ΗΗΙΑΚΖΟΙ !Όίύ sa IT 31’3 I j ,!j \f : ' Et Joachim va jusqu'à dire que le Christ qui est apparu avec ses apôtres au début du deuxième âge est, au moins en tant qu’homme, la figure seulement de celui qui doit venir avec les siens au commencement du troi­ sième. Son trithéîsme finit presque par impliquer une espèce d'inégalité des personnes divines, inégales comme les périodes auxquelles elles président. Et qu'advicndra-t-il dans le troisième âge de la hiérarchie ccclésia.stiquc? On a déjà vu combien il serait faux de (aire de Joachim un rebelle à l’autorité, au Saint-Siège en particulier; et il est probable que la commission d'Anagni. en général équitable et objective, a faussé sa pensée quand elle l'a accusé d'avoir dit que le schisme grec était u Spiritu Sancto. C’est sans être détruite que ('Eglise visible s’absorbera en quelque sorte dans ('Eglise spirituelle; l’ordre clérical du deuxième Age jiourra avoir sa place dans l'ordre spirituel. Mais la supériorité de ce dernier est si évidente, l’avantage donné à la vie contemplative sur la vio active est si marqué, que la commission d'Anagni a cru pouvoir fonder sur de nombreux textes le reproche fait à Joachim de tendre ad depres­ sionem ordinis clericalis. 3. *L annonce prochaine de ΓÉvangile éternel. — Joa­ chim ne se contente pas d'affirmer l'avènement futur du troisième âge. Il croit pouvoir en indiquer appro­ ximativement la date, qui pour lui est très prochaine. Le monde arrive au sixième des sept temps du Nouveau Testament. Il faut prévoir à bref délai une grande persécution, un bouleversement général, puis une période < sabbatique » de calme et do bonheur, l’appa­ rition du nouvel ordre monastique, le retour à l'unité des orientaux et des juifs, et enfin la · révélation de V Évangile éternel, celui que l’Ange de l'Apocalypse porte à travers les deux pour le présenter A toutes les H 35 JOAOHIM DE FLORE. DOCTRINE netfon" de la terre. reniée vivante, durable, affranchie de M lettre ·( Fournier. Études, p. 17), et qui n’est pas, ne peut pas être un livre, mais bleu l’interprétation tplr hu ile de l'Evanalle écrit. L’un des plus importants résultats de * travaux du P. Déni fie sur le joachlmhme o*t d’avoir mis ce point hors de doute. Évangile étemel et Évangile spirituel sont synonymes pour Joachim. Il admet pour diverses raisons mystiques que le deuxième âge doit comprendre soixante-trois générations de trente ans, dont vingt et une de pr p nation, cuire Ozlns et le Christ; et quarante-deux drpuL Père chrétienne. Donc le deuxième état doit finir en 42 x 30 — 1260. Nous verrons l’importance qu’a rue cette date critique dans les spéculations des disciples de Joachim. Toute la période qui doit s’écouler entre le temps de Joachim lui-même et 1260 doit être une période troublée où se multiplieront les signes précurseurs. D’une manière générale, l’habitude de spéculer sur l'Apocalypse et l’Antéchrist rend pessimiste. C’est un t ditean très poussé au noir que celui que l’abbé de Flore trace de la situation du monde et de l’Églisc. La plupart de ses critiques sont d’ailleurs des lieux communs sous la plume des moralistes du Moyen Age. Inl· »! »ri’é morale des laïques, qui ont choisi la moins bonne part; corruption du clergé séculier, tant des Grecs * qui ne veulent pas accepter la doctrine spiri­ tuel1»· et reconnaître l'Églfce pour seule épouse du prêtre » que les Latins qui suivent leurs mœurs, d'i’(r npfram voluptati; ambition, avidité, pratiques shnonlnquei cl luxe des prélats; corruption des moines eux-mêmes par l’orgueil et l’avnricc; orgueil des savants, des docteurs, qui scotastica inflantur disci­ plina. orgueil plus dangereux encore, parce qu’il s'accompagne de malhonnêteté, des juristes et des c.inonhtes (Joachim attaque Gratlen avec autant de véhémence que Pierre Lombard); progrès des sectes hcr i iques ; danger extérieur, représent é par les mustil*. mun dont II redoute une alliance formelle avec les ennemis de l’intérieur, les manichéens; rien dans tout cela qui soit vraiment original. On noiera seulement que ce mystique et cet exalté maintient, contre les vaudols et les albigeois, les droits du bon sens, en proclamant la légitimité du travail et du mariage. Son ascétisme, quoi qu’en dise Toccot L'Eresia, p. 103, n'n rien de cathare; pas plus que scs attaques contre la corruption du clergé. 3· Jugements portés sur cette. doctrine. — Telle est dans ses grandes lignes la doctrine de Joachim : nettement hérétique, on le volt, puisqu’elle ne tend h rien de moins qu’à présenter comme provisoire et imparfaite une révélation qui, d’après la doctrine do l’Églisc, est définitivement close, et aussi achevée que le comporte In nature de l’homme Ici-bas; d’ailleurs exposée snuvmt en termes assez vagues et contradictoires pour qu'une interprétation bénigne soit Λ la rigueur l»o\sible (Papebroch a encore travaillé Λ en donner une); originale à beaucoup d’égards, mais préparée cependant par tout un courant de spéculations millénaristes. Cf. Bernheim, Mittclalterliche Zeilanirhauungen in ihrem Einfluss auf Potitik und Geschichtsrhr'tbiing. Toutes ces circonstance ** expliquent, d’une pert, ta fortune, d’autre part l’étonnante indulgence qu’on va voir qu’eurent longtemps pour elle l’opinion rrU disciples, découverts peu après et condamnés par le concile de Paris en 1210. Sur cette aflaire, voir Aîphandcry, Les idées morales chez tes hétérodoxrs latins au début du xtu * siècle. p. 145 sq. Parmi les erreurs signalées (cf. le catalogue publié par Martène» Thésaurus Aneedotorum, t. iv, p. 163, et Déni île et Châtelain. Chartularium Universitatis Parisiensis. 1.i, p. 21), figuraient les suivantes : le Père, dans le prin­ cipe, a opéré sans le Fils et le Saint Esprit jusqu'à l'incarnation du Fils. Le Père s'est Incarné dans Abraham, le Fils dans Marie, ΓEsprit Saint s'incarne tous les Jours en nous. Le Fils a agi jusqu'à mainte­ nant; l'Esprit Saint agira désormais jusqu'à la con­ sommation des siècles. D’autres témoignages confir­ ment celui-là et le précisent. Ainsi Guillaume le Breton, édit. Delabordc pour la Société de THistoire de France, p. 232, spécifie que pour les amalriciens, les sacrements du Nouveau Testament étaient en train de finir, comme la venue du Christ avait aboli ceux de l'Ancicn. Même idée dans le Contra Amaurianos, édit. Bnûmkcr, et dans Césaire d’Hehterbach. Dia­ logus miraculorum, dlst. V, c. xxn. On reconnaît exactement (beaucoup plus, à notre avis, que ne le pense M. Delacroix, Essai sur le mysticisme spéculatif en Allemagne. p. 43-45, qui veut au contraire établir une opposition) l'une des Idées essentielles de Joachim» exprimée plus crûment peut-être. Mats ceci po *e un problème : y a-t-il rencontre, emprunt direct et de la part de qui? Emprunt à une source commune? C’est la question des origines du système de Joachim, dont on ne peut dire qu'elle soit élucidée. Mais surtout le joachimisme a bénéficié d'une coïn­ cidence. Les ordres mendiants, fondés, avec un im­ mense succès, très peu de temp> après la mort do Joachim, sont arrivés à propos pour paraître justifier une de scs predictions. Ils avalent le plus grand intérêt à ce que l'on reconnût en eux les moines · spirituels ■ du troisième âge. Songeons que. d’après Papcbroch, loc. cil.. col. 139, il y eut encore des gens pour recon­ naître ceux-ci dans les jésuitesl En réalité, si Joachim avait pensé à quelque chose de précis, c’était plutôt aux cisterciens, dont il parait avoir espéré comme un rajeunissement. Schott, Die Gedanketu... p. 171. Mais son prestige ne trouvait pas moins son compte à l’erreur plus ou moins volontaire que l'on commettait. La même Interprétation confirmait avec éclat ses dons prophétiques, et réciproquement glorifiait ceux qui en avaient été le sujet. Les mendiants exploitèrent ce thème avec l'orgueil de corps qui, dans les ordres • religieux, s'allie si bien à l’humilité individuelle. Par i l’interprétation forcée d’oracles authentiques, mais vagues, puis par la support on d’oracles apocryphes, mais précis, on arriva au même but : se persuader 1 que Joachim avait prévu le * mendiants. Cf. Haupt, art. cité, p. 400-401. Pour les dominicains, Gérard do Frachct le dit dans ses Vt/æ Fratrum. édit. Reichert· dans Monumenta ordinis /rutrum praedicatorum historica. p. 13 : Joachim etiam abbas et institutor Florensis ordinis de ipso pnedicatorum ordine in multis libris et locis scripsit; 1439 JOACHIM DE FLORE. LE JOACHIMISME r/ rfescriMis ordinem et habitum monuit fratres suos ut pant mortem suam, cum talis ordo exsurgeret, suscipe­ rent eum devote. Quod et fecerunt, recipientes fratres cum cruce et processione quando primo venerunt ad eos, Galvagno della Flamma Io répète dans sa Cronica ordinis prerdicatorum, édit. Reichert, ibid,, t. π, p. 9. lorsque fut augmenté io nombre des provinces de l'ordre, qui depuis 1228 était de douze, il y eut do visprotestations : on donnait un démenti à Joachim, qui avait annoncé que dans l’ordre spirituel 11 y aurait anus major et cum eo et sub eo duodecim pnefatum ordinem regentes. Marlène et Durand, Amplissima collectio, t. vi, p. 335 cl 318. Quant aux frères mineurs, saint Bonaventure luimême dit dans le prologue de sa Legenda S, Franciscl : Sub apertione serti sigilli nidi, ait Johannes in Apoca­ lypsi, alterum angelum ascendentem ab ortu solis haben­ tem signnm Del. Hunc Dei nantium amabilem Christo.., servum Dei fuisse Franeiscum indubitabili fide colli­ gimus. Or celte assimilation de François à l’ange du sixième sceau était familière aux néo-joachimiles, et Unit d’ailleurs par leur être reprochée. La commission d’Anagni a censuré chez Gérard de Borgo San Donnlno une proposition analogue, Dcniflo, Archio..,, t. i, p. 101 ; l'inquisition languedocienne, au début du xiv· siècle, condamnait les béguins qui l’acceptaient sur la foi de leur maître Pierre Olivi. Limborch, His­ toria Inquisitionis, p. 301. Il y a là une petite conces­ sion au néo-joach'inisme que l’amour de son ordre a arrachée à Bonaventure. Bien entendu, Salimbcne fait chorus, p. 20, 21, 101, 266, 288-9, 293, 580. Les mendiants sont les pécheurs et les chasseurs prophé­ tisés par Jérémie, d'après VInterpretatio in Jercmiam du pseudo-Joachhn; ils sont les deux témoins du c. xi de l'Apocalypse; ils sont figurés par Énoch et Élie, qui doivent revenir à la fin du monde; la grando preuve qu'au contraire les apôtres groupés autour de Gérard Segarclli n’ont pas une véritable mission, c’est que Joachim no parle pas d’eux. Ceci s'applique aux deux ordre *, mais, d’ailleurs, Salimbcne, en bon franciscain, assure un privilège au sien. < L'abbé Joachim, à qui Dieu a révélé l’avenir, a dit que l’ordre des prêcheurs devait souffrir avec celui des clercs [dans la persécution de l'Antéchrist); celui des mineurs durera jusqu’à la lin. · Même un document olliciel et solennel, comme l’encyclique commune adressée aux deux ordres par les deux généraux, Jean de Parme et Humbert de Romans, au plus tort de la querelle avec le clergé séculier et l'université Lilterx encycliac.,., édit. Reichert, p. 25), exalte les mendiants dans un style très joachimitc, avec des allusions à l’Apocalypse et à · la Sibylle »; le symbole des duæ stellœ tucidie... habentes speciem quatuor animalium, qui nomen agni vociferant, est en effet emprunté presque textuellement à la prophétie de lu Sibylle Érythrée. Holder-Egger, bleues Archto, t. xv, p. 165. Une histoire chère aux deux ordres voulait que Joachim eût fait peindre d’avance, dans sa cellule, le portrait d'un dominicain (ou d’un franciscain), annon­ çant que des religieux porteraient un jour ce costume, Cf. Continuatio 1 de la Chronique d’Erfurl, dans Monumenta Germ, hist., t. xxiv, p. 207; et pour les mineurs les Flores temporum, ibid., p. *239. Duns l'ordre des mineurs tout au moins et malgré les circonstances qui auraient dû rendre suspect le souvenir de l'abbé de Flore, l’utilisation de Joachim resta une tradition durable. Barthélemy de Pise. qui a écrit vers lu fin du xiv· siècle le fameux De conformilate oilr béait Franciscl ad oitam Domini Jesu, édité dans Analecta Frunciscana, t. iv, n’était certainement pas un spirituel ni à proprement parler un joachimitc. S'il dit beaucoup de bien de Jean de Parme, p. 275-76 et 337, il loue Pierre Olivi, mais en rappelant qu’il a dû 1440 rétracter quelques erreurs, p. 339 et 540, et, ce qui est un sûr critère, il est très dur pour Ubcrtino de Casale, qualifié de membre pourri, p. 440, et de schismatique, p. 541. Seulement sa thèse veut que saint François ait été prédit et préfiguré, comme le Christ; et c’est pour une bonne part à Joachim — ou au pseudo-Joachim — qu’il en emprunte la démonstration. Renchérissant sur la légende du portrait, il veut, entre autres, p. 56, que Joachim ait fait représenter saint François avec les stigmates, en mosaïque, à Saint-Marc de Venise; ce que saint Antonin ne manque pas d’attribuer aussi à saint Dominique. Acta Sanctorum, août, 1.1, col. 378. El pour autoriser son garant, il n'hésite pas à écrire, ce qui était aller un peu loin : < l’abbé Joachim, dont les œuvres ont été approuvées par l’Église, sauf le livre écrit contre maître Pierre Lombard. » Ce n’est pas par hasard que, parmi les mendiants, les franciscains surtout adoptèrent le Joachimisme. ils avaient avec lui une affinité particulière. Ils n'étaient pas au début, comme les prêcheurs, un ordre univer­ sitaire et savant; ils ne le furent jamais d’une convic­ tion aussi unanime. Ils n’étaient pas prémunis contre les chimères par une aussi solide culture théologique. Des méthodes intellectuelles du temps, beaucoup d'entre eux ne savaient pratiquer que la plus mauvaise, ayant l’habitude de l'interprétation allégorique et symbolique, la manie des sens multiples et cachés. Encore laïques en grande partie, exaltés dans le culte de la pauvreté, arrachés pour leur propre compte aux cadres ordinaires de la société, et, partant, enclins à croire prochaine la fin de toute société, ils formaient un milieu très prédisposé aux rêveries apocalyptiques. La chronique de Salimbcne nous le fait connaître avec une vie extraordinaire. Elle est à cet égard un docu­ ment do premier ordre, encore qu’il faille l’utiliser avec précaution, comme tous les mémoires, car les défaillances de souvenir de l’auteur, son imagination excessive et son besoin de pittoresque lui jouent parfois des tours fâcheux. Cf. Holder-Egger, dans bleues Archio, t. xv, p. 150. Mais Salimbcne, sait tout du mouvement joachimitc; pour beaucoup d’ouvrages, il apporte la première attestation; il permet do dresser une liste des principaux adeptes; il fait revivre les diverses attitudes, dans l’ordre et hors do l’ordre, depuis les sceptiques, comme frère Pierre de Pouille, qui « ne se souciait pas plus de Joachim que de la cinquième roue d’un chariot », p. 239, jusqu’aux convaincus de types variés; comme ce Benvenuto Ardenti do Parme, professionnel de l’interprétation, pauvre cordonnier illettré « qui avait l'esprit illuminé pour comprendre les dires... de tous ceux qui avaient prédit l’avenir, » p. 512 et 532, ou au pôle opposé frère Raoul de Saxe, < grand théologien et logicien et disputeur », qui, saisi par les livres de Joachim, avait tout abandonné pour cette étude, p. 236, cl sur­ tout frère Hugues de Digne, · un des plus grands clercs du monde..., ù la voix pareille à une trompette sonore ou aux éclats du tonnerre, » d'une extrême audace de langage, collectionneur infatigable de toute la littéra­ ture joachimitc, très personnel à l’occasion dans son exégèse, et persuadé que Joachim avait souvent été trahi par ses disciples, toujours prêt à discuter avec ses confrères de passage, avec un curieux mélange de conviction naïve, de charlatanisme et de chicane sco­ lastique, tenant école permanente do joachimismo pour les notaires, juges, médecins et autres lettrés qui 1 s'assemblent dans sa cellule les jours de fête, p. 226236; — en passant par des personnages du type de Salimbcne lui-même» croyant à l’ordinaire, sauf à renoncer à tout devant le démenti des faits, mais se raccrochant toujours à quelque explication nouvelle qui lui paraît tout sauver. La propagande très active était très facilitée par le» habitude * nomades des reli- 1441 JOACHIM DE FLORE- LE JOACHIMISME gieux, très souvent déplacés, et par la discipline en somme très paternelle de Tordre; on est frappé de voir le Joachimismc apparaître presque simultanément dans toutes les provinces. L’autorité ecclésiastique témoignait à cet égard d'une singulière curiosité, témoin l'invitation adressée par Innocent IV à Hugues de Digne, de prêcher à Lyon, devant les cardinaux. • Nous avons entendu dire que tu es le successeur de l'abbé Joachim dans la prophétie cl un grand Joachlinile... Parle-nous donc et instruls-nous. » Hugues parle donc, devant les cardinaux qui l'écoutaient avec une certaine défiance dédaigneuse : Cu/usmodl rumores habet homo iste? mais au fond d< .iraient entendre de lui ces rumeurs, et multa futura, p. 231. Hugues do Digne se vante à Salimbcne d’avoir profité de l'occa­ sion pour tenir au Sacre Collège, impunément, le plus rude langage. Tellement on était alors porté en haut lieu à juger le joachimisme chose inoffensive et digne peut-être d’être prise au sérieux! L'autorité impériale, là où elle était la maîtresse, sc montrait moins tolérante; témoin cct abbé de l’ordre de Flore, des environs de Pise, qui dépose chez les mineurs du couvent de Pise tous les livres de Joachim qu’il possé­ dait, dans la crainte que l'empereur ne détruise son monastère. Salimbcne, p. 236. Il ne faut d’ailleurs pas, comme on l’a essayé, expliquer par ce hasard l’intro­ duction du joachimismc dans l'ordre. Le fait sc place entre 1243 et 1247. Λ voir combien était grande la diffusion du joachimismc, très peu de temps après, il faut qu’elle ait commencé beaucoup plus tôt. De toutes façons, la doctrine parait avoir établi entre ses adeptes quelque chose qui ressemble à une francmaçonnerie. Parmi scs attraits, il faut compter celui de l'ésotérisme, sinon encore du fruit défendu. Ce n'était déjà plus du pur joachimismc qu i! s'agis­ sait. Car en même temps que le vrai Joachim, et davantage peut-être, on lisait l'abondante littérature, qui naissait précisément alors, d écrits attribués à Joachim ou d'inspiration analogue. Lu plupart ont ce trait commun, et nouveau, de prétendre être des pro­ phéties proprement dites et des révélations nouvelles, tandis que l’abbé de Flore s'était donné seulement pour l’interprète des prophéties bibliques. A défaut de l’étude générale et approfondie qui manque encore, on aura pour s’orienter les articles déjà indiqués, de Frlcdcrich, qui donne des analyses développées des commentaires sur Jérémie et Isaïe, ceux de HolderEgger, et le livre do Hampers, Die dcutsche Kaiscridee in Prophétie und Sage, qui embrasse d’ailleurs une période beaucoup plus vaste que celle qui est l’objet do cet article. Les franciscains furent souvent les auteurs ou les propagateurs de ces écrits. Nous ne pouvons que les caractériser brièvement dans leurs trails communs. Abstraction faite du De semine scripturarum, qui appar­ tient à une époque un peu antérieure, voir col. 1 131, dont l'influence, pour autant que nous la connaissons, s’est exercée plus tard, trois tendances générales y apparaissent, dont les deux premières, tout au moins, étaient, et pour cause, tout à fait étrangères à l’abbé de Flore, et caractérisent précisément le pseudojoachimismc du milieu du xilï· siècle. 1. Ils sont (il s’agit notamment des commentaires sur Jérémie et sur Isnfe, sur la Sibylle et sur Merlin) violemment hos­ tiles à Frédéric II, traité comme T Antéchrist, avec un mélange de haine et de terreur sacrée; on délestait en lui le fauteur de Satan, on révérait l'exécuteur des desseins providentiels, l’agent dos châtiments et des purifications nécessaires. A propos de la mort do l’empereur, Salimbcne, p. 174, a fort bien exprimé co double sentiment : « Je frémis, quand je l'appris, et pus à peine le croire. J'étais en effet Joachimitc et Je croyais» cl j'attendais et j'espérais que Frédéric ferait encore des maux plus grands que ceux qu’il avait faits, 1442 quoiqu’il en eût fait beaucoup. » La légende célèbre de la survie et du retour futur de Frédéric est proba­ blement d’origine joachimite. Toute celte littérature est brûlante d’une espèce de fièvre « obsidionale », et se ressent des émotions d’une lutte inexpiable. Ceci vaut pour T Italie, car en Allemagne, en 1243, on volt poindre, cf. Vôller, Die Secte oon Schivôbiich-IlaU und der Ursprung der deutschen Kaiscrsage, dans Zeitschrift fûr Kirchengeschichte, t. iv, p. 360, une curieuse secte, cf. Annales S ta denses, dans Monumenta Germ, hist,, t. xvi, ρ. 371, et Epistola fratris Arnoldi O. P. de correctione Ecclesiæ, édit. Winkclmann, qui parait bien se rattacher au Joachimismc, mais est en révolte ouverte contre le pape, contre les ordres mendiants (quoique fondée par des dominicains), et patronnée au contraire par Frédéric II et son fils Conrad. Par un singulier renversement des rôles, ce n'est plus Frédé­ ric, mais le Saint-Siège, qui est l’Antéchrist. En un mot, un néo-joachimisme à l’usage de l'Allemagne. — 2. Les écrits pseudo-joachimltes, glorifient avec exal­ tation les mendiants et surtout les franciscains. — 3. Us ne tarissent pas sur la corruption du clergé. Exagé­ rant les idées du vrai Joachim, ils condamnent en son principe la grande institution politique cl administra­ tive que devient de plus en plus l’Église. Vis-à-vis delà papauté, le langage, encore strictement orthodoxe, car la primauté du pape n’est pas niée, est d’une singulière amertume dans la critique et va souvent jusqu’à l’injure. Pour l'auteur du Commentaire sur Jérémie, l’Église romaine est déjà la grande prostituée de l’Apocalypse; il vaudrait mieux pour le pape Sylvestre qu’il ne fût jamais né; le patrimoine de l’Église, reçu par lui, a été pour elle l’arbre de la science du bien et du mal. Le joachimisme manifeste ici un principe d’anar­ chie, destructeur de la notion d'Égiise. On saisit déjà le lien qui l’unira aux spirituels. C'est précisément vers la tin de la première moitié du xiii· siècle que ces deux mouvements se confondent. Ils apparaissent déjà tout à fait unis chez Hugues de Digne, le grand propagateur du joachimisme qui est en même temps « le père des spirituels », dit Florovsky, lequel a publié son De finibus paupertatis, dans Archi­ vum Franciscamim, 1912, t. v, p. 279. Une grande date dans leur histoire commune est probablement l'élec­ tion de Jean de Parme comme général des francis­ cains, en 1247. Homme de grande sabiteté et de juge­ ment peu sûr. Il était, au dire de Salimbcne, p. 294, maximus Joachita, ami de Hugues de Digne et d’autres personnages plus compromettants encore. D’autre part, en un temps où l’ordre franciscain commençait à être déchiré par la lutte des spirituels et de la com­ munauté, ceux-là fidèles jusqu’à l’intransigeance à la conception franciscaine de la pauvreté absolue, celleci acceptant cl recherchant tous les adoucissements, toutes les fictions legales, qui réintroduisaient une quasi-propriété de fait, Jean de Parme, même si on ne des ail pas le ranger panni les spirituels propre­ ment dits, ci. sur ce point Holzapfel, Handbuch, p. 33, leur était certainement favorable; il traita fort bien les plus ardents, que son prédécesseur avait frappés. Il a favorisé dans l’ordre l'expansion du joaehimbmc, et préparé, accompli en sa personne l’al­ liance du Joachimisme et du spiritualisme. On le lui a parfois durement reproché. · Frère Jean de Panne, dit à Salimbcne l'ancien provincial de Milan. Barthé­ lemy de Mantoue, a troublé lui-même et son ordre. Il était d’une si grande science et sainteté cl d'une vie si excellente, qu’il aurait pu réformer la cour de Rome, on l’aurait cru. Mais ayant écouté les prophéties de loques, U s’est couvert de honte et n’a pas peu nui à ses amis. · C’est aussi durant son généralat qu’éclata l'incident qui brouilla l'autorité ecclésiastique avec les Joachliniles. 144.3 JOACHIM DE FLORE. LE JOACHIMISME *2 L’afiltre de t’Ernnp'le éternel et le procès de Jean de Parme — Sur celle affaire célèbre, dont l'Importanre a /té parfois exagérée. la pleine lumière a été faüc pour la pr< mièro foi, par le mémoire du P. De­ note. Dot Evangelium sternum. En 1254, le franciscain Gérard de Ho ego Snn Donnlno, signalé par Salimbene comme un jor« *himite ardent, p. 236, religieux de la province de Sic le. envoyé pour étudier à Paris, ibid., p. 237. dexenu lecteur en théologie, p. 456, publia Λ Paris VIntrnductorius in Evangelium irternum. Cette dernière expression était empruntée à Joachim, mais le sens en était changé. Tandis que pour l’abbé de Flore l'Évangifa éternel n’était que le sens spirituel et la pleine intelligence de l’ÉvanglIc du Christ, d’après Gérard l’Espril de vie, aux en virons de l’an 1200 (année do testament de Joachim), s'était retiré des livres des deux Testaments. Ceux-ci devaient être rem­ placés par d’autres, qui seraient les livres canoniques du troisième âge du monde. Cet évangile nouveau, cct évangile étemel, n’était pas autre chose que les trois grands écrits de Joachim : l'Apocalypse, la Concordia et le Psalterium. L'ordre franciscain avait été suscité pour le prêcher; saint François est l’ange do la Révé­ lation, gui habuit signum Dei viol. Tel était, à en juger par les quelques extraits qui nous en restent, le sens de la préface — Vlntroductorius, aujourd’hui perdu — qui devait précéder une édition glosée des trois œuvres Joaehimltes. Il y a tout lieu de croire, d'ailleurs, que Gérard ne publia que la Concordia. Il fout se garder d'attribuer cette doctrine à tous les joaehimltes. Snlimbcne, par exemple, la repousse expressément. Pour lui, Gérard a écrit beaucoup de fatuitates, do verba frivola et risu digna, de falsitatcs contra doctrinam abbatis Joachim: il a très bien vu la déviation que subissait la vraie doctrine de l’abbé de Flore. On n’a pas du tout l’impression que Gérard ait eu une école; quelques amis ou protecteurs, tel Jean de Parme, qui ne partageaient pas néce ;sairemont toutes scs Idées. Mais son livre eut dan * * milieux le parisiens un retentissement fâcheux qui prouve quelle attention on portait à ces ch·» c*. Jean de Meung et Rutebcuf en témoignent; le premier parle de Uni livres de par le d«-able; C’est rÉui i·’ î·,· jNcdumble Que U Sulnz i^periz ineafotre, et que tout le monde pouvait se procurer nu parvis Notre-Dame. Roman de In Rose, édit. Fr. Michel, t. τι, p. 36: le second proteste contre le navel dieu et nueve Evangile, propagé par les hypocrites, et contre le cinquième esvangelitre. Complainte de Constantinople et De Sainte Eglise, édit. Jub’iufi, t. i, p. 120, et I. n, p. 47. Le livre paraissait nu moment où la querelle entre l’Unl versité cl les mendiants était dans sa phase la plus aiguë. Les professeurs séculiers, ennemis des mendiants, et notamment leur chef de flic, Guil­ laume de Saint-Amour, l'cxolohèrent sans mesure et même tans probité. Ils l'attribuèrent aux dominicains, mensonge qui a ru une n sez grande fortune. Ils aggra­ vèrent encore la fatuitas de Gérard en faisant rentrer V Introductori us dans l'Evangile étemel, avec les * œuvre de Joachim. Surtout ils dressèrent une liste de trente et une propositions qu'ils tirent parvenir à la cour pontificale. Le texte dans Dent lie, Chartularium, t. I, p. 272. Sept étalent tirée de Vlntroductorius, et on ne peut les vérifier. Les vingt -quatre autres repo­ sent sur des passages authentiques de la Concordia, mai-. comme l’a montré Dcnifio, le sens en est presque toujours torturé <·♦ faussé. Saisi de l’ndilre par l’évètyie de ΡηΗκ. qui lui envoya Vlntroductorius, Alexa»· ’re IV, qui alors (juil­ let 1255) réddait à Anagnl, nomma une cdmmh ion composée des trots cardinaux Eudes de Tusculum, 1444 Étienne de Palestrina et Hugues do Sainte-Sabine. Déni fie a édité le procès-verbal do ses séances, Das Evangelium irternum... dans Archiv,.., t. i, p. 49-164. Elle dépouilla Vlntroductorius et en tira un certain nombre d'errores et fatuitates suffisantes pour en donner une idée. Ce n'est que par son travail que nous con­ naissons aujourd’hui l'ouvrage. Devant clic comparut d’autre part Florentius, évêquo d'Acrc, qui produisit un certain nombre d'extraits tirés de Joachim luimême, dont il demandait la condamnation. Honnê­ tement cités — la comparaison le prouve — vérifiés avec soin par la commission, classés méthodiquement, ils forment, a pu dire Deni Ile, en 18S5 ■ l'exposé le plus Intéressant et le plus riche du système de Joa­ chim que l’on ait encore écrit ». Loc. cil., p. 89. Le résultat de l’enquête fut une bulle d’Alexandre IV condamnant Vlntroductorius seul, et prescrivant à l'archevêque de Paris de le faire détruire, mais avec toutes les précautions voulues pour que la faute d’un seul ne fût pas imputée à l’ordre des mineurs tout entier. Potthast, n. 16072 et 16079. Gérard, nous apprend Salimbene, p. 237 et 455-456, fut privé de l’oflicc de lecteur et du droit de prêcher et de confesser et renvoyé dans sa province. Comme il refusait de se rétracter, Bonaventure, général de l'ordre depuis 1257, le manda en France, où il se trouvait alors; cela un peu avant le 30 août 1258. SaLmbcno, p. 456. Il fut Jeté en prison et y mourut impénitent et privé de la sépulture ecclésiastique. A cette occasion il fut décidé qu'aucun frère ne pourrait rien publier sans une auto­ risation du chapitre provincial. Ibid., p. 162. Ange de CJarcno, le célèbre spirituel, dans son Historia tri· bulationum, publiée par Ehrle dans Archio..., t. n, p. 283-281, confirme le récit de Salimbene, fait le plus grand éloge de Gérard, de sa science, de sa douceur, de sa sainte joie dans sa prison, et ajoute ces deux détails intéressants : en même temps que lui, on con­ damna de la même manière un frère Léonard, qui était comme lui des principales socii de Jean de Pamw; et le principal chef d’accusation destine à les convaincre d'hérésie fut la doctrine trinltairc de Joa­ chim; les deux rc’igloux s'acharnèrent A défendre comme orthodoxe le traité condamné en 1215. blAmablo seulement en ce qu’il imputait ù Pierre Lom­ bard une erreur que celui-ci n’avait pas soutenue. Ehrle, loc. cil., p. 276. Quant aux œuvres de Joachim, malgré la critique très vive qu’en fait le procès-verbal de la commission d'Anagni. elles ne furent pas, alors ni depuis, condam­ nées par le Saint-Siège. Mais l'évêque d’Acrc, Flo­ rentius, ne les oublia pas; devenu archevêque d’Arles en 1262, il convoqua en 1263 un concile provincial qui défendit de tes répandre ou de les utiliser. Déni Ile, loc. rit., p. 90. L’afTalrc eut un épilogue en ce qui concerne Jean de Parme, très compromis par la condamnation do scs socii, au point qu'une tradition s'accrédita plus tard d'après laquelle II aurait été le véritable auteur de ΓIntroductorius: elle se trouve notamment dans le Directorium tnquisilàrum d’Eymeric, part. II·, q. ix. Toutefois le P. Dcnillc, toc. cit., p. 142, a montré que ce passage ne se rencontre que dans un seul ms., celui de l'I'scurlal, du commencement du XV· siècle, et qu’il est une Interpolation. Parmi les modernes, Tocco, Eresia..,, p. 172-3, a soupçonné Jean de Parme. C'est * L à partir de ce moment sans doute que son attachement au joachimlsme le brouilla avec Alexandre IV, < qui auparavant l’almalt beaucoup, à cause de sa science et do sa sainte vie ». Salimbene, p. 301-2. C'est une question de savoir si, comme le veulent Salimbene, p. 309, Ange de Clnrcno, toc. cil., p. 270, et le Catalogus generatis ministrorum ordinis fratrum minorum, édité par I lolder-Egger. btonum. Germ, hist., Scriptore *, i t 1445 JOACHIM DE P LORE. Li JiMCfll.MiSME I 4 ίϋ I. xxxif, p. <163, sa démlMlon fut tout ft fait volon­ grrnd mouvement de VAIIeh ia ion Pô, annoivant qu’elle- étalent réservées à ceux qui dirigée par son successeur nu généralat, saint Bona­ prétendra «o! passer chez lui cum verberatione ista. Le venture, et le cardinal Jean Ordnl. (X Stemfeld, Der podestat de Parme retint les têtes chaudes, qui vou­ Cardinal Johann Gaétan Orsini, p. 11-12. Ce dernier laient aller chercher le martyre, ft la grande satisfac­ avait été son ami, et s’était séparé de lui à propos du tion de Salimbene, toc. cil , qui avait été entraîné par Joachimisme. Salimbene, p. 302. D'après Ange de Cha- le mouvement. un peu nia'gré lui, de Mbdène a Parme, reno, notre seule source ou peu s'en faut. car Salimbene et blâmait Palïavîrlnî, mab ne se soudait pas de ent garde sur tout le procès un silence tout à fait singulier, l’afTronler. Parfois le polecat ou l’és êq ie con mais une source bien peu sûre, Jean de Parme aurait le cortège. D'ordinaire rependant le autorités sont été avant tout victime des rancunes delà communauté. poussées plutôt qu’elles ne dirigent. Là où il eut libre Le vrai grief contre lui aurait été son attitude dans la cours, le mouvement fit du bien et du mal; dt< resti­ * rappels de bannis; question de la pauvreté, et l’accusation d’hérésie, de tutions. des réconciliations, de joachimisme, surtout un prétexte, Loc. cit., p. 274- mais bien des tête» détraquées et des désordres. Tout 276 et 285. 11 est permis d’en douter; ce sera toujours celo d'ailleurs tout ft fait éphinière. En 1260 aussi — et cette coTnc dcnce est la seule la tactique des spirituels de présenter les choses ainsi. .Mais il est fort intéressant de relever l’assertion I bonne note qu’y reconnaisse SV rnbene, loc. cit., d’Ange, que Jean de Parme aussi sc vit reprocher p. 293 — commence la prédication de Gérard Segal’erreur trinltaire de Joachim. Les accusations qu’Ange relli de Panne : type curieux . t. in, p. 103-121; Tannn. Hislo r des critique. C’est aussi une question de savoir comment tribunaux de Γ Inquisition en France, p. 87-93: Ehrle, se termina l’affaire. Toujours d’après Ange de Clarcno, Archiv..., t. iv, p. 154 sq. C’< »t un illettré; refusé ( arle Bonaventure et le cardinal Orsini avaient résolu de couvent des mineurs de l'arme, il sc met pour son condamner Jean de Parme à la prison perpétuelle. compte à prêcher la pauvreté, nvee une application Ils en auraient été empêchés par une véhémente pro­ littérale et Indécente du nudus nudum Christum sequi. testation du cardinal Ottobuono Fieschi, le neveu Si Salimbene n'a p »< un pru brodé, cf. son long exposé sr ait appVqilé aussi ft une 1m t.vlon d'innocent IV et le futur pape Adrien V. « La fol de p. 256-28S. j| frère Jean est ma fol, sa personne est ma personne,., de la vie du ChrLt qui n’aurait été qu’une puvn’.e et ses injures sont mes injures », leur aurait écrit Otto­ choquante parodie· L'cxlraordinalre est qu'il 01 des buono. Loc. cit., p. 286. Ils n'auraient pas osé passer disciples; on signale, dè» avant la On du siècle, des outre, mais cum fratre Johanne colloquio habito, simul apôtres (c’est le nom qu'ils se donnaient; l’ÉgH c les in verbis communibus quieverunt, ce qui veut dire sans appela les (aux npôlpes) en Allemagne, en Languedoc, doute que l’on s'entendit sur une formule vague, per- en I'»pagne. Dans quelle mesure Scgarv'll a-t-il eu une mc tant aux partisans de saint Bonaventure de dire doctrine véritable? Il e*t difllcllede le dire. Mais qit nd que Jean s’était rétracté (per doctrinam abbatis il eut été brûlé par Γ Inquisition, A Parme, en 1300, Joachim deceptus in designatione ultimorum temporum... il eut pour successeur à la tête de la secte un hommo quo· astruxerat déduit, dit le Catalogus generalium qui lui était fort supérieur, comme culture cl comme ministrorum, loc. cit., p. 664), ot aux partisans de Jean talents d’organisateur : fra Dob >no. Celui-ci organisa de lui donner le beau rôle. Retiré ft l’ermitage de scs adhérents en une bande armée, avec laquel’e il se maintint plusieurs années dans les montagnes du Grecclo, Il y vécut encore de longues années, jusqu’en Piémont; il fallut plusieurs croisades en règle pour 1289, dnns’la piété et la pauvreté, n’abdiquant rien de ses convictions, doucement rallié Λ ce propos par venir A bout do lui. On a de lui deux lettres ou du * longues analyses qu'en a données Bernard son ancien juge le cardinal Orsini, devenu le pape moins le Nicolas III, Snlimbcne, p. 302; soutenu d'ailleurs par Gui, Practica Inquisitionis, p. 330-336. I! y expose de fidèles sympathies, notamment par celle de maître une théologie qu’on peut qualifier de joaihlmlte (ou * large seulement, par la Pierre d’Espagne, qui devenu pape tous le nom de pseudo joachimite) au sen Jean XXI, voulut l’avoir ft la cour pontificale, et son­ rage de scruter les prophéties, par la croyance u des geait ft faire de lui un cardinal. Salimbene, p. 304. Ce bouleversements prochains, par l’idée d'un révocation n'est pas le seul exemplo, ft ce moment, d’un prince dan» l'Égllse, et de plusieurs étapes; mais d’ailleurs les quatre périodes (nu lieu de trois) dans lesquelles de l’Eglisc quelque peu teinté de joachlm’sme. 3® Le joachimisme populaire. — C’est dans ce il divise l’bistplntuel — la condamnation de la doctrine de la pauvretd évangélique, qui semblera détruire l’ordre fra tciscoin. Mais le Christ triomphera. A son image. Français ressuscitera; son ordre se relèvera avec lui, et régnera sur toute la terre durant la septième époque désormais inaugurée. Olixi a bien l’air de dire que c'est François qui gouvernera l'Êglko, à lui que pas­ sera ’a primauté, enlevée à l’Ê JUe romaine a cause de ses vices. Cf. Dollinger, op. cil., p. 537. Et tout cela est prochain; du Christ À la crucifixion des pauvres évangéliques, Il doit s’écouler 1300 ans; la septième époque en durera 600 ou 700. Il convient de remarquer qu’OIivi n’a pas emprunté A Joa< hhn, en le» iran posant, scs Idées apocalyptiques seulement, mais eus I, .cinble-t-il, l'esprit, au moins, de sa théologie trini taire, suivant en cela les traces de Jean de Tanne. M. Founder, Éludes, p. 36, a bien montré la continuité et l’importance de cette tradition. Le men υ n rédigé en mars 1311 au nom du parr de la comm uinuté pur Haymond de Fronsac et Buonagrazla do Be u une, cf. Ehrle. Arc/ùr.... t. n, p. 365 \q., l'accuse, p. 369. d’avoir enseigne : did poss'. quad mentia divina, prout est in Paire, generat essentiam; prout est in Filin; et prout est in Filio, est genita; et prout est in Spiritu sancto, est producta. Et quod essentia Filii, in quantum est Filii, personaliter distinguitur a Patre sicut et persona Filii. Et quod essentia divina in tribui per bonis est triplicata, germi­ nata et 1er ut ita dicam epltcota; et circa hec plura alia contra diffinitionem prefati concilii Ecclesia (il s'agit du quatrième concile de I atran). Tout cela parait bien voisin »anl, et qui n’est pas sans avoir eu des consequences politique», cf. aussi van lleuckclum. Spirituali: tischr SlrOmungen an den Hô/en l'on Aragon und Anjou ivàhrend der IRJhe des Armutstreites. D'autres symptômes en sont la vio de saint Louis de Toulouse, ce fll» de Charles II de Naples et petit-noveu de l'autre saint Louis roi de France, dont la jeunesse a été si fortement impres­ sionnée par Pierre Ollvi, cf. dans Ehrle, Archiv,.., t. ni, p. 531, la lettre adressée par celui-ci a Louis et à se» itères; et surtout l’histoire de cet autre Ascète de sang royal, pour prendre le titre du travail de M. Vidal, Revue des questions Historiques, 1910, p. 361, Philippe, ills du roi Jacques Pr de Majorque, dirigé de bunne heure par Ange de Clareno, scduit par le franciscanisme sous sa forme la plu» rigoureuse, et qui, après 14 5 5 JOACHIM DE FLORE. LE JOACHIMISME avoir gouverné quelque temps le royaume do Majorque comme tuteur do son neveu Jacques H, devait finir en état de demi-rupture avec la cour d'Anjou, chef d'une secte particulière issue de la pauvreté francis­ caine, les Fraticelles du général ou Frères de Philippe do Majorque. 6. Les béguins. — Ce spiritualisme et ce Joachimisme princiers n'étaient pas bien dangereux, ou deman­ daient à être ménagés; s'il n'y en avait pas eu d'autras, il est bien possible que ('Église eût continué à laisser faire; blâmé, traité en suspect même, Philippe de Majorque n'a jamais, semble-t-il, été condamné. Mais Pierre Olivi avait d'autres disciples. Dans les premières années du xiv· siècle, le midi de la France est troublé par les béguins. D’après Ehrlc, Arch/o..., t. iv, p. 110 sq.. qui a eu le mérite de débrouiller et de préciser le premier les noms et les caractères des diverses sectes plus ou moins rattachées au spiritualisme, les béguins sont essentiellement des tertiaires francis­ cains, entraînés par un certain nombre de religieux spirituels, qui quelque temps tolérés, au temps de Clément V, et groupés dans des couvents spéciaux, à Narbonne et à Béziers, en avalent été chassés par la réaction anti-spiritualiste du pontificat de Jean XXII; ils avaient pris le parti de la révolte. On connaît bien ces béguins, par les documents inquisi­ toriaux, et notamment par la Practica Inquisitionis lurreticir praoitatis de Bernard Gui, édit. Douais, ainsi que par son Liber sententiarum, édit. Limborch. Cf. si *au Vidal, Bullaire de Γ Inquisition française au X/F· siècle, et Lea, A history oj the Inquisition, t. ni, p. 69-81. Bernard Gui s’étend surtout sur leur insu­ bordination et leurs excès touchant la doctrine de la pauvreté évangélique. Mais il leur reproche aussi un culte indiscret à l'endroit de la mémoire de Pierre Olivi, dont ils tiennent la doctrine pour révélée, pour comparable en autorité à celle do saint Paul, lisant, dans leurs réunions, pour s’édifier, le récit do sa mort. Practica. p. 272 et 287. Ils acceptent sa doctrine sur l'Apocalypse, p. 149; ils ont sa Postule tant en latin qu’en langue vulgaire, p. 265. Ils reconnaissent l’Église charnelle · dans la grande prostituée, p. 274-276. Ils croient à sept états de l'Église; à la fin du sixième, qui a commencé avec saint François et sa règle, l'Église romaine doit cesser commo a cessé la synagogue à l'avènement du Christ, et dans le septième état surgira une nouvelle Église, p. 281. On reconnaît dans ces thèses tout le joachimisme sous la forme que lui a donnée Olivi. Si l’on veut le voir en des cas concrets, on pourra, entre autres documents, se reporter à l'interrogatoire publié par Vidal, Procès d'Inquisition contre Adhémar de Mosset dans Revue d'hi ttoire de riiglise de France, t. 1, p. 578. L'accusé a-t-il entendu dire que · de même qu'après la mort du Christ ont cessé les observance légales de l'Ancicn Testament, et ont commencé à obliger les préceptes et sacrements évangéliques, de même dans le troisième état, qui est dit état de l'Esprit Saint, doivent cesser les sacrements et préceptes évangéliques, auxquels doit succéder la loi de l’Esprit Saint? · A-t-il entendu dire que ce troisième état a commencé au temps de saint François? Que depuis la condamnation des béguins, l'Église Romaine a été rejetée et répudiée par le Christ? — La doctrine des trois Ages a été transposée en une forme grossièrement populaire, ou mieux portée Jusqu'à la folie, dans le cas de la prophétessc Nnprous lloneta, livrée au bras séculier par l'inquisiteur de Carcassonne, en 1325, Lca, op. cil., t. ni, p. 82; elle prétendait avoir reçu la mission de donner nu inonde le Saint-Esprit, comme la vierge Marte lui avait donné le Fils. Contre ces erreurs, propagées par des exaltés dans les masses populaires, l'inquisition fut Inexorable; le bégulnlsrnc l'a occupée au xiv· siècle, 1456 dans le Languedoc, autant que l’albigélsrnc expirant. Les sentiments développés par cette lutte acharnée devaient fatalement s'en prendre à la mémoire de Pierre Olivi lui-même, longtemps traitée avec quelques ménagements. On a vu qu'au concile do Vienne on n’avait censuré qu'un petit nombre do ses thèses philosophico-théologiques, et de manière anonyme. Aucun décret n’avait été porté contre ses écrits cschatologiqucs. Mais déjà, dans l’ordre franciscain, lo parti de la communauté les poursuivait. Dès 1317 ou 1318, son tombeau, entouré par scs adhérents d'une extrême vénération, fut détruit. En 1319, le chapitre de Marseille condamne tous scs écrits. Le Saint-Siège hésitait encore; en 13 *22, une lettre do Jean XXII déclarait n'avoir confié A personne le soin de prononcer un Jugement sur la Postiltc sur ΓApocalypse, et se le réservait. Mais d'ailleurs la condamnation de ce livre, préparée par des travaux préliminaires, était inévi­ table; Jean XXII la prononça le 8 février 1326. Cf. sur tous ces points Ehrlc, Archio..t. ni, p. 442-457. Comme la Practica Inquisitionis de Bernard Gui, le Directorium d'Eymcric, part. II, q. ix, prouve avec quelle vigueur l'inquisition aragonaisc aussi bien que languedocienne poursuivit lo souvenir du grand spiri­ tuel et la secte issue de lui. Arnaud do Villeneuve, mort en 1311, fut également victime de sentences posthumes promulguées en 1316 par une commission inquisitoriale réunie à Tarragonc, et qui frappèrent plusieurs de scs écrits, notamment des écrits en langue vulgaire à l’usage des Béguins. Diepgcn, op, cit., p. 96. 6. Les Iraticelles. — Aux béguins de Languedoc correspondaient en Italie, avec quelques nuances bien marquées par le cardinal Ehrlc, les Iraticelles. Il existe sur eux une abondante littérature de détail; à colle qu'on trouvera ù l'art. Fhatîci li.es, l. vi, col. 781, ajouter Fumi, Eretici e ribelli neli Umbria dal 1320 al 1330, dans Bollelino della R. deputations di Storia patria per ΓUmbria, t. ni, ivet v; et Llvarius Ollger, Documenta ad historiam fraticellorum spectantia, dans Archivum jranciscanum, t. m-iv. Le joachimisme n'apparaît pas dims les documents, Interrogatoires d'inquisition, écrits polémiques, manifestes, publiés par Fuml et le P. Oliger. Il serait a priori bien peu vraisemblable que les fratlcclles ne l'oient jamais pratiqué. Tout doute est dissipé par un curieux épisode, où l'histoire des aberrations religieuses se mêle à l'histoire des aberrations politiques. Chassé de Borne A la fin de 1347, après sa folle tentative de restauration do la République romaine, Rienzi alla se cacher pendant plus de deux ans dans les Abruzzes, auprès d’ermites iraticelles dont il a décrit avec complaisance la vie austère et pauvre. Il apprit d’eux à entourer saint François d'un culte hyperbolique; il fut initié par eux à la littérature prophétique de Joachim, de Merlin, de Cyrille, do Méthode; il s'indigne des persé­ cutions que dirigeait contre eux la papauté, du fond de son « mauvais lieu » d'Avignon. Un vieil ermite, se disant Inspiré de Dieu, lui révéla qu'il avait une mission divine : annoncer nu monde la menace do grands châtiments, mais aussi l’approche du · temps do l’Esprit Saint, où Dieu sera connu des hommes·. Dans sa tête fumeuse, le mysticisme spirituel et l’eschntologie joachimite se mêlèrent désormais à l’archéologie politique; et c’est au nom de toutes ces Idées confuses que l’ancien candidat us Spiritus Sancti, comme il s'é­ tait intitulé au tcinp> de sn grandeur, inaugurant une carrière nouvelle, prétendit se faire l’introducteur et lo guide en Italie du roi des Romains Charles IV. Cf. ses lettres A Charles, édit. Gabriel!!, Epistolario di Cola di Rienzo, dans Fonti per la storia d‘ /talia, p. 92, 96 et 111. t 6° La fin du joachimisme. — Pendant un siècle et plus encore, le joachimisme continue Λ apparaître 1457 JOACHIM DE FLORE. LE JO AC III M ISM E — JOB (LIVRE DE) 1458 do côté cl d'autre, de façon sporadique, mais recon- [ phétlque de bas étage qui plaît encore A quelques-uni naissnble. C'est un franciscain espagnol, connu comme do nos contemporains? alchimiste, Jean de Penilalladu (de Itupe schsu), Birliografrif.. — Elle «t considérable, malt fragmen­ emprisonné quelque temps A Avignon (Il date un écrit taire; notamment pour le joachlmhme, qui a été étudié de 1349, in careers domini papir Clementis), admirateur moins en hd-mémr qu’à propo * du tpi ri tuai fa me ou de ot commentateur des prophéties do Cyrille cl de Γ Inquisition· — Dans la liste qui suit,notes éliminent 1«** tra­ Joachim. Menendez y Peluyo, op. c/7., I. m, p. 241-24 1; vaux nettement périmés, nuf eu ux que recommande une va­ Lca, op. d/., t. m, p. Kt> 88 et cl dessus col. 800. Ce sont leur littéraire exceptionnelle. Nous ne mentionnons pas non * qu’occarionnellement. les disciples de Lulle convaincus» d'apres Eyrncric, plus les ouvrages qui n’ont été cité Pnpebroch, Dr ii. Joarhimo abbate eommentnrim prtrnius, Directorium, part. 11, q. ix. que leur maître avait eu de dans Acta Sanctorum, niul, t. vif, col. 87; Gebhnri» L* Halte Jésus la révélation de sa doctrine, et que « de même mydique, Paris, 1890; |yui. A history of the Inqulxtton of que la doctrine de Γ Ancien Testament est attribuée à (hr middle ayes, Londn s, 1888. t. Ill, traduction française Dieu le Père, et hi doctrine du Nouveau h Dieu le Fils» par S. Relnacb» Pai 1 ,190I -1 ; Tocco^L·’irrtiu net Medio Evo, de même celle de Lulle doit être attribuée au Saint- Florence, 1884; Schott, Joachim, der Abl oon Floru, dans Esprit », Eymcrlc ne met d'ailleurs pas cette erreur Zeitschrift fur K ireheu geschichte, 1901. t. xxn, p. 343-361 ; même, Die Gedanken des Abtrs Joachim iwi Florit, ibid.9 sur le compte de Lulle lui-même. — C'est Thomas de du 1902, t. xxiif, 157-186; Fournier, Études sur Joachim de Houille» qui en 1388 le donne comme investi de la Flore et tes dortrtnés, Paris 1909; H. Itnheapfel» Handbtteh mission d’annoncer aux Parisiens le règne de l’Esprit. der Geschichte des l· ranziskanerordens, Fribonrg-en-B.. 1909; Loa, op. cil., I. ni» p. 88. — C'est la prophétie datée de Sullmbrne, Chronica, édit. Holdcr-Egg» r, dan * Monumenta Germante historica. Scriptures, t. xxxii; Holder-I\gger, 1386, émanée du personnage réel ou fictif qu’est Télesphore de Cosenza, un ermite calabrais qui, Invité llalienischr Prophetiren des XIJI Jahrhunderts, dans un jour par un ange A étudier la Sibylle, Merlin, Nfiirs Archtp, 1890, t. xv, p. 141-178, et 1905, t. xxx, 321-386; Engelhardt. Klrehengeschlchîliehr AbhandlunCyrille, Joachim, a la surprise d'y voir le schisme p. gen, Erlangen, 1832; Friederfeb, Kritisehr Vnlerstichung der clairement annoncé, et en tire l'annonce d'événements dem Abl Joachim non Floris zugeschriebenen Commentare futurs, tous favorables à Clément VU et A la France; Jrsayas und Jeremias, dan * Zeitschrift fur wlsirnschaftliehe voilà le joachimisme interprété de nouveau, cette fois Théologie, 1859, p. 349-363 et 449-511; Haupt, Zur Geau profit des ambitions des Valois. La prophétie fut schichtc des Joachimismus, dans Zeitschrift fur Kirchen· prise assez au sérieux pour qu’un Allemand, Henri de geschichte, t. ΤΠ» p. 372-125; Benan, Joachim de Flore et Langenstein, l'ait réfutée en 1392. Il est piquant que VÊoangile éternel, dans XouDrllcs éludes ^histoire religieuse, 1884; Denlile, Dos EvanobUVM Jtejixi m und die ce soit en s’appuyant sur l'opinion, nettement défa­ Paris, Commission ztt Anagni, dans Archin für Ltlhr-itur-und vorable à Joachim, de l’Uni versi té de Paris. Valois, Kirchengtschichte des Mittelalfers, 1885, t. I, p. <9-161; La France et le grand schisme dfOccident, t. i, p. 370- Ehrlc, Die Spiritual™, ihr X'erhdllnlss :um Franzis· 374; Huck, Uberlin non Casale, qui donne des détails kanerurden und zu den Fraficellen, ibid., t. i, p. 509-569. et 1886. t. il, p. 108-161 et 249-336; 1887, t. Ill, p. 353-623; sur les sources de Télesphore, parmi lesquelles figurent les œuvres authentiques de Joachim, et Γ Arbor Vite 1888, t. iv, p. 1-200; du mémo, Zur Vorgeschichte des Kond'Ubertino; Pastor, Geschichte der Pâpste, t. i, p. 120- cils non Vienne, ibid., t. il, p. 333-116, et t. m, p. 1-195; du même, Petrus Johannes Glim, sein Le ben und seine Schri122. La prophétie a longtemps joué un rôle. Elle a ftrn, (bid., t. Ill, p. 409-552; B. P. Bené de Nantes, Histoire contribué à entretenir l'entêtement de ces paysans des spirituels dam Tordre de saint FrunfoB, Paris, 1909; du Rouergue qui prolongèrent obscurément le schisme Balthasar, Geschichte des Amntsstreites im Franriikanerjusqu’en 1167. Valois, op. cil,, t. iv, p. 475-177. orticn bis sum Koncit von 1 lenne. Munster, 1911; Knoth, Ubertino von Casale, .Marbourg, 1903; Huck, Vbtrhn von Elle a pu contribuer A exalter l’imagination de Savonarolc. L'édition, très retouchée d'alllcurs, don­ Casale, Fribourg-en-B., 1903; H. P. Qdlaey, L'idtulisme née à Venise en 1516, montre qu’elle était encore franciscain spirituel au AJ Γ· siècle, étude sur l berlui de Casale, Paris ot Bruxelles, 1911 ; Menendez y P<4ayo, Histo­ populaire à celle époque. — Il serait intéressant de ria de los Heterodoms espaMcs, Madrid, 1917, 2· édit., t. m; voir de près s'il n’y a pas quelques éléments joachi- Finkc, .4us den Tagen Honifaz VïlL Funde und Forschunmites dans la prédication (le saint Vincent Ferrier. qen. Munster, 1902; Dlepgen, Arnold ivn Viltanora als — Le concile de BAIe fil brûler un certain Nicolas Pohtikrr und Lairnthraloge, Berlin et Leipzig. I9o9; Bernard *» 1886; Eymcrlc» de Buldcsdorf qui, lui aussi, proclamait la fin do Gui, l*ractica Inquisitionis, édit. Douai Directorium Inquisitorum. l’Age du Nouveau Testament, et le commencement E. Jordan. du troisième Age et de la septième période, sous le JOB (Livre de). — I. Analyse du livre. IL In­ règne de l’Esprit. Lea, op. at., I. ni, p. 88. — En 1466, A Eger, les deux frères Janko (un franciscain) terprétation (col. 1462). HL Théologie (col. 1466). IV. Composition el histoire du livre (col. 1479). et Livin de Wissberg se mirent à prêcher quelque I. Analyse du livre. — L’n homme s’est rencontré chose qui se rapprochait plus encore du Joachimisme du xnp siècle : un troisième Testament allait être < pieux cl honnête », « craignant Dieu et fuyant lo promulgue, et le sens spirituel des Écritures dévoilé; mal », possesseur d’une belle fortune, d une belle famille, d’nno belle santé, i, 1-3. Job — ainsi sc nom­ le pape é ait l’Antéchrist; lui et son clergé allaient mait ce juste — pousse le scrupule jusqu’à prendre être détruit » * et seuls subsisteraient les quatre ordres souci des péchés fortuits de ses * , enfant 1, 4-5. Dieu mendiants. lui-même reconnaît une telle justice, et lo déclare sans Ainsi le joachimisme continua longtemps encore A fournir un cadre aux élucubrations des mécontents ot ambages A l’ange sdtdn · l'accusateur ». Pur cgolsme, des rêveurs. Le succès, A en Juger par les éditions répond celui-ci, piété intéressée (lui aussi connaît les bien et Job publiées au xvi * siècle, n’en était pas encore épuisé hommes) ; qu’on l’éprouve d’abord en ses * alors. La Réforme lui donna un regain d’actualité; lo commettra, non sans doute quelque acte répréhensible» nom de l’abbé de More fut de nouveau mêlé aux *mai quelque < blasphème ». 1» 6-12. Dieu permet et so disputes des hommes; tandis que biacius Illyricus réserve. Huine totale de Job et mort cruelle de tous mettait l'auteur présumé des commentaires sur Isuïo scs enfants. < Il dit alors : cl Jérémie parmi les « témoins de la vérité ». Baronius Nu Je suis sorti du *ein de ma mère : C'est nu que là-bas (nu SchéoH Je dois retourner» l’attaquait sans ménagement. Aujourd’hui le joachi­ Jahvé donne cl Jahvé reprend. misme est tout A fait entré dans l’histoire. comme un Béni soit le nom do Jahsol des plus curieux produits de la pensée médiévale. Mais ne trouverait-on pas que quelques éléments peut-être Ainsi Job no pécha point, n’ayant rien dit qui pût t'en perpétuent obscurément dans la littérature pro· offenser Dieu. » i, 13-22. Dicr. DE TIIÉOU CATIIOL. T. — VUL — 47. 1459 JOB (LIVRE DE). ANALYSE DU LIVRE Le sdtân ne sc tient pas pour battu. Dieu (qui a toujours ses desseins, et qui voit plus profond), p. met volontiers une seconde épreuve : Job, frappé d’une horrible maladie, perd cette fois la santé. Sa femme aussi le pousse au blasphème. « 11 lui dit : Comme radote la première folio venue, *Ι ΛΙη toi-même tu radotes. De Dieu nous acceptons lo bien. N’en accepterions-nous le mal? Ainsi Job ne pécha point par ses lèvres. » n, 1-10. Si non sur les lèvres, le péché peut-être est dans lo cœur. A Job il ne reste plus que la vie et sa justice. SI Ton touchait à celle-ci?... Mais il ne convient pas que sur ce sujet le sdtdn puisse avoir gain de cause. Dieu même se relire pour laisser faire le temps et no reparaître qu’au moment voulu... Trois amis de Jnb s’approchent. z\yant appris scs malheurs, ils viennent pour le consoler. Mais le spec­ tacle de sa déchéance les terri île : ils restent sans voix : sept jours et sept nuits, ils demeurent assis près de lui, silencieux, étreints par la pensée qui les assiège : pensée que Job devine et partagerait peut-être s’il n'était conscient de sa parlai le justice . pensée qui toutefois le lient, lui aussi, muet sous les regards attristés cl mine peu à peu sa patience. Celle-ci s'épuise enfin; sous l’impression d’une réprobation qui l'écrase. Job éclate et maudit — non Dieu sans doute, — mais son deslin : « Périsse le Jour où je suis né!... ■ n, 11-in, 3. L’imprécation s’élève et grandit, véhémente, attei­ gnant sinon Dieu, du moins le don qu’il fait de la vie aux malheureux; car Job souhaite n’avoir point vécu, n , 3-19, se plaint amèrement des souffrances inouïe» qui lui sont infligées, ni, 20-26, il ignorait que Dieu avait fait réserve expresse à son endroit de celte vie qu'il repousse, n, 6; mais n’eftt-il pas dû le soupçonner? En tout cas, voici que s’est effritée sa belle résignation de naguère; et le péché n’cst-il pas sur ses lèvres, maintenant?. . * Si l’on en croyait les amis de Job, cclul-ci serait un grand coupable, cl, pour en être réduit à subir un sort aussi cruel, aurait dû commettre mainte mauvaise action ignorée du public. C’est ce qu’insinue d’abord Eliphaz le Témanitc : Nul ne périt ainsi, que le crimi­ ne IV. 6-11; nul, ange ou homme, n’est sans péché 12-21 ; Job doit venir à résipiscence, et Dieu lui rendra paix et bonheur, v, 1-27. — G’cst, du reste, ce dont témoignent les vies des ancêtres, xv, 17-35. — Nul doute, enfin, que Job n’ait mérité son malheur soit par scélératesses, xxi , 5-11, soit par pensées impies, 12-20; seule, une conversion peut mettre fin à la situation, 21-30. Ulldad le Subite tient les mêmes pro­ pos. de façon beaucoup plus tapageuse, xm et xvm : c*et lui qui terminera les discours accusateurs. Sophar le Xa mutité, rude et passionné, n’y ajoute rien de son cru qu’un appel à la sagesse divine à qui nulle faute n’échappe, et qui n’ignore nullement celles de Job, xi et xx En un mot : la vie et le sort de l’homme sont en parfaite correspondance; le juste véritable ne doit pont souffrir; les souffrances de Job sont la preuve éclatante de sa culpabilité secrète; ses protestations et dénégations n’y feront rien. Aigri, blessé dans la conscience qu’il a de son Innocence, et constatant l’erreur de ses amis. Job se plaml de leur perfide abandon, vt, 14-30; leur sagesse n’est que dureté, voire 1 Acheté, xn, 2-6; faux avocats de Dieu. Us éprouveront sa justice, xm, 1-22; fous aveugles, ils donnent en spectacle leur propre injustice, xvü, 2-9; une telle conduite est indigne, xix, 2-6. — Leur thèse est fausse : souvent l'impie prospère, xxi, 1-21 ; ici-bas nulle difiérence dans le sort dc> bons et dr> méchants, xxi, 22-26; ces amis qui veulent le 1460 confondre no savent rien du train du monde, et leurs répliques ne sont que trahison, χχι, 27-31. — Se convertir? Job ne le peut, puisque irréprochable, xxm. Son sort, A lui, n’en est pas moins étrange. Dieu a toujours droit — il le concède à Blldad, rx, 2-20; mais lui-même est sans reproche, et Dieu n’y a nullement égard, ix, 21-31; au contraire 11 l’accable de maux, son sort est le pire de tous, xn, 1-10; ix, 8-19 et passim; comment ne pas se plaindre cl ne désirer point la mort? vi, 2-13; x, 20-22. Puisse Dieu l'épargner enfin et lui laisser quelque répit avant son dernier jour! vn, 11-21 ; xiv, 1-6 sq. Et Job ose demander : Pourquoi Dieu, qui n’a rien des faiblesses et des aveuglements de l’homme, me persécule-t-il sans raison? x, 1-7. Il me traite en ennemi, xvi, 3-17; xix, 2-6, me ravit tout appui moral, écarte de mol toute humaine sympathie, xix. 7-12; 13-22. Et pourtant, juste? injuste? lui seul est mon recours, car il est la plus haute instance en jugement. Qu’il m’épargne quelque peu, et je lui rendrai raison de mon innocence, ix, 32-35; xm, 13-27; xvü, 10-16. Si ce n’était un vain rêve, s’il y avait quelque espoir encore après la mort, j’attendrais même qu’il me rappcIAt du royaume des ombres pour entrer avec lui en discussion, quand il aurait déposé sa colère, xiv, 13-22; bien plus, c'est mort sans retour que j’exigerais de lui que fût reconnu mon droit, xvi, 18xvn, 1. Mais non, plutôt, si j’en appelle du Dieu qui m’aflllge injustement, au Dieu qui seul peut résoudre l’énigme de ma destinée : « C’est des vivants qu’est mon goél (garant), C’est sur terre qu’il dira lo dernier mot (do ma cause): C’est de mon corps en telle ruine. C’est de ma chair, quo jo verrai Dieu : Jo me lo verrai favorable, Mes yeux ne lo verront pas ennemi, Mon cœur en brûlo dans mon soin... · xix» 25-27. Cet appel de Job sera entendu peut-être... En attendant, les amis se sont lus. Job leur décoche une dernière ironie : Il leur sied bien de vouioii enseigner Dieu lui-même, xxvj, 2-3; ci. xm, 6-12; xxi, 22; puis continue son discours. Malgré la véhémence de sa plainte et de sa revendi­ cation, il reconnaît aussi bien que personne la gran­ deur de Dieu, xxvi; mais « Parlo Dieu vivant qui lui ravit son droit. Parle Tout-Puissant qui le jclto au désespoir, » xxvn, 2, il n’a point commis de faute et il sc trouve déçu d’avoir cru A la commune doctrine que le juste prospère et le méchant périt, xxvn. On lui parle de la Sagesse (Sophar, xi et xx) : quelle sagesse résoudra l’énigme de sa souffrance? L’homme, qui sait trouver tous les trésors et sc les approprier, xxvm, 1-11, n’a pas cotte sagesse qui, du reste, ne se rencontre point dans le domaine de la création, xxvm, 12-22. Dieu seul la possède, mais la refuse à l’homme, auquel 11 no suffit pas vraiment de dire : « Écoute : mo craindre, voilà sagesse; Fuir lo mal, voilà Intelligence. » xxvm, 23-28. Cela, Job ne l’avalt-ll pas fait?... i, 1-8; t , 3, 10. Nul motif alors de se résoudre à la résignation. Puisque j’étais le favori de Dieu et l’homme le plus fortuné, xxix; puisque je suis aujourd’hui en totale disgrâce et le plus Infortuné» xxx. et que pourtant je n’ai commis aucun mal, j’en fais le serment, xxxi, 1-31; 38-40 a, c’est mon droit d’exiger explication do mon divin adversaire. Comparer les passages : ix, 3; x, 2; xm, 19; xxm, 6; xxxm, 13; xl, 2; • Voici ma croix! quo Schnddn! (lo Tout-Puissant mo Quant nu libelle qu’écrlm ma partlo, [réponde! Vraiment, a l’épnulc je lo veux porter, Comme un diadème je le veux ceindre. 14G1 JOB (LIVRE DE). 1 N T E R P R ÊT A T10 S Du nombre de mr· pn· je lu! rendrai rahon, C’oet en pi inco que Jo l’accueillerai. · χχχι, 35-37. Dieu ne daigne pas · répondre · encore... Cependant, le spectacle de Job assis sur le monceau de débris entassés aux portes de la ville et la discus­ sion passionnée qui s'est élevée entre lui et ses amis sur la cause de ses souffrances, ont attiré nombre de curieux. Cf. xvn, 6; xvm, 2; xxx, 1 sq. Ceux-ci n'ont pu qua s’émouvoir vivement de la itère et impérieuse sommation faite ù Dieu d'intervenir et de l'assurance avec laquelle l'orateur principal soutient son droit malgré toutes apparences contraires. Or, voici que se lève du milieu d'eux Elihu le Uuzitc, jeune homme par comparaison avec les Interlocuteurs, mais qui pense avoir quelque chose à dire et le dit après mainte précaution oratoire, xxxn, 6-xxxm, 7 : < Le * tète * grises ne sont pas les plus sage·. Ni les vieillards ceux qui Jugent le mieux. · Ceci à l'adresse des amis. — Quant à Job, qui se dit parfaitement juste, xxxni, 8-11, qui dispute sur l’énigme de scs souffrances, xxxm, 13, qui accuse Dieu d'injustice, xxxiv, 5-6 et xxxv, 2-3, et qui ose le provoquer à discussion : • Alors, parce que sa colère n’a point sévi. Parce que Dieu η*κ souci d'une telle déznrnet, Job ouvre sa bouche, comme h loisir. Et profère en déraison des mots audacieux. · xxxv, 15-16. Voici : Juste, Job l’était avant que ne vinssent ses amis; depuis, il ne l’est plus : il a commis le péché d'orgueil, ce péché du juste, xxxm, 17; xxxvi, 7-12. C’est précisément pour l’amener à reconnaître ce péché qui .sommeille en lui, et pour l’en purifier, que Dieu l'éprouve par la souffrance, xxxm, 13-33; xxxvi, 5-24 : • Il ne se dispense point de Juger le· Justes... Il leur manifeste ce qu'ils ont fait. Leurs fautes, qui ne sont qu'orgueil... Il libère le souffrant par sa souffrance. Et se révéle à lui par l'affliction. Ainsi te viul-il hors de l'angoisse... xxxn, 7-fl; 15-16. Quant à dire que Dieu n'est point Juste, Il suffit pour établir le contraire de considérer son action en ellemême, xxxiv, ou de l’envisager ù travers l’expérience humaine, xxxv... Or, la leçon a porté et a pénétré, car invité deux fols au moins à répondre, xxxm, 32; xxxtv, 33, Job eat resté muet·.· Mais n’a-t-il pas cité Dieu lui-même à comparaître en jugement? L’événement pourrait ne tarder pas, patience, xxxv, 14. Elihu volt un orage s’élever à l’horizon et le décrit, au fur et à mesure qu’il s’ap­ proche, pour donner une Idée de la grandeur et de la majesté divines offensées, xxxvi, 26; xxxvn, 24. U en est ému et surpris comme les autres : « Oui, mon cœur en fihsonno Et bondit hors de sa pince: Ecoutez, comme son tonnerre gronde. Et quel murmure sort de sa bouche!... xxxni, 1-2. • Voici, du Nord, une lueur, Dieu se cache en terrible éclat. Schaddal, nous no pouvons l'atteindra. Haut en puissance, riche on Justice, A jugement équitable il ne défaut. Aussi le * humains lo doivent-ils craindre, Et nul sage no lient devant lui. · xxxvir, 22-24. La scène est tout Λ fait dramatique, et lo coup de théâtre sc produit : « Alors Jahvé répondit à Job du milieu de la tempête, et dit : • Qui donc oblitère Ici l'ordre du monde Avec dos mot * sans Intelligence?... xxxvm, 1-2. » Dieu n’a plus ά justifier sa providence à l’égard de 14fi2 Job, car Elihu l’a fait. Ses discours, répondant à l'arrogance par l’ironie et le blâme, n'ont pour bui et pour effet que d’amener Job à l'humilité et à la soumission, par l'exposé magnifique de la nature de l’Etre divin considéré dans ses attributs de sagesse et de puissance manifestés par et dans la création, xxxvm, 4 ; xxxix, 30; xl, 15-xli, 24. Et le coup final est asséné de main de maître : • Le chicanier, qui veut plaider contre Schaddal! Que là-dmiui réponde raecutafeur de Dieu. Veux-tu donc anéantir mon droit. Mo condamner, pour assurer te tien? Ou bien ton bra< égale-t-il celui de Dieu, Et ta voix tonne-t-elle comme la Menno?-· Pare-toi donc de hauteur et de grandeur. Revêt «-toi d'éclat et de magnificence! Fais Jaillir le * Accès de ta colère : SI tu voh un orgueilleux, courbo-le... Fxrate tous toi 1m malfaiteur·, Réduls-lee tou· A la poussière... Alors, mol nussl Je dirai ta louange. Et que ta droite t'adonné la victoire! «xl.2,8-9; 1G-14. Job enfin s’humilie et reconnaît qu'il a péché et dans ses discours et dans ses prétentions. Il fait peni­ tence.·. • Voh, trop peu Je suis : que te répondre. Sinon mettre ma main sur ma bouche? Une fols j’ai parlé et ne lo ferai plus. Doux fois, et ne l'essayerai plus·.· Je sais que tu peux tout Et que rien ne t'est Interdit; J'ai donc dbenuru sans dhcnrrement Do mystères dont Je no mivu h rien. Je n’avnis appris de toi que par oul-dlre. * Mal maintenant que je t'ai vu de me· yeux. Je rétracte mes arguties (ou insolence·! Et me repens sur la poussière cl la cendre. · XL, 4-5; xuî, 2. 3B, 3. Dieu lui rend sa grâce et l'appelle son < serviteur » comme auparavant. Job seul au cours du débat a parlé « selon la vérité » de ses amis, de sa justice, surtout de l'espoir qu’il mettait en Dieu, xix, 25 sq.t nonobstant son orgueil. Les amis sont blâme * et Job doit intercéder pour eux, xliî, 7-9. Celui-ci, sans avoir rien su des conventions faites entre Jahvé et le sàtdn avant toutes ses épreuves, reçoit consolation des siens et recouvre tout ce qu’il a perdu, xm, 10-17. II. Interprétation. — L’enseignement parénétlque qui fait le sujet principal du livre de Job et qui vient d’être exposé semble fort clair : « La souffrance doit purifier Job de l’orgueil spirituel dans lequel il est en danger de tomber et contribuer à l’affermisse­ ment et à la confirmation de sa Justice. D’une façon plus générale : Dieu envoie la souffrance au Juste pour le purifier de ses imperfections intérieures, dont la principale est l’orgueil cachél il n'est pour le juste que de bien comprendre cette manifestation divine dans la souffrance et de se soumettre λ ce providentiel dessein. » Or cette idée maltresse du livre, les anciens ne se sont guère préoccupés de la rechercher et do la mettre en relief; Ils se sont contentés de voir en Job un modèle do patience dans l’adversité, modèle que doivent imiter les chrétiens. Cette vue qui est incon­ testablement celle des deux premiers chapitres, ils ont voulu la retrouver dans tout le livre, en interprétant au sens allégorique et mystique nombre de passages ou de traits du livre. Voir Knabcnbauer, Commentanus in librum Job, Paris, 1886, p. 28-32, et F. Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Paris, 1912, t. ni, col. 1569 (F. Pral). En réalité, la patience de Job prend fin au c. ui avec scs imprécations contre l’existence. 11 en est de même, aux c. xl, 4-5 et xlii, 2-6, de sa parfaite justice affirmée dans les c. i et π seulement, et par Ezcch., xiv, 14, 20. I I I 1463 JOB (LIVRE DE). INTERPRÉTATION 1464 Saint Thomas trouve l’intention du livre dans une du monde, mais se soumettre sans réserve aux sagas démonstration de la providence divine régissant les et insondables desseins de Dieu. Ainsi Dubrn pour le cas de Job, et, pour lu généralisation de l’idée, la * affaire humaines. Expositio in Job, Opera, édit. * récents exégètes : Bert hold, Eichhorn, Vivès, 1875, t. xviii, p. 1. Mais, remarque Nicolas de plupart des plu Knobel, Vatke, Arnhcim, Stendel, Bemin, Kucncn, Lyre, les interlocuteurs ne peuvent disputer d’une Merx, Hitzig· Studer, Reuss, Cheyne, Smend, Baodoctrine dont tous conviennent. In lib. Job. Pmjatio. Nicolas de Lyre lui-même (toc. cit.), G. Warburton, thgen, Kloslermann, Kobcrle, Peake, Ed. Konig, évêque de Gloccstcr, The diuine Legation o/ Moses Barton, Bruch, E. Meier, Bieck... « C’est, au fond, la demonstrated, t. v, 1. VI, sect, π, Londres, 1765, et suppression de la que >tion même de la .souffrance du quelques modernes tels que De Welle, Umbreit, juste; ainsi ne scrail-il pas permis de la soûles er. · Encore une fois, cette doctrine de la soumb >lon Hirzcl-Olshauscn, mettent l’idée principale du livre parfaite aux décrets divins est déjà réalisée par Job et dans une atténuation ou une relutatfon de la croyance, courante parmi les Juifs, de la rétribution en ce monde inculquée au lecteur aux c. i cl n. Mais le héros du des fautes cl des mérites par l'adversité ou la prospé- livre la dément visiblement dans la suite en reprochant rlté. Mais la question est déjà résolue dès le début, à Dieu de vouloir la lui imposer comme de force, quand le sâlân obtient la permission de frapper le injustement cl tyranniquement, et en lui contestant donc toute valeur : et. les passages ix, 2-3; 14-16; juste Job. De plus, ayant réfuté ses amis sur ce sujet, Job parle longtemps encore, sans réplique de leur 20. 29-31; x, 6-7, 13-15; xm, 20-21; xvi, 17; Job à part, de tout autre chose — ce dont il est blâmé par Blldad : Elihu et par Dieu même. Là n’est donc point le but « Vraiment, je sais qu’il en c*t ainsi, unique du livre. El comment l’honw aurait-Il droit devant Dieu? Peut-être a-t-il été institué seulement une proba­ A-t-on ravie de dbculet aver Lui, tion du juste, et la gageure entre Dieu et < Γaccusa­ Il ίΠΐ>ιι) ne répond une fols air mille... » ix 2-3. teur » a-t-cllc eu uniquement pour objet la que lion : • Di a no revient pas sur *a col< rn... Bien moins donc puis-je Lui . .'partir. « L’égoïsme est-il, oui ou non. la racine de la piété? Assembler des mot'» contre Lui, Y a-t-il, en un mot, une piété désintéressée ? ■ Ainsi Immeent, je n’aunü * point de réponse. pensent SchArcr, Schlottmann. Habigcr, Szold, Prelss, Quand Jo devrai * revendiquer mon droit. Honthcim, Melnhold. Mais cette question est résolue Même si j'appelai * ri qu’il survint. dè> l’abord tout comme la précédente : les deux Je no croirai * qu’il eût oui ma voix... » rx, 14-16..., etc. épreuves suggérées et amenées par le sâtdn se trouvant suffisantes en elles-mêmes à établir l’affirmative dans Il serait tout à fait surprenant que l'auteur, s’il le cas de Job, le seul envisagé; et le reste du livre, la avait entendu faire de la résignation à l'impénétrable partie de beaucoup la plus considérable, se déroulant volonté de 1) :u renseignement principal de son livre, tout à fait en dehors de cette question. l’eût ainsi oblitérée · comme à plaisir (Ians les discours Nul doute que le fond du récit ne pose et ne résolve de Job et ne s’en fût pas tenu aux premiers épisodes le problème : < Pourquoi Job souffre t-il7 » Et d’une de son récit. S’il a prolongé dans de telles proportions manière générale : < Le juste peut-il souffrir, et si oui, la discussion de la raison des souffrances du juste, à pourquoi doit-il souffrir? > Le résultat de la gageure laquelle les discours de Jahvé ne fournissent aucun n’a pas donné de solution. Les discours des amis clément de solution, c’est que pour lui cette solution conclu.nt contre l’évidence, pour Job et le let tur : devait être donnée ailleurs et auparavant. Budde, ■ Il n’y a pas de souffrance du juste. ■ Ceux de Job toc, ctt., p. xxxvni xxxix. Sinon les discours de Dieu, du moins son apparition lui-même et de Dieu ne concluent pas dan * le sens proposé. Restent ceux d’Eiihu; mais ils seraient comme telle constitue peut-être un ch'ment, cette fois inautbentiques et ne solutionnant qu’après coup; positif, de la réponse assurément doiince : La vue de quelle réponse donnait donc Je livre avant l'interpola­ Dieu suffit en elle même à élever l iiomme au-dessus tion de ccs discours? J. D. Michaelis, Ewald, Dillmann, de toute énigme; sa société console de toute souffrance Frantz Delitzsch la trouvent en ceci que l’espoir d'une éprouvée; Job maïqueralt à la lin, xi.n, 5, la satis­ vie après la mort énoncé par Job nu c. xix, 25-27, faction accordée par là à ses aspirations vers plus do d’une vie où se rétablit l'équilibre entre les actes de | justice : l’homme et sa destinée, où s’efface la disproportion • Jo n'nvah appris do toi que par ouï-dire. entre ses mérites et leur rétribution, forme l'idée Maintenant je t’ai im de me * yeux. · essentielle du livre. Mais le passage dût-ll être compris de la vie future au sens littéral, < il est clair que toute V. Hofmann, Vokk, Hoffmann, Bickcll, Duhin, Peako, lointaine compensation de l'au-dellt pour la souffrance Barton... On oublie que l'apparition de Dieu s’est faite d'ici bœs no peut constituer le motif et le but de cette < dans la tempête · lénifiante, non pour la satisfaction souffrance. Du reste, le c. xx et les suivants (où la de Job, mai * bien pour un blAme ironique de ses question se pose à nouveau) montrent qu elle n’a pas discours, et que Job ne trouve pas une jouissance dans été du tout résolue au c. xtx ; elle devient, au contraire, la vision de Dieu, mais une raison de s'humilier et do toujours plus brûlante jusqu’à la lin des discours de se repentir : Job au c. xxxi, 35-37. » Budde, Das thich Itiob über• Maintenant (que) jo t’al vu de mos yeux, icüt und erklârt, Gœttlngue, 1913, p. xxxv. Je rétracte... Beaucoup, néanmoins ont pensé que Dieu parlant Et mo ropens sur la pousslèra et lu cendre. · en dernier lieu doit conclure et apporter la solution cherchée, dût-elle être purement négative, comme « Ici la vue de Dieu n'esl pas société avec lui, mois celle-ci : En affirmant sa sngeisc et sa puissance renseignement sur son Etre qui gardera (Job) à • Jahvé entend amener Job ù cette Idée que si donc l’avenir, des discours inconsidérés et téméraires. » tout dons le monde a été disposé autour de lui avec Budde, ibid,9 p. xxxix-xl. tant de sagesse et même de sollicitude, son sort Que Job ail figuré Intentionnellement dans tout (malheureux) découle lui aussi d’un sage décret le livre le peuple d'Israël opprimé durant l’exil, (providentiel).·. Dieu doit pourvoir à d'autres êtres comme le < Serviteur de Jahvé » dans Isaïe, xu, 8, etc., tans nombre et en cela léser I .cément le particulier. » (von der Hardi, \\ arburton, J. IL Michaelis, Bernstein En généralisant : l'homme ne doit pas Inutilement Bruno Bauer. Svmcikc, Hœkslrn...) on n’en peut •e tracasser touchant l’égnime du divin gouvernement trouver trace dans le livre même conçu dans le plus 1665 JOB (LIVRE DE). THÉOLOGIE, LES NOMS DIVINS absolu Individualisme. Il est simplement possible que l'auteur y ail songé. En tout cas la solution q i*|l donne en réalité de in question du pourquoi de la souffrance du Juste peut valoir du peuple aussi bien que de l’individu. Budde» ibid·, p. xlvui xlix. L'idée exposée plus haut dans l'analyse du livre, que Dieu éprouve le juste par la souffrance afin de le pinifier du péché intérieur d'orgueil, est donc bien l’idée principale du récit, qui s'exprime clairement et explicitement dans les discours d’Elihu. Ces disco jrs, généralement considérés par les critiques mode lies comme interpolés, sont authentiques (voir plus loin); mais il est tout à fait remarquable que la même idée ressort de tout l’ensemble du livre abstraction faite de l'intervention et des discours d'Elihu· Budde. cité déjà plusieurs fois, l'a, croyons-nous, victorieusement démontré depuis 1876 en divers articles et dans son plus récent commentaire de Job, Gœl lingue 1913 (lr· édition, 1896), spécialement Einleitung, p. lx-alv. Il apparaît clairement, dés le début et à la li i de l'action déroulée par l'auteur, que Job, assurément innocent et Incapable de toute mauvaise action, pourrait bien cependant, et finalement a dû pécher en paroles désagréables ou même offensantes à Dieu. Deux fois, à la suite des deux premières épreuves, i, 22, et il, 10, on observe que Job « ne pécha point en ce qu’il dit, » ou « par ses lèvres. » Après le discours de Dieu, il est reconnu et par Dieu et par Job lui-même, XL, 2, 8-9, 10-14 et xl, 4-5; xlii, 2-6, que ce dernier a péché en ses paroles, puisqu'un surplus il < s’en repent » et promet de « ne plus parler (ainsi) une seconde fols ». Or, attaqué dans sa justice par ses amis sitôt les premiers mots de l’entretien, et longuement encore au cours de celui-ci. Job n’a fait que pr<»t« ster de son innocence sous des formes diverses. S il se trouve à la Un avoir péché, ce ne peut être que dans la défense même de sa Justice. D’autre part, si le récit dans sa totalité contient quelque logique, la nature du péché de paroles de Job doit être celle même escomptée par le sûtûn. i, 11 ; n, 5 : < Étends ta main — dlt-ll à Dieu — et (lu verras) s’il ne te maudit pas en face. » Et en effet, si Job ne maudit pas Dieu, du moins murmure-t-il contre lui; il tient pour injuste ce qui lui arrive; il irait en définitive jusqu’à s'estimer lui-même plus Juste que Dieu : scs attaques ne sont un peu adoucies que par l’état d'extrême perplexité où II se trouve manifestement à raison de sa conviction anté­ cédente, qu'il lui coûte d’abandonner, de la parfaite justice de Dieu. Scs discours sont donc pour une bonne part révolte contre la divine Providence, orgueil de sa propre vertu, misérable égoisme, comme l’avait deviné le sûr instinct du sdtûn · l'accusateur ·. Et c'est là une faute qui ne peut passer pour trop semelle, encore qu’intérieure et amenée par la souffrance et par les injustes soupçons des amis; car une telle faute commise par le plus juste des hommes — qui la redoutait jusque dans ses enfants, i, 5 — doit avoir dans sa conscience quelque relief. Dans la «confession négative » qu’il fait au c. xxxi, avant son outrecui­ dante citation à Dieu, 35-37, Job connaît é.c tels péchés qui sont tout entiers dans une simple disposi­ tion du cœur et que néanmoins il abjure avec serment : • Si j’nl fait de l’or mon espérance, Si j'ai dit de l’or tin : tu as ma confiance; Si j’ai ru Joie quo mon bien s’arrondit. Et quo ma main en acquit du pouvoir,.. Co fut la péché que doit punir le Juge. Car J’aurais menti au Dieu très haut. » xxx!,2l-25, 28. Elle est donc aussi digne de châtiment, la confiance aveugle de Job en sa propre justice... Mais ce juste n’en avait pus encore conscience, car il Poublu dans l’énumération... 11 s’aperçoit en lin qu’il est tombé dans le piège. Aussitôt il se repent et vient à réxi- 1466 pisccncc. Dieu lui rend sa grâce et plus larges béné­ dictions qu’auparavant, xlîî, 12; c'est donc que sa faute est p.h donnée, effacée, et qu'il se trouve main­ tenant /dos /uste que jamais; sans compter que son pouvoir d hit troc.sinn apparaît grandi, xlii, 7-10, comparé à t, 4-5. El r’c t donc aussi qu'il doit bénir la su iffrance et l’épreuve qui l'ont amené à ce résultat malgré son aveuglement passager : • J’ai discount sans dlsccrqrraant Do mystères dont je ne savais rleo.^ · De quels mystères, sinon de ceux qui font l'objet des discoure : ceux que suppose la souffrance du juste·.. Ain i ressort la trame de tout le livre : il existe un Juste, Job. Sa ju.tlcc est-elle parfaite; Jahvé le sait. Assurément, Job au jugement divin « n’a point son égal sur la terre > a ce point de vue, I, 9; mais ce jugement est tout relatif, et ce n'est certes pas sans intention que Jahvé appelle l'attention de Γ « accu­ sateur » sur son · serviteur ». Les vues du sâtdn sont un peu courtes, mais elles ne sont pas inexactes : dans la « perfection · de Job il est une fissure. Laquelle? Les événements le montreront, conduits par la divine Sagesse, plus élevée et plus pénétrante que la sagesse humaine ou que celle de Satan. Le moyen de la découvrir? La ruine, la souffrance, lesquelles, oonsidérées jusqu'alors comme peines vindicative * du péché commis, obtiennent déjà un rôle et une valeur diag­ nostiques insoupçonnés. Mais la pensée du sâtdn n’est assurément pas que de telles peines en même temps que révélai rices deviennent curatives, et que Job en récolte finalement un accroissement de justice, de biens et de bonheur. C’est, au contraire, celle de Dieu, qui, Γ · accusateur » une foh, deux fols confondu, se réserve la troisième Intervention, et par le moyen de l'ardente discussion entre Job et ses amis fait percer le mal cache cl découvrir du même coup la raison providentielle des épreuves du juste. Cf. les auteurs ca. Indiques cites dans Dictionnaire de la liible, Paris, 1912, l. in, col. 1570. III. TiiÉOLooiL. Au sens le plu·» strict du mot, le livre de Job e»t tout théologie; car 11 y est sans cesse parlé de Dieu soit par la bouche divine elle-même, soit par Job et par ses amis; sans préjudice du bref récit où, comme on l’a vu, Jahvé dispute û Job le premier plan, au moins dans l'intention de l’auteur. L’Etre divin s’y trouve manifesté par ses noms divers, par scs attributs, par scs œuvres, par ses rapports avec l’humamté dont il pénètre la vie et rémunère l’action consciente en tout mystère et en toute sagesse. 11 y a sa cour de justice. 1° Les noms divins. Le nom hébraïque veut être la plupart du temps description de l’être. Malheureuse­ ment les divers noms divins usités dans la Bible n’ont pas tous de signification certaine. Il faut dire toutefois que l’auteur du livre de Job établit comme une distinc­ tion entre ceux qu’il emploie. Dans les parties propre­ ment narratives ligure celui de Jahvé. Mais sur les lèvres dos interlocuteurs, dans le dialogue, on ne trouve que les non» généraux de El. Eioah, Elohim, et ccJui de l’époque patriarcale. Ex., vi, 3, Schaddal. G’est quo Job. scs amis, IJihu. sont étrangers au peuple juif, et sont censés ne pas connaître la divinité sous son nom propre cl national de Jahvé. Quelques cas parti­ culiers qui paraissent déroger à cette règle. Ids que i, 21; xii, 9 (Jahvé); xxmii, 28 (Adonal-Jahvé), doivent sans doute être consideres comme des lapsus calami, ou plus vraisemblablement comme de légères altérations du texte. 2° Les attributs divins. Grandeur, puissance et majesté, sagesse et justice : tels sont les attributs do j Dieu que mettent principalement en relief les discours. JOB (LIVRE DE). THÉOLOGIE, DIEU ET LE MONDE 10G8 De même, la Justice seule peut assurer l’existence A coup sûr, lis sont en Dieu; mais comme l'a dit durable d'une souveraineté : toute Injuste domination Elihu : succombe. L’Impérissable empire de Dieu sur l’huma­ • ScrkvoaI, noun no pouvons l’atteindre; · nité et l’ordre inornl qu’il y fait régner, contiennent lh sont donc manifestés dans scs œuvres extérieures. donc In plus haute et la plus immuable justice. Le Qu'il «M tout-puissant, toutes scs créatures le sentent châtiment suit de près In faute : Dieu qui volt tout par la vertu de leur création duc Λ sa main. Job : n’n pas besoin d'une longue enquête. Il tarde parfois • Qui ne snlt parmi tous *ce ** , êtr< cependant dans son juste Jugement : ici, l’homme no Que In main do Dieu a tout fait ? doit pas conclure trop vite... Ellhu : Car en die est tout ce qui respire. • Peut-Il régner, celui qui hall le droit? Et le «ouflle do tout être humain... » xn. 7-12. Et tnl, veux-tu condamner le ** to-Pul * Ju ant, — Qu’il est grand, majestueux et redoutable, le pro­ Qui ne fait acception du grand, clame · le seul cadre de scs œuvres ». Job : Qui no préfère le noblo nu petit, Parce que tous sont œuvre de *o nudus?— • *Le ombres tremblent devant lui, Il a le * yeux sur l'humaine conduite. Sous les eaux et leurs habitants... Il considère tou * nos ;ul*. Le» colonnes du ciel frémissent Il n*et ombre ni ténèbre Et s'épouvantent do sa menace. Où »e puissent cacher le * malfaiteurs; Par sn force 11 npnlso l'Océan, Car II n'accorde à l'homme délai Pur son art II mot en pièces Hahab... » xxvi, 5-14. Pour comparaître nu Jugement divins L’orage surtout en donne le sentiment. Ellhu : Sans enquête il brho loi forts. « Dieu est grand par-dessus toute Idée... Puis en met d’autre· h leur placo... Il tiro de la mer les gouttes vaporous··— Pourtant s'il laide, qui (le condamnera) Ses mains »n voilent sous l'éclair... S'il so dérobe, qui osera le voir? » xxxiv, 17-24, 29. Après quoi rugit son tonnerre, D’un autre côté, l’homme doit savoir que le bien ou le Tempêta «a voix majestueuse... Puis il Lût d'insondables prodiges, mal agir n'est pas chose Indifférente â Dieu, puisque Don merveilles hors do pair. devant lui l'on est responsable de ses actions. Si Dieu Il dit h la neige..., » etc. xxxvi, 26-xxxvii, 24. ne répond pas, c'est qu’on no l'invoque pas; autrement lui sagesse divine dont on chercherait en vain la Il ferait justice. Il est donc juste; toujours il le sera» source profonde, qui n’est point < en In terre des Ellhu : (On pourrait certes, dire :) vivants », ni dans Γ « abîme », ni dans la · mer », ni • SI tu pèches, quo Lui peux-tu faire, dans le · gouffre » ou la « mort », xxvni, 12-22, s’est SI tu prévnilquns, quo Lui poux-tu ôtor? comme Irouoée mieux révélée d'abord dans la création. Si tu os Juste, que Lui pcux-lu donner, Job ; · (Mais) Quo pout-Il recevoir do ta main? — A l'homme que tu n* s'attacha ton pêché, Dieu sait le chemin vers elle, A toi, ills d'hommo, ta rectitude. Et connaît son séjour ?... Sous l'opprosslon l'on *o lamonto. Quand au vont II donnait poids. On crie haro »ou * le bras du tyran — Qu’il disposait l'onde ù la mesure» On n'a pu * dit : · Oü est notto Créateur?— · Qu'a la pluie 11 fixait mi loi. Dieu n'est sourd qu'au pur néant... Et à la foudre son chemin : Tu prétend * quo tu no le vols pas, Alor» il l'aperçut et l'énonça, Son Jugement o*t prêt, tu peux l'attendre! » xxxv, 6-14. Il l'exposa et j'êludla, El dit ensuite à l'homme : 3· Dieu et le monde, La création. — Les œuvres de la • I exuite : me cnülidre sera (ta) sagesse; création sont énumérées par les amis de Job, Job luiFuir h ni.d, (ton) Intelligence. · xxvni, 23-28. même et Dieu, v, 9-10; îx, 4-10; xn, 7-10; xxvi, 5-14; Bien différente donc de celle de l'homme, qui n’est xxvni, 25-26; xxxvi, 24-xxxvn, 18; xxxvnt, 4qu’un · commencement de sagesse, · cf. Prov., i, 7; îx, xxxix; XL, 15-xlî : les premiers les signalent, pour 10, elle reste tout entière en lu possession de Dieu, qui exalter le Créateur, sa majestueuse domination parmi en a, pour ainsi parler, parfaite conscience et maîtrise •on innombrable armée d'étoiles, son éternel empire absolue. Job : « (Vous dîtes :) sur les puissances des ténèbres; le dernier, pour humi­ • Aux *tête grises la sagesse, lier Job qui a voulu comme se mesurer avec Jahvé : qui A longue vie l'intelligence. » des deux est le plus grand? Qui a fait le monde cl tout A Dieu (seul) force et sagesse, ce qu’il renferme, Dieu ou Job? qui le pénètre, le A lui (seul) force. Intelligence! », xn, 12-13. gouverne, y pourvoit, Dieu ou l'homme? que peut la Ce n’est pas encore tout à fait la Sagesse hypostatique créature terrestre, éphémère, sur les merveilles qui de Prov., t-ix; mais cet attribut divin tend déjà À remplissent l'univers? t'objectiver en regard de Dieu. L’ensemble constitue comme un système du monde, Quint à l’attribut de justice, il se manifeste, ou où tout a sa place et sa destination immuables. plutôt peut être envisagé sous un double aspect : tel L’énumération se fait dans un ordre Λ peu près qu‘il est en lui même dans l’action divine par rapport constant, qui aussi rappelle, ou annonce, celui du au monde et à l’homme; tel qu'il ressort de L'expérience psaume civ et de Genèse, I, 2-n, 3. Quelques traits y personnelle de chacun des humains. Sous le premier sont communs â chacune de ces descriptions. L’Idée aspr-i IT.trc divin inconditionné, mais conditionnant de la création première, comme dans le psaume en lu même le moud» entier, exclut de son concept l'in- I question, s’y confond souvent avec celle du gouvernojusll o : le bien de l’univers est affaire propre à Dieu Imcnt providentiel, et donne l'impression d’une créa­ et ne peut donc jamais se trouver en conflit avec quoi tion continue, ou continuée. Quelques touches ou que ce soit dans cet univers. Ellhu : couleurs du tableau, d’ordre purement descriptif, se « Non, <*n vérité. Dieu n'mt pn * Injuste» réfèrent à d’anciens poèmes populaires et mythiques, Schaddal n· peut Infléchir le droit t qui peut-être eurent cours en Israël Jusqu'aux temps Qui lui a confié la tene. post-extllcns, et dont le thème, tout à l'honneur et à Hrni h rn garde l'univers? la glorification de Jahvé, se modelait principalement S’il veut rutln»r ton souffle, sur celui de poèmes babyloniens du même genre. Iteprvndrr *.» divine ludclno, En premier, la terre est fondée sur le vide, xxvi, 7, A la fol * toute chair expire El tout humain retombe en paupière. · xxxrv, 12-15· . construite comme une maison d’après un plan archl- 1469 JOB (LIVRE DE). THÉOLOGIE, DIEU ET LE MONDE tectural arrêté par Dieu, xxxvnt, 4-6. Dans le psaume, f. 5 G, et dans Gen», i, 2 et 9, elle est sous les eaux de Vabtme primordial (fehôm), encore Informe, et vide d'habllunis. La suite dira ce qu'elle recouvre. Lu mer ensuite vient au monde, pareille b une enfant géante dont Dieu va prendre soin, mais dont Il doit déjà refouler et borner les empiétements, xxxvii ,8-11. C’est une sorte de monstre furieux, vit, 12, qu'il lui faut apaiser, xxvi, 12«, un être nommé Râhab, qu’il · met en pièces · pour le vaincre, xxvi» 12ô, en même temps qu’il se soumet les < auxiliaires » de cette révoltée, x, 13. Ici, nous avons, sans conteste, un trait mythique fort prononcé, qu’on ne doit point s'étonner de rencontrer dans un poème : on pense à Marduk terrassant cl découpant Tiamat, Ια mer en furie (tiâmalu, tâmtu — l'hébreu (ehôm ■■ râhab), subjuguant et enchaînant son armée de démons avant la création du monde. Cf. Poème babylonien de la création, Enuma élis, tob. ιν, I, 101-118. Comp. Is., jli, 9; Ps., lxxxix, 10-11. Le psaume civ, 7, 9, et Gen·, I, 9-10, expriment de façon plus terne la mémo Idée de la mer enfermée dans scs · limites · après avoir « gagné son lieu »; sauf que le psaume a gardé le souvenir d'une résistance des eaux, puisqu'elles se retirent à la « menace · de Jahvé. Dans ces passages la création de la · mer » est transposée après celle de la lumière, qui, dans Job, arrive maintenant, et qui englobe, ou mieux, éclaire une description des grandes régions du monde, xxxvnt, 12-21 : océan, enfers, terre. I a lumière, chose objective et assurément indépen­ dante de tout astre, de toute source lumineuse, a aussitôt son lieu et place, comme la mer, comme les ténèbres elles-mêmes, t. 19, et son parcours pour faire lour et nuit : « As-tu» do ta vio, commandé au matin» Avdgnô sa placo Λ l'aurore?·.· f. 12. Par où so rendre nu séjour do la lumière» El Ifi où les ténèbres ont lour drmouro» Pour les amener on leur domaine, Et lo * remonter à lour pays natal? Sans doute lo mls-tu, loi né d'alors, (Ironique) Et dont Innombrables sont les jours!.·. » f. 19-21, Ailleurs, xxvt, 10, se trouve déterminé avec plus de précision l’habitat de cc.s deux entités, lumière et ténèbres. C'est la base de la voûte céleste, assise sur lês eaux, notre ■ horizon », qui les sépare : alternative­ ment elles passent et repassent derrière elle pour emplir notre monde, Λ tour de rôle, de leur éclat ou de leur obscurité. C'est bien aussi l’idée de Gen., 1, •1-5, · Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres ». Le psaume, qui a mentionné la lumière lors de la théophnnie préliminaire Λ la création, t. 1 et 2, amène les ténèbres beaucoup plus loin, f. 20, après les astres : « Tu mots ténèbres, et c’est la nuit. » Chose tout Λ fait remarquable, In lumière, cette belle création de Dieu, a dans Job une fonction morale : elle est l'ennemie du ma), alors que la nuit est le Jour du malfaiteur : • Elle saisit 1rs coins do la terre Pour on wcuuor lot méchant·, La modèle commo d'un sceau, lui bariole commo un vêtement» Itof usant sa lueur au scélérat Dont se brise le bras lové... » t. 13-15. Et cela est dit longuement aussi xxiv, 12-17a. Job : • Tour ties méchants) Ignorent In lumière. Le· ténèbres sont lour matin... · t. 16-17a. Plus avant que la lumière pénètre le regard de Dieu : il va Jusqu’au monde souterrain, xxxvm, 16-18 : « Es-tu allé jusqu'aux sources do In Mer, As-tu marché >ur lo fond du Te Mm (abîme). 1470 Pour lot les portes de la Afnrf se sont-elles ouvertes. As-tu vu les portm do VOmbre? As-tu meMirê do Peril la largeur de la Terre, Dh-lc, si tu la connais toute ? · C’est une vue du monde Inférieur qui va de la base à la surface : sources de la mer. royaume de> morts, disque terrestre. Voisin du f md de l’océan primordial se creuse Je schéol, le séjour des ombrehumaines, qui n'a point de secrets pour Dieu, xxvi, 6. Job : • Ix» SehM est à nu devant lui, I^e Goufjre n'a plus de voile..· · CL xxvi, 5; xxvni, 22, et comp. Is., xîv, 0; Prov.. ix, 18; xxi, 16. C'est comme un vaste palais fermé de « portes » puissantes qui laissent sans doute entrer les morts, mais qui ne s’ouvrent d'elles mêmes pour aucun vivant sinon pour Dieu. Cf. Is., xxxvm» 10. Espace ténébreux et chaotique, Job., x, 215-22, où l’on < descend » après la vie, vit, 9; xxi, 13, et d'où l’on ne « remonte » jamais, xvii, 16; vu, 9-10. L’on y entre « nu », tel qu'on était en naissant. 21, i. Job : • Nu je suis sorti du sein de ma mère. Cost nu qu'au Schêol jo dois retourner. » Le schéol, nom lugubre que l’on redoute parfois de prononcer (on dit alors par euphémisme : < là-bas, » I, 21; ni, 17-19), est donc la « demeure, rendez-vous de tous les vivants, · xxx, 23, qui s’y trouvent à l'état d’· ombres · (re/dlm, xxvi, 5), d’êtrr% languissants cl comme ensommeillés. CL Is., Xiv, 9; xxv , 14, 19; Ps., lxxxviii, 11; Prov., il» 18; ix, 18; xxi, 16. Job ks définit. ni, 16 : • Avortons liAtivement enfouis. Enfants qui n'ont point vu la lumière» · eussent-ils été rois, princes, bâtisseurs de pyramides, regorgeant d’argent et d’or, in, 11-15. Là, tous « reposent. » quels qu’ils aient été durant la vie : oppresseurs ou opprimés, cxactcurs ou captifs, grands ou petits, maîtres ou esclaves, ni, 17-19... Ils y reposent, dit Job, toutefois : • SI en terre t) est vraiment repos·., » xvn» 16. Car une vie obscure, indéfinissable, sourdement dou­ loureuse et triste les y anime encore : c’est même là un des reproches que Job le désespéré fait à Dieu créateur et Juge de toutes choses, xîv, 19-22 : « Et voilà, tu anéantit Paspolr de l'honnuo; Tu l'abats, il lui faut pat tir. Tu lo défigurés ot tu le répudie·, SI ses enfants protpèrent. Il n'en sait rien; S'ils s'amoindrissant, il n'rn sait davantage. Seule sa propre chair lui fait mal. Et son ûmo s'enveloppe de deuil. » Quant aux deux, ils sont eux aussi la créature de Dieu. • 11 étend les deux à lui seul. Il marche sur la mer supérieure. · îx, 8. 11 s'agit du llminmcnt solide qui soutient, comme dans le Psaume civ, 2-3 cl dans Genèse, I, 6-8, les eaux supérieures : haute moitié de la mer originelle dont Dieu fil d'après Job, xxxvm, 22-30; xxxvi, 27-33; xxxvii, 3-18, et en grand mystère» comme nutant de merveilles, l’ensemble des météores : neige, grêle, vents, feux du tonnerre, pluies et rosées, glace et givre, qui par des « écluses ou conduits ménagés dans la voûte céleste se répandent sur la terre· » Cf· Gen., vu, 11 ; vin. 2. Ces météores sont pour une part des armes divines mises en réserve pour les Jours de combat. Job, xxxvm, 23, contre les ennemis de Dieu et d'Israël. Cf. Jos,, x, U; ls., xxvni, 17; xxx, 30... L’autre part u pour spéciale destination de fertiliser la terre. Comp, Pt·» civ, 13-16. Dans Gen·, 1, 11-13, la poussée burs du 1471 JOB (LIVRE DE). THÉOLOGIE, DIEU ET L’HOMME sol de< divorces plantes suit naturellement comme Ici l’aménagement de * · eaux supérieures et Inférieures » et Γ < appnr’tlon de la terre ferme. * titres aussi sont l'œuvre de Dieu. Leur < créa· Le don » se trouve particulièrement mentionnée ïx. 9-10, ù l'occasion de quelques constellations de nouveau énumérées plus loin, xxxvnt, 31-32. Ainsi s'éteint la couleur particulièrement mythique donnée à leur description dans ce dernier passage : • Serres-tu Im *lien dot Pléiades (?) Ou relâches-tu *le corde· d'Orion? Son-tu les Ils *ado (?) en temps voulu, Peux-tu mener l’Ourse avec ses petits? · Du reste, ayant < créé ■ lés astres. Dieu, dans le texte biblique, en garde la maîtrise, puisqu’il en serre ou desserre le * liens à volonté, /oc. cit., les obscurcit on les empêche de se lever. Job : • Il commande au soleil, et il ne luit pas. Il met son sceau »ur les étoile *... ïx, 7. A la pleine lune il barre le visage, En étendant sur lui sa nuée... » xxvi, 9. Dans le plan divin ces astres ont valeur de signes, ci. Gen., I, 14, Ici en apparence purement météorolo­ giques, xxxvin, 33-38, mais cependant englobant, en vertu de hi formule générale employée, f. 33 : • Connais-tu *le loi» du ciel. Ou règles-tu son influence sur la terre? » la réglementation des < temps ». Cf. Gen., t, 14 et *., civ, 19. L'idée d'un gouvernement général des P événements terrestres par Influence astrale, idée fami­ lière aux Babyloniens et aux peuples orientaux dès les temps les plus reculés — les étoiles sont les < images * grands dieux * et « règlent les jours », Enuma élis, de tab. v, 1-20 — transparaît encore Ici avec cette res­ triction, que Dieu lui-même domine et pénètre cette influence. CL Gen., I, 16-18, où par décret divin le soleil et la lune « dominent » le jour et la nuit et • séparent » lumière et ténèbres, et Job, xxxvin, 6-7f • Qui on a posé la pierre angulaire (de In terre) Aux applaudissements d« *i étoile * du inulin? » où les astres prennent conscience de cette vie mysté­ rieuse qui est la leur et leur part d’action —subor­ donnée — dans le gouvernement de l'univers créé. (Voir plus loin.) Le monde animal enfin manifeste la puissance et la sagesse de Dieu créateur et provident, par comparaison avec l'ignorance et I impuissance de Job devant cette portion animée du momie inférieur. Quelques animaux sont décrits à l'aide de quelques traits particuliers se rapportant ou à leur allure, ou à leur * mœurs, ou à leur habitat, avec la préoccupation de mettre en relief la divine sollicitude à leur égard sous le rapport de leur nourriture, ou du soutien de leurs forces, ou même de la perpétuation de l'espèce. Ainsi : le lion, xxxvin, 39 40; le corbeau, 41; la biche, xxxix, 1-4; l'onagre, 8. le buffle. 9 12. l'autruche, 13-18 ; le. cheval, 19-25; 5l’épervicr, 26; l’aigle, 27-30; l’hippopotame, xl, 15-24 ; le crocodile, xl, 25-xu, 26. Ces deux derniers, plus remarquables que les autres par leur terrible aspect et leur vigueur, par leur humeur sauvage et farouche, qui les rend impropres à la domestication, sont pour­ tant aussi créatures de Dieu : • Voh b*Mfrrn(, que fat Thit comme toi... » xl, 15. encore que leur description emprunte mainte couleur à celle des monstres mythiques dont les apocalypses exploitent le ouvvnlr. Hénoch, lx, 7-9; IX Esdras, vi, 49-52. Apoc. Baruch, χχιχ. 4 ; et cL 1s., xxvn, 1; Pt. lxxïv, 14. lit doivent correspondre dans Joh aux * grand tarin tmim >de Gen., 1, 21, aux « gros animaux » 1472 et au · Léviathan » de Ps., civ, 25-26, lesquels ont définitivement perdu toute physionomie légendaire. 4® Dieu et l'homme. — L’idée de ce qu’est l’homme en face de Dieu se trouve exprimée de façon assez différente, selon qu’elle sort de la bouche des amis ou de celle de Job. 1. Valeur de l'homme. — Pour les premiers i’homme n'est qu'une non-valeur, l’impuissance même devant Dieu, le tout-puissant et l'inaccessible; c'est sa fai­ blesse physique qui constitue cet abîme entre lui et son créateur; sa piété doit donc être la « crainte »; et le mobile de sa religion, l’assurance d’une vie fortunée récompense de l’humilité. Eliphaz, iv, 17-21; xv, 1416; Bildad, xxv, 4-6; Eliphaz, xxn, 2-4; Bildad, vin, 5-7; Sophar, xi, 13-19; Eliphaz, v, 17-26; xxn, 21-30; • L'homme devant Dieu peut-il être juste. Devant son Créateur peut-il être pur!..· Que dire de ceux qui habitant en l'argile. Qui ont leur support *dan la poussière? On les écrase comme la teigne. Entre l'aube et le soir les voilà foudroyés, Inaperçus, ils s'en vont pour jamais... · iv, 17, 19-20. « Les cirux ne sont pas purs A ses yeux; Que dire de l'abominable, du dégénéré, De l’homme, qui boit l'iniquité commo l’eauI... »xv, 15-10. • L’homme falt-il à Dieu besoin? Non, le sage se fait a lui-inêine profit. Schaddai a-t-il avantage à ce que tu sols juste. Est-ce lui qui gagne à ce que lu sols intègre? Va-t-il te punir parce que lu le ctaiit *. Entrer en jugement avec toi?... · xxn, 2-4. ■ Ta crainte ne te fut-elle pas confiance, Et ta vie d’intégrité, espérance? Réfléchis, quel Innocent a jamais péri, En quel pays le juste a-t-il succombé?... » TV, 6-7. « Pleures-tu, A Dieu. II t’écoutera·.· Car s’il abat l’outrecuidance. Il secourt qui baisse les yeux... » xxn, 27, 29. iv, 6-7. Moins encore, si possible, Γ « impie » compte-til, dont le péché est surtout l'orgueil, In révolte contre Dieu. Eliphaz, xv, 25-26; Bildad, xvin, 21 ; Sophar, XX. 6. Son châtiment est la ruine complète, soudaine, xv, 20-35; xvm, 5-21 ; xx, 4-29; en attendant, sa vie est empoisonnée par l'angoisse et les remords de sa conscience, Eliphaz, xv, 20-24; par les terreurs de la maladie et de la mort, Bildad, xvm, 11-14; par la crainte du jugement qui change en poison la douceur de son péché. Sophar, xx, 12 sq. Pour Job souffrant, le sort de l’homme · né de la femme », xiv, 1. mais en même temps créature de Dieu, x, 8-12, 18, est pénible et triste : tourment quotidien, tel que l’endurent le soldat et le tâcheron, vu, 1-2; xiv, 1,6; caducité sans remède, xiv, 2, 10, 12, dépen­ dance absolue vis-à-vis de Dieu qui l’éprouve sans répit, l’ayant enfermé en d’étroites limites toujours sous son regard inquisiteur, vu, 17; xiv, 3-5; vu, 12, et qui parait vouloir le tenir pour sans cesse coupable afin d’avoir un motif apparent de le punir, ix et x. 2. Destinée de l'hom r. — Sur cette vie d’inquiétude et de souffrance se projette l’ombre de la mort, sans espoir suffisamment clair de survie ou de résurrection, xiv; cf. m, 13-19, 20-23; vu, 9-10, 21. • Que sa racine (do l’arbre) vieillisse en la terre» Que la souche en meure dans lo sol; A la fraîcheur de l’eau il bourgeonne, Emet «les rameaux, de tendres pousses i Que meure l’homme, tout est fini; Qu’Il expire» (on dit :) <>(i donc fut-U? L’eau s'écoule «l'une mer» fleuve se dessèche et tarit. L’homme *e couche pour no se lover plus. Tant que dure le ciel II no s’és'elliera. Bien ne le troublera dan> *on sommeil·,· » xiv, 8-12. Si Job dit, xiv, 13-16, souhaiter séjourner quelque 1473 JOB (LIVRE DE). THÉOLOGIE, DESTINÉE DE L’HOMME 1ό7ό temps au School jusqu’à ce que la colère de Dieu s'apaise à son égard, ce n'est dans sa pensée qu'une hypothèse irréalisable... · Mais non, car, 14a, « SI l’homme meurt, peut-Jl revivre? · suivie par la vieille latine (revision de S. Jérôme, P. L., t. xxix, col. 8·) : 25 Sclo rnlm quia rternus qui me resoluturus est 26. Super terrarn retarget cut K mea que» Ivre patitur, S’il se suppose rnort, xvi, 18, priant la terre de ne point couvrir son sang, et criant sans trêve son inno­ cent c, ce n’est qu'une façon de hâter l’intervention en su faveur, sur celte terre, de son « garant » et de son « témoin » qui vit dans les deux, car • S’achève lo cnmplo de met années, Et je dois prendre h» '.entier san< retour. Mon souille s'épuise, mon jour * s’cldgnent. Le sépulcre va être mon partage, xvi, 22-xvn, 1. serve du texte du Codex vaheanus qui phrase beaucoup p’us mal encore : ... ό έκλύε’.ν με μέλλων έπίγης άναστηστη τό δέρμα μου... On conçoit que des Pères grecs tels que Clément Homaln, / Cor.. 26, P. G., t. i, col. 265; Origène, In Mallh., xxn. 23, t. xm, coL 1565; saint Cyrille de Jérusalem, Catech., XVI II. xv, t. xxxni, col. 1036; saint Épiphane, Ancorat., 99, t. xj.ui, col. 106, aient vu dans ce passage une preuve de lu résurrection. Mais il est significatif aussi qu’un exSqèlr tel que saint Jean ! * Chryso orne nie formellement en deux endroits de ses œuvres que Job connût la résurrection : Epist. II ad Olympiad, diaconissam, 8, P. G., t. lui, col. 565 : « Al hic (Job) cum et probus vir esset, et de resurrectione nihil exploratum haberet... ·; et In Matlh., horn, xxxm (al. xxxiv), 6, t. lvii, col. 396 : · Nulla ex illis into­ lerabilibus calamitatibus illum (Jobum) perturbabat... Et quid graDius, inquies, Jub accepit ?... Graviora quippe... Primo, quod nihil sciret de regno aelorum et de resurrectione. » Le silence absolu de nombre d’autres pères et écrivains ecclésiastiques grecs et latins ayant à parler de ce dogme de la résurrection ne renforce point non plus la tradition. Et il est a croire que l’idée de voir celte vérité exprimée dans Job, xix, 25-27, se fût perdue, si la Vulgate hiérunymicnne ne lui eût donné, par une traduction des plus libres ou, du moins, par l’interprétation d'un texte fort ditfércnt du texte hébreu supposé par les anciennes versions, un nouvel appui. Saint Jérôme ne laisse, du reste, planer aucune incertitude sur l’intention de sa nouvelle traduction : Epist., lui, ad Paultnum, P. L.. t. xxn, col. 545 : Hcsurrectioncm corporum sic prophetat, ut nullus de ea vel mani/estius, vel cautius scripserit : « Scio, inquit, quod... »; Liber contra Joann. Hicros., 30, t. xxni, coi. 381 : Job... resurrectionis spe et veritate soletur : • Scio quod... » Quid hac prophetiamani/estius? Nullus tam aperte post Christum quam iste ante Christum de resurrectione loquitur. Saint Augustin, acceptant en lin la Vulgate, fera le succès du texte dans l’Eglise latine : De civit. Dei. I. XX 11, c. χχιχ, L P. L., t. xli, col. 799 : « Job, sicut m exemplaribus quæ ex Hebrseo sunt invenitur. Et in carne mea videuo Deu.m : resurrulionem quidem carnis sine dubio prophetavit. » D’upiès la lettre Job serait donc resté sur une douloutruse impression de cette vie et de la mort, sans espoir précis de l’au-delà. Pourtant l’on peut dire que celui *ur qui pèse si lourdement le fardeau de la nonespêrance, aspire, au fond, à se survivre; que celui I our qui s’est réalisé (comme on va le voir) un corn­ men c si personnel avec Dieu, jwssèdo en germe la fol à Γéternelle destinée de l’Ame; et que celui en qui habite le sentiment d’une si haute responsabilité morale (voir aussi plus loin), soupçonne l’impérissable valeur de l’homme, supérieure à celle de 1’ « arbre », dont la vie parait indestructible. · Dieu — dira Elihu, xxxv, 11 — Nous lit plus instruits quo l<*s bètr * do la terre, * *ag. l'oint tant corrompu qu’il y paraît, le texte hébreu exprime sim­ plement la quasi-certitude de .Job que scs protesta­ tions d'innocence, qu’il voudrait écrites en un livre, ou gravées sur le plomb, ou la pierre, 23-21, seront bien accueillies par Dieu, son < garant » en même temps que son < adversaire » (voir plus loin ), apparaissant · sur cette terre » — non au séjour des morts — pour lui rendre justice contre scs amis trompés et devenus scs accusateurs, f. 28-29. Le t· 25 : • Jo sais, mon goèl est vivant. Et, dentier, sur lorro 11 so lèvera. » est fort clair dans ce texte et commande tout le passage. Il cadre parfaitement avec l’idée générale du livre et les contextes immédiats : quand chacun aura parlé. Dieu viendra dire le dernier mot de la cause débattue, ce qui réellement eut lieu, bien que non tout ù fait conformément à I' · espoir > de Job, après réprimande et mise au point par Elihu. Cf. l’excellente traduction latine de Knabenbauer, Com. in lib. lob., Pari·., 1886, p. 247 sq. 25. AI ego \clo : redemptor mous Virus, El ultimus super pulverem surged; 2G. Et post * pellem meam qutr hare palitor, • · po *t » (laits le sens do posl qs((uni, post parietem (Is., ιλίι, 8; Quit.. ιι, 9). Et ex came mea, vldebo Doum... C'est vivant lui-même, de son corps et de sa chair en lainbcaux, que Job espère voir apparaître son « témoin » ou le < garant * de son innocence. La ver don syriaque cl celle de Thcudolion confirment cette tra­ duction en mémo temps que la teneur et la coupe du texte hébreu actuel, bien que par à peu près : Syr : « Ego scio quod liberator incus vivus, El in fine super terram apparebit; Et super cutem meam circumdata sunt htre. Et \upt-r carnem meam (videbo lumen Del). Théod. ό ip/tcTiX μου ζή. χλι σχατον έη! χώματος Λνχστήση... C'est par suite de l'omission haplographique du mot hébreu n*' ahar · post , f. 26, après o*' ahdrôn « ulti­ mus -, ÿ. 25, faite par le traducteur grec des Sephmtc, que celle version a introdu t l’idée de la résurrection, en transportant alors au lieu et place de ce mot, de la lin du t. 25 au commencement du f. 26, le ydqoùm • surget · de l’hébreu, devenu ■ resurget » : (Cod. alexandrtnus). 25. οιόα γ»ρ ότ< άίνναός Ζστίν 6 ixXvetv με μόλοι / έπΐ γής........ ........ 26. *αναστή ; ,ι δι μου το οώμα τό άναντλοΰν ταυτα 3. Rapports avec Dieu. — Quand il touche à ses rapports individuels avec Dieu, Job s’exprime luimême de double façon, selon qu’ils appartiennent Δ l’une ou à l'autre des deux périodes, si nettement tranchées, de sa vie : temps de prospérité, temps d’épreuves. Mais lu fusion des contrastes, ou la conci­ liation *de contraires, s’opère finalement dans son appel de Dieu à Dieu. Avant son malheur il était dans l'union la plus intime avec Dieu, xxix, qui était pour lors son protecteur, 2, son guide. 3, son familier, t 5. 1475 JOB (LIVRE DE). THÉOLOGIE, DIEU ET L’ORDRE MORAL 1476 C'est pourquoi, maintenant qu’il souffre. Dieu lui parait changé à son égard, et l’auteur même de son triste sort. Son cœur s’est brisé de voir son « ami » d'autrefois devenu ainsi son « ennemi, » xxm, 16; xm, 24; xvi, 9; xix, 11. Dieu s'est jeté sur lui comme un homme de guerre, les yeux étincelants, grinçant des dents, xvi, 9 : il le saisit à la nuque et le renverse, 12; le crible de traits, vi, 4; xvi, 13-14; il lui barre le chemin, xix, 8; l’assaille comme une forteresse, xix, 12; xxx, 12-14, brise son arc, foule aux pieds sa bannière, 11, etc... D’avoir ainsi perdu la faveur divine Job ne peut plus vivre, vi, 8-10; vu, 15-16; x, 18-22, etc. Dieu traite avec une terrible rigueur son fidèle serviteur, χχπι, 11-17, sans vouloir écouter sa défense, ix, 14-20, 27-33; xix, 20, lui ravissant son honneur et le jetant dans la fange, xix, 9; xxx, 19, faisant de lui une manière de banni, xix, 13-19. Dieu procède avec lui de la manière la plus dure : il le happe dan» un tour­ billon, ix, 17; le fascine de son regard et ne le laisse plus même déglutir, vu, 19, ni respirer, ix, 18; l’épouvante de songes et de visions, vu, 14 ; n’a-t-ii pas agi de ruse en le créant d’une main soigneuse et expéri­ mentée, x, 8-12, pour mieux passer ensuite sur lui sa colère, 13-17? ou procéder avec lui comme une force aveugle dont on ne peut arrêter le cours, xiv, 13,18-19? Est-il même juste dans la rétribution des bons et des méchants? Ceux qui ne s’inquiètent pas de lui, il les laisse vivre et mourir en paix, xxt; mais lui, ne s’inquiète guère de ceux qui le craignent, ix, 23-24; xiv, 3. Ainsi Job, proche du désespoir, en arriverait à e mccvolr Dieu, à la manière antique, sous les traits d'un destin capricieux et inexorable, comme un être doué seulement de force, de toute-puissance, et non d'équité. Cependant, le désespéré sait aussi souvent s’abs­ traire de sa souffrance pour se retourner vers Dieu et vouloir reprendre avec lui les heureuses relations d’autrefois, xni, 3; xvi, 20-21 ; xvii, 3, surtout en vue d’obtenir de lui justice, ou Juste appréciation de sa conduite, comme de la bouche d’un témoin, d’un garant, d’un défenseur, xvt, 19; xix, 25. Selon lui, Dieu reviendra aux sentiments d’autrefois et cher­ chera son ami prêt δ disparaître, vu, 21, se souvenant de lui, xiv, 13; le créateur et sa créature se retrouve­ ront alors pour une amnistie réciproque et une durable réconciliation, xix, 25-27; xxm, 2-5. Que si Dieu, pourtant, se présente encore en adversaire, le profond sentiment de son bon droit et de la justice divine assure Job du succès dans la plaidoirie finale où se heurteront Dieu cl l’homme, pour la vérité, xvi, 21 ; xxxi, 35-37. Ainsi apparaissant de nouveau comme l’Êtrc moral, s iint et bienfaisant, qui de plus en plus se dégage des o nbres et des terreurs antiques, Jahvé, qui a par­ donné au Juste s’humiliant à la fin du livre, peut dire que Job, « son serviteur, a bien parlé de lui, » xlîi, 7-8. 5° Dieu et l'ordre moral. La rétribution. Haute mora­ lité du livre de Job. — Les rapports de l’homme avec Dieu comportent au point de vue moral deux atti­ tudes : Ou l’homme s’attache à Dieu, dans le sentiment d’une entière dépendance à son égard; et c’est alors la rectitude de vie, la vertu, la justice, xxm, 11-12; c. xxix. Ou l’homme s’écarte de Dieu, le méconnaît, veut l’ignorer ou ne se soucier de lui ; et c’est l’impiété, l'orgueil, le péché, xxi, 14; xxu, 13-17; xxiv, 13; le péché est un acte de lèse-majesté divine, xv, 25. Job et ses amis connaissent par quelles actions se manifeste et peut donc se Juger cette double attitude. A la justice appartiendront : la sollicitude pour le prochain — la veuve et l’orphelin, le pauvre et l’atlllgé, l’aveugle et l’estropié, xxix, 12-16; l’équité dans les jugements envers l’innocent ou le coupable, 16-17; toutes les dispositions ou gestes contraires aux fautes énumérées ci-après. — A l’impiété et l'injustice : l’exigence du gage injuste, xxu, 6; le refus d’aliments è l’affamé, d'eau à l’assoiffé, 7, et xxxi, 17; de vête­ ments à l’indigent, xxxi, 19-20; lo déni de Justice au faible, xxxi, 16, 21 ; l’acception faite du violent et du puissant, xxu, 8; le renvoi sans aumône de la veuve et de l’orphelin, xxu, 9; xxxi, 16; le brigandage, xxiv, 2-9; l’homicide, 14; l'adultère, 15; le vol, 16; le regard lascif, xxxi, 1-4; In fausseté et le mensonge, 5-6; l’exaction, 7-8; la convoitise de la femme d’au­ trui, xxxi, 9-10; la méconnaissante des droits des serviteurs, 13-11; rattachement ;i la richesse, 24-25; 1’idohllrie, le culte des astres, 26 27; l'envie ou joie causée par l’infortune de l’ennemi, 29-30; l’inhospita­ lité, 31-32; la dissimulation et le respect humain, 33-34; l’assassinat et la fraude comme source de la propriété, 38-39. Ce sont l.’i vertus ou crimes dont Dieu s’inquiète pour les récompenser ou les punir, et qui constituent l’ensemble de la vie morale, en caractérisant le juste ou l'impic. Mais, selon Job, il est d’autres fautes qui n’empêchent nullement l’homme d’être attaché de cœur à Dieu, et que celui-ci doit juger vénielles parce que inhérentes à la faiblesse et à la caducité humaines. Si lui-même les a commises, elles ne peuvent donc être la cause de ses malheurs et Dieu a dû les lui pardonner, vu, 20-21; x, 3-7; xm, 13, 26-27; xiv, 16-27. Les actes de l’homme ayant ainsi une valeur morale qui intéresse hautement la divinité, celle-ci, qui par définition est infiniment Juste — c’est le principe fondamental qui gouverne toute la discussion — rétribue ces actes par récompense ou châtiment. Tout, dans le livre, suppose que la rétribution s’opère en ce monde, < sur terre ». Pour les trois amis de Job, elle s'exerce, pour ainsi parler, automatiquement; au juste, la joie, la paix, la prospérité, la santé, nom­ breuse et belle postérité, fin digne d’envie. Eliphaz : • Puis, tu Iras nu tombeau, commo un fruit mûr, Comme lo gcrblcr qu’on érige *on châtiment, Et lui-même boire le courroux de Schaddalb xxi, 19-20. Ce fait déconcertant est d’expérience vulgaire, xxi, 7; c'est ce que rapportent aussi les étrangers : 6• N’avoz-vous donc Interrogé les voyageurs, I Prêté attention à leurs récits, Qu’au jour de la ruine l’impie reste Indemne, Qu’au Jour dos grandes eaux il surnage? Qui lui reproche en face sa conduite. Qui lo rétilbuo selon ses actions? Mais on lo porte ù son tombeau, L’on prend soin de son mausolée. La terre de la vallée lui e*t légère, Et beaucoup y viennent après lui, Comme avant lui tant y sont venus. » xxr, 27-33. 1477 JOB (LIVRE DE). THÉOLOGIE, LA COUR DIVINE 1478 Rarement l’humanité, l'équité et la loyauté s'expri Cet échec Λ l'opinion des trois amis n'est point réparé dans les discours d’Elihu ; et la question de la mèrent en plus nobles termes, rétribution de l'impie n'y fait pas un pas de plus que I « Sous l’appréhension de la colère de Dieu, dans ceux de Job : c’est un dessein providentiel que Dans l’attente de sa solennelle entrée. » 23. la soufTrance et la ruine du Juste; c'est pour le purifier, 6· La cour divine ; Satan · l'accusateur »; Anges cl ou même, si l'on veut, le châtier de l’orgueil qu'il Astres. — Dieu est au ciel, as Is sur son · trône, » xxm, conçoit de sa propre Justice, xxxm, 15-19; xxxvi, 10. Mais il n'y est point répondu à la question que 3, entouré de l'assemblée des « fils de Dieu, » i, 6; n, 71 ; xxxviii, 7, ou des « saints, » v, 1 ; xv, 15, ses < servi­ soulève l'anomalie du sort heureux du méchant : celuici est puni toujours ici-bas, parfois tardivement peut- teurs, » v, 18e, et ses < messagers », 185, premier corps être — c'est toute la concession qui est faite — xxxiv, de ses « armées » célestes, xxv, 3. Aux c. i et fl du livre 17-24, 29; xxxvi, 13-14. La Justice distributive est de Job, ils sont comme les assesseurs du « conseil » établie par vole de raisonnement, sans que le problème divin, xv, 8, constitué en haute cour nu lit de judice, ou Job sera · Jugé » particuliérement. Ainsi qu'il est particulier soit le moins du monde résolu. La question de la rétribution ou rémunération naturel de le penser, c'est parmi eux que le patriarche pourrait trouver · avocat » ou défenseur, v, 1; xxxm, finale n'est donc pas résolue dans le livre de Job. La conversion y est sans doute présentée comme un 23. C'est aussi parmi eux que sa cause, devant ce tribu­ moyen, le seul à vrai dire, pour le coupable, et même pour l’innocent, d'éviter ou plutôt de faire cesser le nal, trouve « accusateur », l'ange sdfdn, dont c'est châtiment divin, avec réintégration dans la félicité précisément l'emploi d’exposer en pareille occurrence antérieure, v, 17-27; vin, 20-22; xi, 13-19; xxu, 21- les griefs d'accusation, cf. Zach.» m, 1-2 — z&dn 30; xxxm, 23-30; xxxvi, 10-12; mais il est évident n’étant pas un nom propre, mats l'appcllatif J j que le moyen lorsqu’il est inemployé laisse subsister le fonction, comme l’indique l’art Id e : hassâtân, te sàtàn problème de l'existence fortunée et de la fin tranquille « l’accusateur ». Ce personnage < parcourt > comme d'office le monde créé, afin de « voir » ce qui s'y de l'impie. La morale personnelle de Job — règle de conduite passe, et se documenter ainsi touchant les diverses de l'homme droit et craignant Dieu, établie point par causes susceptibles d’être introduites Je < jour » de point ù l'encontre des accusations hasardeuses ou l’assemblée Judiciaire, i, 7-8; n, 1-3. Bien que tout à erronées des trois amis, au c. xxxi — s'élève à une fait enclin de par cette spéciale fonction à trouver remarquable hauteur du triple fait des fondements l'homme en défaut, cet être angélique n’est donc pas religieux qui lui sont donnés, de son application aux encore décrit comme un esprit mauvais; et surtout dispositions ou aux mouvements les plus intérieurs de l'on ne peut dire que le livre de Job ait subi à son l'âme, du sentiment profond de Justice qui lui fait endroit i’infiucnce du parsisme, qui personnifie le réclamer la sanction la mieux appropriée à la faute. principe du mal et l’oppose à celui du bien : notre sàidn demeure totalement soumis à Dieu, et n'agit Ainsi Job a garanti lo droit de scs serviteurs; car pour le mal à réaliser que par expresse autorisation • Quo forals-Jo s! Dieu se lovait. divine, dans des limites expressément fixées.!, 12. n,6. Que répondnds-Je s’il me demandait compte? » 14. Il y a dans le livre de Job, comme aussi ailleurs ; Il n’a pas attaché son cœur aux richesses; car Ps. vin, 5-6; 111 Reg., xxît, 19; Ps. lxxxix, 6-9, corrélai ion évidente, parallélisme, entre les anges et • C’eût été péché que doit punir lo Juge, Ainsi J’auruls menti au Dieu Très-Haut. » 28. les astres. Les uns et les autres « applaudissent » et « Jubilent » À l'œuvre de la fondation de la terre, Il a secouru le pauvre, la veuve, l'orphelin; car xxxvnr, 6-7. Les uns et les autres sont dépourvu·» « Ne sommes-nous point du même créateur» également de cette absolue perfection morale qui No nous a-t-II tous formés au même sein? n appartient qu’à Dieu et qui, a /orliori, ne peut être No m’a-t-Il pas nourri comme un père. l’apanage de l’humanité : Et soutenu dès lo soin do ma mère? · 15, 18. « Dieu no se fie point à «n serviteur *. Job afilrme surtout sa droiture et sa loyauté non Et «es messager» ne sont pas Irréprochables—. » rv, 18. seulement dans les rapports sociaux, les affaires, ou • Il ne fie point à Mbits, l’exercice de la Justice, 5-6, 7-8, mais jusque dans ses Et les cieux ne sont pas p v, 17-18; et ce fait montre que l'auteur primitif n’envisageait nullement comme idée directrice de son œuvre la doctrine de la valeur purificatrice de la souffrance, puisque les discours des amis sont blâmés en tant qu'ils visent le cas de .Job. Le raisonnement est sans portée, ou, mieux, porte à faux. Car Job est devenu, au cours des débats, bel et bien coupable, cl, dans les chapitres sus-mentionnés, Elihu le dil : le patriarche a commis le péché d’orgueil, nommé · au c. xxxm par manière d'exemple seule­ ment et à propos des songes révélateurs, i. 17, mais au c. xxxvî reconnu comme étant le péché du Juste et attribué expressément ù Job » : « Dieu nr se dispenso point de Juger les justes... S’il charge do chaîne» les rois (comme Job), Los tient captifs aux lions de la souffrance; C’est pour leur dire ce qu’ils ont fait, Leurs fautes, qui sont l'orgueil. Il leur ouvre l’oreille à l’iivrrtfssoment. Ainsi leur enjoint de s’écarter du mal. Que s’ils écoutent et se soumettent. Alor» ils finissent leurs jour» en Joie. Et leur» années dans les délices. Mais s’ils n’écoutent, ils vont au précipice, Ils périssent dans la déraison... 11 libère le souffrant par sa souffrance, Il sc révèle h lui par l'Affliction. Ainsi te veut-il hor * de l’anguiise. Non plus a l’étau, mai" au large, Λ une table lourde de mets... * y. 7-12, 15-16. Il est exact qu’Eliphaz parle, lui aussi, de l'efficacité de la souffrance; mais il s'agit pour lui de la souffrance expiant des péchés d'action. non de pures dispositions intérieures, encore que coupables cl répréhensibles, telles que l'orgueil; cl c’est ce qui fait qu’EHphûfc sc place, à l’égard de Job. ù un point de vue défectueux et inopérant, tandis qu'Elihu met le doigt sur lu plaie et sc trouve enfin poser la qui .’ion sous son vrai jour, quelle que puisse Cire la valeur de la solution par lui donnée. Si le» impie» ne sont pas non plus sans conce­ voir de criminelles pensées - et selon Eliphaz, Job en aurait formulé de semblables ; • Et tu disais : Dieu, quo sait-il. Peut-il Juger à travers lo brouillard? Les nuées l'entourent, il no voit rien··· » xxxi, 13-14. il est trop clair qu’elles sont présentées ici uniquement en excuses des fautes auparavant énumérées, 5-9, comme le firent les pervers d’avant le déluge : • Ils disaient ù Dieu : Retire-toi do nous. Que pourrait nous faire Schaddal?··· » 17. 2. Les discours d’iilihu, s’ils renferment vraiment l’explication donnée â In soulfrance du Juste, et si Job sc π nd à cette explication, retardent ceux de Jahvé, leur enlèvent d’avance leur portée et dès lors les rendent inutiles. h u’vn est rien, si Justement l’auteur du livre a voulu, en plaçant cette explication dans la bouche d’un nouvel interlocuteur. Elihu. assurer mieux l’humble acquiescement de Job, retarder pour plus de vraisemblance dans l’action l’intervention de Dieu, donner plus de saveur et de force aux paroles divines, sauvegarder même la suprême dignité du créateur en face de Job orgueilleusement confiant en lui-même et de scs amis non moins entiches de leurs opl- 1 481 JOB (LIVRE DE). AGE ET AUTEUR DU LIVRE nions. Que .Job, apure ment fort humilié dr l'interven­ tion cl des discours de Dim. soit arrivé à concevoir par reflet d’un raisonnement intérieur—non provoqué; dans l’hypothèse, pur Hhhu—%a culpabilité et la raison provided·idle de scs épreuves, cela peut bien l'établir et l'établit en diet (voir plus bout) à la réflexion et Λ une lecture attentive et pénétrante du livre amputé des c. xxxn-xxxvii, .Mais renseignement voulu par l’auteur < clait-il donc si simple et si facile ù conce­ voir qu’il ait pu demeurer inexprimé pour le lecteur? et Job lui-même »' peul s'y déployer lout a l'also; leur ellct de terreur y seconde nierveillcu * ement l’impression pénétrante causée en Job par la vive remontrance d’Ellhu et le tableau des œuvres cl du gouvernement dix ins; résumant ù la lin seulement, XL. 2, 8 9, 10-1 L la longue et véhémente leçon du Buzite, ils mettent au dialogue Γ « indispensable sceau » final. Ainsi encore en introduisant Elihu l’auteur < épar­ gnait à la haute figure divine de disputer et de sc quereller avec des humains. 11 n’avait que ce moyen d'y réussir, cl II y a vraiment réussi : il l’a gardée intangible et digne en face du lecteur...; il lui a donné une élévation qui surpasse de tout le ciel celle des autres interlocuteurs, même là où ceux-ci sc rencontrent dans leurs dires avec Jahvé ». Budde, op. cit„ p. XLV-XLVIII. 3. Affirmer que l’auteur du livre, après avoir soulevé, posé cl débattu la question de la raison providentielle 1482 des souflrnnres du Juste, ait précisément entendu la laisser sans réponse et solution, n’est-ce pas affirmer l'invraisemblance même de tout débat philosophique institué en vue d'aboutir à une conclusion? Un tel scepticisme est incompatible avec la mentalité juive à la fin du v« siècle. Les lecteurs se fussent trouvés dans les mêmes dispositions que Job lui-même avant la rude humiliation subie de la part de Jahvé seul surarbitre; et, au surplus, celui-ci n'ayant aucunement rempli son rôle, ils seraient demeurés dans les mémo perplexités que le patriarche — perplexités qu’une fin de non-recevoir, si majestueuse fût-elle, ne pouvait manquer de faire renaître, au grand détriment de la sagesse et de la providence divines. Il faut donc conclure avec Budde déjà longuement cité : « A l'endroit (du livre) où concourent toutes les lignes tracées (en vertu des données explicites ou sousentendues) nous trouvons les discours d’Elihu. Us apportent dans leur contenu l'entière solution du poète. Comme ils sont bâtis, ils se plient avec une conciliation intelligente aux besoins d’âme de Job et l'amènent de degré en degré ù détente et compréhen­ sion. Par une série d'invitations À répliquer demeurées vaines, ils font voir que Job ne sait que répondre» se range à la solution proposée et, de la sorte, se trouve tout à fait préparé dès la fin des discours a l'interven­ tion de Dieu. Us assurent enfin une transition bien ménagée, et de grandiose façon, à l'apparition de Jahvé dans la tempête; de sorte que quiconque s'abandonne sans réserve à l’art du poète, ne peut douter un seul instant que la solution acceptée par Job ne soit aussi la vraie, cl ne reçoive de Dieu même tadte confirma­ tion. » Ibid.t p. xlviii. 2° Age et auteur du livre. — Depuis l'époque du Talmud, la date de la composition du livre de Job a été graduellement descendue, de Moïse a Salomon, de Salomon à Isaïe, d'Isaïe a Jérémie, de Jérémie à Malachie, de Malachie à Esdras, d'Esdras au temps des Ptolémées. Voir Dictionnaire de la Bible, Paris, 1912, t. in, col. 1565-1566, et les auteurs cités. La période post-exil tonne parait devoir s’imposer, pour cette raison qu’il est fait allusion, xn, 17-23, a la déportation d'Israël et surtout de Juda. — Dans le parallélisme frappant des deux passages Jérémie, xx. 14-18, et Job, in, 3 sq., x, 18, la priorité appartient au pro­ phète; c’est Job qui imite Jérémie lorsqu’il maudit le jour de sa naissance. — Il en est de même pour la doctrine des fautes des pères punies dans leurs enfants et petits-enfants, dont Jérémie, xxxi. 29 30. et Ezéchiel. xvm, 2 sq., annoncent seulement pour l'avenir l’abrogation, et qui dans Job, xxi. 19, est formelle­ ment blâmée et rejetée. — On ne peut nier non plus, que notre livre ne dépende de la seconde partie d'Isaïe, xl, 27; xux. 4; l, 6, 8; lu, 14; lui, 3. 4, 8, 11, en ce qui concerne l'énigme des soullrances du Juste, serviteur de Jahvé; et encore de passages tels que Isaïe, xl. 7; xliv, 24; lix, 4; l, 9; li, 9 sq.; LXiii, 10. à rapprocher de Job, xiv, 2; ix. 8; xv, 35; xiii, 28; xxvi, 12 sq.; xxx, 21, au point de vue de Limitation littéraire. Ici encore la priorité en faveur d'Isaïe se décide contre Job, mais pour un autre molli que celui cjul pourrait résulter exclusive­ ment de la comparaison littéraire de ces passages. Isaïe parait bien se placer, dans sa description des souffrances du Juste, à un point de vue plutôt national : son juste soutirant peut toujours symboliser le peuple d’Israël. Job est franchement Individualiste, et dans scs reproches à Jahvé, qui paraît se désintéresser de sa fidélité et combler de biens 1 impie, sc rencontre plutôt avec Malachie, el de façon tout à fait frappante; coinp. Mal·· I. 2; h, 17; in. 11 sq.— Le stîtiln de Job, i el π cl les anges de iv, 18; v. 1 ; xv. 15; xxi.22; xxv. 2; xxxiii, 23 représentent vraisemblablement Langé- 1483 JOB (LIVRE DE). TEXTE ET VERSIONS lologie au même stade de développement que Zacha­ rie, c. î-vni. Cf. spécialement Zach.» i, 10-11 les anges qui parcourent la terre et font leur rapport, m, 1-2 le idfdn « accusateur » du grand prêtre Josué; i, 12 et in, 3 sq. !e> anges intercesseurs et interprètes, aux­ quels fait allusion Job., v, 1 et xxxni, 23 dans un esprit individualiste que Ton Jugera sans doute posté­ rieur au point de vue national encore affirmé dans Zacharie. — La notion du Dieu universel de plus en plus dégagée dc tout particularisme national nous rap­ proche enfin dc la période grecque où celle idée s'ancre dans la mentalité juive cl les écrits bibliques de l'épo­ que, tels que l’Ecclésiasle. la Sagesse, Γ Ecclésiastique... L'auteur serait un judéen dc la seconde moitié de la période persane, contemporain des restaurateurs Néhémie cl Esdras, aux approches du iv· siècle, bien placé pour connaître la steppe de l'est cl du sud palestiniens, où il situe l'action du livre, de même que l'Égypte qu’il doit avoir visitée (description de l'hippopolamc et du crocodile, et autres traits). Aucun élément positif ne s'offre Λ la recherche critique qui puisse engager à descendre plus bas que l’an 400. Buddc, op. cit., p. xlix-lv. 3° Texte et versions. — L’auteur utilisa sans doute pour son œuvre l'histoire dc Job telle qu'elle se racon­ tait à son époque, cl dont les c. ι-n; xm, 7-16 nous représentent l’essentiel. Il en développa sous forme poétique la partie centrale, à savoir les conversations du patriarche avec scs amis. Lc texte hébreu, au jugement des critiques, nous en a été moyennement bien conservé dans les manuscrits. Il tient toujours la troisième place dans le canon hébraïque, après les Psaumes ou les Proverbes, parmi les Ketoubtm < écrits » (hagingraphes). — La traduction grecque, dite des Septante, ne nous est parvenue dans sa teneur première que par l'intermédiaire d’une traduction dérivée dont nous n'avons qu’un ms., celui d’une version coptc-sahidiquc découverte en 1883 dans la bibliothèque du musée Borgia, à Rome. Cette traduc­ tion suppose un texte hébreu plus court que le nôtre d'environ un cinquième. Le texte grec reçu est celui des Hcxaplcs d’Orlgène constitué par la somme de ce texte dc teneur premit re et des additions faites d'après les autres versions grecques, principalement celle de Théodot Ion, d'élcnduc égale à l'original hébreu tel que nous le possédons. Ce» additions, primitivement marquées de l'astéris­ que, n’ont gardé celte armature que dans un tout petit nombre de mss, cinq en tout, dont deux grecs, deux latins (révision de saint Jérôme, cf. P. £., t. xxix, col. 61-114) et l’unique syro-hexaplaire de l’Ambroslenne. Là où le texte grec premier rencontre l'hébreu, la traduction est toujours extrêmement libre, pour des raisons bien connues, original difficile à comprendre; données dogmatiques déplaisantes au traducteur; totale ignorance des lois de la poésie hébraïque; souci d’obtenir un style égal, coulant, classique, sans relief, que ne pouvait engendrer une traduction littérale de l’bébreu. Le plu> probable est que le traducteur grec a abrégé systématiquement le texte des discours dans les pa sages qui semblaient a son avis contenir des lon­ gueurs ou des développements retardant la marche de la discussion. Voir surtout Buddc, op. cit., p. lvhLXiii et Bakcll, De indole ac ratione versionis alexan­ * drin m interpretando libro Jobi, Marbourg, 1862, p. 30, 41-45. Dans la Bible grecque Job vient immé­ diatement après les livres historiques et avant les Psaumes. Lc Dictionnaire dc la Bible de M. Vigouroux n'ayant donné que des renseignements trop sommaires sur la vieille traduction latine du livre de Job, t. m, col. 1563-1564, et iv, col. 101-105, nous tentons d’y suppléer par les suivants : Du texte si important 1484 de l'ancienne version du livre dc Job antérieure à saint Jérôme, nous ne possédions que quelques lignes, c. XL, 3-9, P. Sabatier, üiblior. sacror, latinir versiones antiquæ, Reims, 1743, t. î, p. 904. Des fragments de cette ancienne version se trouvent, sous forme d· « variantes tirées du grec » (d'une version faite sur le grec) dans la grande Bible de San Isidoro de Léon (an. 960, Codex gothicus legionensis), variantes qui < diffèrent profondément ae la révision dc saint Jérôme » (voir ci-après), et « avec lesquelles se ren­ contrent le plus souvent saint Augustin et saint Ambroise ». Elles « s'attachent dc très près au grec, si bien que, là où le traducteur ne trouve pas de mot latin, il laisse subsister le mot grec (mots dc l'histoire naturelle) ». La syntaxe aussi · se moule sur le grec ». Cette version · repose à peu près exactement sur le même texte grec que nous retrouvons dans le Codex alexandrinus; et bien souvent ce manuscrit est le seul témoin des leçons de noire ancienne traduction ». Samuel Berger, Notices sur quelques textes latins inédits de ΓAncien Testament, Paris, 1893, p. 20-23. — Quant à la révision dc l'ancienne latine faite par saint Jérôme d'après le texte grec d’Orlgène, nous l'avons, en entier ou par fragments, dans quatre mss : celui de Marmoutiers (bibliothèque de Tours, n. 18), complet, édité par Martianay, P. L·, t. xxix, col. 61-114; celui dc la Bodléienne, E. infra I, édité par P. de Lagarde, Mittheilungen, Gœttinguc, 1887, p. 189 sq.; celui de Saint-Gall, ms. 11 (vin· siècle), incomplet, contient seulement (i à xxxviu, 16), texte inférieur à celui des précédents en tant qu'incorrect et dépourvu des signes diacritiques d’Orlgène et de saint Jérôme; celui dc la bibliothèque du chapitre dc Tolède, 2. 