionnal ou penchés de nouveau sur leurs traités de casuistique.on les retrouve tous.à bien peu d’excep­ tions près, imbus du même esprit Autant Ils ont d’exigences pour les âmes déjà avancée .autant ils prennent garde dc rebut r les pécheurs en leur demandant trop. Si nous avions les cahiers rédige * par Lallemant et Bourdaloue du temps que l’un et l'autre enseignaient les cas de conscience, mil doute qu’ils nous découvri­ raient ( n doublure de ces austères ascètes des casulstes aussi soucieux que tout autre de ne majorer aucune obligation. 4. Enfin, en opposition avec le fixisme des réforma­ teurs archaïsants. Us revendiquent pour la morale le droit à un certain progressisme. Très caractéristique avait été chez saint Ignace le souci dc s'adapter, en tous les domaines où c’était possible, aux conditions faites par les circonstances. En matière d’enseigne­ ment thcologique, par exemple, après avoir recom mandé de suivre saint Thomas, ce qui marquait déjà un progrès, comme par crainte de faire dater son œuvre, le saint avait expressément réservé l’adoption éventuelle de quelque manuel répondant mieux aux besoins de l’avenir. Consi., IV, xïv, 1, B. Cf. col 1014. Un mot de Lai nez. cueilli au hasard des Actes du concile de Trente, et relatif à la discussion sur la ré­ forme disciplinaire, 10 juillet 1562, trahit le môme sens de l’adaptation en un sujet qui touche de près à la morale. Il en est des réformes comme des remèdes : elles do vent, po ir servir répandre aux besoins < *n sujet. C'est la pensée de saint Bernard lorsqu'il dit da s 'e De Dispensatione, qu'à côté des devoirs absolus il g m a de relatifs comport : Sexaginla quinque pro­ positiones nuper a SS. D. N. Innocenlio XI proscriptae, a Societatis Jesu theologis diu ante... consensu commu­ nissimo rejectae, l.ouval », 1689 Deux textes de saint Alphonse ont Ici leur place. Le premier est emprunté à un·· lettre du 30 mars 175 ’·, déjà mentionnée : < Les opinions des Jésuites, écrivait le saint, ne sont ni larges ni rigides, mais dans le Juste milieu. Et si je soutiens quelque opinion rigide contre tel ou tel écrivain jésuite, Je le fais presque toujours en m'appuyant sur l’auto­ rité d’autres écrivains de celte Compagnie. » Lettres. Lille, 1888-1898, Correspondance spéciale, 1.1,1. 10. Le second est une liste de moralistes classiques, donnée par le saint docteur dans la 4· édition de sa Théologie morale, 1760, L 1, n. 87 : on y voit figurer Mohna, Suarez, Valentia, Vnsquez, Lcssius, de Conlnck, Lugo, Cardenas, Sa, To(et, Azor, Sanchez, Layman, Castropalao, en tout 14 jésuites sur 26 auteurs postérieurs au con> lie de Trente. Pour solidniisvr l’ordre entier avec scs casuistes les plus Imprudents, le polémistes ancle s (amie il volo itirs valoir l’unité de doctrine prescrite par l’institut de la Compagnie ct assurée par la révision Obligatoire de toutes les publications de ses membres. Déjà utilisé par Pascal (cinquième ct neuvième Pro ihei les, <1 livres t tv, p. 299; t. v, p. 195, qui l'a trousé Pachtler, t. n, p. 2S3; Inslit., t. π, ρ. 181, etc. — Mai· celle prescription, dans la pensée du législateur, ne vise qu’à assurer l’orthodoxie Panégyrique de saint Ignace, 1868. A propos de cette influence sanctifiante de la spiri­ tualité Ignatienne, il faut au moins mentionner les missions paroissiales dont le plan a été le plus sou­ vent Inspiré par les Exercices, les innombrables recueils de méditations qui ne sont que le dévelop­ pement du cadre tracé par saint Ignace, enfin les maisons affectées aux retraites fermées qui s'ouvrent actuellement de toutes parts en si grand nombre, font un bien considérable el sont encouragées chaleureu­ sement par les souverains pontifes. 4°Une influence encore fort remarquable de la spiri­ tualité de saint Ignace, c’est celle qu clic a exercée sur les formes de la oie religieuse. Avant le xvi· siècle, la récitation conventuelle de l’office divin était regardée comme une partie essen­ tielle de toutes les constitutions régulières. On ne concevait pas la vie religieuse sans celle participation commune cl prolongée à toutes les prières liturgiques. Plusieurs meme, pendant un certain temps, s'obstinè­ rent ù ne pas considérer comme véritables religieux ceux qui vivaient sous une règle où ccttc obligation n'était pas Inscrite. Après la mort de saint Ignace ses premiers disciples durent soutenir une longue lutte pour maintenir dans sa Compagnie celle suppres­ sion du chœur. A la réflexion cependant, on n'eut pas de peine à comprendre que l'office conventuel n'appartient pas à l'essence de la vie religieuse, et que, si respectable qu'il fût à tous égards, il n'en Interdisait pas moins aux ordres qui s'y trouvaient astreints des œuvres fort Importantes dont le besoin se faisait réellement de plus en plus sentir. Du moment, au contraire, où l'orahon mentale quotidienne, l’examen de conscience une ou deux fols chaque jour et lu retraite annuelle passèrent en usage, on dut sc dire qu’il y avait là, pour la vie religieuse, non pas une mesure de prière suffi­ sante, car, selon la recommandation de Notrc-Seigneur, In prière doit être continuelle, maïs un moyen suffisant pour y entretenir et y renouveler l’esprit de prière. Dès lors la nécessité du chœur apparut moins rigoureuse, et l’on ne larda pas ù voir apparaître toute une floraison d’instituts qui, organisés sur un plan nouveau, sc consacrèrent plus librement à l’apos­ tolat de l’éducation, de In prédication et de la chai lté. C'est ainsi qu’un renouvellement dans les pratiques de la vie chrétienne facilita certainement et détermina peut-être une transformation dans l'organisation et même dans la conception de la vie religieuse. VL Accusations portées contre la spiritualité ionattenne. — Une rplrlfuolité qui sortait ainsi des voies battues, qui rompait avec des habitudes plu­ sieurs fols séculaires et qui exerçait une Influence réelle dans l’Église, ne pouvait manquer de susciter des contrudo lions et même des accusations. Ivies se produisirent, en effet, elles vinrent parfois du côté le moins attendu et elles prirent ù certains moments un caractère de violence inouïe. livre des Exercices n’était pas encore imprimé que déjà II était dénoncé à l'inquisition et déféré un Jugement de* universités en Espagne et en Fhmee. ACCUSATIONS M(K, Les copies en étalent saisies et sou nlsct â l’cxam n le plus rigoureux. On croyait y découvrir des klfa subversives et même des hérésies. En vain ceux qui avaient fait loyalement l'essai cfa Exercices élalcnt-ils unanimes Λ proclamer qu’ils y avaient trouvé d'incomparables lumières, avec de énergies Inespérées pour le bien; en vain les divers tribunaux ecclésiastiques appelés à se prononcer déclaraient-ils qu’ils ne voyaient dans cc livre aucune syllabe ù reprendre, la tempête ne s'apaisa que lors­ qu’on 1548 Paul 111, après un long el mûr examen, l’approuva et le recommanda solennellement. Sans nous attardée aux attaques dirigées par les jansénistes contre la spiritualité de la Compagnie, rapp. Ions seulement les accusations qu’on n pu lire ou entendre de nos Jours, en dépit des approbationi que ne cessent de renouveler les souverains pontifes. A cet I c spiritualité on a reproché d’etre formaliste,d être antillturglste, d'être Individualiste et d’être novatrice. 1° Au reproche de formalisme nous avons déjà amplement répondu, en disant de quel esprit de largeur s'inspire toute cette spiritualité, assez souple pour s'adapter à tous les attraits, à toutes les forces, à toutes les circonstances, et assez condescendante pour n’imposer Jamais que ce qu'on peut allègrement porter. 2° Quand on a accusé la spiritualité de suint Ignace d’être antiliturgiste, Je crois qu'il y a eu surtout confusion. Cc fut une conception hardie que celle d'organiser la vie religieuse sans y Introduire l’office conventuel. SI saint Ignace réalisa ce plan ce n’est pas faute d'estime pour la liturgie. 11 avait au contraire un goût très prononcé pour les cérémonies de l’Église, et il lui en coûta pour en faire le sacrifice. Deux ans avant sa mort, le lundi saint de l’année 1554, il disait au P. Bibadcnclra : · Si J’écoulais mon goût personnel et si Je suivais mon Inclination, j'établirais le chœur et le chant dans la Compagnie; mais ne je ne le ferai pas, car Je sens que cc n'est pas la volonté de Dieu cl que telle n’est pas la vocation de notre Institut. » Monu­ menta hist. S. J., Mon, Ignatiana, Ser. /r, Scripta de S. Ignalto, 1.1,p. 348.Il sc rendait compte, en elïct, que le genre de vie qu'il Imposait ù son ordre ne pouvait s'accorder avec la régularité des offices liturgiques. Une grande partie de scs religieux devaient être employés à l'œuvre de l'éducation. Comment concilier les fonctions absorbantes de renseignement cl delà surveillance avec l'assistance régulière au chœur ? Ceux qui seraient appliqués aux œuvres do l’apostolat, soit dans les pays catholiques, soit parmi les hérétiques ou les infidèles, n'allulent pas d'ordinaire sc trouver réunis assez nombreux pour suffire aux exigences de lu liturgie. Manifestement 11 lui fallait sacrifier toutes ces œuvres, ou renoncer à organiser dans les maisons de son ordre la vie liturgique avec sa régularité et son ampleur. C'est ù cc dernier parti qu’il s'arrêta. Il dut se dire, comme Jadis saint Thomas d’Aquin, que s'il est bon de chanter les louanges de Dieu, il est meilleur de gagner des Aines à Dieu par l’enseignement et la prédication : Mellor modus est prooocandi homines ad dci^dionem per doctrinam et praedicationem quam per cantus, et que ceux qui sont employés aux minis­ tères apostoliques ne doivent pas s’adonner nu chant pour ne pas êtie détournés par lû de fonctions plus Importantes : \’on de bent cantibus insistere ne per hoe a majoribus retrahantur. Sum. thcot., Π·-ΙΙ®, q. χα, η 2. Il dut surtout s'inspirer des exemples de NotreSeigneur cl de scs recommandations Λ scs apôtres. Quoi qu i! en soit, l'É dre l’approuva el renouvela à plusieur tepri os son approbation. Voici en quels termes Giég.ihc XIII reiîousviait, le 28 février 1573. l’approhntion déjà .-.udre par Paul III, le 27 septembre 1510 \ · car * ub-ran '<·* lleltgionern pnrdl ~!un ah^rrt· I mos jnutus, ad Del tandem et sancite pdei catholic* 1105 JÉSUITES. THÉOLOGIE MYSTIQUE 1106 Malt alors on ne volt pas comment saint Ignace «pro­ propagationem per universum orbem, dedisse, meritoque fond* ment individual! -te quand 11 arrive à M mrèse, l'y in suis piie institutis con/ovendam esse; motu proprio devient davantage encore, · car, pendant son séjour à et ex certa Nostra scientia, sociis pro didis, ut horas canonicas, singuli et prfoalim, juxta usum romance Mnnrèse, Il assiste régulièrement aux offices qui se Ecclesia·, non autem communiter seu in choro, recitare célêbt ent, et jusqu’à In lin de sa vie 11 garde le goût des cérémonies liturgiques. Quand aux prières qui se font teneantur... auctoritate apostoltca de novo concedimus. Mais si saint Ignace, ne crut pas devoir adopter dans la Compagnie, on pourrait d'abord faire observer pour son ordre les exercices liturgiques solennels. Il tint que tous les jours les prêtres célèbrent la sainte messe ù Inspirer el u entretenir, autant qu'il dépendait de lui, et récitent l’office divin, qui sont bien de> prières l’estime et le respect de la liturgie. Quand il traça dans publiques, faites au nom de l’Église universelle; pour les Exercices des règles pour sauvegarder et développer d’autres prières, pour l'oraison mentale notamment, l'esprit catholique, il eut soin d’en consacrer une. In troi­ que chaque jésuite fait, à une heure réglementaire, en sième, à la liturgie, recommandant de« louer l’assistance son particulier, cet u«age n'est que la mise en piafréquente à la messe, ainsi que les chants, les psaumes, les tlque du conseil de Notre-Selgneur : Cum oraveris, in* longues prières dans l'église et ailleurs; de même encore Ira in cubiculum tuum, et, clauso ostio, ora Pat'cm la détermination de certains temps pour les offices di­ tuum in abscondito Matth., vi, 6. S’il faut voir là de vins, les prières et les heures canoniales. » C'est de cet l'individualisme, c'est de l’individualisme évangélique. esprit que sc sont inspirés les disciples de saint Ignace. 4° Enfin on a fait un grief à la spiritualité de saint Pour mettre la méditation en relation avec la liturgie, le Ignace d’être novatrice, de sortir des voles de la principal confident du saint, le P. Nadal, compose un tradition, et d'introduire dans le courant de la piété recueil de sujets d'oraison, disposés d’après le cycle chrétienne des exercices que les générations précé­ de l'année ecclésiastique, qu'il intitule : Annotationes dentes n’avaient pas connus. et meditationes in Euangelia, Dans les notes spirituelles Nous avons montré qu’en effet cette spiritualité laissées par le même P. Nadal, on lit : « Il faut avait exercé une réelle in fluence tant sur les pratiques s’associer aux dévotions de l’Église dans ses offices. I de la piété chrétienne que sur les formes de la vie reli­ Car l’Esprit sc fait sentir davantage quand toute gieuse. .Mais, 11 faut distinguer entre Innovations l’Église s’abandonne à cet Esprit. » Monum. hist. S. J., téméraires et subversives et lnno\allons salutaires et bienfaisantes. Quand des transformations répondent à EplstoL P. Nxdal, t. iv, p. 691. A la même époque, saint François de Borgia composait également un re­ à une aspiration générale ou à un besoin universel, cueil de méditations, en tête duquel il écrivait : « Les quand surtout elles ont l’approbation formelle de sujets d'oraison ne sont pas laissés au choix de chacun. l’Église qui les appuie de son autorité ou les Le plus sûr est de prendre les sujets que l’Église ro­ favorise de ses encouragements, il est difficile de ne maine, épouse de Jésus-Christ, a choisis elle-même, en ; pas les attribuer à quelque inspiration de l’Esprit nous proposant des évangiles les dimanches et les jours Saint. Car c’est lui qui anime et dirige constamment de fêtes... Aussi ne trouvera-t-on pas ici d’autres médi­ l’Église, c'est à lui qu’elle doit ce sens merveilleux de tations que celles-là. » Après le P. Nadal el S. François de l’opportunité dont elle fait preuve chaque Jourdans Borgia, on ne compte plus les recueils de méditât ions le gouvernement des âmes. Et alors c’est mal raisonner composés par les Jésuites. Λ très peu d’exceptions que de dédaigner des pratiques ainsi Introduites dans près, tous ont proposé comme sujets d'oraison, les les usages du peuple chrétien ou dans les habitudes de mystères de la vie et de Ια passion de Notre-Seigncur. la vie religieuse, sous prétexte qu'elles ont été plus Plusieurs ont suivi l'ordre chronologique, mais un ou moins inconnues cl inusitées pendant des siècles. grand nombre ont tenu à suivre l'ordre liturgique. La plupart de nos dévoilons les plus légitimes et aujourd’hui les plus chères aux âmes chrétiennes, dans Parmi ceux qui ont été le plus souvent utilisés, je cite seulement Basée (1567-1611), dont VEnchiridion. tra­ le cloître cl dans le monde, ne tiendraient pas devant duit par M. Portail, sur l’ordre de saint Vincent de Paul, cc raisonnement, s’il était tant soit peu fondé. Ainsi devint el reste encore le manuel ordinaire des Prê­ d’ailleurs Γα-t-on généralement compris, et l’Église tres de In Mission, ilayncuvc (1588-1663), Avancin n’avait pas encoie imposé Λ tous les religieux, comme (1612-1686), Médaillé (1638-1709) el plus près de nous elle vient de le taire dans son Codex, l’oraison mentale Chaignon (1791-1883). Plus encore que ces recueils de quotidienne et ia retraite annuelle, que déjà le P. De­ de méditations il faut rappeler Γ Année chrétienne du ni He O P. pouvait écrire, en parlant spécialement de la P. Croise!, publiée pour lu première fols en neuf vo­ retraite : « C’est ainsi que les anciens jésuites ont été lumes (1712 1720), sous cc litre : « Exercices de piété formés, et c'est ainsi que le sont les Jésuites modernes. pour tous tes jours de Cannée, contenant l’explication Tous les autres ordres leur ont pris celte méthode, du Mystère, ou la Vie du saint de chaque Jour, avec sans pour cela changer un iota à leurs anciens statuts. » des réflexions sur l'épître et une méditation sur Luther et le luthéranisme, trad, franç., t. i, p. 308. l’Évangile de la messe, el quelques pratiques de piété VIL La mystiquk dans la spiiutuauté ionapropre, à toutes sortes de personnes. » L'ouvrage fut ni nnr. — Pour saint Ignace, comme pour tous les Imnu tintement traduit dans les principales langues maîtres de la vie spirituelle, la contemplation mysti­ de l’Europe, cl. après un siècle et demi qunnd il cédit que occupe le premier rang entre les grâces d'otalson. H en avait lui-même sullhamment l’expérience, et H In pince Λ 1’Année liturgigue de D. Guéranger, Il avait avait ru l'occasion de l’admirer assex souvent dans atteint plus de soixante éditions. C'était une assex plusieurs de ceux qui l’entoura lent, pour l’apprécier à belle contribution à la cause de In liturgie. iâ haute valeur et pour la souhaiter à ses disciples. 3® De tous les reproches adressés Λ In spiritualité M ils, nu Heu de proposer cette vont'mol t ion, comme de saint Ignace, le plus invraisemblable est bien celui d'être individualiste. N’a-t-on pas écrit, que « le i un but à poursuivre. Il n’y fait que de rares allusions. On pourrait pt tique «lire qu'il y pense toujours mais futur fondateur de lu Compagnie de Jésus, profon dément Individualiste quand il arrive Λ .Mnnrèse, l'y I qu’il n’en parle Jamais. En réalité, il prépare cons­ devient davantage encore;... qu’il s'efforcera avant I tamment les âmrs, plus ou moins à leur insu, à tout de donner aux âmes qu’il emploie une forma- I recevoir les visites «te Dieu, «i elles en sont favorisée* Sage réserve qui prévient bien d s illusions. tion énergiquement IndivIcWhlbte. » Dans son célèbre commentaire des Exercices, parlant Comme il s'agit du fondateur d’ordre qui aorgU’ des formes supérieures de la prière, le P. Gagliardi nlsé la vio religieuse de la façon la plu* social»', le reproche ne peut viser que les formes de lu prière | (f 1607) écrivait : « Que celui qui s'adonne à l'oraison 1107 JÉSUITES — JÉSUS-CIIB 1ST sache bien que personne nu monde ne saurait donner l une règle pour assurer la réception de ces grâces sublimes, car elles ne dépendent que de Dieu et elles sont conférées directement par Dieu. Le plus sûr est de s’en remettre ft Dieu avec une paix complète et une soumission entière, en se regardant comme très Indigne de ces faveurs célestes, en ne recherchant et en ne demandant que la conformité à sa sainte volonté. » On ne pouvait mieux exprimer les senti­ ments du maître sur cc sujet délicat. Mais, si on ne peut tracer des règles Infaillibles pour se procurer ces grâces mystiques, que Dieu se réserve d’accorder Λ qui il veut, quand il veut, dans la mesure qu’il veut, on peut donner des règles pour aider les âmes ft se disposer de plus en plus aux com­ munications divines, et c’est précisément ce que font les Exercices spirituels. C’est par ce moyen des Exercices que saint Ignace l’était disposé lui-même, quand Dieu daigna l’élever jusqu’aux sommets de la contemplation. La remarque est du P. Nadal Après cette expérience, il ne voulut d’autre méthode ni pour lui ni pour les autres, dit encore IeP.NadnI,car il savait que les Exercices suffisent pour conduire Λ l’oraison la plus parfaite et, si l’on veut, la plus sublime : Ilis Exercitiis quoad vixit, ab initio su/c conversionis usus est pro se et pro aliis... Neque aliam methodum voluit unquam orationis dare vel permittere... (Hinc) enim sciebat principia accipi et vim un­ de ad omnem orationis perfectionem et, si velis, subli­ mitatem evadere possimus. Monum. hist. S. J., Episfolie P. Nadal, t. iv, p. 666, 669. En réalité, rien ne manque aux Exercices pour met­ tre les âmes dans la disposition prochaine aux grâces mystiques. La purification active, dont parle longue­ ment saint Jean de la Croix, ne saurait être plus com­ plète que dans l’observation de cette consigne du Règne : Agere contra suam propriam sensualitatem el contra suum amorem carnalem el mundanum, ou dans ia pratique du troisième degré d*humilité; toutes les Indications sont données, dans les Règles du discer­ nement des esprits, pour faire reconnaître et pour faire traverser fructueusement les purifications passives; ia prière est réglée de façon ft devenir de plus en plus affective et à sc simplifier de plus en plus, grâce â ces répétitions et ft cette application des sens qui revien­ nent chaque jour; si l’on ajoute la recommandation de s’arrêter pour goûter et savourer ft loisir les commu­ nications divines dès qu’on aperçoit quelque lumière ou qu’on ressent quelque consolation; si l’on remarque enfin que les sujets proposés pour la méditation sont toujours présentés d’une façon concrète, sous une forme en quelque sorte visible et tangible qui attire et retient l’attention, on reconnaîtra que rien n'est omis de ce qui peut préparer l'âme ft la contemplation. L'cfTort de l’homme ne peut aller plus loin; le reste n’apparlienl qu’ft Dieu. Suarez le dit avec raison : Contentus est (S. Ignotius) ponendo sapientes in via, nam quod reliquum est magis ad magisterium Spiritus Sancti quam hominis spectat. De religione, tr. X, 1. IX, c. vi, n. 9. Mais si après cela Dieu, dont l’Esprit souille où 11 veut, daigne couronner cet effort et récom­ penser cette préparation par des grâces mystiques, tes Règles du discernement des esprits contiennent en sub­ stance toutes les indications nécessaires pour sc diriger prudemment sur ce terrain où 11 est facile de s’égarer. En somme, ce ne sont pas seulement tous les principes de la théologie ascétique, cc sont tous les principes de la théologie mystique qui ont été conden­ se dans le livre des Exercices. La remarque en a été faite par Suarez dans son étude *ur les pages de saint Ignace : Nihil ad sp iritualem instructionem necessa­ rium tn eis(Exercitiis) desideratur quantum per brevem methodum tradi poterat. De religione, S. J., L IX, 1108 c. vi, n. 11. Avant Suarez, le P. Gagliardi faisait h même observation : Liber Exercitiorum spiritualium B. Patris\Ignatii pleneprrescribit quidquid ad interiorem animarum cultum pertinet... Principia (ere omnia ac dogmata lotius interioris disciplina· tradit. Commen­ tarii in Exercitia spirit. S. P. Ignatii, Proœnu, 11.2. En ce qui concerne spécialement la mystique, le P. Dicrtlns disait nu xvn· siècle : Per hanc methodum obtinetur facile itta animi pneparatio quam ad subli­ miorem contemplationem Deus prœrequirere solet, et il ajoute : Ultra aulem hane pneparationem velle connltl ad contemplationem illam extraordinariam antequam Deus illam concedat, temeritate plenum est. Historia Exercitiorum spirit., Prmfatlo. Un sage commentateur des Exercices au xvm· siècle, le P. Fcrrusoln, après avoir recommandé la lecture de quelques ouvrages de théologie mystique,en particulier ceux du P. du Pont, ajoutait : Verum ut aperte dicam quod sentio, neque in w neque in aliis, vix quidquam reperies, nisi /ortasu vocabula, quod in Exercitiorum libro non contineatur. Commentaria in librum Exercitiorum, P. I, s. n, c. 5. C’est dans la vole ouverte et frayée par saint Ignace que sont entrés généralement ceux de ses disciples qui sc sont occupés des questions mystiques. A part quelques exceptions, ils ont préféré le genre di­ rectif au genre descriptif, même ceux qui ont été favorisés de grâces d'oraison extraordinaires. Un demi-siècle après la publication des Exercices, la Com­ pagnie de Jésus comptait un certain nombre d’au­ teurs qui avaient écrit sur la théologie mystique. Dans scs luttes contre le quiétismo· Bossuet, en appelait à leur autorité, et il citait avec éloge le P. Balthazar Alvarez, «une des gloires de sa Compagnie et qui a été parmi les confesseurs de sainte Thérèse un de ceux dont elle a vu de plus grandes choses; · le P. Louis du Pont,«un des plus grnnds spirituels de sa Compagnie et de son siècle; » le P. Alvarez de Paz «savant jésuite qui a traité plus amplement que tous les autres la théologie mystique; » le P. Suarez « en qui on entend toute l'École. » On no peut s’attendre A trouver Ici la bibliographie ascé­ tique u» le titre de Ί héolugte ascétique remplissent plus de 22U colon­ nes (342-563). Nous ne pouvons que renvoyer a cet excellent répertoire. Pierre Bouvier, S. J. JÉSUS-CHRIST.—Danscct article, ainsi qu’on l’a indiqué à Incarnation, t. vu, col. 1445, on se pro­ pose d'étudier, au point de vue de la théologie catho­ lique, le sujet concret, Dieu et homme, résultant de l’union hypostatique de la nature humaine ft la per­ sonne du Verbe, qui est apparu sur la terre, a vécu parmi les hommes et n conversé avec eux, et dont Ici ennemis de la foi chrétienne ont essuyé de nier, tour ft tour, la divinité ou l'humanité. L'objet de notre étude est donc moins la personne que le personnage même du Verbe incarné. Cc personnage, dont l’existence est historiquement établie, est né d’une vierge de la race de David Mais, chose admirable, son histoire n'a pas pour point de départ sa naissance selon la chair : on doit la faire remonter plus haut. C'est pour ainsi dire dès l’origine de notre race que la ligure de Jésus-Christ commence Λ se dessiner dans l’avenir. Dans beaucoup de livres, de l’Ancien Testament, se rencontrent déjà un certain nombre de traits, projetés par avance sur le person­ nage du Messie futur et que le croyant se plaît A retrouver en No Ire-Seigneur Jésus-Christ. Au point de vue de l’existence de ΓHomme-Dieu, ces traits ne sont j donc pas ft négliger : ils font pressentir cette exis- 1109 JÉSUS CHRIST PRÉPARÉ ET PRÉDIT tencc et constituent un élément solide de sa démons* tuition. C’est à ce point de vue qu'ils entrent dans la théologie de Jésus-Christ. La théologie Juive des temps qui précédèrent Immédiatement la venue du Sauveur, bien que sc développant sous des Influences purement humaines, n’est pas à négliger par le théo­ logien et par l’apologiste catholique : sa connaissance, en effet, est utile d'une part pour mettre en un meil­ leur relief les idées du peuple juif sur le Messie à venir, d'autre part, pour rappeler les conditions du milieu dans lequel devait naître, vivre, enseigner, en un mot, sc manifester le Verbe fait chair Enfin, les écrits Immédiatement postérieurs à Jésus-Christ, écrits principalement dus à la plume des apôtres et des dis­ ciples, témoignent de la réalité de la venue du Sauveur; ils nous fixent définitivement sur la physionomie réelle de l'Homme-Dleu; ils nous en retracent la nais­ sance, les premières années, la vie publique, la passion, la mort, la résurrection, l’ascension; Ils nous rappellent ses œuvres, sa prédication, ses miracles, la fondation de l’Eglise, la ml.sion conférée aux apôtres. Et déjà, dans ces premiers écrits qui nous donnent pour ainsi dire un portrait contemporain de Jésus, s'affirme le double élément qui constitue le personnage du Sau­ veur des hommes, l'élément divin et l’élément humain. Les générations chrétiennes s'efforceront ensuite de dégager de plus en plus les traits authentiques de ce portrait, tandis que des influences diverses tendront à lui faire subir des altérations plus ou moins pro­ fondes. Maintenir la tradition dans la voie de la vérité sera le but poursuivi par l'Église naissante, chargée déjà par Dieu de veiller à l’intégrité de la foi. Sans doute, les traits qui appartiennent à l’objet de la fol ne sont pas tous explicitement contenus dans le portrait de l'Évangilc. Aussi bien la foi porte-t-elle avant tout sur des vérités qui échappent aux consta­ tations humaines. Mais l'expérience des apôtres et des disciples suffit néanmoins à justifier la foi des pre­ mières générations, et c’est à cette expérience que l’Église recourra sans cesse pour effacer les retouches maladroites ou mensongères que la dévotion mal entendue, l'ignorance ou l’impiété auraient voulu faire au portrait du divin Maître, pour restituer à ce portrait les traits que le mysticisme exagéré, le natu­ ralisme ou le rationalisme de tous les Ages en auraient voulu retrancher. Ainsi, peu à peu, le dogme de JésusChrhl, Homme-Dieu, sc précisera, s’affermira dans renseignement chrétien. Mais ce n'est pas tout : la piété chrétienne s’efforcera d’ajouter au portrait tracé par l’évangile pour l’embellir, sans le défigurer. Et cette prétention est pleinement justifiée, car c'est, à vrai dire, le propre de la théologie de tirer des prémisses révélées les conclusions qu’elles renferment en puis­ sance, vérités certaines ou simples opinions probables. D’ailleurs les traits qu’ajoutera la théologie catholique au portrait évangélique ne sont pas des additions contraires ou étrangères à la vérité : la piété ne saurait se nourrir du mensonge. Ils ne sont qu’une restitution à l'original des nuances que l'expérience des apôtres n'a voit pu découvrir complètement, mais que, par delà celle expérience, la foi et la théologie ont le droit de retrouver dans le personnage de l’HommeDieu. La théologie de Jésus-Christ, A proprement parler, s'arrête IA. Elle ne peut cependant ignorer les critiques qui lui ont été adressés au cours des siècles. Recenser à grands traits ces ciitiques, indiquer la position de l’apologétique catholique A leur endroit, tel doit être le travail subsidiaire qu’il convient d’ajouter À l’exposé j théologique de la question doctrinale relative A JésusChrist. De plus, il nous faudra dire un mot, pour termi­ ner, des principales vies catholiques du fondateur du christianisme en indiquant le point de vue phi» parti- 1110 culler auquel leurs auteurs se sont placés. Ainsi donc nous étudierons successivement : I. Jésus-Christ pré­ paré et prédit. II. Jésus-Christ et les documents de l'âge apostolique (col. 1131). III. Jésus-Christ et le dogme catholique (col. 1247). IV. Jésus-Christ et la théologie catholique (col. 1271). V. Jésus-Christ et la critique avec, en appendice, une étude des principales vies catholiques de Jésus-Christ (col. 1362). I.J JÉ8U8-OHRI8T PRÉPARÉ BT PRÉDIT. Sous trois rubriques successives nous étudierons : I. Jésus-Christ et les prophéties messianiques. — II. Jésus-Christ et les livres saplcntaux (col. 1124). — III. Jésus-Christ et la théologie Juive (col. 1126). I. Jésus-Christ et les prophéties messianiques. — 1· Délimitation du sujet. — Notre dessein n'est pas d’étudier les prophéties messianiques de l’Ancien Tes­ tament quant à leur authenticity leur ordre chrono­ logique, et d'en déterminer le sens dans ce qu’elles peuvent présenter d’obscur et d’incertain. Tous ces points relèvent, à vrai dire, de l’étude exégétlque de l’Ancien Testament. On ne veut ici que relever les traits déjà nettement esquissés par ceux des prophètes qui ont entrevu d’avance d’une façon plus distincte le person­ nage du Christ et l'ont fait pressentir au peuple de Dieu. Ces traits, on les reportera sur Jésus lui-même et l’on établira par eux que, déjà entrevu comme la Messie choisi par Dieu pour consoler son peuple et le sauver, Jésus est aussi, dans la partie supérieure de son être, transcendant à notre humanité et comme une émanation de la divinité elle-même. Bien plus, cer­ taines prophéties particulières, par une détermination plus précise des circonstances de temps, de lieux ou de personnes, forment un argument de grande valeur pour démontrer qu'il ne saurait être question d'appli­ quer les traits relevés par les prophètes à un autre personnage qu'à cc Jésus qui a vécu au début de notre ère et qui est le fondateur du christianisme. Sans doute, le théologien ne saurait, dans ses con­ clusions, négliger la crédibilité qui ressort de l'accom­ plissement des prophéties en Jésus-Christ : mais c’est là un aspect proprement apologétique qu’il ne doit envisager qu’en second Heu. L’usage principal que la théologie doit faire des prophéties messian(ques est de déterminer avec leur aide les trails cnracléristiques de la figure de Jésus-Christ et de les reporter sur Jésus au cours de sa oie mortelle, au fur et d mesure de la réalisation des prophéties. Et le point délicat de ce travail théologique consiste à n’exagérer en rien le sens des vérités que les écrivains antérieurs au Christ n’ont fait qu’entrevoir sans pouvoir les définir en toute exactitude. Et, pour mieux faire comprendre la délicatesse de ce travail, Il convient, avant toute chose, de préciser ici cet usage. 2° Usage que l'on doit faire des prophéties relatives au Christ. — 1. Nous supposons démontrée l’existence de prophéties dans l’Ancien Tes tament relativement À Jésus-Christ A l'article Messie, ou prouvera, en effet, que l'attente messianique, toute liée qu’elle soit, et précisément parce que liée au sort du monothéisme chez les Hébreux, ne peut s'expliquer ni par des causes fortuites, ni par une évolution naturelle, mais qu'elle suppose une intervention de Dieu par les pro­ phètes, ainsi que l’enseignent Jésus et les écrivains inspirés du Nouveau Testament. Voir dans le Diction­ naire apologétique de la Fol catholique, l'article Jui/ (Peuple) de M. Touzard, t. il, col. 1614-1051. Cet enseignement, Jésus le formule d'une manière expli­ cite en ce qui concerne les prophéties relatives à sa propre personne. par exemple, Matlh., xxvi, 54; Luc. xxn, 37; xxiv, 27, 14-47 ; Joa., v, 39-47; xvn, 12, etc Et les apôtres le reprennent également, par exemple Mntlh., n, 5; xui, 35; xxvu, 9, 35; Luc., 1, 70; Marc, 1!11 JÉSUS-CHRIST. LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES xv, 28; Joa., >, 45; xn, 38, 40; xix, 24, 28, 30, 37; AcL, ht, 18; vm, 30; II Pet., r, 19, etc. 2. Kücnen et d’antres critiques ont fait observer que, parmi les prophéties ni ssianiqitcs, un certain nombre ne se sont pas réalisées. El, parlant de cette · consta­ tation », ils prétendent ébranler la valeur dc l'argu­ ment prophétique en niant l'origine divine des pro­ phéties de (’Ancien Testament. The Prophets and Prophecy in Israël, trad, anglaise, Londres, 1877, c. v-vn. Nous n'avons pas Λ discuter Ici cette assertion, mais simplement à déclarer qu'il ne saurait être ques­ tion, « ans cette étude théologique, d’utiliser les sens spirituels ou accommodalices par lesquels certains t» xtcs des prophètes, littéralement irréallsés, peuvent être entendus et ont été, de fait, entendus par Jésus et par les apôtres. Voir, par exemple, Matth., n, 15, 18. Nous omettons de plus systématiquement ce qui concerne tout ce qu’on est convenu d’appeler les figures dc Jésus-Christ, soit personnages, soit choses, dans ('Ancien Testament. Il est Incontestable d'ail­ leurs que l’emploi dc l'exégèse allégorique a contribué ù multiplier outre mesure, ces figures, el que cet abus rhquc fort d'infirmer pour les exégètes plus circons­ pects la valeur et la signification des arguments que l’on a pu en tirer. Nous retenons enfin, comme résol­ vant bien des difficultés, l'opportune distinction, mise en relief par M. Touzard, entre les éléments essentiels cl hs éléments accessoires des prédictions. L'argument prophétique, dans la Revue pratique d*Apologétique, t. vn, p. 92. Sur les premiers, « les hommes de Dieu Insistent dès le début; ils reviennent et renchérissent â qui mieux mieux, fournissant les uns après les autres leur apport de progrès et de développement, tout en sauvegardant une parfaite continuité de direction. » Parmi ces prédictions essentielles, il faut nommer celle du règne universel dc Jahvé dans In religion, la justice et la paix; celle du jugement qui devait pré­ luder ά l'inauguration de cc règne; celle du royaume qui devait grouper tous les individus de tous les temps el de tous les lieux, en qui et par qui s’établirait le règne dc Dieu; celle du roi messianique, futur repré­ sentant de Jahvé, A ·ο tête dc la nouvelle société, appelé à cc titre A présider A son Inauguration et à son développement, et, pour être digne dc cette mission, revêtu par une influence très spéciale dc l’Esprit de Dieu, de toutes les vertus morales et religieuses (pii doivent fleurir dans le royaume. Telle encore l'annonce de la continuité qui doit régner entre les diverses Interventions de Dieu dans le monde, son Intervention dans le royaume d’Israèl et de Juda, son intervention dans le royaume messianique, continuité telle que le royaume futur aura des Juifs pour premier noyau et point dc départ, que le roi futur sera de race davidique. » Les a très éléments, « tout en occupant une place importante dans les prédictions messianiques, n’occupent pourtant, a raison dc leur caractère même, qu'un rang secondaire, une place accessoire Ils consti­ tuent comme les enveloppes, la gaine qui devait ren­ fermer, entourer, les éléments essentiels, pour les présenter sous une forme acceptable aux premiers des­ tinataires des prophéties; mais leur sort était de se rompre, de se déchirer, rt finalement de disparaître le jour oû le fruit en serait venu à sa pleine maturité. » Et le savant auteur mentionne, comme exemples d'éléments accessoires, · tout cc qui tend à restreindre le royaume de Dieu au profit d‘Israël : reconstitution du pouvoir terrestre d Israël autrement que comme fait préparatoire aux événements futurs, conquêtes terrestres d'hraêl, extension terrestre dc «a domina­ tion, prospérité physique, etc. ». Nous passons d‘nutTcs exemples moins immédiatement utiles A l'mtclHgcncc de notre position Mais on compn ndra (pie des prédictlous relative* à JtSus-dinst, nom ne retenions 1112 que celles qui ont trait A l'essentiel dc la prophétie messianique, et très particulièrement que les prédic­ tions dont le roi messianique futur, sa transcendance, ses qualités et quelques faits précis dc sa vie terrestre sont l'objet. 3. Enfin, nous devons nous souvenir que les pro­ phéties messianiques relatives au personnage de Jésus-Christ peuvent être exposées dc deux manières, qui, loin de s'exclure, se superposent et sc complètent. On peut tout d’abord simplement relever le sens général des prédictions; on peut ensuite descendre dans les détails particuliers, propres à chaque prophétie, et par lesquels on essaie dc fixer déjà par avance les traits de l’envoyé de Dieu. Le sens général des prophéties relatives au Christ futura été mis en relief par M. Touzard, dans les articles publiés dans la Revue pratique d Apologétique, t. vi, p. 906-933; t. vn, p. 81-116; 731-750, sous le litre : L'argument prophétique. Le même auteur a repris, en la résumant, cetle thèse dans son opuscule : Comment utiliser l'argument prophétique ? Paris, 1911 (collection Science et Religion). Voir également le P. Lagrange, Pascal et les prophéties messianiques, dans la Revue biblique, 1906, p. 553, et surtout Le Messianisme chez les Jui/s, Paris, 1907, p. 258 sq. L’exposé des détails, dont la réalisation s'est faite en Jésus-Christ, est la thèse classique et tradition­ nelle, celle qu'on retrouve dans toutes les théologies fondamentales, celle qu'a esquissée saint Thomas d’Aquin, Sum. theol., 11· 11*5, q. clxxiv, a. 6, et utilisée Bossuet, Élévations sur les mystères, Xe semaine, Élé­ vations sur les Prophéties. Ainsi que l’a fort justement rappelé le R. P. Lagrange, Revue biblique, 1917, p 594, la methode des < grandes lignes » ne doit pas faire oublier celle des « précisions détaillées ». Il convient donc, pour ne pas risquer dc retracer d’une façon trop vague et trop Imprécise le portrait du Christ, d’étudier non seulement le sens général des prophéties le concer­ nant, mais encore de rechercher avec soin les détail· successivement ajoutés par les prophètes, détails qui accentuent dc plus en plus les traits du Sauveur ù mesure que l'on approche de sa venue sur la terre. C'est cette double méthode qu’on entend suivre Ici. 3° Sens général des prophéties relatives à JésusChrist. — Cc sens général a été bleu marqué par M. Touzard, Comment utiliser l'argument prophétique f p. 37 : » Il s'agit de montrer que, dans le plan divin, la religion d’Israël a eu pour principale raison d’être de préparer le christianisme; que, par contre, la reli­ gion chrétienne apparaît comme le complément que, de par la disposition divine elle-même, le Jù’dalsme postulait. » Jésus-Christ sc trouve ainsi le point cen­ tral et culminant vers lequel convergent tous les efforts des prophètes pour prêcher, maintenir, affermir, res­ taurer le monothéisme des Hébreux et duquel rayon­ nera plus tard le royaume futur dc Jahvé. C'est même en fonction de cc royaume dont il sera le monarque visible que Jésus-Christ sera annoncé par les prophètes. Le monothéisme et la loi promulguée au nom du vrai Dieu préparent l’avènement d’un royaume universel, spirituel et intérieur, dont le roi sera Jésus-Christ, représentant de Dieu dont il est comme une émanation. C'est sous ect aspect que s’affirme le sens général des prophéties relatives à Jésus Christ. 1. Le prédication du monothéisme est la préoccupa­ tion fondamentale des prophètes. Sans entrer dans l'hlstoife du monothéisme en Israel, Cf. Dictionnaire apologétique de la Fol catholique, article Juif (Peuple) de M.’Toumrd. t. n, col 1577-1011,1) nous faut Immé­ diatement Mpnakrle trait qui appartient directement A notn Rujrt, à «avoir que, dans l’intention prophé­ tique, le monothéisme dépasse 1rs limites du peuple juif et entend devenir, par delà l’individualisme du 1113 JÉSUS-CHRIST. LES PROPHÉTIES MESSIANIQUES 1114 peuple élu, la religion universelle. « Tantôt les pro- I L, 4-9; lu, 13-un, 12. Accessoires, ces éléments sont phùles nous montrent les nations affluant vers Israël ; I encore caducs dc leur nature. A m sure que la révéla­ tion se pousuit, on entrevoit que certains éléments elles sc Joignent à lui pour former avec lui le royaume dc Jahvé, ls., xix, 23-25; elles accourent offljr des essentiels doivent aboutir a les éliminer. Si quelque présents et des tributs en sa capitale qui est la demeure chose est fondamental dans la prédiction prophé­ tique, c’est l'idée de celte religion universelle qui doit par excellence du vrai Dieu, ls,, xvm, 7; xxui, 15-18; grouper l’univers entier autour du Dieu d*Israël; or, elles y viennent, avides d'en rapporter des directions, une connaissance plus parfaite de la loi qui doit les plus que tout autre, celte idée est incompatible avec régir ls., Π, 1-4. Et de Jérusalem, devenue la métro­ les descriptions qui donnent tant d’importance au particularisme Juif, comme avec un programme de pole du monde, Jahvé étend son sceptre sur tous les peuples, les Jugeant, faisant disparaître les conflits culte trop étroitement rivé au sanctuaire de Jéru­ salem. » Touzard, op. cit., p. 47. Le point de vue spi­ et assurant à Jamais la paix. D'autres fols, c'est le Dieu d’Israël qui va au devant des nations et marche rituel abonde dans Isaïe : « L’épreuve débaras^era Jérusalem de ses impuretés, ls., i, 25; rv, 4; xxix, 20, à leur conquête. Aux yeux des plus grandes, il procure avec une telle force la délivrance dc son peuple en 21 ; elle en fera la ville de la Justice, la cité fidèle, i,2ù. Résidant au milieu d’elle, la couvrant dc sa protec­ exil qu’elles ne peuvent manquer de reconnaître sa puissance, ls., xlv, 18-25, et d’entraîner à leur suite tion, iv, 5, 6, Jahvé exaucera ceux qui espéreront en lui, xxx, 18, 19, prendra soin des humbles et des des multitudes d'adorateurs. Is., xuv, 1-5; xlv, 14. Mais Jahvé peut aussi se décharger sur Israël d’une pauvres, xxix, 19, donnera la sagesse à ceux qui en manquent, xxix, 24; xxxn, 5-8, la lumière à ceux qui part dc cette action conquérante; il le charge d'être l'intermédiaire d’une alliance avec les nations; il en ont besoin, xxix, 18; xxx, 20, 21; xxxn, 3, 4; le peuple retrouvera sa fierté et mettra son bonheur l'appelle à devenir la lumière du monde. Bien plus, il choisit en son sein, et quelquefois contic son gré, des à glorifier son Dieu, xxix, 22, 23; ce sera le triiij»' de apôtres qui doivent aller au loin porter la bonne nou­ la justice et dc la paix, xxxn, 16-18. » Touzard, Juif velle dc la conversion et du salut. > Tel Jonas. Tou­ (Peuple), col. 1619. zard, op. cit., p. 51-52. C’est donc uniquement au caractère spirituel du Est-il besoin d’ajouter que ce monothéisme uni­ royaume dc Jahvé, annoncé par les prophetes, que le versel, prêché par les prophètes ne peut trouver son théologien catholique devra accorder son attention explication dans les conditions naturelles du peuple en vue d’établir le cadre réel dans lequel doit paraître juif? Déjà, en effet, le monothéisme juif lui-même n’esl le Messie. Il convient de dégager les prophéties con­ pas d’importation étrange» e. Voir Idolatiue, t. vn, cernant le royaume messianique des enveloppes maté­ col. 609-614, et Dictuum dre apologétique, art. Juif rielles et caduques dont les avait revêtues l’esprit des (Peuple), t. n, col. 1611. Mais, dc plus, il n’est pas prophètes, el notamment du triomphe temporel sorti d'Israël en raison des propensions spéciales, d’Israel sur les autres nations. Mais, de plus, dans le des aptitudes dc cc peuple : « il doit sa naissance el scs tableau tracé par les prophètes, on devra dégager les développements ù l’action d’un certain nombre de perspectives plus ou moins éloignées que les prophètes personnalités qui réussirent à faire admettre leurs avaient annoncées simultanément, les entrevoyant idées. » Bien dc semblable dans les autres religions. Le sur un plan unique, et notamment rejeter â la fin des monothéisme hébreu est transcendant à la fois par son temps les bouleversements considerables qui doivent contenu et par son origine. Donc, le caractère d’uni­ mettre terme à l’ordre actuel du monde et préluder versalité que lui attribuent les prophéties dans l'avenir à la restauration des nouveaux deux cl d’une nouvelle marque mieux encore sa divine transcendance, en terre dans un ordre dc choses entièrement nouveau. face du particularisme des autres religions. Ce mono­ Is , u, 16; lxv, 17; lxvi, 22. Voir le commentaire du théisme universel ne saurait vire le fruit des spécula­ P. Knabenbauer, in isaiam prophetam, Pans, 1887, tions philosophiques; il s'allirme comme le résultat t. u, p. 490-492; 520. Sur les perspectives rschalolod’une intervention divine, surnaturelle. giques des prophéties messianiques, voir l’urt. Juok2. Ce monothéisme universel, prêché par les pro­ mi nt. Dieu lui-même a veillé à cc que ces vivons phètes, est aussi annoncé comme une religion spiri­ cschatologiques, si chères aux apocalypses, fussent tuelle et intérieure. Sans doute, ce < C’est l'apparition de Jésus-Christ qui fera ia lumière ct nous conduira à cet aboutissant où courent toutes les voies de l'alliance préparatoire Id , col. 2372. HL JéSUS-ClIHIST et la théologie juive. — Les livres de )'Ancien Testament ont pour le théolo glen de Jésus-Christ une importance de premier ordre : nous y avons trouvé, en effet, déjà esquissé le portrait du futur Messie ct déjà préparée la notion du Verbe de Dieu. Si nous n'y rencontrions pas encore le dogme de l’incarnation, du moins nous y découvrions, comme dans leurs sources, bien des traits de ia figure du Christ, bien des doctrines que l’incarnation mettra en pleine lumière. Les livres postérieurs de ia théologie juive, palestinienne et alexandrine, de l'époque immé­ diatement antérieure à notre ère ou contemporaine de ses débuts, ne peuvent être étudiés comme des sources de notre fol. On ne doit cependant pas les passer sous silence, car, d'une part, ils nous permettent de mieux saisir la vraie direction de la tradition Juive, qui prend sa source dans la révélation mais s’en détourne sur plus d'un point; d'autre part, ils nous font connaître les idées courantes du milieu dans lequel est apparu Jésus-Christ. L’étude de ia théologie juive, dans ses affirmations relatives au Messie et au Verbe, doit nécessairement faire mieux saisir le caractère trans­ cendant de la révélation chrétienne et la réalité même du mystère du Verbe incarné. Toutefois, il ne faut se servir de ces documents qu’avec une extrême cir­ conspection, à cause des interpolations d’origine chré­ tienne qui, en un grand nombre d'entre eux, ont pu y être introduites à des dates diverses. Nous aurons meme recours à certains documents, de date très postérieure à l’apparition de Jésus sur la terre (par exemple les targums), mais dont la doctrine reproduit bien la tradition Juive contemporaine du Christ. D’ail­ leurs nous devrons nous en tenir aux traits les plus caractéristiques, et relevés dans les textes d une authenticité reconnue,les questions relatives A la théo­ logie Juive au temps de Jésus-Christ devant faire l’objet d’un article spécial dans le supplément du Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux. /. UT MESSIJL — 1· Le précurseur. — Au temps de Jésus, l’avènement d’Élie, comme précurseur du Messie, était accepté par tous les esprits. Jésus dut expliquer que Jean Baptiste avait rempli le rôle d Élie. Matth., xi, 14; xvu, 11-12. Ce rôle d Élie précurseur avait été annoncé et décrit par Malachic; voir col. 1123. Dans l’Eccléslastlque, xxvni, 10-11, inspiré de Malachi<· ct d’Isaïe, xux, 6, Élie devait avoir, le rôle non seulement de précurseur, mais encore de restaurateur d’Israël, qu’Isaïe attribue au serviteur de Jahvé, non moins qu’une fonction dans la résurrection future des corps. De ces textes, le rabbinisme déduit les truis rôles attribués à Elle, précurseur du Messie. — 1. RAle de res­ taurateur d'isratl. Éliminer d'Israèl ceux qui n'avalent pas droit au salut; réintégrer dans leur droit les familles exclues A tort ; faire lu paix dans le monde, tel apparaît le rôle d’Élie chez les rabbin' de Judée. M. J. Lagrange, Le messianisme chez les Juifs, Paris, 1909, p. 211. Mais précisément, cette paix qu’il s'agit de restaurer sup­ pose le trouble et le bouleversement dans le monde: « Guerres entre les diverses nations, désordres dans la société, trouble dans les familles, perturbations dans lu nature, tremblements de terre, phénomènes célestes, incendies ct famines; telles sont, d'après la doctrine des rabbins, comme « les douleurs de l’enfantement · qui précéderont la révélation messianique. » Lcpln, op. cit., p. 24. On réservait Λ Élie de donner la solution à certains cas douteux et de résoudre les questions laissées pendantes par la disparition de l'esprit pro­ phétique en Israël. On trouve un exempli de cet état If 27 JÉSUS-CHRIST. LA THÉOLOGIE JUIVE d'esprit dans I Mnch.,iv,46.— 2./tô/e de précurseur du Messie. Le Messie devait être oint par Elle, chargé de le révéler au monde. Telle est la tradition juive dont Tryphon, S. Justin, Dialog., c. xux, P. G., t. vî, col. 581 sq., nous atteste encore l'existence au n· siècle. Cc thème était fécond en développement : nous en rencontrerons plus loin quelques-uns. 3. Rôle par rapport à la résurrection des morts. Dans certains textes de la Michna, on lit même que la résurrection aura heu par le ministère d’Élie, Michna, Sota, ix, 15; cf. Lagrange, op. cil,, p. 182, 212. Mais il n'est plus alors question de messianisme. 2· Les noms du Messie. — Messie, oint, χριστός, s’entend, dans l'Ancicn Testament, du prêtre, Lev., iv, 3, 5, cl surtout du roi, Γ « oint de Jahvé ». Il est appliqué à Saul, 1 Rcg., xn, 3, 5; xxiv, 7, 11; xxvi, 9, 11, 16, 23; II Reg., I, 14, 16; xix, 21; à David, II Rcg., xxm, 1. Mais toute personne, choisie par Dieu pour être l’instrument de scs œuvres, était aussi dite l’oint de Jahvé : Cyrus, Is., xlv, 1; les patriarches, Ps., ev, 15; I Par., xvi, 22; ct même, semble-t-il, le peuple entier d'Israël. Hab., m, 13. Le terme d’oint de Jahvé paraissait donc admirablement choisi pour désigner le libérateur futur, celui qui devait, par la vertu de Jahvé, sauver son peuple, ct, de fait, il se trouve au moins dans deux passages parfaitement clairs, Ps., n, 2; I Reg., n, 10. Cf. Dhorme, Le cantique d'Anne, Reçue biblique, 1907, p. 386-397. C'est de là que l'expression a passé aux écrits de l'école pharisalque, Ilénoch, xlviii, 10; lu, 4 ; Psaumes de Salomon, xvm, 6; cf. xvn, 36; xvm, 8 et Apocalypse de Baruch, xxxix, 7; XL, 1; lxxii, 2; cf. xxix, 3; xxx, 1; xl, 9; ci. Beracholh, i, 5; Sota, ix, 15. Depuis Daniel surtout, ix, 25-26, pour désigner le Sauveur attendu, on emploiera le nom de Messie, Targ. Is., iv, 2; xxvin, 5; Targ. Hab., m, 18; Targ. Zach., iv, 7; x, 4, etc., avec une tendance à relever le caractère royal du Messie, qui devint ainsi, non plus 1’ « oint de Jahvé », mais 1' « oint d’Israël ». Targ. Is., xvi, 5; Mich., iv, 8, ct apparat! de plus en plus comme un sauveur puis­ sant qui viendra restaurer le trône de David et rebâtir Jérusalem. Voir plus loin. Le Messie est aussi 1' · oint de la Justice », Targ. Jer., xxm, 5; xxxm, 15; Pesiqta rabbalhi, 1615, 162 a, 162 b, 163 a, 161 a; Dalman, Die Wortc Jesu, Leipzig, 1898, p. 239-241. — Parce que le Messie devait appartenir à la maison de David, Il était aussi nommé fort communément < Fils de David ». Les exemples sont trop nombreux pour être cités; cf. Ps. Salom., xvn, 5, 23; Targ. Is., xi, 1; Jer., xxm, 5; xxxm, 15; Shemonéh Esréh, 15· Brrakdh. Les noms donnés par Isaïe au Messie futur,A’oir col. 1110, n'eurent pas beaucoup d’écho dans la tradition juive; après l’ère chrétienne, on évita môme de citer cc pas­ sage, à cause des chrétiens qui reconnaissaient dans l’Emmanuel le Fils de la Vierge. A plus forte raison év|ta-t-on d’employer le terme « Fils de Dieu », sug­ géré cependant par Ps., n, 7, terme qu'on trouve cependant dans IV Esd., vu, 28, 29; xni, 32, 37, 52 et peut-être dans Orac. sibyll, m, 775, mais que les chrétiens cnit ndak nt au sen propre. 3· Nature du Messie; sa préexistence. — Pour les pharisiens, te Messie est un roi, un descendant de David, Ps. Salom., xvn, 5, 23; Shemonéh Esréh, passim, distingué par des dons extraordinaires de Dieu; mais cc n'est ni Dieu, ni un ange; c’c*t un homme. En vertu de cette tradition ferme, le judaFine devait refuser de reconnaître la divinité de Jesus; ct c'est parce qu'ils refusèrent de reconnaître la divi­ nité de Jé*U3, qu les Juifs méconnue ent, pour la plupart, sa messiunité. « Nous attendons tous que le Christ sera un homme, descendu des hommes », dit le juif Tryphon. Just n. Dialog., c. xux, P. G., t. vî, col. 531 Cf. S. Hippolyte, Plulusophumena, ix, 30, 1123 P. G., t. xvî, col. 3416; Origene, Contra Celsum l 1 49; L IV, 2, P. G., t. xi, col. 753, 1029. Le judaïsme admettait également une cerlaint préexistence du Messie. La préexistence réelle, sug­ gérée par Michéc, v, 2, cf. Dan., vu, 13, 1 1, est tourné? par le targum en préexistence purement nontnale. On trouve la même d formation dans le targuai de Zacharie, iv, 7, ct du Ps. lxxii, 17. La pié< xhteuce du Messie ne supposerait ainsi qu'une prévoyant* spéciale de Dieu par rapport â lui. Il faut donc, au point de vue de la tradition Juive, n’accepter que *ou$ réserve les affirmations de préexistence personnelle qu’on croit trouver dans Ilénoch, xlviii, 3; xlvi, 1,2; Lxii, 7; Lxvui, 6; IV Esd., xn, 32; mu, 24, 52; xiv, 9, d’autant plus que la préexistence idéale est attribuée ù tous les objets des grands desseins de Dieu, la Loi, Moïse, les patriarches, la Jérusalem messianique, etc. Voir Fils de Dieu, t. vî, col. 2377. Voir, sur le même sujet, avec une nuance d’interprétation en sens opposé, Lepin, Jésus, Messie et Fils de Dieu, Paris, 1910, p. 39-41. Toutefois, à l'époque où parut Notre· Seigneur, l’attente du royaume messianique était telle qu'on sc demandait si le Christ n'était pa*» déjà né. On réservait la possibilité de son existence, exis­ tence postérieure Λ sa naissance, mais préexistence par rapport à sa manifestation. Nous négligeons déli­ bérément toutes les modalités qui entourent ce con­ cept de préexistence, ct qu’on trouvera exposées dans Lagrange, Le messianisme chez les Juifs, p. 222-224. Ce qu’on en a dit est sulHsant pour faire comprendre le milieu dans lequel est paru le Sauveur. 4e Le Fils de l'homme. — L’expression < Fils de l’homme » est une de celles qu'il faut étudier plus par­ ticulièrement pour bien comprendre l’emploi qu’en a pu faire, pour son propre compte, Jésus-Christ. La prophétie de Daniel, voir col. 1123, a eu une influence évidente sur le livre des paraboles d’Hénoch, lien., xxxvn-LXXi. Dans Ilénoch comme dans Daniel, le Messie paraît « comme un fils d’homme ». Ilénoch est plus expressif encore que Daniel. Le Messie y joue au complet le rôle que lui attribue toute la tradition Juive; mais sa personne dépasse toutes les grandeurs d'ici-bas; il est supérieur aux anges; Il est appelé « le Fils de l’Homme »; il préexiste à la création du monde; il habite avec les Justes glorifiés, près de Dieu, sous scs ailes. Les traits de cc personnage mystérieux sont encore mal assurés; ce n'est proprement ni un homme, ni un Dieu. Même au cas où dans les Paraboles d’Hénoch, très vraisemblablement antérieures, dans leur substance, à l’ère chrétienne de trois quarts de siècles, l'expression « Fils de l’homme » serait une interpolation postérieure, voir Lagrange, Le messia­ nisme chez les Juifs, p. 89-98,11 n'en reste pas moins vrai que cette expression était dans l’esprit des Juifs, sinon messianique, tout au moins susceptible d’un sens messianique, ct d’un sens messianique d’autant plus vrai qu'a côté des hautes prérogatives de l’envoyé de Dieu, le nom de « Fils de l'homme · mettait en relief · les caractères de faiblesse apparente, de con­ descendante paternité, de souffrance rédemptrice et, pour tout dire, d'humanité, qui devaient marquer la carrière du Maître. » De Grandmnison, dans Diction­ naire apologétique, art. Jésus-Christ, t. n, col. 1344. Cc nom, Jésus pouvait donc sc l'approprier convena­ blement : d'une part, à cause de sa signification indé­ terminée, il évitait l’éveil brusque de l'enthousiasme aveu le d’un peuple rêvant l’avènement d’un mes­ sianisme grossier, ou encore il éloignait les suscepti­ bilités de l'occupant étranger qui n'cù point compris le cara< 1ère du roi messianique, sc révélant comme tel; d’autre part, cependant, ce nom était suffisant pour orienter les cspr l bien disposés vers la vérité. 