2 (xi· siècle), sous forme dc nombreux extraits à la marge dc la Vulgate, « tous très courts » et dc texte · presque iden­ tique à celui des manuscrits dc Tours et dc la Bod­ léienne ». Samuel Berger, op .cil., p. 15-20. et Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du Moyen Age, Nancy, 1893, p. 86-87. Quant il entreprit la traduction directe dc l’hébreu, saint Jérôme visa à la faire toute neuve et des plus exactes : litte autem translalio nullum de oeteribus sequitur interpretem, sed ex hebraico arabi· coque sermone et interdum syro nunc oerba, nunc sensum, nunc simul utrumque resonabit. Prtrfatio in librum Job, P. L., t. xxviii, coi. 1080-1081. Son texte représente un original généralement très voisin du texte hébreu actuel. Kaulcn, Einteitung in die Heilige Schrifl, Eribourg-en-Brisgau, 1913, 5· édit., de Gott­ fried Hoberg, p. 149, y a trouvé matière à quelques améliorations dc ce texte hébreu. L’étude complète des rapports des versions latines avec le grec ou l'ori­ ginal est encore à faire, du moins en ce qui concerne l'œuvre de saint Jérômc.| La version syriaque, Peschitlo, pour ce qui concerne le livre dc Job, est très ancienne; œuvre d’un juif converti, elle offre des ressemblances avec les Targum. Dans le Codex Ambrosianus U 21, dc Milan, qui ren­ ferme tout 1’Ancien Testament, Job vient immédiate­ ment après le Pcntatcuquc, avant Josué. I. Éditions. — Éditions critiques du texte hébreu. S. Baer, Liber Iob( (texte nt notes do la massoro), Leipzig, 1875; C. Siegfried, The Hook o/ Job (Biblo polychrome do P. Haupt), Leipzig, 1895; G. Beer, Job, dans IHblia hebraica do R. Kittel, *2 «Milt., I^clpzig, 1913, p. 1OG4 sq. (apparat critique h la marge). Ιλι meilleure est cette dernière, qui n'introduit point de corrections dans le texte massorétique comme colle do Siegfried, mais donne le» éléments des corrections po'dblos. II. Commentaires. — 1· Pères et commentateurs catho­ liques. — 1. Grecs : · Aucun commentaire entier dos Pères grecs no nous est parvenu. Des fragments de vingt-quatre d’entre eux ont été réunis, von la Un du xi· siècle, par Nlcétas, évêque d'Héraclée, et publiés, d'abord en latin, par Paul Comltoll, S. J. Catena in beatissimum Job absolu· 1485 JOB (LIVRE DE). — JOB {tsslma e X.T/F Grireftr doctarum explanationibus contextor, Lyon· 1586; Venta, 1587; pull en groc et en latin, per Ρ.ι'ιΙΗικ Junius Catena Gro rarum Patrum In b alum Job, Londres 1637. Ln plupart doce * * fragment sont reproduite * dnn /*. G. : pour S. Athaiwe, 1. xxvn, col. 1313-1318; pour Didyrnn d’Aluxnndrlo, t. xxxix, col. 1119-1151; pour S. Cliry <»Uonv\ t. i.xiv, col. 506-635; pour Olymplodorn, t. xcm, 13-469, mais pluslcun de ce * dernier * textes appar­ tiennent /t Polychroniu *; pour Orlgèno, t. xn, col, 10311050. · 2. Latins : S. Ambroise· Llbri quatuor de Interpretatione Job cl David (en 383), P. L., t. xtv. col. 797-850; S. Augus­ tin, Annotationum in Job Uber unus (vers 400), t. xxxiv, col. 825-386 (cf. Hctractationeî, u, 13, t. xxxn, col. 635); S. GrégOliole Grand, Expo.fi/io in Hbrum Job, sloe Moralium libri Λ Λ V Γ. t. I \ \ v, cn| ι» )-11 «. · t t. ι.χχνι, <<·! ·»-782; le prêtre Philippo, Hrpori/io tnhrlinraHs llbri Job, *dan les œuvres dcS. Jérôme, t. x.\ il i,col. 1407-1480; Brdo, In Hbrum patris Job expositio, aussi dans *le œuvres de saint Jérôme, t. .win, coL 1 iso-i W. Strabo n (Glose)· t, < xiri, roi. 747-810; Bruno, t. clxiv, col. 551-696, et Rupert de Deutz, t. ci.xvnr, col. 963-1196, ne font guère que copier ou abréger S. Grégoire; S. Odon de Cluny, t. cxxxiii, col. 105-512, et Pierre de Blois, t. ccxn, col. 795-826, le résument ex professo. S. Thomas et Nicolas de Lyre s'atta­ chent de préférence nu sens littéral; *Deny le Chartreux, au sons mystique. Albert le Grand, Postllltr super Job, publiées par Melchior Weiss nous le titre Commentarii in Job, Frlbourg-cn-B·· 1904; Cajétan, Comment, in Hbrum Jobi, Borne, 1535; Tltrlmann, Elucldatlo paraphrastica In Jobum, Anvers, 1547; Férl (Jean), Commentaria In Job, Cologne, 1558; Steuchus, Enarrationes in Hbrum Jobi, Venise, 1567; lluorga (Cyprien de la), Commentaria in Hbrum Job, Alcala, 1582; Zuniga, Comment, in lib. Job, Tolède, 1581; Osorio, Paraphrasis in Job Hbrl III, Rome, 1592; Pineda, Commentariorum In Job libri trrdecim, Madrid, 1597-1601; Bolduc, Commentaria in librum Job, Paris, 1619, 1637; D'Aquln, Commentaria in quinque priora capita libri Jobi, Paris, 1622; *Jansoniu . In prophe­ ticum librum Job enarratio, Louvain, 1623; Sanchez, Commentarius in librum Job, Lyon, 1625; Vavasior, Jobus brevi commentario et metaphrasi poetica illustratus, Paris, 1638; CluLstcignlcr, Exercitationes tn librum Job, Poitiers, 1628 ot 1640; Cordier, Job Illustratus, Anvers, 1646;Codurc, Scholia seu adnotationes in Jobum, Paris, 1651; Jonghoim, Prévis clucidatio litteralis llbri Jab, Anvers, 1661. 3. i conçois : llardoiiln, I.e livre de Job selon la Vulgate paraphrasé cU’/c des remarques, *Pari· , 1729; Diigunt (jan­ séniste), Explication du linn de Job, Paris, 1732; Joubert, Eclaircissements sur les discours dt Job, Paris, 1741 ; Lc liir. Le livre de Job traduit sur l'hébreu et commenté, Paris, 1873; Lesêtre, Le livre de Job traduit et commenté, Paris, 1886; A. L<»lsy, Le livre dc Job, Paris, 1892. 4. Etrangers : Louis de Léon (1527-1591), Exposlclon dc Job, tome m des *œuvre , Salamanque. 1891-1895; Parisl, /l divino libra di Giobbe, Palermo, 1843; Write, Das Buch Job, FiIbourg-en-Brlsgau, 1849; Zscbokkr, Das Buch Job, \ lonno, 1875; Knabi bailor, Commentarius in librum Job, Pails, 1886; Pic Ik, Het Bock Job, Gulpcn, 1881; Bickel!, Das Buch Job, Vienne, 1891. 2* Commentateurs fuifs. — Joseph Bcn-Chlyah (III *· iv· siècle); Abenrsra (1092-1167) : Bcchal-Bcn-Ascher (xin· xlhcle); Aaron Ben-Joseph (t 1294); Abba Mari (t après 1310); .Abraham Farrlssol, 1518; Salomon IbnMrH h, 1554; Λ hr. Ctuuan, 1593, 1012; Alscbeid Moise, 1603, 1722; Amhrlm, Das Buch Job ubtrsetet und commen­ tiri, Cdogau, 1830; Cara Joseph (!ln xi· siècle) publié dims MonaLchrifl lur Geschichte und Wlssenschaft des Judenthums, 1856-1858. 3· Commentateurs hétérodoxes, — On en trouvera lee listes très complètes dans Ernst RosoninOllor, Scholia In Velus Testamentum, Leipzig, pars V, 2· édit·, 1824, p. v-x; J. C. Matthes, Het Boek Job vrrtaald en nerklaard, Deel 1 en 2. Utrecht, 1865, t. i, p. c< v sq.; Dlllmann, H lob, Leipzig, 1891, p. xxxix; Budde, Dos Buch H lob ubersetil and crkldrt, Gndllnguc, 1913, p. i xiv. Dlllmann et Budde donnent aussi la liste dos travaux ciitlquos, oxégêllquos et tliéélègiqucs sur le livre do Job, ainsi quo dos traductions, depuis 1<>72 Jiix<(u *en 1912. Consulter au»sl les mmuols bibliques. Introductions, dictionnaires, encyclopédies, mentionnés aux articles du Dictionnaire, Da\ii l, t. jv, col. 75; Iùjxûsiaste, t. iv, col. 2028; Eccli siasiique, t. iv, col. 2053-51; Iîstiirr, t. v,coL 1486 871; ÊzÉcniBL, t. v, col. 2042; Maîiacuc, t. vr, col. 201L Plus récemment Steuornngel, Ishrbuch der Einteitung In dos Aile Testament, TubfngUe, 1912; Dictionnaire apologétique, Paris, 1915, L If, col. 1540-46. Sur les rapports que Γοη n cm trouver entre le livre de Job et le poème babylonien du *nJu tr-uffrant, voir Ja trow, * Journal of theological Literature, 1906, p. 135 *q.; Weber, Die Llteratur der Babglonler und Assgrter, Leipzig. 1903, p. 1X3-137; Landesdorfer, Eine babglonlsche Quelle für dus Buch Job, Fribourg-« *n-Br., 1911. — Sur le * rapports du mémo livre avec de · la plainte d’un patient qui, poussé par * d'amère épreuves, ;>èrr *»* dé de la justice des dieux· récité, traduit et comment * pur Erich libeling, Eln babgloniseher Kohrlet, dans Berliner Bcltrdge sur Keilsehriftforschang, 1922, fasc. 1, voir lieoue biblique, 1923, p. 1-27 (P. Dbonne). L. Bigot. 2. JOB, évêque (?) apoliinartste de la On du iv· siècle. — Apollinaire avait à peine fermé les ye que le schisme se mettait entre scs disciples; le» on’ poussant Jusqu’au monophysisme le plus absolu les principes du maître, les autres cherchant à se rappro­ cher des doctrines traditionnelles. Léonce de Byzance a connu, et cite par fragments, un traité composé par un nommé Valentin, pour montrer que les modérés se réclamaient à bon droit d’Apollinaire. Outre une expo­ sition de foi de ce dernier, Valentin donnait, à l’appui de ses dires, la profession émise par un certain Job, ou Jobius, sans doute lors d’un synode de la secte. Ce texte synodal insiste avec beaucoup de force sur le fait que la chair du Christ est consubs.antielle à la nôtre; U témoigne donc de sentiments dyophysites très accusés. Mais il se garde bien de préciser ce qu’il faut entendre par la chair du Sauveur; il ne saurait guère être ques­ tion de la nature humaine prise dans son intégrité. Tel qu’il est, ce symbole est intéressant pour fixer la position doctrinale d’une partie des a pol lin arts tes. Le texte dans Léonce de Byzance, Ado, fraudes ApolHn·, P, G., t. lxxxvi b, coL 1951 ; et au d * attribué par erreur au Job dont il o*t question cMcwou *, (bld., col. 3320; voir aussi C. P. Cas pari. Aile und neue Qiulltn sur Geschichte des Taufsymbols, Christiania, 1879, p. 24, et surtout, H. Lictxmann, Apollinaris von Laodicea und seine Schule, Tubingue. 1901, p. 286. É. AmâNN. 3. JOB, moine byzantin, et théologien du vr·siècle. — Cet auteur est mentionné, par Photius, Bibhoth,, cod. ccxxn, comme un moine qui aurait écrit pour réfuter Sévère d’Antioche, un des chefs du parti monophysite et qui aurait en outre composé un long traité relatif à l’incarnation, οικονομική πραγματεία, en 3 livres dont Photius donne une minutieuse des­ cription. Aucune indication n’est fournie ni sur le pays, ni sur le temps dc cct écrivain. Sans doute Photius n’avait lui-même aucun renseignement. Du fait que ce moine a polémiqué contre Sévère, du fait aussi qu’il cite le pscudo-Aréopagite, on a conclu qu’il écrivait vers le milieu du vi· siècle, sans qu’il soit possible de rien afiirmer à cc sujet. Son traité contre Sévère, Κατά Σεβήρου πρχγματεία, ne s’est pas conservé; mais II est possible dc recons­ truire, à l'aide de la très longue et très minutieuse analyse qu’en donne Photius, l’autre écrit dogmatique. Mal en a publié dans ses Classicorum auctorum reliquiae, t, x, quelques fragments relevés dans une des chaînes vaticanes sur saint Luc. Nul doute qu’un dépouille­ ment plus attentif des chaînes ne fournisse encore d’autres morceaux. — Quoi qu'il en soit, le traité sur l’incarnation du moine Job ne manque pas d'intérêt, et témoigne d’un étal de la théologie byzantine qui n’est pas sans analogie avec la phase préscohistique dc la théologie occidentale. Autour des mystères les questions sc multiplient, les unes naïves, les autres abstruses. Photius qui, visiblement, a pris grand intérêt au traité dc Job, en a relevé quelques-unes, qui sont des plus curieuses; il n’a pu s’empêcher de remarquer, 1487 JOB JOB JAS1TÈS 1488 cipalement qui soutint le patriarche Joseph (1268bien qu’il fasse grand cas de l’orthodoxie de l’auteur, que celui-ci a mieux réussi à poser les problèmes qu'â 1275) dans son '^position aux projets de l’empereur» d’abord en co»«· >osanl, nu nom du patriarche. un les résoudre. — Dans l’analyse que donne le critique byzantin. Il n’est pas toujours facile de soir comment mémoire contre es latins, puis en faisant jurer à ce les diverses questions s amenaient les unes les autres, même patriarch . dans une circumire Λ scs thlèlcs, de et l'ensemble donne l’hnprcsMon que l’on a affaire maintenir l'orthodoxie, même si l'union venait à être avec un de ces esprits confus, pour qui tout est dans solennellement proclamée au coin Ile qui allait >c tenir tout; mais il n'est pas impossible, que la rédaction Λ Lyon. Aussi empereur, qui lui avait déjà infligé, même de l'ouvrage ait masqué ce défaut originel. le 6 octobre 1272, l'ignominieux traitement décrit par L'idée générale du traité répondrait assez bleu â la Pachymère, ibid.. v, 20, P. G,, lac. cil., col. 848, question que posera plus tard saint Anselme : Car, l’exila-t-ll, en 1275, après la chute de Joseph, dans la Deus homo. 11 s’agit d’étudier les raisons de convenance place forte de Kabaia, sur les bords du Sangarius, le de l’incamulion. Pourqupi est-ce la seconde personne moderne Sakaria, en Bithynie. A partir de celle date, de la Trinité qui s’est incarnée, et non la première ou nous ne savons plus rien sur le compte de notre fou­ gueux polémiste. la troisième? Pourquoi convenait-il que le Verbe Le mémoire antilalin ou tomos de Job. encore l'incarnât pour venir en aide a l'buninnité déchue slors que nulle des personnes divines no s'est portée inédit, se trouve dans le Monacensis 68, f° 1-6 I, dans le au secours des anges tombés? Poui quoi celte incarnaVindob, theol. Π2 (Nesscl), f° 1-49. Le litre en est ai on, si nécessaire au salut de l'homme, a-t-elle été si démesurément long, mais comme il résumé toute celte longtemps différée? Telles sont les questions princi­ élucubration, il est utile de le reproduire dans une pales sur lesquelles notre auteur s’exerce; mais clics ne traduction lit (énde : Apologia sanclt^imi et acumenici vont pus sans en soulever d’autres. Le problème des * patriarch domini Josephi adversus objectiones lati· rapports entre les trois personnes de la Sainte Trinité norum, Michaele et Theodora imperantibus, elaborata lui donne prétexle à développer une théorie assez hissu Josephi a Jobo hteromonacho, eius discipulo, et poussée de l’appropriation. Il a bien compris que le demonstrans, non debere esse primas, nequi, (anguam mystère de la vie intime de Dieu ne s’est révélé que archiepixeopo, papie eas cedi, neque appellationem et lentement sous l’ancienne alliance, et il en a déduit dari, neque in sacris diptychis eius nomen pronuntiari, les raison * avec assez de bonheur. Sa doctrine relative quamdm subsistant innovationes veteris liomie contra a la valeur universelle de la rédemption apporte, à sanctorum Patrum traditiones et decreta, ihec tria côté d’archaïsmes, Ici que l’idée de la prédication de capita proponebant quidam et eorum concessionem 1 Évangile dans les enfers par Jésus lui-même aux indicio * pr carere arbitrabantur, licet his gauderet papa, hommes qui l’avaient précédé, des vues assez person­ regiam assumens personam; contra quos divinus nelles sur la distribution des grâces et l’extension du patriarcha obnisus et renisus, uuxiliante Spiritu, totum bienfait rédempteur. L’angélologic a pris des contours demonstrat contrarium ct propositionem ex abundanti a se/ i rrîtéw : il n’est pas sans intérêt de relever l’appli­ re/utat, ut in particulari quilibet volens legere intriti gei, cation qui est faite au prince des démons du nom de I. Hardt, Cataloius codicum manuscriptorum bibitoLucifer, que le texte d’Isaïe, χιν, 12, accolait au nom thecie regiir. Bavurtcir, Munich, 1906, t. i, p. 423-424. du roi de Babylone. Aussi bien n'est-ce pas la seule A ce Job appartient encore VAeolouthia ou office de liberté que notre auteur se permette avec le texte sainte Theodora d’Arta, femme de MTchcl II Ducas, scripturaire. Il n'a guère échappé â la tentation de despote d’Épire, qui se relira, à la morl de son mari, torturer les textes bibliques pour les faire déposer en en 1267, dans un monastère dédié à Saint-Georges faveur de ses thèses théologiques. Le nom d'Orlgène fondé par elle â Aria même. Celte pièce imprimée n'est jamais prononcé (ce qui est assez curieux si pour la première fois à Vcnhi en 1772, L t r imprimée, i ouvrage est de l'époque juslinlenne); mais on sent à à Venise cncoTC, en 1812, puis a Athènes vu 1841 ct plusieurs reprises l’inlluciicc du maître alexandrin. en 1874; son auteur y est dît Job Mêlés, évidemment pour Job Mélias, personnage IdcùlIqUe, comme nous On voit que, si on l’avait au complet, ce traité du moine byzantin pourrait donner quelques aperçus sur l’avons rappelé ci-déssus, à Job Jasilès, et non point le mouvement des idées en Orient. Toute fragmentaire que lque moine cplrote du * xvii siècle, comme Γaffirme qu'elle soit, notre connaissance de cet écrit ne laisse C. Sathas, dans sa Lilh rature néohellénique, p. 114. pas que de fournir un certain nombre de jalons pour En effet» Koffice en question est exp nent attribut I histoire de la théologie byzantine. au moine Job dans le codex Neinùis i I, p. 215 255, d'où Mingarelll a tiré ce qui reste de la vie. le manus­ Phothn. HlbUoth., cod.ccxxn, P. G., L cm, col. 736-828 î crit étant mutilé de la fin, Gnvci codices maniiseriptl * frnjiTn le nts ** conservés dan * Mal. Clajutcorum anctorum, apad bfanlos asservati, p. 136 sq. C. I L Douknkès, dans t. x, p. XXXII rl 601-604, reproduits dam P. G., t. i.xxxvi b, col. 3313 *q.· not ko à moins qu’il n’en ait été lui-même ail eu des rapports spirituels avec les habitants de le fondateur Panni les lettres récemment publiées de Grégoire de Chypre, il en est quatre, la 3·, la t*. lu cette petite ville maritime. Ce traité, assez souvent 71· el U 113·, dont le destinataire est le moine Jaxitê, cité par Arcudlus ct par Allai lus, a été imprimé, mais μσ/χχώ ’ Ιασίτη, lr mime sans doute que Job. Celui-ci avec des modi lirai ions, par Chrysanthe de Jérusalem Joua un rôle important dans les querelles religieuses dans son Synlagmalion. Tcrgovist, 1715. p. 123-135; du règne de Michel VIII Paléologue (1261-1282). 2· édition» Venise, 1778, p. 130-115. Le texte authen­ Adversaire obstiné de l’union romaine, c’cst lui prin­ tique est contenu dans VOUobonianus 418, iu 194-202, 1489 JOB JAS1TÈS — JOEL. INTERPRÉTATION DU LIVRE dons le Parisinus Suppl, gr. 64, p 239-254, sans compter d'autres manuscrits de l'Alhos. A la suite du comment mit * sur les sacrements proprement dits vient une consideration du même genre sur l'habit monas­ tique, que Ton a souvent assimilé, au moins pour ses effets, a un sacrement. P asini, Codices manuscript! bibliotheac regia· Taurinensls Atbenæl, Turin, 1749, t. i, p. 265, P. G,t t. clvih, col. 1056, a publié la pré­ face à une Consideration morale sur les saintes paroles du prophète David; cette œuvre paraît appartenir cumme la précédente, à notre Jasitès, bien que les manuscrits les attribuent toutes les deux à un Job le pécheur. Si cette attribution est fondée, elle nous per­ met d’ajouter un détail biographique, c’est que Job, avant de se faire moine, s'appelait Jean, comme l’indique le manuscrit Pj2 de Kosinitza, fQ 260-273, contenant une épigramme de Job le pécheur en l'hon­ neur de saint Jean Chrysostome, un éloge du saint homme Job, tiré des homélies du même Chrysostome, et un office ou acolouthie pour la fête du saint homme Job. Voir A. Papadopoulos-Kérameus, Anecdota grieca, Constantinople, 1881, p. 98, note 2. Quant au commentaire du moine Job sur les canons du concile de Césarée (sic) mentionnés par N. Comnène Papadopoli, Prænotiones myslagogictc, Padoue, 1698, p. 398, on peut être certain qu'ils sont le fruit de l'imagination féconde du trop fameux faussaire. Voir A. Démétracopoulos, ’Ιστορία του σχίσματος, Leip­ zig, 1872, p. 57-60; ’( »ρθ6δοξος ’Ελλάς,n Konstantinopel, Ratlsbonne, 1869, t. ni, p. 818 sq.; S. Pétridès, I^e moine Job. dans les Pchos (TOrient, 1912, t. xv, p. 40-48. et la note complémentaire do C. S. Sakollaropouloa, ibid., 1914, t. xvn, p. 54-55. f L. Petit. JOËL. — L'un des douze petits prophètes et l'auteur du livre qui porte son nom. — I. Époque de son ministère. II. Objet ct signification du livre. III. Unité du livre. IV. Idées cschatologiques. I. Époque de son ministère.— Sans l'indication que Joël était le fils de Phatuel, i, 1, le livre ne nous donnerait sur son auteur aucun renseignement. Cependant, puisque le prophète parle uniquement de Jérusalem ct de Juda ct qu'il s'adresse aux enfants de Slon, on peut conclure que le lieu de son activité était sans doute la capitale du pays. Il n'est pas aussi aisé de Axer la date de son minis­ tère. Il existe ù ce sujet de profondes divergences entre les exégètes. Tous les anciens ct bon nombre do modernes rangent Joël parmi les prophètes précxillcns. Comme arguments ils allèguent surtout la place qu'il occupe dans le livre des douze petits prophètes entre Osée ct Amos, le caractère classique de son style, le fait qu’il est cité ou imité par d'autres prophètes Jo., m, 16 — Am., i. 2; Jo., m, 18 — Ain., ix, 13; Jo., m, 10 — Mich., IV, 3. et 1s., il, 4; Jo., n, 2 — Soph., i, 14-15; Jo., ni, 18 Γ.ζ», XLVii, 1 sq.; Jo., il, 32 — Abd., 17; Jo., m, 18 — Zach., xiv, 8; Jo., n, 11 — Mal., iv, 5; le fuit encore qu’il ne connaît parmi les ennemis d'Israël que les Philistins, les Édomites, les Égyptiens, mais pas encore les Syriens, les Assyriens et les Babyloniens. Parce qu’il n'est pas question de roi ct que les prêtres semblent avoir le gouvernement en main, beaucoup d'historiens du peuple Juif proposent de situer son ministère au temps de la minorité de Joas. Cependant la plupart des exégètes modernes placent le prophète au temps qui suit l'exil. D'après eux la thèse qui le fait vivre avant l'exil offre d'insurmon­ tables difficultés. On ne trouve chez lui aucun de ces reproches nu sujet de l’idohUrle et du culte des hauts lieux qui tiennent tant de place chez les prophètes précxillcns. La promesse que les captifs de Juda seront DICT. DE TIIÉOL. CATI1OL. 1490 ramenés et la menace que les païens seront punis pour avoir dispersé Israël parmi les nations et partagé son pays, m, 1 sq., font penser au temps d'après 586. Et cela d'autant plus que le peuple de Juda représente tout Israël ( i, 27; iv, 2, 16), qu'aucun roi n'est men­ tionné, que les prêtres paraissent être ü la tête de l'État. Si les Syriens, les Assyriens et les Babyloniens ne figurent pas dans Joël, ce n’est pas parce qu'ils n’ont point encore apparu sur la scène de l'histoire Israélite, mais parce qu’ils en ont déjà disparu. La conception du jour du Seigneur qui parait Ici est sensiblement diHérente de celle que nous retrou­ vons chez les premiers prophètes-écrivains. En ce qui regarde les rapprochements de son texte avec d'autres prophètes, il est plus naturel de supposer l'emprunt du côté de Joël que de faire dépendre de lui tous les autres. Eniin on prétend constater chez Joël des expressions et des tournures ara mais antes et caracté­ ristiques des livres tardifs. La plupart de ces argu­ ments sont rigoureux et permettent avec une suffisante probabilité de placer Joël après l’exil plutôt qu’avant. IL Objet et signification du livre. — 1· Analyse. — On doit dans le livre de Joël distinguer deux discours. L Le premier roule autour d'un lléau (inva­ sion de sauterelles) qui est envisage comme signe avant-coureur du Jour de Jahvé. Joei en parle d'abord au passé. Les insectes ont ravagé tout le pays. i. 1-12. Le prophète Invite le peuple, surtout les vieillards et les prêtres, à la pénitence, car la calamité est grande et le jour du Seigneur est proche, i, 13-20. Il annonce ensuite comme imminente une seconde invasion qui sera encore plus formidable que la première. Les insectes sont comparés à une immense armée de guerriers et de chevaux à la tête desquels marche le Seigneur lui-même; ce qui fait dire de nouveau au prophète que le jour du Seigneur est proche. D'où il tire comme conclusion un appel à la conversion et demande aux prêtres de convoquer une assemblée générale pour implorer la pitié du Seigneur, n. 1-17. 2. Un verset historique, n, 18, relate que Dieu épar­ gna son peuple et fait la transition avec un second discours où Joël passe du fléau des sauterelles au jugement du monde. Il annonce d'abord l’anéantisse­ ment des insectes ravageurs et une grande fertilité du pays, il, 19-27. « Après cela ■ Dieu répandra son esprit sur tous les membres de la nation. Il y aura dans le ciel et sur la terre des signes précurseurs du Jour du Seigneur. Tous ceux qui invoquent en ce temps le nom du Seigneur seront sauvés, n, 28-32. (En hébreu ces versets forment un chapitre à part, de sorte que ’c troisième chapitre de la Vulgate est le quatrième dans le texte massorétique. ) Alors Dieu ramènera les Israe­ lites dispersés, assemblera toutes les nations * païenne dans la vallée de Josaphat où elles seront jugées a cause des crimes qu'elles ont commis contre le peuple élu. m, 1-17. Finalement une transformation merveil­ leuse de la Terre sainte aura Heu qui ouvrira pour les Israélites une période de grande prospérité, ni, 18-21. 2· Interprétation. — Tandis que tout le monde est d'accord sur le sens eschatologique du livre à partir de n, 28, la signification de ce qui précède est très discutée. S’agit-11 d'abord véritablement de sauterelles, ou ces insectes ne sont-ils que le symbole d'une puissance ennemie? Les anciens ont généralement interprété le passage i, 1-n, 27 dans le sens symbolique. Les sauterelles seraient l'image de peuples païens qui dévastent la Palestine (saint Jérôme, Hengstenberg, Hilgenfeld, L. Reinke). Plusieurs exégètes modernes (par ex. Crampon, Knabcnbauer, K a ul en-Hoberg) maintiennent encore aujourd’hui cette explicationi nu moins pour le second chapitre. A cause de n, 20, où l'ennemi est nommé « le Septentrional >, ils prétenT. — VIII. — 48. 1491 JOEL. UNITÉ DU LIVRE 1492 dent que les sauterelles désignent Formée assyrienne duction to the Ltlcralur o/ the Old Testament de Driver, 1896, p. 333 sq., a été reprise par Diihm, Arunerkungrn qui venait du Nord. Mais de nos jours, on préfère d'ordinaire et avec zuden ζιόΛΐ/ Propheten, 1911, p. 99, en vue spéciale ment ndson l'interprétation réaliste. La manière dont sont de résoudre l’énigme exégélique des deux premiers décrits les envahisseurs et le décâl causé par eux chapitres. Elle a été adoptée depuis, sous différentes montre clairement qu'il s’agit d'insectes rongeurs : formes, par un grand nombre d'exégètes, tels que Comme avec des dents de lions ils broutent tout, même Marti, dans : Die llellige Schri/t des Alien Testamentcs, le feuillage et l’écorce des arbres, t, 6 sq. Us sont Obersetzt von E. Knufzcb, 4· édit., 1922, t. n, p. 23; comparés à des chevaux et à des guerriers, n, 4 sq.; Stovers, Alfteslamenlliche Miscetlen, vi, 1907; I lôlscher, c’est dire qu'ils ne forment pas une armée d’hommes. Die Pro/tten, 1914, p. 430sq. Bcwcr, The International l-e caractère réel du fléau des sauterelles une fois Critical Commentary : Obadiah and Joël, 1912, ρ. 49 sq. admis, on peut *e demander si Joël en parle comme pou· e le système Jusqu'à distinguer trois auteurs. d'une calamité actuelle ou seulement comme d'une Le fond commun de leur argumentation est d’atlrlcatastrophe prévue pour l'avenir? A lire le texte, il bucr uniquement à Joël la description historique du semble qu'aucun doute ne soit possible. Il s'agit, au fléau des sauterelles et de rapporter à un auteur dînè­ premier chapitre, de ravages causés par les Insectes rent tous les versets qui ont une portée eschatologique dans le passé et, nu second, d’une nouvelle Invasion ainsi que l'apocalypse qui remplit la dernière partie. tout Λ fait imminente. Comment expliquer autrement Quelques auteurs invoquent en outre des différences In description si vive du fléau dont souffrent hommes de style. Le premier morceau serait poétique, le second et animaux et qui est si extraordinaire qu'il doit être serait écrit en prose. Chez Sellin, Das Zwôlfprophetcnbuch, 1922, p. Ill raconté à toutes les générations à venir? Comment expliquer les appels si pressants nu repentir, qui n’ont sq., nous trouvons cette hypothèse sous la forme la aucun sens s’ils ne sont pas adressés aux contempo­ plus modérée et la plus raisonnable. Selon lui Joël n rains du prophète À cause d'une grande calamité qui écrit les deux premiers chapitres sauf les 1.1, 15; π, 1 b, 2a, lia, 115 et quelques mots des f. n, 20, 23, 27. Plus les accabl· ' Pourta quelques exégètes modernes (Schegg, tard un autre prophète aurait vu dans cette descrip­ Merx mais surtout van Hoonackcr, Les douze petits tion de l'invasion des sauterelles un signe précurseur prophètes, 1908 et Tobac, Les prophètes d'Jsratl, n-ni, du jour du Seigneur; il aurait pour cela Intercalé les versets qui viennent d’être cités et composé tout le 1921) ne sont pas satisfaits de cette interprétation réaliste et historique. Ils relèvent plusieurs passages morceau qui comprend ni et iv. Pour Sellin toute la qui ne cadrent pas avec l'idée d’une invasion ordinaire question revient donc à celle-ci : les versets qui et actuelle de sauterelles. Il est dit par exemple que les donnent aux deux premiers chapitres une couleur magasins sont démolis et les granges détruites, i, 17. eschatologique sont-ils pour des raisons sérieuses à L’armée des insectes est nommée « le Septentrional ». envisager comme hétérogènes au contexte primitif? Au sujet du premier verset de ce genre, i, 15, Sellin n, 20, Or en Palestine les sauterelles viennent toujours du Midi et non du Nord et < le Septentrional » est dit que d’après i, 14, il devrait être le commencement un terme nettement eschatologique. Quelques expres­ de la prière, à laquelle les prêtres invitent le peuple, sions qui servent dans la seconde partie du livre à mais qu’il annonce au contraire le Jour de Jahvé. décrire le Jour du Seigneur sc retrouvent dans la La prière, contenue dans les t. 16-20, serait tout autre, première, absolument identiques, pour la description si i, 15, était authentique, c'est-à-dire si vraiment l’on des sauterelles. Comparer n, 10-11, avec n, 31, et in, avait attendu le dernier Jugement. Mais cst-cc que 15 et 16. Le Jour du Seigneur est étroitement lié à réellement la prière ne pourrait pas s’ouvrir par ce cri que nous Usons î, 15 : · Ah, quel jourl Car il est proche l’invasion de ces insectes, i, 15; n, 1-2, 11. Pour ces raisons les exégètes en question veulent le Jour de Jahvél » Et si l’invasion des sauterelles déjà donner à la première partie du livre un sens était prise pour le signe avant-coureur du Jour de eschatologique et remplacer l’explication symbolique Jahvé, est-il tellement invraisemblable que les juifs, et l’exégèse réaliste historique par une Interprétation par suite de leur esprit matérialiste, nient exposé dans réaliste elle aussi, mais apocalyptique. Ils volent dans leur prière, i, 16-20, uniquement l’état lamentable les sauterelles des êtres apocalyptiques, qui repré­ du bétail et les champs? N’cst-ll pas plutôt tout natu­ sentent les forces de la nature en tant qu’elles sont rel qu’ils aient voulu attirer l’attention de Dieu sur hostiles aux desseins de Dieu et qu’elles seront domp­ leur misère par la description détaillée du dégât causé par les sauterelles et la sécheresse, et implorer ainsi tées définitivement au jour du Seigneur. Cette opinion semble difficilement acceptable. 11 la miséricorde de Jahvé pour qu’il éloigne le fléau est vrai que dans la description des sauterelles on et sa suite : le grand jugement? Du reste, il n’est pas peut relever des traits cschatologiqucs et que le fléau certain que les t. t, 15-20, contiennent une prière. de leur invasion est inséparablement lié au Jour du Bien des exégètes (Knabcnbauer, Wünsche, Schegg, Si igncur. Mais faut-il dire pour cela que le prophète Kcil, Schrnalohr) les regardent avec raison comme I rojette ce fléau dans un avenir lointain? Ne faut-ll une seconde description de l’état lamentable des pays, pas conclure plutôt qu’il rapproche le Jour du Seigneur faite par Joël pour rendre plus efficace l'exhortation de la calamité actuelle? Par là s’explique pleinement au Jeûne et h la prière du f. 14. I.'argumentation par laquelle Sellin veut prouver le coloris eschatologique de la première partie du livre; et l’explication réaliste historique garde une que le 1.1, 15, n'appartient pas au livre primitif, n’est base solide contre l’explication artificielle que patron­ donc pas concluante. Elle ne l’est pas davantage pour les t. n, 15-2a et 115. Car la raison principale pour nent MM. van Hoonackcr et Tobac. 111. Uxrrà du uvue. — Les derniers commenta­ laquelle il les retranche du texte primitif est le fait teurs du livre de Joël ont proposé une solution radicale qu’ils contiennent également l’annonce du Jour do des difficultés que présente l’interprétation de sa Jahvé. Pour 15-2a il relève en outre qu’ils détruisent le première partie : c’est d’attribuer les deux pièces de mètre. Aussi longtemps que les règles de la métrique hébraïque ne sont pas établies d’une façon certaine, cet écrit à deux auteurs différents. Cette hypothèse, suggérée déjà au xix· siècle par les arguments qu’on en tirc n’ont guère qu’une valeur Vernes, j> peuple d'Israël et ses espérances relatives subjective. Du reste Sellin avoue lui-même que le à son arcnir, Strasbourg, 1871, p. 46 sq., et plus tard schéma métrique de n, 1-11, n’est pas rigoureux. par Rothstein dans I édition allemande de Γ Intro­ I Pour 115 il fait remarquer comme pour i, 15, que lo 1093 JOEL. IDÉES ESCHATOLOG1QUES passage n, 12-17, ne contient pas d'allusion au Jour de Jahvé Λ laquelle on s’attendrait, si lié était de Joël. Cette appréciation de π, 12-17, est encore plus fausse que celle de i, 15-20. Car nous y lisons d’abord un appel à une conversion tout ù fait spirituelle et ensuite une prière très pressante, adressée à Jahvé pour qu’il ne livre pas son nom et son peuple û l'opprobre parmi les nations. Au sujet du t. n, 10a, où il est dit que devant l'armée des sau crellcs la terre treinhh». Sellin prétend qu’il contiendrait une trop grande exagération dans la bouche de Joël qui décrit uniqueint ni k fléau des sauterelles et ne pense pas au dernier jugement. Mais l’exagération n'y serait pas plus grande que dans les versets lOè et lia où nous lisons que le soleil, la lune et les astres s’obscurcissent et que le Seigneur fait retentir su voix. Et pourtant Sellin maintient contre d’autres critiques )’aulhcnliclté de ces versets. Puisque donc les f. i, 15. il, lfe-2o, 10a, lié, sont tout à fait en harmonie avec ceux qui les entourent, les retouches que Sellin suppose pour quelques autres versets (n, 20, 27, 23), et qu’il attribue à la seconde main qui aurait ajouté î, 15, etc., sont encore plus arbitraires. Aucun des arguments par lesquels Sellin veut prouver que quelques versets ayant un sens cschatologlque sont en désaccord avec leur contexte, n’est donc valide. 11 s'ensuit que c’est Joël lui-même et non un imitateur de sa prophétie qui a envisagé l'invasion des sauterelles comme un événement apocalyptique. Il n'y a donc aucune raison pour distinguer deux auteurs. C’est Joël qui a vu dans les Insectes des avantcoureurs du dernier jugement et qui pour cette raison a consacré la seconde partie de son livre à décrire le grand jour de Jahvé. IV. Idées eschatolooiques. — Ce qui rend le livre de Joël si important, ce sont les doctrines cachatologlques, On l'a souvent nommé un compendium de l'eschatologie judaïque. Dès la première description des sauterelles on sent que le prophète est dominé par l’idée de la fin du moufle actuel. Il en est préoccupé bien plus que de la calamité causée par les insectes. Pour en parler, il emploie continuellement l’expression · jour de Jahvé ■. Nous trouvons ce terme chez presque tous les pro­ phètes. Par là ils désignent le moment solennel où Dieu, par une Intervention directe, fera triompher le bien du mal, anéantira totalement scs ennemis ainsi que ceux d’Israël cl fera commencer Père de bonheur et de gloire pour tous les élus. A ce fond commun Joël ajoute un certain nombre de précisions qui sont la marque distinctive de sa prophétie. 1® Proximité du jour de Jahvé. — D'abord le pro­ phète dit à plusieurs reprises, i, 15; n, 1, que le jour de Jahvé est proche. L’invasion des sauterelles n’en est que le prélude. Pour lui les deux événements sont si intimement liés qu’il emploie souvent pour les décrire les mêmes expressions. Or la teneur du texte s'oppose, comme nous venons de le voir, à l’explica­ tion qui envisage les insectes comme des êtres appar­ tenant Λ un avenir lointain. Les ravages causés par eux ne sont que trop réels et trop actuels. Il faut donc en conclure que le jour du Seigneur ne tardera pas à venir. C’est Justement cette conclusion que les tenants de l’explication apocalyptique n’admettent pas. « Il semble très peu probable, dit .M. van Iloonackcr, toc. cit., p. 140, que l'auteur ait conçu l’avène­ ment du grand Jour comme le corollaire immédiat d’un fait actuel. · Celte observation est sans portée. Ne constatons-nous pas plutôt chez les prophètes l'habitude de placer les faits messianiques et cschatoi iglques à l'issue de la période présente au lieu de les 1 494 projeter dans un avenir lointain? Le cycle des pro­ phéties d'Isaïe sur Emmanuel, IsM νπ-xti, en fournit un exemple frappant. Le Messie y est continuellement conçu et présenté comme appartenant à l’époque du prophète. Dune manière générale l’intervalle qui sépare le moment présent de l’événement à venir, n’existe pas pour les prophètes. On peut dire avec raison que la suppression des perspectives est chez eux une loi. Il n'est donc pas étonnant de la retrouver chez Joël. Il s'y conforme plus que tout nuire. Le Jour du Seigneur est pour lui tout à fait imminent. 2° Caractères de ce lour. — Ce Jour se caractérise par la terreur qu’il répandra partout. « 11 vient comme une tempête de la part du Tout-Puissant, » i, 15; c'est un jour < d’obscurité et de ténèbres, de nuages et de brouillard ·. n, 2. Il aura cet aspect effrayant même pour les Israélites, s’ils ne sc convertissent pas. C'est pour cela que le prophète adresse des appels pressants et réitérés de pénitence aux habitants de Jérusalem. Parce qu’ils répondent aux invitations de Joël, non seulement le fléau de * sauterelles est écarté et remplacé par une grande fertilité dans le pays, mais surtout le jour du Seigneur devient un jour de gloire pour eux. 3° Série des événements eschalologiques. — Les diffé­ rents événements des derniers temps seront les suivants : 1. Le premier sera l’eflusion de ΓEsprit de Dieu, ni, 1-2 : « Le Seigneur répandra son Esprit sur toute chair. » Cette expression ne signifie pas toute l’huma­ nité, mais seulement, d'après m, 2, tout le peuple élu, y compris scs esclaves. L'eflet en sera que tous les membres seront des prophètes, c’est-à-dire des organes privilégiés et inspirés du Seigneur. De ce passage saint Pierre n fait l'application au mystère de la Pentecôte, Act., n, 17-21. 2. Il y aura ensuite des prodiges sur la terre et dans le ciel : du sang, du feu et des colonnes de fumée, m, 3, effets produits sans doute par des guerres nu cours desquelles le sang coule, les villes et les villages sont incendiés. A ces signes terrestres correspondront des commotions dans les astres. Le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, m, 3, 4 et les étoiles perdront leur éclat, iv, 15. Jésus-Christ parle de ces dentiers phénomènes en des termes qui sont presque identiques. Matth., xxiv, 29; Marc., xm, 24; Luc., xvi, 11, 25. 3. Malgré la terreur générale, il arrivera que qui­ conque invoquera le nom de Jahvé sera sauvé; car sur la montagne de Sion et à Jérusalem il y aura des réchuppés (Vulg. salvatio), comme Jahvé l’a dit, ainsi que parmi les survivants que Jahvt appelle, n, 32. Ce passage diflicile est diversement explique. A notre avis l'explication la plus naturelle est velleci : · Tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur, > c'est-à-dire ceux sur lesquels l'Esprit de Jahvé vient d'être répandu, donc les membres de lu nation Juive par opposition aux autres peuples. Lis réchappes sont divisés en deux groupes. Ce sont tout d'abord ceux qui sont établis a Sion et à Jerusalem. Pour cette première claxse Joël cite une parole de Dieu; il fait probablement allusion à A bd las 17, texte où il est également question des restes de la maison do Jacob. En second lieu ce sont les Israélites de la dispersion que Dieu appelle, c’est-à-dire fait revenir du milieu des païens. Ce sens de < appelle » est confirmé par le verset suivant, surtout par la particule causative qui le rattache au précédent. 4. La pensée des dispersés qui retourneront dans la patrie forme la transition à la scène principale du Jour de Jahvé. Dieu fera venir non seulement les Israélites dispersés, mais aussi tous les païens. Tous les 1495 JOEL — JOLY (JOSEPH-ROMAIN) 1496 peuples seront réunis dans In vallée de Joenphat I maison de ChAtIHon-sur-Selne : sa maison fut suppri­ pour être jugés h cause des injustices et des cruautés mée et, durant la Terreur, Il dut chercher son salut commises envers Israël. Jahvé fera principalement des dans lu fuite. Après le concordat, il enseigna la théoloreproches aux Phéniciens et aux Philistins. Les glc et i'Écrilure Sainte au séminaire de Troyes; il était n *uon doivent au préalable sc réunir comme pour une en même temps le conseiller de l'évêque et du clergé du grande campagne contre le Seigneur. C'est pour cela diocèse. Il mourut le 14 octobre 1829. On a de lui plusieurs traité» se rapportant à l'objet que les guerriers surtout doivent accourir au complet et bien armés. Leur nombre et leur force fera éclater de son enseignement : 1° Memoriale Scripture; Sucrte encore davantage la puissance de Jahvé qui siège ex ipsis textus sacri verbis compositum, sive manuale dans la vallée de Josaphat pour les Juger. Ils seront veritatis et salutis, 2 vol. in-12, Paris, 1824, 1826; 1c tous punis : on y mettra la faux comme dans le blé mûr même en français, 2 vol. in-12, Paris, 1825 et 1826; et on les foulera comme un pressoir rempli de raisins. 2® Tractatus de religione catholica, de virtutibus et En ce moment Jahvé rugira de Sion, le ciel et la terre vitiis atque de primis diversorum statuum obligationibus compendium, Paris, 1825; 3® Mémorial sur la Dévolu­ trembleront. En dehors de Joël, la Bible ne mentionne pas une tion française, scs causes, ses promesses et scs résultats, vallée de Josaphnt et ce n'est qu'à partir du iv® siècle 2 vol. in-12, Paris, 1824 et 1828. après Jésus-Christ qu'on donne ce nom à une partie Hoefor, Nouvelle biographie générale, t. xxvi, col. 855-56; de la vallée du Cédrun. Il ne s'agit sans doute pas II. Hurter, Nomenclator litterarius, 3· édit., t. v a, col. 912; pour Joël d'un endroit géographique déterminé, mais J. Querard, La France littéraire, 10 vol. in-8·. Parte, 1826uniquement d'un lieu quelconque près de Jérusalem 1812. J. Baudot. auquel il donne le nom symbolique de vallée de Josa1. JOLY, doyen de l'église de Langrcs (f 1775). phiit : · vallée où le Seigneur juge. » 5. Tandis que par suite du jugement tous les païens Les détails nous manquent sur la vie de ce personnage. périront, Jahvé sera un refuge pour Israël. Il habitera H. Hurler dit en note qu’il faut le distinguer de à Sion. Jérusalem ne sera plus profanée et 11 n’y aura Louis-Philippe Joly, l'adversaire de Bayle, et il énu­ plus d'étrangers. C'est alors que la période de bonheur mère ses ouvrages, savoir : 1® La religion chrétienne cl de prospérité commencera pour Israël. La Palestine éclairée par le dogme et par la prophétie, 4 vol. in-12, sera transformée en une sorte de paradis, les mon­ Dijon, 1770; 2® Traité des anges bons et mauvais, 3 vol. tagnes dégoût feront de moût et les collines de lait, in-12, Dijon, 1770; 3® Traité du mal et de la réparation, cf. Am., ïx, 13. et tous les torrents de Juda seront 2 vol. in-12, Dijon, 1757 et 1770. pleins d'eau. Lne source sortira de la maison de Hurter, Nomenclatur litterarius, 3· édit., t. v a, col. 52. Jahvé < i ira, Jusqu'à la vallée de Shittim, en territoire J. Baudot. moabite. Pendant que la Terre sainte Jouira ainsi 2. JOLY (Joseph-Romain), né à Saint-Claude le d'une irrigation merveilleuse, l'Égypte et Édom 15 mars 1715, entra de bonne heure chez les frères deviendront des déserts à cause des violences que mineurs capucins de la province de Franche-Comté. ces peuples ont faites aux fils de Juda. Mais Juda Sa vie religieuse nous demeure inconnue; il n’en est lui-méme subsistera éternellement et Jahvé demeurera pas de même de sa vie intellectuelle. Il a beaucoup à Sion. produit : < théologie, morale, critique, littérature, Telles sont les doctrines eschatologiques de Joël. histoire, poésie, tout était du ressort de ce laborieux Elles portent d’une manière visible l'empreinte du écrivain, et toutefois il n'a pu attacher à son nom la particularisme Juif. I) faut donc, comme souvent moindre célébrité. On ne peut cependant lui refuser dans les prophéties, y distinguer entre l'essentiel et des connaissances variées, mais il manquait de goût l'accessoire, entre In lettre cl l'esprit. C'est pourquoi pour les mettre en œuvre et il parait avoir Ignoré que l'exégèse traditionnelle a toujours pris le peuple élu le style est une des qualités qui conviennent le plus à comme représentant des membres du royaume mes­ assurer le succès d'un ouvrage. » Ce jugement de Weiss, sianique et les païens comme types des ennemis i e ce dans la Biographie universelle de Michaud, est quelque royaume. C'est moyennant celte transposition que la peu sévère. Joly fut un écrivain fort inégal ; dans ses théologie a utilisé la prophétie de Joël sur le Jour de poésies, les plus critiquées de scs œuvres, on trouve de Jahvé pour éclairer la doctrine sur le jugement fort beaux passages, et ses autres ouvrages ne sont dernier. point à dédaigner. Il se faisait gloire d'être membre de Credncr, Der Prophet Joel ûbcrsetzf und erkldrt, Halle, l'Acndémie des Arcades de Rome, mais il n’obtint pas 1831 ; Merx, Die Prophétie des Joel und Ihre A usleger 1878; d’être admis à celle de Besançon, avec qui il eut do Trochon, Le» petits prophètes. Parte, 1883; Scholz. Com· fréquentes discussions. On dit que ce furent ces démê­ mentor tum Bûche des Pmpheten Joel, Wurzbourg, 1885; lés avec l'Académie de Besançon qui causèrent son Knabenbauor, Commentarius in prophetas minores, t. i, exode vers la capitale. Λ une date Indéterminée, le Paris, 1886; Le Savoureux, Le prophète JoéL Introduction, P. Joly obtint d'être Incorporé à la province des traduction, commentaire, Paris, 1888; Preuss, Die Prophé­ capucins de Paris; en 1790 11 écrivait être · depuis tie Joels unter besonderer Bcrûcksichtlgung der Zeitlrao'i Halle, 1889; Driver, The bools o/ Joel and Amas, Cam­ trente-deux ans chargé gratuitement du service bridge, 1901; A. van Hoonscker. Les douze petits prophètes. spirituel envers les prisonniers détenus à la porto Parte, 1908; Knieschke, Die Eschatologie des Joci in ίtirer Saint-Bernard, » dans la prison de la Tournelle, en hlsloriKh-geographischen Brslimmtheit, Rostock, 1912; attendant leur transfert aux galères. A cette date il se Gaeberiin, The proptute Joël, Londres, 1909; Bewcr dans qua’.iliait : · Bibliothécaire des capucins du Marais. » international critical commentary, Edimbourg, 1912; Tobac, Demeuré isolé et silencieux pendant la Révolution, Le» prophètes (Thrall, Μ-Ill, Malines, 1921; J. Schmalohr, Joseph-Romain continuait ses travaux et reprenait Dai Buch des Prupheten Joil, Munster-en-W., 1922; E. Svllln, Dos Zu>f>llpropre ten buch. Leipzig, 1922; L. Denncfrld, Les leur publication aussitôt la tourmente passée, bien que problèmes du tirre de Joèl, dan· Revue des Sciences rtli- . devenu aveugle depuis 1796. Il mourut Λ Paru le 22 octobre 1805, dans sa quatre-vingt-onzième année. gieiues, 1924-1925. Nous ne parlerons Ici que des œuvres de P. Joly qui L. Dennefkld. JOLLY (Touaaalni) (f 1829). — Toussaint-Félix I se rapportent plus ou moins directement à la théologie; Jolly naquit h Molvrc, près Châlons-sur-Marne, le Le diable cosmopolite, ou les aventures d'Astarol, in-8®, 30 mal 1759 et devint chanoine régulier de Sainte- 1761, poème satirique contre les philosophes en général; Lettres historiques et critiques sur les spectacles Geneviève. U enseigna pendant quelque temps la théologie à scs confrères. En 1791 11 était prieur de la adressées à Mlle Clairon, dans lesquelles on prouve que 1497 JOLY'(JOSEPH-ROMAIN) — JONAS (LIVRE DE). AUTEUR ET DATE tes spectae les sont contraires à la religion catholique, ln-8®, Avignon (Paris)» 1762; Histoire de la prédication ou la manière dont la parole de Dieu a été préehéc dans tous 1rs siècles. Ouvrage utile aux prédicateurs et curieux pour tes gens de lettres, Paris, 1767. La préface est précédée d'une lettre dans laquelle on prend à partie « l'auteur d'une brochure intitulée la Prédication ·, qui était l’abbé Gabriel 1 rançois Coyer, dont l’opus­ cule avait paru l’année précédente; suivant Joly, Adam et les patriarches furent les premiers prédica­ teurs, institués par Dieu; Conférences pour servir ά Vinstruction du peuple, sur les principaux sujets de la morale chrétienne, 6 in-12, Paris, 1768; Con/ércnces sur les mystères, 2 in-12, Paris, 1771 ; Dictionnaire de morale philosophique, 2 in-12, Paris, 1771; Lettres sur divers sujets importants de la géographie sacrée el de l'histoire sainte, avec des planches et des cartes géographiques, ln-4®, Paris, 1772; reparut sous le titre de Géographie sacrée, ibid., 1874 ; Atlas sur la géographie sacrée, 1786, c’est le plus Important ouvrage du P. Joly et qui n’est point, même aujourd’hui, dépourvu d’intérêt; Le Phaéton moderne, in-8®, Paris, 1772, poème satirique contre Voltaire; L Égyptienne, poème épique en douze * chants, in-12, Paris, 1776. qui reparut dix uns après sous le titre plus complet de VÉgijpliade, ou le voyage de S. François d* Assise à la cour du roi d Égypte; · il * n’est certainement pas sans défaut, écrivait l'abbé Dinouart, dans le Journal ecclésiastique, mais on y trouve des morceaux de poésie dont nos plus grands poètes se feraient honneur »; Le guide des mission· noires, avec trois conjérences sur la mission, le jubilé et la religion chrétienne, el deux lettres touchant les qualités nécessaires aux confesseurs et la prolixité des confessions, in-12, Paris, 1781 ; Les aventures de Mathurin Bonice, premier habitant de l'isle de T Esclavage, 4 In-12, Paris, 1783: Le porte-feuille de Mathurin Bonice, servant de suite ά ses aventures, 2 in-12, 1787, c’est un roman moral et allégorique; Placide, tragédie, in-8®, Paris, 1786, dramatisation de l’histoire de S. Eustachc, mar­ tyr; Abrégé de la théologie, ou sommaire de la doctrine chrétienne, 2 in-12. Paris, 1790; L'ancienne géographie universelle comparée à la moderne...ensuite la géographie ecclésiastique... avec une table générale en forme de dictionnaire de tous les noms anciens comparés aux noms modernes, 2 in-8®, Paris, 1801, avec un Atlas de 18 cartes, in-4®. — Le P. Joly donna une préface et enri­ chit de tables V Histoire critique et apologétique des chevaliers du Temple, dits templiers, écrite par le P. Lejeune, prémontré, el éditée pur les soins de son confrère le P. Baudot, 2 in-4®, Paris, 1789. Il écrivit en outre des Lettres et des articles sur les sujets les plus divers, en prose et en poésie, qui parurent dans Γ Année littéraire, le Mercure et d’autre^ journaux. La Bibliothèque nationale possède (Mss Français, 13 923) une Histoire du quiétisme, demeurée inédite; quelques lettres sont conservées à celle de Besançon. Mlchand, Biographie universelle; Quêrard, Supercheries littéraires et Prance littéraire; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. và, cnl. 672; Morey, Les capucins en Franche-Comté, Paris, 1882. P. Édouard d’Alvncon. JONAS (LIVRE DE). L'un des douze écrits qui constituent la série des petits prophètes. — L Contenu. IL Auteur et date de composition. 111. Interprétat Ion· I. Contenu. — Le livre de Jouas se distingue de tous les autres écrits prophétiques par le fait que scs quatre chapitres contiennent non pas des discours du proph· ! ' , mais un épÙOd· de sa vie. Jonfl·, tih d’Amaihi, est envoyé par Jahvé prêcher À Nlnlve. Ne voulant pas accomplir l’ordre divin, il kc met en route, non vers la capitale des Assyncns, mais vers Juppé et s’y embarque pour Tarsi *». Une 1498 violente tempête fait presque sombrer le vaisseau. Jonas est dé igné par le sort comme le coupable qui attire la colère de Dieu et avec son consentement jeté à la mer. i. — Sur l’ordre de Jahvé un gros poisson engloutit le prophète. Celui-ci, se voyant miraculeu­ sement sauvé, prononce dans les entrailles du monstre une action de grâces en forme de psaume. Au bout de trois jours, il est vomi sur In plage, il — Une seconde fois Jahvé lui dit : « Lève-toi et va à Nlnlve. » Cette fois il s’y rend et se met â proclamer : · Encore quarante jours et Ninive sera détruite. » Immédiate­ ment tous les habitants, même le roi et les grands, sc convertissent. « Et Dieu se repentit du mal qu'il avait dit de leur faire et il ne le fit pas. » ni. — Cette bonté de Jahvé Irrite Jonas à tel point qu’il réclame la mort. Pour lui donner une leçon salutaire à cause de son esprit étroit et de son ccrur dur, le Seigneur fait pousser en une nuit un ricin qui l’ombrage pendant le jour contre les rayons brûlants du soleil; mais Jahvé fait périr également la plante en une nuit. Le prophète, sans abri contre le soleil et le vent chaud, se plaint amèrement et reçoit de la bouche du Très-Haut cet enseignement : < Tu es en peine pour le ricin et moi je ne devrais pas être en peine pour Ninive la grande ville) » iv. II. Auteur et date. — Au quatrième livre des Rois, xiv, 25, il est question d'un prophète Jonas, fils d’Amathi, qui a prédit, du temps de Jéroboam II (787-746) les victoires de ce roi. On ne peut guère douter que celui-ci ne soit identique au héros de notre livre. D’après la tradition Jonas en serait aussi l’auteur. IxC fait que le livre est inséré dans une série d’écrits prophétiques qui ont pour auteurs les prophètes dont ils portent le nom, favorise cette opinion. Cependant l’examen attentif de l’écrit, surtout dans son texte original, a contraint les exégètes modernes à se mon­ trer plus réservés en fait d’attribulioQ et à le situer au contraire assez bas dans l'époque postexilienne. Voici les principaux arguments : 1® Arguments d'ordre historique. — Nlnlve et son roi sont mentionnés dans des termes qui font supposer que lu puissance assyrienne n’existait plus du temps de l’écrivain et qu’elle appartenait même déjà à un passé lointain. On Ht, m, 3 : « Ninive était et non pas, est une grande ville devant le Seigneur. » Le souverain n'est pas désigné par son nom; il reçoit en outre, ni, 6, le titre tout à fait inudté de « roi de Ninive », alors que les autres livres bibliques et les inscriptions cunéiformes parlent toujours du « roi d’Assour ». Enfin l’exagération, commise au sujet de l’étendue do Ninive, in, 3 : « une grande ville de trois jour, de marche, » s’explique mieux, si le livre fut composé longtemps après la destruction de la ville (606), en un temps où les précisions de l'histoire étalent supplan­ tées par les hy pcrboles de I imagination populaire. 2® Arguments d’ordre psychologique. — La manière dont l’esprit égoïste, étroit et particular is te du pro­ phète Cbt décrit permet diilicilement de voir dans le livre une œuvre de Jonas. La critique est trop mor­ dante pour pouvoir être sortie de la plume de celui-là meme qui en est l'objet. 3® Arguments d’ordre littéraire. — Avec le fond c’est aussi la forme qui empêche d’admettre que Jonas en soit vraiment l’auteur. Le st vie accuse une époque tardive. On trouve dans le vocabulaire, aussi bien que dans la grammaire, bien des aramalsmes et des néologismes qui rangent l’écrit parmi les derniers livres de ΓAncien Testament, comme ceux des Paralipoinènes, d Esdras et de Néhémio, d’Esthcr : en voici quelques exemples : sephinàh, « vaisseau », i, 5; fa'am, « ordre », m, 10, 29; bc-Ullemi, « pourquoi », I i, 7; hit'a&cl, · il pensa », i, 6, etc. 149S JONAS (LIVRE DE). INTERPRÉTATION DU LIVRE 1500 HL IxTEnrnéTATiox du livrk. — Ie Explication Assyrie vers le milieu du vïiî· siècle, donc du temps hitionque. — Le livre de Jonas contient des faits qui j de Jonns, à savoir : les incursions presque annuelles des habitants de l'Arménie moderne, la peste qui ont toujours paru fort curieux et Invraisemblables : miracle physique de la conservation du prophète par ’ sévit de 765 Λ 759, une éclipse totale du soleil en 763, plusieurs révoltes dans différentes villes du pays. un monstre marin qui l’engloutit, miracle historique Ainsi les exégètes de l'école conservatrice crolcnt-lh de la conversion de Ninive. Le premier surtout a de pouvoir assurer l'historicité entière et littérale du livre tout temps excité les railleries des incrédules. Saint de Jonas. Augustin rapporte dans une de ses lettres que les 2. Explication parabolique. — D’autres cependant fidèles lui posaient la question suivante : Quid sentire se sont demandé si la vérité de ce livre ne serait pas debemus de Jona, qui dicitur in ventre ceti triduo luisse, quod... est incredibile... Hoc enim genus quæstionis à chercher dans une Idée plus haute, cachée sous la lettre, et cette opinion rencontre de nos Jours une multo cachinno a paganis graviter irrisum animadverti. faveur croissante. Même dans l'antiquité on était loin Epist., en, n. 30, P. L., t. xxxm, coi. 382. d’une interprétation unanime. Saint Jérôme, dans la Contre ces railleries l’exégèse catholique a pris la préface de son commentaire de Jonas, déclare : Scio défense du livre au point de vue de sa haute portée veteres ecclesiasticos tam grœcos quam latinos super hoc morale aussi bien que de son historicité. libro multa dixisse, et tantis quaestionibus, non tam Jusqu’à nos Jours la grande majorité des exégètes aperuisse quam obscurasse sententias, ut ipsa interpreta­ s'attache à maintenir le caractère historique de l'écrit. tio eorum opus habeat interpretatione et mullo incertior Ils citent comme témoignages extrinsèques : Tob., xiv, lector recedat, quam fuerat antequam legeret. In Jon., 4 (texte grec); l’Apocryphc appelé III· livre des Machabées, vi, 8; Flavius Josèphc, Antiq. Judaic., prol., P. L., t. xxv, coi. 1117. Ces paroles du grand exégète nous renseignent I. IX, c. x, 2, et surtout la parole de Jésus rapportée dans Matth., xn, 39-42. « De même que Jonas fut trois seulement sur l’incertitude qui régnait dans la pensée patriotique. Saint Grégoire de Nazi inze nous apprend Jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi qu’on abandonnait sans scrupule dans certains milieux le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans l'exégèse historique, pour la remplacer par une le sein de la terre. Les Ninivites se lèveront, au Jour du Jugement, avec cette génération, et la condamne­ explication symbolique. Après avoir relevé qu’il est incroyable qu'un prophète eût voulu échapper à ront parce qu'ils ont fait pénitence à la voix de Jonas, et voici, il y a ici plus que Jonas. La reine du Midi se Dieu par la fuite, il rapporte qu'un homme « versé en ces matières... en vue de remédier d’une façon non lèvera au jour du jugement, avec cette génération, et la condamnera, b Cf. Luc., xi, 29-32. Cette parole du absurde à l’absurdité de l'histoire, » a donné l'inter­ Christ étant regardée comme décisive, on oppose aux prétation suivante : « Jouas ne songe pas du tout à fuir dlillcultcs des adversaires les réponses suivantes : l’Esprit divin; mais parce qu’il prévoit le désastre 1. Pour ce qui concerne l’aventure personnelle de d’Israël et qu'il sent le don prophétique passer chez Jonas, on dit d’abord a priori avec saint Jérôme, les nations, il se dérobe à la prédication et il hésite In Jim., π, 2, P. L., t. xxv, col. 1132, que la Bible à exécuter le commandement de Dieu; quittant l’en­ racoite d'autres faits encore plus merveilleux, comme droit de la joie — car c'est le sens de Joppé pour les la conservation des trois enfants dans la fournaise Hébreux — Je veux dire son ancienne élévation et son honneur, il se jette dans la mer de la tristesse. Pour ce ardente. Dan., m. Contrairement à l’interprétation vulgaire, on fait remarquer ensuite que le poisson de motif il est saisi par une tempête, il dort, il fait nau­ la Bible n'est pas une baleine, qui ne pourrait avaler frage, il est réveillé et désigné par le sort (comme que de petits objets, mais qu’il s'agit probablement du le coupable); il avoue sa fuite, il est submergé, il est englouti par le monstre, mais non dévoré; là il requin (Squalus carcharias), qui engloutit facilement invoque Dieu, et ô miracle, avec le Christ, après trois un homme tout entier. Jours il est rendu à la lumière. Mais que cet exposé Citons, pour mémoire, les bizarres Imaginations de s'arrête ici; bientôt, si Dieu le permet, il sera déve­ î'exége c rabbtniquc d’après laquelle le monstre fut créé d< le commencement du monde et destiné uni­ loppé avec plu de soin. ■ Oratio n, 106-109, P. G., quement à cet usage. t. xxxv, col. 505-507. 2. Pour ce qui regarde le poème d'action de grâces, C'est avec raison que le P. Condnmln, Dictionnaire prononcé par Jouas dans les entrailles du poisson, apologétique, art. Jonas, t. n, col. 1556, à la suite les uns disent que son ton Joyeux s'explique par le du P. Lagrange, Revue biblique, 1906. p. 154, fait fait que Jonus, dévoré mais non broyé par le monstre, valoir l’importance de ce texte qui donne au départ de Joppé, au voyage en mer. donc aussi à l’aventure aurait regardé l’animal comme moyen providentiel de son salut; les autres prétendent que le psaume avec le poisson, un sens métaphorique; non moins n'est pas original ou qu’il fut tout au plus composé justement il ajoute : · Saint Grégoire le Théologien, célèbre par son orthodoxie, n’aurait pu parler en ces par Jonas après sa sortie du poisson. 3. Pour grandes que soient les difficultés qui entou­ termes, si, de son temps, ('Église avait cru fermement ù l’historicité du livre de Jonas. » Loc. cit., col. 1557. rent la conservation du prophète au sein du monstre, Le même auteur, loc. cit., col. 1556, verse nu débat elles sont encore dépassées par celle que présente le pour la première fois un texte de Théophylacte. Après récit de la conversion de Ninive. Cette ville si vaste avoir tout d'abord expliqué le livre comme historique, et si puissante change complètement et subitement ses celui-ci continue : · Il ne faut pas l’ignorer; plusieurs mœurs perverses, uniquement par suite d’une simple ont admis que la désobéissance de Jonns, sa fuite cl le proclamation qu’un inconnu fait au nom de Jahvé, le reste ne sont pas historiques. » Il expose ensuite en Dieu d’un petit peuple, méprisé par les Assyriensl détail l’interprétation de saint Grégoire de Nazlanzc, Et chose plus curieuse, ce fait si extraordinaire sans en nommer l’auteur : Jouas est agité par la n'est mentionné ni dans les ann es assyriennes, ni tempête de scs pénibles pensées. Son engloutissement surtout dans les autres livres hébreux, pas même dans par In baleine et sa conservation signifient la chute le livre des Bols qui parle des prophéties de Jonas! d’Israël et le salut d’un reste élu. En outre la conver­ Contre ces objections on fait valoir que la conversion sion des nations est prédite en ligure. : « Jouas a fut sans doute de courte durée : ce qui fait comprendre le silence des autres écrits de l*Ancien Testament. arrangé sa prophétie en disant tout cela d’une façon Le succès merveilleux d'un prophète étranger s'expli­ mystérieuse. » In Jon. proph., 4, P. G., t. cxxvi, quer il t par des événements émouvants, survenus en 1 col. 960-964. 1501 JONAS (LIVRE DE). INTERPRÉTATION DU LIVRE Ces témoignages prouvent tout au moins que, pour certains Pères, la question de Jonas était une question Pire. Celte liberté, ('Église ne l'a Jamais officiellement t· .ttelnle. C'est pourquoi, aujourd'hui comme autre­ fois le·» exégètes qui ne sont pas satisfaits do l'expHcatlbn historique s'estiment en droit de l'abandonner. A leur avis, les difficultés que soulève le contenu du 1 /re, s'il présente de . faits réels, sont insurmontables. Ce qui le» désigne surtout, c'est moins le côté prêtermit n· cl des miracles comme tels que leur caractère artificiel qui résulte d’une part de leur profil-ton et de l'autre du désaccord qui existe entre ces actes de In toute puissance divine et leur but. l es miracles se suivent, en effet, coup sur coup ; la t< mpête qui surgit subit « ment, le sort qui désigne Jonns comme coupable, le calme qui renaît immédiatement après qu’on l'a jeté dans les îlots, le poisson qui est envoyé par Dieu, la préservation du prophète dans les entrailles du monstre, la prière si poétique qu’il adresse û Dieu, l'effet si extraordinaire de sa prédication, enfin le ricin qui pousse cl qui périt en une nuit. En particulier pour les faits qui se sont passés sur la mer, il leur parait difficile de comprendre qu’ils soient dignes de la Sagesse divine et d'y voir des moyens en proportion avec la fin poursuivie. Voir Condnmln, toc. cil., col. 1552 sq. De tels prodiges auraient dû impressionner en premier lieu le prophète et changer scs Idées. Mais la plainte qu’il exhale au sujet de la conversion des Ninlvltes prouve que ce but ne fut pas atteint. En ce qui concerne la transformation de In capitale des Assyriens, ne faut-il pas dire que cet événement, tel qu’il est raconté dans le livre — et l’on n’a pas le droit d’atténuer le texte — serait un des phénomènes les plus extraordinaires de l’histoire religieux? Peuton Imn’dncr une population plus >nae.rc» *lblr ù un changement de mœurs que celle de Nintve, un moyen plus insignifiant pour l’obtenir que la courte procla­ mation de Jonas? El pourtant le changement est total cl subit I Ce miracle dépasse de beaucoup celui même de la Pentecôte. Et alors comment expliquer le silence de la littérature prophétique et historique des Hébreux sur un tel événement? Pour toutes ces raisons on comprend l'attitude de ceux qui prirent que le livre de Jouas ne contient pas une histoire veritable, mais une fiction ù fins didac­ tiques. Dès qu’on l’envisage comme une composition lare, toutes les difficultés disparaissent d’emblée. L'essentiel du contenu ne consiste plus alors dans la réalité des faits, mais dans la doctrine, enseignée au moyen d’un récit fictif · où, comme dit très bien le P. Condamln, foc. cit., col. 1553, les caractères sont fortement accentués, la difficulté des situations exagérée, parfois même au mépris des vraisemblances, en vue de l’impression finale et de la leçon morale ù Inculquer ·. Cette doctrine n'est autre que l'universalité du salut. Sous forme de parabole le livre de Jonas enseigne que Dieu veut sauver tous les hommes, non seulement les Juifs, mais aussi les païens, et qu’il a même pitié des animaux. Justement après l'exil, Λ l'époque où le livre fut composé, les Juifs, à cause de leur particula­ risme excessif, avalent besoin de cet enseignement. Jonas est la personnification de l’esprit pharisaïque de son peuple et ridiculise en sa personne l'égoïsme nationaliste de scs coreligionnaires. De cette façon l'auteur veut renverser leurs idées fausses et leur apprendre que l’attribut essentiel de Dieu est lu miséricorde envers tous. De la sorte l’esprit universa­ liste qui anime ce petit livre en fait une des perles de la littérature hébraïque. Cette manière d'expliquer Jonas serait à coup sûr plus répandue, si la parole du Christ précédemment ; 1.302 rapportée n'entrait en ligne de compte. ETlc forme l'objection In plus forte contre l'interprétai ion pure­ ment parabolique. Pour la résoudre, plusieurs exégètes catholiques, dom Calmet, par exemple, et aussi quelques exégètes protestants conservateurs comme L. Gautier, Introduction ù l’Ancien Testament, 1906, l. !, p. 610 ont dit que Jésus a pu parfois s'adapter dans son langage aux idées populaires des Juif-» et qu’il a employé l’argument ad hominem. C’est de cette façon que s'expliquerait son langage au sujet de Jonas sans qu'il entendît mettre un accent spécial que rien ne réclamait sur la réalité de son histoire. Peu satisfait de cette solution, M. Van Hoon^rker préfère se référer au caractère (didactique) de l'Évanglle : · La question se pose de savoir si les passages cités des Évangiles font argument, par eux-mêmes, pour prouver que le livre de Jonas n'a pas un caractère purement prophétique ou didactique et moral, mais en même temps historique. Il n’y a pas proprement lieu ici de se demander si Jésus a pu s'accommoder sans son langage... à une erreur communément admise de son temps. Il devrait s’agir plutôt de ce que les logiciens scolastiques appelleraient la suppositio termi­ norum. Jonas... les Nmlvites... sont-ils des sujets envisagés dans leur vie réelle, ou considérés au point de vue littéraire du rôle qui leur est attribué dans le récit de notre livre? Le langage ordinaire emprunte souvent à des écrits dont le caractère non historique est reconnu de tous des termes qu’il présente sous forme d’énonciation absolue, mais dont la valeur Idéale est sous-entendue et supposée. Cet usage ne doit pas être considéré comme étranger aux Écritures, ou indigne de la solennité des paraboles du Sauveur aux endroits visés des Évangiles, ou impropre aux applications dont les éléments indiqués du livre de Jonas x sont l'objet. · Les douze petits prophètes, 1908, p. 321 sq. Pour le prouver, l'auteur cite comme exemples II, Tim., ni, 8; I Cor., x, 4; Jude, 9 sq., passages dans lesquels il s'agit de quelques événements de l'histoire des Israélites que saint Paul et saint Jude n’ont nullement voulu présenter comme historiques et qu’ils allèguent quand même comme termes de comparaison pour des faits actuels. L’Église en use de même dans la liturgie des défunts : < Et cum Lazaro quondam paupere æternam habeas requiem, » dit-elle. Sam vouloir faire du Lazare de la parabole un person­ nage historique, elle l'emploie pourtant comme type et souhaite au défunt le repos réel et éternel que la parabole évangélique attribue à l’heureux mendiant. M. Lesêtre, Revue pratique d'apologétique, t. vin, 1909, p. 927, complète ces témoignages par cette remarque : · Le Seigneur ne crée-t-il pas lui-même des types paraboliques dont il parle ensuite comme de personnages réels, sans en faire pour cela des personnages historiques? Du bon Samaritain, il dit au docteur de la loi : « Va, et toi fais de même. > Luc., x. 37. Le juge inique, Luc., xvrn, 6, le pharisien et le publicain. I uc., xvnt, 14, les xdgncrons homicides, Matth., xxi, 40-41. et la plupart des autres person­ nages des paraboles sont des êtres fictifs et purement typiques, et pourtant rien n’est plus réel que ce qu’ils signifient. » M. Toboc, Les prophètes d'Isratl, η-tn, p. 579, après avoir renforcé la thèse de M. Van Hoônacker par des remarques très justes, ajoute le texte de Matth., xxin, 35, où les meurtres d’Abel et de Zacharie sont présentés comme ouvrant et fermant l’histoire juive parce que l’un est raconté dans le premier livre de la Bible, et l'autre dans le dentier. Il Parai., xxiv, 20-22. Dans le même sens le P. Condamln, loc. cit., col. Î596, cite Hebr., vu, 3, où il est dit de Mclchisédech qu'il était sine patre et sine matre, sine genealogia, et ajoute : « Évidemment cela est dit de Melchisédech, non selon la réalité dePUlsloirc, (503 JONAS (LIVRE DE) — JONAS D’ORLÉANS 1504 mais felon la manière dont II est présenté dans le ' sq., prétend que la mission do Jonns à Nlnlve est pro­ texte de la Genèse. » Il se rallie ensuite en In précisant ( bablement historique, mais qu’elle est racontée d’une façon légendaire. L’aventure du prophète en iner serait sur deux points à l'argumentation de M. van Hooun conte, répandu chez bien des peuples de l'antiquité. nacker. Comment peut on entendre la parole de Mais la distinction entre les éléments réels et fictifs l’Évangile : « Les Ninivites se lèveront au jour du dans le livre de Jonas est dépourvue de toute base Jurement, » si le récit de leur conversion est fictif? Il ne faut pas trop presser le sens de · ils se lèveront »; solide. Car, puisque tous les faits qui s'y trouvent racontés sont extraordinaires, d'après quelle règle sinon il faudrait le faire aussi pour le mot suivant : < Ils précise pourrait-elle se faire? L'unité du livre semble condamneront. » Or la s< ntence de condamnation ne réclamer l'unité d’interprétation. serait pas portée par 1rs Ninivites. C'est leur exemple 2. Interprétations mythologiques. — Elles consistent qui condamnera et non leur personne. Et cet exemple à établir des rapprochements entre l'histoire de Jonas existe aussi dans l'hypothèse d'une parabolo. et quelques mythes païens où l’on voit intervenir des En second lieu le P. Condnmln envisage la difficulté monstres marins. De la mythologie grecque on a qui résulte du fait que le cas des Ninivites est combiné avec celui do la reine du Midi. Puisque ce dernier allégué entre autres Hercule délivrant Héslone, après avoir tué le monstre qui devait la dévorer; Perséo est historique, ne faut-il pas dire que le premier l'est égalementI L'auteur estime qu'on peut légitimement sauvant Andromède, en pétrifiant près de Joppé le associer les deux, même s’ils sont d'un caractère monstre qui la menaçait; Arion se jetant dans la mer et sauvé par un dauphin. Dans la mythologie baby­ différent, comme on pourrait associer, comme modèle de repentir, l'Enfant prodigue de la parabole et la lonienne on invoque Oannès, ce dieu-poisson qui, d’après Bérosc» aurait enseigné à l’origine aux Baby­ Pécheresse pardonnée de l’histoire évangélique. Ces arguments et l'autorité des exégètes qui les loniens les éléments de la civilisation. adoptent prouvent que le témoignage du Christ ne Toutes ces combinaisons s’appuient sur des ressem­ blances purement extérieures et accidentelles aux­ forme pas d'obstacle absolu à l'abandon du sens historique du livre de Jonas. quelles il est bien difficile d'attribuer quelque valeur. L’interprétation parabolique de ce livre est donc 3. Interprétations symboliques. — Celles-ci sont très théologiquement légitime et reconnue comme tell·, voisines de l'interprétation didactique ou parabolique. même par des exégètes qui croient devoir rester parti­ Elles se trouvent déjà enseignée^ dans l'antiquité. On sans de l’explication historique, tel Trochon, Les petits a vu que saint Grégoire de Nazianzc et Théophylacte propi , 1883, p. 221. regardent l'engloutissement de Jouas par le poisson Non seulement il n'y a , dans les principes de la foi comme le type de la chute d'Israël et du salut d’un ou de la tradition catholique, rien qui empêche de reste élu. D’une façon semblable des exégètes mo­ l'adopter, mais elle semble propre, en dégageant la dernes, tel Kleinert, Die Propheten Obadja, Jona, etc., partie religieuse du livre de Jonas, à moudre l'énigme 1893, voient en Jonas dévoré par le monstre le peuple d’un texte sacré, bien difficile à entendre sans cela. juif, livré à sa captivité parce qu’il n'accomplissait pas Outre les raisons directes qui l’appuient, les impasses sa mission religieuse au milieu des nations, dans auxquelles on aboutit avec les autres explications sont Jonas rejeté à la côte le même peuple, restauré après la meilleure confirmation de sa valeur. C'est pourquoi, l'exil. M. Van Hoonacker, loc. cil., p. 319, fait remar­ d'après M. Tobac, loc. cil., p. 580, < un nombre quer avec raison que cette interprétation est, malgré toujours croissant d'exégètes catholiques émettent, certains traits Ingénieux, trop artificielle pour être non comme certaine, mais comme possible et probable, juste; elle fait violence à plus d’un détail du récit. ou tout au moins déclarent libre l'opinion qui voit Il reste que cette exégèse traduit le besoin de mettre dans le livre de Jonas un écrit didactique sous forme l’accent principal sur la signification religieuse du parabolique ». livre de Jonas. L'interprétation didactique, présentée 3· Autres interprétations. — Étant données les diffi­ plus haut, permet d’atteindre non moins efficacement cultés que le livre de Jonas offre à l’exégèse, nous ne le môme résultat, en s'écartant moins de la tradition. devons pas nous étonner qu'à côté des deux explica­ Trochon, Les petits prophètes. Paris, 1883; Knabonbauer, tions que l'on vient de voir, bien d'autres aient été Commentarius (n prophetas minores, Paris, 1886, t. i; proposées. L'Introduction ά ΓÉcriture Sainte de Kau- A. van Hoonacker, Les douze petits prophètes, Paris, 1908, len-Hoberg, 5· édit., 1913, t. n, p. 276, en énumère, en Keyser, The book ot Jonah. Is il tact or fiction, history or tenant compte des moindres nuances, jusqu'à dix-sept. parable? dans Luth. Church, review, 1908; Losêtro, Les On peut les réduire à trois groupes : récits de Γhistoire sainte, Jonas, dims Bevue pratique d'apo­ 1. Interprétations midraschiques qui sont un mélange logétique, t. vni, 1909, p. 923-928; Dœllor, Dns Buch Jona de l’exégèse historique et didactique. Les défenseurs nach dem Urtrzt übersetzt und erkMrt, Vienne, 1912; Mit­ Smith, Bower, Haggai, Zachartah, hlalachl and Jona, supposent un fond historique, c’est-à-dire un événe­ chell, dans Internat, critic, commentary, Oxford, 1912; Condnmln, ment réel, raconté sur le compte du prophète, mais art. Jonas, dons le Dictionnaire apologétique, 1915, t. il, développé d'une façon mldraschlque, c’est-à-dire col. 1546-1559; Tobac, Les prophètes relevé que celle 1. Privilège par rapport au péché originel. — 11 ne des apôtres, exigeait, en vertu du principe de mint peut être question, bien que certains l’aient insinué, Thomas, une plut grande surabondance de grâces. d’immaculée conception, ce privilège ayant été • Certains offices, écrit Suarez, relèvent de l’ordre accordé uniquement à Marie. Mais saint Joseph 1517 JOSEPH (SAINT). SAINTETÉ SURÉMINENTE •urnlt-11 obtenu un privilège de snnctlflcntion, dès le sein de sn mère, comme l’a obtenu Jeun Baptiste? — L'alllnnalivc a été proposée par Gerson, Sermo de Nativitate Virginis Marier; Isidore Isolant, Summa de donis S. Joseph, part. I, c. ix, édit, du P. Bert hier, O. P., Home, 1887; par Bernardin de Busto, francis­ cain, Mariale..., Strasbourg, 1496, part. IV, scrm. 12; par S. Alphonse de Liguori, Sermone di S. Giuseppe, 2· point, Diseorsi morali, Naples. 1841, p. 223; et accueillie avec faveur par le P. Jean de Carthagène, Homilies catholica de sacris arcanis Deipara: et Diol Joseph!, Naples, 1869, t. in, p. 311; et P. Morales, S. J., In caput J Mallhtci, De Christo, sanctissima virgine Marla et S. Joseph, Paris, 1869, t. i, p. 214. — Suarez, que saint Alphonse cite comme ayant repris et défendu l’opinion de Gerson, a, nu contraire, malgré sa grande dévotion envers saint Joseph, refusé de souscrire à la thèse du chancelier de ^Université de Paris. Benoit XIV se range à cet avis négatif : In sanctification de saint Joseph dans le sein de sa mère ne parait pas, ά ces deux maîtres de la science ccclésla tiqué, pouvoir être démontrée par des raisons sérieuses. Bien que de nos jours des auteurs estimables, Mgr Sauvé, le P. Tesnlèrc, en particulier, aient cru pouvoir reprendre l'opinion de Gerson, il ne semble pas qu'on doive accorder la moindre probabilité à cette opinion. Saint Thomas fournit une raison qui justifie amplement cette attitude. La sanctification d’un homme dès le sein de sa mère est en faveur excep­ tionnelle qui n'est accordée par Dieu qu’en raison d’une utilité commune. Cf. Sum. theol., III·, q. xxvir, a. 6. Or Pollice qu’avait h remplir saint Joseph n’rxigcall une sainteté éminente qu’au moment où le saint patriarche devint le fiancé de Marie. De plus, ni l'Écriturc ni les Pères ne font la moindre allusion ù ce privilège de saint Joseph. Aussi doit-on se rallier sans hésitation à la conclusion de Suarez : · Je pense qu’il ne faut ni admettre ni affirmer certains privilèges que plusieurs attribuent â ce grand saint, par exemple le privilège de la sanctification dans le sein maternel. De telles afllrmations, qui sont en dehors des règles générales de l’Écriturc, ne sauraient être accueillies que si on les appuie sur de bonnes raisons et sur la grande autorité de l'Église et des Pères. » De mysteriis ritœ Christi, disp. VIII, sect. 2, n. 6-8. Or, nous Pavons vu, ni les bonnes raisons ni l’autorité de l’Égiisc cl des Pères ne sont là pour appuyer l'opinion de la sancti ti­ ent ion de saint Joseph avant sa naissance. Il manque donc Λ cette opinion ce que Benoit XIV appelle firmum et stabile in sacra theologia fundamentum. De servorum Dei beatiflcatione et beatorum canonizatione, Padoue, 1743, 1. IV, part. II, c. xx, a. 31, p. 135. Quoi qu’il en soit, la sanctification de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère ne crée pas pour autant au Précurseur une prééminence de sainteté ou de dignité par rapport à saint Joseph. I) ne s’ensuit pas que saint Joseph n’ait pas reçu dès le moment où il fut sanctifié, à quelque date qu’il faille placer cet instant, une grâce plus abondante, que qui que ce soit, à pari la sainte Vierge. 2. Impeccance el impeccability. — Sur la signification de ces mots, voir t. vu, col. 1265. Affirmer de saint Joseph comme de Marie l'impcccabilité absolue, c’està-dire l’lin possl bill lé morale de pécher, serait à coup sûr excessif. Mais peut-on atlirmer, que vu l'abondance de grâces dont son âme fut inondée dès sa sanctifica­ tion, saint Joseph posséda l’impeccancc de fait? Peut-on dire, tout au moins avec une sérieuse proba­ bilité (la certitude est impossible en pareille matière), que le foyer de la concupiscence a été, chez saint Joseph, lié au point de lui permettre d’éviter en fait tout péché, même simplement véniel et de propos semi-dviiberé? 1518 Les avis sont partagés & ce sujet. Le R. P. Léplcier défend avec beaucoup de conviction la thèse de l'impcccunce, en la fondant sur la pureté parfaite qu'exigeait la mission de saint Joseph. Dr sanctn Joseph, part. Ill, a. 2. Voir également IMPECCABILITY, col. 1274. Notre piété enver. saint Joseph ne nous oblige pas, semble-t-il, à affirmer cette thèse sans restriction. En effet, la mixtion de saint Joseph exigeait l’impeccancc, mais seulement dans le temps même où celte mission lui fut confiée, Or ce temn^ n'est pas toto vtl/e mortalis decursu. Il est possible. d'ailleurs, que Dieu ait accorde toto oitx mortalis decursu cet insigne privilège à celui qui devait lui servir de père Ici-bas; mais l’existence en saint Joseph d’une prérogative aussi absolue, aussi complète, est indémontrable. Or une opinion, même simplement pro­ bable, doit s'appuyer sur une démon «IraiIon véritable. Et même, A l'e ncontre de cette thèse, on peut apporter un argument de grande valeur. Le concile de Trente a défini que l'homme justiOé ne peut pas éviter au cours de son existence entière le péché, lout au moins le péché véniel, suns un privilège spécial de Dieu. Sess. sn, can. 23. Ce privilège spécial (ut certainement concédé à Marie, comme suite de l'immaculée conception. A-t-il été concédé à d'autres créatures, en vertu d’une déro­ gation aux lois ordinaires de la Providence? Qui pourrait l'affirmer? L'attitude qui s’impose au théolo­ gien catholique semble bien être celle que propose le cardinal Billet. « Pour éviter, dit-il, dans l'ordre actuel de la Providence, au cours de toute la vie, les péchés véniels, même semi-délibérés, il faudrait un secours tout 1 fait extraordinaire de Dieu, qui n'a jamais été concédé à aucun homme conçu dans le péché, à moins d’un privilège très spécial dont il n'est pas possible de constater l'existence. » De gratia, Prato, 1912, p. 106. lout en reconnaissant la possibilité d’un privilège aussi exceptionnel, il faut donc reconnaître aussi que la concession de ce privilège ne peut être l’objet d'une demonstration théologique. Tout ce que l’on est en droit d’affirmer, c’est que saint Joseph, en raison de sa mission, fut confirmé en grâce dès l’ins­ tant de son mariage avec lu sainte Vierge. Ne serait il j a^ plus exact de dire simplement que saint Joseph, constitué en grâce d’une manière suréminentc (ce qui n'implique pas nécessairement ritnjæccance perpétuelle), n’a cc^c d’augmenter en son âme, dès l'âge de raison, le trr^or surnaturel de grâces que Dieu y avail déposé? Le nom de Joseph signifie cet accroissement, cf. Geo.. xxx, 21, et suint Bernard a lire de ce nom une délicate argumentation : Conjice ex proprio vocabulo, quod augmentum non dubitas interpretari, guis et qualis homo fuerit iste homo Joseph, Honul. 11 super· Missus est ·, Opera, X enise, 1568, t. i, p. 11. En Joseph, comme en Marie, quoique dans un degré inférieur, se trouvent réunies d’une manière excellente les trois conditions du merite et du progrès de lu vie surnaturelle : œuvres eu soi bonnes et susceptibles d’être rapportées à Dieu (peut on trouser œuvre plus excellente que lu triple mission de Joseph par rapport à lu virginité de Marie, Λ l’enfance de Jcmin. et au mystère de l’incarnation); charité suréminentc dirigeant ces œuvres vers Dieu, fin surna­ turelle (quel amour de Dieu en celui qui u tenu en scs bras l’enfant Jésus. Cf. Bernardin de Sienne, Sermo de S. Joseph, a. 2, c. 2, Opéra, t. iv, p. 251); liberté plus grande que chez les autres hommes, d’autant plus grande que saint Joseph avançait chaque jour de plus en plus dans la perfection. De cet accroissement con­ tinuel de vie surnaturelle en Joseph, on ne saurait Jamais assez exprimer de louanges. Il faudrait exulter sa foi profonde, sa confiante espérance, son amour sans cesse grandissant, uu contact de Celui qui, dans sa compagnie, manifestait de plus en plus uux hommes 1519 JOSEPH (SAINT). CULTE 1520 < la grâce el la vigesse qui étalent en lui ». Il faudrait I III. Patronage de saint Joseph sur l'Éolîsb rappeler la prudence el la force du vigilant gardien universelle.— Dans l'encyclique Qunnquam pluries, charm d’arracher l'enfant et sa mère aux embûches Léon XIII trouve dans la mission de saint Joseph A l'égard de la sainte Famille « les raisons et les motifs de leurs pires ennemis; la justice de l'homme parfait que ΓÉcriture dépeint d’un mot : justus, la tempérance spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l’Église, et qui font que l’Église espère de cet artisan humble et laborieux. On pourrait ainsi beaucoup, en retour, de sa protection et de son patro­ passer en revue toutes les vertus el les attribuer à nage ». En effet, · la divine maison que Joseph gou­ saint Joseph dans un degré surrminent : on resterait verna comme avec l'autorité du père, contenait les certainement dans les limites delà vérité. Pour donner prémices de l’Église naissante. De même que 1a très à saint Joseph une auréole digne de lui, de la sublime sainte Vierge est la Mère de Jésus-Christ, elle est la mission dont il fut revêtu, point n'est nécessaire de lui Mère de tous les chrétiens. Jésus-Christ est aussi comme accorder la science infuse surnaturelle ou la vision béaliûque que certains auteurs, dans l’empressement le premier-né des chrétiens, qui, par l'adoption et la d'une dévotion indiscrète» ont cru pouvoir attribuer rédemption, sont ses frères. Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux patriarche regarde comme au chef de la sainte Famille. Le considérer comme un martyr est une exagération manifeste. En faire le lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l’Église, sur laquelle, parce corédempteur du genre humain, au sens propre du qu’il est l'époux de Marie et le père de Jésus-Christ, mot, serait friser l'erreur et le blasphème. Cf. Lépicicr, Tractatus de S. Joseph, p. 208. Tous ces titres n'ajou­ il possède comme une autorité paternelle... Cette mission providentielle dévolue à Joseph a eu son type teraient nen à la sainteté de saint Joseph, mais dans l'An ci en Testament en cet autre Joseph, fils de sembleraient plutôt en contradiction avec sa mission terrestre, toute d'humilité et de silence, dont le cadre Jacob, appelé par le roi des Égyptiens < le Sauveur du monde ». « De même, dit Léon XIII, que le premier devait être et rester uniquement In vie cachée du Sauveur. fit réussir et prospérer les intérêts domestiques de son maître et bientôt rendit de merveilleux services à tout 3. Virginité, — Là où, sans crainte d'exagération, le royaume, de même le second, destiné Λ être le on peut exalter la grandeur de saint Joseph, c'est au gardien de la religion chrétienne, doit être regardé sujet de sa virginité. Chaste, il l'a été d'une façon admirable, durant son mariage avec Marie. Sa mission comme le protecteur et le défenseur de l’Église, qui est l’exigeait impérieusement. « Pureté, s’écrie Bossuet, vraiment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu voici ton triomphe. Ils sc donnent réciproquement leur sur la terre. » virginité, cl sur cette virginité, ils se cèdent un droit L'objet de ce patronage est évidemment, avant tout, mutuel,... de sc la garder l'un Λ l'autre. » Op. cit., d’ordre spirituel; mais parce que le patronage de saint P» point. Mais Joseph ctait-ll vierge lorsqu’il accepta Joseph continue sa mission de chef de la sainte Marie comme épouse? L’opinion d’un mariage anté­ Famille, il faut conclure que ce patronage concerne rieur de saint Joseph, recueillie dans l’apocryphe aussi bien l'ordre temporel que l'ordre spirituel. Prolévangile de Jacques, a eu, dans les premiers siècles Sainte Thérèse l’affirme expressément. Voir Vie de de l’Eglise, quelques partisans parmi les Pères de sainte Thérèse, écrite par elle-même, Œuvres, édit. l’Eglise. Aujourd'hui, elle est complètement aban­ Mlgne, Paris, 1840, t. i, p. 156. donnée. L'éminente sainteté de Joseph, la sublimité Le patronage de saint Joseph étant universel, < les de sa mission, exigent de lui un amour de la chasteté hommes de toutes conditions et de tous pays » trou­ poussé jusqu’à la virginité complète et perpétuelle. veront en ce grand saint un modèle et un protecteur. En fait, d'ailleurs, l'hypothèse d’un premier mariage Léon XIII le rappelle aux pères de /amitié; aux époux, de Joseph d'où seraient Issus les « frères du Seigneur > aux personnages nobles de naissance; aux riches; aux se heurte à des difficultés telles que l'on peut conclure prolétaires; aux ouvriers, aux personnes de condition à son impossibilité. Voir Jésus Christ, col. 1167. médiocre, etc. Cf. encyclique citée, édit, de la Bonne 4. Privilèges dans la mort. — La mort de saint Joseph Presse, t. n. fut une mort privilégiée : comme celle de la sainte Il n'y a pas lieu de se demander pourquoi l’Église Vierge, clic fut, dit saint François de Sales, une mort a attendu si longtemps avant de proclamer le patro­ « d’amour ·, Cf. Traité de l'amour de Dieu, I. VII, nage de saint Joseph, et môme de rendre un culte c. xiii. C'est donc à juste titre que saint Joseph est public et solennel à ce saint. Rechercher les raisons Invoqué comme patron de la bonne mort. Douce et pour lesquelles l'antiquité et le haut Moyen Age ont suave comme celle de la Vierge, la mort de saint à peu près entièrement ignoré saint Joseph entraîne­ Joseph n semblé appeler uu complément qui unirait rait dans une étude historique qui est à peine amorcée. davantage encore le patriarche A sa glorieuse épouse, Les théologiens en découvrent des raisons providen­ par le triomphe d’une résurrection anticipée. On lit tielles que l'on trouvera exposées dans Billot, De dans Mat th., χχνπ, 52-53, que beaucoup de corps de Verbo incarnato, p. 422 et surtout dans Dom Beda saints ressuscitèrent après la résurrection du Seigneur Plaine, O. S. B., De cultu S. Joseph tarde ostenso et st manifestèrent dans la ville de Jérusalem. Saint ejusque hodiernis mirabilibus incrementis, dam StuThoma» avait d’abord pensé que ces résurrections dien und Mittheilungen, 1898, t. xix. avaient é.e définitives et absolues. In IV Sent,, 1. IV, IV. Conclusion : le culte de saint Joseph. — dist. XL1I, q. i, a. 3; In Malthieum, ad hune locum, La sublimité de la triple mission de saint Joseph; édit, de Parme, t. x, p. 210. Plus tard les raisons la prééminence de sainteté qui en est la conséquence; apportées en sens Inverse par saint Augustin lui ont le patronage universel de ce grand saint sur l’Église, semblé beaucoup plus solides. Sum. theol,, III», q. lui, ne seraient-ils pas des raisons suffisantes pour accorder a. 3, ad 2··. Quoi qu’il en soit, tablant sur la première ù saint Joseph un culte spécial, distinct du culte rendu hypothèse, certains ont admis que Joseph aurait aux autres saints? Ûfuré parmi ces premiers ressuscités, et serait ainsi Certains auteurs l'ont pensé et déclarent que le culte entré au paradis en corps et en Ame. Ainsi fait Suarez, I de saint Joseph, l'emportant sur le culte des autres in Sum. S. Thomse, III», q. xxix, disp. VIII, sect, il, saints, doit être appelé du nom de culte de protodulie. edit. Vivès, t. xix, p. 128, et saint François de Sales, Toutefois, parce qu’il ne s'agit que d'une différence Entretien XIX, édit. d’Annecy, t. vi, p. 363. La théo­ de degré et non d'espèce, l’Église s'est, jusqu'ici, logie ne dispose d'aucun moyen pour contrôler la refusée à sanctionner celte expression qui semblerait valeur de ces hypothèse» superposées. I impliquer une coopération Intrinsèque de saint Joseph 1521 JOSEPH (SAINT) JOSEPH CALOTHÉTOS 1522 Λ l'incarnation. Voir Analecta furls pontificii, 1881, gnon, 1820, Gnnd, 1827; Theologia moralis omnes suc­ p. 185 sq. Sur le culte dû à saint Joseph, voir, dans le I cincte complectens materias practical pro utilitate confes­ même périodique, la dissertation du P. F ranci co sor iorum ac examinandorum in duas partes moralem et Mada CÎdno. 1893, vol. t, p. 83. Dans un sens exagère, sacrumcnlulcm divisas, 2 in-80, Strasbourg, 1767, Augson lira d'un auteur anonyme (P. Macablau), De cultu bourg et Inspruck, 1770. Venise, 1772, Turin. 1836; S. Joseph nonsi Marite ac Jesu parentis amplificando, Theologiae univeri/r pars prima speculativa dicta, ad Paris-Madrt I. 1887. usum scholte, omnes succincte complectens materias spe­ culativas, 4 in-8°, Strasbourg. 1775-1777; pars secunda Pierre d’Ailly, Tractatui dr duodertm honoribus S. Joseph, polemica dicta.,., materias controversas hujus temporis SInubemrtt, 1495; S. ftorjmrdln de Sienne, Sermo dr S, ac alias in theologia morali disputabiles continens in Joseph, Opera, Lyon, 1650,1 . iv; Bo»«uet, Premier et Si rond panégyrique de saint Joseph; Bucccroni, S. J., Communduas partes divisas, 3 ln-8·, Strasbourg, 1775-1776. toril... de S. Joseph, sponso 11, AL V., Borne, 1896; Dora Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. v a, coi. 233. Calmet, Dissertaiio dr S, Jaxrpho, S. Marier virginis epnnMi P. Édouard d’Alençon. Opera, Venta, 1771, t. vu; Christophe de ChefTontaines, 3. JOSEPH CALOTHÉTOS, m<»ne oriciSanctl Joseph! virginitatis catholica defrnslo, Lyon, 1578; nairc de Chio, qui vivait vers le milieu du xiv· siècle, Dissertallo hlstorlco-fcrlpturtstlca dr S. Jascpho, a phinbus en pleine controverse hésychasle, à laquelle il prit PP. Ord. Srrv. B.M. V. exarata et detensa, Augdwurg, une part active aux côtés de Grégoire Palamas, dont il 1750; S. François do Sides, Entretiens spirituels, XIX; Joan Gordon, Sermo dr nativitate 11. hl. V. in concilio Constan· défendit la doctrine avec un acharnement digne d'une tlensi, anno Nil, habitus; Isidore Isolxini, Ο. P., Summa meilleure cause. Sauf un court fragment, publié dans de donis S. Joseph, nous’, édit., Homo, 1887; Jamar, Theo· le volume très rare de Nlcodème l'HagiorHc, Le logia S. Joseph, Louvain, 1897; Klnano, St Joseph, his Jardin des grâces, in-4·, Venise, 1819, p. 222, ses life, his virtues, his privileges, his pouter, Dublin, 1 85; œuvres sont encore inédites. Nous pouvons les diviser P. Mncnblnu, Primauté dr taint Joseph d'après Téptscopal en quatre groupes : 1° Ouvrages de controverse, com­ catholique et la théologie, Paris, 1897; Mercier, S. J., Saint prenant : 1. trois traités contre Grégoire Acindynus Joseph, époux de Marie, d'après T Ecriture et la tradition, Paris, 1895; M. Meschlcr, S. J., Der heilige Joseph In dem cl su doctrine sur l'essence divine et la nature de la Le ben Christi und drr Kirche, Fiibourg.-en-B·; P. Morales, grâce; 2. deux traités contre les barlanmitcs et l'abus S. J.» In caput 1 Mallhtrl, de Christo, sanctissima Virgine qu'ils faisaient de certains textes; 3. un traité contre Deipara, veroque ejus sponso, Paris, 1869; Plcclrcllf, S. J., Gabras qui avait attaqué Grégoire Palamas; 4. un San Giuseppe nett * ordine presente della Providrnza, Cas· traité contre le patriarche Jean Calécas (1334-1347), tel laniare dl Stable, 1897; Sedlmayr, Dissertationes de fauteur des acindynistes. — 2° Lettres ; 1. à Sabas, sancto Josepho. B. Μ. V. sponso, dans sa Theologia Mariana, moine et disciple d’Athanase Métaxopoulos, ancien Wessobrunn, 1758; Card.VIvès, Summa Joscphlna, Hume, 1907 (recueil d’écrits Inédits ou difficiles à trouver); supérieur de Lavra, au mont Athos; 2. à Grégoire Ch. Sauvé, Saint Joseph intime, Paris, 1920. Slrabolangaditès, moine de Lavra; 3. à Nicéphore La substance do tous ces éciits so retrouve dans lo truité, Métochitcs, fils de Théodore, le fameux logothète mort aujourd’hui devenu classique, mais dont toutes los opi­ en 1332 ; 4. aux moines chypriotes désireux de con­ nions no s’imposent pas, du H. P. Léplclar, Tractatus de naître clairement le point de vue des deux partis sancto Joseph, Paris, s. d. (1908). Voir également Joseph opposés; 5. au hicromoinc Matthieu à Thessalonlque. Bonard, S. J., Saint Joseph el l'enfance de Marie et de Jésus. Toutes ces lettres sc réfèrent, comme les traités précé­ Tours, 1920. A. Michel. dents, à la controverse hésychaste. — 3e Ex/gèse, 2. JOSEPH ANTOINE DE KAYSERScomprenant deux questions seulement, la première sur BERG (Cænnromontnnue), sc nommait au siècle la sanctification du septième jour de la semaine, et la François Antoine Hininger. Son père exerçait les fonc­ seconde sur la parole de l Évangilc relative Λ la néces­ tions de maire ou syndic de sa petite ville. Baptisé le sité des scandales. — 4° Hagiographie, comprenant : 27 novembre 1705, François Antoine entrait chez les 1. un éloge de saint Grégoire de Nlcomédle; 2. une vie capucins de la province de Suisse, où il faisait profes­ du patriarche de Constantinople Athunase, différente sion le 5 avril 1727, sous le nom de Joseph Antoine, de celle publiée par II. Deichaye, dans les Mélanges Deux ans après, les couvents établis en Alsace étalent, d'archéologie cl d'histoire de Γ École de Rome, 1897, sur un ordre du roi, séparés de la Suisse et érigés en t. xvii, p. 47-74, et par A. Papadopoulos-Keraincus, province indépendante. Par son origine notre Jeune Deux vies de patriarches oecuméniques du .rn ** siècle, les religieux appartenait à ce nouveau groupement. Il y saints A than asc In et Isidore ln, Saint-Pétersbourg, remplit les fonctions de lecteur en théologie et d'autres 1905, p. 1-51; 3. un panégyrique de saint André de charges : en 1755 nous le trouvons gardien de Colmar Crète. et en même temps il était déflnitcur provincial. Le Toutes ces oeuvres sont contenues dans un manus­ chapitre de 1759 l'appelait au gouvernement de la crit, le n. du monastère de Saint-Athanase à province d’Alsace; il était réélu en 1765 et 1771 pour le LcucaUo, province de Calavryta, comprenant 306 même office. Cette dernière année, le 20 mai, sc réunis­ feuillets. Voir N. Béis, Dyzantische Zeitschrift, 1907, sait à Paris, par ordre de la Commission des réguliers, t. xvii, p. 86-91. Comme ce manuscrit est du xvni· le chapitre national des capucins de France, dont il siècle. Il a certainement été copié sur un manuscrit était nommé président. Déjà, l’année précédente, il semblable conservé au monastère du Pantocrator, au avait été envoyé comme commissaire pour opérer la mont Athos, et déjà signalé par Nicodème, op. cit., division de la province de Cologne. Le P. Joseph p. 222. Voir la note de Ια Εκκλησιαστική ’Αλήθεια, Antoine mourut à Strasbourg le 5 mars 1777. Il publia Constantinople, 1884, t. iv, p. 223. Le ms. du Pan­ les ouvrages suivants : Hegel des dritten Ordens der tocrator, non compris dans le catalogue de Sp. Dusse, wclche von dem heiligen Franziscus... cil g sell..., Lampros, porte aujourd’hui le n® 251, et compte Strasbourg, 1742, 1772; 3· édit., ibid., 1837 ; Spiritualis 327 feuillets. U est malheureusement en fort mauvais decem dierum solitudo vernans fioribus sacrir scripturae état, surtout au début, où la moitié des feuillets a ac SS. Patrum..., in-8°, Strasbourg, 1754. Cette retraite disparu. /\u bas du fol. 327 et dernier, une signature, a été récemment traduite en allemand par le P. Fran­ sans doute celle de Calothétos lui-même, a été déchirée. çois de Büdesheim, Zehntügige gcistliche Uebungen, Les divers opuscules s’y succèdent dans le même ordre Sarrclouis, 1907; Cerremoniale ad usum fratrum mino­ que dans le ms. de Saint-Athanase, qui n’est évi­ rum S. Francisci Capucinorum provinciae Alsaticae, demment que la copie pure et simple de celui du in-8®, Strasbourg, 1755, Bubrùie missalis romani cum Pantocrator. earum expositione, Strasbourg, 1756, rééditées à Avif L< Prut. DICT. DR THÉOL. CATHOL. T. — VIII. — 49. 1523 JOSEPH DE JÉSUS-MARIE 4. JOSEPH DE JÉSUS-MARIE, carme déchaussé, historien et théologien mystique (15621629)« — I. Vie. II. Œuvres mystiques. L Vie. — Don François de Quiroga, neveu du cardinal de Quirogn. archevêque de Tolède, naquit en 1562, à · Castro Caldclaa », village situé dans l’Orcnse, province d’Espagne, de paient! nobles. Étant déjà en possesion du doctorat en droit et titulaire d’un canonical dans l’église métropolitaine de Tolède, Il quitta le monde pour l'ordre des cannes déchaussés; en 1595, à trente-trois ans, il entra au couvent de Madrid. Son noviciat achevé, il parcourut plusieurs provinces de l’ordre, recueillant partout des rensei­ gnements d'histoire carmélitaine; nommé historien général de In Congrégation d’Espagne, il sc retira dans la solitude pour écrire ses œuvres remarquables. Joi­ gnant à un travail intellectuel acharné la pratique de toutes les vertus, Il mérita de figurer parmi les plus illustres religieux de la Reforme. Sa science lui vint plus du ciel que de la terre, ainsi qu'il l'avoua, un jour, â un confident qui lui avait demandé comment et dans quels livres il étudiait les sublimes matières traitées dans ses écrits. Les épreuves achevèrent de le sancti­ fier, le Seigneur le destinant à une grande gloire; averti du jour de sa mort, il mourut saintement au couvent de Cuenca, le 13 déccmgre 1629; son visage, illuminé d’une beauté surnaturelle, émerveilla tous ceux qui assistèrent à son trépas et à ses funérailles. Jouissant de la faveur exceptionnelle de puiser à leurs sources immédiates les enseignements de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse, il défendit jalou­ sement la doctrine mystique des saints réformateurs; en outre, fervent disciple de saint Thomas, il développa si fidèlement la doctrine du docteur angélique, qu’en lisant ses écrits, on semble entendre saint Thomas luimême enseignant la théologie mystique. Avec le véné­ rable Thomas de Jésus, son confrère et contemporain, il fut un des principaux défenseurs de la contemplation acquise. Pour bien comprendre l'importance et l'opportunité des œuvres mystiques de cet écrivain, il convient de rappeler la persécution qui sévit contre la doctrina mystique carmélitaine, sans en excepter celle de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse; cette persécu­ tion ne désarma qu’au xvni· siècle. Les documents de ce temps nous dévoilent la nature et la hardiesse Inouïe de cette opposition ; voici un de ces documents. • Le 5 février 1633, dit André de l’incarnation, C. D., dans ses Memorias historiales, fut présentée au Saint Tribunal (de l'inquisition espagnole) une dénonciation par le P. Poza, S. J., sous le couvert toutefois d'un faux nom; entre autres choses, le dénonciateur y dit : · Depuis ce mois de février jusqu’à la moitié de man, Il s'occupera de dénoncer à V. A. les choses concernant vingt-six livres qui correspondent à VHis­ toria projdica (ouvrage du P. François de Ste-Marie, C. D.) et conspirent avec elle. Plus tard il abordera les livres sur l'oraison provenant de cet ordre. Par la patience et la charité de Jésus-Christ, il supplie V. A. de prendre garde à ce genre de livres et à leur méthode d’oraison, comme étant très dangereux. En sc taisant sur ces matières, le suppliant croirait se rendre coupable de coopération. Toutefois, afin qu'entre temps V. A. puisse disposer des censures au sujet de V Historia pro/elica et des livres qui s'y rapportent, les dénonciations en matière d’oralson ne commenceront que vers la On du mois de mars. » Alors parurent de nombreuses et savantes apologies de la mystique carmélitaine; le P. Nicolas de Jé^us-Marle écrivit sa fameuse Elueidatio phrasium mysliae theologia: V. P. FR. Joannts a Cruce, livre au sujet duquel le P. Poza osait dire : « Le suppliant le dénoncera à V. A. comme étant de mauvaise doctrine. · 1524 Joseph de Jésus-Marie sc distingua dans cet te lutte par son enthousiasme cl son zèle, comme par le nombre et la valeur intrinsèque de scs ouvrages. I Le succès obtenu par les éditions successives de son œuvre principale, Subida del Alma a Dios, ranima la persécution. En 1668, le capucin Félix Alamln écrivit d'abord un pamphlet anonyme contre la contempla­ tion acquise enseignée par les cannes déchaussés; il y annonça la publication prochaine d'un livre qui traiterait amplement do la vraie et fausse contempla­ tion; ce livre parut sous le titre : Espejo de oerdadera y /aha contemplacio; prétendant se fonder sur l’Écrl turc Sainte et les Pères, Fauteur y attaqua vivement les meilleurs écrivains mystiques carmes, en particu­ lier saint Jean de la Croix. Après quoi il dénonça à l’inquisition espagnole la Subida del Alma de Joseph de Jésus-Marie; mais le tribunal approuva les ouvrages dénoncés. Alamln en appela à l’inquisition romaine, qui, elle aussi, les approuva. Déçu, mais non décou­ ragé, il alla sc jeter aux pieds du souverain pontife, lui remit les livres dénoncés avec un écrit exposant les motifs particuliers qu'il avait de persévérer dans sa dénonciation; cette dénonciation portait sur 28 ouvrages mystiques. Mais le P. Christophe de Saint-Joseph, C. D., procureur général de la congré­ gation d'Espagne à Rome, ayant pris connaissance de la dénonciation et de VEspejo, et y voyant tant d’accusations aussi indignes que fausses à l’adresse d'auteurs si savants et si dignes, écrivit lui-même un Mémoire au pape. Le souverain pontife renvoya le tout à l’inquisition, laquelle, surchargée déjà de besogne, le remit â la Sacrée Congrégation de l’index. Cette congrégation examina soigneusement les livres; n'y trouvant rien de condamnable, elle les approuva par un décret élogieux, le 1·Γ juin 1701. Enfin le P. Chris­ tophe de Saint-Joseph dénonça lui-même à Rome et fil dénoncer à l'inquisition d’Espagne VEspejo d’Alamln, qui fut condamné par les deux tribunaux comme contraire à l'Écrlture Sainte et aux Pères. On aurait pu croire à un désarmement des adversaires de la mystique carmélitaine; il n'en fut rien. Vers 1740 des jésuites s'en mêlèrent; Ils avaient comme chef le P. Antoine Rabago, membre de l'Inquisition d’Espagne et confesseur du roi catholique Ferdinand VI. Les inquisiteurs, influencés par les menées du tout-puissant Antoine Rabago, condamnèrent l’ouvrage de Joseph de Jésus-Marie, osant même lui dénier la paternité de cet écrit. En effet, la condamnation du 4 juillet 1750 porte : < Deux tomes Ιη-β’, Imprimés à Madrid en l'imprimerie de Diego Dlaz de la Carrera en les années 1656 et 1659... ayant pour titre : Subida del Alma a Dios, œuvre posthume faussement attribuée au P. Joseph de Jésus-Marie... parce qu’ils contiennent des doctrines on ne peut plus dangereuses et des propositions semblables et équivalentes à celles con­ damnées chez Michel de Molinos, sapientes tueresim et hérétiques. » Le P. Antoine Rabago obtint aussi la condamnation des œuvres du cardinal de Noris, de l'ordre des augustius, quoiqu’elles fussent approuvées par l’inquisition romaine et par le pape. Les augustlns étant parvenus à obliger ΓInquisition espagnole à sc rétracter, les carmes déchaussés composèrent dans ce même but plusieurs apologies de la doctrine de Joseph de Jésus-Marie; quelques mss en sont conservés à la Biblioleca nacional de Madrid : ms. V, 434; ms. E, Ï37-/9 530; ms. B, 432; ms. V, /25; ms. V, 418; la I Defensa o apologia de et libro intitulado « Subida dd Alma,.. », inédite, est conservée au couvent des carmes déchaussés de Burgos. Joseph de Jésus-Marie a été d’abord l’historien de la réforme carmélitaine, mais nous laissons Ici de côté ses œuvres historiques, voir THÉntsB (Sainte), pour ne parler que des œuvres mystiques. 1525 JOSEPH DE JÉSUS-MARIE — JOSEPH DE MÉTHONE IL Œuvre» mystiques. — 1· Subida del alma a Dios η rnlrada en el Parayso Esplritual; cette œuvre posthume comprend deux parties : la 1" : Subida del Alma a Dios que aspira a la divina union, dont une édition peu fidèle parut, ά Madrid, 1656, in-8®. Une traduction italienne en fut publiée à Rome, 1664; 2* édit. espagnole, suivie de plusieurs autres, Madrid, 1675. Le ms. autographe sc trouve à lu Bibliothèque nationale de Madrid. La 2· partie : Entrada del aima a Parayso espirilual, parut ά Madrid, 1659; il en parut une traduction italienne, Gênes, 1669. Cette édition, dit le P. Andrés de la Encamaclôn, C. D., a été tron­ quée par des mains étrangères. De fait, quoique dans une composition ultérieure le P. Joseph de JésusMarie ait amplifié considérablement son premier ouvrage, comme en témoignent les mss autographes conservés à la Bibliothèque nationale de Madrid, les éditions espagnoles et italiennes ne donnent qu'une minime partie du texte véritable. IJEntrada est sub­ divisée en deux parties : la !" n’a Jamais été éditée; elle comprend trois livres, dont le l* r compte 27 cha­ pitres; le II·, 10; le III·, 19. De la II· partie 8 chapitres ont été omis, à savoir du xv· au xxn® inclusivement.— 2° Apologia mistica en defensa de la contemplaciôn dioina contra algunos maestros escolasticos que se oponen r ella. L'ouvrage sc compose de 29 chapitres et n’a Jamais été édité; la Bibliothèque nationale de Madrid en possède deux copies anonymes, ms. P. 117-4287, ln-8®, p. 216, et ms, 1478. — 3® Tratado de la oraciôn y contemplaciôn sacado de la doctrina de la bienaventurada Ai. Teresa de Jesus y del venerable P. Fray Juan de la Cruz, ms. 8452 de la Bibliothèque nationale de Madrid. Le P. Gabriel Lopez Navarro, de l'ordre des minimes, publia un ouvrage : Mistica teologia, Madrid, 1641 et 1651, dont seul le 1er chapitre ou traité peut lui être attribué; tous les autres chapitres ou traités ne sont qu'une suite de plagiats faits au détriment de saint Jean de la Croix, de sainte Thérèse et surtout de Joseph de Jésus-Marie; 15 chapitres (ou intégralement ou du moins en grande partie) du Tratado de la oraciôn y figurent; et le x· ou dernier traité est une œuvre apocrypho de saint Jean de la Croix : Breve compendio de la cminentissima perfrcciôn cristiana; le P. Fernando de Mal ha en est peut-être l’auteur véritable. La Revue d'ascétique et de mystique, t. iv, juillet 1923, p. 14, attribue encore sans restriction aucune la Mistica teologia à Gabriel Lopez Navarro; ce qui est regret­ table. — 4° Concordia de la doctrina de nuestra Madré Santa Teresa de Jesus con lu de la Sagrada Escritura, Santos Padres, etc... Le P. Bernardin Planes, chartreux de · Monte Alegre », en Catalogne, publia cet ouvrage de Joseph de Jésus-Marie sous le titre : Concordia mistica en la cual se trata de las tres vias, purgativa, illumi­ nati va y unitiva, y se déclara y concuerda entre si la doc­ trina de la santa madré Teresa de Jesus con la de loi sanlos y maestros de la vida espintual, en tres libros, Barcelone, 1667. Quoique le P. Planes ait placé son nom au frontispice de l'ouvrage, dans la dédicace cependant il déclare que ce n’est pas son œuvre, et que le ms. sc conservait dans son couvent depuis une tren­ taine d'années· Dès lors n'cst-il pas surprenant de voir les auteurs qui font mention de cet ouvrage l'attribuer néanmoins Λ Planes, alors que lui-même ne le considère pas comme un fruit de son esprit? — 5® Don que tuvo San Juan de la Cruz para guiar las aimas a Dios. Cet opuscule est une apologie remarquable de la doctrine de saint Jean de la Croix. Le P. Gerardo de San Juan de la Cruz l’a inséré dans les Obras del Mlslico Doctor San Juan de la Cruz, t. m, p. 511-570, Tolède, 1914, d'après les mss 8273 et 11 990 de la Bibliothèque nationale de Madrid et le ms. de notre couvent de Tolède. — 6® liespues ta a algunas razones contrarias a la contemplaciôn afediva y oscura que Nueslro Padre 1526 Fray Juan de la Cruz, guiado de Dios, de la Escritura y de los santos, en se Λα en sus escritos. Également édité par le P. Gerardo à la suite de l'opuscule précèdent, d’après les mss 8278 et 11 990 de Madrid. — 7® Declaraclôn dei capitulo ΙΧΠ de la Vida de Nuestra Madré Santa Teresa, acerca de coma se ha de efercitar en ta contemplaciôn la memoria de la vida y pasiôn de Nuestro Seflor, Inédit; Bibliothèque nationale de Madrid, mss 8273 et 11 330; notre couvent de Tolède en pos­ sède également une copie, mais le prologue y manque. — 8® Escala mistica. Ouvrage assez considérable demeuré inédit. — 9® Brevisimo comentano a las liras • Aquella niebla oscura » y « Oh dulee noche oscura ». Ms. opuscule inédit de 79 pages. — Ajoutons encore deux autres ouvrages : Excelencias de la eastidad, 4 vol. In-foL, dont seul le premier tome a été édité, Alcala, 1601; Vida y excelencias de la Virgen Maria, un vol. In-foL, Anvers, 1652. I-e P. Gerardo de san Juan de la Cruz, C. D., prépa­ rait une édition complète et critique des œuvres de Joseph de Jésus-Marie; une mort prématurée l’a empêché de réaliser ce dessein; plaise à Dieu qu'un de ses confrères achève son travail et fasse mieux connaître cet illustre fils de sainte Thérèse. François de Sainte-Marte, C. D., Pe forma de loi Descakos de N. S. del Carmen de la Primitiva obiervancia. Madrid, 1644, p. 216-217; Joseph de Satnte-Thrrè^e, G D., Kc/orata de lot Descalsos, Madiid. 1684, p. 631-636; Paul de Tous les Saints, G D., Opera omnia Ven. P. Thoms aJesu, Cnfoona, 1681, t. if, p. 195; Martial de S. J.-B., G D., Bibliotheca scriptorum utrimque congrrqatlonls cl serus eam—litarum excalceatorum, Bordeaux, 1730, p. 265, η. 79; Commas de Villiers· O. G, Bibliotheca carmtliLina, Orleans, 1732, t. nf col. 176-178, n. 192; Andrés de In Encarnacion, C. D.t Memorias historlalrs, inss 13 482, 7021 ct 12 234 delà IHbl. nat. do Madrid; Defensa o apologia de el libro inhlulado « Sublda del Alma a Dios g entrada de el alma al Parayso Espirltual ·. ms. conservé nu couvent des carmes déchaussée do Burgos; Barthélemy de Saint-Ange et Henri du S.-Sacromont, C. D., Collectio scriptorum oniinis carmtliluruai excalceatorum utri usque am grc aat ion is el sexus. Savon ο, 1881, t. i, p. 345-347, η. 116; Hurter, S. J., Nomenclator litterarius, 3· éditât. Ill, col. 673; Gerardo do Son Juan delà Cruz, G D., Obras del M islico Doctor San Juan de la Cruz, édit, crit., Tolède, 1912-1911, 1.1, IVellmlnares, p. xl-xu; XLix, nota 2; lvtu-lxx; t. nt, p. 505-510; Anastase de S. Paul, G D., Cunus theologi * * mgstico-srholastic P. Fr. Josephi a Spiritu Sancto, éd. crit., Bruges, 1924, t. 1« append., p. 293-295. P. Fr. Anastasr db S. Pauv. 5. JOSEPH DE MÉTHONE, controverslste grec du xv® siècle, le même très certainement que Jean Plusiadénus. Il ressort, en effet, des lettres de Georges Grégoropoulos, publiées par E. Legrand, Bibliographie hellénique des Λ»· et .ïi/· siècles, t. n, p. 268, 270, 273, que Joseph, évêque de Mélhone, était réellement un Plusiadcnu>; et, d'autre part, la réfutation de Marc d’Èphèsc étant indifféremment attribuée par les manuscrits à Joseph de Méthane et à Jean Plusiadénus, on est en droit de conclure à l'identité du personnage· Suivant un usage constant chez les grecs, Jean Plusiadénus aura changé de nom lors de son élévation à l'épiscopat, mais en gardant, de son ancienne appellation, la première lettre : Joseph au lieu de Jean. Né en Crète, comme il le rappelle lui-même dans une lettre à l’un de ses compatriotes, J. llardt. Catalogus codicum manusertpiorum bibliolhccæ regite Bavaricæ, Munich, 1806, t. il, p. 256, il y embrassa l’étal ecclé­ siastique et devint d'abord · chef des églises ·, titre qu il reçut du cardinal Bc&sarion, au témoignage de Plusiadénus lui-même dans la souscription du Mar^ cianus 465; et comme Bessarion ne put lui donner ce titre qu'en sa qualité de patriarche de Constanti­ nople, cotte nomination est postérieure au mois ί 527 JOSEPH DE MÉTHONE 1528 d’avril 1163, époque où BettaHon recueillit In succes­ Rome, 1579, et de Dllllngcn, 1581, enfin dans l'édition sion du patriarche Isidore. Elle est. d'autre part, en grec vulgaire publiée à Borne en 1628 par Jeanantérieure Λ 1170, car Plusladénus fut nommé cette Matthieu Caryophyllès. Mais ce savant traducteur * année îà « vtcc-protopope « de J'Ile. L'acte de nomina­ et son compatriote Arcudius élevaient déjà des doutes tion est du 28 janvier 1470. Voir E. Legrand, toc. contre pareille attribution, et aujourd'hui, malgré cit., p. 270, rn note. Ces détails ne sont pas Indifférents· les protestations de Léon Allatius, De Ec.clcsiæ occi· Voici pourquoi. Le ms. J des Conventi soppressi de dentalis atque orientalis perpetua consensione, Cologne, Florence, contenant les actes du concile de Florence, 1618, p. 966-968, tout le inonde est d'accord pour est tout entier de la main de Plusladénus, et il n'était laisser la paternité de la De/ensio à Plusladénus, qui y encore, quand il écrivit ce manuscrit, que « chef des renvoie d'ailleurs lui-même dans scs autres truités, églises ». suivant sa signature autographe qui se lit comme l'a très justement observé le bollaridiste au bas du f® 308. Du reste, je compte prouver ailleurs Cuperus, Acta sanctorum, août, U i, p. 193. La version que ccs actes, tels qu’ils ont été publiés, sont loin de latine, qui accompagne le texte grec dans les collec­ représenter la rédaction de leur auteur, et cette cons­ tions conciliaires, est due à Fabius Benevolentius de tatation suffira, je pense, Λ prouver l'inanité des argu­ Sienne; il en existe une autre do Frédéric Metius Galaments tirés du style dont plusieurs critiques se sont tinus dans le ms. grec 119 (L. 20) de la Valliccllana. servis pour attribuer ces actes Λ tel ou tel auteur. On Mlgne a reproduit celle de Caryophyllès, P. G., t. clix, col. 1109-1393. — 2° Sermo apologeticus pro synodo ne sait pas en quelle année Jean Plusladénus devint évêque de Méthone ou Modon, en Morde. Ce fut Florentina adversus Marcum Ephesinum, excellente certainement après l’année 1470, au début de laquelle réfutation d'une circulaire de Marc d'Éphèse contre il devint protopopc de Crète, comme nous venons de le le concile; elle abonde en souvenirs personnels et dire. Il se trouvait, en 1498, à Rome, et c'est lui qui donne l'impression que l'auteur assistait personnelle­ chanta, cette année-là, l’évangile en grec à la messe ment à l'assemblée de 1439, bien que la chose soit peu papale. J. Burckard, Liber notarum, édit. E. Cclani, probable. On en trouve le texte, avec la traduction t. π, p. 121. Et comme M. Sanudo, dans ses Diani, latine de Caryophyllès, dans les collections conciliaires t. vi, p. 68, parle d'un < évêque grec de Modon, qui, la de Binlus, t. vu, p. 667, de Labbc, t. xm, p. 677, croix à la main, fut tué par les Turcs, ■ lors de la prise de I lardouin, U ix, p. 549, du nouveau Mansi, t. xxxi a, de la ville, au mois d'août 1500, il est probable que p. 1203, et dans P. G., t. clix, col. 1023-1094. — cette mort glorieuse fut celle de notre prélat. Toute­ 3® Disceptatio de differentiis inter Græcos et Latinos fois, comme F. Cornélius, Catharus Dalmatiæ civitas, et de sacrosancta synodo Florentina, dialogue entre p. 141 sq., raconte précisément dans les mêmes termes sept personnes, écrit avec beaucoup de verve, et la mort d'André Falco, évêque latin de Modon, il se dont le titre indique suffisamment le but. Publié peut que Sanudo ait confondu l’un avec l’autre. d'abord par L. Allatius, Græcia orthodoxa, Rome, G. Mercati, dans le Eessarione, t. xxxvi, 1920, p. 141. 1652, t. i. p. 583-654, il a été reproduit d'après cette Les œuvres imprimées de Joseph de Méthone sont édition par Mignc, t. cité, col. 959-1025. Tels sont les trois ouvrages contenus dans VAmbrosianus 429 qui toutes relatives au concile de Florence, dont ce prélat ne cessa de prendre la défense contre les attaques de devrait servir de base pour une nouvelle édition. — Plusladénus a encore écrit, en faveur du concile : ses compatriote *, en particulier de Marc d’Êphèsc. Le 4° Canon synodi octavæ Florenliæ habitfc, cantique plus ancien ms., un autographe probablement, ΓΛ/ηbrosianus grec (29, les présente dans l’ordre suivant : liturgique en neuf odes accompagné d’un synaxairo 1° Defensio synodi Florentines, remarquable apologie contenant une courte histoire du concile. Texte et traduction se trouvent dans Pasinl, Catalogus codicum du concile et des cinq points principaux contenus dans græcorum Athenœi Taurinensis, Turin, 1749, p. 273sa definition, à savoir la procession du Saint-Esprit, 278, dans Mansi, Supplementum sacrorum conciliorum, la matière du sacrifice eucharistique, le purgatoire, t. v, p. 215-225, et dans P· G., t. cité, col. 1095-1106. la vision bcalifique et la primauté du pape. L’auteur N'ont été utilisés pour l'établissement du texte ni établit sa démonstration moins sur le raisonnement le Baroc.cianus 145, f® 175-279, ni VAmbrosianus 765, que sur les textes des Pères tant latins que grecs, et son ouvre est un véritable monument de théologie f· 130 135. Sont encore inédits : 1· Condones in dies quadragesipositive. Il sc distingue moins par la richesse des cita­ males jejunii, au nombre de cinquante-deux, contenues tions, empruntées à trente-trois auteurs différents, que dans le manuscrit A. I. S, f° 21-285, de la bibliothèque par lu façon de les mettre en relief pour établir la municipale de Bologne. Voir Sludi italiani di fflogia parfaite concordance des deux Eglises, sur ces divers classica, t. m, p. 471. Comme Plusladénus était simple points, avant le schisme de Michel Cérulalrc. Le style prêtre quand il les écrivit, ces homélies sont antérieures est vivant, et d’une franchise toute crétoise. Quand il Composa cet ouvrage, l'auteur n'était encore que pro­ à 1470. Dans le Vaticanus græc. 670, qui les contient également, elles sont intitulées, par un curieux topope, comme le montre la suscription des deux mélange d'appellations, « Instructions de Jean Pluautres traités venant après celui-là dans le manuscrit siadénus, évêque de Méthone ». C'est ce scrmonnaire de Milan et en tête desquels sc lit très distinctement quadragésimal que A. Elirhard, dans K. Krunibacher, le nom de < Jean Plusladénus protopope », Dans lo Geschichle der byzantinischen Lileratur, Munich, 1897, premier traité, c'est-à-dire dans la Defensio qui nous occupe, la première ligne du titre a été biffée, proba­ p. 119, transforme, on ne sait pourquoi, en un Antirrheticus secundus conlra Marcum Ephesinum. Une blement par l’auteur lui-même, dans le dessein de faible partie de ce sermonnaire est contenue dans le substituer à son ancienne appellation son nouveau Vallicellanus 200, ί® 1 sq., ayant appartenu à Léon titre d’évêque de Méthone. Cette substitution, pour Allatius. — 2® Epistola de caritate, contenue dans le des motifs Ignorés, n’eut pas lieu, et les copistes du xvi· siècle, so trouvant devant une œuvre anonyme, | Parisinus 2500, fo 218 v®. — 3® In cretenses schisma· l’attribuèrent arbitrairement à Gennade, dans le ticos, invective contenue dans le ms. 2375 de l'Université de Bologne. Voir Studi italiani di ftlologia classica, monde Georges Scholarios; c'est sous le nom de Gennade qu elle figure dans la première édition t. iv, p. 370. — 4® Enfin la lettre publiée par Hardt romaine des actes du concile imprimée en 1577 chez et mentionnée au début de cet article. Zanctti par lex soins de l'helléniste Matthieu Devaris, Dans tous ses écrits, Plusladénus sc montre sincè­ p. 291-406, puis dans les diverses éditions de la Biblio­ rement catholique, partisan très chaud de l’union theca Patrum, dans les éditions purement latines do proclamée à Florence, écrivain plein de vie grâce à 1529 JOSEPH DE MÉTHONE — JOSEPH DE PARIS remploi d’une langue simple et populaire, théologien avisé, l’un des derniers représentants et non des moindres de la controverse théologique, à la chute de l’empire byzanliu. Voir K. Kmnibarhrr, Gr^rhichte der bgzantlnischen Lite· ratur, Munich, 1897, p. 118-119. t L. Petit. 6. JOSEPH DE MORLAIX, frère mineur capucin (t 1661). — 1. Yves Noûcl appartenait Λ l’une des plus anciennes familles du diocèse de Tréguier, celle des seigneurs de Kerven. Baptisé le 2 avril 1606, Yves grandit dans une maison fort religieuse sous la conduite d’une mère vertueuse, qui devenue libre, entrera chez les Cal val ri en nés. Le 12 mal 1622, suivant l’exemple de son frère idné, il recevait l’habit au noviciat des capucins ù Angers, line fois prêtre, le P. Joseph brûlait du désir de sc consacrer nu ministère apostolique; toutefois la faiblesse de sa complexion fut cause du retard que scs supérieurs apportèrent à contenter son zèle. En 1631, H prêchait son premier carême nu monastère du Calvaire de Morlaix, où sa mère était religieuse· Sa réputation comme prédicateur était vile faite et si bien établie, qu’au mois de décem­ bre 1640, sur les instances du duc de Bouillon, nouveau converti, la S. C. de la Propagande nommait le P. Jo­ seph préfet de la mission de Sedan. Cette ville était alors un des boulevards du protestantisme dans l’est de la France et le fameux Pierre du Moulin y comman­ dait en maître. Sans aborder la controverse directe, le préfet de In mission assistait assidûment aux prêches et les réfutait ensuite du haut de la chaire. Voyant diminuer son prestige et se dessiner un mouvement de conversion, du Moulin annonça trois conferences, dans lesquelles H promettait de démontrer la fausseté des enseignements donnés par les capucins. L'assemblée fut nombreuse, niais le résultat assez médiocre, le ministre s’en prenant plus ύ la personne des mission­ naires qu’à leur doctrine; cependant, pour maintenir sa réputation au dehors de la ville, du Moulin jugea bon de publier les Trois sermons /ails en présence des pères capucins qui les ont honorez de leur présence, Genève, 1611. 11 attendit peu la réplique du P. Joseph, qui lit paraître In Lettre, du Sieur Crescentlan de MontOuvert adressée par forme de relation au sieur Mestayer, jadis ministre de Lusignan et maintenant professeur de la foy catholique,.. Avec la réfutation de trois prcsches du sieur du Moulin, tirée des sermons du P. Joseph de Morlaix, capucin. Helms, 1641. Par esprit de ven­ geance, du Moulin lança alors son injurieux libelle intitulé Le Capucin. Traité auquel est deserite et exa­ minée l'origine des capucins, leurs vaux, relgles et disciplines, Genève, 1641. Ce traité ne tarda pas ù être condamné par le Saint-Office, le Conseil d’État et le Parlement de Bordeaux. On dit que le mission­ naire lui opposa un écrit de cinq ou six feuilles, mais on n’en trouve pas de traces. Le ministre til encore imprimer un prétendu Examen du livre intitulé : Lettre du sieur Crescentiim de Mont-Ouvert, et promettant la réfutation des trois sermons de du Moulin, Sedan, 1641. Grossièrement pris Λ partie, le P. Joseph, qui ne voulait pus suivre son adversaire dans une polémique où la doctrine n’entrait pour rien, laissa cet opuscule sans réponse; pas plus que les autres il n'empêchait la mission do porter ses fruits. Cependant le P. Joseph était parti de Sedan en 1642 ou 1643. Le 13 avril de cette année, Il prêchait Λ Paris, chez les minimes, devant une assistance choisie, le panégyrique de saint François de Paule, et il donnait Pavent ù SaintPaul dans l’église des jésuites. En 1646 II était choisi pour prêcher l’octave du Saint-Sacrement À la cathé­ drale d’Angers. Il en profita pour combattre les fausses doctrines qui se propageaient alors, grâce au livre de La fréquente communion. L’évêque d'Angers était 1530 alors Claude de Rueil, fortement Imbu des Idées jansé­ nistes et, comme tel, assez hostile aux réguliers, dont le prédicateur ne manquait pas de défendre les privi­ lèges. Bref, avant la fin de l'octave, le P. Joseph était interdit par l’évêque. Celte affaire fit alors grand bruit, mais ne causa aucun dommage à la réputation du capucin, qui était appelé à l’honneur, fort recher­ ché, de prêcher devant la cour, il fournit aussi trois carêmes à Notre-Dame avec tant de succès que l'on dit qu’il reçut le titre de chanoine honoraire. Le P. de Morlaix remplit aussi les premières charges dans sa province de Bretagne et le 25 août 1661 11 rendait son âme à Dieu, au petit couvent de ΓHermitage à Nantes. Le 7 octobre suivant, le P. Joseph de Dreux, son confrère, prononçait son Oraison funèbre ou Pané­ gyrique dans l'église des calvairiennes au Marais. Outre les opuscules mentionnés, on a du P. Joseph une Oraison funèbre sur la mort de Mgr François de Lorraine, prince de Joinville, prononcée en l'église de Saint-Pierre de Reims, Reims, 1640, et une Harangue funèbre prononcée en l'église de Saint-Sauveur de Rennes, aux obsèques de Mess ire Gabriel Freslon, con­ seiller du roi et président au mortier dans le parlement de Bretagne, Rennes, 1652. La Bibliothèque Mazarine conserve une copie du temps de deux sermons du P. Joseph, un pour la fête de la Trinité, l’autre sur le texte : Laudate Deum secundum multitudinem magni­ tudinis ejus (ms. 1056 et /0 57). Π existe aussi deux lettres imprimées du P. Joseph relatives à l’inter­ diction d’Angers, l’une à Monsieur N. sur laquelle on a commencé d'animer les esprits, l’autre au P. François de Tréguier, provincial, in-4% s. I. n. d., mais de 1646. 2. Les bibliographes de l'ordre ont confondu ce Joseph de Morlaix, mort en 1661, avec un autre reli­ gieux de même nom, qui vivait à la tin du xvn· siècle et au commencement du suivant. Ce second Joseph se consacra aux missions tant en langue bretonne que française, et nous avons de lui : Dialogue et entretien d'un solitaire et d'une dme damnée sur les vérités effrayantes de l'éternité malheureuse et de ses tourments. Dinan, 1703; Nouveaux règlements pour les missions et avis très importants pour les prédicateurs, confesseurs et pénitents dans l'administration des sacrements de pénitence et d'eucharistie, Morlaix, 1706; Méthode d'oraison très sûre, agréable et facile pour toute sorte de personnes et de conditions, Dinan, 1712. On lui attribue aussi un Directoire chrétien et une Préparation à la mort, que nous ne connaissons pas autrement. Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum ord. min. capuccinorum, Venise, 1747; Hurel, Les oraltun sacrés à la cour de Louis XIV, Paris, 1872; René de Nantes, Un capucin breton au XVIf siècle, dans Eludes franciscaines, 1912. P. Édouard d'Alençon. 7. JOSEPH DE PARIS, capucin (1577-1638), souvent, mais improprement, appelé JOSEPH DU TR EM S LA Y f surnommé V Eminence grise, était fils de Jean Le Clerc du Tremblay, conseiller du roi et premier président des requêtes, et de Marie de La Fayette. Né Λ Paris le 4 novembre 1577, il reçut au baptême le nom de François, qui était celui du duc d'Anjou, son parrain. Jeune encore, il perdit son père, mais sous la sage conduite de sa mère, il fit de solides études, qu’il acheva ù l’université et termina par un voyage en Italie. A vingt ans, le baron de Mafflicrs, c’est lo nom qu’il portait, était un gentilhomme accompli; il avait fait ses essais à la guerre et dans la diplomatie, quand, suivant une vocation ancienne, Il renonça au monde, où tout conspirait à le retenir, et alla frapper à la porte du noviciat des frères mineurs capucins à Orléans. Mme du Tremblay mit tout en œuvre pour reprendre son Ills, mais c’est elle qui fut vaincue dans 1531 JOSEPH DE PARIS 1532 celte lutte et elle ne tardera pas A devenir la premièreI J sèment laisse Inachevée une œuvre qu’il voulait par­ conquête du Fr. Joseph. Il prit ce nom en recevant faite (t 28 sept. 1922). On lui a fait un crime d’avoir l’habit religieux, le 2 février 1599; le 3 février de contracté ou renouvelé des alliances politiques avec h-s l'année suivante, il prononçait ses vœux au couvent princes protestants contre la maison d’Autriche, Ce de Saint-Honoré A Paris. A peine sa formation reli­ n’a été qu’une nécessité qu’il lui fallait subir, et il gieuse terminée, il est ordonné prêtre et chargé d'enne faisait qu'user du droit naturel de légitime défense clgncr la philosophie. La débilité de scs yeux lui contre des pays catholiques, qui, comme l'Espagne, rendant cette tâche difficile, au bout d'un an, on le j attaquaient sournoisement la France, catholique elle p'ace A la tête du noviciat de Meudon. LA encore il aussi, en se servant des huguenots. Il la voulait victo­ ne fait que passer, c’est A la vie apostolique que Dieu rieuse de scs ennemis avant de la lancer dans la croi­ le destine et c’est A elle que vont tout ci ses aspirations. sade, A laquelle il n’avait Jamais renoncé. Nous ne pouvons le suivre dans ses prédications, ni L’œuvre littéraire du P. Joseph est phénoménale. dans scs charges; arrivons A l’année 1610. Devenue Toute sa vie il a écrit ou dicté des traités et des trop Importante, la province des capucins de Paris mémoires, spirituels durant les premiers temps de sa est divisée en deux, Paris et Touraine. Par son origine vie religieuse, publiques et polémiques quand il entra le P. Joseph appartenait de droit A Ια première; dans les affaires d’État. Son esprit était toujours en cependant il est fixé dans la seconde, afin de continuer travail; dans ses fréquents voyages il trompait les à travailler A la réforme de Fontcvrault, dont il a longueurs de la route en composant des vers français commencé do s’occuper, A la demande de l’abbesse ou latins, en méditant de hautes pensées, que le soir Mme Éléonore de Bourbon, tante d’He iri IV, et il confiait au papier. Ne nous occupons que de ses ensuite de «·α nièce et coadjutrice, Mme Antoinette œuvres spirituelles, dont une partie seulement est d’Orléans. Fontevrault ne se réforme pas, mais de imprimée. Exercice des bienheureux pratiqua b te en ces relation * du religieux avec les fontevrisles sortira terre par tes Ames dévotes et despouittées des affections en 1617 la nouvelle congrégation des bénédictines du de ta (erre. Les sept dons du S. Esprit et les douze Calvaire. De 1613 A 1616 le P. Joseph avait été /ruicts du S. Esprit, Troyes, 1610, Paris, 1633, Nîmes, provincial de Touraine; c’est alors qu’il commença la 1895; Introduction à la vie spirituelle par une facile mission du Poitou, pour la conversion des protestants. méthode d'oraison, Poitiers, 1616, Paris, 1620, 1626; Une autre pensée le travaillait depuis longtemps : rééditée sous le titre de Méthode d'oraison du P. Joseph c’était la délivrance des Lieux saints par une nouvelle du Tremblay, par le P. Apollinaire de Valence, Le croisade. Quand en 1616 il se rend A Rome, il expose Mans, 1897; Practique intérieure des principaux exer­ son projet A Paul V, qui J'approuve et l’encourage; il cices de la vie chrétienne, Paris, 1621, 1626, 1638, profite de son voyage de retour pour y intéresser les recueil de petits traités composés A diverses époques; princes dont il traverse les États. En 1618 il part pour De la perfection séraphique, ou du bonheur admirable l’Espagne dans ce but, sur l’ordre du pape, et vers les des serviteurs de Jésus-Christ, exprimé sous la forme mômes temps il seconde le duc de Nevers qui venait d'une couronne mystique, laquelle il donne à tous les de fonder un nouvel ordre de chevalerie, la Milice observateurs de ses divins conseils et spécialement aux chrétienne. Les événements politiques (ont échouer religieux de S. François, Paris, 1624; La perfection tous ces projets; en attendant l’heure de la Providence, séraphique, frogmens d'une explication mystique sur la il continue scs négociations, et, ne pouvant conquérir régie du séraphique Père S. François; Traité des trois la Terre sainte par les armes, il organise des expédi­ vaux de religion, œuvre posthume, Niort, 1646, tions de missionnaires dans tout le Levant et le Maroc, publiée par son secrétaire, le P. Ange de Mort ague, tout en développant celles de France contre les héré­ qui mourut cette même année et ne put donner suite tiques. A la suite d'un autre voyage à Rome, en 1625, A ce premier volume. Plusieurs de ces ouvrages avaient pendant lequel il a présenté à Urbain VIII son poème été composés · pour les novitlaux et séminaires des de la Turciade, destiné A chanter la croisade, il est, capucins, » comme on le lit sur le titre de l’un d’eux. conjointement avec le P. Léonard de Paris, établi par Pour les calvairiennes il composa les Considérations la récente Congrégation de la Propagande préfet des sur la règle de S. Benoist, sur lesquelles sont fondées les Missions d’Oricnt. Il les veut confiées aux seuls capu­ constitutions, Paris, 1634; Cérémonial des religieuses cins français, car le P. Joseph est patriote en tout. La de la congrégation de N.-D. de Calvaire, Paris, 1634, haute situation qu’il occupe A la cour, où Richelieu 1661 ; La vocation des religieuses de la première reigle de S. Benoist, fondées par la R. M. Anlhoinette d'Or· l’a voulu près de lui, facilite scs desseins; aussi ne manquc-t-ll pas d’en user pour le succès de scs entre­ léans, sous le titre de la congrégation de N.-D. de Cal­ prises apostoliques. Les affaires d’État ne l'absorbent vaire, Paris, 1621, 1637, Nantes, 1670, Nîmes, 1895; pas tout entier, et Jamais elles ne lui font perdre de Les exercices spirituels des religieuses bénédictines de vue sa vocation. C’est surtout aux religieuses du Cal­ N.-D. de Calvaire, Paris, 1641, 1671, recueil d'exer­ vaire, dont les maisons se multiplient, qu’il consacre cices composés par le P. Joseph, pour le public ou les loisirs que lui laisse la politique. A Paris, où il a spécialement pour les religieuses; Epistres écrites à plume volante aux religieuses de N.-D. de Calvaire, fondé deux monastères, l'un auprès du Luxembourg, Paris, 1677 : triple recueil de lettres auxquelles il en en 1620, l'autre au Marais, en 1634, il aimait A aller se délasser près d’elles en leur adressant des confé­ faut Joindre six autres, imprimées du vivant de l’au­ teur, 1631-1637, et que les calvairiennes appellent les rences sur les obligations de la vie religieuse et l’esprit Grandes épistres. — Aux ouvrages spirituels du P. Jo­ de leur congrégation. Ses Exhortations ne duraient seph il faut ajouter le poème latin dont nous avons jamais moins d’une heure, et il leur en adressa plus parlé : Turciados libri quinque Urbano VIII Pont. de quatre cents pendant les six dernières années de sa Max. dicati, Paris, 1625. Outre la Méthode d'oraison, vie. Le 13 décembre 1638 11 entretenait tes filles du le P. Apollinaire a publié Quatre opuscules du P. Joseph recouvrement des saints Lieux, où il leur promettait du Tremblay : /. La fondation de l'ordre des bénédic­ un établissement prochain. Deux jours après, il était tines du Calvaire. IL La vocation des bénédictines du frappe d'ayoplexle et le 18 il mourait a Rue il. Calvaire, ill. Mémoires du P. Joseph sur son enfance Nous n’avons pas à envisager ici le P. Joseph comme homme d’État, ni A défendre sa politique. « Elle fut et son adolescence. 1V. L'exercice des bienheureux, catholique toujours, la politique du P. Joseph, » pro­ Nîmes, 1895 : dont le premier et le troisième étalent clame l'abbé Dcdouvres, qui plus qu’aucun autre a inédits. Nous omettons d'autres publications pour étudié et pénétré ce personnage, mais qui malheureumentionner un recueil de vingt-huit exhortations cou- 1533 JOSEPH DE PARIS JOSEPH DU SAINT-ESPRIT tenant l’exercice appelé Les dix /ours, avec préface de A. Dufourcq, professeur à l'UnlversIté de Bordeaux, Toulouse, 1913. Les monastères du Calvaire jiossedcnl en manuscrit de nombreuses Exhortations et des copies de lettres du P. Joseph; la bibliothèque Maza­ rine de Paris conserve «gaiement trois volumes d’exhortations, un recueil d'E pistres aux calvai­ riennes, ù des religieux capucins, ii sa mère cl A divers. On en trouve également dans les divers fonds d’ar­ chives, de Rome en particulier. Fngnlnz, Le P. Joseph et ElcMleu, 1577-1633, 2 ln-8·, Parh, 1891; Dcdouvfcs, Dr p. Joscphl Turclados librls quinque (thèse de doctorat ù la faculté dos lettre^ d· Paris)· Angers, 1891; Le P. Joseph polémiste, ses premiers écrits, thèse, Paris, 1895; Un précurseur de la IL M oruUcriteMarie, le J*. Joseph et le Sacré Ctrur, Angers, 1899. Eludes critiques sur les oeuvres spirituelles du P, Joseph, dans Etudes franciscaines de 1903. Nombreux article» sur le P. Joseph, sa oie et ses écrits, dans la Hernie des Facultés catholiques de l'Oued, do 1892 A 1920, et dans les Eludes franciscaines, 1921-1923. P. Édouard d'Alençon 8. JOSEPH DU SAINT-ESPRIT, canne déchaussé espagnol, théologien mystique (1667-1736). 1. Vie. IL Écrits. 1. Vie. — Joseph du Saint-Esprit naquit, en 1667, dans l’archidiocèse de Séville, à Huelva, actuellement ch' f-lieu de la province de Huelva. Ses parents, Pierre Mathco Velarde et Anne Gomez, lui communiquèrent ainsi qu’à leurs autres enfants leur grande piété; ils curent la joie de voir trois de leurs ills embrasser la réforme de sainte Thérèse. Notre Joseph du SaintEsprit n’avait que seize ans quand il prit l'habit de carme déchaussé au collège de l'Ange Gordien à Séville;il fit profession ACordouele 14 novembre 1683. Ayant fait d'excellentes études de philosophie et de théologie sous la conduite de l’éminent Ferdinand de Saint-Antoine, il fut chargé pendant neuf an» des cours de philosophie et de théologie aux collèges d’Ecija et de Séville. Puis successivement il devint secrétaire provincial de la province do Saint-Jean-Baptiste ou de l'Andalousie inférieure, prieur au collège d’Eclja (1709-1712), trois fois recteur du collège de Seville, provincial (16 mai 1712-1715), trois fois déflnitcur général d'Espagne (du 5-16 mai 1712; 1718; 1724). Un événement inaccoutumé eut lieu au chapitre général de Pastrana, en 1724; dès le premier scrutin Joseph du Saint-Esprit obtint la majorité des voix; Sébastien de la Conception, général sortant et président du chapitre, ne publia pas l'élection, mais exigea un second tour; de nouveau la majorité choisit Joseph du Saint-Esprit; celle fois encore le président ne publia pas l’élection et demanda une troisième mise aux voix; mais Paul de la Conception y obtint la majorité et fut élu général, tmidis que Joseph du Saint-Esprit devint quatrième déflnitcur général. La nullité de l’élection d·' Paul de la Conception était connue de Joseph; humble comme 11 était, loin de faire valoir ses propres droits A cette charge, il conseilla le recours au SaintSiège pour obtenir lu légalisation de l’élection vicieuse qui avait eu lieu; ce qui fut (ait. Faute de documents historiques, la conduite de Sébastien de la Conception nous est un mystère; il n'était nullement hostile A Joseph; cependant nous le voyons, de fait, et jusqu'à deux reprises différentes, opposé A son élection nu généralat. Quelle raison avait-il pour justi lier cette singulière façon do faire? Quelqu'un a osé dire : c’vtnil A cause de l'origine andnlouse de Joseph du Saint-Esprit, car sainte Thérèse n'aimait guère les Andnlous et s’est opposée à toute élévation d’un Anda­ lou A la charge de général. L’autorité de cet auteur anonyme de la Hiografia de Don Manuel Frelre de Silva ô sea F, Manuel de san José Carmelila Descalzo est trop suspecte pour qu *on puisse ajouter foi à cette 1534 déclaration; d’abord, parce qu'il se montre hostile à Joseph du Saint-Esprit et profite de toutes les circons­ tances pour l’attaquer; ensuite, quoique la castillane sainte Thérèse ne prisât pas beaucoup les Andalou», cependant en aucun endroit de ses écrits on ne trouve ce que cet auteur anonyme lui fait dire. Enfin, au chapitre général tenu A Pastrana, le 21 avril 1736, Joseph du Saint-Esprit fut élu général de la congréga­ tion d'Espagne. Déjà il occupait cette charge depuis quarante-deux jours, quand un événement singulier fut cause de sa mort inattendue. Voici l'exposé des faits. Emmanuel Frelre de Silva, issu d'une des [lus nobles familles de Portugal, homme de caractère cl de talent, et, pendant la guerre de Succession d’Espagne, chaud adhérent du parti autrichien, s'était mis à !a tète d’une année marchant contre l'Espagne. En 1713, la paix étant signée a Utrecht, Il embrassa la réforme de sainte Thérèse dan» la province de Navarre et reçut le nom d’Emmanuel de Saint-Joseph. Orateur célèbre, il se lit remarquer d’abord A Madrid, ensuite, en 1734, A Lisbonne uù ses supérieurs l'as aient envoyé pour traiter des a liai res très importantes. De retour A Madrid, il se mêla de politique et ht éditer clandesti­ nement un Journal hebdomadaire du genre satirique, connu sous le nom de El duende (le feu follet) criticn de la Code. Celle satire s'en prenait au roi, Philippe V, à la reine et aux membres du gouvernement; véritable modèle du genre, elle eut un succès inouï dans toute les classes de la société, tant en Espagne qu’à l'étran­ ger. Le gouvernement mit tout en œuvre pour décou­ vrir l’audacieux auteur; après avoir jeté en prison bien des gens qu’il soupçonnait, il finit par mettre A prix la tête de l'écrivain. Néanmoins El duende paraissait régulièrement pendant plus de six mois, et, comme un writable » fantôme », s’introduisait jusque dans le> pièces les mieux gardées du palais royal : lu reine trouvait la feuille dans sa serviette de table, le ministre Don Joseph Patino dans ses vêtements et le cardinal Gaspar de Molina, président de Castille et ministre d’État, sur son bureau. Cependant, vers la tin du mois de mai 1736, le bruit se répandit A Madrid que l’auteur à'El duende venait d’être arrêté à Talavera de In Rcina. Que s’était-il donc passé? Joseph du Saint-Esprit, devenu général, fut mis au courant des manœuvres politiques du P. Emmanuel; devinant les grands malheurs qui frapperaient toute sa congréga­ tion au cas où l'auteur serait connu, il résolut de dissi­ per l’orage qui s'annonçait et de mettre en lieu sûr le P. Emmanuel; il lui enjoignit donc de quitter au plus tôt Madrid cl de se rendre en Portugal par Talavera de la Reina. Malheureusement le bruit de ce départ se répandit immédiatement en ville : ce qui augmenta les soupçons du gouvernement royal. Le cardinal Gaspar de Molina manda le général, qui était son confesseur, au palais royal pour lui faire part de ses soupçons touchant le P. Emmanuel. S’il faut en croire l'auteur anonyme de la Hiografla de Don Manuel Frtire de St Ira ό sea F. Emmanuel de san José, p. 165-166, Joseph du Saint-Esprit aurait tout dévoilé. Le P. Emmanuel, qui ne se doutait de rien, fut donc pris à Talavera de la Reina, emmené A Madrid, incarcéré au couvent des carmes déchaussés, le 30 mal 1736, et gardé nuit et Jour par de nombreux soldats. Le tnbubunal ne réussit pas A tirer au clair cette affaire. le rusé Emmanuel faisant échoucr tous les efforts des juges. Enfin, dims la nuit du 16 au 17 mars 1737, le prisonnier s’échappa d’une façon si adroite qu'on n’a pas même pu découvrir comment il s'y était pris, les portes étani restées fermées; il déjoua toutes les poursuites del soldats et gagna le Portugal; il vécut quelque temps ) Lisbonne, puis se rendit à Florence, d’où les gram l d'Espagne le rappelèrent A Madrid. Cette fois encor· l’auteur anonyme de la Hiografla de Don Manuel s'ea 1535 JOSEPH DU SAINT-ESPRIT 1536 prend à Joseph du Saint-Esprit et l'accuse d'avoir • Un volume de sermons très remarquables par In science des Saintes Écritures et par la doctrine des cau'é l'emprisonnement de P. Emmanuel. Un simple coup d'œil sur 1rs circonstances particulièrement difll- I SS. Pères. . (Cf. p. 268, n. 87.) 2° Cursus theologiœ mystico scholastica· in sex tomos dies de ce temps montrera le mal fondé de cette nccu- I fation. La guerre de Succession avait troublé profon­ divisus in quo scholastica methodo explanantur dubia dément toute l'Espagne, et l’arbitraire de Philippe V mystica, juxta miram solidamque doctrinam Angelici rendait impossible l'apaisement des esprits. De plus le Prtcccploris Divi Thomae sacræ theologiæ principis. roi en voulait aux cormes déchaussés depuis qu'il Depuis que le définitoire général lui avait enjoint avait consulté le général. Paul de la Conception, sur d'écrire un ouvrage de ce genre, Joseph du Saintune affaire do la plus haute importance et en avait Esprit consacra tou * ses loisirs à la composition de re u une réponse qui ne cadrait pas avec ses vues poli­ cette œuvre magistrale. Au temps où André esso contemplationem, ad cujus C. D., Memorias historiales, t. iv, ni *. 12 SU de ta Bibl. naL exercitium animam Idoneum non o*sn, nhl prius per medi­ do Madrid, dont le litre est : Asuntos de los manuscritos que tationem pnqwirtinnetur, phnibu * citata disputatione de­ habia en cl archiva general de las Carmelitas Descalzos; El monstrabimus, Habemus ergo medit itionem seu orationem duende critico de Madrid, Madrid, 1841, contenant VEscritos discursus esto quod roddll proximo polies; les circonscriptions des diocèses remaniées; des paroisses créées avec le produit des biens des cmvtiils fermés. Enfin la liberté du culte fut accor­ dé ‘ aux protestants et aux schismatiques. 1° La collation des bénéfices en Lombardie. — En Lombardie, le droit de collation aux bénéfices tant majeurs (pie mineurs appartenait exclusivement au Suint Siège, sauf exceptions en faveur de certains patrons et de certains évêques. Par une lettre du 27 juin 1781, Joseph II demanda à Pic VI do so dessaisir de ses droits immémoriaux cl de partager avec lui la collation des bénéfices. Le pape lui opposa un refus formel. IV. Le conflit avec Home. — Les Innovations do l’empereur inquiétèrent gravement Pie VI. Elles faisaient présager un schisme. Le pape désira empê­ cher une telle catastrophe. Malgré les instances con­ traires de ses cardinaux cl des cours européennes, il sc décida A se rendre à Vienne et A discuter avec Joseph IL Le 27 février 1782, il quitta Borne; le 22 mars, 11 entrait A Vienne. LA curent lieu des négo­ ciations laborieuses. Finalement des concessions mutuelles s’échangèrent. Le formulaire du serment imposé par l’empereur aux nouveaux évêques fut désormais conforme A l’usage français. En Lombardie, sauf A Milan, le pape nommerait évêque l’un des quatre candidats qui lui seraient présentés. Joseph II 1546 s’engageait A donner In préférence aux clercs que le Saint Siège présenterait aux abbayes à la disposition du roi et aux autres bénéfices n’ayant pas charge d’âmes. Le choix impérial porterait, dans les autres cas, sur des cccîé-»ia>tlques idoines. Quant aux dis­ penses matrimoniales. Pic VI consentit A ce que les Intéressés ne présent assent pas nominalement leurs instances aux congrégations romaines; des induits fort étendus seraient accordés aux évêques < qui ne croi­ raient pas avoir originairement cette faculté ». Le 22 avril 1782, le pape quitta Vienne. Sans doute, 11 avait essuyé des échecs sur certains points, mais sur d’autre·», en particulier sur la nomination des évêques en Lombardie, H avait gagne la partie. Mais Joseph II trahit ses promesses. Il poursuivit ses réformes ecclé­ siastiques sans plus se soucier du Saint-Siège. Bien plus, m 1784. Pie VI capitula sur un point important. A la suite d’une visite faite à Borne par Joseph II ù Noël 1783, il concéda A l’empereur, par crainte d’un schisme, un induit général l'autorisant A nommer les évêques de Lombardie. L’épiscopat, soumis à l’empereur, s’inclina en majorité devant sa volonté souveraine. Migazzl. archevêque de Vienne, et Bathyani, archevêque de Gran, prirent courageusement h· parti de la résistance. En Belgique, les évêques, groupés sous la conduite du métropolitain, le cardinal Fronkenberg, archevêque de Malines, protestèrent si efficacement que tout le pays sc révolta et que Léopold II fut obligé de renon­ cer A l’exécution des décrets de son frère. Dans le reste de l’empire, le Joséphisme survécut à son fon­ dateur. A part quelques exceptions, la plupart des réformes attentatoires A la liberté de l’Église restèrent en vigueur. L’esprit Joséphiste a infecté pendant plus d’un siècle l’administration autrichienne. La guerre de 1914-1918 a occasionné son abolition au moins officielle. 1· Sources. — A. von Arnrth, Joseph II and Leopold von Toscana, (hr Briefioechsel von 17SI bis 1789, Vienne, 1872, 2 vol.; Joseph II und Katharina von Russland, 1869; Maria Theresia und Joseph II. Ihrt Komspondcnz samt Briefen Josephs an setnen Bruder Leopold, 1867-1868» 3 vol.; A. Beer, Joseph II, Leopold II und Kaunltz I hr Brirfwechscl, Vienne, 1873; Joseph II und Graf Ludvig Cobenzl. I hr Brlefwrchsel, ibid., 1901, 2 vol.; S. Brunner, Correspondtutees in limes de l'empereur Joseph I! awe son ami le comte de Cobenzl el son premier ministre le prince de Kautiitz, Mnyence, 1871; H. Schlittrr, Kaunltz. Philipp Cobenzl und Spielmann. Ihr Briejwechsel, 1779^1;92, Vienne, 1899; P. Wohofor, Das Lehrbuch der Metaphysik /ilr Kaiser Joseph II, Paderborn, 1895. 2· Travaux. — Hôsch, Das Kirchenrecht (m Zelbdler der Aufkldrung (Pebronianlsmus und Josephismus), dan< Archio fur katholiiches Kirchenrecht, I. lxxxiv, 1904, p. 46-82, 241-262, 495-526; t. lxxxv, 1905, p. 29-63 (capital *ur le joséphisme); S. B unnor. Die thcologische Dienerschaft am llofe Joseph II, Vienne, 1868; C. WolLgruber, Christoph Anton Kordinal Migazzi, Fursterzbischo) von Wien, Ba▼eosbourg, 1897; E. Hubert, Voyage de l'empereur Joseph II dans les Pays-Bas (13 mai 1781-97 juillet 1781) dons Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers, publiés jmr PAcadémie royale do Belgi<|ue, Bruxcllo, 1900. t. lviii; A. Thciner, Jean-Henri, comte de Frankenberg, cardinal-archevêque de Malines, primat de Belgique, et sa lutte pour la liberté de ΓÉglise et pour les séminaires épiscopaux sous l'empereur Joseph II, Paris, 1852; Histoire des institu­ tions d'éducation ecclésiastique, Paris» 1811, L n; Hanns Schlittrr, Die Brise des Papstcs Pius VI nach Wlen und sein Aufenihtdtdasrlbsl, Vienne, 1892; Pie VI und Joseph II, non der Hùckkehr des Papsles nach Rom bis zum Abschlusse des Konkordats, 1789-1781, Vienne, 189-1 (Fontes rtrum Aus· triacarum, l. XLVU, fnsc. 1 et2); S. Brunner, Joseph ILCharakteristlk seines Lcbcns und seiner Kirchenrcform, Fribourg. 2* édit., 1885; G. Goyau, L'Allemagne religieuse. Le catholi­ cisme ( 1300-ISIS), Ihirls, 1910, t. 1, p. 1-56; J. Gcndry, Ijcs débuts du Joséphisme. Démêlés entre Pie VI et Joseph II, dans Revus des questions historiques, 1894, t, lv, p. 151-509, 1δ4 7 JOSÉPHISME — JOSUÉ, LE LIVRE 1548 Pif V/, »a f’ff» son pontifient, Parfit 1907, 2 vol.· L. Del- I porté à Antioche de Plsldle et les doctrines et la première communauté pauliciennés. Son souvenir a pu place, //Λί */ tr. deJouph // et dr la révolution brabançonne, *. Bnigr RKn>. A Verhat^en, Lr cardinal de 1 ram kmbué qui a emprunté à celui des Juges, parce que son texte dans certains cas apparaît comme le plus ancien; on ne saurait davantage attribuer tous les passages en question du livre de,» Juges à un emprunt au livre de Josué, leur aspect étant parfois, lui au%4, plus ancien. Cf. Lagrange, Le livre des Juges, intm auc­ tion, p. xxxii, et commentaire, p. 28. La difficulté de concilier entre eux certains détails dc la narration de tel événement, du passage du Jourdain, par exemple, Jos., m-iv, les différences de style et de vocabulaire en tin, rappelant de tous poinU les conclusions de l’ana­ lyse littéraire du Pentateuque, achèvent d'établ r le caractère de compilation. Cf. Carpenter and Harford. The composition of the Hexateuch, Londres, 1902, р. 348-351; Driver, An introduction to the literatim e/ the Old Testament, Édlmbourg, 1898, p. 105-114. Les divers elements du livre dc Josué, ain.i retrou­ vée. remontent, comme ceux du Pentateuque, à quatre documents principaux que le rédacteur aurait utilisés de la manière suis ante. Dans la première partie du livre, c. ι-xn, dominent le Jahvhte et l’Élohiste, provenant selon les uns de l’écrit prophétique J-E. ou selon d’autres ne révélant aucune trace d’une co nbtnaison anterieure quelconque; ù un réducteur deule nmomlstc Rd ou D1 reviennent aussi de larges extraits de ces premiers chapitres. La seconde parue du livre, с. xin-xxiv, relève pour l'ensemble surtout de l’écrit sacerdotal P. Ces différents documents sont très inégalement représentes dans le livre dc Josué. Lc Jahvislc, pour ceux qui n'admettent point l'utUbaUon dc l’écrit composite J-E (Stcuernagel, Hilzingcr), y est ù l'clat très fragmentaire et ne saurait ù lu: seul nous donner quelque idée dc la conquête dc Canaan : le nom de Josué n’y est même point mentionné; le ιχ· >ivcle serait l’époque dc sa composition. L’Élohistc, bien que lui aussi très fragmentaire, est cependant plus complut, surtout en ce qui concerne la mission dc Josué dont le rule important est bien mis en relief; digne conti­ nuateur dc l’œuvre dc Moïse, il est comme lui favorisé de l'assistance divine. Cetto différence entre les deux 1551 JOSUÉ, LE LIVRE 1552 docDmoiü s'explique par le fait que le Jahvistc suit â saint Jérôme, bien nu courant pourtant des tradi­ tions rabbinlques, on ne saurait invoquer son témoi­ une tradition de Juda, tandis que l'Élnhfste est l’écho d'une inidîtion éphrdmite. Plus complete encore est gnage dans le même sens, sa lettre ù Paulin le prouve l'ouvre du rédacteur deutéronomiste surtout dans le suffisamment. Epist., lui, P, L., t. xxn, col. 516. récit de la conquête; de> environs de 600, il se rattache A ces témoignages s'opposent ceux de nombreux â la tradition de l’Elohiste, mais non toutefois sans écrivains aussi bien dans l'antiquité que dans les temps Indépendance. Enfla le récit sacerdotal, â peu près modernes. Théodorct, s’appuyant sur une leçon parti­ sans lacune dans la deuxième partie du livre, est culière à son manuscrit, Jos., x, 13, έπΐ τδ βιδλίον τδ très fragmentaire pour les débuts où il lui revient côpcOév au Heu de έπΐ τδ βιβλίον του εύΟούς, attribue quelques versets seulement. Pour lui, comme pour le la composition du livre Λ un auteur plus récent que Deutéronomiste et l’Ëlohiste, la conquête est l'œuvre Josué. In Josue, q. xiv, P. G., t. lxxx, col. 473, Le de tout le peuple réuni sous la conduite d’un seul chef, pscudo-Athanasc, dans la Synopsis Sacra Scripturæ, Josue. St dans sa rédaction actuelle il est postexihen, expliquait le titre du livre dans ce sens seulement que û cause de l'abondance de détails concernant les pays Josué en était le héros principal. P. G,, t. xxvnr, de ΓIsraël d’après l'exil, Il semble bien préexilien pour col. 309. Rompant avec la tradition juive, le rabbin Isaac Abarbanel n'en jugeait pas autrement, voyant l’ensemble de la description des tribus. dans une partie au moins du livre une rédaction non Composé d'éléments de même provenance que ceux contemporaine des événements. Cf. Richard Simon, du Pcntatcuque, le livre de Josué a-t-il suivi les mêmes Histoire critique du Vieux Testament, Rotterdam, 1685, étapes dans sa formation? Certains le pensent qui y voient le résultat de la fusion successive de J-E avec D, 1. L c. vin, p. 53. Alphonse Tostat, après rejet do puis avec P. D’autres, au contraire, supposent que les difïérentes opinions, attribue le livre ù Samuel. In documents sont demeurés indépendants jusqu’après Josue, c. î, q. xin, ct c. vu, q. ix, Opera, Cologne, 1613, l'exil, et qu’après 445 seulement ils auraient été com­ t. v, p. 22, 208-209; André Macs tenait pour certaine binés, d'abord la rédaction deutéronomiste avec l’écrit l'opinion qu’Esdras, seul ou avec d'autres scribes, avait rédige sous l’inspiration de l'Esprit-Salnt et d'après sacerdotal; plus tard, au iv· siècle, des emprunts faits d'anciennes annales hébraïques, non seulement le livre au Jahviste et à l’Ëlohiste seraient venus s'y ajouter; enfin des retouches d’un rédacteur sacerdotal, des de Josué, mais encore ceux des Juges et des Rois, ct modifications et des additions qui ne figurent pas il en donnait comme preuve la mention d'une de ses encore dans les Septante auraient achevé de donner au sources, le livre du Juste dans Josué, x, 13, Josua im· livre sa physionomie actuelle. Cf. Steuernagel, Lehr- peratoris historia Hlustrada ac explicata, Anvers, 1574, præf., p. 2, dans Mlgne, Cursus completus Scripturæ buch der Einlcitung in das Alte Testament, Tublnguo, 1912, p. 280-287. Sacra, t. vu, col. 853; Jacques Bonfrère, tout en préfé­ rant l'opinion qui fait de Josué l'auteur du livre qui Avec des dissidences partielles dans la répartition porte son nom, rapportait celles qui l’attribuent ou au des textes entre les documents et surtout dans la grand-prêtre Éléazar, ou au prophète Isaïe, ou à détermination des étapes de la rédaction, l’hypothèse Samuel, ou à Esdras. Josue, Judices el Ruth, Paris, que nous venons d'exposer est adoptée par la grande 1631, Prafatio. Aussi le P. de Hummclauer pcut-11 majorité des critiques : J. Wcllhhusen, Die Compost· conclure avec raison, dans l'introduction de son com­ lion des Hcxalcuchs und der hislortschen Bûcher des mentaire : Celerum unum luce clarius dictis manifes­ A. T., 2· édit., Berlin. 1889, p. 118-136; Comlll, E/nleitung in das A. T., 4· édit., Fribourg-en-Brisgau et tatur, in quasiione, quis libri Josue auctor sit, nihil nos habere traditum, traditione sacra et certa; prudentius Leipzig, 1893, p. 79-83; Driver, Introduction to (he nos fore inquisituros, non in auctorem a quo, sed in literature o/ the Ο. T., 7· édit., Edimbourg, 1898, p. 104-116; E. Carpenter and G. liarford, The com­ tempus quo scriptus sit liber, Josue, Paris, 1903. Le livre lui-même, malgré quelques textes Invoqués position of the Hexateuch, Londres. 1902, p. 347-378; en faveur de sa composition par Josué, n'est pas plus W. H. Bennett, The Book of Joshua, Leipzig, 1895; affirmatif. — 11 y est dit, en ciîet, de ce dernier, qu’ « 11 Volk, art. Josua dans A. Hauck, Realencyclopadie écrivit (toutes) ces choses dans le volume de la loi du fur protestantische Théologie und Kirche, 3* édit., 1900, I. ix, p. 390-392; G. A. Smith, art. Joshua dans Has­ Seigneur ». Jos., xxiv, 26. De quoi s'agit-il? Ou bien du discours qui précède immédiatement, Jos., X2pv, 2-24, tings, A Dictionary of the bible. 1899, t. n, p. 780-784; ou bien du Deutéronome, xxvi, 16-xxvn,27 (de Hum­ HoUinger, Das Buch Josua, I'ubingue ct Leipzig, 1901, mclauer, op, cil,, p. 515-517), mais nullement de l'en­ dans Kuner Hand-Commentor zum A. T. de Marti; L. Gautier, Introduction à VA, T., 2· édit., Lausanne, semble du livre de Josué. — A plusieurs reprises, a-ton fait remarquer encore, le texte hébreu emploie 1914, p. 218-224. è) D'après la tradition. — SI l'on peut parler d’una­ dans la relation des événements la première personne; nimité pour l'attribution du Pcntatcuque à Moïse n'est-ce point là le fait d’un témoin oculaire, et pour­ quoi pas de Josué lui-même? Jos., iv» 23; v, 1, 6. A ce par toute l'antiquité, il n’en est pas de même pour celle du livre de Josué à Josué lui-même. Les témoi­ sujet on peut faire observer d’abord que dans un cas, gnages à son sujet, en effet, sont peu nombreux ct Jos., v, 1, la leçon est douteuse (d’après une note mar­ pas toujours concordants. Sans doute le Talmud ginale (le qertj, les Septante ct la Vulgate, il faut lire, en effet,non pas nous mais eux) ct ensuite qu’un autour afllrmc bien que Josué écrivit son livre ct huit versets plus récent a bien pu insérer dans son œuvre la relation de la Loi, Baba Bathra, 14 b, ct la majorité des rabbins d’un contemporain. — D'autres arguments, dégagés •e range à cette opinion que semble confirmer un du contenu même du livre, sont encore apportés dans passage du livre de VEcclésiastique, xlvi, 1, qui fait de Josué le successeur de Moïse, non pas seulement le même sens. « De nombreux indices trahissent l’acteur dans sa mis don prophétique, mais encore dans la com­ i ou le témoin oculaire. La précision des détails histo­ riques et topographiques, la manière dont l'histoire do position de livres inspirés; le contexte toutefois ct Josué est racontée incidemment au milieu du récit des l’hébreu retrouvé ne permettent guère cette interpré­ événements auxquels il a été mêlé, le ton lui-même du tation. Quelques Pères de l’Eglise latine ont accepté la donnée Juive de l’attribution du livre à Josué, ainsi I récit semblent indiquer la main de Josué. Les discours Lact nice, Darin. institut,, 1. IV, c. xvu, P. L., t. VI. I de ce héros sont pénétrés du même esprit qui a animé col. 500; saint Isidore de Séville, Eltjmolog,, VI, i, et J l écrivain et qui lui a fait disposer les m.dériaux de son De eceles. offteh, I. 1, c. xn. P. L., t. txxxn, col. 230; histoire en vue du but... Enfin on ne trouve pas dans t. LXXXill, col. 747; ainsi encore Haban Maur. Quant | tout le livre un mot d’éloge de Josué. Tandis que le 1553 JOSUÉ, LE LIVRE narrateur de sa mort le quail (le de serviteur de Dieu, xxvi, 29, lui-même se nomme toujours seulement le fils de Nun. » F. Vlgouroux, Dictionnaire de la Bible, 1903, t. ni, col. 1696. Forts de ces raisons, plusieurs auteurs catholiques croient pouvoir maintenir l'unité ct l’authenticité du livre de Josué, à l'exception toutefois de la finale xxiv, 29-33, qui raconte la mort de Josué et d’Éléazar, de quelques récits d'événements postérieurs tels que l'occupation de Dablr, xv, 15-19, l'expédition des Danltcs, xix, 47, et de quelques gloses Insérées plus tard dans le texte. Himpel, Selbstândigkeit, Einheit und Glaubivurdigkeit des Bûches Josua, dans Tilbinger Quartatschrilt, 1861, p. 385-419; 1865, p. 227-307; Kaulcn, Einleitung, 2· édit., Frlbourg-en B.» 1890, p. 177 sq.; Clair, Le Livre de Josué, Paris, 1883, p. 5; Fillion, La sainte Bible commentée, Paris, 1889, L n, p. 9; Comely, Introductio specialis in historicos V. T. libros, Paris’ t. i, p. 187-199; Pelt. Histoire de ΓΛ. T., 3· édit., Paris, 1901,1.1, p. 333. Panni les protestants : Kœnig, Alttestament. Studien, i. Authentic des B. Josua, Meurs, 1836, p. 4 sq.; Kell, Einlcitung, 3· édit, p. 181 sq.; Comment., 2· édit., p. 8 sq. Conclusion. — De ce double exposé des théories modernes et de la tradition sur l'origine du livre de Josué, les conclusions suivantes semblent pouvoir sc dégager : 1. Le livre de Josué constitue un ouvrage bien indépendant, tenu comme tel par les traditions Juive et chrétienne, par un bon nombre même de critiques, qui, tout en y reconnaissant les mêmes docu­ ments que dans le Pentateuque, sont bien obligés d'admettre un mode tout différent de leur utilisation et de leur fusion. — 2. L'opinion qui fait de Josué l’auteur du livre, quels que soient d'ailleurs son anti­ quité et le nombre de ses partisans, n'apparatt nulle­ ment comme une véritable tradition, à la fols certaine ct unanime. — 3. Pour la rédaction de l'histoire de la conquête et du partage de la Terre promise, l'auteur s’est servi d'éléments préexistants, dont certains Indices révèlent l’existence ct dont la mise en œuvre n’a pas fait disparaître les traits caractéristiques, luimême le laisse entendre par sa citation du Livre du Juste, Jos., x, 13 ct par son allusion à un livre décri­ vant les villes du pays, Jos., xvni, 9; · c’est un fait bien évident, constate le P. Lagrange, qu’aucun autre livre biblique n'a autant l'aspect, même extérieur, d’une compilation ». Le livre des Juges, Paris, 1903, p. 26. C’est là sans doute le point de départ de l’hypo­ thèse documentaire, mais, nous l’avons vu, des auteurs catholiques, anciens et modernes, ont suggéré ou fran­ chement adopté cette explication de l’origine de notre livre. Pour préciser davantage, ne pourrait-on recon­ naître pannl ces documents principaux des éléments provenant de deux histoires parallèles, l’une au carac­ tère plus populaire ct plus national, s’intéressant sur­ tout aux guerres ct aux victoires de Jahvé, l’autre au caractère plus religieux, soulignant davantage l’action divine dans les événements pour en dégager l'enseigne­ ment moral ct religieux qu'ils comportent? Est-ce à dire qu'il faille sc rallier à la thèse critique telle que nous l'avons exposée ci-dessus et la suivre dans le détail de son analyse littéraire aussi bien que dans la fixation de la date des différents documents? Nulle­ ment. Pour autant d'ailleurs que cette thèse n'est que l’extension au livre de Josué des théories modernes sur l'origine du Pentateuque, elle appelle les mêmes réserves que ces dernières. Pour l'objet de notre étude, qui est de caractériser l'œuvre ct la personne de Josué ct de montrer la place qui revient à son époque dans l'histoire de la nation aussi bien que dans celle de la religion d'Israël, pas n’est besoin de procéder à une nouvelle analyse litté­ raire du livre; qu’il nous sulllsc simplement de savoir DICT. DE TIIÉOL. CATH O L. 1 55 \ que les documents principaux sont de par leur date, nous le dirons plus loin, des témoins dignes de foi et que le rédacteur, par le souci même qu'il a eu d’en préserver le texte dans son œuvre, s'est gardé de toute altération de la vérité. Si son but, directement reli­ gieux et non historique, à savoir manifester la gloire de Jahvé, la vaillance et la fidélité de Josué dans la conquête, lui commande le choix des matériaux qui concourront le plus efficacement à ce but, il n’implique nullement une déformation quelconque de la réalité. D'autres témoignages pourront d’ailleurs dans certains cas confirmer le sien tout en le précisant : ainsi le I* chapitre du livre des Juges et tel récit du livre de Samuel ou des Rois pour l’histoire de la conquête en général et tel de ses épisodes. 2. Date de la composition. — D’assez nombreux indices révèlent pour la composition du livre une époque plus récente que celle de Josué : la formule si souvent répétée, quatorze fols dans le texte hébreu, « jusqu'aujourd'hui · laisse entendre qu'un inter­ valle de temps assez considérable a dû s'écouler entre l’événement raconté et sa relation. Jos., iv, 9; v, 9; vi, 25; vu, 26 (2 fois); vin, 29; ix, 27; x. 27; xni, 13; xiv, 14; xv, 63; xvi, 10; xvn, 3, 17. S'il est impossible d'apprécier la longueur de cet inters aile de temps, il semble bien que le nombre des années qui séparent les débuts de la conquête de la mort de Josué ne puisse justifier pareille remarque du rédacteur. D’autre part, du fait que la Vulgate au c. xiv, t. 10, est seule à reproduire la formule « jusqu’aujourd'hui », on ne saurait conclure que celle-ci n'est, dans l'ensemble des cas, qu’une glose ajoutée plus ou moins tardis ement à un texte plus ancien. Parfois d'ailleurs cette formule pourra recevoir quelque précision du rapprochement d’un autre texte; lorsqu’il est dit, par exemple, Jos., xvn, 10, que les Cananéens de Gazer ont habité jusqu'à ce jour au milieu d'Ephralm, nous savons par Ill Reg>, ix, 16, qu’il s'agit d'une époque certainement antérieure aux premières années de Salomon, puisque c’est au début de son règne que le roi d’Égypte s’empara de la ville, en massacra les habitants et en fit don à sa fille, marice au roi d’Israël. De même, lorsque nous lisons. Jos., xv, 63, que les Jébuséens ont habité Jérusalem avec les fils de Juda jusqu'à ce jour nous pouvons affirmer que le renseignement est antérieur à la huitième année du règne de David, puisque c'est alors que le roi s’empara de la ville ct en fit sa capitale. Il Reg., v, 6-10. [/ab­ sence, du moins dans l'hébreu (Septante, xv, 60), du nom de Bethléem, patrie de David, entraîne une con­ clusion analogue pour l'ensemble du passage, qui certes n’aurait pu laisser dans l'ombre le nom d’une cité devenue illustre après le règne du grand roi. La quali­ fication de « grande ville » donnée à Sidon, Jos., xi, 8; xix, 28, nous permet de remonter à une date plus reculée puisque, après la ruine de cette ville par les Philistins au temps des Juges en Israël, Tyr seule mérita le nom de grande ville des Phéniciens. Que les récits enfin de la brillante conquête de Canaan aient été familiers aux prophètes du vni· siècle et à leurs contemporains, c’est ce que suppose la simple allusion de Miellée aux événements qui marquèrent la marche des Hébreux de Sétlm à Galgala. Mich., vi, 5. Sans doute l'emprunt fait au Livre du Juste, Jos., x, 13, livre où se trouvait également l’élégie sur la mort de SaOl et de Jonathan, Il Reg., i, 18, impliquerai * une époque plus tardive, mais on a fait observer, non sans raison, que ce Livre du Juste, lequel était selon toutes vraisemblances un recueil de poésies et de chants populaires, a fort bien pu s’enrichir, au cours des siècles, d’éléments nouveaux venant <.ajouter à d’autres plus anciens; de plus, pour certains critiques (Steuernagel, Holzingcr), la mention du Livre du Juste T. — VIII. — 50. 1555 JOSUÉ, VALEUR HISTORIQUE 1556 n'flppartfcndralt pas nu document dans sa forme du texte, le livre de Josué ne saurait confondre inn primitive; on n'en saurait par conséquent tirer un histoire avec celle du Pcntateuque. Cri il-cl n été con­ argument contre l'antiquité de l’ensemble du récit. servé avec plus de soin, comme l’établit une comparai­ Si ces quelques remarques ne permettent pas son avec les Septante; Λ cela d’ailleurs rien déton­ d'attribuer une date précise Λ telle ou telle partie du nant, le caractère même du livre de la Loi Imposait livre non plus qu'A sa rédaction définitive, elles nous un souci particulier d'exactitude dans sa transcription. laissent entrevoir néanmoins, pour certains récits tout L'existence enfin de certaines particularités linguis­ tiques du livre de Josué vient encore Λ l’appui de particulièrement, une époque qui ne saurait être très éloignée des événements racontés. N'cst-ll pas vrai­ cette conclusion : Jéricho n'est plus appelée comme dans le Pcntateuque Yerêhô mais ï erlhô; le pronom semblable, en effet, que des scribes, des lévites nient personnel n'a plus la forme ht' au lieu de hû'... Cf. eu le souci de garder le souvenir de ces glorieux événements qui avalent permis l’établissement des Hollenberg, Die atexandrinische (Jeberse/zung des Bûches Josua, Meurs, 1876; IL B. Swcle, An intro· Hébreux en Canaan? l’usage de leurs puissants voisins duction to the O. T., Cambridge, 1900, p. 236-237, 244; d'Égypte et de Babylonie de rédiger leurs annales ne leur était certes ni inconnu ni étranger. De plus, l'exac­ de Hummclaucr, op. cit., p. 5-15. II. Valeur historique. — Pour présenter la ques­ titude des données du récit biblique, prouvée chaque tion dans son ensemble, on étudiera d’abord quelques fois que le contrôle est possible par leur conformité aux données de l'archéologie babylonienne et égyp­ difficultés qui tendraient à Infirmer celle valeur; on démontrera ensuite que le livre canonique Jouit d’une tienne, est une nouvelle garantie de la haute antiquité des documents mis en œuvre par l’écrivain sacré, car véritable valeur. 1° Solution de quelques difficultés. — Bien que la ni la simple tradition ornlc ni des écrits d'une époque véracité des données du livre de Josué puisse être où la situation politique et sociale était complètement affirmée en raison même des origines du livre, telles modifiée n'auraient pu reproduire une image aussi que nous les avons esquissées, il y a lieu cependant d’y fidèle de rétablissement d'Israël en Canaan. insister ù cause de l’opinion émise par quelques cri­ Cette conclusion n’exclut pas les remaniements, les tiques modernes, qui fait du livre de Josué non point adaptations, les gloses qui ont pu se produire pour le livre de Josué comme pour le Pcntateuque. (Cf. Com­ l'histoire mais la légende de la conquête de Canaan par les Israélites. Certes 11 y a bien des nuances dans la mission biblique, De mosalea aulhenlia Pentateuchi, négation de cette valeur historique et il y a 1 in de nd IV), et dont le plus grand nombre remonterait sans l’attitude de Frédéric Delitzsch ne voyant dans ΓAn­ doute à l'époque de ce mouvement littéraire du vit· siècle, dit dculéronomlste, ou encore au temps de cien Testament en général et dans le livre de Josué en particulier qu'une grossière duperie, que faux et restauration qui suivit le retour de la captivité au v· siècle. falsification, à celle de Lucien Gautier sc refusant à admettre que Josué soit un personnage plus ou moins 3. État du texte, — Quelques remarques sur l’état fictif et revendiquant avec son historicité celle des du texte compléteront ces rapides notions sur l’his­ principaux événements relatés dans le livre, malgré les toire du livre de Josué. D’une façon générale, on peut additions et les exagérations d'un panégyriste trop affirmer que ce texte ne nous est pas parvenu en très zélé. Fr. Delitzsch, Die Grosse Tauschung, Krilische bon état. Une première preuve de celte affirmation Betrachtungen su den allcstament. Berichtcn iïbtr nous est fournie par la comparaison avec la version des lirais Eindringen in Canaan, Stuttgart, 1920; Septante qui a conservé un texte plus clair, plus précis et dans l’ensemble plus proche de l’original que l’hé­ L. Gautier, Introduction à TA. 7’., 2· édit., Lausanne, 1914, p. 228. A l'origine cependant de toutes les breu massorétique, exception faite toutefois de l’addi­ réserves apportées par la critique moderne Λ la réalité tion finale, partie apocryphe et partie compilée du des faits, on retrouve d’identiques appréciations, soit livre de Josué; plus nombreux, en effet, et de beaucoup nu sujet de contradictions que révèle le livre, pris en sont les passages où le grec est préférable Λ l'hébreu lui-même ou compare avec celui des Juges, en ce qui que ceux où l'hébreu est préférable au grec, aussi ce concerne particulièrement la manière dont la conquête dernier peut-il être tenu pour plus authentique. Cf. de Hummclaucr, Josue, Paris, 1903, p. 5-15; conclu­ s’est faite, soit au sujet de l'invraisemblance d’événe­ ments miraculeux, tels que le passage du Jourdain, la sion analogue pour les chapitres vu et viîi d’après A. Tricot, La prise d'At (Jos., vu, l-vui,29), dans prise de Jéricho, la bataille de Bcthoron... De ces appréciations il importe de préciser la valeur et la fîiNfca, 1922. t. in, p. 273-294. U ne deuxième preuve nous est donnée par la com­ portée. 1. Apparentes contradictions. — Aux trois documents paraison avec des passages parallèles du livre luimême et d'autres livres où il apparaît que noms principaux, reconnus par la critique littéraire dans le propres et chiffres, si fréquents surtout dans les Ihtes livre de Josué, correspondraient trois manières très topographiques, ont subi bien des altérations; des différentes de concevoir la conquête de Canaan. Selon changements, par addition le plus souvent, par omis­ l’Élohiste (dans sa pureté, et sous la forme deutéronosion quelquefois, ont été apportés au texte primitif. nl.te), cette conquête ser.lt l'œuvre de toutes les Cf. Jos., xtx, 30, où le nombre des villes de la tribu tribus, réunies sous l'autorité d’un seul chef, Josué; de Nephtali est vraisemblablement Incomplet en regard menée rapidement et terminée en quatre campagnes, de celui qui est Indiqué par Jos., xxi, 34 et I Par., elle aurait assuré aux tribus victorieuses l’occupation vi, 51 ; Jos., XXI, 36, où manque sans doute un membre de tout le territoire. La même idée, plus accentuée de phrase qu’ont gardé les Septante et la Vulgate mais encore, sc retrouve dans le récit sacerdotal, élément aussi l Par., vi, 63, etc. Certaines mêmes de ces diffé- ' principal de la seconde partie du livre, xnt-xxi; le rentes sont telles qu’on a émis l’hypothèse qu’après 1 succès y apparaît si complet et définitif que lu réparla traduction grecque, des additions auraient encore I Ution des pays conquis se fait pur le sort entre les été laites au texte hébreu par un rédacteur deutéro- I différentes tribus d'Israël. A cette conception s’oppose nomhte, l'omission, par exemple, par les Septante I celle du troisième document, représenté par quelques (Vaticanus ) de Jos., xx, 4-6, n’aurait d’autre explica­ fragments seulement dans le livre de Josué, et qu’il tion. Cf. Bennett, The book of Joshua, p. 22; G. A. faut compléter par le 1«» chapitre du livre des Juges. Smith, art. Jothua, dans Haytuigs, Dictionary of the I Le n est plus la conquête rapide et l'occupation imméQibk, L n, p. 784. 1 dlate, mais une pénétration lente, laborieuse, progrèsAinsi, A ce point de vue encore de la conservation I tlve où chaque tribu Isolée, tnsoclée parfois à l’une ou 1 5b7 JOSUE, VALEUR HISTORIQUE Λ l'nutre de ses voisines, essaie, tans toujours y réussir, de s'n».$urcr la possession d'une portion du territoire. De ces deux mai lires de voir, cette dernière est la seule vraie, parce qu’elle est celle d’un document plus ancien et non remanié et que de plus clic s'harmonise parfaitement avec la suite de l'histoire d'israil, telle qu'on la trouve aux livres des Juges, de Samuel et des Bols. Ainsi l’entendent la plupart des historiens de ΓAncien Israel et des commentateurs des livres de Josué et des Juges. Celte seconde façon de concevoir la conquête de Canaan est trop simpliste, et cela tient Λ ce qu'elle Ignore systématiquement et le caractère même et maints détails du livre. Prises en considération, ces particularités permettraient une plus juste apprécia· tlon de la valeur historique de l'ouvrage. Il ne faut pas demander à celui-ci ce qu'il ne prétend nullement nous donner, un récit détaillé de la prise de possession et de l'installation des tribus dans leurs territoires res­ pectifs; malgré les brillantes campagnes du début contre la coalition des Cananéens du Sud d'abord, puis du Nord, la conquête est loin d'être chose faite, maints passages du livre le laissent clairement entendre, de ceux-là mêmes qui appartiennent à la rédaction dculéronomistc, Jos., xm, 1, par exemple. De même, le fait que le lieu de séjour ou le campement des Hébreux est Galgala, Jos., iv-v, auquel l'on revient, même après des campagnes victorieuses, permet de supposer qu'il ne s’agissait pas alors d’occupation et surtout pas d'occupation définitive, mais plutôt d'expéditions, sortes de raids ou de razzias, qui peu à peu devaient assurer la suprématie des nouveaux venus en Canaan cl faciliter ensuite l'occupation proprement dite, celle qui est indiquée par l'énumération des territoires appartenant de droit à chaque tribu. Mais cette action secondaire des clans pour tenir chacun sa portion de territoire « suppose nécessairement qu’ils ont été introduits sur le terrain de leur action particulière par une action commune. > Les critiques rejettent toute l’histoire de Josué parce qu’ils ne veulent pas l’entendre avec critique. Ils savent très bien que cette histoire a été généralisée dans une seule perspective. C'est une raison pour ne pas considérer le tableau d’ensemble comme exprimant suffisamment le carac­ tère de chaque fait. Ce n’est pas une raison pour nier les faits eux-mêmes. Pools, Histoire du Sanctuaire^ p. 97 sq., l’a très bien dit : · En réalité, Josué n’a fait que commencer la conquête. A la tête d’une armée armée composée de toutes les tribus il a vaincu les rois cananéens. L'occupation effective des diverses parties du territoire revient aux tribus séparées.·. Mais l’écrivain sacré, au lieu de traiter en détail tous ces événements distincts, généralise. Il attribue à Josué la conquête de tout le pays. La terre d’Israël a été conquise par le peuple d'israt I, Josué sc trouvant à sa tête. C’est sur ce fond que l’auteur développe toute son histoire. Ainsi que Moïse avait été le grand législateur, ainsi Josué fut le grand conquérant. Jahvé avait donné à Israël la terre de Canaan. L'auteur fait mieux ressortir cette idée en groupant tout dans une seule cl même série. » Lagrange, op. ci/., p. 27. Le livre des Juges nous donne 1res clairement à entendre que malgré ces commencements brillants l’œuvre d’occupation fut, en effet, très longue, parfois très pénible cl souvent incomplète. C’est ainsi que les villes de la plaine échappent presque entièrement aux tribus, obligées de se contenter de la région monta­ gneuse. · En un mol, conclut le P. Lagrange, il n’y a pas eu deux histoires de la conquête, I une par petits paquets, l’autre par un effort combiné. La simple réflexion suggère que deux traditions aussi contra­ dictoires n’ont pu exister dans le même peuple. Le livre de Josué et le livre des Juges se sont servis des 1551 mêmes sources, l'auteur de Josué a certainement géné­ ralisé; de plus, il n’avait pas à mentionner dans un récit de conquête ce qui ne s'élail pas fait. L'auteur des .luges a repris dans les anciens documents cette partie négative qui conduirait à son buL Si on vent avoir une idée historique, totale et juste, il ne faut pas dire que la conquête s’est faite si vite et si bien que les tribus n'ont plus rien eu à faire, mais 1) ne faut pas dire non plus qu'elles n’ont agi qu'isolément ou par petits groupes. · Op. cil., p. 32. 2. Invraisemblance de certains événements. — Quant à l’impossibilité des événements miraculeux, érigée en principe par trop de criiiqucs étrangers à l Église, nous n’avori pas à en discuter ici, mais seulement à revendiquer pour les récits de tels événements la même véracité générale que pour l'ensemble des documents dont ils font partie. Conquérant habile et courageux, Josué ne doit pas uniquement ses succès à la mise en œuvre des moyens humains : prudence, force, vail­ lance, nombre; ses victoires sont aussi celles de Jahvé; à différentes reprises. Dieu, nous dit l’auteur du livre, a manifesté sa puissante intervention : lors du passage du Jourdain, Jos., m-iv; lors de la prise de Jéricho, Jos., v, 13-vj, 21; à Gabaon dans la victoire sur les rois coalisés du Midi, Jos., x, 9-14. El c’est, à scs yeux, la suite toute naturelle des interventions divines qui devaient constituer les descendants d’Abraham en nation indépendante. De même qu * Israël a été délivré de la servitude d’Égypte et a reçu la Loi par une spéciale intervention de Dieu, de même il viendra en possession de la Terre promise par une entrée en scène du même genre. Tout compte fait, c’est la encore l’ex­ plication la plus satisfaisante de rétablissement des Hébreux en Canaan. De la vérité de cette remarque générale, la critique littéraire et l'histoire apportent, pour les récits particulièrement contestés, de nouvelles preuves. a) Le premier des événements merveilleux qui a pour but de manifester le caractère divin de la mission de Josué aux yeux des Hébreux aussi bien qu'à ceux de leurs ennemis est le passage du Jourdain. Suivant les critiques, le récit en est emprunté au Jahvis te et à l’Élohiste, à ce dernier seulement, selon quelques-uns, et encore fortement remanié par le rédacteur deutéronomiste (Ed. Meyer, Steucrnagcl, Holzinger). A s’en tenir aux seuls éléments regardés par tous comme anciens, m, 1, 5, 14; iv, 4, 5, "b, 20 appartenant à l'ÉloListc, le fond du prodige demeure : c’est par une intervention speciale de Dieu que les Hébreux ont pu franchir le Jourdain; le miracle, en effet, est annoncé pur Josué, n , 5 : « Sancti fiez-vous, car demain Jahvé fera des prodiges au milieu de vous; > pour en garder ù jamais mémoire un monument est dressé par son ordre, « afin que ces pierres soient à jamais un mémo­ rial pour les enfants <1 * Israel >. Jos., iv, 7 à, 20· Si la reconstitution des différents épisodes de celte entrée en campagne ne va pas sans difficulté, à cause de l’incertitude du texte, provenant non seulement des différences entre le grec et l'hebreu mais aussi du déplacement de certains passages (cf. de 1 iuinmclauer, op. cit.9 p. 119 sq.), l’cxinement n’en demeure pas moins avec toute son importance historique et sa signification religieuse. 11 a laissé dans l'imagination populaire un souvenir ineffaçable; à une époque plus rapprochée de nous, les poetes d’Israël trouveront pour le célébrer des images d'une singulière beauté, Cf. Ps. cxtii (\ ulgj, 3. Des exégètes catholiques sc sont demandé à l’aide de quels moyens naturels le prodige de l'arrêt du fleuve avait pu se produire. « Entre l’hypothèse des eaux maintenues immobiles, contrairement à toutes les lois de la nature, et celles d'un barrage accidentel produisant exactement le même effet, il n’y a pas à 1559 JOSUÉ, VALEUR HISTORIQUE 1560 dans la conquête de Jéricho ». Savignac, La conquête de hésiter, car Dieu ne fait pas de miracles inutiles et U se Jéricho, dans Revue biblique, 1910, p. 51 et 53. Cette sert des agents naturels quand ils sont aptes à réaliser ses desseins · 1I. Lesêlre, Les récits de Γ Histoire sainte, j intervention d'ailleurs n'excluait nullement la mise en œuvre de moyens humains. L'encerclement de la ville, dans Rerue pratique d* Apologétique, t. iv, 1907, p. 233. cf. Jos., vi, î, 3*, devait amener sa rapide reddition Aussi a-t-<>n établi un rapprochement entre le passage du Jourdain par les Hébreux à leur entrée dans la rien que par suite du manque d'eau dans l'enceinte fortifiée, mais devant scs puissants moyens de défense, Terre promise et un événement survenu en 1267, lors devant la solidité de scs murs, dont de récentes décou· de la réparation d’un pont Jeté sur le fleuve non loin d’Adom, cf. Jos., ni, 16. il se produisit alors dans une vertes ont mis à jour les fondations, les Hébreux ne partie étroite de In vallée, à quelques kilomètres en pouvaient guère que s'en rapporter aux promesses divines. Cf. IL Vincent, Les touilles allemandes à amont de ce pont, un éboulement si considérable qu'il barra le cour» du fleuve dont les eaux s'amoncelèrent Jéricho, dans Revue biblique, 1909, p. 274 et 1913, derrière ce barrage, tandis que jusqu’à la mer Morte p, 156-458. · De là les rites qui se déroulèrent pendant sept jours. Os processions, qui revêtaient peut être son lit demeura à sec pendant plusieurs heures. « Ce qui arriva en l’an 1267, remarque le P. de Hummele caractère d’une prise de possession du terrain au nom de la divinité et qui pouvaient laisser présager lauer, a pu se produire de même au temps de Josué. Les eaux qui s'arrêtent comme un mur, qu'est-ce à l'anathème, avalent vraisemblablement une double dire, sinon, arrêtées par un mur de terre cl de rochers, fin : impressionner et décourager l'ennemi qui, dans laissant le fleuve ή sec pendant plusieurs heures? » son vulgaire hénothélsme, ne songeait pas à nier Op. cil., p. 137. Cf. G. A. Smith, art. Joshua, dans Hus­ l'existence et la puissance des dieux étrangers, moins encore celle de Jahvé, dont la renommée lui avait tings, A Dictionary of the Bible, t. n, p. 787; Lesêtrc, appris les exploits (cf. Jos., u, 8-11), davantage encore, toc. cil.. p. 233-234. Le texte se prête-t-il Λ pareille interprétation? d'aucuns ne le pensent pas; il · se attirer la bénédiction et la faveur divines. L'espoir borne, remarque Touzard, à l'énoncé de l'événement, de Josué et de scs vaillants ne fut pas déçu. Le sep­ et le rapprochement avec ce qui arriva au temps de tième jour, au moment où la cérémonie se terminait Biban n'est pas autrement autorisé ». Art. Moïse et au milieu des clameurs des assiégeants, « la muraille Josué, dans d'Alès, Dictionnaire apologétique de ta Foi s'effondra et le peuple monta dans la ville, chacun catholique, 1919, t. ni, col. 823. F. Vigouroux observe devant soi ». J. Touzard, Moïse et Josué, dans d’Alès, lui aussi que · la manière dont est raconté le miracle Dictionnaire apologétique.,., t. ni, col. 827. Ajoutons dans le livre de Josué exclut une explication de ce qu'icl encore le plus sage est de laisser au texte son genre, » il n'en admet pas moins que · si Dieu s'était caractère un peu mystérieux. Le livre de Josué n'a pas été le seul à conserver le servi d'un moyen analogue pour ouvrir à son peuple l'accès de lu Terre promise, le passage n'en aurait pas souvenir d’un tel événement, le livre des Rois, parlant de la reconstruction de Jéricho, rappelle la malédiction moins été miraculeux, parce que la Providence se serait servi d’un moyen naturel pour exécuter ses dont Josué avait menacé quiconque tenterait de desseins au moment précis qu’il avait annoncé à rebâtir la ville vouée à l’anathème. HI Reg., χνι, 34, Josué et à Israël ». F. Vlgouroux, Dictionnaire de la cf. Jos., vi, 26. Les sacrifices humains de fondation ou Bible, t. ni, col. 1744. d’inauguration de monuments, dont les fouilles des b} La prise de Jéricho, le deuxième des événements antiques cites cananéennes de Ta’annak, de Megiddo, miraculeux qui marquent l'entrée des Hébreux en de Gézer ont révélé l'existence, nous laissent entrevoir Palestine, est racontée au c. vi, 1-20. Plus encore que la manière dont se réalisa, au temps d’Achab, la pour le récit du passage du Jourdain, nombreuses sont terrible malédiction de Josué. Cf. A. Vincent, Canaan les dilliculté * soulevées par la critique textuelle aussi d'après l'exploration récente, Paris, 1907, p. 197bien que par la critique littéraire. Fréquentes et 200. parfois notables sont les variantes de l’hébreu et du D'autres découvertes archéologiques, résultat des grec, et 11 n'est pas toujours facile de se prononcer en fouilles entreprises sur l'emplacement du site principal faveur de l’un plutôt que de l'autre, bien que la conci­ de Jéricho, permettent de constater, dans la vie de la sion des Septante apparaisse dans l’ensemble plus cité cananéenne, un arrêt et un bouleversement, vers voisine de l’original. Visiblement le texte a subi, dans le xnr siècle; « entre la brillante Jéricho cananéenne et la suite us pourrons essayer d’en dégager le contenu doc­ trinal stir Dieu en particulier et sur son culte. 1° Dieu, — Les traits qui caractérisent la divinité dans le livre de Josué se retrouvent dans l’ensemble les mêmes que ceux du Deutéronome (cf. la place Importante faite par les critiques dans la rédaction d.i livre à l’élément dculéronomistc). C’est le Dieu tout-puissant, seigneur de toute la terre, Jos., i, 5; m, 13, dont les païens eux-mêmes reconnaissent et proclament la divinité : « c'est Jahvé, dit aux espions la courtisane de Jéricho, qui est Dieu en haut dans le ciel et en bas sur la terre. » n, IL Les Gabaonites viennent faire leur soumission A un peuple qu’ils savent sous la sauvegarde bienveillante et puissante de Jahvé. ix, 9-10. C’est aussi le Dieu d’Isracl; les mots ■ Jahvé, votre Dieu · se retrouvent avec une fré­ quence qui rappelle celle du Deutéronome, i, 9, 11, 13, 15; tir. 3, 9... Sans cesse aux côtés de son peuple, i, 9, Il lui n livré le pays tout entier, i, 11; n,24; Jéricho, Lcbna, Lachis tombent aux mains des envahisseurs parce que Jahvé, leur Dieu, les leur a livrées, vi, 2; x, 29, 32. Pur contre, les habitants du pays, quelle que soit leur attitude, ne sauraient prétendre aux privi­ lèges du peuple choisi; même soumis, de gré ou do 1566 force, ils remplissent des fonctions d’esclave·. rx, 27; xvi, 10. Jahvé, au reste, ne tolère aucun contact de· siens avec ce qui lui cet étranger, c’est pourquoi il endurcit le cœur de ces peuples de Canaan pour qu’ils fassent la guerre à Israël, en sorte que celui-ci devra les dévouer par anathème, sans qu'il y ait pour eux de miséricorde, xi, 20; cf. Num., χχχπι, 51-55. Ainsi s'explique l’ordre d'extermination des Cananéens dont l’influence ne pouvait qu’être néfaste à lirat I, l’histoire de * Juges et des Rols en est la preuve. Cf. DeuL, vu, 4; xn, 2, S.Comment ce Dieu Jaloux manifeste-t-Il ses volontés à son peuple? par sa parole simplement : · Jahvé dit ù Josué » Sa transcendance s'accommoderait mal de tonte représentation qui pourrait suggérer à ses fidèles une conception erronée de sa nature et risque­ rait de le faire descendre au rang de quelque divinité cananéenne. Un symbole de sa présence existe pour­ tant, c'est l'arche dont la puissance se manifeste tout particulièrement au passage du Jourdain et au siège de Jéricho; c'est autour d'elle que devait se concentrer le culte pour se garder des pratiques idolâtriques des hauts-lieux. Mais ce résultat n'est pas toujours obtenu, malgré les souvenirs glorieux qui auraient dû maintenir le prestige de l'arche, et déjà, dans la période qui suit, elle passe au second plan. (Sur l’unité de l’arche cf. Lagrange, dans Revue biblique, 1917, p. 578-584, à propos de la pli rahtë soutenue par W. R. Arnold. Ephod and Ark, Cambridge, 1917. ) D’un tout autre caractère apparaît une manifesta­ tion divine, rapportée dans Jos., v, 13-15 (13-16 dans la Vulgate). Ce n’est plus par sa seule parole, ni par le symbole de sa pn sence dans l'arche que Jahvé se révèle aux hommes, c'est par l’apparition du chef de son armée à Josué avant la prise de Jéricho. Quel est le sens de cette apparition? Le texte lui-même (les versets 13 et 14 du Jéhovisle ou de l’Élohiste d'après les critiques, 15 additionnel) ne semble pas fournir tous les éléments d’une réponse satisfaisante. Et d’abord, que signifie la question poste par Josué au personnage qui lui apparaît, une épée nue à la main : « Es-tu des nôtres ou de nos ennemis? · n’y aurait-i) pas eu lutte auparavant? Jos., xxiv, 11; vi, 1; ensuite le texte de la réponse est incomplet, car les seules paroles du t. 15 a (hébreu et lxx) (retouche faite d’après Ex., ni, 5, Holzinger) ne sauraient constituer le message du chef de l'armée de Jahvé à Josué, à moins que l’on n’admette que l’apparition n’avait d’autre objet que de signifier et d’inaugurer la sainteté du haut-lieu de Galgala (Wellhauscn. Stade). Selon toute vraisemblance, le discouis tenu alors serait analogue avec celui que tient l'ange de Jahvé dans Jud., n, 1. Mais encore quel est ce personnage mys­ térieux, ainsi désigné sous le titre de chef de l’armée de Jahvé? Son identification avec l'ange de Jahvé dont il est souvent question dans la Bible, pourrait bien nous donner la veritable réponse. Malgré la difference des noms, ange de Jahvé et chef de l’armée de Jahvé apparaissent Identiques. C’est au nom du Dieu d’Israel qu’ils parlent, des circonstances ana­ logues entourent leur apparition. Ex., in, 1 sq. (hébreu); Jud., n, 1; l'objet de leur mission, ordre ou avertis rement solennels à transmettre, est d’égale im­ portance. Ne peut-on voir enfin dans ce chef de l’année de Jahvé se présentant à Josué avant la conquête, l’ange promis à di lie rentes reprises par Dieu pour conduire son peuple au pays des Amorrhéens et des Cananéens? Ex·, xxm, 23; xxxtn, 2. L'identification d’ailleurs est admise aussi bien par le P. de Hummelaucr, op, cil,, p. 168-171, que par Sleuermigel dans •on Commentaire, Jasua, p. 169 (llandkouunenlar zurn A. TJ. Reste à déterminer ce qu’est l'ange de Jahvé, « une 1567 JOSUÉ, LES DOCTRINES RELIGIEUSES des figures les plus mystérieuses de l'Anden Testa­ ment, · tantôt ange véritable, messager au sens propre du mot hébreu maPak, tantôt Dieu lui-même. Cf. surtout l'apparition du buisson .ardent, Ex., in, 1 sq. Dans cet ange de Jahvé, la spéculation antique voyait, avec Philon, le Verbe, Fils de Dieu, présidant nu gouvernement du monde, avec des Pères de l'ÉglÎse, la seconde personne de la sainte Trinité, préludant à l'incarnation par des manifestations où elle se révélait à demi. Cf. Vacant, art. Ange, dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, t. i, col. 586-587; Montagne, L’apparilion de Dieu à Moïse, dans Reuue biblique, 1894, p. 232 sq. D’autre part, < cet être insaisissable est devenu la création favorite des critiques les plus avancés. On voit là un trnlt particulier des religions sémitiques; on s’en sert pour pénétrer leurs mystères, on en étend l’application aux peuples païens... On met h conception de l’ange de Jahvé à l’origine de la religion d’Israël comme un principe d’évolution d'où est sortie l'idée des autres anges ». Lagrange, dans Revue biblique, 1903, p. 213. Ainsi Rasters et Buchanan Gray, dans l’article Angel de VEncyclopaedia blblica de Cheyne; Smcnd, Lehrbuch der A, T. Religion· geschlchte, p. 126; Marti, Geschichte der israelitischen Religion, p. 67. La critique littéraire et la critique textuelle établissent que dans la forme primitive de nombreux passages où apparaît l’ange de Jahvé, c'était Jahvé lui-même et lui seul qui se manifestait; plus tard, à une époque difficile à préciser, ces théophanles parurent incompatibles avec la nature spiri­ tuelle de la divinité, et ce fut i’ange de Jahvé qui se manifesta aux hommes. < Les anciens, dit le P. Lagrange, ne faisaient pas mystère d'admettre des apparitions sensibles de Jahvé, sans que ces appa­ ritions très variées permissent de conclure qu'il avait une forme sensible propre à laquelle il était nécessai­ rement attaché. Cependant, plus tard, on aima mieux considérer ces apparitions comme conduites à l'aide de l'envoyé ordinaire de Jahvé. Les anciens textes furent donc retouchés en ce sens, mais avec tant de respect et de mesure qu'on laissa subsister dans la bouche de l’être mystérieux l'affirmation qu'il était Dieu. » Loc. cil,, p. 220. Cf. Van Hoonacker, Les douze I petits prophètes, Paris, 1908, p. 730. Touchant encore à la notion de la divinité dans l'ancien Israël est la question de l'anathème, du herem il souvent mentionné dans le livre de Josué. Pour l'école évolutionniste, le herem serait un véritable sacrifice offert à la divinité en exécution de la pro­ messe faite par le vainqueur d’immoler tous ceux que Jahvé livrerait entre ses mains, tel l'anathème contre les Cananéens en général, contre Jéricho en particulier, Cf. Stade, Geschichle des Volkes Israel, t. i, p. 489 sq. Le Dieu d'Israël, tout comme ceux des Assyro-babyloniens, serait d’une cruauté révoltante pour tout ce qui n’est pas son peuple, et ainsi la religion des anciens Israélites ne saurait prétendre à la supériorité sur celles de l’antiquité païenne. Cf. Fr. Delitzsch, Babel and Bibct. Il y n Heu de remarquer tout d’abord que l'anathème n'est ni un vœu ni un sacrifice, c’est la simple exécu­ tion d’un ordre formel de Dieu, qu’il s'agisse de Jéricho, Jos., vi, 17, de Haï, vin, 3, ou de l’ensemble des Cananéens, x, 40, non pour offrir des victimes mais pour exterminer des ennemis dangereux surtout au point de vu· religieux ou pour châtier des cou­ pables, Jos., vm. Les mêmes textes qui nous prouvent que l'anathème n’est pas le sacrifice humain, commandé par un vœu, nous apprennent qu’il est la consécration intégrale à la divinité d’une enceinte déterminée et de tout ce qu’elle renferme; la philologie scientifique, l'histoire la législation d’Israël corroborent cette conclusion. 15G8 Cette consécration est faite, non pns en vertu de l'empire souverain de Jahvé sur toute la terre, mais par une Intervention divine spéciale, manifestée pour Jéricho, par exemple, par l'apparition du chef de l'armée de Jahvé, v, 13-15, et le transfert de l’arche autour de la ville, vi, 2-5, pour Haï, par le geste de Josué étendant, sur l'ordre de Dieu, son javelot vers la ville et le maintenant ainsi Jusqu'à l'extermination de scs habitants, vin, 18, 26. (Cf. Ex., xvn, Moïse sur la colline, tendant le bâton d’fclohlm vers l’ennemi, tandis que Josué combat dans la plaine.) Tout ce qui sc trouve à l’intérieur de l'enceinte dont Jahvé a ainsi pris possession lui est réservé; quiconque y pénètre illégalement ou en détourne quelque objet est de même à la merci de Jahvé et devra être détruit, tel le sens de la mort d’Achan, châtiment de sa révolte contre Jahvé, Jos., vin. Cette idée de l’anathème dans l'ancien Israël, modi­ fiée dans la suite, suppose une conception plus ou moins claire de la divinité qui dépasse la monolôtrlc d'un dieu local ou national et exige un véritable mono­ théisme, lequel fait de Jahvé le maître de la terre et le roi de torn les peuples. De pratiques et d’usages religieux C'mmms à d'autres peuples, on ne peut conclure à l’identité de religion; « on pourra s'y trom­ per et nier les divergences, si l'on se contente d'étudier les Institutions par le dehors; il est impossible de s'y méprendre dès qu'on en demande l'interprétation aux Israélites eux-mêmes. Ce monothéisme, pour ignorer nos cadres métaphysiques, n'est cependant ni l’hénothélsme ni même une simple monolûtrle. On a dit qu'il était l'œuvre des prophètes du vin· siècle. Mais, on le volt, cela est radicalement impossible; il est si bien et de tant d'années antérieur aux prophètes qu’il a une profonde répercussion dans les plus anciennes institu­ tions Israélites. Il est impossible qu'il soit le produit de la pensée humaine. Nous le devons à la révélation divine. Le reproche de cruauté, que Delitzsch articule contre Jahvé, tombe à faux. Tout au plus et à se mettre à un point de vue absolu, pourrait-on parler, pour certains cas, de sévérité outrée; mais c’est un jeu puéril; les usages anciens ne se Jugent qu’en fonction de leurs milieux et suivant les idées qu’ils traduisent. Et certes, au sein du monde oriental de l’antiquité, Israël n'avait pas à rougir ». L. Delporte, L'anathème de Jahoi, dans Recherches de science religieuse, 1914, p. 338. Cf. tout l'article, p. 297-338; Lagrange, Religions sémitiques, Paris, 1903, p. 179 sq. Au sujet de la religion des ancêtres d’Israel enfin, un passage du livre de Josué, xxiv, 2 est souvent Invoqué pour faire débuter la religion d'Israël Λ la vocation d’Abraham et considérer par conséquent tous scs devanciers comme des polythéistes : « Vos pères, dit Jahvé Dieu d’Israël, Tharé père d’Abraham et de Nachor, habitaient à l’origine de l’autre côté du fleuve et ils servaient d’autres dieux. » S'aglt-11 de tous les ancêtres du peuple hébreu qui de tous temps auraient servi d’autres dieux sans connaître le seul vrai Dieu, ou bien de certains d’entre eux seulement qui auraient abandonné ou altéré la véritable religion? Cette dernière alternative parait plus vraisemblable au P. Calés, dans Recherches de science religieuse, 1913, p. 89; rien n'empêche pourtant de s'en tenir au sens littéral du texte scripturaire. 2· Le culte. — Si les sacrifices dont il est fait mention au livre de Josué sont offerts parfois selon les pres­ criptions du Deutéronome et du Lévitlque, c'est-à-dire au sanctuaire unique, auprès de l'arche d'alliance; si les fils de Bubon, de Gad et de la demi-tribu de Manasaé sont blâmés pour avoir dressé un autel en violation de la loi de l'unité du sanctuaire, Jos., xxu, 9, 34, il n en va pas toujours de même comme c'est le cas, semble-t-il, dans l'érection d’un autel au mont 1569 JOSUÉ, LA PERSONNE ET L’ŒUVRE Hébal par exemple. Jos., vm, 30-31. D'autre part, le voisinage de sanctuaires cananéens fi Gal gai a ou au mont Hébnl pour l'érection du monument qui doit perpétuer le souvenir du passage du Jourdain ou le renouvellement de l'alliance n'allait pas sans de graves inconvénients pour l’avenir; en même temps que la mémoire des grands événements qui s'y étalent accomplis, les Israélites risquaient d'y trouver le contact avec les cultes cananéens qui continuaient de s'y célébrer et d'en subir la néfaste influence· Au sanctuaire de Galgala se rattache encore l'épi­ sode de la circoncision faite par Josué sur les enfants d'Israël, après le passage du Jourdain. Jos·, v, 2-9. (De ce passage, 2-3 et 8-9 seraient du Jéhoviste ou de l'Élohistc, 4-7 du rédacteur deutéronoiniste ou même d’après quelques critiques, une addition tardive.) Dans l'hébreu et la Vulgate, Jahvé donne à Josué l'ordre de circoncire de nouveau les enfants d’Israël; dans les Septante (excepté A) il n'est pas question d'une nouvelle circoncision, aussi considère-t-on en général la leçon de l'hébreu comme non authentique. Ainsi Bennett, Dlllmann, Stcuernagel. Le but de cette circoncision, du moins d’après 8-9, est d'enlever l’opprobre de l’Égypte; qu’est-ce ù dire? selon l'inter­ prétation la plus probable et la plus généralement acceptée, cet opprobre serait le mépris que les Égyp­ tiens. qui pratiquaient eux-mêmes la circoncision, ma­ nifestaient à l'égard de ceux qui ne s’y étaient pas soumis; d'autres y volent la situation déshonorante des Hébreux, réduits à l'esclavage sur les bords du Nil et désormais, réconcilies avec leur Dieu, assurés de l'héritage de la Terre promise, la circoncision étant ainsi le signe de l'alliance d'Israël avec son Dieu. Cf. de Hummelauer, op. cïL, p. 153-166. En raison même des circonstances où s'opère celte circoncision on y a vu aussi la marque de l’aptitude au mariage et à la guerre, ce ne sont pas, en effet, des (niants mais des jeunes gens qui sont circoncis. SteuernageL Deuteronomium und Josua, Gœttingue, 1900, p. 186. Cf. art. Circoncision dans Vîgouroux, Diction­ naire de la Uible, t. u, col. 771 775, et dans le Dictionnaire de Théologie, t. il, col. 2519 2327. IV. La personne et l’œuvre de Josué. — Le nom hébreu de Josué, d'abord llô<én *. Osée « salut » fut changé par Moïse en YchoSÛ.V, Josué « Jahvé est le salut ». Num., xm, 17 ; dans les Septante ce nom est devenu ’Ιησούς, qui est traduit quelquefois par Jcsus dans la Vulgate. Eccll., xlvi, 1 ; 1 Macch., ii,55. Cette similitude de nom avec Notre-Seigneur Jésus-Christ a suggéré ù des Pères de l'ÉglIse des rapprochements entre leur mission, leur rôle de sauveur du peuple et a fait considérer le conquérant de la Palestine comme une ligure de Jésus. Saint Jérôme. Epiai., Lin,n. 8, P. L., t. xxu, col. 545. De la tribu d’Éphraïm, ills de Noun, selon l’hébreu, de Navé, selon les Sep­ tante, Josué apparaît déjà dans l'hlstOlte d’Israël peu de temps après la sortie d’Égypte. Ex., xvn, 8 IL Une question préliminaire serait à résoudre Ici, celle de l’existence d'un personnage historique du nom de Josué, héros du livre qui porte son nom. On u voulu, en elïct, reléguer dans le domaine de la légende et des mythes, non seulement les événements racontés au livre de Josué, mais Josué lui même, pour en faire la personnification du clan éphraïmite (Stade, Ed. Meyer, Wellhausen). La preuve, dlt-on. c'est que dans le document le plus ancien, le Jahvistc, Josué n’est même pas mentionné et que, plus on s’écarte de l'époque de l’entrée en Canaan, plus son rôle et son Importance augmentent, en sorte que de simple héros éphraïmite d ms l'Élohistc, il devient dans le Dcutéronomistc et le récit sacerdotal le chef de lout Israël, le continuateur de Moïse. La valeur historique du livre étant établie 1570 par ailleurs, il suffira de faire remarquer que si le personnage de Josué grandit avec les développements succès Ifs de la tradition, cela exige au moins à l'ori­ gine son existence et que même dans Jos., xvn, 14-18, tenu généralement pour un élément jahviste, Josué apparut! non pas seulement comme le chef d’Éphraïm mais de tout Israël, auquel les tribus en appellent dans leurs contestations au sujet de la répartition des territoires. De plus les autres données de la tra­ dition et la simple vraisemblance historique exigent, au moment de l’entrée des Hébreux en Canaan, leur réunion sous l'autorité d'un seul chef. Smith, art. Joshua, dans Hastings, A Dictionary of the bible, t. il, p. 786; Kittel, GeSchiehte des Volkes Israel, t. n, p. 582-583. Le premier renseignement que donne la Bible sur Josué, le représente déjà comme un chef valeureux, auquel Dieu donne la victoire. Ex., xvn, 8-14. A maintes reprises 11 apparaît aux côtés de Moïse, comme son serviteur dès le temps de sa jeunesse. Ex., xxxm, 11 ; Num., xi, 28; en qualité de représen­ tant de la tribu d’Éphraïm, il est du nombre des douze explorateurs envoyés au Canaan, Num., xm, 9; xtv, 6, 30, 38, et son attitude en celte circonstance souligne encore le courage et la confiance en Jahvé qui annoncent et préparent le vainqueur des Cananéens. Plus rien ensuite à son sujet durant les longues années des pérégrinations d'Israël dans le désert, jus­ qu'au moment où Moïse, averti de sa fin prochaine, le désigne pour son successeur. Num., xxvn, 15-23; Deul., xxxiv, 9; xxxi, 14, 23, avec mission d'établir le peuple dans la Terre promise. Avant de rappeler brièvement le rôle de Josué dans la conquête et le partage de Canaan, 11 y aurait lieu d’indiquer l’époque à laquelle se déroulcnl les événements et pour les comprendre la situation du pays au moment de rentrée des Hébreux. Quelques mots simplement pour fixer les points importants. La détermination de l’époque de la conquête dvp< id naturellement de celle de l'exode. A s’en tenir aux données bibliques du problème, surtout à II1 Reg., vi, I, qui compte 180 ans entre la sortie d'Égypte el la construction du temple, la quatrième année de Salomon, le début de la conquête sc placerait aux premières années du xv· siècle, mais les données chronologiques de la Bible n’ont bien souvent qu’une valeur approximative. D'autre part, la comparaison des données de l'histoire biblique et de l’histoire égyp­ tienne, en raison même des ressemblances qu'offrent les luttes soutenues par les rois des xvni * cl xix· dynas­ ties, n’aboutit pas à une conclusion certaine permet­ tant de se prononcer pour l’une plutôt que pour l’autre, pour le xnt· plutôt que pour le xv * siècle. Si, en faveur de la date la plus reculée, on peut invoquer son adaptation plus complète aux données bibliques, entre autres à la durée qu’exigerait la période des Juges et la concordance qui en résulterait avec l'épo­ que des tablet les de TeU-cl-Amama, en revanche 11 ne manque pas de bonnes raisons non plus en faveur de la date plus récente dont les partisans sont nom­ breux. C’est une vérité incontestable, dit l’un d'eux après avoir fait les réserves nécessaires, que l’hypo­ thèse Mùiephtah-exode s’harmonise admirablement avec l’histoire archéologique du Delta oriental. » A. Mallon. Les Hébreux en Egypte, Borne. 1921, p. 181. D’une part, en effet, la Bible nous apprend que les pharaons firent exécuter en Égypte de grands travaux dans diverses villes et d’autre part, le souvenir des pharaons de la xix· dynastie, Seti 1er, Ramsès II, Ménvphtuh s'attache Indubitablement À des localités ou à des monuments de la marche asiatique. « Les Hébreux travaillèrent à la construction des villesmagasins Pithorn et Kam.sès. Or les recherches ré- 1571 JOSUE, LA PERSONNE ET L’ŒUVRE 1572 268; La Crète ancienne. p. 113 et sq.; R. A. S. Macallslcr, crntcs nous montrent ces villes édifiées, en partie du The Philistines. their History amt their Civilisation. moins par Ramsès II, Pilhom soit à 7c// Artabi. soit 191 L Notons encore avec le livre de Josué quelques à TrlleLMaskhouta, Ramsès à la grande et belle groupements, derniers vestiges des premiers habitants résidence royale de Pl-Ramessé, vers l’embouchure du pays, les Rephaim, Jos., xn, 4; xm, 12; xvii, 15; du Nil pélusiaque. Et pour tous ccs sites, il est fait mention de temples et de magasins. La résidence , les Enaqim ou Anaqiin, Jos., xi, 21, 22; xiv, 12, 15; xv, 14, dont la haute taille avait fortement impres­ pharaonique de Pi-Ramessé établit une harmonie remarquable avec la Bible. Les scènes de la vie de j sionné les espions envoyés par Moise, Num., xm, 31; .Mohe y trouvent un cadre à souhait. Petit enfant, I déjà dépossédés en grande partie par les Cananéens, ils le seront bientôt tout à (ait par les Hébreux. Des il est exposé sur les eaux du Nil, du Shihor qui arrose le pays habité par les Hébreux et baigne les murs de i Moabites enfin et des Ammonites, apparentes à Israël, il n’est question qu’au sujet de rétablissement de Pi-Ramessé· La fille du Pharaon qui a son palais dans quelques tribus à l’Est du Jourdain. cette ville, descend aux bords du fleuve. L’enfant est sauvé, il grandit à la cour. A quarante ans, âge des A ces peuples nombreux, à ces royaumes plus nom­ breux encore, il manque, pour s'opposer à l’invasion décisions, il sort pour aller visiter ses frères. Il est témoin de leurs humiliations et de leurs souffrances. qui les menace, la cohésion; elle pourrait leur venir ou de l'un de leurs rois plus puissant ou de l’Égypte C'est le point de départ de sa vocation. Le long leur suzeraine; elle ne viendra ni d’un côté ni de l’au­ règne de Ramsès H (66 ans) s’accorde avec les 40 ans tre; les coalitions des rois du Midi, Jos·, x, cl des rois du séjour du libérateur au SinaL 11 faut attendre que du Nord, Jos., xi. ne révèlent ni un chef unique, ni disparaisse ce monarque ombrageux et autoritaire, cet impitoyable persécuteur du peuple de Dieu. Dès une action commune, tandis que l’Égypte trop loin­ que l’obstacle est ôté, Moïse, armé de la force de taine semble sc désintéresser d'une lutte ou sa suze­ Jahvé, revient à Pi-Ramessé et c’est avec le débon­ raineté ne lui parait pas engagée. La situation telle naire et Indécis Mcnephtah qu'il entreprend ces longs qu elle se dégage des lettres de Tell-cl-Ainarna, encore que remontant au xiv· siècle, reflète bien, elle aussi, pourparlers si bien décrits dans l'Exode. Sur les bords ce morcellement politique et l’absence d’une autorité du fleuve, il accomplit ces merveilles qu'on a appelées les plaies d’Égypte. Quand enfin, il a eu gain de cause, capable d’y porter remède. Aussi malgré la vaillance c’est de là, de Ramsès (Pi-Ramessé). qu’il part avec des guerriers cananéens, le peuple d'Israël, fort de la masse du peuple pour la mer Rouge et le SinaL » l’union de ses tribus et de l’autorité de son chef, plus A. Malion, op. ciL. p. 182. Si elle n’entraîne pas abso­ fort encore du secours de son Dieu va pouvoir réaliser lument la conviction, cette argumentation ne laisse les antiques promesses. pas d’étre séduisante. Après le séjour au désert et particulièrement à Quelle est donc, à l’époque qui serait ainsi celle de l’oasis de Cadès où la vie nationale et religieuse avait la conquête, premières années du xn· siècle, la situa­ pris son premier essor grâce à l’adaptation nécessaire tion au pays de Canaan. Par ce mot tout d’abord, de la législation sinaltique, après l’échec des tenta­ on désigne communément la terre promise aux Patri­ tives de pénétration par le Sud de la Palestine et arches et à leurs descendants; c’est la région située l’établissement en Transjordane de Ruben, de Gad et à l’Oucst du Jourdain ou la Cisjordanc, qui du Nord de la demi-tribu de Manassé. les enfants d’Israël dans au Sud va de Dan à Bersabée, Jud., xx, 1 ; I Reg.. m, leur ensemble (contrairement aux théories de Win­ 20, ou encore, mais avec des limites un peu differentes, ckler, Stade, Wellhnusen, Erbt) franchissent le Jour­ de l’entrée de Hamath jusqu’au torrent d’Égyplc. dain sous la conduite de Josué el entreprennent la ΠΙ Rcg., vin, 65. Cf. van K as 1eren, La frontière sep­ conquête du pays. tentrionale de la Terre promise, dans Revue biblique, Celle-ci se fil en deux étapes bien différentes et pour 1895, p. 23-36; Lagrange, A la recherche des sites la durée et pour la manière. Au début, une action bibliques, dans Confèrences de Sainl·Étienne. 1910commune assura d’importants succès, la prise de 1911, p. 3-56. Jéricho et celle de Haï, la victoire de Gaboon sur Un nom générique désigne les habitants de cette les rois du Midi cl celle des eaux de Mérom sur les rois du Nord. Mais ccs triomphes, ainsi qu’il apparaît région : les Cananéens; mais en fait, nombreux sont les peuples de Canaan; selon Jos., ni, 10; χχιν, 11, il dans l'histoire subséquente, ne firent que préparer y en a sept, outre les Cananéens ce sont les I iétéens l’occupation qui sera la tâche des différentes lribu>. ou Hittites, les Hévécns ou Hiwilcs, les Phérézéens Commencée sans doute à Galgala, poursuivie à Silo ou Pcrizzites, les Gcrgésvcns, les Amorrhécns et les et susceptible de remaniements, la répartition du terntoirc indiquera à chacune d’elles vers quelle Jébusccns; la liste de la Genèse, xv, 19-21 en compte dix. Sur l'origine de ccs peuples et leur répartition région elle devra diriger ses efforts en vue d’une instal­ dans le pays cf. J. Touzard, art. Moïse el Josué. dans lation durable. C’est ainsi que Juda, secondé par Dictionnaire apologétique, t. m, col. 767-774; Guthe, Simeon et ses alliés Qcnites, avait dès la balai le Kanaaniler, dans Realencycloptedic, t. tx, p. 737 sq. de Gaboon, entrepris l’occupation du sud de Canaan De ccs peuples, émiettés en groupes plus nombreux dont les places fortes échappèrent en partie à son pouvoir; c’est ainsi encore qu Éphraim el Manassé encore, témoins les trente et un rois vaincus par le occupèrent de bonne heure une portion considérable chef Israelite, Jos., xm, 1-24, les plus importants sont du pays vers le Nord, mais là non plus le succès ne les Amorrhécns et les Cananéens, les premiers Jadis solidement établis dans la montagne des deux côtés fut pas complet. Gézer demeurant aux mains des Cana­ da Jourdain, les seconds, maîtres de la plaine et des néons; des situations analogues sc reproduisent pour régions fertiles où pendant longtemps ils pourront les autres tribus (cf. le livre des Juges). Si Josué a tenir tête aux nouveaux envahisseurs du pays. Si les préparé, rendu possible la complète, il ne l’a pas réalisée Philistins ne figurent pas dans le Pcntatcuque, sur les Jusqu’au bout; ce sera l’œuvre de la période des Juges listes de peuples à conquérir, Josué les mentionne et des Rols. A la fin de sa carrière, en cfkt, il restait parmi ceux qui restent à chasser, xm, 2, 3. Cf. Jud., un grand pays à conquérir. Jos., χιπ, 1. til, 3. Le danger qu ils firent courir à Israël à la fin Continuateur de MuIsc.Josué ne le fut pas seulement de la période des Juges montre le bien fondé de l’ordre de son œuvre nationale mais aussi de son œuvre mil­ lion donné dont l’exécution toutefois tarda quelque I gicusc. L’auteur du livre signale à différentes reprises peu. Sur l’origine do Phllldlm et leur Installation les interventions de Josué dans la vie religieuse de en Canaan, cf. Lagrange. Le livre des Juges, p. 262- | son peuple; sans doute bun nombre de textes où sc 1573 JOSUÉ — JOURDAIN D’EBERSTEIN révèle celte activité du vainqueur de Canaan relèvent d’après les critiques des éléments qu’ils tiennent pour les plus récents, c’est-A-dIre de la rédaction deutéronomiste et de l’écrit sacerdotal, mais Indépen­ damment de l’autorité de ces parties elles-mêmes du livre, il y a lieu de remarquer qu’il ne manque pas, dans les passages mûmes attribués nu Jahvlste ou à l’Élohistc de témoignages de l'action religieuse de Josué. Telles sont, par exemple, les différentes pres­ criptions relatives à l’arche, ni, 5-6; iv, 5 (JE), la cir­ concision des enfants d’Israël pour enlever l’opprobre d’Égypte, v, 9 (JE), l’érection d’un autel au mont Ilébal. vin, 30-31 (E); tel encore le rappel des bienfait * de Jahvé envers son peuple pour l’exhorter à la fidélité et l’ordre pressant de servir le Dieu qui lui a livré ses ennemis, xxiv, 1-12, 14-30 (JE). 1) ne pouvait d’ailleurs en être autrement, Josué savait trop bien que, même au point de vue national, la religion était le lien puissant qui maintiendrait l’union entre les tribus dispersées, et serait la seule sauvegarde efficace contre l'influence cananéenne aussi redoutable pour l’avenir politique de son peuple que pour son avenir religieux. La tradition Juive n’a pas exagéré dans le souvenir, fait d’admiration et de reconnaissance, qu’elle a gardé du héros de la conquête : · Il fut vaillant à la guerre, dit l’auteur de l’Ecclésiasliquc, Josué ills de Noun, qui succéda ή Moïse dans la dignité de prophète, et qui, vérifiant son nom, sc montra grand dans la délivrance des élus du Seigneur, pour châtier les ennemis soulevés. EcclL, xlvi, 1. Hommage auquel la tradition chré­ tienne a encore ajouté en faisant de Josué, A cause de son nom et de scs mérites, une des figures du Christ. Cf. supra. — Sur le tombeau de Josué, cf. Séjourné, dans Revue biblique, 1893, p. 608-628. I. Principaux commentateur». — 1· Catholiques. — Origèno, Sclrcla in Jesuni Nave; Ilomiliir in librum Jesu Nave. P. G., t. xn.col. 819-918; S. Éphrem, In Josue, Opera syrlaca, Rome, 1757, t. î. p. 292-307; Théodoret, Quarstlones in Josuam, P. G., t. ! xxx, col. 457-486; I^ncopc de Gaza, Comment, in Josue, P. G., t. i.xxxvu,col. 991-1042; S. Au­ gustin, Locutiones in Heptateuchum, vi, Ai. L., t. xxxiv, col. 537-542; Quaestiones in Heptateuchum, vi, P. t. xxxiv, col. 775-792; S. Isidore «le Séville, Qun ytiones In Itbnim Josue, P. L., t. i.xxxm, col. 371-380; Ruban Maur, Comment, fn Itbrum Josue, P. L., t. cvtn, col. 999-1108; Rupert, In Itbrum Josue, P. L., t. c.i.xviî, col. 999-1024; Hugues de Salnt-Chor, Postilla, Venise, 1754, t. i; Nicole * de Lyre, Poitilla, Vnnhe, 1588, i n; Denys le Chartreux, Opera, Cologne, 1533, t. n; Tn- tut, Opera, Verbe, 1728, t. v; Cnjétnn, Comment, in lib. Josue..., Rome. 1533; Valable, Annotationes in V. 7*.. Paris, 1545 et Salamanque, 1581; A. Mues, Josutr Imperatoris historia illustrata atque explicata, Anvers, 1574, et dan * Migno, Cursus completus Sac. Script., I. vn-viii; Arias Montanus, De optimo imperio seu In lib. Josue comment., Anvers, 1583; Serarius, Josue. 2 In-foL; Mayence. 1009-1610; Bonfrerr, Josue, Judices el Ruth, Paris, 1731; Calmet, Commentaire littéral, 2· édit., Paris, 1724, t. n, p. 1-143; lloubigant, Riblia hebratea cum notis criticis el versione latina, Paris, 1753, t. Π, p. 1-83; Clair, Le livre de Josué, Paris, 1877; do I lumrnclnuer. In Josue, Paris, 1903; Crampon, La Sainte Bible traduite en français, Paris, 1901, t. it; Fillion, La Sainte Bible com­ mentée, Paris, t. n. 2· Non catholiques. — Outre les anciens commentateurs, Dnislus, Oslandcr, Sébastien, Schmidt, Le Clerc; Maurer, Commentar uber das Ruch Josua, Stuttgart. 1831; Rosen­ müller, Scholia in V. T.. 2· édit., Leipzig, 1874, t. 11 ; E ecclésiastiques, 23 octobre 1716; l'abbé Lrbruf, Histoire du diocèse de Paris, t. ix; Dniblcr, Examen criligiit dts diet, historiques, p. 477; Michaud, Ulugraphic universelle; Ha *fer, Nouvelle biographie générale, A. Thouvenin. JUDAÏSME.— Par judaïsme on entend la reli­ gion ct l'hlstoke des Israelites A l’époque post ex I lien ne. Puisque le peuple élu dans sa grande majorité n’a pas reconnu Jésus comme Messie, celle seconde époqm de scs destinées dépasse la phase biblique pour se continuer Jusqu’à la destruction de l’Etat Juif cl II i i 1582 la dissolution de la nation. Elle s'étend donc du retour des exilés A l'échec du soulèvement de Barkokéba sous l'empereur Hadrien (538 avant Jésus-Chrlsl135 après Jésus-Christ). L'étude de cette période est d’une grande impor­ tance d’abord parce que le judaïsme est le prélude immédiat du christianisme. C’est d’une manière géné­ rale dans les formes judaïques que les idées et institu­ tions de ('Ancien Testament sont devenues la base du Nouveau.C'est spécialement dans le cadre du judaïsme que s'est formé l’Évangile. Abstraction faite de cette connexion étroite avec le christianisme, le Judaïsme en lui-même a pris de nos jours une portée qu’on ne soupçonnait pas il y a quelques dizaines d’années. En renversant la concep­ tion traditionnelle de l’histoire religieuse du peuple Juif, en particulier de l'origine de ses productions litté­ raires, la critique assigne a celte forme religieuse dan> l'évolution d’Israël un rôle beaucoup plus saillant qu'autrefois. Position discutable à bien des égards mais qui impose en tout cas l'obligation de mieux con naître celte suprême période qui clôt l’histoire du peuple de Dieu. L Sources : littérature Juive. — IL Histoire poli­ tique (col. 1595).— 111. Institutions (col.1606).— IV. Partis religieux et politiques (col. 1614). — V. Idées religieuses (col. 1617). — VL Pratiques religieuses (col. 1636). — VIL Rapports entre le judaïsme et I< milieu païen (col. 1652). I. Sources : littérature juive. — Sauf quelque, renseignements fournis par les auteurs grecs et romains Polybe, Diodore, Strabon, Plutarque, Cicéron. Tilt Live, Suétone, qui ont écrit sur l'histoire de la Syrie sous l’èrc scleucidc ct romaine, voir Th. Reinach, Textes d'auteurs grecs et romains relatifs au judaïsme, Paris, 1895. la littérature juive est presque notre seule source pour la connaissance du Judaïsme. Parce qu'ils sont des produits du génie juif, ces écrits appartiennent à la vie intérieure du peuple. Mais puisque la manière de les apprécier, surtout par rapport à leur date ct A leur caractère, influe nécessairement sur toute la conception du Judaïsme. Il faut en parler en premier lieu. Pour ne pas faire double emploi, nous allons les apprécier non seulement comme sources, mais aussi comme auvres littéraires. 1° Littérature canonique. — En abordant ce terrain, on est assailli par les principaux problèmes de la haute critique. La solution en est si difficile que celui des historiens qui a écrit sur le judaïsme l’élude la plus complète qui existe Jusqu’Ici, A. Berthold, se voit obl gé de reconnaître à plusieurs reprises que, vu l'incertitude qui plane sur la date des écrits en ques­ tion. les résultats de scs recherches ne sont que provi­ soires et qu’il regarde presque son entreprise comme une audace. Ribltsche Théologie des Allen Testamentes, t. π. Die judische Religion von der Zeit Esras bis :um Zeitalter Christi, Tubingue, 1911, p. vni. D'autres comme T. K. Cheyne. Jewish religious Lije ajter the Exile, New-York. 1898, préface,ont fait le même aveu. Ce qui. Joint nu désaccord qui existe entre les critiques sur bien des points capitaux, donne le droit de se tenir sur la nserve en face de systèmes qui reposent très souvent moms sur des faits réels que sur des idées pré­ conçues. L La prétendue origine exilienne et postexilienne du Code sacerdotal. — D'après la conception évolulionnlslc des origines du Pcntateuquc, le quatrième docu­ ment dont celui-ci est forme, serait ici nuire source la plus importante. Car le Code sacerdotal aurait été composé partie pendant ! exil, partie immédiatement après, pour régler la vie religieuse du peuple recons­ titue. Suns entrer dans l’ensemble de la question du Penta- 1583 JUDAÏSME, LITTÉRATURE JUIVE 1584 (euque, il faut dire que ni les divergences entre les pérlode préexlllenne. Jusqu'à la fin de l’cxll, les Israé­ elements historiques et législatifs des cinq volumes, lites auraient eu comme guides spirituels surtout les ni les données de l'histoire de la religion isnu hic et des prophètes; après celte date, les sages auraient pris leur autres religions sémitiques, ne sont telles qu'elles for­ succession. Celte conception simplifierait beaucoup ment une preuve absolument inattaquable de la l'histoire littéraire et religieuse d'Israël. Mais elle ne répartition du Pentatcuque en quatre sources appar­ correspond pas à la réalité telle qu’elle est attestée par tenant a quatre époques tout à fait distinctes. les écrits historiques et prophétiques préexiliens. Pour ce qui concerne en particulier les lois rituelles D'après III Reg., iv, 29 (hébr. v. 10, sq.); χ, I sq., on du Code sacerdotal, nous indiquerons plus loin, cultivait déjà la « sagesse » à la cour de Salomon et les raisons pour lesquelles nous ne nous pensons Jérémie, xviu, 18, parle des « sages » comme d’un état pas obligés à regarder le Code sacerdotal comme qui existait de son temps à côté des prophètes et des étant i ouvrage le premier en date et le plus caracté­ prêtres. ristique du judaïsme. Nous ne laissons pas neanmoins En face du témoignage de III Reg., iv, 32, sur l'acti­ de le tenir pour une source très précieuse et pour un vité littéraire de Salomon, il n'y a aucune raison pour élément constitutif de la vie religieuse d’Israël après nier en bloc l’aulhenticité salomonienne du Hure de * l'exil· Car c'est alors seulement que ces lois reçurent *. Proverbe 11 n’existe de sérieuses difficultés que pour leurs derniers compléments et furent observées avec l’introduction, 1-1X, et le dernier chapitre, xxx, 10-31. cette minutie qui demeure le trait le plus marquant du Les différents arguments qu'on allègue pour l’origine judaïsme· Pour comprendre ce dernier fait, il n'est pas postexiiienne des sentences salomoniennes (absence besoin de supposer qu’a ce moment-là se fit leur pre­ de polémique contre l’idolâtrie, état très élevé de la mière promulgation; il suint de songer aux circons­ civilisation qui forme le fond de beaucoup de sen­ tances nouvelles, créées par l’exil, après lequel l’État tences et qui serait au-dessus du niveau de la culture politique fut remplacé par une communauté reli­ juive à l'époque de Salomon, etc.) sont loin d’être gieuse, dirigée par des prêtres. décisifs. Surtout c'est à tort qu’on suppose nécessaire 2. Littérature poétique et didactique. — a) Lu pour la floraison de la littérature gnomique en Israël Psaumes. — On appelle avec raison le psautier le livre l'influence hellénique et qu’on attribue dès lors à une de prière et de chant de la|communnutépostcxilicnne. époque tardive, l’ensemble de ces manifestations litté­ raires. D'abord c’est à cette époque que fut constitué le recueil définitif et complet des psaumes, que leur usage officiel Il n'est pas aussi aisé de déterminer l'époque du et privé devint fréquent, qu’on adapta des psaumes livre de Job. Les moyens sûrs pour fixer sa date font défaut. Il nous semble plus probable que cette œuvre, individuels au culte public en leur donnant un sens collectif, que bien des titres contenant des remarques la plus grandiose qu’ait produite le génie poétique des liturgiques et musicales ont été ajoutés. Israélites, est née au temps de la pleine floraison de la A ces divers titres déjà, le psautier représente un littérature hébraïque, donc avant l'exil. Dans la dis­ témoignage el un élément important de la piété juive. cussion du problème de la rétribution, la moindre En outrv un certain nombre de psaumes remontent à lueur de la possibilité d’une survivance heureuse après cette époque. Beaucoup de critiques tiennent que la mort manque (xix, 25-27, il n’est pas question de ce serait le cas de presque tous. Hypothèse aussi résurrection; voir art. Job, col. 1473 sq.), ce qui paraît peu vraisemblable pour un homme d’une si inexacte que celle de la composition tardive du Code haute culture intellectuelle, vivant à l'époque perse sacerdotal et qui repose en somme sur les mêmes préjugés. Elle ne tient aucunement compte de la ou grecque. La préte ndue dépendance du poème par tradition si bien documentée des livres de Samuel sur rapport à Jérémie, xx, 14-18, et Ézéchiel, xvm, 2 sq., les talents poétiques et musicaux ainsi que sur les ou à d'autres écrivains encore plus tardifs est un argu­ productions littéraires de David, I Reg., xvî, 18; ment très précaire. Voir néanmoins les opinions en il Reg., i, 17 sq.; ni, 33 sq.; vi, 15; χχιι; χχπι, 1 sq., sens contraire dans l’art. Job, col. 1482. Tous les autres écrits didactiques sont à considérer et méconnaît absolument le caractère de beaucoup de psaumes. 11 est tout à fait invraisemblable que les comme des fruits du judaïsme : D’abord le Cantique des cantique *, cette poésie aussi paumes qui s'adressent à un roi, n, xvn, xix, xx, xxvii, xuv, lx, Lxn, lxxi, αχ, cxxxi (numérotation réaliste que mystique. Ce sont surtout des raisons de la Vulgate), qui professent une opinion libre sur les d’ordre philologique qui rendent l’origine postcxlsacrifices, xiv, xxxix, xlix, l, soient postcxlllens, et llenne (iv· ou v· siècle), plus probable que l’origine puisque ces psaumes voisinent avec d’autres qui leur salomonienne. ressemblent, de grands groupes doivent dater de Ensuite VEcclésiaste, le plus curieux des produits l’époque des rois. Voir E. Sellin, Einleitung in da * littéraires du judaïsme biblique, qui, à cause du carac­ tère tardif de sa langue et de sa familiarité avec les Allé Testament, 3· édit., Leipzig, 1920, p. 137 sq. D'autre part il est certain que l'époque perse pen­ Idées grecques, a dû être écrit après 300 avant Jésusdant laquelle les Juifs jouissaient d'une grande tran­ Christ. La langue aussi bien que le contenu excluent quillité extérieure et intérieure et s'adonnaient d’après toute relation avec Salomon. L'Ecclésiastique contient les « proverbes » du Ju­ les Chroniques avec tant de xèlc au culte du temple, a daïsme. Son auteur, Jésus ben Slrach, était un scribe vu naître beaucoup de psaumes, en particulier des palestinien du commencement du n· siècle avant Jésuspsaumes liturgique, mais il est dlfllcile de les discerner Christ. Après s’être adonné dès la Jeunesse à l'élude de des psaumes prérxdicns. Par contre l'époque macchabéenne était beaucoup moins favorable à la poésie la sagesse, après avoir voyagé beaucoup, il a composé religieuse, de sorte que. même pour les psaumes ce livre essentiellement Juif qui sc distingue des Pro­ verbes de Salomon par l'influence beaucoup plus xun, lxxui, vxxvm, lxxxii, qu’on regarde si souvent grande de la loi et du sacerdoce. comme macchabée ns, U vaut peut être mieux supposer La Sagesse a été composée par un philosophe Juif de une date et une situation plus ancienne. b) Livres sapientiaux : Cantique des cantiques, Ecclé- la Diaspora égyptienne dans le dernier siècle avant s taste. Ecclésiastique. Sagesse. — La plupart des criti­ Jésus Christ. L'influence grecque y est plus forte que ques attribuent tous 1rs livres saph nliaux au Judaïsme chez IT.cclésIaste sans que la doctrine traditionnelle et y voient. avec les psaumes, les produits caractéris­ y soit abandonnée; celle-ci est au contraire enrichie tiques dr l’époque qui a suivi l’exil, comme les livres par I•enseignement le plus clair de la survie après la prophétiques seraient les œuvres marquantes do la I mort et par la spéculation sur la Sagesse incréée 1 r»«s JUDAÏSME, LITTÉRATURE JUIVE 1586 3. Lilb rature prophétique. — Lo critique moderne C'est en ce temps seulement que les idées des prophète * veut placer également un temps du ludaïsme un bon étaient destinées A devenir actives. Il faut en dire nombre d’écrits prophétiques. <)i Ire les prophètes de autant de l'apocalypse xxiv-xxvn, qui fait supposer la restauration : Aggée, Zach inc. Malachle, elle un milieu historique analogue. Au sujet du livre de Daniel, l'accord semble fait regarde comme postcxlllens Abdias, Joel. Jonas ainsi que deux morceaux du livre d'Isaïe et le livre de entre les critiques Indépendants poor dire qu’il ne Daniel. Examinons rapidement les divers problèmes provient pas du prophète rxillen et pour en faire un que soulèvent ces attributions. - Agqée rt Zacharie pseudéplgraphe de l’époque macchabéenne. Les argu­ sont les deux premiers prophètes postexillens. L’écrit ments qu'ils empruntent au fond cl A la forme, A la du premier date de l’année 520, il contient des exhorta­ place qu'occupe l’ouvrage dans le canon ainsi qu'au tions à la construction du temple en vue d’accélérer silence du Siracide A son sujet, prouvent au mo»ns l’arrivée du temps messianique. Le livre qui est que cet écrit n'a reçu sa forme définitive qu'au temps conservé sous le nom du second se divise en deux des guerres macchabéennes; ses allusions fréquentes parties très distinctes. La première (î-vni) présente aux circonstances de cette époque montrent qu'il a dû sous forme de visions nocturnes les mêmes Idées que être un livre de consolai ion précisément pour ce temps» le livre d'Aggée. La seconde (ix-xiv) dl ère beaucoup C'est dans ce sens que l’on peut regarder le livre de Daniel comme une source pour la connaissance des pour le fond et la forme de la précédente; il n'est plus Idées juives de cette époque. question de la construction du temple, de Zorobabcl 4. Littérature historique. — Tandis que les livres ou de Babylone; le salut messianique prévu pour la fin des temps, est décrit d’une façon apocalyptique; historiques abondent sur la période qui précède l’exil, les précisions sur la date des prophéties, telles qu'elles deux ouvrages seulement nous renseignent sur l’his­ toire générale du judaïsme : les livres d'Esdras et de se trouvent dans la première partie, manquent. Pour Néiiémie et les livres des Macchabées: les uns et les ces raisons, il semble nécessaire de supposer pour les deux parties, sinon deux auteurs différents, au moins autres ne portent que sur deux courtes époques, relie de la restauration et celle des guerres macchabée ones. un certain intervalle entre la rédaction des deux mor­ Les livres d'Esdras et de .\énémie ne sont plus con ceaux. Voir A. Van Hoonacker, Les douze petits servés dans leur état primitif, de sorte qu'il n'est pas Prophètes, Paris, 1908, p. 649 sq. L'un et l’autre sont facile de reconstituer la suite des événements. Le fond d'une extrême importance à cause de leurs Idées messianiques. des deux écrits est constitué par des documents qui sont très rapprochés des événements, savoir 1rs Malachle a suivi de près Aggée et Zacharie. Le temple est achevé, î, 10; mais les graves abus que mémoires d'Esdras et de Néhémle, des actes officiels des archives perses et juives qui constituent des sour­ blAine le prophète prouvent qu’il a exercé son minis­ tère avant la réforme de Néhémle et d'Esdras. En ces très précieuses pour l'histoire. Leur valeur n’a prédicateur austère, il annonce le jour du grand juge­ pu être diminuée ni par les nombreuses attaques ment de Jahvé. d’autrefois, voir article Esdhas-Név^mic, L v, col. Non seulement ces trois derniers livres du recueil des 535 sq., ni par la critique récente de G. Holscher dans E. Kautzsch, Die Heilige Schri/t des Alten Testamentes, Douze Petits Prophètes, mais encore trois autres sont 4· édit., Tubinguc, 1922, L n, p. 491 sq. Λ considérer comme postexillens : D’abord la prophétie d’Abdias sur la chuted'Édom Très importants comme sources sont aussi les deux livres des Macchabées , le premier peut être con 4 et sur le relèvement d'Israël qu'à cause des versets il sq. il faut placer après l'année 586. déré comme le meilleur livre historique de l'Ancien Ensuite le livre de Joël, célèbre par sa description si Testament; au sujet du second, qui n’· st qu'un extrait complète et si une du jugement final de Jahvé; la d'un grand ouvrage de Jason de Cyrènc, les critiques dispersion d’Israèl qui y est supposée, le gouverne­ font des réserves à cause des nombreux faits miracu­ ment des prêtres, qui semble remplacer celui du roi, leux qui y sont relatés. Tandis que le premier a été ainsi que d'autres faits paraissent caractériser cet composé en Palestine et en langue hébraïque, le second écrit comme postcxillcn. Voir ci-dessus, col. 1489. est un produit de l'hellénisme juif et à ce titre il Finalement le livre de Jonas est encore plus sûre­ renseigne, non seulement sur l’histoire politique de ment un produit du judaïsme. Les raisons philolo­ Père macchabéenne, mais, d'une façon particulière, giques, historiques et psychologiques rendent sa sur les idées religieuses de ce temps. composition par le prophète Jonas, contemporain de Les livres d’Esdras et de Néhémle n'étaient primi­ Jéroboam II, pour ainsi dire impossible, et sa forme tivement que la seconde partie d’un ouvrage histo­ littéraire le rend voisin des derniers livres du canon. rique dont la première était formée par les deux livres Sa doctrine si remarquable sur l’universalité du salut des Chroniques ou Paralipomènes. L’auteur de cet en fait nu point de vue dogmatique une des perles de écrit n voulu retracer l'histoire de l’humanité pieuse û toute la littérature de l’Ancien Testament. Voir col. partir d'Adam jusqu'à la restauration de la commu­ 1498. nauté Israélite. C’est une des œuvres les plus caracté­ Bien plus compliqués sont les problèmes que sou­ ristiques du judaïsme à cause de l’intérêt prédominant lèvent certaines parties d’Isaïe et le livre de Daniel. que l’ouvrage manifeste pour le temple et le culto Au sujet d’/vofe d'abord, les exégètes non catho­ lévitiquo. Comme source historique, le livre des Chro­ liques sont unanimes à placer pendant l'exil les niques ne mérite pas le mépris avec lequel Wellhauscn, chapitres xl-lv. après l’exil lvi-lxvi cl xxiv-xxvki Henan et leurs disciples l'ont traité, c'est ce qu'ont ainsi que d'autres morceaux moins importants. Voir montré des savants de première valeur comme l’exposé des raisons à l’art. Isaïe, col. 26 sq. H. Winckler, A Ittestamenti iche Vnlersuchungen, 1908, Du moment que le prophète a écrit certaines parties p. 157-167; Sellin, op. cit., p. 162 et F. X. Kugler, Von de son livre comme s il vivait après la destruction de Moses bis Paulus, 1922, p. 234-300 : Zur GlaubuQrJérusalem, et la dispersion des Israélites, il est admis digkeit der Chronik. par les exégètes catholiques, J. Touzurd, Revue Trois autres écrits postcxlllens sont relatifs ù des biblique, 1917, m. 122-135, et Dictionnaire apologétique, épisodes particuliers : le livre de Judith raconte la t. U col. 1624, que l'on peut utiliser le * chapitres xldélivrance de Béthulle pur une pieuse veuve, le livre lv pour le temps de l'exil auquel ils se réfèrent. En de Tobie Je sort d’une famille juive, transportée en vertu du même principe, les chapitres lvi-lxvi exil ù Nlnlve, le livre d'Esther l’élection d’une belle deviennent une source pour l’histoire du Judaïsme. juive comme reine A lu cour do Suse et lu délivrance DI CT. DB THÙOL. CATHOL. T. — VIII. — 51. 1587 JUDAÏSME, LITTÉRATURE JUIVE 1588 des Israélites du royaume perse par son Intermédiaire. activité littéraire très florissante. Les titres conservés Le premier fut probablement composé à l'époque des de quelques autres légendes et les apocryphe·» ana­ Séleuddes; la portée historique en est difficile à déter­ logues, composés par des chrétiens, qui ne sont que des Imitations d’écrits juifs, prouvent suffisamment com­ miner A cause de l’état défectueux du texte actuel. Le second, dont la date est incertaine, est surtout bien ce genre était en vogue. La légende s'empara sur­ tout d’Adam, d’Abraham et dc Moïse. Important par ses renseignements sur les croyances et les pratiques religieuses des derniers siècles avant 2. Apocalypses. — Comme les légendes avaient pris Jésus-Christ; il dépasse, au point dc vue dc la composi­ soin d'embellir Je passé en complétant les livres histo­ tion, toutes les autres narrations dc ΓAncien Testa­ riques, les apocalypses s'appliquèrent à transfigurer ment. Le troisième donne des renseignements sur l'avenir et Λ préciser les prophéties anciennes. Fuyant l’origine de la fête des Purim et contient sûrement une la misère des temps présents, les visionnaires se refugiaient en esprit vers le bonheur dc l’époque messia­ histoire vraie, mais élargie dans un but parénetique. Il y a lieu d'ajouter à ces sources bibliques de l’his­ nique, vers les mystères de l'autre monde. Ils placent toire Juive les papyrus araméens découverts au com­ leurs révélations dans la bouche de ceux des anciens mencement du xx· siècle à Assouan et Λ Éléphantlne patriarches et prophètes (llénoch. Moïse, etc.), qui dont les derniers surtout ont jeté une lumière inat- semblaient être les plus capables de les donner. Malgré leurs éléments fantastiques et leurs nom­ tendue mit le judaïsme égyptien au i·'siècle. (IL Saycc, breuses obscurités, ces productions sont très impor­ Aramaic papyri discovered at Assuan, Londres, 1906; tantes pour la connaissance de la théologie juive, en J. Euting, Notice sur un papyrus égypto-araméen de la particulier du messianisme et de l'eschatologio. « Elles bibliothèque impériale de Strasbourg, Paris, 1903; comblent la lacune littéraire qui s'étend entre l’Ancien E. Sachau, Drel aramdische Papyrusurkundcn aus et le Nouveau Testament, et, par les espérances si Elephantine, Berlin, 1908 ; M, J. Lagrange, Les nouhautement messianiques qui sont leur caractéristique vraux papyrus d'Êléphantine dans itenue biblique, commune, elles sont comme une sorte de prolongement 1908, p. 325 sq. et d’épilogue des prophètes canoniques, en même 2° Littérature apocryphe. — A partir du 1F siècle temps que le prologue de l’Évangile. » P. Batiffol, avant Jésus-Christ, on volt surgir du sein du judaïsme, Dictionnaire de la Bible, t. i, col. 757. à côté des livres inspirés qui devenaient dc plus en a) Livre d’Hénoch. — C'est un conglomérat d’écrits plus rares, une autre littérature, aussi riche que variée. de date et de contenu très différent, tous attribués au Ces nouveaux produits de l'esprit judaïque sont si nombreux et parfois si remarquables qu’ils repré­ patriarche Hénoch. Scs parties les plus anciennes sont les chapitres r-xxxvi et lxxii-cv; la première date sentent une seconde floraison de la littérature Israélite. probablement du temps prémacchabéen et nous ren­ Ils témoignent de la vie intellectuelle intense du seigne sur la chute des anges, le jugement final et le judaïsme tardif. Cette littérature se compose de groupes très diffé­ monde dc l'au-delà ; la seconde appartient plutôt à l’époque asmonéenne et le contenu en est très dispa­ rents parmi lesquels il faut nommer en premier lieu les apocryphes. Ce sont des livres qui ressemblent pour rate; il y a un traité astronomique, c. lxxii-lxxxii, le fond et pour la forme aux écrits canoniques, et ont deux aperçus sur l’histoire du monde et des Israélites au point dc vue messianique : une vision sur le été pour cette raison assez souvent regardés comme déluge, c. Lxxxiü-Lxxxiv, et une vision sur les ani­ divins. Leurs auteurs ont imité les écrits inspirés et, pour donner plus de crédit à leurs productions les ont maux et les soixante-dix berger·», nommée livre des mises sous le nom de personnages célèbres de l'anti­ Songes, c. lxxxv-xc, des exhortations et des malédic­ tions en vue du sort de l'autre monde, c. xci-cv. Dans ce quité Israélite. Toutes ces u uvres sont donc des dernier groupe, les chapitres cxm et xci, 12-17, forment pseudépigraphes. Elles se divisent en trois catégories : 1. Légendes. — a) La Petite Genèse ou Livre des une partie à part nommée apocalypse des dix semaines. Au milieu se trouve le Livre des Paraboles, c. xxxvnJubilés est le spécimen le plus remarquable et le plus ancien dc ce genre. Cet écrit est un élargissement fan­ lxxi; son contenu messianique et cschatologiquc est tout autre que celui des chapitres qui l’englobent. tastique dc l'histoire de la Genèse et dc la première partie dc l’Exodc. Il fut composé en Palestine proba­ L'origine en est très discutée; nous nous rallions à blement du temps dc Jean Hyrcan (135-104); il est l'opinion dc ceux qui l'attribuent au temps d’ilérodc même très vraisemblable qu'il contient des éléments le Grand (37-4 avant notre ère). Puisque ni la mort prémacchübéens. du Messie sur la croix, ni sa résurrection ne sont men­ b) Le martyre d'isale raconte la persécution du tionnés, il nous semble que rien ne permet de regarder les passages sur le Fils dc l'homme et sur l’Élu comme grand prophète par le roi Manassé. A cette légende qui date d'avant Jésus-Christ, une main chrétienne a des interpolations chrétiennes. ajouté une vision d'Isaïe, dc sorte qu'on nomme Le livre d’Hénoch est la plus Importante de toutes souvent l’cnscmblc Ascension d* Isaïe. les apocalypses parce qu’il « a contribué à propager l’attente du Messie, à vulgariser les concepts du juge­ c) La lettre d’Aristée, composée antérieurement à 63 avant Jésus-Christ, raconte l'origine miraculeuse I ment, dc la géhenne, du royaume du ciel... à la veille dc la venue du Sauveur ». V. Nau dans le Dictionnaire de la version des Septante. apologétique, t. i, col. 165. d) Le IIP livre d’Esdras est la traduction grecque On l’appelle souvent le livre éthiopien d’Hénoch d’un extrait des livres des Chroniques ainsi que d’Es- I dras et de Néhémlc, probablement faite à la fin du | pour le distinguer du livre slave d’Hé och, recension beaucoup plus récente qui date du F* siècle chrétien; deuxième siècle avant Jésus-Christ. Il n'a donc pas celle-ci est assez Indépendante du livre primitif et le caractère légendaire des autres écrits dc ce groupe; surtout originale pour l'eschatologie. cependant lui aussi est élargi par un récit fabuleux sur b) Ascension de Moïse. — C'est un discours adressé les trois pages de Darius parmi lesquels sc trouva J Zorobabel. | pur Moïse à Josué sur les destins futurs du peuple élu. e) Le IIP livre des Macchabées contient un roman I Le livre a été composé peu après la mort d’I lérodc. sur PtuUméc IV : celui-ci, après avoir voulu pénétrer j c) Livre des Testaments des douze Patriarches. — dans le sanctuaire du temple dc Jérusalem et après Celte apocalypse est un élargissement du testament avoir été un grand ennemi des Juifs, devient leur ami ( de Jacob, Gen·, xlix. Chacun des douze fils est mis en scène, rai onto sa vie et fait des prophéties sur l’avenir dévoué. Ces cinq livres ne sont que des témoins épar» d'une ! de sa tribu. Ce n'est po *, comme on le suppose sou 1589 JUDAÏSME, littérature juive vent, tin livre chrétien mais une œuvre juive avec dei Interpolai Ions chrétiennes. 11 date comme le Livre dea Jubilés, dont 11 partage 1rs Idées messianiques, de l'époque de Jean Hyrcan. Dans le tableau du Messie, les additions chrétiennes sont assez nombreuses, comme le P. Lagrange le prouve contre Charles et Bousset. Le Messianisme chez les Jui/s, Paris, 1903, p. 68 sq. d) IV· livre d'Esdras, — Apocalypse très remar­ quable parson contenu comme par sa beauté littéraire, composée peu après la destruction de Jérusalem par Titus. Elle révèle le pessimisme des Juifs après ce désastre, mais encore davantage leur espérance imper­ turbable en l'avènement prochain du Messie et en la rétribution Juste et complète de tous les hommes dans l’autre monde. Son influence, dans les milieux chré­ tiens. même dans la liturgie, a été encore plus grande que celle d’Hénoch. e) Apocalypse de Baruch. — Elle est écrite à la môme époque et dans le même esprit, mais avec moins d'art que le IV· livre d’Esdras. Le prophète Baruch est censé relater ce qu'il a vu après la destruction dc Jérusalem par les Babyloniens en 586; en réalité l'au­ teur parle de la chute de Jérusalem en 70 après JésusChrist. I) Livres sibyllins. — St païen que paraisse leur nom, les quatorze livres sibyllins sont Juifs ou chrétiens par leur origine aussi bien que par leur contenu. — Les oracles des sibylles païennes furent parfois fixés par écrit. Les Juifs mirent ces prédictions Λ profit comme véhicules de leurs pensées dans le monde païen : ils répandirent leurs Idées sous forme d'oracles sibyllins et furent plus tard Imités par les chrétiens dans ce genre de propagande. Les oracles sybillins nous sont conservés dans une forme chaotique qui rend souvent très difficile le discernement des prédictions juives et chrétiennes. Parmi les quatorze livres, ce sont surtout les livres ΠΙ-V qui contiennent les éléments juifs. Le III· livre (vers 97-807) est le reflet des grandes espérances que les Juifs nourrissaient après les succès des Macchabées. Il appartient au temps asmonéen et fut écrit vers 140 avant Jésus-Christ. Il célèbre le rôle providentiel du peuple juif dans le monde et du Messie dans le sein de son peuple. Le IV· livre donne un aperçu dc l'histoire du monde jusqu'à l'éruption du Vésuve (79 après J.-C.) et décrit le jugement que Pieu doit exercer un jour. 3. Livres didactiques. — On a aussi Imité les can­ tiques cl les livres sapientiaux. a) Les Psaumes de Salomon, au nombre de dlx-hult, sont le produit le plus remarquable de ce genre au point dc vue religieux et poétique. Ils ont été composés en hébreu très peu après la prise dc Jérusalem par Pompée; ils expriment d’une façon admirable les sen­ timents amers et indignés des pieux pharisiens contre la nouvelle domination étrangère et leur confiance en Jahvé qui réparera tout par le Messie. b) Les Odes de Salomon, au nombre de quarantedeux, sont beaucoup moins Importantes. Elles ont été composées en grec au *i r siècle dc l'ère chrétienne, pro­ bablement par un prosélyte. Il y a bien des retouches chrétiennes dans un sens gnostique. c) La prière de Manassê n été composée à l'époque macchabécnnc et contient les paroles que le roi Ma· nassé, d’après II Par., xxxnt, 11-13, a dû proférer devant Dieu, après avoir été transporté en exil. d) Le IV· livre des Macchabées est un discours paranétlque · sur l’empire dc la raison ». L’auteur est un Juif stoïcien. Il prend commo point de départ les martyrs macchabéens et veut prouver que la foi et la piété surmontent toutes les passions cl toutes les douleurs. L'écrit appartient au même milieu hellénique 1590 que la Sagesse La date en est très Incertaine; probable­ ment il fut composé au premier siècle chrétien avant 70. 3· Littérature rabbinique. — Tandis que les auteurs d'apocrvphes avaient la prétention de fournir de nouveaux écrits bibliques, d’autres maîtres en Israël de la même époque s'adonnaient avec un zèle admi­ rable à la conservation et à l'explication des anciens textes sacrés, surtout de la Thora. Ce travail exégétlque, fourni en partie déjà pendant les siècles précé­ dents, fut entrepris d’une façon systématique à partir du dernier siècle avant Jésus-Christ. Comme ses entre­ preneurs portèrent au moins plus tard le titre hono­ rifique de rabbi, on nomme l'ensemble de cette pro­ duction la littérature rabblnlque. Longtemps les gloses des rabbins ne furent pas Axées par écrit, mais transmises d'une génération de savants à l'autre par l'enseignement oral. C'est seulement à partir du iF siècle de l'ère chrétienne qu'elles furent rédigées, de sorte que la forme définitive ne tombe qu'en partie dans l'époque judaïque qui nous intéresse Mais en tant que les témoignages cités lui appartiennent et représentent la tradition de ce temps, ces œuvres rabbinlques entrent pour une large mesure dans le cadre de nos recherches. Lc travail exégétlque des rabbis fut double. En premier lieu il portait sur la Loi dont on maintenait scrupuleusement la lettre en même temps qu’on l'a· daptalt aux besoins des temps nouveaux. Il en résulta le droit traditionnel, nommé Halacha chemin). En second lieu on s'occupait du contenu historique et dogmatique du Pentateuque comme de tous les autres livres, en le développant par des spéculations. Il en résultait la Ilagqada («■ doctrine). 1. La Halacha d'abord était exposée ou bien en connexion étroite avec le texte, en forme de commen taires suivis, ou bien d’une façon systématique, groupée d'après les dilTérentes sortes dc lois. Le second genre prévalut et fut seul employé dans la littérature talmudique. Cette dernière comprend : a) La Mischna («■ répétion) qui est la plus ancienne codification du droit Juif. Sa rédaction définitive fut faite par Rabbi (■■ Rabbi Juda ha-Nusi) à la fin du 1F siècle chrétien; quelques parties en furent déjà écrites plus tôt par Rabbi Meir et Rabbi Akiba. Elle se divise en soixante traités; ceux-ci se subdivisent en chapitres et en paragraphes. Elle renferme les axis et les décisions d’une trentaine dc rabbins, nommés Tannaïtes et appartenant à quatre générations (70100, 100-130, 130-160, 160-200 après J.-C.). b) La Tosephla (« addition) qui contient les paroles des Tannaïtes omises dans la Mischna. La Tosephta est d'origine palestinienne comme la Mischna; com­ posée sur le modèle de celle-ci, elle a plus d'intérêt pour la connaissance du judaïsme ù l’époque de JésusChrist. car elle contient fréquemment la tradition sous une forme plus ancienne et plus purc. c) Les Talmuds (■« enseignement) palestinien el babylonien, qui sont le commentaire dc la Mischna et de la Tosephla. Ils n'ont été composés qu'à partir du nF siècle après Jésus-Christ. A cause de leur origine récente el surtout parce que les autorités qui y sont citées ne font plus partie des Tannaïtes, mais des Amorécns. c'est-à-dire des savants qui les suivirent. Us ne nous regardent plus, à l'exception des quelques passages dont il est expressément dit qu’ils appar­ tiennent à la tradition tannalque et qui portent le nom dc Baraltha. 2. La llaggada, qui se trouve aussi dispersée dans les livres talmudiques, est surtout conservée dans deux autres sortes de compositions rabbiidqucs, les *Midra schim ( « recherche) et les Targums ( — interpréta­ tion). a) Midraschim.— On nomme ainsi les commentaires 1591 JUDAÏSME, LITTERATURE JUIVE lulvh du texte sacré. Ils concernent le texte de la Thorn «ossl bien que celui des autres livres de sorte qnc 1rs élément * h.iggadlqucs y sont mêlés aux clé­ ments halachites. Dans les plus anciens Mldraschim c'est-à-dire d mi ceux qui remontent pour le fond au ir siècle de notre ère. savoir Mechilta (sur l'Exode), Siphra (sur le Lé vl tique) ct Stphrê (sur les Nombres et le Deutéronome), les derniers prédominent. Les autres (Rabbolh, Pesikta, etc.) appartiennent aux siècles pos­ térieurs et sont plus riches en matériaux haggndiqucs. Le premier et le plus important des Midrasch est le ffrre apocryphe des Jubilés (voir ci-dessus). b) Targuais. — Ils furent primitivement des tra­ ductions arnméenncs du texte hébreu, nécessitées par l'ignorance de la langue hébraïque. Toutefois la plupart d'entre eux ne sont pas des traductions litté­ rales, mais bien des paraphrases mldraschiques. Les plus anciens sont le Targum d'Onkelos pour le Pentateuque, et celui de Jonathan pour les prophètes; le fond primitif de ces versions remonte au r* r siècle de l'ère chrétienne; leur rédaction définitive appartient au îv* siècle Leur conception du texte biblique cor­ respond plusieurs fols d’une façon étonnante à celle du Nouvra . Testament, preuve qu’ils remontent pour le fond à l'époque apostolique. Ces deux Tanmms, sur­ tout le prem cr, sont des versions assez exactes, tandis que tous l<*s autres, en particulier ceux des Hagiographes sont des paraphrases très fantastiques. Ils sont beaucoup plus récents que ceux d’Onkelos et de Jonathan. 4· Littérature hellénique, ni canonique, ni apocryphe. — La plupart des œuvres juives mentionnées jus­ qu’ici appartiennent au Judaïsme palestinien ou au moins hébreu. Depuis que, par suite de l’expédition d’Alexandre le Grand, l’Orient se trouva sous l’in­ fluence de l’hellénisme et que les Juifs se dispersèrent en figspte, en Syrie et même en Europe, le judaïsme eut aux *l une littérature hellénique. Nous en avons déjà rencontré deux spécimens parmi les livres inspi­ rés : la Sagesse ct le 11· livre de * Macchabées et quatre parmi les apocryphi '» : le 111· et le IV· livre des Maccha­ bées, le III· livre d'Esdras, la prière de Mariasse. Ils •ont loin d’être les seuls. Le travail littéraire de l’hellénisme juif est particulièrement riche et ramifié. Il tourne en premier lieu autour de la Bible, mais 11 s’est également emparé d’autres sujets. 1. t . textes nrtginnux, pour autant qu'ils bées, mais plus encore pour Arhtobulc et Phllon. conservé·, rt les plus anciennes version· sont dhper *ées Arlstobule est un philosophe pérlpatétfclen qui a , sont on de ne mbreuses publication·; on le * trouvera rassemblées composé, paratt-ll, pour Ptolémée VI (181-146) un on traduction allemande dan· E. Kautz-ch, Die ApoKryphen commentaire mldraschiquc de la Thora, en vue de und Pseudeplgraphen des Atten Teitamentes, 2 vol., prouver que les penseurs et les poètes de la Grèce se Tublngue, 1900, et encore mieux, en traduction anal d>e, sont Inspirés de Moïse. L'œuvre d'Aristobule ne s'est dans II. Charlo·. The Apocrypha and Ptcudcplgrapha <>j conservée qu'en fragments, dans Ch nient d'Alexan­ the Old Testament, 2 vol., Oxford, 1913. 3· littérature rabblnique. — 1. Mlschna fine totius ffebra·· drie ct dans Etisèbc, ct la fixation de son acmé ne va orum furis... systema cum clarissimorum Jtabbinorum Mai· pas non plus sans de graves difficultés. monldis et Ilarlenorie commentariis Integris... latinitate Philon, sensiblement contemporain de Jésus-Christ, donavit or notis illustravit Gull. Surenhudu *. f» vol. ι.ι-fol.. est le plus grand écrivain, et le plus grand s ivant du Am terdam, 1698-1703; édition du texte vocalbé avec traduction allemande de J.-M. Jost, Berlin, 1832-3-1. 6 vol. Judaïsme hellénique. Il a tenté de faire la synthèse de — 2. Tosephta : M. S. Zuekrrmandrl, Tosefta nnrh d»n la religion mosaïque avec la philosophie grecque. Son Erfurter und Wiener Jiandschriften mit Pamllehtcllen und œuvre, son action, son influence seront étudiées en X'arlanten, Pasew.dk, 1880; I-cv. Friedlândrr, Zxi Towchta, détail à l'art. Phtlom. Signalons seulement ici les livraison Scrutin, livraison Saschim, ITesbourg. 1889 rt œuvres principales où sc manifestent scs Idées théolo­ 1890. — 3. TaLr.ud palutinlen, édition de Cracovle, 1609; giques ct philosophiques : M. Schwab, Le Talmud de Jérusalem traduit pour ta première a) Quirstiones d solutiones in Genesim d in Exodum, fais. Pari·, 1878-1889, t. lî-xt; le premier volume, paru en 1871 sous un autre titre, a été réédité en 1890 %cu· le courte explication en tonne de catéchisme des deux titre, f-e Talmud de Jér., t. i. — 4. Talmud babylonien. La premiers livres de la Thora. meilleure édition m r*t celle de Wilna, 1880-1886. »*n 25 voL b) Legum allegorite ou Commentaire allégorique des Il n'est pa· encore traduit en entier; trois traité * entre autres saintes lois, qui s'occupe, en seize écrits différents, des sont traduit * dans L’goHni, Thesaurus antiquitatum sacra· principales questions relatives A la Genèse. rum, Venise, 1755-1763, t. xrx et xxv. — 5. AH rmehim : e) *L exposition systématique des lois de Moïse, en MeMlta..kritish bearbeitet von J.-H. XV’cl , ** Vienne, 1865; sept traités. Sl/ru, Parapha :um Leviticus, berausgegeben ton J.-H. WeK·, Vienne, 1865; Slfnt... herauigeaebm i*>n M. Fried­ d) Écrits spéciaux : sur Moïse, sur les Juifs, sur la Providence, etc. L'œuvre de Phllon n'est pas seule­ mann, Vienne, 1861. Vue traduction latine de ce· trois Midrasch se trouve dan· t goPnl.op. cit., t. xtv et xv. — 6. ment remarquable par l’élévation des Idées mais Targum : Targuai Onkelos, herausgegebcn und erldutcrt mn encore par la composition ct le style. A. Berliner, t. 1-n, Berlin, 1884; le Targum de Jonathan 5. Écrits apologétiques. — Par leur religion mono­ pour les prophète * e*t publié par P. de Lag;irde, Prophetae théiste, les Juifs formaient dans le monde grécoChaldaice, Ix»ipzlg. 1872. 1· Ecrivains fui fs. — I *eule édition critique des œuvres romain un élément hétérogène qui sc heurtait partout do Flavius Josèphe est cello de Nie *· : l·'lardl Jo *ephi opera, au paganisme. Pour cette raison, la majeure partie de 6 vol., Berlin, 1887-1894; B. Arnauld d'AndUly a publié la littérature Judéo-hellénique accuse une tendance une traduction française. Pari·, 1667-1668, qui fut rééditée apologétique. Mais puisque les auteurs païens les pur Huchon, I*arh. 1894; une nouvelle traduction n été attaquaient souvent dans leurs livres, que plusieurs *o entrepri * sou la direction de Théod. Bcinach : (Eums même composaient dans ce but des écrits spéciaux, les complètes de Flavius Josèphe, t. i. Antiquités Judaïquts, Juifs se préoccupèrent de réfuter directement les accu­ livre * I-IV, traduction de Julien Well!, Piri% 19<»0. — La sations de leurs adversaires. De ces écrits, deux seule­ publication principale de * ouvrages de Philan est toujours colle de Thom. Mangey, Philonis Judari opera, 2 volM ment nous sont connus : un fragment de l'apologie de Londres, 1712. Plus critique mais encore inachevée e>t ce’le Philon sur les Juifs ct le livre de Josèphe contre Apion. do Léopold Colin et P. Wendlnnd, Philonis Alesandrini 6. Écrits de propagande sous forme païenne. — Il faut Opera quee sufiersunt,Berlin, 1896 sq., t. vî, en 1915. — Pour encore nommer une dernière classe de produits litté­ les autres auteurs Juchicht· drs jùdlschen Juive sous le masque païen. Les principaux de ces Volkcs ini Zeitaltcr Jesu Christi, 3· édit., Ixdpzig. t. t, 1901, pseudéplgraphes sont les passages Juifs des livres p. 31-161 : I 3; Qucllen; t. mt 1898, p. 135-M2 : ^32-34, Die sibyllins sur le messianisme. Voir plus haut. paleslincnslsch-jüdische Literatur, die hellenistisch-judische Sous le nom du Perse Hystaspe, les écrivains chré­ Lit., Philo; voir aussi J. Felten, Neutrstamentllche Zeitgv tiens, Justin, Clément d’Alexandrie, Lactance, con­ schichte Ratisbonne, 1910,1.1, p. 3-18 : Einlcitung; p. 521naissaient un écrit Juif qui annonçait la venue du fils 620 : Die jildlsche Literatur; W.Boiisset, Die Beligion d>s Judentums im neutestamentllchen Zcitaltcr, 2* édit., Berlin, de Dieu ct son règne sur terre. 1906, p. 6-53 : Die Qucllen. Nous connaissons aussi une poésie gnomlque de 2· Sur les apocryphes, on trouvera l'essentiel dans deux cent trente hexamètres, attribuée au poète gnoE. Knutzsch, op. clt.; H. Charles, op. cit.: XV. Bousset, h te mlquc Phocylidc qui a vécu nu vî· siècle avant J.-C. jûdische Apocalyplik, Berlin, 1903; P. X’olz, Judlsche Λ Mllct, ct une collection de sentences, semblable aux l'schatologie von Daniel bis Aklba, Tubinguc, 1903, p. 1-51 : Proverbes, attribuée nu poète attlquc Ménandre (t 290 l’ebcrsicht ûber die eschatologlsche Liltcralur non lïanlel bis avant J.-C.). Aklba; M. J. Lagrange, Messianisme chez les Juifs, Pari *, 1909, p. 37-50 : généralité * sur 1« apocalypses; P· Batiffol * Dnns les œuvres d'Eusèbc et de Clément d'Alexan­ Apocalypses apocryphes, dans Dictionnaire de la Bible, I. i, drie, nous trouvons encore des vers, attribués aux col. 757-767; Sibyllins (Oracles) : Ibid., t. v, coi. 1689-1691; grands poètes grecs comme Sophocle, Homère, Orphée, Delnunuy, Moines ct Sibylles dans l'antiquité judeo-grecque. qui sont censés faire l'éloge des Juifs et de leurs Insti­ Parts, 1871. tutions. Ces falsifications remontent en partie A 3· Sur la littérature rabblnique consulter avant tout Hécatée d'Abdèrc, Juif contemporain d'Alexandre le 11. Strack, Unit Hung in den Talmud und Midrasch, 5* étlll., Grand, qui composa une œuvre sur Abraham. Dans la Munich, 1921; ensuite Zunz. Die gotteedienstlichen X’urtrdge 1595 JUDAÏSME. HISTOIRE POLITIQUE I 59fi hostiles, lorsque leur demande d’aider Λ la reconstrue dtr Judrn. 