5· Manifestation du Messie. — « Le Christ» quand il 1129 JÉSUS-CHRIST. LA THÉOLOGIE JUIVE 1130 viendra, personne ne saura d’OÛ II est. » Joa., vn, 27. — ton équité. Il aura sous son Joug les peuples des nations Toutefois le précurseur ct les bouleversements qui pour le servir; et 11 glorifiera le Seigneur sur toute la l'annoncent seront le prélude de sa manifestation. surface de la terre. » Lepln, op. cit., p. 21. C'est à cette Cette manifestation s'opère surtout dans le jugement mission doctrinale du Messie que fait allusion la Sama­ qui doit préluder à la restauration du royaume d’Israël ritaine, Joa ,iv, 25, ct la pensée de cette mission fait prendre à la foule, pour le MeMle promis, Jean-Bap­ et préfigurer le jugement universel ct dernier de la fin des temps. L'Idée de cc Jugement messianique, si tiste prêchant le baptême de pénitence dans le désert, souvent rappelée dans les prophéties de 1*Ancien Tes­ i, 4; cf. Luc., m, 15. Sur l'appellation < Fils de Dieu » tament, était, dans la tradition Juive au temps de donnée au Messie dans la théologie juive palestinienne, Jésus-Christ, Imprécise ct matérielle. Le Messie devait, voir Fils de Dieu, L vî, col. 2377. pour les uns, marcher les armes à la main contre les 6· Le royaume messianique. — Le roi-messie Inau­ nations païennes, ennemies de Dieu et du peuple gurera le royaume de Dieu, le royaume des deux Sur d'Israël. Orac. Sibyl., ni, 663 sq.; IV Esd., xni, 33 sq.; l'équivalence de ces deux termes, voir G. Dalman, Hen., xc, 16. Pliflon le représente « entrant en cam­ Die Worte Jesu, Leipzig, 1893, p. 75 sq. Le royaume pagne, faisant la guerre et soumettant des nations de Dieu est une notion traditionnelle; voir col. 1113 nombreuses et puissantes. » De praemiis et pernls, j 16, Il convient Ici de préciser cette notion en fonction de Philonis Judsei opéra, édit. Mangey, Londres, 1742, la théologiect de la tradition juive au temps de Noiret. π, p. 422. Cf. les targums de pscudo-Jonalhan et Seigneur. Cette précision permet, en eflct, de mieux de Jérusalem, Gcn., xux, 11 ; de Jonathan, Is., x, 27; saisir les raisons de la prudence et de la réserve de Hen., xlvi, 4-6; ui, 4-9; Apoc. Bar., lxxii, 6. Dans le Jé>us-Christ dans sa prédication messianique. Sans livre d’Hénoch, les rois et les puissants de la terre doute, le regne intérieur et spirituel n’est pas complète­ seront Jugés par le Messie, Fils de l'homme, venu sur ment mis de côté : ce messianisme spirituel apparaît les nuées, cf. IV Esd., xm, 3. et assis à côté du Sei­ à plusieurs reprises dans le Ps. xvu du Psautier salogneur des Esprits, sur son trône de gloire; ils tom­ monlcn, et dans le Livre d’Hénoch. Mais ce nu sata­ beront Λ genoux et solliciteront sa miséricorde, mais nisme spirituel est très national et terrestre : le règne Ils seront repoussés de sa face ct livrés aux anges ven­ de justice et de sainteté doit se réaliser, sur terre, au geurs, xlv, 3; lv, 4; lxt, 8, 9; lxii; lxix, 27. Dans les sein d'Israël; ct l'universalité du royaume messia­ Psaumes de Salomon, xvn, 27, 37, 39, 41, 48 c’est par nique, ne sera, en définitive, que la domination une sentence de sa bouche que le Messie doit abattre d’Israël sur tous les peuples. Le centre devait en ses ennemis. Voir également Apoc. Bar., XL, 1, 2; rester Jérusalem; son territoire partirait de la Pales­ IV I sd., xm, 10, 27-28; 37-38. Le rôle du Messie-Juge tine; mais de Jérusalem ct de la Terre Sainte, l’empire est également mis en relief dans le Livre des Jubilés et messianique devait rayonner par toute la terre. Les le Testament des douze Patriarches. nations devaient être soumises À Israël et au rolMais le Messie n'est pas seulement conçu par la messie, ou plus exactement à Jahvé dont le roitradition juive comme un roi conquérant; c’est encore inessle ne sera que l’instrument. Orac. sibyl., in. 49; Psaumes de Salom., xvn, 32-35; Hen., xc, 30, 37; un prophète, un thaumaturge, un docteur ct guide des peuples dans les voles de Dieu. xlviii, 5; cf. F. Martin, Le livre d’Hénoch, Paris, 1906, Introd., p. xxxvin; un, 1; Apoc. Bar., lxxu, 5; Tar­ Prophète, il devait posséder la connaissance des gum Zach., iv, 7, etc. Sur cette donnée fondamen­ choses secrètes, présentes, passées ou à venir;et Luc., tale, la seule qu’il nous soit utile Ici de connaître, vu, 39; Joa., iv, 19. Le Messie est le Prophète annoncé, Joa., vî, 14; voir col. 1116 C’est a la suite de révéla­ sc grc fiaient bien des notions particulières touchant la Jérusalem nouvelle. Le règne messianique inaugu­ tions concernant des choses secrètes ou ignorées, que rera une ère de paix, de justice ct d'amour. Orac. Nathanaël reconnaît Jésus comme le · Fils de Dieu », le < Roi d’Israël », Joa., i, 18; que la Samaritaine le sibyl., m, 371-330; 751-760; Philon, De praemiis el proclame « Christ », Joa., iv, 25; c’est pour avoir une panis, f 16, p. 422; Apoc. Bar., lxxiu, 4-5; les bêtes féroces apprivoisées seront au service de l’homme. preuve de ra messianilé que les soldats le frappent au prétoire, alois qu’il a les yeux bandés ct lui deman­ Orac. sibyll., ni. 620-623; 743-750; Apoc. Bar., xxix, 5-8 ; ce sera partout la fertilité, l’abondance, la richesse, dent : · Christ, qui t’a frappé. » Matth., xxvi, 67; Luc., xxn, 64. h santé, la force, l’absence de fatigue. Philon, De Thaumaturge, il devait accomplir des prodiges. prtrmiis el poenis, f 17-18, 20, p. 425, 423; Apoc, Bar., lxxiu, 2-7; lxxiv, L Joa., vu, 31. En preuve de sa messianlté, les Juifs Par delà le royaume messianique Inauguré Ici-bas ne demanderont-ils pas à Jésus « un signe dans le par le triomphe d Israël sur toutes les nations, les pro­ ciel ». Marc., vin, ll;cf Marc., xv, 32; Matth., xxvn, phètes de l’Ancicn Testament, Dan., xu, 2-3; cf. 39; Luc., xxm, 35. Enfin, le Messie est un docteur ct un guide des peu­ Sap., m, 5-9, avaient entrevu un royaume éternel Inauguré par la résurrection et le jugement final. ples dans les voies du Seigneur. Les psaumes de Salo­ La théologie Juive n’abandonne pas cet aspect de mon, xvn ct xvni sont inléichants à cet égard; car l’eschatologie messianique. La vie future lui apparaît Ils nous tracent un portrait saisissant du roi el du royaume messianique. Cf. Lagrange, op. cit., p. 230- comme une vie spirituelle dons la Jouissance ct l’tnli233. Le Messie est un roi · pur de tout péché, » « roi I mité de Dieu, Apoc. Bar., u, 3, 7-14; IV Esd, vr, Juste, Instruit de Dieu, » à qui le Seigneur a donné I 1-3, 63-72; Assumptio Moysis, x, 9, 10. Le royaume des deux, destination dernière et lieu définitif du • In force de l’Esprlt saint, la sagesse et la prudence, avec la Justice; » il doit t rassembler un peuple saint, » royaume inaugure sur la terre, c’est Γ · Êden », Testament des douze Patr arches, 'lest. Dan, 5; c’est au milieu duquel « il ne laissera pas habiter l'iniquité; » • Il détruira les pécheurs par la puissance de sa I le · paradis ». Test. Levi, 13. cf. Luc., xxui, 43; II parole; » le peuple saint qu’il se sera assemblé, « il le I Cor., xu, I; Apoc.» n. 7. Mais de toute m ni re. Indé­ conduira selon la Justice » ct « dans la sainteté,* » il I pendamment même de celte conception ; a* levée et gouvernera Israël · dans la crainte de Dieu, dan* la I plus spirituelle de l’Éden, du panidh ullia*terrestre, le royaume des deux, c'est-à-dire le royaume mes­ sagesse de l’Esprlt, de la droiture et de la force ; · sianique, devait être un royaume éternel. Dan., vu, Il dirigera les hommes « dans les voles de la Justice, leur Inspirant A tous lu crainte de Dieu. · El cette 27 ; cf. Orac. sibyl., u, 76; ni, 49-50; Ps. Sat., xvn, I; Hen., lxii, 1 1. Et c’est en ce sens que les Juifs réfwa mission de Justice et de sainteté sera univers. Ile . II Jugera les mitions el les peuples dans la sagesse de I daietii Λ Jésus ; « Nous, nous avons appris de U 1131 JÉSUS-CHRIST ET LES DOCUMENTS DE L’AGE APOSTOLIQUE loi que le Christ demeure éternellement. » Joa., xnt 34 ; cf. Targ. Jonath.» la., ix, 6. Pour la bibliographie générale, se reporter à Fils db Dibv, col. 2373. il. LS verbe Oü logos. — Nous avons fait obser­ ver plus haut, col. 1125, que ni la « Sagesse », ni la « Parole » n’ont été, dans ΓAncien Testament, rap­ prochées du Messie. Leur théologie marque une voie parallèle à la voie du messianisme, mais sans point de jonction. Cctte assertion est peut-être plus vraie encore de la théologie du Verbe ou Logos dans le judaïsme alexandrin. Et pourtant, à cause de l'in­ fluence qu’a pu exercer la philosophie alexandrine sur la rédaction de certains écrits du Nouveau Tes­ tament, ct très particulière ment sur les concepts de Fils (Col., Hcb.,) ou de Verbe (Joa.), il est Indispensable, avant d’aborder l’étude de Jésus-Christ dans le Nou­ veau Testament, de connaître la pensée des Juifs alexandrins ct notamment de Philon. L’étude a été faite à Fils db Dieu, t. v, col. 2373-2386. Nous ne devons Ici qu’en résumer les conclusions. Le logos philonlen (le seul qui intéresse directement la théologie de Jésus-Christ), est conçu comme un Intermédiaire entre la divinité transcendante et le monde, ct plus particulièrement l’homme. Il est la première des puissances intermédiaires entre Dieu ct le monde; Il est le premier des anges, que Philon iden­ tifie avec · l’ange du Seigneur » dont parle l’Ancien Testament. A la manière platonicienne, le Logos, par rapport au monde, est une idée ou plus exactement l’idée exemplaire du monde, la synthèse, l’ensemble ct aussi la source de toutes les idées particulières, modèles des différents êtres. A la manière stoïcienne, le Logos, comme les puissances, n’est pas seulement une idée, mais il devient une force, une loi puissante qui régit le monde, non abstraitement, mais physl- I quement, donc le lien qui en enchaîne les éléments ct li force, l’énergie qui, tout entière en chaque partie, remplit tout, pour être la cause de tout ce qui se pro­ duit de bien dans le monde ct dans l’homme. Tel est son rôle, cosmologique ct physique. Au point de vue religieux, le Logos devient révélateur, et Intcrmé- ' dlaire de cuite, d’ascension vers Dieu. C’est par lui que les sages rendent leur culte A Dieu ct, personnifié, il devient le grand prêtre, le suppliant du monde, Ικέτης. Toutefois cc rôle religieux ne doit pas être exagérée. « De tous les passages où le terme Ικέτης est appliqué au Logos, on n’en trouve qu’un où soit exprimé une Idée de médiation; encore s’agit-il d’un être intermédiaire, remplissant une fonction cosmo­ logique entre Dieu et le monde, ct non d’un média­ teur, réconciliant Dieu et les hommes. » Lcbreton, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1919, p. 578-579. Le point le plus délicat ù élucider dans la théo­ logie de Philon est de savoir si le Logos est un Inter­ médiaire réel ou une abstraction personnifiée? Les auteurs sont en désaccord sur la réponse à faire ù cette question. Le P. Lagrange tendrait plutôt à admettre le caractère réel de l’intermédiaire, à cause de son Identification avec l’Ange de Jahvé, Revue biblique, 1910, p. 590; le P. Lebrclon, penche visi­ blement pour l’abstraction personnifiée, op, cit., p. 229-235; M. Tlxcront reconnaît que la pensée de Philon est volontairement imprécise, et qu’on sc tromperait en disant que le Logos est une personne concrète, mais qu’on exagérerait en disant qu’il est une pure abstraction. < Quoi qu'il en soit, la concep­ tion phllonicnne du Logos, ne saurait être assimilée à la conception chrétienne du Verbe Incarné, dont la personnalité vivante unit réellement dans le même sujet les deux termes infiniment distant, Dieu et 1132 l’homme. Aussi bien, seule l’œuvre divine de l’incar­ nation pouvait-elle offrir A l’intelligence humaine une solution nette et précise. La pensée chrétienne comme celle de Philon se propose un but identique ; l’union à Dieu. Philon prétend y parvenir par le Logos, et pour cela, il le conçoit intermédiaire entre Dieu et l’homme, ct il l’imagine si grand que le Logos puisse remplir la distance infinie qui sépare ces deux termes ct les faire toucher l’un à l’autre, comme dit Philon lui-même, « par leurs extrémités ». Mais ce n’est là qu'une imagination : si la distance est infinie, quel intermédiaire pourra la combler? S’il est Dieu, il nous est Inaccessible; s’il est créature, Dieu demeure hon de son atteinte. Philon ne peut résoudre la difficulté;!) l’esquive en disant que le Logos n’est « ni incréé, comme Dieu, ni créé comme nous ». Qu’est-ll donc? La révélation chrétienne nous apporte la réponse ; elle va rassembler sur un seul ct même être toutes les données éparses dans l’Anclcn Testament et dans la théologie juive. L’Intermédiaire entre Dieu ct l’homme pour toucher A ccs deux termes par leurs extrémités, sera Dieu et homme. Le Christ Jésus nous apparaîtra, réunissant dans l’unité de sa personne, la divinité ct l’humanité. Au lieu d’un Logos qui ne peut sc définir que par des abstractions ct qui n’a aucun point de contact avec le Messie promis par Dieu A Israël, Jésus-Christ, Verbe Incarné, Fils éternel du Père, parlera dans Γ Évangile comme Dieu et comme homme. Il manifestera, dans son unique personne, la vie du Verbe et la vie du Messie, réalisant ainsi en lui-même concrètement les deux notions que la révé­ lation de l’Ancien Testament avait fait connaître aux hommes, sans néanmoins leur en dévoiler encore la mystérieuse affinité. II. JÉSUS-CHRIST ET LES DOCUMENTS DE L'AOE APOSTOLIQUE. — L Considérations préli­ minaires. — II. Manifestation humaine de JésusChrist (col. 1140).— III. Manifestation messianique et divine de Jésus-Christ (col. 1172). I. Considérations préliminaires. — 1· Les sour­ ces.— C’est A dessein que nous oulons restreindre, dans cctte étude théologique, nos sources aux écrits Inspirés du Nouveau Testament. Outre que le carac­ tère même de l’étude nous y invite, le peu d’utilité des autres sources nous dispenserait d’y recourir. 1. Sans doute, les documents d'origine non chré­ tienne, les témoignages de Josèphe, Ant. fud., XVIII, m, 3; XX, ix, 1 (le second seul est certainement au­ thentique); de Pline le jeune, Epist., 1. X, xevu; de Tacite, Annal., xv, 44; de Suétone, Vita Claudit, xxv; les traits satiriques de l’épicurien Lucien à l’adresse du « sophiste crucifié », dans son ouvrage, La mort de Pérégrin; le pamphlet de Cclsc, dont Origène nous a conservé de nombreux extraits, ont une valeur Incontestable pour attester ou confirmer le fait de l’existence de Jésus-Christ; mais Ils ne nous apportent aucun fait nouveau digne de retenir notre attention. I Voir ccs textes dans Kirch, Enchiridion fontium his­ torié ecclesiastica? antique, n. 5-7; 22-24; 28; 31; 33-34 Sur l'ensemble de cei textes, Kurt Linck, De antiquissimis veterum qua· ad Jejtum Na: a renum spectant testimoniis, clans ReligionsgcschichUlche Versuche und Vorarbeiten, Giessen, 1913, t. xîv, fasc. 1. — Sur les témoignages de Josèphe : Bohle, Flavius Josephus uber Christus und die Christen, Brixcn, 1890; et spécialement sur l'authenticité du pre­ mier, M. Burkitt, Josephus and Christ, mémoire publié dans les Actes du IV· congrès international ifHistoire des reli­ gions tenu d L*lde (Ί heologisch Tifdschrift, 1913), p. 135144; A. Harnack, Der judische Geschlchtschreiber Josephus und Jesus Christus, dans Internationale Monabchrifl fur ivlssenschaft. Kunst und Teknik, 1913, t. vn, p. 1037 sq.; I ct F. Bnrnrs, The contemporary Review, janvier 191 I contre l'authentkité, Mgr Bntiriol, L, silence de JosèpheI dans Orpheus et C Evangile, Paris, 1910. p. 4-24. 1133 JÉSUS-CHRIST ET LES DOCUMENTS DE L’AGE APOSTOLIQUE Lo Talmud, surtout dans la Ghemara, fait égale­ ment mention de Jésus. Mais, autour de traits histo­ riques empruntés ù nos évangiles, il groupe tant de fables odieuses, empreintes de la haine du nom chré­ tien, qu’on ne peut le considérer comme une source à laquelle le théologien puisse recourir. Tout au plus peut-il nous aider à mieux connaître le milieu dans lequel a vécu le Sauveur. 2. Plus Intéressants seraient les documents d'origine chrétienne, mais non canoniques. On peut les rattacher à trois groupes. — a) Les Agrapha, άγρχφχ, non écrits, non recueillis par les évangélistes, consistent en un certain nombre de paroles attribuées à Jésus, mais qui n’ont trouvé place dans aucun des évangiles inspirés. Il est bien difficile de préciser quelles paroles pourraient être considérées raisonnablement comme authentiques. Voir Agrapha, t. i, col. 626-627. A la bibliographie, col. 627, ajoutez, en ce qui concerne la liste des principaux Dicta, Preuschen, Antilcgumena, die Reste der ausserkanonischen Evangelien und ur ehristlichen Ueberlielerungen, 2· édit., Giessen, 1905, p. 21-31; en ce qui concerne les nouveaux Agrapha découverts sur des papyrus égyptiens, O. Bardcnhcwer, Geschichte der altkirchlichen Litteratur, 2· édit., 1902 t. i, p. 389-391; Grenfell ct Hunt, Λόγια Ίηηου, Sayings of Our Lord from an early Greek Papyrus, Londns, 1907; Th. Zahn, Die /Qngst ge/undenen AusprQche Jesu, dans Theologisches Lilteraturblatt, 1897, p. 417-420, 425-131; A. Harnack, Ueber die lûngst entdeckten Sprûche Jesu, 1897; P. Batiffol, Les Logia du papyrus de Behnesa, dans Revue biblique, 1897, p. 501-515; et Nouveaux Fragments évangéliques de Behnesa, Ibid., 1901, p. 481-100; Ch. Taylor, The Oxyrrhyncus Logia and the apocryphal Gospels, Ox­ ford, 1899; W. Bauer, Das Leben Jesu im Zeltaller der neulestament. Apo :ryphen, Tubingue, 1909, p. 377415; Evelyn White, The Sayings of Jesus from Oxyr­ rhyncus, Cambridge 1920.— b) Les plus anciens Pères nous apportent, grâce ù la tradition relativement courte qui les relie ù Jésus, différent* détails qui, s'ils n'enrichissent que faiblement notre documentation méritent cependant d’être accueillis avec reconnais­ sance. S. Justin, Dial.cum Tryphone, c. xun, xlv, c» P. G., t. vf, col. 568, 572, 709; S. Irénéc, Conl. hier., I. III, c. xxi, n. 3, P. G., t. vn, col. 950, affirment que la sainte Vierge appartenait A la race de David. Jules l’Africain décrit l'arbre généalogique de ia sainte Famille et mentionne ses différentes résidences. Eusèbe, //. /i., I. I, c. vn, P. G., t. xx, col. 89. I légésippe énumère les plus proches parents de NotrcSeigneur. Id.. ibid., I. II, c. xxm, n. 1-1; I. III, c. xx, n. 1-2, P. G., t. xx, col. 197; 252. Clément d’AlciXandric dgnalc les noms de plusieurs des soixante-douze disciples, Strom., L H, c. xx, n. 116, P. G., t. vm, col. 1062; et les Homélies clémentines citent ceux de la Cananéenne ct de sa ffllc, Justine ct Bérénice, clement., tr, n. 19; m, n. 73, P. G., t. n, col. 88; 157. D'après Eusèbc, H. B., 1. I, c. xm, P. G., t. xx, col. 120, l’hémorrhoTssc était de Pandas ou Césurée de Philippe, et avait élevé dans sa ville natale un monument commémoratif de sa guérison. Clément d'Alexan­ drie, Strom., I. VI, c v, P. G., t. rx, col. 264. nous I fait connaître les dernières recommandations inti­ mées par Jésus à ses disciples et l'ordre qu'il leur aurait donné de ne quitter Jérusalem que douze ans I après son ascension. Paplns enfin complète par quel­ ques détails d’une extraordinaire Invraisemblance ce I que saint Matthieu et les actes des Apôtres nous ap- I prennent de fa mort de Judas. Voir F. X. Funk, Die I apostolischen Vélter, Tubingue, 1906, p. 129. e) Les évangiles apocryphes, voir ce mot, t. v, col. I 1624-1640, se présentent ù nous avec 1a prétention de compléter ce que les évangiles canoniques avaient | 1134 laissé dans l'ombre, notamment la période de l’enfance du Christ, certaines circonstances de sa passion, sa descente aux enfers, sa résurrection. Les uns, composés avec des Intentions honnêtes, sc lancent dans des déve­ loppements de pure fantaisie, où nous trouvons sur­ tout des raisons de nous mettre en défiance et de nous lier exclusivement aux écrits canoniques. I^s autres, rédigés dans le but nuisible de propager des doctrines subversives, gnosticisme ou docétisme, doivent déli­ bérément être écartés, d’une façon générale tout au moins. Toutefois, dans les écrits de la première caté­ gorie surtout, on rencontre quelques grams d’or à travers beaucoup de boue, aurum in luto, dit saint Jérôme, Epist·, cvn, ad Lselam, n. 12, P. L., t. xxn, col. 877. Mais ces grains d’or ne touchent qu'à des points très secondaires, et n'empêchent pas que les sources non canoniques de la vie de NoLrc-Seigncur Jésus-Christ ne soient d’une très médiocre ut il lé. C'est pourquoi nos meilleurs, nos seuls auxiliaires véritables, sont les livres Inspirés du Nouveau Testa­ ment, évangiles, actes des apôtres, épîtres et apocalypse. 3. Les écrits canoniques. — Toutes les questions préalables relatives à l'authenticité, l'intégrité, la cré­ dibilité des évangiles, au caractère spirituel et cependant historique de l’évangile de saint Jean, sont d'avance dogmatiquement tranchées par le théologien qui doit s’appuyer sur les livres saints, considérés comme Inspirés. Néanmoins, très spécialement en cc qui concerne l'étude théologique de Jésus-Christ, ces questions préalables résolues indépendamment du dogme de l'inspiration évitent au théologien lui-même plus d'une difficulté et plus d'une contradiction de détail. Elles seront d'ailleurs résolues au cours des articles consacrés à chacun des livres inspirés. Les évangiles ne sont pas les seuls écrits où le théolo­ gien doive aller puiser les traits du personnage divin de Jésus. Les épîtres de saint Paul, en particulier, lui sont d'une utilité Incontestable. Saint Pau) était le contemporain de Jésus, dans le sens strict du mot. Converti Λ la religion du Christ après fa mort et l’ascen­ sion du Sauveur, il formule à l’endroit du Maître une doctrine d’autant plus précieuse qu’il l'a reçue direc­ tement de lui par vole de révélation Intérieure, Gai., i, 12; cf. Eph., ra, 3, et que cotte doctrine tout en continuant celle des évangiles et de l’Église naissante telle qu’elle se trouve dans les Actes des Apôtres ou les épîtres canoniques autres que celles de lean, at­ teste cependant un véritable progrès dans la connais­ sance de 1a vie Intime ct divine du Verbe incarné. Nous venons de parler de · progrès ». L'expreislon ne doit étonner ni scandaliser personne. La révélation n'n été close qu'avec le dernier des apôtres, et c'est dans l’évangile de saint Jean que nous trouverons le couronnement cl le perfectionnement dernier de fa révélation touchant le Christ. Nous admettons donc que les sources inspirées du Nouveau Testament se superposent les unes aux autres, les écrits de saint Puni nous faisant pénétrer plus avant dans la science surnaturelle Juifs, Euangelium, Elberfeld, 1881, p. 291-295; J. WeRs, Die contemporains de Jésus, ne l’auraient très certaine­ Schrilten des Ncuen Testaments, Gœttlngu··, 19'>5, t. i, ment pas appelé · Fils de David », Muttb.. i, 20; ix, p. 46; etc. Mais saint Matthieu n'a Jamais dit qu’avant 27; xv, 22; xx, 30, 31; xxi, 9, 15; Marc., x, 47, 18; Noël, la demeure habituelle de Joseph cl de Marie fut I Luc., xvm, 38, 39, s’ils n’avalent pas été convaincus de cette filiation. Celte persuasion dont la trace se Bethléem. Luc ne fait que compléter les données incomplètes de Matthieu. Donc, la naissance do Jésiu I retrouve A mainte page de l’Evangile, Matth., xu, 23; â Bethléem n’est pas «un produit do la réflexion dog­ xxn, 42; Marc., .xn, 35; Luc., r, 69, etc., éfujt telle que matique », comme l’écrit Th. Kelm, op. cit., p. 392; i le peuple n'aurait Jamais consenti â regarder comme Messie un prétendant, quel que fût d’ailleurs son mé­ une «invention de la dogmatique messianique», comme rite. qui n'aurait pas rempli cette condition, Indisle dit Heitmûllcr, Jesus, 1913; et comme le pensent de pen>aldc et facile à vérifier. De plus, Jésus n’a Jamais nombreux rationalistes, VoUcmar, Jésus Nazarenus, Zurich. 1882, p.41-42; IL J. lïnltzmann,Die Synop//4rer, I nié son origine davidique : une telle négation eût été p.52; K. Clemen, Dergeschichtliche Jesus, Giessen, 191L I incompréhensible de la part de celui qui sc présentait p. 59-60. C’est par crainte du surnaturel que de telles I au peuple Juif en qualité de Messie. L'épisode qu'on affirmat ions sont avancées; on veut ne pas voir dans I signale n'a pas du tout la signification qu'on lui prête. la naissance à Bethléem un· réalisation de la pro- I Jésus veut simplement affirmer que la filiation davi­ phétlc de Mlchée cl l’on veut du coup miner 11 véracité I dique n’explique pas les relations qu’il possède avec Dieu dans la partie transcendante de sa personnalité. des chapitres évangéliques relatifs Λ l’enfance de Jésus-Christ. Cf. Ο. I foltzmann, Leben Jcsu, 1 ubingue, I c’cst-A-dirc dans la filiation divine. Ainsi l'entendent 1901, p. 68. Mais rien ne saurait prévaloir contre i alhr- | non seulement tous les catholiques, mais bon nombr· 1143 JÉSUS-CH H 1ST. SA MANIFESTATION HUMAINE 11« I de protestants, H. Wendt, Die Lehre Jesu, 2· édit·, génération humaine, voir Incaknation, t vu Gœttlngu 1901, p. 424 ; Dalman, Die Worte Jesu, Leip­ col. 1470. Ύ . 1 zig, 1898, t. î, p. 202-204 ; 234 ; Spilta, Streit/ragen der 3° Jésus homme, soumis aux lots qui régissent le 4fa. Geichichte Jesu, Gcctlinguc, 1907, p. 157-172, et même loppement de l'humanité. — Noire-Seigneur J< usKeim, Geschichte Jesu, L î, p. 326-328 Chrlst, dès les premiers instants de son eilslenct, Mal· comment devons-nous établir la filiation davi­ apparaît homme comme les autres hommes soamji aux dique de Jésus-Christ? Devons-nous accepter les mêmes développements.—1, Conçu par la vierge Maijt, généalogies dressées par saint Matthieu et par saint il naît A Bethléem, après les neuf mois de gestalkm Luc? Les rationalistes ont accumulé contre elles tant exigés par les lois naturelles. Dès l’instant de la coa· | d'objections : on les dit contradictoires, parce qu'elles ception et de la naissance sc vérifie la parole de saint ne concordent pas entre elles; inutiles, parce qu’elles Paul, habitu inventus ut homo. Phil., π, 7. Celle parole aboutissent à Joseph, qui n’est pas le vrai père de se vérifie aussi dans la marche de la croissance liuinajne Jésus, ou, si Jésus doit être dit fils de David par de Jésus, mieux relatée par saint Luc que par les autres Joseph, inconciliables avec le dogme de la conception évangélistes. Avant même de signaler les progrès Intel­ virginale du Sauveur; Impossibles à vérifier el, somme lectuels et moraux de l’Enfant-Dicu, Luc indique la toute, établies après coup pour justifier devant la dilTérentesphascsdcson développement physique, nous conscience chrétienne la descendance davidique de le montrant tour â tour Λ l’état d’embryon danslricm Jésus-Christ. Nous retrouvons ici encore les noms de de sa mère» I, 42, βρέφος έν τη κοιλία; petit infant, Lolsy, A. Révllle, 0. Holtzmann, J. Weiss, etc. Il τό παιδίον , π, 17, 27, 40; et, Matth., π, 13-14; 20-21; n’appartient pas au théologien de discuter dans et enfant, παίς, π, 43. La croissance physique til le détail ces objections, aussi vieilles que l’Église et expressément marquée pour Jésus, n, 40, comme die déjà proposées par Celse, Julien l’Apostat et l'auste avait été marquée pour Jean-Baptiste, î, 8, réalisant le manichéen. On sc reportera à l’art. Généalogie de la prophétie d’IsaTe, uii, 2. Jésus grandit donc ct se Jésus-Christ dans le Dictionnaire de la Bible, t. m, développe d’après les conditions ordinaires. col. 166, pour avoir les solutions des diverses diffi­ 2. Bien plus l'évangéliste parle d’un accroisse­ cultés, Ce qu’il importe de remarquer, au point de ment analogue dans sa vie intellectuelle et morale. vue de la réalisation des prophéties, c’cst que, même Au t· 40, il avait simplement affirmé que « le petit en admettant que les deux généalogies de Matthieu et enfant croissait et se fortifiait, plein de sagesse, el de Luc soient par Joseph et n’indiquent pour le père [que| la grâce de Dieu était en lui; » mais au t. 25, légal qu’une filiation davidique légale, il n’en est pas avec plus de netteté, il affirme que Jésus avançait moins vrai que Jésus, par Marie, possède une filiation en sagesse et cn âge (en taille) et en grâce devant Dieu davidique naturell ·. l'ne tradition très ancienne, reçue et devant les hommes. » Les paroles de Luc ne peu­ par saint Ignace d’Antioche, Ad Eph., xvin, 2; Ad vent s’entendre que d'un développement réel, pro­ Trail., ix, 1 ; Ad Smyrn., î, 1, édit. Funk, Paires aposgressif; ct ccttc affirmation, sous un certain rapport, lolici, Tublngue, 1901, p. 227, 249, 277; par saint marque mieux, semble-t-il, la réalité de l'incarnation Irénée, Cont. Harrses, I III, c. xvi, n. 2; c. xvn, η. 1 ; du Verbe. Dieu sans doute, mais homme aussi. Mais, sous un autre rapport, cct accroissement Intellectuel P. G.t t. vn, col. ' 21, 929; par saint Justin, Dialog., n. 43, 15, 100, 120, P. G.. t. vi, col. 567, 572, 709, et moral ne va pas sans faire difficulté, car, cn raison de l’union hypostalique, l’intelligence du Christ n’a· 753; par Talien,Dio/essaron,5,13; par'1er lui lien, Ado. Marcionem, I. 111, c. xvn.xx;!. IV, c.i; 1. V. c.vm; De t-cllc pas obtenu du premier coup, la plénitude de son objet, la sainteté de Jésus n*a-t-cllc pas été parfaite’ carne Christi,c. xxn, P. L.,l. n, col. 373, 378. 391, 521, Nous aurons à résoudre plus loin le problème théolo834 ; et plus tard, par Eusèbc, Demonst. evang., I. V H, c.iii, n. 10, P. G., L xxn, col. '6 ·, nous atteste que Jésus, I glqtie que soulève cette difficulté; mais retenons, comme acquise, l’assertion d'un progrès réel dans la par Marie, est, selon la chair, de la race royale de David. science expérimentale du Christ»ct dansl’cxcrclccexté­ S’il n’est point probable que les mots έξ οίκου Δαυείδ rieur des vertus. Cf. S. Thomas, Sum. theol., Ill·, Luc., i, 27, tombent sur la Vierge ou sur Joseph el la q. xn, a. 2, ad lQra. Cette solution, provisoirement Vierge conjointement, il est certain que Luc suppose retenue, Il devient facile d’exposer, au point de vue ù la vierge Marie une origine royale, î, 32, 69; cl saint Paul l’insinue également, Rom., î, 3; II Tim., u, 8; I historique cl exégétique» A la lumière de l’évangile, interprété par les Pères ct par les théologiens, cc que llcb., vn, 14. U semble donc que soit condamnée fut le progrès intellectuel ct moral du Christ enfant. d’avance la thèse des néo-cri tiques» rattachant Marie à la tribu de Lévl. II. Ewald, Die drci ersten Evangc- I Problème délicat entre tous, que < jusqu’ici, aucune lien, 1856, p. |80; F. Spilla, Dec Bric/ des Julius I pensée humaine n'a pu résoudre d’une manière com­ A/ricanas, Halle, 1877, p. 44; IL J. Holtzmann, I plètement satisfaisante, · avoue un protestant ortho­ Die Synoptikcr, p. 310 ; J. Weiss, Die Schri/len des doxe plein de foi, le Dr Kell, Kommentar ûber die N. T., t. î, p. -116, etc. La parenté de Marie avec Evangelien des Markus und des Lukas, Leipzig, Élisabeth, Luc., î, 36, laquelle comptait parmi les 1879» p. 244. filles d’Aaron, prouve simplement qu’un mariage 3. Sans doute, une âme aussi parfaite que celle du avait été contracté auparavant par un membre de la Christ n'a pas eu réellement de maître, selon l’accep­ famille de David — et de la Vierge — ct une descen­ tion habituelle du mot. Cependant comment ne pas dante d’Aaron. Depuis longtemps, saint Augustin, admettre, sur le développement de sa science expéri­ mentale, l'influence du milieu dans lequel Jésus a vécu Contra Faustum, 1. XXIII, c. i-iv, ix, avait réfuté ce et grandi, l'influence de la Palestine cn général, de la sophisme de Fauste. P. L., t. xui, col. 467, 471. Les textes du Testament des douze patriarchis, Siméon, I Galilée et de Nazareth plus particulièrement, — de Nazareth où devait s’abriter ct se recueillir toute 7; Gad, 8; Lévl, 2; Dan, 5; Joseph, 19, rattachant le la vie cachée du Sauveur, — cette influence qui Sauveur A la tribu de Lévl, attribuent A Jésus une explique l’amour de Jésus pour son peuple ct sa patrie? origine lévilique au sens spirituel, pour désigner qu’il D’autre part, que de sujets de comparaisons, utilisés sera aussi prêtre. Mais il est selon la chair de la tribu de Juda Juda, 19. La double origine est bien expri­ 1 plus tard dans les discours du Maître, ct empruntés à la nature, si riante ct si riche, des environs de Naza­ mée dans le Testament de Simeon : · Le Seigneur reth. « Partout, dans la nature, Jésus contemple les fera sortir de Lévi un prêtre, ct de Juda, un roi. Dieu vestiges du Dieu tout puissant et Infiniment bon. el botimu · Sui la convenance de l’origine davidique du Sauveur, et, par elle, de l’incaination par voie de 1 Matth., vi, 26-30. Le inonde des plantes et des uni- 1145 JÉSUS-CH B 1ST. SA MANIFESTATION HUMAINE maux lui fournit la solution des problèmes les plus graves. Matth., xm, 21-30; 31-32. Scs paraboles sur­ tout dévoilent à quel degré il était attentif aux détails les plus Insigni liants cn apparence, de la vie végétale et animale... (Qui ) ne sc rappelle pas avec sympathie le lis des champs ct sa splendeur éphémère, le blé qui lève doucement, l'ivralc semée dans le champ par l'homme ennemi, le figuier verdoyant, mais stérile, la vigne qui a besoin d'être émondée pour produire plus de fruits, les oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne moissonnent ct que Dieu nourrit avec libéralité, les petits du corbeau qui reçoivent providentiellement aussi leur pâture, la poule qui cache se# poussins sous ses ailes, le chant régulier du coq à certaines heure* de la nuit, les renards qui ont leur tanière tandis que le Fils de l’homme n'a pas où reposer sa tête, la brebis qui suit son pasteur; et aussi, dans la nature inanimée, le coucher rutilant du soleil, le vent brû!ant du sud, le lac ct les montagnes, ct cent autres traits analogues? En vérité, nous ne comprendrions pas complètement l'âme, l'intelligence ct le caraetên personnel de Jésus, si nous ne remarquions pas les impressions que la nature a produites sur lui pendant son adolescence et sa jeunesse. » Fillion, Vie de N.-S. Jtsus-Christ, t. î, p. 365-366. 4. Les faits quotidiens de la vie contribuèrent aussi à l'éducation experimentale de Jésus. Dans la vie domestique, sociale ou politique, ccttc influence apparaît manifeste : · En se contentant d'ouvrir les yeux, que n'a-t-ll pas appris peu à peu? Les céré­ monies de la cour royale, aussi bien que celles des noces villageoises; les vêtements précieux qui devien­ nent promptement la proie des mites; les règles du raccommodage le plus vulgaire; l’administration des grandes propriétés; la lampe sur le chandelier; le sd qui préserve les aliments de la corruption; les lois du marché (deux passereaux pour un as; cinq pour deux as); les relations des ouvriers et des proprietaires ; les Jeux des enfants, tels qu’il les avait sans doute pra­ tiqués lui-même ; les murs des maisons percé* par les voleurs; la nécessité de bâtir sur un terrain solide, les prières interminables des païens, les travaux du berger, du laboureur, du pêcheur...; il a tout observé, il connaît tout, il profite de tout pour cn orner el cn fortifier son enseignement. C'est donc cn pleine exac­ titude qu'on peut parier de l'éducation do Jésus par les sens et par l’expérience. » Id., ibid., p. 366-367. 5. 11 faut également noter l'influence de Marie ct de Joseph sur l’enfant confié à leurs soins. L’Évangile nous la signale d’un mot : et erat subditus Ulis. Luc., n, 51. C’cst de sa mère que Jésus apprit à balbutici les premières prières, à lire quelques psaumes el le décaloguc ; c’est elle qui raconta à son divin Fils les prin­ cipaux épisodes de l'histoire des Israélites, lui parlant du Père céleste et de son rôle futur de Messie. Et, en agissant ainsi, la Mère du Christ « savait qui 11 était el, chargée du devoir de l'instruire, elle n’oublm jamais de l’adorer. » C. Fouard, La vie de N.-S. Jésus-Chriti, Paris, 1904, t. î, p. 107. C'est sous l'influence de ses parents que Jésus-Christ acquit le développement relatif à l'étude du langage courant, l’uramécn, ct sans doute aussi du langage liturgique, l'hébreu. Il put aussi apprendre le grec, couramment parié en Galilée, langue dans laquelle deux de ses · frères », Jacques le Mineur ct Judc devaient écrire leurs épltrcs· C'est vraisemblablement cn g» ce que Jésus s'entretint avec le centurion romain, Mutth., vm, 5-13; avec les i • Hellènes » dont parle Jean, xn, 21, avec Pilate et d’autres encore. C'est encore un progrès dans la science expérimen­ tale qui s'afllrmc dans l’apprentissage de Jésus comme charp< ulitr. 11 c*t le « du charpentier », Matth., xm, 55, ou encore, plus amplement, · le char- 114G prntler. » Marc», vi, 3. Saint Justin nous le montre fabriquant des charrues ct des Jougs, Dialog., n 88, P. G., L vi, col. 683. Aux yeux des Juif contempo­ rains du Sauveur, le travail manuel él.id d ailleurs cn haute estime, et de nombreux rabbins pratiquaient toutes sortes de métiers. Matth., iv, 18-29 ; xx, 1-14, Luc., xxm, 53; Marc., n, 21; vi, 3; rx, 3; Joa., xix, 29; xxi, 3-4; AcL, xvin, 3, relatent diHercules pro­ fessions; cf. Schwalm, La vie privée du peuple juif, Paris, 1910, p. 206-221 ; 212-216,303-301, etc. Le Tal­ mud suitout nous fait connaître ta vie du peuple Juif à ce point de vue, nous rappelant les pressantes exhor­ tations des docteurs de la Loi en faveur du travail manuel. Cf. F. Delitzsch, HandoxrKa ben zur Zeii Christi, eln Be drag zur neufeslatncnlaejien Zeitngeschirlde, Leipzig, 1868; L.-Cl. Fillion, £ ais d'exé· gist, Paris, 1881, p. 239-266· Him d'cluti aat donc, que Jésus ait travaillé, simple et laborieux artisan, subvenant, par son labeur quotidien, aux besoms de sa mère et aux siens propres, après la mort de saint Joseph. 6. Dans un autre ordre de choses, il ne semble pas qu’à l'exemple des jeunes Israélites, qui sc proposaient d'embrasser la carrière alors si glorieuse de docteur de la Loi, Jésus-Christ, après quelques leçons reçues peut-être dans l'humble école (attenante à la synagogue de la bourgade), ait suivi pendant plusieurs années les cours des académies rabbmiques de Jerusalem ou d'autres villes de Palestine. Saul avait reçu cette édu­ cation, Act., xxn, 3. Mais de Jésus on savait perti­ nemment à Jérusalem qu’il n'avait pas fréquenté les écoles supérieures, Joa., vn, 15; et à Nazareth, où s'écoula toute la jeunesse du Sauveur, on ne compre­ nait pas, lorsqu’il sortit de son obscurité, d’où lui venait une sagesse si extraordinaire. Matth., xm, 54; Marc., vi, 2-3. Si Jésus reçoit plus tard 1rs titres de rabbi ou de rabboni, Matth., xxvi, 25, 49; Marc., IX, 4; x, 51; xi, 21; xiv, 15; Joa., in, 2; iv, 31; ix, 2; xi, 8; xx, 16, c'est uniquement à cause de sa science étonnante des Écritures et de la Loi. Si Jésu·» devait à une influence humaine quelque progrès Intellectuel de ce chef, ce serait bien plutôt à ses fréquentations assidues aux pieux exercice* des synagogues, aux jours de sabbat el de fête, Matth.,iv, 23;ix, 35; xn.9; xni, 54; et à ses lecture s de la Bible, le livre éducateur par excellence. Les formules qu’il emploiera pour intro­ duire ses citations : « N'avez-vous pas lu?... Comment est-il écrit?... Comment lis-tu?...» Matth., xn, 3, 5; xix, 4; xxi, 16, 42; xxn, 31; Marc., n, 25; xn, 10,26; Luc., vi, 3; x, 26. prouvent ù elles seule* à quel point il connaissait la Bible. Et les emprunt* qu’il fera à la Bible montrent l'étendue, la sûreté, la penetration de ses connaissances. 7. Pourrait-on dire que Jésus ait été redevable d’une partie de son développement moral à la tenta­ tion, Λ l'épreuve? Il fut tenté, certes — les évangé­ listes le disent cn toutes lettres, Matth., tv. 1-11; Marc., I, 12-13; Luc., iv, 1-13. — mais sans péché, I Hvb., iv, 15, car il n'était pas possible que le mal moral effleurât jamais de son souille · celui qui est né saint ». Luc., î, 37. Ces tentations du moins ct les victoires réitérées dont elles furent l'occasion, ont contribué pour leur part à faire croître Jésus en sagesse et en grâce. Des tentations, on peut dire déjà cc qre l’auteur de l'épltre aux Hébreux alllrmo des souffrances par rapport à l'obéls.*ance du Christ. Certes, Jésus possé­ dait la vertu d'obéissance, aussi parfaite dès le pre­ mier instant de sa vie qu'à l’heure de sa mort; mais l'exercice de ccttc vertu s'est manifesté dans l'expé­ rience concrète des dillicultés de l'existence : cum essel FHius t)ei, didicit, ex iis qu* passus est, obedten· tiarn. I frf».. v. 8. 4· Diiut/uancc absolue de ces explications. — Et 1147 JÉSUS-CHRIST. L'HUMANITÉ cependant, Il faut avouer que toutes ces raisons hu­ ma ne ne suffisent pas à expliquer le développement Intellectuel et moral de Jésus. Elles n’en révèlent qu’un aspect, celui par lequel le développement se trouve en relation avec les événements extérieurs dans lesquels évolue l'existence humaine de Jésus : « Un résultat beaucoup plus grand, écrit encore fort à propos M. Fillion, op. d/., p. 367-368, fut produit, dès sa première jeunesse, par scs réflexions personnelles sur et qu’il voyait et entendait, spécialement sur son rôle de Messie et sur ses relations avec Dieu. En vérité, c’est avant tout dans cette direction, du côté de la personnalité de Jésus, que nous devons chercher la raison la plus efficace et la cause essentielle de son développement. Le reste ne pouvait être qu’acccssolre et superficiel. Rendons cette justice à la plupart des néo critiques : ils admettent eux-mêmes qu’il en fut ainsi, cl ils le disent parfois en termes excellents : • Nous venons, écrivait Auguste Sabatier, dans [’Ency­ clopédie des sciences religieuses de Lichtenberger, t. vm, p. 366-367, de marquer toutes les influences au milieu desquelles grandit Jésus... Mais il serait bien vain de vouloir expliquer sa personnalité comme le produit naturel de leur action combinée. Cette expli­ cation mécanique ou physiologique ne suffit jamais à expliquer un grand génie... Il reste, dans cette grande individualité, à côté des actions extérieures qui l’ont formée au dehors, une force intime, un nescio quid divinum qui vient du dedans et qui échappe À toute app.énaUon. Or, cet élément primitif, spontané et divin, a fait l’onginalîté de Jésus. » De quel élément veot-on parler ici? · La marque distinctive d< Jésus est d avoir apporté dans le monde et conservé jusqu’à la I n une conscience pleine de Dieu et qui ne s’en est jan»a.» sentie séparée. S’il trouvait Dieu si sûrement dans l’Ancien Testament; s’il le voyait si clairement dans la nature ; c'est qu’il l’avait en lul-mrmc et qu’il vivait intimement avec lui dans un perpétuel entretien. » il y a, dans ces lignes, quelques idées liés justes, et il nous plaît de constater que nos adver­ saire les plus éminents recon nids? en l que c'est dans la natun exceptionnelle et unique de No tre-Scigncur qu’un doit chercher le vrai principe de sa croissance. Voit aussi Stapfer, Jésus-Christ avant son ministère, Paris 1806, p. 186-187; Th. Keim, Geschichte Jesu, L L p. lâü. Mais que l avcu est incomplet, imparfait I Ctst qu’on ne consent à voir en Jésus-Christ que de l'humain, du relatif par conséquent, tandis qu'il possédait de l’absolu, du divin, la divinité même. > t En effet, les relations étroites que Jésus avait avec Dieu notaient pas seulement celles que la prière et la méditation établissent entre le Seigneur el ses amis ûdc<· s — et que dire de la ferveur, de l’extase des oraisons du Verbe incarné, des lumières que son esprit et son âme y puisaient incessamentI — mais celles d’une identité de nature, d’une génération et d’une filiation strictement divines. N.liions dune pas cher­ cher sur la terre, dans les hommes ou dans les choses, dans la nature ou dans l’histoire, la raison dernière du développement, de la formation du Christ Jésus. Chcreburis-la dans son origine céleste. N’a-t-il pas dit un jour, Joa., vn, 16, que son enseignement était relui du Père qui l’avait envoyé, cl n'esl-ce pas dans le sens le plus littéral qu’il était k I lls de cc grand Dieu? Son éducateur véritable, c'est donc le Dieu vivant ; c’est par conséquent lui-même. Le milieu — c’est-àdire le pays, la famille, l’école, la synagogue, les lenoni de l’expérience el des choses, la lecture de la 1 Lie — a certainement contribué quelque peu à l’éducation morale du Sauveur; mais son instruct ion principale, c’est le Verbe. » El nous en arrivons ainsi à la formule thêologJmi’* que non· trouverons chez les Pert* et les grand? i oetcurs de i Église el que Mgr Le DU SAUVEUR 1148 Camus a condensée très exactement en ces paroles : i L'homme ne sc séparait pas de Dieu au fond de celte personnalité divine. Il ouvrait progressivement, et selon les occasions diverses, l'œil de son âme à la lumière du Verbe qu’il portait essentiellement pré­ sente en lui. Il y lisait l'œuvre à accomplir ou la parole à prononcer. Ainsi, à la science naturelle et humaine, s’ajoutait la science divine, à laquelle il avait recours dans les proportions requises par les événements, cl d'après les lois prudentes que la Providence traçait elle-même. Or, ces événements étalent toujours con­ formes aux phases régulières de lu vie humaine; voilà pourquoi l’évangéliste observe que l’enfant croirait en sagesse devant Dieu et devant les hommes, c’est-àdire que, tout en ayant la science infinie de Dieu à son service, l’homme en Jésus-Christ ne s’en servait que proportionnellement à scs besoins, selon les lois du développement de sa nature humaine et de sa mission divine. » La vie de N.-S. Jésus-Christ, Paris, 1883,1.1, p. 215. //. L’BUMAMITÊ DO SAUVEUR J&3U8. — Il faut maintenant reconslituer.d’après les données de ('Évan­ gile et dans la mesure du possible, la physionomie cl les caractères de cette humanité qui, depuis l’instant de ia conception virginale, appartient au Verbe Incarné et s’est développée en lui selon les lois de la croissance normale, habitu inventus ut homo. Toute­ fois, avant d'aborder cet aspect nouveau de notre élude, il convient d’éliminer une expression peu accep­ table et que néanmoins on est souvent tenté d'accep­ ter. On parle parfois de la « personnalité humaine de Jésus > : le sens que recouvre cette expression est, chez les catholiques, très certainement orthodoxe. On veut signifier la physionomie, la nature humaine du Christ. Théologiquement, puisqu’il n’y a, en JésusChrist, qu’une seule personne, la personne même du Verbe, voir I Iypostatique (Union), t. vn, col. 438, il ne peut y avoir, en Jésus-Christ, qu'une seule per­ sonnalité, et ce serait par un abus manifeste de lan­ gage qu’on parlerait de sa personnalité divine et de sa personnalité humaine. Éliminons donc à tout jamais de notre langage théologique une expression dangereuse et impropre, et ne discourons que de l’hu­ manité du Sauveur Jésus, humanité complète, faite de corps et d’ûnie comme la nôtre, avec toutes les propriétés de l’âme et du corps. Rappelons toutefois que notre étude, présentement, se borne à rechercher dans (’Évangile, la physionomie de cette humanité et laisse délibérément de côté les précisions comme les erreurs qui s'ajoute.rent ou s'opposèrent, au cours des controverses théologiques des âges postérieurs, à la révélation évangélique. lq L'humanité complète el parfaite du Sauveur Jesus. — 1. Après ce que nous avons déjà recueilli dans les synoptiques touchant la conception,la naissance, la croissance physique, intellectuelle et morale du Christ, il est Impossible de douter de la réalité de Jésus comme homme. Avec saint Luc, nous avons suivi les transfor­ mations de Celui qui, d'abord embryon dans le sein de sa mère, est devenu petit enfant, puis enfant, avant de parvenir à l'âge de la maturité, in, 22 : άνήρ. L'humanité complete et parfaite du Sauveur est si manifeste dans tous les faits dont la trame de son existence est formée que les synoptiques ne songent pas à en proposer la vérité d'une manière particulière. C< lie vérité éclate manifestement en cc que le Christ cit né, i grandi, a vécu comme un homme au milieu des autres hommes, mangeant, buvant, dormant, conversant avec eux, a souffert et dans son Ame et dons son corps les tourments de sa passion doulourru ■·.·, est mort très réellement cl, dans sa résurrec­ tion. aln> réellement réuni son âme à son corps, donI nant, de la vérité de celte humanité rccon&Uluee, 1149 J ÉSUS-CH H 1ST. L’HUMANITÉ maints témoignages sensibles. Marc., xvi, 9, 14; Luc., xxiv, 30, 39; 43. El déjà, rien qu'à la lecture des synoptiques, on peut formuler la conclusion qui sera plus tard celle de Tertulllcn. SI le Christ ne fut pas homme, toute sa vie n’est que mensonge. Aduersu» Marclonem, 1. III, c. vui. Cf. De carne Chrlstt, c. v, P. L·, t. n, col. 3G0, 805. Il convient toutefois d'insister sur une expression qu'on retrouve maintes fois chez les synoptiques et dans saint Jean : Fils de l'homme (31 fois dans saint Matthieu, 14 dans saint Marc, 25 dans saint Luc, 12 dans saint Jeun; on la lit encore dans Act., vn, 56 et Apoc., i, 13; xiv, 14). Malgré l’assertion contraire de plusieurs critiques, notamment de Lictzmann, Der Henschensohn, Fribourg-en-Brisgau, 1896, J. WclIhausen, Skiz:cn und Vorarbetten, t. vî (1899), p, 202, cf. N. Schmidt, art. Son o/ man, dans VEncyclopedia biblica, de Cheyne, L rv, col. 4732, c’est bien Notre· Seigneur Jésus-Christ qui s’est donné à lui-même ce titre de luis de l’homme. Cf. Dalman, Die Worte Jesu, Leipzig. 1898, p. 21G. En quel sens Jésus se donnalt-il a· titre*? Nous le rappellerons brièvement plus loin, voir col. 1203. Pour le moment, il nous suffit de retenir que Jésus s'est appelé le Fils de l’homme, cc qu’il n’aurait pu faire en toute vérité s'il n'avait pas élé un homme. El donc l'expression Fils de l'homme Quant ù l'épltre aux Bornai ns, elle est encore plus précise. Rom., v, 12-19 : « Le péché est entré dans le monde par un seul homme...; si par le péché d’un seul (homme) beaucoup sont morts, bien plus abondamment la grâce et le don de Dieu, par la grâce d'un seul homme, Jésus-Christ, se sont répandus sur un grand nombre... Si» par le péché d’un seul, la mort a régné par un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l’abondance de le grâce, et du don, cl de la justice, régneront-ils dans la vie par un seul, Jésus-ChrisL Comme donc c'est par le péché d’un seul que tous les hommes sont tombes dans la condam­ nation, ainsi c'est par la justice d’un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie. Car, de même que par la désobéissance d'un seul homme beau­ coup ont été constitués pécheurs, de même aussi, par I l’obéissance d’un seul, beaucoup sont constitués justes. » De tous ces textes, il ressort que NoireSeigneur, nouvel Adam, fut homme comme le pre­ mier : le premier Adam toutefois n’était qu’un homme; Jésus-Christ, au conliuirc, tout en possédant l'huma­ nité, possède aussi un nom qui est au-dessus de tout nom. Pldl., n, 9. Si Jésus n'était pas homme, mensonge serait donc la rédemption tout entière : « En effet, si Jésus-Christ n’était pas vraiment homme, il ne serait pas notre frère; s’il n'était pas notre frère, il ne serait pas notre chef au sens strict du mot, s'il n’était pas notre chef, il ne serait pas notre représentant; sa grâce lui serait personnelle et sa Justice ne serait la nôtre à aucun titre. Ainsi s'explique l’insistance avec laquelle Paul inculque sans cesse la réalité de la nature humaine du Christ. » Fret., op. cit., p. 256. Mais, homme parfait, Jésus ne cessera pas d'être Dieu. · En lui habite corporellement In plenitude de la divinité. » Col., n, 9. « Existant en ia forme de Dieu, il ne regarde 1151 JÉSUS-CHRIST. LE CORPS DU CHRIST pas l’égalité divine comme une proie, mais II se dépouill· lul-mcmr, [en] prenant la forme de l'esclave et devenant semblable aux hommes; et reconnu homme, par scs dehors (lesquels manifestaient la réa­ lité de sa nature), il s’abaissa, se faisant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. · Phil., n, 6-8. Cf. Hypostatique (Union), t. vn, col. 447-419. La formule : έν αύτφ κατοικεί παν τδ πλήρωμα της θεότητας σωματικώς, Col., π, 9, est signi Ileali ve par l’emploi d’une part du mot πλήρωμα si en vogue plus tard parmi les gnosliques el d'autre part de l’adverbe si énergique σωματικώς. Elle montre que saint Paul, en affirmant la réalité de l'humanité du Christ, par rapport à notre rédemption, entendait fermer la bouche au docélisme, auquel il fait une évi­ dente allusion dans I Tim., vî, 20. C’est contre celte • science qui n'en mérite pas le nom, » qu’il alllrmc solennellement « qu'il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus (fait) homme : » μεσίτης Θεοΰ καί άνθρώπων άνθρωπος Χριστδς ’Ιησούς, I Tim., ιι, 5. 3. Cette préoccupation antidocètc, nous la retrou­ vons plus accusée encore, chez saint Jean, L'alifrmation solennelle du début de son évangile : · Le Verbe s’est fait chair (c’est-à-dire : homme) et 11 a habité parmi nous, » vise nettement et explicitement la iéalité de l’humanité du Sauveur. Voir Incarnation, l. vn, col. 1446-1117, et Hypostatique (Union), ibid., col. 446-147. Mais dans les épllres, c'est bien le docétisme qui est combattu : · Tout esprit qui con­ fesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu; et tout esprit qui ne confesse pas ce Jésus n’est pas de Dieu, c’est celui de l’AnllchrisL » I Joa., iv, 3. · Plusieurs séducteurs ont paru dans le monde; ils ne confessent point Jésus comme Christ venu en chair : c'est là le séducteur cl Γ Antichrist. » Il Joa., 7. Ces allusions au docélisme naissant font comprendre le début de la I" ép1tr< : · Cc qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé cl ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, » C'est encore une attestation de la réalité de l’incarnation qu’on trouve dans ce verset : · C'est lui qui est venu par l'eau et le sang, Jésus-Christ, non dans l’eau seulement, mais dans l’eau et dans le sang, » I Joa., v, 6 : allusion évi­ dente au baptême du Christ el à sa passion non moins qu’à l ean et au sang sortis du côté de Jésus en croix. Cf. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1910, p. 127-428. D’ailleurs le réalisme intran­ sigeant de saint Jean, en ce qui concerne la chair du Christ, est une des notes caractéristiques de son évan­ gile spirituel. Le chapitre vi, dans le discours eucha­ ristique qu’il contient, est significatif à cet égard. Saint Jt an y accentue le caractère physique de l'union du fidèle au Christ : « Si vous ne mangez la chair du Pik de Illumine et si vous ne buvez son sang, vous n'avez pas la vie en vous. » Joa., vî, 54. El la chair du Christ est pour la chair de l'homme le gage d’une résurrection glorieuse, t. 55. L’eucharistie est une telle preuve de la réalité de la chair du Christ que préci­ sément les docètes s’abstiendront de prendre part au banquet sacré, parce qu’ils ne croient pas à l'huma­ nité du Sauveur. S. Ignace, Smyrn., vn, 1. Cf. Lebre­ ton. op. ci/., p. 402-405. Entrons dans quelques détails particuliers, plus significatifs, pour mieux marquer la réalité de l’huma­ nité du Christ, *oit dans son corps, soit dans son ftme. 2* Le corps du Christ, — 1. C'est par le mot chair que saint Jean, nous l’avons vu, dl**igne l'huniaiiiU. pi’re que la Chair est la portion visible de cette huma­ nité saint Paul nous dit également que le Christ p'»· ifi* · par le sang de sa croix, » réconcilie < dans le corps de ta chair, » Col., i, 2U, 22; Jésus n'1-t-ii pas 1152 participé · à la chair et au sang » afin de détruire par la mort celui qui avait l'empire de la mort? Hcb., n, 14. Nier la réalité du corps du Christ, cc ne serait pas seulement rejeter la réalité de son humanité com­ plète cl parfaite dont nous venons, en traits généraux, de démontrer l’existence, ce serait encore s’inscrire en faux contre la multitude des détails relevés par les évangélistes touchant les gestes habituels, les mouve­ ments familiers du Sauveur. 2. Ils nous le montrent, en effet, dans diverses attitu­ des : tantôt debout, Marc.,iv, 39 ; Luc., vm,21 ; Joa., vn, 27; xiv, 31 ; tantôt assis, Matth., v, 1 ; xm, 2; xxiv, 3; xxvi, 55; Marc., iv, 1; xn, 41; xm, 3; Luc., iv, 20; v, 17; Joa., iv, 6; vm, 2. Parfois, il est étendu sur un divan, scion la coutume d'alors, pour prendre scs repas, Matth., xxvi, 7; Marc., xiv, 3; Luc., vn, 37; xi, 37; Joa., xm, 14; ou bien il dort allongé sur le pont d’une barque, la tête appuyée sur un coussin. Marc., iv, 36. S’il prie, il est ou agenouillé, Luc., xxn, 41, ou prosterné par terre. Matth., xxvi, 39; Marc., xiv, 35. Scs mains rompent les pains avant de les distribuer, Matth., xiv, 19; xv, 36 ; xxvi, 26 et pas­ sages parallèles de Marc et de Luc; Luc., xxiv, 30; prennent la coupe consacrée et la passent aux apôtres, Mal th., xxvi, 27; Marc., xiv, 29; Luc., xxn, 17; bénissent les petits enfants, Matth., xix, 13, 15; Marc., x, 16; Luc., xvni, 15, et les disciples, Luc., xxiv, 50; touchent les malades pour les guérir, Matth., vm, 3; 15; ix, 29; xx, 34; Marc., i, 31; vm, 23; Luc., iv, 40; v, 13; xxu, 51, etc.; et les morts pour les ressusciter, Matth., ix, 5; Marc., ix, 41; Luc., vn, 14; vm, 54; chassent les vendeurs du temple et renversent les tables des changeurs, Matth., xxi, 12; Marc., xi, 15; Joa., n, 15; lavent humblement les pieds des apôtres. Joa., xm, 5. Son corps tout entier sc meut, « soit lors­ qu'il sc baisse et saisit saint Pierre qui s'enfonçait dans les eaux courroucée· du lac, Matth., xiv, 31; soit lorsqu’il place à scs côtés, pour donner une leçon aux Douze, un petit enfant qu'il baise affectueusement, Matth., xvni, 2; Marc., ix, 35; xm, 16; Luc., ix, 17; soit lorsqu'il se penche el écrit avec son doigt sur le sol, en face des accusateurs de la femme adultère, Joa., vm, 8; soit lorsqu'il tourne le dos vivement à l’un de scs Interlocuteurs, pour marquer son mécon­ tentement, Matth., xvi, 23; Marc., vm, 33; Luc., ix, 55; ou qu’il se retourne vers scs auditeurs pour donner plus de poids à scs paroles. Luc., vu, 9; x, 23; xiv, 25; xxm, 28; cf. Matth., ix, 22; Luc., vu, 41; Joa., i, 38. Le plus émouvant de tous scs gestes fut certainement celui qu'il Ht sur la croix, en inclinant la tète au moment où il exhalait son dernier soupir. Joa., xix, 30. Que de fois aussi, les évangélistes ont noté les regards de JésusI Regard droit el bien en face, sur Simon, la première fois que Jésus le rencontra, Joa., i, 42; regard pénétrant et douloureux sur le même apôtre dans la cour du palais de Caïphe, après le lentement, Luc., xxn, 61; regard rempli de tendresse sur le jeune homme riche, mais lâche, Marc., x, 21; regard brillant de colère sur ceux qu'aveugle l’incré­ dulité, Marc., ni. 5; regard aimable sur Zachée, Luc., xix. 15; regard bon sur 1’hémorrhoïsse, Marc., v, 32; regard mélangé de tristesse et d’admiration sur les riches qui jettent avec ostentation leurs aumônes et la pauvre veuve qui dépose timidement son obole, Mare., xn, 41-42; regards pleins d’une muette indi­ gnation, au soir de son entrée triomphale, condam­ nant les abus qui s'étalent Introduits dans les parvis du temple, Marc., xi, 11 ; regards admirables d'extase, quand le Christ levait les yeux au ciel pour prier Dieu. Matth., xiv, 19; Marc., vi. 41; vn, 34; Joa., xi, 41; xvn, 1. Jésus aimait à regarder ses apôtres et scs dis­ ciples avant de leur parler, Matth., xix, 26; Marc., m, | 54 ; vin, 33; x, 27 ; Luc., vi, 20; et il regardait ainsi la JÉSUS-CHRIST. H53 LA VIE JOURNALIÈRE foule, avant de commencer son discours sur la mon­ tagne. Luc., vi, 20. La voix de Jésus savait prendre les diverses Intonations humaines, traduisant ainsi les sentiments de l’ânic humaine du Sauveur : « tour à tour, elle sc faisait ferme et sévère, lorsque Jésus était contraint d’adresser un reproche, Matth., iv, 4, 6, 10; xvi, 1-4, 23; ou d’intimer un ordre à l’accom­ plissement duquel 11 tenait, Marc., i, 25, 43; iv, 39; terrible pour prononcer un réquisitoire, Matth., xxru, ou une sentence de damnation, /χή) est troublée ·; Matth., xx, 28 : « le Fils dc V homme est venu donner son âme (ψυχήν) », c’cst-àdire, sa vie; Matth., xxvî, 38 : · mon âme est triste jusqu’à la mort »; Luc., xxxm, 46 : · je remets mon esprit (TT/c px) cnlrc vos mains. » Les écrivains sacrés la mentionnent directement, racontant que Jésus con­ nut » dans son esprit » (τφ πνεύματς), Marc., n, 8; qu’il f> émit, qu’il fut troublé « dans son esprit » Joa., xi, 33 ; xm, 21 ; qu’il gémit « dans son esprit » Marc., vin, 12; qu’il « rendit l’esprit » (τό πνεύμα). Matlh., xxvn, 50; Joa., xix, 30. Mais c’est surtout iudirectement que nous connaissons l’exfs/enee de l’Ame dc Jésus, par les manifestations dc son activité naturelle et surnaturelle. 