2· édit., faite par Brûll, Berlin, 1892; M. Bâcher, Die Agada drr Tannalten, Slraslwnirg, t. î, 2· ëdtL. 1903, lion du temple, faite surtout par les Samaritains, ne t. n, lh 0; Lagrange, op. c/L, p, 137-147 : lo rabbinisme,la leur fut pas accordée. Les membres de In Gola préfé­ tradition, *on caractère général; Lesêtro, Mischna dans rèrent se passer de leur concours parce qu’ils les Diction. de la Bible, t. in, col. 1127-1130, Mangonot, Tar- Jugaicnt Indignes de prendre part au culte et sc sépa­ garni, ibtd., t. iv, col. 1595-2008. rèrent strictement des occupants du pays. Pour se 4· Sar la littérature hellénique, Chrlst-Stlhlln-Schmld, venger, ceux-ci empêchèrent la Gola de continuer la op. dt.; W. Prlcdlfinder, Geschichte der jûdischen Apolqgctik ali Vorijeschlchte des Chrlstentums, 1903. — Sur Flavius j reconstruction du temple. Cet Incident, ainsi que la Jotêphe roxcellrnte biographie do B. Laqueur, Der fÙdhche misère qui s'augmentait par suite des mauvaises HUtoriker Flavius Josephus, GloMcn, 1920; Châslos, De moissons, causa un grand découragement dans les Pautori té historique de Flavius Josèphr, Paris, 1841; H. rangs des rapatriés. Leur espoir qu’avec le retour le Lesétro, Josép he, dans Diet, de la Bible, 1.111,col. 1676-1679, — Sur Phllon, Dclaunoy. Philon d'Alexandrie, écrits histo­ temps messianique allait se réaliser fut déçu. Pendant los dernières années de Cyrus cl tout le règne de Cam­ riques; influence, luttes et persécutions des Juifs dans le byse (529-522) on ne reprit pas les travaux du temple. monde romain, 2* Parts, 1880; IL Lœélro, Philon, dans Did. de la B(bL, t. v, col. 300-312. On s’en désintéressait A tel point que les riches, au lieu de fournir les moyens pour continuer l'œuvre sc faisaient construire des maisons de luxe. Ag.» i, 4. II. Histoire politique. — L'histoire de l'ancien Israël s'ouvre par une migration qui, vers 2000, mène La seconde année du règne de Darius Ier (520), la situation changea tout à coup. Dieu suscita deux pro­ Abraham des bords de l'Euphrate en Palestine, et se termine par la destruction de la ville sainte en 586 phètes, Aggéc et Zacharie, pour encourager le peuple à reprendre la construction. Par suite des brillantes pro­ avant Jésus-Christ et par la dispersion de ses habitants. Par un curieux parallélisme, l'histoire du Judaïsme messes qu’ils rattachaient A l’achèvement du temple, les Israélites se mirent avec ardeur à l’ouvrage sous la débute par le retour des exilés, qui des fleuves de la Babylonie retournent en la Terre sainte et se clôture direction de Zorobabel et du grand prêtre Josué, et avec la prise et la ruine de Jérusalem par Titus en 70 après quatre ans, en dépit des démarches que Thaaprès Jésus-Christ, ou mieux encore par l'anéantisse­ thanaT, gouverneur perse de la Clsjordane, poussé par les ennemis de la Jeune communauté, avait faites ment de la nation après l'insurrection de Barkokéba en l'an 135. pour entraver l'entreprise, le temple fut achevé (515). SI, avant l'exil, l'histoire des Israélites était déjà 2. Œuvre de Néhémie el d’Esdras. — Cette première intimement liée A celle de leur religion, elle le fut restauration fut suivie, après un intervalle de près encore davantage après le retour, lorsque l’État d’un demi-siècle, d'une seconde qui fut marquée par monarchique eut fait place à une communauté ecclé­ l'œuvre de Néhémie et d’Esdras. Malgré les renseigne­ siastique, de sorte que l'histoire politique du judaïsme ments, contenus dans les livres qui portent les noms est en grande partie son histoire religieuse. de ccs deux personnages, une grande incertitude plane Cette seconde époque se divise en trois périodes, sur la manière dont fut conduite cette entreprise, et correspondant A la domination que les trois empires sur la chronologie des événements. D'après le texte perse, grec et romain exercèrent l'un après l'autre sur actuel de ces deux livres, Esdras obtint la vu· année la Palestine comme sur toute l’Asie antérieure. d’Artaxerxès (458) la permission de rentrer en Pales­ 1· Période perse. — 1. Retour et première restaura­ tine avec une nouvelle caravane d’environ dix-sept tion. — Peu après son entrée triomphale à Babylone cents personnes. Arrivé en Palestine, ll s'effraya de (539 avant J.-C.), Cyrus permit aux Juifs de retourner voir le grand nombre d'abus qui avalent pris naissance dans leur pays et d’y reconstruire le temple. Conformé­ dans la colonie installée depuis le règne de Cyrus; il ment A scs principes religieux et politiques, non seule­ s’étonna particulièrement des nombreux mariages ment il les y autorisa par un flrman, mais ii les y aida entre les Juifs et les femmes païennes de la région. II aussi par de fortes sommes et leur livra les vases sacrés intervint avec une extrême sévérité conformément et les trésors que Nobuchodonosor avait emportés. aux larges pouvoirs qui lui avalent été donnés par le Après les préparatifs nécessaires, quarante-deux gouvernement perse dans le but formel d’introduire la mille trois cent soixante exilés, parmi lesquels beau­ Thora de Moïse. Mais il n'eut de succès que treize ans coup de prêtres, se mirent en route, sans doute en plus tard (445), lorsqu'il reçut une aide puissante en plusieurs caravanes, conduits par Scheschbassar, la personne de Néhémie, une des personnalités les plus prince de la famille de David. Esdr., n, 64. Celui-ci est sympathiques de l’histoire juive. Celui-ci, quoique selon toute probabilité identique à Zorobabel, premier Juif, était devenu l'échanson et le favori du même roi gouverneur du nouvel État. Voir Van Hoonacker, Artaxerxès. 11 avait appris que ses coreligionnaires Notes sur l’histoire de la restauration fuioe après l’exil vivaient dans une extrême pénurie et qu’ils n'avalent de Babylone, dans Revue biblique, 1901, p. 7 sq. pas même encore réussi A bâtir les murs et les portes Bien des Juifs, surtout ceux qui s'étalent créé en de Jérusalem. Deux fols, sous Xcrxès Ier (485-465) Chaldée une situation et ceux qui étalent le moins et sous Artaxerxès Pr, Esdr., vi, 6-23, on avait vaine­ animés d'esprit religieux, ne quittèrent pas la Méso­ ment entrepris leur relèvement. Sur sa demande, le potamie et devinrent le noyau de la Diaspora baby­ roi l’envoya comme gouverneur en Judée. En cin­ quante-deux jours, malgré les attaques et les intrigues lonienne. Cependant ils restaient attachés A la Terre sainte et au Jahvhmc el subventionnèrent les cara­ des ennemis, surtout du prince samaritain Snnaballat et de l'Ammonite Toblc, ll fit achever les murs, les vanes des partants ainsi que plus tard les rapatriés. tours et les portes. Neh., vi, 1-15. Ceux qui retournèrent s’installèrent tant bien que Tout de suite après, Néhémie se mit A la rénovation mal à Jérusalem surtout et dans sa banlieue; sept mois après leur arrivée, ils construisirent l'autel des holo­ morale du peuple, Neh., vin sq.; car prêtres et laïques caustes et dans la seconde année (536), ils jetèrent les î manquaient A leurs obligations élémentaires, Mal., i-ii; fondements du temple. Les rapatries qui s’appelaient A la fête du nouvel an, le peuple fut convoqué et Esdras U communauté de la Gola n’étaient pas dans une lut publiquement la Loi, alors presque oubliée. A la situation brillante; leur patrie n’étalt plus le pays où fête des Tabernacles, qui survenait au même mois les coulent le lait et le miel. Ils trouvèrent leurs maisons en Juifs furent encore pendant huit jours in .1 nuis dans ruines et leurs champs Incultes. Les voisins qui en la Thora. Ensuite Néhémie renouvela l'alliance d’Is­ avaient pris possession ne virent pas de bon ocll les raël avec Jahvé et 11 eut soin de repeupler la vllle noaveaux arrivés et leur devinrent franchement Après avoir exercé les fonctions de gouverneur pen 1597 JUDAÏSME, HISTOIRE POLITIQUE dant treize ans, 11 retourna en Perse. Il revint cinq ans après et constata de nouveau de grands abus : le snbbnt n’était pas sanctifié, les revenus des prêtres ne se payaient pas, et des mariages mixtes avaient encore Heu en grand nombre. Néliémle agit avec rigueur et chassa même du pays un petit-fils du grand prêtre Êllaschib, Manassé, parce qu'il avait épousé la Hile de l’cnncml mortel des Juifs, Sanaballat. C'est JAdessus, d'après Josèphe, An/., XI, vu, 2; vjii, 2, que Sanaballat construisit A Garizlm un temple et y insti­ tua comme grand prêtre Manassé. D'autres prêtres encore et des laïques, mécontents des mesures de Néhémie, suivirent Manassé. Ainsi devint définitif le schisme des Juifs et des Samaritains. Tel est l'enchaînement des faits communément admis, ft s’en tenir au texte actuel des deux livres canoniques. Néanmoins ft y regarder de près, cette restitution des événements offre de fort sérieuses diffi­ cultés. Aussi plusieurs critiques sont-ils d'avis que l’activité de Néhémie est Λ placer avant celle d’Esdras. Voir surtout A. Van Hoonacker, Nouvelles études sur la restauration juive après l’exil de Babylone, Louvain, 1896. La vu· année d’Artaxerxès, donnée comme date de l'arrivée d’Esdras, ne serait pas la vu· année du premier, mais du second roi de ce nom, qui régna de 405 ft 358; elle correspondrait donc A l'an 398. Dès lors 11 faudrait placer les événements rapportés Esdr., vii-x, après ceux que raconte le livre de Néhémie. En effet l’ordre donné par Artaxerxès I·» A Néhémie et les premières mesures prises par celui-ci ne tiennent aucun compte de l'œuvre de réforme accomplie par Esdras, et seraient incompréhensibles venant après l'action de celui-d. Pour une foule d'autres raisons, voir Esdras et Néhémie, t. v, col. 547 sq., l'ordre de succession Néhémie-Esdras semble s'imposer. Dans ce cas, Esdras aurait coopéré Λ l'œuvre de Néhémie comme simple prêtre, non comme délégué du grand roi et son retour avec la caravane de dix-sept cents Juifs serait un second voyage de rapatriement, qui prit place après un séjour de quelques années que ce prêtre dut aller faire en Babylonie. Récemment cette hypothèse a été attaquée par le P. Kugler, op. rit., p. 201 sq., lequel a prétendu la réfuter définitivement par des arguments, tirés de calculs astronomiques et do données du calendrier juif : en 398, le départ de la caravane d’Esdras aurait eu lieu un vendredi, la veille du sabbat et l'arrivée A Jérusalem un sabbat; en 458, le départ tomberait un mercredi cl l'arrivée un vendredi. Dans le premier cas, le repos du sabbat aurait été deux fois violé; il faudrait donc maintenir l’année 458 pour le retour d’Esdras. A. Van Hoonacker, Hevue biblique, 1923. p. 481-494 et 1924, p. 33-61 après avoir soumis celte argumentation ft un examen minutieux aboutit Λ prouver que les bases en sont précaires. Nous sommes donc autorisés Λ maintenir avec lui la suite Néhémie-Esdras. 3. Destinées ultérieures des Juifs sous la domination perse. - Pendant que dans leur patrie les Israélites sc trouvaient dans une extrême détresse, Ils obtenaient Λ Suse sous lo règne de Xcrxès *I r (485-165). par l’élévation d'Est her ù la dignité de rcine la gloire et la puissance. Sur In vio des Juifs en Palestine A In fin du v« et nu IV· siècle, nous avons peu de renseignements. Par Josèphe, Ant.. XI, vu, 1, nous savons que le grand prêtre Jochanan, petit-fils d'Eliaschib el frère de Manassé, tua dans le temple pendant l’office son autre frère Josué parce que celui-ci voulait, avec l'aide du gouverneur perse Bagosès, s'emparer du souverain pontificat et dans la chronique d’Eusèbe, nous lisons que sous Artaxerxès III Ochus (358-337) beaucoup do Juifs furent déportés en Hyrkanle, près de la mer Caspienne Eusèbe, Chron , édit. Schœnc, l n, p. 112. 1598 Parmi les papyrus d'Éléphantlne se trouve une lettre, adressée en 408-7 parles membres d'une colonie militaire juive au gouverneur Bagoas (— Bagosès) et aux fils de Sanaballat. I^es requérants se plaignent de ce que le temple que leurs ancêtres avalent construit dans la forteresse de Jeb en l'honneur de Jahvé, ait été détruit en 411-10, par des prêtres païens. Us se sont déjà adressés, II y a trois uns, au grand prêtre Jochanan de Jérusalem et A Bagoas, sans avoir eu de réponse. Ils viennent de nouveau solliciter la faveur du gouverneur ainsi que des fils des grands ennemis des Juifs pour reconstruire le temple. Bagoas, d'après un autre texte très fragmentaire, leur accorda l’objet de leur demande. Il résulte de ces textes qu'au vr siècle déjà il y avait en Égy pte une importante colonie juive qui, ne pou­ vant pas prendre part au cuite de Jérusalem, avait pris l'initiative de construire un temple à son usage. 2e Période grecque. — 1. D *Alexandre le Grand jusqu'à Antiochus Épiphane (333-175). — Lorsque, en 333, Alexandre le Grand, par la bataille d’issus, eut mis fin à l’empire perse, une nouvelle période com­ mença pour l'Orient, qui allait désormais subir avec le règne de ses nouveaux maîtres, l'influence de la civili­ sation hellénique. D'après Josèphe, An/., XI, vin,4, la Palestine aurait été conquise par Alexandre lui-même qui serait entré solennellement à Jérusalem pour rendre hommage à Jahvé; mais en réalité la Terre sainte fut soumise au joug grec par ses deux généraux Parménion et Per­ diccas. Pendant les guerres des diadoques, elle eut beau­ coup A souffrir parce qu'elle se trouvait entre le royaume égyptien des Lagides et le royaume syrobabylonien des Sélcucldes. Elle était la pomme de discorde entre eux comme autrefois entre les pharaons et les rois assyriens. Après la bataille d* Ipsus (301) qui termina ces guerres, elle fut attribuée à Séleucus. Mais lorsque celui-d voulut en prendre possession, il la trouva déjà occupée par Ptolémée, fils de Lagus, et ne voulant pas entrer en guerre avec son ancien compa­ gnon d'armes, ll la lui abandonna. Les nouveaux rois d’Égypte, les Lagides, firent l’impossible pour gagner les faveurs des Juifs. Alexandre déjà leur avait accordé pleine liberté pour leurs pratiques religieuses et les avait, d'après Josèphe. attirés en grand nombre vers l’Égypte, en leur donnant, à Alexandrie les mêmes privilèges qu’aux Grecs. Les Lagides continuèrent celte politique d’Alexandre. Ptolémée 1er donna même de préférence des postes de confiance aux Juifs. Alexandrie devint ainsi presque une ville Juive et bientôt les Juifs habitèrent l'Égypte par milliers. En Palestine, ils jouissaient d’une grande liberté; sans les impôts ft payer et les garnisons égyptiennes à entre­ tenir, ils eussent A peine senti la domination étrangère. L'administration intérieure était tout entière entre leurs mains. De temps A autre ils souffrirent des expéditions entreprises par les successeurs de Séleucus pour reven­ diquer leurs droits. C'est seulement après un siècle, par la bataille de Paneton (198) que ceux-ci parvinrent A s’emparer définitivement de la Palestine. Pendant les dernières luttes, les habitants do la Terre sainte avaient eu beaucoup A endurer de la part des troupes égyptiennes, de sorte qu’ils reçurent avec enthousiasme le vainqueur Antiochus 111 le Grand. Celui-ci les dédommagea par de grands privi­ lèges; 11 leur accorda pleine liberté pour le culte et exempta de tout impôt les prêtres ainsi que les anciens cl tous ceux (pii s'établiraient dans les trois années suivantes A Jérusalem. La fortune qui avait souri ft Antiochus III dans les démêlés avec les Lagides, ne lui resta pas fidèle dans 1599 judaïsme, histoire politique 1600 ta pierre avec les Romains. Par la bataille do Magné- avec lequel les Juifs s’opposèrent Λ cette violation de fla, I! perdit l’Asie Mineure Jusqu’au Taurus et il lui | leurs droits les plus sacrés; avec beaucoup d’autres, fallut payer pendant douze ans un Impôt très lourd. | le nonagénaire fJéazare, les sept frères Macchabées Λ cause de cette dette, il voulut s’emparer des trésors moururent martyrs. des temples païens et fut tué Λ une telle entreprise en j De passive la résistance allait bientôt devenir active Elymalde. Son fils Séleucus Philopator, fut d’abord et une des luttes les plus héroïques de l’histoire reli­ comme son père très favorable aux Juifs; il leur payait gieuse s’engagea. Elle commença dans la petite ville même les frais du culte. Cependant la dette que son de Modeïn. Un fonctionnaire syrien ayant ordonné un père lui avait laissée le rendit avide des trésors du sacrifice païen, le prêtre Mathathias s’y refusa et sanctuaire de Jérusalem. Pour les obtenir, Il envoya lorsqu’un Juif apostat voulut sacrifier, il Je tua ainsi son chancelier Héllodorc: mais celui-ci fut miraculeu­ que le fonctionnaire royal. Il s’enfuit alors avec ses sement empêché de pénétrer dans le temple, 11 Macch., cinq fils dans les montagnes. D’autres sc réfugièrent m. De retour à Antioche, Héliodore tua son suzerain, dans le désert. Ces derniers furent découverts et envoya son fils Démétrius comme otage à Rome et attaqués un jour de sabbat. Pour ne pas violer la loi s’empara du trône. Le frère de Séleucus, Antiochus, divine ils sc laissèrent massacrer avec toutes leurs accourut et chassa l'usurpateur. A cause du succès familles. qu’il eut dès son apparition il s'appela Éplphane. C'est Mathathias réunit autour de lui tous les hommes qui Antiochus IV Éplphane qui devait, par ses Impru­ étaient prêts à défendre leur religion, surtout un dences, et par ses vexations, causer le soulèvement cercle de zélés, nommes hasidtm « pieux. Ils par­ macch abéen. coururent le pays, détruisant les autels païens et 2. Zzs gutrru macchaNennes (175-135). — Depuis mettant à mort les Juifs infidèles. l'expédition d’Alexandre le Grand, Il y avait en Judée Mathathias mourut bientôt (167-66). Son fils aîné, un groupe d’hellénophlles qui étalent devenus de plus Judas, se mit à la tête des insurgés. A cause de ses en plus nombreux. 11$ se recrutaient parmi les nobles succès foudroyants on le surnomma Macchabée — et les riches, en premier lieu parmi l’aristocratie sacer­ Martel. Il remporta immédiatement deux brillantes dotale. A l’avènement d’Antiochus, ce parti se crut victoires; Antiochus envoya une très grande armée; assez fort pour accélérer avec l’aide du gouvernement Judas, dont les troupes s’étalent bien accrues, l’atta­ antiochicn l’hellénisation de la nation. Soutenu par qua près d’Emmaüs et la battit complètement (165lui, Jason. fr< re du grand prêtre Onias, offrit une forte 64). L’année suivante, une armée encore plus forte somme Λ \nth>chiis pour obtenir le poste du souverain envahit la Terre sainte, elle fut également mise en pontificat et l'autorisation de construire un gymnase déroute. Après ce succès, Judas put s’emparer do grec à Jérusalem. Le roi ne céda que trop volontiers Jérusalem à l’exception de l’acropole; il purifia lo aux d-Airs de Jason. Onias fut donc destitué et le temple et érigea un nouvel autel des holocaustes. Le nouveau grand prêtre transforma la vie de la capitale 15 kislev 165, le même jour où trois ans auparavant le premier sacrifice païen avait souillé le sanctuaire, à la grecque. Bientôt des jeux olympiques avaient lieu dans la palestre, auxquels des Juifs prenaient part celui-ci fut solennellement rendu au culte de Jahvé. tout nus, honteux seulement de porter en leur chair le Judas entreprit ensuite plusieurs expéditions dans signe d’alliance et auxquels les prêtres mêmes assis­ les pays voisins qui s'étalent montrés hostiles aux Juifs. Pour mieux protéger les coreligionnaires qui y taient avec un tel zèle qu’ils en oubliaient leur service au temple. Trois ans après, Ménélas, membre de la demeuraient, surtout ceux de la Galilée et de la Tranepuissante et riche famille des Tobiades, ofTrit à Antio­ Jordane, ils les transplanta en Judée. Les opérations contre les Juifs n'avaient pas été chus pour le souverain pontificat une somme encore dirigées par Antiochus en personne, mais principale­ plus grande que Jason et supplanta celul-d. Arrivé ment par le régent Lysias. Le roi lui-même avait au pouvoir, Ménélas osa faire tuer Onias et faire main entrepris une campagne dans les pays au delà do basse sur les vases précieux du temple; en outre son l’Euphrate; pendant le retour, il mourut dans une ville frère qui le remplaça pendant son absence, commit des exactions à Jérusalem pour se procurer l’argent promis perse (164-63). Judas assiégeait alors la garnison de à Antiochus. Sur ces entrefaites, le bruit s'étunt l’acropole. Celle-ci ainsi que le parti helléniste de répandu qu'Antlochus était mort au cours d’une Jérusalem demanda du secours à Antioche. Lysias qui était devenu le tuteur du jeune roi, Antiochus V expédition en Égypte, les Hiérosolyniites se souleEupator, se mit à la tête d’une armée qui remporta vvrent contre Ménélas et Jason revint pour reprendre le poste perdu. Cependant Antiochus rentrait victo­ cette fois une importante victoire sur les Insurgés et mit le siège devant Jérusalem. Mais, à cause des rieusement d’Égypte; il profila de son passage par la troubles survenus en Syrie, Lysias dut retourner à Terre sainte pour châtier la ville rebelle (170). 11 mit à Antioche. Avant son départ, il accorda aux Juifs le mort beaucoup d’habitants, pilla le temple et emporta libre exercice de leur religion cl ht encore tuer le grand surtout tous les objets de valeur du Saint des Saints. Deux ans plus tard, à l’occasion d’une seconde expé­ prêtre Ménélas qui avait été la cause de tous ces troubles. Le but de l’insurrection mucchabécnnc était donc dition en Égypte, le roi se montra encore plus cruel envers les Juifs. Vaincu par les Romains, il voulut s’en I attelnL Cependant la paix ne se réalisa pas. Elle fut dédommager sur les Juifs : Jérusalem connut à nou- I empêchée par le parti hellénophlle de Jérusalem qui veau de terribles massacres et les morts furent voulait s’emparer de nouveau du pouvoir que détenait remplacés par des étrangers. Pour empêcher toute I Judos. Entre temps, à Antioche, un changement de règne resistance, les murs de la ville furent détruits et sur le mont Sion une forte acropole fut construite dans I avait lieu. Démétrius revint de Rome et ht exécuter laquelle campa dorénavant une garnison syriaque. ’ Antiochus V et Lysias. Le Juif Alcimus de la famille Allant plus loin, Antiochus défendit sous peine de I aaronitc pria le nouveau souverain de lui accorder mort l'exercice de la religion juive, en particulier le poste vacant de grand prêtre et demanda sa pro­ l'observation du sabbat et la circoncision, et prescrivit tection pour les hellénistes. Nommé pontife, il sévit des sacrifices en Vhonneur des divinités païennes. Le *Mlôt, iiu a\ce le secours de troupes svricnnes, contre 15 klslev (décembre) 168 eut lieu « Vabomination de la les Juifs pieux, de sorte que Judas dut recommencer désolation. » dont parle Daniel, xi, 31 : sur l’autel des lu lutte. Encouragé par deux victoires, remportées holocaustes, un sacrifice fut offert à Zeus Olympique. sur l armée que le roi avait envoyée pour soutenir Alcnnus, il résolut d’obtenir l'indépendance de Le second livre des Macchabées raconte Γhéroïsme Alcimus, I GOl JUDAÏSME, histoire politique son peuple comme garantie de la liberté religieuse. 11 s'adressa même aux Romains et conclut une alliance avec eux. Mais, avant que ceux-ci pussent lui venir en aide, une nouvelle armée plus puissante était dirigée contre les Juifs. Devant la supériorité des forces enne­ mies, huit cents hommes seulement restèrent fidèles Λ Judas qui succomba dans une bataille désespérée (161) Jonathan prit lu place de son frère; mais en atten­ dant Il ne pouvait pus oser de grandes entreprises. Peu à peu cependant sa situation sc fortifia et dans les luttes qui éclatèrent bientôt après (153) en Syrie entre Démétrius 1er et un prétendant, nommé Balas, les deux rivaux renchérirent de promesses pour s'assurer Jonathan comme allié. Celui-ci prit parti pour Balas qui lui offrit la dignité de grand prêtre et lui envoya la pourpre et un diadème d'or. Dorénavant les deux dignités de prince et de grand prêlie étaient liées ù la maison des Macchabées. Dans la suite Jonathan sut encore davantage exploiter la faiblesse de l'État syrien au profit de son pays. Lorsque, en 115, Démétrius 11 réussit à monter sur le trône de son père, il obtint de lui de grandes fran­ chises en matière «l’impôt et agrandit le territoire juif de trois districts samaritains. Dans les troubles, causés bientôt après par le géné­ ral Tryphon qui s'empara de la couronne pour le fils de Balas, Jonathan consolida encore davantage son pouvoir et élargit son domaine à tel point qu’il devint suspect à l'usurpateur qui le fit saisir par ruse et massacrer (143-142). Simon, le dernier survivant des fils de Mathathias, acheva l’œuvre de ses frères; il rendit le peuple Juif complètement libre en conquérant l'acropole de Jéru­ salem et en obtenant l'exonération totale de tout Impôt à payer aux rois de Syrie. Le peuple, pour se montrer reconnaissant, lui donna dans une grande assemblée le titre héréditaire de prince et grand prêtre. Simon inaugura ainsi une nou­ velle dynastie que les historiens, à cause d’un des ancêtres de Mathathias, nomment la dynastie des Asmonéens. Une ère de tranquillité commença sous Simon. Malheureusement le premier des Asmonéens dut comme tous ses frères mourir de mort violente; en 135, il fut assassiné par son gendre avec deux de se de son immoralité. Insulté, pendant qu’il pontifiait à la fêle des Tabernacles, Il ht massacrer six mille hommes. Bientôt après, les pharisiens soulevèrent le peuple contre lui et pendant six ans la guerre civile sévit. Les pharisiens appelèrent finalement le roi syrien, Démétrius III, à leur secours. Alexandre J an née fut battu près de Slchcm. Bien des Juifs cependant, crai­ gnant le joug syrien, se mirent finalement de son côté, de sorte qu'il reprit le dessus et entra en triomphe à Jérusalem, où il fit crucifier huit cents pharisiens. Il mourut à l'âge de quarante-huit ans. épuisé par ses débauches. Avant d’expirer, il donna à sa veuve Alexandra le conseil de se réconcilier avec les phari­ siens. Alexandra suivit ce conseil et pendant tout son règne (76-67) les pharisiens tinrent les rênes du gou­ vernement. La tradition rabbinique célèbre pour ce motif le règne d'Alexandra comme l'âge d’or. Les pha­ risiens pourtant abusèrent de leur pouvoir et se ven­ gèrent de leurs anciens adversaires, surtout des sadduccens. A la mort d’Alexandra, le cadet de ses fils, l’éner­ gique Aristobulc, s’empara du trône à Laide des sadducécns et força son frère aîné, le faible Hyrcan, a y renoncer. Cependant Antipater» qu’Alexandre donnée avait institué comme gouverneur de Llduméc, excita Hyrcan contre Arislobule et gagna â sa cause le roi arabe Arétas chez lequel le détrôné sc réfugia. Arétas entra en guerre avec Aristobulc qui dut se retirer à l'acropole de Jérusalem. A cette époque. Pompée traversait victorieusement l’Asie; en 65, il envoya son général Scaurus en Syrie. Les deux prétendants au trône lui envoyèrent des ambassades. Scaurus sc décida pour Arislobule, de sorte qu’Arétas et Hyrcan levèrent le siège de l’acro­ pole. En 63» Pompée arriva personnellement à Damas. Il ne sc décida d’abord ni pour l'un ni pour l’autre. Mais, par suite de la tenue suspecte d’Aristobulc qui était allé le trouver, il s'approcha de Jérusalem. Les partisans d’Hyrcan lui ouvrirent les portes, tandis que ceux d'Aristobule se retiraient dans le temple où ils sc défendirent pendant trois mois. Finalement Pom­ pée surmonta la résistance et pénétra dans le sanc­ tuaire pendant que les prêtres sacrifiaient; il les fit massacrer ainsi que douze mille personnes. Tous les territoires conquis par les derniers Asmo­ néens furent délivrés, la Judée (ut soumise à l’impôt et Incorporée à la nouvelle province do Syrie. Hyrcan fut institué grand prêtre. Aristobulc avec ses tils emmené â Home pour prendre part au cortège triom­ phal de Pompée. 3® Période romaine, — 1. Hyrcan 11 (63-40), Anti· gone (40-37), Hérode le Grand (37-4). — Pendant les premières années du ponliticat d’Hyrcan H, Alexandre, un des fils d’Aristobule qui s’était évadé lors du voyage à Rome, et plus tard son père luimême essayèrent de reprendre le pouvoir. Pour empê­ cher de pareilles tentatives d’insurrection, le proconsul de Syrie» Gabinius, démembra lu Judée en cinq dis tricts. Son successeur Licinhis Crassus pilla le temple. Dans la guerre civile qui éclata entre Poinpce et 1603 JUDAÏSME, H1STOJHE POLITIQUE 1604 César, Antipater et Hyrcan prirent parti pour César, en exil. Scs sujets, surtout les pharisiens, en lui faisant de sorte que celui-ci. en 47. lorsqu’il vint en Syrie ce procès à Rome espéraient avoir sous le gouverne­ après la bataille de Pharsale, rendit â Hyrcan le plein ment direct des Romains, une plus grande liberté pour pouvoir politique en annulant les mesures prises par la pratique religieuse et une plus grande indépendance Gabinius et en le nommant ethnarque. Cependant il pour la gestion des affaires intérieures. Ils devaient plaça au-dessus de lui comme procurateur Antipater. bientôt s’apercevoir du contraire. Les procurateurs Ce dernier profita immédiatement de sa position pour romains auxquels la Judée fut livrée dans les années établir ses deux fils Phasaél et Hérodc gouverneurs de 6-41 les opprimèrent et les exploitèrent d’une façon Judée et de Galilée. Lorsque, en 41, par la bataille de si cruelle et si honteuse qu’on s'étonne qu’ils aient été Philippes, Antoine devint le maître de l’Asie, il con­ supportés si longtemps. Déjà, sous le premier d'entre firma dans leur poste les deux fils d’Antlpater et leur eux, l’indignation se montra ouvertement cl les plus donna le titre encore plus honorifique de tétrarque. fanatiques des pharisiens formèrent le parti des I ne année après, les Parthcs envahirent toute l’Asie zélotes dans le but de soulever le peuple contre les antérieure. Grâce à leur aide, Antigone, le second fils tyrans romains. Le plus dur de tous fut celui qui par d’Aristobule II qui déjà auparavant avait fait valoir i’Évangilc est le mieux connu. Ponce Pilate (26-36). ses droits sur le trône de Jérusalem, s’en empara. Hérode Antipas régna plus longtemps qu’Archélaûs. Hérode eut encore le temps de s'enfuir, tandis qu’Hyr- C’est lui qui fit décapiter Jean-Baptiste et c’est devant can et Phasaél étaient saisis par ruse. Phnsacl se sui­ son tribunal que Jésus-Christ dut comparaître. Son cida et Hyrcan fut emmené par les Parthcs. Hérode mariage incestueux avec la femme de son frère l’en­ se rendit à Rome et réussit à se faire nommer par le traîna dans une guerre désastreuse avec le beau-père Sénat roi de Judée. Après deux ans de luttes contre les de sa première femme, Arétas, roi des Arabes, et Parthcs et les Insurgés du pays, il put faire son entrée causa indirectement sa destitution par Rome en 39. a Jérusalem. Antigone fut fait prisonnier et envoyé Il fut remplacé par un petit-ills d’Hérode le Grand, à Antioche, où il fut plus tard décapité. Ainsi finit la Hérode Agrippa Ier, auquel Caligula avait déjà donné dynastie asmonéenne. le district de Philippe. L’année suivante, Agrippa Pour gagner les faveurs des Juifs, Hérode s’était reçut encore de l’empereur Claude celui qu’avait gou­ peu auparavant marié avec une petite-fille d'Hyrverné ArchélaÛs, de sorte que dans sa main tous les can II, Mariamne. Bientôt après, sur les instances do territoires du royaume d’Hérode le Grand furent sa belle-mère, il institua grand prêtre le frère de Ma­ encore une fois réunis. Agrippa employa tous les riamne. Aristobule; mais, la même année, il le fit tuer moyens pour gagner les sympathies des Juifs. Il favo­ par jalousie· risa leurs chefs spirituels, les pharisiens. Il déploya un grand zèle pour la Loi et le culte. Pour être agréable Bhn qu’Hérode fût Je protégé d’Antoine, Il sut après la défaite de celui-ci (31) gagner les faveurs à la Synagogue il persécuta la jeune Église chrétienne, fit mettre à mort l’apôtre Jacques le majeur et jeta d’Auguste qui supplanta l'amant de Cléopâtre. Le nouvel empereur lui laissa le diadème royal et lui en prison saint Pierre. Son règne ne dura que trois ans; confirma tous les pouvoirs, de sorte qu’il fut constam­ en 44, il mourut subitement. 3. Agrippa II; les procurateurs de la Palestine; la ment un vassal soumis des Romains. guerre juive (44-73). — Les Romains ne confièrent à Le long règne d’Hérode (37-4 avant Père chré­ tienne). fut sous beaucoup de rapports brillant. Par son jeune fils, Agrippa II, que quelques parcelles du royaume, très éloignées de Jérusalem. Ils joignirent sa diplomatie habile et par ses intrépides entreprises la Palestine à la province de Syrie et la firent de nou­ guerrières, le nouveau souverain consolida son trône et doubla presque son territoire, surtout au Nord et veau administrer par des procurateurs. Les sept procurateurs qui gouvernèrent le pays de au delà du Jourdain. Il développa le commerce et l’un 44 Jusqu’au commencement de la guerre juive l’agriculture, se fit le Mécène des arts et des sciences, firent, si l’on peut dire, l’impossible pour amener le en favorisant la civilisation hellénique, entreprit de peuple à l’exaspération et à l’émeute. Aussi, à partir grandes constructions, surtout l'embellissement et du quatrième, Félix, y eut-il des soulèvements conti­ l’agrandissement du temple. SI pour tout cela on a nuels. A côté des zélotes se groupèrent les sicaires, pu le nommer le Grand, Il s’est d’autre part rendu odieux par sa cruauté comme peu de souverains l’ont c’est-à-dire des assassins qui tuèrent traîtreusement su faire. A tour de rôle il fit massacrer tous les mem­ les Romains et leurs amis. Λ ces fanatiques s’en asso­ bres de la famille asmonéenne et beaucoup de mem­ ciaient d’autres mus par des raisons religieuses : de faux prophètes et des pseiido-Messies qui trompaient bres de sa propre famille, même Mariamne et trois de ses fils. 1) commît un grand nombre d’autres atro­ le peuple. Apres le gouvernement paisible de Festas cités : une des dernières fut le meurtre des enfants de vinrent deux vrais monstres, Albinus et Gessius Florus, Sous le dernier, la rage des Juifs outragés atteignit Bethléem. 11 mourut l'an 4 avant l’ère chrétienne. (On sait que le point de départ de l’ère chré­ au paroxysme. Les zélotes, guidés par Éiéaznr, fils du grand prêtre Ananias, en profitèrent pour déclencher tienne, par suite d’une erreur de chronologie est en retard de plusieurs années sur la date de la nais­ en 66 la guerre contre Rome. Ils dressèrent leur camp dans le temple même et s’emparèrent de l’importante sance de Jé.us Christ. Bien que Jésus soit né « aux forteresse de Masada située au sud du pays. En vain jours du roi Hérode », celui-ci est mort l’an 4 avant le parti de l’ordre auquel appartenaient les princes des l’ère chrétienne). 2. Les fils d’Hérode, les premiers gouverneurs de Judée. prêtres cl même les plus intelligents et les plus estimés Agrippa /*»(4 avant J.-C.-44 après). — D’après le testa­ des pharisiens, prévoyant la ruine certaine qui résul­ ment d'il· rode, son royaume tut partagé, du consen­ terait de la lutte, essaya-t-il d’étoulTcr mémo par la tement d* x Romains, entre trois de scs fils : ArchélaÛs force Γinsurrection. Par une victoire remportée sur reçut Viduinée, lu Judée et la Samarie, 1 lérode Antipas l’armée du gouverneur de Syrie, le parti de la guerre la G alike et la Pérée. Philippe les territoires du Nord : prit le dessu *. On organisa systématiquement la résis­ la Gauianltidc. la Trachonitide, etc. Le dernier seul put tance dans tout le pays. La défense de la ville (ut jouir d’un règne paisible et fut estimé par ses sujets confiée nu grand pretre Ananias cl A Joseph ben jusqu’à sa mort (34). Les deux autres, s’ils héritaient Gonun. celle de l’idumée ύ Élé.uar et celle de la * pouvoir» de leur père héritaient aussi d'une bonne de hï‘ton Λ ïS Μ E, I N ST IT ( T I 0 N S Titus pour réduire l'insurrection. Venant du Nord, Ils envahirent hi Galilée cl In conquirent en quelques mois. Josèphe lui même fut (ait prisonnier. Λ la suite de ce premier échec, une guerre civile très sanglante éclata à Jérusalem, Les plus fanatiques des zélotes, conduits par Jean de Giscala vouèrent Λ la mort les principaux chefs, entre autre le grand prêtre, et des milliers de suspects. En même temps, ils se livrèrent aux plus infâmes débauches. Ixs hommes d’ordre se détendirent a l’aide des Idumlens qu’ils appelèrent au secours et du meneur juif Simon bar Giora avec sa bande. Les Bomains, profitant de la discorde des Juifs, s’emparèrent de plus en plus du pays et en 68 déjà Ils commencèrent les préparatifs du siège de Jérusa­ lem. La mort de Néron (9 juin 68) et la proclamation de Vcspaslcn comme empereur, retardèrent les opera­ tions d’un an. Titus les reprit dans l’été de 69. Entre temps a Jérusalem, les partis, qui, par suite d’une scission des zélotes, étalent au nombre de trois, se déchiraient de la façon la plus atroce. Titus leur laissa le temps de s'affaiblir par leurs luttes fratricides. Ce n’est que quelques jours avant la Pâque de 70, qu’il commença le siège. L’attaque des légions romaines mil enfin un terme à la discorde à l'intérieur de la ville et tous se réunirent pour la résistance la plus acharnée. Cependant les trois enceintes tombèrent vite l'une après l'autre. Malgré ccttc situation déses­ pérée, malgré la famine qui sévissait, les assiégés, qui s’attendaient à une intervention du ciel, refusèrent de se rendre. Finalement, le 6 avril 70, le temple luimême qui avait formé le dernier rempart, incendie par un soldat, s'écroula, écrasant sous scs ruines des mil­ liers de réfugiés. 4. Les dernières insurrections sous Trajan et Hadrien (115-117, 132-135). — La destruction de Jérusalem marque la fin de l'État juif. Cependant le judaïsme gardait assez de force pour se soulever contre ses oppresseurs. Déjà sous Trajan, entre 115 et 117, de grandes révoltes de Juifs avaient eu lieu à différents endroits de l'empire, surtout en Égypte, en Cyré­ naïque, dans l’île de Chypre et en Mésopotamie; les victimes se comptèrent par centaines de mille, tant païens que juifs; mais en Palestine même, l'insur­ rection ne fut pas aussi étendue ni aussi véhémente. Par contre, sous Hadrien, une vraie guerre y éclata que le P. Lagrange nomme très justement la guerre messianique, op. cil., p. 309; car ce n’est pas seulement à la défense de la circoncision et à la fondation d'une colonie romaine à Jérusalem qu’il faut attribuer l’émeute, mais encore à la surexcitation des espérances messianiques, provoquée par les malheurs du temps· L'agitation commença en 132, au départ de l'empereur de la côte asiatique, et s’étendit vite dans tout le pays. Jérusalem fut prise et l'indépendance proclamée. Lo chef de l’insurrection fut un certain Simon que les sources rabbiniques nomment Bar-Kozéba. les auteurs chrétiens Bar Kokvba. Ce dernier nom provient du fait qu'on le regarda comme Messie et qu'on lui appli­ qua la prophétie de Balaam. Num., xxi\, 17, sur l’etoile (kokab le plus célèbre rabbin du temps, Rabbi Akiba, le salua comme Messie. Hadrien envoya un de scs meilleurs généraux, Julius Severus, pour réprimer la révolte, 11 ne réussit qu’au bout de trois ans; d’après Dion Cassius, Il lui fallu! conquérir cinquante forteresses ot détruire beau­ coup de \iile-s; plus d’un demi million de Juifs périrent et un plus grand nombre lurent vendus comme esclaves. Bar-Kokéba fut tué lors de lu prise de la der­ nière forteresse qui résista. Jerusalem fut alors trans­ formée en ville païenne et interdite aux Juifs. Sur remplacement du temple, on construisit un sanc­ tuaire en l’honneur de Jupiter Capitolin, 1606 La nation juive était définitivement déracinée du sol palestinien. Le judaïsme biblique avait cessé d'exister. 1· Eludes qui comprennent le» trots périodes. — J. Vand^rvorwl, L'ael et Γ Ancien Orient, Bruxelles, 1915; J Dcrenb Esi/d sur Chithdrc fl la géographie de la Pair»· tine, d*âpre» les Thalmuds et le» antres sources rab> Iniques, P· partie : Histoire de la Palestine depuis Cgru» jusqu'à Adrien, Pari», 1867; Lcd min, Histoire d'henri. 2 vol.. Part *, 1879-1882; H. Henan, Histoire du peuple d*israél, t. rv et v. Part», 1893; Fr. X. Kugler, S. J., Von Motet bis Pauluj, Fonchungen zur Gesehichlc Irras U naeh blbllsehen und pri»langr»ch(fhtlichrn Insbrtondrre neuen kciliMciirifthcb^r Quellen, Miifuter-en-W., 1922; I ;» bot. Judentun . I*· : Voni ba bp Ionise hen Exil bü Hadnun, dai»\ k ÎJictlChritl d'apres U Aourruu Ί etiunttiil, l'hutiieien I lavtus José phe elles Tafmutb, Par K. 1SX.’, â’ edit., 1892; de SauJcy. Histoires des Macchabé· s ou fyruxes de la agradte nérnnc. Pari *. 1880; Bo *t. L'ép^ue des Macchabées, hirtom du peuple juif depuis le retour de l'exd jusqu'à la destruction dt Jerusalem, StfiudxMiru· 1862; de Saulcy, Histoire d*Hérwie, fui des Juifs, Ptuia, 1867; A. Révilie, Les Hérode» et le rêne herudien, dans Be vue de Γhistoire des religion», 1893, t. xxviii. p. 283-301; 1894. t. χχιχ. p. 1-21; de Saulcy, Ixs derniers jour» de Jérusalem, Parts 1S66. Cl-»r ment-Garni eau. Barcochébas ô dans htuu^ biblique, 1920, p. 540-555. 111. Institutions. — L'histoire postexiHcnne du peuple juif sc distingue de son histoire préex.lieiUM surtout à deux points de vue : d abord les * Israélite ne sont plus autonomes, mais, à l’exception de I épo­ que * asmonéenne ils dépendent, sans espoir de pou\<»»r changer la situation, des empires qui dominent suc­ cessivement l'Asie anterieure. Dès lurs tou> b urs inté­ rêts se détournent de la politique et sc concentrent sur la situation intérieure principalement sur la vie religieuse. Il en résulte que les institutions eccléslfts tiques apparaissent au premier plan. Elles deviennent à ce point pr vdominanles que leurs principaux repo­ sent ants sont en même temps les chefs politiques de la nation. 11 va de soi que dans ces conditions le sacerdoce, l’institution religieuse par excellence, joue le premier rôle dans toute l'histoire du judaïsme. Mais les préoc­ cupations religieuses étaient si grande * après l’exil» que le sacerdoce seul ne suffisait pas à les satisfaire· Peu à peu une seconde institution se forma, celle des scribes : les ministres du culte furent secondés par les docteurs de la Loi. judaïsme, institutions 1607 1608 Le prophétisme par contre, qui avait exercé une si circonstances qui ont transformé la situation du sacer­ grande influence avant et môme pendant l'exil, dis­ doce à l’époque du judaïsme, comme nous allons paraît comme institution permanente. Il y a encore l'indiquer à grands traits. des prophètes, surtout dans la période qui suit le I. Le grand prêtre. — Le grand prêtre réunissait retour, des compositions prophétiques s'y rencontrent dans scs mains la plénitude du pouvoir sacerdotal; il aussi, mais il n'y a aucune école prophétique: aucun était le chef des prêtres et des lévites, le représentant prophète n’émerge comme guide du peuple. Ce sont du peuple devant Dieu. Ces droits et cette autorité les prêtres et les scribes qui ont désormais la direction qui étaient Λ vie le prédestinaient à devenir, après la du judaïsme. disparition de la royauté, le chef politique delà nation. 1° Le sacerdoce. — Son rôle prépondérant se montre Au commencement de l'époque perse, Il y avait à dès le retour. Les prêtres reviennent en beaucoup plus Jérusalem des gouverneurs, institués par les rois grand nombre que le reste des Juifs : ils forment le perses. Mais ce poste semble avoir été bientôt sup­ dixième des rapatriés. Le premier acte de la restaura- | primé et le grand prêtre devint l'administrateur lion est le rétablissement du culte, donc du service suprême des affaires temporelles de l'État juif, d'ail­ sacerdotal. Le grand prêtre se trouve avec un prince leurs fort minuscule. Comme tel il était le président royal à la tête des rapatriés et est mis en évidence par du sanhédrin et représentait le peuple à l'extérieur. Aggéc et Zacharie. C'est un prêtre, Esdras, qui s'oc­ Pour le temps de la domination égyptienne nous cupe le plus ardemment avec Néhénüe de la situation savons par Josèphe, An/., XII, iv, 1 sq., que toute l’administration des finances lui fut confiée et que spirituelle et matérielle du peuple. c'était lui qui était responsable de la livraison régu­ D'après les critiques, cette position influente du lière des impôts. sacerdoce serait d'autant plus caractéristique de La royauté sacerdotale des Asmonéens valut au l'époque postcxillenne que la base juridique en aurait été créée seulement pendant l'exil par le Code sacer­ pouvoir du grand prêtre un accroissement tout à fait exceptionnel. Cette dignité fut d'autant plus amoin­ dotal. Dans leurs études sur le Judaïsme, ils consacrent pour ce motif de longues pages à cette grande nou­ drie Λ l’époque romaine. Le caractère perpétuel cl héréditaire n'en fut plus reconnu. Les procurateurs veauté postcxillenne. Ils relèvent surtout comme tout ainsi qu’Hérode et ses descendants instituèrent à leur à fait récente la dignité de grand prêtre, la distinction gré les souverains pontifes. Ilérode extermina même entre prêtres et lévites et même entre prêtres et la dynastie asmonéenne. Entre le dernier asmonéen, laïques. Aristobule (t 37 avant J.-C.), et la destruction de Ce problème est lié pour une bonne part à celui de Jérusalem, on ne compte pas moins de vingt-huit l’origine du Code sacerdotal, voir plus bas, col. 1638. Cependant il y a des raisons spéciales qui obligent à grands prêtres. Malgré ces nombreux changements, le pouvoir de reculer dans un passé fort éloigné les origines du sacer­ grand prêtre resta le privilège de quelques familles doce. nobles auxquelles il conférait des droits considérables· En effet la rigueur avec laquelle on exigeait après Les fonctions religieuses du grand prêtre étalent l’exil la légitimation généalogique de chaque membre restées les mêmes qu'avant l'exil: il offrait surtout le du sacerdoce, Esdr., n, 61 sq.; Nch., vu, 63-61, ne sacrifice au jour de l’Expiation et portait le sang des permet pas de voir dans la descendance aaronique des victimes dans le Saint des Saints. D’après une cou­ prêtres ou dans la filiation lévitique des ministres des tume tardive, Mischna, J orna, 1, 2. il devait égale­ prètres une Action généalogique, inventée pendant ment officier pendant la semaine avant le jour de l'exil dans le but d’établir différents grades dans la l’Expiation. D’après Josèphe, le grand prêtre sacri­ hiérarchie. fiait ordinairement tous les samedis, les Jours de Cette prétendue fiction est en outre contredite par néoménie et de grandes solennités nationales. Bell. bien des témoignages qui attestent dès le temps préexilicn l'existence de la dignité de grand prêtre, IV Rcg., Jud., v, 57. 2. Les prêtres. — En additionnant les chiffres fournis xn, 10; xxu, 4, 8; xxm, 1; xxv, 18, le droit privilégié par Esdras, n, 36-39, on trouve le total considérable des membres de la tribu de Lévl au sacerdoce, Jud., de 4 289 prêtres revenus au premier voyage de Baby­ xvn, 7 sq.; xvin, 30; III Reg., π, 27; Ill Reg., xii, 31, et la différence entre prêtres et lévites, I Par., xxiri sq. lonie à Jérusalem : ils appartenaient ù quatre classes et étaient groupés autour de vingt-deux chefs de Bien que, abstraction faite des passages attribués famille. Ces quatre classes représentent sans doute au Code sacerdotal. Il n'y ait pas de textes préexlllcns qui distinguent nettement les deux ordres du sacer­ quatre des vingt-quatre sections en lcs<[uellos David, doce. il n’en résulte pas qu’ils fussent primitivement selon I Par., xxiv, 3 sq., aurait partagé les prêtres et confondu^; car la communauté d’origine et le carac­ qui devaient alternativement faire le service hebdoma­ daire au temple: car trois des quatre classes <1 Esdr., tère sacerdotal, commun aux prêtres et aux lévites, n, 36-39, correspondent par leurs noms à trois de ont permis de nommer lévites au sens large du mot celles que signalent les Paralipomvnes. Selon la tra­ 1rs prêtres cl Inversement de qualifier les lévites du dition rabblnlquc (Talmud Jerus.t Tnanith, iv, f°68a, titre de prêtres. C’est à tort qu’on Impute à Êzcchicl d’avoir intro- d'après Schûrer, op. cil., t. n, p. 233) on aurait sub­ divisé pur le sort chacune de ces quatre classes on doit In classe des lévites en dégradant les prêtres qui avaient sacrifié *ur le * hauts lieux, et en les condam- I six, pour obtenir de nouveau le nombre de vingtquatre. Du temps de Jésus-Christ, ces vingt-quatre n ml h devenir les ministres des prêtres qui étalent restés fidèles ii Jahvé, car, d’après xuv, 10 sq.; xt.» classes existaient encore : Jo.iphc. An/., VII, xiv, 7, 45; xun, 19. Êzéchiel ne décrète pas, mais il suppose Vatteste expressément et saint Luc, t, 5, mentionne d Jh existante la distinction entre prêtres et lévites I la classe d'Abla (la huitième selon l Par., xxiv, 10) et lu dégradation prévue par le prophète ou cha- I comme celle à laquelle appartenait Zacharie. p tre xlv pour les temps messianiques ne vise pas des Le nombre des prêtres devint encore plus considé­ p* êtres, mais des lévites infidèles. Voir Kugler, op. cil., rable dans la suite. Josèphe indique même pour son r. , . évoque vingt mille prêtres. Ce chitTre n’est pas surCes arguments, auxquels s'en pourraient Joindre i prenant, si on pense aux nombreux et bien d’autres, permettent de maintenir . l’origine étalent déjà prévus par les lois du Pent a .antique ..... __ lai triple hiérarchie du corps lévitique. | teuque et qui abondaient surtout dans l<- t.»mnU de î Ce ne sont pas de nouvelles lots, mais de nouvelles \ d’Htrode : les uns s’occupaient du culte proprement _ -I» — -.···—-- ' η! I ~ ah! ~ mnlttlnnlr -------- ——— -- Il fil Y1 C * 1 fllîl Al flltits · ti > 11 111 IC * λ ____ I f 11 < till · I * f* Il f *1 1609 JUDAÏSME, INSTITUTIONS dit, les autres administraient les biens du temple et faisaient le service de police et de surveillance. Tout le personnel sacerdotal formait un ordre bien circonscrit auquel personne ne pouvait appartenir s'il n'était censé descendre d'Aaron. Après le retour, plu­ sieurs familles qui ne purent pas sc légitimer par les listes généalogiques en furent exclues, Esdr., il, 61 sq., et Josèphe mentionne expressément que sa généalogie se trouve dans les actes publics. Vita, 1. Parmi les descendants d'Aaron, ceux-là seulement étaient admis au service qui n'a valent pas de tare morale ou de défaut corporel. Les quelques cas d’irrégularité, prévus dans les lois mosaïques ne suffisaient pas au Judaïsme : la littérature rabbinique en mentionne cent quarantedeux. Mischna, iïechorolh, vu; Λ fit., 111, xn, 2. L’influence que le sacerdoce exerçait dans le Ju­ daïsme n'était pas due seulement à la multitude de ses membres, mais surtout à scs fonctions religieuses. Le temple avec le culte formait le centre de toute la vie nationale des Juifs et les piètres seuls avalent le droit de sacrifier. C’est par eux donc que les Israël»‘es devaient faire accomplir le culte officiel, c'est-à-dire offrir les sacrifices qui étaient prévus par la Loi en si grand nombre. Cette position privilégiée que le culte assurait aux prêtres fut encore rehaussée par l'aisance dans laquelle Ils vivaient par suite de leurs riches revenus et par le rôle politique que Jouaient les aristocrates du clergé juif. Ces derniers siégeaient dans le sanhédrin et se réservaient les postes les plus importants, surtout la dignité de grand prêtre. Malheureusement les prêtres du Judaïsme étalent, au point de vue moral et intellectuel, encore moins à la hauteur de leur tâche que leur * prédécesseurs précxlllens. Déjà tout de suite après le retour Ils méritaient de graves reproches : ils contractaient comme les autres Juifs des mariages mixtes, Esdr., x. 18; Ils négligeaient le culte et l’étude de la Loi. Malachic les réprimande de ce qu’au lieu de garder sur leurs lèvres la science, · ils « τη ont fait trébucher plusieurs contre la Loi ». u, 7-8. Plus tard le sacerdoce oublia davantage encore ses devoirs en favorisant l'hellénisme, de sorte qu'il perdit de plus en plus son prestige sur le peuple. 3. Les lévites. — Tandis que la situation des prêtres s'améliorait notablement après l'exil, celle des lévites allait empirer. Prévoyant, non sans raison, Neh., x, 37-39; xm, 10; Mal., m, 8, que les circonstances pré­ caires rendraient la dîme, leur principal salaire, peu abondante, les lévites ne revinrent qu'en très petit nombre, Esdr., n, 40 sq.; vin, 15 sq., appartenant à trois catégories; lévites proprement dits, c’est-à-dire aides des prêtres pour les sacrifices, chantres et por­ tiers. Le quatrième emploi qui leur aurait été confie par David, celui de notaire et de juge, 1 Par., xxni, 4; xxvî, 29-32, n’est plus mentionné pour le temps du judaïsme, ni celui de maître qu’ils avaient exercé sous le roi Josaphat. Il Pur., xvn, 7-9. Toute l'occupation des lévites sc restreignait au service du temple. Ils ne Jouaient aucun rôle dans la vie politique ou spirituelle du peuple. Même leur service liturgique semble avoir avec le temps perdu de son prestige; caries deux livres des Macchabées qui citent très souvent les prêtres et qui auraient pu très facilement à maintes reprises mentionner aussi les lévites, lors de la dédicace du temple sous Judas, n’en souillent mol et les Évan­ giles no les mettent en scène que deux fols. Luc., x, 32; Joa., i, 19. Josèphe non plus n’en fait pas grand cas. Une classe de lévites cependant, celle des chantres, obtint un rang très honorable. L’embellissement qu’ils donnaient nu culte fut tellement apprécié que sous Agrippa II Ils obtinrent le droit de porter le costume dei prêtres. An(.t XX, ix, 6-7. 2· Les Scribes. ·— 1. Leur histoire. — Puisque, après 1610 l’exil, non seulement te culte prescrit par la Lnl, mais toute la Thora attiraient bien plus qu’auparavant l'attention do tous le * fidèles, on comprend qu'à côté du sacerdoce, un autre état sc soit formé dont les membres s’occuperaient de la Loi comme les prêtres s'adonnaient au service du temple. Cela était d’autant plus nécessaire que ces derniers se soudaient peu en général de· renseignement du Code mosaïque. Les scribe * n’étaient pas des hommes qui, sem­ blables aux grands prophètes, communiquaient au peuple de nouvelles révélations ou Γ entraînaient par leurs discours à l’enthousiasme religieux; c’étaient des hommes doctes et calmes dont l’unique soin était de conserver et d’interpréter l’héritage spirituel du passé. Nul nom ne saurait mieux que celui qu'ils portent, caractériser leur ouvre : ils sont appelés so/enm, c'e-.t-à-dire biblistes. Ils sont donc ceux qui s'occupent d’une façon spéciale des Livres Saints. D’après la tra­ duction des Septante qui les nomme γρααματεϊς, on les appelle aujourd’hui communément scribes. Puisque la Thora forma l’objet principal de leurs études, ils sont aussi, surtout dans le Nouveau Testament, nommés docteurs de la Loi, νομιχοί, νομοάιδχσχχλοι· Matth., xxu, 35; Luc., v, 17. Dès l'origine des livres sacrés, on devait commencer à s’occuper d’eux, en particulier de la Thora. Le pré­ cepte, Lev., x, 11; Deut., xxxm, 10, d'enseigner la Loi le prouve et Fin .traction que le roi Josaphat Ût donner au peuple par les prêtres et les lévites, II Far., xvn, 7-9, l’atteste. Lorsque, après la destruction du temple et la cessation du culte, les Livres Saints devinrent les seuls restes visibles de la religion, il était tout naturel que l'intérêt se concentrât sur leur étude et qu'on se dédommageât par eux de la privation des sacrifices. Le premier eu effet qui porte le titre de scribe dans le sen * indiqué est Esdras. Esdr., vu, 6. Il est présenté comme le scribe par excellence qui ait étudié, observé, enseigné la Loi. Esdr., vu, 10. Il était prêtre et scribe en même temps et dans le» premiers temps qui suivirent l’exil les scribes ne for­ mèrent pas un état distinct de l’état sacerdotal. A côté d’Esdras, de * lévites expliquaient la Loi. Neh·, vin, 7-13. Mais puisque la Thora ne réglait pas seule­ ment les rites des prêtre , * mais aussi la vie quotidienne de tous, et que le * Juifs après le retour formaient bien plus une communaut * religieuse qu’un état politique, les laïques s'intéressaient également beaucoup à la Loi et plus d'un parmi eux devint « blbliste ». Néhémie, xm, 13, mentionne déjà un scribe laïque. La négli­ gence des prêtres par rapport à la Loi a nécessaire­ ment accru le nombre des scribes en dehors du sacer­ doce. L’Ecclésiastique, xxxvm, 25 sq., mentionne les scribes comme une institution à part, formant l’état le plus notable de son temps. A l’époque macchabéenne, le * scribes sc distinguent par leur zèle pour la Loi et la foi des père. *, 1 Macch., vu, 12 sq.; II Macclu, vi, 18 sq., et entrent en opposition avec le sacerdoce en tant que se> représentants aristocrates préfèrent la culture hellénique aux coutumes Juives. Tandis que ces derniers s'aliènent In foule, les scribes gagnent d· * plu en plu * sn faveur. Par suite surtout du succès brillant des Macchabées, ils devinrent les véritables chefs du peuple juif. Sous la reine Alexandra, les plus éminents des scribes obtiennent même des sièges dan· le sanhédrin, à côté de l'aristocratie sacerdotale et prennent part dorénavant au gouvernement politique * Lorsque, après la ruine de Jérusalem (70 après J.-C.)» le sanhédrin et le sacerdoce disparurent, le pouvoir et l'influence des docteurs de la Loi devint absolu * Auparavant déjà des décisions des rabbins célèbre· avaient force do loi. Dorénavant toute la direction de la nation reposa entra leurs mains.Malgré la débâcle foudroyante, ils réussirent a fonder à Jiibnc, à Lydda 1611 JUDAÏSME, INSTITUTIONS 1612 et plus tard â Tibériade de nouvelles écoles pour I scribes, tout en étant en premier Heu des juriites, l'dudc de la Loi, et à composer plus tord comme fruits i étaient aussi des théologiens et s’intéressaient égale· de leurs recherches séculaires l'immense littérature rab- ment au contenu historique et dogmatique du Penta· binlque. teuque ainsi que des autres livres bibliques. Us font i.’cdimc dont les scribes jouissaient chez leurs core- également soumis à une étude détaillée. Mais si leur exégèse était déjà pour la Loi une amplification autant ligionnuirrs s’exprimait dans les titres honorifiques qui leur furent donnés. A l’époque de Jésus-Christ et peut- et plus qu’une explication, elle l'est encore davantage être un peu auparavant, on les appelait rabbi ou pour les parties dogmatiques et historiques de la Bible. rabboni «= Monseigneur, mon maître. Matth., xxin, 7; Au sujet des prescriptions mosaïques, Us se croyaient Marc., x, 51. La Mlschna prescrivait aux disciples liés à la lettre et s’efforçaient de lu garder au moins des rabbins de les honorer plus que leurs parents et de extérieurement par des ruses et des finesses exégéles estimer presque comme Dieu. Misehna, Kerithoth, tiques. Par contre, en face de la doctrine et de l’hlsvi. 9, Pirke λ both, ιν, 12. toirc, ils se sentaient tout A fait libres. Les cas sont Les plus célèbres docteurs de la Loi furent Hillel et assez rares où des docteurs déduisaient de nouvelles Schammai. un peu plus âgés que le Christ, Gamaliel, doctrines au moyen de conclusions logiques. Le plus le maître de suint Paul, Rabbi Akiba, Rabbi Mcïr souvent ils prenaient les récits et les enseignements et Rabbi Juda ha-Nasi, rédacteurs de la Mlschna. bibliques uniquement comme un point de départ auquel 2. Leur auore. — a) Par rapport à ta Loi. — Toute ils rattachaient les contes les plus fantastiques et les l’activité des scribes tournait autour de la Thora : spéculations les plus aventureuses. L’ensemble de ces la connaître et l'observer, la faire connaître et la faire productions fut appelé Haggada. La Haggada dans le observer était leur principale préoccupation. Dans ce domaine historique a surtout trait aux patriarches, A but ils fournissaient un triple travail. Moïse et aux prophètes; dans le domaine dogmatique, a. Ils développaient la Loi. — Puisqu'elle se compo- elle porte principalement sur l'avenir messianique et sait de beaucoup de prescriptions générales et pré- sur l’autre monde. sentait en face des circonstances nouvelles bien des La Haggada n'est pas scidcmcnt conservée comme lacunes, il fallait pour en réaliser la stricte observa- la Halacha dans la littérature rabblniquo proprement tlon. la spécialiser et la compléter. C'est pourquoi les dite, mais dans la plupart des apocryphes et même docteurs de la Loi élaboraient une casuistique très dans les écrits historiques et spéculatifs des Juifs helmlnutlcuse, en l'étendant à tous les points que l’an- lénistes. Tandis que la Halacha est exclusivement demie législation n'avait pas prévus. Ils créèrent l'œuvre des scribes palestiniens, la Haggada est autant ainsi A côté de la Thora un droit coutumier, nommé l’œuvre des docteurs de la Diaspora. Halacha. Dans l’intention primitive des scribes, ce c) Par rapport au texte de la Loi et au canon biblique. droit traditionnel devait former une haie protectrice — G’cst aux scribes que remontent enfin deux autres autour de la Loi, la préserver de toute altération et entreprises : l'établissement du canon et la fixation en garantir la parfaite observation. Mais en réalité du texte massorctique. La seconde œuvre n’appartient U en était la transformation et même en bien des plus à notre époque, sauf tout au plus les premiers endroits le remaniement arbitraire. Bien qu'en effet le commencements. La formation du canon par contre suprême principe des scribes fût de donner A chaque est l’œuvre des rabbins du premier siècle de notre ère. décision une base scripturaire par un passage de la Le recueil des livres saints s'était formé successivement Thora, ils savaient par une exégèse subtile et despo- A mesure qu'ils furent composés. La Bible des Sep­ tique déduire du texte sacré tout ce qu'ils voulaient. tante prouve que primitivement les Juifs ont reconnu La Halacha fut d’abord regardée comme inférieure A aussi comme divins les livres que nous appelons deutéla Thora et longtemps on ne la fixa pas par écrit pour rocanoniques, cor il n'est pas vraisemblable que la en marquer le caractère secondaire. Mais plus tard on pratique des Juifs helléniques ait différé pour une la rattacha également A Moïse par une série ininter- matière aussi Importante de celle de leurs frères paleerompuc d’intermédiaires qui auraient gardé les corn- tlnicns. Plus tard ces derniers ou plutôt leurs scribes municatlons orales du premier législateur, de sorte ont dressé le canon étroit des vingt-quatre livres que que la Thora orale fut mise sur le même plan que la nous rencontrons pour la première fols chez Flavius Thora écrite. Misehna, Pirke Abolh, ni, 11; v, 8. Josèphc, Contra Apion., i, 8, à la fin du premier siècle Finalement, par un comble d’audace, les rabbins pla- après J.-C. Ils ont discuté surtout au synode de Jabné cèrcnt la Halacha au-dessus de la Thora : on était plus (90 après J.-C.), la canonicité même de plusieurs livres coupable en méprisant les paroles de la Halacha qu'en protocanoniques, savoir les Proverbes, Ézéchiel,leCann'observant pas la Thora, Misehna, Sanhédrin, xi, 3. tique, l’Écclésiastc et Esther, Misehna, Edu/oth, v, 3; 2. Ils enseignaient la Loi. — Les scribes étalent Jadajim, ni, 5; Talmud Bab., Megilla Ί a. Ils applides «/ομο8(8άσχαλοι. Matth., xxii. 35. Ils voulaient quai» nt des principes tout A fait étroits : tous les livres répandre le plus possible la connaissance exacte de la devaient être rigoureusement conformes A la Thora, Loi; · gagner beaucoup d’élèves » était le mot d’ordre anciens, écrits en Palestine et en langue hébraïque. Ces des grands scribes, Misehna, Pirke Aboth, i, 1; ils I mêmes principes au nom desquels quelques scribes s’entouraient de nombreux Jeunes gens studieux et | mettaient en doute le caractère divin de quelques écrits formaient ainsi de hautes écoles de la Loi. Dims le ' protocanoniques, les ont sans doute conduits A exclure même but Us dirigeaient l’otllcc synagogal et se firent i tous les dcutérocanoniques. Cette exclusion fut dictée * conseillers de la foule. le par le même esprit étroit du rabbinisme qui a causé 3. IU [ujeaunt au nom de ta Loi. — Parce qu'ils le rejet de la Bible des Septante. Voir PÜrtncr, Die connaissaient le mieux les lois, les scribes devinrent Autontdt der deuterokanonischcn Bûcher nachgewiesen nécessairement uuvsi des juges. Dans le Judaïsme, aus den Anschauunqcn dr\ paldstinischen und helquiconque y était appelé par la confiance de scs coud- lenistischen Judcntums, Munslcr-en-\V., 1893; Van * toyrn pouvait exercer les (onctions de juge. Mais, Kasteren, Le canon lull oers te commencement de notre puKque cette confiance était d'autant plu * grande que ère, dans Reçue biblique, 1896 * p. 408-415, 475-494, le candidat était plus versé dans l’étude de la Thora, Les vingt-quatre livres que les scribes ont conservés les scribe» furent ainsi tous désignés pour rendre la furent regardés comme tout A (ait divins : en premier judice. Us furent surtout les assesseurs du tribunal lieu la Thora qu’on supposait dictée par Jahvé A suprême, le sanhédrin. Act., v, 34 sq. Moïse. Mhchna, Sanhédrin, x, 1, «t même remise A b) Par rapport à l'exégèse et à la théologie. — Les Moïse en volume achevé, Talmud, Giltm, 60 a ni iis 1613 JUDAÏSME, PARTIS RELIGIEUX ET POLITIQUES aussi Jcs prophètes et les haglographcs, Mlschna, Schabbath, χνι, 1 ; Erubin, x, 3. 3· Le sanhedrin. — Dès le retour, l'administration intérieure du peuple Juif (ut confiée à un conseil d'ancien», Esdr., v, 5; vi, 7; x, 8; Nch., n, 16; v, 7; vu, 5, qui se composait des principaux chefs de famille. Puisque le sacerdoce représentait la noblesse juive, scs membres y entrèrent en très grand nombre. Ceux des gouverneurs, nommés par les Perses, qui étaient juifs, comme Zorobabel, Nébémie, Esdras, se trou­ vaient sans doute à la tète de ce sénat. Plus tard, lorsque le grand prêtre fut aussi le représentant du peuple pour l'extérieur, il devint le chef du conseil. Sous In suzeraineté hellénique le sénat juif Jouit, conformément aux principes des rois grecs, d’une plus grande liberté encore dans le gouvernement. Josépbe mentionne ce conseil suprême expressément pour le règne d'Antiochus Ëpiphane, An/., XII, ni, 3, et les livres des Macchabées parlent souvent de la γερουαία ou « des anciens du peuple ». II Maccb., i, 10; 1 Macch., xii, 6; xni, 36. Depuis le if siècle le sénat juif portait le nom de sanhédrin et à partir de la reine Alexandra il ne se composa pas seulement de l'aristocratie sacerdotale et des autres anciens, mais aussi d’un certain nombre de docteurs de la Loi. Ses membres étaient avec le grand prêtre au nombre de soixante et onze. Le pou­ voir du sanhédrin fut bien amoindri pendant le règne monarchique des Asmonécns, encore davantage sous Herode. Par contre, sous les procurateurs romains, il devint de nouveau très puissant et jouissait d’une grande autonomie de sorte que Josèphc dit : < l'aris­ tocratie administre et le gouvernement de la nation est confié aux pontifes. » An/., XX, x. Le sanhédrin disparut avec la ruine de Jérusalem. Le sanhédrin ne représentait pas seulement la pre­ mière autorité administrative, mais aussi la haute cour de justice. En principe tous les Juifs de l’univers dépendaient du sénat de Jérusalem; mais de fait les frontières de l’État judéen étaient aussi les limites de sa compétence. Au temps de Jésus-Christ, la Galilée ne tombait pas sous sa juridiction, de sorte que Jésus ne put être saisi par lui qu’au moment où il mit le pied sur le sol de la Judée. Le sanhédrin était surtout compétent dans l'ordre spirituel et religieux, mais aussi pour toutes les mesures administratives et toutes les décisions judiciaires qui n’étaient pas réservées au procurateur romain, ou attribuées aux tribunaux locaux. Mais il ne pouvait faire exécuter une condamnation ù mort sans i'approbation des procurateurs. D’autre part il avait le droit de condamner Λ mort même un citoyen romain, s’il avait transgressé In barrière qui écartait un païen de la cour intérieure du temple. 1· Sacerdoce. — A. Van Hoonnckrr, Le sacerdoce lérdtique dans la ImI e/ dans PhUtofre des Hébreux, Louvain, 1899; du mémo, Les prrtlvs et les lévites dans It Here d'E’échiel, dan» Hernie biblique, 1899, p. 177-205; Tournrd, LMnir Inlve au temps des Perses, ibld., 1919, p. 74 »q.; W. Bmidissln, Die Geschichte des alttestamrnllichen Priesterlums, Leipzig, 1889; du même, Priests and tsvlles, dans Hastings, Dictionary o/ lhe Hible, 1923, t. iv, p. 67-97; ScbUrer, Gcschidite.,,, t. n, p. 21 1-305; J. Foltcn, op. et/., Bathbonno, 1910, t. i, p. 301-336; F. X. Kortlollnrr, Areàirc/oy/a blblica, 2* Mit.. Inspruck, 1917, p. 139-216; J. Benzinger, HebrAIschr Archéologie, 2* edit., Tublnguo, 1907, p. 312-362; A. llrrtholet, op. cil., p. 9-23, p. 323-335; F. X. Kugler, op. ci/., p. 119-124; H. Lesêlrts, articles Prêtre, Grand prêtre, Léiûlt, dans Dictionnaire de la Hible, t. v, col. 640-662; t. m, col. 295-308; t. iv, col. 200-212. 2· Scribes. — Schürcr, Geschichte,.., t. n, p. 305-380; Felten, op. cit., t. i, p. 337-355; J, Derenbourg, op. cit., p. 29 sq., 95 sq.; Light ley. Les scribes, thèse, Par! *, 1905; M. B âcher, op. cit., t. ι-n, passim; 11. Struck, op. cit., p. 523; A. Bert hole t, Die fudische Kelly ion non der Zeil Esras 1614 bii zum Zei latter Christi, Tublngue, 1911, p. 335-358; 11. Lesétre, Scribes, dans Dictionnaire de la Bible, t. v, col. 1536-1512; D. 1 >iten. Scribes, dan· Hustings Dictionary o/ the Bible, I. iv, p. 420-423. 3· Sanhédrin. — Blum, lx Sanhédrin ou Grand Conseil de Jérusalem, Strasbourg. 1889; SchUrer, Gcschirhte..., t. n, p. 188-214; Felten, op. cit., t. I, p. 290-301; Deren­ bourg, op. cil., p. 83-94; H. Lettre. Sanhédrin, dans Diet, de la Hible, t. v, col. 1459-1466; W. Bâcher, Sanhedrin, dans Hastings, Diet, o/ lhe bible, t. xv, p. 397-402. IV. Partis religieux et politiques. — 1· Phari­ siens et sadducéens. — Bien n’aurait été plus naturel et plus indispensable pour le bien de la nation que l’harmonie entre les représentants du sacerdoce et les docteurs de la Loi; d’autant que les premiers scribes étaient des prêtres, que longtemps les deux charges furent réunies dans les mêmes mains et que même après leur séparation le sacerdoce trouvait toujours son plus ferme soutien dans les doctrines des scribes. Cependant la guerre éclata entre les deux ordres dès le groupement définitif des scribes. Il y avait entre les aristocrates de la hiérarchie et les plus zélés des doc­ teurs une discorde presque continuelle. Elle devint flnalement si aiguë que deux partis se formèrent qui divisaient tout le peuple : les pharisiens et les saddu­ céens. Toute l'histoire Juive depuis l'insurrection macchabéennc Jusqu’à la chute de Jérusalem est dominée par leur antagonisme et en reflète les suites néfastes. Nous n’avons pas de renseignements positifs sur l'origine des pharisiens et des sadducéens. læs deux groupes semblent s’être formés simultanément à l'époque macchabccnne. Les livres des Macchabées ne les mentionnent pas encore. Mais ils existent déjà plus ou moins nettement constitués pendant les com­ bats des 61s de Mathathias. Les hasidim (pieux), 1 Macch., n, 42; vu, 13; II Macch., xiv, 6, qui prê­ taient l’appui le plus solide aux Macchabées sont sans aucun doute les mêmes qui portent plus tard le nom de pharisiens. Ils se distinguaient par un grand zèle pour lu Loi et par la résistance absolue à toute in til­ tration païenne. Ceux des prêtres membres de l'anstocratie, par contre, qui nourrissaient l’esprit opposé, qui favorisaient sous Antiochus Ëpiphane l’intro­ duction des moeurs et des idées helléniques et y prê­ taient même un concours actif sont, sinon dans le sens strict du mot, au moins en principe, les premiers sad­ ducéens. Sous le règne de Jean Hyrcan les deux partis apparaissent nettement groupés et expressément désignés par les noms qu’ils ont gardés dans l’histoire. An/., XIII, x, 5 sq. 1. Les pharisiens ne formaient ni un parti politique ni une secte religieuse. Ils étaient simplement ceux qui voulaient réaliser de la façon la plus parfaite la sainteté prescrite par la Loi, les représentants out ron­ ciers et intransigeants du légalisme tel qu’ü se mani­ festait dès la reforme de Néhéime et d'Esdras. La haine profonde contre le paganisme et l’a flection vive pour la Loi qui caractérise tout le judaïsme sont par les pharisiens poussées jusqu’à l’exclusivisme le plus extrême. C'est pourquoi le parti pharisaïque se composait surtout des scribes et de leurs partisans. Tous les grands scribes étaient des chefs pharisiens. Tout ce qui est dit au sujet du zèle des scribes pour la Loi est encore plus vrai des pharisiens. Ils sont ceux qui < expliquent exactement la Loi des pères », Ant., XVII, n, 4, et qui pour l'observer, < renoncent à toute Jouissance et à toute commodité ». An/.. XVII1, L 3. Ce sont eux surtout qui ont introduit la Loi orale : ■ les pharisiens ont Imposé au peuple beaucoup de prescription» qui ne sont pas écrites daas la Loi de Moïse ». Ant., XIH, x, 6. Comme ils étaient les plus l pieux par l'observation stricte de la Loi, ils étaient 1615 JUDAÏSME, PARTIS RELIGIEUX ET POLITIQUES 1616 ainsi les plus croyants : ils professaient toutes les doc­ qu’il admirait leur zèle pour la Thora et leur sainteté extérieure. trines nouvelles du Judaïsme tardif. En matière de politique, ils étaient en principe tout 2° Les estoniens. — Du judaïsme palestinien est issue à fait indifférents. En leur qualité de piétistes, ils encore la secte fort curieuse des cssénlcns. Son nom Jugeaient la situation extérieure uniquement au point comme son origine sont obscurs. Essénicn signifie de vue religieux cl regardaient comme la meilleure probablement pieux et le groupement de ces pieux celle qui garantissait la plus grande liberté pour obser- | sectaires semble dater du n· siècle avant J.-C. Les ver la Loi. Lorsque Antiochus Épiphane défendit la renseignement sur eux sont dus surtout à Josèphe, pratique de la religion juive, ils furent les premiers A Belt. jud., H, vin, 2-13; An/., XIII, v, 9; XV, x, 4-5; prendre les armes; mais ils ne participèrent aux com­ XV11I, i, 5, à Philon, Quod omnis probus Uber, J 12bats qu’aussi longtemps qu’il s'agit de recouvrer la 13, Opera, édit. Mangey, t. n, p. 457-459 et A Pline, liberté religieuse, dès que les Asmonéviis, en déshar­ Hist, nat., v, 17. monie avec la Loi, montrèrent des tendances mon­ D’après ces auteurs, les cssénlcns formaient un daine <* ils devinrent leurs pires ennemis. En face de la véritable ordre religieux. Les membres s'adonnaient domination romaine, les uns conseillaient la soumis­ à une vie ascétique d'après des principes qui dépas­ sion, en disant que la Providence avait permis cette saient encore notablement le rigorisme des pharisiens. oppression comine un châtiment; les autres, les Us vivaient surtout dans le désert, mais aussi dans les xclotcs surtout, poussaient à la résulte, parce que le villes; Ils habitaient communément dans des sortes Joug étranger leur semblait incompatible avec l'idée de couvents, sous la direction de supérieurs. Pour être de théocratie. reçu dans l’ordre, il fallait passer par un noviciat 2. Les fadduetens avaient sous tous ces rapports des de deux ans. Les membres étalent étroitement liés tendances absolument contraires. Tandis que les pha­ entre eux par la communauté absolue des biens. Leur risiens étaient des idéalistes pieux, eux étaient des occupation principale était l'agriculture; ils appre­ aristocrates réalistes. naient aussi des métiers; le commerce par contre leur Malgré leur caractère sacerdotal, ils étaient presque était défendu. Us avaient une extrême estime de la uniquement préoccupés du pouvoir et des autres Loi qu’ils montraient surtout par l’observation la plus avantages matériels de leur position. Ils formaient un i sévère du repos sabbatique el par les soins scrupuleux vrai parti politique. Us s'occupaient des aiTaircs pour la pureté rituelle, lis commençaient la Journée publiques dans le but de maintenir la tranquillité de par la prière, sc réunissaient pour les repas qui étaient l'Êtat et de sauvegarder ainsi leurs postes lucratifs. préparés par des prêtres et avaient ainsi un caractère C'est pourquoi ils évitaient tout conflit avec les puis- ide sacrifice. Avant chaque repas, ils prenaient un bain. sances étrangères et s'assimilaient autant que possible Toutes ces pratiques des esseniens ne dépassaient les idées et les mœurs païennes. Ils ne pensaient pas, pas le cadre de la piété pharisaïque. Elles ne représen­ certes, à renier la religion de leurs pères. Cependant taient qu’un renchérissement sur l'idéal de perfection, ils rejetaient les lois de la tradition et reconnaissaient prêché et réalisé par les pharisiens. Mais nous trouvons uniquement la Thora : « Les sadducéens disent que cela chez eux d'autres principes et coutumes qui n’ont seul qui est écrit est légal. Ce qui provient de la tra­ rien de commun avec le judaïsme. Ils repoussaient dition n’est pas à observer. » An/., XIII, x, 6. De complètement le mariage à l’exception d’une branche même ils n'acceptalcnl pas les nouvelles doctrines qui l’approuvait sous certaines conditions. Us s'abste­ dogmatiques. Par Josèphe et le Nouveau Testament * naient de tous les sacrifices d’animaux et pour cette nous savons qu’ils ont surtout nié la résurrection des raison ne prenaient point part au culte du temple. morts el l’immortalité de l'âme, l'existence d’esprits Ils réprouvaient aussi le serment. purs et la providence de Dieu. Act., xxm, 8; An/., Pendant leurs prières, ils sc tournaient vers le soleil XVIII, i, 4; Be//. jud., II, vm, 14. parce qu'ils voyaient en lui le symbole de la lumière En réprouvant ces doctrines et en n'observant pas divine. Dans leurs pratiques religieuses, ils recher­ la Loi orale, les sadducéens s’écartaient de la fol et de chaient des états mystiques, des extases et des ravis­ la pratique religieuse de leurs contemporains et repré­ sements; ils aimaient à prédire l'avenir; outre ces pra­ sentaient au milieu du judaïsme tardif une véritable tiques, certaines croyances les éloignaient aussi de la secte; d’autant que leur conservatisme n’était pas religion mosaïque. Us avaient des Idées spéciales sur inspiré par le désir religieux de respecter le patrimoine I les anges, supposaient la préexistence des âmes qui sucré de leurs ancêtres, mais par un esprit libéral et auraient été attirées dans les corps par un amour séculier qui ne voulait rien savoir ni d'une sévérité I sensuel. Après la mort, les corps sc dissoudraient défi­ excessive ni d'une doctrine trop transcendante. nitivement, les Ames seraient d'après leurs mérites Le pharisaïsme est lu réaction du judaïsme contre éternellement heureuses ou malheureuses. ces tendances sadducécnnes. Aussi les pharisiens I A cause de ces particularité s, les cssénlcns ne peu­ étaient-ils, comme les scribes, très populaires, tandis vent pas être regardés comme une secte purement que les aristocrates libéraux du sacerdoce étaient sou­ juive. 11 y a chez eux sans doute des influences étran­ vent détestés. Bien que les sadducéens tussent les plus I gères. Parmi les cinq hypollu ses, formulées A ce sujet, la plus probable est celle qui suppose que c'est le nombreux dans le sanhédrin et eussent en leur main le pouvoir * « quand Us exerçaient quelque magistra- I pythagoréisme qui u contribué à la formation de cet ture. Us se dirigeaient quand même d’après les exi­ esprit. Les cssénlcns auraient donc voulu réaliser gences des pharisien», parce que dans le cas opposé I simultanément l’idéal pharisien et pythagoricien. 3· Les thérapeutes. — Les thérapeutes sont égalola foule ne les aurait pas supportés ». AnL, XVIII, I L 4. ' I ment une secte juive qui était florissante au premier Cependant U serait faux d’en conclure que les pha­ siècle chrétien, surtout en Égypte. Philon les décrit *. risien représentaient un parti démocratique. Ils se I dans son livre : De oita contemplativa, édit. Mangey, t. n, p. 471-86. Ils se distinguaient comme les esséséparaient systématiquement de la masse du peuple et le dédaignaient à cause de son impureté rituelle et de ’ nlcns par un grand ascétisme. Leur association comprenait des hommes et des femmes. Chaque membre sa negligence dans l’observation de la Loi. Us évitaient tout contact avec lui, défendaient les mariages avec logeait A port dans une maisonnette et s'occim dt ses membres. C’est pourquoi Us furent stigmatisés du I toute U journée à l’élude de i’É rilurc Sainte d'nnrès son sens allégorique. Après le coucher du soleil seul * nom de « séparatistes » ( perilim). Si le peuple les vénérait malgré tout, c’est parce• I ment, les thérapeutes quittaient leur · sanctuaire 1617 judaïsme, idées religieuses pour manger et pour boire; tout le septième jour, ils ne prenaient que du pain, du sel et de l’eau. Beaucoup jeûnaient pendant trois Jours. Ils sc réunissaient le septième Jour dans un sanctuaire commun pour entendre une conférence du plus ancien. Leur plus grande fête était le cinquantième Jour, qui est probablement la Pentecôte. Pour la célébrer ils sc réunissaient en habits blancs, chantaient des hymnes, étaient instruits par l’explication du texte biblique, mangeaient les mets les plus sacrés : du pain, du sel qu’ils mélangeaient ù de l’hysope. Après le repas commençait une fête nocturne qui consistait en des chants exécutés par deux chœurs et en des danses. Les thérapeutes n’étalent pas des ascètes chrétiens comme Eusèbe, //. E., II, xvn, et beaucoup d’auteurs jusqu’au xvi· siècle l’ont cru, mais de purs Juifs. Cependant ils ne sont pas non plus des scribes idéa­ lises par Philon. Us représentent une association réelle de philosophes juifs qui avalent les mêmes idées que Philon. 1· Pharisiens el sadducéens. — Montât, Essai sur les origines des partis saccudéen et pharisien et leur histoire jusqu'à la naissance de Jésus-Christ, Paris, 1883; Davalne, Le Saducétsme, thèse, Montauban, 1888; Narbrl, Étude sur le parti pharisien, thèse, Paris, 1891 ; luifay, Les sadducéens, thèse, Lyon, 1904; Schürer, Gcschichte..., t. n, p. 380-419; Felten, op. cit., t. i, p. 372-385; Dcrenbourg, op. cit., p. 70-82; F. Prat, Pharisiens, dans Diet, de la Bible, t. v, col. 205-218; IL Lcsêtre, Sadducéens, ibid., t. v. col. 13371346; D. Eaten, Pharisees, dims Hastings, Did. of the Bible, t. in, p. 821-829, du même, Sadducees, Ibid., t. rv, p. 319-352. 2· Esséniens. — V. Ermoni, L'essénisme, dans Revue des questions historiques, 1903, t. xxix, p. 5-27; Friodlftnder, Die religiose n Betvegungen innrrhalb des Judentums im Zeltalter Jesu, Beilin, 1905, p. 114-168; Schürer, Geschidde, t. n, p. 556-584 ; Felten, op. cit., 1.1. p. 388-401 ; W. Bousset, Die Religion des Judentuins..., p. 524-536; Derenbourg, op. cit., p. 166-175; F. C. Conybcare, Esslnes, dans Hastings, Did. of the Bible, t. i, p. 367-372. 3. Thérapeutes. — Lucius, Die Therapeuten und ihre Stellung in der Gcschichte der Ascese, Strasbourg, 1879; Ninchl,Die Therapeuten, Mayence, 1890; Conybcare, Philo about the contemplative life, critically < diled with a defence of its qrnulness, Oxford, 1895; Mnsscbieau, Le traité de la vie coni mplat lue et la question dis thérapeutes, duns Revue de rhintoire des religions, 1887, t. xiv, p. 170 »q., 284 sq.; P. Wendland, Die Therapeuten und die Schrift rom beschau· lichen Leben, dans Jahrbûcher fur klassische Philologie^ 1896, t. xxii, p. 693 sq. V. Idées heijoieusrs. — Dans l'appréciation mo­ derne des idées cl pratiques religieuses du judaïsme, on remarque de singuliers contrastes. D'un côte on fait du judaïsme un État ecclésiastique, de l’autre on regarde sa religion comme de beaucoup infé­ rieure Λ celle de l'I.raél préexilicn. On lui attribue les plus belles œuvres de la poésie hébraïque, spéciale­ ment les psaumes, qui révèlent la vie religieuse la plus Intense, ainsi que bon nombre d’écrits prophétiques, et on le présente néanmoins comme étouffé par le formalisme extérieur et vivant dans une période de décadence. Ce» contradictions des critiques ne témoignent pas en faveur de la Justesse de leurs appréciations. En effet celles-ci découlent bien plutôt de théories pré­ conçues que de faits revis. Non seulement on serro lo judaïsme dans le lit de Procuste de l'évolutionnisme, mais on Juge avec un souverain dédain toute forme extérieure de la religion. On fait violence aux récits judaïques et on méconnaît cette loi qui porto chaque religion, conformément à la nature humaine, ά mani­ fester su vie intérieure en des formes extérieures. Les sources que nous avons indiquées plus haut permettent do rendre meilleure justice au Judaïsme, mer. DU THÉOL. catiiol. 1618 tout en marquant les idées religieuses qui lui sont propres par comparaison avec celles de l’ancien Israël. 1° Théodicée. — 1. Monothéisme absolu des temps postexiliens. — Plus la conception de Dieu est chez un peuple pure et élevée, plus sa religion est parfaite. Sous ce rapport, le culte de Jahvé était dès son com­ mencement bien supérieur à tous les cultes antiques. Dès avant l’exil, l’idée de Dieu conçu comme un être spirituel, dont les principaux attributs sont la sainteté et la toute-puissance, était commune en Israël. En la prêchant, aucun des prophètes n’a conscience de dire des choses nouvelles. Cependant ils doivent tous la défendre contre les fortes tendances polythéistes et la purifier des conceptions grossières de leurs contem­ porains. Même pendant l’exil, les Israélites ont encore besoin d'êlre mis en garde contre l’idolâtrie par les discours d’Ézéchlel et les révélations de la seconde partie d’isalc. Sous ce rapport, la mentalité Juive est après le retour de Babylone complètement changée. La dure punition de la captivité a radicalement guéri le peuple élu de son infidélité envers Jahvé et de sa préférence pour d’autres dieux. Malgré l’épreuve que réservait à sa fol la destruction de la ville sainte et du temple, la croyance en Dieu devint le dogme fondamental de chaque juif. Si au temps d’Antiochus Épiphane plu­ sieurs prêtres aristocrates prêtèrent leur concours ù l’introduction de l'idolâtrie, ce fut moins par convic­ tion que par opportunisme politique. Le peuple entier se souleva avec d'autant plus d’indignation contre cette atteinte portée au culte du Très-Haut. L’auteur du livre de Judith relève, vin, 18, avec satisfaction qu’ < 11 n’y a plus aujourd'hui une tribu ou une maison ou une famille qui adorent des dieux faits de mains d’homme, comme cela arrivait autrefois ». En effet, non seulement la notion d’un Dieu unique duquel dépend tout l’univers est le bien commun du judaïsme, mais les Juifs sont fiers d'être les seuls hommes qui connaissent et adorent le Créateur. Us s’attribuent même la mission providentielle de le faire connaître aux autres. Ill Sibyl., 582 sq. Ils se livrent pour cela à une ardente propagande pour le monothéisme et démontrent aux païens, p. ex. Sap., xni-xv, la folle du polythéisme. Si le prosélytisme Juif eut un si grand succès, ce fut surtout à cause de l’idée si pure de Dieu que le Judaïsme présentait aux Gentils. 2. Transcendance de Dieu. — A côté de la sùreté avec laquelle les Juifs professèrent la croyance en Dieu, Il est un second caractère qui distingue la notion judaïque de l'Étre suprême. Si on parcourt la littéra­ ture du judaïsme, on est frappé par la tendance qui progressivement s’y fait Jour à souligner la majesté transcendante et inaccessible de Dieu, à éloigner celuici, pour ainsi dire, de tout contact avec l’homme, avec la terre. Celte tendance se révèle tout d’abord par les noms qui sont dpnnés à Dieu. D’une part on évite le nom de Jahvé. Une certaine crainte religieuse défend de l’écrire el encore plus de prononcer ce nom sacré sous lequel Dieu s’est révélé ù Moïse. Il manque tout à fait dans l’EcclésInsle cl presque complètement dans Daniel. Dans le deuxième et troisième livre des Psaumes, un rédacteur l'a remplacé à peu près par­ tout par celui d'Élohim. Dans les autres écrits Juifs de l’époque, le nom de Jahvé alterne avec celui d’Elohim, On était plus conséquent pour éviter la prononcia­ tion du lélragramme sacré. A l'époque du Nouveau Testament, l'emploi du nom de Jahvé était restreint au culte du temple. Le grand prêtre le prononçait le Jour de {’Expiation, Mischna, Joma, vi, 2, et quand il donnait la bénédiction. Les prêtres le prononçaient également quand ils donnaient la bénédiction après le sacrifice quotidien; dans les synagogues, pur T. — VIII. — 52. 161 judaïsme, idées religieuses 1620 contre, pour la bénédiction sacerdotale comme pour ncllc, Sap., vu, 22-vni, 1 ; clic est plus mobile que tout mouvement et pénètre partout à cause de sa pureté. la lecture de la Bible, on le remplaçait par celui d'Adonaf, Mteehna, Sota, vu, 6; Tamid, v», 2. Cette Sap., vu, 24. Avec raison des exégètes appartenant à réticence remonte bien plus haut, puisque les Sep­ toutes les écoles volent dans ccs descriptions de la tante ont traduit Lev., xxiv, 16 : « celui qui blasphème , Sagesse divine plus que des personnifications poé­ le nom de Jahvé, sera puni de mort » par « celui qui tiques. La Sagesse n’est plus simplement conçue comme une qualité abstraite de Dieu, mais comme une prononce le nom, etc. ». Ainsi évité, le nom de Jahvé est remplacé par des hypostase,placée à côt é de lui et qui participe à sa nature litres somptueux qui expriment la grandeur Inacces­ et à ses œuvres. Elle devient une soirtc d’intermédiaire sible el la sublimité incomparable de Dieu. Dans les entre le Très-Haut et le momie. Voir L. Hackspill, livres apocryphes surtout on aime à le nommer le Étude sur le milieu religieux.., contemporain du N. T,, Très-Haut, le Seigneur des Esprits (en particulier dans Revue biblique, 1901, p. 202 215; J. Lobreton, Les origines du dogme de la Trinité. Paris, 4· édit., dans le livre dTIénoch), le Seigneur des Seigneurs, le 1919, p. 110-119, 118-150, cl Joli. Gôttsbcrger, Die Roi des Rois, le Seigneur du ciel. Voir les textes dans gOttliche Weisheit ah PersOntichkeit, 1917. Boussct, op. c//., p. 357 sq. On aime aussi à multiplier ccs titres. Souvent les noms de Dieu sont remplacés Ccs spéculât ions des auteurs Inspirés sont continuées par des abstractions : à la place de Dieu, on préfère dans l’apocalyptique palestinienne et dans la théologie par exemple dire le ciel, déjà dans Dan., iv, 23, mais alexandrine. D’après le livre éthiopien d’Hénoch, la surtout dans les livres des Macchabées et davantage Sagesse siège au milieu des anges, xi.n, 1-3, cl d’après encore dans la Mischna. Voir Dalinnn, Die Worte Jesu, l’Hénoch slave clic a créé au sixième jour l’homme sur 1898, t. i, p. 75, 168 sq.; Boussct, op. cil., p. 361. l’ordre de Dieu, xxx, 8. Pour Philon, la Sagesse est Tout cela tendait à marquer la distance entre Dieu et préexistante cl créatrice de l’univers, De caritate, les choses terrestres. A plus torte raison avait-on n, édit. Mangey, t. n, p. 385; il est même dit que Dieu soin d’éviter, quand Ton parlait du Créateur, toute cl la Sagesse ont enfanté ensemble le monde comme conception el toute locution trop humaine. Le ju­ homme et femme. De Cherubim, 48-50, édit. Mangey, daïsme tardif était choqué par les traits anthropo­ t. 1. p. 117-1 18. morphiques donnés à Dieu dans les anciens livres et b) A celte doctrine de la Sagesse fait pendant la s’appliquait à les effacer. On le constate déjà à beau- ispéculation sur le Verbe de Dieu ou le Logos. Puisque coup d’endroits de la version des Septante; ainsi, Ex., d’après la Genèse l’œuvre créatrice de Dieu s’est faite xxiv, 0-11, la leçon originale « ils montèrent et Ils par l’action de sa parole, il était naturel d’attribuer à virent Dieu », est remplacée par · ils montèrent et ils apocryphes et dans les écrits rabbi niques, m, 12; iv, 12, 15; Jonathan, Jos., x, 14, 42; xxin, 2. on rencontre des qualités divines qui sc détachent tel­ Tandis que la doctrine des Targums est la continua­ lement de la substance à laquelle elles adhèrent tion directe de la spéculation biblique, celle de Phllon qu’cU<‘% arrivent a se présenter non seulement comme sur le logos est un mélange très peu cohérent d’idées des personnifications poétiques, mais comme des êtres I grecques et juives. Les conceptions platoniciennes et subsistants. C’est surtout le rôle qu’on leur attribue, stoïciennes y prédominent : le logos est le νους divin qui leur donne le caractère d’hypostases. des stoïciens et en même temps l'ensemble des Idées a) La plu> importante de ces spéculations est celle I platoniciennes qui forment d’après Phllon les causes qui concerne la Sagesse divine. Déjà, dans le livre des I Intermédiaires entre Dieu cl le monde. Phllon rap­ Proverbes, il est dit que Dieu l’a possédée dès l’éter­ proche d’une façon purement extérieure ce logos grec nité, qu’elle (ut sa coopératrice pour la création et I des personnifications bibliques de la Parole et de la * de Phlqu elle tait 1rs débets de l’Étcmel en jouant devant 1 Sagesse de Dieu sans les amalgamer. Le logo lut tous les jours. Prov., vin, 22-31. Dans V Ecclésias­ I Ion SC distingue de ces hypostases bibliques parce que, tique, celte même Sagesse est mise en scène : clic est malgré la penonnl fient Ion littéraire dont il est souvent sortie de ta bouche du Très-Haut ; comine un brouil­ l’objet, il n’est pas en somme conçu comme une véri­ lard, elle couvre la terre, elle n son trône dons les hau­ table personnalité. Pour l’étude détaillée voir J ebreton, op. cil., p. 197-236. teurs cclv *les. mais elle a choisi comme demeure spé­ ciale brail. EcclL, xxxv. 5-16. Encore plus explicites c) D’après beaucoup d’uuteurs, p. cx. Boulet ’ ont les termes du livre de la Sagesse : la Sagesse est ' op. eii., p. 400, Bertholct, op. eii., p. 3fl5 |.V1,“ cit., t. u, p. 06 sq.. une série de textes no’· ,,.ή, P>‘ un souille de I i puissance de Di» u, une émanation de Joire du Tout-Puissant, l’éclat de la lumière éter.Judith. XVI, 15; Sap., i, 5, Apoe. narucl, ‘ “<. • % Ig 1621 JUDAÏSME, IDÉES RELIGIEUSES Martyre d’Is·, v, 14, contiendraient une troisième personnification, celle de Γ Esprit de Dieu, Bien ne prouve cependant qu’à ccs endroits 11 s'agisse d'une hypostase formelle; l’Esprit de Dieu y est synonyme j de Dieu ou de la Sagesse divine. Il faut sans doute en dire autant des textes rabblnlqucs, où la gloire de Dieu, la Sehechtna, est mise en scène, p. ex. Λ/ür/mo, Pirke A both., m, 2; Onkclos, Ex., xxxiii, 1 I ; voir Lcbrcton, op. ci/., p. 153-150. Toute cette théologie des hypostases est extrême­ ment Importante; elle prépare In révélation plus com­ plète de la Trinité, qui se fera dans le Nouveau Tes­ tament. 2° /I ngélologie. — Un élément saillant de la théologie du judahme est la doctrine sur les esprits. Comparée avec les livres préexiliens, la littérature judaïque mentionne bien plus souvent les bons et les mauvais anges et développe les quelques idées éparses à leur sujet dans les écrits anciens. Parmi les écrits cano­ niques, c’est surtout Daniel. Tobie et le deuxième livre des Macchabées, qui s’étendent sur ce point et il n’est presque pas de thème qui soit plus fécond dans la littérature extra-canonique. Seulement, tandis que dans la Bible, sous l’influence de l’inspiration, l’évolu­ tion des doctrines sur les esprits est normale et exempte d'exagération déréglée, elle est marquée dans les autres livres par la fantaisie la plus exubérante. 1. Les bons anges. — a) Comme avant l'exil, leur nom principal est celui de messagers, άγγελοι, mei'a· him. Moins fréquemment ils sont nommés esprits. II Macch., i i, 24; Jubilés, n, 2, Hénoch éth., xxxviilxxi, passim. Us sont toujours envisagés comme des êtres Incorporels, qui n’ont pas besoin de nourriture. Tob., xn, 19. Aux anges déchus Dieu dit dans Hénoch éth., xv, 6 sq. ; « Vous étiez, auparavant des esprits étemels... je n’ai pas créé de femmes pour vous. » Par leur intelligence les anges dépassent de beaucoup les hommes; Us expliquent aux prophètes les choses mystérieuses et célestes, Zach., i, 9; n, 3...; Dan., vm, 15 sq.; ïx,21...; //én.é//i.,xix, 1 sq.; xxvn,2sq...; Jub., i, 27; n, 1 sq...; IV Esdr., iv, 1 sq.; v, 31 sq... N’ayant pas de corps, ils sont invisibles. Tob., xn, 12-19. Quand ils apparaissent, ils prennent un corps d'em­ prunt. Tob., v, 5; 11 Macch., ni, 25; xi, 8; IV Macch., iv, 10. Les anges sont créés par Dieu comme les hommes. Les livres canoniques ne le disent pas expressément. D'après .lob., xxxvin, 7, les fils de Dieu ■= les anges ont regardé avec admiration comment Dieu fixa les frontières entre la terre solide et la mer, ils ont donc existé avant la formation de la terre. D’après Jub., π, 2, ils furent appelés à l'existence le premier jour de la création. Les rabbins les supposent créés le second jour. Targuin de Jéru.saL, Gen., i 26. MIdrasch, Rereschit Rabba, n sq« Les anges forment « l’armée » de Dieu, Zach., i, 3 sq.; Mal,, i, I sq.; Ils sont innombrables, Hénoch éth., xl, 1 ; lxxi, 9; IV Esdr., vi, 3; Apoc. JJar., χχι,ΐβ; xlviii, 10; · des milliers de milliers le servent et dix milliers de centaines de milliers assistent devant lui ». Dan., vu, 10. L'armée des anges est divisée en plusieurs ordres. Les premiers de cette hiérarchie sont sept archanges • qui se trouvent devant le Seigneur ». Tob., xn, 12-15; Hénoch éth., xx, 1 sq.; lxxxï, 5; xc, 21 sq. Les livres canoniques en nomment trois par leur nom : Michel, « un des premiers princes », qui est l’ange gardien du peuple juif. Dan., x, 13, 21; xn, 1, Bnphaèl, l’ange de la guérison, Tob·, xn, 15, Gabriel qui est déjà dans le livre de Daniel, vm, 16; ïx, 21, celui qui apporte de bonnes nouvelles et qui explique les révélations divines. Outre les sept archanges, les mêmes livres distinguent encore deux autres groupes : les séraphins, mentionnés 1622 seulement dans la vision d’Isaïe, vi, 5 sq., comme gar­ diens du trône de Jahvé, 1rs chérubins que la Genève, ni, 21, nomme comme serviteurs de Dieu et qu’foré· chid, i, x, aperçoit au nombre de quatre aux quatre roues du char de Jahvé. Ce% quelques donnée * bibliques sur le nombre rt les ordres des anges sont richement développée^ dans la littérature apocryphe et rabblniquc. On y trouve p. ex. le nom d’autres archanges : Uriel surtout, Hénoch éth., xx, 2; xxxm, 3; lxxii, 1 ; IV Esdr.. iv, 1 ; v, 20; x, 28, auquel Phanuel, cité dans Hénoch é-th.9 xxxvii-lxxi, p. ex., xl, 9, semble être identique. A côté des séraphins et chérubins, le livre d'Hcn »vh mentionne encore trois autres classes, les ophanim, les anges de la puissance et les dominations, Hénoch éth., lxi, 10, dont les deux dernières rappellent les classes d'anges, énumérées par saint Paul : princi­ pautés, vertus, puissances et dominations, Eph., i, 21; Col., 1, 16. Ix» livre slave d’Hénoch, xx, nomme dix ordres d’anges et en énumère neuf : archanges, vertus, dominations, principautés, puissances, chérubins, séraphins, trônes et opbanim. Le Talmud distingue également dix ordres. Voir Weber, op. cit., p. 168. Le rôle des anges est double. D'abord ils sont les serviteurs de Dieu. Ils forment la cour royale du TrèsHaut, l'adorent, le louent et accomplissent ses ordres. Dan., m, 58; vil, 10; Hénoch éth., xxxix. 12; Jub., n, 3; xxxi, 14. Mais ils sont aussi les bienfaiteurs des hommes. Ils prient pour eux. Zach.. i, 12; Hénoch éth., xxxix. 5, et oflrcnt à Dieu les prières de leurs protégés. Tob·, xn, 12. Us sont envoyés du ciel pour aider les hommes, Tobie, v sq.; Il Macch., xi, 6; xv, 23, et pour se tenir comme gardiens à leur côté. Ps., xc, 11 ; Judith, xm. 20, Tobie. Dans les apocry­ phes, la doctrine des anges gardien * est très déve­ loppée. Le livre des Jubilés, xxxv, 17, on suppose un pour Jacob et Esaû; Hénoch éth., c, 5, les accorde à tous les justes. D’après Dan., x, 13. 20, 31; xn, l, les nations et les pays ont aussi leur ange spécial. Les apocryphes ont même préposé des anges aux diverses parties et forces de la nature, à la mer, à la neige, aux quatre saisons, Hénoch éih., i.x, 16 sq.; lxxxu, au feu. aux vents, Jub., n. 2; ce sont des anges qui mettent les astres en mouvement, Hénoch éth., lxxx, 1; voir Hackspill, L'angétologic juive à l'époque néotestamenta ire, dans Reuue biblique * 1902, p. 527-550; Felten, op. cit., t. n, p. 70-91. 2. Les mauvais anges. — En opposition avec les anges célestes sc trouvent les démons. Leur existence déjà attestée pour l’époque préexilicnne d'abord par le récit de la chute de l'homme, car le serpent qui séduit l’homme · n'est qu’un prête-nom ou un porteparole, il s’agit d’un être très habile, ennemi du bon­ heur de l’homme », Lagrange, L'innocence et le péché, dans Revue biblique, 1897, p. 341-379; p. 350. Elle est ensuite enseignée par le livre de Job, 1, où le Satan apparaît comme l’adversaire de Dieu et l’ennemi des hommes. Les livres canoniques du judaïsme complè­ tent ccs anciennes données. Le prophète Zacharie, m, 1-2, met le diable en scène comme ennemi et accusateur du grand prêtre Josué. Le Chroniqueur, I Par., xxi, 1, attribue ù Satan le rôle de conseiller mauvais à l’égard de David · Satan, dit-il, se leva contre Israël, et poussa David », tandis que d’après II Beg., xxiv, 1 < la furcur de Jahvé pouvsa David à compter le peuple ». Dans Sap., n, 24, il est dit expres­ sément que c’est le diable qui a séduit le premier homme; car c’est par sa jalousie que la mort est entrée dans le monde. De même que le livre de Tobie présente l'archange Raphaël, il fait aussi paraître un démon impur, Asmodéc, qui, épris do Sara, a tué les sept maris I Jusqu'à ce qu’il soit dompté par l’in tenent Ion de 1623 JUDAÏSME, IDÉES RELIGIEUSES 1624 dans l’obligation pour chacun d’observer les comman­ Raphaël qui le saisit pour le bannir dans le désert dements divins et dans l’assurance que Dieu dans sa égyptien. Tob., m, 8; vin, 1-3. Sauf dans ce cas, il n'est jamais question que du diable et non de plusieurs justice rend à chacun selon ses œuvres, H s’ensui­ vait que, dès le principe, l’individu avait une bonne démons. L'origine des démons, c’est-à-dire la chute part de responsabilité dans la question dc son sort. d’une partie des bons anges, ne se trouve nulle part Cependant, puisque Jahvé avait par l’alliance engagé explicitement mentionnée dans l’And en Testament. Pourtant le texte L.. xxiv, 21 « en ce jour-là, Jahvé son honneur à l’existence du peuple et non de l’indi­ vidu, les anciens Israélites étalent Irop souvent enclins vi liera Varmre d’en-haut là-haut, et les rois de la terre à envisager leur salut comme dépendant principale­ sur la terre » semble faire allusion à ces esprits déchus. ment de celui de la nation el à compter pour la partici­ Dans aucun de ces endroits bibliques le diable n’est conçu comme un principe mauvais, indépendant de pation aux biens messianiques moins sur la sainteté Dieu; c’est toujours un esprit méchant, mais subor­ Individuelle que sur leur appartenance au peuple élu. Amos, v, 18. donné à Dieu. Il n’y a donc aucune trace dc dualisme. Les prophètes préexllicns luttèrent contre cette Os quelques indications très sobres de ΓAncien conception que nous pouvons appeler solidarlste, mais Testament sont richement ampli fiées dans les écrits sans détacher entièrement le sort do l’individu do extra-canoniques. D’abord l’auteur du livre primitif d’Hénoch, vî- celui du peuple. Mais plus ils exigeaient dc chacun xvi, raconte d’une façon détaillée la chute des anges. l'union morale avec Dieu par l’observation des lois, Il ne s'agit pas de la chute, telle que la conçoit la plus ils annonçaient la ruine de la nation à cause do théologie moderne, mais d’une déchéance, causée par sa corruption croissante, plus aussi ils accentuaient la concupiscence sensuelle. Il était question, Gcn., la conception individualiste. Pour eux. Dieu n’a pas besoin du peuple entier : il so servira uniquement des vi, 1-4, d’union charnelle entre les fils dc Dieu et les bons, du < saint reste », Is., iv, 3; x, 20-22, pour réaliser filles des hommes; s’emparant de ce texte, où clic traduisait par · anges » le mot dc fils de Dieu, la théo­ ses projets dc salut. A cause de son honneur, Il doit logie juive enseigna que deux cents anges guidés par môme châtier et réprouver la nation comme telle par un chef qui est nomme, tantôt Azazel, tantôt Scmjaza, un jugement sévère. Finalement, en face dc la ville sc sont mêlés aux titles des hommes. Ils sont jugés et détruite et du peuple déporté, Jérémie et Ézéchiel ont attendent en des lieux inférieurs leur punition défi­ expressément et solennellement établi l’individua­ nitive lors de la fin du monde, mais ils ont pour progé­ lisme comme principe de la religion. En opposition niture les démons qui circulent dans le monde. Lc livre avec les anciennes menaces, fait es par Jahvé au SinaT, d’Hénoch distingue donc deux sortes dc diables. de punir les péchés des pères en leurs fils jusqu’à la Une distinction analogue se trouve dans le livre des quatrième génération. Ex., xx, 5; xxxiv, 7; Num., Jubilés, ïv, 22; v, 1 sq.; x, 1 sq. Lc chef des démons xiv, 18, ils enseignent que dorénavant les enfants terrestres y est Mastcma. Cependant, d’après Hénoth n'expieront plus les crimes dc leurs parents (on ne éth., xix, 1; ttv, 6; Jub., x, 11, il semble que le vrai dira plus : « l^s pères ont mangé des raisins verts, et Satan n’appnrtlcnt pas à ccs deux genres de démons, les dents des fils ont été agacées »); que chacun sera qu’il a existé avant eux et qu’il est au-dessus d’eux. uniquement Jugé pour ses propres fautes. Jer.. xxxï, Le Testament des douze patriarches ne fait pas ccs dis­ 29-30; Ez., xvm. C’est surtout Ézéchiel qui a inculqué tinctions; il ne connaît qu’une sorte d'ésprlts mauvais systématiquement et par une casuistique détaillée, dont le chef est nommé parfois Satan, Dan., v, mais c. xvm, la doctrine dc la rétribution individuelle surtout Bcliar » BéliaL Ruben, n, iv. vi, Siméon, v. comme émanant dc la Justice stricte dc Dieu. Ainsi A l’époque du Nouveau Testament, les Juifs appe­ l’expérience de l’exil et l'enseignement du grand laient le chef des démons Bclzcbub. Matth., x, 25; prophète exillcn ont-ils donné au judaïsme la convic­ Mare., m, 22; Luc., xi, 15. tion que la valeur dc l’Israélite ne dépend pas en D’après les apocalypses, les démons sont les auteurs premier lieu dc sa naissance qui i’associe au peuple dc de tous les maux terrestres, en particulier des péchés, Dieu, mais de sa perfection individuelle qu'il obtient des maladies, dc i’idolâtrie, du maléfice, dc l’astrologie par un attachement fidèle à Jahvé. Voir Karl Marti, païenne. Hénoch, éth,, vu, 1 ; lxix, 4,6,8; Jub., vin, 3; Geschichte der israelitischen Religidn, Strasbourg, x.12; xi,4 sq.; xv,31.La Mischna et les Talmudsdéve­ 1907, p. 171 sq., 274 sq.; Max Lfthr, Socialisms loppent 1rs mômes doctrines, mais d’une façon encore und Individualismus (m Allen Testament, 1906; plus superstitieuse. Voir Weber, op. dL, p. 251 sq. et J. M. Powis Smith, The rise o/ individualism among Felten, op. nf., t. n, p. 91-103. the Hebrews, dans The American Journal of theology, 3® Anthropologie, — 1. Individualisme, — Comme 1906, p. 251-266; Touzard, Heuue biblique, 1918, les Idées sur Dieu et les esprits se sont notablement p. 371 sq. transformées dans le Judaïsme, de môme encore celles D’ailleurs cet individualisme n’était encore que qui sont relatives à l’homme. Un premier changement relatif; car, aussi longtemps qu'on croirait qu'au consiste en ce que, dans l’appréciation de sa valeur, School cessait toute distinction des mortels, que tous, la considération de l’individu passe au premier plan, justes et pécheurs, y étaient livré·, au même triste sort, la valeur de l’individu serait considérée comme tandis qu auparavant l’homme est surtout considéré trop passagère pour évincer totalement celle qui dans ses rapports avec le groupe social, dont il partage découlait du privilège d’appartenir à la race élue. le bonheur ou le malheur. Dans l’ancienne religion Israélite, il ne s'agi-»· ait pas en premier lieu dc la rcla- Seul le développement de l’eschatologie individuelle tion de l’individu avec Dieu, mais du peuple comme et transcendante mettrait en un phis vif relief la tel. Jahvé avait élu Israël et conclu au SinaT une 1 dignité et la responsabilité de chacun. Ne vnlt-on pns alliance avec lui dans le dessein de répandre par lui dans les Évangiles, les pharisiens compter encore sur l’honmur de son nom. en le rendant heureux et puis- I leur qualité d’enfants d’Abraham? Matth., m, 9; tant parmi tous les autres peuples en récompense Joa., vin, 33. de son fidèle service. En conséquence, les Intérêts 2. Universalisme. — L'évolution dont on vient dc personnels de chaque Israélite étaient à l’arrière-plan parier en a presque nécessairement entraîné une autre, et m· perd dent au milieu des tins générales que Dieu De particularistic qu’elles étalent, les Idées relatives poursuivait dans la nation. Sans doute les intérêt- perà la destinée dc I hummc ont tendu à revêtir une valeur sonnets étalent loin d’être exclus. Car. le caractère universaliste. Dès lors qu’un membre de la nation élue moral et Intérieur de la religion Israélite consistant i devient digne dc t'approcher de Jahvé bien plu. par 1625 JUDAÏSME. IDÉES RELIGIEUSES q.; 1s., lui, 6. La spéculation des Juifs palestiniens en a tiré la doctrine sur le « mauvais penchant » (ye$er ha ra') qui pousse chaque homme au mal. Cette doc­ trine se trouve très probablement déjà dans l'Ecclé­ siastique, xv, 14, texte hébreu; xxi, 11; xxxvn, 3; voir F. Chr. Porter, The Yeçer Hara, a study in the jeuùsh doctrine of sin, New-York, 1901, p. 136 sq.; Bousset, op. cit., p. 462 sq.; elle revient fréquemment dans IV Esdras (cor malignum, malignitas radicis, m, 21-22; iv,30; vu,92)et dans la littérature rabbinique, Mischna, Pirke Abolh, iv, 1 ; Midrasch Sijre, 82 b; Tut mud, Rerachoth, 61n, Sanhedrin, 91 à; voir Weber, op. cit., p. 211. Lc mauvais penchant a son siège principalement, dans le corps, Apoc. Rar., lvi, 6 sq.; Midrasch Tanchuma Pikkude, 3; Midrasch Ramidbar Rabba, 13; voir Weber, op. cit., p. 225 sq. ; Porter, op. cit., p. 98 sq. et Bousset, op. cit., p. 464 sq. s’efforcent de prouver qu’il repose dans tout l’être humain et non unique­ ment dans le corps; ils ont raison seulement en ce sens que la théologie rabbinique normale n’a pas conçu, ainsi que les esséniens et Philon, le corps comme essent tellement mauvais cl source de tout mal. Bien que la conception du mauvais penchant prouve combien on était pénétre de In conviction que l’homme est mauvais, on ne trouve nulle part l'affirmation que le libre arbitre soit paralysé par le mauvais penchant ou que la responsabilité soit supprimée, /ku contraire, on souligne que c’est la Loi qui s'oppose au mauvais penchant et que l’homme doit choisir entre les deux. EcclL, xv, 11 ; xxi, lia; Mischna, Pirke Abolh, m, 15; Talmud, Kidduschin, 30 b. Josèphc dit plusieurs fol> expressément que les pharisiens maintiennent le libre f 627 JUDAÏSME, IDÉES B ELIGI E USES 1G2K arbitre cn face da fatalisme des esséniens, mais que dans sa sotériologie un large compte du secours divin. Les témoignages en sont aussi fréquents qu'imporl unis. d’au’rc part, ils ne le regardent pas à la manière des Il y a d’abord le grand nombre des prières par les­ \«ddaC4xn< comme absolu mais connue limité par quelles on implorait la miséricorde divine : Ps. cxxix; l'miluencedc Dieu. Bell. Jud.. II, vin, 14; An/., XIII, Esdr.,ix,6sq.; Dan.,ix, 18; Tob., ni, 1 sq.; Jub.,xxu, v, 9 Will, r, 2 sq. Même Hauteur du IV· livre d’Es14; Ps. Sa!., v, 13 sq.; Manassé, 6; 111 Macch., vi, 2; dras qui relève plus que tout autre la faiblesse et la Apoc. Bar., lxxvii, 7. On y accumulait les expression· méchanceté de tous les hommes, ni, 35; vu, 46, 68; pour solliciter la bonté de Dieu.La formule de l’Exodc, vni, 35, enseigne que la différence des bons et des xxxiv, 6 : « Dieu miséricordieux et clément, patient, méchants dépend de la décision libre de chacun, ni, 36; vn, 18-24; vin, 26-30; xiv, 22; cf. Bousset, op. ciL, d'une abondante bonté cl fidèle » revient sans cesse. Neh., ix, 17; Joël, n, 13; Jon., iv, 2; Ps. cxliv, 8; p. 465 sq. Puisque toute l’humanité est corrompue, la culpa­ Sap., xv, 1; Esdr., vu, 132 sq. On cherche en outre à motiver la miséricorde de Dieu ; elle correspond d’une bilité en doit remonter à la chute du premier homme. part à la toute-puissance et à la sublimité incompa­ C’c^t cette source commune du péché que le judaïsme rable de l'Êlrc divin, Eccli., n, 18; xvn, 29 sq.; Sap., tardif a également reconnue. Dans les livres inspirés, xi, 23; xii, 16-18; III Macch., vi, 9, de l'autre à l’état nous lisons : « C’est par une femme qu'a eu lieu le misérable de l’homme. Ps. cxxix, 3, Si iniquitates obser­ commencement du péché et c'est par elle que nous vaveris, domine, domine, quis sustinebit; Eccli., xvm, mourons tous. » Eccli., xxv, 24, et < par l'envie du 11 ; Test. Zabulon, ix ; Apoc. Bar., xlviii, 14 ; IV Esdr., diable, la mort est entrée dans le monde ». Sap., n, 24. vin, 31 sq.; Ps. SaL, ix, 7; Manassé, 8, 13. Dans ce sens les apocalypses juives du premier siècle chrétien rendent souvent Adam et Èvc responsables Il y avait donc deux courants d’idées dans le judaïsme au sujet de la Justification. D’un côté on de toute la perversion et de toute la misère de leurs descendants, IV Esdr., ni, 7; iv, 30; vn, 11 ; Ap. Bar., attribuait A l'homme la possibilité de mériter son salut xxiii, 4 ; xlvîii,42; lvi, 5-7; cependant elles supposent par ses propres œuvres et on le rendait responsable le mauvais penchant chez le premier père dès avant de son sort «levant le juge sévère des deux; de l’autre la chute. IV Esdr., m, 21.Par contre les plus anciennes on se déliait de son pouvoir et on espérait en la bonté divine. Les deux courants se complétaient l’un parties d’IIénoch et le livre des Jubilés attribuent aux anges déchus le rôle de corrupteurs de l’humanité. l’autre; le premier cependant semble avoir prédominé, Ilénoch éth., vi-xvi; Jub., iv, v, x. Voir J.-B. Frey, voir Bousset, op. cit., p. 434, 451, de sorte que le Juif L’état originel d la chute de Γhomme d’après les con­ vivait plutôt A l'égard de Dieu, dans un sentiment de ceptions juives au temps de Jésus-Christ, dans Revue crainte que de confiance. La vraie et pleine confiance des sciences philosophiques et Ihéologtques, 1911, en Dieu le Père appartient à la révélation de Jésus. p. 506-545. 4° Idées messianiques et cschatologiqucs. — De 5. Mérite, grâce. — a) Malgré cette conscience pro­ toutes les conceptions religieuses du judaïsme, Il n'en fonde de la corruption de l’homme, les Juifs n’ont pas est point qui mérite davantage l’attention que celles cessé de croire que chacun peut opérer son salut. qui ont rapport à l’avenir messianique et aux fins Ils en étalent même encore plus convaincus que les dernières. C’est ici que se montre au mieux l’âme du anciens Israélites par suite de l’application croissante judaïsme. Elles sont d'ailleurs très abondantes et du principe de l’individualisme qui les portait à très variées et ont évolué plus que toutes les autres. rendre chaque homme davantage responsable de son Ce sont précisément elles qui forment la transition sort. Dans ce sens, les deux principaux livres sapien­ de la religion de l'Ancien Testament â celle du Nou­ tiaux de l'époque postexilicnne, l’Ecclésiastiquc et la veau. Sagesse, enseignent à plusieurs reprises que l’homme Nous entendons par messianisme, au sens large du reçoit de Dieu exactement ce qu’il mérite par ses mot, l’attente du royaume de Dieu qui doit s’établir à œuvres. Eccli., xiv, 19; xvi, 1-23; xvn, 14-23; Sap. la fin des temps et auquel, sous l'hégémonie des Juifs, î, 6-11; m, 1-12; v, 15-23. Les sentences des rabbins tous les peuples appartiendront ; au sens strict, l'at tente réunies dans les Pirke Aboth, contiennent la même d'un roi idéal, le Messie, qui sera le représentant visible doctrine. Elles prouvent que les scribes ont méticu­ de Dieu et par lequel Dieu réalisera le salut des hom­ leusement développé la théorie de la rétribution, mes. Toutes les idées messianiques, parce qu'elles mesuré et calculé avec exactitude les mérites et les visent la fin de l'ordre actuel ont un caractère eschadémérites qui correspondent aux dificrcnlcs œuvres tologiquc. Cependant cette eschatologie est d'ordi­ de l’homme, n, 6; ni, 1; v, 8 sq. Ils disaient : < Par naire toute terrestre, et ne s'occupe pas de l’au-delà. chaque accomplissement d’un commandement, on se Mais en union intime avec elle et nourrie pur elles procure un avocat, par chaque transgression un accu­ surgit aussi dans le judaïsme la conception d’une sateur. » Pirke Aboth, iv, 11. eschatologie transcendante, sc réalisant outre-tombe. Dès lors qu’on accentuait ainsi pour l’homme la L'importance et la complexité du sujet nous obligent (acuité de mériter son salut, on vivait constamment à envisager séparément le contenu messianique et dans In crainte du Jugement sévère de Dieu. Cette eschatologlque des livres canoniques et extra-cano­ rruinte sc constate dans toute la littérature juive. Il niques. 1. Livres canoniques. — Il y a lieu de distinguer en résultait que la principale préoccupation de chaque Juif pieux était celle de sa justification : il fallait , entre les livres prophétiques et les sapientiaux. a) Livres prophétiques.—a.Aqgée et Zacharie, I-VUL avant tout sc rendre juste aux yeux du Souverain — Comme les Israélites n'ont pas perdu pendant l'exil Juge. Le moyen infaillible pour cela était la vie d’après U Loi. Quant au pécheur il lui rotait le moyen d’une I la croyance en Jahvé, ils n’ont pas davantage aban­ donné l’espérance en leur avenir glorieux. C'est la vraie conversion selon la parole célèbre de Joël : ferme conviction que les prophéties messianiques • Déchirez vos cœurs et non vos vêtements », u, 13, et allaient se réaliser bientôt qui les a surtout engagés à l'expiation des péchés par les bonnes œuvres, Tob., retourner en Palestine. Durant l’cxll, celle conviction v, 11; EccIL, ni, 30; Dan., iv, 24, ainsi que par les avait été entretenue plus que Jamais par les brillantes sacrifices· promesses de lu seconde partie d’Isaïe. Voir Touzard b) Tout en relevant fortement le mérite par lequel Influence d'h., xl-I.v sur Vàme des exilés, dans Revue Tbomme opère son satal, le judaïsme n’a pas oublié la biblique, 1920, p. 6-12. grAce de Dieu. Pénétré de cette idée que l'homme est une créature faible et corrompue. Il devait tenir I Déjà les deux premiers prophètes postexillens 1629 JUDAÏSME, IDÉES RELIGIEUSES •attestent combien cet espoir du salut messianique fut vif. Au peuple qui se plaint de ce quo le salut messia­ nique tarde toujours à venir, ils répondent que la faute en est ά ses péchés, surtout à sa négligence pour la maison de Dieu. Qu’on construise le temple! Alors Jahvé agitera sous peu l'univers et toutes les nations; les peuples apporteront leurs trésors dans le nouveau temple dont ia gloire sera plus grande que celle de l'ancien. Ag., n, 6-9. Jahvé viendra à Jérusalem qui sera le centre de son royaume où la prospérité et la justice régneront. Zach., i, 16; vm, 8-11. Les deux prophètes attribuent un rôle tout parti­ culier nu prince davidlquc Zorobnbel qui est appelé Germe, Zach., ni. 8; vi, 12. Candis que Jahvé renver­ sera le trône des rois et détruira leurs armes, il proté­ gera ce chef de la ville sainte d’une façon merveilleuse, Ag., n, 20-23, et lui confère»a les insignes royaux. Zach., vi 11-13. Les termes employés sont tels que plusieurs exégètes estiment qu'Aggéc et Zacharie ont salué Zorobabel comme le Messie. D'autres avec raison préfèrent dire qu'ils ont pris ce prince seulement pour un type du Messie et la reconstruction du temple pour une réalisation partielle des antiques promesses. b. Isaïe, LVl-LXVt. — Les oracles si complexes de ces chapitres annoncent surtout le salut messia­ nique tel qu'il sc réalisera de la façon la plus merveil­ leuse dans la nouvelle Jérusalem, lx-lxiî, lxv-lxvi. Les pécheurs en seront exclus, lxv, 1-7, 12-16; par contre tous les peuples y auront part, lvi, 3-7; lx, 6sq.; Lxvi, 18 sq. 11 régnera sur la terre un bonheur para­ disiaque, lxv, 18 sq. Non seulement Jérusalem et la Terre sainte, lxii, mais l’univers tout entier seront transformés, lxv, 17-18; xlvi, 22. c. Zacharie, ιχ·χιν, — Tandis que dans Zach., 1-viu les promesses sc rattachent au programme de la restauration du peuple après l’exil, elles sont ici tout à fait détachées de l'histoire actuelle, l.c prophète annonce l'arrivéo certaine du règne messianique : Jérusalem est invitée à la joie parce que son roi paci­ fique entrera en vainqueur chez elle, monté sur un Ane,et que tous ses ennemis seront anéantis, tandis que les dispersés seront rapatriée, ix-x. Pendant l’èrc mes­ sianique, Israel, à cause de son péché, aura à soutenir une dernière grande attaque des païens, semblable A celle de Gog. Ez.» xxxviii-xxxix. Jahvé le protégera malgré son ingratitude el frappera les adversaires d'effroyables Beaux qui seront accompagnés de cata­ clysmes cosmiques. Ceux des peuples qui restent se convert iront et Jahvé sera adoré partout. χι·χιν. Le péché d’Lrael consiste surtout en ce qu’il a tué le pasteur, envoyé par Jahvé. xn, 10; Xlil, 7. G’est seulement à l’aspect de · celui qu'ils ont transpercé », xn, 10, que le repentir saisira le peuple cl prépa­ rera sa purification. Ce représentant eschatologique de Jahvé qui devient la victime de l'aveuglement de sa nation est sans doute Identique au Serviteur de Jahvé, Is., lui; mats aucune allusion n’Idvnllfle le bon pasteur tué, xm. 7, nu roi victorieux, ix. 9. Voir E. Sellin, Das ZiMI prophelen buch, Leipzig, 1922, p. 509 sq. d. Mulachie, En face des graves prévarications des rapatriés, celui-ci prédit que Jahvé viendra bien­ tôt pour rétablir l’ordre par un grand jugement. 11 siégera au temple, m, 1-2, et punira sévèrement les transgresseurs do la loi. ut, 2-5; iv, 1-3. Avant que d’arriver, il enverra un précurseur, m. 1, qui sera d’après iv, 5. le prophète Elle. Celui-ci convertira les Israelites pour les préserver du châtiment, iv, 6. cl pour les remire dignes des plus abondantes béné­ dictions. m, 10-12. En face de la négligence «les prêtres pour les sacrifices, Malachle annonce pour l’avenir un sacrifice pur qui sera offert à Dieu en tout lieu, i, 11. Le prophète nomme l’époque de l'intervention 1630 directe de Jahvé par laquelle celui-ci fera triompher le bien du mal le /our de Jahvé. 11 reprend ici un terme par lequel les prophètes préexilicns désignent le moment où Dieu établira d’une manière solennelle et définitive son royaume dans le monde en mettant les nations sou *» le sceptre d'Israël. e. Joél, — Ce jour de Jahvé est surtout décrit dans le livre de Joel : une invasion tout à fait extraordinaiic de sauterelles est le signe précurseur de l'avène­ ment prochain de Jahvé. î, 15; si, 1. Grâce à la prédi­ cation, le peuple se convertit et sera sauvé au jour de Jahvé. n, 18 sq. Il sera même comblé de biens spiri­ tuels et matériels, surtout favorisé d’une effusion pro­ digieuse de l’Esprit de Dieu. îi, 28-32 (hébreu ni). Toutes les autres nations par contre seront punies parce qu’elles ont maltraité Israël. Jahvé les réunira dans la vallée de Josaphat pour les Juger et pour faire exécuter immédiatement la sentence de mort, iv, 1-16. Après quoi la Terre sainte sera transformée en un paradis; Jahvé habitera au milieu de son peuple heureux, iv, 17-21. Tous ces événements seront inau­ gurés et accompagnés de phénomènes effrayants sur ia terre et dans le ciel, n, 10; iv, 15 sq. /. Isaïe, xxir-xxvn. — Joël et Malachle pro­ fessent un particularisme strictement national.D'après ia lettre de leurs oracles, seuls les Israélites pren­ dront part au salut messianique. Us ne disent rien de la participation des païens. Parmi les Israelites euxmêmes, conformément à toutes les prophéties précé­ dentes, ceux-là seul'» Jouiront des biens messianiques J qui auront la chance de vivre à l’époque finale de l'histoire; il n'est pas question des défunts. Sous ce double rapport les deux apocalypses d'Isaïe, xxivxxvH, et de Daniel représentent un notable progrès. Dans la première, U est bien parlé en premier lieu de la restauration complète d’Israël et de la punition de scs ennemis. Mais il est en outre expressément dit que les païens ne seront pas tous anéantis : il y aura des élus parmi les peuples auxquels Dieu préparera un festin, xxv, 6-7. Plus encore que ce trait universaliste» il faut relever un nuire élément qui apparaît ici pour la première fois dans l’eschatologie de l’Ancien Testament, c’est la doctrine de la résurrection des morts : les défunts surgiront de leurs tombeaux et vivront de nouveau pnur participer au bonheur messianique, xxvt, 19, cl ils ne mourront plus, car Dieu détruira alors la mort pour toujours, xxv, 8. Cette apocalypse présente encore un autre trait particulier. Parmi ceux qui seront jugés au jour de Jahvé sc trouve, à côté des hommes, < l'armée d’en haut », xxiv, 21, qui représente, d’après l’opinion la plus probable, les mauvais anges. Tous les criminels seront d'abord provisoirement jetés dans une prison, pour être plus lard punis définitivement, xxiv, 22. g, Daniel, — Plus complètes encore sont les révéla­ tions du livre de Daniel sur les tins dernières. Le royaume de Dieu renversera les quatre empires païens qui subjuguent el maltraitent successivement Israël, et s’établira pour toujours dans le monde entier, π. 37-45. Dans la prophétie des soixante-dix semaines, ix, le prophète calcule la date de l’avènement de ce royaume. Dans un songe, vu, 9-14, H contemple celui qui en sera le chef visible, le Messie : il a l’aspect d'un Ills d’homme et s’avance sur les nuées; arrivé devant le trône de l’Ancien des jours, il est investi du gouver­ nement de tous les peuples pour l'éternité. Avant le temps qui précède immédiatement l'éta­ blissement du royaume de Jahvé par le Messie, le prophète prévoit de dures épreuves; surtout un roi très impie persécutera cruellement les justes, viiî,9-14; xi, 21 sq. Mais quand la détresse aura atteint son comble, l'archange Michel sc lèvera pour sauver ceux 1631 JUDAÏSME, IDÉES RELIGIEUSES 1632 sort de l'homme dans l'autre vie · les Ames des Justes des Israélite qui sont notés comme Justes dans lo sc trouvent tout de suite après la mort dans In main livre de vie. xn. L C’est alors aussi que beaucoup de ceux qui donnent dans la poussière de la terre s'éveil- ( de Dieu, en paix el sans aucune souffrance, ni, 1-3, de leront, les un.·» pour la vie étemelle, les autres pour la | sorte que c'est un profit de mourir Jeune quand on est honte ct pour l’opprobre étemel. Les sages brilleront Juste, iv, 7. Les méchants pur contre seront punis, m, 10, ct ils deviendront · après cela (après la vie comme l'éclat du firmament et ceux qui ont donné ù beaucoup d’autres de la Justice comme les étoiles à terrestre) des cadavres honteux (ils n’auront pas la tout jamais, xii, 2-3. Ici la résurrection des morts est vrafo vie); Dieu les Jettera la tête la première et tans qu'ils soufflent mot >. iv, 19. enseignée d’une façon encore plus précise que dans Is., xxvi, 19. Au surplus une distinction explicite est | L’auteur s'explique sur le sort non seulement de faite entre les bons et les méchants. Tous se lèveront chaque individu, mais de toute l'humanité. Un grand du sommeil de la mort, mais le sort sera différent selon jugement universel aura lieu ά la fin du monde, m, 7. les mérites. D’autre part, Dan., xn, 2-3, comme A cette occasion les méchants se trouveront en face Is., xxvi, 18, semble annoncer la résurrection pour des bons qu’ils ont maltraités sur la terre. Ils auront les Israélites seulement, en vue de prendre part au alors honte parce qu'ils constateront qu'ils se sont salut messianique Id, sur terre, salut qui sera sans ffn. trompés en tenant la vie des saints pour une folie, b) Livres historiques et sapientiaux. — a. Tobie, v, 4. Les Justes prévaudront contre eux; ils seront pour Judith, I March., Ecclésiaste, Ecclésiastique. — Les eux aussi funestes que les étincelles le sont pour les doctrines messianiques ct eschatologiques des pro­ roseaux, à travers lesquels elles courent, m, 7. Le phètes sont complétées par celles des autres écrits jour du Jugement, tous les éléments du ciel ct de la post exil lens. terre se conjureront contre les méchants pour les Dans les livres palestiniens nous retrouvons les punir, v, 17-23. Les justes au contraire recevront Idées communes sur l'èrc messianique. Tob., xin, définitivement de la main du Seigneur le royaume de 12-23; xiv, 6-9. Judith, xvi, 20-21; I Macch.» u, gloire et le diadème de beauté, v, 16. 57; EccIL, xxxvi, 10, 18-19; xxxvii, 28; xlvii, 13. Telles sont les idées messianiques et eschatologiques Cependant la personne du Messie n'y est nulle part des livres canoniques; elles présentent des éléments mentionnée, mais seulement le prophète Élle comme fort disparates qu’on peut difficilement réunir dans précurseur de Jahvé. EccIL, xlviii, 10-11. un tableau commun. Outre les Idées messianiques, les livres en question Parmi les prédictions messianiques, les unes se contiennent plusieurs passages purement eschatolo­ rapportent seulement à l'établissement du royaume de giques sur le sort de l’homme après la mort. Us attes­ Jahvé sans faire mention du Messie : Dieu lui-même tent d’abord J’andenne croyance au Schéol. L'Ecclél’inaugurera d'un coup par un grand jugement, daste surtout fournit la preuve que celle-ci était Malachie, Is., xxiv-xxvii; Joël; les autres présentent encore en pleine vigueur, ix, 5, 6, 10, etc. Voir E. Po- le Messie comme l'instrument par lequel Jahvé assu­ dcchard, L’Ecclésiaste, Paris, 1912, p. 176 sq.,186 sq. rera pour toujours son autorité ct réalisera le salut. D'autre part le livre de Toble, n, 17-18; xn, 9, ct (Aggée, Zacharie). Γ Ecclésiastique, i, 13; n, 3; ιχ, 11 ; xi, 26-28; xvni, 24; Dans le livre de Daniel, les deux courants sontréunis. u, 30, supposent assez clairement une rétribution Jahvé (l'Ancicn des Jours) monte sur son trône pour individuelle après la mort ct un sort différent des Juger le monde et il s’associe le Messie, le Fils de défunts et le second, xlviii, 11, semble professer la l’homme. fol en la résurrection des morts à l’époque messianique. Au sujet de la personne du Messie l’oracle de Voir N. Peters, Das Each Jesus Sirach, Munster-en-W., Zach., xii-xm sur le bon pasteur est particulièrement 1913, p. 13 sq. précieux parce qu’il est le seul témoignage postexiSi on peut à la rigueur contester la portée eschato- lien de la conception d'un Messie souffrant. loglque de l’un ou de l'autre de ces passages, Il n'y a Bien que dans ces prophéties messianiques l’espé­ pas de doute possible pour la doctrine des deux écrits rance de la restauration nationale sc trouve partout qui sont d’origine hellénique, le II· livre des Maccha­ au premier plan et que le bonheur attendu soit sou­ bées et la Sagesse. vent conçu comme matériel, l'union avec Dieu est t>. //· livre des Macchabées. — Les sept frères mar­ toujours indiquée comme le comble de la félicité. tyrs disent A leurs bourreaux sans détour que la souf­ On constate en outre une évolution du messianisme france et la mort ne les attristent pas parce qu’lis qui prend une signification tout à la fols universaliste savent que · le roi de l’univers les ressuscitera à la ct individuelle. Cette évolution lui permettra de déve­ résurrection de la vie étemelle »,vn, 9, qu’il leur rendra lopper les doctrines des sanctions ultra-terrestres. alors l’esprit, la vie ct même les membres qu'on leur Sous ce dernier rapport plus que sous aucun autre, la enlève maintenant, vu. 11, 23. religion Judaïque représente un progrès essentiel sur Judas Macchabée fait une quête dans le but d’offrir la religion Israélite. Tandis que le sort de l’individu des sacrifices pour ceux qui sont tombés, bene et après la mort se trouvait hors du cadre de la religion religiose de resurrectione cogitans, χιι, 44. mosaïque primitive — toutes les rétributions, promises L’auteur termine le récit de cette œuvre pic de par Moïse, sont purement terrestres — le Judaïsme Judas par la phrase bien connue : sancta ergo et salu­ entrevoit un sort distinct pour les morts. La révélation bris est cogitatio pro dr/unetts exorare ut a peccatis sol­ en fut préparée par la conception individualiste de la vantur, xn, 45. qui prouve qu’en son temps Von croyait relation de l'homme avec Dieu. Elle sc trouve d'abord en union étroite avec l’espérance messianique et à un étal intermédiaire dans lequel le sort des défunts pouvait s’améliorer et à l’efficacité de la prière pour surgit de son sein : les morts ressusciteront pour sc les défunts. joindre aux vivants qui auront le bonheur de voir les Celte communion entre les vivants ct les morts temps messianiques. Elle s’en dégage complètement est enseignée dans ce livre d’une autre façon encore : dans les tout derniers livres de l’Ancicn Testament les saints défunts peuvent intercéder pour les vivants : ct finit ainsi par donner une Intelligence plus par­ Judas voit dtm> une vision nocturne le grand prêtre faite de la vie d'outre-tombe et de la rétribution On las et le prophète Jérémie étendre leurs mains ct que l’homme finira par y trouver. prier pour tout le peuple des Juifs, xv, 12-14. 2. Livres extracanoniquei. — Nul thème des écrits c. La Sagesse est celui des livres canoniques qui inspirés n’a été plus largement développé par le h, daUme tardif que celui qui a rapport aux ftn, d offre l’m < ' nent le plu·» clair ct le plus élevé sur le 1633 JUDAÏSME, IDÉES RELIGIEUSES 1634 nlères de l'homme. Aucun n'a plus d’importance tous les hommes, étal qui fut déjà préalablement pour l'intelligence du Nouveau Testament. Nous fixé pour chaque Individu après sa mort. allons le suivre dans la littérature apocryphe et dans SI nous comparons ces idées avec celles des livres la littérature rabblnlque. canoniques, nous ne rencontrons aucun élément a) Littérature apocryphe. — Tous les apocryphes vraiment nouveau. Tout au plus l’un ou l’autre y est-il annoncent pour la fin des temps l’établissement du plus développé, surtout la préexistence du Messie royaume de Dieu. En attendant, le Très-Haut est et la rétribution individuelle ainsi que la conception de méconnu et méprisé non seulement par les païens, mais l’au-delà. Mais le développement que les apocalypses aussi par beaucoup de Juifs. ont donné aux idées bibliques est plutôt un agrandis­ D’après Hénoch élh., i-xxxvi, lxxii-cv, Hénoch sement extérieur qu’un véritable approfondissement stare, Ascension de Moïse, c’est Dieu lui-même qui intérieur. Voir Lagrange, op. ciL, p. 132-135. rétablira par un Jugement universel l’ordre violé. b) Littérature rabbinique. — a. Au sujet des temps Selon Hénoch élh., xxxvii-lxxi, /// Sibyl., Ps. Soi., messianiques, les rabbins s'occupèrent surtout du IV Esdr., Apoc. Bar., il en chargera le Messie. bonheur et de la gloire qui y régneront . Leurs concep­ Le Testament des Douze Patriarches ct le Livre des tions à cet égard sont des plus matérielles, ils aiment Jubilés ne prévoient ni un Jugement soudain de Dieu, décrire sous les formes les plus plantureuses, la fertilité ni une Intervention du Messie; Ils supposent une réa­ prodigieuse du sol, Baraitha anonyme du Talmud Bub., Kethuboth, 111b, le retour des Israélites et la lisation progressive de l’èrc messianique A travers reconstruction de Jérusalem, Buraitha anonyme du l'histoire· a. Le Messie est présenté sous les aspects les plus Talmud Bab., Baba balhra, 122 a; Midrasch Si/re sur différents. Tantôt c’est seulement un homme descen­ DeuL, n. 43. dant de la famille de David, III Sibyl., 652-697, Ps. On cherchait ensuite à calculer la date du règne mes­ Sal., xvii, xvin, tantôt un être céleste, qui existe dès sianique; Rabbi Chanina, p. ex., assure qu’il viendra l’éternité et descend sur terre au moment fixé par quatre siècles après la destruction du temple, Talmud Bab., Aboda 96. On fixait les préambules qui l’an­ Dieu, Hén. élh., xlv, 1-6; xlviii, 6; lxx, Isq.; IV Esdr. xn, 32; Apoc. Bar., xl, 1 ; lxxii-lxxiv. nonceront; U y aura surtout une grande misère. Les « douleurs messianiques » consisteront en désastres Son rôle est très effacé dans Hén. élh., lxxxv-xc : il naît après le grand Jugement de Dieu et n’exerce formidables, accompagnés de la violation la plus criminelle des lois divines. Mischna, Sola, ix, 15. aucune activité, xc, 37; d’après III Sibyl., 652-655, il On ne spéculait pas moins sur la durée du règne vient seulement inaugurer l’èrc messianique pour disparaître tout de suite après ct abandonner aux Juifs messianique. La plus courte période qu'on supposait est celle de quarante ans, d’ordinaire on donnait des la réalisation du bonheur. D’ordinaire il est décrit chiffres beaucoup plus élevés : 400, 1000, 2000. comme réalisant le salut avec une force irrésistible. b. Par rapport à la personne du Messie, les maîtres Ps. Sal., xvn, 21-25; Hén. élh., xlvi, 4 sq. On trouve en Israël enseignaient qu’il sera un homme ordinaire. même qu’il anéantit scs ennemis par le simple souffle Ils ne voulaient rien savoir d’une origine céleste. de sa bouche. IV Esdr., xiti, 27-38. Dans ce but ils multipli aient les explications les plus b. L’ère messianique est toujours décrite comme artificielles pour échapper au texte de Dan·, vu, 13, imminente. Ceux qui voient en elle l’état définitif de Talmud Bab., Sanhedrin, 38 b (d’après Lagrange, l’humanité la présentent comme étemelle. La terre, surtout la Palestine, sera transformée en paradis. J op. ciL, p. 225). L’avènement du royaume céleste une fols préparé Tandis que le Livre des Jubilés, le Testament des par Élle, le Messie aura pour rôle de le fonder. Π est Douze Patriarches, l’Ascension de Moïse, le IV· livre toujours dépeint comme roi Idéal, juste et saint. Le d'Esdms en restreignent la participation aux Israé­ rabbinisme n’a pas connu un Messie souffranL L’idée lites, Hénoch, les Psaumes de Salomon, l'Apocaly pse de d’une passion douloureuse lui semblait incompatible Baruch y font prendre part tous les peuples, au moins avec le rôle glorieux du Roi-Messie. Par de véritables ceux qui se convertiront. La plupart des apocryphes tours de force exégetiques on s’ingénia à donner un soulignent comme condition de l’entrée au royaume * autix sens aux textes si clairs d’Isaïe, liil Voir La­ messianique la perfection morale. Tous les pécheurs grange, op. ciL, p. 236-251. en seront exclus. c. Les réponses que les rabbins donnèrent aux pro­ c. Outre les vivants, les défunts aussi prendront blèmes de la retribution individuelle sont celles des part au bonheur final. Il n’y a que III Sibyl., Jub. apocalypses d’Esdras et de Baruch. Us enseignèrent et Ascenc. Moïse, qui font abstraction des morts. tous sans exception que ce n’est pas ici-bas que la Pour les autres, ils ne mettent pas seulement leur sort destinée de l’homme s’achève, mais dans l’au-delà, en connexion avec i’ère messianique, mais Us présen­ tent aussi une eschatologie transcendante. Déjà ils ont créé un terme spécial pour designer l’autre monde : ha-olarn ha ba, · le monde qui vient ». Tous Hén. élh., i-xxxvi enseigne une rétribution indivi­ ceux qui le méritent rentreront dans le bonheur de duelle pour le temps qui suit immédiatement la mort, en distinguant deux classes de méchants et deux l’autre monde, en premier lieu les Israélites parce classes de justes dans le Schéol. Hén. élh., xci-cv, qu'ils sont les justes par excellence. En voulant spéci­ fier ceux qui y seront reçus, les docteurs discutèrent énonce sur le sort de l’homme après sa mort et après l'admission des mauvais Israélites, des enfants des le Jugement universel les mêmes idées que la Sagesse. païens et des païens eux-mêmes. L’état des morts ne Les Psaumes de Salomon réunissent d’une façon habile l’eschatologie au messianisme, en disant que les Justes sera complet cl définitif que par la résurrection. Nous savons par Joscphe que les rabbins pharisiens seuls ressusciteront pour prendre part au bonheur messianique, les méchants au contraire seront damnés pensaient que seuls les justes ressusciteraient, tandis immédiatement après leur décès ct ne quitteront Ja­ que les âmes des méchants demeureraient toujours mais le Heu de leur supplice. Les deux dernières apo­ enfermées dans le Heu des ch A limen U. Ard. XV Hl, i, 3. calypses, le IV· livre d’Esdras et l’Apocalypse de Ils ne furent pas aussi unanimes sur la date de la Baruch ont amalgamé les Idées messianiques et escbarésurrection. Lu plupart semblent comme IV Esdr. tologiques, en faisant du règne messianique un règne l’avoir placée après l’ère messianique ct l’avoir intermédiaire auquel les Juifs surtout prendront part regardée comme l’ouverture de l’autre monde. D’autres et après lequel, pur lu résurrection générale ct le cependant, à la façon des Psaumes de Salomon, espé Jugement universel, l’état définitif commence!a pour raient déjà ressusciter pour le règne messianique el 1635 JUDAÏSME, PRATIQUES RELIGIEUSES 1636 suchung ausgcdehnt fiber das Alte Testament, dlr Targum *, Apocryphrn, Apocalypscn und das Λ rue Testament, 1900; Brohier, Les idées phllowphiques cl religieuses de Philon d'Alexandrie, Path, 190S. 2· Angélotnqir. — HackspiH, L'angélologir julne Λ l’époqQe néotestamentaire, dans Revue biblique, 1902, p. 527-550; J. Nlki’I. Die Lehre des Alien T'exliunrntrs iïbir die Chrrubitn und Seraphim, Brcnlau, 1890; W. Ltikm, Michael, tint Darrtellung und Vtrgkichung der judisclu n und der morgen· landhch-christlichen Tradition uum Erzingcl Michael, Gœtlingue, 1898; Ilagon. Die Lehre von der llritigcn Schrifl liber drn Trufrl, dans Stinunrn nus Maria Laach, 1898. t. 