2. La sensibilité de son âme sc manifeste par les émotions, joyeuses ou tristes, douces ou pénibles, et surtout par les emotions doulouivuses qu'a ressenties h Christ·— a) D.sons tout d’abord que, nonobstant les émotions même les plus vives, l’Ame de Jésus se possédait toujours pleinement; rien d’excessif n’y paraissait, et tout y était dans l’ordre. Tel sc montra Jésus a Gethsémani, où les émotions de son Ame furent pourtant il vives. Cf. Matlh., xxvî. 3G-16; Marc., xiv, 32 42; Luc., xxn, 39-46. Et Jésus lui-méme DU CHRIST 1156 montre comme il contrôle et domine Immédiatement sa sensilAlilé. Joa., xn, 27-28. Le calme de Jésus est toujours parfait et admirable : calme au milieu de la tempête, Matlh., vm, 21-26; Marc., iv, 37-30; Luc., vm, 23-25; calme cn face des démoniaques qui inter­ rompent ses discours, Marc., i, 22-26; Luc., iv, 3335, etc.; calme devant ses adversaires qui l’insultent grossièrement, Malt h., IX, 3; Luc., vn, 49; xi, 45; xm, 14; Joa., vn, 20, etc., ou qui veulent le frapper. Luc., iv, 28-30; Joa., vn, 30; vm, 59, etc. On pourrait citer d’autres exemples, la réponse du Sauveui aux menaces du télrurque 1 iérode Antipas, Luc., xm, 3233; sa réponse à l’orgueilleux Pilate, Joa., xix, 11; le calme serein avec lequel il s'avance ù la rencontre dc scs bourreaux, Malt h., xxvî, 45-46; la paix dam laquelle il rend son dernier soupir. Luc., xxm, 46, etc. • Les ovations populaires ne l’atteignent pas plus que l’ingratitude des hommes. Il n’est point sans res­ sentir les unes et les autres...; mais sa belle âme planait au-dessus... A son entrée triomphale à Jéru­ salem, il se possède comme devant les tribunaux, et ΓHosanna au Ûls de David ne trouble pas plus sa sérénité que les cris tumultueux dc la foule nu pré­ toire. » Mgr Landriot, Le Christ de la (radition, t. n, p. 348-349.— b) Néanmoins, Jésus o connu dans une certaine mesure les émotions violentes et douloureuses. Une fois, saint Marc, m, 5, lui attribue un sentiment de colère; mais plusieurs fois l’indignation parait dans les menaces proférées par le Messie, Matlh., ix, 30; xi, 20-24; xvi, 23; xxi, 19; xxm, 1-39; Marc., i, 25; vm, 33; ix, 24; x, 14; xi, 14; Luc., iv, 35; ix, 55; xi, 39-52; xm, 15, ou encore dans les actes de répression ouverte auxquels il sc livre sur les vendeurs du temple. Matlh., xxi, 12-13. C’est surtout à Gethsémani et au Calvaire que le Sauveur fait la douloureuse expérience de la crainte, de l’effroi, de la tristesse ct du dégoût : ceppil contristari et nuestus esse, Matth., xxvî, 38; capil pavere et tiedere, Marc., xiv, 33 ; {actus in agonia, Luc., xxn, 43. « Mon âme est triste jusqu’à la mort », s’écrie Jésus lui-même. Matlh., xxvî, 38. Et c’est un cri dc détresse qui s’échappe dc ses lèvres, au moment d’expirer : Eli, EU, lamma sabacthani t Matlh., xxvn, 46. Comment de tels sentiments de tristesse pouvaientils s’accorder avec l’état de bonheur que l’union hypostatique devait créer dans l’âinc de Jésus? La théologie devra répondre Λ cette question. — c) D’autres sen­ timents très humains et d’ordre sensible paraissent encore dans l’Ame du Sauveur : la joie, Luc., x, 21; l’admiiation et l’étonnement. Matth., vm, 10; Marc., vî, 6. C’est la meilleure preuve que la présence de la divinité, hyposlaliquemcnt unie à l’humanité, n’entra­ vait nullement le cours normal des phénomènes humains dans l’âme de Jésus. 3. L'intelligence du Sauveur. — a) Le divin Maître s’est proclamé la « lumière du monde », Joa., vm, 12; il est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en cc monde, i, 9. A la lumière du Christ s’opposent les ténèbres de l’erreur ct du mal, Joa., i, 5; m, 19; cf. Matlh., vî, 22-23; Luc., xxn, 53. L’intelligence humaine du Sauveur a été le phare de celle lumière dc vérité. La science du Christ a été aussi parfaite que le requérait sa mission. Il est venu sur terre « plein de grâce ct dc vérité. » Joa., î, 14. Et lui-même déclare à Nicodèmc : · Nous parlons dc cc que nous savons, nous attestons ce que nous avons vu. » Joa., m, 11. Il s’agit Ici des hauts mystères, cachés dans la science divine elle-même. Et Jésus atteste qu’il a reçu communica­ tion dc ccs mystères : · Personne n’a jamais vu Dieu, dlt-ll; le 1 >h unique, qui est dans le sein du Père, a lui-même révélé les mystères divins. » Joa., i, 18. D’ailleurs le prophète Isafe avait prédit que sc repo1 serait sur le Messie « l’esprit dc sagesse el d’InlciliI gcuce, l’esprit de conseil el l’espnt de science^ > 1 1157 JÉSUS-CHRIST. PHYSIONOMIE MORALE DU CHRIST h, xi. 2; que lû Messie serait · donné comme un témoin aux peuples, comme un chef et un docteur aux nations, id., iv, 4. Et Jésus atteste < qu'il est né ct venu dans le monde · pour rendre témoignage ά la vérité. » Joa., xvni, 37. Toutefois si parfaite que soit la science du Christ, la théologie devra expliquer comment le Christ a pu dire du jour du jugement : « Personne ne connaît cc Jour, pas même le Fils, mais seulement le Père. · Marc., xm, 32. L'intelligence dc Jésus vil donc en contact avec les grandes idées et fait dc Jésus un profond penseur, mais sans toutefois l'empêcher dc demeurer un très fin ct très attentif observateur. — b) Cet esprit d'observation sc manifeste par rapport même aux détails cn apparence Insignifiants : les comparaisons qu’il emploie, les enseignements qu’il donne sont émaillés de traits pittoresques que seule explique une attentive observation. Entre cent exemples, relevons le royaume des deux comparé au filet jeté à la mer, Matth., xm, 47; la parabole de la brebis perdue vers laquelle le bon pasteur dirige scs recherches, abandonnant les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne, xvin, 12; les paraboles du semeur, Matth., xm, 3-9; 24-30, ct des dix vierges, xxv, 1-12; les détails relatifs au bon et au mauvais serviteur, Matth., xxiv, 45-51 ; la parabole des talents, id., xxv, 14-30; du mauvais riche ct du pauvre Lazare. Luc., xvi, 19-22. Il observe qu'un père dc famille qui prévoit l’avenir met de côté dans son trésor nova d l'dcra, Matth., xm, 52; que les pharisiens orgueilleux rechci client les premières places dans les festins, Luc., xiv, 7. Il répond différemment, selon les nécessités, ù la même question posée, Luc., ix, 57-G2. Intelligence vive cl allinéc, l’esprit du Christ passe des tableaux les plus réalistes, dans le bon sens du mot, Matth., vn, 8; xi, 7-8; xix, 10-12; Marc., vn, 1819; Luc., xv, 8-9; xvi, 19-31, aux conceptions les plus idéalistes. Quel royaume idéal que celui qu’il est venu fonderl quelles idéales vertus n’cxige-t-il pas des citoyens de cc royaumeI Et c'est par cet aspect d’idéa­ lisme très relevé que l'intelligence dc Jésus-Christ illu­ mine sa physionomie morale si parfaite. — c) L*ima­ gination du Christ est remarquable. Dans son ensei­ gnement, le divin Maître a souvent recours aux ligures et celles-ci sont toujours belles, vraies, saisis­ santes : la marche rapide ct mystérieuse du vent, Joa., m, 8; la source d’eau vive, Joa., iv, 10; le verre d’eau fraîche, Matlh., x, 42; la laboureur dirigeant sa charrue, Luc., ix, 62; l’homme fort ct armé qui garde la maison, Luc., xi, 21; les serviteurs attendant, la lampe à la main, le retour dc leur maître bien avant dans la nuit, Luc.» xn, 35-35; le mauvais riche vêtu dc pourpre ct de lin très fin, Luc., xvi, 19; la robe nuptiale, Matlh., xxn, 11; l’aveugle conduit par un autre aveugle, Luc., vî, 39; les pêcheurs d’hommes, Marc., i, 17; la description de la fin des temps, Matth., xxiv-xxv; les hypocrites, sépulcres blanchis, Matlh., xxm, 27; la foi qui transporte les montagnes, Luc., xvi, 6; les disciples du Christ portant leur croix ù la suite du Maître, Matth., x, 38; les surnoms si par­ faitement appropriés donnés à plusieurs disciples, Kt/d, Boanergès. — d) La sagesse ct V habile prudence dc Jésus éclatent en cent reparties, faisant l'admira­ tion dc ses ennemis eux-mêmes, cf. Luc., xx, 2G, et charmant les foules, Matlh., xxn, 46; Marc., xn, 37. A Jean-Baptiste qui hésite A le baptiser,Jésus répond simplement : < 11 convient que nous accomplissions toute justice, » ct l’hésitation cesse, Matlh., ni, 15. Trois fois i) réduit au silence le démon tentateur, par des ripostes empruntées A Γ Ecriture. Matth., iv, 4, 7, 10. Et A l’égard des pharisiens, quels arguments irrésistibks· Matlh., xv, 3-10; Marc., vn, 1-12 Dans niPin» - r.i occasions sa parole, tantôt dlviie ct fcni.e, tantôt Ironique, tantôt duuco ct calme, adressée 1158 A des ennemis ou A des amis, produisait les résultats les plus frappants. Cf. Matth., xvi, 2-4; xxi, 16, 24; xxn, 15-21, 29-32; xxvî, 64; Marc., n, 8-11; vt, 5; x, 42-45; Luc., x, 41-42; Joa., xvm, 33-37; xix, 11, etc. M. Fillion, A qui nous avons, A peu de choses près, emprunté cette analyse de la physionomie intellec­ tuelle dc Jésus, conclut fort justement : < Dc toutes ces réflexions, il résulte que le Sauveur a possédé, mais A un degré suprême de perfection, des facultés intellectuelles analogues aux nôtres, soumises aux mêmes lois générales que les nôtres, et dont il s’est servi comme d’instruments précieux et dociles pour accomplir sa mission. » Op. cit., 1.1, p. 405. On aurait mauvaise grâce, A vouloir comparer comme l'ont fait certains néo-critiques, l'intelligence humaine dc Jésus avec celle des grands génies qui ont paiu sur la terre. Sans doute, l’Évangile ne nous donne pas d'indications positives permettant d'établir l'incontestable supé­ riorité du Christ sur tous; mais des données fournies par lui, le théologien saura tirer, avec une rigoureuse log que, le caractère incontestable dc cette supéiiorité. 4. Physionomie morale du Christ. — a) La sainteté du Christ est allirmée dès l’instant de sa conception : quod nascetur ex te sanctum. Luc., i, 35. Et Jésus, con­ vaincu de sa valeur morale, n’hésite pas A lancer ce défi A scs adversaires : « Qui dc vous m'accusera de péché? » Joa., vm, 46. Au moment de sa passion, on ne trouve contre lui aucun chef sérieux d’accusation. Matth., xxvn, 24; cf. I Pet., n, 22; Hcb., iv, 15. Le divin Maître exaltera la virginité, Matlh., xix, 10-11; cf. xxn, 30; Marc., xn, 25; Luc., xx, 36; c'est qu’il est vierge lui-même· — b) Ccttc sainteté s'aflirme tout d’abord par la pratique des vertus dc renoncement, de sacrifice, dc pauvreté, d’abnégation, sans toutefois que ccs vertus, cn Jésus, s'enveloppent d’une austérité exceptionnelle, que le Maître n’entendait pas imposer au commun dc ses disciples. Du renoncement de Jésus, saint Paul a dit avec force : Christus non sibi placuit. Rom·, xv, 3, ct, de fait, Jésus n’a jamais recherché que la satisfaction du devoir, par exemple dans la façon dont il rejette la triple tentation au désert, ct dont il foi mule la loi qu’il impose à ceux qui veulent être ses disciples : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce A soi-même ct qu’il porte sa croix et qu'il me suive. » Marc., vm, 34; cf. Matlh.. x, 34-38; Luc., ix, 55-62; xiv, 26-27; xviu, 22, 28-29, etc. L'atelier dc Nazareth fut le témoin dc sa pauvreté. La vertu de pauvreté lui était particulièrement chère; il l’exalte dans la première des béatitudes, Matlh., v, 3; Luc., vi, 20; les avertissements aux riches abondent, signa­ lant le danger des richesses pour le salut éternel, Matth., xix, 23-26; Marc., x, 23-27; Luc., vî, 24; xvi, 9-13; xvm, 24-27, etc.; l’amour dc la richesse est, ditil, un vice païen, Âlatth., vî, 32; ct trois des plus belles paraboles mettent cn relief le péril moral que crée la fortune, Luc., xvi, 19-31; 1-13; xn, 13-21. Plusieurs fois même, malgré le dévouement des Giihléenncs qui subvenaient aux besoins matériels du Maître et des disciples, Luc., vm, 2-3; xxm, 49, 45-56, la petite troupe manqua du nécessaire, Matth., xn, 1; Marc., xn, 23; Luc., vî, 1. il est A remarquer cependant que, malgré son amour de la pauvreté, le Christ n’a jamais Jugé nécessaire dc mener une vie exceptionnellement austère; il dispensa ses apôtres des jeûnes, Matlh., ix, 15-17; Marc., n, 19-22; Luc., v, 34-39, ct 11 est donc probable qu’il ne les pratiquait pas lui-même. Il acceptait parfois des invitations A dîner chez les riches, Matth., xxvî, G; Marc., xn, 3; Luc., x, 38-42; Joa.. xn, 2, publlcains, Matth., ix, 10-11 ; Marc., n, 15-16; Luc., v. 29-30, ou pharisiens. Luc., vn.36; xi, 37; xiv, 1, etc. Ses ennemis Face· sèrent même d’être glouton ct buveur do vin. Matlh., xi, 19, Luc., vu, 31. 11 permit. H59 JÉSUS-CHRIST. VOLONTÉ HUMAINE DU CHRIST en deux circonstances, qu'on répandit sur lui des par­ fums. Matth., xxvï, 7; Marc., xïv, 3; Luc., vn, 36; Joa., xn, 3. « Cela s'explique par son plan religieux : il n'avait pas l'intention d’imposer les grandes austé­ rités comme règle générale â l’ensemble des chrétiens. Du reste, il laissa à scs apôtres et A leurs successeurs le soin d’organiser sous cc rapport la vie dc l’Église, iprès son ascension (c’est le sens des mots postea lejunabunt, Matth., ix, 15). Quant à lui, Il ne recula, surtout durant les années de son ministère Inauguré par un Jeûne de quarante Jours, devant aucune pri­ vation, devant aucune fatigue, dépensant ses forces sans mesure, se privant fréquemment de sommeil, Marc., vi, 45-51; Luc., vi, 12; xxn, 89; Joa., xviu, 2, refusant, avant de sc laisser attacher à la croix, le breuvage narcotique qui aurait pu alléger ses horribles souffrances, Matth., xxvn, 31 ; Marc., xv, 23. » Pillion, op. ci/., p. 409-410. — c) U humilité, vertu inconnue des païens et médiocrement pratiquée par les Juifs, est une des plus apparentes qualités morales de l’âme du Christ, Avant de la prêcher, Il la met en pratique; il invite les hommes À venir à son école, car il est « doux et humble de cœur. » Matth., xi, 29. Son humilité éclate dès son apparition en ce monde, dans le choix de ses parents, dans le lieu de sa naissance, dans sa fuite en Égypte, dans les moindres détails de sa vie cachée. Il s’est vraiment · anéanti ». Cf. Phil., n, 7. Maître de ses disciples, Il se fait leur serviteur, Matth., x, 24-25; Luc., xxn, 21-27; Joa., xn, 13, el, pour témoigner ses sentiments, fcur lave les pieds, Joa., xn, 1-11. Sa passion fut une longue série d’huiniliations, vivement ressenties, mais subies sans plainte. Mattb., xxvï, 55; Marc., xïv, 48; Luc., xxn, 52. Son humilité s'affirme Jusque dans les éloges qu’il reçoit et qu’il rapporte A Dieu, Matth., xix, 16-17; Marc., x, 17-18; Luc., xvni, 18-19, et dans les triomphes dont il est l'objet, Matth., xxi, 2-5; cf. 17; Marc., xi, 11. Il n’a Jamais recherché sa propre gloire. Matth., vi, 2, 5, 16; xvm, 1-4; xxm, 5-12; Luc., xïv, 7-11; xvni, 9-14, etc. Mais l’humilité, en Jésus, n’était pas l’insensibilité A la courtoisie et au dévouement, cf. Luc., vn, 44-46; Marc., xïv, 8, pas plus qu’aux outrages auxquels parfois 11 lui arriva d’opposer une (1ère pro­ testation, Joa., xvm, 23, un silence méprisant et plein de majesté, Matth., xxvï, 62-63; xxvn, 12-14; Marc., xïv, 48-49, 60-61; xv, 4-5; Luc., xxn, 52-53, 67-69; xxm, 9; Joa., xix, 9; une attitude noble ou une ferme réponse, Matth., xxvï, 55-56; Joa., xvm, 19-21, 34, 36-37. Cf. Mgr Landriot, Le Christ de la tradition, L n, p. 350. — d) L'obéissance de Jésus va de pair avec son humilité, car cette obéissance fait partie inté­ grante de son sacrifice. Nous aurons tout A l’heure l'occasion de le rappeler plus explicitement, en parlant de la volonté du Sauveur. 11 suffit de marquer Ici combien cette obéissance a été constante et forte en face des adversités. Hlen ne l'arrêta, rien ne le décou­ ragea, pas même les lenteurs dc ses apôtres A com­ prendre sa mission. Matth., xv, 16; xvi, 8-11; 22-23; Luc., ix, 55, etc. C'est surtout dans la passion que se manifeste la patiente obéissance de Jésus, réalisant pleinement l'oracle d’Isaïe, un. Cf. col. 1121. Saint Pierre résume d’un mot cette admirable constance : « Outragé, il ne rendait pas l'outrage; maltraité, Il ne faisait pas de menaces. » 1 Pet., n, 23. Sans doute, le divin Maître éprouvait une généreuse impatience d'accomplir sa mission, Luc., xn, 50; mais son Aine se possédait assez pour ne pas devancer l'heure marquée par Dieu, et. Marc., xïv, 41; Joa., n, 4; iv, 21, 23; v, 25. 28; vn, 30; vm, 20; xn, 23, 27; xm, 2; xvu, 1, et Jésus n'hésitait pas A s'éloigner pour un temps des embûches de ses ennemis, afin de ne se présenter au-devant d'eux oue lorsque st. ut venu U mouienL Matth., xïv, 13; Mure., ux, 7; vu, 24; Joa., 1160 vn, l ; vm, 59; x, 39-40; xi, 54-56. — ·; Π faut signaler encore parmi les vertus de Jésus, son anunu du recueil­ lement et de la solitude. Matth., χνπ, 1 ; Marc., i, 35,45; iv, 35; vi, 31, 46; vu, 24; vm, 27; Luc., vi, 2; ix, 18; xi, 1, etc. 11 était, dit saint Luc, en employant une expression qui désigne un état habituel, ύποχωρών έν ταΐς έρήμοις καί πρ ,σζυχύμβνος. ν, 16. Cet amour dc la solitude, s’explique en effet par l’amour de la prière et du silence. — j) Enfin, ajoutons un dernier trait A ce portrait moral du Sauveur, en rappelant ses deux qualités dc simplicité et do sérénité, U a en horreur l’hypocrisie des pharisiens, Matth., vi, 1-18; vn, 15-20; xxm, 23-28; Luc., xni, 17, et ses ennemil eux-mêmes proclament sa rare sincérité. Matth., xxn, 16; cf. Marc., xn, 14; Luc., xx, 21. Il est venu, pro· clame-t-il devant Pilate, rendre témoignage A la vérité, Joa., xvm, 37 : et n'est-ce pas là toute sa mission, résumée dans la prédication du nouvel évangile! Non inue nius est dolus in ore ejus, dit saint Pierre, I Pet., n, 22. Voir un beau développement dans Mgr Landriot, Le Christ de ta tradition, t. H, p. 307-308. — g) En rassemblant et comparant toutes ces qualités morales, on découvre toute une série de contracte·, dont la somme équivaut A une perfection nouvelle. • Jésus est humble jusqu'à l'excès, et sa fierté s’in­ digne par moment ». Tendrement fidèle A ses affec­ tions, Il rompt les liens les plus légitimes et les plus étroits, lorsqu’ils se mettent en travers du devoir. Il est né seigneur et maître, et il se fait avec une grâce charmante le serviteur de tous. Sa vaillance est celle des héros, et il lui arrive de se troubler. Il est soumis A l’autorité et il agit avec indépendance; pacifique, il apporte la guerre. Il se délie des hommes, dont il connaît l'instabilité et 11 les aime jusqu'à mourir pour eux sur une croix. Il veut qu'on obéisse A la loi mosaïque, et il porte de rudes coups aux traditions qui prétendaient l'expliquer, la compléter. Il recherche la solitude et il fréquente le monde. Sa vie est extrê­ mement mortifiée, cl il assiste, sans se faire prier, A dc grands repas. Il veut attirer tout A lui, et 11 con­ gédie d'un mot ceux qui hésitent à le suivre. Détaché de tout, Il exige qu’on quitte tout pour s’attacher A sa personne. Il est contemplatif, en même temps qu’hoinmc d’action. » Pillion, op. cil., p. 414-415. Ces contrastes ne sont pas des conflits de vertus; Ils manifest nt seulement la multiplicité des perfections qui orna.eut l’ûmc de Jésus-Christ. Ils fournissent, au contraire, un fondement solide, sur lequel le théologien peut appuyer une psychologie surnatu­ relle du Christ. Cf. Mgr Chollet, La psychologie du Christ, Taris, 1903, c. vm, 5. Volonté humaine et amour humain de Jésus, — Ce nouvel aspect de la psychologie naturelle du Christ doit être soigneusement mis en relief par le théologien, car il est A la base des définitions conciliaires relatives A la double volonté et au double vouloir en JéMis-Chi isL Cf. Constantinople (///· concile de), L ni, col. 13591273. — a) L'existence en Jésus-Christ d’une volonté humaine, bien plus, d'un vouloir humain, distincts l'un et l’autre de la volonté et du vouloir divins, apparaît clairement dans toutes les affirmations évan­ géliques, où la vertu d’obéissance est attribuée au Christ. Et Notre-Selgneur, A plusieurs reprises, affirme la parfaite conformité de sa volonté A la volonté du Père, de sa volonté humaine par conséquent à la volonté divine : qute placita sunt et facio semjter, (lit-il. Joa., vin, 29. Dc même Joa., iv, 34 : « Ma nour­ riture est de faire ia volonté dc Celui qui m’a envoyé; » et encore, v, 30 : « Je no cherche pas ma volonté, mais la volonté dc Celui qui m'a envoyé. » Celte obéissance, I) Ta poussée Jusqu’A l’acceptation dc la mort que lui mpo^alt le précepte du Père. Joa.. xïv, 31. On pourra discuter sur le Sens de ce précepte, voir plus 1161 J ÉSUS-CII H 1ST. VOLONTÉ HUMAINE DU CHRIST loin, col. 1297 iq : on no poun a pas révoquer en doute le fait de l’obéissance absolue du Christ, que taint Paul mettra en relief dans une saisissante parole de l’épître aux Phillpplens, n, 8 : < il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix; » quo l’auteur de l’épître aux Hébreux soulignera par l’attribution faite à Jésus dc la prière du psahniste, Pt., xxxix, 7-9 : < Vous n’avez voulu ni tacri lice, ni oblation ; mais vont m’avez formé un corps; vous n’avez agréé ni holo­ causte, ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : Me voici ;... je viens, ô Dieu, pour accomplir votre volonté. » C’est bien d’ailleurs cc que Jésus, insistant sur ia distinction dc sa volonté humaine d'avec la volonté divine, alllrme de lui-même dans le quatrième évan­ gile, vi, 38 : · Je suis descendu du ciel, pour faire, non ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. » La dualité des vouloirs s’allinne en une cir­ constance significative. C’est ù Gclhsémani : · Mon Père, s’écrie Jésus, en prévoyant les tourments de la passion, s’il est possible, que ce calice passe loin de moi! toutefois non ma volonté, mais la vôtre... Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que Je le boive, que votre volonté se fasse. · Matth., xxvï, 39, 42; cf. Marc., xïv, 36; Luc., xxn, 42. Ce commencement dc lutte entre la volonté divine et la volonté humaine» lutte rapide qui sc termine aussitôt par le triomphe du dlvm vouloir, posera même dans la théologie du Christ le grave problème de la possibilité du dissenti­ ment, dans le vouloir humain, par rapport au divin vouloir, en un sujet où la volonté humaine était par­ faitement et en toutes choses d’accord avec la volonté divine.— b J Dans la volonté dc Jésus se manifeste one énergie sans pareille: sans doute, il n’apparalt pas dans les textes bibliques que Jésus ait eu à lutter contre les passions mauvaises de l'esprit ou de la chair, mais il a dû, à tout instant, contre les obstacles exté­ rieurs, faire acte de volonté énergique; contre le démon, aux heures dc la tentation dans le désert, Matth., iv, 3-10; Luc., iv, 3-12; contre Pierre, essayant de le détourner du devoir, Matth., xvi, 20-23; contre ses « frères », prétendant lui imposer un plan qui a’etait pas celui dc Dieu, Joa., vn, 1, 10; contre scs ennemis, ses juges, ses bourreaux. Personne ne peut lui faire apporter la modification la plus légère aux desseins providentiels : « Il faut que je marche. » Luc., xm, 33. — c) L'amour humain dc Jésus est incomparable, et le mettre en relief dans la physio­ nomie morale du Sauveur, c’est établir en partie sur les fondements évangéliques la dévotion au Cœur dc Jésus. L'amour que professa Jésus fut d’abord pour Dieu, pour son Père céleste. C’est cc Dieu très bon qu'il faut aimer · de tout son cœur, de toute son Ame, de tout son esprit. » Matth., xxn, 37. Cet amour io manifeste dans le nom de « Père » Abba, nom très doux qu’il avait constamment sur les lèvres, au dire des évangélistes et notamment dc saint Jean. On devine cet amour dans les descriptions que Jésus donne de Dieu, représenté par lui comme le meilleur el le plus miséricordieux des Pères. Cf. Matth., v, 45; vi, 4, 6, 18, 26-33; x, 29-32; xi, 25; xvui, 1U, 14, etc. Et son obéissance parfaite n’est que la manifestation extérieure de cet amour. Cet amour de Dieu se traduit aussi par une union intime de son Ame A Dieu : de là ces prières fréquentes et débordantes d'amour, que mentionnent les évangélistes et spécialement suint Luc. m, 21; vi, 12; tx, 18; xi, 1; xxn. 41-46; xxm, 34; cf. Marc., i, 35; Joa. xi, 41-42; xvn, 1-26, etc. Lai confiance a lue du Eils vis A vis de son Père se manifeste A la résurrection de Lazare, Joa., xi, 41-42; dans lu prière sacerdotale, Joa., xvn, 1-26; à Getlisémanl, Marc., xïv, 36; a l’heure de ia mort, Luc., xxm. 46 Le cri échappé au Christ agonisant : E/ι, lamma sabachthanl, Matth., xxvn, 46, pourrait un 1162 Instant nous laisser croire que la confiance filiale s'est obscurcie dans le cœur de Jésus. L’apparent désespoir dc Jésus peut s’expliquer par la substitution qu'il avait faite en expiant sur la croix, de sa personne A la personne du pécheur. Il ressentait alors, par substitu­ tion, l’effroyable abandon qui est celui du pécheur en face de Dieu que son péché a offensé : · Jésus devenu péché pour nous, fait « malédiction, exécration », selon l’expression dc saint Paul, Gai., m, 13, Jésus souffrait de la part de Dieu je ne sais quoi d'effroyable qu'aucune parole humaine ne peut décrire. La pensée du petit nombre de ceux qui profiteraient de sa passion ajoutait A ce désespoir humain. Cf. C. Fouard, La vie de N.-S. Jésus-Christ, L n, Paris, 1904, p. 388-389. On pourrait encore plus simplement dire que · Mat­ thieu avait une raison spéciale de reproduire cette parole de Jésus. Étant tirée d’un psaume, elle donnait à entendre que la situation cruelle qu'il décrivait était réalisée en Jésus. Dans les deux cas, l'abandon n’est pas le rejet, encore moins la réprobation ; aussi le juste ne lalsse-t-fl pas d’appeler idea, son Dieu, ce qui donne à sa plainte l'accent de la confiance plutôt que celui du reproche. Dieu l’abandonne aux mains de ses ennemis, par un dessein mystérieux qui abou­ tissait au triomphe dans le psaune, comme il abouti a dans l’évangile à la résurrection. » Lagrange, Évan­ gile selon S.λ Matthieu, Paris, 1923, p. 530. La vraie dilhculté est ailleurs : comment concilier, en Jésus, cet apparent désespoir avec la béatitude essentielle à sa personne divine et A sa nature humaine béatifiée? C’est là un problème que pose» sans le résoudre» l'ÉvanglIe. — L'amour humain de Jésus fut ensuite pour les hommes : c'est la φιλανθρωπία dc notre Sauveur» comme dit saint PauL TiL» ni, 4. Jésus avait rappelé que lo second précepte du Décalogue : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est « sem­ blable au premier ». Matth., xxn, 39; Marc., xn, 31. Aussi il en fait son précepte et se propose comme exemple : « Hoc est præceplum meum ut diligatis irwtcem, sicul dilexi vos, » Joa.» xv, 24. L'incarnation est bien le miracle de l'amour du Fils de Dieu pour nous, · amour... qui dépasse toute science. » Eph., vi, 18-i9. Mais c’est la passion qui manifeste surtout l'amour de Jésus pour les hommes : « personne, dit Jésus lui-meme, ne peut avoir une plus grande affec­ tion que de donner sa vie pour ceux qu’il aime. · Joa., xv, 13. Et Jésus est le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Joa., x, 11; cf. 15, 17, 18; Matth., x, 45, etc. Les œuvres de sa vie publique, ses miracles, en particulier, ont été la plupart du temps des actes d’amour du Sauveur envers ses concitoyens. Ses appels sont pleins de tendresse : « Venez à moi, vous tous qui êtes las el trop chargés, et je vous donnerai le repos. · Matth., xi, 28. Ses recommandations en faveur do l'amour mutuel sont pressantes:· Aimez-vous les uns les autres; soyca miséricordieux; aimez vos ennemis; donnez et prêtez sans en rien espérer; ne jugez pas; pardonnez sans cesse, etc. » Cf. Matth., v, 21-24; 39-47; xvm, 23-33; Marc., xi. 25; Luc., vi, 31, 38; x, 2737, etc. Jésus, compatissant pour toutes sortes de soulf rances, sc laissait arracher à leur vue des gémis­ sements, des larmes, des sanglots, Marc., vu, 31; Luc., xjx, 41 ; Joa., xi, 39; il en était remué Jusqu'aux entrailles, έσπλαγχνίσΟη. Matth., ix, 36 ; χιχ, 11 ; xv, 32. xx, 34; Marc., i, 41; Luc., vn, 17; x, 33. Donnant l'exemple A tous, Jésus pardonna généreusement A ses ennemis. Luc., xxm, 34. Il convient toutefois d’insister sur deux caractères particuliers de son amour pour les hommes : sa miséricorde infinie à Végard des pé­ cheurs; ses amitiés sûres et fl ddes. A l’encontre des prescriptions pharisalqucs. Jésus n’héxite pas, pour sauver leur Ame, A fréquenter les pécheurs : on lui reproche même comme un crime cette attitude pleine 1163 JÉSUS-CHRIST. LES FRÈRES de mansuétude. .Matth., ix. 10-13; xi, 19; Luc., vn, 39, etc. · Divert Incidents de sa vie : son entretien avec la Samaritaine, Joa., iv, 7-26; l'épisode de la péche­ resse, Luc., vn, 36-50; celui de la femme adultère, Joa., vm, 7-11; celui de Zachéc, Luc., xix, 1-10; et plusieurs de scs paraboles, celle de la brebis égarée, Matth., xvm, 12-11; Luc., xv, 3-7, et de l’enfant pro­ digue, Luc., xv, 11-32, sont caractéristiques Λ ce point de vue et nous révèlent le fond de son cœur. Comme I avait prédit IsaTe, xui, 3; cf. Matth., xn, 20, il se gardait bien de briser entièrement Je roseau ployé cl d’éteindre la mèche qui fumait encore; mais 11 n dressait doucement celui-là et sc hâtait de rallumer celle-ci.» Fillion, Vie de N.-S. Jésus-Christ, 1.1, p. 423. l es amitiés de Jésus méritent que nous les considé­ rions avec toute l’attention possible. Certains groupes semblaient avoir un titre spécial à sa sympathie : sa patrie, scs disciples, le collège apostolique, les petits enfants. — Bien que venu pour sauver tous les hommes il s’attache tout d’abord et personnellement au salut d'Lracl. Matth., xv, 24. Sans cette préoccupation du Sauveur, on comprendrait mal certains textes relatifs à ceux qui sont appelés à faire partie du royaume des cicux et qui, en raison de leur mauvaise volonté, ne sont pas élus. La plupart des paraboles concernant le royaume des deux ne sont intelligibles qu’à la condition de présupposer la vocation toute par­ ticulière du peuple Juif et la mission spéciale que Jésus sc proposait de remplir près de lui. Et l’on comprend bien, au contraire, la tendre sollicitude du Sauveur pour ces brebis sans pasteur, Matth., ix, 36; Marc., vi, 34, et scs regrets amers sur Jérusalem infidèle. Matth., xxm, 37; Luc., xm, 34; cf. xix, 41-14. — Scs disciples et ses apôtres étaient pour lui comme une famille. C’est sur eux que le Christ étendait sa main bénissante en prononçant cette aimable parole : • Voici ma mère et mes frères; car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les deux, est mon frère, et ma sœur, et ma mère. » Matth., xn, 49-50. C’est à scs apôtres tout particulièrement que Jésus dira dans son discours d’adieu : < Comme le Père m’a anné, Je vous ai aussi aimés... Je vous ai appelés anus, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » Joa., xv, 9, 15. < Ayant aimé les siens, dit saint Jean, Il les aima jusqu a la lin, » c’est-à-dire jusqu’à l’excès. Joa., xm, 1. Et parmi les apôtres, Notre-Selgneur eut ses plus intimes, Pierre, Jacques le Majeur et Jean, qu'en plusieurs circons­ tances importantes nous trouvons seuls près de lui : résurrection de la fille de Jaïre, Marc., v, 37; Luc., vm, 51; transfiguration, Matth., xvn, 1, sq.; agonie, Matth., xxvi, 37; Marc., xiv, 33; cf. xm, 3-36. Puis, le cœur de Jésus a voulu connaître de plus près encore les délicatesses et les joies de l’amitié humaine. Les amitiés de Jésus! Quel beau thème, sur lequel se sont penchés avec complaisance deux de nos meilleurs ora­ teurs contempora ns, le P. Olllvier, Les amitiés de Jésus, Paris, 1895 et le P. Lacordairc, Marie-Made­ leine. Voici tout d’abord « le disciple que Jésus aimait », Joa., xm, 23; xix, 26; xx, 2; xxi, 7, 20, si familier avec le Maître qu'il appuie sa tête sur la poitrine de Jésus. Joa., xm, 33, et en qui Jésus a tant de confiance qu’il lui confie, au moment de mourir, sa propre mère, Joa., xix. 26-27. Sur Γ amitié de Jésus pour Jean, voir Bossuet, Panégyrique de V apôtre saint Jean, édit. Lebarcq. t. n, p. 533. sq. Voici ensuite Lazare : « Celui que vous aimez est malade ». disent * Jésus en parlant de leur frère, Marthe et MarieMadeleine. Joa., xi, 3. Et les doux sœurs, elles aussi, eurent une large part dans l’iifTectlon do Jésus : • Jésus aimait Marthe et Marie *a sœur et Lazare. » J par rapport au Sauveur. Et, sur ce dtrrJrr pont, *a’nt Jérôme n bien conscience de rcpresenter le sentiment généralement reçu, puisqu’en DU SEIGNEUR 1168 398, il écrivait dans son commentaire In Matthirum, c. xîi, f. 49-50 : « Certains conjecturent que les frères du Seigneur sont des enfants que Joseph aurait eus d’une autre femme, suivant en cela les rêves des apo­ cryphes. » De fait, l’appellation « frères du Seigneur i devait être, à l’origine, comprise de tous ci, dans le fragment qu’Eusèbe nous a conservé, Hégésippe ne faisait que dire ce que tout le monde savait : « Après que Jacques le Juste eut subi le martyre, comme le Seigneur, pour la même cause, à son tour, le fils de son oncle paternel, Siméon, fils de Clopas, fut établi évêque : À l'unanimité on lui donna la préférence, à cause qu* il était un autre cousin du Seigneur, βντα άνβψών του κυρίου δεύτζρον. · II. E., 1. IV, c. χχιν, 1. IV, C.XXH ct 1. III,c.xi.Sur ce texte, voir Lagrange,op.clt., et Durand, Revue biblique, 1908, p. 11, note 2. Comment donc l’hypothèse d'un premier mariage de Joseph a-t-elle fait son entrée dans la pensée catho­ lique? Les premiers témoins de cette hypothèse sont, nous avons dit, le Protévangile de Jacques et l'Évangile de Pierre. Le caractère apocryphe de ccs deux docu­ ments commande la réserve : cctte réserve s’accen­ tuera encore lorsque nous examinerons la manière dont sc produit l’affirmation du Protévangile de Jacques, le seul de ces écrits sur lequel nous puissions porter un jugement Or, il est évident, pour quiconque lit sans parti pris, que l’histoire du mariage de Joseph avec une première femme a été inventé < de toutes pièces » pour sauvegarder la virginité de Marie et expliquer d'une manière facile la parenté entre le Seigneur et son «frère · Jacques. Cf. E. Amann, Le Pro­ tévangile de Jacques et ses remaniements latins, Paris, 1910, p. 36-39. L’explication eut du succès; Origine le constate et cn donne la raison. Lui-même l’accepte, « sans grande conviction », a-t-on écrit. Cf. Durand, op. cit., p. 26. Et c'est vrai si l'on en Juge par les paroles du commentaire sur saint Matthieu. 11 semble clair que le grand exégète n'est pas très assuré de la valeur historique de la tradition qu’il rappelle; mais con­ vaincu de la virginité post partum de Marie, il accepte le premier mariage de saint Joseph comme une solu­ tion naturelle, vraisemblable, de la difficulté soulevée par les « frères du Seigneur. » Même proposé avec cctte réserve, le sentiment d’Origène fut accueilli par les écrivains postérieurs et peut-être renforcé par l'ad­ jonction de certaines données de provenances diffé­ rentes, par exemple le témoignage de saint Justin, s'il était authentique. Quoi qu'il en soit les affirmations patristiques, déri­ vées des deux apocryphes par Origènc, dont l’albrmation est si réservée, ne sauraient fournir à l’historien les éléments d'une Information recevable autrement qu'à titre conjectural et provisoire. Au point de sue théologique, les conditions de la tradition dogmatique ne sont pas réunies : on est cn présence d’une simple explication exégétlquc à laquelle des avantages cer­ tains et une vraisemblance d’abord Indiscutée, ont assuré un succès de plusieurs siècles. Mais le jour où l'on sc demanda si cette solution correspondait bien aux exigences des textes sacrés ct où il fut démontré qu'une telle solution était improbable, elle sc trouva condamnée. Cette condamnation fut l'ccuvrc de saint Jérôme qui n'innova rien et ne fit que rappeler, nu sujet des « frères du Seigneur > la solution d’Hégè ippc. Mais 11 y a plus. Des raisons d’ordre scriptunure militent expressément contre la solution du Prolévanglle de Jacques et d’Origène. Et voici, brièvement exposées, les raisons de cc rejet : a. Puisque le* «frères du Seigneur * ne sont pas fils de Marie, ù moins dr périphrases sans fln, le seul terme utilisable, pour qualifier un groupe de cousins d’oripne différentes, étau dh, (hrb.) ou ahâ (main) dnr 1 î« •IgiMlicatlon commande celle de la ûauucUun idc) φύς. 1169 JÉSUS-CHRIST. LES FRÈRES DU SEIGNEUR Cette lignification, assez compréhensive pour enve­ lopper 1rs diverse* relayons de proche parenté en ligne collatérale, est just ‘fiée par les emplois que la Bible fait elle-même du terme âl). que Ica Septante tra­ duisent par άδε/φός : on le trouve, cn effet, désignant non seulement tes frères, les demi-frères, Gen., xxxvn, 16, mais encore les neveux, Gen., xm, 8; xrv, 14; les cousins germains, I Par., xxm, 21 ; les cousins plus éloignés, Levit., x, 4; tes parents en général, IV Bcg., x, 13, et même de simples congénères, Gen., xix, 6. Renan a certainement exagéré en affirmant que · ia signification du mot ûh est identiquement la même que idle du mot < frère >. Vie de Jésus, 13· édit., p. 25. Cf. Lagrange, op. cit., p. 72-74. Bien qu'en grec, te mot άδελφός ait un sens plus restreint, et qui sc rapproche du sens du inot français < frères », cependant, dans te cas présent, parce qu’il n'est qu'une traduction du mot hébreu dh, il en emprunte forcément la significa­ tion plus étendue. b. Bien que te terme άάελφοί, puisse être entendu de simples cousins, il pourrait cependant désigner de véritables frères : accordons aux adversaires qu'il crée une présomption en faveur de cette solution. Toutefois, pour engendrer la certitude ou même une réelle probabilité, Il faudrait que cctte présomption fût appuyée par des arguments positifs, ct confirmée de quelque façon. La confirmation naturelle serait une mention quelconque de la paternité de saint Joseph à l'endroit des · frères du Seigneur » ou tout au moins de l'un d'entre eux. Le nombre des textes, le rappel fait du patriarche en plusieurs de ccs pas­ sages, mettent tes lecteurs en droit d’attendre une indication de cc genre. Or, te silence de l’Écriture esl absolu. Les auteurs sacrés évitent également de donner tes frères de Jésus, soit comme fils de Marie, soit comme fils de Joseph. Ce silence ne laisse pas d'être significatif. Mais, contre la présomption créée par les termes άδελφοί, nous avons des arguments positifs. a) Ce sont d'abord tes indications scripturaires posi­ tives sur l’ongine de l’un ou l’autre des · frères du Seigneur ». Certains exégètes font remarquer qu’il est probable que Jacques ό μικρός est un apôtre. On te déduit avec une très grande vraisemblance soit de Marc., xv, 40; cf. Lagrange, op. ctt., p. 60, 79, 410, soil de Gai., i, 19; cf. Comely, Comment, in epist. ad Corinthios alteram et ad Galetas, Paris, 1892, p. 411413 ct plus spécialement Introductio, t. ni, p. 593-601. Voir aussi ci-dessus, col. 274. Or Jacques 1e mineur est fils d’Alphée : il n’est donc pas né de Joseph. A celle conclusion rigoureuse, on ne peut qu’objecter, avec Théophylactc, la possibilité d’une union léviratique de saint Joseph avec la veuve d’Alphée. Mais cette possibilité elle-même est détruite par divers passages évangéliques. Quoi qu'il cn soit, en effet, du caractère ou même de l’existence de la paternité d’Alphée ù l’égard de Jacques le mineur, la mère de cc dernier nous est présentée par Matth., xxvn, 56, Marc., xv, 40, 47; xvi, 1 ; Luc., xxiv, 10 : elle a nom Marie, comme la mere de Jésus, et 1c texte sacré lui donne comme fils Jacques et José cl Joseph. SI cctte femme, mariée ou non d’abord ft Alphéc (cc dernier à Identifier peut être avec Clopa<)hêté l'épouse de saint Jonph et lui a donné des enfuftts selon la chair, Il faut admettre que le Juste providentiellement choisi comme chef de la sainte famille a gardé simultané­ ment, durant de longues années, deux épouses ft son foyer. Le seul moyen d’échapper Λ cette impasse est de nier l’identité de Jacques te Mineur ct de José avec Ici personnages de même nom mentionnés parmi les frères du Sauveur. Maie cette Identité tout la suggère: t Os deux hommes, dans 1e même ordre ct avec la mên*« Orthographe, dans Marc, tes deux fois José, dans Matthieu, 1er deux fols Joseph (Matth., xm, 55; xxvn, 1170 56), ne sont-ils pas tes deux premiers nommés des frères de Jésus? Cn h cleur de Marc est tout naturelle­ ment porté à te croire. S’il n'y avait qu'un nom, ce pourrait être un hasard. Il n'est déjà pas si commun que tes deux premiers frères aient tes mêmes noms dnns deux familles; quand un auteur qui a nommé Jacques et José désigne une femme comme mère de Jacques et de José, Il y a presque certitude que ce sont les mêmes personnes. » Lagrange, op. ctt., p. 76. Sur 1e développement de cet argument, tes objections qu’on y peut faire, et les réponses possibles à ces objec­ tions, voir Ami du Clergé, 1912, p. 293 sq. — Toute cette argumentation repose sur l'identité de Jacques l'apôtre et Jacques, frère du Seigneur. Or, cette iden­ tité n’est pas absolument prouvée, car elle cadre assez mal soit avec Joa., vn, 15 et Marc., m, 21, oû il est dit que les « frères du Seigneur » étalent incrédules à sa mission, et avec Act., i, 14, dans lequel les « frères du Seigneur » font un groupe distinct de celui des apôtres. Le texte de l’épltre aux Galates, i, 19, peut d’ailleurs s’interpréter dans tes deux hypothèses. Cf. A. Durand, Frères du Seigneur, dans 1e Dictionnaire Apologétique, t. n, col. 147. 11 ne s'ensuit pas d'ailteur< que l'hypo­ thèse d'un premier mariage de saint Joseph reste plau­ sible, car cette hypothèse a contre elle d'autres argu­ ments plus positifs et plus directs. β) Deux évangélistes ont un récit de l’enfance du Sauveur. Qu’on parcoure leur narration d'un regard attentif, en en notant tes nuances: nne impression très nette s’en dégage : Jésus est 1e seul objet de la sollici­ tude paternelle de Joseph comme de la tendresse maternelle de Marie, te seul enfant au foyer de Naza­ reth. Matth., n, 11, 13, 14, 30, 21; Luc., n, 16-19, 22, 27, 33, 39, 41, 52. L'épisode de la fuite en Égypte et celui de la rccouvrance au temple sont particulière­ ment significatifs sous cc rapport. Si saint Joseph n eu des enfants d’un premier mariage, leur place est auprès de lui. Leur présence doit laisser quelques traces dans sa vie de famille, surtout vu leur nombre. Si Jésus, à douze ans, l’accompagne au temple, tes fils issus de la première union doivent pareillement l’y suivre, d’au­ tant que leur âge plus avancé leur en fait un devoir plus strict. Or, manifestement ni Matthieu ni Luc ne soupçonnent rien de cette première union féconde, de l'époux de Marie, et la teneur même des faits qu’ils racontent semble bien l’exclure. Ceci devient bien plus sensible si l'on rapproche des narrations canoniques les récits apocryphes. Le Protéoangile de Jacques ayant donné des fils à Joseph, les fait naturellement repa­ raître dans la suite de son histoire par ex.: xvn, 1,2; xvni, 1. Cf. Lagrange, op. cit., p. 75. Pour échapper à la logique de cette argumentation, il faudrait sup­ poser comme te fait d'ailleurs te Protéoangile, que les fils du premier manage de saint Joseph, ft l’époque de la naissance de Jésus-Christ, étaient déjà d’un âge suffisamment avancé pour pouvoir sc passer de leur père et vivre Indépendants. Mais l'histoire ne s’har­ monise pas avec celte échappatoire. Les données d’Eusèbe, 11. E., I. 111, c. xxxn et c. xi, P. G., t. xx, col. 281-282, 248, fixant la mort de Siméon (le même que Siméon, dont parte Hégésippe, dté par Eusèbe) à l’âge de cent vingt ans, reportent la nais­ sance de ce · fils de Joseph, frère du Seigneur » à quelque treize ans avant l’èrc chrétienne. Cc qui détruit la supposition de fils déjà adultes au moment de la naissance du Sauveur. c) Reste l’unique solution possible : ceux que te titre de · frères · et de « sœurs » du Seigneur pourrait faire croire nés de saint Joseph, ne sont cn réalité que des < cousins » du Sauveur. C’est la conclusion de tout ce qui précède. Quant à déterminer te degré de parenté des < frères du Seigneur », te problème devient extrê­ mement compliqué. Plusieurs sentiments se sont fuit Π71 JÉSUS-CHRIST. SA MANIFESTATION DIVINE Jour chez les exégètes. Tout d’abord, on peut parler de quatre cousins maternels, fils de Marie et de Clopas-Alphée, cette Marie étant sœur de ia sainte Vierge. Mais il faut pour cela identifier Clopas et Alphée, admettre que deux sœurs aient pu porter le même nom dans la même famille, ct traduire dans Joa., xix, 25. Μαρία ή του Κλωπδ comme une apposi­ tion de ή άδελφή της μητρός αύτου. D’autres auteurs, Insistant sur cc fait que lorsque la mère des · frères du Seigneur » est expressément nommée, Matth.» xxvn, 56; Marc., xv, 40, on ne trouve plus que deux noms : Jacques et Joseph, déduisent que les frères du Sei­ gneur n’étaient pas tous parents au même degré. Et, à cause de la difficulté d’admettre deux sœurs portant le même nom, on fait des « frères du Seigneur » des cousins paternels, en dissociant, dans Joa., xix, 25, Marie de Clopas ct la sœur de la sainte Vierge. Et l’on émet l’hypothèse, que « Joseph (époux de la sainte Vierge) avait un frère : Clopas ct une sœur : Marie, femme d’Alphée. Dans celte hypothèse, Μαρία ή του Κλωπϊ est à traduire Λ/one saur de Clopas, ct Μαρία ή του’Ιακώβου, A/ar/e,mère de Jacques. On voit que ce sentiment n’admet pas l’identification de Clopas et d’Alphée. De Clopas seraient nés Siméon et Jude, tandis que de Marie seraient nés Jacques ct Joseph. C’est la combinaison suggérée par le témoi­ gnage d’Hégésippc, celle aussi qui donne le plus faci­ lement satisfaction aux textes du Nouveau Testa­ ment. » A. Durand, art. cité, col. 146. 3. Un mot, pour terminer la question de la famille de Jésus, est nécessaire au sujet de la parenté de Marie et d’Élisabeth, mère de Jean le Précurseur. Nous avons déjà < Ifieuré la question A pronos de l’origine davidique du Sauveur. Voir col. 1142. Elisabeth était de famille sacerdotale, « des filles d’Aaron », Luc., i, 5. Elle est cependant parente de Marie, mère de Jésus, Luc., i, 36. Les lévites ayant le droit de prendre femme dans toutes les tribus, on conçoit facilement qu’Élisabeth, de la tribu de Lévi et de la descendance d’Aaron par son père, pouvait être du côté maternel, parente de la sainte Vierge : il suffit, pour expliquer cc fait, que leurs mères ou leurs grand’mères aient épousé, l’une un membre de la tribu de Juda, l’autre, un membre de la fain.lle sacerdotale. Voir Dictionnaire de la Bible, art. Élisabeth, t. n, col. 1689. Sur les · Frères du Seigneur · : S. Thomas, Sum. theol., IIP, q. xxvm, a.3, ad5ein; In IV Sent.,1. IV.dïst. xxx, q.n, 3. «d iwm; Compendium theologi/?, c. ccxxxn; ln evang. Matthri, c. xu. fine; In Joannis evangel., c. u. Irct n ; c. vn, lect i; /n epist. ad Galatas, lect. v. On : Suarez, De mys­ teriis cil* Christi, d!«p. V, sect, iv, Mit, \ ivês, t. xix, p. 9097; Deny s Pelau, De Incarnatione Verbi, 1. XIV, c. in; Ch Poe h, Pr* lectione s dogmatica·, t. iv, Fribourg-cnllrhpnu, 1909, n. 606; Janssens, Tractatus de Deo homine, part. H. Fribourg-en-B., 1902, p. 291-298; A. Snnda, Synopsis theologi* dogmatic* spectatis, t. ix, Frtbnurg-cn-B., 1922, I 213; Vau Noort. De Deo redemptore, n. 209; I.épicier, Trad, de sancto Joseph, Paris, 1908, part. Il, a. 7, q.n; Tanquercy, Synopsis theologia dogmatica specialis, Parii, 1913, t.i.n. 1250, etc. P. Corfu y, Les frères de N.-S. Jésus-Christ, dam les Étudfi, 1878, I. p. 5,145; Comely, Introductio specialis In Ubros N. T., Paris, 1885, t. m. p. 595-602; F. Vigoureux. Les frères du Seigneur, dans Les Livre* saints et ta critique rationalist'. Purls. 5· édit., 1901, t. v, p. 397-420; Schegg, Jacobus der Brader des Herrn und sein Bric/. Munich, 1883; Th. Calmes, L'évangile selon S. Jean. Paris, 1904. p. 175; N’eubert, Marie dont ΓÉglise anténtcécnne, Paris, 1908, p. 190-208; A. Durand. Les Frères du Seigneur, dans la Rerue biblique, 1908, p. 8-35 et, en appendice, dans VEn­ fance de Jésus-CMst d’après tes Évangiles canoniques. Parts, 1908; luMtrafige, Évangile selon saint Marc, Parts, 1911, noie. p. 72-89; A/nt du Clergé. 1912. p. 289-301; Fouard. La Vu de N-S. Jésus-Christ, Part». 1904. t. i, p. 445-418; Fulkm, Évangile seton S. Matthieu. Parts, IK’JH. p 283; VU de N^S. Jésus-Christ, Parts, 1922, L i, p. 379-383; et 1172 appendice xxv, p. 553-555. Voir également A. Dunmd, Frèri » dti Seigneur, dans le Dictionnaire apologétique de la Loi catholique, t. o, col. 131-118; et, dans le Dlçllonnaln de la Bible, les articles Alphée, t. i, col. 418-419; Clfophsi, t. n. col. 807 ; Frères de Jésus, col. 2103-2105; Jacqm x (saint) le mineur, t. ni, col. 1081-1088; Joseph (saint), col. 16731674 ; Jude, col. 1806-1807. Voir I lELVIDIUS, t. v>, col 21412114, ct Jacques (Eptlre de saint), ci-dessus, col. 272-271. On a cité au cours do l’article, los auteurs protestante et rational is tes qui ont renouvelé de nos jours l'hrréde hchldhnne. Citons, Λ l’encontre, mais avec la thèse d’Orlgène, Kenan, Les Frères du Seigneur, dans Les Évangiles, Paris, 1877, p. 537 sq.; J. B. Li xhtfoot, dnns son commen­ taire sur l’épltre aux Galnto, Brethren of the Lord, Londres, 19(H), p. 252 sq.; Harris, The Brethren of the Lord, dans le Dictionary of Christ and the Gospels, t. I, p. 232 sq. III. Manifestation messianique et divine de Jésus-CmusT. — L’humanité du Christ, si parfaite au point de vue intellectuel et moral, est déjà par ellemême une manifestation vivante de la transcendance de sa personnalité. Et rien qu’en considérant la per­ fection des sentiments qui ont animé le Christ pendant sa vie ct à l'heure de son sacrifice,on souscrit volontiers ά la profession de foi quelque peu emphatique du vicaire savoyard : « Si la vie ct la mort de Socrate sont d’un sage, la vie ct la mort de Jésus sont d’un Dieu, i Mais le théologien ne saurait sc contenter de cc point de vue superficiel : il doit étudier, jusque dans ses nuances les plus délicates, la manifestation messia­ nique et divine de Jésus. /. CARACTÉRB · ÊC0N0M/QUK » DB CETTB MANI· GESTATION. — 1° Les Pères de l’Église, notamment les Pères grecs, sont unanimes à remarquer le souci péda­ gogique de Notrc-Seigneur Jésus-Christ dans la révé­ lation de sa personnalité. Les auditeurs du Christ diffèrent profondément les uns des autres par leur préparation, leur acquit, leur valeur morale. · Le Sei­ gneur lient le plus grand compte de ces dispositions et y adapte son enseignement : il sc révèle plus expli­ citement aux disciples privilégiés dont il veut faire ses apôtres: il est plus réservé vis-à-vis de la foule; en face des pharisiens, qui n’ont pas l’excuse de la bonne fol ct de l’ignorance, il garde moins de ménagements, ct quand leurs attaques le provoquent à sc découvrir, il ne s’y refuse pas toujours entièrement. Il faut remar­ quer, de plus, que la révélation du Fils de Dieu n’a jamais eu la forme d’un enseignement systématique; clic s’est poursuivie au contact des mille rencontres que le hasard ou plutôt la Providence faisait naître. Les évangélistes ont été trop respectueux de ccs réa­ lités divines et aussi trop dominés par elles, pour les ramener à une forme schématique; cl, à travers ces épisodes, sl chargés de vérité ct de vie, mais si divers, il est imposa ble d’imaginer un projet rectiligne et d’en projeter ici le pian. · « Cependant, si l’on ne prétend pas à trop de rigueur, on peut distinguer, dans renseignement du Christ, plu­ sieurs phases successives qui initient progressivement scs disciples à la révélation du mystère. La prédication de Jésus, au début, a surtout le caractère d’un ensei­ gnement moral; mais, dès cette période, le Christ apparaît au centre de ccttc religion qu'il prêche : comme Maître dès ccttc vie, comme Juge au dernier Jour, il saisit les Ames avec un tel empire que l’on est amené à reconnaître en lui une autorité qui lui appar­ tient personnellement et qui est vraiment divine. A côté de cette prédication morale, on peut relever, sur­ tout dans les conversations privées avec des disciples ou des controverses avec les pharisiens, des déclara­ tions plus directes, où Jésus, se présentant comme lo Fils de l’homme, fait entrevoir son rôle messianique; à partir de la scène de Césaréc de Philippe, ces commu­ nications deviennent très fréquentes ct très explicites : elles prédisent clairement aux apôtres les souffrances et <173 JÉSUS-CHRIST. SA MANIFESTATION DIVINE i avènement glorieux de leur Maître. Ces révélations ne sont pas le dernier mot de l'enseignement du Christ; d’autres paroles nous font entrer plus avant dans le mystère; cc sont celles où Jésus sc manifeste comme le FUS ou le Fils de Dieu : son rôle de médiateur entre son Père cl les hommes, son union avec le Père» làhaut dans cc mystère Inaccessible à toute autre Intelli­ gence, où ils se saisissent ct sc pénètrent totalement l’un l'autre : c'cst là le grand secret de l’Évangile, la suprême révélation du Père céleste. Après avoir ainsi esquissé, à la suite des synoptiques, ce progrès de la révélation dans Pâme des disciples, nous parviendrons à la dernière semaine du ministère de Jésus : vis-à-vis de la foule encore indécise, vis-à-vis de scs adversaires acharnés, le Christ redouble d'efforts; Il se dévoile dans des paraboles transparentes, comme celle des vignerons, dans des controverses pressantes, comme au sujet du Fils de David, ct surtout dans des tableaux d’une Incomparable majesté où il décrit son avènement au dernier Jour. Enfin il scelle toute ccttc révélation par le témoignage suprême rendu devant le grand prêtre ct confirmé par sa mort. Et Dieu le Père à son tour, consacre le témoignage de son Fils : c’est la résurrection; cc sont les appa­ ritions glorieuses ; c'cst l'ascension. » J. Lcbreton, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1919, p. 251-253. 2° Panni les dispositions des auditeurs de Jésus, il en est qui commandent cette « économie » progressive dans la révélation de la personnalité divine de Jésus, en raison des conditions intellectuelles, sociales, et politiques du milieu juif, dans lequel Jésus était appelé à sc manifester comme le «Messie ct le Fils de Dieu. Nous avons esquissé plus haut ces conditions, voir col. 1126 sq. Le peuple juif attendait le Messie, homme et non pas Dieu. Avant de sc manifester comme Dieu, Jésus devait donc au préalable faire la preuve de sa mission messianique. Mais ici encore, 1’ · économie i progressive s’imposait. Qu’on sc rappelle l’attitude des zélotes, d’une part, des hérodiens, d'autre part, les premiers fanatiques ct nationalistes, les seconds, opportunistes ct timorés. Une revendication mes­ sianique éclatante eût suscite des craintes ct surrexclté des espoirs, amené des oppositions ct répressions vio­ lentes que Jésus ne voulait pas déchaîner avant l’heure providentielle, ct qu'il n'entrait pas dans sa mission de briser à coup de miracles. Même avec les tempéra­ ments qu’il adopta, le Maître dut sc soustraire plus d’une fois à l’enthousiasme indiscret des foules. Ne Sarlait-on pas de le prendre ct de le proclamer roi? oa., vi, 15; cf. Marc., vn, 24 ; ix, 30; Luc., xm,31 sq.; Joa., vn, 6; x, 23, 24. » L. de Grandmalson, JésusChrist, dans le Dictionnaire apologétique, t. n, col. 1341. Un autre motif imposait encore à Jésus la prudente économie dont nous avons esquissé les grands traits. La théologie juive avait faussé ct déformé le sens des prophéties messianiques. D’un royaume qui, à tout Î.rendre, était d’abord intérieur et spirituel, elle avait ait un royaume temporel, où le Messie serait « Roi, Cls de David, lieutenant de Jahvé dans la lutte finale contre les Nations, nouveau Macchabée, nouvel Hyrcan, le Héros délivrerait Jérusalem et ferait de la ville sainte la capitale d'un monde régénéré, plantureuse à merveille, où les Juifs fidèles seraient servis à genoux par ccs Gentils arrogants! » JJ., ibid., Voir col. 1129. Rappelons-nous de plus qu’à ccttc conception de l'avènement messianique sc mêlaient des rêveries cschatologiqucs, fondées sur Dan., vu, 13-14, dans lesquels le Messie, un être mystérieux, venu soudain on ne sait d’où, apparaissait sur les nuées du ciel, et préludait au jugement dernier par un acte qui annonce et préfigure ln restauration du royaumo d Israël. A ccs conceptions erronées bc mêlaient des 1174 traits justes et authentiques qui les rendaient d'autant plus dangereuses. Il fallait donc que le Christ, avant de proclamer ouvertement sa messiamté, rappelât aux esprits non prévenus le sens véritable des prophéties concernant son avènement. Dans ces conditions, conclut avec raison le P. de Grandmaison, une reven­ dication Immédiate et publique du titre de Messie (en plus des dangers qu elle eût fait courir avant l’heure à la personne du Maître) aurait eu pour effet d’auto­ riser et de rendre indéracinable l’erreur commune >ur la nature et les destinées du règne de Dieu. Chacun eût reporté sur ce Messie l’image qu’il s'en était forgée et l'eùt contemplé à travers le prisme de ses espérances vaines. C'est pourquoi, fidèle sur cela même à la con­ ception du royaume qu'il devait décrire dans les paraboles du levain et du grain de sénevé, Jésus adopte, dans l'exposition de son message, une sévère économie et une prudente lenteur. Il commence par inspirer aux hommes de bonne volonté, touchés déjà par la prédication du Baptiste, cette inquiétude, ce trouble fécond, cette componction, cette faim ct cette soif de la justice qui devaient, selon les Écritures, marquer l’aurore ct commencer les conquêtes du règne de Dieu. C’étaient là des conditions indispen­ sables à l’intelligence, au goût, à l’acceptation de l’Évangile. Cependant, et dès le début de son minis­ tère, le Maître pratique les œuvres de bonté, de déli­ vrance cl de puissance prédites par les grands pro­ phètes. En face de ces œuvres, les mots d'André à Pierre devaient spontanément monter aux lèvres de ceux qui attendaient, en droiture ct simplicité, l’espé­ rance d'Israël : « Nous avons trouvé le Messie. > Joa., î, 41. Jésus laisse les faits parler pour lui; il évite les promulgations prématurées, repousse l’hommage Indigne des mauvais esprits, éprouve la fol naissante ct mêlée de scories trop humaines, des disciples, e L. de Grandmaison, op. cit., col. 1342. 