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Avant 1 exil, grâce A la prédication des pro­ Development o| Üu l^gos-doctrine (n Greek and llrbreto phètes, Jahvé aurait reçu un culte Intérieur et spiri­ thought, Lnndr». 1911; Joh. GOlUborger, Die gotthehe Wfisheit ub PereonHchkrB. Munsten-en-W.» 1917 (Bibluche tuel; après l’exil, la vie religieuse aurait été régleZeRlragen, ix. 1-2); P. Holubch, Personi/Uuitlonen und I mentée et rendue extérieure par les multiples lois |/j;pœtt>jzn im Allen Testament und im Alien Orient, Muns­ î contenues dans le Pentatcuque, principalement celles ter -en-W · IV21 (dans BtblUche Zelttragen, ix, 10-11); J. Sxrrud.1, Das Wort Jahwes, fine Vnltnuchnnq zur Israt· du Code sacerdotal, composées et publiées entre htitrhMdischrn ReligionsgeschW ι·. X ur os o . 921; Gall, temps par les prêtres. D’un mot ce serait . la nuit du légalisme >, A. Bruce, Apologetics, Edimbourg 1892 DU HerrbchkeR Gotîes, etne blblUch-lheoloqlsche L'ntertenaient pour cela A être ensevelis en Terre sainte. Ces conceptions des rabbins se présentent comme notablement supérieures A celles des écrits apoca­ lyptiques au sujet des destinées individuelles. Elles ont, au contraire, inférieures en ce . Revue biblique, 1916. p. 299, el que · c'est la ferveur de leur fol qui avait donne aux rapatriés de la première heure le courage de rompre avec la vie facile des plaines de la Chaldéc, pour regagner les âpres montagnes de Juda ·. Ibid., 1923. p. 63. Lors du renouvellement de l’alliance sous Néhémie et Esdras, nous voyons la promesse d’observer la Loi accompagnée de la profes­ sion la plus claire et la plus ferme de la croyance en Jahvé et ses œuvres. Neh., ix, 5 sq. Le zèle croissant que le judaïsme déployait et la peine qu'il sc donnait 1639 JUDAISM B, PRATIQUES RELIGIEUSES 1640 pour se conformer A la Thorn ne s'expliquent que par dois rendre compte. » Mischna, Plrke A both., ni, 1. une conviction religieuse très vive. Les martyrs cl les Tels sont les trois dogmes principaux qui ont été héros du temps des Macchabées, les missionnaires du les étoiles conductrices des Juifs à travers leur vie. prosélytisme dans tout le monde antique montrent à La croyance en Dieu qui les a préférés ù tous les autres quel point la foi Juive était ardente. i peuples les remplit vis-à-vis du paganisme d'une Il va tellement de sol que la fol forme la base de I orgueilleuse satisfaction. L’cspérancc en l’avenir glo­ toute la vie religieuse que nos sources la relèvent à rieux de leur race leur donna d'ordinaire une résigna­ peine expressément. Nous lisons cependant, Judith, tion calme pendant la longue domination étrangère, xrv, 6. que l'Ammonite Achlor, voyant ce que le Dieu parfois et surtout dans certains milieux un courage qui d'Israël avait fait, < crut en Dieu *, et longtemps avant les poussa aux luttes les plus héroïques. La conviction les épttres de saint Paul, nous rencontrons Abraham que la vie d'outre-tombe dépend absolument de la présenté comme modèle de la confiance et de la manière dont on n observé les prescriptions divines, a croyance en Dieu. I Macch., n, 52; Jub„ xvn, 15; | Influé sur toute leur existence quotidienne. MX. 9. Philon surtout s’est emparé de la ligure 3° La Morale, — Dès lors nous ne devons pas nom de ce premier patriarche pour montrer par son exemple étonner de trouver dans le Judaïsme une morale très la beauté et l’importance de la foi, ■ qui est le seul bien développée. Les sources qui nous renseignent à son sûr et Indubitable ·. De Abrahamo, §46. II développe sujet sont assez abondantes : parmi les livres canoni­ mime une psychologie très fine de la foi et ce qu’il a ques il faut citer surtout l’Ecclésiastc, l'Ecclésiastique, écrit ù cc sujet compte parmi ses plus belles pages. la Sagesse et le livre de Tobie; parmi les apocryphes, Voir BotiMet» op, cit., p. 224. en premier Heu les Testaments des Douze Patriarches Très instructif sur le caractère solide de la foi juive avec leurs longues exhortations, en outre Henoch est le livre de J’Ecdésiaste. On le cite souvent pour slave, IV Macch., et la lettre d’Aristée, parmi la litté­ prouver le contraire à savoir que, sous i'influence de rature rabbinique, le traité Plrke A both de la Mischna. 1 hellénisme, le doute sc serait glissé dans les âmes La littérature hellénique fournit aussi une riche con­ juives En réalité l’auteur ne fait que relever l’insuflltribution : l’explication du décalogue par Philon, * UHc de la croyance de l'Ancien Testament, parce que surtout les fragments des Hypothetica (Eusèbe, Pnep. In rétribution dans l’autre monde lui est encore Incon­ eo., vin, 6-7), l’exposé de la morale Juive et de la Loi nue. Constatant en outre l’absence de la rétribution par Josèphe, Cont. Apion,, n,22; An/., IV, vin, 4 sq.,le terrestre, il est pessimiste et sceptique au sujet de la poème de pseudo-Phocylide et de pscudo-Ménandre. valeur de la vie humaine. Cependant la triste réalité 1. L’Ecclésiastique montre que le motif fondamental ne lui arrache aucun murmure contre Dieu. Il reste de toutes les actions morales est la crainte de Dieu. tout A fait croyant et le principe directeur de la vie est Tout cet écrit avec scs multiples prescriptions et selon lui de jouir dans la crainte de Dieu des biens de conseils est animé par un souille très fort de piété. 11 cette terre. se distingue même assez sous cc rapport du livre des D'autre part le même livre nous apprend que « si Proverbes où la note religieuse est moins accentuée. le respect de la foi était grand chez les Juifs, le travail, Toujours il est dit que la moralité dépend de l’attitude même hardi, de l’intelligence n’était pas interdit, qu’on observe envers Dieu, i, 20, *25-30; n, 12 sq.; et qu’une forme de la pensée religieuse a existé, celle xxxii, 14, etc.; que Dieu volt le cœur et exige une des sages, qui, pour n'Ctre pas toujours populaire, ni Intention pure, vu, 9; xxxv, 1 sq. Cette conception se précisément chaude, expansive et conquérante, parut retrouve aussi sans cesse dons la littérature extra­ néanmoins nécessaire, obtint la reconnaissance ofll- canonique : « Les justes pensent toujours à Dieu ·, c idle et fut favorisée do l'inspiration divine ». E. Po­ Ps. SaL, m, 3; « en tout cc que le Juste fait ou dit ou uce hard, L’Ecclésiaste, Paris. 1912, p. 197. Ce sont regarde, il sait que le Seigneur contemple son âme ». justement ces spéculations auxquelles on s’adonnait Test. Patr,, iienj., vi; Mischna, Plrke A both, I, 3; avec une grande prédilection, qui sont caractéris­ Ps. SaL, iv, 21-23; xîv, 2; Jlénoch slave, lxvi, 3 sq. tique» du judaïsme tardif. Nous les avons déjà relevées Λ côté de cc motif suprême de la conduite, nous en en parlant de l'œuvre des scribes et nous les avons trouvons d'autres moins élevés; d'abord l’espérance de surtout constatées dans les idées messianiques et la rétribution d'outre-tombe, ensuite celle de la rétri­ eschatolugiques. bution terrestre. Cotte dernière, qui est constamment Les conceptions sur les mêmes sujets étalent si mul­ exprimée dans les psaumes, s'est maintenue A travers tiples et évoluaient à un tel degré qu'on se demande tout le judaïsme, même après que la croyance en quel» furent les véritables dogmes inaltérables du l’autre vie eut surgi et fut devenue dominante. On judaïsme. Avec quelque apparence de raison, on dit continuait a être convaincu que chaque péché est puni parfois que le peuple d’Isral avant et après l’exil sur terre et reçoit même une punition qui correspond n’a connu qu'un seul dogme, celui du monothéisme. au délit. 11 Macch., v, 9; vu, 37; S:tp., xi, 6-8; xvn, 2Cependant on doit y ajouter l’espérance messianique xviii, 4; Test. Patr., Joseph, v; Zabulon, v; Siméon, I. au moins pour son fond. Le judaïsme tardif a regardé Le sage Hillel vit un Jour un crâne nager sur l’eau et aussi comme un dogme la rétribution dans l’autre H dit : parce que tu as noyé, on t'a noyé et ceux qui inonde. Dans la Sagesse» i-v, la croyance à un juge­ t’ont noyé seront aussi noyés. Mischna, Pirke Aboth, n, 6. Plusieurs fois Jésus fut obligé de combattre cette ment iprès lu mort par lequel chacun sera récompensé conception populaire. Luc., xm, 1-5; Joa., ix, 1-3. selon »e» œuvres est signalée comme le caractère qui distingue les justes des pécheurs. Josèphe relève cette Un autre principe, tout en étant subordonné A ces croyance comme le dogme principal des pharisiens, , données religieuses a Joué un assez grand rôle dans la donc du judaïsme orthodoxe. Bell. Jud., II. ιι,νι,14; ’ morale Juive, celui de Γutilitarisme. Autant le Siracidc AnL, XVlll, i, 3, et considère les «adducéens comme recommande la crainte de Dieu, autant il attire l’uttcninarédules parce qu’ils le nient. Bell. Jud., Il, vm, 14. Uon sur le profit qui en résulte. Celui qui observe les La littérature apocryphe et raobmique prouve que, du commandements, est sage parce qu’il se rend heureux temps de Jésus-Christ, la vie rchkicuse du judaïsme cl évite bien des ennuis. EcclL, ιχ, β; χνιιι, 22; χχιχ. fut entièrement dominée par la pensée de la rétribu- 3; xxxvn, 30-31... Dans le même sens, les sentences lion dans l’au-delà. Babbi Akabja qui a vécu encore morales des rabbins (Pirke Aboth) et des poètes hclk Bsaiil la destruction du temple, disait : « Réfléchis A | nistes pseudo-Phocylldc et pscudo-Ménandre sont trui» cno»es, cl tu ne commettras pas de péché : souvent des conseils de prudence. 11 ne taut pas trop eu sache d’oû lu es senu. · où tu vu * et devant qui tu vouloir aux sages Juif * et déprécier leur inonde. La 1641 JUDAÏSME, pratiques religieuses foule n'est que trop accessible aux maximes d'une prudence utilitaire et se laisse guider par elle autant que par les hautes doctrines d’une morale désintéressée· 2. I a morale Juive manque d’ailleurs de cohésion. Dans toute la littérature du judaïsme, nous ne trou­ vons aucun expose systématique des devoirs de l'homme. Les maschals de ΓEcclésiastique se suivent, comme ceux des Proverbes, sans aucun ordre. On cherche en vain le principe d'après lequel l'auteur les aurait réunis : « Lee nombreux sujets... ne sont pas traités d’une façon méthodique. La pensée de l'au­ teur va de l’un à l’autre; elle retourne ensuite à tel détail déjà effleuré, elle reprend un thème pour en achever l'étude, et 11 est à peu près impossible de faire une analyse raisonnée et systématique de cet ouvrage. » L. Gautier, Introduction â l'Ancien Testament, Paris, 1906, L n, p. 458. Le manque de plan pourrait a la rigueur s’expliquer par le genre gnoinlquc : le Siracide comme l'auteur des Proverbes voulait tout simple­ ment faire un recueil de belles sentences. Mais ils auraient pu l'un et l'autre so tenir à une règle dans l'arrangement de leurs collections. Cc défaut est plus surprenant encore dans la littéra­ ture rabbinique. Les savants du judaïsme tardif aimaient partout ailleurs Λ systématiser : ils ont réuni les prescriptions rituelles et Juridiques du Pcntateuque en des codes très compliqués. Mais ils n'ont pas senti le besoin de faire le même travail pour la morale, ils discutent les prescriptions éthiques seulement en passant. Toute la Mischna ne contient qu’un seul traité moral, celui des Pirke A both; mais même ici il n’y a pas d’ordre logique : les propos des rabbis, qui témoignent du reste tous d’une haute morale, sont présentés dans un ordre chronologique. On rencontre plus d’ordre dans les Testaments des Douze Patriar­ ches. Dans le cadre du testament de chacun des fils de Jacob, l’auteur s'efforce d'exposer un domaine circons­ crit de la vie morale; mais trop souvent il ne sc tient pas au plan qu’il s’est proposé. Cependant, malgré cc manque de système, malgré celte casuistique désordonnée, on a l’impression que pour les Juifs les différents actes de la vie morale forment une unité. Elle sc révèle par la doctrine sur la simplicité, άπλότης, et scs contraires : la διψυχία, le νους διπλούς. Celte doctrine signifiait surtout qu’une action mauvaise ne devient pas bonne par une bonne intention et que l'homme qui néglige un seul précepte grave est un grand pécheur bien qu’il observe tous les autres. Dans ce sens nous trouvons plusieurs fois dans l’EcclésIastiquc la recommandation de ne pas s’appro­ cher du Seigneur avec un double cœur et de ne pas marcher sur deux voies, i, 36; il, I l et bien des règles s'inspirent de cet esprit dans le Testament des Douze Patriarches, Ruben. iv; Siméon, iv; Lcoi, xm ; Iss. ,v-vi. Le Testament d’Asser est tout un exposé de cette doctrine. 11 y est dit que celui qui vole pour faire l’au­ mône, relui qui jeûne et qui est en même temps adul­ tère n\ 4 pas bon, mais · désuni » et par suite · com­ plètement mauvais », Test, Asser, 1, n; celui par contre qui tue un malfaiteur accomplit malgré le meurtre une œuvre dont l’ensemble est bon, parce qu’il · extirpe le mauvais ». Ibid,, iv. 3. Le contenu lui-même de la morale Juive, est exces­ sivement riche. Il embrasse toute la vie humaine, envisage les réalités les plus concrètes, s'adresse a tous les étal'», sc rapporte aux situations les plus variées do la vie privée et publique. Pour en relever les caractères principaux, il faut nommer en premier lieu la forme négative de la plupart des préceptes. Les moralistes juifs disent surtout ce qu’il ne faut pas faire. Souvent reviennent des varia­ tions sur cc thème : « ce que lu ne veux pas qu'on te fasse, ne le fais pas non plus aux autres », tandis que 1642 Jésus dira d’une façon positive : « Ce que lu veux qu’on te fasse, fais-le aussi aux autres. » Matth., vti, 12; Luc., vi, 31. C’est dans ce sens que les rabbls recom­ mandent de ne pas haïr.calomnier.vexer, être précipité en paroles, agir d’une façon Irréfléchie, etc., et qu'ils prônent les vertus passives, la patience, l’humilité» l’humeur pacifique, la résignation, la modération, le conlcnlemenL Voir les textes nombreux dans Dousset, op. cit., p. 486 sq. Parmi les vices qu’il faut éviter, aucun n'est nommé aussi souvent que la luxure. Dans tous les exposés moraux, l'interdiction des péchés d’impureté est un trait saillant. Que de fois le Siracide met ses lecteurs en garde contre l’incontinence et la séduction, p. ex. xxm, 16-27. Le livre d’Hénocb fait remonter au péché commis par les anges avec les filles des hommes tous les maux de la terre. En regard de la corruption païenne, les écrits helléniques stigmatisent encore davantage toutes les débauches sexuelles. Sap., in, 13, 16; fv, 6; xîv, 23 sq.; 111 Sib., 594-600; pseudoPhocyiide 175-206. Parmi les vertus, trois sont recommandées plus que toutes les autres, la piété, le jeûne et la charité envers les malheureux. Elles sont déjà réunies dans Tobie, xn, 8. La piété s'exprime surtout dans la prière. Voir plus bas. Le Jeûne était pratiqué déjà dans l'ancien IsraèL Nous en retrouvons l'usage privé immédiatement après l’exil, Esdn, vni, 23; Neh., 1,4; Eslh., iv, 16. Zacharie nomme quatre jours de Jeûne officiels, vn, 5; vin, 19, qui furent ajoutés au jour de Jeûne par excellence qui était la fête de l’Expiation. Dans la suite, on fut plus que Jamais fidèle à la pratique du Jeûne : I Macch., m, 47; 11 Macch., xm, 12; Ps. SaL, m, 8; FV Esdr., v, 13; vi. 31 ; Apoc, Bar., îx, 2; xn, 5.Le sanhédrin pres­ crivit trois jours de jeûne pour les temps de sécheresse ou de malheurs publics. Mischna, Taanilh. 1, 5; n, 9. Au temps de Jésus-Christ, les Juifs pieux Jeûnaient deux fois par semaine, le lundi et le jeudi Mischna, Taanilh, n, 9; Matth., îx, 14; Luc., xvm, 12; ci. Didache, vin, 1. Le jeûne fréquent devint dans la Diaspora un des caractères distinctifs des Juifs.Tadte Hi>L, V, 4. Un des traits qui honorent le plus le judaïsme est son souci des pauvres. Les prescriptions du Pentateuque a cc sujet furent largement observées. Dousset, op. cit.. p. 162, cite avec raison la charité comme un des piliers de la vie religieuse et morale des Juifs. Fréquemment le Siracide exhorte à donner l’aumône, attire l'attention sur sa grande valeur; il promet à l’homme charitable des faveurs spéciales de la part de Dieu, m, 30-iv. 10; vu, 10; xvn, 22... Dans le livre de Tobie, la charité forme également le centre des devoirs moraux; près de la moitié des exhortations que le vieux Tobie donne à son fils avant son départ sont relatives à cette vertu. Les rabbins nommèrent l’au­ mône ?edaqa, c’est-à-dire justice, et organisèrent l’assistance publique. Mischna, Pea, vin, 2; Pesachim, x. 1. Dans les synagogues, on faisait des quêtes régu­ lières pour les pauvres» Mischna, De/nai, m, 1; Kid· duschin. iv, 5; Matth., vi, 2. Le Talmud contient des éloges nombreux et bien sentis do la charité, p. ex. Talmud Bab,, Baba Bathra, 10 a, lia. — Ajoutons d’ail­ leurs que le particularisme juif trouvait ici encore occasion de s’exercer. Les sages comme les rabbins res­ treignent trop volontiers aux membres de leur nation les bienfaits de la charité, elles réservent même à ceuxlà seulement qui sont pieux comme eux. Voir Eccll., xviii, 13; Tub., iv, 13, 17. Les pharisiens contempo­ rains du Sauveur dédaignent le vulgaire et en veulent à Jésus de ce qu’il prend égard aux pécheurs et aux publicains· L Parmi les prescriptions qui réglaient la vie quoti- 1643 JUDAÏSME, PRATIQUES RELIGIEUSES 1644 rapport à ses suzerains, perses et autres, enlevait tout dlrnnc des Juif *, il faut surtout relever celle * qui étaient prévue * pour les différents états de vie Elles intérêt à la politique et favorisait ainsi les aspirations religieuses. nous permet ter t de Jeter un regard sur les coutumes A ces circonstances extérieure * correspondent des sociales des Juifs. A leur tetc se trouvent celles qui ont trait aux rela­ changements Intérieurs, dus A renseignement que les prophètes Jérémie ct Ezéchlel avaient donné à leur * tions entre le * parents ct les enfants. Dans l’Ecclésinslique. elle * sont placées nu commencement du livre, compatriotes en face de in catastrophe de 586. Ils lit, 1 sq.; le livre de Tohie les glorifie parles plus beaux leur ont répété sans cesse ct leur ont inculqué l’idée que exemples. Philon (dans Eusébc, Pnrp. en., VIII, vn, 2), ce désastre est le châtiment de leurs prévarications. Josèphe. Cont. Apion., if, 206; rv, 262, les recomman­ Ils leur ont fait prendre conscience < de l’énorme poids dent d’une façon toute spéciale. d’iniquité qui, s’étant accumulé pendant des siècles » Les rapports entre épnux et épouse étaient moins (Touzard), pesait sur le peuple juif. D’où, la résolution bien compris; il semble qu’on regardât toujour * la prise par les survivants d’observer sérionsement la femme comme un être inférieur. I/Ecclésiastc ne dil-il Thora dan * tous scs détails pour expier lu faute et pas : « J'ai trouvé un homme entre mille, mais je n’ai davantage encore pour ne plus irriter le Très-Ilaut. En pas trouvé une femme entre elles toutes? » vit, 29. Le même temps ces prophètes publient que la partici­ Siracidc représente la femme comme dangereuse à pation nu salut ne sera pas un privilège de toute In cause de In séduction qu’elle exerce. Eccli.. vn, 21; nation, mais une récompense dont chaque individu XXÎÎ, 3; xi.fi, 3 sq.; cf. Eccle., vn, 27. Le Tahnad dit devra se rendre digne par sa conduite. · De là cette même que cent femmes valent seulement deux préoccupation qui, en des temps encore lointains, hommes. Beraeholh, 15 b. Comme les enfants ct les dégénérera en scrupule, de sc conformer au bon plaisir esclaves, In femme n’avait pas besoin de dire la prière divin. De là cette piété profonde, sincère même en ses do Schéma. Mischna, lierachnlh, in, 3. Aujourd’hui déviations, qui s’exprimera surtout en forme d’obéis­ encore, dans le Judaïsme, les hommes récitent la sance par une fidélité chaque jour croissante aux pré­ prière suivante qui était déjà en usage au n· siècle * cepte de la Loi. » Touzard, Revue biblique, 1918, après Jésus-Christ : « Je te remercie, ô Dieu, de ce p. 400- 10t. que tu ne m’as pas fait naître, infidèle..., esclave..., Telles sont les causes qui ont fait du légalisme le femme. ■ Tosephta, Rerachoth, vn, 18. caractère principal de la vie religieuse après l’exil. Cependant le mariage était regardé comme une Cette vie sous la Loi sc révèle déjà dans la manière Institution sacrée. En théorie la polygamie n’était pas dont fut faite la restauration. La reforme de Néhémlc encore abolie, même au temps de Jésus-Christ; la ct d'Esdras consista essentiellement dans la mise en Miichna suppose l’existence de femmes secondaires. vigueur complète de la Loi. Le peuple professa par scs Rdufoth, iv, 8. Mais dans la pratique la monogamie représentants que les désastres nationaux étaient était déjà devenue la règle; voir Felten, op. cit., t. I, causés par les transgressions continuelles de lu Thora, p. 129 sq. Il est d'autant plus surprenant que le Neh., ix, et promit de l’observer dorénavant dans divorce fût regardé comme pennis pour des causes toute sa rigueur. Une classe nouvelle sc forma, celle insignifiantes. Ilillel enseigne que l’homme peut répu­ des scribes, dont l’unique but était d’augmenter le dier sa femme même si elle a seulement brûlé ou trop prestige de la Loi. Lorsque, par le despotisme d’Antfosalé son repas ct Hahbl Aklba admet que si quelqu’un chus Epiphane, le conflit entre le judaïsme cl le paga­ trouve une autre femme plus belle que la sienne, il nisme devint aigu, la révolte nationale fut déchaînée peut congédier celle-ci. Mischna. Gittin, ix, 10. par ce cri de Mathathlas : · Que tous ceux qui ont le Aucun état n’est plus estimé que celui des scribes. zèle de la Loi viennent après moi. » I Macch., n, 27. L’Ecclésiastique le glorifie déjà comme le meilleur, Cette réaction victorieuse contre l’Infiltrâtion de xxxix. rt les Testaments des Patriarches renchérissent l’hellénisme ne pouvait qu’augmenter énormément encore davantage. Lèvi, xm. la ferveur de l’observance légale. Les plus zélés ne Les artisans jouissent aussi d’une haute considéra­ tardèrent pas à s’organiser en parti. Λ la fin de l’épo­ tion; la meilleure preuve en est que les scribe * exor­ que macchubécnnc commence cette chaîne ininter­ cisent presque tous un métier manuel pour gagner rompue des célèbres docteurs de la Loi qui guidèrent leur pain. Voir Fr. Delitzsch, JQdisches Handwerker- le peuple et le poussèrent à l’extrême rigorisme. Λ let en zur Zeit Jeta, Erlangen. 1879, p. 77 sq. partir du milieu du premier siècle de l’ère chrétienne, L’état des paysans n’est pas moins estimé, Eccli., sur l’ordre de Babbi Josue ben Gamala qui était grand vn, 15; Testam. Istachar, 1 sq.; le commerce par contre prêtre de 63-65, on institua même, surtout dans les n’est pas encore trop en honneur: Eccll.,xxvii,2; Issavilles, des écoles primaires où les garçons dès l’àgc char, vî; Pirke Λ both, n, 5. Pour la morale juive, voir de six ans devaient lire et apprendre par cœur la surtout Dousset. op. cil., p. 151-163, 470-196. Thora, Talmud Bab, Baba Rathra, 21 a. Lorsque In 1° La rie sous la Loi. — t. Le zèle pour la Loi. — Si catastrophe finale priva le Judaïsme de son existence caractéristiques que soient pour le judaïsme sa foi nationale et de son culte, il se cramponna avec une et sa morale, elle * ne sont pourtant pas les traits les énergie héroïque à la Loi, le seul bien qui lui restât de plus saillants «le sa pratique religieuse. C’est l’obser­ son antique grandeur. * Juif Le * de la Diaspora observaient la Loi non vation de la Thora, qui donne à celle-ci l’empreinte la moins cons» lencleuscnicnt «pie les Juif * palestiniens. * forte. Les différents codes du Pentateuque ne ron•du L’intransigeance dont il* témoignèrent a cet égard en t · nnent que quelques lois morales; la plupart «le leurs dépit de tout le mépris qui les accablait pour ce prescriptions se rapportent aux rites religieux et c’est motif, fft d’eux un êh ment complètement étranger à à ces dernier * que le * Juifs après l’exil ont accordé une leur entourage païen. particulière attention. A cette prathpic zélée de la Loi correspond l’éloge A différente * reprises nous avons déjà relevé que ce n*ct pas ù une création du Code sacerdotal qu’est qu'en fnlsai ni les écrivains. Le plus hmg de tous les psaumes, le psaume cxvm, hi nomme et la célèbre dans «lue une observation désormais si méticuleuse «les *' ipUnrt rituelle di *, nvils au changement survenu dans chacun de ses cent soixante-seize verset *. Pour le Siracidc, elle est la Sagesse divine, descendue gui la situation du peuple. Les rapatriés formaient plutôt la terre, xxn, 8, 10, ilillel dit : < Si tu t’es acquis h s une communauté *tecclé lique a qu’un ί-'tat propreparoles de la l .oi, tu t’es acquis la vie de l’autre monde » iner' t. I es prêtre * en d< tenaient le gouvernement Misrhna, Pirkt Aboth, n. 7. Phllon l’appelle ht plui lx vu *sel ge dans lequel se trouvait le peuple par 1645 JUDAÏSME, PRATIQUES RELIGIEUSES 1646 grande merveille opérée par Dieu dans ce monde, un rieure : < Ils filtraient le moucheron et avalaient le re'll l de l'ordre étemel de l’univers. Vita Mos le, ir, 51, chameau, ils nettoyaient le dehors de la coupe ct du é hl. Mangey, t. u, p. 1 12. A celle gloire de la Loi on plat, tandis que. le dedans restait rempli de rapine et faisait aussi participer Moïse, son auteur. · Jahvé le d’intempérance. » Matth., xxiii, 24-25. glorifia comme un Dieu. » Eccli * , xlv, 2 (hébr.). b) Cette préférence pour des lois cérémonielles en Philon présente Moïse comme Infiniment supérieur à avait entraîné la multiplication dans des propor­ tous les .sages grecs; il l'appelle même le médiateur du tions déraisonnables. Le contenu des gros volumes de monde entier, De congressu guirr. erud. gratta, 21, édit. la Mischna et du Talmud consiste essentiellement en Mangey, t. i, p. 536; Vita Mosis, π, 160, ibid., t. π, des additions innombrables faites aux prescriptions p. 160. rituelles ct accompagnées d’explications minutieuses. Si les Juifs étaient fiers de leur croyance en un seul On avait tellement multiplié les lois que les prescrip­ Dieu, ils ne l’étaient pas moins des coutumes particu­ tions du Pentateuque étalent devenues très pen de lières sanctionnées par In Loi. Iis savaient bien que les choses en comparaison, de sorte que Jésus pouvait dire païens avaient une certaine morde, mais ce qu’ils avec raison : « Les scribes ct les pharisiens se sont mis n'avaient pas, c’étaient les mœurs, basées sur la sur la chaire de Moïse. » Matth., xxm, 2. Thora. < Le législateur, peut-on lire dans la Lettre . C'est surtout pour le repos du sabbat et la pureté légale que les lois du Pentateuque ne leur suffisaient d'Aristée, 139,... nous entoura d’une baie impénétrable ct de murs d'airain pour que nous n’entrions pas en pas. A la place des quelques œuvres défendues le sabbat par Ex., xvî, 23-30; xxxi, 12-17; xxxrv, 21; relation avec aucun autre peuple, restant pursde corps comme d’Amc ct libres de toute croyance insensée. ■ xxxv, 1-3; Num., xv, 32-36, ils distinguaient trentePlus encore que cette conviction de supériorité à neuf travaux principaux qu’lis subdivisaient et appré­ l'égard des païens, les Juifs devaient à la Thora le ciaient avec une subtilité incroyable. Voir Schûrer, moyen sûr de plaire à Dieu. Sc soumettre complè­ Geschichte, t. n, p. 470-478. Les rabbls Jochanan et tement A sa volonté par l’obéissance la plus stricte A Slméon ont employé trois ans et demi pour élaborer ces prescriptions détaillées. Bâcher, op. cit., t. i, p. 210; toutes scs prescriptions était pour eux le comble de la Bousset, op. cit., p. 146. Mais la casuistique des scribes religion. Le psaume cxvm l’exprime sans cesse. Les atteignit son apogée en matière de pureté rituelle. Elle rabbins disaient expressément qu'il ne s’agit pus tant prévoyait tant de cas de souillures que le Juif ne pou­ des details de l’observance en eux-mêmes que de vait presque rien faire, à peine quitter la maison ou l’esprit de soumission qui s’y exprime. Dans ce sens, fréquenter quelqu’un sans craindre d'être « infecté ·. Babbi Jochanan ben Zakkai enseignait : · Ni le mort Voir Schûrer, Geschichte..., L II, p. 478-483. ne rend impur, ni l'eau pur, mais le Saint... a dit : j’ai Le Christ ridiculise ce pédantisme mesquin qui por­ donné une loi, j’ai fixé une décision : tu n’as pas le droit tait les dévots A prélever la dime même sur des pro­ de transgresser la décision qui est écrite >. d’après duits aussi insignifiants que la menthe, l'anls et le A. Schlatter, Beitràgt zur l'ôrderung chrisllicher Théo­ cumin. Matth., xxm, 23. logie, 1898, t. ni, p. 1 : Jochanan ben Zakkai, p. 42; Mais il leur reproche encore davantage · de lier des Bousset, op. cit., p. 149. fardeaux pesants et diflicilcs à porter ct de les mettre Cette haute estime de la Loi fait, sans contredit, sur les épaules des hommes >. Matth.. xxm. 4. La honneur au judaïsme ct le christianisme lui-même s’y Loi devenait en effet de celte façon une intolérable est largement associé. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : servitude, un véritable instrument de torture morale. non vent solvere Legem sed adimplere, Matth., v, 17, ct Le Christ en apporta la délivrance. En face de l'abus saint Paul : lex pxdagogus noster fuit in Christo? de la Loi, ses paroles sont doublement significatives : Gal., ni, 24. • Venez à moi, vous tous qui êtes fatigues ct chargés... 2. L'abus de la Lot. — Malheureusement tout ne fut car mon joug est suave et mon fardeau léger. » Matth., pas parfait dans ce culte de la Loi. Il n’est que de lire xi, 28-30. les Evangiles et les épltres de l’Apôtre des gentils, pour c) On comprend aisément qu’une telle conception que l'admiration A l’endroit du zèle des Juifs soit con­ de la Loi ne pouvait servir ni la religion ni la morale. trebalancée parles sentiments opposés. Car Jésus-Christ La religion doit réaliser l’union de l’homme avec Dieu. ct saint Paul y dénoncent la manière dont la Thora Le Juif dans son zèle exagéré pour les lois extérieures, était pratiquée de leur temps comme une perversion oubliait cet idéal ct ne cherchait qu’à marcher correc­ de la religion ct du sens moral. Matth., xv, 2 sq. ; xxm, tement devant Dieu. Au lieu de s’abandonner A la 25-26; Marc., vu, 2-5; Lue., xi, 38-39; Rom., ix,31-32; x» M. ( bonté divine il croyait faire du Très-Haut son débi­ teur pnr les merites de ses œuvres. En effet l'observation de la Loi était sous l’influence La morale était egalement compromise par un sys­ des scribes pharisiens viciée par plusieurs graves abus. tème qui empêchait toute spontanéité. La casuistique, a) Et d’abord lu pratique religieuse avait pris une en donnant d’avance la règle pour chaque cas possible forme presque exclusivement extérieure. Certes la et en supprimant toute decision personnelle, paraly­ Thora elle-même contenait dans sa majeure partie des sait l’essor normal de la vie morale. C’est donc bien A préceptes rituels. Cependant ces lois cérémonielles tort que Josèphe, Cont. Apion, il, p. 17, vante celte n'étaient ni les seules, ni les plus importantes, témoin la casuistique en disant : < Il (Moïse) n’a pas laissé la publication si solennelle des dix commandements. moindre chose au choix ct au libre arbitre. » Elles devaient en outre, dans l’intention du législa­ d) Ce culte tout extérieur de la Loi a même créé des teur, produire un effet intérieur, évoquer la conscience vices, tels que l’orgueil et l’hypocrisie. Ce sont les de la culpabilité et le besoin du salut divin. Rom., m, deux fautes que Jésus a condamnées chez les phari­ 20 : per tegem enim cognitio peccati. Mais les scribes siens dans les termes les plus vifs : < ils aiment les étaient parvenus à ne plus faire de distinction entre premières places dans les festins, les premiers sièges les prescriptions morales et rituelles; ils préféraient dans les synagogues, les salutations dans les rues, même ces dernières — parmi les soixante-trois traités Matth., xxm, 6; ils ressemblent à des sépulcres blan­ de la Mischna un seul a un contenu moral — et chis. qui au dehors paraissent beaux, mais au dedans en les accomplissant ils sc contentaient d’observer sont pleins d’ossements de morts. » Matth.. xxm, 27. la lettre sans sc soucier de l'esprit. La Justice légale Aussi bien l’orgueil était Inévitable chez ceux qui leur sufllsait Λ tel point qu'ils sc donnaient plus de s'efforçaient constamment de vivre d’après les pres­ peine pour être extérieurement corrects par rapport A criptions innombrables, élaborées avec le temps. Car un détail insignifiant que pour réaliser la Justice inté­ 1647 JUDAÏSME, PRATIQUES RELIGIEUSES 1648 Il leur fallait être tellement sur leurs gardes et faire Bien que les scribes so trouvassent en opposition tant de sacrifices pénibles qu’ils s’imaginaient avoir avec les prêtres, ils développaient néanmoins les Joli accompli des actes héroïques dont les hommes ordi­ sur les sacrifices et les codifiaient minutieusement naires n’étaient pas capables. Leur fierté était d’au­ même lorsque le culte avait depuis longtemps cessé. tant plus grande qu’ils croyaient devenir ainsi les Rabbi Simon le juste avait coutume de dire : · Sur trois choses repose le monde, sur la Loi, le culte et artisans de leur propre justice et les créanciers de Dieu. Voir Prat., art. Pharisien, dans Dictionnaire de l’accomplissement de bienfaits.» Mischna,Pirke A both, la Bible, l. v, col. 215. !. 2. D’autre part cette multitude de lois et la difficulté Tout le culte consistait en des sacrifices et en Ici ou plutôt l'impossibilité de les observer toutes devait actes qui les accompagnaient; il était public ou privé. mener forcément à l’hypocrisie. L’Idéal était trop élevé Le culte public, dont les frais étaient payés par k| pour pouvoir être atteint. Pour garder quand même impôts, avait lieu matin et soir; il comportait l’immo­ le prestige de l’avoir réalisé il fallait affecter des appa­ lation d’une brebis et l’obkition de farine, d’huile et d· rences de perfection, il fallait dissimuler scs défail­ vin. Ces deux sacrifices, inaugurés le matin et clos le lances. Dans cet art les pharisiens étalent tellement soir par un sacrifice d’encens, formaient l'essentiel du versés que pharisien est devenu synonyme d’hypo­ culte; ils étaient l’expression de l’adoration de Jahvé crite. Autant les scribes avaient été minutieux pour par tout le peuple. Leur cessation était regardée comme amplifier et compliquer les préceptes, autant ils le plus grand malheur, Jo» I, i. 13, Dan., xi, 31 ; xn, 11; étalent habiles pour échapper Λ ce lourd fardeau. même pendant le siège de Jérusalem par Titus, on Tous les stratagèmes des casuistes les plus retors leur continua malgré la famine à offrir ces sacrifices; la étaient bons pour tempérer par exemple la rigueur du nécessité de les omettre à partir du 17 Tammouz fut jeûne, pour modérer l’incommodité du repos sabba­ regardée comme une des épreuves les plus graves du tique. Prat., ibici. peuple. Belt. Jud., VI, π, 1; Mischna, Taanith, rv, 6. Au total la vie religieuse des Juifs à l’époque néotes­ Le traité Tamid de la Mischna décrit ce culte public tamentaire est très exactement caractérisée par les jusque dans ses moindres details. paroles de saint Paul : · Je leur rends témoignage qu’ils Pour en rehausser la beauté, on l'accompagnait de ont du zèle pour Dieu, mais sans intelligence. » Rom·, chant et de musique» Pendant que les prêtres offraient x. 2. On serait cependant injuste si on faisait peser l’holocauste, les lévites chantaient des psaumes, ce grirf sur toute l’histoire du judaïsme. La lettre n’a chaque Jour de semaine un autre, et jouaient des pas tout de suite tué l’esprit et l’Ecclésiastique par harpes; deux prêtres sonnaient les trompettes d’ar­ exemple, ne montre pas encore cette tendance. Marti, gent, Num., x, 1,2, 10; fl Par., xix, 26-28; Mischna, lui-même, op. cit., p. 260, doit avouer qu'il n'y est Tamid, vu, 3 sq. L'assistance qui se tenait en grand guère question de < nomisme ». Mais déjà le livre des nombre dans la cour, sc prosternait au son des trom­ Jubilés, composé à la fin de l’époque macchabéenne, pettes; le peuple fut divisé en vingt-quatre sections révèle d’après Bousset, op. ci/., p. 144, un légalisme qui correspondaient aux vingt-quatre classes des exagéré, qui allait prendre son développement à par­ prêtres et chaque section devait envoyer au templo tir de l’époque hérodicnne. une délégation pendant la semaine où officiait la classe 5· Culte au temple. — Un groupe tout à fait à part correspondante, Mischna, Taanith, iv, 1-4. Le sacri­ et très important de lois cérémonielles était formé par fice quotidien terminé, cinq prêtres sortaient du temple celles qui avaient trait au culte. Tandis que toutes les et donnaient au peuple leur bénédiction. Num., vî, autres prescriptions réglaient presque exclusivement 22 sq.; Mischna, Tamid, vu, 2. la vie privée, les lois sur le culte concernaient plus ou Les sacrifices quotidiens étaient augmentés les moins des actes officiels, au moins par rapport au lieu sabbats et les jours de fêles; le premier jour de la fête où Ils s’accomplissaient et aux ministres du culte par des Tabernacles, par exemple, on offrait treize jeunes l intermédlaire desquels ils sc faisaient. taureaux, deux béliers et quatorze brebis. Num., xxix, La grande place que tenait le culte dans la vie du 12-13. Judaïsme se révèle déjà dans les prophéties cxllicnncs A côté des sacrifices publics. Il y avait en plus grand sur la restauration. La réédification du Temple s'y nombre encore, les sacrifices privés, Tandis que les trouve au premier plan. Is., xliv, 28. Ézéchicl la premiers consistaient surtout en holocaustes, et obla­ dépeint en ses visioni Jusque dans ses moindres détails. tions, les derniers comprenaient en outre les sacrifices Les exilés reviennent dans l'intention principale de pour le péché et pour le délit ainsi que les sacrifices reconstruire le temple. Esdr., i, 5. — Aggéc et Zacharie pacifiques. La Loi les prévoyait pour une foule de indiquent comme cause de la misère des rapatriés leur circonstances et la piété y voyait le meilleur moyen U deur A cet égard et rattachent les plus brillantes de rendre hommage A Dieu. Aussi étaient-ils offerts promesses A l’achèvement du temple. Agg., i, 4 sq.; n. chaque Jour en grand nombre. Les Jours de fête, les 3tq.; Zach., 1.16; m,9 sq.; vi,12 sq. D'après Malachic, milliers de prêtres ne suffisaient pas à la besogne. < ’< st au temple que Jahvé se manifestera Λ son arrivée. Phlion, Vita Mosis, ni, 19. Comme avant l’exil, les Juifs célébraient surtout Mal., m, L L’histoire du culte tient dans l’ouvrage du les trois fêtes de lu Pâque, de la Pentecôte et des chroniqueur une large place. I Par., xin-xvn; xxnxxix; Il Par , ι-vu. Le Slracide décrit avec une satis­ Tabernacles. Sur leur célébration, la Mischna nous ren\elgne avec une minutie qui ne laisse rien ù désirer faction toute spéciale la façon majestueuse dont le et qui montre qu'lci encore les scribes ont bien précisé grand prêtre Simon pontifiait nu temple. Eccli., b,l*23. les prescription * du Pentateuque. Ces Jours-1A tous les Le deuxième livre des Macchabées rapporte A plusieurs * reprise que tous les ennemis du sanctuaire ont été visi­ Israélites devaient apparaître au temple A l’exception des femmes, des enfants, des idiots, des sourds, des blement puni * par Dieu, v, 9; ιχ, 18-28; xm, 8. Bien des psaumes expriment la Joie que le temple cause à aveugles, des malades, des vieillards, et de tous ceux âme juive, par exemple, cxxi, lactatus sum, etc. De qui ne pouvaient pas s’y rendre à pied. Mischna, la reconstruction du Temple, < jusqu’à sa destruc­ Chagiga, i. 1. Les garçons y étaient tenus dès qu’ils tion par Titus, l'amour du sanctuaire serait à la base avaient atteint l'âge de puberté. Mischna, Nidda vî te toute la piété Juive et. le forfait consommé, ce 11 Auwi les Jours de fête utUndent-il» à Jérusalem des serait encore cet amour qui amènerait les Ills d’Israel foules innombrables. Josèphe raconte qu’il y eui tro|s millions de personnes à la Pique de l’an „nr>< en pleurs devant les suprêmes restes de l’enceinte Jésus-Christ, Bed. Jud., H, XIV, 3, el que carrée. · Touzard. Revue biblique, 1918, p. 397. 1649 JUDAÏSME, pratiques religieuses 1650 million y aurait péri lors de la prise de In ville par façon suivante. D’abord on récitait le Schema et le Titus, Dell. Jud., VI, ix, 3. Le rituel do la Pâque et de Schemoné-Etré. Ensuite on lisait un chapitre de în la fête des Tabernacles est très longuement développé Thora qui dans ce but fut partagée en cent cinquantedans des traités spéciaux de la Mischna : Pesachim et quatre parasch pour un cycle de trois ans, et un texte Sukka. prophétique quelconque (haphtar). Comme la masse La fête do l’Expiation avait un tout autre caractère. 1 du peupie ne comprenait plus très bien l’hébreu, on y Son rituel sc trouve dans le traité Joma; c’était le seul ajoutait toujours la traduction. Suivait un sermon Jour de l’année qui fût consacré officiellement à la qui était d’ordinaire un commentaire de la leçon pénitence. D’après la critique, Il aurait été introduit biblique. Quiconque était à même de prêcher pouvait seulement apris Esdras. Sur cette prétendue origine prendre la parole. Philon, De septenario, vi. Il va de postexlllenne de la fêle de l’Expiation· voir Kugler, sol que cette tâche incombait principalement aux op. ci/., p. 125-133 : Die Fest-und Opjerordnung bei scribes. C’est par leur activité dans les synagogues Êzechiel und Esra. qu’ils ont exercé une influence profonde sur leurs Deux fêtes seulement ont été vraiment introduites coreligionnaires. Si un prêtre était présent, l’ofllce se par le judaïsme : celles des Purim, qui devait rappeler terminait par sa bénédiction, Mischna, Berachoth.v, 4; Megilla, iv, 3, 5-7; voir Felten, op. cit., 1.1, p. 355-369; la délivrance des Juifs de Perse par l’intervention Schûrcr, op. cit., t. n, p. 427-459. d’Esthcr cl celle de la Dédicace ou des Enrénlcs, en Cette institution de la synagogue et de son office souvenir de la purification du Temple par Judas Macchabée. mérite la plus grande estime. Elle est dans l’histnire 6° L'office de la synagogue. — Λ côté du temple, le religieuse de la plus haute importance; c'est la syna­ gogue qui a permis au judaïsme de faire de ses idées Judaïsme a connu un autre lieu de culte, la synagogue. Si l’on n’y offrait pas de sacrifices, c’était du moins et de ses pratiques religieuses un ferment capable de une maison de prière, où se maintenait la connaissance pénétrer la grande masse et non pas seulement quel­ ques scribes savants. Par la synagogue le sabbat de la Loi. La synagogue est d’institution récente. Les n’était plus un simple jour de repos, il se transfor­ origines n’en peuvent guère remonter à l’exil ou ù l’époque d’Esdras, comme on l’a souvent prétendu. mait en Jour de sanctification. L’office synagogal est ensuite devenu le modèle de l'office chrétien. Schürer, Gcschichte..., t. n, p. 429; Felten, op. cil., 7· Prières. — Les Juifs qui allaient si souvent au t. i, p. 358. Il semble même qu’au temps des guerres temple et sc réunissaient encore plus fréquemment macchabéennes les synagogues n'existaient point dans les synagogues pratiquaient nécessairement encore en Palestine, car, si dès ce moment, elles beaucoup la prière. A cet égard, c’est le psautier qui avaient joué un rôle dans la vie religieuse, les livres leur servait de livre. Non seulement les Juifs ont con­ des Macchabées n’eussent point passé sous silence servé les compositions de David cl des autres psalleur destruction. Il est très probable que les synagogues inistes préexillcns, mais ils les ont enrichies. Le recueil ont pris naissance dans la Diaspora où clics rempla­ cl l’arrangement definitif des cent cinquante psaumes cèrent en quelque sorte le temple. Les premiers rensei­ est l’œuvre du judaïsme. Les psaumes sc prêtent à gnements certains sont fournis par des papyrus grecs, toutes les occasions de la vie humaine; ils contiennent d’après lesquels il y avait déjà des synagogues en une théologie élevée; ils font résonner tous les senti­ Egypte dans la seconde moitié du in * siècle avant ments que l’âme humaine peut exhaler envers son Jésus-Christ. Voir Bousset, op. cit., p. 198; Th. ReiDieu, depuis le repentir sincère après de grands péchés nach, Revue des études juives, 1902, t. xlv, p 162. Jusqu’à l’union mystique avec Dieu. Le Psautier, après Pour la ville d’Antioche, Josèphe, Dell. Jud., VU, m, avoir été le bréviaire des Israélites, est pour ces raisons 3, mentionne une synagogue peu après l’époque d’Anle meilleur legs fait par le judaïsme au christianisme. tlochus Epiphane. Dans la Palestine même, le besoin Après la Thora, aucun livre ne fut plus connu et de synagogue ne sc fit guère sentir dans les premiers plus appris que le psautier. 11 était le livre de prières siècles qui suivirent l'exil. Le district habité par les et de chants dans le temple comme dans la synagogue. Juifs était petit, et chacun pouvait facilement aborder Sur l’usage détaillé que les Juifs en faisaient, nous le temple. Plus tard, lorsque les guerres des Asmonécns avons cependant peu de renseignements directs. Nous curent agrandi l’Etat Juif, quand surtout l’œuvre des savons seulement que du premier jour de la semaine scribes sc fut développée, la coutume d’élever des nu sabbat les sept psaumes xxm, xlvh, lxxxi, synagogues et d’y tenir des assemblées régulières s’est xciii, lxxx, exil, exi, étaient chantés à tour de rôle introduite également en Palestine. Au temps de Jésuslors du sacrifice quotidien, Mischna, Taanith, iv, 3, Christ, il y en avait partout dans la Terre sainte comme vu, 4, et que le Hallcl, c’est-à-dire d’après la tradi­ dans la Diaspora, Philon, Vita Mosis, n, 216, édit. tion ordinaire les psaumes cxn-cxvn étaient chantés Mangey, t. n, p. 168, même dans les petits villages aux trois grandes fêtes, à la fête de la Dédicace et aux comme Nazareth. Matth., xm, 54. Les villes en comp­ néoménies. Talmud Pal., Pesachim, 117 j. taient plusieurs. Act·, VI, 9; xxiv, 12; Philon, Legatio Nous savons par la littérature rabbinique qu’à ad Cajum, 20, édit. Mangey, t. il, p. 565. On aimait côté des psaumes les scribes ont introduit beaucoup construire les synagogues hors des villes près d’un d’autres prières et qu’ils en ont exactement réglé la fleuve ou sur le bord de la mer, Act., xvi, 13, pour récitation. pouvoir faire avant l’office les ablutions rituelles. Ils ont d’abord Imposé deux prières quotidiennes, D’après les ruines qui subsistent de synagogues gallle Schema et le Schcmonê-Esré. Le Schema se compose léennes, du premier et du second siècle chrétien, clics de trois morceaux de Pentateuque : DcuL, vi, 4-9; furent souvent divisées en plusieurs nefs par des ran­ xi, 13-21; Num., xv, 37-11, entourés de quelques gées de colonnes. Voir Renan, Mission de Phénicie, bénédictions. Selon Mischna, Tamid, iv fin, v, 1, U p. 761-783; Siliurcr, op. cit., t. n, p. 115 sq. La syna­ était déjà en usage avant l’an 70 de notre ère. gogue d'Alexandrie était un temple somptueux, lalmud Pal., Sukka, v, 1. fol. 55 ab. Il y avait dans D’après son contenu le Schéma était plutôt une profes­ chaque synagogue une tribune pour la lecture de la sion de fol qu’une véritable prière. Chaque homme adulte devait le réciter matin et soir, Mischna, lieraLoi, des sièges pour les fidèles. Un chef avait mission d’y maintenir l’ordre, Luc.,vni, 49; Acl.,xviii,8,el de choth, i, 1-4; les femmes, les esclaves et les enfants en étaient dispensés. Ibid., ni, 3. désigner les officiants. Les réunions avalent lieu tous les samedis et toutes Le Schemoné-Esrê comprend, comme son nom les fêles dans la matinée. L'office s’y dcruulait de la l’indique, dix-huit demandes. Il était aussi nommé la DICT. UE TMÉûL. CATHOL. T. — \ III. — 53. 1651 JUDAÏSME RAPPORTS AVEC LE MILIEU PAÏEN prière (ont court. Chaque Israelite devait le réciter le matin, l'après-midi et le soir, Mischna, Berachoth, ni, 3; tv. L Il y a de cette prière deux recensions : la recension babylonienne, qui est encore aujourd’hui en vigueur et qui se compose de dix-neuf demandes, fla quatorzième sur l’èrc messianique étant divisée en deux), et la recension palestinienne, qui sc distingue de l’autre surtout par une malédiction contre les chré­ tiens, Introduite par décision d'un synode de Jubilé. Talmud Pal,, Berachoth, 28 b. Le Schémoné-Ésré est très long, au moins vingt fois plus que le Po/er, de sorte que plusieurs docteurs étaient d’avis que la récitation d’un extrait suffisait; voir Dalman, op. cil., p. 304. Confor­ mément à la prescription,l)cut.,vin, 10, les rabbins ont en outre imposé une prière d'action de grâces après lo repas, Mischna, Berachoth, iv. 3-4; Talmud, Berachoth, 44 a. Elle se composa primitivement de trois béné­ dictions et de trois demandes auxquelles s’ajouta une quatrième après le soulèvement de Barkqkéba. Non contents d'introduire ces prières, les scribes ont méticuleusement fixé le temps, le lieu, la manière de les réciter. Par exemple, on ne doit pas dire le Schema du matin avant qu'on puisse distinguer entre le bleu et le blanc, Mischna, Berachoth, i, 2. Ils discutèrent longuement, si on peut réciter le Schema en route et dans quelles conditions on peut alors saluer des pas­ sants pendant les prières. Berachoth, n, 1-2. Ils sc de­ mandèrent pour combien de nourriture il faut remer­ cier Dieu, les uns répondirent : déjà pour la grosseur d’une olive, les autres, pour celle d’un œuf. Bera­ choth, vu, 2. Les maîtres en Israël ont encore joint à la récitation des prières des pratiques purement extérieures. En interprétant à la lettre les passages de la Thora, Ex., xni, 9, 16; DeuL, vi, 8. 11, 18 où il est dit qu’il faut avoir la Loi dans la main et devant les yeux, Ils ont introduit la coutume des phylactères ou tephillim. Cf. Matth., xxiii, 5. Certains textes de la Loi écrits sur parchemin étaient placés en de petits étuis et ccux-d étaient liés à l’aide de courroies au front et au bras gauche, au moins pour la prière du matin. On atta­ chait à ces phylactères une telle importance qu’il en est question dans quinze traités de la Mischna et dans piusicuis Targunis, où l’on en règle l'emploi de la façon la plus minutieuse. Malgré l’excès de ces pratiques extérieures, 11 faut admirer la piété des Juifs. Ils s'efforçaient vraiment de sanctifier la vie quotidienne par de nombreuses prières. Un cercle de dévots à la tête desquels se trouvait Siméon ben Mcnasja, consacrait un tiers du joui à la prière, un autre tiers à l’élude de la Thora et le troisième tiers au travail manuel. Kohelcth R. ix, 9; Talmud Pal., Maaser scheni, n, 53 d; Bousset, op. cit., p. 428. Le traité Berachoth, c'est-à-dire Prières, est le pre­ mier de la Mischna. Le formalisme n'étouffalt pas complètement l’esprit Intérieur. C'est cc qui résulte * entr autre d’un conseil que donnait Rabbi Simon, disciple de Rabbi ben Zakkul. « Ne fais pus de la prière un acte purement extérieur; qu'elle soit une sup­ plication intime adressée au Seigneur. · Mischna, Pirke A both, n, 13. 1652 2· édit., Inspnick, 191/; IL Les être, 7rmpk, dans Diction· naire de la Bible, t. v, col. 2021-2079; T. W. I .«vies, Temple, dans Hastings, Dictionary of the Bible, I. iv, p. 695-716; W. H. Green, Die Peste der Hebrdcr in ihnr Bezuhung auf die modrrnen kritischen Hypothescn iiber dtn Pentateuch. Aus dem Engltschen ilbene 1st von O. Becher, Gütersloh, 1894; Ocstcrjoy et Box, 'The religion and hot-hip o/ the synagogue, 1907; Elbogon, Der judische Gotlcsdlcml in seiner yeschicldUchcn Entmickclung, Leipzig, 1913; IL Kohl ot C. Walzlngor, Antike Synaqoycn in GnHI/ra, Leipzig, 1916; IL Lettre. Synagogue, dans Dictionnaire de la Bible, t. v, col. 1899-1900; \V. Bâcher, Syna gogue, dans Hastings, Dictionary of the Bible, I. iv, p. 636-613; Jos. Simon, 1.Education et l'instruction des enfants chrz bi anciens Juifs d'après la Bible et le Talmud, 3* édlL, L Ipzlg, 1879; Blau, Origine tt histoire de la lecture du Schéma et des formules de bénédiction qui raccompagnent, dam Bevue des éludes juives, 1895, t. xxxi, p. 179-201; I^rb, Lei dix-huit bénédictions, ibid., 1889, t. xix, p. 17-40; Lévi, Iss dix-huit bénédictions et les psaumes de Salomon, ibid., 1896, t. XXXIII, p. 161-178. VU. Rapport entre le judaïsme et le milieu païen. — Un petit peuple comme celui des Juifs, qui dépend entièrement pour son sort politique des grands empires voisins et dont le territoire forme le pont entre l’Asie et l’Afrique, était forcément destiné à subir des influences du dehors. Λ plus forte raison ceci devait-il être vrai, quand Israël fut transporté en majeure partie dans un pays étranger où il dut séjourner pendant toute une génération. Mais ce qui est surprenant, c’est que cette nation chétive, brisée dans son existence par la catastrophe de 586 avant Jésus-Christ et de 70 après Jésus-Christ, non seule­ ment ait continué à vivre et à garder sa foi religieuse, mais qu’elle ait pénétré dans tout le inonde antique et qu’elle y ait joué un rôle tel que tous les potentats, les empereur * romains aussi bien (pie les rois orientaux, aient dû en tenir compte. Pour compléter notre con­ naissance du judaïsme, il nous faut étudier scs contacts avec le paganisme. 1° Pénétration dans les milieux païens. — 1. La Dias­ pora. — a) Développement et extension. — A partir de l’exil, les Juifs sc rencontrent, comme aujourd’hui; dans tout le monde civilisé, mêlés aux autres peuples sans sc confondre avec eux. Vers 150 avant J.-C., les plus anciens oracles sibyllins pouvaient dire que « toute terre et toute mer est pleine des Juifs ». m, 271. Strabon parlant de l'époque de Sylla (85 avant J.-C.) écrit : < Ils ont envahi toutes les cités et il serait diffi­ cile de trouver un endroit qui n'ait pas accueilli la race juive ou qui ne soit pas occupé par elle. » Texte dan· Josèphe, Ant., XIV, vu, 2. Les Actes, n,9-11, mention­ nent des Juifs de tous les coins de l'empire romain, présents à Jérusalem pour la Pentecôte. Cette dis­ persion des Juifs et la propagation de leur culte qui en résultait est le phénomène le plus important de l'histoire religieuse des derniers siècles avant J.-C. 11 mérite d’autant plus notre attention qu’il a incontes­ tablement préparé et facilité la diffusion du christia­ nisme. Les causes de la dispersion sont très variées, la Diaspora commença par la déportation des Juifs I vaincus et s'accrut par suite des promesses que les rois des pays limitrophes leur firent pour les attirer. Pendant la persécution d’Antlochus Épiphane et de Outre 1» ouvrage * généraux, cité * pour lm (dta rrllset successeurs, beaucoup de Juifs sc réfugièrent à gUuitJi, consulter : J. Touzurd, /.’«Une juive au Irnips des Penr·, dan * Revue biblique. 1916-1920, 1923; IL G. Mit­ , l’étranger. D’autre part le succès des guerres macchabécnucs donna au peuple Juif la force de conquérir les chell, The ethics o/ the Old Testament, Chicago. 1912; IL M. Hughes, The cfhlrs of pivbh apocryphal Literature, contrées voisines et de répandre scs membres dans le *. 1910 J. Koberlc, Sundr und Gnadt tin rellglfticn Lcbrn des monde. Vollcrs Lrurl b b auj Christum, Munich, 1905; M. 1-i/ uu *, Les origines de la Diaspora remontent ù la transplan­ D.e Lthik des Judrnlunu, Francfort, t. 1, 1898·. t. 11, 1911; tation «les dix tribus du Nord par Sargon (72‘>) et des J. Benzinger, Wle umrden die Juden dai Volk de * Gesclzes? deux tribus du Sud par Nabuchodonosor (580). I andis Tubiogue, 1908; Scburrr, GcècMckte· t. m Felten· op. cit., que celles-lù furent absorbics par l’entuuraùe nalen t U llAuebcriL Die hciUgen, AUerlumtr der Blbel. 2· édit., M uikh, I860; F· X- Korticlner, Archervlugla biblica. celles-ci formèrent la Diaspora bubylonmenne f ile 1653 JUDAÏSME, RAPPORTS AVEC LE MILIEU PAÏEN fut bientôt florissante, car les Juifs pouvaient libre­ ment pratiquer leur religion, Bar., i,3 sq.; Ez., ni.15,et s’établir pour faire du commerce dans tout le pays. Le gouvernement perse leur fut encore plus favorable que les rois chaldécns, de sorte qu’en 538 la plupart des exiles ne retournèrent pas dans leur patrie. De la Babylonie Ils se répandirent vers le Nord où leurs colonies devinrent surtout nombreuses, quand beau­ coup de Judéens furent déportés sous Artaxençès III Ochus (357-337 avant J.-C.) sur les bords de la mer Caspienne. Du temps de Jésus-Christ, les Juifs étaient très répandus dans toutes ces contrées. An/., XV, ni, 1. Chaque année quand ils apportaient à Jérusalem l’argent pour le Temple, ils formaient un cortège de plusieurs milliers de personnes. Quelques années après la mort de Tibère (14-37 après J.-C.), par suite d’une émeute, cinquante mille Juifs furent massacrés. Plus tard, Ils habitèrent surtout les villes de Naharda et de Nisibe. Ant., XV111, ix, 1. Pendant le règne de Claude (41-51), le roi de Nisibe, Izatc d'Adlabène. se convertit avec sa famille au judaïsme. Ant., XX, π-iv. Les écoles des scribes babyloniens rivalisaient continuel­ lement avec celles de la Palestine. Le plus célèbre des maîtres en Israël, Hillel, venait de Babylone. Les Israélites étaient encore plus nombreux en Syrie que dans les régions transeuphratéennes. Les Séleucides les attirèrent par leurs promesses. Le fon­ dateur d'Antioche, Séleucus Ier, leur accorda dans cette ville tous les droits de citoyen. An/., XII, ni, 1. Les Romains les leur confirmèrent plus tard bien que les indigènes aient voulu à plusieurs reprises les chasser d'Antioche. An/., XII. m, 2; Bell. Jud., VII, v, 2. A Damas, où les Juifs possédaient plusieurs synago­ gues, dix mille furent tués lors de la guerre judaïque. Bell. Jud.. 11. xx. *2. De la Syrie ils pénétrèrent en Asie Mineure. Les Actes mentionnent pour ce pays bon nombre de com­ munautés juives et Philon rapporte qu’il y avait en Asie Mineure comme en Syrie des Juifs dans chaque ville. Leg. ad. Ca/., xxxm, édit. Mangey, t. il, p. 582. A Éphèse et dans toutes les villes Ioniennes, ils avaient le droit de bourgeoisie· An/., XII, m, 2. En d’autres endroits ils reçurent par des décrets de César et d’Auguste de grands privilèges; partout ils avaient l’autorisai ion de pratiquer leur religion. An/., XIV, x, 12 sq. A Éphèse et à Sardes, ds possédaient même de droit un tribunal propre. An/., XIV, x, 17, 19. L’Egypte devait devenir le centre principal de la Diaspora. L'établissement permanent des Juifs sur les bords du Nil commença peut-être avec la trans­ migration de ces Israélites qui s’y sauvèrent avec Jérémie après l'assassinat de Godolias. Les papyrus d'Éléphantine témoignent que, dès la fin du vr siècle, Il y avait sur la frontière méridionale de l'empire des Pharaons des colonies militaires juives qui possé­ daient même un temple. C’est surtout depuis Alexan­ dre le Grand que l'Egypte vit affluer les Israélites. Ils s’établirent principalement à Alexandrie où ils reçurent les mêmes droits que les Grecs. Contra Apion., n, 4 Les Lagides leur attribuèrent un quartier spécial. Par Strabon nous savons qu’ils formaient dans cette ville un, πολίτευμα, c’est-à-dire une corporation poli­ tique Indépendante. Un cthnarque avec des archontes administrait les affaires et rendait la justice. Strabon, dans Josèphe, An/·, XIV, vu. Les Juifs formaient donc une cité dans la cité. Pendant les guerres macchabccimes, beaucoup d'ha­ bitants de la Palestine émigrèrent en Égypte. OniasIV, fils du grand prêtre Onias 111, fut de ce nombre et obtint de Ptolcmée \ I la permission de construire à Léontopolls un temple, où un culte régulier avec des sacrifices fut Institué, culte qui dura Jusqu'en 73 après J.-C. 1654 Lorsque les Romains prirent posses * ion de l'Égypte, il y avait sur les bords du Nil un million de Juifs, répandus Jusqu'aux frontières de l’Éthiopie. Philon, In Place., 6, édit. Mangey, t. n, p. 523. A Alexandrie, la population Israélite s'était tellement accrue qu’elle occupait alors deux quartiers et formait un tiers des habitants, Auguste Institua en l'an 11 après J.-C., un sénat Juif de soixante et onze anciens qui devaient assister l’cthnarque. In Place., 10. A cause de cette situation privilégiée des Juifs, leurs relations avec les autres citoyens d’Alexandrie n'étaient pas très bon­ nes. Plusieurs fols ils eurent à soutenir des persécutions sanglantes, surtout sous Caligula (37-41). En 38, pur suite de l'attitude hostile de cet empereur, Ils furent maltraités; le gouverneur Flaccus les priva de tous leurs droits. Une délégation conduite par Philon se rendit à Rome et n’eut pas de succès. Claude (41-54) cependant reconnut de nouveau leurs privilèges. Sous son successeur Néron cinquante mille Juifs furent massacrés à Alexandrie. A l’ouest de l'Égypte, les Juifs sc fixèrent en Cyré­ naïque. Déjà Ptolémée I" y avait créé des colonies juives à qui il avait accordé les droits civiques, en sorte que les Juifs jouirent dans les villes de Cyrine et de Bérénice de la même autonomie qu'à Alexan­ drie. Dans cette province, ils furent toujours très sédi­ tieux. Ils s'y révoltèrent à la fin de la guerre Judaïque et surtout sous Trajan; à l'occasion de ce dcmler sou­ lèvement, il y eut plus de deux cent mille victimes. L’Europe ne resta pas non plus fermée aux Israé­ lites. Ils mirent le pied d’abord sur le sol grec. D’après I Macch., xv, 23, il y avait déjà vers 150 avant J.-C· une colonie juive considérable à Sparte. Saint Paul rencontre des Juifs partout dans l’Hellade et Philon les mentionne pour tous les principaux districts grecs et macédoniens. Leg. ad Flacc., 36, edit. Mange» t. n, p. 587. Le premier établissement des Juifs en Italie et surtout à Rome date probablement du commencement du dernier siècle avant Jésus-Christ. En 62, Cicéron, dans son discours Pro Flacco, 28, mentionne que tous les ans de l’argent est envoyé d’Italie, pour le temple de Jérusalem; lors de ce discours beaucoup de Juifs entourèrent la tribune. La colonie juive à Rome devint importante par les nombreux esclaves que Pompée y transporta après la prise de la ville sainte (63 avant J.-C.). La plupart y obtinrent bientôt la liberté et par là le titre de citoyen romain. Ils habitaient sur la rive droite du Tibre. César leur permit de sc réunir confor­ mement à leurs croyances et coutumes. Auguste leur fut également très bienveillant. De son temps, il y en avait à Rome huit mille. An/., XVII. xi, L Us jouis­ saient en outre des privilèges qu’ils avaient dans tout l’empire. Ils ne formaient pas comme à Alexandrie une seule association mais plusieurs. On en connaît Jusqu’ici sept; chacune avait sa synagogue et ses chefs de synagogue à part, sa γερουσία et ses archontes à elle. Les écrivains romains, surtout les poètes, parlent des Juifs avec le plus grand mépris. Deux fois, sous Tibère et Claude, ils furent transitoirement chassés do Rome et privés de leurs droits. D’après les inscriptions, des Juifs se trouvaient également dès l’époque romaine dans les Gaules et en Espagne. Voir Fricdlândcr, De Judæorum coloniis, Kônigsberg, 1879; Schürer, Geschichle..., t. ni, p. 38. b/Situation politique et sociale.—Elle fut. comme cet aperçu sur le développement de la dispersion le montre, très différente suivant les époques et les paj $. D’ordi­ naire les Israélites vivaient dans des conditions très avantageuses, parce que les gouvernements leur étalent presque toujours favorables. Us n’étaient pas seule­ ment tolérés, mais ils acquirent de véritables droits. Dans les grandes villes de l'Égypte et de la Cyrénaïque 1655 judaïsme, rapports avec le milieu païen 1656 Ils étaient même autonomes. Dans les villes de In Syrie les Juifs maintenaient les croyances et les coutumes et de l’Asie Mineure, ils jouissaient de tous les droits de leurs pères. « Les sabbats, des milliers de maisons civiques. Partout ailleurs, bien qu’ils ne formassent d’instruction s’ouvrent dans toutes les villes, dans les­ que des colonies d'étrangers, ils étaient autorisés à quelles la prudence, la tempérance, l’habileté, h exercer librement leurs pratiques religieuses et à justice et toutes les autres vertus sont enseignées. » former dans ce but des réunions et des associations. Philon, De septenario, vi, édit. Mangey, t. n, p. 282. Dans tout l’empire romain, leur cuite fut reconnu Parce que les Juifs de la dispersion comprenaient comme religio licita et ils avaient obtenu des Césars encore moins l’hébreu que ceux de la Palestine pour trois privilèges surtout qu’ils gardèrent même après la lecture de la Bible, on sc servait à côté de l’original la guerre judaïque : la dispense du service militaire des Targoums araméens dans la Diaspora orientale à cause du repos sabbatique, la permission de ne pas et on le remplaçait par la version grecque dans la Diaspora occidentale. paraître devant les tribunaux les jours de sabbat et l'exemption de la loi qui prescrivait le culte des Les dispersés observaient le repos sabbatique, les empereurs. Il leur fut accordé en outre la faculté lois de pureté rituelle et la circoncision à peu près d’exercer, d’apres les lois mosaïques, une juridiction aussi strictement que ceux de la Terre sainte. Pour interne sur les membres de leur communauté qui le sabbat, ils étaient d’après les témoignages de leur donnait mémo le droit d’infliger des peines corpo­ Philon, voir Bousset, op. cit., p. 147, peut-être encore relles, et de plus la faculté d’administrer leurs propres plus sévères. fonds et de prélever des taxes pour le culte. Continuellement Ils entretenaient des relations inti­ Toutes ces prérogatives par lesquelles les rois mes avec Jérusalem; pour cette raison, Agrippa 1· d’Égypte et de S>ric comme plus lard les empereurs appelle cette ville, dans une lettre à Caligula, la métro­ romains créaient aux Juifs une position tout à fait pole de la plupart des pays. Philon, Legat., 36, édit. privilégiée, devaient nécessairement soulever la Mangey, t. n, p. 587. La communication consis­ jalousie et la haine des autres citoyens. Car les Juifs, tait d’abord dans l’envoi régulier du didrachmc que tout en se soustrayant par leurs privilèges à bien des chaque Juif à partir de sa vingtième année avait à charges de la vie commune, revendiquaient tous les payer pour le culte du temple, Philon, De mon., il, 3, droits de la cité et sc mêlaient aux affaires publiques. édit. Mangey, t. n, p. 224, puis dans des offrandes La tension était d'autant plus inévitable que le culte privées. Josèphe relève les richesses immenses qui païen, si important dans la vie de la cité, était non furent réunies par là dans le temple. An/., XIV, vu, 2. seulement omis, mais encore méprisé par les Juifs. De Ensuite on se dirigeait dans la Diaspora pour l’obser­ là les demandes frequentes que les municipes adres­ vation des fêtes d'après le calendrier, émis chaque saient au gouvernement pour obtenir l’abolition des année A Jérusalem. Mais surtout on allait de temps à lois d’exemption, les émeutes sanglantes dirigées autre visiter la ville sainte A l’occasion des grandes contre les Juifs cl les expulsions dont ils étaient pério­ fêtes. diquement frappés. Le temple d'Éléphantinc représente une infraction Malgré tout, ils savaient sc maintenir et exerçaient à cette liaison de la Diaspora avec Jérusalem et plus une influence qui dépassait beaucoup leur proportion encore celui de Léontopolls. Les rabbins palestiniens numérique. Par le commerce et les affaires de banque, n’ont jamais regardé le culte égyptien comme légi­ ils acquéraient de l’opulence. Sous le règne d’Hérode, time et n’ont reconnu scs sacrifices qu’en partie. Josèphe mentionne le juif Saramallas comme étant Mischna, Menachoth., xm, 13. Aussi les Juifs égyptiens l'homme le plus riche de la Syrie. Bell. Jud., I, xm, 5. allaient-ils comme les autres en pèlerinage à Jérusalem. En Égypte, on les volt contracter mariage avec des Philon, De providentia, dans Eusèbe, Priep. euang., membres de familles royales. Ant., XVII1, x. I; XIX, viti, édit. Mangey, t. n, p. 646. IX, 1. En Mésopotamie, du temps de Tibère, deux Le zèle religieux des dispersés qui les a empêchés frères, d’origine juive, eurent pendant quinze ans un de s’amalgamer avec leurs concitoyens et qui a par­ tel ascendant que l’un fut nommé par les Parthcs tout fait d’eux une caste, où sc maintenait un haut gouverneur de ia Babylonie. An/., XVIII, ix, 1-7. esprit de solidarité, a trouvé une singulière répercus­ Moins aisée et moins honorable était la situation des sion dans les Jugements que les auteurs grecs et Juifs en Italie et particulièrement à Home. Ils habi­ romains émirent sur le judaïsme. Ils attestent d’un taient les quartiers les plus misérables de la ville. côté la pratique assidue du culte mosaïque qui carac­ Juvenal, Soi., xiv, 202. Cicéron cependant loue leur térisait les Juifs, de l'autre le mépris et la haine assiduité au travail, Pro Flacco, 28, et Martial, vu, 82, qu’ils récoltaient par là chez leurs contemporains. relève que les Juif-» occupaient les meilleures places Ces tendances antisémites sc révèlent pour la première dans les bains publics. Voir Vandervorsl, op. cil., fols, chez le stoïcien Posidonius d’A pâmée (85 avant p. 210 223. J.-C.) et le rhéteur Apollonius Molon. Le disciple de ce c)Situation religieuse. — Chez les Juifs de l’étranger dernier, Cicéron, en est fortement Imbu; non moins comme chez leurs frères de Palestine, la préoccupation antisémites furent Sénèque, Juvénal et surtout In­ principale était celle de la religion. Non seulement iis cite; cependant les ennemis les plus enragés des Juifs ne sc gênaient pas pour vivre selon la Loi, même en sc trouvaient au centre principal de la dispersion, à public, mais ils revendiquaient hautement tous les Alexandrie, entre autres le célèbre grammairien Apion. privileges nécessaires pour cela. Dès qu’il y avait à Voir F. Stâhclin, Der Antisemitismus des Altertums, un endroit quelques familles juives, elles s’organisaient Bâle, 1905; Bousset, op. cit., p. 87 sq. dans ce but. Dés que l’on était nombreux, on construi­ Pour la plupart des lettrés la religion Juive était une sait une synagogue. Dans l’intérêt de la religion, on barbara superstitio. Cicéron, Pro Flacco, 28. Des hlss’ivolait complètement du milieu païen et l'on formait torlens égyptiens, surtout Manéthon et Aplon inven­ un cercle fermé avec une administration interne. taient les fables les plus stupides que Tacite devait Comme la Thora était un code religieux et civil, toutes plus tard recueillir, sur leur origine et sur l’origine de CO J ulvertes étaient des corporations civiques en leurs institutions. Josèphe, Contra Apion., i, 26-27 il même temps que cultuelles, régies par deux genres de 1-2. Ils racontaient même que Moïse avait Introduit dignitaires, les et les Αρχισυναγωγοί. l'adoration d’une tête d’âne. Contra Apion n 7· Lu pratique religieuse la plus importante de la Tacite. Hist., v. 3-5. Quatre points excitaient ’surtout Diaspora était l'office synego gai. C’est par lu lecture les railleries : la défense de manger du porc îuvén >1 régulière ue la Lui et des Prophètes qui s’y faisait que Sat., il, 160, xiv, 98, le repos du sabbat, Sénèque *, 1657 JUDAÏSME, RAPPORTS AVEC LE MILIEU PAÏEN De superat., Fragm., xn, 41, la circoncision, Pétrone, fragm. 37 et le culte de Jahvé sans Images. Ce qu'on reprochait le plus aux Juifs était leur mépris pour l'idolâlrie cl pour ceux qui la pratiquaient. · Tout ce que nous vénérons, dit Tacite, Hist., v, 5. y (dans la loi mosaïque) est détesté. ■ On nommait même les Juifs άθεοι. Apollonius Molon, dans Josèphe, Contra Λ pion., n, 14. On 1rs accusait d'avoir « une fidélité opiniâtre et une miséricorde active pour les membres de leur nation, par contre une haine contre tous les autres. » Tacite, Hist., v, 5. Dans le monde gréco-romain, en un mot, les Juifs étaient regardés comme despectis­ sima pars servientium, comme (eterrima gens. Tacite, Hi-t . v. 8. 2. Le prosélytisme. — D'après ces propos des auteurs païens, on serait tenté de croire que le judaïsme de la Diaspora, malgré sa situation avantageuse au point de vue commercial et politique, formait dans le monde antique une force insignifiante au point de vue reli­ gieux. Bien ne serait moins justifié. Car non seulement il faisait une grande propagande pour sa religion, mais I) y obtenait de notables succès. a)La propagande juive. — Parce qu’ils avalent con­ science de posséder la vraie notion de Dieu et de la morale, les Juifs devaient sc sentir supérieurs à l’hel­ lénisme. Saint Paul a magistralement décrit celle conviction de scs anciens coreligionnaires en disant : « Toi qui te donnes le nom de Juif, qui te reposes sur la Loi, qui te glorifies de Dieu, qui connais sa volonté, qui apprécies la différence des choses, étant instruit par la Loi; toi qui te Haltes d’être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténè­ bres, le docteur des insensés, le maître des ignorants. » Bom., il, 17-20. Ce sentiment hautain de supériorité s'exprime déjà fortement au IIP livre sibyllin, par suite des victoires des Macchabées. Plus tard les Juifs sc vantaient de l'âge vénérable de la sagesse juive, bien supérieur ù celui de la philosophie grecque. Josèphe, Contra Apion., n, 6. En face de la confusion des philosophies et de la stupidité des croyances païennes, ils relevaient la suite et l’ensemble de leurs doctrines. Ils osaient même fabriquer des versets conte­ nant les plus grands éloges de la Loi pour les inter­ poler dans les plus célèbres poètes grecs comme si les maîtres de la pensée hellénique avaient déjà admiré la sagesse Israélite. Les Juifs allaient encore plus loin : ils prétendaient hardiment que les penseurs grecs, Iléraclite aussi bien que Platon, étaient les disciples de Moïse. Pour réserver Λ leur nation le monopole de toute science, ils imputaient ά llénoch l’invention de l’astronomie et de toutes les connaissances secrètes et Ils transformaient Abraham en docte philosophe qui réfuta et supplanta d’abord la sagesse chaldéennc, puis la sagesse grecque. La plupart de ces théories devaient être reprises par les apologistes chrétiens. Par suite de cette haute conception de la valeur incomparable de leur religion, les Juifs faisaient pour elle une très énergique propagande. Notrc-Selgneur ne dit-il pas des pharisiens qu’ils courent la terre et In mer pour faire un seul prosélyte? Matth., xxtîî, 15. Plus zélés encore étalent les missionnaires de la Dias­ pora. C'est d’eux et de leur prosélytisme que sc moque Horace dans les vers bien connus : ΛΓαπι multo plures sumus ac vetuli te Judici cogemus in hanc concedere turbam. Sal.. I. iv. 1 12-143. Le monde gréco-romain du premier siècle avant J.-C. offrait d’ailleurs un terrain très propice à la propa­ gande juive. Beaucoup de païens étaient devenus sympathiques aux cultes orientaux; la sagesse de J’Orient était en vogue; la pureté et la hauteur de son Idée de Dieu, la parfaite moralité qui caractérisaient 1Ü58 le judaïsme ne pouvaient que frapper les âmes reli­ gieuses. Et puis les Juifs savaient employer tous les moyens pour réussir. L'abondante littérature hellé­ nique d'origine juive servait aux fins de la propagande. Très habilement on y relevait les points de doctrine et les coutumes qui pouvaient davantage attirer 1rs païens. Sans renier aucun de ses principes, le judaïsme savait, au besoin, se débarrasser de son exclusivisme ordinaire et se montrer large pour gagner des adhé­ rents. b) Le succès de ta propagande. — A ces efforts de la propagande juive correspondaient de remarquables succès. Les adversaires du judaïsme le reconnaissaient ouvertement. Témoin ces paroles célèbres de Sénèque : Cum interim usque eo sceleratissima gentis consuetudo convaluit, ut per omnes jam terras recepta sit; victi vic­ toribus leges dederunt, dans saint Augustin, De civitate Dei, vi, 11, P. L., t. xli, coi. 193. Les Juifs s'en glo­ rifiaient, non sans quelque exagération, · La Loi attire tous les hommes et les convertit, barbares et Hellènes, habitants du continent et des Iles, peuples de l’Orient et de l'Occident, l’Europe et l'Asie, tout le monde habité d’un bout à l’autre. » Philon, Vita Mos„ π, 20, édit. Mangey, t. ii, p. 137. « Les masses ont depuis long­ temps un grand zèle pour notre religion, dit de son côté Josèphe. Il n'y a aucune ville... et aucun peuple où notre coutume de la célébration du sabbat n'ait péné­ tré et où le jeûne... et beaucoup de nos lois sur les repas ne soient observées. » Contra Apion., u, 39. Saint Paul rencontre presque partout autour de la communauté juive des païens qui s'étalent plus ou moins associés Λ la synagogue. Act., xm, 16, 43; xvii, 17. A Antioche, « les Juifs attiraient constamment à leurs offices une grande foule de Grecs et dans un certain sens sc les assimilaient ». Josèphe, Bell. Jud., VH. ni, 3. Sur les femmes surtout, la religion juive exerçait un grand attrait. A Damas, la plupart des femmes étaient dévouées au Judaïsme. Bell. Jud., Il, xx, 2. A Borne, une dame noble, Fulvia, observait la Thora. Ant., XVIII, m, 5. Poppée, épouse de Néron, favorisait beaucoup les Juifs et était peut-être une prosélyte. Quelques hommes, haut placés, acceptaient le culte de Jahvé, par exemple les deux beaux-frères d’Agrippa IL An/., XX, vu, 1, 3. Les Juifs étaient sur­ tout fiers de la conversion de la famille royale d’Izate. Il y avait d'ailleurs plusieurs manières pour un païen d'accepter la religion d'Israël. Ou bien il se sou­ mettait à toutes les lois, principalement à la circon­ cision, ou bien, sans sc laisser circoncire, il observait seulement l’une ou l'autre des prescriptions judaï­ ques. Dans le premier cas seulement, on peut parler d’une véritable conversion du paganisme au judaïsme. C’est ce qui eut lieu pour le roi Izale. Ceux qui en­ traient ainsi complètement dans la communauté Juive recevaient le nom de prosélytes. Bien qu'ils dussent accepter toutes les prescriptions de la Thora, ils n’obtenaient pas néanmoins tous les droits dont jouissaient les Juifs de naissance; un prêtre, par exemple, ne pouvait pas épouser la fille d’un prosélyte si sa mère n’était pas Israélite; un prosélyte ne pouvait pas devenir membre d’un tribunal Juif. Mischna, Bikkurim, i, 15; Horajoth, i, 4. Les autres portaient le nom de σεβόμενοι ou φοβούμενοι θεόν. Leur attachement nu culte mosaïque était très inégal. Les uns accep­ taient uniquement la croyance ù un seul Dieu et assistaient à l’olllcc synagogal, les autres observaient, en outre, une partie plus ou moins grande des lois cérémonielles, surtout celles qui concernaient le repos du sabbat et la pureté rituelle dans la nourriture. Josèphe, Contra Apion., il, 39 et Juvénal, Sat., xiv, 96106. Ces φοβούμενοι, qui n'ét.lient pas membres de la Synagogue étaient sans doute beaucoup plus nom- 1659 JUDAÏSME, rapports AVEC LE MILIEU PAÏEN 1660 put avoir lieu. Pendant deux siècles, les rapatriés breux que les prosélytes proprement dits. On les comme les membres de la Diaspora babylonienne rencontre constamment dans les Artes des Apôtres; appartinrent au royaume perse et y vécurent paisible­ C'est principalement par eux que la Diaspora Juive ment. La sympathie ainsi que la force des choses ont a préparé les voles nu christianisme. donc exposé les Juifs à subir Tin fluence de la culture 2e Influence du milieu païen. — Si, par suite de la perse. Dans le domaine religieux, cette Influence était Diaspora le judaïsme a exercé sur les milieux avec d’autant plus facile que le mazdéisme était la religion lesquels I) prenait contact une influence bien plus la plus pure et la plus élevée de l'Orient païen. Parson grande que l’nnclcn Israël, Il était, en revanche, caractère monothéiste très prononce, par sa haute davantage exposé à l’infiltration d’idées et de mœurs morale et ses croyances sur les fins dernières, Il devait étrangères. L’étude de ce qu’il a pu recevoir du dehors est d une suprême importance. En ciïet, comme après en imposer même aux adorateurs de Jahvé. Or les éléments les plus nouveaux de la fol judaïque, savoir l'exil les doctrines et les Institutions du Jnhvisme se sont beaucoup développées, en partie même trans­ l’angélologle et l’eschatologie transcendante, appa­ formées d’une façon essentielle, Il est Indispensable raissent Justement Λ partir de l’époque perse et ils présentent sans conteste de grandes ressemblances d’examiner si l’influence d’autres religions en est avec les doctrines analogues du parsisme. La question la cause ou si le progrès constaté est uniquement dû aux forces vitales de la fol mosaïque et prophétique. se pose donc de savoir, si et dans quelle mesure le De la solution qu’on donne à ce problème dépend la Judaïsme a évolué sous l’influence du mazdéisme. valeur de ces éléments nouveaux, dont les plus impor­ Les réponses sont absolument contradictoires. Les tants ont passé du Judaïsme au christianisme. uns non seulement nient toute dépendance des Quelques religions doivent tout d’abord être cer­ croyances Juives par rapport à celles des Perses, mais tainement exclues. Bien que les Juifs aient été trans­ prétendent que la relation entre ces deux groupes est portés en Babylonie et qu’ils y aient fait un long proprement inverse; les autres mettent le Judaïsme séjour, leur religion n'en a pas reçu d’empreinte. Ce complètement à la remorque du parsisme. D’autres fait est reconnu si l’on fait exception de quelques enfin supposent des infiltrations perses uniquement panbaby’onlstes, par tous les historiens des religions. pour des conceptions accessoires. La tradition rabblnlque ne relève qu’un seul élément Le premier groupe admet que du temps des Achédogmatique, bien Insignifiant d’ailleurs, qui dériverait ménides (554-331 av. J.-C.), la religion perse n’avait des conceptions babyloniennes, savoir les noms des pas encore la forme sous laquelle elle apparaît dans anges. Ces noms auraient été rapportés par eux (c'estVA vesta. Ce livre daterait en toutes ses parties, même à-dire les rapatries) de l’exil. Talmud Pat., Rosch hapour les Gâtha, regardés d’ordinaire comme très Sehana, r, 2. On doit sans doute y ajouter la notion des anciens, des premiers siècles de notre ère et serait sept deux qui se rencontre dans la littérature apo­ Influencé par les spéculations de Philon. J. Darmccryphe et rabblnlque, Test, des Douze Patriarches, steter, Le Zend-Avesta, Paris, 1892-1893, t. i-iix, pré­ Lévl, n sq.; Ascens. Js., vii-xï, llén. slave, xxn sq., faces; F. Cumont, Textes et monuments relatifs aux Talmud Rabyl., Chagiga, 12 b; voir Weber, op. cil., mystères de Mithra, Paris-Bruxelles, 1896,1.1, p. 3 sq.; p. 162 sq.; Erich Bischoff, Rabylontsch-A strales irn Aiken. The Avesta and the Bible, Washington, 1897, Weltbild des Talmud und Midrasch, Leipzig, 1907, p. 287 sq.; Lagrange, La religion des Perses, dans p. 104. Elle reflète très probablement la conception Revue biblique, 1904, p. 204 sq. Cependant, bien que babylonienne de sept espaces, tubukdti, qui se trou­ ΓAvesta soit un recueil assez récent, dû aux Arsacldcs veraient dans l’univers l'un au-dessus de l’autre. (depuis 250 av. J.-C.) et surtout aux Sassanides (à D’une source chaldéenne proviennent aussi beaucoup partir de 226 après J.-C.), le caractère archaïque des de conceptions astrologiques du Judaïsme tardif. Gâtha et la vénération avec laquelle ils sont mention­ Toutes les autres ressemblances accessoires qui se nés dans le reste de l’Aaesto, semblent plutôt donner constatent entre les idées juives et babyloniennes, raison à d’autres spécialistes, tels que K. Gcldner, p. ex. au sujet des sept archanges et des sept dieux dans P. Hinnebcrg, Die Kultur der Gegenwart, Leipzig, planétaires, sont des parallèles qui ne supposent pas 1906, t. i, 7, p. 214-232; Die altpersische Lileratur, de dépendance. Voir E. Kônlg, op. cit., p. 499-504, qui p. 230, et H. Oldcnberg, ibid., 2· édit., 1923, t. i, 3, réfute les systèmes opposés de IL Winckler et de p. 90-99; Die iranische Religion, p. 91-92, qui font IL Zlmmem, Die KeHinschri/ten und das Aile Testa­ remonter les Gûtha au delà de l’époque des Ac.hémément, 3· édiL, Leipzig, 1903, passim. nides. I! en résulte que du temps de Cyrus, la religion La religion égyptienne entre moins encore en ligne mnzdécnne, fondée par Zoroastre (antér. à 600 avant de compte. Aucun culte Idolâtre n’a été autant méprisé J.-C.), avait déjà la plupart de ses traits essentiels. par les Juifs. Sap., χιπ-χιν. Ils n’eurent pas davan­ Toutefois deux doctrines cschatologiques, celle de la tage d’atlr lit pour le syncrétisme qui résultait de résurrection et de Vapocatastasis, ont été peut-être l’union de l'hellénisme et de plusieurs éléments égyp­ ajoutées plus tard; car clics ne se trouvent pas encore tiens. L’influence de ces doctrines sur la religion Juive exprimées dans les Gâtha, comme le montrent SÔdcrest loin d’être aussi forte que Bcltzensteln, Potrnandres, blom, La vie luture d'après le Mazdéisme à la lumière Leipzig, 1904, s’clïorce de le prouver; voir la réplique des croyances parallèles, Angers, 1898, p. 243, et de Bousset dans CDlttnger Gelehrten Anzeiyer, 1905, J. ScheftcloMtz, Die altpersische Religion und das Judentum, Giessen, 1920, p. 194 sq. D’autre part p. 705 sq., 709 sq. C’est dans le livre slave d’Uénoch qu’elle est le plus marquée. Voir Bnusset, ibid., I l’idée de la résurrection qui seule entre en ligne de p 710 ta paix cl Je créé le ma h ur. d’Isracl, ait conduit bien des historiens à recourir au C'e>t moi, J ah sv t qui fah tout cola. parsisme pour expliquer le judaïsme. De là seraient I»., xcv, 6-7; traduction Condamln. venues, disent-ils, les particularités caractéristiques Ce texte reçoit sa meilleure explication si on 1* de la théologie juive, savoir les doctrines sur les hypos- · comprend comme une déclaration polémique contre Uses, les anges, les démons, la résurrection des morts, la croyance perse en Ahura-Mazda, dieu créateur de l i la rétribution Individuelle dans l’autre monde. Ainsi lumière et de tout bien et en Ahriman, père des ténè­ parlent Bousset, op. cit., p. 579 sq.; Berthelet, op. cit., bres et des malheurs. On Ut encore dans Isaïe : p. 223 sq., 374, 391 sq.; Beer, dans Kautzsch, Die Apokrgphen, t. n, p. 251, note; Kobut, l cher clic jtl· Qui do vous craint Jahvé? dische Angelologie und Dûmonologie in Hirer Abhàngig· Qu’Il entende la voix de son Servit *url keit vom Parsismus, Leipzig, 1866; E. Stave, l cher Celui qui marche dans les ténèbres den Einfluss des Parsismus au/ das Judentum, H aarlem, privé de lumière, 1898; L. H. Mills, Avesta-Eschatology, Oxford, 1908; Qu’U se confie au nom de Jahvé, et s'appuie sur cs commentateurs non catholiques traduisent aurait pour auteur un chrétien d'Égypte. généralement Judas Jacobi · Jude pis de Jacques » et Ces hypothèses sont très discutables, elles supposent ils en font un personnage distinct de » Jude frère une interprétation de l’épltrc qui est loin d’être sug­ de Jacques », auquel Ils attribuent l’épltre. Jülicher, gérée par les textes. dans les premières éditions de son Einteitung in das D’après les carpocraticns, Il y a un Dieu éternel. Xeue Testament, Tublnguc, 1891. renouvelant la con­ Les anges et les vertus qui font le monde, sont des jecture de Grotius, avait cru que l’expression « frère de tyrans qui font peser sur les hommes un Joug intolé­ Jacques » voulait dire » évêque ». Il a abandonné cette rable, contrairement aux vues de Dieu. Jésus-Christ opinion à partir de l'édition de 1901, mais il a prétendu est Intervenu pour secouer ce Joug. Il y a réussi parce que l’épltre avait été écrite au ιι· siècle, par un auteur qu’il a méprisé la Loi et les mœurs juives. L’homme inconnu (voir plus loin Données de l'Êp.tre). Harnack, doit afficher le plus profond mépris pour la loi mo­ Die Chronologie, t. i, p. 468, admet que l’auteur s’ap­ saïque. La Justice est fondée sur l'axiome κοινωνία pelait réellement Jude, mais que les mots · frère de μετ’ Ισότητας. Les lois humaines violent l’égalité natu­ Jacques » ont été ajoutés à l’adresse entre 150 et 180, relle du droit qui existe pour tous à participer aux pour reporter à l’âge apostolique la lettre de ce Judo mêmes biens. Pour sc sauver l’homme doit donc violer inconnu et en faire une arme contre les gnostiques. En toutes les lois, œuvre des anges mauvais; Il doit satis­ examinant les données de l’épltrc nous allons voir que faire toutes scs passions et commettre tous les crimes. cette hypothèse ne s’appuie sur aucun argument solide Cf. S. Irénéc, Cont. H teres., I, xxv, 1, P. G., t. vn, et ne saurait prévaloir contre la tradition. col. 680; Hippolyte, Hefutatio, vu, 32, Corp, de Berlin, 2° Données de ΓÉpttre, — Nous devons examiner si t. m, p. 218, P G., t. xvi c, col. 3338; Clément d’Alexan­ les écrits ou les doctrines auxquelles l'épltre fait allu­ drie, Strom., ni, 2, P. G., t. vm, col. 1105-1108. Cf. ar­ sion nous obligent à la placer au ip siècle. ticle Cahpocbate, t. n, col. 1800-1801. On voit que les On admet assez communément qu’il y a une dépen­ traits de l'épltre ne répondent point nu carpocratladance littéraire entre Jud .11 15 et le Livre d’Hénoch, nlsinc du n· siècle. On n’y retrouve point les tendances i, 9. Cf. Hastings, Dictionary o/ the Bibte, t. n, p. 801, dualistes et les doctrines philosophiques ou mora'es 802. F. Martin, Le livre d’Hénoch, Paris. 1906, p. 4. qui caractérisent cette secte. Tout nu plus peut-on Beaucoup de critiques prétendent que le livre d’Hé­ voir des tendances antlnomicnncs dans les f. 8, 12, noch n’a existé dans sa forme actuelle qu’au commen­ 23; mais on ne peut y reconnaître l’nntinomlnnlsme farouche des carpocraticns. En outre, ces hérétiques ce ment du n· siècle. Mais les éléments dont il se compose ne sont point postérieurs à l’ère chrétienne. regardent Jésus-Christ comme un libérateur, tandis Cf < barks The Book of Enoch, Oxford, 1893; Martin, que les hérétiques combattus par l'épltre, le renient comme maître et Seigneur, τίν μόνον δεσπότην καί op cit. Or l'épltre de Jude ne fait point appel à un livre, mais A une prophétie; elle ne suppose donc point que κύριον ήμών Ιησού'/ Χριστόν άρνούμενοι. t. 4. l auteur ait connu le livre dans sa forme définitive; Il a On s’appuie parfois sur le t. 17 pour placer l’épltrc pu n'en connaître que certains éléments. On ne peut après l'ûgc apostolique. Mais les paroles ; « rappelezdonc s’appuyer sur le livre d’Hénoch pour retarder in vous ce qui a été dit par les apôtres » peuvent s’entendre composition de l'épltre jusqu’au «· siècle. L'épisode en ce sens, que les apôtres ont prêché l’Évnngile aux do f 9 sc trouve dans ΓAssomption de Moïse. Mais il fidèles ù un moment donné, mais clics ne laissent point n’ed pas certain que l'épltre dépende, au point de vue entendre qu’ils soient tous fiuc' f-" pienne du Livre d’Hénoch, lx, 8, édit. Martin, p. 121; 1681 JUDE (ÉPITRE DE) cxcollrnto Introduction historique; Cal mm, fipttres calho· liquet el Apocalypse, Ports, 1907 : Épttres do .Judo, p. 101111, no donna jmi* d'introduction, niais smilornont une tra­ duction avec notes, est porté à faire do l'autour et do Judas Jacobi doux personnages distincts; Camerlynck Commen­ tarius in Epistolas Catholicas, Bruges, 1009; Fillion, Lei Épltrvs Catholiques, dans Sainte Bible commentée, Parts, 1915, t. vin, p. 769; W. Vrode, Judas, Petrus, und Johan· nesbrlefe, dans Die hrllige Schrifl des N. T,, Bonn, 1921, bon commentaire doctrinal. 2· Non catholiques : E. Kühl, Die BrieJe Pétri und Judæ, dans Kommentar liber dus N, T. do Meyer, G· édit., Gœttinguo, 1897, 7· édit., revu© par Knopf, 1912; Ch. Blgg, Epistles o/ Si, Peter and St. Jude, dans International Critical Commentary, Edimbourg, 1902; J.-B. Mayor, The Epistle o/ St. Jude and the second Eplstte of St. Peter, Londres, 1907, étude critique très approfondie de toutes les qut»lions relatives aux doux épi très cl û leur dépendance mutuelle; H. Windisch, Die Kathullschen Brlefe erkldrt, dans Liotzni.inn, Handbuch sum N. T., Tubingue, 1911; G. Wohlcnbeig, Der erste und zu'clte Pctrusbricf und der Judasbrief, dans Kommentar zurn Neuen Testament, Leipzig, 1915; les commentaire· do Blgg, Wlndtsch ot Wohlenberg sont très documentés, lo dernier donne une abondante bibliographie relative aux épi très de saint Pierre et à colle de saint Judo. J.-B. Colon. JUDÉO-CHRÉTIENS. — Chrétiens d’origine Juive, qui associent les observances de la religion mosaïque aux croyances et aux pratiques chrétiennes. Les premières recrues du christianisme étaient des Juifs, qui crurent au Messie déjà venu, rédempteur et sauveur de son peuple, qui virent en lui l'accomplisse­ ment des oracles prophétiques. Or ces oracles s’adres­ saient spécialement à la race élue. Si le règne du Messie devait être universel, c’était, pensait-on, par la sou­ mission, par l’incorporation des nations à Israël. Jésus avait donné l’ordre d’annoncer la bonne nou­ velle à tous les peuples, Matth., xxvni, 19; mais il n’avait pas spécifié comment s’opérerait la conversion des gentils, quelles seraient leurs obligations vis-à-vis des prescriptions mosaïques. 11 avait d’ailleurs pro­ clamé qu’il était venu non pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir, πληρώσει, Matth., v, 17; il avait été envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël, Matth., xv, 24. < Car, je vous le dis en vérité, jusqu’à ce que passent le ciel et la terre, un seul iota ou un seul trait de la Loi ne passera pas, que tout ne soit accompli. » Matth., v, 18. Étroitement interprétées, ces paroles pouvaient laisser supposer que la Loi subsistait toujours, et que les espérances chrétiennes s’ajoutaient aux promesses de l'ancienne alliance, que les deux lois formaient un tout inséparable. Les gentils qui croiraient au Christ ne devraient-ils pas avant tout adherer au judaïsme et sc soumettre aux observances légales? Comment d’ailleurs les juifs convertis, que la Loi avait strictement séparés des païens, consentiraient-ils à communiquer avec des Αμαρτωλοί? Ainsi deux questions sc posaient dès l’abord; il fallait premièrement déterminer dims quelles condi­ tions les gentils entreraient dans l’Églisc, préciser ensuite l’attitude des Juifs eux-mêmes à l’égard de la Loi : problème de la plus haute importance, dont la solution intéressait l’existence et l’unité de l’Églisc : son existence, car contraindre les gentils à · Judulscr ·, c’était faire du christianisme une secte Juive, entraver sa diffusion; son unité, car si l’on accordait la liberté aux gentils, en maintenant l’obligation de la Loi pour les Juifs, il y aurait deux catégories de chrétiens, les uns pratiquant un christianisme intégral, les autres un christianisme diminué. Les chefs de l’Église n’hésiteront pas longtemps sur le parti à prendre, persuadés qu'ils sont que le sacri­ fice du Calvaire a substitué un nouvel ordre de choses à l'ancien. Sans doute, ils devront aller progressivement pour ne pas heurter les préjugés de leurs frères PICT. DE TIlÉOL. CATIIOL. JUDÉO-CHRÉTIENS 1682 en Israël. Jésus avait eu de ces ménagements, lorsqu’il enseignait les foules. Les apôtres ne proscriront pas tout d’un coup des pratiques devenues inutiles, mais qui avaient été imposées par Dieu, qui avalent été observées par leurs ancêtres, que Jésus lui-même aval respectées. Sous l’inspiration du Saint-Esprit, suivant les circonstances. ils s’efforceront de faire prévaloir l’idée de i’ineflicacilé de la Loi, de son inutilité, ils feront le nécessaire pour amener leurs compatriotes à l’abandonner, en sc confiant uniquement dans le salut apporté par le Christ. Mais à côté d’eux, des juifs turbulents, ne tenant aucun compte ni de l’enseignement ni des décisions apostoliques, travailleront à maintenir dans son inté­ grité l'observation complète de la Loi, à l’imposer non seulement aux Juifs, mais aux païens convertis. Ce sont les manifestations de cet état d’esprit que nous étudierons : 1· à l’âge apostolique; 2® dans la période suivante (col. 1694). I. Lbs MANIFESTATIONS JüDÉO-CHKèTIRNNES A l’ace apostolique. — 1· Les convertis d'Antioche et le concile de Jérusalem, 2® Le conflit d’Antioche entre saint Pierre et saint Paul. 3e Les JudaLants de Galatie. 4® Autres manifestations judalsantes. 5® Con­ clusion. 1® Les convertis d'Antioche el le concile de Jérusalem. (Act., xv, 1-34; Gal., Π, 1-10). 1. Le conflit et sa nature. — Le premier voyage missionnaire de Paul et de Bamabé avait été marqué par de nombreuses conversions de gentils. De retour à Antioche les deux apôtres, rendant compte devant les disciples assemblés de l'œuvre accomplie, étalent heureux de montrer quel accueil les païens avaient fait à l'évangile, et comment Dieu avait ouvert aux nations la porte de la fol. Act., xîv, 27. Cc succès provoqua l’intervention de certains juifs : • Quelques gens venus de Judée enseignaient aux frères cette doctrine : si vous n’èlcs circoncis selon la loi de Moïse, vous ne pouvez être sauvés. · Act., xv, 1. Les Actes ne désignent pas autrement ces perturbateurs : « τινές χατελΟόντες άπό της Ιουδαίος ». Ce sont ces zélateurs de la Loi que nous rencontrerons plus loin. Act., xxi, 20. Ils venaient de l’Église mère de Jéru­ salem; ils prétendaient avoir mandat des apôtres, cc qui leur donnait une autorité particulière. Leur doc­ trine était nette : nécessité absolue de la loi mosaïque. L’Évangile se surajoutait ainsi à la Loi, le christia­ nisme devenait une secte Juive. Tout autre était la pensée de Paul : Il avait largement admis les païens dans l’Église, sans se préoccuper des observances. La religion de Jésus était différente du Judaïsme : elle s’y rat Inc h ait comme à son point de départ, mais en était indépendante; elle suflbait à procurer le salut; par elle seule, sans passer par la Synagogue, on pouvait sc sauver. On mettait ainsi Paul en opposition avec les autres apôtres et avec la pratique de Jérusalem. Et cepen­ dant cc n’étuit pas Paul qui avait pris l’initiative d'admettre des gentils dans la communauté chrétienne sans les astreindre à la circoncision. Pierre l’avait fait à Césarée. Mais 11 avait dû justifier son acte par une Intervention spéciale de Dieu, Act., x, 15; xi, 2 sq.; la conversion de Corneille pouvait passer pour un fait isolé qui ne constituait pas un précédent. Les chrétiens de Jérusalem, qui avalent reproché à Pierre d’être entré en relations avec des incirconcls à Césarée, Act., xi, 3, continuaient de sc soumettre religieuse­ ment aux pratiques traditionnelles. Apôtres et fidèles fréquentaient le temple aux heures fixées pour la prière, Act., n, 46; m, 1; v, 42; x. 9; s'abstenaient des mets interdits par la Lol, Act., x, 14, faisaient des vœux qu’ils accomplissaient dans le temple, Act., xxi, 23, célébraient lo sabbat et les fêtes religieuses. — VIII. — 54. 1683 JÜDÉO-CHRÉTIENS, A L’AGE APOSTOLIQUE 168'. ne veut pas sortir des limites de la quation posée : Art., n, 1; xvin. 4. Bref, Ils demeuraient juifs, tout les gentils et la Loi. Il lui donne une solution pratique, en étant devenus chrétiens. Ce que les apôtres faisaient on ne doit pas inquiéter les incirconcis qui sc conver­ par habitude, par piété, ou pour avoir plus facilement tissent ù l'Evangile; (fti’on leur prescrive seulement de accès auprès de leurs compatriotes, d’autres sc l’impos’abstenir des viandes immolées aux idoles, de la for­ raient comme absolument obligatoire, comme faisant nication, des viandes étouffées ct du sang. Cf. Coppicpartie essentielle de la nouvelle religion. Apd/rea, Hevue biblique, 1907, C’est ce dernier état d’esprit qui s'oppose ù la con­ len>. Le décret p. 341-358. ception de Paul, et c'est ce qui donne au conflit toute La liberté l'emportait complètement : les gentils sa gravité. · On allait voir si la société chrétienne reven­ convertis sont exempts de la loi mosaïque; ils ne août, diquerait l'universalité que son fondateur lui avait au point de vue gu salut, nullement inférieurs aux promise ou si, s'obstinant à rester secte Juive, elle convertis du judaïsme. On leur Impose seulement disparaîtrait dans l’oubli après quelques années de stérile agitation. Maintenir la circoncision» avec l’ob­ quatre défenses qui, étant donnée la signification reli­ gieuse qu’on leur attribuait, pouvaient avoir une servai ion Intégrale de la Loi qu’elle implique, c'était portée universelle. C'était une concession faite aux renoncer à l’espoir de conquérir le monde. Jamais le monde ne se serait fait Juif. Et la question de principe judéo-chrétiens modérés. Ces interdits étaient parti­ culièrement importants aux yeux des Juifs; ils étaient était plus grave encore. Faire d'une pratique mosaïque une condition essentielle de salut, c’était nier vir­ imposés comme un minimum à ceux qu’on a appelés prosélytes de la porte, qui acceptaient le monothéisme tuellement le caractère transitoire de l’ancienne et la morale juive, avaient même accès dans les syna­ économie, la suflisancc de la rédemption, la valeur du gogues, mais sans se faire parfaits Israélites par la sang et des mérites du Christ, l’efficacité de la grâce; c'était renverser le dogme fondamental du christia­ circoncision. On comprend que les apôtres, qui n’avalent pas encore pu dégager complètement l’Égllse nisme. » Prat, La théologie de saint Paul, t. i. p. 71. 2. La solution du conflit, — A la suite d’une révéla­ de la Synagogue, aient demandé ces concessions qui impliquent, non pas un acte positif d’adhésion au tion, Paul décida de se rendre à Jérusalem. Gai., n, 2. La communauté d’Antioche ne put qu’approuver, ct Judaïsme, comme eût été la circoncision, mais l’abs­ tention de certains actes, condamnés par la loi natu­ H fut résolu que Paul ct Barnabe, avec quelques-uns des leurs, iraient vers les apôtres et les anciens pour relle, la fornication, ou d'autres particulièrement traiter celte question. Act., xv, 2. La thèse des rigo­ odieux pour des Juifs, manger des viandes iininolces aux idoles, des viandes étouffées et du sang. On évi­ ristes fut exposée par ■ quelques-uns du parti des pharisiens qui avalent cru », Act., xv, 5 : il faut cir­ tait ainsi de scandaliser ceux qui continuaient de lire ct de pratiquer la loi de Moïse, Act., xv, 21, et les concire les gentils, ct leur enjoindre d’observer la loi de Moïse. Ils firent un effort pour faire prévaloir leur convertis du judaïsme n’auraient pas à rougir de leurs thèse ù propos de Titc. Ce dernier avait accompagné frères de la gentilité. M. Loisy pense que l’auteur du livre des Actes, fai­ Paul à Jérusalem. C’était un païen converti,Ελλήνων, Gal., n, 3. Les < faux-frères », se refusant à communi­ sant des adversaires de Paul à Antioche ct à Jérusa­ lem des judalsants intransigeants, qui représentaient quer avec un incirconcis, voulaient le contraindre ή se soumettre au rite mosaïque. Dans une autre circons­ la circoncision, comme étant nécessaire pour le salut, tance. Paul aurait peut-être cédé : peu après il fit a forcé la note, ou bien que les termes employés ne circoncire Timothée, Act., xvi, 3, plus lard lui-même sont pas à prendre avec trop de rigueur. A. Loisy, L'Épitre aux Gâtâtes, p. 27. Cette catégorie de judal­ se soumit à Jérusalem à la pratique du nazirat, Act., xxi, 20-26, cl 11 avait pour règle de conduite de se faire | sants, selon lui, n'aurait Jamais existé. Les zélateurs lout à tous, Juif avec les juifs, gentils avec les gentils, ; de la Loi, qui sont partout les mêmes, ô Jérusalem, I Cor., ix, 19-21. Mais ici une question de principe â Antioche et en Galatie, voulaient simplement recom­ mander la circoncision et la Loi comme une plus grande était en jeu : Il s'agissait de la liberté des gentils, toute concession aurait été funeste. Il résista énergi­ perfection. Ceux que Paul qualifie de « faux frères quement, et « Titc ne fut pas obligé de se faire clr- 1 intrus · étaient « des Judalsants pénétrés de respect concire ». Gai., n, 3. pour la Loi cl persuadés que l’on ne pouvait en faire abstract ion complète dans la proposition de PÊvanglle Les chefs de l’Égllse de Jérusalem, Pierre, Jacques aux païens ». A. Loisy, Les Actes des Apôtres, p. 561. et Jean, n’ayant pas Insisté sur ce point auprès de S’il s'était agi uniquement de perfection, les paroles Paul, s'écartaient déjà du groupe des intransigeants. Bien plus, ils prirent nettement son parti, désavoué- , si nettes et si décisives de Pierre auraient perdu toute leur signification. Loin de vouloir arracher le fardeau rent les meneurs, Act., xv, 24, donnèrent la main & de la Loi des épaules des disciples, ne les aurait-il pas Paul en signe de communion, lui confiant l'apostolat engagés à le supporter? C'eût été acceptable ù la fer­ des païens ct sc réservant celui des circoncis. Gai., π, 9. veur des premiers chrétiens. Du moins les chefs de Pierre se fit le défenseur de la liberté des gentils : il exposa comment il avait prêché Γ Évangile à des inclr- l’Égllse auraient-ils dû les Inviter à remplir ce qu’ils pouvaient des œuvres de in Loi, afin de sc rendre plus cunds, à qui Dieu avait donné le Saint-Esprit, ct il conclut en disant : « N'allons pas Imposer aux dis­ agréables à Dieu. Dnn> le discours de Pierre, comme dans celui de Jacques, c’est uniquement le salut qui est ciples un Joug que nos pères, ni nous-mêmes, n'avons pu porter. · Act., xv, 7-11. La réponse de Pierre est , en jeu ; il est déclaré possible même ù ceux qui ne veulent point passer par le Judaïsme· Les paroles des importante, elle va plus loin que ne le demandait la deux apôtres sont la réponse directe la prétention question. 11 estime que la Loi est périmée : clic ne des gens de Jérusalem : · Si vous n’êtes circoncis, selon s’impose pas plus aux juifs qu’aux gentils. Puisque Dieu « a purifié le coeur des gentils par la foi », Act., la loi de Moïse, vous ne pouvez être sauvés. » Recevant xv, 9, puisque · c'est par la grâce du Seigneur Jésus- toute liberté pour son action auprès des gentils, Paul Chrfcl que nous croyons être sauvés, de la même, n'a pas à leur parler de la Loi. On aurait donc fait de manière qu’eux », Act., xv, 11, la Loi est donc inutile, la perfection le monopole des juifs, et jugé qu’elle elle est un joug insupportable, même pour les juifs. était impossible pour les gentils ; 1« textes n’auto­ risent pas cello interprétation. Pourquoi devrait-on encore en tenir compte? C’était entrer pleinement dans les Idées de Paul. Le eus de» gentil» était aind réglé en prlncloc · ceux-ci peuvent entrer dans l’Églhe.Bfilrc"auv"L * Jacques, dont la fidélité aux observances tradi­ tionnelles ne se démentira pas jusqu’à lu fin de sa vie. I power par ia dreonchlon. L'exUtence de l’Égllse un 1085 J U DÉ0-CHRÉT1ENS, Λ L’AGE APOSTOLIQUE Instant compromise, était dès Ion assurée, puisqu' Israël s’adjoindraient les nations. Toutes les diffi­ cultés néanmoins n'étalent pas aplanies : la où les communautés chrétiennes étalent composées exclusi­ vement de convertis du judaïsme, ou uniquement d’incirconcis, aucune complication n’était û craindre. Mais dans les localités où les deux éléments étaient mêlés, quels allaient être les rapports de ces deux calé gorles de croyants? L'observation Adèle de *. défenses, par lesquelles les apôtres ct les pres by très de Jéru­ salem restreignaient la liberté des gentils, n’était pas suffisante pour permettre à ceux qui tenaient encore strictement à la Loi de communiquer avec eux : trop d’obstacles les séparaient, surtout lorsqu’il s’agissait de prendre des repas en commun. H suffit d’ouvrir ('Évangile pour saisir sur le vif la répugnance des pha­ risiens à manger avec des gens légalement impurs. Or lu fraction du pain sc célébrait à la suite d’agapes fraternelles. Les chrétiens circoncis devront-ils donc tenir à l'écart, dans cet acte le plus important du culte, leurs frères Incirconcis, impurs à tant de titres? Ou seront-ils exposés à enfreindre la Loi, à encourir des impuretés légales, en sc mêlant à eux? Traiterontils ceux de la gentilité comme des chrétiens d’un rang inférieur, sinon comme des parias, alors que tous sont les disciples du Christ? Situation angoissante pour des âmes de bonne volonté, qui sont mises dans l’alterna­ tive de violer la fol, ou de manquer ù la charité fra­ ternelle! Un conflit devait sc produire. Il eut lieu à Antioche. Son apaisement donnera une nouvelle solu­ tion au problème judéo-chrétien. 2° Le conflit d'Antioche entre saint Pierre et saint Paul (Gftl., π. 11-21). 1. La cause du conflit. — La paix fut en effet de nouveau troublée à Antioche, par l’entrée en scène de certains personnages dont Paul affirme qu’ils venaient de Jérusalem, έλθεΐν τινάς άπδ Ιακώβου. D’après Comely, ces τινές άπύ ’Ιακώβου faisaient partie de l'entourage de Jacques, ils étaient ses fami­ liers, comme lui zélateurs de la Loi, sed ab eo in lotius quaestionis intelligentiam nondum erant intro­ ducti. Comment, in S. Pauli Epist.. t. ni, p. 446. Ils seraient donc venus sans mission, ct auraient mal rendu les Idées du chef de l’Égllse hlcrosolymitaine. Il est difficile, en suivant cette interprétation, qui est également celle du P. Lc.monnyer, Epitres de saint Pault Ir· partie, p. 64-65, cl du P. Prat, Lu tluologie de saint Paul, t, i, p. 79, d’expliquer l’autorité et rinflucnco de ces personnages, qui en arrivent a inti­ mider Pierre cl Barnabe. Il est préférable de rattacher άπό Λ έλΟειν, comme le font, ù la suite de saint Augus­ tin ct de saint Jean Ghrysostome, plusieurs modernes. Cf. Toussaint, Épttres de saint Paul, 1.1, p. 194; Lagran­ ge, P. pitre aux Galates. p. 42. Ces gens viennent delà part de Jacques; ils sont envoyés par lui. Sans doute Jacques n’était pas le chef de TEglBe; mais il s’occu­ pait spécialement avec Pierre des Églises Judéochrétiennes. Il avait très bien pu apprendre les rela­ tions étroites qui s’établissaient â Antioche entre les convertis du Judaïsme et ceux de la gentilité. Moins large que Pierre dans la question Judéo-chrétienne, demeuré fidèle observateur de la Loi, il pouvait diffi­ cilement admettre que les Judéo-chrétiens d'Antioche s'affranchissent des prescriptions légales au point de prendre leurs repas avec les pagano-chrétiens : les restrictions imposées ù ces derniers lors de l’assemblée de Jérusalem n’étaient pas suffisantes ù ses yeux pour autoriser un tel contact, où il était Impossible que toute la Loi fût observée. Sans donc penser faire une opposition directe à saint Paul, à qui il avait laissé toute liberté pour son apostolat auprès des gentils, Jacques veut du moins maintenir les communautés judéo-chrétiennes, dont U a la charge, dans le respect 1686 de la Loi, et 11 envoie dans ce but une mission à An­ tioche. Que prétendaient ces personnages? Il ne faut pas les confondre avec les faux frères qui avalent déjà troublé les Églises fondées hors de la Palestine, Acû, xv, 24, et qui voulaient imposer le joug de la Iz>l aux païens convertis. Venant de Jacques, surtout s'ils étaient envoyés par lui, ils ne pouvaient avoir des idées aussi Intransigeantes cl aussi contraires à la récente décision de Jérusalem. En somme, pense Comely, les judalsants de Jérusalem avaient depuis lors modi­ fié leur attitude. S’appuyant sur le décret apostolique, ils pensaient que les convertis du paganisme étalent vis-à-vis des judéo-chrétiens dans une situation sem­ blable à celle qu occupaient vis-à-vB des Juifs les pro­ sélytes, qui n'avaient pus accepté la circoncision. S’au­ torisant de la pratique des apôtres qui continuaient d'observer la Loi, ils prétendaient que cette dernière était obligatoire pour les juifs, qu’elle constituait pour eux une plus grande perfection, que par suite les pagano-chrctiens devaient s'y soumettre, s'ils ne vou­ laient pas demeurer à un rang inférieur dans le peuple chrétien. Op. at.. p. 364. On ne volt pas cependant que l’action des émissaires de Jacques se soit directement exercée sur les gentils : ils interviennent uniquement auprès des juifs convertis, pour les ramener à l’obser­ vation intégrale de la Loi. Car, pour eux, chrétiens de la circoncision, celle-ci n'a rien perdu de sa force obligatoire. Dans l’attachement de ces personnes aux prescriptions légides, il semble bien qu’il y eût autre chose qu’une Idée de perfection. La Loi était pour elles, non pas seulement une règle morale ct religieuse, mais comme une charte politique, qui faisait des juif, un peuple â part, le peuple élu de Dieu. A une époque où les espérances messianiques étaient très vives, il était difficile, même à des Juifs convertis, de renoncer complètement aux anciens rêves nationalistes. Sans doute, ils avalent reconnu le Messie en Jésus de Naza­ reth. Mais ce Messie, mort sur la croix, avait annoncé qu'il reviendrait dans sa gloire. Ne serall-pas alors qu’aurait lieu la restauration tant désirée d* Israel, gouverné par le Roi-Messie? Ne convenait-il pas, n'était-il pas nécessaire, pour cet avènement, que beaucoup espéraient prochain, de demeurer fortement attaché à la nation élue par une inviolable fidélité à tous les préceptes que Dieu avait imposés? C’est bien cet état d’esprit que nous constatons à Antioche : sans remettre en question ce qui a été jugé, des chrétiens ne veulent rien laisser tomber de la Loi pour les convertis de la circoncision. Des autres, ils ne s’occupent pas. C’est l'affaire de Paul. Leur interven­ tion, appuyée par l’autorité de Jacques qu’ils reven­ diquaient, ramena dans la stricte observance des pra­ tiques traditionnelles un nombre considérable de chrétiens. Pierre et Barnabe sc laissèrent, sinon con­ vaincre, du moins Intimider. Pierre, en effet, qui se trouvait ù Antioche, y avait vécu en gentil, sans se soucier des impuretés légales, qu’il aurait pu con­ tracter en mangeant avec les païens. Gai., n, 12. Sous la pression des nouveaux venus, Il recommença ù vivre en Juif. Une pareille attitude des judéo-chrétiens, la défection de Pierre ct de Barnabe devaient atteindre Indirectement leurs frères de la gentilité; on exerçait sur eux une contrainte morale très puissante, puis­ qu’elle venait d’autorités incontestées. S’ils voulaient continuer ù communiquer avec le chef de l’Égllse, prendre part avec lui et les autres membres de la com­ munauté chrétienne au repas eucharistique, ils de­ vaient se plier aux exigences juives. S’ils acceptaient cette sorte d’excommunication, Us constitueraient en fuit une Église Λ part, une Église inférieure. N’était-co pas porter une nouvelle atteinte à leur liberté, mettre en péril l’unité de l’Égllse? Paul ne pouvait demeurer 1687 JUDÉO-CHRÉTIENS, A L’AGE APOSTOLIQUE 1688 Indifférent : II devait Intervenir pour maintenir à ses au contraire bien plus vraisemblable que Pierre a convertis dans l'Église une place égale Λ celle des humblement reconnu son erreur de conduite, et que, convertis du judaïsme. l'intervention de Paul l'ayant délivré de l'influence 2. Intervention de saint Paul. — La qualité et néfaste des perturbateurs, il a repris comme aupara­ l'influence de scs adversaires n’arrêtèrcnl pas un vant ses relations avec les pagano-chrétlcns. instant l'Apôtre des gentils. Au contraire. le fait que 3e Les judalsants de Galatie (Épftrc aux Galates). les judéo-chrétiens pouvaient revendiquer i'autorité Malgré leur insuccès à Antioche et â Jérusalem, les de Jacques, ainsi que l'attitude nouvelle adoptée par Judalsants continuèrent avec une singulière énergie do Pierre et Bamabé, rendit plus urgente son interven­ poursuivre l’Apôtrc dans son évangélisation des gen­ tion. tils, de combattre partout l'œuvre qu’il accomplissait. C'est l'inconséquence de sa conduite que Paul Paul avait fondé des communautés parmi les popula­ reproche à Pierre : les deux apôtres sont d'accord sur tions païennes de la Galatie du nord. Les juifs s'y les principes; le concile de Jérusalem l'a montré ainsi trouvaient en nombre insignifiant; l’apôtie n’avait que la conduite subséquente de Pierre. Il n’y a pas imposé aucune obligation légale aux nouveaux con­ entre eux opposition de doctrine, comme a vainement vertis. Les Galates avaient mis un grand empresse­ essayé de le prétendre l'École de Tubingue. C'est par ment à accepter l'Évanglle, ils avaient montré une faiblesse, par crainte de « ceux de la circoncision » que parfaite soumission â Paul. Cette fidélité cependant ne devait pas durer longtemps. Dans un second voyage, le chef des apôtres a modifié son attitude. A Césaréo, il avait appris par révélation qu'il ne fallait pas tenir Paul avait dû déjà insister sur la nécessité de s’en pour profane ce que Dieu avait purifié. Act., x, 15;il tenir à ce qu’il leur avait prêché une première fois. avait reconnu, par la grâce du Saint-Esprit descendu Gai., î, 9, sur l’obligation qu’ils s'imposaient d'obser­ sur Corneille, que Dieu ne fait pas acception de per­ ver toute la Loi, s’ils se faisaient circoncire, v, 3. Le sonnes. Act., x, 34. A Jérusalem, il avait aflirmé que mal empira après cette seconde visite, si bien que vers le salut s'obtient uniquement par la grâce du Sei­ les années 53 ou 54, ci. Lagrange, Éptlre aux Galates, gneur Jésus. Act., XV, 11 ; Gal., n, !5-16. C'est la thèse p. χπι-χχνιπ, Paul dut intervenir pour défendre son même de Paul : « Sachant que l’homme n’est point enseignement contre les entreprises des nouveaux doc­ justifié par les œuvres de la Loi, mais plutôt par la foi teurs. Ce fut l'occasion del’Êpîtreaux Galates. L’auteur du Christ Jésus, nous aussi nous crûmes en le Christ ne dit pas quels sont ses adversaires,· il ne les désigne pas Jésus, pour être Justifiés par la fol au Christ, et non spécialement, n’insinue rien de leur origine, ne rapporte par les œuvres de la Loi, car par les œuvres de la Loi aucune de leurs paroles. C’est donc uniquement parla aucune chair ne sera justifiée. » Gai., n, 16. Paul dé­ réfutation qu’il fait de leurs doctrines qu’on peut passe ici le décret de Jérusalem : il proclame la dé­ les caractériser. Ce laconisme a permis une double chéance complète de la Loi, même pour les frères du interprétation des doctrines professées par ses adver­ judaïsme : si le Christ est mort pour nous obtenir la saires. Justice, c’est donc que la Loi est impuissante à la pro­ 1. La plupart des exégètes modernes volent dans les opposants de Paul des judéo-chrétiens mitigés, faisant duire. Impuissante Λ Justifier, elle ne saurait plus être de ta circoncision, non une nécessité pour le salut, mats considérée comme obligatoire pour le chrétien. Son un moyen de perfection, et c’est dans ce sens que les rôle, qui était de nous conduire au Christ, est terminé. Par le Christ nous sommes morts à la Loi. En repre­ nouveaux docteurs l’auraient recommandée aux nant le Joug qu’il avait d'abord secoué, le juif se fait convertis de Galatie. Lighfoot suppose que ces Judalsants, essayant pécheur et transgresseur de la Loi. Gai., n, 19-21. d’échapper au décret de Jérusalem, sans le contredire On reconnaît Ici la thèse que l’Êpître aux Romains en face, pouvaient bien représenter le rite de la cir­ développera dans toute son ampleur. L'opposition est nette entre les deux thèses, celle concision, non plus comme une condition de salut, mais comme une observance spécialement recomman­ de Paul et celle des judalsants. Pierre ne saurait être dable. Saint Paul's Epistle to Galatians, 2· édit., rangé parmi ces derniers; Paul ne lui reproche aucune p. 307. Comely passe de la conjecture à l'affirmative, erreur, il dit même clairement que Pierre et lui sont et prête à ces judéo-chrétiens les idées de ceux qui d'accord sur le fond du débat; mais Pierre n'a pas tenu constamment une conduite conforme à ses prin­ avaient soulevé l'incident d’Antioche entre Pierre cl Paul : ils professaient que la Loi n'était pas nécessaire cipes. Il s'est laissé Intimider, ll a été cause que d’autres au salut, mais très utile et assurant une plus grande juifs ont dissimulé avec lui, et que Bamabé lui-mème perfection : Legem ergo, licet ad salutem adipiscendam s'est laissé gagner à leur dissimulation, αυτών τη necessaria non esset, utilissimam tamen esse, quando­ ύπωφίσει. Gal., Π, 13. C’est la seule chose qui lui soit quidem per eam filii Abrah/e, cui data· essent promis­ reprochée. siones, constituerentur. Op. cil., p. 365. Qu’est-ll advenu de cette intervention de Paul? Avant Comely, ia même thèse avait été soutenue par L’auteur de l’Êpître aux Galates ne nous le dit pas. J. Thomas, dans la Revue des questions historiques, De ce silence de la lettre, l'école de Tubingue a conclu en 1889 : « Leurs prédications doctrinales ne vont pas à une rupture entre Pierre et Paul. D’après M. LoUy, directement contre le décret des apôtres à Jérusalem, Paul aurait échoué dans sa tentative auprès de Pierre : mais le tournent cl en profitent même. Si on n’exige ne pouvant parler dons son épltrc d’un Insuccès qui *· plu la circoncision pour être admis dans l’Église, on aurait compromis son autorité, ll le passe sous silence. A. Lolsy, L'Êpitre aux Galates, p. 136. Rupture, la prescrit comme nécessaire pour entrer en pleine participation des promesses données à Abraham cl de Insuccès, c'est déjà ce que laissaient entendre les l'alliance conclue avec lui. La Loi constitue pour les judalsants de la tin du il· siècle, qui attribuaient à juifs qui lui demeurent soumis un privilège dont on ne Pierre une réponse victorieuse aux reproches de peut jouir qu’en les Imitant. · Mélanges d'histoire et ΓApôtre des gentils : < SI tu m’appelles condamnable, * font-U dire à Pierre, tu accuses par là le Dieu qui m’a de littérature religieuse, p. 174. C’est également le révélé le Christ, et lu dégrade * celui qui m'a appelé sentiment du P. Prat et de M. Toussaint. · Le premier bienheureux à cause de cette révélation. » Horn. article de cet « autre évangile .. écrit le premier, était • km., xvn, P. G., t. n, col. 401-402. Ce que nous la nécessité de la circoncision pour les païen·, convertis, jvous de l’attitude de Pierre dans toutes les manlfcs- soit comme coadllton essentielle de salut. selon la * JuduUants * * atlons judéo-chrétiennes, soit à Jérusalem, soit à doctrine extrême de d’Antioche et de Jérusalem, soit plutôt Sntioehe, ne peut justifier pareille hypothèse. Il est comme perfection dernière et 1689 JUDÉO-CHRÉTIENS, A L’AGE APOSTOLIQUE complément Indispensable du christianisme. » Il s'appuie sur le sens du verbe έπιτςλζΐσΟε de Gai., in, 3. ■ Qu'on prenne le verbe έπιτελείσΟε au passif, « vous ôtes conduits à la perfection », avec la Vulgate el les Pères grecs, ou â la voix moyenne, « vous achevez, vous couronnez l’ouvrage », avec la plupart des exé­ gètes modernes, la circoncision est opposée au bap­ tême comme la fin au commencement, et le chefd'œuvre ù l’ébauche. » La thdologie de saint Paul, l. î, p. 225. < Dans la controverse présente, dit M. Toussaint, le point de vue des judalsants s'est déplacé. On ne prêche plus la nécessité de la circoncision, mais seu­ lement les prérogatives qu'elle confère A ceux qui la reçoivent. » Lpltres de saint Paul, t. i, p. 174. C’est encore l'interprétation donnée par Ramsay : les judéochrétiens insistaient sur l'existence de deux catégories de chrétiens; ils faisaient remarquer que Paul, en publiant et en recommandant le décret de Jérusalem, avait reconnu cette distinction des frères en forts et en faibles, exemptant ccs derniers du fardeau de la Loi, par concession à l'humaine faibli sse. Les Galates le croyaient d’autant plus aisément que Paul avait fait circoncire Timothée; on km montrait dans cet acte une preuve que la Loi plaçait ceux qui s'y soumettaient à un rang supérieur dans l’Église, une inconséquence dans la conduite de Paul qui, après leur avoir prêché la liberté, prêchait aux autres la circoncision. Aussi les judalsants les pressaient-ils de s'efforcer, en accep­ tant toute la Loi, d'atteindre le plus haut degré de perfection. St Paul the traueller and the roman citizen, 10· édit., p. 183; Historical commentary on the Gala­ tians, p. 256 sq. Enfin pour M. Loby, ces judalsants sont les mêmes que ceux d'Antioche et de Jérusalem : Ils représentent la pensée de l'Église hlérosolymitaine et de leur chef Jacques. La Loi n'est pas obligatoire pour les païens convertis, « mais Ils feront bien de s'y conformer, la loi divine, qui est censée contribuer A la perfection du croyant juif, ne pouvant manquer de contribuer aussi A la perfection du païen converti ». L'Épttre aux Gala­ tes, p. 132. Pour les juifs, elle demeure obligatoire; elle est en quelque maniéré une condition de leur salut, mais elle n'en est pas le principe. « 11 s’agit dune d’une sorte de contre-apostolat, très délibérément organisé pour corriger l’enseignement de Paul et réformer sa méthode d'évangélisation chez les gentils. Ces gens ne se sont pas trouvés par hasard dons les communautés fondées par les missionnaires de l’Évangile en pays païen, Us y sont venus tout exprès pour voir comment ccs communautés avalent été constituées, parce qu’il leur déplaisait qu’on usât envers les païens convertis de la < liberté » dont parle Paul, c’est-à-dire qu'on les admit À la communion de l’espérance chrétienne sans souiller mot des observances légales et sans les agréger en aucune manière au Judaïsme. Réagissant contre cette ■ liberté », les Judalsants voulaient « asservir » et les apôtres et les convertis, contraindre les premiers A vivre plus exactement selon la Loi et A recommander la pratique de cette Loi Λ leurs fidèles, amener ces derniers A suivre les règles de la vie juive et notamment A accepter la circoncision, ces règles étant la forme supérieure de la Justice A laquelle est promis le royaume de Dieu. » Loc. cit., p. 18 sq. Ainsi les judalsants de Galatle ne seraient plus aussi Intransigeants que ceux de Jérusalem, qui voulaient imposer la circoncision aux païens convertis, comme moyen de salut. Cette attitude ne paraissant plus I possible après le décret de Jérusalem, on suppose que les zélateurs de la Loi ont modifié leur point de vue, cl | qu’ils sc contentent de recommander les pratiques mosaïques comme un moyen de perfectio·, comme une | justice plus grande. Les chrétiens inclrconds no peu­ vent pas être égaux ù ceux de la circoncision : '’Us | 1690 ne se soumettent pas au rite essentiel du judafme, ils leur est impossible d'avoir part aux prérogatives spé­ ciales, aux bénédictions réservées aux descendants d’Abraham. Pour être complètement chrétien, 11 faut être incorporé à Israël. 2. Cette évolution du parti Judaïsant est séduisante. Mais elle a le tort de s'écarter des affirmations caté­ goriques de Paul qui met en cause le >alut, et non la perfection. M. Loby reconnaît que l'auteur de l’Épttre aux Galates établit nettement l'antithèse entre le salut par la Loi et le salut par la foi. Mais cette antithèse existerait seulement dans l'esprit de *1 Apôtre, loe. cit., p. 27. — Perçant la note, prêtant A ses adversaires des Idées qu’ils n’avaient pas, Paul n’aurait il pas provo­ qué une réponse facile chez ceux qu’il combattait? 1) aurait enlevé toute force à ses arguments, risqué de n’obtenir aucun résultat, sinon un résultat opposé à celui qu’il cherchait. SI nous faisons confiance au texte de l'Épttre aux Galates, nous reconnaîtrons dans les adversaires de son auteurs des Intransigeant!, professant 1rs mêmes doc­ trines que ces chrétiens de la secte des pharisiens, dont il est question. Act., xv, 5, tenant toujours la circon­ cision, et avec elle toute la loi de Moïse. comme obli­ gatoire non seulement pour les juifs, mais pour les païens convertis au christianisme. Cette interpréta­ tion, qui est celle des Pères, a été reprise par le P. Lemonnyer, Épitres de S. Paul, 1" partie, p. 51, E. Tobac art. Galates (Épttre aux), t. vr, col. 1033-1036, et le P. Lagrange. Ppitre aux Galates. C'est bien ainsi, en effet, que Paul envisage ceux contre qui ll met en garde les chrétiens de Galatie. Il s'étonne que ces con­ vertis soient passés si vite de celui qui les a appelés dans la grâce du Christ à un autre évangile. < non que ç’en soit un autre, ce sont seulement des gens qui por­ tent le trouble parmi vous cl qui veulent pervertir l’Évangilc du Christ ». Gal., î, 7. Dès le début, on voit qu'il y a opposition entre 1*É\ angile de Paul cl ce qu’on a prêché aux Galates, opposition si grande que l’apôtre prononce par deux fob l’anathème contre de tels pré­ dicateurs. Gai., i, 8-9. Or l'Évanglle de Paul, c’est l’évangile du salut par le Christ, par la fol du Christ sans la Loi. « Quant à mol, Je suis mort à la Loi par une (autre) loi, atln de vivre à Dieu. Je sub crucifié avec le Christ; ce n’est plus moi qui vis, c’est le Chrbt qui vit en mol; si Je vis maintenant dans la chair, Je vb dans la fol du Ids de Dieu qui m’a aimé, et qui s’est livré pour mol. Je ne tiens pas pour nulle la grâce de Dieu ; car si (on acqué­ rait) la justice au moyen de la Loi, c'est donc que le Christ serait mort pour rien. ■ Gai., n, 19-21. Le verset 21 précbe ce qu'afllrmaient ceux qui prêchaient un autre évangile, qui dénaturaient l'enseignement de Paul : Us prétendaient acquérir la Justice (et non pas seulement la perfection) au moyen de la Loi. Admettre cet enseignement, c'est reconnaître que le Chrbt est mort pour rien. Maintenir une telle vertu â la pratique de la Loi, c'est diminuer, sinon détruire, l'efllcadté du baptême chrétien. Revenir â la Loi, c'est rétrograder de l'état de flh, d’héritier, Λ celui d'esclave. Gai., iv, 7. C'est donc bien un changement complet qui commence A s'opérer parmi les Galates : après avoir commencé par l’Esprit (christianisme), ils finissent par la chair QudaLxmc), Gai., ni, 3; après avoir été connus de Dieu, Ib reviennent A des éléments lu times et indigents, iv, 9; Ils observent les Jours et les mob, les saisons et les années, iv. 10; ils retournent en arrière, ib revien­ nent â une religion périmée. En acceptant la circonci­ sion, ib s’engageât A observer toute la Loi. et le Christ ne leur servira de rien, v, 2-3. Ils se sont séparés du Christ, en cherchant leur justification dans la Loi, v, 4. Pourquoi 0 sinon parce qu'ih met trouI leur espoir dans les œuvres de la Loi et non plus duns le Christ, seule f 69 f JUDÉO-CHRÉTIENS, A L’AGE APOSTOLIQUE 1692 talent délibérément vers une religion dont le Christ source de jurUflcntlon, parce que du christianisme Ils n'était plus le centre. Et en effet le Messie n’était pas seront passé * .hi judaïsme. Il est bien vrai, ers judnlsants sc mettent en oppo­ le centre des espérances du Judaïsme pharlsalquo. On sition avec le decret de Jérusalem, H» n'en tiennent attendait de lui qu’il fît triompher le peuple, et qu’il aucun compte. Mais ce n’est pas une raison pour con­ fit régner la Loi sur les gentils. Il serait ainsi son plus tester l’existent· de cet état d'esprit. Il ne suffit pas illustre serviteur. Les Galates conquis à la Loi par qu’une décision soit prise, pour qu’elle soit universelle­ Jésus-Christ auraient réalisé ces aspirations juives. ment acceptée et mise en pratique, qu'une condamna­ C'eût été un autre évangile, et Paul, avons-nous dit, a prononcé le mot. » Lagrange, op. ci/., p. xli. tion soit portée, pour que l'erreur disparaisse immé­ 4° Autres mani/estations judaTsantes. — Se heur­ diatement. O * personnes en appelaient aux apôtres, tant partout aux menées des judalsants, Paul y disciples du Sauveur, qu’elles opposaient à Paul, lequel n’nvalt pas vu le Christ; mais ne se montraient-elles fait de fréquentes allusions dans ses épltrcs. Cons­ tamment, il met les chrétiens en garde contre eux pu plus exigeantes sur ce point que ceux qu'elles parfois en termes très violents, comme lorsqu’il écrit invoquaient? Et n’est ce pas à dessein que Paul, au début de sa lettre, insiste sur l’accord qui s’opéra entre aux Phllippiens : « Prenez garde A ces chiens prenez lui et les apôtres A Jérusalem, et sur la liberté qui lui garde à ces mauvais ouvriers, prenez garde A ces fut laissée dans son action auprès des Gentils? Gai., mutilés. Car c’est nous qui sommes les vrais circoncis, n, 1-10. Les jud Jsants objectaient A Paul son attitude nous qui, par l'Esprlt de Dieu, lui rendons un culte, parfois favorable A la Loi, allant Jusqu’à prêcher la qui mettons notre gloire dans le Christ Jésus, et ne circoncision La réponse est nette : il ne prêche pas la nous confions point dans la chair. » Phil., m, 2-3. Ce clrconchlon, v, 11; la circoncision n’est rien, vî, 15. sont eux encore qui sont visés dans la II· aux Corin­ Il a refusé de laisser circoncire. Tite, H, 3 sq. Il est sur thiens. On ne saurait admettre que ces perturbateurs ce point Intransigeant id comme dans l’affaire de Tite. « vendaient l'évangile, mais ne l'altéraient pas ». ITat, Il ne l’a pas toujours été, puisqu'il a fait circoncire La théologie de saint Paul, p. 212. Car Paul laisse bien Timothée, Act., χντ, 3, puisqu’il dit se faire juif avec entendre qu’il s’agit de doctrine, d'un enseignement différent du sien. < .Mais je crains bien que comme Ève les Juifs I Cor., ix, 19-22. Mais dans ces derniers cas, il pouv ut le faire sans danger, il agissait pour le bien fut séduite par l'astuce du serpent, ainsi vos esprits de ('Évangile, alors que pour Tite et les Galates, une acceptent de fausses doctrines et se détournent de la question de principe était en jeu. Si l'on ne pariait simplicité de la fol au Christ. Qu'il vous arrive, en que de perfection, pourquoi cette intransigeance effet, quelqu'un prêchant un autre Jésus que celui absolue? pourquoi ces paroles dures contre la circon­ prêché par nous, ou vous apportant soit un Esprit cision, Gai., v, 12, et contre la Loi, qu’il aurait pu différent de celui que vous avez reçu, soit un Évangile regarder comme choses indifférentes? C'est que les autre que celui auquel vous aviez d’abord adhéré, vous œuvres de la Loi n’étalent pas considérées simplement risquez de vous en accommoder fort bien. » Il Cor., comme des actes do vertu, dont l’exercice aurait été xi, 3-4. Un peu plus loin, il revendique les mêmes titres recommandé, des actions surérogatoires, aptes A faire que ces étrangers, ces archiapôtres, qui se vantent acquérir une plus grande sainteté. Les pseudo-apôtres d'être hébreux, Israélites, de la postérité d’Abraham, semblent d’ailleurs avoir Insisté spécialement sur la ministres du Christ. Pourquoi donc, s’il est tout cela circoncision, qui n’a pas, en somme, le caractère d’acte autant et plus qu'eux, donner la préférence à leur vertueux, mais bien celui d’initiation, laissant dans enseignement? Ils sont de faux apôtres, des ouvriers l'ombre les obligations qui incomberaient aux nou­ astucieux qui sc déguisent en apôtres du Christ, xi, veaux circoncis. Gai., v, 3. Paul n’aurait pu protester 13 sq. Ils font à Corinthe ce qu'ils avalent fait à Antio­ contre un effort vers la sainteté, par l’accomplissement che, A Jérusalem, en Galatie et partout où ils couraient de certains actes vertueux. Lui-même recommandait sur les brisées de Paul, pour annoncer un autre Évan­ d’accomplir la Loi dans ce qu'elle a d’essentiel, la gile, apportant dans cette œuvre des vues d'intérêt. charité. « On accomplit toute la Loi dans un seul pré­ II Cor., xi, 20, 7-12; xn, 13-17. Le même esprit d'opposition se manifesta Jusqu'A cepte, A savoir : tu aimeras ton prochain comme tolRome. < Je vous recommande, frères, de prendre n.cme. » Gai., v, IL Ce qui a excité son indignation, c'est que les Galates considèrent la foi du Christ garde A ceux qui causent les dissensions et les scan­ dales, A l'encontre de l'enseignement que vous avez comme Insuffisante, scs mérites comme dépourvus d'clllcac lté, le baptême comme sans effet. reçu, et évllez-lcs; car ces gens-là ne sont point au Le but de ces juduRanls était « de faire bonne figure service de Notre-Selgneur le Christ, mais de leur ven­ auprès des juifs, en éliminant ce qui les choque le plus, tre; et par des discours édifiants et des paroles flat­ h scandale de la croix ». Lagrange, op. c/7., p. 33. teuses, ils séduisent les cœurs des simples. » Rom., xvi, L'idvc que lu Croix avait réalise tous les oracles des 17-13. Ces simples, exposes A la séduction, sont vrai­ prophetes, et mis un terme aux espérances messia­ semblablement les mêmes que les faibles dont il est niques, était difficilement admise par ces juifs conver­ question, Rom., xiv, et que les forts doivent ménager. tis. Pour eux, tout n’était pas fini : la nation choisie Ces faibles s'adonnent A certaines pratiques : absti­ pur Dieu devait avoir encore ses jours de gloire, sous nence de la chair et du vin, préférence donnée A certains jours. Diverses Interprétations sont données lt règne du Bol-Messie; et Us considéraient l’expansion de ces faibles. · Cependant, on tient en général et du christ! mi.sino comme un utile auxiliaire de leur probablement avec raison, que le gros des abstinents prosélytisme. C’est pourquoi Ils tenaient tant A la était d’origine juive. » Lagrange, Epttre aux Jlomatns, drnm< sion et A lu Loi; c’est pourquoi ils estimaient que les païens converti», pour avoir port aux pro- I p. 339. Mais le ton de douceur avec lequel Paul en m·· vcA d’l* r.ul, devaient être étroitement attachés A la I parle, les recommandations qu'il adresse aux forts de nation juive, par le rite de la circoncision. Us étalent ne pas les scandaliser montrent bien que nous ne a isi amène» a diminuer le rôle du Sauveur» A mesure sommes pas Ici en face d'une manifestation de l’esprit q >Ί1» exaltaient importance de la Loi. Et « les Gala- jud allant Intransigeant, que les scrupuleux en questes td’ »icnt s’imaginant que leur christianisme était ’ Uon, loin de faire du prosélytisme, sont plutôt portés p,uifhsant. n'étant qu'un élément du judaïsme IntéA succomber, et A agir contre leur conscience I s ! la m:u1c voie qui conduisit A Dieu. Paul a cru ajouUlent aux pratiques de la Loi certaines prescrit i de Moïse. Ds reçurent, à une époque assez tardive, le nom de nazaréens. 1· Leur histoire. 1. L1 Église de Jérusalem à la mort de Jacques. — Le chef de l’Église Judéo-chrétienne de Jérusalem, Jac­ ques, le frère du Seigneur, mourut en 62. Sa fidélité à la Loi ne l'avait pas préservé de la haine des Juifs. Profitant de l’intervalle de confusion et d'anarchie qui s'écoula entre la mort du procureur Festus et l'arrivée de son successeur Albinus, le grand prôtrt Hanan II, qui voyait avec dépit les progrès des premiers chré­ tiens, convoqua le sanhédrin et obtint une sentence de mort contre Jacques. Jacques fut précipité du haut du temple et lapidé. Eusèbe, H. E., II, xxni, P. G., L xx, col. 196; Josèphe, Antiqu. jud., 1. XX, c. vin. Il est difficile de déterminer de façon précise l'état d’esprit de la communauté chrétienne de Jérusalem, à la mort de Jacques. On ne saurait attribuer à tousses membres les Idées des Judalsants extrêmes que Paul réfuta au concile de Jérusalem et qu’il combattit en Galatie. Les premiers furent désavoués par les apôtres, présents dans la ville sainte, et Jacques était du nom­ bre. Les seconds étaient peut-être étrangers à Jéru­ salem. Par contre les envoyés de Jacques qui soule­ vèrent l'incident d’Antioche entre Pierre et Paul paraissent bien refléter la façon de voir de l'ensemble de la communauté de Jérusalem. Ces chrétiens sont des zélateurs de la Loi : ils conti­ nuent à la pratiquer intégralement; ils se scandalisent, si elle est violée par un chrétien issu du Judaïsme. Jacques était un modèle de cette soumission à la Loi. D’après Hégésippe, < il fut sanctifié dès le sein de sa mère, il ne buvait ni vin, ni boisson enivrante, ne mangeait rien qui ait eu vie; le rasoir n’avait jamais passé sur sa tête; il ne se faisait Jamais oindre et s’abs­ tenait des bains. A lui seul il était permis d’entrer dans le sanctuaire, car scs habits n’étaient pas de laine, mais de lin. Il entrait seul dans le temple, et on l’y trouvait ù genoux, demandant pardon pour le peuple ». Eusèbe, H, E., 11, xxm, P. G., t. xx, col. 197. Quoi qu’il en soit de l’exactitude des renseignements fournis par Hegcsippc, et dont plusieurs semblent légendaires, il est incontestable que Jacques attachait à l’observa­ tion de la Loi une véritable importance. 11 est avec les presbytres qui. lors du dentier voyage de Paul Λ Jéru­ salem, se font les interprètes du mécontentement des frères contre l’apôtre. Ces milliers, κόσαι, μυριάδες, de juifs qui ont cru, et qui sont demeurés zélés pour la Loi, ont entendu raconter que l'Apôtre enseignait aux Juifs disperses parmi les gentils de se séparer de Moïse, leur disant de ne pas circoncire leurs enfants et de ne pas sc conformer aux coutumes. Act., xxi, 20-21. De graves récriminations sont â craindre de leur part» Pour les écarter, pour éviter des troubles, Il faut que Paul consente a témoigner de son respect pour la Loi, en se soumettant à la pratique du nazirut. Les pres­ bytres ne semblent pas prendre absolument à leur compte les reproches de la communauté; cependant ils tiennent â ce que Paul se montre publiquement obser­ vateur de la Loi. Et lorsqu’ils ajoutent : « Quant aux croyants de la gentillté, nous leur avons écrit uprts avoir décidé (qu'ils n’ont rien à observer de tout cclu, 1695 JUDÉO-CHRÉTIENS, APRÈS L’AGE APOSTOLIQUE 1696 si ce n’cst (mss C et D)| qu’ils s’interdisent les idolo- séparait de son peuple; il lui enlevait la possibilité de lui rendre désormais un culte conforme aux pi as­ thytes, le sang, les viandes étouffées et la fornication », Act.. χχτ, 25, n'esl-cc pas pour bien faire remarquer criptions mosaïques; Il repoussait définitivement le» que la decision de Jerusalem ne s’appliquait qu’aux sacrifices ordonnés par lu Loi. N’y avait il pas là une gentils, qu’eux seuls étaient exempts des observances preuve tangible de l'abrogation définitive du mosaïsnie? mosaïques, et que ces dernières demeuraient obliga­ Les judéo chrétiens ne comprirent pas. Aveuglés par leur nationalisme, ils voulurent malgré tout demeurer toires pour les chrétiens do la circoncision? Comment concevaient-ils cette obligation? Ce n’était Juifs. Us continuèrent à circoncire leurs enfants pour pas à coup sûr comme un simple moyen d’attirer les attacher à la nation juive; ils remplirent toutes les plus facilement les juifs dans l’Église. Il ne parait prescriptions de la Loi, même les moins Importantes ; * non plus que ce soit seulement par habitude, par pu ablutions et purifications; ils gardèrent scrupuleuse difficulté de se détacher d’un long passé où l’élément ment le sabbat, observèrent les fêtes, etc. national avait une part aussi grande que l’élément reli­ Ils eurent toujours à leur tête des I lébreux de vieille gieux, ou par une véritable piété et par scrupule de roche, ο6ς πάντας ‘Εδραίους φχσνίίντας άνέκαΟτΛ conscience, qu’ils continuent à observer la Loi. Il y dit Eusèbe, //. E., IV, v, P. G., t. xx, col. 309. Siméon avait plus dans leur attitude : si le principe de la justi­ gouverna la communauté depuis la mort de Jucque» fication n’était plus dans la Loi, mais dans la foi en jusqu'en 107. Il mourut martyr, à TâgO de 120 ans, Jésus-iMessie, ils considéraient néanmoins que le chris­ sous Trajan, Atticus étant gouverneur de Palestine. tianisme était le perfectionnement du judaïsme; que Eusèbe, IL E,, III, xxxn, col. 281. On connaît après ce qu’il y avait de nouveau dans l’enseignement de lui treize évêques judéo-chrétiens, dont les noms nous Jésus, et dans les pratiques qui en découlaient, se ont été conservés par Eusèbe. ■ Le premier fut donc surajoutait à renseignement de la Loi et des Prophètes ; Jacques, le frère du Seigneur; le second après lui, que, par le fait, rien ne devait être retranché de ce que Siméon; le troisième. Juste; Zacchée, le quatrième; le leurs pères avaient pratiqué : ils se croyaient tenus de cinquième, Tobie; le sixième, Benjamin; Jean, le l’observer, comme par le passé. septième; le huitième, Matthias; le neuvième, Phi­ 2. Le successeur de Jacques, de 62 à 135, — Cet état lippe; le dixième, Sénèque; le onzième, Juste; Lévl, le d’esprit persévéra jusqu'à la destruction des commu­ douzième; Éphrcm, le treizième; le quatorzième, nautés judéo-chrétiennes, englobées dans le massacre Joseph; enfin le quinzième, Judas. Tels furent les des juiÊ sous Hadrien. Le successeur de Jacques fut évêques de la ville de Jérusalem depuis les apôtres, Siméon, un autre parent du Sauveur : il était ills de jusqu’au temps dont il est question présentement ; Clopas, < oncle du Christ ». Sur la nature de la parenté ils appartenaient tous à la circoncision. » JL E„ IV, de ce Clopas avec Jésus, voir col. 1171. D'après v, col. 309. Judas fut le dernier évêque de la circonci­ Euïèbe, //. E„ III, xi, P, G., t. xx, col. 245, Il fut élu sion. Ce fut le soulèvement de Bar-Kochéba et la par les apôtres et les disciples, · après le martyre de guerre qui suivit qui mirent fin à l'existence de cette Jacques et la destruction de Jérusalem, qui arriva en chrétienté, en l’an 19 d’Hadrien (135-136). L’empereur ce temps ». Suivant Hégéslppe, cité par Eusèbe, 11. E., interdit aux juifs, cl par le fait aux chrétiens de la IV, xxh, ibid., col. 380, il fut choisi, « après le martyre circoncision, d’habiter Ælla Capitolina, la nouvelle de Jacques ». Or il s’est passé environ huit années ville, construite sur les ruines de Jérusalem. entre le martyre de Jacques et la prise de la ville sainte Il y eut ainsi quinze évêques de la circoncision. par Titus. Eusèbe se trompe en plaçant les deux événe­ Jacques et Siméon étant mis à part, cela fait treize ments sensiblement à la même époque, et le témoi­ évêques pour un espace de moins de trente ans. C’est gnage d’Hégesippe doit être préféré au sien : ce dernier évidemment trop. A. Mlchiels, voit dans les trouble connaissait bien les Églises judéo-chrétiennes, étant et les persécutions de l'époque, l’explication de cette lui-même judéo-chrélleu, et sc trouvait très rapproché anomalie. L'origine de ΓÉpiscopat, Louvain, 1900, des événements, puisque Siméon mourut en 107 et p. 357. L. Duchesne, dans les Origines chrétiennes (cours que c’est au milieu du second siècle qu'Hégédppe lithographié), c. x, p. 140, émet plusieurs hypothèses : entreprit son voyage à travers le monde chrétien. « la première liste d’Eusèbe ne peut être acceptée que Siméon était donc déjà à la tête de l’Église de Jéru­ si l’on admet ou une durée plus longue, ou plusieurs salem, lorsque se produisirent les graves événements évêques simultanés. Les deux hypothèses sont pos­ qui devaient mettre fin à la vie nationale du peuple sibles, car Eusèbe a tort d’introduire la révolte de Barjuif. Dès que commencèrent les premiers troubles et Kochéba comme une époque dans la vie de l’Église de les soulèvements qui allaient amener l’intervention de Jérusalem. Celle-ci avait émigré vers l’année 68, et Vespasian, pur celle de Titus, les chrétiens, avertis ne pouvait être rentrée à Jérusalem, que d’ailleurs pa. une prophétie du danger qui menaçait leur ville, l’insurrection de Bar-Kochéba ne toucha pas. Il se quittèrent Jérusalem, et se réfugièrent, accompagnés peut que la liste de quinze évêque- judéo-chrétiens sans doute de leurs frères des autres villes et bour­ (Jacques et Siméon compris), corresponde à une exis­ gade·» de Palestine, à Pella, en Décapolc, dans le tence plus longue qu’Eusèbo ne l’a cru. Il peut sc faire royaume d’Agrlppa II. Eusèbe, II. E., III, v, P. G,, aussi qu’il nous donne Ici les noms des évêques de t. xx, col. 221. Cette ville devint dès lors le centre dltïérentcs Églises judéo-chrétlcnnvs, colonies de principal de l’Église Judéo-chrétienne; un autre centre, Immigration de P«dla et pouvant tou’es prétendre au d'après Jules Africain, se créa à Kokhoba, également titre d’Égllsc de Jérusalem. · C’est la dernière hypo­ dun» la région transjordanienne. Eusèbe, Ii. E., I, vit, thèse que l’éminent historien conserve dans son His­ ibid , col. 97. Lorsque la paix fut rétablie en Judée, toire ancienne de ΓEglise, t. i. 5* é Var. de Matth., vu, 5, en avaient un exemplaire. Le solitaire de Bethléem cod. S 30, dans Schmidtke, op. cit., p. 39. L’influence put transcrire ce dernier, et en faire, pour son usage des autres évangiles, Marc et Luc en particulier, sur personnel, une traduction en grec et en latin. De vir. l’Évangile selon les Hébreux, est insignifiante et négli­ III.. 2, 3. 16, P. L., t. xxiii, col. 611, 613, 633; in geable. Les judéo-chrétiens s’en sont tenus ù ce texte Matth., Xît, 13, t. xxvr, col. 78; Dialog, adv. Pelag., de Matthieu, arrangé suivant leurs préoccupations. m, 2, t. xxiv, col. 570. C’est la traduction grecque de Cela explique sans doute la perle de l’original sémi­ Jérôme, qui a été utilisée pour les variantes insérées tique de Matthieu : les judéo-chrétiens avaient leur en marge de quelques manuscrits grecs, sous la ru­ évangile selon les Hébreux, les chrétiens de la gcnlibrique τδ 'Ιουδαϊκόν. Lagrange, op. cit., p. 349. lité leur traduction grecque du premier évangile; on Cet évangile a joui d’une certaine autorité dans ne s’occupa plus du texte original. I Église, en dehors même des cercles judéo-chrétiens. Ce remaniement judéo-chrétien de l’évangile selon Suivant le témoignage d’Eusèbc, certains le faisaient saint Matthieu dut prendre naissance vers l’an 100, rentrer dans la catégorie des ouvrages contestés. IL E., puisque saint Ignace le connaît et l’utilise. Jérôme, Ill, xxv, P. G., t. xx, col. 269. De même il est placé De vir. ill.,lG,P.L., t. xxrn, col. 633. C’est donc entrel.i parmi les anttlegomena du Nouveau Testament, après publication de l’évangile sémitique de saint Matthieu l’Apocalypse de Jean, celle de Pierre et l'Épltre de et cette dernière date, qu'il faut en placer la rédaction. Bamabé, dans une stlchométrie du iv· siècle, ajoutée Il ne reste que de rares citations de cet évangile. aux œuvics de Nicéphore, vers 850. Lagrange, op. cit., Cependant les quelques passages que l’on en trouve p. 180. Épiphane le considère comme l’original de dans l'ancienne littérature chrétienne, avec les va­ Matthieu. H/rr., xxix, 9, P. G., t. xlï, col. 105. La riantes Urées du Judaïque, το 'Ιουδαϊκόν, permettent pensée de Jérome est plus flottante. Il rappelle l’opi­ de dégager quelques-unes des particularités, doctri­ nion de ceux qui le regardent comme l’original de nales des communautés judéo-chrétiennes. Il n’y n rien notre premier évangile canonique : in euangelio quo d'ailleurs que d’orthodoxe dans les passages qui nous utuntur N aza rtc i et Ebionitir (quod nuper in grircum ont été conserves. de sermone hebraico transtulimus et quod vocatur a 3. Doctrine sur te Christ. — L’ensemble des croyances plerisque Matthici authenticum). Comm, in Maith., nazaréennes est conforme û l’enseignement de la XII, 13, P. L., t. xxvi, col. 78. 11 reproduit la même grande Église. Saint Justin parle de chrétiens, Issus opinion dans le Dialog, adv. Pelag., in, 2, I. xxm, du judaïsme, qui acceptent tout l’Evangile, mais qui col. 570 : In euangelio juxta Hebreros, quod a chaldaico restent attachés à In Loi de Moïse. Il croit qu’ils quidem syroque sermone, sed hebralcis litteris scriptum pourront se sauver, et qu’on doit les regarder comme est, quo utuntur usque hodie Nazareni, secundum Àposdes frères avec qui on est en communion, pourvu lololus, sive irt plrrique autumant juxta Matllurum, quod » qu'ils ne prétendent pas Imposer aux chrétiens de la et in Ctrsartensi habetur bibliotheca, narrat historia, etc. ‘ gentllité ces mêmes observances. Dialog., 47, P. G., Lui-même le cite comme texte de Matthieu, /n ' t. vi. col. 57G sq. Vn peu plus tard, Hcgéslppo, qui he bra tco ecanyeha tecundum Matthanim, Tract, in H______ ..... ..... ' était judéo-chrétien, constatait, dans son enquête Pt. CXXXr, renvoi ù Matth., vi, 11, Anecdota Ma· parmi les Églises, que leur doctrine était conforme ù la redsolana, t. ni b, p. 262; Matthceus qui et Lcvi, ex I sienne, que toutes étaient ftdèle * à l’enseignement de publicano nj>o roc ucum uuvriui *v..v I « au ( hrist. Ills de Dieu, né de la vierge Marie nui theta. De vir. ill., 3, P. L., t. xxni, col. 613. Ailleurs» | souffert sous Ponce Pilate, est ressuscité, en qui nous ..... 1701 JUDEO-CHRETIENS, APRÈS L’AGE APOSTOLIQUE croyons aussi ·. Eplst., cxîi, ad August., P. L., t. xxn, col. 92 L Leur seul tort est de vouloir être A la fols Juifs et chrétiens. D’après Épiphane, Ils croient en un seul Dieu et en Jésus-Christ, Fils de Dieu, Her., xxix, | 7, P. G., t. xî.î, col. 401. Ils admettent la conception surnaturelle du ChrisL Les éblouîtes supprimeront de leur évangile les cha­ pitres i et n, sur la naissance du Sauveur : rien ne permet de supposer qu’il en ait été de même dans V Évangile selon les Hébreux. Épiphane dit qu’il est complet, πληοέστατον. Ibid., n. 9, col. 405. Le rôle particulier, que cet évangile accorde au Saint-Esprit, au baptême et dans la vie de Jésus, ne va pas contre cette croyance A la naissance virginale. Au baptême, Jésus reçoit le Saint-Esprit, qui le proclame son Fils premier-né : Pactum est autem cum ascendisset Domi­ nus de aqua, descendit Ions omnis Spiritus Sancti, el requievit super eum, et dixit illi : « Fili mi, in omnibus prophetis exspectabam te, ut venires, et requiescerem in te. Tu es enim requies mea, tu es /Ilius meus primogenitus, qui regnas in sempiternum. » Jérôme, In Is., xi, 2, P. L., t. xxiv, coi. 144-145. Dans saint Matthieu, après la descente du Saint-Esprit, sous forme de colombe, Il est question d’une voix venant du ciel : Et ecce vox de calis dicens. Matth., ni, 17. Id c’est le Saint-Esprit qui parle et qui appelle Jésus son ills premier-né. Cette manifestation de l’Esprit, mèie de Jésus, n’a pas pour but de remplacer la conception surnaturelle; mais de marquer 1'œuvre de Dieu en Jésus, et l’accom­ plissement des prophéties. Que le Suint-Esprit soit appelé mère de Jésus, il n'y avait rien là qui pût cho­ quer des juifs; et les Pères qui dtent ce passage ne s’en étonnent pas. Cela s'explique facilement pour Jérôme, car la divinité n'a pas de sexe, In Is., xl, 9 sq., P. L·, t. xxiv, col. 405; ou parce que, chez les juifs, l’esprit ΠΊΊ est du féminin. Comm. in Mich., vu, 6, P. L., t. xxv, col. 1221 ;Origène, InJoh., n,6, P. G., t.xiv,col. 132-133. Dans le rédt do la tentation, lo Saint-Esprit joue un rôle qu’il n’a pas dans l'évangile canonique. C’est lui, et non le démon, qui transporte Jésus sur le som­ met d’une montagne, ici précisée. < Ma mère le SaintEsprit, m’a pris par un cheveu, et m'a porté sur la grande montagne du Thabor. » Origène, In Joh., n, 6, P. G., t. xiv, col. 132-133; In Jer., hom. xv, 4, P. G., t. xiii, col. 433. On voulait ainsi éviter tout contact de Jésus avec le démon. N'est-ce pas parce que Jésus portait en lui la divinité? Le démon n'avait pas eu de prise sur lui par le péché : si Jésus a reçu le baptême, ce n’est pas, comme les autres, in remis­ sionem peccatorum. Il sait qu’il n’a pas besoin de cette purification, s’il veut bien en passer par là, c’cst à la prière de Marie et de son entourage, pour faire comme les autres, pour l’exemple, et pour donner lieu à la manifestation de l’Esprit saint : Ecce mater Domini et fratres ejus dicebant ei : Johannes Haptista bap­ tiza! in remissionem peccatorum; eamus et baptizemur ab eo. Dixit autem eis : quid peccavi, ut vadam et baptizer ub eo? Nisi /orle hoc ipsum quod dixi, ignorantia est. Jérôme, Dialog, adv. Pelag., m, 2, P. L., t. xxrn, col. 570. Nous sommes loin de l’erreur êbionlte et gnostique, selon laquelle Jésus n’avait reçu le Christ qu’à son baptême : à ce moment, Jésus a conscience qu’il n’a commis aucune faute : ce qu'aucun homme ne saurait prétendre; sa conception surnaturelle le préservait des atteintes du démon. Il est au-dessus de tous les saints et de tous les prophètes, car il a reçu lu plénitude du Saint-Esprit : Descendit super eum omnis /ons Spiritus Sancti, Jérôme, In Is., xi, 2, P. L., t. xxiv, col. 144; In prophetis postquam uncti sunt Spiritu Sancto, inventus est sermo peccati, Jérôme, Dialog, adv. Pelag., ill, 2, P. L., t. xxm, coi. 570; Variante de Matth., xvm, 22, dans c 77-175. Cf. Schmidtke, op. ctt., p. 40. 17U2 Dani les passages relatif * à la résurrection, on constate le soud de donner plus de force aux preuves du premier évangile. Le texte nazaréen supprime dans Matth., xn, 40, les trois Jours et trois nuits dans le tombeau (variante de c 175, Schmidtke, op. cit., p. 39), il signale la presence de soldats romains auprès du tombeau, qui, dans Matthieu, n'était gardé que par de * juifs, καί παρέΛωζεν αύτυϊς άντρας ένοπλους, 65, 3 30, Schmidtke, op. cit., p. 40; 11 insiste sur le fait que Jésus appareillant n’est pas un incor­ porale drmonium. Jérôme. In Is., pnrf. in L XVIII, P. L., t. xxiv, col. 628, mais possède bien un corps réel, que les apôtres peuvent toucher. Quando venti ad Petrum et ad eos qui cum Petro erant, dixit eis : ecce palpate me et videte, quia non sum daemonium incorporale. Et statim tetigerunt eum et crediderunt Jérôme, De vir. ill., 16, P. L., L xxui, coi. 633. 4. Particularités judéo-chrétiennes. — Comme K convenait dans un évangile Judéo-chrétien, c’est Jacques qui joue le rôle prépondérant dans les appari­ tions, c’est lui, Jacques le Juste, qui le premier voit le Sauveur ressuscité. Ce récit est très significatif : Dominus autem cum dedisset sindonem servo sacer­ dotis, ivit ad Jacobum, et apparuit ei (juraverat enim Jacobus se non comesurum panem ex illa hora qua biberat calicem Domini, donec videret eum resurgentem a dormientibus) rursusque post paululum, · adjerte, ait Dominus, mensam et panem », stahmque additur : Tulit panem et benedixit et [regit ei dedit Jacobo Justo et dixit ei : « Frater mi, comede panem tuum, quia surrexit Filius hominis a dormientibus. » Jérôme, De vir. ili., 2, P. L., t. xxm, coi. 613. La démarche du Sau­ veur, qui va trouver Jacques, la foi de ce dernier, qui attend dans le jeûne la résurrection, les expres­ sions « Frater mi », Jacobo Justo, la première rep< tition de la Cène, tout est relaté pour donner une place de premier rang au futur chef des communautés Judéo-chrétiennes. Ce n’est d’ailleurs pas la seule influence de cet esprit Judalsant que l’on remarque dans 1 Évangile do Nazaréens. L’attachement à l’Ancien Testament y est plus accentué que dans saint Matthieu; on y trouve cités des passages des prophètes, v. g. à propos de lu rupture du voile du temple. L’auteur insère dans le texte le linteau, qu’il a trouvé dans Isaïe, vi, 4 : superliminare templi infinitae magnitudinis fractum esse atque divisum. Jérôme, In Matth., xxvn, 51, P. L., t. xxvi, coi. 213. il montre, à propos du Jeune homme riche, comment l’accomplissement sincère de l’ancienne Loi conduit à la perfection de la nous elle : Dixit ad eum Dominus : « quomodo dicis : Legem jeci et prophetas? quoniam scriptum est in lege : diliges proximum sicut teipsum, et ecce multi jratres tui, filii Abrahx, amicti sunt stercore, morientes prse fame, et domus tua plena est multis bonis, et non egreditur omnino aliquid ex ea ad eos. » El conversus dixit Simoni discipulo suo sedenti apud se : · Simon, filii Joanne, facilius est camelum intrare per foramen acus, quam divitem in regno citiorum. · Pseudo-Origènc, P. G., t. ΧΙΠ. coi. 12'43-1294. 5. Morale. — Ce qui caractérise la morale des nazu réens, c’est un certain rigorisme. Jésus rejette ceux qui ne font pas la volonté de son Père, quand bien même ils seraient dans son sein (Église?) : έχν ήττ έν τώ χόλπφ μου κχί τό θέλημα τού 1 Ιατρός μου του έν ουρανοϊς μή ποιήτε, έχ τού κολπου μου άπορρίψω ύμας. V ar. de Matth., vu, 5, δ 30, Schmidtke, op. cit., p. 39. A propos du pardon des pèches, suint Pierre demande ù Notre-Seigneur, d après Matth.. xvm, 21 : « Domine, quoties in me peccabit frater meus, et diI mittani ei? · Une restriction parait apportée dans 1703 J U I) É Ü-C 11 R £ TIE XS, APRES L’AGE APOSTOLIQUE 1704 cérint liions, Epiphane ajoute les mérinthlens, qu’il V Évangile selon les Hébreux : » Si peccaverit /rater tuus in verbo, et satis tibi /ecerit, septies in die suscipe invente. Hier., xxx, 3, P. G., t. xli, col. 16. Par conta illum... » Jérôme. Dialog, ado. Pelag., Hi, 2, P. I,., Eblon n’est pas connu des premiers hérédologuei ; t. xxiii, col. 570. Le pardon ne serait donc accorde sans il est nommé pour la première fois par Tcrtulllcn, De limite, qu’aux pêches de parole, si on entend le terme prescript , 33, P. L., t. n, col. 46, et à sa suite par le verbo dans son sens strict. Enfin la Joie n'est permise pseudo-Tertullicn. De prescript., 4«, ibid.. col. 67, Hipfiolyte, Philosoph., vu, 35, P. G., L xvi c, col. 334^ que lorsqu’on voit un frère rentré dans la charité : Et nunqùam lati sitis, nisi cutn /ratrem vestrum vide· Éplphanc, Hier., xxx, 17, P. G., t. xli, col. 433, et ritis tn cantate, Jérôme, In Eph., v, 4, P. L., t. xxvi, Theodoret, tirreL /ab., n, 1, P. G., t. lxxxiii, col. 3M coi. 520. Comme on avait donné à Cérinthe des disciples, les //. LES JObEO-ClintTIENS HÈHÊTtQUES. — U faut cérinthicns, on chercha aux ébionites un chef de nie y distinguer deux groupes : Les ébionites proprement et on trouva n durelicment ÉblOn, alors qu’en réalité dits et les elc&altc *. Cérinthe doit être séparé des gnostlqucs, pour être rat­ 1· Les ébionites. — La secte ébionitc se distingue taché aux éblouîtes. nettement des nazaréens surtout par sa doctrine sur Comment expliquer cette confusion? Selon tout»· le Christ, dont elle nie la conception surnaturelle et vraisemblance, l renée en est responsable. Il ne pou la divinité. Voir Éiiiomtes, t. iv, col. 1987 1995. voit rattacher directement les ébionites à Cérinthe, 1. Origines de l’ébionisme. — Au moment même où malgré la similitude des doctrines professées par celui * Hégésippc affirme la conformité des croyances des cl et par ceux-là sur un grand nombre de points, Églises occidentales avec celles des communautés car 11 attribuait à Cérinthe des idées gnostlqua judéo-chrétiennes d’où il sortait, Irénéc signale une Partant de cet to attribution d’idées gnostlqucs à ce secte de chrétiens circoncis, séparés de la grande personnage, les écrivains postérieurs déplacèrent son Église, les ébionites. 1 légésinpc avait placé le commen­ centre d’activité. On savait seulement, de source cement de l’erreur dans l’Eglisc de Jérusalem, après sûre, que l'hérésiarque s'étalt signalé à Éphèse; pour la mort de Jacques, l’auteur en était un certain 'ihé- expliquer son gnosticisme, on le ht naître en Égypte butis, mécontent de n’avoir pas obtenu la succession • la patrie de la sagesse humaine et le heu d’élection des du « frère du Seigneur », et d'avoir été supplanté hérésies ». G.Bardy, Cérinthe. ilaiislleoue biblique, 1921, par Simeon. Eusèbe, H. E., IV, xxn, P. G., t. xx, p. 351, Ce n’est en effet qu’au ni· siècle, qu’on ren­ col. 380. Ce Thébutis était vraisemblablement le chef contre ce nouveau renseignement sur la patrie de des zélateurs intransigeants de la Loi; il se sépara des Cérinthe, dans Hippolyte, Philosoph., vu, 33; x, 21, modérés, dirigés par Siméon, et commença de cor­ P. G., t. xvi c, col. 3341, 3437; Denys d’Alexandrie est rompre l’Église, demeurée vierge jusqu’alors. le premier Égyptien qui en parie. Eusèbe, H. E., Vil, Un autre hérétique, Cérinthe, est mis par toute la XXV, P. G., L xx, col. 697. Cette donnée récente sur tradition en relation étroite avec les ébionites. Irénée l'origine égyptienne de Cérinthe est d’ailleurs en attribue à ces derniers la même doctrine qu’à Cérinthe, contra diction avec cette autre qui en fait un judaïsant sur ce qui concerne le Seigneur. Qui autem dicuntur extrême, et le protagoniste des judalsants de Pales­ ebionitæ consentiunt quidem mundum a Deo /actum, ea tine : un Juif égyptien aurait eu des idées plus larges. autem qux sunt erga Dominum consimiliter ut Cerin­ Reste le gnosticisme de Cérinthe. Il n’est pas plus thus ei Carpocrates opinantur. Cont. hier., I, xxvi, 1, certain que son origine égyptienne. Toute la tradition P. G., t. vu, coi. 695. Hippolyte, Philosoph., vu, sur ce point dépend du texte d’Irénéc, Cont. hær., 1, 33-34; x,21,P. G.,Lxvie,col. 3342,3438 et Théodore!, xxvi, 1, P. G., t. vu, col. 685. Irénée sait peu de chose Hxret. /ab., n, 3, P. G., L lxxxiii, coi. 389, reprodui­ sur la personne de Cérinthe, qu’il introduit par ces sent les données de l’évêque de Lyon. Le catalogue mots ΚήρννΟος δέ τις. La doctrine qu’il lui attribue d’hérésies annexé au De praescriptione de Tertullien, « exposée avec un si grand luxe de détails, n'otlro rien marque entre les deux le mémo rapprochement, en d’original, on ne saurait la regarder comme la doctrine ce qui concerne le respect de la loi mosaïque, la même exclusive de Cérinthe. Elle reproduit dans ses traits divergence, dans la manière de concevoir les rapports essentiels, la doctrine des grandes écoles gnostlqucs; de Dieu et du monde Hujus (Cerinthi) successor et tout de suite saute aux yeux la préoccupation Ebion /uit, P. L., t. n, coi. 67. Epiphane associe éga­ d’Irénéc : l'hérésiologue cherche des ancêtres aux lement les deux noms : /Ενθεν γάρ ol ττερί ΚήρινΟον Valentiniens qu’il se propose surtout de démasquer καί Έδίωνα ψών τδν άνθρωπον χατέσχον. Hær., li, et de confondre dans son ouvrage. Cérinthe est un de 6, P. G,, L xli, col. 897. Il fait de Cérinthe le chef des ces ancêtres ». G. Bardy, loc. cil., p. 315 3 PL Il semble donc que l’on puisse conside rer Cérinthe judalsants de l’Église primitive, Hier., xxvm, 2, 4, P. G., L xli, col. 380, 381, idée qui se trouvait déjà comme un des principaux Initiateurs du mouvement dans Hippolyte. (Voir la citation de ce dernier dans judaïsant, qui reçut le nom d’éblonismc. Pourquoi ce Denys Bar-Sallbi, In Apocahjpsin, Actus et Epist. nom? On a vu que le nom propre d Ebion reposait canon., édit. Sadlcck, dans le Corp, script, orient., sur un fondement traditionnel peu solide. Un a cher­ auteurs syriaques, see. II, t. ci, p. 1). Enfin l’évêque do ché l’explication du mol dans l'hébreu pauvre. Salamine, prête aux uns et aux autres la même doc­ Et cette étymologie a donné lieu à plusieurs Interpré­ tations. Les hérétiques se seraient eux-mêmes désitrine. User., xxx, 18; li, 6; lxix, 23, P. G., t. xu, gnés ainsi, à cause de la pauvreté qu’ils pratiquaient, col. 436, 897, t. xlh, col. 237; ébionites et cérinthicns ne se servent que d’un évangile, selon Matthieu. ' conformément au précepte du Sauveur. Bien ne Hrr., xxx. 3, P. G., t. xli, col. 409. I prouve que cette pauvreté ait été la marque spéciale O rapprochement, fuit par les Père * entre Cérinthe | de leurs mœurs, et surtout qu’elle ait été assez carac­ et les ébionites. n’a-t-il pas un autre fondement que téristique pour les distinguer des autres chrétiens, la similitude de leur doctrine en co qui concerne le pour qui le conseil évangélique n'était pas resté lettre Sauveur? Ne pourrait-on pas voir dans Cérinthe le morte. Peut être ce nom avait-il servi primitivement principal initiateur du mouvement ébionitc? U im­ comme celui de nazaréens, à désigner tous les chrétiens, porte de remarquer que primitivement on ne parle pour être ensuite réservé à ce * hérétiques par dérision. pas de disciples de Cérintlie : c’est seulement au milieu »oit Ù cause de la pauvreté de la Loi. en laquelle Ils du m· tiède, jscc Denys d’Alexandrie, qu’il est ques­ I mettaient leur e.polr, soit à cause de lu pauvreté de leurs doctrines, des M., . .. ,(ui|les “c 7uL tion pour lu première fois d’une hérésie cérinthiennc. salent de la personne du Sauveur. Eusèbe, H. E.. Ml, xxv, P. G., t. xx. col. 697; aux 1705 JUDÉO-CHRÉTIENS, APRÈS L’AGE APOSTOLIQUE 2. Histoire. — Il est pou probable que ces JudaïsanU éblouîtes aient forme an début des communautés dis­ tinctes, * Indépendant s des église·» Judêo-chrctiennes; mais bien plutôt Ils demeurèrent disséminés, en groupes plus ou moins compatis, parmi les chrétiens do la circoncision. Thébutis pourrait être placé ά la tête des judalsants de Jérusalem et de la Truiwjurdune; ils paraissent avoir etc assez remuants, puisqu’llégéslppc attribue à des hérétiques l'accusation qui causa Je martyre de Simeon. Eusèbe, 11. E,, ill, xxxii, P. G., t. xx, col. 281. L'influence do Cérinthe l’est certainement exercée à Éphl se, où saint Jean le désignait comme un hérétique dangereux.Iréme, Cont, bær., Ill, Hl, 4, P, G., t. vu, col. 853. La tradition en fait l’adversaire de Pierro, lors de la conversion du païen Corneille, celui des apôtres, à la réunion de Jéru­ salem. 11 se serait surtout opposé à Paul, en exigeant la circoncision de Tite, en ameutant la foule contre lui, en organisant sur ses pas une contre-pr· dh avion, qui avait pour but d’imposer la loi aux gentils, i hppolyto, dans Denys Bar-Salibi, loc, cit., p. 1 ; Epiphane, liter., χχνιπ, 2-4, P. G., t. xli, col. 580-581 ; Filastrius, //rr., xxxvi, 4, P. L., L xii, col. 1152 sq. Celle action directe de Cérinthe a certainement été exagérée : on ne comprendrait pas que Paul, si prompt à démasquer ses adversaires, fussent-ils d’un rang plus élevé, n’eût pas désigné Cérinthe. On ne saurait cependant rejeter toute participation do ce dernier a l’opposition faite ù l'apôtre des gentils : mais il agissait par des moyens détournés, sans se dévoiler. On ne se trompera pas en groupant autour de Thébutis et de Cérinthe. les judalsants phnrisaïques, qui maintinrent, maigre le décret de Jérusalem et l’autorité de Paul, la nécessité absolue de lu circoncision. Saint Justin combat ces chrétiens circoncis qui, non contents d’observer eux-mêmes les prescriptions légales, veulent les imposer aux chrétiens de la gentllité, affirmant que sans cela ils ne seront pas sauvés. Diat., 47, P. G,, t. vi, col. 576. Il connaît des Juifs, « qui reconnaissent que Jésus est le Christ, tout en affirmant qu’il fut homme entre les hommes ». Ibid., 48, col. 580. Les auteurs postérieurs ne nous disent rien sur le développement de lu secte, ni sur son his­ toire. De sa diffusion nous savons seulement que ces judalsants se rencontraient en Syrie, dans le pays de Moub, à Kokhnba et dans i’U· de Chypre. Épiphane, Hire., xxx. 18, P. G., t. xu, col. 436. Mais ù l’époque où Épiphane donne ces renseigne­ ments, l’ébionisme s’est bien modifié : il a subi les Influences du dehors, qui en ont fait une secte nou­ velle, celle des clcésnïtes. 3. Doctrine. — a) Leur évangile. — Comme les naza­ réens, les ébionites avaient leur évangile. Il nous est connu par Épiphane, qui en cite quelques fragments. Les ébionites appelaient cet évangile selon Matthieu, ou mémo scion les Hébreux. Mafc Epiphane prend soin de noter que ce sont les ébionites qui donnent ces noms à leur texte. Hier., xxx. 3, P. G., t. xli, col. 409. C’est un évangile écourté, mutilé, ούχ δλψ 8è πλη­ ρέστατο, άλλάν ενοθευμένψ καΐήκρωτηριασμένψ. I bid., 13, col. 428. 11 est plus mutile encore que celui de Cérinthe, qui avait conservé les généalogies. 11 com­ mence au baptême, έγένετο τις άνήρ όνόματι *1 Ιησούς, supprimant les récits de l’enfance, la conception surna­ turelle, à laquelle ne croyaient pas les ébionHoi. U no ressemble pas plus a V Évangile selon les Hébreux des nazaréens, qu’au premier évangile canonique. En réa­ lité, il n été composé en grec, d’après Matthieu et Luc» vers l'an 200. Lagrange, L'Évangile selon les Hébreux, dans Revue biblique, 1922» p. 164-171. C’est vraisem­ blablement un remaniement de celui do Corinthe. b) La Lot. — L’ébionisme est la continuation de l’erreur des Judalsants, qui prétendaient Imposer 1706 l’observation intégrale de la Loi, non seulement aux Juifs, mais aux païens convertis. Il pousse cette doc trine jusqu'à ses conséquences les plus extrêmes, fl suffira d’en marquer id les grandes lignes; on re­ courra pour plus de détails à l’art. Ébionites, L iv, col. 1989. Ce» dissidents restent attachés a la urcondsion et aux autres observances de la loi juive. Et quia scriptum sit : nemo discipulus supra magistrum, nec servus supra Dominum, legem etiam proponit (Ebion). scilicet ad excludendum euangelium et vindicandum judaismum. Pseudo-Tertullien, De prsescnpL. 18, P. L., t. n, coi. 67. Ainsi la Lol conserve son au ton té et son efficacité. I^e salut ne peut être obtenu que par elle. c) Le Christ. — Lne pareille conception de la Loi et du salut devait amener les ébionites a diminuer sin­ gulièrement Je rôle du Christ. Çdui-d n'est pas supé­ rieur À Moïse, son ease:gncmr.it demeure subordonné a celui du grand législateur d Israe On le reconnaît pour le Messie; mais ce Messie n'est qu’un homme, fils de Manr et de Joseph. Telle est du moins la conception commune parmi les ébionites; car Origine connaissait de ces hérétiques qui admettaient la naissance virgi­ nale» Contra Cell., v, 61, P. G., L xi, col. 1277. Ireuce leur reproche leurs idées hétérodoxes sur la personne. du Seigneur, non recte praesumentes de Domino. Cont. lurr., 111, χι 7, P. G., L vu, col. 884. De fait, ils nient sa divimté et rejettent la conception surnaturelle. Ibid., III, xxi, col. 946. Chnst n’est plus pour eux le Sauveur. IV, xxxm, col. 1074; V, vm, col. 1122. Jésus reçut de Jean Je baptême de pénitence. Comme il sortait de l’eau, Γ Es prit de Dieu descendit sur lui et h· pénétra. Et une voix se Ût entendre : · Tu es mon Ills bien-aimé; en toi j’ai mis mes complaisances. Aujourd’hui je t’al engendré- · Épiphane, Hær., xxx, 13, P. G., I. xli, col. 429. Jésus devint ainsi le fil» udoptif de Dieu. Les ébionites croyaient-ils û la résurrection de Jésus? Irénée l’affirme. Cont. hær., I, xxvi, P. G.» t. vu, col. 686. D’après Épiphane, parmi les cerint hic ns, les uns croient qu'il ne ressuscitera qu'à la résurrection générale, d’autres nient toute résurrec­ tion. Hær., xxv ni, 6, P. G., t. xu, col. 384-385. Peut-être Épiphane leur prête-t-ll cette négation, pensant que la croyance à la résurrevlion était incon­ ciliable avec la négation de la divinité de Jésus. Ils attendent le retour du Messie, suivi d’un règne de mille ans. Mais le millénarisme de Cérinthe est des plus matériels et des plus grossiers. H s’appuyait sur l’Apocalypse. Eusèbe, H. E., III, xxvm, P. G., t. xx. col. 276. Denys d'Alexandrie rapporte que « certains disent que cet écrit (l’Apocalypse) n’a pas pour auteur un apôtre, ni quelqu’un des saints ou des membres de l’Eglisc, mais Cérinthe, l’auteur de l'héresie apjælce de son nom cérinthienne, qui a voulu attribuer à se» propres compositions un nom capable de lui donner du credit. Voici, en effet, quelle cl ait la doctrine de son enseignement : lr règne du Christ serait terrestre; et il rêvait qu’il consisterait dans les choses vers les­ quelles H était porté, étant ami du corps et tout à fait charnel, dans les satisfactions du ventre et de ce qui est au-dessous du ventre, c’est-à-dire dans les aliments, les boissons, et les noces, et dans ce qu il croyait devoir rendre tout eda plus recommandable, des fêtes, des sacri lices et des immolations de victimes ». Eusèbe, H. E., VII, xxv, P. G., L xx, col. 276 d) Influences essmiennes. — L’évangile ébionitc condamne les sacrifices, qui avaient une place impor tante dans le millénarisme de Cérinthe. « Je suis venu pour supprimer les sacrllices, et si vous ne cessez de sacri lier, la colère de Dieu continuera de s’appe­ santir sur vous. » Épiphane. Hær., xxx, 16. 1\ G., t. xli, col. 432. La force de ce texte, attribuant à Jésus la suppression des sacri lices, sous menace de lu mi JUDÉO-CHRÉTIENS, APRÈS L’AGE APOSTOLIQUE *1708 nouvello doctrine, dans laquelle le judéo-chrisllanUmt colère divine, laits· supposer une rupture avec un n’entre que pour une part. Voir Clûmentins fApopassé auquel on tenait beaucoup. Sous quelle Influence se fit celte rupture? On a pensé aux esséniens. Tout cryphes), t. liî, col. 201 sq. En somme, ccs vagues ressemblances entre Fessé· en continuant a envoyer leurs offrandes à Jérusalem, nisme et l’éblonismc n’imposent pas la conclusion d’un les esséniens répudiaient les sacrifices, Josèphe, emprunt du second nu premier; il y a de plus entre les Antiq. jud., I. XVIII, c. n, guidés sans doute par ce deux sectes des diflércnccs essentielles, qui se sont qu’ils lisaient dans les prophètes, de la supériorité toujours maintenues. Ainsi les éblonites d’Épiphane de la pureté du cœur sur ces pratiques purement exté­ rejettent les prophètes et ont un Pcntatcuquc cor rieures, de la perfection morale sur les sacrifices. rompu, Hær., xxx, 18, P, G., t. xli, col. 430, les Disséminés dans la même région que la secte juive, les éblouîtes purent subir son influence, et il ne serait esséniens utilisaient tout l’Ancicn Testament, Josèphe, pas Impossible qu’ils l'eussent Imitée dans sa répu­ Dc bell. jud.9 I. Il, c. vu; le mariage était absolument Interdit pour ccs derniers, Philon, Apologie, citée par diation des sacritlccs. Cependant une autre explication Eusèbe, Prxp. evang., vm, 11, P. G., t. xxi, col. 644; parait s’imposer. Après la ruine de Jérusalem, de 73 à Josèphe, Antiq. jud., 1. XVI II, c. n; De bell. jud.,]. II, 135, les judaïsants avaient encore la faculté de se rendre sur l'emplacement du temple, et d'accomplir, c. vu, les éblonites condamnent la virginité et h comme par le passé, les fonctions rituelles. Du temps chasteté, Épiphane, Hxr., xxx, 2, P. G., t. xli, de Cérinthe, les sacrifices étaient encore possibles. col. 408; on ne trouve pas, enfin, dans l’éblonhnie, Eusèbe, //. E.» VII, xxv, P. G., t. xx, col. 697. Mali cette organisation et cette communauté absolue des biens, qui sont un des traits les plus caractéristiques apres 135, après la construction de la ville païenne d’Ælia, et l’interdiction faite aux juifs d'y pénétrer, do la secte essénlennc, et qui aurait pu tenter ce» W devint Impossible de continuer à observer ce point < pauvres », les éblonites. important dc la Loi. Les sacrifices durent être aban­ Il n’y a donc pas à tenir compte d’influences essé· donnes. Cette situation de fait, pénible à admettre nicnncs, dans l’ébionisme proprement dit. Lorsque poui des juifs, fut justifiée, chez ceux qui étaient deve­ ces influences se firent sentir, elles agirent avec d’au­ nus chrétiens, par une défense du Messie. Épiphane, tres éléments, gnose, magie, astrologie, empruntés Hxr., xxx, 16, P. G., XL!, col. 432. aux doctrines philosophiques et religieuses de l’Occl· Une autre particularité des ébionttes, l'abstinence dent et de l’Orient, et qui transformèrent complète­ des aliments animés, a été également considérée ment la secte judalsantc. Ainsi naquit l’clcésaïsine. comme un emprunt à l'essénisme. D'après saint Mat­ 2° Les elcésaUes. — L’elcésalsme est un syncrétisme, thieu, m, 4, Jean Baptiste se nourrissait de sauterelles; à base de judéo-christianisme. On peut faire remonter dans l'évangile ebionite, ccs dernières, άκρίς, sont son origine aux premiers temps de l’Église, puisque remplacées par des gâteaux à l'huile, έγκρίς. Épi­ saint Paul combat déjà des manifestations dc cette phane, lia r., xxx, 13, P. G., t. xli, col. 428. A la ques­ tendance syncrétiste dans son Épftre aux Colossicns, tion des disciples qui lui demandent : · Où voulez-vous n, 16.Cette tendance arriva à son plein développement que nous pre parlons la Pâques? » Jésus répond : nu début du ni· siècle, avec la secte des elecsaïtes. Μή έπιΟυμίχ έπεθύμησα κρεάς τούτο τδ πάσχα φαγείν Voir l'art. Elcésaites, L iv, col. 2333-2339. μεϋ' ύμών. Épiphane, Hier,, xxx, 22, P. G., t. xli, L Sources. — Actos dos /Xpôtros et Êpftres do taint col. 441. On s’interdisait donc, chez ces judaïsants, de manger ce qui avait eu vie. Il n’est pas du tout cer­ Paul; Justin, Dialog, c. Trgph., 47 ot 48, P. G., t. vi; Irénéo, Contra har., L I ot III. P. G., t. vu; Tortulllen, De tain que les esséniens aient eu cette répugnance. L'idée qu’ils prescrivaient l'abstinence de la chair proscriptionibus, 33, ot psoiido-TortulliCD, De proscriptio­ nibus, 48, P. L·, t. u; Apocryphes clémentins, Reeognit., iv, et du vin n'a pas de fondement dans les sources v, P. G., 1.i; llomil., ix, x, xtv, P. G., t. u; Origèno, Contra anciennes; ces dernières laissent entendre tout Je Ceis., v, P. G., t. xi ; Hum. in Jer., xv. P. G., t. Xlîi; Com­ contraire, puisque les esséniens élevaient des trou­ ment. fn Joh., n, P. G., t. xiv; Hippolyto, Philosopha, vu, x, P. G., t. xv! c; Dionysius Bar Sidibi, In Apocalgpsin, peaux, Philon, Apologie, citée par Eusèbe, Prxpar. Actus et Epist., dans Corp, script, eccl. orient., syri, Series II, roajig., vm, 11, P. G., t. xxi, col. 64, et que Josèphe t. ci; Eusèbe, Hist. EccL, P. G., t. xx; Prespar. eining.. explique leur calme et leur tranquillité après le repas P. G., t. xxi; Demonstr. eoang·, m» t. xxu; Épiphane, par le fait qu’ils ne prenaient que le nécessaire, pour vin, Ado. hier., xxviii, xxix, xxx, Li, lix, P· G., t. xli et xmi; l’apaisement dc la faim et de la soif. De bel. jud., De mens, et pond., 14, t. xliii; Philaslifus, Ηατ., xx.wi, 1. Il, c. vu. CL Schürcr, Geschichte des jdd. Volkes P. L·., t. xn ; Jérônio, Eplst., cxn, ad August., P. L., t. xxu; un Zeilalter J.-C., 4· cd., t. n, p. 664-665. Et d'ailleurs Dialog, ado. Pelag., m; De uiris lllustr., 2, 3, 16, t. xxm; In ls., vm, ix, xi, xix, xxiv, XL, præfat. in I. XVIII, la coutume ébionite pourrait tout aussi bien s'expli­ t. xxiv; In Eiech., xvi, xvm; In Midi., vu, t. xxv; Com­ quer par le souci d’imiter l'ascétisme de Jacques, le ment. in Matth., vi, xn, xm, xvi, xxvn; ln Eph., v, P. L·., frère au Seigneur, Eusèbe, //. E., Il, xxm, P. G., xxvi; Tract, in psalm. CXXXV, dans los Anecdota Ma· t. xx, col. 197, ou par une autre influence, d’origine t. redsolana, 1.1nb; Théudorot,ZZ/rret. jab., n,P.G., t. LXXXJif. philosophique ou religieuse. IL Travaux. — Knabonbuuer, Commentarius in Actus Enfin on signale encore comme particularité, com­ Apostolorum, Parts, 1809; Lolsy, I^es Actes des Apôtres, mune aux esstnlciu et aux ébionites, et pouvant faire Paris, 1920; Coppicters, Le décret des Apôtres, dans la Revue biblique, 1907, p. 31 sq., 218 sq.; Comely, Comment. croire à un emprunt dc la secte chrétienne à la secte in S. Pauli epistolas, t. ni, Paris, 1892; Llghfoot, Saint juive, la pratique dos ablutions fréquentes. Les Clé­ *· Paul Lpislleto Galallans, 2· Mil., Londres, 1892; Hamway, mentines représentent Pierre se livrant ù de fréquentes Uturteal commentary on the Galatians, Londres, 1899; ablutions. Hom., ix, 23; x, 26; xiv, 1, P. G., t. il, ZI S. Paul the traveller and the roman citizen, 10· édit., Londres, cul. 257, 276, 345; Recogn., iv, 3; v, 36, P. G., t. i, 1908; Lemonnyur, Épttres de lain! Paul, 2 vol., Paris, 1907cul. 1316, 1318. Les esséniens poussaient lu souci de la 1908; Prut. La throlouie de saint Paul. I. i, 2· 6dit., Paris, 1908; Toussaint, Epltres dr satui Paul, 2 vol., Paris, 1910pureté extérieur· jusqu’ses plus extrêmes limites, 1913; Lolsy, LT.pItre aux Galatea, Paris, 1916; Logrange, se baignant avant chaque repas, aussi souvent qu’ils satisfaisaient un besoin naturel, et chaque fois qu’ils Saint Paul, L’/ipllre aux Galatcs, Paris, 1918; Tobac art alatbs ZEpttres aux), dans ce dictionnaire, t vi· Ho’rroiiavaient eu contact avec un membre de l’une des G lUuck. Realrncyclof^dU fur protatantUche Throtoaie und classes inférieures de la secte. Josèphe, De bell, jud., Klrche, Λ· «wilt., art. l.binnltrn, t. v. p. 125-128· 1 irht L 11. C. vil. Il y a une ressemblance entre les deux berger. Ent uclopédie des sciences rclluteu^r 1· Ji * ί / pratiques. Mais les Clémentines sont loin du représente: 1H7UJ Be.Un.iun. GewhldUe dcr chrhll. 5(((rn. t. u ’raL i’ébiutiisme proprement dit. Elles sont le témoin d’une 1709 JUDÉO-CHRÉTIENS — JUDITH (LIVRE DE) Die JudcnehrbtHchen Sltten, Leipzig, 1883; llllgonfeld, Dfe JMutyeschtchlc des Urchr blent urns, Leipzig, 188-1; Juden· tum und Judmchri *tentum,l^g\pxi^,\SSGi 1 larnack, l^chrbuch drr Dogmengctchlcbfr, 4· édit., Tubingun, 1009, t. i, p. 310334; Die altehrblllche Literal ur, t. il, Die Chronologie, Ixilpzlg, 1097-1001; Λ fission und Ausbrellung des Chrlstentums in den ersten drel Jahrhunderten, 2 vol., 2· édit., Leipzig, 1906; Bebor, Die Selbslotrlheldlgung de * helligen Paulus im Galaterbrle/e 1, U bb 11, J/, dans 1m BiMUcAr Sfudirn, I. 1, fuse. 3, Frihourg-rn-B., 1890; Holtzmann, Lehrbuch der nru bitument lichen Théologie, Leipzig, 1897; Thomas, L'Église et *le /*udabant à l'âge apostolique, dans Mélanges d’hbtoire eide littérature religieuse, Paris, 1899; A. Schlat tor, Die Kirche *Jerusalem nom Jahre 7(h 130, dans Im Heltrdge sur Ébrderung christ licher Théologie, II· année, 1898, fuse. 3; Schürcr, Gtschichle *de jüdischcn *Volke im Zeitaller J. -C,, 4· édit., Leipzig, 1901-1909; Knopf, Da * nachapostolhehe Zeitallrr, Geschlchtr der chrbtllchen Gemeinden nom JJeglnn der Flaulen Dynastie bis turn Ende Hadrians, Tublnguo, 1905; Duchesne, Les origines chrétiennes (lllhogr. Paris; Histoire ancienne de Γ Église, t.1,5· édit·, Parh, 1911 ; Schmidt ke, Neue Fragmente und Unlersuchungen zu den judenchrbllichen Evangelien, dans les Texte und Untersuch., t. XXXV11, i.i'C. 1, Leipzig, 1911; A. do Boysson, La Loi rt ta Foi. Études sur saint Paul et le * Judabant *, Paris, 1912; G. Hardy, Cérinthe, dans la Revue biblique, 1921, p. 314373; J.-M. Lagrange, L'Évangile selon les Hébreux, dan * la Revue biblique, 1922, p. 101 sq., 321 sq· L. March al. JUDITH (LIVRE DE).— I. Analyse du livre : son but religieux; son caractère moral. — II. Canonidté (col. 1712). — III. Théologie (col. 1714). — IV. Histoire du livre (col. 1717). 1. Analyse du livre : son dut religieux; son caractère moral. — (D’après la Vulgate). — 1· Ana­ lyse. — Un puissant roi oriental, dont ni la critique historique ni les découvertes modernes n'ont pu jusqu'ici déterminer le nom véritable, l’exacte natio­ nalité, le siècle approximatif, a rêvé de soumettre toute la terre à son empire, et particulièrement ΓOcci­ dent qui, sous les espèces des peuples dc Cilicie, dc Sj rie, de Palestine et d Égypte, lui a refusé l'hommage. i-ii, 6. A cet cflet il envoie contre les réfractaires son général en chef, Holophenie, ù la tête d’une armée formidable, comparable aux essaims pressés d’une nuée de sauterelles, n, 7-11. Holophenie, réduisant à merci tout ce qui résiste, occupant toute province qui se livre de bon gré, mais saccageant a\ec férocité, malgré l’accueil, les sanctuaires « afin qu’il ne restât plus d’autre dieu que son roi ►, arrive aux frontières septentrionales de la Judée, n, 12-m, 15. Tout récemment revenus de la captivité (v, 23), les Juifs, saisis dc terreur, et redoutant surtout que le temple du Seigneur no partageât le sort des temples étrangers, mettent rapidement en élut do défense les hauteurs et les défilés qui commandent l’accès du pays. iv, 1-7. Lc grand prêtre qui les * gouverne Éliacini, parcourant Jérusalem et la contrée, exhorte tous et chacun ù la persévérance dans les holocaustes, les jeûnes et les prières, affirmant hautement qu’à celle condition Dieu visitera son peuple et détournera le danger, iv, 8-17. Irrité déjà que la nation Israélite osât penser lui résister, Holophenie, sur ccs entrefaites, apprend avec plus de fureur encore du chef ammonite Achior, qui est devenu son auxiliaire, qu * Israel est invincible s’il est fidèle ù Dieu, ainsi quo le prouve toute son histoire, et que si celte nation n’a péché, Dieu même la défendra pour la ruine et la honte dc toute l’urmcc assaillante. v, 1-25. Par son ordre Achior est exposé, chargé de liens, ù la vue des gens de Béthulic, cité Juive sous les murs dc laquelle on se trouve alors, afin d'apprendre, quand il aura partagé le terrible sort réservé aux enfants d'Israël, que « Nabuchodonosor » seul est dieu, v, 20-vt, 9. Recueilli par les habitants dc Béthulic, Achior 1710 explique sa disgrâce; c'est pour avoir affirmé que le • Dieu du ciel est le défenseur > des Juifs. Les chefs du peuple, O zi as et Charml, avec le conseil des an< lens, lo rassurent et le consolent : Ici l’on prie et l'on pleure; mais le Seigneur Dieu accordera la délivrance, et Achior verra la déconfiture de ses persécuteurs. Puis l'on fait fête à Achior et l'on revient à la prière, vi, 10-21. Malheureusement Holophemc fait couper l'aqueduc el garder les sources qui ravitaillent d’eau la ville; les citernes s’épuisent bientôt, et le peuple se trouve ainsi réduit ù la soif la plus ardente et au désespoir. On parle de se rendre à l'assiégeant; et Orias impres­ sionné finit par consentir à la reddition si dans les dnq Jours le secours dc Dieu n’tst point venu. vu. C’est alors que Judith, riche veuve. Jeune encore et do la plus grande beauté, mais sainte et vouée depuis son veuvage à l’ascétisme le plus absolu, Jouissant, enfin, de la vénération universe» le» s'élève avec indi­ gnation con *rc la faiblesse d'Ozias et des anciens : « Qui êtes-vous donc pour ainsi tenter Dieu? cst-ce bien au Seigneur que l’on assigne un jour? n'est-ce pas plutôt dans l'humilité qu'Israël, désormais fidèle à Dieu, doit attendre la manifestation de son bon vouloir et l'humiliation dc l'ennemi? » vin, 1-29. Du reste, c'est au nom dc Dieu qu’c Je parle et de par lui qu'elle s'affermit dans un extraordinaire dessein : cette nuit même, elle sortira dc la ville accompagnée seulement dc sa servante, et avant cinq jours, en effet, Dieu aura secouru Israël, son peuple, vin, 30-34. Et Judith, rentrée dans son < oratoire >, prie le Seigneur d’abattre, comme il l'a toujours fait, l'orgueil dc l'ennemi qui s'est promis de violer son sanctuaire, dc souiller son temple, de ruiner son autel. Puisse-t-il permettre qu'Holophcme se prenne au piège de la beauté d'une simple femme et trouve sa perte ex labiis charitatis mue. Puisse-t-il vouloir que la maison dlxlne demeure Inviolée, et que les nations apprennent qu’il y a un Dieu, un seul Dieu, le Dieu d'Israël et de toute créature, ix, 1-19. Puis splendidement Judith se pare, recevant du Seigneur lui-même incomparable aspect, charge sa suivante dc quelques modestes provisions de bouche, et franchit la porte de la ville devant les an­ ciens stupéfaits dc sa beauté rayonnante. Ceux-ci l'accompagnent dc leurs vœux pour la gloire dc Jérusa­ lem, pour celle dc son propre nom inscrit désormais au nombre des saints et des justes, x, 1-10. La voilà au camp ennemi. Comme un philtre puis­ sant son charme opère. Holophcrne l'inteirogc : « Et pourquoi vous a-t-ll plu de venir à nous? » Judith répond : « J'ai fui une nation condamnée. Achior a dit vrai, Israël a péché et il pèche encore : pressés par la soif et la famine, les Juifs boivent le sang des bêtes abbatucs, mangent les offrandes sacrées faites au Sei­ gneur. Ta servante est sortie t’en avertir...qu'on veuille la laisser aller et venir, prier hors du camp, xn, 5-6, Dieu lui dira l’heure qu’il aura choisie pour châtier son peuple; elle-même conduira le général jusqu'au milieu dc Jérusalem. > x, 11-xi, 21. Littéralement ensorcelés, Holophcrne et scs gens la reçoivent cl lui laissent toute liberte, xn, 1-9. Au bout de quatre jours, Holopheme veut traiter scs familiers. Pensant amener Judith à ses amoureux désirs. H la fait inviter au festin. Docilement elle accepte. Lc soudard enflammé boit outre mesure; alourdi par le vin, il s’endort sur le divan. ( hacun s'éloigne alors discrètement, xn, 10-xtn, 4. C’est Γ · heure » do Dieu. Deux fols Judith en larmes prie lo Seigneur de l’affermir en son dessein conçu dans la foi la plus entière au secours divin; puis, avisant le cime­ terre suspendu â la colonne du lit de repos, elle saisit l’arme, ot en deux coups rapides tranche la tête d’Ilolophcnic. Le tronc ensanglanté preste aient roulé à bas, la tête enveloppée dans la moustiquaire et mise dans 1711 JUDITH (LIVRE DE), CANONICITÉ 1712 rassurants ne pouvait manquer do relever le moral abattu et de soutenir le courage défaillant devant une menace nouvelle d'invasion ct surtout do ses consé­ quences redoutées, la profanation du temple, la con­ trainte à des mœurs et à des observances étrangères au culte du vrai Dieu. Il n'est guère possible toutefois de déterminer le moment historique de la composition. 3e Caractère moral. — Non moins évident que le but religieux du récit s’affirme lo caractère moral des faits racontés. Dieu, voulant sauver son peuple et son culte d’un désastre irréparable, prend dans sa sagesse ct sa providence aux desseins impénétrables, tout moyen humain de bonne guerre pour atteindre son but. La vertu de l'héroïne quo lui-même inspire visiblement et qui agit sous l’impulsion de sa prévoyante et maîtri­ sante volonté, a, par une transposition temporaire de la responsabilité, sa sauvegarde dans le sentiment réel de la protection et du secours divins. Judith n’ignore pas que Dieu, parfois, < donne » « esprit de mensonge » quand ii veut perdre et punir ses ennemis, III Reg., Atsur est arrivé des montagnes du nord... xxii. 22-23; elle perçoit finement que dans le cas Mais Jahvé déjoua leurs projets, présent cct « esprit » réside dans l’empire absolu que Schadda! les anéantit par une main de femme. prend l'être complexe féminin sur le coeur de l'homme Ce ne sont point nos Jeunes gens vivement ct sincèrement épris, et qui fait naître Qui ont abattu lour puissant chef; mainte occasion où s'endort la vigilance et s’éloigne Ce ne sont pas les titans qui l’ont frappé, même le péril d’un dénouement vulgaire. Il ne faut Ni les géants qui l’ont afironté : C’est Judith, la fillo do Mérarl, donc parler ici ni de « scandale », ni d'< odieux fana­ Dont la beauté l’a privé do force...xvi, 5, 7-8. tisme », ni d* ■ assassinat », ni de « sensualité raffinée », Malheur aux nations qui s’attaquent a mon pcuplol ni de < conscience chrétienne révoltée ». (Auteurs ratio­ Car Jahvé lo vengera sur elles; nalistes ct théologiens réformés conservateurs.) Il ne Schaddai les visitera au Jour du Jugement. faut pas non plus chercher des excuses maladroites à Au feu et aux vers 11 livrent lour chair. une entreprise aussi hardie, sous le prétexte par exem­ Elles en sentiront la cuisanco à toujours. 20-21 ple que Judith put bien vouloir « provoquer dans (Grec et Vulgato.) Holopherne un amour honnête toujours sus» cpiible do Le peuple w rend ensuite à Jérusalem célébrer la se résoudre en un mariage », Palmieri, De ventate victoire. Une fête annuelle en consacre le souvenir, historica Libri Judith, Golpen, 1886, p. 48, ou que la xvt, 22-31. Bible n’entend pas approuver tout ce qu'elle raconte, 2° /tuf religieux. — Histoire, fiction littéraire, allé­ Dictionnaire de la Bible, t. m, col. 1823; Dictionnaire gorie simple ou prophétique (sur la question du genre apologétique, t. n, col. 1565. Judith souhaitant que lllti ralre auquel il ressortit, voir Dictionnaire de la l’ennemi capiatur laqueo oculorum tuorum in me, el ïlible, Paris, 1912, t. ni, col. 1826-1833 ct Dictionnaire percutiatur ex labiis charitatis meæ,ix, 13, ne peut avoir apologétique de la Foi catholique, Paris, 1915, t. ü, imaginé pareille naïveté alors qu'elle vient de com­ col. 1560-1564), ce récit a été conçu et rédigé dans une parer les assiégeants aux ravisseurs de Dîna, fille de Jacob, qui violatores exstiterunt in coinquinatione sua, double Intention, qui transparaît comme à ficur de et denudaverunt femur virginis in confusionem, ιχ, 2. texte ct s'impose au lecteur avec tous les caractères de D’autre part, toutes les démarches de l'héroïne sont l’dvitlence : il veut établir cette vérité qucDleu n’abanpositivement louées, ct d’une manière que l’on peut donne Jamais son peuple tant que celui-ci lui est fidde; il veut affermir les Juifs dans la résolution de dire officielle, par les organes mêmes du magistère reli­ gieux et moral du judaïsme, xm, 22-26; xv, 9-11, et combattre tout ennemi de leur fol et de leur culte. par l’Esprit qui lui inspire son cantique, xvi. Elle a La vérité et la constance du fait divin s’établissent fait œuvre non seulement au-dessus de tout blâme, par l’histoire passée d’Israël autant ct plus quo par mais encore méritoire : jdbo eris benedicta inælernum... l'exemple des circonstances présentes, objet du récit. Cette histoire se reflète tout entière dans les discours xv, 1 1. ou les prières d’Ellacim, iv, 12-14; d’Achior, v, 5-25; IL Canonicité. — Bien que peut-être écrit d’abord de Judith, vin, 10-27; ix, 2-19; xi, 4-17, avec insis­ en hébreu (voir plus loin), le livre de Judith n'a point fait partie du canon palestinien des Livres saints. Les tance sur la valeur et les effets du pacte théocratique conclu entre Dieu protecteur ou justicier ct le peuple Juifs, qui le Usaient — sinon au temps d’Origènc,EpisL ad Jul. African., c. xm, P. G., t» xi, col. 80, du moins observateur ou transgresseur des conditions religieuses au temps de saint Jérôme, Preef, (n lib. Judith, P. L., ou légalistes de ce pacte. Elle sc répète à l’heure où t. XXIX. col. 37-38, — le comptaient parmi les htcôntm, Bctliufic ct la Judée sont délivrées grâce à la fidélité de extranei (libri), indiscutablement tenus hors du canon, l’héroïne ct de l.t nation aux devoirs qu’imposait la encore qu’ils eussent été écrits avec le secours do la Loi ou son amplification traditionnelle, iv, 8-10; vin, Bat qôl « fille de la voix (divine) », inspiration de 5-8; x, 5; xn, 2, 9, 19. Cette fidélité est la marque nature inférieure. Cf. Did. de la Bible, t. i, col. 1506 ct mi me ct comme la définition de la confiance en Dieu I t. m. coi. 1826; G. Wildeboer, De la formation du canon sauveur ct sevo arable. iv, 12. D’autre part, rien do plus opportun, semble-t-il, de ΓAncien Testament, trud. franç., Lausanne el Paris, que ce récit composé ù la veille d’un danger suprême s. d.» p. 66-67. — Les Juifs hellénistes le transmuent couru par Jérusalem ct le judaïsme, tel qu'il dut s en comme saint ct Inspiré ù l’Église chrétienne dans lo presenter plus d'un au cours de la période post exi- corpus de la Bible grecque. — S’il n'y est pas fait llcnuc où la Judée se trouva parfois jouir d’une auto­ d’allusion certaine du.u les écrits du Nouveau Testa­ nomie ct d’une tranquillité relatives sous la direction ment — sinon peut-être I Cor., n, 10 (Judith vm 1 n· dis gr ands prêtres. ou même d» s rois pontifes asnioen revanche saint Clément de Rome et saint lâmicé mens. Lue lecture il pleine d elements édifiants et I d’AnUochc, parmi les Pcres apostolique», ruUUsent le sic aux provisions, Judith ct sa suivante sortent du camp et regagnent Béthulle. xm, 5-12. î/aJ légresse est grande en la cité Λ l’aspect de la tête d'Holophcme : « C’est Dieu même qui a tuë l’ennemi; c’est son ange qui a gardé l’héroïne en toutes ses démarches; béni solt-ll! bénie soit-elle I » xili, 13-31. On s’apjirête Λ faire une sortie nu soleil levant. On suspend aux murs le sanglant trophée, et l’on s’avance vers le camp, xiv, 1-8. L’assiégeant s'émeut. On cher­ che Holopheme. A la vue de son corps décapité, le trouble et la terreur saisissent l’année entière; chacun s’enfuit. Les Juifs, ceux de Béthulie et ceux de toute la Judée, avertis de l’événement, font un grand car­ nage des fuyards, recueillent un immense butin, xiv, 9-xv, 8. Judith en reçoit sa bonne part. Le grand prêtre de Jérusalem vient la voir ct la féliciter de l'appui ct de la protection du Seigneur, xv, 9-15. Elle-même s’exalte et glorifie son exploit en un religieux cantique : 1713 JLDITll (LIVRE DE), THÉOLOGIE au mémo titre que d’autres livres saints, le premier en lo résumant et en mettant en relief l'exemple biblique de lu « bienheureuse Judith », / Cor., i.v, 4-5, Ιουδίθ ή μακαρία; cf uissi lix, 3-4 (Judith, ix, 11), le second, Ep/irs., xv, i, en citant le cantique, xvi, 17. Cette dernière citation est d'ailleurs fort douteuse. Cf. Punk, Opera Patrum apostoUcorum, Tubi ligue, 1901, t. r, p. 168, 174, 176 ct 224. — Au cours des ri· ct ni· siècles, les représentants do ln tradition dans les églises alexan­ drine, africaine ct orientale corroborent la tradition romaine de la canonicité du livre de Judith en rem­ ployant ou en le citant expressément comme Écriture : Clément d'Alexandrie, Strom., ιν,Ι9; ιτ,7 (Judith,νπι, 27), P. G., t. vin, col. 1328-1330 et 969; Origène, De oratione, 13. 29, P. G., t. xi, col. 452, 532; Ί ertnlllcn, De monogamia, \Ί et Ado. Marc., i, 7, P. /.., L n, col. 952 et 253; Methodius d'OIympe. Convie. decem virgin., xi, 2, P. G., t. xvm, col. 212. — Ici trouvent place les témoignages des plus anciens manuscrits grecs des Septante, le Vaticanus et I* Alrxandrinus, qui insèrent Judith au milieu du recueil sacré, avant ou après les Prophètes; de la vieille Version latine, dont maint texte, celui de Judith en particulier, sc perpétue des siècles durant jusque dans la vulgate hléronymicnne (voir plus loin), et dont un catalogue stlchométrique qui est peut-être du ni· siècle, celui du Codex claromontanus, mentionne iudit parmi les scribturn· sanctœ, entre les Macchabées et hesdra, Diet, de ta Bible, t. n, col. 147 ct llg. 287 (fac-similé). Le défaut extrêmement probable de canon des livres saints chez les Juifs alexandrins, â savoir de canon déterminé ct clos ofllciellement, cf. t. n, col. 1572-1374, el aussi t. iv, col, 2033-2034, a amené plusieurs écri­ vains de l’Églisc gréco-orientale à ne dresser, selon les nécessités ou les opportunités de leur enseignement, que le canon palestinien des livres hébreux. Ainsi Méliton de Sardes, dans Eusèbe, H. E., IV, xxvi, P. G., I. xx, col. 396; Origène, Expos, in Ps. î, P. G., t. xn, col. 1081; saint Athanase, Ep. /est., xxxix, P. G., t. xxvi, col. 1176, suivis par saint Cyrille de Jérusa­ lem, saint Grégoire de Nazianze ct saint Amphiloque, saint Epiphane, le concile de Laodicée, le 85· canon des Apôtres ct, en Occident, par saint Hilaire de Poitiers· Rufin, saint Jérôme, voir t. n, col. 1576-1578. Mais ces Pères et écrivains ne bornaient pas. comme on le sait, aux livres de ce canon les · Écritures divines », les • livres inspirés », les · volumes sacrés »; ci. Diet, de la Bible, t. π, col. 149-155. Ils citaient bien comme Écriture nos dcutérocanonlques de l’AndenTcstamont et parmi eux Judith; ainsi S.Athanasc./tpofopm contra arianos, 11, se refero sous la rubrique « comme il est écrit » à un passage de Toble, xn, 7, P. G., I. xxv, col. 268; S. I Illniro, Jn Ps., exxv. 6 : Judith, xvi. 3, est « inspiré », P. L·., t. ix, col. 688; S. Jérôme. Eptst., i.xv, ad Principium virginem, 1 : Huth et Esther et Judith tanti, gloria sunt, ut 8ACJHS voluminibus nomina indi­ derint. P. L·., t. ΧΧΠ, col. 623. Ailleurs, il est vrai, saint Jérôme introduit une restriction : citant le Lévillquect les Proverbes pour expliquer Aggée. 1, 5 6, il ajoute : Similiter qui pen i*lu non bibit siti peribit, sicut cl in Judith (si quis tu men vult librum recipere mulieris) ; El parvuli sili perierunt (Judith, vu, 16), P. L., I. xxv, coi 1394. Paralie.ement, saint Basile, les écrivains do l’école d'Antioche, suint Éphrcm. la tradition occi­ dentale so perpétuant pur suint Ambroise, saint Augustin, les conciles d'ilippone et de Carthage, le catalogue stichoinétrlque africain de Choltcnhum (pour In Vulgate, cf. Sam. Berger, Histoire de la Vulgate, Nancy, 1893, p. 319-324), le decret dit de Gélose et la lettre d'innocent 1er ù Exupère, admettaient sans la moindre hésitation dans le recueil sacre Judith avec les autres dentdro-canonlques. \ oir t n, vol. *1578 1579, et Dut. de la Bible, t. il, col. 149-153. Jusqu'au décret DiCT. o mi »L CAT II »L 1714 du concile de Trente — les doutes n'étant qu'un écho affaibli de ceux de saint Jérôme et demeurant dans le domaine de la théorie — telle sera l'invariable situation. Voir t. n, col. 1579-1582. IIL Théologie. — 1· Dieu en lui-méme. — Il est désigné, ou défini, dans le livre de Judith par le moyen de noms divers qui s'in torch angent au cours du récit, comme pour préciser graduellement l’idée que le lec­ teur pourrait concevoir de sa nature, depuis le nom propre, ou le simple appel!.itif, jusqu’à l'expression abstraite qui parait vouloir éviter désormais tout voca­ ble ayant une couleur anthropomorphique trop pro­ noncée. — Les noms de Jahvé et d'Elohim, tradi­ tionnellement transmis, sont gardés encore en maint passage et transparaissent sou> les traductions grecque ou latine κύριος ct θεός, dominus et deus, ct. v. 17. 23: vi, 18; vin, 20, 33; ix. 4; xi, 12; xm, 17,19 (grec, iv.2; vu, 19, 29-30; vin, 14, 16, 23, 25; xn, 8), particulière­ ment dans le cantique, xvi, 3 : Dominus conterons bolU, Dominus νομήν est Uli... (Cf. i.x, 10, Grec, ix, 8). Κύριο; όνομά cot (Grec, χνι, 2). Adona! Domine magnus es tu... xvi, 16. G. Kupu, μέγας iL Il semble même que les antiques appellations *El ’Elldn, Gcn., xiv, 18, Jahvé *Eh6n, Ps.. xlvii, 3, 'El Schaddal, Gen., xvn. 1, etc.» se retrouvent sous le grec Οεδς ό ύψιστος, χπι, 18 (Vulg., xm, 23), Dominus Deus excelsus et κύριος τεαντοκράτωρ» ιν, 13; νπι, 13; χν,ΙΟ; χνι, 5 et 17 (Vulg., χνι, 7 et 20 : Dominus omnipotens), comme traduisent habituellement les Septante. — Cet te reviviscence d’anciens noms propres maintenant Interprétés en qualificatifs de la divinité accuse la tendance du judaïsme à remplacer jusque dans les écrits le nom divin, qu’il était interdit de prononcer en dehors du sendee du temple, par des périphrases cxpiessivcs qui voulaient marquer l'incomparable grandeur et majesté de Dieu. Ici même nous trouvons plusieurs formules clrconlocutoircs, quasi cérémo­ nielles et liturgiques, où perce l’idée de la transcen­ dance divine, à distinguer de celle du souverain domaine sur la création. Ce domaine s'exprime par les vocables, v, 8 : ό Οεος του ούρχνου (Vulg. v, 9 : unus Deus cæli); vi, 19 : κύριε, ύ θεός του όυρανοΰ (Vulg. νι, 15 : Dominus, Deus cseli et terra·); ιχ. 12: δέσποτα των ουρανών καί της γης (Vulg.. ιχ, 17 : Deus calorum); tandis que l'idée do l’être divin plus abstraitement dési­ gné encore transparaît dans les termes suivants : ix,14 : ό θεός πάσης δυνάμεως καί κράτους, χχ, 8 : τύ όνομα τηςδόξηςσου (comp. Vulg., ill Esdr., ιχ, 5 : benedi­ cant nomini olohiæ tua; Dan., m, 52 : benedictum nomen OLoniÆ tua; l Mac., xrv, 10 : nominatum est nomen g loriJB ejus).—Le sentiment de Γ unité divine s'utlinnc dans la définition même du paganisme, vin, 18 : adoration de « dieux faits de main d'homme » ol προσκυνάύσι Οεοϊς χειροποιήτοις ( V ulg., deos alienos), c'est-à-dire d’êtres purement Imaginaires. Mais cela n'empêche pas toutefois la spéculation de s’exercer au sujet des manifestations divines et de tendre ù les per­ sonui (lcr comme autant d'intermédiaires entre Dieu, que l'on conçoit comme de nature transcendante, et lo monde où elles rendent possible son action. On connaît la « Sagesse » des Proverbes. Judith célèbre i’ « Esprit » que Dieu « émet · et qui · bâtit », xvi, 14 : άπέστειλας τό πνεύμα σου, καί ώκοδόμησεν (Vulg., χνι, 17 affai­ blit : Misisti spiritum tucm, et creata sunt). Elle tremble pour · le tabernacle du repos du nom de tu gloire », îx, 8 : τό σκήνωμα της καταττχύσεως του όνόμα τος της δόξης σου (Vulg., ιχ, 11 : tabernaculum nominis tui). Ln · tiloire », le « Nom » sont ici des sortes d hypos lasax .urunt au temple la présence, par mandat represent a lif, de Dieu qui est au ciel. On suit, en effet, T. — VIII. — 55. 1715 JUDITH (LIVRE DE), THÉOLOGIE 1716 15; Ps. cxv, 29-30, cf. t. xv, col. 2018. L’esprit et l’âme que pour le Juif le nom représente la personne; que le ne sont pas toutefois Λ distinguer réellement; co sent • nom » (de Jahvé) ut sic Jouait un grand rôle dans le plutôt deux aspects d’un seul et même principe, ia culte du second temple; qu’on < exorcisait » (adjurait) vie —- deux termes synonymes dont le second met en Israël, III Esdr.» x, 48 : όρκισϋείς τφ όνόματι κυρίου l’accent sur l’existence individuelle réalisée par l’infu­ (comp. Marc., xx, 38; Luc.» xx, 49) et même en dehors sion du souille, de l’esprit. Le Judaïsme les confond en d'Israël, dans le monde païen, par contamination juive effet, comp. Sap., xv, 8, 16, ψυχή — πνεύμα, et, en (cf. Act., xix, 19), « au nom saint de (Jahvé) Sabaoth » : vertu du parallélisme des membres, Sap., xv. 11 b etc; όρκίζω σε... τω όνόματι τω άγίφ (ιαω) ΑωΟ Αβαωθ. xvx, 14 b et c. Il partage l'homme simplement en corps Dcissmann, Bible studies, Edimbourg. 1901, p. 274 sq. et âme (vie), Judith, x, 13 : σάρς· πνεύμα ζωής. Cf. — La Vulgate, a traduit, ou compris en ce sens de IIMacch., vî, 30; vu,37 (Vulg.); xxv. 38; xv, 3O.L’âme • manifestation », d' · hypostase » divine, se confor­ est le siège profond des sentiments humains, τύ βάθος mant du reste en cela à l’acception native du male'âk χαρδίας άνθρώπου, de In parole intérieure où s'rxplicite hébraïque,l’intervention protectrice de Jahvé à l’égard la raison, ό λόγος της διανοίας αυτού, vin, Η; Ια de Judith chez Holopheme, xxn, 20 : Vivit autem ipse Dominus, quoniam custodivit me angelus ejus et hinc pensée, νους, le dessein réfléchi, λογισμός (prêtés à Dieu par anthropomorphisme), en sont comme euntem, et ibi commorantem, et inde huc revertentem l’expression native et demeurent par essence « impé­ (Grec, xixt, 16 : καί ζή κύριος δς διεφύλαξέν με έν τη nétrables ». άδω μου ή έπορεύΟην). Il semble bien qu’il ne s’agit 2. Éthique juive. — Certaines données du livre de point ici d’un esprit angélique détaché de la cour divine comme dans Job, v, 1; xv, 15; Eccli., xlïi, 17; Judith nous permettent de présenter ici une courte Tob., xx, 14 ; xn, 15; Dan., xv, 13. etc. (άγιοι άγγελοι). esquisse de la morale particulière du judaïsme consi­ 2e Attributs de Dieu, — On ne connaît pas toutefois dérée dans ses motifs fondamentaux, dans son idée du Dieu réellement, tel qu’il est en lui-méme; on a beau péché et de la pénitence, dans quelques-unes do ses « le sonder », on ne peut arriver à savoir ce qu’il pense, pratiques et observances ajoutées à celles de la Loi, τόν νουν, ou ce qu’il médite, τόν λογισμόν, vm, 14. dans son caractère remarquablement individualiste On ne l’apprécie quo par ses œuvres, dont chacune et dans son aboutissement possible à l’ascétisine. — révèle quelqu’un de ses attributs. — C’est ainsi qu’on Les Juifs trouvent une raison déterminante de prati­ le reconnaît créateur. Il est « le Dieu qui a /ait toutes quer les règles de la loi morale, religieuse ou sociale, (ces) choses », vin, 14 : τόν θεόν δς έποίησεν τα πάντα qui leur a été transmise tradi tionneUcment, dans la τούτα (cf. χνι, 14 : ωκοδόμησεν); et la notion de cette croyance à une sûre et stricte rétribution pour le bien œuvre sc définit cL se précise, à la suite, dans les et pour le mai en cette vie. C’est le principe affirmé par termes appropriés : κτίστης < créateur », xx,12; xni, 18 Achior, porte-parole de la vérité séculaire qui va se (έκτισεν), κτίσις · création », xx, 12; xvx» 14 (Vulg., réaliser une fols déplus dans le cas présent, v, 17-18,20creator, xx, 17; xnx, 21 (creavit), creatura; xvx, 21, comme par Judith elle-même dans son discoms aux 17). 11 est maître absolu, roi de cette création, xx, chefs du peuple, vm, 17-20, et concrétisé dans le fait de la longue vie de l’héroïne récompensée ainsi de scs 12 : δέσποτα των ούρανών καί τής γης..., βασιλεύ πάσης κτίσεως (Vulg., χχ, 17 : Dominus calorum..., dominus vertus, xvx, 23. 11 n’est point question dans le livre de totius creatura). — Dieu est juste, ici d’une Justice qui sort particulier réserve, · au Jour du jugement », aux s exerce spécialement par le châtiment des « nations » Juifs méchants ou apostats» car on ne suppose pas ennemies d’Israël, xvx, 2, 4,17 (Vulg., xvx, 4, 6, 20-21), qu’il y en ait encore de tels, vm, 18-20. Vn autre motif suit aux Jours de Judith, soit « au Jour du Jugement ». est la crainte de Dieu : thème souvent traité, et avec Mais c’est précisément parce qu’il est « le Dieu des mainte variation, dans la littérature proprement juive humbles, le soutien des petits, le défenseur des faibles, depuis Eccli., x, 11-20, thème que reprend et résume le le protecteur des méprisés, le sauveur des désespérés. » cantique, xvi, 15 et 16 : xx, 11 (Vulg., xx, 16 : humilium et mansuetorum semper Mais à ceux qui to craignent tibi plaçait deprecatio). Ces « humbles », etc., sont les Tu to montres propice... Juifs, ainsi que l'indique le contexte de la prière de Et qui craint lo Soigneur Judith; le σωτηρ de * Septante n’étant, du reste, qu’une Est grand à tout jamais. traduction du go'ëf (yesou ah, yésa9 ) hébraïque, » ven­ — La conscience du péché joue aussi son rôle dans les geur » du peuple opprimé. — C’est en secourant ainsi les siens que Dieu fait paraître sa miséricorde, xm, 14 : préoccupations de l’âme juive vis-à-vis de In loi τόίλεος (Vulg., xm, 18 et 21 : misericordia; et. aussi, morale. Le Juif pieux et fidèle à Dieu paraît avoir éprouvé le sentiment profond d’être chargé des p» chés xx, 17). Mais cette miséricorde touche de près à lu de ses pères comme des siens propres, vu, 28 (\ ulg., colère; et sous la reconnaissance de la bonté de Dieu, vu, 17 et 19). Judith conçoit la faute, l’iniquité, cumme fn mit le sentiment de ia crainte de ses jugements, vm, 1 I-2J (Vitig., vm, 12 fort explicite : non est iste sermo, une sorte de · possession » dans l’être humain, xi, H» QUI M1SER1COHDXAM prOlOCCt. sed poli US qui IRAM CXCltet, comme une · souillure » et une « honte », xm» 16 (\ ulg., xm, 20 : pollutio peccati). Ce sentiment est si fort, qu’il et FUMOREM accendat). De lu sorte, l’épreuve, πειρασμός, nécessite la « conversion, v, 19, la « pénitence » (\ Uig. : vm. 25, 27, vient à être considérée comme une grâce, purnituerunt), comprise de ia « prière · pénitenlieKe non είς χάριν, vin, 23; le châtiment, comme possédant une moins que des signes extérieurs du repentir et de \crtu educative, Vulg., vin. 27 : quasi servi corripimur Γhumiliation, le jeûne, les prostememvnts, le sac, la AO emendationem, non ad perditionem... Comp. Job, cendre, iv, 9-12; ix, 1-x, 3. — Le jeûne, la prière sont xxxni-xxxvn (discours d'Éiihu). Les Juif·» sont Ica (avec i’uumônc, cf. Tob·· n, 14; xn, 8 cod. B; xxv, « enfants » de Dieu, xx. 4. 13 : υίοί σου (\ ulg.. xx, 4 : 9 cod.X; H. cod. B ; Dan., iv, 24 Grec) comme les sen i lui)· il suit que Dieu les éprouve « comme un piliers fondamentaux de In vie judaïque religieuse en pert qui seul avertir » (Sap., xi, 10). 3· L'homme. — 1. Anthropologie juive.—La philoso­ dehors du temple, une sorte de nouveau service divin phie hébraïque distinguait dam» l'être humain comme : dépouillé de toute pompe extérieure, et qui déborde trois parties constitutives -. le corps (chair et sang), | de la synagogue sur la vie privée. Le Jeûne apparaît dans le livre de Judith comme un renforcement de la i’espnt. l'âme vivante. Le corps était limon terrestre prière, iv, 11. 13. comme une préparation nécessaire à ou poussière; l'esprit, souille de Dieu; l’âme vivante, la manifestation do la puissance divine, xv, 12 14 personne née de lu reunion de l'un et de Γautre. Geo., U, 7; EccL, in, 19-21 ; Job, xxvni, 3; xxxxv, 14- 1 (Vulg.). Hure les cas de grande détresse, il était réglé 1717 JUDITH (LIVRE DE), HISTOIRE DU LIVRE 1718 et assigné à certains jour», cf. Zach., vn, 5; vm, 19. miers du christianisme; car les citations de Clément Le jeûne plus fréquent était affaire de dévotion et de Bom lin, Z Cor., lv et lîx, indiquent a\sez que le livre piété personnelles; ainsi Judith jeûne « tous les jours », était bien connu dans les cercles juifs et chrétiens • excepté la veille du sabbat el le sabbat, la veille cl le à celte époque et donc composé depuis au moins jour de la néoménie, les fêles, lc> jours de réjouis­ quelques dizaines d’années. L’état religieux et moral sance de la maison d'Israël · (files extraordinaires supposé par ic * details du récit, tel qu’il a été rapporté distinctes do celles qu'avait instituées la Loi), vm, 6. plus haut, rapproche le livre de ceux de l’EcclésiasLu prière elle-même parait être aussi réglée, au moins tique, de Tobîe, de la Sagesse et des Macchabées et en pour les dévôls, ci. Ps. lv, 18; Dan., vi. 10, cl faite situe la composition entre le commencement du ri® siè­ • trois fois le jour »; car Judith demande à sortir du cle avant Jésus-Christ et l’époque hérodienne. L'ar­ camp, < à la veille du matin », * pour Za prière ». xu, 6 dent patriotisme et l’extraordinaire c»timc de la Loi (Vulg., xn, 5, 7, 9). —Ces pratiques sont déjà pour une qui s’y trouvent marqués conviendraient parfaite­ part en marge do la religion nationale, des lois Mmo· ment à la mentalité d'un juif appartenant au parti nielles qui en constituent toujours l’essence. Celles-ci assidéen que nous voyons déjà organisé à l’époque restent observées : holocaustes quotidiens, vœux, dons macchabéenne. volontaires, Judith, iv, 14; xvi, 18 (Vulg., iv, 16; xvi, Voir sur la question : Dict.de laBible, L m, col. 1833; 22), prémices et dîmes, xi, 13 (Vulg., xi, 12); mais à sur les multiples hypothèses concernant la date, l'au­ côté se développe un luxe de prescriptions qui, partant teur et même les sources du livre, et pour la littérature des principes généraux posés par la Loi, enserrent de du sujet : Tony André. Les Apocryphes de l’Ancien leurs liens étroits la vie quotidienne pour chacune de Testament, Florence, 1903, p. 159-163, plus ancienne­ ment, O.Zôckler,Die Apokryphen des AÎlenTestamenU. ses éventualités : aliments « purs », x, 5; xn, 2, « ablu­ tions » purifiantes, xn, 7-9, précautions dans les rela­ Munich, 1891. p. 187-188. 2® Texte original el venions. — 1. Texte primitif tions sociales avec les païens, xn, 1-2; xm, 16 (Vulg., 20). Ainsi sc forme et s'entretient la conviction que le du livre de Judith. — Ce livre a dû être composé juif pieux peut demeurer tel par ses propres efTorts en d'abord en hébreu classique; car seul un texte original hébreu (à l'exclusion de l’araméen) peut rendre compte dehors des rites cultuels sol er misés en commun. On des tournures et des expressions semitisantes qui se fait couramment différence entre < les sacrifices au parfum agréable », « la graisse offerte en holocauste », rencontient dans le grec des Septante, cf. les passages : qui en soi sent » peu de chose », et la < crainte du Sei­ I, 1 : έν ταΐς ήμέρχις... etc., 10 fols; les nombreux σφόδρα simples : i, 12, 16; n, 17, 18, 26, etc,, etc.» ou gneur », la vertu et la droiture individuelle qui en font tout le piix. xvi, 16 (absent de la Vulgate); cf. Eccli., prégnants : iv, 2; v, 9, 18, etc^ etc.; les locutions : vu, 9; xxxiv, 21-xxxv, 20 (Grec). — On peut aller μή'/α ήμχρών, in, 10; πάσα σχρξ, tl» 3; x, 13; κλήροainsi jusqu’à l’ascétisme. Le mariage est certes toujours νομχΐν, v, 1 »; δςέΟετο» ν, 18..., comme des contre-sens fort en honneur dans le judaïsme. Pourtant le long qui ne peuvent s’expliquer dans le grec de la traduc­ tion que par de fausses lectures de ce texte original, n, veuvage volontaire de Judith est expressément loué, vm, 4; xvi, 22 (Vulg., xvi, 26 : crut eliam virtuti cas­ 2; ni, 10; vin,21. Voir sur cette question, Movers, Ueber die Ursprache der deuterokanonischen Bûcher des Allen titas adjuncta: cf. xv, 11 : eo quod castitatem amaTestaments, dans ZeUschri/t lûr Philosophie und kathoveris); il paraît mémo avoir dans la pensée de l’héroïne lische Théologie, Heft 13, Cologne, 1835, p. 35 sq.; valeur déterminante pour le secours divin, ix, 4, 9 Fritzsche, Die Bûcher Tobi und Judith erklârt.Lelprlg. (Vulg., lx, 3). 4® La joi juive. Le prosélytisme. — Le centre de la 1853, p. 115 sq.; Tony André, Les Apocryphes de ΓAncien Testament, Florence, 1903, p. 158-159. piété juive est la croyance en Dieu, créateur de toutes 2. Principales versions. — a) Version grecque. — choses, et en sa puissance, racine de l’immortalité, Elle existe sous trois fermes : a. celle des Septante dans Sap., xv, 2-3 : έπίστασΟαί σε, cf. Sap., m, 9; II Macch., les principaux et plus anciens mss Vaticanus. Alexan­ vn, 28-40; IV Macch., xvi, 18-23, etc., formellement distincte do la confiance en la Sagesse ou en Dieu — drinus, Sinaiticus, Vendus. (Bonnes éditions dans Fritzsche, Libri apocryphi Veteris Testamenti graece, cette confiance marquée par le môme mot, τηστεύειν Leipzig, 1871, p. 165-203; Swcte, The Old Testament in — et impliquant adhesion de l’esprit par conviction ou par choix, ci. Henoch., xlvi, 7; lxiii, 7, etc. Judith Greek. Cambridge, 1896. t. ii, p. 781-811 (texte du Vaticanus, variantes de X et de B); b. celle du ms. 58 manifeste cette croyance, formule cotte « confession » de fol dans son discours, vm, 14 el dans sa prière, que l’on croit être ù la base de la vieille latine et de la ix, 14. Qui plus est, cette « foi ■ devient condition Peschltto; c. celle do la recension lucianlquc, ms. 19 et d’admissibilité dans la communauté, ainsi qu’il appert 108. Autres textes grecs dans Scholz, Commentar ûber de l’exemple d’Achlor converti au judaïsme, xiv, 10 : das Buch Judith, 2· édit., Leipzig, 1898, p. ii-cxxn (en έπίστευσεν τφ Οεφ... (Vulg., χιν, 6 : credidit Deo et appendice), qui utilise cod. 71; Vigouroux, La Bible circumcidit carnem,..). Le prosélytisme juif attesté par polyglotte, Paris, 1902, t. m, p. 528-602, qui prend pour base le ms. Paris, suppl. grec, 609. ce fait pour le pharisaïsme palestinien, procède ainsi par voie d’assimilation dans son effort pour réaliser b) Venions latines. —a. Vieille latine. — Édition de son espoir de la conversion du monde païen, espoir P. Sabatier, d’après cinq manuscrits aux nombreuses variantes, B ibt iorum Sacrorum latinx vers tones anti­ bien marqué à cette époque : Dan.,111, 33 (Grec), 87, 9o (Grec); Tob., χιν, 6. Il absorbe les éléments étrangers quae, Keims, 1743, t. i, p. 744-790. /Kutrcs manuscrits qu'il recrute ; il défend et assure son caractère signalés par S. Berger dans Notices sur quelques textes national persistant : le monde doit se faire juif et latins inédits de l’Ancien Testament. Paris, 1893, non le Juif se résorber dans le monde des nationalités. p. 28-29, et Histoire de la Vulgale pendant les premiers IV. Histoire du livre. — 1® Auteur et date. — siècles du Moyen Age, Nancy, 1893, p. 19 à 101 pas­ L'auteur du livre de Judith est et parait devoir rester sim. — b. Vulgate hiéronymlenne. — Saint Jérômo complètement inconnu. La première rédaction sc place connut cetto ancienne version latine du livre de Judith d’elle-méme entre le temps de l'exil et les premières par de « nombreux codices » dont les « divergences », année·» de la diffusion du christianisme. ICI le est certai­ à son avis · défectueuses », lui déplurent 11 paraît nement post-cxilicnne; car, iv, 3, 8 (Vulg., iv, 5, 11); néanmoins en avoir fait usage pour sa traduction de v, 18-19 (Vulg., v, 23) les Juifs du lécit sont · revenus 1 co livre — d’un texte araméen, chaldæo... sermone de la captivité » et gouvernés « par les grands prêtres ». conscriptus — et d’une façon pour lo moins négative, Elle est certainement aussi antérieure aux temps pre­ en ce sens qu’il retrancha délibérément do ces f7!9 L’DITH (LIVRE DE), HISTOIRE DU LIVRE JUÊN1N 1720 mais qu’il étalt prêt A suppléer aux unes et A corriger les antics. > Cependant Nouilles avertissait le P. Juénin d’avoir à souscrire aux constitutions d'innocent XI et d'Alexandre VII, A signer l'engagement de faire subir A son cours les retouches nécessaires. Juénin donna une édition nouvelle des Institutions tMolo· giques; elle parut A Lyon on 1705, avec do nombreuses corrections et additions. Il l’avait auparavant sou­ mis»· A l’approbation du vicaire général de l’arche­ vêque, Picot, puis expédiée A Borne, l'accompagnant d’une lettre fort déférante, où il professait s’en rappor­ ter au Jugement du Saint Siège. Le cardinal Pulucci. au nom du souverain pontife, lui répondit on termes très bienveillants, le félicitant de l’esprit qui l’animait, mais ne lui adressa ni approbation ni désaveu. Dans le même temps les évêques poursuivaient leur cam­ pagne contre l’ouvrage du P. Juénin, qu’ils ne se contentaient plus d'estimer dangereux, suspect de Jan­ sénisme, mais qu’ils déclaraient hérétique, parsemé de propositions fausses, téméraires, erronées; enfin ils le dénonçaient au souverain pontife. L’évêque de Char­ tres, Godet des Marais, l’avait, en 1705, interdit dans son diocèse. Par son ordonnance du 16 Juin 1706, le cardinal deNoailles lui-même suspendit dans son archidiocèse l’usage de l’édition de Paris de 1700, avec la clause donec corrigatur. L’auteur, admis A sc faire entendre, donna des explications que l'archevêque Jugea satisfaisantes et qu’il fit imprimer à la suite de son mandement. Le cardinal de son côté convenait • que les Institutions (héologtqites avaient eu l’appro­ On no trouve de commentaires proprement dits du livre do Judith qu'à partir du Moyen Age : Ilaban Maur, P. L., bation do docteurs éclairés et zélés pour la saine doc­ t. cix, col. 539; W. Strabon, t. CXirr, col. 731 ; Hugues de trine et qu’elles avaient été professées dans quelque!· Saint-Victor, t. clxxv, col. 744, etc., puis, dans les temps uns des séminaires de l'orchidiocèse et quelques autres modernes. Corneille de Laplcrre, Ménnchlus, Cal met, etc., séminaires par ordre des évêques. » A Rome, le pape dans leurs commentaires d'ensemble sur la Bible. Clément XI chaigea des théologiens d’examiner mûre­ Commentaires spéciaux. — 1. Cathuliqucs : Serarius, ment les Institutions théologiques, et un décret suivit, Mayence, 1599; Sanctius, Lyon, 1628; Pamcllus, Cologne, les condamnant avec la clause donec corrigatur, 1628; Diego de Colada. Lyon, 1637; Joseph do la Cerda, Lyon, 1644; Vellosus, Lyon, 1649; Neuville, Paris, 1728; 28 mai 1708. L'évêque de Meaux, futur cardinal de Nickel, Breslau, 1854; Gillet. Paris, 1879; Scholz, Würz­ Bissy, devait, peu apris, dans un mandement où il bourg et Leipzig, 1887, 1898. affirmait le droit de l'Église de définir les faits dogma­ 2. Non catholiques. — Fritzsche, Dos liuch Judith, tiques, soumettre la théologie de Juénin A une cri­ L«lprig, 1853; Wolff, Dos IL Judith, Leipzig, 1861 ; Zôckler, tique solide et remarquable et la proscrire dans son Das B. Judith, dans Die Apokryphen des Allen Testaments, diocèse, 16 avril 1710. Munich, 1891, p. 185 sq. Le P. Juénin jouit parmi ses contemporains d'une Bibliographie abondante dans Zôckler, op. cit., et Tony André, op. cil., p. 147-148. grande réputation de science théologique, que ses L. Bigot. nombreux travaux connus non seulement en France JUENIN Qaepard, théologien de i’Oratoirc, né I mais encore A l’étranger, lui avaient acquise. Cepen­ en 1650, à Varanibon, en Bresse. Il (ut professeur en dant, comme le prouvent les difficultés au milieu des­ plusieurs maisons de sa congrégation, mais surtout quelles il eut A sc débattre, Il donna des gages au Jan­ au séminaire de Saint-Magloire, à Pans, où il donnait sénisme par certaines propositions glissées avec beau­ * conférences sur la théologie. C’est IA qu’il mourut de coup d’art dans son cour». En morale, c'est un théolo­ en 1713. 11 fit paraître A Lyon d’abord, en 1696, puis A gien sévère. Paris en 1700 sc·» institutiones theologico: ad usum se­ Outre les publications que Juénin a fait paraître minariorum. L’ouvrage fut aussitôt adopté par plu­ pour sa défense et dont une nomenclature serait peu sieurs évêques de France dans leurs diocèses. Cepen­ utile, nous avons de lui : 1° Commentarius historicus dant il ne tarda pas a soulever une vive polémique, et dogmaticus de Sacramentis, Lyon, 1696 et 1705, 2 vol. comme entaché de jansénisme. Les professeurs du In-foL, Venise, 1778. Ce commentaire est suivi de trois séminaire de Besançon donnèrent le signal, l'attaquant dissertations sur les censures, les irrégularités et les avec Apreté et demandant qu’il fût pioscrit. Quelques indulgences. Pour la première fois, la matière de tous évêques ensuite relevèrent dans lo manuel des expres­ les sacrements y cat traitée avec quelque étendue. sions qui leur parurent suspectes ainsi que des omis­ L’auteur y est Adèle A la nu'· th ode scolastique, mais il sions regrettables, et ils en interdirent l'usago dans en évite la sécheresse par mu· foule de détails instruc­ leurs séminaires. Ils le dénoncèrent même au cardinal de tifs sur la liturgie des différentes Églises anciennes et N oail les. archevêque de Pans, comme favorable aux modernes, sur la discipline des sacrements nu cours des jansénistes. Le cardinal, afin de s'épargner des difficul­ Ages et sur les dispositions avec lesquelles II est néces­ tés dans la suite, avait dès l'année 1700, déclaré « que saire de les donner et de les recevoir; 2® Institutiones l'auteur ni dans ses principes ni dans ses conclusions ne theologica· ad usum seminariorum. Lyon, 1696, 1705, soutenait les cinq propositions, et que. touchant le 4 vol. In-12; Paris, 1700, 7 vol., même format; 1736 *, fait janséniste condamné, il n'enseignait rien de con­ 2 voL, In-fol.» 1747; Venise, 1701, 1705, 1773; Anvers, traire a la soumission extérieure qu’on doit A l'ÉglUo; 1746; 3· Compendium theologia·, Paris, 1708, in-12 * que le susdit auteur avait déparé son ouvrage pur Anvers, 1759, trèn bon abrégé par demandes * et par * quelque omissions (Achcuscs et des expressions peu réponses, des Institutions thêologiques et du Commen­ circonspectes qui le faisaient suspecter de jansénisme. taire, A l'usage des ordinands, qui a eu beaucoup de codices tout re ο··ι nr correspondait point clairement iu texte aranu n, . ment dans la même chair où il est mort et ressuscité. Interprétation favorisée par la version grecque du Ibid., n. 422. Cf. ibid., n. 427. Entre temps, Innocent II document, où mox est rendu successivement par αύτίκα avait condamné cette proposition d'Abélard : Quod et παραυτίχα. Mansi, Concil., t. xx. col. 72. Peut-être adventus in fine swculi possit attribui Patri. Ibid., l’Églisc ne s’est-elle pas souciée d’une rigueur aussi η. 384. Voir art. Adélard, t. !, col. 47. Dans tous ces textes, c'est l'incarnation quo l’Église veut mettre stricte. En tout cas, son texte suffit pour exclure l’idée in tuto À propos du jugement. d'une longue attente et pour signifier que les sanctions LA où domine le caractère cschatologique, c'est suivent la mort sans retard. Mais comment le sort étemel des Ames serait-il toujours le Jugement universel qui est au premier plan. déterminé, si ce n'est par un Jugement? L’Église Ainsi au XI· concile de Tolède (675) : Ad dexteram Patris sedens, exspectatur in finem sarculorum judex s’abstient de prononcer lo mot et il est remarquable omnium vivorum ct mortuorum. Inde cum sanctis Angelis que l’expression in die judicii soit, ici encore, réservée et hominibus veniet ad jaciendum judicium, reddere uni­ au Jour de la parousle. Néanmoins la logique do son cuique mercedis proprier debitum. Denz.-B., 11. 287. Et langage inclutmanifestemcnt l'existence d’un jugement préalable, dans lequel sont appréciés dès la mort les tout de même au concile œcuménique du Latran (1215): Venturus in fine suculi, judicaturus vivos et mortuos et mérites de chacun. Il n’en faut pas davantage pour redditurus singulis secundum opera sua lam reprobis avoir une affirmation Implicite, mais déjà très nette, quam electis. Ibid., n. 429. D'où l’on voit qu'au début du Jugement particulier. du xiti· siècle, l’Églisc n’éprouvait pas encore le C'est tellement vrai que le concile se sent obligé de besoin de modifier le texte des vieux symboles ou d'en faire aussitôt la remarque, comme pour prévenir un préciser la teneur. malentendu, que la foi à ces sanctions de la première II. MOYJSS age (χιιι·-χν·siècles).—Ce besoin n'al­ heure n'empêche pas l’Église do professer la résurrec­ lait pas tarder à se faire sentir. La profession de foi tion universelle et la comparution finale de tous les offerte au II· condic de Lyon (1274) par l'empereur humains devant le tribunal du Christ. Mettre à l’abri Michel Paléologue et prise par l'assemblée comme base de toute incertitude la croyance au jugement général d’union avec les Grecs porte la trace de préoccupa­ n’est-ce pas dire que la définition précédente équivaut tions nouvelles. Pour donner à cc document toute son à poser l'existence d’une autre procédure du même importance, il faut d'ailleurs tenir compte qu'il avait ordre, sinon tout à fait du même caractère? La for­ été préparé par le pape Clément IV ct officiellement mule de fol adoptée au concile de Lyon n’emploie sans envoyé de Borne à Constantinople, le 24 octobre 1272, doute pas le tonne de jugement particulier, et cette par le pape Grégoire X. Mansi, Concil., L xx, col. 47. réserve a peut-être pour cause le désir de ménager Ie Texte. — On y remarque deux parties, dont le certaines susceptibilités en respectant la terminologie rapprochement à quelques lignes de distance ne peut reçue; mais elle consacre incontestablement la chose. que frapper l'attention. Tandis que les anciens symboles ne parlaient expli­ Tout d’abord I empereur exprime sa croyance à citement que d'un seul jugement, nous en voyons l’incarnation dans une formule du plus pur style tra­ maintenant apparaître deux : l’un pour chaque homme ditionnel : Credimus ipsum Filium Dei... cum carne au lendemain de la mort, l’autre pour toute l’humanité qua resurrexit et anima ascendisse in ealum et sedere à la fin des temps. Et l'importance de cc premier juge­ ad dexteram Dei Patris, inde venturum judicare vivos ment est telle qu'en l'affirmant l’Églisc doit aussitôt et mortuus, et redditurum unicuique secundum opera sua. noter expressément qu’il ne fait pas concurrence au Denzinper-Bannwart, n. 462. Suit une sorte d’annexe, second. Nihilominus in die judicii omnes homines anle Ajoutée propter diversos errores a quibusdam ex igno­ tribunal Christi... comparebunl : ccttc clausulc est le rantia et ab aliis er malitia introductos, qui com­ Jalon, posé par la main même de l’Église, qui témoigne du développement qui s’est fait depuis les siècles pré­ mence par affirmer l’existence du purgatoire pour les cédents. défunt» insuffisamment purifiés ct s’explique ensuite 3° Documents postérieurs. — Tous font désormais but le sort des autres catégories. Les Ames qui meurent txemptr. de toute faute vont nu ciel : mox in cadum I leur profit des précisions nouvellement acquises. rtcipi; vt.lcs qui meurent dans un état de péché grave Le plus Important est la célèbre constitution Bene­ descendent en enfer : mus in infernum descendere. dictus Deus de Benoit XI l (29 Janvier 1336), qui se Première sanction qut doit s’entendre, continue le prononce sur l’échéance de la vision béatiflquc. Voir concile, sans préjudice pour la solennelle reddition de • art. Benoit XIL t. 11, col. 657-073. On y retrouve les comptes qui attend tous les hommes au jour du juge­ 1 termes mêmes du concile de Lyon : Anima: sanctoment : Eadem sacrosancta Ecclesia Romana firmiter , rum... mox post mortem suam luerunt, sunt et erunt in train ei firmiter asseverat quoi nihilominus in die judicii I coelo, mais précédés de ia formule ; definimus, qul lcur omnt > homines ante tribunal Christi cum suis corporibus donne leur suprême valeur. 11 y est dit de mcinc uu 1725 JUGEMENT, DOCTRINE DE L’ÉGLISE sujet des damnés : Definimus Insuper quod... anima decedentium in actuali peccato mortali mox post mortem suam ad tnjerna descendunt. Chemin faisant, le pape y emploie à deux reprises l'expression : judicium generale, qui Lusse entendre aussi nettement que pos­ sible l’existence du Jugement particulier. Aussi termlnc-t-il en reprenant sous la même clause définitive le paragraphe Nihilominus, qui réserve formellement la réalité du jugement général. Denzlnger-Bannwart, n. 530-531. La doctrine du double jugement est, non seulement conservée, mais précisée, et Introduite, explicitement pour le jugement général, implicitement pour le jugement particulier, dans le cadre d'une défi­ nition de foi. Un siècle plus tard, le concile de Florence (14281431) réédite encore Λ l'usage des Grecs la doctrine du concile de Lyon; mais il sc contente de la formule mox, sans y ajouter le paragraphe complémentaire Nihilo­ minus. Dcnzingcr-Bannwart, n. 693. C’est un simple rappel, où reparaît, sans addition ni modification notables, l’essentiel de renseignement déjà défini. 4° Origine de cet enseignement. — 11 est remarquable que cette formule désormais classique, où se lit pour la première fols l'indication précise d’un jugement autre que le jugement général, apparaisse au moment où l’Église entre en contact avec les Grecs schismatiques en vue de réaliser leur union avec l’Occident. Sur la position des orientaux aux conciles de Lyon et de Florence, voir Hefele-Leclcrcq, Hist, des conciles,!· via, p. 153 sq. ct t. vu b, p. 969 sq. Ceux-ci, en effet, semblent avoir eu, en matière cschatologique, des idées passablement confuses. Non seulement ils étaient hostiles nu dogme du purgatoire, mais plusieurs retenaient volontiers la doctrine ar­ chaïque d’après laquelle la possession de l’enfer et du ciel serait plus ou moins complètement différée jus­ qu’au dernier jour. Ainsi divers auteurs jncobltcs du haut moyen âge rapportés dans Asscmani, Bibliotheca orientalis, t. n, p. 130, 166-167, 294, 504, tLDisserlalio de Monophysitis, n. 5, ibid., texte non paginé. Il en était de même chez beaucoup de Grecs. Quelques apo­ logistes n’ont voulu trouver cette conception que chez de rares polémistes postérieurs nu schisme de Photlus, ainsi Pit/ipios, L'Eglise orientale, Rome, 1855, t. î, p. 91. Saint Thomas la signalait seulement. Sum. contra Gent., IV, xci, comme error quorumdam Graco­ rum. En réalité, H y eut toujours en Orient un courant théologique très fort en faveur du retardement dos sanctions, qui a précédé les conciles d’union et qui devait leur survivre. Le P. Jugie en a recueilli d’incon­ testables témoignages dans les livres liturgiques ct chez les théologiens à partir du îx· siècle. Échos d'Orient t. xvn, 191 I, p. 209-228. Ce fut un des thèmes des toutes premières controverses entre Grecs ct Latins. Voir le traité Contra errores Gnrcorum, publié en 1252 par les dominicains do Constantinople. P. G., t. cxl, col. 487 et 510-514. Do plus, on voyait encore traîner dans quelques sectes dissidentes, sinon dans l’Églisc officielle d’Orient, des notions directement contraires au jugement parti­ culier. Certains hérétiques d’Arabie, contemporains d’Orlgène qui les réfuta, auraient enseigné que l’âme meurt avec le corps pour ressusciter avec lui au dernier jugement. Eusèbe, H. E., 1. VI, c. xm, P. G., t. xx, col. 597; renseignement adopté par saint Augustin, De hær., 83, P. L., t. xlîi, col. 46. Sans aller aussi loin, plusieurs Orientaux professaient la vieille Idée du sommeil des âmes. Voir P. Schanz, art. Scelenschlaj, dans Kirchenlcxicon, t. xi, col. 57-58. Telle était, en particulier, ainsi qu'en témoigne déjà un écrivain du îx· siècle, l'évêque Moïse Bar Kcphn, la doctrine des Nestoriens do Syrie. Ose. Braun, Moses bar Kepha und seinBuch von der Seele, Fribourg-en-Brisgau, 1891, I 1726 p. 102. Voir également Assem ani, Bibliotheca orien­ talis, t. n b, p. cccxLir. Les textes sont publiés au t. ni, p. 95 et 128, et de nouveau, avec un lot consi d ruble d’inédits, dans O. Braun, op. cit., η. χνπτ,ρ. 142148. On trouve aussi trace de la même croyance chez quelques Arméniens. Voir Arménie. t. r, col. 1953 et Ame (chez les Syriens), t. r, col. 1018-1019. Au xvi * siècle, le P. Éliano crut encore constater chez les maronites la négation du jugement particu­ lier. Voir Thomas de Jésus, De unione, v, 6, dans Migne, Theologia cursus, L v, col. 695. Mais c’est là un faux renseignement dû aux informations super­ ficielles de l'auteur. P. Dib, dans Revue des sciences religieux·:, 1921, p. 203-206. Pour arrêter ces erreurs, l’Église voulut imposer aux Grecs cette profession formelle do fol, qui affirme l'échéance Immédiate des sanctions après la mort et postule par là-même l’existence d’un Jugement parti­ culier. III. temps MODEREES. — Depuis lors, aucun acte nouveau du magistère ecclésiastique n’est venu s’ajouter aux pr · Vdents; mais PÉglise n marqué son intention d’en conserver la lettre et l'esprit. Les premiers protestants, à l’exception du purga­ toire, ont à peu près retenu les traits const tutifs de l'eschatologie traditionnelle. Voir Eug. Picard, art. Eschatologie, dans Lichtenberger, Encyclopédie de sciences religieuses, t. iv, p. 498-499. Chez les anabap tlstcs, on vit bien revivre l’idée du sommeil des âmes, sous le nom grec de psychapannychie, ct Luther a vouait, au moins dans sa correspondance privée, ses préfé­ rences pour ce sentiment : Proclive mihi est concedere tecum in eam sententiam justorum animas dormire ac usque ad judicii diem nescire ubi sint... Idem de damna tis sentio... Igitur sententia mea est incerta hae esse. Verisimile autem, exceptis paucis, omnes dormire insen­ sibiles. Lettre à Arnsdorf, du 13 Janvier 1522, dans Enders, Luther’s Briejivechsel, n. 477, t. ni, p.269-270. Il s’appuyait pour cela sur les nombreux passages de l’Écriturc qui présentent la mort comme un sommeil. Mais cette opinion trouva un adversaire en la per­ sonne de Calvin, qui la combattit dans sa Psychopannychia, publiée à Strasbourg en 1542. Opera omnia, édition Baum, Cunitz ct Reuss, t. v, Brunswick, 1866, col. 165-233. De sa préface même il résulte que cet ineptum dogma, cette insania avait à peine gagné ali­ quot hominum millia et, ne pouvant encore s’autoriser d’aucun théologien connu, se répandait en brochures clandestines distribuées sous le manteau. Zàid.,col.l69170. Néanmoins, pour ne pas devenir veritatis pro­ ditor, Calvin en veut ruiner les prétendus fondements scripturaires et s’applique particulièrement à montrer comment on peut concevoir la réalité de sanctions avant le dernier jugement, col. 210-217, bien que, suivant une de scs idées familières, elles soient encore incomplètes jusque-là. Institutio religionis Christiana, III, xxv, 6; ibid., t. n, col. 735-736. Au total, l'erreur visée n’entra nas dans les symboles officiels de la Réforme et l’Église put se contenter d’opposer au protestantisme son enseignement ordinaire résumé par le Catéchisme romain, part. I, c. vin, 3-4. Il n’y eut pus davantage de fait nouveau du côté des Grecs. Mais on trouve toujours, chez beaucoup de théologiens orthodoxes, avec l'affirmation nette du jugement particulier, la même tendance à retarder les sanctions qui se manifestait au moyen Age. Dos­ sier dans Jugie, Échos d'Orient, t. xvn, 1915, p. 102421. Voir aussi la recension spéciale consacrée aux doctrines de deux théologiens hellènes contemporains, Androutsos et Dyovounlotis, ibid., t. xi, 1908, p. 262264. Cf. K. Lûbek, Théologie und Glaube, t. I, 1909, p. 782-783. A lu fin du xvur· siècle, Eugène Boni garis et son disciple Théophile Papaphllos allèrent même JUGEMENT, CROYANCES DU PAGANISME 1728 Jusqu’A la négation formelle do tout Jugement parti­ à ces notions fondamentales sur Dieu et sur l’homme qui y furent toujours si imparfaites. Sans avoir entiè­ culier; mais leur enseignement n’a pas fait école. rement disparu, le Bleu suprême s’cfTaçait pratique­ Jug/e, ibid., 1914, p. 13-14. Cf. p. 17. On comprend, dans ces conditions, que les papes n'aient cessé d’im­ ment derrière les créations variées de riinngirmUon polythéiste, peu faites pour maintenir ou développer poser aux Orientaux de nouvelles adhésions au concile le concept de justice, quand il ne *e transformait pas de Florence. Ainsi, en 1575, Grégoire XI H.Deiuingcren un destin aveugle ou en protecteur partial de la Itannwart, n. 1084, et, en 1743, Benoit XIV, ibid., b. HihS. cité. Non moins piécaire était la conception de l’âme Chez les protestants modernes, l’hostilité au Juge­ et de son indépendance à l’égard du corps : ce qui entraînait le païen à se representer la vie d’outre· ment particulier est devenue générale. Le mouvement tombe comme une existence plus ou moins éteinte, fut lancé par l’anglais Thomas Burnet, dans son De statu mortuorum et resurgentium tractatus, editio nova, inapte par conséquent à supporter des sanctions. De ces sanctions, enfin, la pauvreté des notions morales Colonise Cheruscorum, 1733. 11 y soutient l’idée d’un état intermédiaire des âmes en attendant leur réunion n’imposait guère, au demeurant, ni le besoin ni le au corps et, chemin faisant, sc livre à une vive sortie désir. contre le Jugement particulier, ibid., p. 72-75.La thèse Cependant ll faut compter aussi avec ce sentiment principale fut réfutée par le savant italien Muratori, spontané du bien et du mal, qui entraîne si aisément, De paradiso regnique ecclesiis gloria, Vérone, 1738; devant les injustices d’ici-bas, l’appel A une justice mais le problème du Jugement n’occupo que peu de future. Judicii divini invocatio ubique, constatait Terplace, p. 19-20, dans cette vaste compilation. Au cours tullicn quand il se plaisait à ausculter les mouvements du xix· siècle, la croyance à l’assoupissement des âmes instinctifs de « l’âme naturellement chrétienne ». De a pris une extension croissante, dont témoignent testimonio animæ, 6, P. L., t. 1, col. 692. Pour le déve­ E.Picard, op. cit., p. 498-199 et le pasteur Louis Émcry, loppement, voir ibid., 2, col. 685 et Apolog., 17, ibid., L*espérance chrétienne de l'au-delà, Lausanne, 1913, cuL 433. L’histoire des religions justifie dans une large p. 39. Mais elle reste combattue par les défenseurs de mesure cas intuitions du vieil apologiste africain. l'orthodoxie, par exemple Splittgcrber, Tod, Fortleben l. rxliqioxs des non civilisas. — « Autant la und Au/erstehung, 2· édit., Halle, 1809, p. 95-101, et survie est pour nos primitifs chose indiscutable..., Binck, Vom Zustand nach dem Tode, 3· édit, Bâle, autant paraît faible l’idée do l’immortalité et de la 1878, p. 27-56. rémunération », écrit Mgr Le Boy, dm\sChristus,p. 59. Est-ce pour obvier à la menace de ces erreurs ou, De même, d’après M. Bros, c’est « très rarement » plus simplement, pour donner au Schéma de fide catho­ qu’intervient l’idée de la rétribution future, ■ cette lica son couronnement naturel? Toujours est-il que notion, poursuit-il, étant très confuse ou absente chez le concile de Vatican avait mis dans son programme la plupart des non civilisés. » Bricout, Où en est l'his· un enseignement sur les Ans dernières. En définissant loire des religions, t. 1, p. 87. que la mort est le terme de l’épreuve, on aurait touché I En etïet, tout absorbés par les soucis de la vie pré­ au Jugement particulier dans ces termes : post viam sente, les sauvages ne se préoccupent guère, en général, hujus vitæ, quando hommes jam ad terminum relribu- I de l’au-delà. Quand ils y pensent, ils sont plutôt portés tioms pervenerunt, ut referat quisque propria corporis à concevoir la vie future comme une continuation de prout gessit, et ajouté que cette reddition de comptes celle d’ici-bas, avec les mêmes nécessités physiques et a lieu mox post obitum coram sancio et justo judice Deo. * les mêmes inégalités, voir© les mêmes anomalies Premier schéma De fide cath., 17, Collectio Lacensis, I sociales. Cf. L. Marinier, La survivance de l'ûme et l. vu, col. 517. · Incise occasionnelle », incisum in l'idée de justice chez les peuples non civilisés, Paris, obliquo positum,qui auniitenseignérapplicationlmmé1894, p. 2-10. Néanmoins, jusque dims ces ténèbres, dîate dos sanctions sans rien définir sur la forme et le on voit briller quelques lueurs. L’instinct moral et mode du Jugement particulier. Ibid., ad n. 41, col. 550l'instinct religieux semblent en avoir été la source. 551. Dans le secund projet, la même mention indirecte Certains crimes graves, ceux-là surtout qui vont du Jugement particulier était maintenue, mais le texte contre les lois constitutives do la tribu, sont punis sur aiusl modifié : Dost mortem enim mox ad Dei tribunal la terre par lu justice humaine : do là pouvait et devait sistimur, ut rejeral quisque propria corporis prout gessit, venir assez naturellement la pensée qu’ils auraient sive bonum sive malum. Schem. re/ormatum, v, 6; aussi leur répercussion dans l’autre monde. Et si la ibid., coi. 564. La prorogation du concile empêcha la divinité venge dès ici-bas les o lien ses qui lui sont mise en discussion de ce texte. faites, par exemple la violation des tabous, n'est-il D’après ces divers documents du magistère ecclé­ paf normal qu'elle continuo à le faire toul autant après siastique. la réalité du jugement général est. unanime- | la mort? Voilà pourquoi on voit apparaître çà et là ment el avec raison, donnée par tous les théologiens la croyance aux sanctions futures : punitions réservées comme une vérité de foi. Mais < la doctrine d'un juge­ aux grands crimes sociaux, tels que le meurtre et ment particulier n'est considérée que comme une doc­ l’adultère, ou, plus souvent encore, à la lâcheté dans les trine certaine ». L. Laballchc, Leçons de théologie dog­ combats, tandis que le courage militaire vaut à scs matique, L n, 4· édit., Paris, 1921, p. 398. C’est que héros honneur et récompense. Voir Marillicr, op. cit., l’Église n’en parle jamais « que dans un sens assez 1 p. 32-33, 37-42, qui relève ce rudiment d’eschatologie général, en disant que le sort de l’homme ne tarde pas ’ morale surtout chez les peuplades américaines. A être définitivement fixé après la mort. · Ces sanctions ne se comprennent pas sans quelque IL Ckuyasces ou paganisme. — Pour mesurer Jugement; mais le Jugement lui-même n’apparall que la portée historique et religieuse de la révélation très rarenicnL On lo signale chez certaines tribus chrétienne, il est bon de Jeter un coup d'œil sur lo indiennes de l’Amérique du Nord, telles les Chippewas monde païen. Avec beaucoup d'erreurs et de lacunes, et les Khonds, chez les Karens de Birmanie et aussi on y trouve aussi, sur ce point final des fins der­ chez quelques nègres do la Guinée. Encore se produit-il nières, un certain nombre d’approximations qui ont dans des conditions très peu morales. C’est un être leur prix. quelconque, un animal parfois, qui vérifie sur le défunt D’une manière générale, l’eschatologie est la partie la présence du signe qui rend agréable aux dieux, ou faible de toutes les religions en dehors du christiuqui l'aiguille, à une bifurcation, entre deux routes dont rnsme-C'est surtout vrai pour la question du Jugement. l’une conduit à la Joie ot l'autre à la peine. D’autres La raison en est qu'aucune u’esl plus étroitement h».c (ois, c'est un pont magique qui laisse passer lea bons 1729 JUGEMENT, CROYANCES DU PAGANISME et repousse les méchant · * Il n’est d’ailleurs pas sûr que ces imagos plus ou moins rudimentaires soient égale­ ment primitives et l'hypothèse n’est pas exclue d’em­ prunts faits, nu cours des temps, à d’autres religions. Quelquefois c’est le dieu des morts, Cootay chez les Karens, qui Jugo les hommes suivant leur conduite; plus souvent c’est aux victimes mêmes que le soin des représailles est confié. Voir J.-A. Mac-Culloch, art. Bschatnlogy, dans Hustings, Encyclopedia of Reli­ gion and Ethics, t. v, p, 373-374. //. croyances des civilisas : rklygioxs orif.x- TALEB· — Dans les couches les plus profondes des peu­ ples civilisés, on constate souvent la même absence de préoccupations escbatologlques. Mai * le progrès reli­ gieux les fait apparaître presque partout et s’épanouit en doctrines sur lesquelles chacune des grandes reli­ gions imprime son caractère distinctif. 1° Parsisme. — Avec son dualisme, qui invite l’homme à prendre parti dans la lutte éternelle du bien contre le mal, le mazdéisme devait être une religion à tendances morales. Le souci des rétributions futures en fut la conséquence. Étrangères sans doute au début de VAvesta, elles y entrèrent de bonne heure sous la forme de croyances fermes et déterminées. 1. Eschatologie individuelle, — On y trouve d’abord très net le sentiment de la responsabilité individuelle et du Jugement qui attend les hommes après la mort. Voir les textes recueillis dans N. SOderblom, J.a vie luture d'après le mazdéisme, Angers, 1901, p. 78-136. Le centre de l'eschatologie mazdéenne est constitué par le fameux pont Cinvat, posé sur l’abîme des enfers et qu’il faut franchir pour parvenir au ciel. Dès l’entrée du pont, que l’âme atteint au quatrième jour d’un laborieux voyage dans les régions de l’au-delà, un certain discernement se produit, on ne sait trop com­ ment, entre les bons et les méchants. Pour ceux-là, le pont sc fait large et facile, de telle sorte que l'âme, aidée par les esprits secourables, le traverse sans difllculté. Mais pour ceux-ci, le pont devient hérissé d’obstacles et se rétrécit Jusqu’à l’épaisseur d’une simple lame de rasoir, cependant que les esprits mau­ vais assaillent le défunt d’une terrible tempête : inévitablement l'âme coupable culbute dans l’enfer. Sur l’in fluence de cette image ou les productions ana­ logues chez les autres peuples, voir G.-A. Prank Knight, art. Bridge, dans Hastings, Encyclopédie dtéc, t. n, p. 852-854. Dans les livres plus tardifs on voit apparaître formellement « un Jugement nu pont ». Ce jugement est parfois attribué au seul Dieu bon. « Aùharmazd (Ormuzd) et tous ses anges et archanges font en Justice l’examen des âmes des hommes. » SOderblom, p. 96. Les traditions populaires connaissent trois Juges subalternes : Mithra, Haschnu et Sraosh, Mithra Jouant le rôle principal. II a enregistre les actes des hommes pendant leur vie et les examinera l’un après l’autre dans les trois Jours qui suivent leur mort. Rushnu tient à la main une balance d’or dans laquelle il pèse les actions de chacun. Dans ce jugement, une place égale est d'ailleurs faite aux observances pure­ ment rituelles et aux prescriptions de l’ordre moral. SOderblom, ibid., p. 108-116. Mais les théologiens du mazdéisme postérieur se préoccupent d’établir, jusque dans le plus minutieux détail, une proportion exacte entre le péché et sa punition. Ibid., p. 122-125. 2. Eschatologie collective. — Un des traits les plus caractéristiques du mazdéisme est la croyance à une eschatologie collective de l’humanité. Elle a commencé peut-être par l'idée d'une fin toute physique du monde, due à quelque gigantesque accident cosmique, mais qui reçut bientôt une interprétation religieuse. Au terme d’une évolution plusieurs fols millénaire, dont les étapes sont soigneusement marquées, se produira 1730 un déchaînement des mauvais esprits. Mais un sui­ veur du monde apparaît, qui ressuscite tous les hommes et les convoque pour une · assemblée du Jugement », dans laqueîle seront révélés les secrets des cœurs, où la vie de chacun recevra sa suprême sanction. Soderblom, ibid,, p. 217-265 et H. Hûbsrhmann. dans Jahrbûcher {Or prot. Théologie, t. v, 1879, p. 203-246. 2« Religions de l'Extrême-Orient. — L Confucia­ nisme. — « 11 semble que les grandes civilisations de la Chine et du Japon, avec leur morale si utilitaire, eussent dû étendre au delà de la mort la rétribution qui réglait leur religion et leur morale. Aussi ont-elles adopté avec avidité la noble rétribution que leur a apportée le bouddhisme, mais elles ne l'avaient pas elles-mêmes conçue. » SOderblom, ibid., p. 141. Confu­ cius, en particulier, est « absolument muet sur les sanctions d’outre-tombe. » L. Wleger, dans Christus, p. 106. En conséquence, la religion chinoise ne se préoccupe guère de l’autre vie, tandis que, chez les lettrés, règne la doctrine de Tchou-Hi qui s’y montre franchement hostile. Ibid., p. 113. 2. < De même la religion d’État du Japon, le shintolsme. a pris au boudhisme sa croyance du ciel et de l'enfer; elle ne semble pas l’avoir inventée elle-même, malgré son principe si accentué de rétribution... Au contraire, le taoïsme enseigne la récompense après la mort. » SOderblom, p 141-142. En somme, la sagesse des Célestes n’a pas dépassé les horizons de celte vie. 3° Religion ass yro-baby Ionienne. — II en fut a peu près de même dans les puissantes monarchies de l’Assyrie et de la Chaldee. D’après les croyances dominantes, le * morts sont réunis dans un lieu souterrain, où ils descendent sans retour et restent enfermés comme dans une prison sous la domination des divinités infernales. Ce royaume des morts est triste et sombre : c’est la « maison de ténèbres et de poussière. » « la demeure où qui pénètre est privé de lumière, où la poussière est leur nourriture, et leur aliment do lu boue. » P. Dhorme. Choix de textes assyro-babylonlens, Paris, 1907, p. 327. 'l'ous y mènent une vie chétive qui les oblige à compter sur les vivants pour la satisfaction de leurs besoins. Aussi n’est-il pas question habituellement de sanctions dans la vie d’outre-tombe. Si les dieux sont regardes couramment comme des Juges, P. Dhorme, La religion assyro-babylonienne, Paris. 1910. p. 222-224, c'est sur cette terre que s’exerce leur Justice. Voir Jeremias. Die babylonisch-assyrischen Vorstellungen vom Le ben nach dem Tode, Leipzig. 1887, p. 47-48. Cependant Istar ren­ contre aux enfers les Anounnakl assis sur des trônes d’or, et qui vont sans doute statuer sur son sort. P. Dhorme, Choix de textes, p. 338, note 33. Texte un peu vague et bien isolé, mais qui a fait croire que toute pensée des rémunérations futures ne fut pas absente chez les Babylonien . * Au total, l'intérêt principal de cette eschatologie rudimentaire lui vient de scs rapports avec celle du peuple hébreu. Pour la comparaison détaillée, voir P. Dhorme, Revue biblique, 1907, p. 59-79 et Jeremias, op. cil., p. 106-126. 4e Religions de l'Inde.—1. Brahmanisme.— Il semble que le brahmanisme primitif admettait, sous une forme au moins confuse, que le sort des hommes diffère dans l'autre monde suivant leur conduite dans celui-ci. Mais · le problème de In rétribution du péché dans une vie A venir n'a pas été examiné à fond. · L. de lu ValléePoussin, dans Christus, p. 242. Sur cos donnée * populaires, les brahmanes greffèrent ensuite leurs spéculations propres, caractérisées par la croyance à lu métempsychose. Un certain concept do Justice y est encore enveloppé; car le nombre et la condition des renaissances varient suivant l’état des Aines. Aussi est-il question chez eux do ùuma uu 1731 JUGEMENT, CROYANCES DU PAGANISME Dharma qui ftïge les morts, du frn qui éprouve les Ames, de la balance où sont pesés leurs mérites. Voir W, Jackson, Actes du X· congrès international des orientalistes, Genève, 1891, II· partie, p. 67-75. Mais le caractère moral de ce jugement est de plus en plus compromis par le fait que la transmigration tend à devenir une sorte de loi physique nu détriment de la personnalité et que le suprême idéal ollcrt aux êtres contingents est de s'absorber à leur tour dans l'être universel. En devenant panthéiste, le mysticisme brahmanique ne pouvait qu’effncer ou atténuer Vidée de sanction. 2. Bouddhisme. — Dans son principe, le bouddhisme n’est qu’une sagesse athée, conçue pour échapper au cycle tyrannique des renaissances. Les sanctions ultraterrestres n’y pouvaient, dès lors, tenir qu’une place restreinte. Il conserve cependant la loi du karma, en vertu de laquelle les hommes sont dirigés vers la joie ou la peine par le propre poids de leur conduite, qui devient, comme on n dit, · un principe automatique de Jugement. » Mac-Culloch, loc. cit., p. 375. Ces abstractions n’ont d’ailleurs pas suffi au boud­ dhisme populaire, qui les a concrétisées sous la forme d’un Jugement proprement dit. Un tribunal de dix Juges, présidé par Yenlo (« Yama), a charge de sc prononcer sur la conduite des humains. Ailleurs il est aussi question du pont des âmes. Sur les murs des temples ou sur les pages des livres bouddhiques on trouve souvent peintes des scènes de Jugement. ///. ΰΛΟΤΑΙΗΜΜ DK3 Ct VILISfis : RELIGIONS OCCI­ DENTALES. — SI les religions orientales ont eu une aire d'action plus étendue, leur influence sur la civilisation moderne a été moins directe et moins profonde que celles qui modelèrent le monde occidental. 1® Religion égyptienne. — Mère et nourrice de toute la civilisation méditerranéenne, l’ancienne Égypte sc distingue par une préoccupation spéciale de la mort et de l’au-delà. Le célèbre Livre des morts atteste com­ bien vive y était la croyance à la survivance de l’âme, aux sanctions qui l’attendent dans l’autre monde et au Jugement qui les repartit. Or » c’est un des textes les plus anciens qu’on connaisse; il remonte Jusqu'aux premières dynasties, ct on le trouve gravé sur les tombeaux de la dernière époque. Il était si populaire et si utile dans l’autre vie que chacun voulait l’empor­ ter avec sol dans la tombe. · A. Mallon, dans Christus, p. 488. Grâce à lui l’eschatologie égyptienne nous est connue en détail. · Immédiatement après la mort; le défunt subit un jugement devant Oslris ct quarante-deux autres juges assesseurs. Cette scène du Jugement est célèbre; elle est reproduite sur presque tous les papyrus funéraires, copies plus ou moins étendues du Livre des morts. Osiris, le dieu des morts, est assis sur son trône; Λ ses côtés, sc tiennent, sceptre en main, les quarante-deux Juges; devant lui, est posée une balance; dans un plateau est une feuille droite, symbole de la Justice; dans l’autre, le cœur du défunL Anubis, le dieu qui avait inhumé Oslris, fait la pesée du coeur; Thot, le secrétaire des dieux. Inscrit le résultat; dans un coin, un cerbère pour faire exécuter lu sentence. En avant, le défunt assiste à la scène. > Mallon, Ibid., p. 489-490, reproduit dans Dictionnaire apologétique, L I, col. 1332. C'est alun que le défunt, pour obtenir la faveur de ses |uges, récite «levant chacun cette fameuse confession négative, qui offre un si curieux monument du code moral égyptien. Voir V. Ennonl, La religion de l'Égypte ancienne, Paris, 1909, p. 342-353. Repro­ duction de la scène dans E. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, Paris, 1895, L I, p. 188-189. D’un commun accord, « cette croyance est affirmée sous le nouvel empire et même sous le moyen empire ; 1732 cc qui nous mène près du troisième millénaire avant Jésus-Christ. · Qu’en était-ll dans les périodes précé dentes? « Jusqu’à ces derniers temps, on n'en avait pas de traces claires dans les documents antérieurs uu moyen empire, ct plusieurs égyptologues avaient émis l’hypothèse que l'idée de la sanction était Inconnue des Égyptiens primitifs. » Or des découvertes récentes ont mis au jour un texte de la sixième dynastie ainsi conçu: « Je serai Jugé par le dieu grand, maître de l’occident, dans l’endroit où se trouve le vrai », ou. d’après da variantes, « dans le lieu où l’on Juge ». Malion, op. cil., p. 491-492 ct col. 1331. Ainsi donc, aussi loin que remonte l’histoire» on trouve en Égypte l’idée d’une justice extra-terrestre et de la rétribution qui la suit S’il est vrai que « les Égyptiens ont souvent.entrcvu des solutions que le christianisme apportera. > J. Capart, dans Bricout, Où en est Γ histoire des religions, 1.1, p. 126, ceci est particulièrement vrai en matière de Jugement. 2® Religion gréco-romaine. — Leur action s'est fait sentir de la manière la plus certaine ct la plus heureuse sur le monde hellénique. 1. A l’origine, les Grecs n’avalent aucune Idée de sanctions futures. Homère témoigne encore de cet état archaïque. « Quelle qu’ait été leur vie terrestre, l’Hadès ne réserve aux Aines ni châtiments ni récompenses personnelles. Trois criminels seulement nous sont signalés comme soumis à des supplices extraordinaires : Tityos, Tantale ct Sisyphe, tous trois châtiés vraisem­ blablement pour des attentats contre les dieux. Du séjour bienheureux, il n'est fait mention qu’une fols » (Odys., iv. 561-568), pour le seul Ménélns, ct à cause de son alliance avec Zeus. · Les autres mortels... sont destinés, pêle-mêle, à l'existence lamentablement * tenu ct monotone do l'Érèbe. » J.Huby, dans Christus, p. 317. Deux Influences vinrent élargir cct horizon borné. La première fut celle de Pythagore, qui introduisit l’idée orientale de métempsycho.se ct qui, au rapport de Jambiiquc, enseignait formellement l’existence du Jugement futur : έν άύου γάρ χεισΟαι κρίσιν. Vita Byth., 29. Plus importante encore fut celle de l’orphisme ct des « mystères », qui mirent l’hellénisme en contact avec l’eschatologie égyptienne : la préoccupation anxieuse du salut individuel qui les domine entraîne pour conséquence la croyance au Jugement. La plus ancienne attestation connue est fournie par une ode de Pindare, où on Ht qu’aux enfers il y a ■ quelqu’un · qui Juge, κατά yôc δικάζει τις, Olymp., n, 60. Eschyle connaît aussi · l’implacable justice de l’Hadès», Eu/nen,, 267 sq.,et 11 en attribue I exercice à Zeus, · qui punit les morts des crimes qu'ils ont com­ mis. » Suppliantes, 230. Mais bientôt se forma la tra­ dition d’après laquelle le jugement est confié à trois mortels remarquables par leurs vertus : Éuque, Rha­ damante ct Minus, celui-ci étant parfois remplacé par Triptolèrae. Platon, qui atteste à plusieurs reprises la croyance ferme à cette magistrature souterraine, a décrit les attributions respectives des juges et le fonc­ tionnement du tribunal. Rhadamante a dans son ressort les habitants de l’Asie; Éaque» ceux d'Europe; Minus Juge en dernière Instaure les cas douteux. Les âmes comparaissent nues devant eux cl les juges sont également nus. a Un que rien ne trouble la perspicacité de leur regard, lis ne savent d'ailleurs jamais ù qui ils ont affaire. l-cur sentence est gravée sur un écriteau, que les justes portent par devant ct les coupables par derrière. Elle est aussitôt mise à exécution. Car le tribunal siège au carrefour des routes qui mènent dans l’autre monde : les justes sont dirigés sur cede de droite qui conduit nu séjour des bienheureux; les luclieura prennent celle de gauche qui te. achemina vers ica supplices de l'IUdès. Gorgias, 523-524; iUp., xciu sq 1733 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCRITURE : ANCIEN TESTAMENT 1734 ment pulsés dans la tradition Judéo-chrétienne. E. Po­ Toutes images qui tendent Λ exprimer une haute idée de Justice. Aussi Socrate pcut-îl sc consoler de l'injus­ wer, dans Christus, p. 571. En somme, la conception d’une suprême Justice tice dont il est victime en Invoquant les < vrais Jupes » dans le monde à venir, absente ou très faible chez les qui siègent aux enfers. A pot., 41. Ces divers textes sont sauvages et sans nul doute chez les primitifs e%t entrée réunis et commentés par L. Ruhl, Dr mortuorum peu A peu, sous une forme ou sous une autre, dans la judicio, Giessen, 1905, p. 33-74. croyance des peuples civilisés. Tous ont senti la néces­ Il n'y n rien dans cet exposé qui sente le système sité d’une rétribution individuelle et décrit, avec des philosophique : la simplicité du fond et les couleurs couleurs propres à frapper les imaginations, le Juge­ sensibles de la forme attestent une croyance religieuse, ment qui doit la fixer. A ce Jugement des individus, et qui devait, à ce momcnt-lâ, être déjà largement seul parmi les religions païennes, le mazdéisme a répandue dans le peuple. Chez Platon lui-même, on superposé des assises générales qui arrêteront le sort entend le vieillard Képhalos qui, en avançant en Age, éternel de l'humanité. songe au compte qu’il devra rendre de sa vie. Hep., i, HL Données de L'Écriture: Ancien Testa mi-vr. 330. Plus tard Lysias met en scène une bonne femme — Un des objets de la révélation divine devait être qui déclare ne vouloir pas quitter la vie sur un faux et fut en réalité de donner aux hommes le sens pins serment. Cont. Diagiton, 13. Ce caractère popu­ ferme ct la notion exacte de leurs destinées futures, laire de In croyance au jugement a été bien mis en plus ou moins bien entrevues par le paganisme. évidence, contre Rhode, par Henri Well, Journal des Il est d'ailleurs reconnu que cette révélation a suivi Savants, 1890, p. 633-635, ct 1895, p. 556-564, dont les une loi de développement. Nulle part cette loi ne se conclusions sont adoptées par F. Durrbach, art. Jnferi, vérifie mieux qu'en matière eschatologlque et les dans Daremberg ct Saglio, Dictionnaire de * antiquités, meilleurs théologiens n’ont pas craint de reconnaître t. ni, F· partie, p. 495-506. Une lettre pseudo-plato­ que le Judaïsme n'eut sur ce point que des notions très nicienne, Ep. vn, en attribue l'origine τοϊς παλοιοϊζ tc imparfaites. · La loi de Moïse, a dit Bossuet, ne donnait καί Ιεροΐς λόγοις : expression de respect où il faut sans à l’homme qu’une première notion de la nature de doute voir une allusion A l'orphisme et à ses mysté­ l’Amc et de sa félicité... Mais les suites de cette doc­ rieuses traditions. L'influence de la doctrine platonicienne a été consi­ trine et les merveilles de la vie future ne furent pas alors universellement développées, ct c'était au jour dérable sur toutlcdéveloppcmentde la pensée grecque. du Messie que cette grande lumière devait paraître Elle fut contrecarrée dans la suite par d'autres cou­ A découvert... Encore donc que les Juifs eussent dans rants philosophiques, tels que l'épicuréisme ct le stoï­ leurs Écritures quelques promesses des félicités éter­ cisme, tous favorables A la négation religieuse ou ins­ nelles et que, vers le temps du Messie où elles doivent pirés par elle. Mais la croyance aux Ans dernières et être déclarées, ils en parlassent beaucoup davantage, au jugement qui les détermine s'est maintenue ferme : comme il paraît par les livres de la Sagesse et les Mac­ les Dialogues des morts du sceptique Lucien témoignent chabées, toutefois cette vérité faisait si peu un dogme combien elle était encore vivace nu début de l'ère formel et universel de l'ancien peuple que les Sadduchrétienne. cécns, sans la reconnaître, non seulement étaient admis 2. Du monde grec elle a pénétré dans le monde dans la synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. romain, qui n'ofTrc sur ce point rien d'original. La reli­ gion de l'ancienne Rome Ignorait, elle aussi, la rému­ C'est un des caractères du peuple nouveau de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future, et nération future. Quand elle s’ouvrit à l’hellénisme, ce devait être le fruit de la venue du Messie, * Discours plusieurs de ses philosophes en importèrent surtout sur Γ Histoire universelle, n. 19, Œuvres complètes, les négations. C'est ainsi que Cicéron mille les inexora­ biles judices des enfers, Tusculanes, i, 6, ct que Sénè­ édition Vivès, t. xxiv, Paris. 