3° Ccs observations si Justes nous montrent combien hasardeuse est l'entreprise de l’exégèse liberale quand elle veut trouver dans cette économie de la révélation du Christ une manifestation de l’éveil, du progrès, de l’épanouissement de la conscience messianique et filiale de Jésus-Christ. Il y aurait toute une littérature à rappeler touchant les prétendues études psycholo­ giques sur la « conscience de Jésus », depuis la Vie de Jésus de Renan Jusqu’aux assertions audacieuses des tenants du radicalisme actuel. Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’y revenir à la fin de cct article. 11 suffit présentement de rappeler que ccttc prétention ratio­ naliste d’établir 1’enchaînethcnt des idées et des expé­ riences par lesquelles est passé Jésus pour en arriver à sc considérer comme le Messie est une prétention Imaginaire, aboutissant à faire de l’Évangile un roman ct qu’elle est forcément en contradiction, en la plupart de scs assertions, avec les données de la Bible. L’ « éco­ nomie » de la révélation, telle que la présente le dogme catholique, repose au contraire sur les données les pins positives. L’éveil de la foi messianique, son progrès, son épanouissement sont vrais chez les auditeurs de Jésus, ct c’cst A cc point de vue qu’il faut se pî sq., mais encore et surtout par le premier et formel enseigneme t de Jésus lui-même sur sa filia­ tion divine. Quel que soit le sens à accorder aux mots tv το ς του πατρός μου (les choses ou la maison de mon Père), ce sont les mots < mon Père » qui con­ tiennent ici l'idée principale. « D'après l’interprétation constante des exégètes ct des théologiens catholiques, qui est également celle de nombreux protestants ortho­ doxes, c’est dans le sens strict et littéral, dans un sens unique, que Jésus attribue ici à Dieu le titre de Père. Le fait est incontestable et on ne comprend pas pour­ quoi on ne donnerait pas à ce titre, dés cet endroit, la valeur qu'il a si souvent dans la suite des récits évan­ géliques. Dès celte première parole que nous connais­ sons de lui, Jésus se proclame donc « Fils de Dieu », comme il le fera fréquemment plus lard. » Fillion, Vie de A’.-S. Jésus-Christ, t. i, p. 348-319. Cc sens ressort évidemment de l’opposition de la phrase prononcée par Marie : « Ton père ct mol, nous te cherchions », s. 48, ct de celle où Jésus, reprenant le mot de « père » l'applique à Dieu. A son père adoptif, Jésus oppose son I ère naturel ct rappelle à sa mère que les droits de Dieu, son Père, pouvaient parfois lui tracer un devoir suprême, exigeant de lui une certaine indépendance à l’égard meme de ceux qui lui étaient le plus chers après son Père céleste. Les rationalistes contemporains ont faussé et dénaturé la réponse de Jésus à sa mère. Non seulement ils ont voulu y voir l’expression d’un sentiment de raideur ou d’insubordination à l’égard de scs parents, mais ils onl affirmé que le mot · père » n’a ici, sur les lèvres de Jésus, qu’une sign Mention très vague ct très générale. Cf. Dalman, Die Worle Jesu, t. t, p. 151-152; B. Weiss, Das Leben Jesu, t. i, p 269; W. Bcyschlag, Leben Jesu, l· édit., 1.1, p. 14. II exprimerait simplement le sentiment d’union intime qui unissait déjà Jésus à Dieu. Une telle interprétation fait violence au sens naturel el obvie du récit. ///. les TâsiOiaxAüEs préparatoires .< la prédi­ cation DU christ,— A l'âge de trente ans, le Christ sc préparc à sa mission. Le rôle du précurseur vu donc, lui aussi, commencer. De ce rôle, le théologien retiendra les actes et les paroles qui rendent témoi­ gnage à la messianité et à lu divinité de Jésus-Christ. C'est bien parce que « la parole du Seigneur s'est faite entendre à Jean, ills de Zacharie, » Luc., ru, 2, que celui-ci, élevé dans le désert, continuera de vivre au désert, Marc., r, 4, c’est-à-dire dans le désert de la Judée, Matth., ni, I, dans toute In région voisine du Jourdain, Luc., m, 3, 61, non plus tant pour lui-même que pour le Messie et pour les Aines. Jean nous est montré par les ésangêlistes, comme l'austérité en per­ sonne, velu d’un tissu de poils de chameau, se nour­ rissant de s; ut idles el de miel sauvage, Matth., lu, 4; 1183 JÉSUS-CHRIST. LE TÉMOIGNAGE DU Marc., î, 6; son rôle et tracé par Is., xl, 3-5 : Il est < la voix qui prépare dans le désert le chemin du Sei­ gneur. · Et c'est pour préparer ce chemin du Seigneur qu'il commence sa prédication. 1° La prédication de Jean-Baptiste, relativement à Jésus-Christ, avant le baptême de Jésus. — 1. Celle prédication porte d'abord sur l'imminence du royaume messianique : « le royaume des deux est proche » Matth., in, 2. Ccs expressions : · royaume de Dieu · (Marc et Luc), · royaume des deux » (Matth.), • royaume du Christ » ou simplement · royaume » par excellence sont propres à la révélation chrétienne et sont prises indistinctement dans le même sens. Voir Dictionnaire de la Bible, art Royaume de Dieu, L v, col. 1237. Cependant l'expression : « royaume des deux · était déjà employée par le précurseur pour annoncer l'avènement du Messie, et nous avons tout lieu de supposer qu'elle était dès lors en usage pour désigner l'œuvre du Christ, c’est-à-dire le nouvel état religieux et politique qu'on s’attendait à lui voir fon­ der. Elle constitue donc déjà, à elle seule, dans la bouche de Jean-Baptiste un véritable témoignage en faveur de la mesiianlté de Jésus. Mais le caractère inspiré de la prédication de Jean relativement à la proximité du roynume messianique, apparaît surtout en ce que le précurseur attribue déjà, en réaction contre les idées erronées de scs contemporains, au royaume futur les caractères que devra lui donner plus tard Jésus. La pénitence est la condition préalable, absolument nécessaire, pour entrer en ce royaume, Matth , m, 2, et cette pénitence, transformation totale et intérieure de l'Ame, pcravola, Jean l'exprime sym­ boliquement aux foules accourues pour l'entendre, par un rite symbolique et véritablement nouveau, le baptême. Ce concept de renouvellement intérieur et radical, est nettement exprimé dans la véhémente apostrophe que Jean-Baptiste adresse aux pharisiens orgueilleux et aux sadducéens matérialistes. Matth., u, 7-10; Luc., m, 7-9. La colère divine, le châtiment des coupables, prédits par Jean accompagnent, dans les visions prophétiques de l'Anclen Testament, l’ins­ tallation du royaume des deux par le Messie et font partie de son aspect eschatologique. Il ne servira de rien aux Juifs d’être fils d'Abraham, s’ils ne font péni­ tence, ils seront exclus du royaume. Bien plus tout cela est Imminent, et c'est pourquoi la prédication de Jean est si Instante : elle constitue une proclamation solennelle et olhclelle, Marc., 1, 4, 7; Luc., ni, 3, une évangélisation, une exhortation pressante, Luc., ni, 8. Tous ces caractères de la prédication de Jean sont encore renforcés par la sagesse et la modération des conseils pratiqu* s donnés par le précurseur. Luc., m, 10-14. 2. Jean aflïrme ensuite la transcendance et le rôle messianique du Christ «Je vous baptise dans l'eau: mais viendra un plus puissant que moi, de la chaussure de qui je ne suis pas digne de délier (en me baissant | la courroie, lui vous baptisera dans ΓEsprit et le feu; son van est en sa main et 11 nettoiera son aire, puis il rassemblera le froment dans son grenier et brûlera la paille dans un feu qui ne peut s'éteindre. » Luc., m, 15-18; cf. Marc., t, 7. Dans ce texte, remarquons deux antithèses, relatives l'une, aux personnes, l'autre, aux baptêmes. Le Messie est représenté comme « plus puissant · que Jean : Jean est l'inférieur, Indigne de lui rendre, même en se prosternant, les services les plus humbles. Pareillement, le baptême de Jean n'agit qu'à U surface; celui de Jésus, dont l'Espnt-Salnt et le feu seront en quelque sorte les éléments, agit Jus­ qu'au plus intime de i'ftme et opère une régénération Imite morale. Cf, Act., n, 33; x, 44, 47; xîx, 6, etc. Cf Baptlnb far le feu, t. n, col 357. Cette double ifitithê«e où la transcendance de Jésus et de sa mission PRÉCURSEUR !18'. est soulignée par rapport à Jean montre l’inanité de l’hypothèse émise par certains libéraux relati voment A la formation de Jésus par Jean-Baptiste. De plus, la puissance Judiciaire nettement attribuée à Celui qui doit venir, en marque le caractère et la mission mes­ sianique . 2» Le baptême de Jésus par Jean.— 1. Il fut la consé­ cration officielle de la mission messianique du Sauveur. Joa., i, 31. Jean, pressentant en Jésus le Messie, refuse tout d’abord de le baptiser; mais Jésus insiste. Matth. m, 13-15. Sans doute, le Messie n’était pas oblige de recevoir le baptême de son inférieur; mais celle céré­ monie était préparatoire à l'institution du royaume messianique et, à cc titre, entrait dans le plan divin. Luc., vn, 29-30. Le précurseur, si grand soit-il, ne fait que préparer le royaume et le plus petit, dans ce royaume, est ainsi plus grand que lui. Luc., vu, 28. Et donc, I) était convenable que Jésus se prêtât A ce rite, quelque humiliant qu’l) fût. C’cst cc que le Sau­ veur fait comprendre à Jean par ces paroles : « Laisse faire pour le moment, car c’est ainsi qu’il convient que nous accomplissions toute Justice. » Matth., in, 15. L’extrême importance, au point de vue messianique, du baptême de Jésus est sans doute la raison qui détermine Dieu à dévoiler pleinement et miraculeu­ sement la filiation divine du Messie. Les deux se déchirèrent, Marc., i, 10, et Jean et Jésus (il n’y avait vraisemblablement pas d’autres témoins de la scène du baptême, cf. Luc., ni, 21) virent le Saint-Esprit descendant sur Jésus en forme de colombe, Matth., m, 15; Marc., i, 10; Luc., ni, 22, sc reposant sur lui, Joa., i, 32. Celte manifestation divine était le signe promis à Jean par Dieu et qui devait lui permettre de reconnaître le Messie. Joa , i, 33. La descente du SaintEsprit réalisa en effet la prophétie d’Isaïe : Le Messie est tel, — l’oint du Seigneur — parce que l’Esprit de Dieu s’est reposé sur lui. 1s., xi, 2; lxi, 1. El la foi des premiers chrétiens reportera à cc moment la consé­ cration messianique extérieure du Christ par l’Esprit; ainsi en témoignent l'évangile apocryphe des Naza­ réens, cité par saint Jérôme, In Is, xi, 2, P. L., t. xxiv, col. 148; et l'évangile des Ébionites (s’il diffère du précédent) cité par saint fipiphane, Hær., xxx, 13, P. G., t. xu, col. 128. La colombe, qui manifeste Ici la mission Invisible de l’Esprit en Jésus, est choisie par Dieu à cause de son symbolisme. La colombe, dans l’histoire du déluge est l’image de la fidélité et de la paix, Gen., vin, 11 ; le Cantique volt en elle la ligure de l'innocence et de l’amour pur, i, 14; n, 10, 12; îv, 1; v, 2; vi, 8; Jésus vante sa candeur et sa simplicité. Matth., x, 16. — 2. Mais cc n'est pas seulement comme Messie que Jésus est révélé au baptême de Jean. Dieu le Père fait entendre sa voix pour le proclamer son Fils blen-aimé. Matth., m, 17; Marc., i, 11 ; Luc, ni, 22. Pour la comparaison des trois récits, voir le P. Lagrange, Évangile selon saint Muré, Paris, 1911, p. 12. C'est une nouvelle révélation de la filiation natu­ relle du Verbe Incarné. Il ne saurait, en effet, être question d'entendre ici l’expression · mon Fils · en un sens large, qui s'accommoderait d’une filiation de pure adoption. Le texte et le contexte exigent le sens de la filiation naturelle, Le texte d'abord : ΌυΙός μου ό ά· αττητός; Ια répétition de l'article rend sin­ gulièrement expressif le sens du mol · Fils ». Il faut observer que, dans les synoptiques, αγαπητός est employé au même sens que μονογενής par saint Jean. Cf Marc., i, 11; et comparer Luc., m, 22; Matth., ni, 17; Marc., ix, 7, avec Matth., xvn, 5; Luc., ix, 35, d'après la leçon des mss A C D N. Voir également la même expression dans la II Pct.,t, 17; chez saint Paul, Eph., i, 6; Col., i, 13, et surtout Rom., vm 31 où l'apôtre cite Gcn. xxn 16 en substituant à τού άγχττητού υΐοΰ la formule του Ιδιου υΙοί. Voir Resch, JÉSUS-CHRIST. LE TÉMOIGNAGE DU PRÉCURSEUR H85 Parallelicxte, dans Texte und Dntersuchungen, t. x, fasc. 2, p. 24; J. Lcbrclon, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1919, p. 308-309. Le contexte ensuite : les récits antérieurs de Matthieu et do Luc nous ont montré Jésus comme conçu du Saint-Esprit, et saint Marc, dans sa première ligne, résumé tout son évangle en ces mots expressifs : « Commencement de l’évangile de Jésus-Christ, F/ls de Dieu, D’ailleurs la même voix divine sc fera entendre, deux fois encore : à la transfiguration, Matth., xvn, 5; Marc., ix, 6; Luc., ix, 35; cf. Il Pet., i, 17. et quelques jours avant la passion, Joa., xn, 28-30. A la transfiguration la filia­ tion divine est encore nettement et directement révé­ lée. Et quand, dans saint Jean, malgré son trouble, le Sauveur demande à Dieu : « Mon Père, glorifiez votre nom », une voix divine, sanctionnant Implici­ tement cette appellation de « Père », répond : « Je l'ai glorifié et Je le glorifierai encore. » 3e Les témoignages postérieurs au baptême de Jésus. — L Témoignages en joueur du Messie, rendus à la délégation du sanhédrin (Joa., r, 19-28). — Saint Jean complète ici visiblement les synoptiques. La renom­ mée de Jean-Baptiste croissant toujours, une dépu­ tation de prêtres et de lévites lui est envoyée, pour porter un Jugement sur l'œuvre, la prédication et le baptême de Jean. Successivement le précurseur affirme qu’il n'est ni le Messie, ni Élle en personne, ni le pro­ phète prédit par Moïse. Sur l'attente d’Élie et du pro­ phète, voir ci-dessus, col. 1126 sq.. Jean est simple­ ment < la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur. » L 23. Il annonce sim­ plement le Messie, transcendant et dans sa personne et dans son baptême. 26-27. — 2. Le Messie est Jésus, Fils de Dieu, Entouré de quelques-uns de ses disciples, Jean vit, le Jour suivant, Jésus venant à lui et il rend aussitôt, saisi d'une intense émotion, hom­ mage ù sa mission messianique et à sa filiation divine : • Voici, dit-il, ΓAgneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde. C’est celui de qui j'ai dit : après mol vient un homme qui a été fait avant moi, parce qu'il était avant moi; et moi je ne le connaissais pas; mais c'est pour qu*il fût manifesté en Israël, que Je suis venu baptisant dans l’eau... Et moi je ne le connais­ sais pas; mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l’eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et se reposer, c’cst celui qui baptise dans ΓEsprit-Saint. Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage que c'est lui qui est le Fils de Dieu. » Joa., i, 29-31, 33-34. Témoignage précieux entre tous! Ne nous atteste-t-il pas la mission rédemptrice de Jésus, vainqueur du péché, et symbo­ lisé par l'agneau pascal, qui, jadis, avait sauvé de la mort les premiers-nés des Hébreux? Ex., xn, 3-18; cf. Is., un. 7; I Cor., v, 7; Joa., xrx, 31. N’alfirme-t-ll pas la préexistence éternelle du Messie, et par consé­ quent, sa divinité, connue du précurseur par une révé­ lation spéciale? Aussi, l'expression « Fils de Dieu » appliquée par Jean à Jésus doit-elle être entendue dans son sens le plus strict. Ici encore le texte semble l'exiger, non moins que le contexte. Le témoignage do Jean, en effet, nous est conservé par l'auteur du qua­ trième évangile, qui, dans le prologue, vient précisé­ ment d'insister sur la préexistence éternelle et la divi­ nité du Verbe : nui doute que le témoignage de Jean ne soit rapporté pour corroborer les affirmations du prologue. — 3. Dernier témoignage de Jean sur ta messianilé et la filiation divine de Jésus. — Jésus avait , déjJ commencé sa vie publique, et scs disciples confé­ raient déjà un baptême, analogue Λ celui de Jean, symbole de la conversion nécessaire pour entrer dans I le royaume des deux. Voir Βαιί^με, t. n, col. 169, et I jEA<-B\rnsrE(ZMpMme de) ci-dessus, col. 6 16 sq. Et •a renommée commençait Λ éclipser celle de Jean. Les I disciples de ce dernier l'ayant fait remarquer u leur PICT. PE TllltüL. CATHOL. 1186 maître, ce fut, pour le précurseur, l'occasion d'un nouveau et splendide témoignage rendu au Christ. Cc témoignage se compose de deux parties, la première attestant la supériorité du Christ, dont Jean n'est que le précurseur, et qui doit croître, alors que le rôle d< Jean est de diminuer et de disparaître; la seconde, s'élevant à des hauteurs incomparables et à laquelle il convient de s'arrêter plus longtemps : « Celui qui vient d’en haut, dit Jean, est au-dessus de tous. Celui qui vient de la terre est de la terre et parle de la terre. Ainsi celui qui oient du ciel esl au-dessus de tous.. Et il témoigne de ce qu'il a ou et entendu. . Celui qui a ret son témoignage a attesté que Dieu est véridique car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, parce que ce n'est pas avec mesure que Dieu [lui ] donne VEsprit, Le Père aime le Fils et il a tout remis entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la oie éternelle; celui qui ne croit pas au Fils ne oerra pas la oie, mais (a colère de Dieu demeure sur lui. » Joa., in, 31- 36. Toute la théologie Johannique sur la divinité du Fils de Dieu Incarné sc retrouve en ce t émoi gn a gc.Tr an seen dance del'HommeDieu, relation intime de dépendance vts à-vis de Dieu et dans la vie divine elle-même ; plénitude de l'inhabltalion de l'Esprlt-Saint, c'est-à-dire de la divinité; amour du Père pour le Fils, affirmation de la nécessite de la foi en Jésus-Christ pour faire son salut : tout, dans les paroles de Jean atteste la divinité du Fils de Dieu qui est Jésus. Après de tels témoignages en faveur du Messie, Fils de Dieu, comment un doute aurait-il pu subsister dans l'esprit de Jean? Si donc, plus tard, ayant appris dans sa prison les miracles accomplis par Jésus, il envoie deux de scs disciples demander à Jésus s'il est vraiment le Messie, Matth., xi, 2-3; ci. Luc., vu, 19, cette question ne ma que pas un doute dans l'espnt de Jean et n’infirme en rien la valeur des témoignages par lui déjà rendus touchant la divinité de Jésus, mais, telle est du moins l'exégèse classique, elle est posée dans l'intérêt des disciples, afin de leur fournir une preuve convaincante de la vraie nature de Jésus el I d'affermir leur foi, ébranlée sans doute par leurs rap­ ports avec les pharisiens. Sur les discussions soulevées par le message de Jean, voir D. Buzy, Saini JeanÜapt isle, Pari s, 1923, p. 280-306.—Conclusion.—Ainsi I donc la révélation de Jésus, Messie et Fils de Dieu, est déjà faite au début du ministère public du Sauveur· .Mais ce n'est pas encore une révélation publique : I seules, quelques âmes privilégiées en ont été favorisées· I La révélation publique, c'est Jésus qui la fera, durant les trois années de son ministère. 11 la fera progressi­ vement. de façon à ne pas compromettre sa mhs.on I et à ne pas favoriser les conceptions erronées des J mis, ses contemporains, touchant le royaume mes&amque, la personne du Messie et scs attributs. Z F. MANIFESTATION PROGRESSIVE DE L* HOMMEDIEU dans les SYNOPTIQUES.— Λ partir du baptême, le problème de la messianitc et de la filiation divine de Jésus sc pose pour les Juifs. Jésus s appliquera Δ donner la solution de cc problème selon les lois de l'économie providentielle relative â la révélation du mystère de l'Ilomme-Dlcu. Les coud lions intellec­ tuelles, sociales et politiques du peuple Juif au temps de Noire-Seigneur, exigeaient, avons-nous dit, une révélation progressive de la qualité de Messie. Sem­ blablement, et même sans tenir compte de ccttc cir­ constance, la révélation de l'origine divine ne pouvait sc produire d'une façon trop directe et, peut-on dire, trop brutale. · La raison en est, dit M. Lepin, dans lu situation même, extraordinaire, inouïe, qui était celle du Sauveur. Mettons-nous bien, en effet, dans la réalité. Représentons-nous le Verbe, vrai Fils de Dieu cl vrai Dieu, quittant le sein de son Père céleste, pour »c faire homme comme les autres homme* et, au m.ucu VliJL — 38 IÎ87 JÉSUS-CHRIST. LE TÉMOIGNAGE DES MIRACLES dei hommes, se consacrer à l’œuvre d'enseignement et de salut que nous savons. Quelle situation extraor­ dinairement complexe et délicate I Pouvait-il raison­ nablement découvrir, d’une manière trop explicite, son exacte Identité? Pouvait-il déclarer, sans détour ct sans voile : Je suis en apparence homme comme les autres hommes; en réalité, je suis le Fils de Dieu, éternellement engendré de Dieu, je suis le créateur du ciel et de la terre, je suis Dieu? La situation, peut-on dire, eut été Impossible, ct, si nous trouvions dans les Évangiles de ces déclarations expresses, nous serions m droit d’en suspecter l'authenticité, tant elles auraient été intempestives ct déplacées.... C'est indi­ rectement et progressivement que Jésus a voulu révéler sa dignité messianique; a plus forte raison a-t-il dû agir de la sorte pour cc qui est de sa divinité. Impossible de procéder avec plus de sagesse et plus d’opportunité. Il a insinué et suggéré cette réalité supérieure par toute sa vie : ses œuvres manifestaient une puissance divine; ses discours étaient pleins d’allu­ sions à la transcendance de scs privilèges et de ses pouvoirs, au caractère unique de sa qualité de Fils de Dieu. Pour n'être pas exprimée, cn une formule dog­ matique, à la manière d’une définition de fol, la divi­ nité proprement dite de sa personne ne s'en laissait pas moins deviner à travers toutes ses déclarations; elle s’en dégageait comme une conclusion théologique certaine ct il devait être Impossible à scs disciples, surtout après la résurrection et la Pentecôte, de se méprendre sur le véritable sens de sa manifestation. · Jésus, Messie et Fils de Dieu, Paris, 1910, p. 364-365. Ajoutons, avec le même auteur, que l'enseignement de Jésus touchant sa propre personne, et scs relations avec le Père céleste, sont les déclarations, non du Fils de Dieu uniquement considéré dans sa nature divine, mais du Fils de Dieu incarné. A proprement parler, l’enseignement de Jésus est l'expression humaine de sa pensée humaine ct, à cc titre, il lient compte, même cn témoignant de la préexistence éter­ nelle cl de la divinité 'u Fils, des conditions concrètes cl ins lesquelles cc Fils s'est manifesté aux hommes, nomme comme eux, par l'incarnation. Ainsi donc, si l'on se rappelle que le Christ devait avoir cn face de lui un peuple charnel et aveugle, que le nom de Messie enflammait, mais trompait, que le nom de Fils de Dieu ne pouvait que scandaliser, on com­ prendra les précautions, les lenteurs, les réserves ue l’enseignement du Christ. Avant de montrer la lumière il doit désilkr les yeux; avant d'enseigner, il doit convertir. < La prédication du Christ commencera donc par un enseignement moral : il ne propose pas d abord les mystères du dogme chrétien, sa propre divinité, son unité substantielle avec le Père; mais il prêche l'i éal de la vie chrétienne : l'humilité, la pau­ vreté, la douceur, le pardon des injures, la religion intér.cure qui prie el agit dans le secret; il presse ensuite ses disciples de mettre tout cela cn pratique jour ne pas bâtir sur le sable ct voir tout l'édifice s'effondrer. D'un mot, Il faut faire la vérité pour venir . la lumière » . Lebrclon, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1919, p. 260. En réalité, la manifesta­ tion explicite et formelle de Γ Homme-Dieu présuppose ijà les illusion· dissipées touchant le royaume de . eu et la personne du Messie. Et c’cst seulement orvque Jésus aura fait comprendre de quelle nature r t le royaume qu’il vient fonder et quel est le vrai ca> ctè c de sa dignité messianic,ue, qu’il pourra sage­ ment se révéler comme le Flh de Dieu. Aussi, soit au désert lors de la tentation, soit dans les débuts de sa \|e publique, lors des guérisons de possédés, jamais Jésus ne laissera au démon le dioit de proclamer sa int tilanitê et sa divlhHt que cependant l'esprit du mal cnnnaïuait ou tout au moins soupçonnait. Marc., i. 1188 32-34. Cf. î, 23-24; m, 11-12; v, 11; Matth., iv, 3, 6; vin, 29; Luc., iv, 3, 9, 33-34, 41 ; vm, 28. Sur la valeur du témoignage des démons, voir S. Thomas, Sum. theol., 1·, q. lxiv, a. 1, ad 4urn. Sans doute, la prédication de Jésus dans le début de son ministère est semblable Λ celle de Jean-Baptiste : « Le temps est accompli, ct le royaume de Dieu est proche; convert issez-vous ct croyez à l’Évanglle. · Marc., î, 15. Mais la conversion des âmes, Jésus la préparera tout d'abord par les bienfaits qu'il sc plaira à répandre autour de lui : « il a passé, en faisant le bien, ct cn guérissant tous ceux qui étaient asservis par le diable. · Act., x, 38. Dès le début du ministère du Sauveur apparaît la vérité de la progression signalée au r. 1 des Actes des Apôtres : facere et docere, faire le bien, d'abord; enseigner, ensuite. C'est en guéris­ sant les corps que Jésus atteint les âmes et les puriile. Aussi estimons-nous que le théologien, étudiant la manifestation implicite de l’ilommt-Dieu dans l'Évangile, doit le chercher tout d'abord dans les miracles du Sauveur, avant de la trouver dans son enseigne­ ment général. 1° Manifestation de ΓHomme-Dieu par les miracles. — Nous n’avons pas à nous appesantir sur la définition, la transcendance, In valeur démonstrative du miracle en faveur de la vérité révélée. Voir Mikacli:. Il reste entendu qu·· pour les contemporains de Jésus comme pour les hommes de tous les temps, les miracles ont été «des signes très certains de la révélation, accom­ modés à l'intelligence de tous. » Cone. Vatic., sess. m, c. 1, Denzingcr-Bannwart, n. 1793. Mais la plupart des miracles du Christ furent accomplis, moins pour corroborer i ne révélation déjà faite que pour piéd > poser les esprits à la révélation à venir. Et c’cst sous cet aspect que nous trouvons dans les miracles de Jésus une première manifestation, encore Implicite, de son rôle messianique ct de son origine divine. Aussi bien, cn établissant la liste des miracles du Sauveur, on peut constater que si Jésus multiplie scs miracles pen­ dant toutes les périodes de sa vie publique sans excep­ tion, ils furent toutefois plus nombreux pendant la pre­ mière partie de son ministère public. L. Cl. Pillion, Les miracles de N.-S. Jésus-Christ, Paris, s. d. (1909), 1.1, p. 27. C'est là une première indication de la vérité de notre thèse, à savoir que les miracles préparèrent d'abord la révélation avant de l'authentiquer. Une autre indication de la même vérité, c'est que les pro­ diges de Notrc-Scigncur ne furent jamais accomplis dans l'unique intention de jeter les hommes dans l'admiration ct de faire éclater la puissance* divine; mais tous, à part une ou deux exceptions (la malédic­ tion du figuier stérile, par exemple), furent des œuvres de miséricorde, manifestations de la bonté et de l’amour du divin Maître, qui voulait, autant qu’il dépendait de lui, alléger les souffrances physiques et morales de l'humanité. La pitié est un sentiment habi­ tuel du cœur de Jésus; voir col. il62. Et c'est sous l'influence de cc sentiment que beaucoup de miracles furent accomplis. Matth., xxv, 14; cf. Marc., vi, 34; Matth., xv, 32; cf. Marc., vm, 2; Matth., xx, 34; Marc. î, 41; Luc., vn, 13, etc. Et par ccs œuvres de miséricorde, Jésus entendait s'attacher les cœurs et les esprits. 1. Héaliti des miracles du Christ, — Jésus devait opérer des miracles. Le Messie attendu des Juifs avec tant d’urdeur, devait être, d’après les prophéties elles-mêmes, un être surhumain, possédant le pouvoir d'accomplir des merveilles éclatantes. Cf. Is., xxxv, 5-6; xuu, 8, etc. Aucun juif n’aurait accepté un Messie ί qui n’eût pas été thaumaturge. Il fallait donc que sur cc point, Jésus ré ilisàt les prédictions des prophètes et I répondit aux légitimes attentes de ses compatriotes. I Mars il des ait à la vérité mess unique de ne point 1189 JÉSUS-CHRIST. LE TEMOIGNAGE laisser s’égarer l’opinion des Juifs, qui réclamaient un Messie politique, conquérant, restaurateur du royaume temporel d’Israël. Les miracles de Jésus ne devaient pas servir à entretenir le peuple juif dans les illusions ct les erreurs qu'il nourrisait depuis long­ temps sur le messianisme. Que Jésus ait opéré de nombreux prodiges, le fait n’est pas douteux. Les récits évangéliques sont rem­ plis des faits miraculeux attribués par leurs auteurs au Sauveur, ct, d’une façon générale, ils cn affirment l’existence. Marc., I, 32-34; cf. Matth., vin, 16-17; Lue., iv, 40-41 ; Matth., iv, 20-24; cf. Marc., n. 7-12; Luc., vi, 17-19; Luc., v, 15; vn, 21 ; vm, 2; cf. Matth., xi, 4-5; Marc, vi, 54-56; cf. Matth., xix, 35-36; xv, 20*31 ; et. Marc., vu, 37; Matth., xix, 2; xxi, 14; Joa., n, 23; iv, 48; vu, 31 ; xi, 47; xn, 37; xx, 30, etc. Des formules générales contenues dans ccs textes, il appa­ raît bien que les miracles s'échappaient cn grand nombre des mains divines ct bienfaisantes du Sauveur. De plus, les écrivains sacrés ont donné aux miracles de Jésus des noms qui marquent bien leur caractère surnaturel. Ce sont des prodiges, τέρατα; encore que ce nom soit commun aux miracles de Jésus et aux pro­ diges des faux prophètes, Matth., xxiv, 24; Marc., xm, 22, cependant, pour désigner spécialement les miracles du Sauveur, il est accompagné d'autres qua­ lificatifs qui excluent l'idée d'un pur prodige, unique­ ment destiné à éblouir les foules. Matth., îv, 24; Marc., xm, 12; cf. Joa., iv, 48. Cc sont des faits mer­ veilleux, 0 υμάβια,Matth.» xxi, 15; des faits étranges, a. Luc., v, 26. Les miracles de Jésus reçoivent aussi le nom de δυ iptvr, forces, parce qu'ils aiianifestent une puissance supérieure à celle des hommes. Malt h., xi, 20, 21, 23; xm, 54, 58; xiv, 2; Marc , vi. 2,5, U; ix, 30(Vulg., 38); Luc., x, 13; xix, 37 Cc sont aussi des signes, ημεϊα, à cause de leur relation avec h vocation messianique de Jésus, qui se trouve être par eux prouvée ct comme contresignée. C'est surtout chez saint Jean qu’on trouve cette expression, u, 11, 18,23; m, 2; îv, 48, 54; vi, 2, 14,26, 30; vn,31;ix, 16; x, 41; xi, 47; xn, 18, 37; xx, 30, bien qu’on la ren­ contre déjà assez fréquemment chez les synoptiques. Matth., xn, 38, 39; xvi, 1, 4; Marc., vin, 11,12; xn» 17, 20; Luc., xi, 16, 29, 30; xxm, 8. Saint Jean em­ ploiera une autre expression, qui lui est favorite, έργα, les œuvres, expression pleine de profondeur, car elle semble supposer qu'en Jésus-Christ le miracle est la forme naturelle de l'activité. Joa., v, 20, 36; vn, 3, 21; ix, 3, 4 ; x, 25, 32, 37, 38; xi. 12; xv, 21, etc. Parmi les miracles opérés par Jésus en personne les évangélistes cn ont relevé, cn part culler, un certain nomine. M. T. H. Wright, dan* il Mings, Dictionary o/ Christ and the Gospels, Londres, 1908, t n, p 189. énun rc, d’après les évangiles 41 miracle* distincts; M. bill.on, op. cil., p. 25-27, n’en compte que 39. Et la vérité historique de ces miracles apparaît démontrée avec la dernière évidence. — a) Tout d’abord, il ne «aurait être question d’interpolation, à une dale pos­ térieure des récits miraculeux dans les évangile*. Bien que l'authenticité de ces récits soit linpl.vilement démontrée dans l’authenticité générale des évangiles, elle apparaît très certainement du fait que deux ct même trois évangélistes ont rapporté simultanément les miracles 1rs moins · acceptables » à la raison humaine : la résurrection de la fille de JaTre, les deux multiplications des pains, la guérison des aveugles de Jéricho, par exemple. · La distribution de la matière miraculeuse, dit fort justement le P. de Grandmalson, n'est pas celle qu’on attendrait d’une interpolation postérieure. Dans celle hypothèse, cn effet, le mer- , veille devrait remplir les parties les moins a lies! < es de l’histoire évang que, introduit là tardivement, moyennant des Uud.l.ons particulières, accueillies par DES MIRACT.ES 1190 l’un ou l'autre des narrateurs. Dans le double et, à plus forte raison, le triple récit, on ne devrait guère trouver quo les miracles plus aisément « acceptables »; guérisons de paralytiques, exorcismes, etc. Ces pré­ visions sont celles-là même (nous le verrons) qui guident nos adversaires dans leqr étude de l’élément miraculeux impliqué par les documents chrétiens pri­ mitifs. Mais les faits déjouent ces calculs aprioristiques : au lieu d'affleurer çà ct là, à la façon de blocs erratiques, déposés par une coulée géologique récente à la surface des récits, les prodiges les plus inouïs, les plus « impossibles », saturent également la double, la triple synopse. > Jésus-Christ, dans le Dictionnaire apologétique, t. n, coL 1448. — b) Ensuite, les rédis miraculeux ne laissent rien à désirer au point de vue de la critique; les néo-critiques ne trouvent aucun argument tiré de l’examen des textes pour nier la vérité historique des mirades du Sauveur : aucun désaccord dans les mss; variantes textuelles Insigni­ fiantes; clarté parfaite de la narration; ils sont entiè rcment irréprochables. — c) La comparaison des mirades de Jésus dans les évangiles canoniques et des miracles attribués à Jésus par les apocryphes, est une nouvelle preuve de la vérité historique des premiers. Les apocryphes nous servent du brillant, du clinquant, du merveilleux pur et simple, parfois accompli con­ trairement aux règles de la convenance, de la justice el de la charité. Dans les mirades authentiques du Sauveur, Il règne une convenance, une dignité par­ faite, cl tous servent à mettre en relief la mission de Jésus. Celle opposition fondamentale est une marque de la réalité et de la crédibilité des miracles évangé­ liques. Cf. Fillion, op. cit., c. ix, f 2. — d) Mais la preuve décisive, c’cst qu’il est Impossible d'ecartcr les récits miraculeux, sans mutiler les évangiles et sans les transformer d’une manière essentielle. Ils sont inséparables de l’histoire de Jésus; l’image de Jésus, telle que nous la dépeignent les évangélistes, est comme sa tunique sans couture : il faut la prendre telle qu’elle est, avec les miracles, ou la rejeter tout entière. Les miracles sont supposés à chaque instant par les circonstances, les particularités, les enseigne inents les plus incontestables de l'évangile. C'est par les miracles que s’explique la fol qui entraîna les apôtres vers Jésus : saint Jean le fait remarquer à maintes reprises, n, 11 ; ni, 2 ; vu, 31 ; xn, 9-11 ; mais les synoptique^ ont noté eux aussi re’ir mpresslon des prod ges de Jésus sur les Douze. Marc., iv, 40; Matth., xiv, 33. C’est par les miracles que s’explique l'en­ thousiasme et l'émotion des foules qui suivent Jésus, ou le recherchent, avides d’entendre sa parole et de recevoir ses bienfaits; voir quelques textes, Marc.,i, 23, 45; vn, 36-37; Matth., ix, 8, 31, 33; xn, 23; xv, 31; Luc., îv, 37, 40, 42; v, 15; vn, 17; vm, 39; xi, 14. etc. C'est à cause des miracles que les ennemis de Jésus sont piqués de curiosité, Matth., xn, 38; xiv, 1-2, ou dévorés d'envie, Joa., xi, 47, 48. El enfin, souvent Jésus donnait à ses disciples, ou aux foutes, ou à ses adversaires, des leçons pratiques cn prenant pour occasion quelque prodige qu’il venait d accomplir. Personne ne révoque en doute la leçon; pourquoi révo­ quer cn doute le miracle qui en fut l’occasion? Cf. Matth., xn, 10-13; 22-24; x, 1-8; Joa., vi, 26, etc. Le pouvoir de thaumaturge de Jésus est reconnu for­ mellement par les apôtre* qui furent témoins de sa carrière et fait partie integrante de la tradition chré­ tienne primitive; cf. Act , n, 22, 23; x, 37-39; Joa., xxf, 25. 11 faut donc conclure avec Harnack, en éten­ dant toutefois son assertion à tous les miracles rap­ portés par l’évangile : < Les miracles ne se laits ml pas éliminer des réc ls évangéliques, sans qu’on détruise ces ne ls Jusqu a la base. » Lehrbuch der Do gmai· geschlctdc, L î, p. 64. 1191 JÉSUS-CHRIST. LE TÉMOIGNAGE DES MIRACLES 119'2 La difficulté soulevée par certains néo-critiques, vous m'avex envoyé. » Joa., xi, 41-43. Et cette der­ relativement à l’absence de tel récit miraculeux dans nière formule revient ft plusieurs reprises sous la l'un ou l’autre évangile, n’est pas une difficulté plume du quatrième évangéliste. Joa., v, 36; x, 25; st rieuse : aucun évangéliste n'n voulu être complet, et xiv, 12; xv, 24; xx, 30. En réalité tous les contempo­ l’absence de tel récit chez l'un ou chez l'autre prouve rains de Jésus, amis ou nnemis, sont d'accord sur le au contraire l’indépendance, c'est-à-dire la véracité fait de cette connexion : voir les textes, Matlh., xn, des auteurs li.spirés. D'ailleurs sur 39 miracles, treize 13; xxiv, 54; Joa., m, 2; iv, 43; vi, 14; vu, 31; ix, 16 sont commun? à trois évangélistes au moins (un est 33; xi, 45; xu, 11, etc. raconté par les quatre); vingt sont particuliers à l’un Mais ces prodiges attestent-ils vraiment l'interven­ •u à l'autre et six sont rapportés par deux évangiles. tion de la puissance diuine9 Sont-ils vraiment des Cette grande variété et ces accords fréquents marquent prodiges tels que Dieu seul les puisse accomplir? Et à la fois la véracité et l'indépendance des auteurs Jésus se montra-t-il, soit comme objet, soit comme Inspirés. Cf. Fillion, op. cit., p. 23-30. instrument, digne de celte intervention de Dieu? Les Ajoutons enfin, en descendant dans le détail des contemporains du Messie ne sc sont peut-être pas mir.des du Sauveur, que si, d'une part, le Sauveur posés, sous une forme aussi précise, cette double ques­ •'est constamment refusé à faire des miracles de pure tion, dont la solution achève de déterminer la valeur puissance, de ces prodiges qui manifestent une force des miracles de Jésus comme signes de sa mission. Inconsciente sans frein, ni règle, ni but, cf. Marc., Ils ont simplement subi l'attrait produit sur leur cœur nn, 12; Joa., iv, 48, si, d’autre part, il a souvent et leur intelligence par les multiples bienfaits du refusé d’accomplir des miracles là où il était accueilli Maître, sans apercevoir tout d’abord clairement le avec incrédulité, Marc., vi, 5, 6; Mat th., xm, 58, terme auquel Jésus les voulait amener. Voilà pour­ qu’en fin si Jésus a voulu fréquemment limiter la quoi le théologien qui cherche avant tout ft retrouver divulgation des faits merveilleux par lui accomplis, dans l'Évangile la figure historique du Christ, doit Marc., i, 44; v, 43, afin de garder à sa manifestation logiquement situer les miracles accomplis par ce der­ parmi les hommes la marche progressive el sagement nier — du moins ceux qui ont précédé sa passion — réglée qu’il avait décidé de lui Imposer, « celte dis­ dans le cadre de la manifestation progressive et pleine crétion, ces limitai ions, — non imposées du dehors d* · économie » de ia mission messianique et de la et aveu de faiblesse, mais imposées du dedans et filiation divine. Toutefois, si nous voulons, avec l’apo­ marque de sagesse : les textes les plus clairs en témoi­ logiste des temps postérieurs à Jésus-Christ, analyser gnent : Matth., iv, 3 sq.; xxvi, 53 — confèrent aux jusque dans ses derniers éléments cette force attrac­ miiaclcs du Christ un caractère unique, et aux récits tive, Inhérente aux miracles de Jésus, et dont les con­ qui les relatent un cachet d'historicité hors ligne. C'est temporains de Jésus ont subi l’influence, il nous faut le propre en effet des embellissements postérieurs et arriver à cette double constatation : que les miracles des enthousiasmes Irréfléchis d'ajouter en ce genre, de opérés par Jésus sont tels, que Dieu seul les pouvait surenchérir, de chercher le frappant, l'extraordinaire, accomplir; et que Jésus, dans l'accomplissement de sa l'inouï. Les miracles de Jésus, tels que nous les pré­ mission, s'est montré constamment digne de l’inter­ sentent les évangiles, sont au contraire tellement maî­ vention divine dont il était d'ailleurs lui-même le trisés, tellement spirituels, tellement mortifiés, pour digne instrument. ainsi dire, qu'ils Interprètent la vie et l'enseignement a) Circonstances où se produisent les miracles, — du Maître sans les tire; pour autant de l'histoire, du Malgré les sages limitations que Jésus apporta dans réel, de tout ce que nous savons par ailleurs du prédi­ l'accomplissement de scs miracles, i) y a, parmi les cateur et du saint de Dieu. · L. de Grandmaison, art. « œuvres » du Sauveur une variété considérable, dans cité, col. 1456. laquelle nous devons admirer les effets de la toute2. La valeur des miracles de Jésus, comme signes de puissance divine. Quelle que soit la formule de classi­ sa mission messianique. — Que les miracles de Jésus fication adoptée pour les miracles du Sauveur, il est aient servi à prédisposer les cœurs et les esprits de ses hors de doute, que les miracles de création, tels que le cc ntemporalns à accepter la personne et les enseigne­ changement de l'eau en vin et la multiplication des ments du Sauveur, ou bien, en modifiant quelque peu pains, les miracles de suspension des lois de la nature, la formule, qu’ils demeurent aujourd'hui encore de tels que la pêche miraculeuse, l'apaisement soudain solides et convaincants motifs de crédibilité en faveur de la tempête, la marche de Jésus sur les eaux, et, de la révélation inaugurée par Jésus, — 11s ont dû, ft plus forte raison, les miracles de résurrection de eu toute hypothèse, être accomplis en une connexion morts, mettent en évidence l'intervention de la puis­ manifeste, implicite ou explicite avec la personne, sance divine. Le sens obvie du texte, pas plus que le renseignement, la mission du Verbe Incarné. Implici­ caractère du Sauveur ne supporteraient une explica­ tement, cette connexion existe chaque fois que le tion tirée de l’emploi de la supercherie. L'illusion n’est mlincle sert à glorifier Jésus (par exemple : la voix pas plus admissible, lorsqu'il s’agit de phénomènes du ciel entendue au baptême et à la transfiguration, naturels incontestables et vus par de nombreux et surtout, la résurrection), ou encore chaque fois témoins. Voilà, en bref, ce que suggère la lecture que le miracle est la récompense accordée à la fol ou Impartiale des textes. Nous verrons à la (In de l'article la confiance en Jésus (par exemple, la guérison du ser­ que les néo-critiques ont voulu y trouver tout autre viteur du centurion, Matth., vm, 5 sq.; la guérison des chose. Leurs négations sont plus vives encore, lorsqu’il aveugles de Jéricho, Matth., xx, 29; la guérison de la s’agit des miracles de guérisons, guérisons psychiques : < bananéenne, Matlh., xv, 22 sq; cf. Matth., vn, 2; expulsion des démons; guérisons corporelles : santé vm, 25; ix, 18; 27; xiv, 28; xx, 30; Marc., vn, 25rendue aux malades, tous miracles qu’ils prétendent 2> ix, 16-23 ; Luc., iv, 38 ; Joa., n, 3; iv, 46-54). Expli­ expliquer par le seul jeu des forces naturelles. L'apo­ citement, celle connexion est proclamée par Jésus logétique catholique démontre le caractère vraiment surnaturel des guérisons psychiques et corporelles lui-même : la gu rlson du paralytique est accordée accomplies par Jésus,sans toutefois se prononcer d'une pour confirmer l'existence en Jésus du pouvoir de façon catégorique et absolue sur la nature de chacun remettre les péchés, Marc., n, 9-10; les messagers de des cas énoncés, dans l'évangile, comme appartenant Jean-La) liste sont instruits de la mission messianique à la catégorie des possessions diaboliques. Le but de Ou Sauveur par Γ accomplissement de* prodige*» opérés cet article théologique n'est point d'entrer dans le par Jésus, Luc., vn, 18-24; Jésus obtient de Dieu la dcuul de ces discussions et de cette démonstration resurrection de Lazare · afin, dit-il, qu ils croient que 1193 JÉSUS-CHRIST. LE TÉMOIGNAGE On se reportera, sur cc point, aux ouvrage· spéciaux. J. Sinil, De dtrinoniads in historia etxmgdica, Home, 1913, p. 146-172; de Grandmaison, art. cité, col. 14571469; L. Cl. Fillion, Les miracles de N.-S. Jésus-Christ, t n, en entier. Notons simplement quelques conclu­ sions indiscutable*. a. En ce qui concerne les expulsions de démons. Il faut reconnaître que les quatre cas de possession nommément désignés dans l'Evangile, Marc., i, 23-28; cf. Luc., iv, 33-37; Matth,, vin, 20-34; cf. Marc., v, 1-20, et Luc, vm, 26-39; Matth., xv, 21-23; cf. Marc., vu, 21-30; Matth., xvn, 14-21 ; cf. Marc., ix, 18-29 et Luc., ix, 37-42, supposent la réalité de l'expulsion du démon. D'ailleurs Jésus délègue le pouvoir de guérir et d'exorciser, Marc., ni, 15; vî, 7; et lui-même est venu sur terre détruire les œuvres du diable, I. Joa., ni, 9. La lutte entre Jésus et le démon, symbolisée par l'antagonisme de la lumière et des ténèbres, du royaume de Dieu et du royaume du prince de ce monde, des serviteurs du roi (messianique) et des serviteurs de cc monde, n s'cxpli jue que par l'exis­ tence très réelle et très personnelle d’esprits, malins ou Impurs, exerçant leur activité visible dans le corps et par la voix de certains hommes. Que toutes sortes de maladies psychiques aient pu être, au temps du Christ, rangées parmi les possessions diaboliques, la chose n’est pas impossible. Sous l’in fluence des supers­ titions étrangères, les Juifs ont pu exagérer singuliè­ rement l'étendue de ce mal et le nombre des cas qui en relèvent. Toutefois, ce n'est pas une raison pour nier a priori les guénsons de possédés. Les exorcismes des dénions, A l’aide de procédés superstitieux ou magiques, existaient à coup sûr et Jésus y fait allu­ sion Matlh., xn, 27. Et l'hypothèse d’un démonisme purement apparent est la plupart du temps exclue par les formules employées dans les récits évangéliques, par l’attitude el le langage même du Sauveur. Les unes cl les autres ne sauraient se comprendre sans l'action ou la présence des esprits malins et impurs. Déplus la simplicité, la rapidité, la stabilité, la durée de ccs guérisons psychiques, non moins que leur portée spirituelle et religieuse en démontrent le caractère miraculeux et surnaturel. L. Cl. Fillion, op. cil.. t. n, p. 240-261; IL Lesètre, art. Démoniaques, dans le Dictionnaire de la bible, t.n, col. 1374 sq.; L. de Grandmaison, art. edé. col. 1460-1464. b. En ce qui concerne les guérisons corporelles, plu­ sieurs constatations s’imposent à la seule lecture des textes sacrés. — C’est d'abord la multiplicité des gué­ risons de cc genre, Matth., iv, 23-24; vm, 16-17; xiv, 35; xv, 30-31; xxi, 14; Marc., i, 32-34; v, 10; vî, 54-56; Luc., iv, 40; v, 17; ix. Il; Joa., vi, 2, etc C'est ensuite la variété des maladies guéries : les vingt cas spéciaux rapportés par les évangélistes comprennent des Infirmités multiples, lièvre, lèpre, paralysie totale et partielle, hémorragie d’un genre particulier, cécité, surdité, mutisme, hydropisic, blessures, etc., quel­ ques-unes réputées incurables ou très dillicilcment guérissables ou même mettant le patient en péril imminent de mort. — Notons de plus que les procédés employés par Notrc-Scigneur pour guérir les malades n’avaient aucune relation directe, aucune analogie naturelle avec les résultats produits. · Souvent, il se contentait d’une parole, qui exprimait son intention d’accomplir la guérison. Matth·, vin, 13; xn, 13; Marc., n, 11; Joa., v, 8, etc. Fréquemment aussi, il imposait les mains aux infirmes, Marc., vi, 5; vu, 32; Luc., iv, 40; xm, 13; ou bien, Il les touchait douce­ ment. prenant parfois l'organe malade comme objet de cc contact salutaire. Matth., vm, 3, 1 I, 15; ix, 29; xx. 34; Marc.» i, H ; Luc., xiv, 4; xxn, 51. H lui arri\ .il n irfoh d! lever l iv, 53. Nicodème dit expressément à Jésus : • Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur; car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est pas avec lui. > Joa., ni, 2; cf. Act., x, 38. A la suite des miracles, les apôtres et les foules estiment qu'il existe entre Dieu et Jésus des relations étroites qui élèvent Jésus à un rang bien supérieur à celui des hommes : c’est un grand prophète », un · saint personnage », le « Messie lui-même », cf. Matth., iv, 24; xiv, 33; xxvn, 40, 42; Marc., i, 28, 40; n, 12; Luc., vn, 16; c'est · le Fils de David ». Matth., xn, 13. Hérode Antipas, apprenant les miracles de Jésus, pense que Jean Baptiste est ressuscité. Marc., vi, 14. Les miracles sont pour le peuple la pierre de touche de la sainteté de Jésus : • SI cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Toutes ces remarques des évangélistes nous montrent quelle excellente préparation à la révélation de l'Homme-Dieu furent les miracles du Sauveur. Une admiration sincère, mélangée de frayeur à cause de la puissance Inconnue qui se manifestait en Jésus, mais irrésistible, entraînait les foules vers Jésus. Cf. Marc., i, 27-28; v, 42; Matth., ix, 8, 26; Luc., iv, 36, 37;vn, 16, 17; vin,56; ix, 44;xi, 14; xvni, 43; Joa., xn, 17-18. c) Mais bien plus, les miracles sont déjà, implicite­ ment, la révélation du mystère de l'incarnation, car leur accomplissement, aux esprits non prévenus et réflé­ chis, devait démontrer en fin de compte la divinité agissant dans et par l'humanité de Jésus dans l’unité d'une seule personne. Cette conclusion sera celle do l’apologétique, qui s’attache à démontrer, pur une élude rétrospective, la valeur probante des miracles de Jésus. En sol, les miracles ne démontrent pas la divinité du thaumaturge; et « Notre Seigneur n'opère de miracles que pour prouver la divinité de sa mission. Il n'entend pas prouver directement sa divinité per tonnelle. Sans doute, agissant de sa propre initiative et par sa propre puissance, 11 pouvait prouver par là qu’il est Dieu. Mais cette Initiative et cette puissance lndép< ndantc se supposent plus aisément qu’elles ne sc démontrent, tant qu'elles restent isolées de l’affir­ mation du Sauveur sur sa nature divine. Logique­ ment, le miracle prouve donc seulement que NotreSeigncur est l’envoyé de Dieu et que sa parole est digne de foi lai valeur do cette parole une fols établie pnr le miracle. il ne reste plu- qu’A IVçouter et Λ In croire » H Lesêlrc. art Ünule. dans le Dtcllonnaire de la Ritde. tco1· n21· H A DE LA PRÉDICATION H9ü titre de signe» de crédibilité» le» miracles c gé iéral amènent donc un esprit non prévenu à son assentiment à la divinité du Christ. A ais directement quoique implicitement, plusieurs des miracles du Christ aboutissent à ce résultat. Chaque fois que Jésus accomplit des prodiges, en son nom propre, de son propre gré, manifestant une volonté toute puissante (cf. Matth., vm, 5, 7; Luc., vu, 14; vin, 46); ou lors­ qu’il communique à ses apôtres le pouvoir de faire des miracles qu’ils doivent exercer en son nom (cf. Luc., x, 17; Act., m, 6; ix, 34; xvi, 18, etc.), il y a manifestement en ces acte» la preuve que Jésus possède la puissance divine dans sa plénitude. De plus, certains miracles sont expressément accomplis par Jésus en signe de sa divinité, affirmée implicitement ou expli­ citement par lui. Jésus remet les péchés du paralytique de Caphamaûm, et pour montrer qu’il a le pouvoir de remettre les péchés, il guérit le paralytique. Matth.» ix, 1-8; Marc., n, 1-12; Luc., v, 17-26. Voir, d’autres passages plus expressifs encore, dans saint Jean, v, 16-21 ; x, 22-38; xiv, 11-12. Il ne faut pas nier a priori que quelques esprits, même avant la résurrection du Sauveur, aient pu pénétrer jusqu’à cette extrême logique la valeur probante des miracles du Sauveur. Tout au moins, ils avaient déjà entrevu, dam» lo miracles accomplis, la manifestation de ITIomme-Dieu ceux qui, demons ou hommes, proclamaient Jésus. • Fils de Dieu ». Cf. Matth., iv, 3, 6; Luc., iv, 3. 9; Matth.. vm, 29, et Marc., v, 7; Luc., vui, 28; Matth., xiv, 33; xxvn, 54; Marc., xv, 39; Joa., i, 49. 2° Manifestation de l'Homme-Dieu dans la prédi­ cation générale du Christ. — 1. Préparation à la révé­ lation du Fils de Dieu (ait homme : renseignement de Jésus touchant le · Père céleste ». Cf. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, 4e édit., p. 213249. — La doctrine du Fils Incarné est corrélative à la notion du · Pcre céleste ». La prédication de Jésus dans les synoptiques a. peut-on dire, pour objet principal la foi au Père. La paternité de Dieu n’était pas ignorée dans l’Anclen Testament. Cf. Lagrange, La paternité de Dieu dans ΓAncien Testa­ ment, ilcvue biblique, 1908, p. 481-489; Dalman, Die Worte Jesu, t. i, p. 150-152. Dieu est comme un père, Ps., cm, 13-14, vis-à-vis des justes, il est le père d’Is­ raël, Ls., lxiv, 7 sq.; Israël est son fils premier-né. Ex., iv, 22; cf. Deut.» xiv, 1 ; xxxn, 5-6; Is., i, 4; xxx. 9; xlv, 11 ; lxiii, 16; Os.,n, 1 ;χι, 1 ; Jer.,in, 4,14, 19. 22; xxxi, 8, 20; Mal., n, 10. Cette notion de paternité qui rapproche Dieu des hommes s'effacera quelque peu dans le judaïsme palestinien: les traducteurs des tarpums s’efforcent d'en diminuer l'affirmation, afin d’accentuer davantage la transcendance de Dieu. Cf. Dalman, Die Worte Jesu, p. 156, 157. Cette ten­ dance. existante au temps de Notre-Scigneur, montre combien Je divin Maître agit sagement, afin de pré­ parer la révélation de l’Emmanuel, en prêchant à nou­ veau la paternité divine, à laquelle il accorde un sens plus profond que ne l’avaient fait les livres de l’Anclen Testament. Cette paternité divine suppose on Dieu une sollicitude providentielle de tout instant. Cf. Matth., vî, 25-32; Luc.» xn, 22-32. Chez Matthieu, le mot « Père · est plus fréquemment employé que chez Luc, ou Marc, qui y substituent volontiers le mot « Dieu ». Matth., vi-26, cf. Luc., xn, 24; Matth., x, 29, cf. Luc., xn, 6; Matth., x, 20, cf. Marc., xm, 11 et Luc., xn, 11 ; Matth., xn, 50, cf. Marc., ni, 35 et Luc.» vm, 21 ; Matth., x, 32, cf. Luc., xu, 6. Voir Harnack, Sprûche und Hcden Jesu, p. 61. Mais lo sens demeure le même. Elle apparaît surtout dans le pardon des fautes, cf. Matth.» vî, 14-15; Marc., xi, 25, et Jésus par ses actes comme dans ses paraboles, a prêché constam­ ment cette doctrine du pardon. Cf. Matth.» ix» 2, 13; v. 7; vn, 2; Luc., vit, 48; xix, 9; et surtout xv, 1-32. fî)9 JÉSUS-CHR 1ST. LE TEMOIGNAGE DE LA PREDICATION nu côté de l'homme, la paternité divine appelle la confiance filiale, Matth., vî, 25-32 ct la prière, Matth., vî, 7-9; cf. Luc., xi, 2; mais, alors que dans J'Ancicn Testament, seuls les justes pouvaient se glori fier d’avoir Pieu pour père, Sap., n, 16, Jésus nous enseigne que •c pécheur lui-même, s'il veut sc convertir, a Dieu pour père : les publlcains, les femmes dc mauvaise vie, les Samaritains eux-mêmes ont droit, à notre assistance et ά notre amour parce que, s'ils expient leurs fautes, Ils ont droit ά notre pardon ct Λ celui de Dieu. Luc., xvin, 10-11; Matth., xxi, 31-32; Luc., xvn, 16; Joa., îv, 39. Cet enseignement nous ouvre des perspectives encore Inconnues sur l'orientation nou­ velle, Intérieure ct spirituelle, dc la vie religieuse nécessaire pour faire partie du royaume dc Dieu. La filiation spirituelle des chrétiens par rapport Λ Dieu, une fols comprise, mène plus facilement Λ l'intelli­ gence de la filiation divine dc Jésus-Christ dont, en réalité, elle doit dériver. « Tout d'abord, le lien des deux doctrines est voilé, et la filiation naturelle du Christ reste dans l'ombre; aussi bien les Juifs étaientils très mal préparés ù l'entendre, tandis qu'ils pres­ sentaient déjà ce dogme dc la paternité divine, et que par lui Ils entraient sans résistance dans l'Évangile. Par degrés, le Christ va se révéler à eux, ou plutôt, pour parler le langage dc l'Évangile, le Père céleste, dont ils sont devenus les enfants, va leur révéler son Fils. » J. Lcbrcton, op. cit., p. 249. 2. RMlation implicite de l Homme-Dieu. — a) Jésus vient accomplir les prophéties touchant le Messte el le royaume messianique. — Préparés par le message du précurseur, les Juifs étalent plus disposés à recevoir, de Jésus lui-même, l'affirmation qu’il était le Messie ct venait instaurer le royaume messianique. La prédica­ tion de Jésus débute comme celle dc Jean : · Faites pénitence, car le royaume des deux approche. » Matth., îv, 17. Et bientôt, le Sauveur saisira l’occasion d’aflirmer, aux disciples mêmes dc Jean envoyés vers lui pour l’interroger, qu'il est vraiment celui qu'on attend, et non pas un autre : « Allez, leur dit-ll, rap­ portez à Jean cc que vous avez entendu et vu : des aveugles volent, des boiteux marchent, des lépreux sont guéris, des sourds entendent, des morts ressusci­ tent, des pauvres sont évangélisés. » C'était la réalisa­ tion des prophéties d’Is., xxxv, 5 sq.; lxi, 1 sq., con­ cernant le Messie. Un autre Jour, discutant dans la synagogue de Nazareth dc la prophétie d’Is., lxi, I sq.. U déclare ouvertement : « C'est aujourd'hui que cette Écriture que vous venez d'entendre est accom­ plie. » Si Jésus chasse les démons, c'est que le règne de Dieu est venu parmi les Juifs. Luc., xi, 20; cf. Matth., xn, 28. Ce règne est commencé, il progresse clans la mesure où scs ennemis battent cn retraite. Cf. Luc., x, 9, 18. Très clairement encore, il annonce que · la loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean, depuis, le royaume des deux est annoncé, et chacun fait effort pour y entrer. » Luc., xvi, 16; cf. Matth., xi, 12-13. Jean appartient à la préparation du royaume dont le membre le plus petit lui est supérieur; Élle, que les Juifs attendaient avant que le Christ paraisse, est déjà venu : Jean est lui-même Élic qui doit venir. Matth., xi, 11-14. Le royoume des deux, c'cst Jésus qui le fonde : « heureux vos yeux, parce qu'ils voient « t vos oreilles, parce qu'elles entendent. Car, en vérité, Je vou* dis que beaucoup de prophètes ct dc justes ont désiré voir ce que vous voyez ct ne l'ont pas vu, entendre cc que vous entendez et ne l'ont pas enten­ du. » Matth., xm, 16-17. Les pharisiens sc demandent quand le royaume viendra et déjà il est au milieu d'eux, te ύμων έστιν. Luc., xvn, 20-21. Sur la réa­ lisation effective du royaume par Jésus-Christ, voir d'autret textes, Marc , xn, 34 ; Luc., xxi, 31-32; Matth., XXI. 31-32, 43 12W Mais le règne dc Dieu, annoncé par les prophètes, réalisé par Jésus-Christ, n’est pas un « avènement qui vient tout d'une pièce, comme un décor dc féerie i Lagrange, dans Revue biblique, 1906, p. 477. Le règne, réalisé par Jésus-Christ sc prolonge jusque dans l’audelà, cn passant par la phase caractéristique du dernier avènement du Messie, le Jugement du monde. Lo règne dc Dieu, dont nous devons chaque jour demander < qu’il arrive », Matth., vî, 10; Luc., xi, 2. doit se déve­ lopper en cc monde. C'est cc qu'explique Jésus dans toutes les paraboles où l'idée du royaume appelle l'idée dc Γ Eglise : parabole du semeur, Matth., xm, 1 sq.; parabole du bon grain et dc l'ivraie, Id., xm, 21-30; parabole du grain de sénevé, id.9 xni, 31-32; parabole du levain, id.9 xm, 33; parabole du filet rempli dc poissons, id.9 xm, 47-50. Mais cc règne ter­ restre n'est pas encore le règne définitif : le royaume de Dieu ne doit pleinement sc réaliser que dans l'autre vie II s'inaugure pour les Individus par la mort ct le Jugement : Jésus le promet au bon larron, Luc., xxm, 42-43; il est promis aux pauvres en esprit, à ceux qui soufflent persécution pour la Justice, Matlh., v, 3, 10, à ceux qui font la volonté du Père, Matlh., vu, 21, aux enfants et à leurs semblables. Matth., xix, 14; xvin, 2-3. I) est la « terre » que les doux recevront en héritage, Matth., v, 4; la « Joie du Seigneur » dans laquelle entrent les bons serviteurs, qui ont fait valoir les talents, Matth., xxv, 21, 23. Pour la société humaine, le royaume dc Dieu s’inaugurera par la parousic du Fils dc l'homme et par le Jugement géné­ ral. Matlh., xxiv, 30; xxv, 31-46; Marc., xm, 26; Luc., xxr, 27. Mais ces perspectives de développement ter­ restre el de consommation eschatolog.que n’empê­ chent pas que le royaume est toujours réalisé par JésusChrist. Jésus n'est le précurseur d'aucun autre roi messianique : du royaume-église, du royaume eschatologlque. c'cst toujours Jésus qui est le roi. La prédi­ cation de Jésus peut avoir pour objet l'établissement d'un royaume qui n'est pas encore complètement léalisé : mais c’est Jésus lui-même qui inaugurera ce royaume futur. Toujours, et quel que soit l’aspect du royaume annoncé, c'cst Jésus qui apparaît comme le roi, oint par le Seigneur. Sur le royaume dc Dieu et scs divers aspects dans l'enseignement du Christ, voir J.-B. Frey, Royaume de Dieu, dans le Dictionnaire de la Bible, do M. Vigouroux, L v, col. 1237 sq. b) L'autorité des paroles et de la prédication du Christ décèlent un Dieu.— Les paroles et la doctrine du Christ apparaissaient à tous remplies d'une autorité person­ nelle qui ne pouvait convenir qu'à Dieu. Marc le note expressément : · Ils (scs premiers disciples) s’éton­ naient dc sa doctrine,car II les enseignait comme ayant autorité et non comme les scribes. » i, 22. CL Matth., vn, 29; Luc., îv, 32. Nous avons déjà vu les docteurs admirer dans le temple la sagesse des réponses dc l'enfant Jésus, voir col. 1182; mais Ici, les synoptiques énoncent le motif dc l'admiration causée par l'ensei­ gnement dc Jésus : c'était un enseignement d'auto­ rité. Cette autorité s’affirmait devant les Juifs, comme celle du Maître souverain interprétant ct complétant la Loi par sa propre doctrine. Toutes les promulga­ tions, contenues dans le c. v dc l'évangile de saint Matthieu, sont empreintes dc cette autorité souve­ raine : « Je ne suis pas venu abolir la loi ct les pro­ phètes, mais les accomplir... SI votre Justice n’est pas plus abondante que celle des scribes ct des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cicux. Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras pas...; mais moi, fe nous dis que quiconque, etc... » Six fols de suite, Notre-Sclgneur reprend cette for­ mule, où éclate, dans sa plénitude, l’autorité souve­ raine avec laquelle lleàselgnaet impose aux consciences de graves obligations. Les anciens prophètes ne par- talent Jamais ainsi : leur formule était : Hire dicit Deminus. Saint Irénée fait observer celle différence dc langage entre les prophètes et le Christ : Filius guidrm quasi a Paire veniens principali auctoritate dicebat : Ego autem dico vobis... Servi autem quasi a Domino serviliter: et propter hoc dicebant : Hæc dicit Dominus. Cont liar., I. IV, c. χχχνι,η. 1, P. G., t. vn, coi. 1090. D’ailleurs, si le Christ parle avec l’autorité du maître ct du Seigneur, c'est qu’en effet 11 est i Maître » el « Seigneur ». Matth., x, 24-25; xxvî, 18; Luc., vî, 40; xxn, 11; cf. Joa., xm, 13. Jésus se montre le maître de la loi du Jeûne dont il dispense ses disciples. Marc., u, 18-20; Matth., ix, 14-17; Eue., v, 33-35. Λ cc propos, Jésus, reprenant une Image employée par Jean-Baptiste, Joa., m, 29, s'attribue le litre d’époux, qui exprime l'attachement et l’amour qu’il a vis à vis des siens. Il ajoute : · Des jours vien­ dront où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. » Il y a là · c illusion à la mort violente qui l'arra­ chera aux siens : ce qui démontre que, dès les premiers jours dc son ministère, il était pleinement conscient dc sa nature, de sa mission et aussi de la mort sanglante qui devait la couronner. Voir plus loin Jésus-Christ cl la critique, col. 1388 q. Jésus sc montre le maître du sabbat c'est l’épisode des épis froissés par les apôtres, Marc., n, 23-28; Matlh., xm, 1-8; Luc., vî, 1-5; c'cst la guérison de l'homme à la main desséchée, Marc., ni, 1-6; Matth., xn, 9-14; Luc., vî, 6-11 ; c'est la guérison de la femme courbée Luc., xm, 10-17; c'est la guérison de l'hydropique. Luc., xiv, 1-6. L’évangile de saint Jean complète ccs données des synoptiques* à Jérusalem, Jésus pîérit un malade le jour du sabbat et lui ordonne d’emporter son grabat. Joa., v, 8-10, 16. El à cette occasion, ù une double reprise, Joa., v, 17 ct vu, 21-21, Jésus explique pourquoi la justice est avec lui : d’ail­ leurs, il agit en maître : · Mon père agit jusqu'à pré­ sent et moi aussi J’agis. » Le Fils dc l'homme est maître du sabbat. Marc., n, 28; Matth., xn, 8; Luc., Vî, 5. Cette autorité ct ccttc domination du Christ sur les hommes ct les institutions ne sont pas l'autorité despotique ct la domination matérielle que les Juifs Imaginaient devoir appartenir au Christ. Nous verrons tout à l’heure comment le Christ entend fonder un royaume spirituel cl surnaturel ct « être chez lui dans l'intérieur des autres. » Roussclot. La religion chré­ tienne, dans Christus, 2* édit., p. 989. 11 nous suffit ici de rappeler les paroles du Maître, qui expliquent si parfaitement quel genre d’autorité ct de domination il entend exercer : · Venez à moi, vous tous qui prenez de la peine ct qui êtes chargés, ct je vous soulagerai. Prenez mon Joug sur vous ct venez à mon école, parce que je suis doux et humble dc cœur, ct vous trouverez du repos pour vos Ames. Car mon joug est doux ct mon fardeau léger. » Matth., xi, 28-30. c) Jésus corrige les idées fausses et les illusions des Juifs touchant le royaume messianique. — La révéla­ tion progressive de 1’1 lommc-Dieu comportait nécessai­ rement celte correction. La charte du · royaume des deux » est promulguée dans le discours sur la mon­ tagne. Matth., v, 1 sq.; et les autres enseignements du Maître ne sont que le commentaire ou l’écho de cet admit able sermon. Or, la prédication de Jésus était telle, qu’elle devrait cn tin dc compte corriger les illu­ sions cl les erreurs dc scs contemporains sur le règne messianique. Les Juifs avaient rêvé d'un royaume temporel. Jésus leur fait comprendre que cc royaume sera avant tout spirituel; c'est un don divin, qui exige de la part de l’homme une généreuse coopération. Les Juifs avaient rêvé d'une restauration d’Israël el dc l'établissement de sa domination sur les autres ppiipl·· fill monde. Jésus leur fait comprendre que, si les Juifs ont certains droits de primauté dans le 1202 royaume, cc royaume doit être cependant accessible à toute l'humanité, sans autre obligation que· celle d'observer la loi divine, amenée par le Christ a sa per­ fection. Sur ces points, dont le développement débor­ derait le cadre de cet article, voir Royaume de Dieu, dans le Dictionnaire de la Rible, t. v, col. 1247-1251. Remarquons ici simplement que, promulguant les béatitudes, Jésus annonce aux membres du royaume les persécutions : < Vous êtes heureux, lorsque les hommes vous maudissent ct vous persécutent, et disent faussement du mal de vous à cause de moi. Matth., v, 11, et qu'il promet le royaume · aux pauvres cn esprit. » t. 3. Jésus doit également corriger les erreurs des Juifs touchant le royaume considéré sous son aspect eschatologîquc. Par le fait qu'il s'attribue le Jugement, Jésus sc manifeste comme Dieu, voir plus loin, col. 1209; mais le jugement des peuples que les Juifs réservait au roi messianique n'est pas celui que Jésus annonce. Le Jugement portera sur le bien accompli ou sur le péché commis : < Beaucoup i e diront cn ce jour : Seigneur, Scgneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, et cn ton nom que nous avons chassé les démons et en ton nom que nous avons fait beaucoup dc miracles? Et alors, je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus; retirez-vous dc moi, arti­ sans d'iniquité. · Matlh., vn. 22-23. Cet enseignement sc retrouve dans tout l'Évangile ct notamment dans les paraboles du règne de Dieu expliquées par Jésus ù ses apôtres : c'est le luis de l'homme qui sème le bon grain; c’cst lui qui, au dernier Jour, présidera la mois­ son; Il enverra ses anges ramasser de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’inl ulté, ct Ils les jetteront dans la fournaise du feu. Matth., xm, 37-42. Cf. Marc., îv, 26-29. La soudaineté avec laquelle devait apparaître le Messie-juge, Jésus l’explique de sa venue inopinée au jour du Jugement dc chacun des membres dc son royaume. Marc., xm, 34-37; cf. Luc., xn, 36-38; Matlh., xxiv. 43-51; cf. Luc., xn, 45-48; xxi, 34-36, etc. d) Le Fils de Γhomme. — Il ne suffit pas à Jésus de révéler le royaume; H faut qu'il révèle le roi. Mais, dans celte révélation dc soi-même, avec quelle pru­ dence et quelle circonspection n'cst-il pas oblige de procéderI A cet effet, U se servira fréquemment dc l’expression : Fils dc l’homme. On la trouve 11 fois dans Marc, 9 fois dans Matthieu, 8 fois dans Luc, 12 fois dans Jean, 8 fois dans 1rs Logia. Nous avons vu plus haut la signification messianique de cette expression chez Daniel, voir col. 1123, ct dans le livre des Paraboles d'Hénocit, coi. I 128. Mais à l’époque du Sauveur, elle n’a plus, pour la plupart des Juifs, qu’un sens imprécis, ct c’cst la prédication dc Jésus qui. pro­ gressivement, sous ccttc expression, proposera la révé­ lation du roi messianique. Voir J. Lcbreton, Les ori­ gines du dogme de la Trinité, 4* édit., p. 27 7 D’après saint Jean c’est dès le début de sa vie pu­ blique que Jésus sc révèle comme le Messie annoncé par Daniel ; « \ ous verrez le ciel ouvert et les unges dc Dieu montant ct descendant au-dessus du Fils de l'homme. » Joa., i, 51. On trouve, avec les même* sou­ venirs el les mêmes images, la même révélation dans l'entretien avec Nicodème. /) dépasse cer­ tainement la dignité messianique de Jésus, qui seule cependant est directement en cause dans la confession de Pierre. Ou plus exactement c’est la dignité messia­ nique qui est élevée A un degré supérieur à celui que lui accordait l’attente juive; c'est un messianisme divin que veut proclamer Pierre et, en rendant la pensée du prince des apôtres par l’exclamation « Fils dc Dieu », saint Matthieu a retenu le sens véritable, sinon la formule exacte, de la confession de Pierre. Voir Lebreton, op. cit., p. 300; Lepln. Jésus, .Messie et Fils de Dieu, p. 282-235. Mgr Batiffol, L’Église naissante el le catholicisme, p. 99-113. La meilleure preuve qu’on puisse apporter de la vénté de cette interprétation, c’est la façon dont les trois synoptiques rattachent la scène de Césarée au récit de la trans i ;jration, Matth., xvn, 1-8; Marc., rx, 1-7; Luc., ix. 28-36, où un nouveau témoignage en faveur de la filiation divine du Christ est apporté par la voix du Père luimême : « Celui-ci est mon Fils blen-almé, en qui J'ai mis mes complaisances, écoutez-le. » Matth., xvn, 5; Marc., vin, 6; Luc., ix, 35. L’expression · Fils bienalmé » commune aux trois évangles est significative dc la filiation naturelle. Voir plus haut, col. 1184. Est-ll besoin dc faire remarquer comment, dans les récits dc cette double scène, c’est toute la personnalité de Jésus. Fils de Dieu, fait homme pour notre salut, qui est manifestée. Après la confession dc Pierre à Césarée, Jésus explique la mission du Christ soutirant; la transfiguration nous dévoile le Christ glorieux; l’une et l'autre scène, en ce Christ soutirant ou glorieux, nous montre le Fils de Dieu et le Christ glorieux no sera tel qu'après avoir cl pour avoir sou fleet, être mort et ressuscité. Cf. Matth., xvn, 9. On comprend mieux que saint Pierre ait pu, en toute vérité, écrire plus tard : « Ce n’est pas en nous attachant A d’mgénicuscs fictions, que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement dc Noire-Seigneur JésusChrist; mais c’est après avoir été les spectateurs dc sa majesté. Car il reçut de Dieu le Père, honneur et gloire, lorsque, descendant dc la gloire magnifique, vint à lui cette voix : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j’ai mis mes complaisances : écoutez-le. · Il Pet., t, 16-17 b Le témoignage de Jésus. — De multiples témoi­ gnages, implicites ou explicites de la filiation divine de Jésus pourraient être recueillis des lèvres mêmes du Sauveur dans 1rs synoptiques. Voir Fils r>K DlSU» t. v, col. 2391-2392. Nous préférons n'en retenir ici qu’un, le pius solennel du tous, celui que Jésus rendit, déjà captif de ses ennemis, en face du grand prêtre Calphe, Matthieu, xxvï. 63-64. et Marc, xïv, 61-62, mélangent une double affirmation tombée do la houche du Sauveur, celle de sa messianlté et celle de s.i filia­ tion divine. Luc distingue plus nettement deux ques­ tions posées A Jésus amenant les deux réponses faites par Jésus : · Les anciens du peuple, les princes des prêtres et les scribes s'assemblèrent, et le firent venir dans leur conseil, disant : < Si tu es le Christ, dis-lenous. » II leur répondit : · Si je vous le dis, vous ne m; croirez pas; et si je vous interroge, vous ne me repondrez pas, ni ne me renverrez. Mais désormais le 1207 JÉSUS-CHRIST. LA RÉVÉLATION DU « FILS DE DIEU » Fils de Γhomme scr* assis à In droite de Dieu. » Alors |h dirent tous : « Tu es donc le Fils de bleu ’ » Et Jésus répondit : < Vous lo dites, je le suis. » Et eux repar­ tirent : « Qu’avons-nous besoin d'autre témoignage? Car nous-mc'mcs nous l'avons entendu de sa propre bouche. » Matthieu ct Marc se contentent de la ques­ tion posée par CaTphe : « Es-tu le Christ, le Fils du |D’eu I béni? · Marc., xvi, 61. « Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Matth , XXVI, 63. Sans prétendre préciser la pensée de Calphe cl des Juifs au sujet du sens de ce titre : «Fils de Dieu»,— lequel, nous l’avons vu, col. 117’, ne re é\e pas de la tradition juive, mais de la prédica­ tion du Nouveau Testament, c’est-à-dire de Jésus, — Il apparaît clairement que les ennemis de Jésus y attacha ent l’expression d’une relation si Intime, si transcendante avec la divinité, qu’un homme ne pouvait y prétendre sans blasphémer. Ce n’est donc pas pour se présenter comme le Messie que Jésus était ocrirc de I In*· hi me : les Juifs attendaient le Messie, el Jésus, s'all *mant le Christ, n'avait qu'à prouver sa messi a nité. Mais Jésus était accusé de blasphème pour s’être fait Fils de Dieu. C'est exactement ce mémo sentiment qu'on retrouve chez Jean, plus nettenunt exprimé; Jésus ayant affirmé son unité avec le Père, les Juifs voulurent le lapider à cause du blas­ phème, « parce que, disaient-ils, toi, étant homme, tu te fais Dieu. » Joa., x, 33. Et, devant Pilate, Ils accu­ sent derechef : · Nous, nous avons une loi, et selon cette lol. Il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu » xrv, 7. Lo signification attachée par les Juifs et par Cafphc au titre de Fils de D ru, que s'était attribué Jésus, est donc déjà, à elle seule, une indi­ cation précieuse louchant la filiation divine de Jésus. Cf. E. Mnngenot, Les évangiles synoptiques, Paris, 1911, vn· conférence, p. 279-299; M. Lepin. op. cit., p. 282290; A. Slcitz, Dos Evangelium von Cînlflrssohn, Fribourg-en-Brisgau, 1908, p. 287-295. Mais il nous reste à determiner le sens de cette expression, dans la pré­ dication même de Jésus. b) Signification précise du titre « Fils de Dieu » dans ta prédication de Jésus. — On ne retient ici de la prédication de Jésus que cc qui est rapporté dans les synoptiques. Et nous disons que bien qu'aucune affirmation explicite de Jésus n'ait tranché la question des rapports métaphysiques du Fils ct du Père, il ressort cependant avec suffisamment de clarté, pour éloigner tout doute contraire, que le titre de Fils de Dieu, dans les synoptiques, suppose en Jésus, par rapport a Dieu le Père, une filiation propre et naturelle. Ici, le Fils de Dieu est le Fils propre et naturel de Dieu, par opposition aux fils de simple adoption. o. Rapports de dépendance, d'infériorité, d'adorai ion du L ils vis-à-vis du Père; de médiation entre le Père ct les nommes explication de ces rapports. — Il convient de commencer par l'affirmation de ces rapports, qui, dans la personne de celui qui sc dit le Fils de Dieu, posent un problème en apparence difficile a résoudre, lut parole du Deutéronome, vi, 13, qui a servi à Jésus pour repousser la tentation du démon, Matth., iv, 10, domine toute sa conduite, au cours de sa vie publique. U formule sa propre règle de vie en rappelant le pré­ cepte de l'adoration de Dieu. Marc., xu, 29; cf. Matth., xxu, 37; Luc., x, 27. Il prie et passe les nuits en prière. Luc., vi, 12. La prière le soutient au moment d'accep­ ter le calice de la passion. Marc., xiv, 36; cf. Matth., XXVI. 39; Luc., xxu, 42. Sur la croix, il répète les paroles du Fs. X», 1. Marc., xv, 34; Matth., xxvn, 40. Au moment de mourir, Jésus prie encore son l’èrc de pardonner à tes bourreaux et de recevoir son Ain* Luc., xxuj, 34, 46. Bon nombre de paroles sont profér·’. par Jrtu*. qui semblent le placer en un rang v ml ex ιυ nié vu-û-sn du Père : « Pourquoi m'appcllcs- 1208 tu bon? Personne n’est bon, si cc n'est Dieu seul. · Marc., x, 18. Et encore : « N'appelez personne IciLas « père », car vous n'avez qu'un Père, c'est Dieu et ne vous fait s pas appeler « maîtres ·, car vous n’avez qu'un maître, c'est le Christ. » Matth., xxin, 9-10. Et encore, aux deux fils de Zébédéc, qui lui de­ mandent de siéger dans son royaume aux deux pre­ mières places, Jésus répond : « ... D’étrc assis à ma droite ou Λ ma gauche, il ne m'appartient pas de vous l’accorder à vous, mais à ceux qui mon Père l’a pré­ paré. » Matth., xx, 23. C'est le Père seul qui a l'initia­ tive des faveurs à accorder. De même c’est le Père seul qui connaît le Jour du Jugement. Le Fils est nommé­ ment exclu : « Pour ce qui est du Jour ct de l'heure nul ne le sait, ni les anges du ciel, ni le Fils, mais le Père seul. » Marc., xnr, 32. Chez saint Jean, Jésus dira expressément : « Le Père est plus grand que mol. » XIV, 28. D’autre part, Jésus nous apparaît comme le médiateur qui aide les disciples à franchir la distance qui les sépare du Père : il est, pour ainsi dire, l'inter­ médiaire entre son Père et les hommes : « Qui vous reçoit,me reçoit; ct qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. » Matth., x, 40. « Qui vous méprise, me méprise; et qui me méprise, méprise Celui qui m’a envoyé. » Luc., x, 16. « Je dispose en voire faveur du royaume, comme mon Père en a disposé en ma faveur. » Luc., xxn, 29. On trouvera le même parallélisme chez saint Jean, vï, 57; x, 14-15; xv, 9-10; xvn, 28, ct sur­ tout xx, 21 : « De même que le Père m'a envoyé, ainsi moi Je vous envoie; » et chez saint Paul, voir plus loin, col. 1 6 sq. Il serait trop simple d'expliquer ces relations, de dépendance, de prière, d'adoration du Fils par rapport au Père par l'incarnation, la nature humaine du Fils étant par elle-même, dans la personnalité de Jésus, la raison de ces relations d'inférieur à supérieur. Sans doute, comme homme Jésus devait à Dieu l’adoration ct la prière. Voir plus loin. Mais Ici, nous le verrons bientôt, les textes évangéliques établissent entre le Fils incarné et le Père une communauté de nature et d’attributs qui nous obligent à chercher en la vie divine cllc-mêine la raison dernière des sentiments de dépendance qui animent le Fils par rapport au Père. Et par là nous touchons à l'intime même du mystère de la Trinité : « Les paroles du Seigneur ne sont pas pour nous des objections à écarter; elles sont la lumière qui nous guide, ct celles-ci sont des plus précieuses, en nous introduisant au cœur même du mystère chrétien, en nous faisant pénétrer l'humilité du Fils de Dieu Incarné. Dès qu'on ouvre l'Évangile, on est frappé par ces sentiments d'humilité, si nouveaux dans le Ju­ daïsme, ct si puissants chez tous ceux qui approchent le Christ et qui sont conduits par son esprit, ... le Précurseur,... la vierge Marie... Mais, si l'on contemple le Christ lui-même, on aperçoit en lui, vis-à-vis de son Père, une dépendance, un anéantissement, dont rien ici-bas ne peut donner l'idée; ni sa doctrine n'est de lui, ni ses œuvres, ni sa vie; le Père lui montre cc qu'il doit dire et faire ct, les yeux sur cette règle sou­ veraine et très aimée, Jésus-Christ parle, agit cl meurt. Cette dépendance naturelle s'accompagne chez le Fils d’une infinie complaisance; de même que le Père s'épanche en lui avec un amour indicible, de même le Fils prend son bonheur a recevoir et à dépendre. C'est là cc qu'il y q de plus Intime en Notre-Scigneur; cl plus on pénétre le secret de celte vie, mieux on com­ prend ces paroles d'humble dépendance qui invitent I les disciples û remonter jusqu a la source de la vie, I de la iionlé, de in science. Dieu le Père... C'est donc que i ce trail |l’insondable dépendance du Fils vis-à-vis du , Père| loin de compromettre la filiation divine, en est au conti aire, un élément essentiel; il ne doit point la J voiler ù nui yeux, mais, au contraire, lu révéler. » 1209 J ÉSUS-C H R 1ST. LA RÉVÉLATION DU nsl que Jonas fut dans le ventre du poisson, trois jours ct trois nuits, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein do la terre, trois jours ct trois nuits. » La comparaison entre Jonas et Jésus porte sur l’ensemble de la mission de Jonas, histoire ct message. Mais lo « signe > c’est l’épi- I sodé miraculeux des trois Jours et trois nuits passés dans l'abîme, et la dramatique survie qui cn fut la mite, image de la mort ct de l'ensevelissement de Jésus suivis de sa résurrection glorieuse. La diflérenco sera tout entière entre 1 attitude des Ninivilcs sc convertissant .. la predication de Joniu et celle des Juifs que la p .d.cal.on du Chriel aura laissés incré- | 1214 dules. « Tout le passage est donc prophétique et le second Jonas, c'est Jésus ressuscité. » L de Grand maison, Jésus Christ, col. 1510. Cf. J. Knabenbauer, Commentarius in Matthæum, 1892, L i, Paris, p. 501 ; Théodor Zah , Das Evangelium des Matthieu» ausgelegt, 3· édit., Ιχ·ρζ g, 1910, p. 473. Les exégètes radi­ caux rejettent parement et simplement, à titre d'interpolatioiu, les textes relatifs au signe de Jonas, A. Loisy Les évangiles synoptiques, 1.1, p. 99t. —Au signe de Jonas, d faut ajouter le signe du « temple réédiflé. » Jésus, au cours de ses prédications, avait donné comme signe de la vérité de son enseignement la possibilité de détruire le temple de Dieu et de le réédlfter après trois jours. Matth., xxvi, 61. Marc., xîv, 57-59; cf. Matth., xxvn, 39-10, Marc., xv, 30-31; AcL, vi, 13,14. Mais c'est l’évangile de Jean qui nous rapporte le plus fidèlement (parce qu'il rapporte les paroles du Maître et non celles de ses accusateurs) la prédiction faite par Jésus et le sens qu’il y attachait: < Les Juifs prenant la parole lui dirent : « Par quel signe nous montres-tu que tu peux faire ces choses? » Jésus répondit ct leur dit : · Détruisez ce temple et je h relèverai cn trois jours. » Mais les Juifs repartirent < On a mis quarante-six ans à bltir ce temple, et to tu le relèveras en trois jours? » Mais Jésus parlait du temple de son corps. Lors donc qu’il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se ressouvinrent qu'il avait dit cela ct ils crurent à ΓÉcriture et à la parole qu'avait dite Jésus. » n, 18-23. La prophétie, obscure au moment où le Christ la formule, s’éclaire par les événements. Elle montre du moins que Jésus, con­ naissait d'avance le fait de sa résurrection future. Cf. J. Knabenbauer, Commentarius in Johinnem, Paris, 1898, p. 132 sq.; J. E. B Iser, Das Eoangelium des heil. Joannes, Fribourg-en-Brisgau, 1905, p. 85 sq.; Th Zahn, Das Evangelium des Joannes ausgelegt, Leipzig, 1908, p. 170. 2. La résurrection de Jésus-Christ est un /ait histo rique certain. — La croyance à la résurrection du Christ, au témoignage de saint Paul, I Cor., xv, 1-20, est un fait notoire dans l’Eglise de Corinthe, ct saint Paul cn fait le point de départ de son argumentation pour prouver la résurrection des morts en général. Mats cette croyance, fondamentale dans l'Église, dès l’époque où Paul y fut accueilli (no dit-il pas qu’il l’a reçue < par tradition ») repose sur des faits historiques absolument certains. Ces faits, ce sont les apparitions de Jésus ressuscité. Les témoins de ces apparitions sont encore, pour la plupart, vivants au jour où Paul écrit. C’est Pierre, que saint Paul met à part, au pre nier rang, et dont il fait ainsi ressortir l’autorité. C’cst auss e collège des Douze; c’est la foule des cinq cents dis­ ciples. presque tous encore vivants;c'est Jacques, dont lo témoignage pouvait avoir tant d’importance pour les chrétiens judalsants; ce sont en lin, d’une manière gémi .ne · tous les apôtres ·. Saint Paul, à ccs appari­ tions du Christ ressuscité, joint l'apparition dont il fut personnellement favorisé sur la route de Damn. L'évidence du fait dont il s’agit de témoigner y fut si grande, que cette apparition, sur cc point, peut être pleinement assimilée aux apparitions antérieures à l’Ascension : ώφΟη ώρΟ/} Ιχχώοφ... έτχχ'ον δέ πάντων ώσηχρ<1 τφ έχτρώματι ώφΟη χαμοί. Cf. Act., rx, 1 20; xxn, 4 17; χχνι, 9-19. La liste des témoins dressée par saint Paul n’est pas exhaustive. Les récits évangéliques, qui ignorent l'apparition ù Jacques, laquelle est mentionnée dans FÊvanglle selon les i iébreux. cité par saint Jérôme, De viris illustribus c. n, ne font qu’une allusion rapide à l’apparition à Pierre, Luc., xxiv, 31, mais complètent la liste des témoignages apportés par Paul, par plusieurs récits circonstanciés d’apparitions. C'est tout d’abord, l’apparition de l'ange aux saintes femmes, Matth., 1215 JÉSUS-CHRIST. LA RÉSURRECTION xxvm, 5-7, cf. Marc., xvi, 5-7; Luc., xxiv, 3-8; et, pendant leur fuite vers les apôtres, l’apparition de Jésus lui même A ces femmes, Matth., xxvm, 9, 10; c’est l'apparition de Jésus â Marie de Magdala, racontée avec des détails par Joa., xx, 11 18 ct Λ laquelle se réfère le sec résumé qui constitue la finale deutérican nique de Marc., xvï, 9; c'est l'apparition aux deux disciples d'EmmaOs, narrée avec une précieuse abon­ dance de faits, de discours ct de gestes par Luc, xxiv, 13-35; cf. Marc., xvï, 12 13; c’est l'apparition aux apôtres, en l’absence de Thomas, Joa., xx, 19-25; cf. Luc., xxiv, 36-49 ct la nouvelle apparition, en pré scnce de Thomas, Joa., xx, 26-29; c'cst l’apparition du Christ aux sept disciples, près de la mer de Tibé­ riade, Joa., xxi, 1-23; c'cst, enfin, l’apparition en Galilée, rapportée par saint Matthieu, xxvm, 16-20; cf. Marc., xvï, 15-18; puis le récit de l'ascension, Luc., xxiv, 50 53, dont on trouve un écho dans la finale de Marcn xvï, 19 20, peut être résumée des Actes, i, 1-9. Parmi les évangiles non canoniques, V Évangile des Hébreux raconte l'apparition de Jésus à Jacques; un fragment copte du n* siècle décrit l'apparition aux saintes femmes près du sépulcre; enfin, V Évangile de Pierre, t. 29 60 après le fait meme de la résurrec lion, narr avec une singulière gaucherie, rapporte, l'apparition A Marie Madeleine et aux saintes femmes. Voir les textes dans E. Preusschcn, Antilegomena, 2· édit., Giessen, 1905, p. 7-8; 83 81; 16-20. Les narrations évangéliques sont-elles suffisantes pour démontrer historiquement le fait de la résurrec­ tion? Nous ne ferons qu’indiquer brièvement les points qui semblent acquis, de l'inspection et de la discussion des textes sacrés. Pour les détails critiques, on p urra se reporter à l’étude de E. Mangcnot, La Résurrection de Jésus, Pans, 1910. o) Il faut reconnaître qu'c égard A l’importance de la résurrection relativement A la foi ct aux espérances chrétiennes que ce miracle contresigne, les récits des apparitions, sauf Luc., xxiv, 13-36 et Joa., xx. 19-29 apparaissent assez vagues ct dépourvus des précisions historiques qu'on aurait aimé à trouver en une matière aussi fondamentale. Ils ne renferment aucune indication sur le point capital de In résurrection elle-même dont ils n'ofirent aucune description. Cette indigence rela­ tive de nos récits s’explique d’ailleurs naturellement par une double cause : d’une part, la possession tran­ quille et Incontestée de la substance de l'événement, ct A la tradition galiléenne. De même Joa., xxr, qui a toutes chances d’être du même auteur que le reste de l'évangile, raconte des apparitions d’une tradi­ tion différente de celle qui est consignée au c. xx, de tradition hiérosolymitaine. Reste saint Luc qui ne parle que des apparitions judéennes. Il est probable que l’auteur du troisième évangile, suit une source spéciale d'origine palestinienne, vraisembla­ blement aussi ancienne que l’évangile de saint Marc. Ladeuze, La résurrection du Christ (Collection Science et foi, η. 1) Bruxelles, s. d. (1908), p. 41. Mais rapproché «les Actes, i, 3, le texte de saint Luc offre un cadre assez étendu pour qu’on y puisse faire rentrer les apparitions galiléennes. Sur les essais de conciliation des deux traditions, voir E. Mangcnot, op. cit., p. 263-275 dont voici la conclusion : « Si nous essayons un classe­ ment des apparitions de Notre-Selgncur ressuscité, raconté dans les Évangiles canoniques, nous aurons un premier groupe, formé des premières apparitions judéennes. Le Jour même de PAques, Jésus nu matin se montra d’abord A Marie-Madeleine, puis aux autres femmes (si ces deux apparitions ne sont pas toutefois la même), ensuite, dans la journée, A Pierre, puis le soir, aux disciples d’Emmaûs et enfin aux Onze I (sans Thomas). Huit Jours plus tard, à Jérusalem encore, Il apparut aux Onze (avec Thomas). Un second groupe comprriiil toutes les apparitions de Galilée : I aux sent disciples sur le lac de Tibériade ct aux Onze 1217 JÉSUS-CHRIST. LA RÉSURRECTION mr une montagne galiléenne. La dernière apparition mil précéda I'asccnslon cut lieu, quarante jours après Pâques, sur le mont des Oliviers, devant tous les apôtres assemblés. » op. cit., p. 273-276. Cf. Lcsêtre, Jésus-Christ, dans le Dictionnaire de la Hible do Vlgouroux, t. ni, col. 1478-1189; Godet, Commen­ taire sur Γ Évangile de saint Jean, 4· édit., Paris, s. d., t. n, p. 505; Loofs, Die Auferstehungsberichle und (hr Wert, Tubingue, 1908, p. 38-39. c) La tradition hlérosoly mH aine est Intimement liée A l'histoire de la mise au tombeau de NotreScigneur après sa mort. La vérité hlstoncfue du fait de in résurrection sc trouve ainsi mise en un nouveau relief par la vérité historique du fait de la sépulture et du tombeau trouvé vide. La sépulture en un tom­ beau neuf, taillé dans le roc est affirmée par le récit unanime des évangélistes, Matth., xxvn, 57-61; Marc., xv, 42-47; Luc., xxm, 50-56; Joa., xix, 38-42, et ce récit présente toutes les garanties de vérité histo­ rique. Cf. Th. Korff, Die Auferstehung und Himmel· fc,t\ri unseres Herrn Jesu Christi, Halle, 1897, p. 166177; J. Orr, The resurrection of Jesus, Londres, 1908, p. 92-99. La garde du tombeau par les soldats, Matth., xxvn, 62-66; xxvm, 11-15, en est une première con­ firmation. Le témoignage de saint Paul, I Cor., xv, 1-4, en est une autre. Voir le développement de celte confirmation en faveur de la réalité de la sépulture de Jésus, dans Mangcnot, op. cit., p. 35-38, avec la bibliographie, p. 38, note 1. Une troisième confirma­ tion est tirée du livre des Actes, qui nous renseigne sur la sépulture de Jésus dans un tombeau, indirecte­ ment dans le discours du saint Pierre, n, 24-32, plus explicitement dans le discours pjononcé par saint Paul A la synagogue d’Antioche de Plsidie. Act., xn, 27-3Û. Voir Mangcnot, op. cil., p. 197-201. Le fait du tombeau trouvé vide ne saurait lui non plus être raisonnablement contesté. Les galiléennes avaient, durant le ministère de Jésus en Galilée, suivi et servi le Maître, Marc., xv, 41 ; rien d’étonnant donc qu’elles aient voulu rendre à Jésus mort un dernier service, celui de lui donner un ensevelissement convenable, A l’aide de parfums et d’aromates. Le corps de Jésus, en effet, n'avait été qu’enveloppé en un linceul neuf, Marc., xv, 46; dès le vendredi, les saintes femmes avaient préparé aromates cl parfuma, Luc., xxm, 56; mais le sabbat leur avait Imposé une trêve forcée, id. Elles viennent le dimanche matin, craignant de ne pouvoir entrer dans le tombeau dont la pierre était fort grande, Marc., xv, 46 ; xvï, 5; mais le tombeau est ouvert ct vide. Un jeune homme vêtu de blanc (un ange) leur annonce que Jésus est ressuscité et que son corps n'est plus IA. Entre Marc et Matthieu, pas de différences substantielles : celui-ci ajoute simplement des détails bien propres A confirmer la vérité historique du fait rapporté, notamment le détail de la garde du tombeau par les soldats. Luc et Jean ne font que confirmer le récit de Marc. La calomnie des Juifs relativement A l'enlèvement du corps par les apôtres ct réfutée par saint Matthieu, xxvm, 11-15, ajoute encore A la démonstration du fait historique de la découverte du tombeau vide deux Jours après la passion. D'ailleurs l’hypothèse de l'en­ lèvement du corps, soit par les apôtres, soit par Joseph d'Arimathle, soit par les Juifs eux-mêmes ne peut se soutenir. L’hypothèse d’une mort appa­ rente de Jésus est plus invraisemblable encore. La découverte du tombeau vide est donc un fait historique, au sens scientifique du mot, pulsqu il a été constaté ct que cette constatation est attestée par d's documents dignes de foi. Il reste donc · une preuve Ind recte il est vrai, mais solide ct inattnqu ible de la résurrection. Le corps, disparu du tombeau, est sorti vivant, puHque les disciples l’ont vu et qu’il s’est D1CT. DB TIlBOI* CATMOL 121S montré A eux. Les apparitions de Jésus ressuscité prou· vent directement la réalité de la résurrection corpn relie. » Mangcnot, op,elL, p.239 On ne saurait d'ailleur objecter contre la tradition hiéîo oly mitai ne le silence de saint Paul relativement au tombeau du Sauveur. SI dans I Cor., xv, 4, saint Paul emploie,pour exprimer le fait do la résurrection, le verbe έγ^ρεαβαι, l'étroit rapprochement que cc verbe a Ici avec έτάφη · a été enseveli » exige le sens que celui qui a été déposé au sépulcre est ressuscité en sortant du tombeau pour revenir à la vie. Saint Paul suppose donc connue de tous la mise au tombeau. 3. Le corps de Jésus ressuscité est bien celui qu'il avait en sa oie terrestre. — Le fait historique du tom­ beau vide démontre la réalité de la résurrection, par là même qu’auenne hypothèse, Imaginée en dehors de la résurrection, ne parvient à l'expliquer. Si b résurrection de Jésus a été réelle, le corps ressuscité est donc bien le même corps qui avait été crucifié et enseveli dans le tombeau de Joseph d’Arimathie. Les apparitions aux disciples ne font que confirmer cette vérité. Les textes, en effet, ne supposent, de la part des multiples témoins des apparitions, aucune hallu­ cination. Ils disent bien plutôt tout le contraire : « les doutes des premiers jours ont été enlevés par les apparitions ct ont disparu devant la preuve évidente de la résurrection du Sauveur. Les Onze, qui n'avalent pas cru au témoignage des femmes, ni A celui des disciples d’Emma s, Marc., xvï, 11,13; Luc., xxiv, 11, en reçurent des reproches de Jésus leur apparaissant, Marc., xvï, 14; leur Incrédulité disparaît à b vue du Maître ressuscité. SI quelques-uns, en face de Jésus, continuent A douter, Matth., xxvm, 18, c’est par suite d'un saisissement bien nature), produit par la première apparition, et, scion saint Luc, xxiv, 41, en consé­ quence de l'étonnement que leur procurait la Joie de voir Jésus vivant. L’incrédulité de Thomas, Joa., xx, 21-25, est vaincue par b vue de Jésus, h ms qu’il soit nécessaire de réaliser les conditions que cet apôtre incrédule avait posées A sa fol, 27-29. Les doutes primitifs n’ont pas survécu A b conviction acquise par le moyen des apparitions réelles et objec­ tives. Celles-ci n'étalent donc pas de pures hallucina­ tions, produits d’une foi préexistante... En demeu­ rant sur notre terrain, nous constatons que tes écrits évangéliques attestent la réalité corporelle de b résurrection de Notrc-Seigneur, les disciples ayant vu leur Maître dans son corps spiritualisé, l’ayant tou­ ché de leurs mains, l’ayant entendu de leurs oreilles. Cette réalité du corps transformé et spiritualisé de Jésus ressuscité est admise sur le témoignage histo­ rique de témoins dignes de foi... et aucune théorie de visions purement subjectives ou subjectivo-objec­ tives ne suffit A expliquer les récits évangéliques... Les récits de FÊvangile rapportent que Jésus appa­ raissait avec ses plaies, se faisant toucher par ses disciples ct mangeait avec eux. Ils ne peuvent s'expli­ quer par des visions intérieures...; Ils partent si clai­ rement de corps réel, de contact sensible, de paroles dites ct entendues, que te fait d’un retour de Jésus A b vie corporelle est A prendre ou A laisser... » Mangcnot, op. eit., p. 291-296. Cf. Stcnde, Die Au/cntehung Jesu Christi, Gutersloh, 1899, p. 97-112; Ed. Rlggenbnch, Die Auferstehung Jesu, Berlin, 1905, p. 553-554; P. Ladeuze, op. cil., p. 31. Sur les objections tirées de cc que Marie-Madeleine et les disciples d’Emma JS, ne reconnaissent pas Jésus, voir Mangcnot, op. cit. p. 330-302. 2° Toutefois la oie du corps ressuscité, désormais conforme aux exigences du nouvel état du Sauveur, manifeste en Jésus plus clairement te mystère de l’Homme-Dieu. — Le retour du corps de Jésus à b vie, n’est pas un retour à la vie terrestre ordinaire, comme Vlll — 39 1219 JÉSUS-CHRIST. LA Il en avait été de la fille de JaTre, du fils de la veuve de Nafm, de Lazare et peut-être des morts qui sorti­ rent des tombeaux au moment où Jésus rendit fâinc sur la croix. .Matth., xxvn, 52, 53. Cf. J Knabcnbauer, Commentarius in Evangelium secundum Mutihaum, /’ans, 1893, t. n, p. 537-539. Tous ces ressuscités notaient rendus A la vie mortelle que pour un temps ct devaient subir de nouveau la loi commune de la mort. Jésus, vainqueur de la mort, ne devait plus mouriî. Rom., vt, 9. Sa résurrection est parfaite ct définitive. Cf. S. Thomas, Sum. theol., Ill , q. un, a. 3, ct marque pour l'humanité du Sauveur le commence­ ment de ia vie immortelle. La résurrection de Jésus est, par identité, son entrée dans la vie glorieuse. Et saint Paul souligne ccttc vérité, en marquant que la résurrection de J su> est le premier exemple, l’ar­ chétype. I spréni ce» de notre ré urnctlon. Soulignant l'identité persistante du glorifié, il écrit : · Il faut que celte chose corruptible revête l’incorruptible; cette chose mortelle, l'immortalité. » 1 Cor., xv, 53. D’ailleur* saint Paul applique expressément à la résur­ rection l’oracle du Ps. n, 7 : « Nous vous annonçons que la promesse qui a été faite à nos pères. Dieu l’a tenue A nous leurs fils, ressuscitant Jésus, comme il est écrit dans le psaume deuxième: Tu es mon ills, je t’ai engendré aujourd'hui. » Act., xni, 32-33. C'est comme une nouvelle naissance A la vie éternelle, accordée A Jésus. Voir un magnifique développement de cette pensée par Bossuet, dans son Panégyrique de l’apôtre saint Jean, Œuvres oratoires de Rossuei, Paris, 1914, l n, p. 515. 1. Doctrine des évangiles. — Des récits évangéliques, où la vérité de la résurrection < rév le dans des appa­ ritions intermittentes, on est en droit de déduire avec saint Thomas, Sum. theol.. III*. q. lv, a. 1-3, que le Christ ressuscité n’appartient plus normalement A l'ordre de l’expérience terrestre. Son corps, quoique réel, ne tombe plus sous les sens et n'est plus dans l’état phénoménal comme avant sa mort : Il n'est plus régulièrement objet de perception sensible. Pour qu’il soit perçu par les sens, il faut qu'il apparaisse, se fasse voir et entendre, se rendre visible et palpable. L’état glorieux est donc manifesté par l’intermittence même des apparitions, il se manifeste également par les présences subites de Jésus au milieu de ses apôtres, la pénétration de Jésus dans un lieu dont les portes sont closes. Joa., xx, 19. Toutefois ce corps glorieux, spiritualisé, n'est ni un esprit, πνεύμα, comme le croyaient les apôtres épouvantés, Luc., xxiv, 37, ni un fantôme, φάντα μα, comme ils l'avalent cru un jour où, pendant sa vie mortelle, Jésus marchait sur les eaux du lac de Tibériade. Matth., xxv, 26. Jésus, en effet, donne des preuves de la réalité de son corps: il mange, Luc., xxiv, 36-43; il offre scs plaies au tou­ cher. Joa., xx, 24-25, 26-27. Celle démonstration de la réalité d’un corps glorieux par un acte relevant de la vie terrestre et physiologique, le manger, ou par le toucher, des plaie.’ d< la passion, ne laisse pas toutefois d'oflnr quelques difficultés. En ce qui concerne la première démonstration par le fait de manger, formulée par Luc, rien ne sert d’objec­ ter que cet auteur semble matérialiser une donnée traditionnelle, selon laquelle Jésus aurait distribué, servi et mange lui-même, du pain et du poisson A ses disciples. Joa., xxi, 5, 13. Nous n’avons aucune raison de révoquer en doute la véracité de Luc., xxiv, 30-43. Toute U question est de savoir si un corps glorifié, c’est-è-dirc n’étant plus à l'étal naturel et physiolo­ gique, peut en orc recevoir ct s’assimiler des aliments, haut-il concéder que Jésus a pu simplement paraître mangtr et boire pour affirmer A tous les yeux l’objectn ité de wn corp» ressuscité ? Cf. Dubois, Revue du CUrgé français, 1905, L xuv, p. 629 630. La tradition RÉSURRECTION 1220 catholique admet que Jésus ressuscité n réellement mangé rl par là, sans créer aucune Illusion aux assis­ tants, leur a donné une preuve de la réalité de son corps. < Néanmoins, cc fait ne prouve rien contre l’état glorieux du corps du Sauveur, s'il a mangé, Jésus ressuscité ne l’a pas fait par besoin d’alimen­ tation, car ln nécessité de sc soutenir par la nourriture prouverait qu'il n’est pas glorifié. Il a mangé réelle· ment, parce qu'il en était capable. Ressuscité à l’état glorieux, Il axait cependant un corps réel, un corps humain, un corps en chair et en os, possédant par conséquent les organes de l'alimentation el de la digestion, ct ces opérations physiologiques pouvaient sc produire en lui naturellement. Il a donc mangé, parce qu’il en avait la capacité et il l'a fait, non par nécessité, pour se sustenter, mais pour donner à scs apôtres une preuve de lu réalité de son corps ressuscité, ccttc réalité était conciliable avec son état glorieux. · E. Mangenot, op. cit., p. 309-310. 11 n’y a pas contra­ diction entre la notion du corps spiritualisé ct glorifié et l’acte passager d'alimentation, produit rarement pour affermir la fol des apôtres en la résurrection cor­ porelle de leur Maître. Saint Pierre affirme, lui aussi, que les apôtres ont mangé ct bu avec Jésus ressuscité, Act., x, 41, et, si cette phrase du discours de Pierre est, par impossible, du rédacteur des actes, elle témoigne du moins de la croyance primitive. Sur la solution de cette difficulté, voir S.Thomas,Sum theol., IIP, q. Liv, a. 3, ad 3”m, qui se réfère lui-même à saint Augustin, De civitate Dei, I. Nili, c. xxn, P. L, t. xu. coi. 395, et à Bède le Vénérable, In Luae evan· gelium expositio, I. VI, c. xxiv, P. L., t. xai, coi. 631. Cf. S. Jérôme, Liber contra Joannem llierosolymi· lanum, n. 17, P. L.. t. xxm, coi. 311; n. 37, coi. 587; Epist., cvm,ad Eustochium, n. 23. P. L.,l. xxn, coi. 901. Panni les protestants, M. Godet accepte l’explication de la tradition catholique : « On s'est heurté à cc fait que le Seigneur a mangé. On aurait raison, s’il avait mangé par faim, mais cet acte n'était pas le résultat d’un besom, il voulait montrer qu’il pouvait manger, c'est-à-dire que son corps était réel, qu’il n’était pas un pur esprit ou un fantôme ». Commentaire sur l'Évan· g de de saint Jean, Neuchâtel, p. 513. M. Dubois reconnaît que notre expérience n’embrasse pas toutes les virtualités de la matière et par là, sans s’y rallier, laisse encore la porte ouverte à l'explication tradi­ tionnelle. Revue du Clergé Français, PJüô, t. xuv, p. 631. L'autre preuve de la réalité du corps de Jésus, la présentation des marques de la crucifixion n’est pas non plus incompatible avec l’état du corps glorifié. La transformation subie par le corps de Jésus au sortir du tombeau exigeait-elle la disparition des cicatrices de la passion ? En devenant Immortel, le corps glorifié ne pouvait-il pas porter encore des traces visibles de su mortalité ? Les considérations a priori sont ici hors de mise : les récits nous disent ce qui a existé en fait, cc que les premiers chrétiens ont cru réel el véritable. Or, les rédacteurs des livres inspirés n'ont pas vu d’incompatibilité A la perma­ nence des cicatrices de la passion dans le corp* glori lié de Jésus, et les théologiens en ont donné des raisons de convenances fort admissibles : la confir­ mation de la réalité de la résurrection, la puissance des supplications de Jésus par la voix de ses plaies ont paru A saint Thomas d'Aquin suffire à l’explication de celte permanence. Cf. Sum. theol., IIP, q uv, a. I. Sl Jésus refuse, A peine ressuscité, de sc laisser toucher par Marie-Madeleine, Joa., xx, 17, cc n’est ni parce que le corps ressuscité n'est pas sensible, ni parce qu’il n est pas tn ore glorifié, Jé us n’étant pas remonte vers son Ptrc; Jean établit lui-même une équivalence entre la résurrection, n, 22 et la glori- 1221 JÉSUS-GIIRIST. LA fiction de Jésus, vn. 39; xn. 16. Cf. Ιχψΐπ, La valeur historique du quatrième évangile, t. 1, p. 599 GOf). D'autre part, les saintes cmincs ne touchaient dies pas les pieds de Jésus ? Matth., xxvm, 9. La raison de h défense faite par Jésus & Madeleine est toute dinérvntc ct d’ordre moral et mystique. Jésus voulait vraisemblablement lui signi lier que les anciennes relations ont cessé avec la mort ct que de nouvelles, toutes spirituelles doivent exister désormais après la résurrection. 2. Doctrine de saint Paul — La doctrine de saint Paul dans I Cor., xv, confirme l'enseignement des évangiles sur l’état du corps ressuscité de Jésus. Pour saint Paul la résurrection de Jésus est non seulement le gage, mais encore l’exemplaire et le modèle de la nôtre. Cf. F. Prat, La Théologie de saint Paul, Paris, 1908,1.1, p. 186; F. Tillmann, Die Wlederkunft Christi nach den paulinischen Briefen, dans les Biblische Sludien, Frlbourg-en-B., 1909, t. xiv, fasc. 1 ct 2, p. 172, 17*8. Cc que dit suint Paul des corps glorifiés, I Cor., xv, 35-58. peut donc s’appliquer, en quelque mesure, au corps ressuscité de Jésus. « Si la résur­ rection répond à nos aspirations les plus intimes, le mode dont elle s'accomplira déconcerte notre ima­ gination. Nous n’avons aucune idée d'un corps orga­ nique éternellement incorruptible. Nous ne concevons pas la vie sensible sans changement, ni le changement sans altération. Quand la mort a semé aux quatre vents du ciel cette poignée de poussière qui fut notre corps, où retrouver ces atomes épars engages en mille combinaisons nouvelles et comment les empêcher e se disperser encore ? Telle est l’objection que Paul prévoit ct résout d’avance : « Comment les morts ressuscitent-ils, et dans quel corps viennent-ils ? » I Cor., xv, 35. 11 est évident que notre corps doit subir une transformation profonde, il doit revêtir la forme du Christ qui « transfigurera le corps de notre humiliation », notre corps dans l'état de misère et d'épreuve, « pour le rendre conforme au corps de sa gloire », Phil., ni, 21, c’est-à-dire à son corps glorifié, transfiguration, si l'on considère que la personnalité sera élevée ct ennoblie sans être détruite, transformation, eu égard à la nouvelle forme surna­ turelle du corps ressuscité. L'Apôtre explique cette transformation ou cette transfiguration par l’exemple du germe. » F. Prat., op. ci/., p. 191. Le grain jeté en terre ne pourrit pas ct ne sc dissout pas tout entier; de sa dissolution même sort un germe vivant qui, pro­ duisant un organisme nouveau, continuera en quelque sorte l’être individuel dont il est issu, il n’y a pas à proprement parler de création nouvelle dans la résurrection : il y a analogie avec la loi de la repro­ duction que Dieu a établie pour les plantes au moment de la création. Il y aura identité essentielle entre le corps mis en terre ct le corps ressuscité, bien que l étal du corps ressuscité soit nouveau. Cette diver­ sité des états successifs du même corps n'est pas un obstacle à la résurrection ni une difficulté à la toutepuissance divine. Saint Paul, pour Je démontrer, indique les diversités des organismes qui peuplent l’univers, la terre et le ciel ». 39-41. Dieu a donc des ressources Infinies pour ressusciter les hommes dans un état diderent de leur corps terrestre. Le corps semé à l'étal de corruption, de déshonneur ct de faiblesse, ressuscite incorruptible, glorieux et plein I de force > 42-43. Le corps semé, c'est le corps non pas mis au tombeau, mais venu en celte vie, ct cc corps est corruptible, déshonoré, c'est-à-dire sujet aux mi- I sères de la vie, infirme ct animal. Cf. 1 obac, Le problème de la justification dans saint Paul. Louvain, 1908 P 83· Lc corP* ressuscité Jouira de l’fncorruntibildé. de ln gloire, de la force. Cc< <1 ITérem-vs des de v corps proviennent d'une première et radicale | RÉSURRECTION 1222 différence sur laquelle il faut Insister : le corps mortel est ψυχ’.ζόν < psychique » : le corps ressuscité est Γ.νευματιζόν, spirituel, « pneumatique ». Le corps, matière organisée, durant cette vie mortelle est psychique c'est-à-dire « formé par et pour une âme, destiné à servir d'organe à ce souffle de vie a pelé ψυχή qui a présidé à son développement. F. Godet, Commentaire sur la première ép tre aux Corinthiens Neuchâtel, 1887, t. n, p. 408. Mais, une fois ressuscité, le corps deviendra spirituel « non pas aérien ou ét itéré, d'après le sens étymologique d'esprit, ni même sem­ blable aux esprits célestes dans sa manière d'être et d'agir,... mais dominé par l’Espril de Dieu qui l'in­ forme dans sa vie surnaturelle, comme l ame le meut et le pénètre dans sa vie sensible. » F. Prat, op. ciL, p. 192 193. Toutefois, VEsprit de Dieu qu\ anime le corps ressus­ cite doit être conçu non comme étant Dieu directe­ ment, mais comme un élément supérieur émané de Dieu cl agissant en vertu de i'Espril divin. Il y a deux espèces de corps, le psychique el le pneumatique, tout comme il y a deux A lams (de qui nous tenons la vie). Le premier homme, Adam, est devenu une âme vivante, Gcn., n, 7, parce qu'il a été créé psych pie, animal; mais le second Adam, Jésus, chef de l’huma­ nité régénérée est devenu esprit vivifiant, soit à son incarnation, soit plus probablement à sa résurrection. En vertu de la génération naturelle nous tenons du premier Adam un corps terrestre, χοϊκόν, psychique, qui appesantit l’âme et l’entrave dans ses opérations; en vertu de la «’escendance naturelle, nous recevrons du second Adam un corps céleste, έ-ουράνιον, spiri­ tuel. pareil au sien. L Cor., xv, 45-49. Ces affirmations nous permettent de conclure qu'à la résurrection, le corps de Jésus a subi, non pas seulement un réveil ou une réanimation, mais une véritable transformation, la mort n’ yant d’ailleurs accompli en lui aucune œuvre de dissolution. Mais ia pensée de saint Paul l’éclaire d’un jour nouveau dans la deuxième épitre aux Corinthiens. Il déclare net­ tement, v, 1-4, que le corps glorifié est une maison nouvelle destinée à remplacer notre maison terrestre, une maison étemelle déjà construite par Die ! et qui existe dans le ciel. Nous la revêtirons comme un vête­ ment nouveau qui n’est que le corps céleste, préexis­ tant auprès de Dieu ct que notre âme nue revêtira au Jour de la parousic. Cf. A. Lemon nyer, Les Éptfres de saint Paul, Paris, I" partie, p. 2 1 203. Notons les deux idées : maison et vêtement. Le terme maison est employé pour marquer la permanence éternelle d'un état qui durera toujours par opposition à la situation transitoire cl provisoire d’ici-bas; le terme vêtement sert à caractériser la transformation du corps à la résurrection. Cf. Le Camus, L'Œuvre des apôtres, t. ni, p 258, note 1. Cette transformaLon n’est autre que la réception d’une qualité nouvelle, du » vêtement » de gloire que nous prendrons à la résurrection générale. Cette interprétation est con­ firmée par Phil., in, 20-21, où saint Paul écrit que Jésus reformera le corps de notre humiliation con­ formément à son corps de gloire; le corps de gloire du Christ, n'est pas autre que son corps mortel glorifié. Le corps glorifié manifeste Γ Esprit qui est en Jésus-Christ, qui est Jésus-Christ, Il Cor., m, 17; qui est en Jésus-Christ comme principe vivifiant et animant, principe d’une vie nouvelle et tran rendante, d'une nouvelle vie déjà réalisée dans les âmes ct qui doit s'étendre plus lard à toute la nature La corn inimical ion de l’esprit du Christ commence au bap tême, qui est une résurrection avec le Christ. Rom., vni, 9-13. Nous pouvons conclure · que la pensée de l’apôtre sur la nature du corps gloi eux de Jésus rcssusc.tc, 1223 JESUS-CHRIST. LA FOI sans avoir la précis.on qu'exigeraient nos habitudes d'esprit.., est sufisamment claire. Ce corps n'est pas le simple cadavre réanimé du Sauveur, tout en demeu­ rant identiquement le même corps, il a subi une transformation qui l'a rendu apte à la nouvelle situation du Sauveur, glorifié au ciel et agissant spirituellement dans l’Égllse... le corps glorieux de Jésus ressuscité était un corps terrestre vivant, spiritualisé, trans­ formé et vivifiant ». Mangenot, op. c//., p. 173. 3. Conclusion. — Des évangiles ct des épltres de saint Paul nous devons donc retenir la fol des apôtres en la résurrection corporelle dc Jésus. Π est manifeste de plus que cette fol n'est pas le produit de leur acti­ vité personnelle : elle repose sur des faits, et des témoi­ gnages avérés. Elle suppose le miracle sans doute; mais le miracle n'est-il pas A la base même du christia­ nisme ? C'est le Christ tout entier, corps ct âme, qui est revenu A la vie. L'humanité glorifiée du Sauveur est toujours son humanité. Mais le revêtement de gloire dont elle Jouit après Pâques ne fait que mieux manifester l'esprit divin qui l'anime. Cct esprit divin, nous en aurons nous-mêmes une émanation ou Jour de la résurrection. Que dis-je ? dès le baptême nous y participons. Mais cet esprit en Jésus, c'est luimême, car lui-même est Dieu. Les synoptiques en nous montrant le Christ humain et vivant dc notre vie terrestre, nous ont laissé entrevoir sa dfvlnltd et nous ont révélé le mystère dc l'Homme-Dicu. Ce mystère nous est apparu plus clairement dans le fait de 1a résurrection. Et l'i glise naissante y attachera sa foi; mais Paul nous ramenant plus particulièrement au Christ glorieux, sans négliger la réalité de la chair de Jésus nous le manifestera plus expressément encore comme le Fils de Dieu, chef de l'Église et NolrtSelgneur. Sur in rêrametion : V. Rose, Études sur les Évangiles, Paris, 1002, c. nn. p. 271-324; Mgr Chauvin, Jésus-Christ est-ll ressusdlét (Coll. Science et Religion), Paris, 1901; A. Celilni, GU ultimi capi del tclrumorfo e la critica ruiionallsltca cioé ΓArmenia det qua tiro Evangell nei raceonli della rtsurrnlone, delle apparitioni e dell* ascensione di N. S. Gesù CrUto, Rome, 1906; J.-B. Dittekiorf, Die Aufershhung Jesu Christi (extrait du Fotsch rift zum Blschof-Jubilâum), Trêves, 1006,p. 499-592; 11. Letêtre, Jésus ressuscité,dans la Revuedu Clergé français, 1907, t. ui, p. 241-263; P. Ladeuze, La résurrection de Jésus-Christ devant lu critique contemporaine (Collection Science et Fol, η. I), Bruxelles, 1908: E. Deutler, Die A ufent*hung Jesu Christi nach den Berlchten des Nruen Testaments (Btbliiehe Zellfragen, Ir· série, fasc. 6), Muniter, 1908 JL· A. Fabozzl, La resurmione di Gesù Crlslo rlvendicaia della crIUea di Harnack e dl Lalsy, Naples, 1908; E. Roupnin, La réiurrrcfion de Jésus-Christ, dans la Revue des sciences ecclésiastiques et la Science catholique, janvier 1909; Case» S. J.» Ί he resurrection failli of the first disciples, dans Ί he American Journal of theology, 1009, t. xm, p. 169-192; I. Mac Rory, Some theories of our lord's resurrection, dans The Irish theological Quarterly, 1909, L IV, p. 200-215 et surtout E. Majiguiot, La résurrection de Jésus, Paris, 1910; ■L- PI rot). La ris ured ion de Jésus-Christ et la critique contem­ poraine, dans L'Ami du Clergé, 1923, 6 sept., 1 nov., 6 déc. Panni les protestants qui s'cflurcent encore de maintenir la vérité de la risurroctlon : VV. Beyschlag,Die Aufentehung Jesu Chrlsll und thre neueste Bestrcitung durch Strau.d» Le hen Jesu, Berlin, 1863; H. Gebhardt, Die Aufentehung Christi und thre neuestm Gegner, Gotlut» 1864; E. Gibier, Die 1 haisarhlichketl der Aufcrsichung Christi und drren Bestrettung, Berne, 1862; trad, hr., Toulouse, 1866; XV. Kro­ ger. Die Aufer sit hung Jesu tn ihrtr Bedeulung fùr den ehrtstlkhen Glaubcn, Brême, 1867; F.-L. Stelnmeyer, ApologHlsche Beltrdge. Ill, Aufentehungsgeschlchte des Herm, Berlin. 1873; B.