1864, p. 459-460. Si le Judaïsme présentait encore cette infériorité au que traite de < fable » tout ce qu’on raconte de terrible ù ce sujet. Consol, ad Marciam, xix, 4. Mais ces seuil de l’ère chrétienne, il faut s’attendre a la cons­ • fables ■ ne s’en répandaient pas moins dans la masse tater bien davantage à l'origine. Cependant toute cette et fournissaient un aliment A l'imagination des poètes : histoire est dominée par l’affirmation d’une loi pri­ Minos ct Rhadamante figurent dans l'enfer de Virgile, mordial· de justice : là est le fondement ferme du Æ’n., vî, 426-434 ct 566-570; Énque, chez Horace, dogme eschatologlque et qui devait en commander Carm., il, 13, 22 et Properce» Carm., n, 20, 28-31 ct iv, successivement les diverses applications. 11, 17-20. Les auteurs plus récents témoignent A leur /. PPR/ODR PRIMITIVE. — 1® La justice divine. — tour des mêmes croyances. Textes dans Ruhl, op. cit., Toutes les incertitudes ou les lacunes du paganisme en p. 75-98. Sous le vêtement des légendes grecques l’idée matière de Jugement ont leur cause dans l’insuffisance morale de Jugement ct de sanction avait fini par s’im­ do sa théodicée. Avec la notion de Dieu, 1· judaïsme» poser A la conscience romaine. au contraire, tenait do la révélation une perception très 3° Religion germanique. — Comme tous les peuples nette de scs attributs et principalement de sa Justice. primitifs, les anciens Germains avaient l’idée d’une 1. Principe. — Elle s’affirme en actes décisifs dès survie; mais tout nu plus admet!aient-ils des sanc­ les premiers pas de l’histoire humaine. On y voit Dieu tions pour certains crimes exceptionnels. On peut en frapper sévèrement Adam et Èvc pour leur désobéis­ sance. et punir jusqu’au serpent qui avait été l'instru­ dire autant des Slaves ct des Celtes. Voir Bros et Habert, dans Bricout, op. cit., t. I, p. 404, 416 ct 421. ment de leur chute, Gen., ni» 14-19; maudire Caïn pour son crime, ibid., iv, 10-15, et récompenser Henoch pour Dans les légendes germaniques apparaît en récits gran­ ses vertus, ibid., v, 24; déchaîner le déluge sur le monde dioses l’idée d’une fin catastrophique du monde, mais coupable, ibid., vi, 5-8. ct faire tomber le feu du ciel qui n’a rien d'un jugement. E. Bôinlnghuus, dans Christus, p. 664. sur Sodome ct Gomorrhc. J bid., xix, 23-26. "fous ces traits étaient bien propres Λ marquer que le Dieu 4® Religion musulmane. — A peine y a-t-II lieu de d’Israël est un Dieu qui hait le mal et qui suit le châtier. mentionner l’eschatologie musulmane, doctrine tardis c Plus tard, lu promulgation du Décalogue s'accom­ et, comme l’Islam lui-même, toute faite d’emprunts. pagne de sanctions : larges bénédictions poui ceux On y professe le sommeil de l’âme après In mort; qui y sont fidèles, châtiments pour ceux qui en viole­ mais celle-ci sc réveille au dernier Jour pour participer ront les préceptes essentiels. Ex., xx, 5-6. Et cette nu Jugement solennel qui fixera le sort définitif de justice n’est pus moins parfaite dans son exercice que l'humanité. Avec quelques particularités qui lui sont rigoureuse dans ses exigences. De très bonne heure on propres, cette doctrine présente bien des traits évidem­ 1735 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCRITURE : ANCIEN TESTAMENT 1736 volt apparaître ces formules que le christianisme adop­ proprement spirituels. Il s'ensuit que les bénédictions tera comme l'expression aussi simple que profonde de I ou malédictions divines doivent sc traduire en réalités son idéal. Jahvé est un Dieu · qui ne fait point accep­ présentes et sensibles. Quant à la mort, si clic no détruit pas entièrement l’être humain, elle le place dans un tion de personnes. » Dcut.. x, 17. et qui rend à chacun état inférieur.L'existence d une autre vie ne fait aucun selon ses œuvres. I Rcg.. xxvn, 23. Toute l'histoire des Juges est la preuve qu’on croyait en Israël au fonc­ doute pour l’Israélite; mais, à l’instar dos autres Sémites, il conçoit le défunt, dès là qu'il est privé do tionnement régulier de celte justice, qui s'exerçait en son corps, comme une ombre pâle et diminuée. En harmonisant la situation du peuple avec son attitude envers Dieu. conséquence, la vie future n’offre pas d’intérêt cl ne peut surtout pas oiTrir de sanction». · Tout ce que U Chez les prophètes, ces germas s’épanouissent en énoncés formels, qui forment un des traits les plus main peut faire, fais-lc dans ta force; car il n’y a ni caractéristiques de leur monothéisme moral. Jahvé est action, ni réflexion, ni science, ni sagesse au séjour le maître souverain qui dispose à son gré la marche du des morts. » Eccl.. ix, 10. monde et de l’histoire humaine. Son action providen­ Il faut avoir présentes à l’esprit ces notions géné­ tielle n’est pourtant pas arbitraire : il est le Dieu saint rales de la pensée Juive pour comprendre comment qui aime le bien et déteste le mal, le Dieu juste qui pouvait se poser et se résoudre pour elle le problème do récompense l’un et punit l’autre. Cette justice est la la justice de Dieu. norme de son gouvernement envers les peuples étran­ 2° Application de la justice : La loi de rétribution gers. S’ils sont frappés, c’est à cause de leur méchan­ individuelle. — Elle s’applique d’abord dans l’ordro ceté, disait le Deutéronome, ix, 4-6, et redisent à leur Individuel. tour les Prophètes. Cf. Am., i, 3; n, 4. Mais la môme 1. Base psychologique. — Parce que fait à l’image règle s’applique également à Israël : ses crimes rece­ de Dieu, l’homme est un être conscient et moral. Du vront leur châtiment, ibid., il, 6, et son élection ellemoment qu'au paradis Dieu lui intime un précepte même ne sera qu'un titre de plus à la divine sévérité. avec menaces à l’appui, Gcn., n, 16-17, c’est dire que la Ibid., ni, 2. créature raisonnable est considérée comme libre et res­ En un mot, · la voie do Jahvé est un rempart pour ponsable. Même après la chute, Caïn a dans sa volonté Tin tégri té ; mais elle est une ruine pour ceux qui font le la force de dominer ses mauvais Instincts. Ibid.9 iv, 7. mal. Le juste ne chancellera jamais; mais les méchants Les punitions qui suivent dans un cas et dans l’autre n’habiteront pas le pays. » Ces maximes des Proverbes, attestent que cette responsabilité n’est pas un vain x, 29-30, résument bien la prédication des prophètes mot et que Dieu la consacre par des sanctions effec­ et la foi religieuse de tout Israël. Pour n’avoir pas tives. Il est inutile de prolonger l'enquête sur une idée encore reçu tout son développement, le principe capi­ aussi élémentaire et aussi nettement affirmée dès le tal de la justice divine n’en est pas moins formellement premier jour. « Rien sans doute de plus clair chez les posé. Juifs que l’idée de rétribution. Leur concept do la 2. Conditions de son exercice. — Mais l’application en justice divine est trop parfait, leur idée do la faute est conditionnée par un certain nombre de conceptions est trop morale, trop au-dessus du concept de l'infrac­ connexes, qui furent toujours vivaces en Israël et tion rituelle, pour qu’ils n'aient pas l’idée do récom­ plus que Jamais actives aux premiers jours de son his­ pense et de châtiment : autant le Juif croit en Dieu, toire. autant il croit en un Dieu rémunérateur. » J. Touzard, D’une part, le plan de la Providence est plutôt Beoue biblique, 1898, p. 215. orienté vers la nation que vers les individus. C’est le 2. Vie future. — Mais les conceptions hébraïques de résultat de l'alliance : Jahvé a choisi Israël pour son la vie future ne permettaient guère de situer cette peuple et Israël l’a choisi pour son Dieu. Aussi est-ce rémunération dans l’au-delà. Tous les morts sc rendent le peuple comme ensemble qui reçoit ses promesses et uniformément au scheol, qui sera désormais leur séjour qui devient désormais dans le monde solidaire do définitif. C’est un lieu souterrain, qu'on se figure l'honneur de son nom. De là découle une double consé­ comme un gouffre immense qui s’étend dans les pro­ quence : c'est que les destinées de la communauté fondeurs de la terre. La lumière du jour n’y parvient passent au premier plan et que celles de l'individu lui pas. Job, x, 21-22; en conséquence, c’est un lieu de sont subordonnées, sinon sacri liées; c’est aussi que le ténèbres et de confusion semblable au chaos. Non seu­ principal champ d’action de la justice divine reste lement les défunts y sont privés des Joies du soleil et de le monde present, le seul où l'existence nationale d’Is­ la vie, mais ils n’ont même plus la consolation d'adrosraël. tant pour lui que pour les autres, compte comme scrà Dieu leurs louanges. Ps.,xxx, 10; lxxxviii, 12-13; une réalité. cxv, 17. Aussi lo scheol est-il un lieu redouté que les Une certaine sociologie appuie et complète cette meilleurs voient venir avec épouvante. IV Reg., xx, théodicée. En Israël comme dans tous les peuples 1-3; Is., xxxvni, 10-20; Ps., vî, 2-6. primitifs, l'importance de la personnalité s'efface Ce n’est donc pas là qu’il faut chercher les sanc­ devant celle du groupe. Il existe une profonde solida­ tions. · Après le trépas, le Juif ne voit plus do récom­ rité, une sorte d'unité morale entre le chef de famille pense ni de châtiment. Le séjour des morts est essen­ et son entourage ou sa descendance, d'une manière tiellement égalit aire. Bons et mcchanU s’y rencontrent plus générale entre le chef et les membres de la tribu. dans une commune infortune : il n'existe aucune trace Parce qu’ils ont besoin les uns des autres, iis sont précise de différence. · H est question de deux hommes faits pour prospérer ou péricliter, pour jouir ou souf­ seulement, Henoch cl Elie, quo Dieu enlève au ciel, Gvn.. v, 1 i et IV Rcg., n, 11; · mais ces deux cas sont frir les uns pour les autres, les uns par les autres. Et tellement exceptionnels qu’on ne saurait regarder lo celle notion soiidariste de la vie contribue également à maintenir dans les horizons terrestres l’action de la sort do ces saints personnages comme lu destinée 1 commune des justes. » J. Touzard, loc. cil., p. 216. Providence. L'anthropologie achève de l'y fixer. Malgré le spiri­ I Comme tant de peuples anciens, Israël a commencé tualisme fondamental inclus dans le récit de la créa­ par n’étabiir aucun lien entre la croyance à la survie et l’idéo morale de rétribution. Voir Isaïe, ci-dessus tion, Gen., I, 26-27, le judaïsme n’eut jamais qu’une col. 17-48. Idée très imparfaite de l’âme. Scs pensées spécula­ tives. et plus encore ses instincts pratiques, vont à On a cherché souvent à expliquer cette conception l’homme concret, et là est la raison du (ait bien connu archaïque par les attaches ethniques du peuple hébreu qu’il n'eut jamais qu’un attrait médiocre pour lesbiens I > Le» idées eschatologique» des Jults cl celle, de» 1737 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCBiTUHE : ANCIEN TESTAMENT ChaMéens présentent un très grand nombre de points de contact..· Bien ft cela d’étonnant. Lorsque Dieu commença d'tduquor le peuple choisi, les esprit * n'étalent pas ft l’état de table rase. Il les prit avec les Idées qu'ils tenaient de leur pays d'origine. » J. Tou· znrd, ibld.9 p. 217. Mais ne faut-il pas compter aussi i avec certaine psychologie populaire, partout répandue, i qui porte l'humanité au souci exclusif des réalités expérimentales? État d’esprit Instinctif auquel Israël , n'a pas échappé, mats que la révélation divine s’est appliquée ft combattre et contre lequel die a fini par prévaloir. 3. Sanctions terrestres. — Si la justice divine n’attelnt pas la vie future, elle doit d'autant plus se réaliser dans celle-ci. Bien de plus clair dès les plus anciennes pages do la Bible. Les sanctions portées contre les premiers parents et contre l'homicide Caïn sont toutes d’ordre temporel. Ainsi en est-il plus tard; mais, dans col ordre d’idées, les sanctions divines revêtent la plus grande variété de formes. Il en est de strictement personnelles. Comme récom­ pense de sa fidélité à Dieu, le juste recevra tout ce qui peut faire ici-bas le bonheur de l’homme : richesse et bien-être, Ps., exit, 3; longue vie, Ex., xx, 12 eL Ps., cxxvm, 5-6; postérité nombreuse et puissante. Ps., cxn, 2 et cxxvm, 3. En un mot. tout lui réussira, Ps., I, 3, et, après sa mort, sa mémoire restera bénie. Ps., cxn, 6. Au contraire, le pécheur ne rencontrera que troubles et infortunes; il sera frappé d’une mort pré­ coce et son souvenir sera un objet de malédiction. Les discours que les amis de Job tiennent nu patriarche expriment fidèlement cette doctrine judaïque, d’après laquelle le sort extérieur de l'homme est toujours en proportion avec l’état de sa conscience. « Cherche dans ton souvenir, dit Ëliphaz : quel est l’innocent qui a péri? Quels sont les justes qui ont été exterminés? Pour moi, je l’ai vu, ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment l’injustice en moissonnent les fruits; Ils périssent par le souille de Dieu; ils sont consumés par le vent de sa colère. » Job, xv, 7-9. Dans cette perspective, le scheol est parfois associé ft l’idée de sanction. Car la descente prématurée au séjour des morts est le plus terrible châtiment de l'im­ pie. Ps., XLix, 15 et cv, 16. Le juste, au contraire, comme c’est lo cas pour Job, peut se trouver dans des épreuves telles que la mort lui paraisse une délivrance· Job, m. 2(» J? Ce dernier trait nous avertit qu'on ne saurait s’en tenir ft un point de vue strictement individuel. Sur co terrain limité, la Justice divine sc trouverait souvent en défaut. Voilft pourquoi clic se complète par une con­ ception solidarlstc, qui permet de saisir l’individu dans sa descendance, la famille étant considérée comme une sorte de prolongement de son chef. Dès lo Sinaï, Jahvé sc révèle commo le Dieu jaloux qui punit l’iniquité des pères Jusqu’à la troisième et quatrième génération, mais aussi comme le Dieu bon qui fait miséricorde Jusqu’à la millième génération à ceux qui gardent scs commandements. Ex., xx, 5-6; xxxiv, 7; Dcut., v, 9-10. L'idolâtre sera puni par Dieu, non seulement dans sa personne, mais dans les tiens, Lev., xx. 5, cf. Is., xiv, 21, et la maison d’iléli est tout entière frappée ft causo des injustices commises par les enfants du grand prêtre. I Kcg., il, 13-14. Inversement, il est dit des patriarches qu’ils seront bénis dans leur pos­ térité, Gcn., xvn, 4-8, et c’est pourquoi les Israélites attachèrent toujours tant d’importance à leur qualité d’enfants d’Abraham. Jusqu'au temps des prophètes, le sentiment populaire s'exprimait en ce proverbe : • Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées. ■ Jer., xxxi, 29 et Ez., XVII!, 2. Par une extension du même principe, les fautes des 1738 chefs retombent sur leurs peup’es Gen., xîî, 17; xx, 18; Ex., xn, 29-31; Il Bcg.t xxiv, 11-17. Jérémie pro­ fère encore contre les Israélites les plus terribles mena­ ces a cause des crimes de Man >. la résurrection et de jugement individuels à U nu d C 1745 JUGEMENT. DONNÉES DE L’ÉCRITURE : ANCIEN TESTAMENT temps ». J. Touzard, Revue biblique, 1898, p. 228. Sam doute, Daniel ne parle encore que des Juifs; mais le rapprochement de cette eschatologie avec l'universa­ lisme des autres prophètes devait conduire à l’idée d’une résurrection de tous les hommes en vue du Juge­ ment général. Quant à vouloir que cette séparation future des bons et des méchants crée entre eux une différence Immédiate, « au moins objective », Atzberger, p. 92-95, outre que ce n’cst pas beaucoup dire, c'est prêter Λ Daniel une curiosité qu’il n’a pas eue et un raisonne­ ment qu’il n’a pas exprimé. 2. Livres postérieurs : Ecclésiastique, Tobie. — Malgré les redoutables questions posées par Job et les solu­ tions entrevues par Daniel, beaucoup restaient encore fidèles à l’ancien idéal de rétribution terrestre. a) En particulier, ΓEcclésiastique sc rattache nette­ ment à la tradition des Proverbes. « L'homme est libre : Dieu lui a laissé le pouvoir de garder les com­ mandements ou de les transgresser. Eccli., xv, 14-17. Mais les actions de toute chair sont devant Dieu : aucune n’est cachée à scs yeux, xxxix, 19. Il traite les hommes selon Jeun» œuvres; les choses utiles à la vie sont un bien pour les bons, mais un mal pour les mé­ chants. Ibid., 25-27. Si la vie de l’homme a des peines pour tous, elle en a sept fois pour les pécheurs, xl, 1-8; pour eux les pestes et les fléaux qui désolent l’huma­ nité. Ibid., 9-10. Le méchant peut avoir un Instant de triomphe; mais il périt soudain et pour jamais. Ibid., 13-16; il ne se survit que dans une race maudite, xu, 5, et scs enfants eux-mêmes, couverts de honte à cause de leur père, l’accablent de mépris. Ibid., 7. Quant au Juste, sa bonté demeure à jamais, sa justice est stable pour toujours, xl, 17. Celui qui aime la sagesse et craint le Seigneur aura la joie, le contentement et une longue vie; sa fin sera heureuse et à son dernier Jour il trouvera faveur, i, 12-13. » J. Touzard, loc. cit., p. 231. On voit couramment le jugement particulier, sur la loi de la Vulgate, dans Eccli., xî, 28 : Facile est coram Deo in die obitus reddere unicuique secundum vias suas. Mais en réalité, in die obitus, qui traduit έν ήμέρφ τελευτής, a une portée moins précise et signifie seule­ ment : · sur la /In de la vie », N. Peters, Das Much lesus Sirach, Münster, 1913, p. 101. Toute la justice divine est projetée sur le plan terrestre et nulle part ΓEcclé­ siastique n’insinue que cette économie providentielle puisse souffrir des diflicultés ou appeler des compensa­ tions. Pour prétendre le contraire, Atzberger, op. cit., p. 101-103, n’a d’autre ressource que d’allêgoriser for­ tement ce que le Siracide dit de la vie et de la mort. b) Il en est de même pour Tobie, qui recommande à son fils la fidélité nu Seigneur; car celui-ci ne manque pas de payer de retour ceux qui s’attachent à son ser­ vice. Si donc le Jeune homme agit selon la vérité, comme tous ceux qui pratiquent la Justice, il verra scs œuvres lui réussir Tob., iv, 5-19. Ces deux livres montrent combien, sauf de rares exceptions, la mentalité commune en Israël restait réfractaire aux préoccupations de l'au-delà. 3. Macchabées. — Pourtant l’espoir de cette résur­ rection qu’avait annoncée Daniel finit à son tour par s'imposer. Comme tous les autres, le second livre des Macchabées insiste beaucoup sur les rétributions ter­ restres, et il ne semble guère en connaître d'autres pour les méchants. 11 Mac., iv, 38; v, 9-10; ix,5-6; xtli, 4-8; xv, 32-35. Mais les justes comptent énergiquement sur une vie meilleure : les jeunes martyrs affirment leur foi en la resurrection et celte espérance soutient leur courage devant les supplices qui leur sont infligés. \n, 9-38. « Il ne paraît pas qu’à propos des impies l’auteur soit allé plus loin que ses devanciers, ni mémo que son langage ait atteint en progrès celui de Daniel. » IHCT. DU TnéOL. CATHOL. 1746 J. Touzard, loc. cit., p. 233. Du moins promet-il aux Justes éprouvés les compensations de l'autre vie et cette fol est assez répandue pour Jaillir spontanément sur les lèvres des martyrs en présence de leurs bour­ reaux. En attendant les rétributions du dernier Jour, l'état intermédiaire des Justes comporte-t-il une sanction préalable qui supposerait un premier jugement? Rien ne permet de le conclure avec certitude. Si le célèbre passage où est recommandée lu prière pour les morts, xn, 43-45, indique la notion d’un état où les suffrages des vivants peuvent servir aux morts, il n'en ressort pas un discernement entre ceux-ci. Au contraire, la faveur divine et le sacri flee expiatoire pour les péchés semblent s'appliquer sans distinction à « ceux qui meurent bien ». A peine Élcazar paratt-ll suggérer, vi, 23, que le châtiment du pécheur pourrait bien com­ mencer dès la mort En somme, le livre des Maccha­ bées témoigne que la perspective des rémunérations futures ouverte par Daniel avait fini par prendre consistance, au moins dans les meilleures âmes du judaïsme; mais, comme chez le prophète, l'échéance en est associée à la résurrection corporelle et, pour ce motif, reculée jusqu’à la fin des temps. 4. Origine de (a croyance juive. — Pour expliquer l’apparition tardive do cette fol à la résurrection et au jugement, Il est classique, chez tous les historiens qui font consister la critique à dépouiller Israël au profit des peuples voisins, de recourir à l’influence de la reli­ gion persc. Le parsisme, en effet, se présente avec un ensemble de doctrines eschatologiques très dévelop­ pées et qui rappellent sur bien des points la tradition judéo-chrétienne. Voir plus liant, col. 1729. D’autre part,n'est-il pas frappant que la pensée de la vie future et de ses sanctions se manifeste dans l'histoire la plus tardive d’Israël, c’est-à-dire juste au moment où celui-ci prend contact avec la civilisation persane? Avec des nuances diverses, la thèse de l’emprunt au parsisme s’aflirme chez les tenants modernes de la méthode comparative (religionsgeschichtliche Me­ thode). Voir les matériaux dans E. Stave, Ueber der Einfluss des Parsimus au/ das Judentum, Haarlem, 1898. p. 145-204 et E. Bôklen, Die Verwandtsehafte der jûdisch-christlichen und der parsischen Eschatologie, Gœttingue, 1902, p. 50-56, 115-125. Cf. Touzard. loc. cit., p. 229-230 et Ici-même art. Judaïsme, col. 1659 sq. A cette hypothèse s’oppose le fait général que le Judaïsme d’après l’exil était plutôt fermé aux Influen­ ces étrangères. Sinon on s’expliquerait mal pourquoi le développement de son eschatologie s’est produit si tard et répandu si lentement. D’ailleurs, pour quel­ ques ressemblances très générales, le mazdéisme offre avec lo judaïsme bien des différences : celles-ci entre autres qu’on y distingue avec précision le Juge­ ment individuel du Jugement général et que le salut final y est regardé comme accessible à tous. Il n’y a, somme toute, de commun entre les deux religions que l’idée de sanctions ultra-terrestres. Dès lors, la remarque de N. Sbderblom, op. cit., p. 150, demeure typique : « Puisque lu croyance en la rétribution dans la vie future est née en tant de lieux différents, pour­ quoi Israël eût-il été incapable de l’enfanter? » C'est d’ailleurs une question fort débattue que de savoir à quelle époque remonte l'eschatologie classique de l'Avcstn. Le P. Lagrange a pu soutenir, après J. Darmcslvtcr, qu’elle est d’origine récente et que c’est elle plutôt qui aurait subi l’influence du Judaïsme. Voir La religion des Perses, dans Revue biblique, t. xm, 1904, p 203-212. Seule une foi aveugle au dogme de la méthode comparative peut franchir ces diflicultés. On peut, au contraire, fort bien s’expliquer l'évo­ lution du judaïsme par un développement de ses pro­ pres principes religieux. L’individualisme des derniers T. — VIII. — 56. 1747 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCRITURE : ANCIEN TESTAMENT 1743 prophètes serait ici le germe. « Dès lors que la partie · Mais il est remarquable que cette description est pation au règne de Dieu devenait, d’une certaine dépouillée de toute Image apocalyptique cl par là manière, la récompense de la vertu individuelle. aucun rejoint ce suprême triomphe de l’ordre moral qu’haïe Juste d’Israël ne devait en être exclu; et dès lors le idcntl fiait parfois avec le jour de Jahvé.Voir plus haut, problème se posait du sort réservé aux défunts. » I col. 1742. Le prophète insiste davantage sur le côté J. Toutard. loc. cil.. p. 228-229. « Avant l’exil, on no qui regarde Dieu; le sage sur celui qui Intéresse songe guère qu’à la rémunération ou à la punition de l’homme : tous deux dépassent l'horizon national pour ceux qui seront les témoins de l’avènement du royaume. envisager une manifestation éclatante et décisive de Comme cet avènement est toujours imminent, chacun la justice divine devant le monde. C'est sans contre­ vit ou est invité à vivre dans l’espoir d’être récompensé dit la plus haute cime que la lumière de la révélation ou dims la crainte d'être puni... A partir des derniers ait découverte aux écrivains inspirés de l'Anclcn Tes­ temps de la captivité, la pensée juive continue de vivre tament et qui fait déjà pressentir le Nouveau. Voir Atzberger, op. cit., p. 109. dans la méditation de l’avenir : elle revient aussi sur le passé. Dans ce retour en arrière, elle est amenée à se 3° Littérature extra-canonique. — En dehors du demander ce qui en adviendra de toutes ces généra­ canon, la vaste littérature des apocryphes nous ren­ tions qui ont vécu dans l’espérance de la promesse. > seigne sur la manière dont le judaïsme postérieur Et l’on se représente ainsi par quelle voie < l’Esprit conservait et comprenait le lot varié d'espérances de Dieu lui révèle (au judaïsme) que toutes ces géné­ religieuses qu'il avait hérité do scs pères. rations ressusciteront pour être les témoins des choses 1. Rétribution nationale. — C'est ici, comme tou­ finales et pour être admises à la récompense ou au châ­ jours en Israël, le souci de l'avenir national qui domine, timent. » L. Labauche, op. cil., p. 365. et, avec lui, l'espérance du grand jugement qui doit Tout au plus pourrait-on admettre que ce dévelop­ assurer au peuple la réalisation des promesses divines. pement a pu être favorisé par les in fluences perses, Liée au messianisme, dont elle est une conséquence mais à condition de ne pas oublier qu’il avait dans la ou un aspect, cette doctrine a subi le contrecoup de foi juive la plus authentique scs principes essentiels. l’évolution complexe de cclul-d; mais elle s’affirme ù 2° Littérature canonique : Judaïsme alexandrin. — travers toutes scs formes. < Dans la série des systèmes Chez les juifs alexandrins, au contact de la pensée cschatologiques, l'extrême variété des détails est tou­ grecque, on voit apparaître avec plus de précision la jours dominée par quelques idées principales. La juge­ doctrine de l’immortalité de l'âme et celle de la rétri­ ment est la plus stable et la plus impérieuse de ces bution immédiate apiès la mort. Le livre de la Sagesse conceptions... L'idée évolue moins en elle-même que contient nettement cette double affirmation. d’après son objet, d'abord Israël et les nations, puis 1. Principes théologiques. — Tandis que le judaïsme les justes et les pécheurs. » M. J. Lagrange, Le messia­ s’attachait à l’homme comme être concret, l’âme est ici nisme chez les Juifs, Paris, 1909, p. 132. Cf. Vote, op. considérée comme un principe indépendant du corps cil., p. 93-103. et plutôt entravée par lui dans l’exercice de ses fonc­ Tantôt ce jugement est attribué à Dieu lui-même, tions propres. Sap.. xx, 15. En conséquence, elle est comme dans la première partie d’Hénoch, Lagrange, faite pour l’immortalité, n, 23, et le culte de la sagesse op. cil., p. 60-65; tantôt il est l'œuvre du Messie, a justement pour but de lui en assurer le bénéfice, vi, comme dans la deuxième partie du même livre. 18-19 et vin, 13, 17. Cette vie future répare les anoma­ Résumé dans Fr. Martin, Le Hure d'Uénoch, Paris. lies de celle-ci. Si les justes sont frappés d’une mort 1906, Introd.» p. xli-xlii. Seulement il y a des nuances précoce, c’est que Dieu les appelle à la récompense, iv, dans la procédure. Dans le dernier cas, c'est souvent 13-14; les insensés qui ne regardent qu’à la terre ont l’aspect national qui domine : le jugement n’est plus pu y voir un châtiment, mais, en réalité, c’est pour eux que le drame historique, comme dans le IIIe livre de * Je commencement d’une vie étemelle, ni. 1-5; v, 15-16. Oracles sibyllins, Lagrange, p. 82-83, ou la manifes­ Quant aux méchants, l'auteur ne parle jamais qu’en tation transcendante, comme dans V Assomption de termes voilés des déboires que Dieu leur réserve, ni, Moise, ibid., p. 85-86, qui réalisera la délivrance 19; 10iv, 18-20; xvn, 21. Mais, comme son but mani­ d’Israël et la confusion de scs ennemis. Assez curieuse feste e\t d'établir le contraste de leurs destinées avec à cet égard est la variante fournie par Henoch, qui celles des justes, tout porte à croire que pour eux éga­ place l'épée du jugement aux mains des Justes et le * lement la rétribution se passe dans une autre vie. charge de faire eux-mêmes justice de leurs oppres­ Voir Touzard. loc. cil., p. 236. seurs. Martin, Intr., p. xliii. Voir surtout Uénoch, xc, 2. Application. — Cette sanction a un caractère 19, p. 230; xci, 12, p. 246 et xcv, 3, p. 250. Quand strictement individuel et commence dès le jour de c'est Dieu, au contraire, qui intervient directement la mort. Le juste qui meurt avant l’âge est dès lors — et même, pour Uénoch, quand intervient le Mes­ in refrigerio. t/ αναπαύσει, iv, 7, et il est transporté sie — le Jugement prend un caractère universel : il du milieu des pécheurs, iv, 10 et 14, évidemment dans est précédé de la résurrection et s’adresse à tous les une vie meilleure, en termes qui rappellent le mys­ hommes; Uénoch y fait même comparaître les anges. térieux enlèvement d'Énoch. Gen., v, 2-1 et EcclL, Voir lv, 4, p. 112; xc, 20-26, p. 230-231; xci, 15. xuv, 16. Voir Corneiy-Zorell, Comment, in H b. Saptenp. 247. Les œuvres des saints y sont pesées à la IÜK, Paris, 1910, p. 155-158. balance. Jusqu’à leurs plu.·» secrètes pensées, lxi, 8-9, Néanmoins l’auteur insiste plutôt sur un moment p. 127-128; les méchants n’y trouveront que terreur et solennel, où les justes se dresseront pleins de confiance implacable condamnation, lxii, 3-13, p. 131-133. D’autres fols, ces deux éléments sont combinés contre leurs oppresseurs d’un jour, v, 1, où ceux-ci trembleront au souvenir de leurs péchés, iv, 20 et v, 2, suivant une « eschatologie synthétique ■. Lagrange, et proclameront a haute voix l’erreur de leur jugement I p. 99. Un premier acte est destiné à Introduire Israël et de leur conduite, v, 3-15. /Xillcurs. il affirme que j dans le bonheur plantureux du royaume messianique, • les justes jugeront les nations et domineront sur les ’ Atzberger, op. rit,, p. 162-161; le second à répartir des sanctions définitives aux bons et aux méchants. peuples et que leur Dieu régnera à jamais. » ni, 8. Ce sont des allusions évidentes u l’avènement du royaume Atzberger, p. 178-181. Dans cette perspective, le eschatoloRlquc, encore que la résurrection n’y soit jugement se place au terme du règne messianique et pas mentionnée, et la tradition catholique y reconnaît souvent sans rapport avec lui ; il semble résulter des textes longuement analysés par Charles op cit à bon droit le jugement général. Corneiy-Zorell, op. I p. 201-261, que cette conception était lft pius répandue cil., p. 175-196. 1749 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCRITURE : ANCIEN TESTAMENT dans la littérature apocalyptique. C'est à elle éga­ lement quo s’est rallié dans l’ensemble le rabbinisme postérieur. Lagrange, op. cil., p. 176; pour la preuve détaillée, voir F. Weber, JUdische Théologie, 2· édition, Leipzig, 1897, p. 318-398 et Volz, op. cil., p. 257-258. Elle avait l'avantage d’oflrir un semblant de concilia­ tion entre les espérances nationales toujours vivaces et l'uni versait sine moral qu’imposait la tradition des grands prophètes; mais celui-ci devait fatalement souf­ frir du voisinage de celles-là. Suivant cette divergence fondamentale, le Jugement prenait la forme, tantôt d’une lutte victorieuse, tantôt d’une procédure judi­ ciaire. Volz, op. cil., p. 89-90; cf. p. 264-267. Au total, si le judaïsme avait conservé l’idée d’un jugement général, il était loin d’en réaliser adéquate­ ment la signification et il arrivait à plusieurs de la j compromettre en la ramenant à la mesure étroite de leurs préjugés nationaux. 2. kétribulion individuelle. — En revanche, l’indé­ cision qui planait encore sur les destinées individuelles tendait à se dissiper. La croyance s’imposait à tous, sur la foi de Daniel, d’une résurrection des bons et des méchants au jour des grandes justices, et le livre des Paraboles d’1 iénoch enseigne que cette résurrection sera absolument universelle, li, 1, p. 103. Cependant, chez les rabbins, s’accrédita l’idée que la résurrection est un privilège d’Israël, les païens restant dans la mort qui est leur châtiment. Weber, op. cil., p. 390. .Mais on veut savoir aussi ce que deviennent les âmes en attendant. Ce problème jusque-là si obscur et à peine soupçonné est résolu duns le sens d’une rétribution immédiate. Voir P. Volz, op. cil., p. 133-146. Dans les écrits de provenance ou d’inspiration alexandrine s’afllrmc naturellement, ainsi qu’au livre de la Sagesse, l’immortalité de l’âme, qui entraîne comme conséquence la sanction individuelle au moment de la mort. Il n’est pas question d’autre chose au IV * livre des Macchabées, qui raconte et commente dans un sens stoïcien le martyre de ces héros de la fol juive. « Ceux qui meurent pour Dieu vivent en Dieu, comme Abraham, Isaac et Jacob », xvi, 25; cf. xiii, 17; xvn, 5 et 18; xviiï, 23, tandis que les méchants sont voués au tourment du feu. x, 11, 15; xli, 12; xm, 15. Il n’est plus question de cette résurrection corporelle, qu’en des circonstances analogues soulignait si fortement l’auteur du livre canonique. Voir Charles, op. cil., p. 268. Au rapport de Josèphc, les Pharisiens auraient enseigné que < l’âme reçoit sous la terre des châtiments ou des récompenses suivant le bien ou le mal pratiqué pen­ dant la vie, » Anii?., XV 111,1,3. De même les esséniens, convaincus que le corps est une prison, auraient souf­ fert la mort volontiers, parce que « les âmes aussitôt affranchies de ces liens charnels qui les retiennent comme dans une longue servitude, s’élèvent dans l’air et s’envolent avec joie. » De bello jud., 11, νιιι, 11. • En quoi, ajoute l'historien juif, ils s’accordent avec les Grecs. · (’.e qui donne à penser qu’il n’a pas résisté à la tentation de moderniser leur doctrine, aussi bien que celle des Pharisiens. Quoi qu’il en soit de sa valeur historique, le témoignage de Josèphc montre tout au moins quelle était >a tendance du judaïsme hellénisé au cours du i* r siècle. Elle allait, chez Philon, jusqu’à taire ou ignorer le jugement général. Charles, op. cil., p. 260. Textes réunis par Atzberger, op. cil., p. 143-150 et Volz, op. cil., p. 142-145. l ldèlc à cet élément de la fol traditionnelle, le judaïsme palestinien n’en concevait pas moins un exercice préalable de la justice. Dossier très complet dans Atzberger, p. 137-143 et Volz, p. 135-140. Le livre d’IIénoch témoignerait à cet égard d’une véritable < résolution dans la pensée juive ·. Charles, p. 187. « Ce qui est nouveau ici, écrit de son côté le 1750 P. Lagrange, op. cil., p. 61, c'est la description de ce tchéol, où les rangs sont marqués comme si un premier jugement était déjà prononcé. » Dans le flanc d’une vaste montagne, Hénoch voit, en effet, quatre grottes spacieuses où se rassemblent les âmes des morts jusqu’au jour du jugement. Les deux premières sont pour les justes : l'une pour les justes ordinaires, avec une belle source d’eau; l’autre pour ceux qui ont souf­ fert persécution depuis Abel. 11 y a de même deux com­ partiments pour les pécheurs, selon qu’ils sont plus ou moins coupables, qu’ils ont plus ou moins connu la Justice divine ici-bas. Uénoch, xxn, 1-13, p. 5862. Tous sont dès maintenant dans un état de souf­ france; mais les uns y resteront simplement, tandis que les autres la verront s’accroître au dernier jour. Au total, « le grand Jugement ne fera donc que confir­ mer une sentence déjà rendue. » Lagrange, loc. ciLC’est dire qu’à cette première répartition des défunts est sous-jacente la notion du jugement particulier. Le IV· livre d’Esdras pose nettement la question de l’état des âmes dans l’intervalle qui précède le juge­ ment. « Après la mort, quand nous devons rendre notre âme, sommes-nous conservés dans la paix, demande l’auteur, jusqu’à ce que viennent les temps où tu renouvelleras la création, ou sommes-nous déjà soumis à la peine? » vu, 75. Et Dieu répond à cette question en lui révélant que les pécheurs sont déjà duns les tourments de sept manières, qui se ramènent au remords cuisant de leur infidélité, à la vue de la paix dont jouissent les bons et à la perspective des supplices plus grands qui leur sont réservés. Les saints, au contraire, sont dès maintenant dans la joie pour sept motifs inverses des précédents savoir : la satis­ faction d’être restés fidèles ù Dieu, la paix qui leur est désormais assurée sous la garde des anges à la diffé­ rence de l’angoisse où gémissent les méchants, la connaissance anticipée de la gloire qui les attend, vu, 76-100, dans E. Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen desAllen Testaments, Tubingue, 1900, L n, p. 374-376. Dans l’Apocalypse do Baruch, il est aussi question des diverses < chambres » où sont gardées les âmes, xxx; les méchants y reçoivent un avant-goût des châtiments qu’ils ont mérités, xxx, 5 et xxxvi, 11; ibid., p. 423-425. Chez les rabbins, les païens, qui ne doivent pas bénéficier de la résurrection, sont envoyés à la géhenne dès leur mort. Weber, op. cit., p. 391-392. Quant aux justes, ils descendent au schéol, mais ils y triomphent de leurs adversaires et ont déjà le sentiment d’être avec Dieu ou y subissent, quand c’est nécessaire, l’épreuve d’un feu purificateur, ibtd., p. 341-342. Diver­ sité de situation qui suppose, au moins vaguement en tic vu, un premier discernement des âmes. .Mais, comme ce dernier se fait surtout d’après la race. Il no saurait donner lieu ni à do longues procédures ni à de vives préoccupations. Cependant quelques rabbins ont fait des allusions assez explicites à un Jugement particulier. H. Jehuda assure à Antonin que le corps et l’âme comparaîtront aussitôt après la mort. La fille de K. Jannéc est Jugée aussitôt après son décès. A l’heure où l’homme descend au sépulcre, on lui présente (IL Samuel b. Nahman) scs actions qu’il reconnaît; l’impie reçoit su condamnation (άττόφασνς). Aussi IL Johanan b. Zakkai mourant tremble-t-il à la pensée du Jugement qu’il va subir. Voir Volz, p. 141-142. Conclusion générale. — On peut maintenant mesurer le chemin parcouru par la pensée Juive depuis les origines. Elle fut toujours dominée par une foi pro­ 1 fonde on la Justice de Dieu. Mais de terrestre la conception du jugement divin est devenue peu à peu eschatologiquc et transcendante, de collective indl- J 1751 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCRITURE : NOUVEAU TESTAMENT 1753 vidnelle, de nationale universelle et, sans perdre de 1 à sa parole, Ibid., xi, 22, 24; xn, 41-12 ct Luc., x. vue l’acte suprême qui doit fixer définitivement l’ordre | 12, 14; xï, 31-32, ou qui plus tard refuseront d’ac­ mondial, on y aperçoit des possibilités formes et cueillir ses envoyés. Matth., x, 15. Pareils traits durent souvent une certaine ébauche de sanctions consécu- , être fréquents dans sa prédication. Le < jour du Juge­ fixes à la mort de chacun. Il s’en faut d’ailleurs, mémo ; ment · ainsi présenté est évidemment une allusion à au terme de ce développement séculaire, que ces j cette solennelle manifestation de la justice divine qu’Israêl attendait à l’ouverture du siècle à venir. divers éléments présentent une égale netteté. A la Ce qui est plus caractéristique do l’Évangiie, c'est lumière rétrospective de l’enseignement catholique, on que ce Jugement futur y est donné presque toujours — y peut démêler les grandes lignes d’un progrès qui, à l'exception de Matth., vi, 4-6, 11-18 et xvin, 35, dans l’ensemble, orientait lentement le judaïsme vers le dogme chrétien; mais, pour les Juifs eux-mêmes, I où il est rapporté au Père — comme l’œuvre du Christ, et le fait est un de ceux où se révèlent do la manière Il restait bien des idées obscures ct plus encore de la moins contestable les prétentions de Jésus à la perspectives incertaines. Voir H. Lesêtre, art. Juge­ ment de Dieu, dans Did. de la Dible, t. m, col. 1837- | dignité messianique. M. Lopin, Jésus Messie el Fils de 1839. D’une manière générale, la foi au jugement der­ Dieu d'après les Evangiles synoptiques, Paris, 3· édition, 1907, p. 271-272; J. Lebrcton, Les origines du dogme nier tendait à compromettre la notion ou à diminuer lo souci de la sanction personnelle après la mort et de la Trinité, Paris, 4· édition, 1919, p. 270-274; ct cidessus art. Jésus-Ciikist, col. 1209. On en relève le celle-ci, de son côté, risquait de se développer au témoignage < le plus souvent chez saint Matthieu, mais détriment de celle-là. Sur l’une et l'autre l’incurable nationalisme d’Israël faisait peser la menace d’une aussi chez les autres synoptiques, » Lebreton, ibid., p. 310, tantôt sous la forme d’alhislons rapides au partialité Incompatible avec le dogme de la justice qui retour du Christ dans la gloire, Matth., xvi, 27; en était la base. C'est au christianisme qu'il était réservé de réunir Marc., vin, 38; Luc., ix, 26, tantôt en récits plus cir­ constanciés, où l’on voit apparaître le rôle auxiliaire, et d'harmonlser les directions doctrinales que l'Esprit soit des anges, Matth., xm, 30, 39-40, soit des apôtres, de Dieu avait successivement ouvertes devant le ju­ daïsme ct, par là, de corriger les erreurs, de dissiper les ibid., xîx, 28, où l'on assiste à la scène même du juge­ ombres, de fixer peu à peu les incertitudes qu'une ment et au prononcé de la sentence. Ibid., xxv, 31-46. révélation encore imparfaite y laissait subsister. Il faut évidemment entendre dans ce sens lo grand IV. Données de l'Êcriturb : Nouveau Testa­ discours cschatologique retenu par nos trois évangé­ ment. — Il est dans l'ordre des choses que les idées les listes, bien qu’il n’y soit directement question que de plus neuves soient conditionnées par leur milieu. On la parousie du Fils de l'homme en vue de rassembler retrouve cette loi naturelle dans la marche de la 1 scs élus des quatre coins du ciel. Matth., xxiv, 31; révélation divine, et d’une manière plus sensible Marc., xm, 27. Cf. Luc., xxi, 27. La même conviction peut-être en matière d’eschatologie. C’est ainsi que, Inspire à Jésus sa réponse à l'adjuration du grand tout en étant porteur d’un esprit qui devait dépasser | prêtre, Matth., xxvi, 64; Marc., xiv, 62; Luc., xxn. le judaïsme, lo christianisme en reste cependant 69; ct dicte son arrêt de mort. Dans ce jugement, tributaire pour son cadre général et pour beaucoup de certains textes ne semblent attribuer au Christ que ic scs concepts. Ici comme ailleurs, lo suprême intérêt rôle d’un témoin, Matth., x, 32-33; cf. Marc., vm, 38; des origines chrétiennes est précisément de voir le Luc., ix, 26 et xn, 8-9; mais, dans tous les autres, ferment évangélique aux prises avec cette lourde le Christ en est le véritable agent, qui procède à la pâte qui semble d’abord pour lui un obstacle, mais ! séparation des bons ct des méchants, porte la sentence que son action allait transformer. Voir Atzbergcr, ct la met à execution. op. cil., p. 192-193. En devenant un acte messianique, lo jugement E EXseumkment DE JÜ3Ü3. — Sans y être prépon­ participe aux caractères propres du messianisme de dérante comme on a voulu parfois le dire, la doctrine Jésus. Tous ccs éléments d’ordre matériel ct natio­ des fins dernières tient une place notable dans l’Évannal qui encombraient encore Γ espérance d’Israël gilc. Il est tout Indiqué de la chercher séparément, en sont rigoureusement bannis. Ici le jugement est d’abord dans les synoptiques, puis dans le quatrième absolument universel : il ne s'adresse pas seulement Évangile, pour avoir les diverses formes sous lesquelles aux enfants d’Israël, Matth., xîx» 28, mais à toutes les nous est conservé l’enseignement do Jésus en matière nations, ibid., xxv, 32, cf. xxiv, 30; non pas seulement de jugement. aux contemporains, mais aux peuples du passé, 1· D’après les Évangiles synoptiques. — Par rap­ puisque Sodoine ct Gomorrhe, ibid., x, 15, Tyr el port à l’ensemble de la prédication évangélique, il est Sidon, ibid., xi, 22, 24, Ninive ct la reine do Saba, incontestable que ic jugement n’est pas une idée do i ibid., xn, 41-42, y seront convoquées. Bien que s'ap­ premier pian, et rien ne demandait qu’il en fût ainsi. pliquant à l’humanité tout entière, cc ne sera pas un Il y apparaît cependant do lu façon la plus formelle, jugement de collectivités; il sera individuel et, par impliqué dans tout l’enseignement, soit dogmatique, conséquent, moral : « Le Fils de l’homme rendra à soit moral, de Jésus. El ce double lien organique par chacun selon scs œuvres. » Matth., χνι, 27. Il ne s’agira lequel il (ait corps avec l’Évangiie sc trouve correspon­ donc pas de s’évader en effusions sentimentales ou de dre, pour les préciser, au double aspect ct a la double s’abriter derrière des grâces d’exception : l’important fonction que déjà l'Ancien Testament faisait sullisainpour ics justiciables sera d’avoir accompli la volonté ment entrevoir. du Père qui est aux deux. Ibid., vu, 21-23. Et comme L Jugement général. — Jésus s’adressait à des Juifs la charité est la vertu évangélique par excellence, à qui la pensée des rétributions divines était familière. c’est elle surtout qui déterminera le jugement : On ne saurait, dès lors, être surpris si le jugement vient j charité des sentiments et des paroles, car on nous sur ses lèvres comme un· réalité dont tout le monde appliquera la même mesure que nous aurons appliqui e admettait l’existence, ct qu’il s’agit seulement d'uti­ i au prochain, Marc., tv, 24 et Matth., vu, 1-2; cl. x\ n t liser aux fins de T Évangile. De fait, le Maître en 1 35; charité des actes, car le Seigneur comptera comme fait ou refusé a lui-même ce que I on aura (ail ou évoque la perspective le plus naturellement du momie, et sans U moindre préparation, soit à l’égard des indi­ . refusé au moindre des siens. Matth., xxv, 34-45· cf x 42 et Marc., ix, 40. ’ * ** vidus coupab’« \ de simple^ paroles oiseuses, Matth., ΧΠ, 36. soit A l’égard des villes du littoral et de la géné­ ' Si donc Jésus a conservé l’OMcntlel de l’espérance juive, c’est en lui infusant un esprit nouveau, qui ration de se * contemporains qui se montrent rebelles 1753 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCKiTUBJ aboutit à une véritable transformation. · La nouveauté de l'enseignement de Jésus est d’avoir converti du miinc coup la notion du royaume el celle du Jugement, «l’avoir spiritualisé le Jugement comme le royaume... Ce jour suprême, c’est le jour de la Justice et de la rétribution. Mais tout nationalisme s’est évanoui. Les grandes masses qu’étident les nations ct Israël ne comptent plus. Devant le trône il ne comparait que des Ames individuelles cl l'alternative est pour elles de savoir si elles sont sauvées ou si elles ne le sont p is... il n’y a plus qu’un juge Jugeant l'homme individuel au critérium de l’Évangiie. · BntlfTol, L9enseignement de Jlsus. Paris, 1905, p. 268-271. A celte spiritualisation du jugement on ne saurait opposer les traits d'apocalypse qui entrent parfois dans sa description. · Jésus recourt aux images populaires dont sc revêt la foi au jugement du Jour de Jahvé. Jésus parle du roi qui s’asseoit sur le trône de sa imijestv pour Juger toutes les nations assemblées; ces anthropomorphismes sont pour lui des expres­ sions paraboliques, dont nous n’avons à retenir que la pensée religieuse que le Sauveur y met... Dans ces divers textes qui sc rapportent au jour du Jugement, l'essentiel est la coordination de la doctrine du rovaûmc à la doctrine du ♦ ahit. ’fout le reste est secon­ daire, variable, rc alif... On peut conclure que ces nuages apocalyptiques n’ont qu'une valeur figura­ tive... Le jugement subsiste, quelle qU'en soit la repré­ sentation. » Ibid,, p. 269-270 ct 273-274. Cf. Atzbergcr, op. rit., p. 362-365. Dans ces conditions, il n’y a rien qui s’oppose à l'authenticité de cct enseignement. Les critiques du protestantisme libéral, estimant cette eschatologie contraire à leur concept du pur Évangile, en veulent reporter l’origine à la première génération chrétienne. Sans prétendre discuter à fond un système qui déborde le cadre de la question présente, il suffira de faire observer ici que la doctrine du jugement messianique est trop liée à l’ensemble de l’Évangiie pour en pouvoir être arrachée sans violence ct qu’on aboutit par celte vivisection à trancher le lien vital qui unit la pensée de Jésus aux espérances religieuses de sa race ct de son temps. Mais, en consacrant celte croyance au jugement divin ct s'en proclamant l’exé­ cuteur, par où il prenait contact avec son milieu, Jésus l’a épurée et renouvelée do manière i\ la met­ tre au niveau spirituel de toute sa doctrine. Loin de rompre la ligne de la révélation évangélique, elle en est plutôt le complément, comme suite nécessaire ou mieux comme partie intégrante du messianisme transcendant prêche par Jésus. 2. Jugement particulier. - Celte annonce du juge­ ment final est certainement dominante dans l'Évangilc cl bien des exégètes ne semblent pas y en trouver d’autre. Λ supposer qu’il en fût ainsi, il faudrait dire que Jésus a principalement porté son attention sur le principe des retributions divines ct qu’il a insisté, quant à l’application, sur celle que demandait l'affir­ mation de son rôle messianique. Déjà pourtant, dans celte perspective générale, le caractère strictement personnel de la procédure el l'objet exclusivement mural de la sentence ne * donner knt-lls pas une sull sanie solution au pro­ blème de la destinée individuelle? Quand il est sûr que chacun recevra selon scs œuvres, peu importe, en somme, le temps cl la manière. Au lieu de promet­ tre une complete satisfaction Λ la curiosité humaine en matière eschatologiquc, Jésus nous avertit que < le jour cl l'heure » du jugement sont des secrets dont le Père s'est n servé la connaissance. Matth., xxiv, 36; Marc., xm, 32; Act., i, 7. Il n’y aurait rien d'étonnant Λ ce que le même mystère en couvrit également certaines modalités et qu’il nous fût interdit autant NOLVEAU TESTAMENT J 754 qu'inutile de savoir s’il est en un ou deux actes, si la suprême manifestation divine fixée h la fin du monde sera ou non précédée d’une autre nu moment de notre propre fin. D’autant que l’incertitude qui plane sur le retour du maître est pour chacun de scs servi­ teurs une perpétuelle Invitation à veiller, de manière à se trouver toujours prêts. Matth., xxiv, 42-51; Marc., xm, 33-37 Luc., xxi, 34-36. Ainsi la doctrine du Jugement particulier serait implicitement conte­ nue dans cette révélation, si conforme à la méthode évangélique, d’une Justice Λ la fols certaine et indé­ finie devant laquelle tout homme devra tôt ou tard rendre compte de scs actes. Il n’est pourtant pas impossible d’en trouver dans l’Évangiie des traces plus explicites. Le Jugement individuel est une conséquence du rôle rexcndlqué par le Christ dans l’économie du salut. En effet, la seule prédication de Jésus réalise déjà par elle-même un premier discernement des âmes. Des sa présentation au temple, Siméon le montrait prédestiné à être un principe, soit de ruine, soit de résurrection, parce qu’il révélerait le fond de bien des cœurs. Luc., n, 31-35. Telle est, en effet, la condition de son message messianique qu’il peut être un objet de scandale, Matth., xi, 6, et une source d’avcuglement. Ibid., xui, 13-16. Aussi a-t-il pour résu’tat d’introduire la division nu sein des familles, ibid., x, 34-36, tout particulièrement de faire éclater au grand jour l'in fidélité générale du peuple élu et d’amener sa réprobation. Matth., xxi, 31-32 et 42-43; xxm, 33-36. Cf. Luc., xx, 16-18; xi, 30 ct 50-51. Le fuit est bien mis en évidence par Atzberger, op. rit., p. 207. Or cette sentence atteindra les enfants rebelles d’Israël dès la génération présente; mais les effets en seront durables, puisque le royaume Icui sera définiti­ vement enlevé pour être accorde aux Gentils. De même la discrimination spirituelle introduite par l’attitude de chacun envers l’Évangiie n’est-clle pas trop pro­ fonde pour ne pas dépasser les limites du temps? Quiconque fait la volonté du Père est dès mainte­ nant cher à Jésus à l’égal des plus proches parents, Matth., xn, 50, ct plus tard le Christ reconnaîtra ses fidèles devant le Père qui est aux cicux, de même qu’il y reniera ceux qui l’auront renié. Ibid., x, 32-33. C’est un même acte moral qui continue — réalité psychologique exprimée sous l’image de ce registre où sont inscrits les noms des élus dans le ciel, Luc., x, 20 — et le moins qu'on puisse d re c’est que cette continuité rend possible, vraisemblable, logiquement nécessaire, une rétribution immédiate après la mort. Aussi le discours sur la montagne donne-t-il l'impres­ sion que la récompense céleste suit sans intervalle les sacrifices qui la préparent Ici-bas. Matth·, v, 3-12. On s'explique par là que ic pauvre Lazare puisse être, dès l’instant de sa mort, transporté dans le sein d'Abrahum, tandis que le mauvais riche est enseveli en enfer, Luc., χνι, 22; cf. xn, 20. et l’on ne s’étonne pas que son repentir ln extremis mérite au bon larron lu promesse d’être reçu lo jour même au paradis. Ibid.t xxm, 43. Premières sanctions indiquées en passant comme une chose qui va de soi et dont lu mention prend tout son sens lorsqu’on se rappelle les conceptions courantes du judaïsme à cette époque. Il y a donc identité morale entre la vie présente et la vie future; mais, comme l’atllrmalion de cette identité ne saurait d’ordinaire sc produire sans un redressement profond des anomalies d'icl-bas, c’est dire qu'elle suppose l’intervention rectificative du jugement divin. Voir Atzberger, op. cil., p. 205. A la lumière de ces Indications, on peut, en effet, discerner deux formes dans la doctrine évangélique du jugement, suffisamment reconnaissables à la différence 1755 JUGEMENT, DONNEES DE L’ECRITURE NOUVEAU TESTAMENT 1756 d·· leurs caractères distinctifs. L’un est un acte solonne rrolt pas, Il est déjà Jugé » par lo fait de son In­ η··Ι cl oô l'on xoit comparaître l'humanité entière; Il croyance. · Car voici en quoi consiste le Jugement; est mnoncé par la parousle du Christ glorieux, pré­ c'est que la lumière est venue dun * lo momie, cl les cédé de lu résurrection, cl une date formelle lui est hommes ont préféré les ténèbres ft hi lumière parce Avdgncc, savoir la fin des temps : lv τη ουντελεί * τοϋ que leurs œuvres étalent mauvaises, » ni, 1H b 19 αϊώνχ, Maith., xm, 40; h τη παλιγγενεσία. iM/t, χιχ, Autant que la parole de Dieu dont die no se sépufepas, 28 C’est celui qui est dans In pensée du Christ lorsqu’il la parole de son Fils unique est un principe d« mort ou veut Insinuer ou revendiquer sa dignité messiani­ de vie pour les Ames, suivant l'option qu'elle détermine que et qui, de ce chef, s'affirme en traits particulière­ de leur part. Et dans ce sens lo Christ est bien veau ment accentués. Mais lorsque Jésus parle simplement • pour le Jugement, afin que ceux qui ne volent pai en moraliste, soucieux d'éveiller en ses auditeurs le puissent voir et que ceux qui voient soient aveuglés ». sentiment de leur responsabilité et la préoccupation IX, 30. Il y a donc un Jugement qui se réalise des Icidu salut étemel, le jugement devient une reddition do bas et qui anticipe les résultats de l'autre. C'est dire comptes qui ne met plus en présence que l'âme Indi­ que In discrimina * ion spirituelle des âmes, si clic viduelle et Dieu devenu son Juge, qui s'accomplit commence dans le temps, *e prolonge Jusque dani l'éternité. sans solennité ni date précise cl a donc tout ce qu’il faut pour coïncider avec la mort de chacun. Ainsi en En même temps que celte redoutable signification individuelle, l’avènement du Verbe divin a une portée est II dans la parabole des ouvriers de la vigne, historique générale. Les synoptique * songeaient volo i Matth., xx, 1-16, qui souligne la miséricorde de Dieu et la gratuité de scs dons, et dans celle du festin des tiers au Jugement d’Israël, qui allait rendre comp c noces qui met en évidence sa sainteté. Ibid,, xxir, 1-14. de ses longues infidélités : il s’agit Ici de tout l’uul· D’nitres portent un enseignement plus directement vers et des puissances mauvaises qui le mènent contre moral : telles In parabole du créancier et du débiteur Dieu. < C'est maintenant le jugement du monde, pro­ Insolvable qui prône In charité fraternelle, Ibid,, nonce le Christ A la veille de sa passion; c'est main­ xxm, 23 35. In parabole des vierges qui recommande In tenant que le prince do ce monde sera jeté dehors. » xn, 31. Cf. χιν, 30. Allusion au triomphe qui suivra vlgJ intc, Ibid ., xxv, 1 13 et celle des talents qui prêche In nécessité de l'ciTorl personnel, Ibid,, 14-30; sa mort, triomphe déjà commencé par l'œuvre de ia cf. Luc., xn, 35 18 et xîx, 12-26. vie et, dès lors, tellement certain qu’il peut dire que Il est même remarquable que. dans In relation do « le prince do monde est déjft Jugé ». xvi, 11. saint Matthieu, ces deux dernières paraboles, où le 2. Jugement futur. — Ne pourrait-on craindre cepen­ dant que cette insistance sur le Jugement présent le jugement prend si visiblement formo individuelle et produisit nu détriment de l’eschatologie tradition­ privée, soient Immédiatement suivies, xxv, 31-46, de nelle? Il n'en est rien. Car le quatrième Evangile, la grande scène où le Christ est présenté revenant dans évoque lui aussi, v, 25-29, la perspective do la parousle sa gloire nu milieu de ses anges et s'asseyant sur un et de In résurrection : le tout en vue du dernier Juge trône pour juger toutes les nations. Fût-Il accidentel, ment, — ainsi P. Schnnz, Commentar Uber... hl. Johan ce rapprochement n’en marque pas moins la dilTÔne.i, Tubinguc, 1855, p. 247-218 cl In plupart des oxé rence réelle des deux économies qui s’entrecroisent *gèle contre Briser, Das Evangelium des ht. Johannes dans l'ensemble complexe de l'Évnngilu, différence Fribourg, 1005, p. 179 — dont il marque bien, en qui devait s'épanouir plus tard en concepts formelle­ une do ces belles synthèses doctrinales où II excelle, ment distincts. qu'il constitue un droit messianique. « De même (pic le 2· D'après Γ évangile de saint Jean, — Entre In Père a la vie en lui, ainsi a-t-il pareillement donné au relation des synoptiques et celle de saint Jean, Ici Fils d’nvolr la vie en lui. EL il lui a donné le pouvoir de comme souvent ailleurs, c’est le tour qui diffère plutôt faire le jugement parce que c'est le Fils de l’homme. · que le fond réel des Idées. Le jugement messianique Ibid., 26-27, Cf. 22. L'authcnticilé de ces textes a été lient moins de place dans le quatrième Evangile que rejetée sans une autre raison que Γα priori. Charles, dans les autres; mais II y apparati sensiblement avec op. cit., p. 370-372, d'après K. Wendt, Die Lehre Jesu. les mêmes traits. 1. JUgeme/it présent. — Conformément ft sa ten­ t. t, p. 240-251. (2e jugement eachntologlque est d’ailleurs en con­ dance mystique, l'évangéliste se plait ft présenter nexion étroite avec celui que l’Evangile inaugure dès l'incarnation et In prédication du Fit * de Dieu comme ici-bas. · SI quelqu'un entend mes paroles et ne les un premier cl véritable jugement Non qu’il s’agisse d une vindicte comme relie qu'attendaient les Juifs : I observe pas, ce n’est pas mol qui le Jugerai; car je ne suis pas venu juger le monde, mai * le sauver. Celui dans ce sens · Dieu n’a pas envoyé son I lls pour juger qui m'écarte et ne reçoit pas inc * paroles a son Juge le monde, mais bien pour le sauver. · m, 17, cf. vm, 15 dans la parole même que j'ai prononcée : c’cst clic it xn, 17. Sa parole non est pas moins un principe de qui le jugera au dernier jour. » xn, 47 18 Duns celle discernement qUl fait ressortir In diversité des âmes el les classe m raté godes définitives. Ce côté psycho­ expression si caractérisée du spiritualisme Johflûinlque, on reconnaît lu donnée fondamentale dos synoptiques, logique el moral déjà dessillé dans les synoptique * savoir que lu profession de l'Evangile sera, dans passe Ici nu premier plan. l'avenir comme dans le présent, lo seul objet et le seul Dès le prologue, Il est marqué en termes sévères critérium du Jugement divin. Ici lo ton est abstrait que · la lumière luit dans le * ténèbres, et que les et lu formule générale, lundi * que hi tout se traduisait * ténèbre ne l'ont point comprise, · i, 5, que le Verbe en maximes concrètes; mais, au style près, c'est bien de Dieu · est venu parmi les siens et que ceux-ci partout la même doctrine et le même esprit. ne l'ont point reçu ·. Ibid., 11. Vérité générale qui Toutes no * sources sont d’accord pour dire que comporte bien dus exception . * En réalité, les hommes ont pris à Vêuard du message divin des positions l'en *· Igncmcnt de Jésus u conservé la croyance A la diverses, el celte diversité établit entre eux des diffé­ Justice do Dieu et au Jugement qui In doit manifester, rence· qui dispensent de toute procédure Judiciaire, d'accord aussi pour attribuer A cr Jugi ment lo carnc• Celui qui croit uu Fils de Dieu n'est pas Jugé, · ni, ' 1ère d'un acte exclusivement moral et spirituel. I ft est 18 a; car II a déjà la vie éternelle par le fait de sa fol 1> ntie.l (io la révélation évangélique, qui rectifie et. de c» chef. n'J pus à venir en Jugement, v, 21 : k» déviations du Judaïsme en assimilant tout ce nu’U terme qui est Ici, comme plus bas. v, 29, pris uu sens y 4Vt.lt de religieux et. par conu<1Urnt, d'éternel dun» i «admiste d· rondanmnllon · Quant a celui qui I les aspirations encore un peu confuses do l’Ancien 1757 JUGEMENT, DONNEES DE I/ÊCJUTUBE : NOUVEAU TESTAMENT Testament. Co jugement est un acte divin qui com­ mence dès cetto vio pour se consommer dim * l’outre, d'après In réponse que chaque consdence d'homme fait Λ l’nppcl du Mis (le Dieu, t’no forme plus inllhintc s’nfîlche nu premier plan : celle qui clôturera l'ère présente du monde ot marquera l'avènement définitif du royaume do Dieu par 1ô triomphe du Christ. Mais, dans cclto perspective lointaine qui Intéresse Ica destinées générales du monde, on aperçoit tout nu moins l'indice d’une économie providentielle du même ordre, ù In publicité près, et d’exercice permanent, qui arrêta d’une mnnlôre absolue In destinée de chacun suivant la direction monde de sa vie. La tradition catholique ne fei i qu’expliciter lo contenu réel de ΓβνηηρΓο en distinguant un jugement généra) et un jugement pnitlruller. n.DOCTHlW hKKAlNT PAUL. S’il est des doctrines que le génie de saint Paul a marquées de son empreinte, ce n’est prie le cas pour l'eschnto’oglo, Il no fait guère sur ce point que refléter les conceptions communes du christianisme naissant. 1° Jugement général.— Comme dans l’fivangilc, c'est Ici In pensée du jugement général qui domine. ■ On sait, écrit le P.ITnt, que l'enselgm ment cschntologique de salut Paul suivit une msn lie nettement décrois­ sante », l.a théologie de tctlnl Paul, t il, Paris, 1912, p. 486; cf. p. 512, et l’on volt dès lors des historiens (pii le distribuent bravement » en ses quatre étapes ». Charles, op, cit., p. 379. Quoi qu’l) en soit de cette évolution, elle n’aflcctc pas la doctrine du Jugement, qui se présente sensiblement sous la même forme dans scs divers écrits et qu’on peut dès lors synthétiser sans lui faire tort. Voici les points principaux où semble s’aflirmer davantage l'originalité de l'apôtre. L Ration d'étre du Jugement. — Il n’est pas besoin de démontrer (pic la notion chrétienne de Dieu en­ traînait Iti fol au jugement. Aussi volt-on que cette vérité· entrait habituellement dans la prédication do saint Paul, Act., xvn, 31 et xxiv, 25, et il semble résulter de ïlebr., vi, 2 qu'elle appartenait ù la primi­ tive catéchèse apostolique. I 'rtpôtro en dégage le principe quand il rappelle que le Dieu saint no saurait être qu'un · Dieu ven­ geur du péché », I Th cm»., IV, G, et, par conséquent, redresseur des Injustices dont le inonde est témoin. • Car II est justo aux yeux do Dieu do renvoyer l'nlllh tlon ή ceux qui nous affligent et de vous accorder ή vous, les affligés, lo repos avec nous. · 11 'I hess., i, 6-7. Et comme cet h* justice n'apparalt pas dans le cours ordinaire du monde, le croyant en attend la manifesta­ tion avec certitude dans la vie future : Il v aura · un jour de colère, » qui sera · la révélation de la Justice de Dieu en ses jugements », Hom., if, 5 — δικαιοκρισία roG 0coO, expression Intraduisible qui désigne « plus encore le caractère du juge que celui du jugement », P. Lagrange, /,'/ pitre aux Romain», Paris, 1916, p. 45 - et rétablira l’ordre violé en remettant cha­ cun Λ sa phuc. Ibid., 7-8 et 11 The ., ** 1, 9-10. Lo dogme du Jugement est étroitement associé ù celui do In justice, c'est-à-dire incorporé Λ Ια notion de la Pro­ vidence. 2. Auteur du Jugement. — A In suite de l'Évungflc, où le Jugement est donné comme une fonction messia­ nique, I Eglise nnlswnnto, en prêchant Jet ms Messie, lo proclamait · juge des vivants et des morts ». Act., x, 12. (.rite formule est passée dans saint Paul, Il Tlm., ïv, 1, qui rapprocha nettement le Jugement do la pnrouslo, 11 Thcss., t, 7 8, cf. Ilrhr., ix, 28, et aime appeler le grand Jour attendu ί,μέρ * τού κυρίου, 1 Cor., v, 5; cf. t, 8; H Cor., i, 14; 1 'Ihcss., v, 2. ou encore ή μέρα ΧριατοΟ Ιησού. Philipp., i, 6, 10 st n, 16. « Lo Jugement est si intimement lié Λ la pnrouslo qu’il est Impossible de séparer ces deux scènes d'un mémo 1758 drame réunies par l’figllse sous un mémo article du symbole. · Prat, op. cit., p, 512. De ce drame l'Apôtre a recueilli l’afTabulntfon tra­ ditionnelle. · La parmisie emprunte largement la mise en scène et le coloris du jour de Jéhovah dont elle est la réalisation typique. · Mais ces Images ne doivent pas pour autant être confondues avec la réa­ lité qu'elles expriment. · Dans toute prophétie et toute apocalypse, la part du type, du symbole et de l'allusion aux prophéties antérieures est dlffldlo ά démêler. Ni la prophétie ne devrait s’expliquer comme un récit historique, ni l’apocalypse comme une pro­ phétie ordinaire. O genre littéraire comporte des symboles traditionnels qu’il serait dangereux de prendre ù la lettre et dont le sens, conditionné par une série de prédictions plus anciennes, reste toujours mystérieux et flottant. » Prat, ibld., p, 510. On est sûr de rester dans la pensée profonde de saint Paul en retenant que ce · Jour du Seigneur » n pour but de foire éclater sa gloire, H Thrss., i, 10, et d'établir c·· règne triomphal, l Cor., xv, 25. qui doit aboutir à ce que Dieu soit tout en tous. Ibid., 28. Mais le Christ peut-ll accomplir cette œuvre sinon ô titre d’agent divin? C’est pourquoi l’on a vu plus haut que le Jugement était rapporté par l’Apôtre â Dieu lui-même. Cf. Hom., n, 6-7 et Hebr., x, 30-31 ; xn, 23. Bien d’ailleurs n’est plus facile que d’accorder ces deux vérités et saint Paul a très heureusement Indiqué la ligne de leur conciliation. « Dieu, disait-il aux Athéniens, a fixé le jour où il Jugera la terre selon la Justice dans l’homme qu’il a choUL · Art-, xvn, 31. Cf. Born., il, 16 : Έν ή ή|^χ κρίνει ό Θεός τά κρυ­ πτά των άνΟρώπων... διά Χρίστου ’Ιησού. Sous 1ν bénéfice de celte précision théologique, il peut situer Indifféremment le jugement, soit devant le « tribunal de Dieu », Rom., xîv, 10 — c’est la leçon nulhenUquv contre celle de quelques manuscrits, suivis par la Vulgate, qui portent : τω βήματι του Χριστού par symétrie avec le texte suivant; voir Lagrange, op. ci/., I p. 327 et Comely, In Rom., Paris, 1896, p. 705-706. — soit devant le · tribunal du Christ ». II Cor., v, 10. A côté du juge principal, l’Apôtre fait aux « saints », dans Pacte du jugement, une place mal définie. I Cor., vî, 2-3. 3. Obfet du jugement, — Quoi qu’en soit l'auteur, lo jugement sera toujours une œuvre de Justice, c’estft-dlrc la suprême réalisation de l’ordre moral. Chacun y devra « rendre compte pour lui-même », Rom., xîv, 12, et s’y présentera avec tout ce qu’il n I fait en sa vie, soit de bien, soit de mal. Il Cor., v, 10. Une Implacable lumière éclairera nos actes les plus cachés, Bom., Il, 16. et jusqu'aux secrètes Intentions des cœurs. I Cor., ïv, 5. A cette enquête rigoureuse correspondra une sentence proportionnée. Comme Jésus, l’Apôtre reprend l'antique formule de la Justice intégrale : « Dieu rendra ù chacun selon ses œuvres. » Bom., il, 6; cf. H Cor., xi, 15; 11 Tlm., iv, 14; l Cor., m, 8. Et do même qu’il n’y a pas · acception do per­ sonnes » dans la distribution des dons divins. Act., x, 34, il n’y en aura pas non plus dans la rétribution. I Boni., Il, 11 et Col., m, 25. Le rnnl n’y sera pus oublié, ibid,, mais pas davantage le bien, Eph-, VI, 8, do sorte que chacun recevra πρός ά ίπραζεν. Il Cor., v, 10. Economie do justice qui est aussi bien une loi do nature; « car ce quo sèmera l’homme, il le moisson­ nera ». Gai., vî, 8. A condition de ne pas méconnaître le principe religieux qui en est l’âme, on ne peut quo rendre hommage, avec IL C. Chai le», op. cit., p. 399, nu caractère · parfaitement philosophique · do l'idée do Jugement dans saint Paul. Son efflcMcité moralisatrice n'en est quo mieux assurée La perspective du jugement divin est uno terrible menace pour le pécheur endurci, Bom., il, 1759 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCRITURE : NOUVEAU TESTAMENT 1760 mort clic-même no saurait éteindre en nous la divine 3-5; cf. Hebn, x, 27-31 ; pour les autres, une Invitation pressante à fuir le péché, I Thess., îv, 3-6; cf. Hebn, charité, Rom., vm, 38-39; car « vivants ou morts, xiîî, I et I Cor., vi, 9-10; pour l’Apôtre lui-même, i nous sommes au Seigneur ». Ibid., xiv, 8; cf. I Thess., un motif dc se dépenser dans les labeurs dc l’apostolat, [ v, 10. Cependant il faut bien reconnaître que, même ICor., ix, 16-27; pour tous, en un mot, une raison dc Λ la fin de sa vie, saint Paul parle encore de la récom­ s’adonner avec persévérance « à l’œuvre du Seigneur, pense qu’il attend bj txdvf} τη ήμέρ^, Il Tim., îv, 8; cf. I, 12 : expression qui ne signifie pas le jour en sachant que notre effort n’est pas vain dans le Seigneur ». I Cor., xv, 58. Moyennant quoi, pour tout | de sa mort, comme parfois on l’a cru, par exemple Simar, Die Théologie des ht. Paulus, p. 252, mais le chrétien fidèle à sa fol comme pour saint Paul luijour du suprême jugement. Atzbergcr, op. cit., p. 206. même, elle peut devenir une source d’inébranlable confiance. Il Tim., i, 12 et îv, 6-8. Preuve que, malgré son mysticisme, c’est lo jugement 4. Sujets du jugement. — Ce jugement sera absolu­ général qui domine toujours son esprit et son cœur. ment universel. ♦ Tous nous devons comparaître » Au total, Il est incontestable que saint Paul entre­ voit pour les justes la possession immédiate de la devant le tribunal divin, Rom., xiv, 10 et II Cor., v, 10, cf. Hcbr., xn, 23, tant les vivants que les morts, béatitude céleste dès le moment do leur mort Cela étant, « il est naturel que les pécheurs subissent leur II Tim., îv, 1, c'est-à-dire les morts ressuscités aussi châtiment dès la fin dc l’épreuve ». L’induction est bien que les témoins de la parousic. I Thess., îv, 14. certainement autorisée par la logique et l’on peut se Les Gentils y figureront comme les Juifs, ù cette seule différence que ceux-ci seront jugés d’après la Loi rappeler que les Actes parlent de Judas, en termes voilés mais significatifs, comme s’en étant allé par mosaïque, ceux-là d’après la loi naturelle gravée dans son suicide εις τδν τόπον τύν ίδιον. Act., i, 25. < Toutefois leur conscience. Rom., n, 12-16. l’Apôtre ne dit rien â ce sujet. » Prat, op. cit., p. 497. Avec les hommes, le jugement atteindra d’uno cer­ taine façon les esprits angéliques. < Ne savez-vous pas Ce qu’il ne dit pas, peut-être pourrait-on croire qu’il l’insinue, si, dans II Cor., v, 10 : ίνα κομίσηται έκαστος que nous jugerons les anges? » I Cor., vi, 3. Mais τά διά του σώματος, les derniers mots devaient être l’Apôtre n’explique pas comment. S’il est vrai surtout, pris assez strictement pour indiquer un moment où comme l’estime le P. Prat, op. cit., p. 513, que nous devions juger « non pas seulement les anges déchus, l’âme est séparée du corps. Mais cette exégèse est encore mais les anges restés fidèles, » ceci ne peut guère trop problématique pour s’imposer. On voit que saint Paul n’apporte aucun éclaircissement à la doctrine s entendre que d'une comparaison ou d’un contraste entre notre conduite et la leur. « Pour conclure, con­ évangélique sur l’échéance des sanctions. Dans la tinue le même auteur — et c’est tout ce qui importe mesure où H la confirme, il témoigne â son tour Indirec­ ici — le jugement aura la même extension que le tement en faveur d’un premier acte dc la justice mérite et le démérite. Anges ou hommes, tous ceux divine destiné à les répartir aussitôt après la mort. qui ont été soumis à l’épreuve, qu’ils en soient ou Voir Labauche, op. cit., p. 375-376. non sortis vainqueurs, auront à comparaître devant Peut-on trouver chez lui des témoignages directs? le tribunal de Dieu. » Beaucoup dc théologiens invoquent dans ce sens le 2° Jugement particulier. — Autant la doctrine de texte déjà cité, Il Cor., v, 10, dont le contexte, tout saint Paul est explicite sur la rétribution finale, entier relatif à la destinée individuelle, autoriserait autant elle l’est peu sur la rétribution immédiate. à dire que cette manifestation dc tous < devant le Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas tribunal du Christ » signifie notre jugement particu­ contraire à l'existence du jugement particulier. Elle lier. Mais les meilleurs exégètes catholiques entendent le serait si l’Apôtic avait conçu l'état dc l’âme après ce passage du jugement dernier, voir Comely, /n la mort, à la manière des anciens Juifs, comme une Il Cor., Paris, 1892, p. 153-154, et cette Interprétation sorte d’engourdissement. Cette théorie lui est attri­ s’harmonise mieux avec la doctrine générale de buée par un certain nombre de théologiens protestants l’Apôtre. modernes, voir Atzbergcr, op. ci/., p. 212, sous pré­ Tout aussi classique et sans doute moins fragile est texte qu’il applique volontiers aux morts le nom de l’argument établi sur la célèbre incise de I lebr., ix, 27 : • dormants ». I Thess., iv, 12-15; I Cor., xv, 18-20. I άποκεΐται τοΐς άνΟρώποις άπαξ άποΟανεϊν, μετά δέ τουMétaphore traditionnelle, cf. Matth., xxvii, 52; Joa., τοκρίσις, où le jugement semble présenté comme Immé­ xi, 11 ; Act., vu, 60 et xm, 36, largement justifiée par diatement consécutif à la mort. Cependant l’expression la ressemblance du sommeil et dc la mort, et dénuée, μετά τούτο ne signifie pas autre chose, par elle-même, par conséquent, dc toute signification doctrinale. que la succession chronologique des deux événements, Mais < que devient l’âme séparée du corps? Quels sans postuler nécessairement qu’elles soit sans aucun sont ses rapports avec Dieu, avec les vivants, avec les Intervalle. Par ailleurs tout ce verset n’est qu’une autres défunts? Sur tous ccs problèmes, saint Paul comparaison entre la destinée humaine et la mission nous donne peu d'indications et moins encore d’ensei­ rédemptrice du Christ. Dc même que l’homme meurt gnements ». Prat, op. cil., p. 496. I une fois, άπαξ άποΟανεΐν, et est ensuite jugé, f. 27, Ce « peu d’indications · est found par son expérience ainsi le Christ, t. 28, s’est immolé une fois, άπαξ προσpersonnelle, que l’on doit sans nul doute étendre ενεχθείς,οΐ il appandtra une seconde to s, έκ δευτέρου... pareillement à tous les justes. Au moment dc son ώφΟήσεται, en vue de sauver ceux qui l’attendent. Si martyre, le diacre Étienne priait le Seigneur Jésus le sacrifice du Christ est mis en parallèle avec la mort de < recevoir son esprit ». Act., vu, 59. Poussé par son de l'homme, la même symétrie doit présider au second amour, saint Paul, lui aussi, u « le désir de se dissoudre membre de la comparaison et le jugement de l’homme et d'être avec le Christ · : sort qui lui parait bien coïncide avec L'apparition glorieuse du Christ. C’est meilleur que de continuer Ici-bas un ministère aposto­ pourquoi beaucoup d’exégètes ne veulent trouver ici lique pourtant nécessaire. Philipp., t, 23-24. C’est que, encore que le jugement général, par exemple. Pillion, « tant que nous sommes dans le corps, nous sommes La sainte liible commentée, t. vin, p. 492. Et ceci inter­ éloignés du Seigneur » ·. d’où la sainte nostalgie qui dit nu théo ogicn prudent de faire une confiance abso­ le hante de · s'éloigner du corps et de demeurer auprès lue sur un texte dc sens aussi contesté. du Seigneur ». Il Cor., v, G-8. Toutes paroles qui Aussi ceux-là mtine qui s'attachent avec le plus supposent évidemment que l’union au Christ coïncide d éneruie à Uouver dans saint Paul la mention directe avec lu dissolution coniorelle. Elles s’accordent avec du jugement particulier, comme L. Alzberacr on cit p. 208-202, doivent-ils convenir quUl η’Χώ la doctrine : i ra c de Apôtre, d'après laquelle la t 1761 JUGEMENT, DONNÉES DE L’ÉCRITURE : NOUVEAU TESTAMEN'l témoignage formel et propre ù exclure toute hésitation. Sans doute serait il excessif dc prétendre, comme on ΙΊι fait, que cette doctrine est étrangère à l’Apôtre, mais les textes ne permettent pas de prouver qu’elle s’affirme chez lui d’une manière explicite. Tout au plus peut-on dire qu'elle est dans la logique dc sa pensée. · Il ne nous parle pas non plus du jugement particulier... Mais ce discernement immédiat est dans la nature des choses et il ressort dc ce fait que ni le bonheur des élus, ni, par analogie, le supplice des réprouvés n'est différé Jusqu’à la parousic. » Prat, op. cit., p. 497-198. « Cette pénurie de détails sur les choses de l’au-delà, dit sagement le même auteur, ne doit pas nous sur­ prendre, tout l'intérêt de l’Apôtre convergeant sers le fait de la résurrection cl celle vérité capitale que les justes sont unis intimement au Christ dans la mort comme dans la vie. » A l’exemple de Jésus son maître, Paul n concentré son attention sur l’essentiel, savoir nos destinées étemelles et la certitude qu’un jugement divin les fixera suivant nos mérites. Pour le reste, il semble s’être fait une règle d’observer le suprême avertissement du Christ, Act., i, 7 : Ούχ ύμών έστιν ώναι χρόνους ή καιρούς ο5ς ό πατήρ έΟετο tv τη ISLq ovoiqc. 111. DOCTRINE DES AUTRES APOTRES. — En dehors de saint Paul, les autres écrits néo-testamentaires n’offrent guère d’élément nouveau. 1° Épitre de saint Jacques. — Toute morale dans son objet, cette épitre insiste sur les œuvres et sur leurs rétributions. « Approchez-vous dc Dieu, et il s’approchera de vous. » îv, 8. Les riches orgueilleux seront dépouillés, t, 10-11; car leurs injustices crient vengeance devant le Seigneur et leur amassent un trésor qui sera liquidé • dans les derniers jours ». v, 3. Au contraire, celui qui aura souffert l'épreuve recevra « la couronne dc vie ». i, 12; cf. π, 5. Par moments, il semble que la loi divine s’élève à une sorte de personnification qui lui permet dc convaincre le pécheur qui la viole, n, 9. Mais, en réalité, c’est Pieu qui est « l’unique législateur et juge, qui a le pouvoir de sauver et de perdre ». iv, 12. C’est lui qui réserve « un jugement sans pitié ù celui qui n’a pas eu de pitié », n, 13, et une plus sévère justice à ceux qui par leur fonction acquièrent plus dc respon­ sabilité. m, 1. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un acte divin quel­ conque : ce jugement se confond avec la · parouslc du Seigneur », que l’Apôtre exhorte ses lecteurs ù attendre avec confiance, à l’exemple dc l’agriculteur qui attend dc récolter le fruit de son travail. * Prenez donc pa­ tience, vous aussi; fortifiez vos cœurs, parce que la venue du Seigneur approche. No murmurez pas, frères, les uns contre les autres, afin de n’êtrc pas jugés; car voici que le Juge est à nos portes. · v, 6-8. Tel est, sans vaincs spéculations, le thème d’ordre exclusivement pratique et d’inspiration hautement morale qui commençait ù consoler et stimuler les chrétiens du premier jour, commo il console et sti­ mule encore ceux d’aujourd’hui. 2° É pitres de saint Pierre. — Ici également c’est la note morale qui domino; mais elle entraîne déjà plus de considérations dogmatiques. L’Apôtre écrit à des fidèles éprouvés pour leur procurer consolation et réconfort, 1 Petr., i, 6-7, ù des fidèles observés et persécutés par un monde hostile pour leur rappeler les obligations dc leur fol. m, 14-15 et iv, 13-10. Une des pensées les plus efficaces à cette double fin est celle du Jugement. Car les chrétiens invoquent pour père · celui qui juge sans acception de personnes suivant l’œuvre dc chacun ». i, 17. · Scs yeux sont sur les justes el ses oreilles s’ouvrent à leurs prières; mais son visage est sur ceux qui font lo mai. » ! 1762 ni, 12; cf. Ps., xxxiv, 16-17. Personne n'échippc à sa justice et c’est sa propre maison qu’il visite la première. < Si donc il commence par nous, quel sera le sort de ceux qui ne croient pas à son Évangile? Et si le juste se sauve à peine, l’impie et le pécheur que deviendront-ils? » Ibid., îv, 17-18. Ce jugement divin sera l’œuvre spéciale du Christ, qui est le · juge des vivants et des morts », auquel tous les infidèles devront rendre leurs comptes. îv, 5. Voilà pourquoi les chrétiens sont instamment Invités à ne pas perdre de vue ce jour ofi éclatera la révélation dc sa gloire, έν άποκαλύψει ’Ιησού Χρίστου, i, 8 et 13; cf. iv, 13 et v. 1. 'l out cela ne peut évidemment s’entendre que du jugement final. Néanmoins, « le jour du Seigneur » tardait à se mani­ fester : la deuxième épitre de saint Pierre a pour but de répondre nu scandale provoqué par ce retard, ni, 3-4. Voilà pourquoi l'auteur commence par rappe­ ler les grands exemples de la Justice divine dans le passé : châtiment des anges rebelles, déluge, des­ truction dc Sodome et dc Gomorrhc, tous faits qui prouvent que Dieu sait sauver les justes et punir les méchants, n, 3-9. Il en sera de même à l’avenir et, après un temps de patience qu’il prolonge par misé­ ricorde, Dieu aura son Jour, qui sera · un jour de jugement et de ruine pour les impies >, ni, 7; cf. n, 12, en même temps qu’il marquera la fin du monde au milieu d’effroyables catastrophes, m, 7-13. Chemin faisant, l’Apôtre precise que les anges cou­ pables, « réservés pour le jugement »,sonl déjà enfermés dans le · tartare », σειροΐς ζόφου ταρταρώσας seul exemple biblique de cette expression, d’apres Charles, op. cit., p. 357 — pour y être punis, n, 1. Ainsi en est-il pour les pécheurs, qui sont déjà l’objet d'un châtiment en attendant le jugement qui leur est réservé, J. 9. Le texte de la Vulgate : in dion judicii reservare cruciandos pourrait faire Illusion; mais l’origi­ nal grec témoigne, sans aucun doute possible, que’e châ­ timent est déjà commencé : οίδεν κύριος... αδίκους οίς ήμέραν κρίσεως κολαζομένους τηρεϊν. Nulle part n’est mieux indiquée la distinction et lu relation qui existent entre les deux échéances de la justice divine. Et il est clair, bien que le mot n’y soit pas, que ces sanctions provisoires supposent autan! que les autres l’inter­ vention d’un jugement De toutes façons, l’Apôtre insiste chaque fois sur les conséquences que celte penste doit avoir pour exciter le chrétien ù mener une vie sainte, 1 Petr., 13-15, à conserver son âme pure, 11 Petr., m, 11, 14, à l’exercer έν άγαΟοποιί^. i Petr., iv, 19. 3° Épltres de saint Jean. — 11 y a peu de place pour le jugement au milieu des effusions mystiques dont ces épltres sont remplies. Ainsi que dans le quatrième Évangile, « celui qui croit au Fils de Dieu u le témoi­ gnage de Dieu en lui », I Joa., v, 10; avoir le Fils c’est avoir la vie et ne pas l’avoir c’est n’avoir pas lu vie, Ibid., 12. Lc péché est donc déjà par lui-même une source de ténèbres el de mort. I Joa., n, 9-11 ; ni, 1415. Cependant l’Apôtre suit aussi qu’il appelle une sanction future, qui s< traduira par la confusion du pécheur έν τη παρουσία αύτου, n, 28. que la filiation divine des justes, ébauchée dès maintenant, doit avoir alors son épanouissement, m, 2, et nos bonnes œuvres leur < pleine récompense ». II Joa., 8. La multiplication des « anléchrists » lui donne même à penser que · la dernière heure · est là. il, 18. Mais le grand fruit de la révélation du divin amour est précisément dc nous donner « confiance pour le jour du jugement, · iv, 17; car c'cst alors surtout que s exercera pour nous auprès de Dieu la médiation du Christ, n, 1. Sans y être pré­ pondérante, l'eschatologie commune est au terme du mysticisme de saint Jean. 4» Épitre de tainl Jude. - Au contraire, celte petite 1763 JUGEMENT, DONNÉES DE L'ÉCRITURE : NOUVEAU TESTAMENT épître n'a guère pour objet que d'annoncer le Juge­ ment. Sa manière rappelle beaucoup la deuxième do suint Pierre. Ici reniement sont évoquées les punitions décernées autrefois par Dieu aux Israélites incrédules, aux anges coupables, à Sodo me et aux villes voisines, 5-7, à Coré et ά ses émules, f, 11. A propos des anges, l'auteur enseigne, lui aussi, qu'ils sont dès maintenant enchaînés dans les ténèbres et réservés ainsi clç κρίσιν μιγάλης ήμέρβς. f. 6. Ce « grand jour » verra également le châtiment des pécheurs. L’auteur emprunte pour l'annoncer la prophétie d’Hénoch, I, 9 : « Voici qu'il est venu le Seigneur avec scs saintes myriades, pour exercer son Jugement contre tous cl convaincre tous les impies de toutes les œuvres d’impiété dont ils se rendirent coupables ct de toutes les injures articulées contre lui par les pécheurs impies. » v. 15. Mais ce Jour-là, les Justes peuvent compter sur la miséricorde du Christ qui leur rendra la vie étemelle, f. 21. 5· Apocalypse, — C'est ici le livre eschatologique par excellence; mais, à raison même de son objet, il n’en est pas de plus difficile Λ interpréter. 1. Principe du Jugement. — On y voit que l'auteur écrit dans un temps de trouble ct de persécution, où • lu béte > est déchaînée contre les chrétiens, xm, 7, ct s’enivre de leur sang, xvn, 6. Épreuve qui, en même temps que les cœurs, atteignait parfois les esprits. On devine une Inquiétude dans la plainte que les martyrs adressent à Dieu, vi, 10 : · Jusqucs à quand, Seigneur, toi le saint ct le véridique, ne juges-tu pas ct ne venges-tu pas notre sang sur les habitants de la terre? » Pour lépondre à ccs angoisses qui mettent en cause la Providence, le prophète insiste sur la justice de Dieu et affirme que le moment viendra où le ciel ct la terre reconnaîtront que « grandes ct admirables sont scs œuvres, justes et saintes ses voies ». xv, 3-4 ; cf. xvi, 7. 2. Jugement général. — Or, pour Jean, ces voles divines se manifestent par un < Jugement à plu­ sieurs phases, » qui « s'étendent sur tous les tempe messianiques ». B. Allô, L'Apocalypse, Paris, 1921, Intr., p. cxxiii. « L’Apocalypse décrit avec beaucoup d'ampleur les Jugements historiques ct continus, où la présence du juge est voilée. » Ibid., p. cxci. Cette présence sc dévoile, en tout cas, au regard du prophète qui entend l’ange s'écrier d’une grande voix : « Crai­ gnez Dieu et rcndez-lui gloire, parce qu’elle est venue l'heure de son jugement. » xtv, 7. Heure de Dieu, mais aussi heure du « Fil» de l’homme », qui apparaît un peu plus loin tenant dans la main la faucille aigui­ sée avec laquelle II s'apprête à moissonner la terre. Ibid,, 14-16. Pour Jean, Dieu et le Christ ne se sépa­ rent jamah dans l’œuvre du jugement : l’ange qui Jette à son tour sa faucille sur la vigne terrestre, tbid., 17-19, doit sans doute être considéré comme un exécuteur de leur commune sentence. Dans tous les cas, · Il faut entendre le jugement au sens large; ici, ...Il s'applique spécialement à Babylone ct à la Bête, réalités historiques ». Allô, op. cit., p. 217. Les cha­ pitres suivants racontent, en eflct, la chute de « la grande prostituée » vaincue par l'Agncau, xvn, 14, et cette ruine est expressément donnée comme le Jugement divin sur elle, xvni, 8, 10 : jugement qui réalise tout à la fois la revanche de ses victimes et U gloire de Dieu, xvni, 20; xix, 1-2. Outre ce jugement, historique et restreint, qui atteint la grande ennemie de Dieu, le prophète annonce également le * assises solennelles où devront compa­ raître tous les hommes à la fin des temps. Ce jugement eschatologique est annoncé une pre­ miere fols lorsque les vingt-quatre vieillards, pros­ ternés devant l'Élemel, saluent par avance son règne g Ιο n eux. « Elle est venue ta colère et le moment 1764 pour les morts d'être jugés, et de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints, (tous) ceux qui craignent ton nom, petits ct grands, ct de détruire ceux qui détruisaient la terre. » xr, 18. Ailleurs le prophète avait décrit les convulsions cosmiques dont il sera précédé, vr, 12-17. Il termine son livre par un tableau de la scène elle-même, dont le P. Allô admire à juste titre < la sobriété grandiose ». Op. cit., p. civ. Cf. p. 303. Le mystérieux règne millénaire est fini, Satan et ses suppôts sont dévorés par le feu du ciel. Puis voici que « sur son grand trône blanc · siège • Celui devant la face duquel s'enfuient le ciel ct la terre. » Tous les morts ressuscitent, « les grands et les petits », pour comparaître devant le trône ct · des livres sont ouverts », sur le contenu desquels les morts sont jugés. La sentence reçoit aussitôt son exécution : ceux qui sont enregistrés « sur le livre de vie » entrent dans la céleste Jérusalem; les autres, avec la mort et l’Hadès, sont précipités · dans l’étang de feu ». xx, 7-15 et xxi, 1-5. Ici pas plus que tout à l’heure l'auteur de ce jugement n'est nommé. Allô, p. 304; mais le rapprochement avec vi, 16; xi, 15; xxn, 7 ct 12-15, ne laisse pas douter qu'il ne soit l'œuvre du Christ comme agent ci fils de Dieu. Qu'il s'agisse du Jugement sous sa forme historique ou sa forme eschatologique, ce sera toujours un acte de haute justice. Le châtiment des ennemis de Dieu n'est que la Juste rétribution de leurs crimes. Rendezlui comme elle-même a rendu, est-il dit de Babylone, et multipliez-lc par deux suivant ses œuvres ». xvm, 6. Discours qui, dans l’original, ne s'adresse d’ailleurs pas aux victimes de la ville impie — comme pourrait le faire croire la leçon erronée de la Vulgate : Reddite illi sicut et illa reddidit vobis — mais · aux ministres de la justice divine ». Alio, p. 2G7. Une semblable menaee s’applique à scs complices, xvni, 4 ct xvi, 6. Il en est de même au grand jugement, où les défunts seront jugés κατά τά έρλα αύτων. xx, 12 ct 13. D’une manière générale, le Christ est le Dieu qui récompense scs serviteurs fidèles ct qui rend « à chacun selon son œuvre ». xxn, 12; cf. iî, 23. 3. Jugement particulier. — Mais cetto · œuvre » n'cst-ellc pas terminée avec la vie ct dès lors ne doitelle pas recevoir Immédiatement la sanction qu’elle mérite? Jean voit les âmes des martyrs « sous i’autcl » céleste ct Dieu donner · à chacun une robe blanche », qui no saurait être qu’un insigne de gloire, vr, 9 et 11. Pourquoi ce privilège serait-il réservé aux martyrs? Un texte semble faire croire que l’auteur en a conçu la généralisation. « Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur, dès à présenti Oui, dit Γ Esprit, pour qu'ils se reposent de leurs labeurs; car leurs œuvres suivent avec, eux ». xiv, 13. 'I cile est, rectifiée sur l'original, la traduction du P. Allô, qui s’empresse d’y lire la promesse d’une récompense immédiate après la mort. Op cit., p. 220-221. Cependant, prise au sens strict, celte parole ne signifie pas autre chose que la relation morale qui unit la vie présente à la vie future, ct les morts ne peuvent-ils pas être dits • bienheureux », même bienheureux « dès à présent », par l’assurance certaine de la résurrection qui leur est garantie? D'autant qu'aux r. 10 et 11 le châtiment des pécheurs semble être remis à l'avenir. Tout ce qu’on peut dire, c'est que ce texte permet cl même I appelle logiquement la rétribution immédiate; mais Il ne prouve pas que cette logique sc soit Imposée à l’esprit du voyant comme clic s’impose au nôtre. De même, sur xxn, 12 cité plus haut, gloser : » La rétribution qu’annonce le Christ s’opérera et sur terre, et immédiatement apres la mort, ct au Jugement général, · Allô, op. cit., p. 331, c’est tout au moins ajouter beaucoup à un texte indéterminé C’est 1765 JUGEMENT, TRADITION PATRIST1QUE : PÉRIODE PRIMITIVE surtout ne pas tenir suffisamment compte des mots qui précèdent : · Voici que je viens promptement », ibid., 12 ct 7, qui ne peuvent guère s’entendre que de la parousie. Conclusion générale. — Au total, les perspectives ne sont pas encore nettement séparées, pas plus dans l’Apocalypse que dans les antres écrits du Nouveau Testament, et A cet égard non plus ce livre n’apporte • aucun enrichissement substantiel nu Credo de l'EglIse primitive ». Allô, p. xcviî. « Quand les Apôtres ensei­ gnent aux hommes le jugement de Dieu, la différence entre le jugement particulier et le jugement général n’apparaît pas tellement claire ct distincte; leur pen­ sée passe de l’un A l'autre. » Weinhart, art. Geriefd fgûlUiches), dans Kirchenlexikon, t. v, col. 397. Et il faut ajouter que, si elle se fixe plus volontiers sui le jugement général, tous les principes sont posés par eux qui mèneront bientôt A la distinction formelle du jugement particulier. On n’oubliera d’ailleurs pas que la doctrine des fins dernières relève de la prophétie, Atzbergcr, p. 195, et que l’obscurité est une règle du genre. 11 reste que la révélation chrétienne, telle qu'elle résulte de l'Évangile ct des écrits apostoliques, a marqué pour toujours la doctrine des fins dernières de son empreinte propre. De {’Ancien Testament elle a retenu le dogme de la justice divine comme un postulat de la loi morale ct la fol en sa manifestation publique comme une nécessite du plan providentiel. Mais le jugement attendu devient ici un acte d’ordre spirituel ct transcendant, qui, pour la plus grande gloire de Dieu ct de son Christ, doit un jour fixer les destinées éternelles de tous les hommes suivant la valeur morale qu’ils ont acquise au cours de l’épreuve terrestre. N’est-ce pas IA tout l’essentiel? · L'horizon peut paraître plus ou moins lointain, la crise suprême plus ou moins proche; mais c’est là un point accessoire ct 1'éschatolOgie chrétienne acquiert une netteté de contours, une fermeté relative de lignes que n’eut jamais l’eschatologie judaïque. » Prat, op. cit., p. 489. Cf. Labauchc, op. cil., p. 378 ct At/berger, op. cit., p. 356-357. C'est sur ccs points accessoires, où planait encore quelque indécision, qu’allait désormais porter le développement. V. Tradition patristique. — Étant donnée la variété ct la complexité des matériaux fournis par l’Écriturc, il n’y a pas lieu d’être surpris qu’il ait fallu beaucoup de temps pour en réaliser la complète élabo­ ration. D’une part, les Pères ont eu pour rôle de conserver, à l’usage de lu foi et de la piété chrétiennes, les vérités déjà claires. TAchc d'autant plus facile que cette partie du dogme chrétien ne rencontra pas sur son chemin d'adversaire sérieux, moins encore d’hérésie caractérisée. Mais Us s’appliquèrent aussi à préciser ce qui était resté un peu Vague jusque-là, do manière A obtenir une eschatologie systématique. G’uvre déjà délicate par elle-même ct qui était rendue plus difficile encore par les conditions où elle sc produisit. Pour réaliser ce travail, en eiïet, les Pères n’avalent pas d’autre ressource que d'utiliser les catégories, soit juives, soit grecques, qui (talent A leur disposition. Ce qui les exposait A contaminer In fol avec des élé­ ments étrangers ou dangereux. I.’échéance des sanctions individuelles était particulièrement restée dans l’ombre ct le problème était do les accorder avec les exigences, en apparence contraires, de la destinée personnelle et de la rédemption messianique. Voir Atzbergcr, Geschichte der christlichen Eschatologie, Fribourg, 1896» p. 6-7. Il ne pouvait y avoir d’hési­ tation sur le jugement général, énoncé d’une manière formelle par l’Ancien et le Nouveau Testament, i M ds „ de l’éternité7 Mais l’auteur ne dit ,>as. au moins du"i 790. Il n’v a d exception que pour les martyrs. JUGEMENT, TRADITION PATRISTIQUE : LE III· SIÈCLE k fragment qui nous reste, comment il y aurait encore place dans cette conception pour le Jugement dernier. 2. Oracles sibyllins. — Λ \' Apocalypse de Pierre on peut ajouter les Oracles sibyllins, dont les remanie­ ments chrétiens semblent être terminés à cette même époque. Or un passage parait suggérer, Atzberger, op. cil., p. 501, que le jugement suit immédiatement la mort. Τδ ζην bj Οανάτφ δοκιμάζεται- cl τις Επραξεν Έκνομυν ή δίκαιον, διακρίνεται είς κρίσιν έλϋών, Orac. sibyll., π, 93-91, édition Alexandre, Puris, 1869, p. 56. Ce deuxième livre est regardé par l'auteur, Introd., p. xlvi-xlvii, comme provenant presque tout entier d’une main chrétienne. Les autres parties des Oracles abondent en descrip­ tions très colorées du jugement général : par exemple, n, 214-215. p. 61-66: vm, 81-93 ct 217-235, p. 218 et 230. Contrairement ù la tradition commune et à ses propres affirmations. l’auteur (ait un moment, vin, 256-257, p. 232, apparaître le Christ, non dans sa gloire, mais dans l’humilité d’une chair semblable à la nôtre. A ce détail près, il y a chance que ces lis-res traduisent sous scs divers aspects, et jusque dans la complexité de leur indécision, les croyances cschatologiqucs du christianisme primitif. 3. Documents archéologiques. — On aimerait pou­ voir alléguer ici les inscriptions ct peintures des catacombes; mais elles sont rares et de date plutôt récente. Cependant il n'est pas interdit do voir dans les documents du iv· siècle, ou même au delà, le reflet des croyances antérieures. Sous le bénéfice de cette réserve, on peut invo­ quer l’image de la balance, tant de (ois peinte ou gravée sur les tombeaux, ct qui doit être souvent, sinon toujours, un symbole. Voir art. Hulance, dans le Diet. d'Archéologie, t. il, col. 133-137. Une fresque du cimetière de Cyriaque à ï'Agro Verano (lin du m·siècle ou commencement du iv·), deux autres postérieures trouvées dans la catacombe de Saint-Hermès à Home ct dans celle de Santa Maria di Gesù à Syracuse, une dnde mutilée des catacombes romaines représentent le jugement de l’âme. Reproduction ct commentaire, ibid., art. Ame, t. r, col. 1502-1511. Et comme cellc-d y ligure seule devant son juge, c'est l'indico que la scène doit signi lier le jugement particulier. On peut sans doute interpréter dans le même sens les textes et gravures où le Christ est donné comme l’agonothète qui, en tenue de combat, distribue les couron­ nes aux athlètes victorieux. Voir Kraus, Healencyclopddle der christ. A ItertOrner, art. Corona, L i, p. 333336 et Kamp/., t. n, p. 91. Les représentations expresses du jugement général sont plus tardives. Une des plus célèbres est une terre cuite conservée à la bibliothèque Barberini, qui semble remonter au vî * ou vu· siècle. Kraus, ibid., p. 985. Mais les archéologues s’accordent généralement à le voir symbolisé sous l'image, beaucoup plus fré­ quente et beaucoup plus ancienne, connue sous le nom (Vélimasie. On y voit un trône vide surmonté du monogramme du Christ, figure discrète pour rappeler la fonction de juge qu'il doit remplir au dernier jour. Voir Diet, d'archéologie, art. Étimasie, t. v, col. 671673. Au total, si l’on excepte le témoignage des inscrip­ tions chrétiennes ct le texte des Oracles sibyllins, l’un ct l’autre d'ailleurs trop tardifs ou trop imprécis pour faire absolument foi, il semble que, dans la primitive Église, chaque fols qu’il est question des destinées individuelles, les sanctions soient toujours au premier plan. Elles sont immédiates ou retardées, transitoires ou définitives; mais le rapport fonda­ 1776 mental est toujours le même de cette eschatologie avec la doctrine du jugement. Car il ne saurait y avoir de sanctions sans un acte de la justice qui les détermine suivant les mérites de chacun. Et ce prin­ cipe reste vrai, bien que moins accusé, dans le schème de sam tions incomplètes et provisoires que les pre­ miers théologiens crurent pouvoir Importer du ju­ daïsme. Aussi peut-on appliquer déjà aux Pères du second siècle l’appréciation portée par M. Tixeront sur ceux du troisième. « Les âmes, à la sortie du corps, subissent toutes un premier jugement. Bien qu'aucun de nos auteurs ne le signale expressément, il est cependant la condition nécessaire de la difiérence du sort qui est fait, après la mort, aux âmes des impies et à celles des Justes, et que tous admettent. » Histoire des dogmes, t. i, p. 455. Il n’en est pas moins vrai que ce premier acte de la justice divine reste sous-entendu. C’est dire que le principal de l’attention se porte encore sur le jugement final : le retour si marqué de la théologie du u· siècle à la notion juive du Scheol ct de ses rétributions imparfaites n’a précisément d’autre signification que do maintenir à cet aspect de la foi traditionnelle tout son relief. Ainsi paraissait l’exiger la gloire du Christ ct la nature corporelle de l’homme. Il semble résulter de Tcrtullien qu’à cette vérité d’aucuns n eussent pas craint de sacrifier les sanctions immédiates, cependant que les hérétiques ne savaient affirmer celles-ci qu’en niant celle-là. Entre ces deux tendances adverses la théologie catholique ne connaissait encore d’autres ressources, pour dessiner une via media, que ie vieux fond du judaïsme. D’où ces premières systématisa­ tions, où les sanctions immédiates et le jugement parti­ culier qui les détermine ne pouvaient que rester à l’amère-plan. Un effort restait à faire pour harmoniser la conception du dogme chrétien, en précisant d’une manière plus exacte ses contours ct cherchant à équilibrer sur de meilleures bases scs divers éléments. ZZZ. PERIODS DR DISCUSSION RT DR CRITIQUB t ΠΓ S1&CLR. — Cette eschatologie archalsante n’allait pas tarder à subir l’épreuve de la critique. En Orient, l’école d'Alexandrie lui porta des coups redoutables et, sur bien des points, décisifs, quitte à pencher ellemême vers l’extrême opposé. L’Occident, au contraire, lui reste fidèle dans l’ensemble, non sans l’amender par des retouches discrètes. Tendances parallèles qui traversent le m· siècle et qui, en accusant le déficit de la théologie antérieure, préparent les voles, non encore sans quelque confusion, à l’avènement d’une doctrine plus satisfaisante. 1· En Orient. — Du grand mouvement théologique, puissant mais désordonné, que créèrent les docteurs alexandrins la doctrine du jugement allait recevoir le contre-coup. 1. Clément d'Alexandrie. — Philosophe et apologiste. Clément s'applique Λ présenter un christianisme rationnel. Un spiritualisme très élevé, fait à la fols d’inspirations platoniciennes et chrétiennes, anime son œuvre entière. Tout pour lui sc ramène à montrer comment l’âme trouve dans la connaissance du Logos et la pratique de ses lois le principe de lu vie éternelle. Mais, ■ quant â l'appropriation du salut, il en distingue si peu les divers stades qu'on voit mal plus d’une fois s’il la situe avant ou après la mort corporelle. Beau­ coup moins encore distingue-t-il d’une manière claire et précise l’étal des Justes dans l’au-dela avant et après le Jugement. » Atzbcrgcr, op. cit., p. 356. De cette continuité dans la vie spirituelle, il résulte évidemment que son système est incompatible, non seulement avec le millénarisme — Clément l’a écarté d’une manière Implicite plutôt que directement com­ battu — mais avec cet état intermédiaire sur lequel se fondait l’ancienne eschatologie. Le corps ne saurait 1775 JUGEMExXT, TRADITION PATR1STIQUE : LE 111« SIÈCLE Cire qu’un obstacle. Une fois dégagée de lui par ta mort, l’âme juste n’est que plus libre pour aller À Dieu : πρός τον Κύριον Οανάτω απολυμένοι, Strom., ιν, 11, P. G., t. vin, col. 1288; cf. iv, 18, col. 1321, où est rap­ porté le texte do s dnt Clément de Borne, î Cor., l, cité plus haut, col. 1767. Mais l’Ame coupable ne peut en attendre que lo châtiment. Il semble que ce dis­ cernement so réalise de piano, suivant la qualité morale de la vie. En tout cas. Clément prend le jugement comme synonyme de condamnation : τί δή έτερον υπολείπεται τοΐς άπίστοις ή κρίσις καί καταδίκη; Cohort.. 9. ibid., eoi. 196. On s’est demandé s’il s’agit IA du jugement général ou particulier, Atzbcrgcr, op. cil., p. 364, et le texte est trop vague pour autoriser une réponse. Mais tout le système de Clément laisse entend! e qu’il s’agit de la sanction qui suit la mort. Aussi bien ne trouve-t-on chez cet auteur que des allusions très vagues à la fin des temps, à ce moment décisif où · les anges recevront dans les demeures célestes les vrais pénitents..., où surtout le Sauveur lui-même s’avance pour les accueil­ lir, leur offrir une lumière sans ombre ni fin et les conduire au sein du Père, â la vie éternelle, au royaume des deux ». (fuis dires salvetur, 42, P. G., t. ix. col. 649652. Description qui, sous l’expression cschatologique consacrée : έν τη συντέλεια του αίώνος, n’introduit plus que des éléments spirituels et dont aucun ne dépasse la fixation normale de la destinée individuelle. Ailleurs, il est vrai, sur l'autorité de saint Jean, Clément parle du « second avènement » et de la con­ fiance ou de la confusion qui en sera la conséquence, suivant notre attitude par rapport au Christ. In Joan,, î, 23, ibid., col. 737. Mais on volt combien ici encore le trait est mollement appuyé. A force de spiritualiser l’eschatologie chrétienne, la philosophie de Clément finissait par volatiliser une partie notable de son 1776 la volonté A fuir le mal qui en serait In cause. Ibtd., vin, 48, col. 1588. Les effets bienfaisants qu’elle produit on sont la perpétuelle justification. lbl(L· 40. col. 1576. b) Jugement particulier. — Quant A la manière de concevoir ce jugement futur, elle rentre dans une systématisation cschatologique très contestée. Conformément A ses convictions platoniciennes, l Origènc met au premier plan de sa pensée la spiritua­ :lité ot l’immortalité de l’âme. Voir Atzbcrgcr, op. cit., | p. 367-372. Son mysticisme s’ajoute A cette philosophie pour lui faire combattre les rêves millénaires. L. Gry, I .op. cit., p. 96-100. Il ne s'arrête pas davantage Ab ] notion archaïque de cet Hadès où les défunts atten­ draient la résurrection. Une fols sortie du corps, | l’âme ne peut que sc trouver en présence de Dieu, pour son bonheur ou son malheur suivant sa conduite ici-bas. Cependant Origène conçoit que, pour sc prépa­ rer A leurs destinées éternelles, les âmes passent tout d’abord par un état Intermédiaire, une sorte d’école probatoire, oelut in quodam eruditionis Inco et, ut ita dixerim, auditorio oel schola animarum, D' prine.. II, xi, 6, P. G., t. xi, coi. 246, où elles restant plus ou moins longtemps d’après la pureté relative qu’elles présentent. Il y a donc un discernement des âmes immédiate­ ment après la mort, qui n pour but d’arrêter et, si l’on peut dire, do consolider le bilan spirituel de la vie. Anima substantiam vilamque habens propriam, cum ex hoc mundo discesserit, pro suis meritis dispensabitur. Ibid., I, præf., 5; col. 118. L’intérêt de ce texte est | qu’il traduit la foi ecclésiastique commune. Or la 1 rétribution future y est nettement présentée comme i antérieure A la résurrection, dont la mention inter­ vient seulement dans les lignes suivantes : ce qui montre à quel point de maturité était dans l’Église contenu· la doctrine du jugement particulier. 2. Origène, son successeur et disciple, tout en sui­ Origène lui rend un autre témoignage indirect, vant les mêmes voies, sc tient plus près de la tradition. quand il parle de ces sortes de publicains qui attendent a) Principe du jugement. — Avant tout, Origènc sait l’âme au sortir de la vie pour voir si elle a ses comptes et proclame que le jugement est un article do la en règle, In Luc., hom. xxm, P. G., t. xm, coi. 1862, foi catholique : έν τω κηούγματι τω έκκλησιαστικφ ; ou de cet adversaire qui peut nous livrer au juge si περιέχεται ό περί κρίσεως δίκαιος Θεού λόγος. Dogme nous avons marché dans ses voles. Ibid., hom. xxxv, dont il souligne aussitôt l’importance au double point col. 1892-1893. Celte part faite au démon dans le de vue moral et métaphysique, puisqu’il est le meilleur règlement définitif de nos destinées ne sera pas perdue de vue par la tradition postérieure. Voir J. Rivière, excitant à la vertu et une preuve incontestable de noire liberté. De prine., III, î, 1, P. G., t. xi, col. 249. Revue des sciences religieuses, t. iv, 1924, p. 43-49. c) Jugement général. — Néanmoins ce premier Voir Atzbcrgcr, op. cit., p. 375 et 449. Cette vérité est de celles que les simples fidèles se contentant de croire, exercice de la justice divine n’a pas encore beaucoup tandis que le < philosophe » s’applique à les établir de relief dans la pensée d'Origènc et ne porte jamais sur Γ Écriture et la raison. Contra Cels., iv, 9, ibid., le nom de jugement. Le jugement a lieu pour tous col. KJ 10. Cf. ni, 16, col. 940. cl sc place A la fin du monde, μετά τδ τέλος δίκαια Kcxendiquant pour lui ce rôle, Origènc invoque la περί πάντων κρίσις. C. Cels., ιν, 9, P. G., t. χι, col. 1040. croyance grecque A des tribunaux souterrains, ibid., C'est dire qu’il sc confond avec cette parousle venge­ le consentement des philosophes ot des hérétiques. In resse qui faisait l’objet des railleries de Celse, ibid., il, Levit.. hom. vu, 6, P. G., t. xn, col. 490. Ce qui ne 5, col. 801 et iv, 30, col. 1072, et qui doit mettre tous l'empêche pas de rendre hommage A l'importance les peuples do l’univers, in pavore cordis el tremore décisive de la révélation sur ce point. DéjA la notion conscientia, en présence du Christ devenu leur juge. du jugement et les sanctions éternelles fais.dent In Gen., hom. xvu, 6. P. G., t. xit, col. 259. Sans doute partie du judaïsme, et Origènc se plaît A y voir une la justice de Dieu s'exerce dans une certaine mesure raison de la supériorité morale qui caractérise l’an­ dès ici-bas, mais la sépara·ion définitive des bons et cienne Loi. « Car, si ces doctrines s’enveloppaient ! des méchants aura Heu in die judicii. De prine., II, ix, encore de fables pour les enfants et pour les adultes 8, P. G., t. xi, col. 232. C’est ce « jour de colère · qui en partagent la mentalité, ceux qui cherchent la qu’annonçaient les prophètes et Origènc d'expliquer, raison et qui veulent progresser en elle pouvaient, si après avoir longuement cité leurs témoignages A ce j’ose dire, métamorphoser ces fables en In vérité sujet, qu'il est reporté à ta (In du inonde pour que qu’elles rccétaleut. * Conf. Gels., v, 42, L xi, col. 1218. puissent, en attendant, sc manifester toutes les suites La même doctrine sc retrouve dans le christianisme de nos actes. In Rom., n, î, P. G., t. xiv, col. 876-878. et aucune ne marque plus nettement la sagesse trans­ De même, A son sens, les paraboles évangéliques cendante du Christ. Ibid., 1, 29, col. 716. Du point de fixent ta retour du maître, έπΐ τήν συντέλειαν, in vue rationnel, elle répond aux conditions normales de .Matlh., xiv, 12-13, P. G.t t. xm, coi 1212-1216 1.» moralité ; car elle n u pas précisément pour but d’efChacun y sera Jugé strictement iulvant ses œuvres (r.i>er par la terreur du châtiment, mais d’excitar El c est pourquoi le jugeinom est té#erv6 ;l Uleu 1777 JUGEMENT, TRADITION PATRIST1QUE : LE III® SIÈCLE 1778 ment le dualisme bien connu qui caractérise l’escha­ seul peut inire la balance exacte du bien et du mal * mélangé dans no * vies. In Rom., II. 1-2, P. G., t. xiv, tologie d’Origène : d’une part, l’affirmation de la fol col. 870-872. Ci. n, 4, col. 878-879; fx, 41, col. 1244traditionnelle; de l’autre, un essai de systématisation 1245 et In Matth., xix, 8, P. GM t. xm. col. 1204. dans lequel aux initiatives les plus heureuses se Tout d'tiillcurs sc passera d’une manière spirituelle; mêlent des spéculations personnelles hardies et con­ testables. Voir Tixeront, Hist, des dogmes, t. t, p. 325car le recours aux images tirées do l’ordre humain n’a d’autre but que de nous mieux inculquer une 330. De toutes façons, une théologie aussi neuve réalité divine : cujus (judicii) specte» ut notior homi­ était faite pour Imprimer une profonde secousse aux nibus fieret, judicandi forma ex his quas inter homines intelligences. La doctrine du jugement ne semble geruntur assumpta est L’estrade où riêge le Juge pour pas avoir eu de place spéciale dans le * longues que­ relles de l’origénisme. Dossier dans Prat, Origène, marquer l’éminence de sa fonction et agrandir Paris, 1907, p. 188-213; exposé quelque peu tendan­ l’horizon de son regard signi De la majesté du Christ, cieux par J. Tunnel, dans Revue d'histoire et de litté­ qui, par sa nature divine, u le pouvoir de pénétrer les rature religieuses, t. v, 1900. p. 97-128. Ce qui ne veut cœurs et d’en révéler les mouvements les plus secrets. pas dire qu’elle ait été adoptée telle quelle; mais, Celte série de nos pensées et de nos actes, gravée au on retrouve partout son influence dans la suite. plus profond de nos consciences, constitue le registre Sur ce point, plus peut-être que sur n’importe quel qui doit être ouvert par le divin juge et s’étaler à tous autre, toute la théologie postérieure est tributaire les yeux. In Hom., ix, 41, P. G., t. xiv, col 1241du grand alexandrin, de telle sorte que la valeur de ses 1242. Voilà pourquoi le jugement sera instantané. solutions se mesure à l'attitude qu'elle prend vis-à-vis De même qu’un éclair nous suffit pour réveiller les de lui. souvenirs assoupis de notre mémoire, ainsi un acte 2e En Occident. — Faute d’être encore atteint par inefl.'iblc de lu puissance divine fera jaillir en pleine le courant origénlste. 1 Occident se tient, dans l’en­ lumière le contenu do la conscience et chacun y semble, sur les positions anciennes. La théologie du percevra aussitôt lu sanction qu’il mérite en rapport jugement n’y oflre rien de remarquable que la persé­ avec scs actes. In Maith., xiv, 9. P, G., t. xm,col. 1205. vérance plus ou moins atténuée des doctrines ébau­ Pour spiritualisée qu’elle soit, encore voit-on sub­ chées au siècle précédent, en regard desquelles ne sister ici une ombre de procédure judiciaire. Elle cessent de s’affirmer les poussées instinctives du sens s’évanouit ailleurs tout à fait, pour se confondre avec l'économie chrétienne de la Providence. D’un mot chrétien. 1. Eschatologie systématisée. — Divers témoins Origène écarte toutes les représentations matérielles attestent la survivance de la systématisation primi­ du jugement. Où trouver un lieu capable de réunir sous un seul coup d’œil les anges cl les hommes? tive. a) Saint Hippolyte. — Contemporain de Tertulllcn, El ce « siège de gloire » dont parle ΓÉvangile serait-il saint Hippolyte nous présente une eschatologie d’un donc quelque vulgaire escabeau? Véritables impossi­ archaïsme tout semblable. Voir Atxberger, op. ciL, bilités qui font sentir le besoin d’une interprétation moins grossière. Mais, quand on entre dans cette voie, p. 275. A maintes reprises, le Christ est par lui donné ces Images aussi révèlent une haute sagesse : Qui ouït comme le juge du monde. De antiehnsto, 26, P. G . omnia rationabiliter inlelligcre, multam sapientiam t. x, col. 748; In Daniel.. IV. x, édition du Corpus de inveniet et in istis, Berlin. 1897, t. î, p. 208-210. Ce jugement eolneid» Dion qu’il n’ignore ricn des difficultés du sujet, avec la parousie, De antichr., 64, col. 784 et Contr Origène veut modestement risquer une esquisse de Noet., 18; ibid., col. 828-829. En attendant, tous Ici cette exégèse rationnelle. Il expose donc que le jour défunts sont réunis dans ΓHadès; mais des anus \ viendra où la connaissance du Christ rayonnera sur toutes les intelligences : Existimo ergo quoniam erit infligent déjà aux pécheurs un châtiment provisoire, tempus adventus Christi quando tanta manijestatio suivant les actions de chacun : άγγελοι φρουροί προς jutura est Christi et divinitatis ejus ut non solum nullus τάς έκαστων πράξεις διχνεμοντες τάς των τρόπων πρόσ­ justorum sed nec aliquis peccatorum ignoret Christum καιρους κολάσεις, auquel s’ajoute la vue toute proche de la géhenne où ils seront Jetés au jour du juge­ secundum quod est. t n rétablissement de l’ordre moral en sera la conséquence : ...quando et peccatores ment. Un autte quartier de l’Hadès, dénommé le cognoscent in conspectu suo sua delicta ei justi mani/este « sein d’Abraham », reçoit les justes, qui y jouissent videbunt semina justitue sua: ad qualem cos perduxerint d’un grand bonheur au milieu des anges. · Mais il y finem. S’il est vrai que ce triomphe spirituel du Christ a un jour marqué par Dieu où l’unique sentence d'un est déjà commence par le rayonnement progressif de juste Jugement sera prononcée sur tous comme il la foi, à plus forte raison éclatera-t-il au Jour de la convient... Tous, en efïot, justes el pécheurs seront pleine lumière : ...Quanto magis recte dicuntur omne» conduits en présence du Logos Dieu. C est à lui que le gentes ante cum congreganda· et constituendo: quando Père a donné tout le Jugement et pour accomplir la volonté du Père il reviendra comme Juge. Ainsi palam omnibus, tam bonis quam malis, tam fidelibus donc ce n’est pas Minos m Rhadamante qui seront quam infidelibus, /uerit jactus manifestus, ante oculos nos Juges, mais celui que Dieu le Père a glorifie. » mentis eorum jam non fidei aut diligentite alicujus Adv. Grirc., 1-3, P. G., t. x, col. 796-800. inquisitione repertus, sed ipsius divinitatis sute inaniÉtant donné cependant que ce Jugement ne fait que lestai inné prolatus. Le Christ n’apparaîtra donc pas proclamer et rendre définitif le résultat moral do la dans un lieu donné : il ae manifestera partout el tous vie, · chacun peut reconnaître qu’au jour où il sort les hommes comparaîtront devant son trône en ce de ce monde il est déjà Jugé; car la consommation sens qu’ils rendront hommage à son autorité. Ici-bas s’avance pour lui ». In Dan., IV, xvni, 7, p. 232. tous les hommes quels qu’ils soient se connaissent mal Ainsi, c’est toujours l’eschatologie finale qui demeure eux-mêmes; mais quand la claire manifestation du Elis prépondérante; mais elle est précédée de sanctions de Dieu les obligera à se voir tels qu’ils sont, c’est alors immédiates, à l’attribution desquelles pour la première que les bons seront séparés des méchants. In Matth., fois, bien que d’une manière encore un peu confuse, Com. series, 70, P. G., t xm, col. 1711-1713. Cotte Hippolyte commence à appliquer la dénomination de doctrine vient au terme d’un long développement où jugement. tous les faits relatifs à lu parousie sont l’objet d’une b) Xovatien. sans entrer dans beaucoup de détails, •cinblable ailégorisallon. reproduit la doctrine et jusqu’aux termes de Terlullien On retrouve donc sur le point particulier du JugeDICT. DK THÙOL. CATJIOL. T. — ΥΙΠ. — 57. 1779 JUGEMENT, TRADITION PATRISTIQUE : LE 11 le SIÈCLE 1780 sur l’Hadès. Locus enim est quo priorum animat imploA la base de ccs discriminations il faut évidemmen rumque ducuntur, futuri Judicii pnejudicia sentientes. sous-cntcndro le jugement particulier. On a pu cnln De TriniL, 1, P. L., L ni, coi. 888. qu'il arrive à Cyprien d'en prononcer presque le nom, c) Même position chez Victorin de Pettau :Est infernus ' quand II présente à ses fidèles le fléau de l'épidémie remota a pernis et ignibus regio et requies sanctorum, in comme un moyen plus sûr d'atteindre la béatitude du qua quidem ab impiis videntur et audientur fusti, sed ciel. Gratulari magis oportet et temporis munus amplecti non illuc transvectari possunt... Quia in novissimo tem- (nu |0 noln ,lc qu'il faut vivre duns Ια perspectise du Jugement .jugement,. que , _ le_ eJugement ____ _ huai. ibtd.. ntt. A, 15. divin pour se sanctifier en vue de cette redoutable I P. G., t. xcv, col. 1176-1188. Cf. tbid 71. P’. G.’. éventualité. · Quand on sc met en mémoire le terrible ( t. xevi, col. 484-485. 1785 JUGEMENT, PÈRES GRECS : I V«-VIII· SIÈCLES b) Auteur du jugement général. — C'est pourquoi ce jugement est attribué uu Christ. Les textes formols de saint Paul, II Cor., v, 10, et de saint Jean, v, 22, sont Ici régulateurs. Voir S .Jeun Chrysostome, In Joa., hom. xxxix, 3, P. G., t. lix, col. 223 221; In Hum., hom. xxv, 3-4, P. G., t lx, col. 032et S Cyrille d’Alexandrie, In Joa., n, 7, P. G., t. ι,χχιιι, col. 305. Cf. In Is., n. 5, 12, et m, 2. 16, t j.xx, col. 541 et 633. Saint Cyrille de Jérusalem précise que le Père ne s’est pas pour autant dépouillé de sa puissance, mais qu’il juge par le Fils. Ainsi le demandait la glorifica­ tion du Christ, devant qui tout genou doit fléchir, au del, sur la terre et aux enfers. Ca/ech.» xv, 25, P. G., t. xxxm, col. 905. Il faut donc rapporter au Jugement tout ce que nos auteurs disent, d’une manière plus ou moins explicite, de la parousie Voir S.Cyrille de 1« ru .idem, Catech., xv, 1-2 et 19-27, col. 869-872 et 896 909; S. Athanasc, De Incarn. Verbi, 56, P. G., I. xxv. col. 196 et Gord. Arian. j n, 43, t. xxv!, col. 210; S. Grégoire de Nazianze, Poem, moral., xxviii, 8 I” 370, p t, , i xxvm.col 881-883et Poem, de seipso, i, 522-5H>. ibid., col. 1009-1010; S. Jean Chrysostome. Dr l.az., hom. Vf, 1, P. G., Lxlviu.coI. 1027; Dediab., hom. m 3. P. G., t. xlix, col. 267-268; De cruce et latr., hom 1. 3-4 et n, 4. ibid., col. 403-104 et 413-411; In Horn., hom. v, 6, P. G., t. lx, col. 630; S. Cyrille d’Alexandrie, /n Joa., i, 1, P.G.l lxxiiî, col. 28. c) Modalités du jugement général. — Les descriptions de celte parousie, généralement destinées à des audi­ toires populaires, sont pour la plupart d’un rcali .me Imagé qui suit de près la lettre dc> Écritures. Voir par exemple, outre la catéchèse xv de saint Cyrille de Jéru- i salem déjà citée, S. Basile, In Ps. xxxin,ü,P.G.,L· xxix, col. 372; S. Jean Chrysostome, In Matth., hom. lxxix, 1-2, P. G., t. lviiî, col. 717-720 cl In II Cor., hom x, 3, P. G., t. lxi, col. 471; S. Cyrille d'Alexandrie, In Zach., 105, P. G., t. lxxii, coi. 218-219, cf. In Lue., xn, 8, ibid., col. 729; S. Maxime, lipid., i, P. G., t. xci, col. 380-381. Non pas que ces divers auteurs insistent sur l’interprétation littérale des textes comme sur une question de principe : il leur suffisait pour le but d'édification qu’ils poursuivaient de les prendre et de les utiliser tels qu’ils sont. Voir également psrudoChrysostome, In sec. dornini advent . P. G , t. lix, col. 619-628 et do même P. G., t lxi, col. 775-778; t I XIII. <·<·!. 9 12. Çù cl IA d’ailleurs, on peut relever, chez les meilleurs théologiens d’entre eux, l’indice de conceptions plus nillnccs. A propos du portrait de l’ancien des jours dans Daniel, vu, 9, déjà saint Cyrille de Jerusalem fait observer qu'il est tracé Λ la manière humaine : άνθρωπίνως τούτο είρηται, Catech., xv, 21, P. G ., t. xxxm, col.DOO. Quami il parle ex projesso du jugement, il le présente comme un acte essentiellement psychologique. « C’est d’après ta conscience que tu seras jugé...; car le visage terrible du Juge le forcera A dire la vérité, ou plutôt, même si tu refuses de In dire, il le convaincra. Tu te réveilleras, en elïet, revêtu de tas propres pêchés ou do les actes do justice. » Ibid., 25, col. 905. Saint Basile expose de son côté que ce « visage du Juge « s'entend d'une Illumination divine qui éclairera le fond des cœurs », In Ps., xxxm, I, P. G., I. wix. col. 360, et que nous n’aurons pas d’autre accusateur que nos péchés rendus présents Λ lu mémoire avec leur n dure propre et le détail de leurs circonstances In Ps. xlvhi. 2, ibid., col. 437. · Qu'csl-ce que le juge , mini? » se demande pareillement saint Grégoire de N izlanzo. Et il répond ; · Le poids intérieur de ce qui pèse sur la conscience de chacun ou sa légèreté qui | soulève vers la vio lu balance do la lol. » Poem. /nor., x.xxtv, 251-256, P. G., I. xxxvn, col. 961. Ailleurs H | 1786 parle de cet κατήγορος q «’est la conscience du pécheur. Ibid., vu 196, col. 663. On trouve également dans saint Jean Chrysostome, A propos de l’altitude de Joseph envers ses frères, un beau développement sur ces Jugements sans plaidoi­ ries. ces défenses sans réquisitoires, aru • devant ma face. » Et ces livres dont il est quest ion dans Daniel, qu’lndiquent-lls autre chose sinon que Dieu éveillera dans la mémoire des hommes le sonven r de leurs actions, de telle façon qu’A ce souvenir chicun vole pourquoi il est condamné? » Basile, In Is.t i, 13. P. G., t. xxx. col. 200 2Q1 Pour saint Grégoire de Nazianze également, « lorsque Dieu se justifiera, il se dressera devant nous et nou> mettra eu face de nos péchés» implacables accusateur·. Aux bienfaits que nous avons reçus il comparera no» Iniquités : la pensée condamnera la pensée et l’acte contrôlera l’acte. Il nous réclamera la dignité de so i image, que nous avons souillée par le péché Enfin 1 nous emmènera, jugés et condamnés par nous-mêmes sans avoir la ressource de dire que nous sommes inju tentent traités ». Oral., xvi. 8, P, G., L xxxv, coL 941945. Sans suivre Origène jusque dans son (dlégorisatkm complète de la parouûe, on voit que les meilleurs Pères grecs ont assez retenu de sa méthode pour sp>ntualiser la procédure du dernier Jugement. 3. Jugement particulier. — Dans quelle mesure out­ ils distingué de ce jugement final celui qui fixe, au moment de la mort, les destinées de chacun? Moins nettes sont ici leurs conceptions, bien quelles présen­ tent un notable progrès sur celles des siècles prece­ dents. a) Attestations indirectes : Échéance immédiate des sanctions après ta mort. — A tout le moins le jugem ait p irlicullcr cst-ll impliqué chez eux d’une manière indirecte, comme précédemment, dans leur doctrme sur l’application Immédiate des sanctions. « Dans ΓEglise grecque du iv· siècle le millénarisme a disparu : l'autorité d’Ôrigène lui a purté le coup fatal. Un ne parait même pas admettre une dilation quelconque pour les Justes de leur entrée dans la gloire. > J Tixeroul, Hist des dogmes, t. n, p. 195. Voir art. Binoit XII, l il, col. 678-679. C’est que la mort est le tenue de l < preuve, après laquelle il n’y a plus de place que pour Jouir des mérites acquis ou souffrir le châtiment des fautes perpétrées. S. Cyrille de Jérusalem, Cal., xvm, 11, P. G., t. xxxm, col. 1033. « Ici-bas, dit énergique­ ment saint Gregoire de Nazianze, c’ost le temps fixe par Dieu de lu vie et de l'açtlun; là-bas 1e contrôle de n<» actes. . ()rat„ xvi, 7, P. G., t. xxxv. coi. 944. Cf. Poem, de seipso, i, 300-304, P. G., t. xxxvn, col. 992993. 1787 JUGEMENT, PÈRES GRECS : IVe-VIII» SIÈCLES 1788 Le résultat de ce contrôle ne saurait être que défi­ littéralement dans Adv. anthropomorphous, 16, P G nitif. On dte bien un fragment de saint Athnnase, t. lxxvi, col. 1101-1105. Mais il faut tenir compte qui reproduit la notion archaïque de l’Hadès où les qu’ailleurs saint Cyrille professe l'entrée Immédiate Justes attendraient dans la Joie la résurrection et la des Justes dans le ciel, De adorat, in spiritu et veritate, récompense. P. G., t. xxvi, col. 1249. Mais ce texte, vi, P. G., t. lxviii, col. 473; Ilom.pasch.,i,2, tLxxvib qui n’est connu que par une citation de saint Jean col. 405, et aussi le châtiment immédiat des coupables. Damascene, De his qui in fide dormierunt, 31, P. G., Car, depuis la mort du Christ, < les âmes des saints t. xcv, col. 277, a toujours passé pour être d’une au­ ne vont plus dans l'Hadès comme celles des pécheurs. » thenticité douteuse. Voir la préface des éditeurs béné­ In Ps. xlviu, 16, t. lxix, col. 1073. Voir de même dictins, v, 13, P. G., t. xxv, col. xxxi. Cf. Tixeront, In Joa., xii (xix, 30), t. lxxiv, col. 669. D'où il suit op. cit., p. 196. C’est qu’il parait en contradiction avec que les passages cités en premier lieu, où l’évêque un épisode de la Vie de saint Antoine. Le saint ermite d’Alexandrie parle d'un délai, doivent s'entendre sam avait eu avec quelques-uns de ses visiteurs un entre­ nul doute de la rémunération complète, laquelle, en tien sur la situation de l'âme et le lieu qui l’attend effet, ne saurait avoir lieu qu'après la résurrection. Voir après celte vie. On notera ce fait comme l’indice a’une Cyiuli.e d’Alexandiue, t. m, col. 2522, et E. Wclgl, curiosité et sans doute aussi de quelque incertitude sur Die Heilslehre des ht. Cyrill von Alexandricn, Mayence, la question. Mais Antoine est instruit de la réponse 1905, p. 326-343. par une révélation divine. Dès la nuit suivante, une Il n'en est pas moins vrai que Cyrille entend réser­ vision lui fait apercevoir les âmes comme des êtres ver le nom de jugement à celui que doit inaugurer la ailés, dont les uns s’élancent vers le ciel tandis que les parouslc solennelle du Christ. En quoi il reflète assez autres retombent dans les bas-fonds. Vita S. Antonii, bien la physionomie générale de son temps. Dans son 66, P. G., t. xxvi, col. 936-937. ensemble, la théologie grecque du rv· et du v siècle Les écrivains postérieurs ne semblent pas avoir n'a pas introduit dans son langage la notion précise besoin d’une lumière spéciale pour professer la même de jugement particulier, alors même que sa conception doctrine. Docile à la parole des sages, σοφών λόγοις, très nette des fins immédiates de l'homme en postule saint Grégoire de Naztanze tient que l’âme sainte nécessairement la réalité. La terminologie n’était pas s'unit A Dieu, son suprême bien, aussitôt qu’elle a encore à la hauteur de la fol et risquait par là-même de brisé les liens du corps. Orat., vu, 21, P. G., t. xxxv, lui faire tort. col. 781. Cf. ibid., 1, col. 756-757. Le châtiment des A défaut d’une technique achevée, les Pères grecs pécheurs suit également la mort, Poem, mor., π, 141do cette époque en présentent du moins quelques 144, P. G., t. xxxvn, col. 589, bien qu’ailleurs la peine essais où l’on peut entrevoir les lignes fermes de l’ave­ du feu semble fixée au dernier Jour. Ibid., xv, 98-100, nir. Il est déjà significatif, comme on l'a marqué plus col. 773. Toute sa psychologie platonlsante amène saint haut, col. 1782 sq., que souvent le jugement devienne Grégoire de Nyssc à dire que l'âme se prépare par sa une sorte de réalité en sol, sans indication de date ni conduite Ici-bas son sort étemel, encore que son orlgéde modalités, et ne comporte d’autres éléments que le nlsmc lui permette de concevoir des possibilités do rétablissement de l’ordre moral par la Justice de Dieu. rétablissement pour ceux qui auraient mal usé de Dans ce pi incipe le Jugement particulier est implici­ l’épreuve terrestre. Voir De anima, P. G., t. xlvi, tement contenu. Car l'ordre moral ne peut-il pas et col. 84-88. Aussi est-11 formel sur la béatitude immé­ logiquement ne doit-il pas se rétablir pour chacun à diate des justes. In fun. Pulch., ibid., col. 869 et De l’heure de sa mort? Il est intéressant de voir que cette mortuis, ibid., col. 497 et 512. Moins philosophe, mais précision s'est imposée plus ou moins nettement à plus attaché à la révélation scripturaire, saint Jean l'esprit de plusieurs et que, dès lors, la théologie Chrysostome Ht dans la parabole évangélique du grecque, tout au moins dans ses meilleurs interprètes pauvre Lazare la rétribution Immédiate, soit des bons, est en marche réelle, bien qu’un peu Incertaine peutsoit des méchants, au sortir de la vie. De Laz., i, 11; être, vers le concept explicite du jugement particulier. v, 3; vi, 6; vu, 4; P. G., t. xlviiî, col. 979,1021, 1035b) Attestations directes· Contrôle des âmes par le 1036, 1050. Voir également In Philip., hom. m, 3-4, démon. — Une première approximation se rattache à P. G., t. lxii, col. 203; S. Nil, Epist., iv, 14, P. G., certaine démonologlc aujourd’hui désuète, mais alors t. lxxix, col. 556-557; Pseudo-Macaire, Hom,, xxn, très répandue. Nous avons vu cette vole frayée par P. G., t. xxxiv, col. 660 et, pour saint Jean DamasOrigène.col. 1776, et suivie par saint Éphrein, col. 1782. cène, d-dessus col. 745. Bien des Pères Grecs s'y engagèrent à la suite du . Plus embarrassée semble être tout d’abord la posi­ grand Alexandrin. Voir Hevuc des sciences religieuses, tion de saint Cyrille d’Alexandrie et le P. Pesch est 1924, p. 49-57. obligé de reconnaître qu’il est au nombre des Pères Le plus ancien et non le moins curieux témoignage anciens qui ont sur la matière dicta interdum valde en faveur de cette conception remonte à saint Athaobscura. Chr. Pesch, Pradect. dogmat., t. ix, 3· édiL, nasc. Dans la vision qui révèle à saint Antoine l'état Fribourg-en-Brisgau, 1911, p. 287. des âmes après la mort, c’est un géant hideux qui lui « On me demandera, dit-il, si, selon l'histoire évan­ apparaît, debout entre le ciel et la terre, étendant les gélique où l’on volt le pauvre (Lazare) passé au repos mains pour arrêter les âmes 43, cl M. Jugie, dans Échos ^Orient, t. xvn, 1914, p. 214-228. On devine même çâ et là lu persistance de concep­ tions plus Inadéquates encore. Le pscudo-Athanaso lient que les Aines séparées du corps ne sont plus sus­ ceptibles d activité personnelle et ne peuvent faire ni bien ni mal. Quiest. 33, P. G., t. xxvm. col. 617, Ce qui doit s’entendre d’activllé par rapport à nous, puisque précédemment il les avait montrées soumises à des suncUons provisoires. Énéo de Gaza (vi· siècle) admet qu elles ne peuvent rien souffrir sans lo corps qu’elles reprendront au jour du jugement. Theophrastus P G t. LXXXV, col. 976. Le morne Eustrate. qui écrivait à I Constantinople sur la ün du même siècle voir Eu 1793 JUGEMENT, PERES LATINS : IV«-VII(» SIÈCLES t. v, col. 1576-1577, connaît des savants assez nombreux, nonnulli ex iis qui circa sermones tempus Insumunt et de humanis animis pro philosophorum more disputant, qui attribuent aux âmes après la mort une complète inertie. Rejutalio. 2, dans Hibl. maxima vet. Patrum, t. xxvn, p. 365. Cf. 7, p. 366 : dogma corumqul tradunt animas ad Interitum venire. Traduction de Léon Allntlus, reproduite également dans Migne, Theotogiir cursus, t. xvn, col. 466 et 470. Au cours de sa réfutation, l'auteur déclare expressé­ ment, d’après l'histoire du mauvais riche, que les défunts sont déjà soumis aux sanctions qu’ils ont méri­ tées, ibid., 25-27, Hibl. max., p. 370-381 et Migne, col. 504-508. Mais II n’admet pas pour autant qu’un jugen ont ait eu Hou pour elles : Non absone ergo qui­ dam a^rerint : An igitur ante universalem resurrectio­ nem judicium actum est? Son id dicimus. Sed quod modis omnibus juturum erat Euangelium prirdixit. Ibid., 25, p. 379 et coi. 501. Où l’on voit que la parabole évangé­ lique suggérait spontanément l’idée du jugement par­ ticulier, mais aussi que certains spéculatifs croyaient devoir réagir contre cette induction au nom du juge­ ment général, tout en admettant d'ailleurs l'applica­ tion immédiate des sanctions. Plus tard. Philippe le Solitaire (fin du xi· siècle) parle nettement de juge­ ment après la mort, mais il le conçoit encore sous la forme d’un débat entre les bons et les mauvais anges. Dioptra, iv, 20, P. G., t. cxxvn, col. 871-871. Incapables de s’orienter au milieu de ces opinions divergentes, d’aucuns ne trouvaient d’autre ressource que l’agnosticisme. Témoin saint André de Crète (t 720), qui, tout en plaçant les pécheurs dans l’enfer — où d’ailleurs les suffrages des vivants peuvent les soulager — continue en ces termes : « Apprends main­ tenant, ô homme, la dissolution du corps humain. Ne scrute pas l'état de l'âme après son exode corporel. Car ce n’cst pas à moi ni à toi qu'il appartient de s’in­ former ΙΛ-dcssus : c'est un autre qui le sait. Si nous ne parvenons pas à connaître l’essence de l’âme, comment pourrions-nous connaître le repos de celle dont nous ignorons la forme, la figure et la grandeur? » De humana oita et de dejunctis, P. G., t. xcvn, col. 1289. En plein xiî· siècle, Théophanc Kérameus semble encore présenter les justes comme incertains du sort qui les attend au jugement général. Hom.. xvm, P. G., t. cxxxn, col. 397-400. Voir ibid. la note apologétique du Jésuite Fr. Scorsi, qui essaie d’adoucir ce texte au sons de notro prose liturgique : Cum vix justus sit securus. Cette confusion persistante, qui brouillait en Orient les perspectives cschatologlques, permet de compren­ dre pourquoi l'Égllsc a éprouvé le besoin d’obtenir des précisions sur le soit immédiat des âmes après la mort et sur le Jugement particulier qui en est le principe, chaque fols qu'à partir du Moyen Age s'est posée la question do la réunion des Grecs, 3° Eglise latine. — Bien que l’influence do l’origé *nlsmc ait fini par atteindre l’Occident, ce fut d'une manière moins directe, moins rapide cl moins complète. Aussi i’cschatologio latine ost-elle marquée, dans l’en­ semble, par un caractère plus positif et plus conserva­ teur. Ce qui lui valut de garder longtemps encore une physionomie archaïque, mais rendit plus ferme et plus sûre la ligne de son développement. Ici non moins qu'aillcurs, la pensée de saint Augustin est comme le sommet vers lequel convergent les elTorts obscurs do tout lo iv· siècle, et qui exerce sur la théologie posté­ rieure un rayonnement définitif. 