-F. XX estrott. The Gaspet of Iht rtsurrodlon, dans Introduction to Study of Gospels, 1881, p. 333341. C. Schiottxuann. Die OsierMschaft und die Vlslonshgpolhose, Halle, 1886; W. MUllpm. The resurrection of •ur Lord, Londres» 4· êdlt.» 1894; J.-O. White, The apparnmai of U* risen Lord to individuals, dans Exp* I· ·. 1899,t.n.p 69-74;Tb-Korfl,Die Au/rrstehung und Zim m ifatri Bruene titrn Juu Christi unUr dem Gesichtipunkte DE L’ÉGLIbE NAISSANTE 1224 einer gentium Unlrrsche Idling der in iietracht kommenden fibers inn liehen Glaubent unfl enipirMim Ct ^chichi lah achat, Haiiptiwhandtung, Halle, 1897; Id., mémo titre, Vorverhandlung. t’nmillelbar in das hlnunlischr Para dies. Neulcstamentllche Unlertuchung fiber den Auftnlhallsorl der Gerrchlm alibald nach dem Tode, Haile, 1897; hl., Die Auferstehung Christi und die mdikalr Théologie. Die Feststellmig und Drutung der geschlchlhehm TaUachen der Aufrrdthung des Jit rm durch die forb: uhrittrnr moderne Thcologie (Arnold hit yer und IL Holtzmann) in krlllschrr Dtb uchlung, Halle, 1908;L.Loots,DieAuferstehung berkhteund thrWert (Kcfte xur · Chris tUchcn Welt ·, n. 33), 3· édit., Tubingue, 1VU8; F. Itartht, Die Haulprobleme des Le bens Jesu, 3· édit., Gfitarsloh, 1907. Les discussion· de ces ouvrages so rapportent en partie aux conclusions de la critique contvm;>oininc, conchidon* qu'on ne trouvera signalées qu'h lu dumiêre partie dc cct article : mais il (allait les marquer Ici, A cause des ex pi ica lions scripturaires qu'ils renferment se rapportant à la doctrine qui vient d'être étudiée. F/. L ROM MB DIXÜ BT LA FOI DB LÊfJLfSB FAISBANTB,— 1· Questions préalables, — l.Les trois aspects de la personnalité du Christ. — Le Christ une fol· remonté au ciel, la révélation de sa personnalité est complète : saint Paul el saint Jean n'y ajouteront que des traits secondaires ou relatifs au rôle que Jésus est appelé A Jouer en tant que médiateur entre Dieu et les hommes ou fondateur du royaume de Dieu sur (erre. Mais les trails essentiels de Jésus, Messie et Fils de Dieu, glorieusement régnant à la droite du Père, sont fixés pour la foi chrétienne. Les trois aspects de sa personnalité sont marqués et distincts. La foi dc l’Égllse s'attachera désormais de préférence au Christ glorieux, vainqueur de la mort, remonté au ciel pour y gouverner l’Églisc par l'intermédiaire de l’Esprit Saint; mais elle sait aussi que ce Christ, de toute éternité a préexisté en Dieu, Fils éternel du Père éternel, et elle n'oublie point que le Fils s'est fait homme et a vécu parmi les hommes sur la terre, qu'il a souffert, qu'il est mort sur la croix, avant de ressusciter glorieux et de remonter au ciel. Au mys­ tère de la filiation divine qu'on adore déjà dans le Christ préexistant, s'ajoute le mystère de l'incarna­ tion, manifesté dans le Christ terrestre et consommé dans le Christ glorieux. Et, parce que le Fils de Dieu, en s'incarnant n’a pas acquis une personnalité nou­ velle, mais s’est simplement uni substantiellement une nature humaine; parce que son entrée dans le ciel n’a nullement modifié rindivldualité du Christ, mais n’a fait que donner A cette Individualité un nouvel état, celui dans lequel s'opère suivant la loi commune aux bienheureux, le rejaillissement de la gloire de l’âme sur le eorps, instinctivement la fol des premiers chrétiens, en vertu de la loi si naturelle de la communication des Idiomes, voir t. vn, col. 595, attribuera au Christ préexistant les qualités ou les actions du Christ terrestre ou du Christ glorieux el réciproquement au Christ terrestre ou glorieux celles du Christ préexistant. En cela, la fol n'est pas en défaut : elle rend simplement témoignage A la vérité de l'union hypostatlque ct dc Tunique personnalité du Sauveur Elle ne créé rien ; elle n'élève pas le Christ terrestre, celui qu'une certaine école appelle le « Christ historique » A un degré de perfection qu’il ne devrait pas avoir. Cf. Décret Lamentabili, prop. 29, Denzlnger-Bannwart, η. 2029. Tout en attribuant légitimement le* propriétés divines au Clirlst-Homme, la fol de la primitive Église «ait distinguer en Jésus l'humanité et la divinité, mais elle les unit aussi dans l’unité de la personne même du Fils éternel de Dieu. 2. La foi en Jésus-Christ, sous ce triple aspect. — En lait, In <1 simction entre le < Christ historique » cl le I · Christ de la foi » ne repose sur aucun fondement vrai et solide Jésus-Christ a toujours été, même pc dant I ta vie terrestre, un objet de fol. Nous l’avons con- 122b JÉSUS-CHRIST. LA FOI stntôplus haut, voir col. 1194, Jésus, on accomplissant des miracles, be proposait d’exciter In fol dc scs audi­ teurs. d’abord en sa mission messianique, ensuite en ta propre personne. Bien que les miracles se prouvent pai directement lu divinité du Sauveur, il· conduisent nécessairement A la croyance en cette divinité et c’est là que Jésus voulait amener finalement ses auditeurs, col. 1196. 11 n'est pas Inutile toutefois de pr. riser Id comment le Jésus de l’Évangile a pu être tout ensemble» pour ses contemporains, objet de connaissance directe et sensible et objet de foi. L'objet dc la connaissance directe et sensible était, en Jésus-Christ, l’humanité visible, palpable, vivante, susceptible dc progrès, telle que nous l'avons décrite plus haut» Mais par delà cette humanité existait, dans le mémo Christ terrestre, l'objet de la fol chrétienne. Cet objet, c'est le mystère, révélé aux hommes par l'enseignement, les paroles et las actes de Jésus, enseignement qu'appuyaient» pour déterminer la volonté des contemporains de Jésui A l’acte n Dieu, L v, col, 23972399. 3· La croyance de l'Église naissante en Jésas-Christ, homme, est mise en relief par la prédication apologé­ tique de la messlanité du Sauveur. Aussi bien, le Christ venait A peine de disparaître pour remonter au ciel, et nombreux étalent les témoins qui l'a vu lent vu et avaient conversé avec lut. Il suffisait donc» pour affirmer l'humanité du Verbe incarné, de rappeler « le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, A commencer du baptême de Jean jusqu'au jour où il a été enlevé d'au milieu de nous. » Act., i, 21-22. Ce temps est celui de la « manifestation » du Christ, I Pet., I, 20, de Jésus de Nazareth « qui a passé en faisant le bien et guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable. > Act., x, 28. Saint Pierre. Act., u, 30; saint Paul, Act., xm. 23, rappellent la filiation davidique de Jésus. Mais Us reportent surtout la pensée de leurs auditeurs A la passion du Sauveur, prédite par les prophètes, Act., m, 18; xvii, 3; xxvi, 23; aux souffrance· qu'il a endurées pour nous, nous laissant un exemple, I Pet., il, 21 tv, 1, 13; v, 1; à la crucifixion, Act., n, 36; iv, 10 x, 40; A la mort sur le bols de la croix. Act., v, 30 x, 39; xm, 28-29, cf. Joe., iv, 11» A cette mort qu'a absorbée le Christ, I Pet., ut. 21, pour nos péchés, qu'il n chargés sur son propre corps, il, 24. Les Juifs ont tué Jésus, Act., n, 23; m, 15; vu, 52» et son corps fut mis au sépulcre, xm, 29. Nous sommes arrosés I du sang, I Pet., I, 2, du sang précieux, ï, 19, de Jésus, notre Seigneur et Sauveur. II Pet., i, 11; ni, 2, 18. Mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. Act., n, 24, 31, 32; ni, 15. 20, iv, 10; v, 30; x, 40 (discours de saint Pierre); xni, 30 sq. (de saint Paul); cf. tv. 33; xvn, 3; xxvi, 23; I Pet.» r, 21; ni, 18, 21. L'Insistance des apôtres à souligner la résurrection de Jésus-Christ, outre le but apologétique qu’elle poursuit, marque bien 1 la foi de l’Égllse naissante au Christ glorifié. Le livre des Actes ne débute-t-il pas d'ailleurs par l’histoire de In glorification du Sauveur dans l’ascension? i, 9-11. Saint Pierre qui avait été témoin de la gloire de la transformation, II Pet., i, 17; revient à plusieurs reprises sur la révélation de la gloire du Sauveur, I Pet., îv, 13; v, 2, modèle et cause de notre gloire, v, 10; cf. i, 19; assis A la droite du Père, Act., n, 33; v, 31; I Pet.» ni, 22, Jésus volt les puissances et les vertus se soumettre A Iui. I Pet., ni, 22. Mais le corps glorifié do Jésus est bien son corps : fl a été vu après la résurrection. Act., xm, 30; car Dieu a donné A Jésus ressuscité · de se manifester... aux témoins préordonnés... A nous, qui avons mangé et bu avec lui, après qu'il fut ressuscité des morts. » Act·, x, 41. L'Eglise naissante connaît aussi In perfection Inté­ rieure, morale et surnaturelle, de cette humanité du Christ Jésus. C’est un homme juste et saint, ni, 14 (discours de Pierre); vn, 52 (d'Étfdnn·); xm, 30 sq. (de Paul); cf. î Pet. ni, 15, véritable agneau sans tache et sans souillure, id., i, 19; homme que Dieu a autorisé par les miracles et les merveilles accomplies par lui au nom de Dieu. Act., n, 22. Il a été « oint par Dieu d’Esprlt Saint et de puissance. » x, 38. I] a passé faisant le bien, x, 38. Pierre parle do sa « longanimité 1227 JÉSUS-CHRIST. LA THEOLOGIE H Pet., m. 15. Mais précisément parce qu’il est par­ fait, il nous faut pratiquer toutes les vérins pour entrer dans la connaissance du Christ. II Pet., i. 8. En réalité, connaître le Christ, c’cst vivre de la vie de la grâce, II Pet., m, 18, c'est posséder le remède contre les souillures du monde, n, 20. On le voit, In prédication de l’Église naissante touchant l’humanité du Sauveur, sanctifiée par le contact de la divinité, montre tout le profil que nousmêmes, suivant les exemples de Jésus, pouvons en retirer. Mais II y a plus, notre sainteté dépend de la sa ntt té de Jésus, parce que Jésus, pierre angulaire du nouvel ordre de choses, Act., îv, 11, est le médiateur et Jr sauveur universel, îv, 12; x, 43 (S. Pierre), xm. 39 (S. Paul), l’auteur de la vie. ni, 15; cf. Joa., t, 4. Par scs apparitions, Jésus montre qu’il gouverne vraiment les hommes : apparitions Λ Ananie, Act. ix, 10 sq., à Pierre, x, 9; xi, 5; ô Paul, xxn, 6-18; et les fidèles se tournent vers lui instinctivement comme vers leur maître et Seigneur. Cf. vu, 55, 58, 59 Nous touchons de bien près à la théologie paulinienne. Voir Fils de Dieu, col. 2399. Vil. LA THÜOLOOIE PAÜU NIBNNR DR JÊ3Ü3-CHRI8T ROTRE-REIOXROR. — p Lc cadre de ia théologie puulinirnne — Elle se concentre sur le Christ; tous les problèmes religieux sont étudiés en fonction de Jésus-Christ Le Christ est le principe, le milieu et le terme de tout. Le nom de Christ (Χριστός avec ou sans l’article) parait seul 203 fois dans les épîtres, l’épltre aux Hébreux mise Λ part; le Christ Jésus. 92 fois; Jésus-Christ, 84 fois; le Seigneur (Κύριος avec ou sans l'article) parait seul 157 fols; le Seigneur I Jésus. 24 fois; le Seigneur Jésus-Christ. 64 fols; Jésus seul, 16 fois. Cf. Prat, La théologie de saint Paul, t. n, p. 46. t La doctrine de Paul n'est pas anthropocen­ trique et n'est point un simple corollaire de sa cou- ! ce pi ion de l'homme; elle n'est pas davantage théo­ centrique en cc sens que sa christologie et sa solériologie dériveraient de sa théodicée; elle a pour foyer de convergence le médiateur unique entre Dieu et les hommes, elle est chrislocentrique. » Id., p. 48. La thèse de la Justification est inspirée chez Paul par la controverse des judafcants; mais elle n'est qu'accessoire dans la doctrine de l'apôtre. Ce n'est pas encore comprendre toute la profondeur de cette doctrine que de s'arrêter 5 la personne de Jésus-Christ au moment dr sa mort sur la croix, comme l'ont fait Sabatier, IJ Apôtre Paul, Paris, 1881, p. 233; Bcyschlag, Neutcstanunlhche Théologie, Halle, 1896,t.n,p. 134, Findlay, dors Dictionary o/ tin bible, d Ha tings, l ni, p. 723. Sans doute, saint Paul a mis en relief le mystère de la croix. Gai., ni, 1; I Cor., xv, 3; n, 2; mais la mort du Christ en croix n’a de valeur que par la rédemp­ tion. laquelle suppose que Jésus a offert son sacri flee pour nous, son Père l’acceptant et nous en bénéfl ciant. La théologie de Paul, c’est donc en réalité le Chnst, mais le Christ souffrant, mourant, ressusci­ tant, vivant dans le ciel pour nous qu’il appelle par notre union à ses souffrances et à sa mort, au par­ tage de sa résurrection et de sa vie glorieuse. En étud int le Christ chez saint Paul, on ne peut donc, en réalité, le séparer dr ceux qu’il esl venu rachat r et foire ses cohéritiers. Cf. Prat. op. cfL, p. 50-56. Dieu nous a élus cl prédestinés dans le Christ ; dans le Christ, il s'est réconcilié le inonde, dans le Christ, nom naissons à la grâce; dans le Christ aussi, nous serons vivifiés, ressuscités et glorifiés. Cc cadre très spécial dans lequel évolue toute la théologie paulituenne «'apportera en réalité aucun élément étranger à la fol mu Christ, tel* t que la professait lu primitive Ltl.se : nou* l mon brièvement constaté tout à l'heure à propos de U prière de ralnl Etienne; mais PAULINIENNE 1228 il servira puissamment à mettre en relief les fonc­ tions, médiatrices et souveraines à la fois, qu’exerce le Christ glorifié par rapport aux membres de son corps mystique. C'est de la doctrine de la mort et de la résurrection en Jésus par le baptême. Col,, n, 12; m, 4; II Cor., v, 14-17; Eph., i, 5-8, doctrine dont l’expression la plus complète est la doctrine du copn de l’Église, dont les fidèles sont les membres et Jésus le chef, Eph., îv, 4, 11-16; I Cor., vi, 15; xn, 27; Col., i, 18; in, 15, que l'on part très légitimement, en étudiant la théologie de saint Paul, pour aboutir à la filiation divine de Jésus, principe et modèle de notre filiation adoptive. Gai., îv, 4. Tout l'ordre surna­ turel, dont le Christ est le centre, se résume pour Paul en quelques mots : « Tout est Λ vous, vous au Christ, le Christ ù Dieu. » 1 Cor., ni, 222-2X Sur ce dévelop­ pement, voir J. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, p. 352 sq. En demeurant dans ce cadre et en suivant la pensée de l'apôtre, nous voyons tout d’abord que Dieu a prédestiné et élu ceux Λ qui il fait miséricorde, de toute éternité el dans le Christ. Eph., i, 3-14. SI le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, en raison de la désobéissance du premier Adam, la réparation ne pourra venir que du nouvel Adam Jésus-Christ, Rom., v, 12-21; I Tim., n, 5, etc., par qui nous vient toute justice. C'est ce nouvel Adam, Jésus-Christ, chef de l'humanité régénérée, en qui et par qui les pécheurs retrouvent la justice, que nous devons étudier à la suite de Paul, non seulement dans sa personne et sa double nature divine et humaine, mais encore dans scs fonctions de » médiateur ». I Tim., n, 5, et de « chef » Eph., i, 22. 2° La personne de Jésus-Christ. — 1. Bien que le regard de saint Paul s'attache surtout au Christ glorifié, la préexistence éternelle du Fils est soulignée A plus d'un endroit : I Tim., i, 15; m, 16; Il Cor., vin, 9; Rom., vin, 3; Gai., îv, 4; Col., i, 12, le premierné de toute créature signifiant « né avant toute créature », toutes choses ayant été créées par lui et pour lui », f. 16-17. Elle est explicitement enseignée dans Phll., n, 6. Cette préexistence du Christ n’est pas la préexistence d’un homme, comme le voudrait Holtzmann, Neutestamentliche Théologie, t. n, p. 82, cf. Lagrange, Revue biblique, 1897, p. 168-474, nonobstant I Cor., xv, 47, cc dernier texte (homo... catestis) marquant l'origine céleste et éternelle du Christ, Homme-Dieu, en raison de sa nature divine, de sa personnalité et du droit qu’elle lui donne de posséder la plénitud de l’Esprit Saint pour lui et pour ceux qui lui sont unis. F. Prat, op. cit., t. n, p. 251. Ce n'est pas non plus la préexistence idéale dans l'intelligence de Dieu, avant la création du monde, comme l’insinuaient les rabbins; cf. Weber, Jûdische Théologie, Leipzig, 1897, p. 198, 348, 354, et supra, col. 1127. C'est la préexistence éternelle du Fils de Dieu. Voir ce mot, col. 2400-2102· 2. Saint Paul n’ignore pas non plus le Christ terrestre. II nous faut ici insister davantage, car, venu après les autres apôtres à la fol au Christ, il n’a vu celui-ci que dans une révélation particulière sur le chemin de Damas U n'a pas connu sa ligure historique. Les rationalistes n’ont pas manqué de faire ressortir cette infériorité de Paul. Renan, Saint Paul, Paris, I860, p. 563. La thèse de Renan n’est d’ailleurs plus admise aujourd'hui : beaucoup de critiques, avec A. Sabatier, IJ apôtre Paul, Paris, 1896, p. 61-62, admettent que la < révélation intérieure, en éclairant l’Amc de Paul, illumina en même temps la vie historique du crucifié ». 1 On démontre d'ailleurs facilement que le texte de H Cor., v, 16, derrière lequel se retranchent les der­ niers partisans de la thèse de Renan, ne prouve rien I contre lu connaissance de la tigure historique du 1229 JÉSUS-CHRIST. LA THÉOLOGIE PAULINIENNE Christ par saint Paul : In connaissance du Messie i selon In chair », dont parle Ici l'apôtre, est la connais­ sance qu’il a pu en avoir, avec les Illusions grossières et charnelles propres au peuple juif, comme si le Christ attendu eût dû être un libérateur temporel. Cette connalssancc-là, Il ne l'a plus, Cf. F. Prat, op. cil., t. u, p. 237, note. Il n'est pas d'ailleurs néces­ saire de recourir à l’explication de Sabatier pour accorder à saint Paul une vraie connaissance de la figure historique du Christ : l’apôtre des nations a dû connaître par les témoins de la vie de Jésus (tradition qui devait être plus tard fixée d ns les synoptiques) les faits importants de l'existence du Sauveur. Cf. V. Rose, Études sur la théologie de saint Paul, dans Revue biblique, 1902, p. 321-346; 1903, p. 340-342. Et la théologie de saint Paul touchant l'homme qu’était Jésus-Christ, accuse nettement cette connaissance. a) Ji'sus-Christ, homme. — L'expression est de saint Paul, I Tim., n, 5 : άνθρωπος Χριστός 'Ιησούς : elle est formulée à propos de la médiation du Christ, el, dans la pensée de Paul, cette médiation est princi­ palement rédemptrice. C'est qu’en effet, pour nous racheter, il faut que Jésus soit homme : < Par un homme,SC άνθρωπόυ, esl venue la mort et par un homme la résurrection des morts. » I Cor., xv, 21 ; cf. Rom., v, 15; vm,3. La netteté de ces expressions nous oblige à donner à d’autres expressions moins précise lésons d'une humanité parfaite et entière, consubslan tlelle Λ la nôtre. En parlant d'« homme céleste ». I Coi., xv, 47, Paul fait allusion à l'origine étemelle de la personne du Christ; voir ci-dessus; il oppose Jésus à Adam, formé de la terre, et incapable de transmettre à ses descendants une vie autre que la vie · psychique ». En affirmant que celui qui · était dans la forme de Dieu » a pris · la forme d’esclave, ayant été fait semblable aux hommes et reconnu pour homme par les dehors », Phil., n, 6, saint Paul ne nie pas la réalité de la nature humaine, car si le Christ a été reconnu pour homme, c’est que l’expérience de sa vie entière l a < manifesté » tel. Enfin, si Dieu a envoyé son Fils dans « la ressemblance d’une chair e péché », le terme ressemblance, similitudo, affecte e péché dont Jésus n’a pas connu la souillure, mais non la chair qui, par sa réalité, était identique à la nôtre : Jésus n’est-il pus venu < condamner le péché dans la chair? » I torn., vm. 3. Cf. Prat, op. cil., L u, p. 227228 et 260. Donc, en raison de sa mission parmi nous, il faut que le Christ soit homme, comme nous : il est le nouvel Adam, Rom., xn, 15; I Cor., xv, 22, 45; le premier-né d’entre les morts, CoL, i, 18; le premierné d entre les frères, Rom , vm, 29; le pontife, I leb., n, 17; iv, 14; v, 1-10 : toutes ces prérogatives supposent, en effet, que le Christ a une nature absolument iden­ tique à la n dre : il devait venant nous racheter du péché, apparaître dans la chair, 1 Tim., m, 16, emprun­ ter sa chair ù la masse pécheresse, revêtir dans la chair la ressemblance du péché afin de condamner le péché dans la chair. Rom., vm, 3. Sur la signification du mot chair, voir Incahnation, t vu, col. 14 16-1450. Il est né (fait) de la femme, Gai., îv, 4, γενόμενυν έκ γυναικός, de la race d*Abraham,GaL,m, 16; Rom., ix, 5; de la descendance de David. Rom., i,3; Il Tim., n, 8. Il a un véritable corps de chair. CoL, i, 22; Eph , n, 14; Rom., vm, 3 11 a des parents; des frères, I Cor.M ix, 5 : Jacques est son frère. Gai., i, 19. Lu vie historique de Jésus est aussi connue que sa personne : le Sauveur esl apparu comme un esclave, Il Cor., vm 9; Phil., n, 7; s’est soumis à la loi de Moïse, Gai iv I ; a obéi à la volonté de Dieu, son Père Jusqu'à la mort’ sur la croix. Phil., n. 8. S’il a été le « serviteur des circoncis » (c'est-à-dire s’il a limité son ministère aux seuls Juifs), c'est qu’il voulait < prouver la véra- 1230 cité de Dieu en confirmant les promesses faites aux pères » Rom., xv, 8; cf. ïx, 3; II Cor., i, 19. Π fut rempli du Saint-Esprit. Rom., f,4, cf. Il Cor., m, 17. Saint Paul connaît et rapporte plusieurs de ses paroles, I Thess., îv, 15; I Cor., vn, 10-25; rx, 14; il connaît les apôtres, I Cor., ix, 5; xv, 5, 7, au collège desquels il a été agrégé, malgré son indignité, par Jésus luimême, I Cor., xv, 8-10; mais dont PUrre ou Cépha est le chef. I Cor., r, 12; m, 22; ix, 5; Gai.,5,13;n, 7-8. Paul a connu également les miracles du Sauveur; il les sous-entend « lorsqu’il parle des « signes de l’apôtre », qu’il a donnés comme les autres, signes accomplis au nom de Jésus et qui sont la continuation et la répé­ tition des siens. Gai., ni, 4; II Cor., xn, 12. » Rose, Revue biblique, 1903, p. 340-341. Cf. Rom., xv, 18 sq. Pourquoi ne trouve-t-on pas dans saint Paul plus d’allusions à la vie historique de Jésus-Christ ? C'est très vraisemblablement, pour ne pas dire à coup sûr, parce que renseignement propre à saint Paul se superpose à une catéchèse apostolique faite aux néophytes, uniformément et obligatoirement, avant la collation du baptême. Cette catéchèse, à la fols historique, dogmatique et liturgique, instruisait les néophytes de cc qui concernait Jésus, ri περί’ίησού. AcL, xvm, 25; cf. xxvm, 31; Col., rv, 8; Eph., vi, 22; Phil., n, 19-20; F. Prat., op. eiL, t. n, note B, p. 61-66. Et c'est sans doute en puisant dans le contenu de cette catéchèse que saint Paul, occasionnellement, rappelle aux Corinthiens la résurrection de Jésus : tradidi enim vobis... quod et accepi; I Cor., xv, 3-8; et l’insti­ tution de l'eucharistie, xi, 23-26. Le récit de l’institution de l’eucharistie appartient d’ailleurs à un ordre de faits sur lesquels saint Paul, en raison d'un intérêt dogmatique visible, devait insister davantage : il s'agit des faits relatifs à la mort du Sauveur, c'est-à-dire à notre rédemption. Saint Paul rapporte la trahison de Judas, I Cor., xi, 23 ; les outrages Infligés ù Jésus, Rom. xv, 3; les souf­ frances par lui endurées, II Cor., i, 6; Phil., m, 10; l’amour qui pousse le Sauveur à la mort, Gai., u, 20; Rom., vm, 37, et à La mort de la croix. Gai, in, 13; Col., n, 14 ; mort subie sous le gouvernement de PoncePilate I Tim., vj, 13. Nous avons déjà vu plus haut comment saint Paul ne fait que répéter l’histoire évangélique en ce qui concerne la sépulture, la résur­ rection et la glorification du corps du Sauveur. Voir col. 1214. Maintenant Jésus est monté au ciel où il trône à la droite de Dieu. Rom., vm, 34; Eph., I, 20 : on l'attend pour juger les vivants et les morts, I Thess., i, 10; iv, 16; 11 Thess., 1.7; Phil., m. 20. Mais, II faut le reconnaître, le Christ de l’histoire n’a pa* retenu l'attention de saint Paul et ce n’est pas vers lui qu'il va diriger l'humanité. « 11 avait contemplé le Christ ressuscité, il l'avait fixé dans son éclat de Fils de Dieu, il reçut de cette vision une empreinte définitive. Il rejoint le Christ là où il le trouve et U s'attache à lui non pas dans le moment historique — déjà évanoui — de son court apostolat, mais dans le moment éternel et supralcrrestre où, source de salut cl de vie divine, il exerce pleinement son action messianique, où toute « puissance lui a été donnée au ciel, sur la terre cl aux enfers. Etre · en Christ-Jésus », c'est adhérer au Christ dans son état glorieux; c'est, pour reprendre une comparaison connue, s'envelopper dans cett atmosphère divine, la seule qui soit désor­ mais connu lui elle au chrétien. » V. Rose, Revue biblique, 1903, p. 342. Sur la connaissance qu’a eue Paul de la personne histo­ rique de Jésus, outre les articles de V. Hose, dans la Reuue biblique; citons l’mt, /κτ th^doqie de S. Paul. t. n, p. 233 sq., M«r Batiffol, Urpheus et ΓÉvangile, Paris 1910, p. 83-113* et purini le* protestants, d’après Prit, Paret, Paulus und desus (EinlQt Ücnurkungtn uber das VerlullüxÎss des AposleU 1231 JÉSUS-CHRIST. LA THÉOLOGIE Paah& and seiner Ishre ni der Person, dent fs ben und der lehrt des geirl.lehtllrhrn Chrhtus\ dans Jahrbûcher fûr 'uiiche Théologie, t. in, p. 1*85: Sell mol 1er. Die geschichtliihe Person Jnu nach den paulinbchrn Schriflen, dans Sludicn und Kritili, t. ΧΙΛΉ (IMll, p. 656-703; Nœsgen. Inc af>ostlhche Verkündtgung und die Gnchlchle Jrju, (tant A'tue Jnhrbûeiur fur dtuhrhe Théologie, t. iv, p. 464)1: Knowllng, The ln4biit>nÿ ο/ Λ Paul lo Chrbt, 1905; G. Matheson. 7 he t- btorical Chrbt of St Paul d'après les quatre grandes épîtres. r»fire articles parus dans VExpositor, II' série, 1.1 el n(188l1882); Sands y, 57 PauFs Knowledge of Chrbt, dans DiclitPnurg of Christ and the Gospels de Hastings, t. n, p. 888-889; Gmcher, Das Leben Jtsu bei Paulus, Giessen, 1000; H. Manlin Pope, St Paul and the historic Jesus, dnns The London quarterig review, juillvt 1920; F. Prat. Saint Paul et le paulinisme, dans le Dictionnaire apologétique de la Fol catholique, L lir, col. 1631-1634; L. de Grandinnlson, Ix Christ de Fhixtotre dans Fauore de teint Peul, dans Hecherches des Sciences religieuses, décembre 1923. b) Jésus-Christ Dieu, — Saint Paul ne sépare pas, en Jésus, Dieu de l'homme. Sur la divinité de JcsubChrist, la nature et la personnalité divines du Fils de Dieu, voir ce mot, col. 2400-2102. c) Union de Dieu et de l'homme en Jésus-Christ, — Elle est enseignée par saint Paul surtout dans Col., n, 9 et Phil., n, 2-6. Sur le sens et la portée de ces textes, voir Hyfostatique (Union), t. vn, coL 447-449. L'union des deux natures en une personne est éga­ lement supposée par la communication des idiomes, dont saint Paul a fait un si fréquent usage. Ibid., col., 445-446. 3. Saint Paul étudie surtout le Christ glorieux, parce que le Christ, remonté à la droite de Dieu son Pêro, est le principe de notre vie surnaturelle et de notre gloire future. Voir ci-dessus, col. 1221 sq. L'entrée du Christ dans la gloire par la résurrection est comme une naissance véritable, Act., xm, 33; mais nous avons déjà vu que saint Paul, d'accord avec la tradition < ui sera fixée par les évangélistes, professe l'identité du corps historique et de la personne historique du Sauveur avec le corps glorieux et la personnalité transcendante et divine que la foi confesse en Jésus; voir col. 1222. SI la théologie paulinicnnc s'attache de préférence au Christ glorieux, ce n'est donc pas pour marquer une d:flércnce ontologique entre le « Christ de l’histoire » et le « Christ de la foi », c'est pour déterminer plus explicitement les relations que Jésus, en sa qualité d’envoyé de Dieu et de Sauveur des hommes, a acquises vis-à-vis de nous. SI saint Paul rapporte ces relations au Christ glorieux c'est que c'est du haut du ciel où il siège à la droite de Dieu le Père que Jéiuà-Christ exerce son Induéhce sur ceux qu’il a rachetés jadis sur la croix et que sa gloire — la gloire qu’il a méritée pour lui-même par son sacrifice — est l'exemplaire et la source de celle qu’il nous a méritée à nous-mêmes. Évidemment, ces relations du Christ avec les hommes supposent le mystère de la rédemption; mais elles présentent des aspects si entièrement unis à la personne même du Christ qu’on ne saurait les en séparer et que la christologie les réclame comme une matière propre. a) Jésus, envoyé de Dieu : le médiateur. — Le but de la mission rédemptrice de Jésus est marqué dans Gal., rv, 4 : i racheter ceux qui étalent sous la loi. pour que nous fussions adoptés comme enfants. » Avant d’étendre ά tous les hommes le privilège de la filiation adoptive. Il fallait tout d'abord délivrer les Juifs et les dtbarrnsscr de leurs privilèges onéreux. C'est également ce qu'exprime, sous une autre forme, Rom., vm, 3-4 : le Christ \icnt · condamner le péché dans la chair » afin de nous donner la justice qu’exi­ geait la Loi sans la pouvoir conférer. Sur ces deux texte», voir F. Prat, op. cit., t. n, note L, p. 257-261. Cette mission constitue Jésus-Christ mandataire de Dieu et représentant des hommes, c'est-à-dire « média­ PAULÏNIENNE 1232 teur ». Le mol médiateur appliqué par saint Paul à Jésus-Christ n’existe que dans i Tim., n, 5; mais l’idée exprimée par cc mot se retrouve sous plusieurs for­ mules de l'apôtre. Toutefois la médiation qui, ontolo­ giquement, est déjà vérifiée dans les deux natures du Sauteur» unie* hypostatlqucment dans la personne du Verbe, qui, psychologiquement, sc trouve réalisée dam l'élut propre au Christ, étal Intermédiaire entre 1a voie et le terme, est étudiée par saint Paul surtout au point de vue de notre vie surnaturelle, en tant que le Christ est dispensateur h notre endroit des bienfaits divins dont il est l’unique dépositaire : « Le Christ de saint Paul n’est pas un simplo médiateur naturel, comme le Logos de Philon; c'est un médiateur de grâce et de salut. Par lui, en effet, nous avons la grâce, Hom.,i, 5; v, 21 ; par lui, le salut, commencé Ici-bas, consommé dans le ciel, I Thess., v, 9; Π Tim., m, 15; par lui la justice et le fruit de la Justice, Rom., ni, 27; Piril^ 1, 11; par lui, la Justification, Rom., v, 18; Gal., n, 16; par lui, la rédemption. Rom., m, 21; Eph., î, 7; par lui, la réconciliation, Rom., v, 10-11; 11 Cor., v, 18; Eph., π, 16: Col., r, 20-22; par lui, la paix. Rom., v, 1 et la pacification générale, Col., i, 20; par lui, le lit re accès auprès de Dieu, Rom., v, 2; Eph., n, 18; par lui un refuge assuré contre la colère divine, Rom., v, 9; par lui. la consolation spirituelle, II Cor., i, 5 et la confiance que rien ne trouble, Il Cor., ni, 4; par lui, le don du Saint-Esprit, Tit., in, 6 et le filiation adop­ tive, Eph., i, 5; par lui, la victoire sur tous nos enne­ mis et en particulier sur la mort, Rom., vni, 37; I Cor,, xv, 57; par lui, le règne sans fin. Rom., v, 17. C'est par lui seul que nous pouvons nous glorifier en Dieu, Rom., v, 11 et que nous devons adresser à Dieu nos actions de grâces, Rom., i, 8; vu, 25; xvi, 27; car, comme toutes les promesses divines ont eu en lui leur oui, c'est-à-dire leur accomplissement, par lui aussi les fidèles prononcent leur amen, dans un acte de fol sincère et reconnaissante, pour faire remonter vers Dieu tout honneur et toute gloire. II Cor., i, 20. En un mot, dans l'ordre de ia grâce encore plus que dans l’ordre de la nature « tout est par lui (ou pour lui) et nous sommes pour lui ». I Cor., vm, 6 8i‘ οδ : (va­ riante : 8t* 8V) τά πάντα yod ημείς δι’ αύτού. F. Prat, op. cit., t.n, p. 248-249. En toutes ces affirmations se trouve analysé le sens de l’expression si fréquente, chez saint Paul, in Christo Jesu. Cf. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, p. 355 sq. Voir plus loin. Pourquoi le mot de médiateur est-ll si rarement employe par saint Paul? I Tim., n, 5; cf. Heb.» vm, 6; ix, 15; xn,24. Dans le sens usuel du mol, fait remarquer le P. Prat, p. 249, « le médiateur est étranger aux deux parties qu’il met en rapport. » Or Jésus n’est pas un méd-ateur ordinn re : en lui habite corporellement la plénitude de la d.vimlé, Col., n, 9, et il est réellement homme comme nous. Aussi saint Pnnl l’nppelle-t-11 plus volontiers le · nouvel Adam ». Sur Adam, figure de Jésus-Christ, voir 1.1, col. 384-386. Le premier Adam, par suite de sa condition naturelle et de su faute, ne peut transmet ire à ses descendants qu'un corps psy­ chique et mortel, « Terrestre », il ne donne nai«mice qu'à des hommes terrestres. Jésus, le nouvel Adam, est, à tous les titres, « céleste », et par sa préexistence, et par sa gloire présente, et par l'influence vivifiante qu’il exerce sur tes hommes. Par sa résurrection glo­ rieuse, en effet, il est deveno esprit vivifiant, capable de communiquer la vie spirituelle dont 11 est doué. On comprend ainsi la place qu’occupe le nouvel Adam par rapport au premier. Cf. I Cor., xv, 21-22; Rom., xu, 11-1 I, 15, 16, 17, 18, 19, 20*21 Sur l’orig iic du nom:«nouvel Adam», voir F. Prat op.ciL.t f . Note M, p.261-264.La bibliographie sur la conception de l’homme [ cHcste opposé h l lioinine terrestre, dnns Prat, ibid., 1233 JÉSUS-CHRIST. LA THÉOLOGIE PAULINIENNE p. 169-171; et Holtzmann, N. T. Théologie, t. n, P b) Jésus, chef des hommes et des anges : sa primauté sur toutes choses. — a. Parce qu’il est le nouvel Adam, Jésus-Christ est le chef des hommes, ft qui 11 commu­ nique la vie de la grftcc. Cette nouvelle donnée de la christologie paullnienne se rapporte au Christ mvstique, qui ajoute au Christ naturel. Verbe incarné, prêtre·victime du Calvaire, le corps mystique de l’Église « complétant son chef et complétée par lui ». Sur la dénomination du Christ, étendue au corps mys­ tique, cf. Gal., ni, 16; 1 Cor., xn, 12. Dans celte qua­ lité de chef du corps mystique, Paul n’attribue pas seulement ft Jésus-Christ une prééminence quelconque sur les hommes, Col, n, 10 : si Jésus est · la tête du corps, de l’Église », CoL, i, 18, c’est parce que l’Cqlise, formée des chrétiens, trouve en lui non seulement prééminence et supériorité, mais < Influx vital et communauté de nature, principe d’unité et mesure de perfection. » F. Prat, La théologie de S. Paul, t. i, p. 421. C'est le sens exprès qu’on trouve dans Eph., f, 22-23; v, 23 éclairés par Col., n, 19, et Eph., i v, 15-16. Cf. Abbott, Epistles to (he Ephesians and to the Colos· lions, Edimbourg, 1897, p. 271-272; 123-128. La « tête » est, aux yeux de Paul, le centre de la personna­ lité, le lien de l’organisme et le foyer de tout influx vital. Ce rôle de chef ou de tête dans le corps mystique des chrétiens fait mieux comprendre certaines for­ mules pnullniennes : revêtir le Christ, Gal., m, 27; être greflé dans le Christ, Rom., xi, 24; être créé dans le Christ, Eph., n, 10; être en participation du Christ, I Cor., i, 9, etc., et plus simplement, être de Jésus-Christ ou dans Jésus-Christ. Sur l’emploi de cette formule, voir Deissmann, Die neiilestamentUche Formel < tn Christo Jesu », Marbourg, 1892; et sur sa lignification, voir E. Prat, op. ctt., t. i, p. 424-126; Note T, 434-436; t. n, p. 422-124; Lcbreton, Origines du dogme de la Trinité, p. 355-356. Sur l’enseignement général de saint Paul, touchant l’Église, corps du Christ, voir Église, t. iv, col. 2150-2151. Prédsons cependant avec le P. Lcbreton, op cit., p. 358 que « Jésus n’est pas seulement ni surtout (pour saint Paul) l’homme idéal qu’il s’efforce d’imiter, ni l’ami qu’il est impatient de rejoindre; c’est la source de vie, c’est le chef dont 11 est membre. Mais, d’autre part, il faut bien le remarquer, la personne historique de Jésus ne s’évanouit pas dans cette doctrine; pour être » esprit vivifiant » et principe de toute vie, le Christ n’a pas dépouillé sa rénLlé concrète et n’a pas été réduit A un symbole mystique. Les textes... le disent assez : c’est dans la mort de Jésus que le chrélen a été baptisé, Rom., xîv, 7-9; et c'est dans sa résurrection qu’il ressuscite, II Cor., v, 14-15. L’épltre aux Romains Insiste plus encore sur cette vérité et fait mieux entendre la continuité do la vie du Christ sur terre et de sa vie dans les fidèles : tout le genre humain apparaît comme concentré en deux hommes réels, Adam cl Jésus-Christ. Il n’y a point seulement en cc monde deux forces abstraites, chair et esprit, mort et vie, mnls il y a avant tout deux hommes, deux chefs de T humanité : de l’un vient la mort, de l’autre la grfice et la justice; et la source de cette action mor­ telle et vivifiante, c'est la désobéissance de l’un et l’obè varice de l'autre. » Rom., v, 12-21. Cf. ci-dessus, col. 1228. b. Le rôle de chef de l'humanité se complète, pour saint Paul, par celui de soutien du monde : I action du Christ s’étend ft toutes créatures. « S’il est vrai que le monde u été créé pour l’homme, Il n'est pns dilllcik de concevoir que, du fait de la chute de «homme II » été dévié de sa fln et asservi A la vnnité et que seul |c n k s. ment de l’homme peut ! en affranchir. » Ï. Lcbreton. op. cit., p. 371. L’œuvre du Christ incarné 123'. sern donc la restauration et en même temps la con­ sommation de l’œuvre du Christ préexhl mt : · Tout a été créé par lui et pour lui » Col., i, 16. Π faut donc absolument a tinner que Je Christ possède la primauté sur toutes choses Eph., i, 21-23; CnJ., i, 18. Ce n'est pas seulement comme Dieu que le Christ possède cette primauté, c’est ans«l comme homme, et saint Paul affirme en un parallélisme saisissant la primauté du christ sous ces deux aspects. Le P. Prat, op. cit,, L n, p. 215-216, a bien mis en relief le parallèle intention­ nellement sans doute institué par saint Paul : Primauté du Christ selon ]Primauté du Christ selon LA NATURE DIVINS DANS LK N kTUHR HL 4 vl \b DANI LA CRÉATION t rirr: ζτίσΐίος (CoL, 1,15). Christ premier- α τών νιχρών (Col., !, 13) αύτώ i t τίσ'λη τά πάντα-,τά (Eph., ι, 7)· τίντα έν (Col., τ, 16, 17). Ordre de la cause form élit ou exem­ plaire. τα mx ’ αυτού ϊχτισται δι’αύτού άκοχαταΐΐί(α i (Col., 16). (Cot, 1.20). ο·.’ ου τι rire (1 Cor., vm, 6). Ordre de la cause eiDciente. τα ·χντ* ..<Ις χύτο* ί/.π^ται τά «άντβ <1ς <ύτό·* (ΟοΙ.,ι^Ο). (CoL. i, 16). Ordre de la cause Anale. D ailleurs tout en distinguent, et d'iprèf la pensée de saint Paul Im-même, les relations qui conviennent au Christ, comme Dieu, dans sa préexistence, et comme homme ou Verbe incarné, dans sa vie humaine, terrestre cl glorieuse, nous savons que la communica­ tion des idiomes permet de transférer au Christ-Dieu les rôles et attributions du Christ-homme et récipro­ quement; d’ailleurs toutes les relations du Christ sont coordonnées entre elles et orientées vers une même fol, et par suite de cette unité, la primauté du Chnst s'allirme purement et simplement; un mot la résume: Κύριος Ιησούς, Jésus est Seigneur. Act., xvi, 29; Rom., x, 9; ! Cor., xn, 3, etc. Cette · seigneurie » que l’Église naissante confessait déJA en Jésus-Chnst, voir Fils de Dieu, col. 23982399, exprime bien la primauté sur toutes choses du Christ. Dieu sans doute, mais homme aussi. Le Christ est Seigneur, parce qu’il est d’avance le Juge de tout et de tous; Il · éclairera ce que les ténèbres cachent et manifestera les secrets des cœurs. » I Cor., rv, 5. Le « Jour du Seigneur », 1 Cor., iv, 5; v, 5; Il Cor., i, 14, T Thess., v, 2; Il Thess., n, 2; la « parousle du Sei­ gneur », I Thess., n, 19; m, 13; v, 23; Π Thess., n, 1; Γ « éplphnnie du Seigneur ». ITim., vî, 14; cf. II Thess., i, 7, désignent le jour du Jugement qui est aussi le « Jour du Christ Jésus », Phil., î, 6, 10; n, 16; le « Jour de Noire-Seigneur Jésus-Christ ». I Cor., t, 8; Il Cor, r, 14. Mais dès maintenant, le Seigneur est le maître do tout et de tous, t des morts et des vivants ». Rom., xîv, 7-9 Son domaine est absolu : les siens sont ses esclaves. Rom., f, 1; I Cor., vu, 22; Gai., ï, 10; Eph., vî, 6; Phil., i, 1 ; Col. iv, 12. Les autres ont pour · sei­ gneur » le péché, Rom., vî, 14, 17, 20; la mort, Rom., v, 14; 17; vî, 9; la loi. Rom., vî, 1; Gai., iv, 5; in. 23; mais de cette servitude le Christ nous a rachetés, comme par un affranchissement sacré, pour nous faire siens. Gui., iv, 4-5; cf. m, 13; I Cor., vî, 19-20; vn, 23. Sur l’expression άγοραζαν τιμής de ces deux derniers textes, voir A Ddssmnnn, Lièht vom Osten, Tubingue, 1908 p. 240 sq. L’esclavage du Seigneur est en réalité la liberté; liberté qu’il ne faut plus perdre pour redevenir les esclaves des hommes. 1 Cor., vu, 22-21; cf. Gnl., n, I. Tous les chrétiens ont le même maître, Hum., x, 12; Eph., vi, 9; Col., iv, 1, et c’est à lui seul 1235 JÉSUS-CHRIST. LA THÉOLOGIE PAULINIENNE 1236 qu'ils doivent obéissance. Eph., v, 22; vï, 7-8; Col.» « Il s'humilia en se taisant obéissante usqu'ft* a mort, m. 23-21. < Le chef de tout homme est le Christ. » I ct jusqu’à la mort de la croix », Phil., n, 8; cf. 5; « Par î l'obéissance d'un seul la multitude des hommes seront J Cor., xi, 3. c. Mais faint Paul, insistant sur la primauté, absolue constitués justes ». Rom., v, 19. Mais c’est Tumour Je du Christ, déclare Jésus chef des anges. Λ force de I plus ardent qui a poussé Jésus à sc livrer ft la mort compter sur In médiation des anges, les Colosslens ris­ pour nous. Eph., v, 2 25; Gai., n, 20; i, 4; I Tim., n, 6; quaient de méconnaître le grand médiateur, JésusTit., n, 13. Le Christ n’est-il pas par excellence le Christ. Tout en recommandant le respect des anges, Fils de J’ainour? Col., î, 13. Toutefois l’obéissance du saint Paul ne veut pas que le culte rendu Λ ces puis­ Christ à Dieu son Père pour accepter la mort en vue sances tourne au détriment de celui qui est dû au de notre salut. Rom., vin, 32; v, 8; cf. Joa., m, 16; Christ. Le Christ est supérieur aux anges, Col., î, x, 17-18; xiv, 31 ; I Joa., îv, 9, pose la question de sa 16; cf. Eph., t, 21. soit comme Dieu, parce qu’il est . liberté dans l’obéissance, et, par voie de conséquence, leur créateur, soit même comme homme, parce que . la question du mérite du Christ, nettement affirmée Dieu l’a fait asseoir à sa droite, « au-dessus de toute dans Phil., n, 9. Ces questions seront débattues par principauté, ct puissance, et vertu, ct domination, et les scolastiques. Cf. De Baels, De libera Christi obe de tout (autre) nom prononcé non seulement dans ce (lientta, Louvain, 1905. siècle, mais dans le siècle à venir. · Eph., î, 21. Comme D'autre part, les vertus que l'apôtre exige des chré homme, Jésus-Christ est le chef des anges : έσην ή tiens pour qu’ils vivent ct grandissent in Christo Jesu, ycQ / , άρ·/ής καί έίουσ ας, Col., π, 10. Par marquent, elles aussi, la perfection du modèle qu’ils JA, f*nul veut-il affirmer que la grâce des anges dérive doivent imiter. « Si quelqu’un n’a pas l’esprit du Christ, du Christ? Nous ne le pensons pas. La pacification celui-là n’est point ft lui. » Horn., vm, 9. C’est cet esprit universelle, Col., î, 20, n’implique pas que le Christ, : qui < rend témoignage que nous sommes enfants de par le sang de la croix, ait racheté les anges; mais il a Dieu. » id., 16. Cct esprit, c'est essentiellement réconcilié l’homme à Dieu et par IA fait la paix aux • l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus Notrecieux et sur la terre. Les anges, soumis à la volonté Seigneur » id., 39; cf. Gai., v, 6. Tout ce que com­ divine, concourent ft l’exécution de la rédemption porte l'esprit du Christ, constitue la pratique des et par 1Λ, le Christ-homme devient cn quelque sorte vertus de la vie chrétienne: en lire l’énumération dans leur chef. Pour plus de développements, voir Incarna­ Rom., xn, 9-21; cf. xm, 10; xv 1-17; II Cor., vï, 4-7; tion, t. vn, col. 1487-1488; 1501-1505. | Gai., v, 22 sq Eph., ιν, 1 sq.; Col., m, 12-17; I Tim., e) Conséquence : la plénitude de grâce dans Tdme du vï, 11-12; Il Tim., m, 10-12 Le péché ne peut s'accor­ Christ. — Le Christ, venu sur terre pour réparer le der avec l'Esprit. I Cor., vï, 18-19. En un mot, de péché ne pouvait avoir le péché. Lui-même le proclame même que la justice du Christ est le principe de la dans l’Évanglle. Joa., vm, 22, 46. Cf. I Pet., i, 19; n, noire, de même notre vertu ne sera vraie que dans la 22; 1 Joa, m, 5; Hcb., îv 15; vit, 26. Saint Paul mesure où elle reproduira celle du Christ. Cf. Phil., l’affirme expressément : « Celui qui ne connaissait pas 1 xn, 7-21 ; Eph., îv, 7, 13, 16. le péché. Dieu l’a fait péché pour nous, afin qu’en Voir Fils or Dieu. col. 2401. Y njnut-r : J. Labnurt, lui nous devinssions justice de Dieu. · II Cor., v, 21. Notes d'rxégéic sur Phll.» n, 5-11, dans Heoue biblique, L'affirmation de l’absence du péché en Jésus implique 1898, p. 402-115 ; 553-563; C. Van Cruinbryr.he, De sole· celle de sa justice ct de sa sainteté : pour l’auteur de rtotogta christiaiur primis fontibus, Louvain, 1005; Λ. Hoyct, l'épllre aux Hébreux le pontife · sans lâche et séparé Ëtude sur ta christologie des Êpttres de saint Paul, Lyon, do pécheurs » doit être · saint, innocent », vu, 26; pour 1907; et, parmi les protestants, Iloblger, De chrlstolngia Poulina, Leipzig, 1852; H Schmidt,Die paulinischt Chris· saint Pierre, le Christ « qui n’a pas commis de péché », tologie in threm /.usamnu nhange mit der Hrlbbhre des 1 Pct„ n, 22, est mort pour nos péchés, » le Juste pour Apostels, Gœtlinguc, 1870; A. Dictzsch, Adam und Chris· le· injustes », m, 18. Saint Paul rattache la perfection tus, Hom., V, 12-2J, Bonn. 1871 ; W. WolITenhach, Zur morale ct surnaturelle du Christ à son rôle de média­ Auslrgung der Sicile Phil.,lf, 5· 11, 'Augletch cin Beitrag zur teur ou, plus exactement, de chef des hommes. C’est paullnischcn Christologi·, Leipzig, 1881; E. H. C.ilTonl, ft cause de la solidarité qjul nous unit au Christ rédemp­ The Incarnation, a Sludg of Phil., U, S·!!, New-York, teur que Dieu a fait celui-ci « péché ». non pas à notre 1397; D. Sommcrvillc, Saint PauFs conception o/ Christ or the doctrine o/ the second Adam, Edimbourg, 189<; M. Brüplace, mais pour nous, ύπέ; ήα.ών, afin que nous ckner. Die Entstchung der pauUnischen Christologie, Stras** devenions < justice », en lui, ίναυτφ. 11 Cor., v, 21. bourg, 1903 ; Λ. Amal, La personne du Christ ct le ratio· Sur cc texte, voir Prat, op. cit.. t. n, p. 291-295. Jésus nalisme allemand contemporain, Paris, 1904; (anonyme) ne peut « vaincu* le péché dans la chair » que s’il l’a The flph Gospel, being the Pauline interpretation of the déjà vaincu en lui-même par sa justice. L’influx vivi­ Christ, Londres, 1907; J. Kœgcl, Christus der Herr. Erliiu· fiant qu’il exerce Λ l’endroit des hommes, ses membres, terungen 2u Phil., 11, 5· 11, Gutersloh, 1908 ;W. Olschewskl, suppose en lui, qui est la tête, la plénitude de la grâce, Die Wurzeln der pauUnischen Cluislobigie, Kœnlgsberg, pi incqH.· de notre justification ct des grâces diverses que 1909. nous recevons de son Esprit. Horn., v, 15-17; xn, 4; 3° La christologie de TfipHre aux Hébreux. — On 1 Cor., x, 16 sq.; xn, 11 sq.; xv, 21; Epi)., î, 20 sq.; peut grouper sous trois chefs principaux la christologie iv, 4 sq.; Col., î, 18; u, 10, etc. La · plénitude » de la de l’épllre aux Hébreux : la personne du Christ (c. Idivinité dont il est question dans ce dernier texte doit iv), le sacerdoce du Christ (c. v-VDi), le sacrifice du t entendre, avant tout, du mystère de l’union hyposChrist (c. vm-xm). Voir Prat, La théologie de saint tatlqu* ; mais c'est aussi la plénitude de grâces qui Paul, t. î, 1. VI, p. 510; Hébbeux f£p tre aux), t. vï, est la conséquence de l’union hypostatiqur en Jésus col. 2103-2105. Le sacri live du Christ sera étudié ft el le principe vivifiant de tous ceux qui ont Jésus pour Redemption; on en a déjà noté les idées mattresses à chef. Cf. Coh, î, 19 et le commentaire de saint Thomas Hàbreux (Épitre aux), col. 2106. sur ce dernier texte. Colossibns (Épltre aux), L ni, 1 La personne du Christ. — L’auteur de l’épttre col 3M· aux Hébreux, reconnaît très certainement les trois C’est surtout à l’occasion de son sacrifice que les aspects de la vie du (.hrisl, le Christ préexistant, le vertus et la grâce dont était ornée l’âme de NotrcChrist historique, le Christ glorifié. En vertu de la Seigneur sont rappelées par saint Paul. Noth pourrions communication des idiomes, les divers attributs qui rekser maints traits expressifs : < Le Christ nous a conviennent ft Jésiu-Christ sous cc triple mode aini«\ et 11 s’est donné pour nous comme oblation el d’exis'.cnce sont souvent réunis dans la même phrase comme vieil ne ù Dieu en odeur de suavité », Eph., v, 2; l237 JÉSUS-CHRIST. LA THÉOLOGIE et énuméré» sans changement de sujet. Ainsi, c. î, M: Dieu nous u parlé par le Fil* (existence historique) Qu’il a établi héritier en toute* choies (existence glorifié·) Par qui II ft fait mémo 1rs siècle* (préexistence) Ainsi encore, en observant l'ordre chronologique, c. î, f. 3. ftant la splendeur de *a gloire et l'empreint· de ta fubdaucr, et soutenant toutes choses par la puissance de u parole (préexistence divine). Après avoir opéré la purification de* péchés (existence historique) (II) est assis A Ift droite de lu Majesté, nu plu* haut (des deux, etc.) (existence glorifiée). a) La préexistence divine du Christ. — Elle est marquée par sa filiation divine. Le Christ est le Fils de Dieu. îv, 14; vï, 6; vu, 3; x, 29. Dieu lui dit : mon Fils, î, 5; v, 5; il est le Fils, î, 8; il est Fils (sans article) î, 2 (rv υίω, opposé aux prophètes); î, 5 (είς υίόν, opposé aux anges); m, 6 (wc υίός, opposé à Moïse); v, 8 et vu, 28 (ζαίπερ ώυ υίός et υίός είς τδν αιώνα τττλείωμένον comme pontife, antitype de Mclchisé­ dech, vec opposition tacite au grand prêtre Aaron). Celte filiation divine est inarquée par deux autres expressions: le rayonnement de la gloire du Père et l'em­ preinte de sa substance. Voir, pour l’explication de ces termes, Fils de Dieu, col. 2403. < Fils, rayonnement, empreinte,... ces titres sont relatifs, mais d’une rela­ tion iatrins· que, nécessaire, Indépendante de l’existence «lescréatures. Au contraire ceux de créateur et de conSTDatcur... sont conditionnés par l'existence des êtres finis. » F. Prat, op. cit., p. 522. Jésus-Christ reçoit «es eux titres dans I lob., î, 2, cf. 10-12 et î, 3; · par lui Dieu) a fait les siècles » c'est-à-dire le monde visible. Cf. xi, 3; Sap.» xm, 9; xiv, 6; xvin, 4. « Il soutient toutes choses par la puissance de sa parole. Cf. CoL, î, 17. C?s deux fonctions supposent que le Christ est Die î Plusieurs Pères cn ont voulu trouver l'afllrmallon dans Hcb., m, 4; mais il semble que le mot Dieu, Ici. ne signifie pas nécessairement le Christ. On le trouve, d’ailleurs, applique au Christ. î, 8-9; et l'ado­ ration que doivent nu Christ les anges eux-mêmes marque bien sa divinité. î, 6. b) Jésus-Christ homme. — « Pour être Dieu, JésusChrist n’en est pas moins homme. Encore au sein du Père, le Fils demande qu'un corps lui soit préparé, x, 5-9. Il veut participer Λ la chair cl nu sang comme les fils adoptifs, n, 14, ct leur devenir semblable cn toutes choses hormis le péché. îv, 15; v, 7-8. Ainsi l'exige son rôle de prêtre, n, 17. Il sc soumettra donc A l’épreuve ct cn sortira vainqueur, n, 18; îv, 15 II possédera nu suprême degré toutes les vertus : la confiance cn Dieu, n, 13, la fidélité, n, 17; m, 2. la miséricorde, îv, 15 surtout l’obéissance qu’il appren­ dra A l’école de la douleur, vu, 7-8. A part les Evan­ giles, aucun écrit Inspiré ne prodigue davantage les allusions A la vie mortelle de Jésus : descendance de la tribu de Juda, vu, 11; progrès en grâce ct en sagesse, n, 10; v, 9; vu, 28; signes cl prodiges attestant su mission divine, il, 4; tribulations et persécutions, agonie cl prière au jardin des Oliviers, n, 4; mort volontaire, xn, 2; crueifiêmcnt hors des portes de la ville, xm, 12. Peut-être le nom de Jésus cst-ll choisi de préférence A celui de Christ pour mieux inculquer la vérité de la nature humaine (Jésus seul : 10 lois; Christ : 9 fois; Jésus-Christ : 3 fois; le Christ Jésus, jamais; dans Milnt Paul nu eO Hui ro. Jésus seul est nireel le Christ-Jéuis I rès fréquent ) M ils nulle part la communication des idiomes n'est plus parfaite; ct le PAUL1NIENNE 1238 pOrticipaott carni ct sanguini, rapproché de carptu aptasti mihi, π, 14 et x, 5, ne vaut-il pas comme formule théologique de l'incarnation, le Verbum caro /actum est de saint Jean ou le In ipso inhabitat omnis plenitudo dioinitalls corporaliter de ΓÉpltre aux Colos­ slens? » F. Prat, op. cit., t. τ, p. 521-525. c) Jésus-Christ glorifié. — Le mérite du Christ par rapport à sa gloire est à plusieurs reprises affirmé dans l'épltre aux Hébreux. C'est parce qu’il a volontaire­ ment souffert sur la croix, que Jésus devient A un titre nouveau maître du monde et qu’il acquiert le droit de nous associer comme ses cohéritiers. Jésus s'asseoit à la droite de Père parce qu’il a souffert, r, 3; vm, 1 ; x, 12; xn, 2; et 11 nous associe A sa gloire, comme cohéritiers, îv, 16; vï, 20; vn, 26; ix, 11, 12. 24. Le passage de Jésus à la gloire par la résurrection n'est mentionné qu’une fois· xm,20. De plus, dans l'épltre aux Hébreux, c'est surtout en qualité de prêlre, non de roi ou de Juge, que Jésus prend place à la droite de Dieu le Père et y continue son office de médiateur. 2. Le sacerdoce du Christ. — La médiation des pro­ phètes, î, 1, des anges, i,4-6; n, 7-9, de Moïse, m, 2-3,5, n’est proposée dans l’épltre aux Hébreux qu pour mieux faire comprendre l’excellence et la supériorité de la médiation du · grand pontife qui a pénétré dans les cicux. » îv, 14. Jésus prêtre selon l’ordre de Mel chisédcch et pontife, comme antitype d’Aaron qu’il supplante : voilà le thème sur lequel l'auteur de l'épltre nous parle du sacerdoce du Christ. Jésus est appelé prêtre (Upcôç) selon l'ordre de Melchiscdech dans les citations du Ps. αχ, 4, Hch., vu, 17, 21; cf. vn, 15; il est ίερεύς μέγας έ-rl τάνοίκον τ · Oc Λ χ. 21. Ailleurs, il est ip/jcpc.c avec divers qualificatifs : pontife misericordieuc et fidèle, π, 17; pontife de notre confession, in, 1; grand pontife, îv, 14; pontife pou­ vant compatir à nos infirmités, etc,, îv, 15; pontife scion l'ordre de Mclchisédech, v, 15; cf. vï, 20: pontife, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs ct devenu plus élevé que les deux, vn. 26; pontife des biens futurs, ix, 11. Il est aussi appelé « le ministre du sanctuaire ct du vrai tabernacle >, vm. 2. La défi vtion du pontife hébreu pris parmi les homme*, constitué représentant des hommes, appelé de Dieu comme Aaron pour offrir les sacri fices du péché, cf. v, 1-4, quoique ne convenant au Christ que par analogie, exprime bien cependant les quatre caractères essen­ tiels du prêtre. a) Prêtre médiateur. — Il est · établi pour les hommes dans les choses qui regardent (le culte dc| Dieu. » v, 1. Il s’agit du culte social, dû A Dieu dans l’état actuel de la nature déchue el pécheresse. Et Jésus est le médiateur du Nouveau Testament, de ΓAlliance plus parfaite, ix, 15; vm, 6, précisément parce que. les hommes ayant péché, il leur a acquis par le sacri­ fice de lui-même, dans son propre sang, une éternelle rédemption, ix, 12, cf. 14, 26, 28; n, 10, 17-18; v, 3; vn, 2; x, 5-10. 12-14; 'est pourquoi nous pouvons recourir A lui avec confiance, îv, 16; il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause de leur salut éter­ nel, v, 9. Il est entré dans le ciel, vn, 26, comme un précurseur, pour nous, vn. 20; où II peut sauver per­ pétuellement ceux qui, par son entremise, s'appro­ chent de Dieu, étant toujours vivant, afin d'intercéder pour nous vu, 25. C’est parce que le sacerdoce aaronlque est Insuffisant pour obtenir la rémission des péchés des hommes, vm, 7; cf. vu, 11,15 sq., que Jésus est venu offrir son sacrifice; mais une seule oblatio i n suffi pour accomplir cette rémission, ix, 12, 26, 28; x, 10. bJ Prêtre, de même nature que nous. — Mandataire des hommes, Jésus doit posséder la nature humaine : • Celui qui snncLfic et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un seul (père] (έξ ένός) ... Comme donc lc> 1239 /fiSI S-LlIH 1ST. LA THÉOLOGIE enfants ont participé ά la chair et nu sang, Il y a Idméme également participé... Nulle part il ne vient au secours de* anges, mais c'est la race d'Abraham qu'il vient secourir. D'où il n dû dire cn tout semblable ά see frères, afin de devenir auprès de Dieu un pontife misé­ ricordieux et fidèle, pour expier les pêchés du peuple. » ft, 11, 14, 16-17; cf. v, 7; pour devenir médiateur, il a fallu que Jésus s’incarnât : entendons cette nécessité d'une nécessité hypothétlrpic. en raison du plan divin de la rédemption. G'est pourquoi le Christ, bien qu'é­ levé au-dessus des anges en raison de la nnlurc divine, 1, 13, cf. 7-8, subit, dans sa nature bumnine, une phase d'humiliation qui le place au dessous des anges, n, 7. Il faut également insister sur l'expression : < sem­ blable en tout à ses frères ». Cette affirmation est précisée par xv, 15. Au c. n, f. 10. l'auteur do l'épître avait énoncé la convenance des souffrances du Christ : ■ Il convenait A Celui pour qui et par qui sont toutes choses, et qui conduisait plusieurs enfants â 1« gloire, de consommer par les souffrances l'auteur de leur salut. » C’est pour nous délivrer dc la crainte servile de la mort que Jésus subit librement la mort, n, 14 : • En prenant nos misères ct nos infirmités, il se met en état de mieux connaître nus besoins et nos faiblesses, de mieux comprendre nos tentations et nos défail­ lances, d’y compatir enfin dans ce tempérament achevé qui sait éviter A la fois l'excès d'indulgence et l'excès do rigueur (pcrptoraOcîv). » Prat, op. cff., t. i, p. 529. Cf. if, 18; iv, 15; v, 2. Une limitation cependant s’impose à cette ressemblance, dont la convenance s'imposait; lr Christ n'a pu, cn compatissant A nos infirmités et en éprouvant comme nous toutes sortes do tentations, connaître la souillure du péché, îv, 15. Le pontife ne saurait avoir do péché, lui qui doit offrir lr sacrifice pour les péchés des autres : autrement Il aurait besoin, lui aussi, d'autres prêtres pour sup­ pléer à son iDMilOsance. vn, 26. c) Prêtre, appelé por Dieu. — Pour supplanter Aaron et sa descendance, régulièrement investi par Dieu du sacerdoce, il fallait un appel spécial dc Dieu. Tel fut le cas dc Jésus-Christ, v. 4-6 : < Cc n'est pas le Christ qui s'est glorifié lui-même pour devenir pontife, mais c'cst celui qui lui a dit : Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd’hui. » Cf. Ps. αχ, 3. Par cet appel, Dieu lui a conféré le sacerdoce suprême. Le Fils est Fils de toute éternité; mais les parole* du psalmhtc sc rapportent au moment où il prend la nature humaine. Donc, en sc faisant homme, Il est par le fait même consacré prêtre. Les théologiens traduiront plus tard cette vérité en affirmant que te Christ a reçu l'onction sacerdotale par le fait même de la grâce de l'union hypostatique par lequel 11 acquiert toute puissance relativement aux fonctions sacerdotales. Dieu lui même a sanctionné par un serment le sacerdoce du Christ, ce qu'il n avuit point fait pour tes prêtres de l'ancienne loi, vu, 17-22, Ce serment, emprunté au Ps. αχ. 4, marque le transfert du sacerdoce aaronique en Jésus-Christ; mais ce n’est pas une simple substi­ tution de pmonnes : U y a vraiment changement du sacerdoce lui-iuème. vu» 11-12; 20-22; vm, 6-7; 13. Le nouveau sacerdoce est « selon l'ordre de Melchi­ sédech ». d) Prêtre « eelon Vordre de Melchisédech ». — Melchisédtch est la figure du Christ-prêtre. L’expression « prêtre s* Ion l'ordre de Melchisédech », appliquée au Messie futur est tirée du Ps. αχ, 4. On la retrouve dans Heb., v, Γ», 10; vx, 10; vu, 11, 17. Sur Melchisédech, figure de Jésus-Christ, voir Hé.dheux (Éptlre aux), L vx, col. 2105-2106. Trois circonstances ont été mues en relief par l'auteur de l'épître ; l’étymologie des nom, U conduite d’Abrabam A l'égard du prêtre-roi S Jen» et te silence de l'Écriturc relativement a son divine. — a. Melchisédech signifie < roi de Justice » ct PAULINIENNE 1240 roi de Salem, « roi de paix ». Le règne du Messie doit être le règne de In paix ct de la Justice. Melchisédech est prêtre-roi; prêtre ct roi sera le Christ, dont l'nuteur do l'épître associe presque toujours la royauté ct le sacerdoce (άρχιερεύς), cf. col. 1117. — b. Melchisédech bénit Abraham. Gen., xiv, 18-19, et Abraham lui paie la dîme, t. 20. Cf. Heb., vn, 1-2. La bénédiction est accordée par le supérieur, vn, 7 ; le paiement dc la dime est un Indice de sujétion. Par le double geste de Melchlsédech et d’Abrabam s'affirme donc la supériorité de Melchisédech, ct, à plus forte raison de celui dont il est le type, i leb., vn, 4-11. — c. Lo silence dc l'Écri­ ture touchant Melchisédech, qui est « sans père, sans mère, sans généalogie: n'ayant ni commencement do Jours, ni lin de vie. ■ Heb., vu, 3, est encore plus signi­ ficatif. Il marque que lo sacerdoce dc Jésus est possédé A litre personnel et non par vole d'héritage, et que, par conséquent, sa descendance du sang de Juda ne pourra mettre obstacle A ce sacerdoce. Toutefois, Il faut que la prérogative du sacerdoce aaronlque soit abolie pour qu’existe le nouveau sacerdoce, vn, 11-12. Jésus-Christ est donc exclusivement prêtre selon l'ordre de Melchisédech : « S'il était sur In terre (c'esl-Adlre s'il était de l'ordre d'Aaron), 11 ne serait pas même prêtre, d'autres étant déjà chargés d'offrir les dons selon la loi, » vin, 4. Melchisédech est aussi le type du Christ-prêtre par l'éternité du sacerdoce, éternité figurée par l'absence de généalogie dans des jours sans ftn ni commencement, qui est un des traits delà figure du roi-prêtre de Salem. Lo Christ est prêtre fn sternum, v, 6; vx, 20; vu, 17, 21 : in perpetuum, vn, 3; cf. vn, 25. Entendons toutefois que ce sacerdoce, qui a commencé en Jésus-Christ avec l’incarnation, sera « étemel » comme l'union hypostatlque elle-même, c'est-A-dlre ne finira jamais : et cela, parce que Jésus le possède «non selon la disposition d'une loi charnelle, mais se Ion la puissance d'une indissoluble vie, » vu, 16. lui loi charnelle fait prêtres ceux qui naissent du sang d Aa­ ron; i'umon hypustatk|τόν, et vu, 1, ήν le Verbe suppose, de sa pari, une communication (ci . * Ιησού) τγ- χρηστότητα ό πατήρ ήγειρβν. Si l'on orale : celle communication, c'est le témoignage que considère la source de vie au point de vue de la vie Jésus esl venu apporter à Dieu son Père, Joa., v, 36, présente» la doctrine de saint Jean concorde pleine­ 38; manifestant son nom aux hommes, xvn, 0, 26; ment, quoique sous des formules dificrenles, avec celle enseignant en publie dans la synagogue ou dans le de saint Paul déchirant le Christ · chef de l’Eglise ». temple, xvni, 20 De la vérité de col enseignement, Cf. coi. 1233 L'allégorie de la vigne, Joa., xv, 1 eq. Jésus ù qui le Père rend cependant témoignage, sc a la nûnu signification que l'image paulinienne porte lui-même garant, vin, 14, 18; et ses œuvres témoignent de sa véracité x, 25; xiv, 12. Ici encore du corp’ humain : h cep et les sarments sont unis l’en cignrment de Jésus manifeste son humanité et comme le chef et les membres. Il y a communication l'autorité iv, 3. Et déjà, mal­ heureusement, dès le i*' siècle « beaucoup d’imposteurs sc sont Introduits dans le monde, lesquels ne conI fessent pas que Jésus-Christ est venu dans la chair; ceux-là sont des imposteurs et des antichrists. > Il Joa., 7. Voir Fils db Dieu, L v, col. 2397. 2106. i I * j III. JÉSUS-OHRIST CT LE DOGME. — Les derniers textes que nous venons de citer des épltres Johannique*, surtout I Joa., i, 1, attestent avec une évidence complète que le Christ de la foi est bien celui qui a vécu et s'est manifesté historiquement aux hommes comme le Verbe de vie. Paul et Jean ont cer tainement ajouté quelques traits ou du moins accen­ tué certaines lignes de la ligure auguste du Sauveur; mais le portrait tracé par les synoptiques n’a pas été modifié. Voici maintenant que le Christ des livres inspirés du Nouveau Testament est livré à la tradition vivante de l’Église. Cette tradition, on le sait, n’cst autre que le magistère infaillible : elle gardera donc jalousement dans toute sa pureté le divin por­ trait. La foi des fidèles, guidée par l’enseignement officiel, sc fixera en des formules qui, elles aussi, pouront acquérir précision cl clarté, mais Jamais ne se contrediront l’une l’autre. Ces formules traduisent extérieurement le dogme, dont le sens, exprimant l’objet matériel de notre foi, ne saurait varier tout en progressant. Étudier ici la vie du dogme de JésusC’irisl serait impossible; d’une part, on ne saurait la circonscrire dans les limites, — si extensibles soientelles — d’un article de dictionnaire; d’autre part on serait obligé de tomqcr dans mille redites inutiles. Cette vie, en efTet, a déjà été ou sera étudiée d’une façon fragmentaire sans doute, mais plus immédiate­ ment utilisable, dans les articles concernant les héré­ sies chrlbiologiques ou les conciles ayant trait au dogme de l’incarn dion. Nous nous contenterons donc ici de brèves indlcliions, utiles À la fols pour synthé­ tiser l’histoire de ce dogme et pour diriger le lecteur dans se recherches. Nous établirons surtout le pro­ grès des formule) qui traduisent le dogme catholique. L Les deux premiers siècles — IL Le troisième siècle (col. 1251).— HL Le quatrième siècle (col. 125 ).— IV. Progrès dogmatiques postérieurs (col. 1266). L Le dooms de Jâsus-Ciuvsr dans lks dkvx pkbMIEIIS SIÈCLES. — /. ΖΛ3 FOUMULES DS — 1· La catéchèse primitive. — L’existence d’une catéchèse primitive, contenue dans un formu­ laire oral rédigé par les apôtres, ne semble pas pouvoir être révoquée en doute. Elle est supposée par Luc., i, i; Act., xvfii, 25; 1 Cor., iv, 17; xiv, 19; xv. 1-1 î; Gai., vî, 6; Rom., vî, 17; Ilcb , vî, 1-2 et sans doute I Thess., iv, I; II Thess., n, 15; m, 6; Rom., xvi, 17; Act., xvni, 25. Ct. Prat, La théologie de saint Paul, t n. Note B, 1. Sur le contenu de cette catéchèse, nu p linl de vue historique et dogmatique, voir Prat, ibid, 2. Au point do vue historique, elle devait rcnfermei d.·* développements assez considérables touchant la vl · de Jesus, scs actions, scs discours. Citaient les τά xcpl 1 foo5do Act., xvni, 25. Au point ^t τ^Γς δώδεκα, 6ς έκά0U7CV έν δεξιφ τού θευΰ έν τως ούρανο'ς όποταγασών αύτω πισών των αρχών καί έ· θυσιών καί δυνάμεων και έρχεται έΗ των νεφελών του ού .ανου μετά δυνάμεως καί δόξης πόλλης. Der Katechismus der Urchristenheit, Leip­ zig, 1903, p. 85. Cf. Das Evangelium Christi, Leipzig, 1905. On peut accorder à Secberg que ce credo embryonnaire faisait partie de la catéchèse primitive; mail on doit affirmer que ce credo ne se présentait pas sous une forme invariable et n’était pas limitatif. En ce qui concerne le Christ, Jl faut admettre que l’article du jugement final par Jésus-Christ devait exister. Cf. Hom., n, 16; xrv, 10; II Tim., iv, 1; Art., x, 12; xvn, 31 ; lïeb., vi, 2; I PeL, rv, 5. Voir Catéchise, L n, col. 1879-1880. 2· Le symbole primitif. — 1. En Orient. — Y eut-ll un symbole unique, dis le n· siècle, pour les églises orien­ tales ? On a pensé retrouver les traces du symbole des apôtres dans les professions de fol qu'on peut former des textes de plusieurs Pères des n* et ni· siècles et qui, en ce qui concerne l’incarnation, rappellent en les groupant, les vérités relatives au Fils de Dieu fait homme, né de la vierge Marie, mort sur la croix, ressuscité le troi feme Jour et monté aux deux. D’autres pensent que ces formules s'expliquent natui vilement et suffisamment par le contenu du Nouveau Testament. Voir Apothes (Symbole des), t.i, col. 1660-1670. Il s’agit principalement des formules données par Orlgène, le presbyterium de Smyrne, Aristide, saint Ignace d'Antioche. Cf. Hahn, iïibliotek der Symbole und Claubcnsregeln der alien Kirche, DreslAU, 1897, { 1,2, 4, 8. La seule formule baptismale dont nom ayons trace certaine, dans la xix· catéchèse de salut < yrille dc Jérusalem, peut se ramener aux termes suivants : I Ιιστεύω είς... πττέρ t καί είς τόνυϊόν, >«1 είς τό πνε μα τό ίγιον, καί είς βάπτιομα μετανοΙας είς à φέσι ν αμαρτιών. 2. En Occident, la formule baptismale existe très certainement; c'est le symbole dit des apôtres. Sur rhlstoirc et les variations du texte du symbole des apôtres, voir t. i, col. 1660 sq. Au n« siècle la formule primitive devait être celle-ci, très explicite en ce qui concerne le dogme de l'Homme-Dieu : Πιστεύω <1ς ένα Οεόνπ/τέ. ? χ?νπ> 'άτωοα,καί εΐζ Ίησο νΧρίοτόν τόν υ όν αύτο“ τόν κύριον ημών, τόν γενν Oévrx έκ I ΙαρGév'/j, τόν έτΐ Πν/τΙ ,υ ΙΙιλάτου σττυρωΟέντα, τη τρίτη ή.χέρα άναστάντ / έκ ve t; ών, άνν βάντ είς τούζ ού; άνους, καΟήμενον έν δεξιά τού 1 Ιατρός δΟεν έρχεται φΐναι ζώνταςχ^Ινακρούς >αΙεΙςτό πν<"μα άγιον.Le mot £νν, effacé depuis, eet primitif; Il a dû disparaître lorsque se pro­ duisit l'hérésie monarchlenne qu’il paraissait favoriser. Quant A πατέρα, Il faut probablement le considérer comme primitif ainsi que Ka, et affirmant l’uniserselle paternité de Dieu créateur. Cf. Tlxeront, Histoire des Dogmes, 1915, t. r, p. 168. 3· Les formules de foi chez les Pères Apostoliques. — 1. La Dtdaché. — Sur l'incarnation et Jésus-Christ, voir Afotiu s (Doctrine des douze), t. T, col. 1684. — 2 Saint Clément (1*· épitre ad Corinthios). — Sur Jésua-Cbr 1st, voir Cli ment Ier de Rome, t. m, col. 52. — 3. Saint Ignace d'Antioche. — Sur l'ensemble de sa christologie, voir Ignace d'Anttochb (saint), L VU, eoL 703-704. Nous croyons devoir Ici insister sur un p* Int de vue spécial A snlnt Ignace, et qui marque L n comment s'effectue, dans un dogme de croyance espUctte, le passage de la fol simplement exprimée, s te fol plu« parfaitement expliquée. Pour Ignare, la manifestation humaine dr Dieu θεού άν0ρωτ:ί·/< >ς φάνεpv ,-<·✓. v μ. ινότ.,τα constitue Ι'οΙκον&μΙα. Eph., xix, AUX I«r ET II· SIÈCLES 1248 3, xvm, 2; xx, 1. Cette < économie · est ruinée parle docétisme qui nie la réalité dc l'humanité du Sauveur, sa descendance davldiquc et la vraie maternité de Marie. Déjà saint dément avait insisté sur le fait que Jésus-Christ descend d'Abraham κατά σάρκα, xxn, 2. Saint Ignace appuie davantage encore sur la vérité de la nature humaine du Christ, Son réalisme continue celui de saint Jean : Jésus est de notre race, dc descendance davldlque» Rom., vn, 3; Eph., xix, 3; xx, 2. 11 est né de Marie et non par Marie, Eph., vn, 2, et Marie, lui donnant le Jour, est restée vierge, Eph., vn, 2; xvm, 2. Mais c'est surtout dans l’épître aux Smyrn.\des, i-iv, qu'lgnace prêche la réalité de la nature humaine en Jésus. — 4. L'épître de Barnabé, tout en professant la fol en l'incarnation, v, 11, du Fils de Dieu, v, 9, Notre-Selgneur, v, 1,5; vn, 2, Insiste plus particulièrement sur l’obéissance du Rédempteur, xïv, 6, qui a résolu de souffrir pour nous sur le bols, v, 13. — 5. La II* ad Corinthios faussement attribuée à saint Clément, professe la préexistence du Christ « esprit d'abord, et qui s'est fait chair », ix, 5; Dieu, r, 1; ix, 7; xvn, 7; Seigneur, iv, 1; v, 2; vi, 1; ix, 5, 11 ; maître du monde, xvn, 5; envoyé au monde par le Dieu invisible comme notre sauveur, xx, 5; qui a souffert pour nous, i, 2; nous n procuré rimmoitailté, xx, 5, et est Juge des vivants et des morts, i, L Voir t. m, col. 56. — 6. L'épître de saint Polycarpe confesse que Jésus-Christ est Fils dc Dieu, xn, 2, Notre-Selgneur. vi, 2. Mais il est homme aussi : < celui qui ne confesse pas que Jésus-Christ est venu dans la chair est l’antéchrlst. » vit, 2. Cf. I Joa., iv, 2-3. Il est mort pour nos péchés, i, 2; a été exalté à la droite de Dieu et Jugera tous les hommes, les vivants et les morts, n, 1. — 7. Le martyre de saint Polycarpe, met dans la bouche du martyr une profession de fol en Jésus-Christ, bien-almé et béni du Père, xïv, 1 (qu’elle proclame elle-même fils unique, xx, 2), pontife céleste, 3, glorifié maintenant avec le Père et l’ISprlt Saint, Id. — 8. L'épître à Diagnèle, voir t. rv, col. 1366, témoigne aussi de la nécessité de la fol en l'incarnation, c. vn, vm, ix ; pour sauver les hommes, Dieu lui-même est venu sur terre, c'est-à-dire le propre fils de Dieu, prix de notre rachat. — 9. Sur la chri (ologie, obscure pour ne pas dire ; lus, du Pasteur d'IIcrmas, voir IIehmas, I vi, col. 2 1. Π. LES PHEU1EKE8 HÉRÉSIES CONTRE LE DOGUE DE jérvs-christ. — 1· La gnnse fudaïsante se mani­ feste déjà au temps des apôtres. Saint Paul avait déjà dû combattre ceux qui égaraient les fidèles • par la philosophie et par une vaine tromperie, s'appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde et non sur le Christ », Col., n, <8; II s'agissait sans doute, de rabaisser le Christ et de lui proférer les anges. De là, l'insistance de Paul à promulguer la primauté de Jésus-Christ. Col. t, 1517; 18-20; n, 9-10; Eph., vr, 12. Voir col. 1733. Jude, de son côté, condamne « ceux qui renient notre seul maître et seigneur, Jésus-Christ », Jud., 4; ceux qui méprisent l’autorité, κυριότητα, 8, c’est-à-dire vraisemblablement · le Seigneur », cf. II Pet., n, 10. Pareillement sont rejetés ceux qui nient le jugement et l’avènement du Seigneur. II Pet., ni, 3-7. Les épîtres Johannlques discernent déjà un double courant d’erreurs chr 1stolouloues, celles qui nient que Jésus le Christ, soit le Fils, I Joa., n, 22, 23; iv, 3, 15; celles qui nient qu’il soit venu en chair, c'est-à-dire se soit réellement Incarné. I Jon., rv, 2. 3; Π Joa., 7. Voir Gnosticisme, t. vi, col. 1438-1139. Ces deux cou­ rants sont A la source des premières hérésies de l'éblonîsme, t. vr. col. 1990, dc Cérlnthe, voir ce mot, t n, col. 2153-2154 ou bien encore du docétisme, voir * ce mot. t. tv, col. 1484-1501 Sur l'éblonîsme naissant •e greffa l’elkésaîsme ou elcésaEme, qui nie, en ce cpii JÉSUS-CHRIST. LE DOGME AUX Ier ET IIe SIECLES 1250 vent Marclon Identifie l’un et l’autre, cf. Tertullien concerne Jésus-Chrbl, la divinité du Christ, mais avec op. cit., l. I, c. xi, xïv; l. II, c. xxvn; 1. III, c. ix; celle particularité que la naissance dc Jésus n'aurait 1. IV. c. vn, col. 258, 262, 317, 333. 369-372. Jésu été qu’une renaissance, le Sauveur ayant passé aupa­ n’a rien des traits du Messie donnés par l'Anden Tes ravant cl successivement par plusieurs corps cl vécu tamcnL Tertullien, op. cit., 1.111, c. xn-xxin, col. 336sous d'autres noms. \ olr Elcesaites, t. iv, coL 2236. 355. Son corps n’a été qu’apparent. Marclon enseigne 2° Le gnosticisme, avec ses théories nébuleuses sur un strict docétisme, id,, ibid., 1. Ill, c. νπι-χι, col. 331les éons, devait altérer le dogme de Jésus-Christ, Fils 336. Le Christ n’a pas même passé par Marie : l’in­ dc Dieu et homme. L’éon Christ ou Jésus est une éma­ carnation n’existe pas. li est apparu brusquement en nation de la divinité qui descendra sur K HommeJudée, la quinzième année du règne de Tibère, sans rédempteur pour opérer en lui et par lui la rédemption. avoir semblé naître et grandir. Cf. S. Irénée, Conl. Ci. S. Irénéc, Conl. hier.,1. 1, c. n, n. 5, P. G., t. vn, hier., 1. I, c. xxvn, n. 2, P. G., t. vn, col. 688; Ter­ col. 461. Sur le système gnostique en général, voir lullicn, op. cit., 1. I, c. xxix; 1. IV, c. vi, P. L., t. n, Gnoshusme, t. vi, coi. 1434 sq « Sur la personne dc Jésus-Christ, les systèmes gn os tiques présentent trois col. 281, 368. La prédication de Jésus a été naturelle­ ment en perpétuelle opposition avec la Loi, les Pro­ conceptions distinctes, mais dont deux au moins ne phètes, l'économie del’Ancicn Testament, qui relèvent t’excluent pas ou même se rencontrent dans les mêmes tous du Démiurge. Néanmoins, la mort de Jésus auteurs Carpocrate, t. n, col. 1800, t. vi, col. 1447 et rachète les hommes du Démiurge.Cf. Tertullien, Ado. Justin le gnostique regardent le Sauveur comme un Marcioncm, 1. V, P. L., t. u, col. 468 sq. 'Fixeront, pur homme, supérieur aux autres seulement en Justice op. cit., p. 207-208. Apelles, voir 1.1, col. 1456 ramène et en sainteté. Leur sentiment forme exception. Le dualisme constitue l’expression la plus ordinaire et, le dualisme dc Marcion au monisme; mais il demeure l'on peut dire, caractéristique de la christologie docèlc. ni. LA FOI BX JÉSUS-CHRIST AU II· SIÊOLB. — Ιλ gnostique. M. Harnack a très bien observé que ce qui caractérise la christologie gnostique ce n’est pas le christologie proprement dite tient peu de place dam docétisme, comme on le croit souvent, mais bien le les écrits des Pères apologistes du u· siècle. Aussi dualisme, c’est-à-dire la distinction énergique de deux bien, c’est contre le paganisme qu’ils entendent natures ou mieux de deux personnes en Jésus-Christ· établir la vérité du christianisme, et, souvent, ils Lehrbuch der Doyinengeschichte, 1.i, 4· édit., Fribourgprésentent le christianisme dans ses rapports avec en-Drlsgau, 1900, p. 286, note 1. Le Sauveur est la philosophie naturelle Seul, saint Justin, à cause composé de deux êtres, l’un terrestre, l’autre divin, dc son apologie du christianisme contre les Juifs a céleste, qui s’unit accidentellement au premier pour dû aborder les problèmes christologlqucs. Parmi les opérer en lui cl sous son couvert la Rédemption. Tel Pères aniignostiques, saint Irénée formule d’une est l’enseignement de l’école Valentinienne en générai, · manière très complète le dogme catholique. Méliton voir t. vi, col. 1447-1453. Λ cc dualisme vient s’ajouter de Sardes, dont on possède quelques fragments, souvent le docétisme. Des deux éléments qui compo­ mérite une mention spéciale. Chez les autres Pères, la sent h'sus-Chrisl l'élément humain n’esl qu’appaienl. christologie est for t pauvre. Aristide, 1.1, coL 1864, se On trouve là une conséquence de l’opposition entre contente de résumer l’histoire de Jésus-Christ d’après l’esprit cl la matière, du caractère essentiellement l’évangile, texte syriaque, n. 2 (édit, des Texts and Studies, L r, fasc. 1, Cambridge, 1893). Tatien parle en mauvais dc celle-ci. Puisqu’elle est mauvaise en soi el incapable dc salut, la matière ne saurait entrer passant du Dieu souffrant, Ado.gr/ecos,n. 13, el désigne comme paille Intégrante du Rédempteur ni concourir Jésus-Christ comme θεόν έν άνΟρώπου μορφπ, η. 21. à son œuvre. Le Christ céleste n’en prend que l’appa­ Ρ. G. t. νι, col. 833, 852. Notons enfin que nous fai­ rence, apparence même qu’il abandonne quand il sons Ici complètement abstraction de la doctrine du remonte nu lieu d’où 11 est venu. Souvent ce docétisme Verbe chez les apologistes ; elle sera étudiée à Vubb. est absolu comme dans Simon, t. vi, col. 1440-1442, 1° Saint Justin. — Sur la christologie de saint Saturnin, col. 1443-1444, les basilidiens dc saint Justin, voir cc mot, notons simplement ici la profes­ sion de fol de saint Justin. 1 Apol., xm. Elle marque Irénée, t. îi, col. 465-175 t vr, col. 1444-1447; d’autres fois. Il est partiel seulement et ne nie que l’origine ter­ bien la perfection de la croyance catholique, dès le restre du corps de Jésus. Cc corps n’a pas été pris de ne siècle. Après avoir rappelé que les dire tiens ne sont pas des athées, puisqu’ils rendent un culte au créateur la matière ordinaire, il descend du ciel et n’n fait que passer par Marie, διά Μ pi*ç; c’cst le système do du inonde, il ajoute que · celui qui nous a enseigné ces Γ vérités et qui est né à cet cflct, c’est Jésus-Christ, Marinus et d’Apellcs. » 'Fixeront, op. cil., p. 200-201. 3· Le marciontsnir. — Le système de Marclon n’offro lequel, sous Ponce-Pilate, gouverneur de la Judée rien des spéculations cl des rêveries des gnostiques: aux temps de César Tibère, a été crucifié. Les chrétiens aussi quels que soient scs points d’attache avec le le reconnaissent comme le Fils du vrai Dieu et lui adressent avec raison, à lui en second lieu, et à 1 Esprit gnosticisme, voir t. vi, col. 1453-1455, mérite-t-il de prophétie en troisième lieu, les honneurs du culte d’etre traité à part. 11 y a deux dieux, en relation avec divin. » P. G., t. vi, col. 345. La vérité de l'incarnation les deux Testaments. L’un, le Dieu de l’Ancicn Tes­ qui implique la divinité dc Jésus-Christ est prouvée par tament, est créateur du monde, rigoureux,connaissant les prophètes dc l’Ancicn Testament, xxx-xxxm, uniquement la justice et In force, de qui viennent col. 373, sq.; cf. un, col. 405. Le Fils dc Dieu, Jésustoutes les souffrances humaines; l’autre, le Dieu du Chrlst était le Verbe, avant l’incarnation; fl s’est Nouveau Te dament, superleur nu premier, bon, mfsériOTuieux, plein de b»u< < ur. Cf S. Irénée, Dont hier., l manifesté aux prophètes de l’Ancicn Testament sous la forme de feu ou d'images Incorporelles, mais 1. I, c xxvn. n. 2, P. G., t. vn, col. 688; Tertullien, Ado. Mareionem, I. I. c. vr, I. II, c. xx-xxv, P. L. | récemment · né d’une vierge, fait homme scion la volonté du Père, Il a bien voulu s’anéantir et soulfrir l. n, col. 253; 303-316; Adamantins, I. I, c. x-xx., pour le salut de ceux qui croient en lui, afin que, mort P. G., t. xi, col. 1717 sq Jésus révèle le Dieu bon et ressuscité, fi vainquit la mort même. » lxih, et miséricordieux, et, bien que le monde ne regardât col. 424. Cf. Il Apol., vi, col. 453; xm, coi. 465; pus ce Dieu, il a voulu néanmoins par pitié, le secou­ Dial, xlvhi; c, col. 580, 709. Il a voulu partager nos rir. Le Dieu suprême sc manifeste donc en Jésus et passions, afin de nou< en guérir // Apol., xm, coi 165. par Jésus. Jésus est spiritus satufarls. Terlulllcn, op. cd I le XIX p. A.,t.!i. col 2 Î7. Quel est le rapport 2® Saint Irénée. — Sur In ch l>lo!ogle de saint liénéc, voir t. vn, col. 2461 2169. C'est saint Irénée qui de Jésui et de Dieu ? Il est di lîcile de l’établir. SouPICT. DK THÉO!- CATHOfc. VIII. 40 1251 JÉSUS-CHRIST. LE DOGME AU III® SIÈCLE Insugure le mot d'incarnation, σάρκωσις, voir L vn, col. 1448, 2466, ct, sans en avoir le mot, la doctrine définitive de l’union hypostatique, Ibid., col. 451-452; 2466-2468. Relevons simplement Ici, comme pour saint Justin, la formule de foi que renferme le Contra Hsereses, 1. I, c. x, η. 1, ct qui traduit In croyance de l’Église « en un seul Dieu, le Père toutpuissant, qui a fait le ciel, la terre ct la mer ct tout ce qu'ils renferment, et en un seul Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui s'esl fait chair pour notre salut; et au SaintEsprit qui a prédit par les prophètes Γ économie (incar­ nation) du bien-aimé Jésus-Christ Notre-Seigneur et son double avènement. à savoir sa naissance de la Vierge, sa passion, sa résurrection d'entre les morts, son enlèvement corporel dans les deux et aussi son retour glorieux quand il redescendra du ciel dans la gloire de son père pour remettre toutes choses en l'étal cl ressus­ citer le genre humain tout entier... Alors il rendra sur tous un fuste jugement. » P. G., t. vn, col. 549. 3e Saint Méliton de Sardes mérite une mention spéciale à cause de sa profession de fol sur les deux natures en Jésus-Christ : Θεός γάρ ών ôllo j τε καί άνθρωπος τέλειος ό αύτός (Χριστός) τάς ούο θύτου ούσίας έπητώσατο ήμίν Fragm. vn, Ρ. G., t. ν, col. 1221. 4· Conclusion. — Ces formules qui sont si prés du symbole romain ct qui cependant, selon toute vrai­ semblance, n'en dépendent pas, mais relèvent unique­ ment des écrits du Nouveau Testament, démontrent péremptoirement la continuité de la fol en JésusChrist, Dieu et homme. Nous avons trouvé cette foi dans les synoptiques; elle est apparue dans les discours des Actes des apôtres ct dans les épltres canoniques. Les perfectionnements qu'y ont apporté saint Paul ct saint Jean n’en modifient pas la substance, et toute l’Église dn n· siècle ne fait que reprendre la fol des apôtres : il n'y a pas de solution de continuité. Il en sera de même au siècle suivant, dans la lutte contre les deux erreurs qui, opposées l'une à l'autre, nient ou la divinité du Sauveur ou ia réalité de son huma­ nité. Nous Indiquerons surtout le progrès des for­ mules et des symboles de fol. II. Lb dogme de Jésus-Christ au m· siècle. — /. LXS DOCTEURS RT LES TlltObOGIRN3. — 1® En Orient. — 1. Clément d'Alexandrie. Voir t.m, col. 161. Sur l'accusation de docétisme portée par Photius, voir t. îv, col. 1498-1499. — 2. Origène. Sur le résumé de sa christologie, voir L vu, col. 453-454. Sut l'accusation de docétisme, voir t. îv, col. 14991500. La doctrine d’Orlgène sur la préexistence de l’Ame et du corps de Jésus-Christ avant l’incarnation est répréhensible. L'âme du Christ, dit II. fut créée avec tous les esprits dès le principe et resta seule parfaite­ ment fidèle à Dieu ; elle s’unit moralement au Verbe par cette longue fidélité. De principiis, I. Il, c. vi, n. 5, 6; P. G., t. xi, col. 213. Le corps du Christ, conformé­ ment ù la théorie générale d'Orlgène, fut formé posté­ rieurement ù l’Ame, beau et parfait. Conira Celsum L I, n. 32, 33, p. G., t. xi, col. 720-725. Avant l’incar­ nation, le Verbe uni à l’Ame sc manifeste aux esprits de tous les ordres célestes, se faisant successivement semblable À eux. In Gen., homll., vm, 8, P. G„ t. xn, col 208; In Matth., torn, xv, n. 7, P. G., t. xm, col. 1272; In Joannem, tom. i, c. 34, P. G., t. xiv, col.81 ; In Rom., 1. I, 4, P. G., t. xiv, coi. 848; Contra Celsum, L Vlll.n. 59 P. G., L xi, col. 1605. Ct. Huet, Origen iana, L II, c. n, q. ui, n. 23. Pour nous sauver, nous hommes, le Logos s'unit enfin par l’intermédiaire de cette Ame. au corps beau et parfait que l’Ame, par sa fidélité, avait mérité. De principiis,\. II, c. vi, n. 3, P. GM L xi, col. 211; Contra Celsum, 1. VI, p. 75-77 ; cf I. 1, n. 32-33, P. G., t. xi, col. 110^ sq- 720 sq. Ali)*l, nécessairement logique avec lul-mème, Origène 1252 n’est ni docète, ni apollimu Iste. Voir la condamnation de ces doctrines pnr le synode de Constantinople de 513, dans Fr. Dleknmp, Die origenislischen Streitigkeiten, Munster, 1899; Dcnzlnger-Bannwarl, n. 204206. Cf. D’A lès, Origénisme, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, t. ru, col. 1236-1243. 3. Sur le dogme de Jésus-Christ dans l’Église d'O· rient après Origène, soit Λ Alexandrie, soit Λ Antioche, voir Hvpostatîqub (Union), t. vu, col.454-155. Voici comment M. Tlxeront condense la foi de l’Oricnt en Interrogeant les rares documents qui nous viennent de saint Méthode d'OIympe, de saint Pierre d’A­ lexandrie, de l’auteur du dialogue De recta in Dcum ^//•(Adamantins), de saint Denys d'Alexandrie et de la Diduscalie·. «Le Verbe s'est fait homme (ένα νθρωπήσχς), S. Méthode, Convivium, Orat , I, v; III, iv; X, π, P. G., t. xvin, col. 45, 68, 193; S. Pierre d'Alexan­ drie, Fragm., P. G., t. xvm, col. 521. Il a pris de la vierge Marie une chair terrestre, la chair d'Adam, une chair semblable A la nôtre, puisqu'il devait sauver In nôtre ct parce qu'il convenait que le démon fût vaincu par le même homme qu'il avait séduit. S. Mé­ thode, Convivium, III, c. vï, P. G., t. xvm, col. 69;De resurrectione II, vm, 7, édition Bonwctsch, du Corpus de Berlin, p. 344; Adamantins,!. IV,c. xv; V,m,ix.édi­ tion \V. il. van de Sonde Bakhuyz.cn, du même Corpus, p. 172, 178, 190. Par cette incarnation, le Verbe ne s’est pas transformé en la chair, il ne s’est pas dépouillé de sa divinité S. Pierre, Fragm., P. G., t. xvm, col. 509; Adamantins, 1. IV, c. xvi, édit, cit., p. 174. 11 s’est seulement uni intimement A une humanité, συνενώσχς xr-l συγκεράποες, Convivium, Orat. II', c. v, P. G., t. xvm, coi. 68, d'une union qui laisse subsister les deux natures. Θεός ήν φύσει καί γέγονεν άνθ ωπος φύσει. S. Pierre, Ρ. G., t. xvin, col. 512, 521; όντως θεόν χατά πνεύμα καί βντως άνθρωπον κατά σάρκα όμολο-^ήσχντες Χριστόν Adamantins, 1. V, c. xi, édit. cit. ρ. 191; cf. S. Méthode, Convivium, Orat. Ill, c. iv, P. G., t. xvm, col. 65. El ces deux natures ont cha­ cune leurs opérations et leurs volontés. Adamantins,, 1. V, c. vm, édit, citée, p. 190.. Mais du reste l’unité ct l'identité de personne avant et après l’incarnation sont nettement affirmées cl le concile d’Éphèse a pu Invoquer ici le témoignage de Pierre d'Alexandrie. C’est le Verbe qui est né dans le sein de Marie, γενόμενονέ.* μήτρα et qui s'y est fait chair par la volonté ct la puissance de Dieu. S. Pierre, Fragm., P. G., t. xvm, col. 512. « Celui qui est descendu est vraiment celui qui est remonté », αληθώς γάρ ό καταβάς αύτύς έστι ζαΐό άν βάς. Adamantlus, I. V, c. vn, édit, cité, p. 188, Son corps est demeuré réel après la résurrection aussi bien que dans la transfiguration. Méthode, De resurrectione. III, vu, 12; xn, 3 sq., édit. cil. p. 400, 408. En prenant ainsi notre nature, en devenant Homme-Dieu, le Verbe Incarné, remarque Méthod récapitulait en lui toute l'humanité. Il est le second Adam, en qui celte humanité a été pétrie Λ nouveau et, pnr son union avec le Verbe, restaurée déjà ct renou­ velée. Convivium, Oral., Ill, c. m, îv, v, vm, P. G., t. xvm. col. 61, 65, 68,73. Tlxeront, op. cit., p. 493-494. 2° En Occident. — 1. Terlullicn. — Sur sa chiistologle. voir Teiquluen, ct d’Alès, La théologie de Terlullicn, Paris, 1905, c. îv. Deux aspects particuliers sont à noter Ici touchant la physionomie du Christ. Le Christ, dans Terlullicn, apparaît bien comme le Christ des Ecritures, né de notre race, vrai Fils de Dieu et vrai Fils de l’homme. 11 est « le consommateur de l'Ancien Testament et l'initiateur du Nouveau. Loin de venir en cc monde comme un étranger, Il y vient comme dans son domaine, pour recueillir l'héritage que son Père lui destine, pour révéler le mystère du plan divin, pour émanciper le genre humain, esclave du péché, pour ouvrir le trésor des dons de l’Esprit, pour ,253 JÉSUS-CHRIST. LE DOGME AU IIP SIÈCLE nous Initier A une grande espérance, par sa résurrec­ tion, type et gage de la nôtre. Il a reçu, dès l'origine du monde, cc plein pouvoir qu’il vient revendiquer en ton temps; Il a préludé, par les théophanies de Γ An­ cien Testament A l’incarnation, point de départ de l’èrc nouvelle. Loin d’avoir le caractère d’une révolution violente, sa mission est le but vers lequel le Dieu créa­ teur acheminait le monde; elle met le sceau A ce grand dessein qui sc déroulait à travers les siècles. Elle mar­ que la transition d’une loi provisoire et imparfaite À une loi meilleure, d'observances mortes A un culte unifié par l’Esprit. On reconnaît, dans la prédication du Christ, l’accent des prophetes. 0 Christum el in noois veterem! s’écrie Tcrtullien, Ado. .Marcioncm, I IV, c. xxi, P. t. n, col. 410, en le voyant rééditer les miracles de l’Ancien Testament A part le privi­ lège de In conception virginale, il ne s'élève pas, scion la nature, au-dessus de l’humanité; Il est homme dans toute la force du terme, et homme d’un extérieur commun. Selon la grâce, non seulement 11 échappe, en tant que Dieu, à toute comparaison, mais il se distingue, en tant qu’homme, de tous les fils d'Adam par l'immunité de la déchéance commune. Cette chair qui, dans tous les hommes, est chair de péché, en la prenant, il l’a rendue exempte de péché, id., 1. V, c. xiv, col. 506; cl par elle, il a délivré tous ceux que le péché Infectait dès l'origine. Le Christ est l’Emma­ nuel. I illumlnatcur des nations, le conquérant des Ames, le prêtre catholique, catholicum Patris sacer· dotrm, id., 1 IV, c. ix, col. 376, le pontife authentique de Dieu le Père, authenticus pontifex Dei Patris, id., I. IV, c. xxxv, col. 447, le médiateur entre l’humanité et Dieu, sequester Dei atque hominum. De resurrectione carnis, c. u, col. 869, le « nouvel Adam ·, id., c. un, col. 873; le principe en qui Dieu récapitule toutes choses, l’Époux de l’Église. » D’Alès, op. cil., p. 199. Il faut noter, en second Heu, le réalisme voulu par Tcrtullien pour marquer, contre les docèles de toute espèce, cl notamment Mardon, Apelles et Valentin, la réalité de la chair, de l’humanité de Jésus-Christ. A ces erreurs, niant la naissance vraie du Rédempteur ex .Maria, Terlullicn oppose des arguments précis ct fait valoir les moindres paroles de l’Écriture. Sur l’examen des textes scripturaires relatifs au Christ ct exposés contre Mardon par Tert illien cl notamment sur la valeur des premiers chapitics de Luc rejetés par Marclon, voir d’Alès, op. cit., p. 164-185. Pour nous prouver la réalité du corps de Jésus, Tcrtullien accu­ mule des détails d'un grossier réalisme, De carne Christi, c. xi, P. L., t. n, col. 774, ct nie la virginité de Marie. Et, si virgo concepit, (n partu suo nupsit, id., c. xxm, col. 790. Il est utile de rappeler que Tcr­ tullien, le premier, a nettement formulé le dogme de Vunion hypostatique. Adversus Praxean, c. xxvu, P. L., t. n, col. 190. Voir IIypostatiquk (Union), col. 455. La règle de foi formulée par Terlullicn louchant le Christ doit être signalé parce qu’elle sert A fixer Ic^ termes du symbole romain au ni· siècle La voici; elle consiste A croire « qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qui n’est autre que le créateur du monde; que c’est lui qui a tiré l’univers du néant parson Verbe émis avant toutes choses; que cc Verbe fut appelé son Fils, qu’au nom de Dieu 11 apparut sous diverses figures aux patriarches, qu’il se fit entendre de tous temps dans les prophètes, enfin qu’il descendit par l'Esprit et la puissance de Dieu le Père dans la Vierge Marie, qu II devint chair dans son sein el que né d’elle II revêtit la personne de Jésus-Christ; qu’il prédit ensuite une fol nouvelle et la nouvelle promesse du royaume des deux, mi ll fit de» miracles; qu’il fut cruciflë, qu'il rcssusdl.·· le troisième Jour, qu'cnlcvë nu ciel il s assit â I » tc «le son Γί-re; qu'il envoya Λ sa pi ·<·.■ I, force du Saint-Esprit pour conduire les croyants; | 1254 qu’il viendra dan» une gloire pour prendre les saints et leur donner la jouissance de la vie étemelle et des promesses célestes, et pour condamner les profanes au feu éternel, après la résurrection des uns el des autres, et le rétablissement de la chair. » De praescrip­ tione, c. xm, P. L., t. n, col. 26. Hahn, op. cit, * 7. 2. Saint Hippolyte. — La doctrine christologigue de saint Hippolyte représente la foi commune de l’Eglise. On trouve dans le Contra Noetum, n. 17, P. G., t. x, col. 825, une profession de fol analogue à celle de Tcrtullien : < Croyons donc, frères blen-almés, selon la tradition des apôtres, que Dieu le Verbe est des­ cendu des deux dans la sainte vierge Marie, afin qu'incarné d'elle, έξ αύτής, en prenant une âme humaine douée de raison et faisant sien tout ce qu est de l’homme, sauf le péché. Il sauvât celui qui était tombé et communiquât l’immortalité à ceux qui croiraient en lui... Il s’est manifesté A nous, nouvel homme, fait de la Vierge et de l'Esprit Saint (unissant) en lui le* deux réalités, celle qu'il lient du Père, dam le ciel, comme Verbe, et celle qu’il recueille sur terre, du vieil Adam, en s'incarnant par la Vierge. » Les deux natures restent distinctes en Jésus : « Étant venu dans le monde, il apparut Dieu et homme. L'homme est reconnaissable à bien des signes : ia faim, l'abatte­ ment, la soif provoquée par la fatigue, la fuite causée par la crainte, l’aflllctlon dans la prière, le sommeil qu'il prend sur son oreiller, le calice de douleur qu’il repousse, la sueur qu’il répand dans son agonie, le réconfort qu'il reçoit d’un ange, la trahison de Judas, les affronts de Calphc, le mépris d’Hérode, la flagel­ lation ordonnée par Pilate, la dérision des soldats, la crucifixion par les Juifs, le cri qu’il pousse vers son Pcrc en rendant l’âme, le dernier soupir qu il rend en inclinant la tele, la blessure faite à son côté par la lance, son ensevelissement et sa mise au tombeau, sa résurrection après trois jours par la puissance de son Père. Mais la divinité A son tour se manifeste par d'autres signes : l'adoration des anges, la visite des bergers, l'attente de Siméon, le témoignage d'Anne, la recherche des mages, l'indication de l’étoile, le changement d’eau en vin dans une noce, l’ordre donné A lu mer agitée par les vents, la marche sur la mer, la vue rendue A l’avcugle-né, la résurrection de Lazare après quatre Jours, des miracles variés, la rémission des péchés, le pouvoir donné A ses disciples. » Fragm. in Ps. II, 7, dans Théodore t» Eranistcs, Dial. ïi,P.G., t. i.xxxm, col. 173. Trad. d’Alès, Im théologie de saint Hippolyte, Paris, 1906, p. 28-29. Voir aussi un beau fragment sur le Cantique de Moïse, Deut., xxxiu, 26, recueilli par Théodore!, loc. cit., dans d’Alès, op. cil. p. 181. Un peut résumer ainsi selon d’Alès, op. cit., p. 180, lu doctrine d’IIippolytc sur Jésus-Christ. • Après avoir préludé A l'incarnation par les théo­ phanies de l’Ancien Testament, In Dantelem, in, 14; îv, 11, 36. 39, 57, édit. Bonwctsch, Corpus de Berlin, t. in, p. 150,210,280-282,286, 330,théophanies plus ou mo ns effectives où tantôt il se dissimulait derrière lc> prophètes, tantôt il se montrait en per­ sonne, comme dans la vision de Daniel, Il a mis le sceau A la prophétie par son avènement selon la chair. Id.,w, 39, p. 288. Devenu le premier-né de la Vierge, comme il était le premier-né du Père, 11 restaure en lulineine le type du premier Adam, Ibid., îv, 11, p. 211, πρωτύτοκ v ! * παρθένου, tvx τό' πρωτόπλαστόν Ά5χμ h τφ άν λάσσων 5<ιχ0η; arche Incorruptible de la nouvelle Hl mec, id., ιν, 24, p. 246, il rétablit entre Dieu cl l'homme l’union que le p ché a rompue. id., n, 28, p. 9 I ; Ado. Gracos, c. u, P. G., t. x, cok 800. Cor l’homme, créé Immortel, était par sa désobéissance livré A la mort : jioiir hil ren Ire la vie, Il ne fall u. .leu m· Ins qu'un tel éd alcur. tn Balaam (Num., x.mv, 1 /), ibid tt. i b p. 82. En associant, dans sa personne, 1255 JÉSUS-CHRIST. LE DOGME AU IIIe SIÈCLE à la divinité Incorruptible ct Immortelle, la chair de l'homme, le Christ a guéri les blessures de l’huma­ nité, De antlchrislo, n. 4, ibid, p. 6; en mourant sur la croix, il a rendu la vie à ceux qui l’avaient perdue; sa mort est le prix dont II paya la rançon de l’homme, id., n. 26, ibid., p. 19; In Daniclem, n, 36; iv, 57; U 1 a p. 112, 332, etc. » 3. Saint Cyprien. — Saint Cyprlen n'a pas traité er professo le dogme de Jésus-Christ ; mais cc dogme est supposé dans nombre de scs écrits. En orientant le chrétien vers la connaissance du Christ, Cyprlen rappelle cc que fut la carrière du Chris·, Testimonia ad Quirinum, 1. II : le Christ est la Sagesse de Dieu, c. i, n, par qui tout a été fait; le Verbe de Dieu, c. m; rilluminatcur et le Sauveur du genre humain, c. v; le Médiateur, c. x; le Juge à venir, c. xxvm, le Roi, xxix, xxx, P. L., t. rv, col. 696, 697, 698, 699-700; 704-705; 719; 720-72 i ; Il demeure Γ Intercesseur (advo­ catus) des pécheurs auprès du Père Epist., lv, n. 18, édit, Hartcl, t. m, p. 637. Cf. d’Alès, La théologie de S, Cyprien, Paris, 1922, p. 2-3. 4. Novatien. — Dans le De Trinitate de Novatlcn, on relève des éléments du symbole romain. Hahn, op. cit., J 11 : « La règle de la vérité exige qu'avant tout nous croyions en Dieu le Père el Seigneur toutpuissant; la même règle de la vérité nous enseigne, après la foi au Père, à croire aussi au Fils de Dieu, Jésus-Christ, Noire-Seigneur et Dieu... Mais l’ordre de la raison et Vautorité de la fol... nous avertit ensuite, après cela, de croire au Saint-Esprit. > c. ix, P. L., t. m, col. 900. D’ailleurs la doctrine de Novation sur le dogme de Jésus-Christ est très ferme; elle s’appuie sur renseignement de l’Église romaine : « La sainte Écriture annonce que Dieu est le Christ, tout aussi bien qu'elle annonce que cet hnmme lui-méme est Dieu; elle décrit Jésus-Christ homme, tout autant qu'elle décrit le Seigneur Christ Dieu. · Id., c. xi, col. 904. Novatlcn appuie beaucoup sur la dualité des natures: pour exprimer l’incarnation, il se sert des expressions : assumpsit carnem, suscepit hominem, substantiam hominis Induit, etc.; c. xin, xxi, xxn, xxm, coi. 907908; 927-928; 930; 932. Il précise les formules qui attribuent la mort ct les souffrances de Jésus à Dieu, c. xxv, col. 934-936 Combattant les modallstes, Il remarque que l'homme en Jésus n'est pas Fils de Dieu, naturaliter, principaliter, mais consequenter, c'està-dire conséquemment à son union avec le Verbe. Cctti filial ton generata, mutuata, c. xxiv, col. 934, n’csl pas la filiation adoptive, mais la filiation natu­ relle, icquisc conséquemment à l’union. Ci. 'Fixeront, op. cit., t. i, p. 411-414. 5. Ne voulant Ici cataloguer que les témoins auto­ risés de la fol cathûllqi c, nous passerons sous silence Commodirn, Arnobc cl Lnctauce, voir t. vî, col. 456; t. m, col. 117; t i, col. 1986. Signalons simplement la brève profession de fol de saint Dmys pape : · 11 faut croire en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus-Christ son Fits, cl au Saint-Esprit ». Dcnzlnger-Bannwart, n. 51, el la déclaration dogmatique attribuée à saint Félix et reçue plus tard, au concile d’Éphèse, comme l’expres ion de la foi catholique. Voir t. v, col. 2129. n i.i > UÎILÊBIK9. — 1e En Occident. — 1. L'adop­ tianisme romain, relié à l'adoptianisme d'Antioche par le nom d’Arlémon, voir t. i, col. 2022-2023, enseigne à ta suite de éblonltes que Jésus, fils de la vierge Marie, n’est qu’un homme, élevé par l’adoption divine à la dignité de Fils de Dieu. A son baptême dans le Jourdain, le Christ, c’est-à-dire l’Esprlt Saint, ' escxbdtl sur lui en forme de colombe cl lui communiqua les pu sance» (8 ν-ίμχις) dont 11 avait témoin pour remplir sa million C' st seulement après •voir ainsi r çu ΙΈψΊΙ qu’il put a compllr d s miracle·. Voir HνκΛτχτινϋK (L’nton t. vn, col 464 1256 465. Cette doctrine, soutenue par Théodote le corroyeur, fut reprise par le second Théodote, le banquier. Cf. Tlxcront, op. cit., t. r, p. 349-352. 2. Le monarchianisme pûtripassien dont les prin­ cipaux défenseurs furent Praxéas, Noct, Épigone, Cléomênc ct enfin Sabellius, est à proprement parler une hérésie trlnltalre. Il maintient l’unité, h « monarchie » divine en niant la distinction des per­ sonnes. C'est, en réalité, le Père qui est descendu dans le sein de la Vierge, qui est né, cl, en naissant, est devenu Fils, son propre Fils à sol, procédant de lui· même Cf. I Ilppolylc, Philosophumcna, I. x, n. 10 27, P. G., t. xvï, col.3420,3440; Tertulhcii, Ado. Praxean, c. x, xi, cf. i, u, P. L., t. n, col. 165, 166, 154-157. C’est donc le Père qui a souffert ct qui est mort (de là le nom de pairipasstanisme) : ipsum dicit patrem... passum, id., ibid., c. i, cf. c. xm, col. 156, 169. Mis on face des textes qui établissent la distinction de· personnes, les modallstes essaient de les expliquer en disant qu’en Jésus-Christ, le Fils, c'est la chair, l’homme, Jesus, tandis que le Père est l'élément divin uni à la chair, c'est-à-dire le Christ, ut «que in una persona utrumque distinguant patrem et filium, dicentes filium carnem esse id est hominem, id est Jcsum, patrem autem spiritum, id est deum, id est Christum, id., ibid., n. 27, coi. 190. Le patrlpassianlsme est la forme primitive du sabel­ lianisme; voir ces deux mots. 2° En Orient. — 1. L'adoptianisme de Paul de Samosate à Antioche. — Voir Hypostatiqub (Union), t. vn, col. 465, 466. — 2. Le nestorianisme (avant la lettre) d'Hégémonlus, dans les Acta disputationis sancit Archelai cum Manele. Sur les fonnules un peu s irpre· nantes qu’on trouve dans ce texte et qui i< nt penser à une première ébauche de h chr lologb* nntlochlcnne, l'essentiel a été dit t. vî, col. 2113-2115 Au c. lx, Mani reproche à /\rchélaOs de faire de Jésus le Fils de Dieu par adoption et non par nature. A quoi Archelaus répond en distinguant le ills de Marie du Christ de Dieu qui est descendu sur lui : « Il y a celui qui est né fils de Marie... Jésus. Mais c'est le Christ (te Dieu qui est descendu sur celui qui est de Marie... Ressuscité des enfers, Jésus fut enlevé là où le Christ, fils de Dieu, régnait. » édit, du Corpus de lîcrl n, p. 87. m. coNOLuaiON docthinalk. — Λ la fin du ni· siècle « des questions relatives Λ l’incarnation, deux seulement ont été expressément traitées et résolues : celle de la divinité de Jésus-Christ contre les adoptlanistes, ct celle de la réalité de son humanité contre les docèles. » Tlxcront, op. cit., p. 512. Les problèmes soulevés par la question de l’union hyposlatIque ne seront mis en plein jour que plus tard, el c’csl alors seulement qu’ils recevront de l’apollinarlsme, du monnphyslme et du nestorianisme des solutions In­ complètes ou hét Todoxcs. Mais 11 n’est pus nécessaire que ces hérésies sc manifestent pour que la foi de l'église en un seul Jésus-Christ, à la fols Dieu et homme soit Impliritcment professée par tous. Les expressions et les formules consacrées par les conciles postérieurs ne sont pas encore en usage, mais, nous avons déjà pu le constater, voir IIypostatique (Union), t. vn, col 153-456, la doctrine de l’unité personnelle et delà dualité des natures de Jésus-Christ est reconnnue ct acceptée dans sa substance. Déjà, en effet, avec l’Église romaine, les fidèles récitent le symbole de la fol chré­ tienne : « Credo in Deum, palrcm omnlpob ntem; ef in Jesum Christum filium e/ui unicum Dominum nostrum, qui natus est de Spiritu sancto ex Maria otrgine, crucifixus sub Pontio Pilato et sepultus, tertia die resurrexit a mnrtuis, ascendit in certos, sedet ad dexteram Patris, inde venturus est /udteare, vivos el mortuos .-et in Spiritum sanctum, sanctam Ecclesiam rmlss η*·η peccatorum, carnis resurrect lunem. Voir t. i, cnl 1631. 1257 » JÉSUS-CH BIST. LE DOGME A U IV« SIECLE 1258 Nvsse déduit d'admirables considérations sur la III. Le doomr DB L*HoMME-D1EU AU ÏV* SlfcCLB. nécessité cl les convenances de l'incarnation, sol’ par /. irjr ohikht. LA CHJH STOLOO!K OKTHOXP. HH rapport a l'homme, sell par rapport à bleu. Oraliq PACK DXB HBnÈSfKS AHtl XXΛ ΛΤ APOLLt X MHKl H. — catechflica, c. vin, n. 19-xn, n. 3; xv-xx, passim ; 1· Les erreurs chridolngiques de l'arianisme. Voir xx-xxv, passim, P. G., t. lxv, col. 33-34; 48-57 Hvposiatique (f nton), * ■ vu, col. 4G8-469, et sq. Cette raison générale vaut pour une partie de 2· L*apollinar lune. — Sur le développement histo­ l'humanité comme elle vaut pour toute J humanité; rique de l’apolllmulsme, voir Apoixinaiiib le Jeune donc notre humanité étant faite d'ànie raisonnable et i.es Apolijnaiustes, t· i» col. 1505-1507. Sur la et de corps, l’humanité de Jésus-Christ devait com­ doctrine rt'Apolllmiirc et de ses dk< iplcs, id., col. 1506 porter non seulement l’âme, principe de la vie physi­ et Hvpostaiique (Union), col. 469-471 3e La doctrine des Pères grecs sur Jésus-Christ au que, mais l'esprit, principe de la vie intellectuelle. IV· siècle. — 1. Le dogme de ΓHomme-Dieu. — Nous Cela seul est guéri qui est pris par le verbe : τό γοφ la Isscroll'» de côté ce qui a trait à l’union des deux άπρόσ ηπτον άΟεράπτ/τον. Cela seul est sauvé qui est uni û Dieu :6 δέ ήνωται τω Οεφ το'το κχΐ σώζετχι. natures en Jésus-Christ, cet aspect du dogme ayant été exposé à Hvpostatiquk ( Union), t. vu, col. 456S. Grégoire de Nazianze, Epist., a, P. G., t. xxxvn, 461, et, sans nous attarder à étudier la doctrine col. 181. Jésus ne devait pas donner en rançon de chaque l’ère relativement à Jésus-Christ (voir les έτερον άνΟ έτέρου mais bien ·corps pour corps, ârue articles particuliers à chacun d'entre eux), nous nous pour âme, et complète subsistence pour tout l'homme. · contenterons d’une vue d’ensemble sur la croyance Contra Apollinar., 1. I, n. 17, P. G., t. xxyï, col. 1124. de l'église orientale, affirmée à l’occasion des hérésies A cette preuve fondamentale, s'ajnulent d’autres d'Arius ct d’Apollinaire, et des erreurs qu’à tort ou preuves tirées de l’évangile, Matth., xxvi, 41; à raison l’on attribuait Λ ce dernier : origine céleste Luc., xxn, 42; Joa., xi, 33; xu, 27, que font valoir de la chair de Jésus, théopaschlsme ct subordinatiaprincipalement saint Grégoire de Nysse, Ardlrrhdicus, nisme. Cf. Tlxcront, Histoire des dogmes, l. n, Paris, n. 32, P. G., t. xlv, col. 1192 et l’auteur du Contra 1921, p. 101-102. Les Pères affirment donc les points Apollinarium, 1. I, n. 15, 16, P. G., t. xxvi, col. 1120, sui\ tints : a) Le Verbe divin, pour nous sauver, est 1121 Saint Grégoire de Nysse fait aussi appel a descendu du ciel ct s’est fait semblable ù nous : aussi l'existence de la satisfaction el des mérites de Jésusest-il nppcld Vhomme céleste, I Cor., xv, 47, et encore Christ ; sans liberté, pas de satisfaction ni de mérite; le prender-né de toute créature, Col. i, 15, cl entre scs sans âme raisonnable, pas de liberté. Anlirrheticus, frères. Horn., vm, 25. S. Athanase, Oratio de incar­ n. 41, P. G., t. xlv, col. 1217. D ailleurs la formule natione, n. 8, P. G., I. xxv, col. 109; Adversus arianos, métaphysique de l’incarnation du Verbe mcdlard oral, i, n. 44;orat.n n. 52, 62, P. G.,t. xxvi, col. 101, anima, remonte aux controverses antiapolllnaristes 256, 277; De incarnatione Dei Verbi el contra arianos, Dieu ne peut être l’âme de la chair : la chair ne’lui n. 8, P. G., t. xxvi, col. 996; Didyme l'Avcuglc, De peut devenir substantiellement unie que par le moyen Trinitate, 1. Ill, c. vin; In Joannem, P. G., t. xxxix, el l’intermédiaire de l’âme Intellectuelle. Voir Hypos­ col. 849, 1796.— b) En prenant notre humanité, le tatiqub ( Union), col. 520. C'est la doctrine formelle Verbe de Dieu n’a rien perdu de ses attributs ct de de saint Grégoire de Nazianze, Epist,, a, P. G. leur exercice : < Nous adorons le Verbe de Dieu, fait t. xxxvn, col. 188; de saint Grégoire de Nysse, A dr9 chair, Seigneur de toutes les choses créées... La chair Apollinar., il 41, L xlv, col. 1217. L’existence de l’âme n'a pas apporté d’ignominie au Verbe, Λ Dieu ne plaise! Intellectuelle est explicitement enseignée par EusUthe elle a été plutôt glorifiée par lui. Le Fils existant d’Antioche, fragm., P, G,, t. xvm, col. 685, 689, 694; dans la forme de Dieu en prenant la forme de serviteur par Didyme ΓAveugle, De Trinitate, I. Ill, c. tv, xxi; n’a pa« été diminué dans sa divinité. · S. Athana v Ad In psalm., P. G., t. xxxix, col. 829, 900-904. 1297, Adelphium n. 3, 4, t. xxvi, col. 1073. La chair n’a 1353-1356, 1444, 1465; par saint Épiphane, Aneoratus, n. 33-35, 76-80. P. G., I. xun, col. 77-79; 179-181; et, limité ni son omniprésence, ni sa toute-puissance, Oral, de Incarnatione, n. 17, col. 125; Adv. arianos, avant le concile d’Alexandrie de 362, tout au moins Implicitement par saint Athanasc, qui admet en orat. i, n. 42; col. 236. S. Amphlloq e, fragin. XII, P. G., t. xxxix, col. 109; Didyme, De Trinitate, 1. Ill, Jésus-Christ la réalité de toutes les émotions, de tous c. xxi, (bid. col. 908-909, 912 Les termes άτρέ .-τως, les sentiments de crainte, de tristesse marqués dans άσυγχύτως employés par les Cappadociens pour mar­ l’évangile, la réalité de sa croissance en grâce et en sagesse, la réalité de son Ignorance en tant qu'h mine quer la permanence des propriétés divines témoignent chez eux de la même fol. Cf. 11ypostatiquk (Union). vis-à-vis du jour du jugement, la réalité de sa s: noti­ t. vu, col. 458. D’ailleurs toute la controverse antification par l’Esprlt Saint et qui, d’mire part, arienne, en faveur de la divinité du Verbe, atteste la repousse absolument le système des ariens qui pré­ fol de l’Église en la divinité de Jésus-Christ. — sentaient le Verbe comme le sujet de ces passions, c) L'humanité de Jésus-Christ — ct ceci, au point de de cette croissance, de ccttc ignorance, de cette sancti­ vue chrlstologique, est le point capital contre i’arlafication. Ado. Arianos, Ora , ni, n. 38-40, 13, 51-58, P. G., l. xxvi,col. 405-508, 113.429-115; Ad Epictetum. nlsine ct l'apollinarlsme — était non seulement réelle, n. 7; id., col. 1061. Cf. Tlxcront, op. cit., p. 116, mais consubstantielle Λ la nôtre ct engendrée de la note. Voir lu discussion de la pensée d'/\thanase, vierge Marie, ΑΛ Maria. S. Athanasc, Ad Epictetum, n. 5, 7, P. G., t. xxvi, col. 10; S. Cyrille de Jérusalem, 1.1, col. 2170. Au iv· siècle, en Orient, le dogme de Jésus-Chrht, Catech.,X1 i,m,xm, xv,xxm, xxiv, xxxi,xxxm, P. G., homme-Dieu s’aihrinc donc aussi nettement qu’il t. xxxm, col. 721, 748, 741, 756, 764, 768; S- Jean s’étalt albrmé dans l'évangile ct dans la prédication Chrysostome, In Joannem, homll. xi, n 2; i.xm, apostolique. Jésus-Christ, Dieu, est en même temps n. 1,2, P. G., t. ux, col. 79, 349-350; S. Amphlloque, homme parfait, άνθρωπος τέλειος. frngm. X, P. G., t. xxxix, col. 105.Saint Basile expose 2. Conséquences du dogme de Γ Homme-Dieu. — la raison de cette consubstantialité par un argument a) Parce qu’il est homme parfait, Jésus est sujet, tauf sotérlologique : « Nous qui étions morts en Adam nous le péché, Λ toutes nos infirmités, à toutes nos faiblesses n’aurions pas été vivifiés dans le Christ, et ce qui était Λ tous nos besoins. Il a pris τό όμοιοπαΟές. Saint brhé n’aurait pas été restauré, et ce que le mensonge Cyrille de Jérusalem, Culech., XII, c. xîv, P. G., du serpent avait éloigné de Dieu ne hd aurait pas été I. xxxm, col. 741. Il a gardé, suivant l’expression réuni · Fpid , cci.xî, n. 2, P. G., t. xxxn, col. 969 De la même pensée sotérlologlquc, saint Grégoire de de Didyme, toutes les suites de Cincarnation, πάσαν τής 1259 JÉSUS-CHRIST. LE DOG.ME AU IV» SIÈCLE ένανβρωπήσεως Ακολουθίαν φυλάττων, De Trinitate, L III, c, xxï, P G., t. xxxix, col. 901. Saint Athanase a h même doctrine, Oratlo de incarnatione, n. 8; Ado. Arianos, oral in, n. 69, rn, n. 34, 56, P, G., t. xxv, col. 109, xxvi, col. 293; 396; 440; ainsi que saint Basile, Epist,, cclxi, n. 3, P, G., t. xxxn, col. 972; saint Grégoire de Nazlanze, Orat., xxx, n. 3, P. G., L xxxvi, col. 105; saint Éplphane, Ancoratus, n. 38, P. G., t. xun, col. 85, et saint Jean Chrysoslome, Jn Joannem, homil., xi, n. 2; LXin, n. 1, 2; Lxvii,n. 1,2, P. G„ t. ux, col. 79, 350, 370-372. b) Partageant nos faiblesses, Jésus-Christ partaget-il notre Ignorance ? Les anciens l'avalent admis s'appuyant sur Marc., xm, 32, Matth., xxiv, 36; Luc., n, 52 et les divers passages où Jésus-Christ questionne, s'étonne ou paraît surpris. Les Pères sont en désaccord sur la réponse à donner ù cctte question. Saint Athanasc rejette l’ignorance du Christ, très réelle d'ailleurs, sur la nature humaine. Ado. artanos, orat., in, n. 43, P. G., t. xxvt, col. 413-416: ούδέ γάρ ού3έ τούτοέ/άττωμτ του Λόγου έστ·ν, άλλα της ανθρώ­ πινης φύσιως, ής έστχν ίδιον καί τδ άγνοβϊν. Cf. Epist. ad Serapionem, n, n. 9, P. G., t. xxvi, coi. 624 De même l'accroissement en sagesse, dont parle saint Luc, doit s'entendre non pas de la sagesse divine, mais de la sagesse humaine du Sauveur. A du arianos orat. in, n. 52, col. 452. L'explication d’Athanase est adoptée par saint Grégoire dcNysse. Aduersus Apollinarem antirrhettcus,n.24, P. G., t. xlv, col. 1176. Saint Grégoire de Nazlanzc y incline, Orat.,xxx, n. 15, P. G.,t. xxxvi, col. 124;ainsi que saint Cyrille d'Alexandrie, Quodunus sit Christus, P. G., t. lxxv, col. 1331 ; Contra Theodoreium, anath., ïv, P. G., t. lxxvi, col. 416. Cependant, même chez les Pères qu'on vient de citer, une autre explication se fait Jour : il ne s'agirait que d'une Ignorance économique, Jésus-Christ déclarant ignorer ce qu’il ne Jugeait pas opportun de nous révéler ou ne manifestant que progressivement et suivant les circonstances, les lumières qui étaient en lui. Cf. S. Athanase, Adv. arianos, orat. m, n. 52-53, col. 432-433; S. Grégoire de Nazlanzc, Orat., xun, n. 38, P. G., t. xxxvi, col. 548; S. Cyrille d’Alexandrie, Aduersus Nestorium, I. III, c. ïv, P. G., t. lxxvi, col. 153; Thesaurus, assert, xxvm, P. G., t. lxxv, col. 428. La pensée des Pères grecs sera étudiée d'une façon plus approfondie à Science du Ch hist. Deux remarques sont Ici cependant indispensables. Premiè­ rement, si quelques Pères ont attribué une Ignorance réelle à Jésus-Christ homme, sans ajouter de précision à leur affirmation, · cc fut plutôt par mode de conci­ liation et de concession que ccs Pères énoncèrent cet •vis; Ils voulurent presser les ariens par une argumen­ tation très vive, beaucoup plus qu’ils n'eurent l'in­ tention d'exposer des vues personnelles. Il leur suffisait, pour le moment, de montrer que les paroles du Sauveur, de quelque manière qu'on les interprétât, n’allaient pas contre sa divinité, ni contre sa génération éternelle. · Petau, De incarnatione, 1. XI, c. n, n. 8. Deuxièmement, Il n'y a pas de contradiction réelle entre les deux exégèses des textes dillicultucux : « Une explication très simple vient tout concilier. Sans doute le Christ n Ignoré bien des choses, comme homme, c'est-à-dire par scs lumières purement hu­ maines et naturelles. Et pourtant, ccs choses il les savait, comme homme, mais par des lumières surna­ turelles, auxquelles participait son humanité, ù cause de l’union hypostatlque Selon que l’ûge ct les circons­ tances le demandaient, Il apprenait de science natu­ relle ce qu’il savait de science surnaturelle Ainsi il apprenait ce qu'il avait Ignoré; Il progressait en science mais d’un progrès d’un caractère spécial, c'est-à-dire conforme à sa dignité de Verbe Incarné. Telle nous semble être ia pensée de saint Athanase et des Pères 12G0 qui ont parlé comme lui Ils préludaient aux distinc­ tions que fendent plus lard les scolastiques. » L. Labauche, Leçons de théologie dogmatique, t. t, Paris, 1911, p. 257. Saint Jean Chrysostome expose très nettement l'explication de l’ignorance · économique ». In Matthœum, homil., lxxvii, n. 1, P. G., t. lviii, col. 703. C'est aussi, à peu de chose près, l'explication de saint Éplphane, Ancoratus, n. 32, 38, 78, P. G., t. xun, col. 76, 85, 161; Adv. hirreses, LXIX, c. xun, xlvii, P. G., t. xui, col. 269, 276. C'est aussi celle de Dldyme d'Alexandrie; ύμ?ν οδν, φησίν, αγνοώ, τη άληΟείχ ούκ αγνοώ. De Trinitate, ι III, c. xxn, P. G., t. xxxix, col. 917, 920. Saint Basile, sans désavouer l'interprétation de saint Athanase sur Marc., xm, 32 préfère cependant celle-ci : le Père seul connaît, comme premier principe de la Trinité, le jour ct l’heure du Jugement, le Fils et le Saint-Esprit ne les connaissent que par communication du Père, en raison de leur origine. Epist., ccxxxvi, n. 1, 2, P G., t. xxxn, col. 880. Amphiloque suit cette Interprétation ; Fragm., vi; vm; P. G. t. xxxix, col. 101, 105. SI quelques Pères latins semblent adopter l'expli­ cation de saint Athanase, cf. Hilaire, De Trinitate, I. IX, c. xv, P. L., t. x, col. 342; S. Fulgence, Ad trasimundum, 1. I, c. vm, P. L., t. lxv, col. 231, d'autres —et ce sont les plus nombreux — n’acceptent dans le Christ qu'une Ignorance « économique ». C’cst l’opinion de saint Ambroise, De flde, 1. V, n. 220-222, P. G., t. xvi, col. 694. Saint Augustin, sur ce point, est très explicite, De Trinitate, 1. I, c. xn, P. L. t. xui, col. 837, De peccatorum meritis, I. II, c. xlviii, P. L., t. xuv, col. 180, et réfute, entre autres erreurs du moine Léporlus, l'opinion attribuant au Christhomme l’ignorance. La rétractation de Léporlus fut approuvée ct signée par cinq évêques du nord de l'Afrique ou du sud des Gaules, Liber emendationis, n. 10, P. L., t. xxxi, col. 1230. Au vi· siècle, les agnoètes, voir ce mot, t. i, col. 856 sq., avec le diacre Thémlstlus à leur tête, professèrent que le Christ avait entièrement Ignoré le Jour du jugement. Euloge, patriarche d’Alexandrie, réfuta Thémlstlus dans un traité, résumé dans Photius, Biblioth., cod. ccxx, P G., t. an, col. 108 sq. ct approuvé par saint Grégoire le Grand en deux lettres à Euloge, Epist., 1 X, xxxv et xxxix, P. L., t. Lxxvn, col. 1091. Reprenant la distinction qu’Euloge. loc. cil., col. 1084, et après lui saint Jean Damascène, De flde orthodoxa, 1. Ill, c. xxi, P. L., t. xav, col. 108, ont cru trouver dans saint Grégoire de Nuzlanze, saint Gré­ goire le Grand formule le principe directeur de rensei­ gnement catholique. Le Christ a connu le Jour du Jugement dans sa nature humaine, in natura quidem humanitatis novit diem et horam judicii, mais non pas par les lumières naturelles, tamen hunc non ex natura humanitatis nooit. c) Une troisième conséquence, mise cn relief par l’unanimité des Pères, c'est la sainteté parfaite du Christ. Déjà, dans les siècles précédents, les Pères avalent expressément marqué l’absence de toute faute dans le Christ; voir l'indication des textes principaux à ImpeCcadilité, t. vu, col. 1278-1279. Mais saint Athanase apporte une précision nouvelle au dogme de la sainteté du Christ. Non seulement le Christ n’a pas de péché ct est Impeccable, Ado. arianos, orat. i, n. 51, cf. Contra Apottinar., I. I, n. 17; II, n. 5, P. G., I t. xxvi, col 117, 1121, 1140; mais 11 a été spécialement sanctifié, oint par le Saint-Esprit, comme le prouvent I les textes de Luc, in, 21,22, de Jean, xvn, 19, d’Isaïe, I Lxi. 1, du Psaume xuv, 8. En tant que Dieu, Jésus I s'est donné à lui-même, en tant qu’homme, cctte I sanctification, et 11 se l’est donnée pour que nousI mêmes fussions sanctifiés : αύτδς έχυτδν ά ιάζ·ι, (να 1 ήμβϊς έν τή άλτ,ΟβίηιάγιααΟωμβν, Ado. ariano», orat. I, 1261 JÊSUS-GIIK 1ST. LE DOGME AU n. 16,47, P. G., t. xxvi, col. 105, 108-109, (’/est la thèse théobglque que développera plus lard saint Thomas d’Aquin, III'» q. vm. sur l'identité de la grâce habi­ tuelle, résultat de l'union hypostatlque dans l’ârnc du Chrht, et de la gratia cupitis Voir plus loin. *"ur l’impeccablllté ct In sainteté du Christ, cL S. Basile, Epist., cclxi, n. 3, P. G., I. xxxn, col. 972; S. Grégoire de Nazlanze, Oro/.. xxx, n. 21; xxxvm, n. 13, P. G., t. xxxvi,col. 132, 329; S. Éplphane, Ancoratus, n. 80, P. G., t. xun, col. 168 ; S. Jean Chr ysoslomc, In epist. J ad Corinthios, homil., xxxvm, n. 2; P. G.,t.Lxi,col.324; In epist. ad Ileb., homil. xxvm, n. 2, P. G., t. lxiii, col. 194. 4· Le problème dogmatique non encore résolu au IV· siècle. — C’est le problème de l’union hyposta­ tlque, qu’Apollinalre avait résolu par un monophy­ sisme larvé, que Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste allaient résoudre par le dualisme, précur­ seur du nestorianisme. Les Pères du ïv· siècle, pour formuler le dogme catholique, manquent encore de définition nette et de langue arrêtée. Mais déjà Ils fournissent tous les éléments de la solution. Voir Hypostatïque (Union), t. vn, col. 456-462. En consé­ quence, le dogme de la maternité divine est nettement admis par eux : Marie est Θεοτόκος. Id., col. 460 et Marie. //. EN OCCIDENT — 1<> Les erreurs christologlques du / V· siècle. — Outre l’arianisme, déjà efficacement com­ battu avant le concile de Constantinople de 381» par saint Hilaire, Phébndius, Victoria cl Zénon, il faut signaler le Priscillianisrne. Quelle qu'ait été la doctrine personnelle de Prlsclllicn, voir ce mot, les erreurs christologlques du prlsciilianisinc, cataloguées par Pastor de Galice dans son Libellus (v· siècle) cl par le concile de Braga (563), sont les suivantes : 1. Erreur sabclllcnne : pas de distinction entre les trois personnes divines, Libellus, anath., 2, 3, 4 ; Concile, can. 1, Den­ eger Bannwart, n. 22,23,24 ; 231. —2. Erreur apollinarislc : le Fils de Dieu n’a pris que la chair sans l’âme, Libellus, anath. 5, Dcnzlnger-Bannwurt, n. 25.— 3. Er­ reur inonarchianiste; le Fils de Dieu, Notrc-Selgneur, n’existait pas avant de naître de Marie. Concfi., can 3, ibid , n 233; ou encore : le Christ n’a pu être engendré, Libellus, anath. 6, ibid., n. 26. — 4. Erreur patripassicnne : la divinité du Christ est devenu passible, id., anath. 7, (bid, n. 27. — 5. Erreur docètc : Jésuschrist n’est pas né in ocra hominis natura, concile, can. 4, ibid., η. 324. — 6. Erreur marclonltc des deux dieux, de l’Ancien et du Nouveau Testament, avec les conséquences de celte erreur, Libellus, anath. 8. ibid., n. 28. On trouvera â Piusoluanismb, l'étude détaillée de ccs assertions dont quelques-unes font double emploi ct sont par ailleurs assez divergentes, sinon contradictoires, mélange de gnosticisme ct de manichéisme, où le docétisme se trouve combiné avec le sabellianisme. 2° Le dogme chez les Pères — 1. Saint Hilaire. — Voir t. vi, col. 2126-2138. La christologie d’IIllalre appelle des explications touchant le dépouillement (la kénosc) du Christ, col. 2129-2133; la durée de l’union hyp »tatlque, col. 2133-2131; lu conception active de JêMis Christ, col. 2131 -2138; la sensibilité et la possi­ bilité du Christ, col 2138-2419. — 2. Saint \mbroise. — Voir t. î, col. 949. A noter, chez suint Ambroise, contemporain d’Apollinaire, l'affirmation concernant l’existence cn Jésus-Christ d’une âme raisonnable, i avec la raison classique de sotérlologle : le Verbe devait prendre tout l’homme, puisqu’il venait sauver l’homme. De incarnationis dominica sacramento, n. 54, 6.8 ct pass., P. L., t. xvr, col. «32, 835. Mais la même vérité neut se déduire aussi des progrès Intellectuels conXtd en Af. n. 71 74 col. SÎ6 W nW muln que de» sentiments de crainte ct de tristesse | IV* SIÈCLE 1262 éprouvés par le Sauveur, Id.,n. 63, col. 834. D'ailleurs en affirmant que le Verbe s'est fait chair, saint Jean a voulu dire qu' 11 s'est fait homme,/d., n, 59-60, col. 883, ct saint Paul a nettement attribué au Sauveur une nature humaine complète dans les Épîtres pastorales, sa doctrine sur ce point n’étant nullement obscurcie par ie texte chrlstologlque de l’épllre aux Phillppiens. Epist., xlvi, n. 8, P. L., t. xvi, col. 1118. — 3. Saint Jérôme. — Il affirme nettement, contre Apollinaire, l'existence de l'âme raisonnable en Jésus-Christ. Apologia adversus libros Ru fini, 1. IL n. 4, P. L„ t. xxm, col. 427; In epist. ad Galatas, c. I, f 1, P.L^ t. xxvi, col. 312; In Jonam., c. m, t 6, P. L , t. xxv, col. 1142. — 4. Marius \ torinus s'exprime claire­ ment sur l'unité de personne et la dualité de nature en Jésus-Christ, Advenus Arium, L I, n. 14, 45, P. L., t. vm, col. 1048, 1075: In epist. ad Phillp.,c.7, t 6-8, col. 1208. Mais, par ailleurs, a côté de la filiation divine cn Jésus-Christ, Victoria imagine une certaine filiation adoptive convenant à l'homme : nos enim adoptione filii, ille natura. Etiam quadam adoptione filius et Christus, sed secundum carnem. Il y a là comme un trait précurseur de la doctrine plus tard professée par Hardouin et Bcrruyer. Hypostatïque (Union), t. vn, col. 542. — 5. Phébadius cTAgen tient simplement la profession de fol catholique : en Jésus-Christ, deux natures : l'humaine et la divine, la divine par laquelle Jésus est Immortel, l'humaine par laquelle II est mortel; chaque nature garde ses propriétés, Liber contra arianos, c. v, xvm, xix, P. L., t xx, col. 16, 26, 27; mais 11 n'y a qu’un Fils, Dieu uni à l’homme, Dt filii divinitate, η. 8; d’où la loi de communication des idiomes, id., ibid., col. 45 sq. — 6. Zénon de Vérone affecte d’user de la communication des idiomes et accentue ainsi l’affirmation de l'unité de personne, Tractatus, I. II, tr. vm, n. 2; tr. ix, n. 2; tr. vn, n. 4, P. L., t. xi, col. 413-415. 417,411-412.-7. Signalons enfin parmi les témoins de la fol catholique, Nicélas de Rémésiana, qui semble, dans le De ratione fidei, η. 6, 7, et dans De symbolo, n. 4, préluder â la lettre de saint Léon â Flavien P. L., t. ui, col. 851-852; 868-869 Pour la doctrine du livre fort Improprement appelé Trac­ tatus Origenis, voir Hypostatïque (Union), col. 456. Dans cctte doctrine des Pères latins, remarquons-le, il y a « peu, très peu de philosophie : rien des longues dissertations sur la personne ou Ια nature où se complaira le génie grec; mais l’énoncé très f rmc de ce qui esl la fol de l’Église, foi plus sentie encore qu’intellectucllement analysée ». Tixeront, op. cit., p. 293. 3° Les incertitudes de la théologie des Pères au IV· siè­ cle. — Il ne s'agit plus ici simplement des problèmes soulevés par la théologie de saint Hilaire et dont nous I avons signalé lout à l’heure les points sujets ù discus­ sion. Il s'agit de la question plus générale et plus grave de l’ignorance du Christ, relativement au Jour du Jugement. Ignorance économique ou ignorance réelle dans l’âme humaine ? Comme les Grecs, les Latins répondent en sens divers. Hilaire et Ambrclse inclinant vers l'ignorance économique, Jérôme vers l'Ignorance réelle. Voir Science du Christ. La théolo­ gie n'est pas encore fixée sur ce point. Nota. — En marge des controverses : la doctrine des Pères syriaques. — a) Aphraate. — Dans ses Démonstra­ tions, Àphrnate professe intégralement le dogme de Jésus-Christ, Dlcu-Hominc, voir t.i, col. 1460-1461.— b) Saint Ephrem est un autre témoin de la fol catho­ lique. Sur sa christologie, voir t. v, col. 191-193. z//. CKNsEia.xKyaNT du magistère : LRs eoe. MGLRR DK rot KT LRs symbouîs. — 1® Les conciles romains du temps de saint Damase. — L’enseignement du m.i jhtère romain apparaît dans les lettres du papo saint D inmsc. P. L., t. xm, col. 347-376, passtm. Mais c’cst surtout par les conciles romains, tenus pm- 1263 JÉSUS-CHRIST. LE DOGME dant le pontificat de cc pnpc, en 369. 376, 377, 380 qu < manifeste Tens ign ment offîcl L Crs conciles . vnouvellent les décisions de Nicée, définissent la divinité et la consubstantialité du Saint-Esprit, et ondamnent Apollinaire, Sabcllius, Arius et Macédon los. Relativement au dogme de Jésus-Christ, void les canons du concile de 380 : Can. 6. — Anathematiza­ mus eos qui duos Hilos asse­ runt, unum ante sæcula, et ait cru m post axsumptlcnem curais ex virgine. Can. 7. — Anathematiza­ mus eos qui pro hominis anima rationali et intclliglbili dicunt Del Verbum In hu­ mana came versatum, cum Ipse Hilus sit Verbum Del, et non pro anima rationali et Intelligiblli In sun corpore fuerit, sed nostram, Id est rationalem et intclliglbilem, sine psxcato animam susce­ perit atque salvaverit. Can. 8. — Anathematiza­ mus eos, qui Verbum I ilium Del extension,' aut collutione et α Patre sc-jmr.ituin, insub­ stantivum et fiuem habitu­ rum esse contendunt Can. 13. — SI quis dixerit quod in carae constitutus Filius Dei, cum esset in terra, in codis cum Patre non Can. 14. — Si quis dixerit quod In passione cnicis dolo­ rem sustinebat Filius Del Deus, et non caro cum unium quia Induerat formam icrul, quam sibi acceperat, sicut ait scriptura (Phib, n, 7), Can. 13. — SI quis non dixerit, quod In came, quam assumpMt, sedet ud dexte­ ram Patris, In qua venturus et judicare visos et mor­ tuos, a. a. Denzingrr-Iiannwart, 64. 65, 60,71,72,73. Nous anathématisons crux qui afllrment (l’existence de) deux fih, l’un, avant tous les siècles, l'autre, après l’incar­ nation (dans le sein) do la Vierge. Nous anathématisons ceux qui disent que le Verbe do Dieu descendu dans une chair humaine y n fuit fonc­ tion d’âme raisonnable ct intelligente; en effet le 1*11» est proprement le Verbe (l’intelligence) de Dieu ct n’a pu tenir lieu dans son corps d’Ame raisonnable cl intelli­ gente, mais il a pris, hormis le péché (d'ailleurs) ct (juste­ ment) pour la sauver notre Ame A nous, c'est-à-dire une Ame raisomutblc ct intelli­ gente. Nous anathématisons ceux qui prétendent que le Fils de Dh u n’est le Verbe qu’en raison d’une participation ou d'une distribution; qu’il est séparé du Père, sans subsis­ tence propre et qu’il aura une fin. Si quelqu’un dit que le Fils de Dieu, vivant dans la chair, lorsqu’il était sur terre, n’était pas avec le Père dans les cieux« qu’il soit anathème. Si quelqu’un dit, que dans sa passion, le Fils de Dieu, en tant que Dieu, souffrit les douleurs de ia croix et non pas sa chair animée, parce qu’il avait revêtu la /orme (fesr latte qu’il avait prise pour lui, comme l’afllrme ΓÉcriture, qu’il soit ana­ thème. Sl quelqu’un n’afilrme pas que (le Fils de Dieu J siège à la droite du Père, dans la chair même qu'il a prise ct dans laquelle II doit venir juger les vivants ct les morts, qu'il soit anathème. n. Il faut rapprocher de ces décisions du concile romain la formule de fol attribuée à Damase, formule rédigée probablement au concile de Tarrngone en 380 et approuvée par le pape Damase. Après une première déclaration relative à la fol en la Trinité, suit une déclaration relative A la fol en Jésus-Christ. FUlus ultimo tempore ad nos salvendos et ad implen­ das scripturas descendit n Paire, qui nunquam deslit esse cum Patre,ct conceptus est de Spiritu sancto ct natus ex Maria Vlrglnexarnem^nimam et s**n»urn. hoc est per­ fectum suscepit hominem. Bec amlMt, quod eral. sed copit cwe, quoi non erat; Ita laxncn, ut pertectus ln Dans les derniers temps, pour nous sauver et accom­ plir les Écritures, le Fils est descendu [envoyé] du Père, sans cependant cesser d’être avec le Père. Il fut conçu du Saint-Esprit et est né de ln Vierae Marie. Il n pris ln chair, fame, ln sensibilité, c’est-rt-dire l'bummr tout entier ^ans cesser d’etre ce qu’il était; mais U a com­ AU IV0 SIÈCLE 12«; mis slt et verus ln nostris. mencê d’être ee qu’il n’étali Nam qui Dru» ernt. homo pas de telle façon cependant nntus est. et qui homo nntus qu’il gardât toutes ses per­ est, operatur ut Deux, et qui fections tout en prenant operatur ut Deu>, ut horno vraiment nos qmilibS. lûi moritur; et qui, ut homo effet rclul-là même qui était moritur, ut Drus resurgit. (heu est né lionune; né Qui devicto mortis Imperio homme, il opérait comme cum ra aime, qua nntus cl Dieu; celui-là qui opère passus et mortuus fuerat, comme Dieu, comme homme resurrexit tertia dic, ascen­ meurt; celui-là qui cornnv dit ah Putrem sedetque ad homme meurt, comme Dieu dexteram ejus in gloria, ressuscite. C’est lui qui, bri­ qunm semper habuit hubet- sant l’empire de la mort, que. avec celte chair dans laquelle il est né, a souffert ct est mort, est ressuscité, le troi­ sième Jour, est monté vers sou Père ct est assis A sa droite dans la gloire qu'il h toujours eue ot possède en­ core. Nous qui avons été puri­ In hujus morte et san­ guine credimus emundatos fiés dans sa mort ct son sang, nos ah co msusdtnndos die nous serons, telle est notn novissima in hac came, qua fol, ressuscités par lui au der­ nunc visimus ct habemus nier Jour dans cette mêni< spem nos consecuturos ab chair dans laquelle nous vi­ Ipso aut vitam aeternam vons avec la perspective de pne nilum boni meriti, aut recevoir de lui ou la vie éter­ pœnain pro peccatis ætcml nelle, récompense de nos mérites, ou le supplice éter­ supplicii... nel, châtiment de nos péchés. Dcnxlnger-Bannwart, n, 16. 2· Les formules dogmatiques. — 1. La formule C LU­ MENS TRINITAS. — Une autre formule de fol, la formule Clemens Trinitas quelque peu postérieure A ln précédente et d’origine incertaine, mérite également d’être citée dans sa parile concernant ΓΙlomme-Dleu. Après avoir rappelé le dogme des trois personnes, qu'il ne faut point séparer entre elles, elle conclut : Scior l’enseigne ment apos­ Hoc enim fldel nostræ se­ cundum evangeliqun et tolique et évangélique de apostollcam doctrinam prin­ de notre fol, c’est un dogme cipale est. Dominum nos­ fondamental qu’il ne faut trum Jesuin Christum et pas séparer du Père JésusDel Filium n Patre nec ho­ Christ Notre-Srlimcur ct Fils noris confusione, nec virtutis de Dieu, en distinguant les potestate, nec substantia di­ honneurs qui leur sont dus, vinitatis, nec intervallo tem­ en reconnaissant nu Fils une poris separare. Et ideo sl puissance moindre, en lui quis Filium, qui sicut vere refusant l’être divin ou en le Deus, Ita vere homo absque faisant naître dans le temps. peccato dumtaxat, (un)de Si quelqu’un donc enlève humanitate nliquid vel del nu Fils, qui s’il est vraiment tatr minus dicit habuisse, Dieu est aussi vraiment profanus ct alienus ob Ec­ homme, excepté le péché, clesia catholica atque apos- quelque chose de l’humanité ou de lu divinité, celui-là est tolica judicandus est. un hérétique, qu’il faut juger Indigne d’appartenir à 1*Égli­ se catholique ct apostolique. Denzlnger-Bannwart, n.18 2. Le symbole · QÜIOÜMQÜR ·. — Enfin, s’inspirant des mêmes préoccupations nnllprlscllliennes, Il faut recenser en dernier Heu, bien qu’appartenant déjà au v· siècle, le symbole dit d’Athnnase, voir 1.1, col. 21782187, lequel apporte quelques précisions relatives à l’unité de personne en Jésus-Christ, Sed necessarium rut nd Mals II est nécessaire nu (ctemnm salutem, ut incar­ salut étemel, qu'on croie nationem quoque Domini aussi fidèlement en l’incar­ Nostri Jceu Christi fideliter nation de Jésus-Christ Notre credat- Est ergo fldrs ret'ta, Seigneur, lui vraie foi est ut credamus ct confiteamur, donc que nous croyions et quin Dominas ΠOster Jesus confessions que Nolrv-Seb ( hrl'tus D» i nthis, Deus rt gjieur Jésus-Christ Fih de homo est. Deux est ex subs- Dieu, est (A U total. Dieu ,t 1265 JÉSUS-CHRIST. tanti· Patris ante srculn gmllus, et homo est ex substantia mntri* ln mituIo natus; perfectus Drus, per­ fectus homo, ex anima ra­ tionali et humnna came svbslstms, rqunlls Patri se­ cundum divinitatem, minor Patre secundum humanita­ tem. Qui licet Deus slt et horno, non duo tamen, sed u qui est Chrlstu*. unus aulrm non conversione divi­ nitati* in carnem, «d assum­ ptione humanitatis in Deum, unui omnino, non confusione substantia», sed unitate per­ sons. Nam sicut anima rationalis ct caro unus est homo, Ita Deus et homo unus est Christus. Qui passus e«t pro salute nostra, descen­ dit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis, ascen­ dit ad cœlos, sedet ad dexte­ ram Del Patri* omnipotentis inde venturus (est) judicare vivos et mortuos; ad cujus adventum omnes homines resurgere habent cum corpo­ ribus suis ct reddituri sunt de factis propriis rationem : et qui bona egerunt, ibunt i.i vitam ætcrnnm, qui vero mata, in Ignem u·ternum... LES PROGRÈS homme. Il eat Dieu, engen­ dré de la sulntunce du Père avant tous le» siècles, et il est homme, né de la substance de sa mère dans le temps; Dieu parfait et homme par­ fait, composé d’une âme rai­ sonnable et d’un corps hu­ main, égal au Père selon lu divinité, inférieur au Père selon l’humanité. Dieu et homme A la fols, le Christ n’est pas deux, mais un seul; non point parce que la divi­ nité se serait transformée en lu chair, mais parce que l’humanité a été prise par Dieu; un seul absolument, non par le mélange des subs­ tances, mais par l’unité de la personne. Car, de même que l'âme raisonnable ct la chair forment l’homme, de môme Dieu et l'homme forment un seul Christ. Lequel n souffert pour notre salut, est descen­ du aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour, est monté aux deux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où 11 vien­ dra juger les vivants et 1rs morts. A son avènement, tous les hommes ressuscite­ ront dans leur* propres corps et rendront raison de leurs actions personnelles : ceux qui auront fuit le bien Iront en lu vie étemelle; ceux qui auront fait le mal iront nu feu éternel. Deezingc r- B ann w u rt ,η.4 0. » De ces textes, il convient de rapprocher ta profession de fol émise par le prêtre élevé A l'épiscopat, dans les Statuta Ecclesia antiqua, Cavallcrn, Thesaurus, η. 703. 3. Les divers symboles du Z1· siècle — Ccs formules de fol, A cause des controverses anllapolllnaristcs ct anUprlscillianlstes, qu'elles supposent accusent déjà un progrès dogmatique sur la formule ofHclelle de l'Églisc, presque contemporaine cependant, nous vou­ lons dire le symbole appelé de Nlcée-Constantinople. Voir le texte de Nicée comparé au texte de Césarée, Arianisme, 1.1, col. 1796. Toutefois le symbole de 325, Dcnzlngcr-Bannwart, n. 54, Hahn, § 142, n’est pas cniore, Il faut le remarquer expressément, ta formule definitive de la fol de l'Orlcnt. Le symbole romain avait été A la base du symbole composé par Eusèbe de Césarée et de celui adopté par le concile de Nicée, voir Apôtres (symbole des), col. 1670; de multiples sutres symboles se succéderont au cours des luttes ariennes. Ces formules d’Antioche, 341; de Snrdique et Philippopoli, 343; d'Antioche, 345; de Sirmium, 351,357, 359; de Nlké, 359; de Constantinople, 360, et 380. etc., Jusqu'à cc que l’on arrive à la formule dite de Nlcée-Constantinople, qui est devenue la norme définitive de ta fol de l'Orlent. Cf. Hahn, op. cit., ÿ 153167 Les nuances portent exclusivement sur des points Intéressant directement le dogme trlnltulrc. En com­ parant ces variétés, Mgr Batiffol, après Hahn, a reconstruit ici même un modèle commun, d'où sont éliminées les divergences et qui représente la fol de l'Orlent vers le milieu du iv· siècle. Voir t. r, col. 1668. Cc modèle apparaît, lui aussi, en dépendance étrullc du symbole romain. En réalité, nous ayons une fols de plus ta preuve que ta croyance de l’Eglise catho­ lique où qu'on I ’ prenne, est toujours conforme A celle des apôtres et A renseignement de l'évangde. | DOGMATIQUES ULTÉRIEURS 12< ‘ IV. Les progrès dogmatiques post/. ufurs. — Notre tâche est désormais simplifiée Les pi ogres dog­ matiques réalisés aux v*et vi· siècles concernent prin­ cipalement l'union hypostatlquc. Voir ce mot, t. vn, col. 464 490, et, en ce qui regarde la théologie latine, col. 505-506. Nous n'avons donc qu'à signaler kl ta suite chronologique des documents, avec un bref com­ mentaire lorsqu’un aspect particulier, distinct du dogme de l’union des deux natures, aura été abordé. 1· Controverse nestorienne d concile d'Éphise. — Voir Nesto mus; Épicèse (concile d'),L v, col. 137 sq ; Cyiulle d'Alexandrie (Saint), L m, col. 2503-2516; Hypostatïquf. (Union), t. vn,col. 471-477. 2e Controverse eutychtenne et concile de Chalcédoine. — Voir EuTYCiiLset Eutyc.iiiamsme.I. v,col. 1582sq.; Chalcédoine, t. n, col. 2190 sq Voir le texte de ta lettre dogmatique de saint Léon à Ftavien, Hypostatique (Union), t. vu, col. 478-482, avec le commen­ taire qui en est donné, col. 482-483. Sur le formulaire de Chalcédoine, voir Chalcédoine, L n, col. 21912195 el Hypostatiqub (Union), t. vu, col. 483-484. 3° Dans l'affaire des Trots chapitres au II· concile de Constantinople, en voir les an a thématismes t m, col. 1239-1259 e Hvpostatique (Union), t. vn, col. 485-487. Notons ici un réel progrès dogmatique dans l’anathématisme 12 : « Si quelqu'un défend l'impie Théodore de Mopsucsle qui a osé dire que le Christ... s'est peu à peu éloigné d'un état imparfait et défectueux ct qu’il s'csl ainsi amélioré par le progrès d ses œuvres, qu'il soit anathème. » DcnzingerBannwart, n. 224. 4e Sous Jean III (561) le concile de Braga, tenu ea 561, contre les prisclllianlstes, renferme quelques canons intéressant le dogme de Jésus-Christ : Le pre­ mier canon condamne le sabellianisme. Le troisième concerne directement l'erreur de Paul de Samosata renouvelée par Prisclllien : Sl quelqu’un dit que le Fils SI quia dicit FUium Del Dominum nostrum, nnlo- de Dieu Notre-Sei^neur n'a qunrn ex \ Irgine nosceretur, pas existé avant sa naissance non fuisse, slcut Paulus Sa­ de la Vierge, ainsi que l’ont mosa tenus rt Phollnus et enseigné Paul de Samosate, Priscllhanus dixerunt, a. b. Photin et Prisclllien, qu’il soit anathème. Denxfnger-Baiiuwart, η. 233. Le quatrième, A propos du Jeûne pratiqué par les prisclllianlstes le dimanche ct le Jour de Noel, formule aussi une vérité dogmatique relative A la natura humaine du Christ. Si quls natnlcin Christ! secundum carnem non vere honorat, sed honorare sc simulat. Jejunans In rodeiu dic ct In Dominico, quia Christum in hominis natura natum esse non credit, sicut Cerdon, M ircion. Manichieui ct PrUcllltanus, a. s. Sl quelqu’un n’honore pas le jour de la nal^mce du Chrht. niai* ne fait «picsimu­ ler qu’il Clamore, jrûnnut ce jour-IA n n*l que le dimanche parce qu’il croit que le Christ n’est pas né avec lu véritable nature humaine, αία*!

      de l’empe­ que Dieu, il est l’égal du Père; en tant qu’hornme. Il est reur Constantin. Voir Constantinople (J1/· concile moindre que le Père. Considéré en lui-même, Il est A la de), t. m, coi. 1264 sq. Dcnzinger-Bannwart, n. 254fols son supérieur et son Inférieur : la divinité en lui 274; Cavallera, n. 729-730. Notons toutefois dans ce l’emporte sur l’humanité, l’humanité est inférieure A la concile un progrès dogmatique en ce qui concerne la divinité II faut également confesser que le Fils, dans définition de la nature passible de la chair du Christ, sa divinité est l’égal du Saint-Esprit, et que. dans son can. 4, Denzlngcr-Bannwarl, n. 257; définition qu’on humanité, II en est l’inférieur; car seule, la personne de retrouvera dans la formule de fol d’Anastase II, CavalFils s’est incarnée et peut-être dite, dans sa chair, Icra, n. 701, dans le IV· concile de Lalran, DcnzingerInférieure aux deux autres. Le Fils, dans sa personne Bannwart, n. 429; Cavnllera, n. 766, et finalement se distingue, sans pouvoir en être séparé, du Père cl dans le concile de Vienne, Denzinger-Bunnwart, du Saint-Esprit; Il se distingue, sans pouvoir en être n. 480; Cavalière, n. 767, et dans le concile de Flo­ séparé, de l’homme qui est en lui, dans In seule nature rence, Decret, pro Jacobllis. Dcnzinger-Bannwart, qu’il a prise. Le Fils uni à son humanité constitue une n 708; Cavallcrn, n. 769. personne; uni au Père et nu Saint-Esprit, il ne fait 8· Le Xl· concile de Tolède (déclaré authentique qu’une nature ou substance de In divinité. L’opération par Innocent III), dans un long exposé de la fol trlnlde la Trinité étant une et indivisible, le Fils a été talrc, intercale une allusion A l'hérésie de Bonoslens, envoyé sur terre non seulement par le Père, mais par voir Bonosr, t. n, col. 1029-1031. Ces hérétiques l’Esprit et par lui-même. Ainsi, celui qui par sa nais­ niant la divinité de Jcsus-Christ, étalent amenés A sance éternelle est appelé le Fils unique, par sa nais­ nier, en conséquence, In filiation naturelle du Verbe sance temporelle dans la chair qu’il a prise est dit le dans la Trinité; ils ne lui reconnaissaient qu’une filia­ Fils prcmier-né. tion adoptive. Cc n’est pas encore cependant l’adop­ Jésus-Christ, conçu sans le péché, né sans le péché, tianisme postérieur qui ne reconnaît dans le Christ, est mort sans avoir péché, lui qui pour nous s'est considéré dans sa nature humaine, qu’un Fils adoptif /ait péché ( 11 Cor., v, 21 ), c'est-à-dire s’est fait victime, de Dieu. De IA l’affirmation du concile : Hic etiam pour nos péchés. Et cependant i) n voulu, sans rien Filhi» Dei natura est Filius, non adoptione, Dcnzingerperdre de sa divinité souffrir pour nos fautes, être livré Bannwart, n. 276; Cavallera, n. 575. à la mort et subir en croix une mort véritable de sa La fol en Jésus Christ est longuement exposée : chair; mais le troisième Jour, par la seule force de sa Seule la personne du l ils a pris, pour libérer le genre propre puissance, sorti du sépulcre. Il est ressuscité. humain, une humanité véritable et sans péché, dans La résurrection du Christ est le modèle de notre résur­ le sein de la sainte et Immaculée vierge Marie, dont II rection future... Après sa résurrection, le même Jésusest né par une nouvelle naissance et scion un nouvel Christ Notre-Selgneur est allé reprendre sa place près ordre de choses. Le nouvel ordre de choses nous du Père, dont II ne s’était d'ailleurs, dans sa divinité, montre l'invisible dans sa divinité qui s’est fait visible jamais éloigné. Et siégeant A la droite du Père, il est dans son humanité : la nal ance nouvelle nous montre attendu A la fin des siècles, comme le Juge de tous les Jésus-Christ conçu vlrgmalcmcnt par une femme vivants et de tous les morts... Dcnzinger-Bannwart, fécondée de l’Esprit Saint. Et cependant l’Esprit n. 282-287; Cavallera, n. 731-733. Saint n’est pas le Père de Jésus qui ne saurait avoir 9° Lettre dogmatique du pape Agathon (680). — Voir deux Pères. Le Verbe s’est fait chair, mais ne s'est pas le texte, t. i, col. 561-562, et les remarques faites à converti en chair; Il demeure Dieu, se faisant homme. Hypostatiquk (Union), col. 489-490. Autour de cette 11 s'est fait chair, c'est-à-dire homme, avec une Ame lettre peuvent être groupées in formule de fol du con­ raisonnable. Et ce tout qu'est le Verbe Incarné, c’est cile de Milan de 680, P. L,, t. xm, col. 651-653; Cavnl­ un Dieu et c’est un homme, c’est ITIomme-Dicu il y lera, n. 734, et ia formule de fol d'Agnthon approuvée a deux natures en Jésus Christ et une seule personne; dans la xvm· session du IV· concile de Constantinople. l’union des natures est indissoluble; Dieu parfait, Cavallera, n. 737-738. 10° Le III· concile de Constantinople (670-681). — homme parfait, Jésus Christ n’est cependant qu’une La décision dogmatique de cc concile, relativement personne : admettre en lui deux personnes serait Intro­ à Fhérésle du monothélisme, décision préparée et duire une · quaternlté » en Dieu. Bien que les trois per­ Indiquée par Agathon, accuse un progrès dans le sonnes de la Trinité soient consubstantielles, la vierge dogme de Jésus-Christ. Le pape saint Léon dans sa Marie n’a engendré que le Fils. Toute la Trinité a lettre A Flnvlen avait posé les prémisses d’où la solu­ t nettement formulée dans son com­ 521, ou par rapport aux perfectionnements qui doivent, mentaire in ps. XUV, n. 2, Opera, Parme, t. xtv, en suite de l’union, rejaillir sur elle-même ; c'est le point р. 320. Cf. S. Bonaventure, In IV Sent., 1. Ill, dlst. XV de vue qu’il nous faudra aborder ici; 3® h l'union a. 2; Suarez, De incarnatione, disp. XXXII. sect u, même des deux natures : on n'a rien à ajouter, de ce n. 2-4; Salmantlccnses, De incarnatione, disp. XXIV, chef, au long exposé déjà fait, Hypostatique ( Union), n. 14; Legrand, De incarnatione Verbi divini, I. IX, col. 490-511; 4® aux formules à employer pour attrlс. n, a. 5. conci 3, dans Migne, Cursus theologicus, quer à Jésus-Christ, Dieu ct Homme, les propriétés t. ix. Cf. Pesch, De Verbo Incarnato, n. 233; voir cl-deshumaines ct divines : c'est la communication des sus, col. 1153. Idiomes voir ce mot, t. vn, col. 595-602. Au sujet de la formation du corps du Christ, les La sainte Écriture, surtout par la voix de saint anciens scolastiques, abandonnant leur théorie de Paul el dc saint Jean, nous a laissé entrevoir les mer­ l'animation médiate, voir Animation, t r, col. 1305 sq. veilles de la constitution et dc la vie intime de affirment que le corps du Christ n été formé et animé l'Homme-Dltu. Plus d’une fols, les Pères ont rappelé dnns le premier instant dc sa conception. S. Thomas, ces enseignements et formulé leur propre doctrine. Sum. theol., III*, q xxxni, a. 1,2. Il est difficile, en Mais c'est à la théologie catholique qu’il était réservé effet, de ne pas en arriver à cette conclusion, si l'on de préciser d'une façon definitivo d'une part quelles accepte le dogme : Qui conceptus est de Spiritu sancto. perfections d'ordre naturel et surnaturel l'union SI Jésus n'avnlt pas été complet, parfait, comme hypostatlque devait apporter soit au corps soit A homme, dès le premier Instant de sa conception, on ne l'âme du Sauveur, ct. en conséquence, d’autre part, pourrait, en toute vérité, le dlir conçu du SalntEspilt. Voir les Sententtatres, I H1, dlst. III. Mais cotte quels défauts, quelles faiblesses de la nature humaine dérogation aux loin de In nature s’explique avec beau •ont encore, en Jésus-Christ. compatibles avec une coup de difficultés (dnns l’hypothèse dc l'animal Ion telle perfection (col. 1327). normalement médiale). Cf. Suarez, De mysteriis vilir /. PERPXCT10K8 XATUHRLLE8 ET 8ÜKXATCRRÎ.1.E3 Christi, disp. XI, sect i, n. Dans l’hypothèse dc l’nnlDO CORPS PT DE CaUE DE J tSOS-CH HI ST. — 1® Le mntlnn Immédiate. Il n'y a aucune difficulté. Voir corps du Christ. — Le Christ, avant sa résurrection, Animation, col. 1319. était A U fol» · voyageur · et · comptéhcnseur ». Par tl veinent aux précédentes, d'importance moindre. On les a, d’ailleurs, déjà indiquées Λ l’article Hypos· tattqur (Union), et elles visent des erreurs récentes renouvelées des siècles passés. Ainsi, l'anathème du II· concile dc Nlcée contre ceux qui ne reconnaissent pas A l'humanité du Christ une forme déterminée, Dcnzinger Bannwart, n. 307, Cavallera, n. 750, est rappelé opportunément ù l'occasion de l’ublquisme des luthériens; cf. Hypostatiqvb (Union), coi. 512543 sq. Ainsi les condamnations du nestorianisme peuvent heureusement s'appliquer aux théories modernes d'union dynamique ou volontaire, conçues comme explication, dc l'union hypostatlque par GOnther cl Bosminl, id., col. 554-558, a fortiori aux théories, destructives de toute unité substantielle dans le Christ, imaginées par les protestants libéraux, id,, col. 559-564. Sur les critiques radicaux, voir plus loin : Jésus-Christ et la critique. 1273 JÉSUS-CHRIST BT LA THÉOLOGIE SAINTETÉ DU CHRIST 2e L'Ame du Christ. — Les théologiens n’ont rien pu ajout oraux données de l’évangile relativement aux p rfecllon* naluiellesde l'Ame du Christ. Voir col. 1l56sq. Ils se sont efforcés de synthétiser la doctrine catholique relativement ù la science et à la sainteté de JésusChrist. 1. Science humaine de Jésus-Christ. — La question de la Siienck nu Chiust devant être traitée dans un article spécial, nous n’en rappellerons Ici que les con­ clusions admises par les thé» V alons et nécessaires à l'intelligence des termes du problème relatif A la sain­ teté et A l'obéissance du Christ. La question dc la science du Christ avait été agitée par les Pères, contre les ariens, ù partir du iv· siècle. A cause de Marc., xm, 32 ct de Luc., n. 52. Voir col 1259sq.. Les prin­ cipes de solution avalent élé formulé par saint Jean Chrysostome, saint Augustin et plus tard Euloge, explicitement approuvé par saint Grégoire le Grand. Les scolastiques s’emparent dc ccs données tradition­ nelles ct les systématisent. Le Verbe de Dieu :i dû prendre, en s’incarnant» une humanité qui pos>édAt toutes les perfections convenant à l'humanité, excepté celles qui seraient contraires à la fin dc l'incarnation, par exemple la personnalité humaine, l'exemption de la “ouflrancc et dc la mort. Cf. S. Thomas, Sum. theol., III·, q. v, a. 1-1. Il faut d me, en consequence, distin­ guer en Jésus-Christ deux sciences, l’une qu’il possède comme Dieu et qui est infinie; l'autre qu'il possède comme homme el qui n’est que la perfection due à son intelligence humaine, q. ix, a. 1. Quelle est donc la perfection duc à l'intelligence humaine du Christ? a) Le Christ homme est ù la fols nu terme et dans la vole, q. xv, a. 10. Comme compréhenseur, il doit pos­ séder la connaissance de vision intuitive. Il reçut donc la vision béatlflque d’une façon plus parfaite que n'importe quelle créature, parce qu'uni plus intime­ ment au Verbe lui-même, q. x, a. 4, el il la reçut dès sa conception, q. xxxiv, a. 4. Cf. Suarez, De incarna· ttone, dLp. XXV, sect i, n. 4. L’objet de la science que le Christ a ainsi possédée en raison de lu vision Intuitive n’est pas Infini : l'intelligence humaine du Christ ne peut « comprendre » Dieu, qui est infini, parce qu'cilc-inêine, étant une créature, est nécessai­ rement finie. S. Thomas, Sum. theol.. Ill , q. x, a. 1; Suarez, op. cil., disp. XXVI. Le concile de Dâle (1135) a d’ailleurs censuré, dnns un livre d’Augustin de Rome, la proposition suivante : Anima Christi ridet Deum tam clare et intense quantum clare et intense Deus Videt seipsum. Cf. Infvitivr ( Vision), l. vn, coi. 2381. Mais lu science dc Jésus s'étend très certainement, quant A son objet secondaire, voir Intuitive ( Vision), col. 2.386, à tout cc qui Intéresse l'incarnation. Or le Verbe Incarné est le chef de tous les hommes et même des anges; il doit être le juge souverain de toutes les créai mes responsables : il faut donc que la science blenhcuivuse qu’il possède en vertu de la vision Intui­ tive s’étende A tout cc qui est, a élé ou sera fait, dit ou même pensé par les créatures raisonnables et dnns tous les temps. S. Thomas, Sum. theol., III·, q. x, n. 2. D’un mol, les théologiens résument l’étendue de cct objet en disant que, par sa science bienheureuse, le Christ connaît tout cc que Dieu lul-incmc connaît par sa science de vision. Suarez, loc. cit., sect. iv. Sur la science divine dc vision, voir Science de Dieu. Ccs conclusions, au moins théologiquement certaines, et I quant A l'existence ct qdant A l’étendue dc la science bienheureuse de l’Ame du Christ, cf. Sunrez. De incar­ natione, disp. XXIV, sect, i, ont été confirmées par le | décret du Salnl-Olïlcc du 7Juin 1918 Cavalière. Thesaur., n. 778: I fugon, Le décret du Saint Oce touchant a science de l'dme du Christ, dans la Hernie thomiste, avril join 1918. p. 105-110. — b) En dehors de celle clcnce bienheureuse, en tous points surnaturelle, on 1274 doit accorder h l’Ame du Christ, parce que cette âme est parvenue à l’état du terme, même dès le premier list nt dc son existence, la science propre aux âmes arrivées à cc terme. Celte science est la science essen­ tiellement infuse, per se infusa, c'est-à-dire infuse en raison même dc l'état de terme cl du mode de connais­ sance qu’implique cct étal. Sur ce mode de connais­ sance qui se fait par conversion de I'intHligence aux espèces Infuses, voir Anoélolooib d'après les Sco­ lastiques, t. i, col. 1232-1235 el Hugon, VElat des Ames séparées, c. in-tv, dnns Réponses théologiqua à quelques questions d'actualité, Paris, 1908, p. 230-253. La plupart de* théologien» accordent au Christ cette science infuse per se. S. Thomas, Sum. theoL, IIP, q. xi, el scs commentateurs. Il n’est pa> meme vrai­ semblable que les rares théologiens Scot, saint Bona­ venture, quelques nominalistes, qu'on a coutume d’inscrire en faux contre l'opinion thomiste, aient en réalité accusé une vraie divergence avec saint Thomas, quant A la question de l’existence de la science infuse. Voir Ch Pc\ch, op. cil., n. 263. Le^ divergences portent plutôt sur l’objet de cette science et son étendue. Id. n. 265. On trouvera dans Suarez, op. cit., disp. XXVIIXXVIII, un bon exposé de la question. Faut-il aussi accorder au Christ une science Infuse accidentelle­ ment, per accidens infusa, c'est-à-dire, immédiatement reçue de Dieu, mais sc substituant purement ct sim­ plement à la science acquise encore Inexistante et dont elle emprunte le mode de connaissance ? Saint Thomas ne l’accepte point. Sum. theol,. £11·, q. ix, a. 4, ni les commentateurs thomistes. Voir aussi Vasquez, De incarnatione, disp. XLV, c. n. Suarez estime cette opinion probable, car le Christ n’a pu être inférieur à Adam, op. cit.. dfcp. XXX, sect, n, n. 1, 2 sq.De Luge estime que celte connaivsance accidentellement infuse a été confiée au Christ non dès le prlncipe.puisqu’elle lui aurait été alors inutile, mais successivement au fur ct à mesure des circonstances. De incarnatione, disp XXI, sect. i. En tout cela, 11 n’y a rien que des conjectures plus ou moins probables, el l’existence m< me d'une science Infuse dan» l'âme de Jésus-Christ, considérée indépendamment de toutes les modalités théolngiques, ne peut se déduire avec certitude du dogme dc l’union hvpostatique. Cf.Suarez, disp. XXV, sect, m, n. 3. — c) Enfin, le Christ, comme nous, a possédé la science expérimentale ou acquise, suscep­ tible de vrai progrès, ct par laquelle le Christ élabo­ rait, selon les lois dc l’intelligence humaine A l’état de voie. de\ données sensibles acquises par l’expérience, les idées représentatives du monde matériel. S. Tho­ mas, Sum. theol.. Ill*, q. ix, a. 4. Ainsi le Sauveur acquit la connaissance de tout ce qu’un homme de son époque pouvait expérimentalement apprendre, q. xn, a. 1 ; il l'acquit par ses propres elforts, sans le secours des hommes, td., a. 3, ou des anges et très facilement, id, a. 4. Saint Thomas avait nié la nécessité, dans l'Ame du Christ, des espèces Impresses formées au cours de l’expérience sensible par rintcllect agent. In IV Sent., I. Ill, diet. XIV, q. i, n. 3. q. v, ad 3; Il l’admet pleinement dans la Somme théologique, loc. cit., a. 2. D’ailleurs, la science acquise du Christ a toujours été conforme A cc que, vu les circonstances. Il était con­ venable qu’il *ûi ; nonobstant son développement pro­ gressif el continu, elle a donc toujours été. relative­ ment A celte convenance, parfaite. L’existence de la science expérimentale dans le Christ est théologique­ ment certaine. 2. La sainteté du Christ. — Cc court aperçu sur la théologie de la science de l'Ame du Christ sera dcscJuppé â Si fi;NCK ou Chiust; mais il était nécessaire dc le piodulrc le! ηΠη dc nous permettre de mieux comprendre ce q e f it la sainteté dc l'âme du Christ* Nous avons déjà vu |Uc celle sainteté est attestée par les synoptiques, col. 1158, par saint Paul, col 1235 ct par saint Jean, col. 1213; qu’elle est proclamée par les Pères de l'Eglise. col. 1218, 1258, etc. Les théologiens scolastiques n'ignorent pas ces preuves positis es ct e'est sur elles qu’ils fondent la certitude de quelquesunes de leurs thèses, bien qu’il n'y ait, à leur sujet, aucune déclaration authentique de l’Église. a) Le problème tbiologique de la sainteté de JésusChrist : sainteté substantielle incréée, sainteté acciden­ telle créée, — La sainteté qui comporte l’union, la conjonction avec Dieu, d'une façon ferme ct stable, voir Sum, theol., 11« 11«, q. lxxxi, a. 8, ne se trouve pas réalisée de la même façon dans les différents êtres qui en sont susceptibles. En Dieu, cette sainteté est essentielle: l'union est réalisée par l'identité, et la sta­ bilité de l’union sc confond avec l'acte pur. Dans l’ange ou dans l'homme, la sainteté, tout cn affectant la substance de l’esprit, est accidentelle et résulte formellement de la grâce sanctifiante, principe créé qui les rend participants de la naluredivlne cl capables d'opérer surnaturellcment. Mais, en Jésus-Christ en qui l'unité de personne renferme, unies cn une con­ jonction étroite, la divinité el l'humanité, quel est le principe formel de la sainteté ? On le volt, il ne s'agit pas d’expliquer la sainteté essentielle au Verbe comme tel; cc point est étranger à la présente controverse. Mais on considère uniquement la sainteté humaine cn Jésu<-Chrht, sainteté explicitement affirmée par l'Écriturc, Luc., î, 35; Joa., x, 36; Act., in, 14, cl qu’il faut absolument reconnaître cn celui qui. étant le média­ teur de Dieu cl des hommes, I Tim.. n, 5, doit com­ muniquer A tous de la plénitude de sa sainteté. Joa., I, 16 Et on sc demande si l'humanité du Christ a été sanctifiée par le seul fait de l'union hypostatique, d’une sainteté Incréée, ou bien si la grâce habituelle, infuse cl créée — que cette humanité a d'ailleurs très réellement possédée, — a été nécessaire à sa sanctifi- I cation. La controverse est proprement théologique et bien postérieure ft saint Thomas qu! ne l'a point envisagée directement. Et, en réalité, une simple remarque suffirait à mettre d'accord entre eux les théologiens. Si la sainteté n’était cn Jésus qu'un principe des opéra­ tions surnaturelles de l’union ft Dieu par la connais­ sance et par l’amour, on devrait affirmer qu’elle résulte nécessairement et uniquement de la grâce habituelle, infuse et créée. C'est à cc point de vue que certaines scotistes se sont placés pour affirmer une Ihè.se peu acceptée des autres docteurs catholiques. Mais, en Jésus-Christ, la sainteté est, avant tout, un état, l'humanité du Sauveur étant indissolublement et substantiellement unie ft la divinité. De même que cette union est substantiellement surnaturelle, voir Hypostatique (Union), col. 532, de même la sain­ teté qu’elle Implique est une saijtcté substantielle, logiquement antérieure A la sainteté des opérations surnaturelles issues de la grâce créée et des vertus qui en dérivent. b) Sainteté substantielle Incréée. — a. Problème prin­ cipal. — L'union hypostatique est le plus parfait des dons que Dieu puisse faire ft une créature : elle est une union qui dépasse toute autre union. Hypostatique (Union), col. 532-534. Toutefois, nous l'avon> déjà fait observer, ce serait s'arrêter à une conception trop étroite que de considérer l'union hypostatique sépa­ rément de la vision bt a if que, de la grâce sanct il ante, de la gloire qui en est le complément ct le couionnement nécessaire. C’est pour s’être arrêté A cette trop ublll· dMim lion que Durand de Saint-Pourçaln ct lo seollitrr cn général ont nié la sainteté sub tant telle Incréée de Notre Selgn nr Durand de Saint-Pourçaln s'armant à l'hypcA » -c d'une nature humaine, dé­ pourvue de gi à ce sancU fiant* m ils unie hypostatique- ment ft la divinité, affirme que ccttc nature humaine, nonobstant l'union hypostatique, eût été faillible et aurait pu pécher. In IV Sent., I. III, dlsl. xn, q. n, n. 7. D'autres théologiens, dans la même hypothèse, refusent au Christ la puissance de mériter. Pierre de la Pnlu, id., disl XIII, q. n; Didace Alvarez, In IIP· partem Sum. theol., q. vu, a. 1, disp. XXXI, n. 18. Toute une école, A laquelle on voudrait rattacher saint Bonaventure, prétend que la grâce sanctifiante créée est nécessaire comme condition logiquement préalable A l’union hypostatique. Voir cc mot, col. 529. Toutes ces opinions, sous une forme ou sous une autre, proclament la nécessité de la grâce sanctifiante pour que le Christ puisse agir saintement. Nous avons Indiqué tout A l’heure comment l’aspect de ['opération surnaturelle dans la sainteté du Christ justifie ccs assertions. Une seconde opinion, qui est À proprement parler celle de l'école scoliste, affirme que l'union hyposta­ tique sanctifie l'humanité du Christ,non formellement, mais fondamentalement, en cc sens qu’elle est la source, la racine de la sainteté en Jésus. Elle n'est pas par elle-même la justice, mais elle produit nécessaire­ ment la grâce habituelle créée qui devient la forme même de la sanctification. Cf. Mastrius, De incarna­ tione, disp. Il, q. î, n. 16; Hcnno, id., disp. XIV, q. 1. Les thomistes et, en général, la plupart des théolo­ giens catholiques estiment que cc n'est pas assez dire. L'union hypostatique, d'après une troisième opinion, reçue de presque tous, sanctifie formellement, c'est-àdire Immédiatement, par elle-inênie, directement et non seulement par une exigence physique ou morale de la grâce habituelle, l'humanité de Jésus-Christ. Cette explication du terme formellement est ici néces­ saire pour éliminer de notre esprit la conception d’une forme inhérente à l'âme de Jésus-Christ (principium quo), par laquelle cette âme serait sanctifiée. Le prin­ cipe de la sanctification substantielle du Christ est le Verbe lui-même uni immédiatement à l'humanité (principium quod). Voir Salmantlccnses, De incar­ natione. disp. XII, dub. î, § 3, n. 16; Gonct, De incar­ natione, disp. XI, a. l,n.8; Ilugon,De Verbo incarnata, Paris, 1920, p. 144. Celte sanctification de l’humanité est comme un sacre, une onction qui fait du Christhomme, même antérieurement A la possession de la grâce sanctifiante (antériorité purement logique) l'objet des complaisances de Dieu. Voir, dans l'école thomiste, Medina, In J//'m p. Sum. S. Thonut, q. vu, a. 1, dub. 2; Jean de S. Thomas, De incarnatione, disp. VIII, a. 1. concl. 1 et 2; Godoy, id., disp. XXI, n. 4; Gonet, id., disp. XI, a. 1 ; D. Soto, In IV Sent., 1. IV, disp. XIX, q. î, a. 2; De natura el gratia, I. Ill, c. vï; Blliuart, De incarnatione, dissert. VIII, o. 1; en dehors de l’école thomiste, les plus grands théolo­ giens de la compagnie de Jésus, unanimement, Suarez, De incarnatione, disp. XVIII, sect. î, n. 3; Grégoire de Valencia, id., disp. I, q. vn, punct. 1; Vasquez, id., disp. XLI, c. ni; De Lugo, id., disp. XVI, n, 2; et de nos Jours, I logon, op. cit., q. v, a. 1; Le mystère de l'incarnation, Paris, 1913, IV· partie, c. î; Slentrup, op. cil., th. lxxvii; Franzelln, De Verbo incarnato, th. xu; Ch. Pesch, De Verbo incarnato, prop, xxn; Hurter, Theologia dogmatica, n. 584 sq., etc. Ces théo­ logiens ne prétendent pas, pour autant, supprimer la nécessité de la grâce sanctifiante dans l'âme du Christ comme principe des Opérations surnaturelles. La sain­ teté substantielle du Christ regarde l’état de l'huma­ nité unie A la divinité et non directement ses opéra­ tions. Ce explications données, Il n'est point difficile de montrer comment l’opinion communément admise est foi . · · n au I i 1 En autoilté tout I d’abord. La sainte Écriture atteste que le Cluht a reçu 1277 JÉSUS-CHRIST ET LA THEOLOGIE une onction Mngullèi c entre toutes, ct tellement exerp. UonneDo qu'l) en n pits son nom, χριστό;, 1 Oint. il Cor., î, 21, 22; 1 Joa., n, 20, 27; cf. Ps. xuv, 8; ls., lxi, 1; Luc., îv, 18; Act., iv, 27; x, 38. On pourrait à la rigueur entendre celle onction de la grâce sanollflante, mali où seruit alors la pleine signification des textes, qui comporte une différence radicale, essentielle entre l’onction de Jésus-Christ ct l’onction des justes ? Les Pères expliquent que celle onction est la divinité elle-même s’unissant à l’humanité, soit qu’il s’agisse de In cause active de l’union hypostatique, par exemple S. Irénée, Conl. llœrcs., L III, c. xvin, n. 3, P. G., t. vu, col. 92 i; S. Cyrille d’Alexandrie, In Joa., L XI, c. x, P. G., t. lxxiv, col. 542 (on peut aussi entendre l’onction désignée dans ces textes de la grôcc habituelle créée, cf. Franzclin, th. xu, § 1, n. 2; Pesch, n. 283); soit surtout qu’il s’agisse du Verbe s’unissant Immé­ diatement ù l’homme, par ex. S. Grégoire de Nazianze, Oral., xxx, n. 21, P. G., t. xxxvi, col. 131; S. Jean Damascènc, De fide orthodoxa, I. Ill, c. ni; Orat I de imag., fln, P. G., t. xav, col. 9J0, 1249; S. Au­ gustin, De Trinitate, 1. XV, c. xxvi, P. L., t. xui, col. 1093-1094; S. Grégoire 1c Grand, Epist., 1. XI, Lxvii, P. L., t. Lxxvii, col. 1208; etc. Voir les textes dans Pcsch, n. 282-283: Hugon, Le mystère de l’incar· nation, p. 210-211, ct surtout l’étau, De incarnatione, I. XI, c. vn-ix, S tenteup, Ih. lxxvii, part. n. Le con­ cile de Francfort (785) contient également une décla­ ration expresse : Christus natluia unctus, non per gratiam, quia in illo plene fuit divinitas, Epist. ad episc. H isp., P. L., I. xcvni, col. 377. « De tous ccs témoignages de la tradition se dégage une conclusion doctrinale dont fl est utile de faire ressortir l’impor­ tance. Le Sauveur est oint par l’union hypostatique, par le don même de la personne du Verbe. Or, dans le langage sacré, c oint · cl « christ > désignent celui qui est l’objet des complaisances divines, qui possède la vraie sainteté, celte justice intérieure, seule beauté qui plaît ù Dieu. Telle est donc la portée de nos textes : les autres justes sont agréables au Seigneur, saints, par la consécration accidentelle de la grûcc créée, le Christ, pur la consécration substantielle de la divinité. Pour nos docteurs, en effet, la sainteté consiste dans l’union avec Dieu : les justes n’ont qu’une sainteté accidentelle, parce que leur union avec la divinité, reste toujours accidentelle et participée; le Christ, nu contraire,parce qu’il est Dleusubstantiellcinent,csl saint d'une sainteté substantielle cl inflate. » Hugon, op. dt., p. 211-212. L'opinion de S. Thomas, favorable Λ la thèse communément admise, est bien exposée ct discutée par les Salmanlicenscs, De incarnatione, disp. XII, dub. π, n. 6-9. On la déduit de Sum. theol., IIP, q. vn, a. 1; q. xxn, a. 2; Compendium theoloyiæ, c. ccxiv; In IV Sent., 1. Ill, disl. XIII, q. î, a. 1, nd 5um; De veritate, q. xxix, a. 1 ; In Joannis euange­ lium, c. i, lect. vm, etc. La raison théologique, ensuite, nous amène Λ la même conclusion : Sanctifier une Ame, c’cst l’unir Λ Dieu, le lui rendre agréable, la soustraire au péché, lui conférer la filiation divine nu moins adoptive; la grâce sanctifiante fait tout cela, cn nous rendant participant de la nature divine. Voir Gkace, t vï, col. 1G12-1615. Mais « l’union hypostatique fait tout cela et plus que tout cela Elle rive l’humanité Λ Dieu par une élu into si forte qu’il cn résulte une seule per­ sonne. C’est l’être divin que le Christ reçoit et non plus une participation créée. En vertu do ce lien, Jésus mérite le litre d’enfant, bleu mieux que tous lo J us tes, par la grâce habituelle : Il est le Fils propre de Dieu; la grâce ne fait que des fils adoptifs. Enfin l’union l.vimstntlquc exclut ct le péché ct la puissance même d. pécher, car elle exige que toutes le> actions appar­ tiennent A la personne meme du Verbe, selon le prin­ SAINTETÉ DU CHRIST 1278 cipe ; Actiones sunt suppositorum. Le péché, dès lors, serait imputable au suppôt divin. Il répugne absolu­ ment que l'ombre du mal effleure cette humanité radieuse cl Immaculée que le Verbe vient gouverner. Ainsi, la grâce d'union est à elle seule un pouvoir éminent de sanctification, elle atteint toutes les pro­ fondeurs de sa nature humaine, les pénètre de cette onction Joyeuse qui fait de Jésus le plus beau des enfants des hommes. » Hugon. Marie, pleine de grâce, Paris, 1921, p. 72-73. Cf Monsahré, Exposition du dogme catholique, 40* conférence; Schwalm, O. P , l.c Christ d après saint Thomas ct < cornpréhcnseur ». c Λ/s dons du Saint-Esprit dans t'dme de Jésus· Christ. — Ci. S. Thomas, Sum. theol., IIP, q. vn, a. 5. Sur les dons du Saint-Esprit, voir t.iv, col. 1728 sq. — a) Existence. — L'existence des dons du Saint-Esprit dans l’Ame de Jésus-Christ, abstraction faite dc la théorie de leur distinction entre eux el de leurs rap­ ports avec les vertus, est une vérité de foi, tant elle est explicitement affirmée dans l'Écriture sainte et proposée pr renseignement ordinaire de l’Égllse. Jsaie, xi, 2, 3 nous montre les dons de TEsprit repo­ sant sur le Juste et Luc, îv, 1 nous déclare Jésus plein de l’Esprit Saint. Cf. Marc., 1, 1; Matth., ιν, 1; Luc., x, 21; Joa., i, 14, etc. La raison théologique démontre facilement l'existence des dons du Saint-Esprit dans l’Ame du Christ. On conçoit en effet les dons du SaintEsprit comme des dispositions surnaturelles ù rece­ voir docilement les suggestions ct les mouvements du Saint-Esprit. Par eux, le Juste est conduit plus qu’il ne se conduit lui-même. Et c'est pour ce motif que les | dons sont requis pour les actes sublimes et héroïques 1 qui dépassent les perfections où peut arriver, la simple énergie humaine. Cf. S. Thomas, In IV Sent., 1. III, dlst. xxxiv, q. 1, a. 1; Sum. theol., P-IIe, q. Lxvin, a. 1. Or c’est précisément cette louche instinctive de l’Esprit, ccs actes héroïques et sublimes qu'on remarque en Jésus, et d'une façon suréminente. Ct. Satmantlcenses, De incarnatione, ad q. vu, a. 5, n. 2; Gonet, disp. XII, a. 5, n. 103-104. β) Les actes des dons du Saint-Esprit en Jésus-Christ. — Durand de Salnt-Pourçaln, tout cn confessant l'existence des dons eux-mêmes, nie que ccs dons aient pu produire dans le Christ les actes qui leur corres­ pondent, pas plus qu'il n'accepte que ces actes soient produits dons les âmes bienheureuses. In IV Sent., 1. Ill, dlst. xxxiv, q. τη. Cette thèse est rejetée par l’ensemble des théologiens comme téméraire et proche de l’erreur. Salman licenses, loc. cit., n. 3. Elle com­ porte, cn eflet, une véritable négation de la perfection du Christ, et une réelle contradltion. SI le Christ a eu les dons, 11 a dû en produire les actes. « Par le don de sagesse, il a pu formuler des Jugements certains sur les choses divines connues dans leurs raisons les plus profondes; par le don dc science, il a formulé des Juge­ ment» certains sur les choses d'expérience quoti­ dienne, connues dans leurs raisons Immédiates ; par le don d'in tell i genet, il a très parfaitement pénétré les révélations divines; le don de conseil lui a dicté sa conduite en toutes espèces de circonstances et sans hésitation possible; le don de force a permis au Christ encore dans l’état de voir de braver la mort et de parfaire l’œuvre de notre rédemption; et, après la mort lui a donné la sécurité la plus absolue à l'endroit de tout danger. Par le don de piété, Jésus a eu un vrai sentiment d’amour, filial vis-à-vis de Dieu le Père, fraternel vis-à-vis des autres saints devenus les fils adoptif» de Dieu. Enfin, par le don de crainte, il a eu, vis-à-vis de Dieu, une souveraine révérence, ainsi qu'on va le déclarer. » Salmantlcenses, loc. cit., n. 3. Cf. (Mgr) FL de la Vlllerabcl, Les dons du Saint-Esprit dans Câme de Jésus, Salnt-Urieuc, 1916, p. 16-39. — γ) Le don de crainte dans l'dme du Christ. — Cf. S. Tho­ mas, Sum. theol., Ill·, q. vu, a. 6. La question spéciale de l'existence du don de crainte en Jésus-Christ s’est posée à l'occaskm dc U 11· proposition d’Abélard, voir Abélabd (Articles condamnés), t. 1, col 45, condamnée par le concile de Sen* (1140) el par Inno­ cent H etnime hérétique. Cf. Denzlnger-Bannwari, a. 370. l e don de crainte existe rn Jésus-Christ, « mal* dégigé