1. Avant saint Augustin. — Tout le monde recon­ naît qu'une certaine obscurité plane sur l'eschatologie des Pères latins du iv· siècle. Voir 'Fixeront, Hist des dogmes, t. iî, p. 333-350. Cette obscurité est due pour une large part à l'emprise, longtemps incontestée el strate, 1794 toujours considérable, du vieux cadre que Tertulllen avait importé du judaïsme et qui. dès lors, se présen­ tait avec le prestige tout-puissant de la tradition. Il faut ajouter aussi que nulle doctrine n’cst moins systé­ matisée : ce qui rend difficile la tâche d’en classer les éléments. Celte synthèse n été faite, pour saint Am­ broise, par J. Niedrrhubcr, Die Eschatologie des heiligen Ambrosius. Paderborn, 1907, et la question du jugement tient une place Importante dans cette mono­ graphie. Les autres Pères du iv· siècle n'oITrintient pas moins de matériaux à l’ouvrier diligent qui se donne­ rait la peine de les ramasser. En attendant, on peut trouver, aux articles respectifs de ce dictionnaire, les principales Indications. Il nous suffira de relever ici les traits généraux qui distinguent leur théologie du jugement. a} Principe du jugement. — N’étant pas contesté, le principe de la justice divine ne semble pas non plus avoir beaucoup retenu l’attention. Cependant la thèse classique des sanctions est affir­ mée par V Ambrosiaster en quelques formules pleines et vigoureuses : Si judicium Dei in hoc mundo evasisti.... in juturum non evades... Aut certe st justum alicui vide­ tur ut hujusmodi immunis a poena sit, dieat. Quod si justum est ut non evadat, credat Deum judicaturum... et Deum conditorem mundi providenter et curiose opens sui merita requirere fateatur. Or, comme cette rétribu­ tion ne se réalise pas dans la vie présente, elle est repor tée à la vie future et il importe, en attendant, de ne pas se méprendre sur la longanimité de Dieu : Intetligat ideo a se dissimulari quia non in hae vita judicium Dei promissum est futurum, ut in ventura vita pirnitea illum judicem Deum non credidisse... Revelabitur enim, id esi agnoscetur quod modo juturum negatur. In Hom.. ii, 3-6, P. L., t. xvii, coi. 67-68. Cf. Coi., m, 6, coi. 459. (Saint Ambroise et V Ambrosiaster seront toujours cités d’après Migne. édition de 1866). b) Jugement général. —Écriture et tradition s'accor­ daient â faire de ce jugement un acte unique et solen­ nel. Non que la justice divine ne s'exerce plus d’une fols sur la terre, mais elle a son Jour à la fin des temps. S. Ambroise. In Ps. CXVHI, serin. vil, 15-17, P. L, t. xv. col. 1353-1354. De ce chef, tous nos auteurs identifient régulière­ ment ce jugement avec In parousie du Seigneur, que l’exégèse et la pastorale mettaient à tout instant sur leur chemin. Voir S. Hilaire, In Matth., xxv-xxxvm. P. L., t. ιχ. col. 1052-1064; De Trinit., m, 16. t. x. col. 85; S. Ambroise. De fide. 1. H, c. xn. n. 100-106. c. v. n. 67 et vi, n. 68-69, t. xvi, col. 605-606, el 690. Ambrosiaster, In II Cor., v. 10. P. L., t. xvn, co . 311 Cf. In I Thess., iv. 14-17 et v, 1-3. col. 475-476. C’est alors que Dieu rendra â chacun scion scs œuvres. In II Thess.. i, 6-9, col. 480, en tenant compte des plus cachées. In l Cor., iv, 5, col. 214 et In 1 Tim., v, 25. coi» 507. Mais ce jugement est confié au Fils, dont la volonté sc confond avec celle du Père. S. Ambroise. Epist.. lxxvii, 10-14, P. L., t. xvi. col. 1321-1322. Une tradition unanimement accréditée distingue, à cet égard, les hommes en trois catégories : les Justes qui n'ont pas à être Jugés, les impies qui le sont déjà, les chrétiens pécheurs dont la vie (ut faite de bien et de mal et qui, de ce chef, sont seuls soumis au jugement. Voir S. Hilaire, In Ps. I, 15-18, P. L.. L ix, col. 258260, suivi par Zenon do Vérone, Tract., n, 21, P. L.. t. xt, col. 458-462; S. Ambroise, In Ps. I, 51 et 56, P.L., t. xiv, col. 993-996; Ambrosiaster, In 1 Cor., xv,5l-53, P. L„ t. xvn, col. 286. Cette particularité u depuis longtemps retenu l'attention des historiens. Voir D. Constant, préface aux œuvres de saint Hilaire, vu, 220-229, P. L., t. ix. col. 106-110, et ici même l'art. Hilaire, t. vi, cul. 2457-2458. Évidemment le jugement est pris là au sens Johan- 1795 JUGEMENT, PÈRES LATINS : IVe-VIII· SIÈCLES nique, c’est-à-dire comme synonyme de condamnation, et ne signifie pas qu’une partie des hommes soit dis­ pensée de comparaître devant Dieu. La preuve c’est qu’on voit Hilaire maintenir ailleurs de la façon la plus formelle l’universalité du Jugement. In Ps. lv, 7, P. L., t. ιχ. col. 360 ct De Trin., m, 16, t. x, col. 85. Seulement le Jugement proprement dit ne lui paraît sc Justifier que er ambiguis rebus, In Ps. I, 17, col. 259. et, par conséquent. Il n’y a Heu de procéder qu'envrrs ceux qui sont inter impios piosque medii, ex utroque admixti, neutri tamen proprie, qui in idipsum constite­ rint ex utroque. La théorie de Vambigultas reparaît en termes tout semblables chez Zénon de Vérone, Tract., n, 21, 2, P. L., t. xi, col. 460-461 et la même pensée est au fond de la doctrine de saint Ambroise. Voir Niedcrhuber, op. ciL, p. 221-231. 32-37 ct Ballerinl, Dissert., n. 9, P. L., t. xi, col. 140-142. Suivant une expression familière aux Écritures, ce Jugement divin doit s’accomplir par le feu. Feu qui éprouve et purifie, ct qu’il ne faut donc pas entière­ ment confondre avec le feu qui consumera les damnés. Voir Feu nr jugement, t. v, col. 2239 sq. Saint Hilaire le premier fait intervenir lo feu du jugement, par exemple In Ps. Lvn. 4-5, col. 371 et InMatth.,u, \4,ibid.,co\. 926,ctde telle façon qu’il veut soumettre tout le monde à son action, même les saints et la vierge Marie. ln Ps.cxvm,\\l.3, 12. col. 523. Voir Hilaire, t. vi, col. 2458-2159, après Constant, Præf., vin, 230-211, col. 111-115, qui ramasse de nombreux textes des écrivains contemporains ou antérieurs. En ce qui concerne la doctrine du jugement, le < feu » ne saurait être qu’une métaphore pour désigner la rigueur et l'efficacité de la justice divine : métaphore analogue à celle du van que saint Hilaire emploie précisément tout à côté, ln Matth., h. 4, col. 926. Saint Ambroise abonde plus que tout autre sur le feu du Jugement : In Ps. cxvnt, scrm. m, 14-16 ct xx, 12-15, P. L., t. xv, col. 1292 1293 et 1584-1585; In Ps. x.rxr/,26, P. L., t. XIV, col. 1026-1027; cf. Niedcrhuber, op. cil., p. 2832, 239-212 Mais il retient aussi l’image du van, In Luc., u, 82, P. L., t. xv, col. 1661-1665, et celle de la balance EpisL, n, 14-16, P. L., t. xvi, col. 921. A noter cette curieuse variante chez Grégoired’Elvire(?), Tractatus Ori genis, vi. édition BatifTol, Paris, 1900, p. 62 : Novissimis diebus venturus et ventilaturus corni­ bus crucis silo» relut laurus omne genus humanum. En dehors de ces métaphores, saint Ambroise est le seul qui soit un peu explicite sur les modalités du jugement. C’est un des points sur lesquels il trahit le plus nettement l'influence d’Origène. Quand on le voit prêter aux magistrats de la terre cette parole : Ego non jüdico, sed facta tua de te judi­ cant... : ex te forma judicii in te procedit. EpisL, lxxvii, 11, P. L., t. χνι, co . 1322, on peut présumer la manière dont il conçoit la ; >cédure du jugement divin. Celuici se fait essentiellement par l’intermediaire de la cons­ cience. Témoin dès ici-bas ct Juge implacable do nos actes, Epist., n, 9-10, col. 919, elle se révélera à nousmêmes ct à tous au dernier jour. Epist., lxxiii, 3, col. 1305-1306; De Nabuthe, x,45, P. L., t. xiv.coL 780. C’est ainsi qu’il faut entendre les Ustcs où s’inscrivent nos œuvres : il n’est pas besoin d’autre enquête. Quod Istud est fudicium sedentium judicum et qui libri aperti nisi conscientur nostra velut libri peccatorum nostro­ rum senem continentes? Quamquam hoc ipsum olle sit /est(mare, quasi humani simile judicii. Aliud est Christi judicium. ubi conscientia ipsa se prodit quit latere non potest occuli orum arbitrum. In Ps. I, 51-52. P. L., t. xiv. coi. 993-991. Cf. In Ps. xxxvrt, 51. coi. 1084 et In Ps XL. Ί9 col. 1122. Les trônes du divin juge et des * apôtre ses ftSAesscurs ne sont, en conséquence, que des œéLi res. In L x, 49. t xv, col. 19U3 1 ‘ '9, et la sentence ne signifie pas autre chose que la ratification 1796 éternelle des mérites respectifs de chacun. Ibid., u, 60 col. 1652 ct τι, 82, col. 1664-1665. Voir Niedcrhuber op. ciL, p. 241-245. c) Jugement particulier : Attestations indirectes. — Cette prépondérance incontestable accordée par les Pères du iv« siècle au Jugement final ne les empêche pas d’admettre des sanctions provisoires en attendant On n pu se demander s’ils pensent au ciel et ù l’enfer définitifs ou A quelque état intermédiaire. Il suffit de constater ici qu’ils sont d’accord pour dire que le sort des Ames est réglé au moment de la mort, ct leur doc­ trine n’est pas douteuse sur cc point. Pour saint Hilaire, les Justes vont, comme le pauvre Lazare, sc reposer au sein d’Abraham, In Ps. Ll, 22-23. P. L.. t. ιχ, col. 322-323, ct les pécheurs tombent en enfer : Neque enim suspenso adhuc judicii tempore quiescere peccatores sine poena erat dignum. In Ps. LVH,b, coi 371 ; cf. In Ps. cxxn, 11, coi. 673. Mais il marque bien que ce sont là des sanctions provisoires, dans l’attrhtc du Jugement qui les fixera pour l’éternité : Nihil illic dilationis aut morœ est. Judicii enim dies vel beatitudinis retributio est veterna vel poenae. Tempus vero mortis habet interim unumquemque suis legibus, dum ad judicium unumquemque aut Abraham reservat aut poena. lnPs.,11, 48, coi. 290. Zénon de Véroncn’est pas moins formel sur le sort immédiat des Ames : Pro qualitate factorum quasdam locis poenalibus relegari, quasdam placidis sedibus refoveri. Tract., i, 16,2, P.L., t. xi, coi. 372. Voir en tête la dissertation des Ballerinl, qui constatent le même langage chez nombre d’anciens auteurs ct s'efforcent de montrer, surtout d’après Tract., i, 3, 4, n, 1, 14. ct n, 13, 4, qu’il s'agit pour les justes de l’entrée immédiate au ciel comme de la dam­ nation instantanée des pécheurs. Dissert., n, 10, ibid., col. 142-1 11. Saint Pacien connaît, lui aussi, dès avant la résurrection, des animarum tempestiva supplicia. Pancnesis ad pœnit., 11, P. L., t. xm, col. 1088. Voir ég dément Philastrius, Hîef.,124, P.L., t. xn, col. 1219. A la suite du IV * livre d* Esdras, saint Ambroise admet des animarum promptuaria, qui lui paraissent correspondre à l'Hadès des Grecs ct à l’enfer des Latins. Les Ames y vivent dans l’attente de la rémuné­ ration : Dum exspectatur plenitudo temporis, exspectant animæ renumerationem debitam. Mais clics en perçoi­ vent déjà le bénéfice anticipé. Alias manet poena, alias gloria; ct (amen nee Hire interim sine injuria, nec islæ sine fructu sunt. De bono mortis, x, 45-17. P. L., t. xiv, col. 588-589. Tantôt le mauvais riche semble seule­ ment privé de scs jouissances, In Luc., vin, 18, P. L., t. xv, col. 1861; tantôt ll est déjà soumis au feu de l’enfer. In Ps. cxvnt, senn. m, 17, ibid., col. 1293. De toutes façons son châtiment a commencé. Quand donc II arrive à saint Ambroise de dire, De Caïn et Abel, il, 2, 9. P. L., t. xiv, col. 363. que l’âme après la mort est encore incertaine de son sort : Soluilur corpore anima et post finem vitre hujus adhuc tamen juturi judicii ambigua suspenditur, cette incertitude ne peut pas être complète ni générale. Tout au plus peut-elle convenir, jusqu’à un certain point, à ces neutri qui doivent être, d’après l’évêque de Milan, les seuls sujets du jugement proprement dit. Voir Niedcrhuber, op. ciL, p. 40-11 et Amrhoise, t. i, col. 950-951. Les Tractatus Origenis, i, p. 7, commentent aussi la parabole du mauvais riche; mais le châtiment définitif du démon et de ses adeptes y semble remis au dernier Jour, xîx, p. 202. d) Jugement particulier : Attestations directes. — Il va de sol que cette séparation des Ames ct que cette répartition de sanctions, même provisoires, supposent un acte divin. Mais nos autours sc semblent pas avoir eu souci de dégager explicitement cc principe, moins encore de lui appliquer le terme do Jugement. I Sans doute saint Hilaire dit bien que les Ames sont 1797 JUGEMENT, PERES L,\TINS : I V«- VIII» SIECLES Jugées avant le jugement demior; mnis II n'a en vue que ln distinction qui s’établit entre elles par leur attitude morale Ici-bas : Non ambigitur (homo) exspec­ tare /udlcium, justo tamen jam in τι nais., judicato. Pareillement le pécheur est dit jam judicatus ad pernam. In Ps, Lvil. 7, P. L., t. IX, col. 373. Saint Ambroise parle une fois de · jugement après la mort»; mais cet te expression est par elle-même trop Imprécise pour per­ mettre de conclure sûrement à la notion de Jugement particulier. D'autant qu’elle vient dans un contexte qui oppose seulement les perspectives de lu vie future en général à celles de la vie présente : 5/ judicium post mortem, etiam ulta post mortem. De bono mortis, iv, 14, P. L,, t. xiv, coT. 374. Quant à entendre du Jugement particulier, avec le Dr Niedcrhuber, op. cil., p. 28-32, la doctrine générale de saint Ambroise sur le feu du jugement, non seulement c’est une pure pétition de principe, mais tout montre que ce feu accompagne la parouslc du Christ et préside au jugement final de l'humanité. Voir Tixeront. Hist, des dogmes, t. n,p. 345. Pour avoir une expression formelle du jugement par­ ticulier, 11 faut arriver ù saint Jérôme, In Joel, n, 1, P. L., t xxv, col. 965 ; Diem autem Domini diem intellige judicii, sive diem exitus uniuscujusque de corpore. Quod enim in die judicii juturum est omnibus, hoc in singulis die mortis impletur. Voir également In Amos, in (ix,5), ibid,, co\. 1141-1142; In Isaiam, vi (xm,6-9), t. xxiv, col. 215-216. Où l’on voit que toujours le Jugement dernier reste lo dies judicii par antonomase. Voir de même In Matth., iv (xxv, 9), P. L., t. xxvi, col. 192-193 ct ibid., xxiv, 36, col. 188-189; In Eccle., P. L„ t. xxm, col. 1094. Mais le Jour de la mort donne lieu, pour chaque individu, à une procédure du même ordre ct de valeur équivalente. Cependant le grand exégète · ne croit pas que les tourments de l’enfer commencent avant le Jugement général... En atten­ dant, elles (les Ames) soutirent comme un brigand enchaîné dans un cachot ct qui entrevoit son sup­ plice. ■ Tixcront, t. n, p. 342. Le Jugement général conserve donc sa primauté tra­ ditionnelle: mais il ne s’oppose plus ù la perception nette du jugement particulier. Grâce au ferme génie de saint Jérôme, ce dernier est désormais passé au plan des Idées claires, où saint Augustin achèvera de le fixer. 2. Doctrine de saint Augustin. — Pour n’être pas au cœur de l’augustinisme, l'eschatologie n’en doit pas moins Λ l’évêque d’Hippone de bienfaisantes pré­ cisions. Sa pensée occupe une position moyenne entre les lourdes conceptions du millénarisme populaire ct les hardiesses spéculatives de l’origénisme. Voir Labauchc, op. cil., p. 389, ct Augustin, t. i, col. 24432453. Cette sage modération lui vaut d’être le meilleur interprète de la tradition catholique. En particulier, la théologie du Jugement allait prendre avec lui son caractère â peu près définitif. a) Jugement général. — Donnée ά plusieurs reprises comme une vérité de fol, Epist., ccxxxiî, 4, P. L., t. xxxiii, col. 1028; InPs.LXXUi, 25, L xxvi,col.914945; De cat. rudibus, xxiv, 45, t. xi, col. 341-342; Serm., ex, t. xxxvm, col. 640-641, la réalité du Jugement divin est par lui expressément justifiée au livre XX de la Cité de Dieu. En effet, bien que l’exercice de la Justice divine soit permanent dans le monde, elle ne nous apparaît pas toujours : c’est pourquoi Dieu doit avoir cl aura son Jour, où il affirmera aux yeux de tous la sagesse de sa Providence en fixant équita­ blement le sort de chacun selon ses mérites. De du. Dei, XX, ι-ni, t. xli, col. 659-661. De cette foi catho­ lique Augustin rapporte et commente abondamment les attestations scripturaires, d’nbord d’après le Nou­ veau, puis d’après l’Ancicn Testament, ibid., iv-v et xxi-xxvii, col. 662-665 et 690-703. .Mais ailleurs 11 la I 1798 montre aussi rationnellement appelée par le dogme de la Justice divine. Serm., xxvn, 5, 6, t. xxxvni.col. 180181. Le Jugement divin est confié au Christ. C’est ce qui ressort déjà de plusieurs textes prophétiques, bien qu’ils ne soient pas tous formels à cet égard, et surtout des déclarations de l’Évangiie. De cio. Dei, XX. xxx. col. 704-708. Voir aussi ln Joa., xrx, 15-16, t. xxxv, col. 1552 1553 et xxi, 12-14, col. 1570-1572. Aussi l’évêque d’Hippone s’applique-t-il, dans l’intervalle, Λ préciser les signes précurseurs de la parousie, en se référant pour plus de détails. De Cio Dei, XX, v, 4, col. 664, à sa lettre à Hésyc.hlus, Epist., cxcrx, t. xxxili, col. 904-925. D’où 11 appert que, si le retour du Christ dans la gloire s'entend à certains égards de son règne dans et par l’Église, il faut y ajouter le fait de son apparition triomphale à la fin des temps. Epist., cxcix, 41-45, col. 920-922. L’allégorisme d’Origène est combiné avec le réalisme traditionnel. Ce triomphe sera pour le Christ la revanche de la condamnation qu’il a dû subir ici-bas. In Ps. xlviii, serm. i, 5, t. χχχντ, col. 546-547. Cf. In Joa., LXX Vf, 4, t. xxxv, col. 18311832 ct lxiii, 2; lxiv, 1, ibid., col. 180-1-1806. Mais il n’y aura pas de règne millénaire : le Jugement coïn­ cide exactement avec la parousie qui n’a pas d'autre but. De octo Dulcitii quæst., ni, 1-2, t. xl, col. 159. A ce jugement sont soumis tous les peuples. De cio. Dei, XX, xxi, 3, P. L·, t xli. col. 692-693. et ainsi tous les hommes, les justes aussi bien que les pécheurs. Epist., cxcin, 11. t. xxxiiï, col. 873.Voir aussi Enchir., 55, t. xl, col. 258; De Sgmbolo, iv, 12, Ibid., col. 634. l'évêque d’Hippone s’élève ex professo contre ceux qui veulent soustraire au tribunal divin les catégories extrêmes, soit de fidèles, soit de pécheurs. De agone christ., xxvn, 29, ibid., col. 305. S’il est dit dans saint Jean que les justes ne sont pas jugés, c’est que le terme de jugement est pris ici pour synonyme de condamnation : Judicium pro pcena posuit. In Joa., tract, xîx, 18, t. xxxv, col. 1554. Cf. tract, xlïii, 9, col. 1709. Quomodo ergo per judicium separabuntur a malis... nisi quia hoc loco (Joa., v, 22-24) judicium pro damnatione posuit? In tale quippe judicium non venient qui audiunt verbum ejus et credunt ei qui misit illum. De civ. Det, XX. v, 5, t. xli, coi. 664-665. Cf. Serm., ccLXXvn, 2, t. xxxvin, coi. 1258. La seule règle qui doive présider à ce Jugement, ce sont nos œuvres. Saint Augustin est amené p ir les controverses sur la prédestination et la grâce à préciser à maintes reprises qu’il s’agit, non des œuvres éven­ tuelles, mais des œuvres ellrctives de chacun. Scimus quod omnes astabimus ante tribunal Christi, ut ferat unusquisque secundum ea quse per corpus gessit, non secundum ea qua·, si diutius viveret, gesturus fuit. sine bonum sive malum. Ainsi est libellé le 7· article de foi catholique qu’il oppose aux pélagiens, ct la même pensée revient aux propositions8-9 qui suivent. Epist., ccxvii. 5, 16, t. xxxiii, col. 984-985; cf. De anima, i, 12-15, t. xliv, col. 482-483; De prétest, sanct., xuxtv, 24-29, ibid., col. 977-981 ; De dono persever., ix-x, t. xlv, col. 1004-1007. Ces œuvres créent dès Ici-bas entre les hommes une distinction profonde, et c’est là ce que l’ésêque d’Hippone appelle judicium discre­ tionis; mnis â la fin doit venir le judicium damnationis, qui réalisera leur separation visible el complete, ln Joa., tract, lui, 6-7, t. xxxv, col. 1771-1772 et tract, xxil, 5, col. 1576-1577. Cf. ln Ps. xxv, enurr. n, a-6, t. xxxvi, col. 190-192 et De cons. Evang., π, 71, t. xxxiv, col. 1113. Sur les modalités de ce Jugement saint Augustin se tient assez rapproché de lu lettre des Écritures. Le feu qui aceomp igné l'avènement du divin Juge est, en général. Interprété par lui comme une métaphore pour désigner l’exercice de lu Justice à l’égard des pécheurs 1799 JUGEMENT, PÈRES LATINS : IV’-VIll* SIÈCLES De dp. Dd, XX, xxi, 2. t. xli, col. 692 : Justice (Tail­ * leur déjà inaugurée par la fureur qui les anime envers le Christ et les ronge à l’égal d’un feu dévorant. In Ps. XCF1, 6, L xxxvn, col. 1240-1241. D’autres fois cepen­ ! dant le feu purificateur tient une place mal définie au moment même du jugement, à tout le moins pour quelques âmes. De du. Det, XX. xxv, t. xli, col. 700 ; apparere in illo judicio quasdam quorumdam purgatorias pernas juturas. Pour exprimer la séparation des âmes qui s’ensuivra, Augustin semble tenir à la distribution réelle en deux groupes opposés, à la droite et à la gauche du juge, ainsi qu'au prononcé littéral de la sentence. Voir In Ps. lxxxv, 21, L xxxvn, col. 10961097; Serni., xlvii, 3-4, t. xxxvin, col. 296-297. Avec le Chnst siégeront les apôtres et les saints, In Ps. xlix. 8-11, L xxxvi, col. 570-572 et In Ps. xc, semi. I. 9-10. t. xxxvn, col. 1156-1158. Ce qui doit s’en­ tendre sans nul doute, comme pour les habitants de Ninive, du contraste qui éclatera entre leur sainteté et la conduite des pécheurs. De cio. Dei, XX. v. 1-3, L xli. col. 662-663. Le livre qui sera ouvert ne peut pas davantage être pris â la lettre et ne signifie pas autre chose que la conscience de chacun. Non ergo unus liber ent omnium, sed singuli singulorum... Quadam igitur vis est intdligenda divina, qua fiet ut cuique opera sua, ud bona vel mala, cuncta in memoriam revocentur et mentis intuitu mira celeritate cernantur, ut accuset ud excuset scientia conscientiam atque ita simul et omnes et singuli judi· centur. Cependant, comme il n’y a pas de jugement sans code, les saintes Écritures y seront réellement ouvertes, ut in illis ostenderetur quo? Deus fieri sua mandata /ussisset.Ibid.,xiv, col. 680. Ainsi le jugement pourra-t-il sans doute être court; mais nous n’avons aucun moyen d’en savoir la durée : Per quot dies hoc judicium tendatur incertum est. Ibid., i, 2. col. 659. | b) Jugement particulier. — Que deviennent les âmes en attendant le jugement final? La question devait d’autant plus se poser pour Augustin qu’il n’admet pus la proximité dc la parousie. M. Tunnel a écrit que, · selon saint Augustin, l’âme privée dc son corps n’a qu’une sensibilité obtuse ». D'où il suivrait logiquement que « son système ne lais­ sait guère de place pour des épreuves à subir entre la mort et la résurrection ». Iteuue didst. et de litt. relig., t. v, 1900, p. 227, cf p. 99. En réalité, l’évêque d’Hippone s'est expressément occupé de cet état interme­ diaire, et pour dire que les âmes y reçoivent déjà, sous forme de supplice ou de bonheur, la sanction do leurs actes : Hoc medio tempore inter depositionem el recep­ tionem corporis, secundum ea qua gesserunt per cor­ poris tempus, sive cruciantur anima sive requiescunt. De Prsedest sanet., xn, 24, L xliv, coi. 977-978. Même position dans Ench., 109, t. xl, coi. 283. Autres réfé­ rences à Tart. Augustin, t. i, col. 2445, auxquelles on ajoutera ln Ps. xxxm, senn. n, 24-25, t. xxxvi, coi. 321-322. Sans doute, « à la résurrection, supplices el récompenses des âmes recevront, d’après Augustin, un complement bien plus substantiel que la théologie ne l'enseignera plus tard ». E. Portalié, idl'd., col. 24 17. Mais, pour incomplètes qu’elles soient encore, ccs premières sanctions n’en sont pas moins réelles et il est évident qu'elles ne se comprennent pas sans un jugement de Dieu. Voir spécialement In Joa., xlix,10, t. XXXV. col. 1751-1752; ln Ps. Vi, 6, L xxxvi, col. 93; De cura pro mortuis, xii, 15, t. XL, col. 603. ln esprit aussi rigoureux que celui d'Augustin pouvait difficilement se contenter de sous-entendre celte conclusion. Aussi n’a-t-11 pas manqué d'appliquer a la rétribution divine qui suit lu mort le nom de juge­ ment. L'évêque d’Hippone distingue les jugements divins en premiers, mo) eus et dernier. Celui-ci est le jugement 1 s<)o proprement dit, parce qu’il sera la suprême réallsAtlon do l'ordre : Iste quippe dirs judicii phopbij jam vocatur, eo quoit nullus ibi erit imperita' querela: Incus cur injustus ille sit jelix d cur ille justus tnjdix. Omnium namque tunc nonnisi bonorum ocra d plena /elicitas, et omnium nonnisi malorum digna et summa injdicitat apparebit. Mnis, on attendant, l’ordre moral reçoit des réalisations partielles. C’est, d’un côté, par la con­ duite générale de la Providence dans le monde : ainsi la punition des premiers parents après leur péché ou celle des anges déchus est-elle un premier jugement. A ce jugement collectif il faut ajoutei le jugement indi­ viduel. Judicat diam non solum universaliter de genere damonum atque hominum..., sed diam de singulorum operibus propriis» C’est ainsi qu’est jugé chaque démon, mais aussi chaque homme. Et homines plerumque aperte, semper occulte, luunt pro suis /actis divinitus pernas, siue in hac vita, siue post mortem. De diu. Dd, XX, i, 2, t. xli, coi. 659. Dans la suite, Augustin précise toujours qu'il entend parler du judicium novissimum, v. gr. xxvi, 1, col. 701 et XXI, xiii, col. 728, ou encore ultimum d maximum judicium. XX, vi, 2, col. 666 : ce qui suppose l’exis­ tence d’un autre antérieur et moins solennel. H est vrai qu’ici pour Augustin co « Jugement moyen · semble se passer dans cette vie ot se réaliser dans l’autre. Ce qui est sûr, en tout cas. sous cette termino­ logie encore Huitante, c'est que les châtiments d’outre­ tombe se réfèrent à cette économie de justice qui a son terme au jugement dernier. Aussi voit-on qu’ailleurs Augustin est formel sur le jugement des âmes après la mort. Cum via ftnita juent.JVDEX restât, d minister, d career. Al si servaveris adversario tuo bonam voluntatem et cum eo consenseris pro judice invenies patrem. Serm., cix, 4, t. xxxvin, coi. 638. Cf. Serm.. xlvi, 1-2, coi. 271. Ce passage pris dans un sermon indique, à n’en pas douter, les convic­ tions pratiques d’Augustin et dc son auditoire. 11 permet dc donner leur plein sens à d’autres textes, qui, par eux-mêmes, ne seraient peut-être pas suilisamment déterminés, tels que Enarr. in Ps. XLI H, t. xxxvî, col. 481-182. où la pensée du jugement est mise en rapport avec les trouble de l’âme à l’heure de la mort : Cum venerit aliquis articulus mortis turbatur..., erigit auditum in illam vocem Dei internam... An jorte ideo quia difficile purgata vita invenitur cum ille judicat qui novit ad purum d liquidum judicare? D’autres fois le jugement est rapproché des sanctions qui suivent lu mort, comme dans De prædest. sand., xn, 24-xiv, 26, t. xliv, col. 977-980. Enfin un texte nous livre les vues théoriques et réfléchies de l’évêque d’Hipponc, en réponse précisé­ ment à une question qui semble lui avoir été posée. Illud quod rectissime d salubriter credit ( Victor) judicaju animas cum de corporibus exierint, antequam ueniant ad illud judicium quo eas oportet jam redditis corporibus judicari..., hoc itane tandem ipse nesciebas? Et Tauteur de rappeler Ia parabole du mauvais riche. De anima. 11, iv, 8, t. xliv, col. 498 199. D’où il suit (pie le prèlre Pierre à qui ce livre est dédié était encore hési­ tant ou perplexe sur le jugement Immédiat des âmes, mais que saint Augustin en alllrme nettement l’exis­ tence indépendamment du jugement dernier. Aucun texte ue saurait mieux montrer l’état de l'opinion commune au début du v· siècle, et le progrès que la I doctrine d’Augustin devait lui faire accomplir. Cependant il faut tenir compte que enduiil de constater en Occident quelques échos des hésitations grecques, qui n’y rencontrent d’ailleurs que réprobation. C'est ainsi que Cassicn consacre une de ses célèbres 1802 conférences à réfuter la théorie du sommeil des âmes, Coll., t, 14, P. L., t. xlix, col. 500-504. principalement d’après la parabole du mauvais riche : Nam quia nee otiosre sint post separationem hujus corporis ani mtr neque nihil sentiant, etiam Evangelii parabola... osten­ dit. Les origines orientales de l’auteur expliquent «ans doute cette réminiscence, plutôt que les besoins réels de ses auditeurs. En tout cas, ce texte ne fut pas perdu dc vue au Moyen Age. Voir Julien de Tolède, Prognosticon, n, 33, P. L., t. xcvr, col. 394-495. Cassiodore se pose la question de savoir ce que font nos âmes après cette vie, De anima, 12, P. L·., t. lxx, col. 1301. Sa réponse n’est d'ailleurs pas exempte d’un certain archaïsme : Usque ad tempus judicii aut de prxleritorum actuum gravitate maeremus aut de operit nostri probitate hrtamur. Tunc autem recipiemus plenissi­ mum /ructum quando voce Domini aut repudiati fueri­ mus aut ad regnum perennitatis admissi.X'olr également S. Césaire d’Arles. Serm., cccî, 5, P. L., t. xxxix, coi. 2323; S. Maxime de Turin, Tract IV cont. pagan., P. L., t. lvii, coi. 792 et S. Pierre Chrysologue, Serm., Lxvr, P. L., t. lu, coi. 389. Plus nettement, Gennade attribue aux défunts la béatitude du ciel ou les souffrances de l’enfer, en atten­ dant la resurrection. Il distingue à cet égard la situa­ tion des Justes sous l'ancienne Loi, tous astreints au séjour commun dc l’enfer, et sous la Loi nouvelle où les mérites du Rédempteur leur ouvrent les deux. De ecct. doqm., 78-79, P. L., t. lvhi, col. 998. Cette dis­ tinction de ce qu’on pourrait appeler les deux régimes escbatologiques revient souvent chez saint Grégoire le Grand. Voir Moral., IV, xxix. 56, P. L., t. lxxv, col. 666, et XIII, xliii-xliv, 18-49, ibid., col. 1038. Sur ce chemin, il arrive plus d’une fols à notre docteur de rencontrer la formule même des futures definitions ecclésiastiques. Hoc jam coelestis muneris habemus ut, cum a carnis nostra inhabitatione subtrahi­ mur, mox ad caelestia præmia deducamur. Ibid., 48, col. 1038. Voir également In Evang., I. I, horn., xix, 4, t. lxxvi, col. 1156. Toute retie doctrine est clairement reprise et résumée dans les Dialogues : Perfectorum jus­ torum anima, mox ut hujus carnis claustra exeunt, in caelestibus sedibus recipiuntur. La résurrection leur apportera seulement un accroissement de béatitude en leur rendant leurs corps. De même les pécheurs sont dès maintenant en enfer : Si esse sanctorum animas in coelo credidisti, oportet ut per omnia esse credas et ini­ quorum animas in inferno. Dial., iv, 25 et 27-28, P. L., t. lxx vu, coi. 357 et 365. Comme pour animer ce thème abstrait, l’auteur reprend un |>eu plus loin la vieille image du pont des Ames. Ibid., 36, col. 384-385. Il est d’ailleurs à noter quo cette double précision se pré­ sente chaque fois comme réponse à une question dubi­ tatis e de son interlocuteur Pierre. Est-ce une fiction littéraire imputable au genre du dialogue ou s’agissait-il de réelle * incertitudes en certains milieux? Toujours est-il que la solution de saint Grégoire ne laisse ri on à reprendre au point de vue tant de la clarté que de la fcimeté. Or saint Grégoire a fait loi pour les compilateurs du haut Moyen Age. C’est dc lui que s’inspire saint Isidore dc Séville pour le sort des élus. Sent., 1, Xrv, 16, P. L., t. Lxxxiu, col. 568. Saint Julien dc Tolède cite ses propres paroles sur lu béatitude dos saints et le châtiment des pécheurs, Prognosticon, u, 8 el 13, P. L., I. xevi, col. 478-480. Aussi lorsque, vers la fln du vnr siècle, un certain Arséniote, personnage du reste parfaitement inconnu, se mit à contester la rétribution des àrnes ante novissimum examinis diem, l’anonyme à qui nous devons la connaissance de celle controverse put-il avec raison lui opposer l’autorité des Pères, panni lesquels il se contente de citer Gennude et saint Grégoire lo Grand. Ce petit traité est 1803 JUGEAIENT, SYNTHÈSE THÉOLOGiQUE : JUGEMENT PARTICULIER 1804 reproduit d'après Mal dans P. L., t. xevi, col. 1379Quia venit finis mire, tempus mortis; /a/n te apparitio superna constringit, jam judicium vocat. Serm., cxx\, 1386. c) Jugement particulier : Attestations directes, — Est 11 P. L·, t. lii, coi. 544. Il n’est pas possible de se méprer * besoin de dire que ce discernement des mérites ne va dre sur la pensée de saint Grégoire. Dies judicii porta pas sans un véritable jugement? Par habitude néan­ regni, prononce-t-il. Moral.. VI, vit. 9, P. L., t. lxxv, moins, ce nom est généralement réservé au jugement col. 734. Or Γοη a vu que, pour lui, rentrée dans le final. In die retributionis, dit saint Léon de la parousie. royaume a lieu pour les Justes immédiatement après Serm , ïx, 2, P. L., t. liv, col. 161; cf. Serm., xlv, 3, leur mort. Ccs deux prémisses ne devaient-elles pai col. 290. Et si celte divine intervention tarde, encore normalement se rapprocher pour faire Jaillir le juge­ ment particulier comme conclusion? est-elle anticipée dès Ici-bas par la conscience de cha­ cun. Serm.. xxxv, 3-4, col. 252. Judicium omne in diem Ainsi en est-il dans un long passage où il expose servavit unum, écrit expressément saint Pierre Chrysoles terreurs de l’âme juste à l'approche de In mort. Conversus quisque sibi caule sollicitus tacite seeum loguc. Serm., xlii, P. L., t. lu, col. 319. Cf. Serm., xiv, considerare non cessat veternus judex quam distridus col 322-323; Serm., xi.vn, col. 332-333. EtCassiodore : Illud judicium singulari numero dicitur ubi boni mali­ adveniat. Sans doute la pensée du Jugement divin que dividuntur. In Ps. xvm, 10, P. L.,l. lxx, coi. 141. ne quitte jamais l’âme croyante; mais elle devient Règle qu'il observe fidèlement dans la suite. Voir Ps. angoissante quand arrive l’heure de rendre scs comp­ XXVI, 6 ct 28. col. 259-260; Ps. Jl.col. 296; Ps. xux, tes. Cum de his omnibus semper judicia districta per timescant, tunc tamen luec vehementer metuunt cum. col. 349-350. Do même pour saint Césalre d’Arles, le • tribunal du Christ * est toujours celui du dernier ad solvendum humanæ conditionis debitum venient'S, jugement Voir Cèsaire, t. n, col. 2182-2183. Saint districto judici appropinquare se cernunt. El fit tanlo Grégoire n’en n pas d'autre en vue quand il écrit : tremor acrior quanto et retributio æterna vicinior... Qualis hinc quisque egreditur talis in judicio præsentaUrgente solutione carnis, quanto magis districtum lur. Dial., iv, 39, P. L„ t. lxxvii, coi. 396. Cf. Mor., judicium jamjamque quasi tancmtvh, tanto vehemen­ XV, xxx-xxxm, 36-39, P. L., t. lxxv, coi. 1099-1102. tius formidatur. L’angoisse du Sauveur au jardin des Cependant ce Jugement reçoit çà et là des qualifi­ Oliviers exprime celle de notre propre agonie, cum catifs qui en laissent deviner un autre. Magnum suum per solutionem carnis aterno propinquamus judicio. judicium, dit saint Léon. Serm., x, 2, P. L., t. liv, Moral., XXIV, χι, 32, P. L., t. lxxvi. coi. 305; cf. col. 165. Et saint Grégoire : Districtio extremi examinis. ïèid., VII, xxix,38, P. L., t. lxxv, coi. 788 : Labores in Moral., IV, χχχνι, 71, P. L., L lxxv, col. 677. Cf. vacuum perdidit qui sccum ante judicem nihil tulit... ibid., XVIII, vin, 15, P. L., t lxxvi, col. 45-46. Ou Ad examen quippe judicii portantes manipulos veniunt encore : In extremo examine. Ibid., VIII, liv, 90, P.L., qui in semelipsis recta opera...ostendunt. Voir également t lxxv, col. 857. Cf. XIV, lix, 79, col. 1081-1082; VII, χχνιι, 33, ibid., col. 783-784; VIII, χν-χνι, 30-32, XXL xxn, 36, P. L., t. lxxvi, col. 211-212. De fait, col. 819-820; VIII, χχχιν, 57, col. 836-837; XVI, xl, dans les perspectives du Jugement général, on volt 50, col. 1145; XXI, v, 10, P. L., t. lxxvi, col. 195; poindre assez nettement le jugement particulier. XXXI, xxvi, 51-52; ibid., col. 601-602. Non seulement la rhétorique des prédicateurs occi­ Tous ces textes peuvent n'être pas également déci­ dentaux a fait bon accueil à l’imagination origénislc sifs; mais leur ensemble, éclairé pnr quelques passages des démons scrutateurs. Voir Revue des sciences reli­ formels, constitue une série qui impose d'admettre gieuses, 1924, p. 54-63. On la retrouve par allusions que, pour saint Grégoire, le sort de l’homme est réglé chez saint Césairc d’Arles, Serm., xii,4, P. L., t. xxxix, au moment de sa mort par un acte du divin Juge. 11 ne col. 1764; plus développée chez saint Grégoire le restait qu’à appliquer à cet acte le mot de jugement Grand, soit au Jugement général, où le démon fait particulier; mais ce mot la théologie du νι· siècle ne le figure d’accusateur, In 1 Reg.,N, m, 11, P. L.,Llxxix, fournissait encore pas. En réalisant ce dernier progrès, col. 343, soit nu moment de la mort où il apparaît le Moyen Age ne fera que mener à son terme l'œuvre tantôt comme exécuteur et bourreau, In Evang., d'analyse dont l’antiquité avait toujours conservé les 1. II, horn. xxxix, 4-5, P. L., t. lxxvi, col.1296-1297, éléments ct progressivement réalisé l’élaboration. tantôt également comme contrôleur des Ames, ibid., VL Synthèse thèologique : Le jugement parti­ 8-9, col. 1299. De là elle est passée dans Isidore de culier. — Pas plus au Moyen Age que chez les Pères, Séville. Sent., Ill, lxii, 10-11, P. L., t. lxxxiii, l’eschatologie ne devait passer au premier plan de la col. 736-738. Bède a recueilli dans son Histoire spéculation théologique. Cependant elle ne pouvait ecclésiastique l’anecdote du chevalier à qui les anges pas ne pas recueillir le bienfait du mouvement général montrent, sur sun lit de mort, la mince liste do ses qui portait alors les esprits à systématiser les données bonnes œuvres, tandis que les démons lui présentent de la fol. Un des résultats do la scolastique fut d’accor­ l’énorme rouleau do scs péchés. II. E., v, 13, P. L., der une place distincte et, par conséquent, une plus t. xcv, col. 253. 11 ne faut évidemment voir là qu'une grande attention aux fins dernières de l'individu. façon populaire d’exprimer le Jugement divin. La Le fait est frappant chez Hugues de Saint-Victor, preuve en est que le même Bède raconte à côté l’his­ chez qui l'on a pu dire que · nous trouvons le premier toire du moine relâché qui se voit conduit au bord de traité complet d’eschatologie ». J. Turmcl, Hist, de la l’enfer et répond à ses frères qui l’exhortent à la péni­ théologie positive depuis Ppriglne jusqu'au concile de tence ; Non est mihi modo tempus vitam mutandi, cum Trente, Paris, 4· édition, 1904, p.356.En eflet, lorsqu’il ipse oidertm jv dicivm meum jam esse completum. I bld., aborde la question des fins dernières, dans le De sacra­ v, 14, col. 254. Dans l'homélie même où il montre mentis, 11 traite d’abord De morientibus seu de fine homi­ le démon réclamant ct recevant l’âme coupable, saint nis, 1. II, p. xvi, P. L., t. clxxvi, coL 579-596, puis Grégoire présente Dieu sous la figure d’un Juge : De fine steculi, p. xvn, col. 597-609. Sans doute, à pro­ Afioçuin adversarius judici el judex tradet exactori. In pos de la destinée personnelle, s'attache-t-il davantage Evang., I. 11, horn, χχχιχ, 5, P. L., t. lxxvi, col.1297. aux sanctions qu'au jugement qui les décerne Mais il Mais on rencontre aussi la mention Incidente du enseigne très clairement que la mort termine le temps Jugement particulier en dehors do cet appareil Imagi­ do notre épreuve ct fait succéder au Jour de l'homme natif. le jour de Dieu, part, xvt, 2, col. 580-581.Incidemment Sans doute faut-li entendre dans ce sens cette parole Dieu y est même appelé notre juge, ibid., coi 58 t de idiot Pierre Chrysologue à propos de l'économe Mieux encore que ces détails, le plan même de l’auteur infidèle : Redde rationem vdlfcafionis tuæ... Quare? marque le renversement des perspectives «chatulo 1805 JUGEMENT, SYNTHÈSE THÉOLOGIQUE : JUGEMENT PARTICULIER glques jusqu’alors reçues. Voir Hugues de Saint-Vic­ tor, t. vu, col. 283. Ce progrès n'est (railleurs pas conservé par Pierre Lombard, qui, conformément A In pensée des Pères dont il recueille les < sentences », rend au Jugement général la première place, Sent, IV dist. XLIII : De resurrectionis et fudtCti conditione ct ne traite qu’en passant de diversis animarum receptaculis post mortem. Dist. XLV, c. i. Disposition archaïque que les divers commentateurs du Livre des Sentences se sont vaine­ ment efforcés de rendre rationnelle. Souvent elle pèse encore un peu sur le plan des Sommes; mais la logique y reprend davantage scs droits. Richard de Saint-Victor n mémo écrit un petit traité De judiciaria potestate, P. L., t. exevi, col. 1177-1186, où s'affirme la préoccupation très nette de faire la synthèse entre l'eschatologie collective ct l'eschatologie individuelle. Do telle sorte que, A l’ordre près, la doctrine du Juge­ ment particulier a reçu des maîtres la physionomie qu’elle devait garder jusqu’à nos Jours. 1° Existence du jugement particulier. — H y a Heu de distinguer ici, avec saint Thomas, la question do fond ct la question de nomenclature. 1. Principe dogmatique : La rétribution immédiate des âmes. — Elle ressort du rapprochement de deux vérités également fondamentales dans l’ordre chrétien. C’est, d’une part, que In possession de Dieu est la fin de l'être spirituel et, de l’autre, que la vie présente seule constitue le temps d’épreuve qui nous permet de la mériter. D'où il suit qu’avec la mort sonne l’heure de la récompense ou du châtiment, selon que l’âme va A Dieu ou est écartée de lui par l'obstacle du péché. Telle est la logique inéluctable du christianisme, aussitôt que ne s’y mêlent pas des éléments adventices. Le poids lourd des catégories judaïques avait seul pu empêcher de la percevoir avec la netteté voulue. Même les Pères qui l’avalent le plus clairement sentie ne lui avaient pas toujours donné toute sa force. Depuis la scolastique, elle est devenue comme un axiome, A ce point qu'il nous est difficile de comprendre la concep­ tion contraire. On ne volt pas, en effet, pourquoi les âmes, parvenues au terme de l'épreuve terrestre, devraient encore en attendre la sanction et ce qu'elles pourraient bien faire en l'attendant. Et huic veritati, continue le docteur angélique, aucto­ ritates Scripture: canonicæ manifeste attestantur et docu­ menta sanctorum Patrum. Il n’éprouve d'ailleurs pas le besoin de rapporter ccs « autorités » scripturaires et, pour les témoignages palristiqucs, il se contente de ren­ voyer aux Dialogues de saint Grégoire ct au texte de GeniKide cités plus haut, col. 1802. Le Moyen Age était facilement satisfait en matière de documentation. SI la curiosité historique est aujourd’hui plus exigeante, on ne peut s'empêcher de reconnaître que saint Thomas a très exactement dégagé, en ces traits su ceints, le sens de la tradition catholique. Aussi tous los théologiens doivent-ils s'associer A sa conclusion : Unde contrariam pro ha-rest est haben­ dum. In IV Sent., dist. XLV, q. i, a. 1, sol. 2, Opera, édition Vivès, Paris, 1874, L xi, p. 358, et Sum. theol., Supplem., q. lxix, a. 2. 2. Conclusion théologique. — A ce discernement des âmes faut-il sous-entendre un acte divin qui mérite le nom de Jugement? Lu logique imposait évidem­ ment cette Induction. a) Preuve rationnelle. — Suint Thomas distinguo une double raison du jugement particulier : Γιηιο d’ordre théoîogique, l’autre d’ordre plutôt anthropologique. D’une part, le Jugement particulier répond au dogme de la Providence en réalisant A l’égard de chacun cetto loi de Justice qui doit présider uu gouvernement divin. Iteipondet operi gubernationis, quic sine judicio esse non potest : per quod quidem judicium unusquisque singu­ 1806 lariter pro suie operibus judicatur, non solum secundum quod ei competit, sed etiam secundumquod competit guber­ nationi universi. In IV Sent., dist XLVH. q. i, a. 1, eoi. 2, p. 415, et Sum. theol.. Suppi, q. lxxxvih, a. 1. II est aussi exigé par ia nature de l'homme» qui est un être Individuel avant d'être un être social. Quilibet homo ct est singularis qiiædam persona et est pars tahus humant generis. Unde et duplex ei judicium debetur : unum singulare, quod de eo fiet post mortem, quando recipiet juxta ea qua in corpore gessit, quamvis non totaliter quia non quoad corpus sed quoad amni im tan­ tum. Aliud judicium debet esse de eo secundum quod est pars totius generis humani. Ibid., ad 1··. Ccs ra sons ont paru décisives ct encore aujourd’hui la théologie catholique n’en donne pas d’autres pour établir la philosophie rationnelle du jugement parti­ culier. Elles suffisent à montrer comment ce premier acte divin, parce que tout individuel et privé, ne tait pas double emploi avec le Jugement général. b) Preuves positives. — C’est plus tard seulement que la Renaissance et la Réforme commencèrent à faire sentir les difficultés de la preuve positive. Bellarmin dut convenir qu’il est difffci e de funder sur l’Écriture l’existence du Jugement particulier et que. parmi les textes invoques à cette On, plusieurs, tel * que Joa., v, 22 et Hebr., ïx, 27, s’entendent aussi bien du jugement général. Cependant il retient comme < preuve efficace » EcclL, xi, 28-29, que l'exégese moderne a dû abandonner. Plus sûrs sont les passages où s'affirme l'application immédiate des sanctions; car, raisonne Les justement l’auteur, · Il n’est pas croyable que peine ou rtcom­ pense soient inlligées sans qu’il y ait eu jugement ». Controv. de Eccl. patienti, n, 4, Opera, edit. Vivès, Pans, 1871, t. ni, p. 106. Cf. J. de la Servière, La théologie de Bellarmin, Paris, 1908, p. 288-289. Sur la même base Suarez est encore plus affirmatif : Premium enirn ct perna non dantur sine justa ac juridica retri­ butione. De mijst. viter Christi, disp. LU. sect, n, n. 6, Opera, édit. Vivès, Paris, 1860, l. xix, p. 1004-1005. Voir de même L. Billot, Qu.rstiones de novissimis, 5· édition, Rome, 1921, p. 4 1-45. Bellarmin a également entrepris d'établir la preuve patristlque. Elle sc ramène, chez lui. aux textes sui­ vants : saint Cypricn. De mortalitate, 14. saint Jean Chrysostome, In Matth., hoin. χχχχι, 3; saint Augus tin, De anima, n, 4. Ccs mêmes textes reviennent dans Suarez, loc. ctl., qui ajoute Jean Damascene, De his qui in [idc dormierunt, 25; Tertuîllen» De anima. 58, et saint Augustin, De civit. Dei, XX. i. Ces deux théolo­ giens insistent sur les exemples de visions ou d'appa­ ritions rapportes par les auteurs anciens. Suarez en appelle très justement à la distinction toujours admise, même dans l'Ancien Testament, des âmes des défuub suivant leur» mérites et il conclut : El ita in sanctis Putribus nulla est in hoc diversitas, etiamsi ohm circa beahtudinem essentialem nonnulla fuisse videatur. Si l’histoire moderne des dogmes fait apparaître dans la tradition patristlque un peu plus do «diversité *, elle en révèle aussi la continuité fondamentale, qui permet toujours de regarder l’existence du Jugement particulier, ainsi que le tirent les grands théologiens du xvr» siècle, comme une veritas cutholica. Le fait qu’d n’est pas explicitement mentionné par l’Ecrltuiu rentre dans la loi bien connue du dévcloppemeul dogmatique et no saurait faire difficulté que pour ie> protestants. 2· Nature du jugement particulier. — Il nous est impossible d’exprimer les réalités de l’ordre spirituel autrement qu’en Images prises dans l’ordre de notre expérience. C’est dire que nos formules les plus auto­ risées gardent toujours quelque chose d’inadéquat. Le problème d’interprétation offert A la sagacité 1807 JUGEMENT, SYNTHÈSE THÉOLOGJQUE : JUGEMENT PARTICULIER du théologien est. chaque fois, de ne pas faire peser sur l’idée les imperfections de l’image, tout en rete­ nant les traits fondamentaux qui en constituent la raison d'être. Cette règle générale est très justement rappeler par les meilleurs auteurs quand ils traitent du jugement particulier. En effet, il ne ressemble pas à la procédure labo­ rieuse et souvent artificielle des tribunaux humains, lout sc ramène ici à un acte de l’ordre spirituel, tel qu'il peut sc passer entre Dieu et l’âme. « Le jugement particulier, écrit le P. Pesch, consiste en ceci que, lorsqu’est fini par la mort le temps du mérite et du démérite, la rétribution étemelle suit aussitôt. Car il ne faut pas concevoir ce jugement d’une manière trop humaine, comme s’il y avait Instruction sur une affaiie incertaine jusque-là et sentence conforme aux conclusions qui en découlent. Le Christ... a par lulmême une connaissance parfaite de la cause, qui le dispense de toute investigation. » PrælccL dogmat., L lx, Eribourg-cn-Brisgau. 3· édit., 1911, p. 281. Tout le jugement se ramène donc au prononcé de la sen­ tence. Et celle-ci, à son tour, n’a rien d’une décision arbitraire, ni d’une déduction compliquée : c’est l'acte simple et décisif par lequel la valeur morale de notre vie s’inscrit au regard de l’ordre étemel. Aussi est-ce la conscience humaine, en somme, sous l’action de Dieu qui l’éclaire, qui prononce son propre Jugement en prenant d’elle-mèmc la place qui lui revient· Cette conception qu’on peut dire automatique du jugement se trouve déjà exprimée dans saint Bernard : Ut quorumdam peccata sic el quorumdam slud ta bona manifesta sunt prircedentia ad judicium, ul illi quidem non exspectantes sententiam proprio statim pondere criminum in tartara dejiciantur, isti vero e regione paratas sibi sedes tota libcrtule spiritus sine utla cunctatione conscendant. In Psalm, Qui habitat, senn. vm, 12. P. L., t. clxxxiii, coi. 216. Elle revient dans suint Thomas : Sicut in corporibus est gravitas vel levitas, qua feruntur ad suum locum qui est finis motus ipsorum, ita etiam est tn animubus mentum vel deme· ritum, quibus perveniunt animie ad præmium vel ad pernam qua· sunt fines actionum ipsarum. Unde sicut corpus per gravitatem vel levitatem statim fertur in locum suum nisi prohibeatur, ita animie, soluto vinculo carnis per quod in statu vnc detinebantur, statim premium consequuntur vel poenam, nisi aliquid impe­ diat. In IV Sent., dist. XLV, q. i, a. 1, sol. 2,p.358,et Sum. theol.. Suppi., q. lxix. a. 2. Ainsi entendu, le jugement particulier n’est que l aflinnation de cette loi de Providence en vertu de laquelle, après l’épreuve de la vie, le sort éternel du chucun est fixé suivant la position qu’il s’est librement donnée dans l’ordre spirituel. 3° Circonstances du jugement particulier. — · Sur le Heu, le temps et le mode de ce jugement II n'exlstc aucune certitude de fol. » J. Katschthalcr, Theol. dogm., L iv : Eschatologia, Ratisbonnc, 1888, p. 17. Tout ce qu’on en peut dire ne relève donc que do conjectures plus ou moins probables, auxquelles sc superpose, dans les exposés destinés à l’édiücation, l’ample vêlement de l’imagination chrétienne. I. Temps. — Cette question tenait une certaine place chez les anciens théologiens. La lalson en est qu'ils m' trouvaient en présence de témoignages tradi­ tionnels mais divergents, entre lesquels Ils sc croyaient obligés de prendre parti. Voir Suarez, loc. cil., n. 10-11, p. 1006-1007. Dans les anecdotes que rapporte saint Grégoire, Dial., lv, 38, de même chez Bède et Jean Cllinaque, il i Λ question de moribonds qui sc voient traduits Ocv.int le tribunal divin ri reçoivent, dès avant leur mort, communication de leur sentence. Au contraire, 1808 d’autres fols, cette sentence sc fait attendre et, pen dant un Intervalle do temps qui peut durer plusieurs jours, l’Amo est encore Incertaine do son sort. Contre quoi Suarez fait observer avec raison quo Je temps de l’épreuve dure normalement autant que la vio, mais ne sc prolonge pas davantage. Les premiers faits ne peuvent donc signifier qu’une suggestion du démon, permise dans certains cas par Dion, en vue d’effrayer le pécheur par la perspective d’une sentence qui n’est pourtant pas encore portée. Quant à la seconde catégorie do visions, il faut entendre qu’elles expri­ ment le jugement d’une manière accommodée à notre imagination, mais non tel qu’il sc passe en réalité. 11 reste donc quo lo soul moment plausible pour le jugement soit l’instant même de la mort, qui met l’âme en présence de Dieu. Comme celui-ci est un juge qui procède sans recherches ni témoins, rien no s’oppose à ce que le verdict soit instantané. Désireuse pourtant de ne point trancher celte question, l’Église s’est contentée de définir que les sanctions commencent mox post mortem. 2. Lieu. — On a parfois supposé que les âmes sont transportées au ciel pour y subir leur juge­ ment. Hypothèse inadmissible, estime avec raison le P. Pesch, loc. cil. « Car très certainement les âmes des damnés ne peuvent pas entrer dans le ciel et il n’y a aucune raison d’admettre qu’elles y sont Intro­ duites pour en être expulsées aussitôt. » Saint Bonaventure semble enseigner que le juge­ ment se produit dans le lieu même comme dans l’instant de la mort. In IV Sent., dist. XX, part, i, q. 5, édition de Quaracchi, t. iv, p. 525. Dès lors que le jugement est un acte purement spirituel dénué de lout appareil Judiciaire, c’est la seule conception qui paraisse défendable. Aussi cette doctrine est-elle généralement celle des théologiens modernes. Voir Katschthalcr, op. cit., p. 48. Beilarmin nous avertit cependant qu'il n’y a pas de certitude en cette ma­ tière : Est etiam observandum non posse certo definiri an animie deferantur ad judicem, an ibi judicentur ubi corpus relinquunt. Loc. cit., p. 107. 3. Modalités. — Il n'y a pas Heu de s’arrêter à ccs descriptions plus ou moins pathétiques de la scène du jugement, où l'on volt le Juge sur son trône, où l’on entend ses questions pressantes et les réponses embar­ rassées de l’âme coupable, où la Vierge, les bons anges et les saints remplissent le rôle de défenseurs, cepen­ dant que le démon Implacable occupe le siège du ministère public. Nos prédicateurs affectionnent ce genre de tableaux et l'on a pu voir çà et là que plu­ sieurs Pères les avaient déjà précédés dans cette voie. Ce procédé n'a rien que de normal, à condition de rester dans les limites voulues du bon goût, pour rendre sensible à des auditoires populaires la vérité abstraite du jugement. Mais ccs sortes de développements no peuvent et ne veulent avoir qu'une valeur de sym­ bole. En réalité, les âmes comparaîtront devant le divin Juge non localiter sed intellectuallter, et cela non pour y être l’objet de débats contradictoires, mais pour y recevoir leur sanction : neque fit judicium discussio­ nis sed retributionis tantum. Chr. Pcsch., op. cit., p. 281. Aucun In soin d'enquête, puisque le juge est parfaitement éclairé; ni de plaidoyer, puisqu’il est souverainement juste. Lui-même donne à l’ûmo la conscience nette de scs mérites ou de ses démérites. i Ce qui peut sc faire, soit par la communication d’une lumière divine spéciale, à l’instar de ce qui est admis depuis Origènc pour le jugement dernier, soit pur une sorte de clairvoyance native qui donnerait à l’Amo aussitôt qu’elle est débarrassée du corps, ia connais­ sance exacte de son état. KaUchthaler, op. cit p 49 . On a vu, col. 1807, que saint Thomas semble’pl’ulôt 1809 JUGEMENT, SYNTHÈSE THÉOLOGIQUE ; JUGEMENT PARTICULIER favorable à cette dernière conception. Toujours est-il qu’il n’y a pas à imaginer d'autre mise en scène que ce drame psychologique où nos pensées, comme a dit saint Paul, Boni., n, 16, s’accuseront ou se défendront l’une l’autre. Aussi quelques théologiens ont-ils pensé que le mot propre serait Ici celui d’tiufo-/ugemenf (Selbslgericht). Voir Oswald, Eschatologie, Paderborn, i 1868, p. 21. De même, la sentence est tout Intérieure : profertur non quidem sono vocis sed men taliter, ita ut singulorum mentibus imprimatur. Tanquerey, Synopsis, 14· édi­ tion, t. m, p. 706. La lumière divine qui investira l’âme lui fera comprendre qu’elle reçoit ia Juste rému­ nération de scs actes, bons ou mauvais. Voir Billot, op. cit., p 17-48. I 4° Auteur du jugement particulier. — Du moment que le Christ déclare avoir reçu du Père le pouvoir d’accomplir omne judicium, Joa., v, 22, on devait se demander si et de quelle façon ce principe s'étend au Jugement particulier. Les difficultés viennent, comme le remarque Suarez, de ce qu’il n'y a pas id de texte scripturaire formel comme pour le jugement général. Op. cil., n. 13, p. 1007. Λ quoi il faut ajouter, avec Bellannin, op. cit., p. 107, que le jugement particulier avait évidemment déjà Heu avant l’incarnation. En conséquence, ce dernier sc déclare incapable de trancher la question : Non posse certo definir i... an judicentur (animæ) immediate a Christo in forma humana sententiam proferente, an solum dio ina virtute qux ubique prirsens est, an vero per angelos sententia manifestetur. Suarez croit pouvoir être plus affirmatif. Quamvis enim non sil tam certum particulare hoc judicium exerceri per Christi humanitatem sicut uni­ versale.... tamen probabilior el magis pia sententia est etiam hoc judicium pertinere ad potestatem judiciariam Christi et per humanitatem exerceri. Les théologiens pos­ térieurs accueillent également cette opinion comme « probable ». Katschthalcr, op. cil., p. 48. Au dire de M. Tanquerey, op. cit., ce serait la sententia com­ munis. On peut d'ailleurs l’entendre sans anthropomor­ phisme. Il n’est pas nécessaire de supposer que les âmes sont amenées devant le trône du Christ : ce qui aurait l’inconvénient, signalé tout à l'heure, d’intro­ duire. ne fût-ce que momentanément, les damnés dans le ciel. Moins encore faut-il dire que le Christ descend du ciel vers elles pour les juger : alioqui oporteret sem­ per esse quasi in continuo motu, immo sirpe necessarium illi esset pluribus locis simul assistere. Tout peut se faire uu moyen d’un simple acte mental. Quocirca dicen­ dum est... animam judicandam... m instanti mortis inlellectualiter elevari ad audiendam sententiam judicis... Et verisimile est in eo instanti cognoscere sese judicari, et salvari vel damnari, imperio et efficacia non solum Dei sed etiam hominis Christi. Suarcz, op. cit., n. 1415, p. 1008. Dès lors, il n’y a plus lieu de prendre en considé­ ration l’opinion, chère à certains mystiques, d’après laquelle tous les défunts auraient, dès avant le Jugement général, la vision du Sauveur crue»Ile. On la trouve notamment chez Innocent 111, De contemptu mundi, π, 43, P. L., t. ccxvn, col. 736, qui invoque le texte prophétique : Videbunt in quem transfixerunt, Zach., xn, 10. Bellormln l’écarte d’un mot : Non solum non est certum, sed nec admodum probabile. Op. cit,, p. 107. Suarez ne lui trouve de fondements que pour le Jugement général. Cependant il propose d'ndnieltrc, avec Testât, une sorte d’illumination psy­ chologique, qui donnerait aux âmes, d’une manière réelle sinon sensible, la perception du Christ. Advenire Christum in morte uniuscujusque non secundum prxsentiam localem sed secundum efficaciam, per quam fit ( ul unusquisque suum statum agnoscat, et imperium et ( DICT. DE TIIKOL. CATKOU 1810 sententiam judicis audiat, et ex vl illius statim tendat In locum suis meritis debitum. Op. cit., n. 16, p. 1008. 5· Mle des anges. — Souvent les anges ont été asso­ ciés au jugement, et leur concours a été compris de diverses façons. 1. Comme auteurs du jugement. — · Quelques théolo­ giens prétendent que Jésus-Christ accomplit ce Juge­ ment par l'intermédiaire des anges. On croit, dit Véga, que l'archange saint Michel procède au jugement particulier : creditur Michdel animarum e corporibus discedentium particulare judicium exercere. Mais cette opinion trouve peu de partisans parmi les autres théo­ logiens, qui pensent, au contraire, que Jésus-Christ est le seul Juge des âmes. » Saint Alphonse de Liguori. Dis­ sertation sur les fins dernières, II, ni, 1, dans Œuvres dogmatiques, trad. Jacques, Toumay, 1874, L vin, p. 225. 2. Comme auxiliaires du jugement. — Du moins les anges joueraient-ils au jugement particulier un rôle auxiliaire, soit pour y conduire les âmes, soit pour leur communiquer la sentence, soit pour présider à son exécution? On lit au rituel des funérailles : Subvenite, sancti Dei, occurrite angeli Domini, suscipientes animam ejus, offerentes eam in conspectu Altlssimi.Saint Michel est considéré comme l'ange psychopompe par excel­ lence : Constitui te principem super animas susci­ piendas. Saint Bonaventure estime encore que quel­ ques anges et quelques démons assistent au jugement proprement dit : Credendum enim est quod in egressu animée a corpore assistunt et spiritus bonus et spiritus malus, unus vel plura, ei tunc secundum veritatem diet sententiam. In 1V Sent., dist. XX, p. 1, q. 5, p. 625. Dans la conception toute psychologique du jugement particulier adoptée aujourd’hui par la théologie, il n’y a plus de place pour un rôle effectif des anges ou des démons. On peut donc croire que ce sont là de simples figures pour enfoncer plus sûrement dans nos imaginations la réalité du jugement. Cependant quelques théologiens ont conçu une sorte de présence objectis e, en vertu de laquelle l’ange gardien et le démon assisteraient à notre juge­ ment. et, comme ils ont connaissance de nos actes, cette présence objective serait par elle-même une sorte do témoignage objectif. Katschthaîer. op. cit., p. 49-50. On agira sagement en n’attachant pas une autre importance à ces tentatives d'un concordisme sans doute plus verbal que réel et en s’en tenant à ce que la raison peut se représenter des rapports entre l’âme et Dieu. Toutes les images n’ajoutent rien à ce fond spirituel et risqueraient facilement de le diminuer. En tout cas, s’il faut absolument recourir à des Images — et il n’est pas de matière où notre nature épreuve un plus vif besoin de se représenter l’invi­ sible — encore importe-t-il de ne les choisir pas trop indignes de la réalité. A cet egard, Newman a donné l'exemple, dans son célèbre Songe de Gérontius. traduit par Mario-Agnès Peraté, dans Newman. Méditations et prières, Paris, 1906, p. 305-338, d’un poème cschalologlque où la finesse du psychologue et la doctrine du théologien s’unissent À toutes les ressources de l’art le plus consommé. Si notre littérature ascétique obéissait plus souvent à ce genre d’inspiration, l’édi­ fication n’y perdrait sans doute rien et lo goût reli­ gieux y gagnerait certainement beaucoup. 6· Exécution de jugement particulier. — Historique­ ment la fol en des sanctions immédiatement consé­ cutives à la mort a procédé la notion distincte de Jugement particulier et fut, comme on l’a vu, la manière la plus ancienne et la plus constante dont s’est affirmée dans la tradition l’existence de celui-ci. Il n’en est pas moins vrai qu’en soi c’est la sentence du T. — VIII. — 58. 1811 JUGEMENT, SYNTHÈSE THÈ0L0G1QUE : JUGEMENT GÉNÈHAL jLgrmmt qui est le principe dos acte * qui on marquent ensuite l’exécution. La synthèse théologique doit id rétablir l'ordre réel de ces éléments. 1. Principe. — Sur ce terrain ii ne saurait y avoir de doutes ni de difficultés. .· »* Pourquoi l’âme, en effet, serait-elle Jugée si cc n'est pour recevoir lu sanction de ses œuvres? Et pourquoi cette sanction ne s'appliquerait-elle pas aussitôt? La vieille idée du sommeil des âmes s’< \pliquc et s'excuse comme la conception rudimentaire de cer­ veaux trop frustes pour s’ouvrir à la notion et de» Voir également J. Bautz, Wellgericht und Wellende, méchants, qui leur est expressément attribuée par Mayence, 1886, p. 191-199. A ce même principe se rattache la parousic du Christ, I l’Évangile. Matth., xiu. 39-41 ct xxiv, 31. 4° Circonstances du jugement général. — Au lieu c'est-à-dire son retour glorieux dans ce monde où il est d'abord venu soutirant et humilié.Car, en théorie, 1 d’être laissée dans l'Écriture ù l’étal de vérité abs­ traite, la doctrine du jugement s’y présente d’ordi­ on pourrait concevoir que le Christ exerce son pouvoir naire sous forme de tableaux aux vives couleurs. La judiciaire sans quitter le ciel.Mais la revanche ne serait tentation devait venir de ramasser ces dlilérvnU traits, pas complète si elle ne se produisait dans les mêmes de manière à reconstituer la scène entière. condit ions. Ainsi la raison réclame comme une suprême Et ce ne sont pas seulement les artistes ou les prédi­ convenance cc second avènement que l'Écriture cateur» qui y ont cédé. On peut retrouver Jusque dans annonce partout comme un fait. Suarez, disp. LUI, certains manuels de théologie qui furent longtemps sect, n, j). 1013-1018. 2. It6te auxiliaire des anges et des saints, — A. plu­ I classiques tout l’appareil populaire du jugement : sieurs reprises, dans ΓAncien et le Nouveau Testament» : rassemblement de l’humanité dans la vallée de Josaphal; apparition du Christ sur un char de nuées, on trouve mention de créatures associées au jugement précédé de la croix ct escorté d'anges innombrables divin. Les théologiens ont distingué à ce propos, après revêtus pour la circonstance de corps brillants; trônes saint Thomas, diverses manières de juger. 11 en est de purement métaphoriques, comme celle ! élevés et visibles de loin pour le juge ct sans doute aussi pour les assesseurs; séparation des bons et des mé­ qui résulte de la comparaison objective des actes : chants en deux groupes opposés; discussion de * cons­ c’est ainsi que les Ninlvites et la reine de Saba jugeront les Juifs au jour du Jugement. Matth., xn, 41. D’au­ ciences et manifestation publique des résultats de tres fols il peut y avoir jugement Interprétai if, dans j l’enquête; proclamation à haute ct intelligible voix de la sentence dont l’Évangile rapporte la teneur. le cas de quelqu’un qui s’associe par consentement à Voir la Theologia dogmatica et moralis connue sous le une sentence qu’il n'a pas été admis à porter : c’est nom de théologie de Clermont, Paris, 7· édit., 1895, ainsi que l’on entend d’ordinaire le jugement des saints sur le monde, énoncé dans Sap., ni, 8 ot 1 Cor., vî, 2. t. n, p. 272-277. 11 n’est pourtant pas un seul de ces énonces qui Enfin il est parfois question d’une véritable partici­ dépasse la valeur d’une pieuse opinion et, sur la plu­ pation au jugement, comme dans Matth., xix, 28 ct part de ces points, la meilleure théologie catholique a Luc., xxii, 30. A cc propos tous les théologiens ont pensé aux assesseurs qui siègent à côté du juge et fait depuis longtemps plus ou moins grande la part du symbole. Celte méthode, déjà suggérée par la seule ont une certaine part à son verdict. Mais encore cc rôle peut-il être diversement compris. critique rationnelle, s’impose de plu en plu *» à mesure Saint Thomas rapporte une opinion qui accorde que les exégètes réalisent mieux les habitudes litté­ seulement aux saints une place d'honneur au juge­ raires des narrateurs bibliques. Dans ces conditions, ment : judicabunt scilicet per honorabilem assessionem, le respect même de la tradition catholique oblige à ne qui superiores exteris apparebunt in judicio, obviantes sacri lier aucun de ses éléments constitutifs cl le devoir Christo in aera. C’est le sentiment adopté par saint du théologien est moins de prétendre trancher toute» Bonaventure. In IV Sent., dist. XLVII, a. 1, q. i, les questions que d'accepter loyalement la divergence des réponses, avec la part de légitime liberté qui s’en­ édition de Quaracchl, t. iv, p. 971. Le docteur angé­ suit duns les limites autorisées par l’Égllse. Plus que lique demande un peu plus, savoir une collaboration au Jugement lui-même : hoc modo perfecti vin judica­ Jamais s’impose lu remarque de saint Thomas : Qua­ liter illud judicium sit futurum et quo modo hommes ad bunt, quia alios ducent in cognitionem divinx sententia, ut sciant quid juste pro meritis eis debeatur, ut sic ipsa judicium convenient, non potest multum per certitudi­ nem sciri. In IV Seni., dist. XLVIII, q. 1, a. 4, sol. 4, revelatio juslitiw dicatur judicium. In IV Sent., dlit. p. 444, et Sum. theol., Supplem., q. lxxxviu, a. 4. XLVII,q. i, a.2,sol. l,p. 419, ct Sum. theol., Supplem., 1. Signes précurseurs du jugement. — Il est dans le q. lxxxix, ari. 1. En quoi il est généralement suivi par la théologie postérieure. Voir S. Alphonse do style biblique que le jugement dernier soit annoncé par de grandes catastrophes, cosmiques ct sociales, ct leur Liguorl, Dissert., VI, v, 4, p. 361; KaUchthalcr, op. explosion sera telle, à un moment donné, que les plus clt„ p. 513 et Bautz. op. cit., p. 209-215. Ce privilège est réservé formellement par le Christ à aveugles se rendront compte que l’avènement du Sei­ ses apôtres; mais, comme il est mutivé par leur renon­ gneur est proche. Matth.. xxiv, 33. Four le détail ct cement, beaucoup de théologiens l’étendent volontiers lu valeur de ces signes, voir pAiiousiK.Mais on sait quo A tou· ceux qui les ont suivis dans les voies de la la signification n’en est rien moins que précise ct pauvreté parfaite. Voir saint Thomas, loc. cil., soi. 2, j l’histoire est déjà longue des interprétations démenties 1319 JUGEMENT, SYNTHÈSE TliÉULUGIQUE : JUGEMENT GÉNÉRAL 1820 par le * événements. C'est pourquoi la théologie ne 4. Personne du juge. — Dès IA que lo Jugement der­ peat que se rallier» avec saint Thomas, A la sage réserve nier a pour une de ses principales fins de faire éclahr de saint Augustin : Non potest determinari quantum Jn revanche du Christ, celui-ci doit y figurer *dan sa tempus sd futurum, nec de mense, nec de anno, nec de nature humaine, mais revêtue désormais de tous les centum nec de mille annist In ÎV Sent., diet, XLVII, attributs de la gloire. Ainsi l’enseigne P. Lombard q. i. a. 1, sol. 3, ad 2·“, p. 416-417, ct Sum. theol., d'après les Père>, Sent., IV. dist. XLVIII. i, 2, il Supplem., q. lxxxvhi, a. 3, ad 2we. Voir S. Augustin, sa doctrine, commentée par suint ihomas, In l\ Epist.. cxcvii, 2-3. P. L., t. xxxin, col. 899-900, ct Sent., dist. XLVIII, q. i, a. 1-2, p. 437-439, est deve nue celle de tous les croyants. exeix, 6-11, col. 910-918. Aucun signe ne saurait faire que le grand jour ne soit Par où beaucoup de théologiens entendent une inconnu, Marc., xm, 32, ct que le Elis de l'homme no apparition visible du Christ sur les nuées du del au doive revenir à l’improvlstc, ibid., 35, comme un milieu d'un cortège d'anges· Voir Suarez, disp. LVII, voleur. Malth·, xxiv, 43 ct I Thess·, v, 2. sect, ni, p. 1085-1086, qui admet pourtant que le trÔDe 2. Heure et jour du juqrinent. — Un mot de l'Évanpuisse être pris au sens métaphorique, ibtd., 4. MuL gile a paru propre à indiquer l’heure du jugement. les exégètes, frappés de retrouver Ici le matériel con­ Malth., xxv, 6, ne dit-il pas que l'époux arrivera « au venu des théophanies bibliques, ont aujourd'hui ten­ milieu de la nuit ·? Saint Augustin cependant avait dance A ne voir dans ces traits imagés que dee expres­ expliqué, Epist., cxl, c. 34, n. 78, P. L., t. xxxm, sions reçues pour désigner la manifestation de la gloire col. 573, que ces paroles signifient seulement que son et de la puissance. Sedebit tamquam judex super avènement sera imprévu et Pierre Lombard avait thronum gloriosum, sese exhibebit gloriosum judicem transmis cette explication au Moyen Age. Sent., IV, omnium el utetur judiciaria polestate. Comely, op. cil, dist. XLII1, c. m, sans que celte pel lie précision p. 383. Voir également Batiffol, L'enseignement de semble avoir autrement préoccupé les théologiens. Jésus, p. 269-274, ct F. Prat, La théologie de saint Paul. D’aucuns ont imaginé que le Jugement général t. π, p. 510-511. aurait lieu au mois de mars, puree que c’est le mois Il est vrai que le même P. Comely n'est pas hostile de la création, et un dimanche, parce que c’est le à l’idée d'un phénomène sensible : Non spernenda est Jour où le Christ est ressuscité. « Autant de conjec­ opinatio apud Maid. Christum super nubem aliquant tures, écrit saint Alphonse de Llguorl. qui ne reposent lucidam et illustrem esse sessurum. Cependant ll se Mur aucun fondement solide. · Dissert., VI, n, 1, p. 310. garde de l'imposer et fait bon accueil un peu plus loin, 3. Lieu du jugement. — Sur la foi de Joël, in, 12, on p. 385, à la théorie d’Origcne, qui compare l’avène­ a souvent voulu situer le jugement dans la vallée de ment du Christ à un éclair et lui attribue une sotte Josaphat, tandis que d'autres, d’après Act., î, 11, d’omniprésence, évidemment spirituelle, qui lui per­ estiment qu’il aura lieu dans les airs en face du mont met de s’oflrir en même temps aux regards de tous. des Oliviers. P. Lombard. Sent., IV, dist. XLVIII, Voir Origène, In Maith., Com. scries, 70, P. G., t. xm. c. iv. Cette dernière manière de voir sourit à saint col. 1712, cité plus haut, col. 1777. Thomas : Probabiliter jiolest colligi ex Scripturis quod 5. Comparution du genre humain. — A. l’apparition area locum monili Oliveti descendet, sicut et inde ascen­ glorieuse du juge correspond, selon le schème îiibllque, dit. In IV Sent., dist. XLVIII. q. I, a. 4, p. 144, et le rassemblement effectif de l’humanité tout entière, Sum. theot,, Supplem., q. lxxxviii, a. 4. Suarez se complété par le triage des bons et des méchants. Joël montre plus résolu, malgré les oppositions dont il a et, en général, les écrivains de l’Ancicn Testament connaissance» en faveur du vallon de .hnuphat el de la suggérant une confrontation des peuples en tant que région dont il est Je centre : Milu non ludcluracommuni collectivllés pour faire éclater l'injustice des nations * et recepta sentenlia recedendum, quamquam non ceria l’égard d'îsraèl. Il est ariaenl que nom con­ on n’a pas à expliquer comment toute l’humanité naissons A I humanité. Non que η· n soit Impossible à peut se raMtmbler dans les limites étroites de ce ravin la puissance de Dieu; mais celte forme de son inter du Cétlron. » El. Hugucny, Critique et catholique, t. il, vvntion est-elle absolument garantie? On sc souvient 2· partie, Parts, 1911. p. 370-371. Voir également que, parmi les questions Insolubh-1, «alnt Thomas, Oswald, op. cil., p. 353-357; F. Vigoureux, art. Josavoir ci-dessus, col. 1818, place prc« Kvinent celle ortunt foui à coup des ténèbre * pour sc dévoiler à tout regard Intclliqriit, ce sera le juge­ ment lui-mèmo; et quand «’elle lumière au 3 lui. I«>ut sera Jugé... Le jugement dernier, vu de haut et dan. la grande luink'r.e de In ral on el de la foi, c'est cela nn'nic; c'est le plan de la divine Sagesse se revelant tout à <'oup devant l’assemblée universelle de tous 1rs dires créé· Quelle que putae être la forme exté­ rieure que ! ut u voudra donner à cette révélation suprême, quel que soit le drame plus ou moins sai­ sissant par lequel se produira, deyunt Ihuimmllé assemblée, la majesté de ce. grandes assise *. si, lais­ sant un moment de côté l‘« m adrcmenl solennel de ce draine suprême, vous cherchez ce qui est au fond, voilà ce que vous trouverez inhdlliblcnicnl : la révé­ lai ion éclatante, l'explosion fulgurante de tout l’ordre et de toutes les harmonies du plan divin, se dévoilant dans une clarté triomphante devant les Intelligences évoquées pour le regarder et jæur trouver, duns ce regard même, leur absolution ou leur condamnation, leur triomphe ou leur défaite, leur humilia ion ou leur glorification. » B. P. Félix, S. J-, Le châtiment. Quatrième retraite de Notre-Dame de Paris, 2· édi­ tion. Paris. 1898, p. 187-188. 11 faut, en tout cas, retenir comme essentielle au jugement dernier l’idée d’un acte spécial par lequel Dieu, sous une forme qui nous reste inconnue, fera rayonner d’une manière décisive sur lout es les cons­ ciences humaines la gloire de son nom et, ajoutons, pour que soit complète la notion de l’ordre chrétien, la gloire de son Fils. 6. Procedure du jugement. — On a depuis longtemps fait remarquer toutes les difficultés qu’il y aurait à imaginer, pour les innombrables milliards de créatures humaines, une série d’interrogations ct de discussions telles qu’elles se passent devant nos tribunaux. Déjà Origènc el saint Augustin avaient exposé que le Juge­ ment divin ne comportait pas autre chose qu’une illumination vengeresse de la conscience. P. Lombard a iccueilli l’essentiel de cette doctrine. Sent., IV. dist. XLVII, c. î. D’où elle est passée dans saint Thomas, qui l’a formellement recueillie et méthodiquement généralisée. Quid circa hanc qmrstionem sil cecum pro certo definiri non potest; tamen probabilius astimatur quod TOTUM ILLUD judicium et quoad discussionem, et quoad accusationem malorum et commendationem bono­ rum, et quoad sententiam dc utrisque, mentalité it perfi­ cietur. In I V Sent., dist. XLVIl, q. i, a. L sol. 2. p. 116, et Sum. theot., Supplem., q. lxxxviii, u. 2. Pour le dé­ veloppement d’une conception du même genre, voir Richard de Suint-Victor, De judiciaria potestate, P. L., t. exevi, col. 1181-1186. 11 est vrai qu’*ailleur saint Thomas semble sc tenir plus près de la lettre des Écri­ tures. Opusc., î.xîx, Opera omnia, édition Vivès, t. XXVIII, p. 638-042. Cette position si nette du docteur angélique n’a pas empêche une notable régression dc la théologie pos­ térieure. Le jugement ayant pour caractéristique dc faire comparatire les hommes en corps cl en Ame devant le Christ siégeant dans sa forme humaine, la logique a paru exiger que la procédure comportât un élément sensible. D’autre part, ne fallait-il pus sauve­ garder à lu lettre la description du Jugement donnée par le Christ lui-même au ch. xxv de saint Matthieu? Les scrupules nouveaux dc cette théologie ct de cette exégèse ont trouvé leur pleine expression dans l'œuvre de Suarez, Tout en reconnaissant qu’il n'y a den de certain GEnÎ.ÜAL '822 en cçi matière^ il croit devoir redresser dlscrèi ornent la doctrine reçue : Conjectarie utendo, wrisirmle est quod omnes theologi docent hujusmodi causa * manijrstalionem non este totam vocibus sensibilibus expri­ mendam. Pour apprécier toute la sav« ur de cette for­ mule il faut sc rappeler que saint Thomas disait : lutum illud judicium... mentaliter perficitur, Quant Λ lui. Suarez cUlnic, non · an * embarras, qu’il y aura quoique rhoie pour les sen·. au moin dan? Ici paroles du juge : S on est improbabile aliqua precata hominum esse voce sensibili redarguenda et similiter aliqua bona opera laudanda, Ce,celui-ci n’étantapplicable qu’à certains cas exceptionnels tandis que celui-là demeure la loi com­ mune. Voir Katscbthaler, op. ci/., p. 550-551, et Dautz, op. cit., p. 215-226. D’autres ont fait observer cepen­ dant qu’il ne saurait y avoir pour personne de discus­ sion proprement dite, du moment que le sort de chaque âme est réglée par le jugement particulier, mais qu’il y a Heu pour toutes à la manifestation publique de leur place relative dans l’échelle du bien ou du mal. Voir Oswald, op. c//., p. 350. Le cas des enfants morts en bas âge a paru mériter un examen spécial. Du moment qu’ils n’ont pas pu acquérir de mérites personnels, saint Thomas les fait comparaître devant le tribunal divin, non ut judicentur sed ut videant gloriam judicis. In J V sent., dist. XLVII, q. I, a. 3. sol. 1. ad 3"m, p. 423, et Sum. theol., S up plein., q. lxxxix, a. 5, ad 3* m. Mais saint Bonaventure croit devoir les soumettre au Jugement. In IV Sent., dist. XLVII, a. 1, q. m, p. 974. Conformément à son sys­ tème, Suarez soustrait au judicium discussionis ceux qui ont reçu le baptême, disp. LVII, sect, vu, n. 3, p. 1092; mais les autres devront être jugés. Ainsi l’exige la loi générale, et c’est cc qu’indique positive­ ment l’Apocalypse, xx, 12, quand elle place devant le trône de Dieu tous les morts sans exception, « les petits comme les grands ». Ibid., sect, vî, p. 1089-1091. Voir dans ce sens Katschtbaler, p. 546-551, et Bautz,p.226229. 2. Application aux anges. — Faut-Il enfin mettre les anges parmi les sujets du Jugement? La question a été diversement résolue. D’après l’ancienne doctrine de l’école, leur cas no saurait comporter de discussion. Quant à la rétribu­ tion, saint Thomas estime qu'elle est déjà réalisée pour eux et que le dernier jugement leur vaudra seulement un supplément accidentel de Joie ou de peine, d’après ce qu'ils auront fait de bien ou de mal pour les hommes. L'nde directe loguendo, conclut-il, judicium neque ex parte judicantium neque ex parte judicandorum erit angelorum sed hominum; sed indirecte quodammodo respiciet angelos, in quantum actibus hominum /uerunt commixti. In IV Seni., dist. XL\ II, q. i, a. 3, sol. 4, 1826 p. 424. et Sum. theol., Supplem., q. i xxxrx, a. 8. Au contraire, saint Bonaventure, sur la foi principalement de II Pelr., n, 4, lient que le jugement dernier com­ prendra les anges aussi bien qu·· les hommes. In IV Sent., dist. XLVII, a. i, q. 4, p. 971-975. Cette opinion est retenue par Suarez comme « plus probable », disp. LVII, sect, ντπ, p. 1095-1097, et géné­ ralement suivie avec la même note par la théologie moderne. Voir Katscbthaler, p. 546-548; Oswald, p. 350-351; Bautz, p. 229-231; Tanqucrey, p. 7i *8. Quelques auteurs cependant,tels qucCbr. Pesch.p. 372, rapportent côte à côte les deux conceptions sans expri­ mer leurs préférences, il est certain que la *e conde, outre ses attaches traditionnelles, correspond davan­ tage au courant de la pensée religieuse actuelle, qui aime considérer le dernier Jugement comme la suprême manifestation de la Justice de Dieu et l’inauguration solennelle, pour toutes les créatures raisonnables, con­ formément à leurs mérites, de l’ire de l'éternité. Conclusion générale. — A la prendre dans son ensemble, cette doctrine catholique du Jugement, telle que la présente l’Église, rentre bien dans l’écono­ mie de la divine révélation, qui a pour but de nous fixer sur « l’unique nécessaire » plutôt que de satisfaire aux exigences d'une vaine curiosité. Bien inconsciente de ses moyens et de scs limites serait la théologie qui prétendrait en exclure toutes les ombres ou répondre d’une manière adéquate à toutes les questions qu elle peut soulever. · Respectons les mystères que Dieu n’a pas voulu nous révéler et n’essayons pas de suppléer ù son silence par les constructions enfantines de notre Imagination. » Ét. Huoueny, op. cil., p. 372. Dans ccs mystères eux-mêmes, l’enseignement divin, quand il est reçu avec une confiante fidélité, fait jaillir assez de lumières pour que l’âme religieuse y trouve de quoi guider sa marche à travers les ténèbres de lu vie présente et s'exciter à un cfior’ moral toujours plus intense, en vue de solliciter efiicacement la miséri­ corde de Dieu avant que se révèle cette justice qui, pour chacun de nous et pour l'en Omble de l'humauité, ne saurait manquer d’avoir son jour. Juste Judex ultionis. Donum fac rem Udonis Ante diem mtionls. T. Croyances des relioions non-chrîttknnfs. — 1· Outre les histoires générales ou spéciales des religi on peut consulter les monographies suivantes : L. Ma ni lier, a survivance de l’dme et l’idée de justice chez les peuple» I. non civilisés, Pari», 1894, dans la Bibliothèque de ΓÉcole pratique des hautes études : Section des sciences religieuses; N. Sôderblom, La vie future d'après le à la lumière des croyances parallèles dans les autre * religions, Paris, 1901, dans les Annales du Λ fusée Guimet : BtM/o· thèque d'études, t. ix; II. HObschmann» Die panischo Lfhrt von Jenseits und fungslem Gericht, dans Jahrbucher fûr protestanttsche Théologie, t. v, 1879, p. 205-246; A. V. Williams Jackson, Weighing of the soul in the balance after death an Indian as u *rll as Iranian Idea, dan * let Actes du X· Congrès international des Orientalistes, tenu a Genève, 1894, 2 * partie, p. 65-75; Edm. Spies», EntuHckelungsgeschichte der Vorstcllungen pom Zus lande nach dem Tode auf Grund oergleichender Keligionsforichung, lénn, 1877. 2· En particulier pour l’antiquité clanique, L. Ruhl, De mortuorum judicio, dan * A. Dieterich et R. Wunsch, Heliglonsgeschlchtliche Versuche und \ orarbeitm, Glossen, 1905, t. π, p. 33-105; G. lw inowltch. Opiniones Homeri et tragicorum grerror um de inferis, dans Berliner Sludien fdr klassische Philologie und Archdologie, t. xvi, 1891, p. 5-103; H. Moins, Die Vontellungen von Daseln nuch dem Tode bel den attiken Hednern, dans Neue Jahrbücher jür chc^sische Philologie und Pddagoglk, t. cxxxix, 1889, p. 801-815; E. Rohde, Psgche; Seetenkult und Unslcrbiiehkeltsglaube der Griechen, Tubfnguo, 1·· ôdlt., 1893-1895; 5· édit., 1910; Λ. Dieterich, Nekyia, 2· edit., IxMpxlg. 1913. Bous résumés par 11. Weil, dans lo Journal des Savants, î827 JUGEMENT - JUGEMENT TÉMÉRAIRE 1890, p. 633 eq., et 1S95, p. 552-561; F. Durrbach, art. Inferi, dans Darwnbcrg-Saftlio, Dictionnaire des antiquités, tii. Pari . 1900, p. 493-515. l. Π. II1STOIIIK DK LA RÉVÉLATION CHRÉTIENS *»· — 1 * Période xcrlptitraire· — 1. Études *e cn d mble. — L. Atzborger, Die chHstllehc Eschatologie in den Sladirn ihrer Oflenbarung im Htm unit Netim Testament, Fr|b Revue d * histoire cl de littérature religieuses, t. v, 1900, p. 97-128, 200-233, 289-322; J. Niedcibuber, Die Eschatologie des hcillgm Ambmiius, Paderborn, 1907; I.-lI. Aufhauser, Die Héllslehrc des ht. Gregor von Aussa, «luidcli, 1910; Ê. Weigl, Die Hrilshlwi des Id, Cyrill von llrxiuidrien, Mayence, 1905; Osk. Braun, Mo r s bar Krpha und sein ituch non der Secte, Fribourg-jn-Bi hg ui, 1901. Quelques indic.illons dans Thomas Buœei, Dr statu nortuorum et resurgentium tractatus, UJoiüa· ClwiU^comm, 1729, 2· édit. 1733; critique par l.ud. Anl. Murutori, De paradiso rcgnlquc mb d^ yloria. Verone. 1738. Contributions p.ul» lie.' pur Mutin Juglc, Lu doctrine de» fin» demitrej da/u l’Église yreco-ru *w, dans Echus {Orient, l. XVII, 1U1I-19U, p. 5 .2, 209-228, 102-421; I. Riviere, H6lc du démon au jugmunl parLculUr chez les Pères, dau> ÎtcDue de» sciences rcUgiru^r», L iv. Pa2à, p. 13bl; A. Bouiltrl, is jug ment dtniter da/w Tort des douze premiers sicclr». Pa· B, 1894. Excellent rétrnmé dans LaJ>auctie, Lc^unt de théologie dogmatique, t. n ; L *homme, Paris, P MIL, 1921. 1IL LxeosA d». la m va i ation chrétienne. — 1· Chez 1rs prulutanh, — 1. Ecole urtiiudusr. — TiL lUkfoth, Christliche Esta dulogie, Leipzig, ibu- ; Lit . >.. LuUiardt, Die t^ehre uon dm Irtztm Dinjiit, 2· ctl.l., Lei)zùg, 1870; il. W. Rlnck» Vom Zudand nara déni !<»(<·. 3· édiu» Halo, 1878; Fr. Splillgerber, lod. TortleOm und Auf Tilrhung, JP édit., B ille, I3b >. Rr ai n** dan> A. Gréllliat, l.apusé dt théologie ij>(éni/Jérarice cantiemie, LauMinne, 1913; article· Eschatologie et GtricJU GollCi-^Aoivu il. Guukel •i Ü. ScIumI, DU IG tiglon in Gcschicat» ui d Gcgcnumrt, t. n. Tublnxue. 1910, cul. 593-623 ut 1316-1321. 2* Chrx In catholiques, — 1. Tlièol.>ilirn * ** WmlastlqUi : Saint Tboatau. In IV Sent., oin ce titre : Le tribunal de Jésus-Christ ou le jugamnt d’un ehaicun a Γinstant de son trespas, Rnuon, 1650; >.dnt Alphonse do Liguorl, Dissertations dogmatiques et murales iiir Its fins dernières, I et Vf, dans Œuvres dogmatiques, traduction J. Jacques, Tournai, 1871, t. vin» p. 217-230 et 331-391 ; J.-H. Oswald, Eschatologie, Paderborn, 1868; Bautz, IVrlfgericht und Weltatde, Mayence, 1886. J. Rivière. JUGEMENT TÉMÉRAIRE. — I. Nature. II. Malice. III. Gravite. IV. Causes et remèdes. I. Nature. — Le jugement téméraire consiste à penser mal du prochain sans raison sulllsnnte. D contient une appréciation défavorable et il est gratuit ou presque sans fondement. Ce so »1 lû ses deux caroctères essentiels. On le qualifie de Itinéraire pour signi­ fier qu’il est toujours entaché d'imprudence. Peu Importe qu’en pensant mal d’autrui on ait deviné juste : du moment qu'on a jugé sur de légers indices ou des preuves peu concluantes, on n commis le péché de jugement téméraire. — Avant tout c'est un juge­ ment, ou Pacte de notre esprit qui affirme sans hésiter, avec certltud . Il diffère en cela du soupçon ct du simple doute. 11 convient de sc faire de chacun une Idé· nette. Douter, c’est demeurer en suspens vis-à-vis d’une action du prochain, hésiter à se déclarer en faveur de son innocence. Soupçonner, c’est se sentir Incliné à croire vrai le mal qtl'on pense d’autrui, sans toutefois le tenir pour certain. Juger, c’est prononcer une sentence ferme, indubitable, c’est condamner le prochain parce qu’on l'estime certainement coupable. Le doute est un état suspensif de l’esprit qui n’incline ni dans un sens ni dans l'autre; il est figuré par une balance en équilibre. Le soupçon est la' tendance à croire que probablement le ma! existe : une balance dont le fléau incline légèrement d'un côté le représente. Le jugement est un acte déOnitif de notre intelligence: c’est le poids qui emporte lo plateau de la balance. II. Malice. — Juger témérairement c’est assiXioU\eiit juger sans autorité et toujours sans la sulcnce nécessaire, deux défauts qui empêchent qu’un juge­ ment soit juste, ct que l'Évangile a sévèrement réprou­ vés par cotte parole : « Ne jugez pttst ». Mal th., vu, 1. A cette défense l'apôtre saint Paul fait écho comme il suit : Qui êtes-vous pour oser juger te serviteur d'au· (rui? qu *il se tienne debout ou qu’il tombe, cela regarde non maître, Hom., xiv, 4. A> jugez /x>k avant le temps, dit-il encore ailleurs, mais suspendez votre juge­ ment jusqu’à ce que tuenne le Seigneur, pour éclairer les ténèbres et manifester tes secrètes pensées des cernes, I Cor., iv, 5. Lv jugement téméraire est d'abord offen­ sant pour Dieu dont il usurpe un droll essentiel,inalié­ nable, celui de Juger les intent Ion *. Le cœur humain est un sanctuaire réservé où d n'DpparUent qu’à Dit u de pénétrer en maître. Seul, le souverain Juge a kt science qu’tl faut pour en fouiller tous les replis; seul aussi, il a de <>l l’autorité nécessaire pour instruire la cause de ■» viéature. I i I J injurkux pour Dieu, le Jugement téim i. re l ed, en outre, pour l’homme qui en est l’objet. D lui ravit notre estime et lui fait encourirnoirc mépris pcrumn«4. Or le pro· hnin a droit a notre estime comme nous avons droit u U sienne : l‘e lime ml un bleu appré­ ciable dont U est juae de le dépouiller, tant qu’lire w’en r* t pas rendu posit Ivcnu ni Indigne. Au surnhw le jugement tvméndrr consommé dans le ù 11 prend nuksanuj, tend à s'extérioriser, h prupngér sa 1829 JUGEMENT TÉMÉRAIRE malice nu dehors. C’est en notre eaprlt une brèche A la réputation d’autrui· c'e4 l’ébauche d’une médi­ sance ou d’une calomnie silenrieu «ament élaborée. Que manque-t-il à l’acte pour qu’il sc transforme en une injuste délniutbm? Une parole, un signe, parfois même un silence calculé? La charité en même temps que la justice» subit une atteinte; car le défaut d’estime ou mépris s'accom­ pagne presque toujour-» d’aversion cl de haine. Bien, par conséquent, dont la charité se defende autant que du jugement téméraire. Elle ne pense point te mal, nous dil saint Paul. 1 Cor.» xm, 5. C’est le goût et le besoin de la charité de ne pas regarder en autrui, ce qu'on voudrait n'y voir jamais, de supposer aux autres les qualités ct le mérite qui honorent, de parler et même de penser d'eux en ce sens. S’ils ne sont pas bons, vertueux ou saints, ils peuvent retourner leur vie, et nous précéder dans le royaume des deux. Ainsi raisonne la charité; ct s’ubstrn mt de toute apprécia­ tion défavorable, die est d’accord assez souvent avec la vérité et le bon sens. Cependant le jugement téméraire, considéré dans sa malice spécifique, est un péché contre la ju.licc. C’est la violation d'un droit du prochain, celui de n’être point méprisé on jugé mauvais sans rai-on. Ce pro­ chain pourrait-il demeurer indilfércnt à l’idve que nous le mésestimons ou le condamnons dan » notre for inté­ rieur? Saint Thomas observe, il est vrai, que le juge­ ment téméraire n’est directement une injustice, que s’il s'extériorise dans un acte, puisque le juste et l'injuste oui pour objet propre d< > op< rations externes. Le Jugement simplement intérieur n’est qualifié d’injusllcc que par comparaison avec le jugement exté­ rieurement signifié. Sum. theol., H% II·, q. ex, a. 3, ad 3ya. Los auteurs notent, en outre, que tous les jugements défavorables sont des péchés de même espèce morale; car c’est un même refus injuste de l’estime qu’on re­ trouve en chacun. D’où il n’est pas nécessaire de décla­ rer en confession en quelle matière on a jugé témérai­ rement. III. Gravité. — Le Jugement téméraire est un péché grave île sa nature, rx genere suo. Les paroles sévères ct pleines de menaces de l’évangile le font assez entendre. « Ne jugez pas et vous ne serez pas Jugés; ne condamnez pa et vous ne serez pas condam­ nés. » Luc., s i, 37. Car vous serez jugés selon que vous aurez Jugé. > Matth., vu. 2. Au reste, il y a dans le Lut de Juger quelqu’un défavorablement sur de légers indice., un déni de justice à son endroit, un mépris formel de sa personne. On objecte sans doute contre la gravité de la faute quo par le jugement téméraire le prochain n’est pus diffamé, smon près <1 un seul, qu'en le Jugeant on garde par devers sol le mal qu'on on pen»e. Il importa peu, du moment que < v péché est un Cas non précisément de detraction, mai·» de nn.scs· lime. Le Jugement téméraire, A n’en pas douter, est grave lorsqu’il réunit toutes les conditions suivantes. Celle-ci d'abord. d’être un jugement véritable, autrement dil, un assentiment terme de l’esprit et non un soupçon, un dim v ou même une simple pen ce dc»avantagcu»e. il faut, en second lieu, que la matière en soit grave ou de nature à purler une atteinte considérable A Fee­ time due au prochain; il faut de même qu’il vise une personne déterminée cl connue. Le péché ne serait que véniel si la matière était légère, ou que la personne dont on pense mal. fût indéterminée entre plusieurs uu une inconnue rencontrée pur hasard. Le jugement doit enfin être notablement l< inéxmrc. Il est tel insure ment lorsque celui qui Juge s’aperçoit» nu moins confument, cl de la gravite du mal qu’il pense et <’· · la futilité des raisons qui déterminent son appréciation. 1830 S’il arrivait donc qu'on eût de sérieuses raisons de Juger, ou que la disproportion entre le ferme assenti­ ment de l’esprit et ses motifs ne fût pas tellement grande, on ne commettrait pas de faute ou le péché ne serait tout au plus que léger. Quant au soupçon ct au doute téméraires, ils ne sont de leur nature que péchés véniels; car Ils ne font l'un et l’autre que diminuer ou rendre moins certain Je droit du prochain A notre estime. Cependant ils pour­ raient devenir fautes graves, s’ils procédaient de la haine ou qu'on les entretint par malice. Il y aurait encore péché mortel A s'y arrêter de propos délibéré, si le soupçon et le doute avaient pour objet quelque crime enorme dont on suspecterait une personne très respectable, de haute piété. Excusables assurément ou même sans aucune faute, sont les pensée * * désavantageuse qui hantent parfois l’imaginaiion, fatiguent l'esprit et dont se tourmentent beaucoup de bonnes âmes, quoique leur volonté n’y ail point consenti ou n’y ail consenti que d’une maniéré imparfaite. On doit présumer que les jugements, soup­ çons ou doutes téméraires dans les personnes d’une conscience timorée et qui en ont une vive aversion, ne sont point volontaires ou qu’ils ne le sont pas suffisam­ ment pour être mortels. Êlrc attentif A se préserver de tout Jugement ou soupçon téméraire, ce n'est point pour autant perdre le souci de soi-même et de ses intérêts. Il est permis, par exemple, il est sage même de fermer sa porte, de placer sa bourse hors de la portée de toutes les mains, de ne point s’ouvrir indifféremment à tout le monde. Ce sont là des mesures de vulgaire prudence; la néces­ sité où nous sommes de mettre notre personne et nos biens en sûreté les dicte, ct non une mésestime quel­ conque du prochain. Si la conscience nous défend de juger mauvais celui-ci sans preuves certaines, nous ne sommes pas obligés cependant de le regarder positive­ ment comme un homme probe. La réserve dam» les appréciations dont nous faisons preuve, est chose négative, ct il nous faut une garantie positive pour nous protéger efficacement nous et nos intérêts. Donc il est permis de se précautionner vis-à-vis d'inconnus, d’étrangers; de même les supérieurs, les maîtres et le * parents, feront bien de ne pas accorder une confiance aveugle A leurs enfants et inférieurs, mais de veiller sur leur conduite, «tin d’empêcher le mal et de procu­ rer le bien. Cependant dans les mesures que leur com­ mandera la prudence, ils devront en général, tenir secrets ou ne pas communiquer à d’autres sans néces­ site. les motifs qui les font agir. IV. Causes ht H> n&des, — Parmi tes causes des jugements téméraire^, il faut citer en premier lieu la mah/mit! naturelle du cœur humain. Pourquoi diez beaucoup la disposition A appréhender en quelque sorte le prochain de vive force, A le traîner devant le tribunal de leur propre esprit? Pourquoi une inclina­ tion très forte A le condamner avant de l’avoir entendu, sur d’injustes préventions? Pourquoi tant de rigueur cl de sévérité j>our autrui? Parce qu’on porte dans le cœur un fond de malice cachée, inconsciente peut-être. On n’aime pas. Que dls-jo? Au lieu d’un sentiment de bien vclll once» ou n’éprouve que de Γ éloigne ruent et de l’aversion. Sous l’empire de cette funeste disposition la raison fléchit, elle incline vers un jugement défavo­ rable. inique; la sentence qui en procède n’absout jamais, cite condamne toujours. Ou s'il n’exh te aucun motif d’aulipariiie ou de rancune, on Juge mal étant soi-même mauvais. Quelle pente de l'esprit humain à Juger les autres d'après soi! C’est un fait d’expérience cl qui éclaire pleinement cette vérité : plus une jwrsonne est bonne· vertueuse ct moins elle se sent porlrc AJu «ei témérairement; au contraire, plus un homme est viuiux, cl plus il Juge les autres avec une perverse t 1831 JUGEMENT TÉMÉRAIRE — JUGES (LIVRE LES) rigueur. L'amour-propre, un secret orgueil l'empêche ; de croire les autres meilleurs que lui-même; il pense se ; relever â mesure qu’il s'imagine découvrir en eux plus | de faiblesses. lui malignité du cœur avec toutes les | petites passions qui lui font ordinairement cortège, j sont le verre noirci qui change la couleur des objets, | le crêpe funèbre qui, enveloppant en quelque sorte j l’esprit et la conscience, leur présente les personnes | et les choses sous le jour le plus sombre. Qu'il est aisé I de se tromper, de verser dans l’injustice, lorsqu'on suit de tels guides! Une autre cause des jugements téméraires est la précipitation d’un esprit léger, vaniteux. On ne prend , pas la peine de réfléchir; on s'attribue volontiers de la perspicacité et du jugement; on se croit sagace et, fort de ce brevet d'habileté qu’on sc décerne ù soi-même, on estime pouvoir lire sans effort et sans erreur dans la conduite et les intentions d'autrui. A la simple vue, au premier aspect d'une personne on prétend la juger et décider de scs qualités morales. L’extérieur, la physio­ nomie, les manières, l'attitude, le langage, quelques Iras ers d'esprit ou de caractère, c'en est assez pour prononcer une sentence sans appel. Les personnes qui jugent de manière aussi précipitée appartiennent à la catégorie de gens dont parle saint Thomas : ayant une grande puissance d'imagination, Ils manquent totale­ ment de Jugement et de bon sens. Quad videtur pro­ venire ex dispositione imagination: virtutis, quæ de facili potest lormare diversa phantasmata; et tamen hujus modi quandoque non sunt boni judicii; quod est propter delectum intellectus, qui maxime contingit ex mata dis­ positione communis sensus non bene judicantis. Sum. theol., 11% II·, q. li, a. 3. Enfin une longue expérience est une source parfois de Jugements ou de soupçons téméraires. SalntThomas nous l’explique. Les vieillards sont soupçonneux au plus haut point et parce qu’ils ont beaucoup observé les défauts des autres et parce qu'ils en ont maintes , fois pâti : Senes sunt maxime suspiciosi quia multoties experti sunt aliorum delectus. Chez eux pourtant le soupçon tient moins du vice et paraît davantage excu­ sable; c'est plutôt de la défiance, une crainte qu’on les trompe, un besoin de certitude qu'a créé l'expérience. Tertio modo suspicio provenit ex longa experientia... tertia vero causa diminuit rationem suspicionis, in quan­ tum experientia ad certitudinem proficit, quæ est contra i rationem suspicionis. Ibid., 11% II·, q, lx, n. 3. L’n remède d’abord qui contribue A guérir de l'ha­ bitude de Juger témérairement consiste A se montrer sobre de Jugements sur le prochain. C'est vulgaire sagesse autant que Justice et charité chrétiennes. La valeur morale des actions dépend en grande partie des motifs qui inspirent celles-ci. Or ces motifs d'ordi­ naire secrets cl pour des raisons de discrétion et de haute prudence devant parfois rester A jamais tels, qui prut se flatter de les pénétrer à fond, avec une absolue certitude? Nous sommes à nous-mêmes une énigme souvent insoluble et nous voudrions percer les autres à Jour? Nous vivons dans un perpétuel contact avec notre conscience, nous sommes les témoins Intimes des sentiments qui remuent au fond de notre cœur, et cependant que de mouvements cachés nous échappent? Combien de motifs secrets, obscurs restent ensevelis dans le mystère? Comment prétendre dès lors Juger en connaissance de cautc la conduite de nos semblables? A côté d'actions manifestement répréhensibles, sans excuse, combien d'autres ne présentent pas ce carac­ tère de malice, que l'ignorance ou l'intention excusent, Justifient? Combien humI n'ont du mal que l'appa­ rence? Combien enfin n'existent même pas, ont été inventées de toutes pièces, puis colportées, fausse­ ment accréditées? Juger est chose délicate et dange­ reuse. Ctlul-lÀ est prudent et sage. Juste autant que 1832 charitable qui s'abstient; plus encore qui sait cnvls·· ger les actions d'autrui du meilleur côté, les Interpr le de la manière la plu· favorable, fermer les yeux sur let défauts du prochain et ne les ouvrir que iur ses qua. lites. Quand rien ne fait un devoir du contraire, c'e»t s’épargner à sot-même bien des inquiétudes et dej fautes. Le pieux auteur de ΓImitation suggère une recette non moins salutaire : Ne croyez pas à toute parole, malt pesez longuement toute chose... 1/homme parfait ne cnit pas facilement à tout homme qui parle, car il sait corn bien ta nature humaine est portée au mal et peu dlscril'. en paroles, /mil., I. I, c. iv. La leçon revient à cett autre formule : Soyez lents A croire, et plus lents 4 juger. Au fond de certains bruits répandus, qui s'accré­ ditent et vont grossissant A proportion qu'ils s’éloi­ gnent de leur point de départ, que trouve-t-on h plupart du temps? Rien que l’impardonnable jeu d'un esprit léger, ou la malveillance d’une méchante langue. Les cercles formés sur l'eau et qui vont aussi s'élar­ gissant toujours, finissent par se briser et mourir contre quelque rocher ferme et droit; nous pouvons chacun, par notre lenteur à croire et A juger, c’est-àdire par la dureté de nos oreilles et la solide droiture de notre conscience, être le rocher où viennent expirer les discours malveillants et les appréciations défa­ vorables. < Comment, s'écriait Jésus, vous voyez une paille dans l’œil de votre frère, et vous ne voyez pas une poutre dans le vôtre! Commencez par retrancher la poutre de vos défauts, et vous verrez ensuite A arra­ cher les pailles de votre prochain. » Un troisième remède contre l’habitude du jugement téméraire consiste, en effet, à rentrer en soi-même, à examiner et A purifier sa conscience. Les petites passions qui s’agitent dans le cœur de l'homme sont la poussière qui obscurcit l’œil de son esprit et change la face des objets. A ceux qui jugent volontiers, A tout propos, on pourrait dire, imitant le langage du divin Maître : Supprimez de votre Ame les motifs secrets, inavoués qui inspirent vos appréciations, que vous colorez de beaux prétexte-» et par lesquels vous cherchez A vous aveugler, nettoyez vos fenêtres, el vous serez admis à dire ce que vou> voyez dans vos frères : vous ne croirez plus à leurs défauts du moment que vous ne les aurez plus vousmêmes. Saint Thomas, Sum ma theologica, Π%Π·, q. lx, a. 3-4; Saint Alphonse do Ltguorl, Theologia morulis, 1. Ill, η. 962065; Gousset, Théologie morale, Paris, 1815, L l, n. 10661068; CL Marc, Institutiones morales alphonslantr, Home, 1885, t. î, n. 1191-119-1; Gury-Ballerinl, Compendium theologiae moralis, Home, 1887, t. i, n. 465-167; Lehtnkuhl, Theologia moralis, Eribourg-en-Brûgau, 1890, t· I, u. 1185· 1186; Noldin, Summa theologiir moralis, t. il. De prcccepiis, n. 658-661; Sebasthinl, Summarium theologia: moralis, Turin, 1918, η. 313. D'uno manière générale, los sermonnuircs et les moralistes. A. Thouvenin. JUGES (Livre de·). — Sous cette rubrique nous n'étudierons pas seulement le livre de l’Anricr Testament qui porte ce nom, mais encore la poitlon de l’histoire d’Israël comprise entre l'installation en Chanaan et l'établissement de la royauté. Cette « période des Juges » est d'une très grande importance pour la vie religieuse d’Israël. On trouvera donc ici une des tranches de {'Histoire de la religion juive. I. Sources de l’histoire des Juges. — II. Le milieu (col. 1835). —’III. Histoire des Juges (col. 1838). — IV. Ln religion A l'époque des Juges (col. 1851), I. Les sovoces de l’IHstoihb des Juges. _ 1® Quelque» documents profanes, Inscriptions et basI reliefs de Ramsès III, Inscription de Téglath-Phalasar 1·% récit de voyage sur les côtes de Syrie de I l’Égyptien Wcnamon, sont à utiliser pour la conn is- 1833 JUGES (LIVRE DES), SOURCES DE L’HISTOIRE DES JUGES nonce du milieu Israélite de lu période des Juge»., mais Ils ne mentionnent point Israël. Celui-ci l'est seulement sur la stèle de Mincphtah, le pharaon de l’exode d'après l’une de * deux hypothèses relatives à cet événement. On est donc réduit aux documents sacrés; Ils sont contenus dans le livre des Juges et dans 1 Sam., i-vm. Aux ren < ignemvnts fournis sur ces écrits par le Dlctionnciire de la J$ibtc9 t. ni, col. 1846-1859 cl t. v, col. 1129-11 15, il suffira d'ajouter quelques remarques. 2° On peut considérer comme acquis que Jud. et I Sam., ι-vm, ont été composés à l'aide de documents anciens plus ou moins intégralement reproduits par le rédacteur inspiré. Ce caractère de compilation litté­ raire était Imposé par le sujet : les faits rapportés pour la période des Juges s'espacent sur un siècle au moins cl peut-être sur trois; le rédacteur de nos livres n'avait pu être témoin de tous et, comme les différences de style ne permettent pas de penser qu’ù lui seul il aurait toujours rédigé son récit d’après des souvenirs oraux, il a dû utiliser des récits composés antérieure­ ment ύ lui et plus voisins des événements qu’il ne pouvait l'être lui-même. Mais autant ce fait parait certain, autant n'arrivet-on qu’à de simples probabilités lorsqu’il s'agit de déterminer les étapes du travail rédactionnel, d’une part, et, d'autre part, le caractère et l'origine des documents anciens mis en œuvre. Sur ces deux points, les travaux critiques n'ont pas dépassé l'étape des tâtonnements et des approximations. Celte Incertitude dérive en grande partie de ce que l’on ne possède pour cette période, réserve faite pour le cantique de Débora qui est contemporain de la bataille qu'il chante, aucun document daté. 3° En ce qui concerne le travail rédactionnel qui a mis en œuvre ces documents antérieurs, quelques constatations semblent montrer qu’il ne fut pas exécuté en une seule fols, mais bien à deux reprises différentes. En premier Heu. en effet, les formules chronologiques ducs Λ la rédaction (en voir le tableau dan·! !.. Desnoyers, La période des Juges, Paris, 1922, p. 382) ne sont pas les mêmes d’un bout à l’autre du récit, mais sc répartissent en deux groupes : dans Jud., m, 8-vin, 28, les dates sc trouvent de préférence employées avec les expressions « Benè-Israél », · le pays fut en repos », et le terme · Juge » n’est usité ni pour Aod, ni pour Débora, ni pour Gédéon. A partir de Jud., x, 2, jusqu’à I Sam., vm, 1. le terme • Juge » revient avec une régularité parfaite et toujours avec · Israël » pour complément. — En second Heu, on relève des traces d'additions qui semblent témoi­ gner «pie le livre des Juges n’atteignit pas du premier coup sa forme définitive : les deux appendices, Jud., xviî-xxi, ne sont pas liés avec le corps du livre; Jud., xv sc terminant par la formule ordinaire des conclu­ ions, le c. xvi, qui sc réfère aussi à Samson et se termine par une nouvelle formule de conclusion, parait une addition; ix, qui raconte l’histoire d'Abiméléch, vient de mémo après la conclusion de l’histoire de Gédéon; x 6-xii, 6, qui raconte l’histoire de Jephté a été intercale dans la liste des Petits Juges, dont Jephté faisait primitivement partie. — En troisième Heu, enfin, bien que cette constatation soit plus délicate et plus incertaine, on pourrait sans doute retrouver dims l'introduction générale au Livre des Juges, n, 14-19, une retouche rédactionnelle due à l’auteur du discours de Samuel dans I Sam., xn cl de l’introduction parti­ culière à Jephté el Samson dans Jud., x, 1-16. De ces constatations, les unes toutes matérielles, les autres plus hypothétiques, on pourrait tirer la conclusion que notre LIvtc des Juges, auquel, jx?utêlre, des fragments conservés dans I Sam., i-vni, étalent primitivement liés, n’atlcignit Λ peu près sa 1834 (orme actuelle qu’en deux étapes. Il y aurait eu d’abord un Livre Israélite des Libérateurs du nord, qu'un rédacteur Judéen aurait repris cl complété à l'aide de documents du sud. Ce rédacteur pourrait avoir écrit dès le ix· siècle finissant, puisque les documents utilisés par lui semblent être antérieurs à cette date. Mais si son ouvrage constitue réellement une fusion d’un écrit Israélite avec des documents judéens, peut-être vaudrait-il mieux penser qu’il écrivit tous le règne d'Ézéchias, car celte époque fut marquée par une certaine activité littéraire (cf. Proverbes, xxv, i; récits en prose d’Isaïe, xxxvi-xxxix), activité que favori­ saient sans doute la venue des prêtres et prophètes du Nord échappés à la mort et à la déportation, et sûrement l’application des Judéens à recueillir, avec le nom d'Israël, les traditions, souvenirs et écrits des Israélites en grande partie désorientés el dispersés. Le Livre des Juges composé par ce rédacteur aurait été identique à peu de choses près au Livre que nous possédons. 4e En ce qui concerne les documents anciens que mit en œuvre la rédaction, la plupart des critiques modernes se sont appliqués à relever ce qu'ils esti­ maient être traces ne double récit, puis, leurs résultats leur ayant paru suffisamment solides, Λ établir l’exis­ tence d’une double strie de récits relatifs aux mêmes faits et aux mêmes personnages, enfin, à rattacher ces deux histoires parallèles aux documents J et E du Pcnlateuque. A vrai dire, la dualité de documents ne paraît évidente que pour l'histoire de Gédéon-Yeroubbaal et probable que pour le deuxième appendice de Jud., xx, XXT. Dans les autres cas, il semble qu’on a analysé les textes avec la préoccupation antécédente d’expliquer toujours par un doublet les heurts de la rédaction actuelle. D’autre part, en rattachant les récits anciens aux histoires hypothétiques J et E, les partisans de cette conjecture se sont arrêtés Λ michemin de leurs recherches critiques. J et E, en effet, quand ils auraient été définitivement constitués, au τχ· ou au vïiî· siècle avant Jésus-Christ, n’auraient été, en fait, que des compilations; aussi, pour être complet, le travail critique devrait-il rechercher, dans la inclure du possible, les périodes et les milieux où auraient été rédigés les documents recueillis plus tard dans les compilations J et E. Ce n’est pas ici le lieu d'instituer celle enquête. Disons seulement qu’on pourrait repartir ccs récits entre les milieux lé vi tiques, prophétiques et laïques, et qu’il y a loul lieu de penser que la plupart des récits anciens auraient été rédigés d’asscx bonne heure, au plus tard sans doute dans le premier deml-siè< le qui suivit le schisme des dix tribus (vers 933) : à dater d’Achab, roi d'Israèl, et de Josaphat, roi de Juda, la littérature historique accuse une nuance prophétique sensible; or celte nuance est, pour bien dire, absente des récits des Juges; elle n’apparalt guère que dans I Sam., !-iu. La compo­ sition de quelques-uns des récits sous Salomon et David, ou même au cours de la période des Juges, demeure probable. 5) Lu valeur historique des récits ne dérive pas seule­ ment de leur ancienneté; elle découle aussi du fait que plusieurs d’entre eux reproduisent simplement des souvenirs locaux qui se rattachaient à un tombeau, à un autel, à une fêle religieuse ou à une dénomination topographique. Quant à la chronologie de la période des Juges, elle ne saurait être fixée tant que l’on ne connaîtra pas avec certitude la date de l’exode. L’institution des Juges cesse avec l'apparition d’une royauté durable en Lrncl, vers i010 avant Jésus Christ. Si l’on place l’exode sous le pharaon Mincphtah, vers 1225. la 1835 JUGES (LIVRE DES), LE MILIEU 1836 période des Juges n'aurnlt guère duré plus d’un siècle; quel point la Terre promise, enfin passée dans les si on place l’exode à l’époque de la correspondance mains des Hébreux, restait, malgré les hécatombes de d’El-Amama, elle aurait duré environ trois siècles. la conquête, une terre profondément cananéenne. Sur cette question encore pendante, disons seulement Les dcu.x peuples vécurent plusieurs siècles côte à que les données chronologiques du Livre des Juges côte, partageant les mêmes occupations, pliant sous appuient l’hypothèse de la durée la plus longue. les mêmes fléaux, se grisant des mêmes espoirs maté­ IL Le milieu. — 1· Le milieu ethnique, — Les Hé­ riels et ne répugnant pas A mêler leur sang. Les consé­ breux de la période des Juges se trouvaient mêlés quences de cette fusion intime et prolongée furent peutA une population Indigène, que les massacres de la être avantageuses pour le développement matériel d’Isconquête avalent décimée mais non pas exterminée. raél; elles furent désastreuses pour sa religion. Selon A l’est du Jourdain, leurs possessions formaient des l'image de l’Écriture, Is., v, 1, 2; Jercm., n, 21; Ps., enclaves dans les territoires des Moabites el des lxxix. 9-17, celte belle vigne d'Israël aux longs ra­ Benè imôn ou bien ils occupaient des territoires meaux feuillus, au cep généreux, aux racines avides amormeens et geshourites. A l’ouest du Jourdain, les puisant leur suc en tous sens, cette vigne luxuriante indigènes se réparlissoicnt en de nombreux clans : que Jahvé venait de planter avec amour dans son Amorrhéens, Cananéens, Hittites, Perizzites ,1 liwwites, propre domaine, ne pouvait tirer de cette terre Glrgashitcs, Qcdémltes, Rephafm, Jébusécns. De imparfaitement préparée par ceux qui en avalent ces indigènes» les uns, réduits à l’état de serfs ou reçu la mission qu’une sève chargée de beaucoup d'esclaves, vivaient dans la maison de leur maître d’impuretés. Il n’cst pas surprenant que nous devions Israélite pour lequel Us travaillaient; d’autres, la voir parfois languir, donner du verjus au lieu de considérés comme gér ou étrangers domiciliés, rési- raisin », se faner et s'étioler tellement qu’on la croirait daient â ses côtés et profitaient de sa protection; près de périr. L'étonnant, c’est qu’Israël, quelle d’autres enfin possédaient des quartiers dans les symbolise, ait pu survivre malgré tou * ces contacts agglomérations peuplées d’Hébrcux, des champs au pernicieux, surmonter la contagion qui le pénétrait milieu des terres Israélites et même, en plus d’un de partout, s'assimiler largement tous les éléments endroit, des villes et des villages soit autonomes, soit qui ne contrariaient pas sa nature, et, même en partie tributaires, où ils continuaient à vivre comme leurs souillé des résidus impurs qui s'atlâchaient à lui, pères y vivaient avant la conquête. Ces diverses pos­ finir par rester vivace, fécond et riche en fruits do sessions restèrent pour une grande part entre leurs choix. 2® Le milieu social, — Établies à demeure dans le mains pendant toute la période des Juges et même Jusqu’au temps de David et de Salomon. Toutefois, pays de Canaan, qui était principalement un pays de grâce aux deux grandes victoires remportées par Josue, culture, mêlée * partout par le simple voisinage et en les Cananéens avalent perdu presque toute cohé­ maints endroits par des mariages à une population sion. Jamais Ils n’avaient formé une nation unique; adonnée depuis longtemps au travail de la terre, les maintenant émiettés et fort inégalement distribués tribus hébraïques devaient fatalement délaisser la grande vie pastorale pour s’appliquer ù l’agriculture. sur le territoire dont les conquérants s’étaient emparés, ils étaient moins que Jamais capables de se réunir C'est pendant la période des Juges d’Israël que s’opéra tous pour refouler ou écraser leurs adversaires. Mais cette transformation grave et profonde. Il y fallut un ils étaient encore riches, puissants, bien armés dans temps notable, peut-être le temps de plusieurs géné­ les villes et partout se montraient disposés â défendre rations, car les l Icbreux, arrivés dans le pay’s en migra­ ce qui leur restait de biens et de liberté. teurs et en conquérants, n'avaient, pour la plupart 1-a densité et la puissance de cette population ni le goût ni la pratique de ce genre de travaux. Sans cananéenne variaient beaucoup avec les diverses doute, dans le Xcgcb au temps des patriarches, dims régions. la terre de Gessen pendant le séjour en Egypte et à Deux d’entre elles étaient encore solidement occu­ l’oaris de Cudès pendant le séjour au désert * des pées par les anciens habitants : la plaine de Jézracl ou Hébreux s’étalent adonnés à l’agriculture. Mais ceux d’Esdrclon et les hauteurs avoisinantes au nord et au qui arrivèrent en Can cm représentaient la génération sud. puis la région montagneuse, de Gézer à Jérusalem. nu· dan In presqu'île du Sinai où ils avaient dû vivre, Les places fortes non soumises formaient en ces deux pour une part notable, de la vie des nomades. De points une double barrière qui coupait en truis les plus Canaan avait scs productions particulières. Aussi (Kisse^sions hébraïques et qui retardera notablement n’est-il guère douteux que les nouveaux possesseurs I union des tribus en un corps de nation. de la Terre promise durent apprendre, sur les procédés Au sud de Juda, les tribus de Caleb, Qcnaz, Qaln agricoles, beaucoup de chose * auprès «les Cananéens. el Ycrahmcêl, qui semblent avoir été d’origine D'autre pari, ceux-ci avaient réussi à sc réserver presque tout le commerce intérieur; c’était à ce point édorullc, occupaient une bonne partie des Négcbs, y compris la ville d'Hébron. Mais elles étaient unies i que « Cananéen » deviendra synonyme de «marchand >; j Juda et se fondront définitivement avec lui au temps lb avaient conservé 1rs meilleures villes des plaines, où passaient les grande * roules, et en faisaient tout de David. autant d’entrepôt * défendus par de solides murailles; Au cours du xn· siècle avant Jésus-ChrLt, enfin, les s’ils perdirent cilles de la plaine du littoral, notam­ * Philistin s’établirent dans la plaine côtière, du Curniel ment ce grand marché qu'était Gaza, à l’extrême au *ud de Gaza, avec leurs congénères les Znkkalus, sud de Canaan. ce furent les Philistins et non pas les Cretois et les Ph this. Ils ne tardèrent pas à pénèlier * dan la région montagneuse et, dans les villes des les Hébreux qui les leur enlevèrent. Le commerce international par caravanes était une entreprise dont *. confia sc mêlèrent à la population hébraïque. s’occupaient surtout do étranger * d’origine nomade, Les Hébreux ne vécurent pas â l'écart de ces païens. Des maiiages les unirent ù eux, malgré la piuhibiliun *, Arabe. Isinatillis, Madiamies. Enfin ic Commerce le U Lui, et ils nouèrent des rapports amicaux avec niurntme et la grande pvche étaient accaparés par * i’hcnielciu, ic> Égyptien», le h * Égéens elles Phi * eux pour s'initier a lu civilisation du pays. Les conflits et le * guerre * qui les séparèrent cl les opposèrent par­ I lutins. fois les un * uux autres purent retarder cette fusion; Les Hébreux s’adonnaient donc ù peu près tous à mais lb ne l’arrêtèrent point. la vie agricole; ce n’e*l guère que dans l’extreine sud Celle longue survivance des Cananéens et la date ( judéen, et en quelques ugiuns de la Transiurdanc lacdivr de leur asservissement définitif montrent iI 1 que quelques-un> d'entre eux menaient encore la vn, 1837 JUGES (LIVRE DES), HISTOIRE DES JUGES pastorale. Ce changement social entraîna des consé­ quences iniporiantes. La vie sédentaire diminua la signifient Ion des tribus obln'ûcs de se dhloquer pour vivre dans les villes et les villages; leur population se mêla un peu plus qu’au deirr1 ; leui . cheikliv uu Heu d’être des potentats monarchiques, formèrent des aristocraties municipales; leur intérêts occasionnels les rapprochèr< nt par groupes géographiques et économiques ; tribus guinéennes, iribus de lu Montagne d'Éphraîtn, tribus du pays de Juda, tribus de la Trnnsjordane. Ce n’cst qu'a l’heure de danger- consi­ dérables, nu temps de Debora, pour libérer la plaine de Jézrucl de l’hégémonie cananéenne. nu temps de SnOI cl de David, pour chasser ks Philistins, que les tribus s’unirent toutes ou presque toutes. Mais ces unions ne furent qu'éphémère . * Les trib'L· gardant jalousement leur particularisme les conflits qui les opposaient n’étalent point rares : écrasement de Ben­ jamin h propos do l’outrage fait uu Lévite d’EphraVm, Jud., xix-xxt; intervention d’Ephralm pour Interdire à Ruben d’élever un autel, Jos., xxu, 9-34: nombreux et, en maints endroits, puisant * qui > y trouvaient encore, comme de défendre son territoire contre le» tentatives de pillage ou de conquête \» nue· du dehors. Cotte double tâche était pressente. Dans un tableau synthétique qui tourne sans doute des faits assez nombreux, la Bible nous montre ces ennemis se ruant tour à tour sur les tribus pour leur arracher une partie de leurs conquêtes· ou ravager la terre qu’elles exploitaient : Amorrhécns. Anttnct ns Moabites. Phéniciens, Cnn ns, nomades d’alentour, Bcnè-Aminôn cl enfin Philistins, sc soulèvent ou accourent à la curée. Jud., i. 3-1 ; x. 8-12. Les Isnulitcs, après avoir d’abord plié sans courage, se défendent de leur mieux et souvent très bien; ils s'imposent même d’oublier parfois leurs dissentiments pour s'unir par régions, afin d’écraser les révoltés ou de repousser lès envahisseurs. Mais si, dans Γensemble. Us furent victorieux, lis ne remportèrent point, durant lu période des Juges, une de ces victoires considérables qui mettent fin pour toujours ù une situation incer­ taine. Au lendemain d’un succès obtenu grâce à l’aide de Dieu et û l’union de leurs forces. Us retour­ naient Λ leur isolement ombrageux avec l’espoir de jouir tranquillement de la sécurité reconquise: puis un ennemi nouveau surgissait à un autre point, et il leur fallait recommencer â soulïrir et à sc battre. Celte alternative incessante de paix éphémère cl de luttes trop fréquentes jetait les esprits duns une inquiétude presque habituelle. On était las d’avoir si souvent à quitter lu charrue pour empoigner le 1839 JUGES (LIVRE DES), HISTOIRE DES JUGES glaive, on ne goûtait presque jamais la douceur si enviée de festoyer sans souci à l'ombre des arbres du verger; on ne savait pas d’avance quel malheur im­ prévu allait survenir, mais on éprouvait comme une certitude angoissante qu’il en viendrait sûrement un. IJ y eut donc des heures très noires pour les I lébreux pendant ces deux ou trois longs siècles, où ils durent peiner et combattre encore pour s'assurer la possession définiuve ct la paisible jouissance de catte terre que leur» armes leur avalent ouverte. Qued’eflorts. de souf­ frances el de misères, quand ils avalent cru qu’il leur suffirait de sc présenter aux frontières pour que Jahvé leur livrât Canaan soumis d'avance ct pour jamais à scs maîtres prédestinésI La déception était parfois douloureuse, ct la masse du peuple ne se l'expliquait pas. Mais les âmes pli uses, restées fidèles à la religion révélée par Jahvé à Moïse, en indiquaient la raison : Israël abandonnait son Dieu ou joignait â son culte, dans un rapprochement monstrueux, les cultes des Baak, d'Astarté ct d’Ashcrâ. Tous les malheurs qui s’abattaient périodiquement sur les tribus découlaient de cette infidélité religieuse; revenir à Jahvé sans partage était donc la condition unique mais la condition nécessaire de la paix ct de la prospérité. Les Baals répandaient tant de largesses, Astarté ct Ashêrâ attiraient par tant de charmes que, tout d'a­ bord, on n'en croyait guère ces prôneurs importuns. Mais, à la longue, la situation allant s'aggravant ct les tentatives faites pour y remédier restant imman­ quablement stériles, on écoutait d'une oreille moins distraite 1rs objurgations des Jahvclstes et l'écho de plus en plus distinct qu'elles éveillaient dans les âmes. On se rappelait les délivrances passées, qui n'avalent été ducs qu'ù l'assistance d'en haut : l'idée de l'antique alliance entre Jahvé et son peuple reprenait de sa force ; on réclamait du Dieu de la nation l'aide qu'il lui devait dans les dangers cl, pour l'obtenir, on maudi ait k faux dieux et l'on revenait à Jahvé conum au cul Dieu qui comptât. La victoire sur les ennemis suivait celte conversion dont elle était la récompense. A la télé de ces soulèvements religieux et nationaux dont le souvenir nous est parvenu dans le Livre des Juges sc trouvait toujours un inspiré, jahvéiste fidèle que révoltait l'égarement de ses frères ct patriote exalté qui soutirait de l'abaissement de ion pays. Homme ou femme, chef de clan obéi ou banni méprisé, particulier sans renom ou héros adoré du vu’gairc, il était suscité par Jahvé d’une façon sou­ daine cl donnait tout d’un coup comme un point d’appui matériel aux aspirations jusque-là vagues et * timide de la foule qui tardait à se décider. Tantôt, il se révélait par une action d’éclat, tel le meurtre audacieux d'un ennemi; tantôt, ll s'imposait comme un chef qui redonnait du cœur aux plus lâches; tantôt enfin, il relevait l’espoir languissant par on ne sait quel rayonnement du divin qui l’animait. Pres­ que tou * ressemblèrent à des chefs militaires qui entraînaient subitement à leur suite les combattants d’une ou de plusieurs tribus; quelques-uns toutefois se bornèrent à des prouesses individuelles. Leur œuvre accomplie, lis quittaient, en général, cette sorte de dictature qu’ils avaient exercée par Inspira­ tion divine ct du consentement de tous. Mais ils gardaient, par suite de leur mission et en raison de leur succès, un prestige considérable. A une époque sans doute avancée de cette période, plusieurs acquirent mênit une autorité très voisine du pouvoir royal héréditaire (Gédéon, Samuel, peut-être Jcphté). Ceux d’entre eux dont les Livres saints nous ont gardé le souvenir nous sont connus d'une manière très inégale, des uns nous savons les exploits; des autres nou * ue connaissons guère que le nom. Tous 1840 portent dans Γ his to Ire le nom de sd/é/, qui rappelle celui des « suflèles ■ de Cari liage ct que l’on traduit par ■ Juge ». Celte traduction usuelle pourrait, si l'on n’y prenait garde, donner une idée peu exacte de leur véritable caractère. Qu'ils aient pu rendre la justice, comme l'indique le sens que nous donnons à cc ternir de « Juge », cela ne parait pas douteux; le rôle d’ar­ bitre est souvent joué en Orient par celui que de» qualités éminentes : sainteté, bravoure, finesse, con­ naissance des usages traditionnels, désignent au choix des plaideurs. Mais celte magistrature, quand les Juges l'exercèrent, n'était en réalité qu'une consé­ quence secondaire de leurs hauts faits. Leur nom de sô/éf indique avant tout qu’ils furent de ces hommes qui prennent en main et qui font triompher la cause de la justice, el, dims leur cas, cette cause était d'assurer l’écrasement des oppresseurs d'Israël et la libération de ce peuple. L'idée essentielle du litre de « Juge », qui semble leur avoir été spécialement approprié par l'un des rédacteurs sacrés, apparaît avec plus de netteté pour nous dans l’appellation de < sauveur », qui se trouve dans les textes anciens. Ainsi les « Juges ■ furent des « Libérateurs » ou, mieux encore peut-être, des « Dictateurs ». On les volt apparaître tantôt dans une tribu, tantôt dans une autre, un peu au gré des besoins. SI leur action pouvait intéresser par contre-coup l’ensemble du peuple, elle avait surtout pour résultat principal d'en tirer une portion plus ou moins notable du danger localisé qui la pressait. Aussi n’y eut-il jamais de gouvernement des Juges sur tout Israël; ils ne se succédèrent pas comme des rois dont chacun aurait choisi une résidence nouvelle; s'ils se ressemblent et s'ils ont tardivement reçu le même litre, c’est parce que le malheur des temps nécessitait trop souvent l'apparition d'un sauveur. Bien que devenues séden­ taires, les tribus vécurent alors beaucoup de leur vie individuelle; elles ne formaient ni un royaume même embryonnaire, ni une féodalité confédérative. La grande unité que Moïse avait rêvée et réalisée en partie avait à peu près disparu; elle ne subsistait guère que dans la religion ct dans les souvenirs du passé; mais peu à peu elle tendit alors à renaître plus étroite que jamais sous l’infiucncc de dangers plus considérables ct d’aspirations de plus en plus nettes vers la royauté. Le mérite deâjjugcs n'est pas de l’avoir établie; leur temps ne le permettait pas encore; mais du moins, si quelques-uns l'ébauchèrent dans un ter­ ritoire restreint ct pour une courte durée, tous travail­ lèrent à la préparer de loin en empêchant la disparition de leur tribu ct en y ravivant, par la restauration de l'indépendance locale, le sentiment de l’appartenance à une même nation cl à un même Dieu. 2° Les différents Juges. — 1. Othniel, fils de Qenaz Jud., m, 7-11, est le seul Juge de Juda qui nous soit connu. Il battit un certain Coushân-Rishâlaïm, roi araméen de l'Aram des deux fleuves (Euphrate et Chaboras). 2. Aod, fils de Gêrâ, Jud., tri, 12-30, délivra les plaines de Jéricho ct les *première , pentes orientales de la montagne d’Éphraîm qu'opprimaient les Moabites qui s'y étaient établis et en exigeaient des redevances périodiques. II poignarda leur roi Eglon, souleva scs compatriotes cl, ayant occupé *le gués du Jourdain, massacra de nombreux ennemis. Benjamin ne fut pas seul à profiler de cc massacre ; Israel tout entier, (devait en tirer parti. La possession des gués, que gardaient Galgala ct Jéricho, assurait aux Hébreux la haute main sur l'un des plus Importants passages qui mettaient en communication les pays de l’est et ceux de l'ouest du Jourdain. Les plaines de Jéricho nettoyées. Ils n'avaient qu'à faire bonne garde aux gués pour empêcher une invasion nouvelle venue de 1841 JUGES (LIVRE DES), HISTOIRE DES JUGES 1842 des plus beaux monuments de la littérature lyrique l’est; ct si, du côté de l'ouest, un ennemi devenait des Hébreux. Les derniers vers comme les premiers de trop pressant. Ifs pouvaient passer le fleuve et cher­ cctle ode guerrière sont A la gloire de Jahvé. C’est que cher un refuge momentané dans les montagnes du Jahvé nnellvmcnt malmené par coloniser les territoires conquis. Bien n’en prouve les Cananéens qui l’avaient arrête quelque temps; il mieux la survivance que l'action de Debora : cumme avait soullerl; il ne possédait pus la foi de Debora : il ne se décida a accepter cctle mission que si la proprophétesse, elle réglait les différends né» au sein de plusieurs tribus; comme Juge, elle ri ussit â soulever phélesse s’engageait a se tenir a ses côtes pour lui tout le nord du pays. Le cantique, qui n’a pas assez faire connaître le jour où l’ange de Juhve donnerait la victoire; car, en ces temps anciens,on ne livrait pas d'éloges pour ceux qui s’étalent dévoués à la cause commune, pas assez de son a>mes pour ceux qui s’en de combat sans avoir pris l’avis de la Divinité « par les sorts, les prophètes ou les songes ». Cette hésita­ étaient désintéressés, supjn>se aussi cc sentiment ancré au fond des cœurs. Le danger el la victoire tion de Baraq, celle condition mise à son acceptation froissèrent la piété de Débora; elle prédit ù cc libé­ ne le manifestèrent pas seulement au grand jour, ils surent le rendre beaucoup plus vif. Les tribus victo­ rateur trop timoré qu’une femme ct non pas lui rieuses comprenaient que, après l’aide de Jahvé, aurait l'honneur de donner la mort au chef des enne­ c'était le fait de s’être coalisées qui leur avait assuré mis. La coalition Israélite réunissait toutes les tribus le succès. Opprimée» tant qu’elles avaient vécu A voisines de la plaine, Nephlali, Zabulon, Ivsachar, l’écart les unes des autres, elles avalent écrasé les Makhir, clan important de Manasse, puis Éphratm Cananéens dès qu’elle» s’étalent unies. Elle» purent ct Benjamin, qui obéissaient à Débora. Celle cl avait bien, passé Je Jour de la victoire, retourner A leur appelé Ruben ct Gulaud, Dan ct Aser; mais ces der­ isolement Jaloux; elles n’en conservaient pas moins niers se désintéressèrent de la cause de leurs frères le souvenir brillant de cc qu'elles avaient pu accomplir, el ne vinrent pas au combat. Quant ù Juda, Simeon serrées ensemble autour de Jahvé invincible, ct si elles et Lévi, ils ne parurent pas non plus : Lévi était trop ne le désiraient pas encore, elles entrevoyaient du dispersé, Juda el Simeon trop éloignes pour que l'on moins le temps où, réunies de nouveau sous le com­ eût songé à demander leur appui, La rencontre cul mandement d'un seul chef, elles pourraient marcher à lieu entre le Thabor cl les places de Megiddo et de nouveaux triomphes. Taanakh. Un orage soudain déchaîné par Jahvé mit Quel fut le lendemain de cette victoire éclatante? le désordre puis la panique dans les rangs cananéens, On ne le sait pas au juste. Toutefois, comme elle qui se débandèrent. Sisara fut tué par une femme devait laisser une trace profonde dan» le souvenir des qénitc, Jaèl, près de qui il s'était réfugié ct qui lui Israélites, on peut bien supposer qu'elle avait mis enfonça à coups de maillet un pieu de lente dans la pour toujours un terme à la sujirémutle des Cananéens tête. Ces faits héroïques el sanglants ont été chantés dans cette région. II dut y avoir encore quelques par Débora en un magnifique poème, qui est l’un DI CT. DB THÉOL. CATTHOL. T. — VIH. — 59. 1843 JUGES (LIVRE DES), HISTOIRE DES JUGES soulèvements partiels; les petits Juges, dont nous ne savons pas quels ennemis ils combattirent, pourraient avoir eu affaire avec des indigènes dans des conflits locaux. Mais les Cananéens ne se soulevèrent plus en masse. Débora, qui venait de renouveler les exploits dc Josué vainqueur des deux ligues cananéennes, était donc plus heureuse que celui-ci; elle avait porté un coup si rude à scs adversaires qu’ils ne s’en relevèrent jamais. Décimés, privés dc chars, il leur fallut céder sous la poussée dc l’inflltration hébraïque, cl, s’ils gardèrent les places fortifiées, la plaine et les céteaux d’alentour s’ouvrirent plus largement aux tenaces envahisseurs. Dans la population mêlée qui sc disputait les avantages dc cette région, les Cananéens, restés citadins et marchands, sc trouvè­ rent partout serrés dc près par les campagnards et les agriculteurs Israélites. 4. Gédéon, fits dc Joas, Jud., vi-ix, eut aussi ù lutter pour la libération dc la plaine dc Jezraël. Les pillards nomades dc la Transjordane, Madlanitcs, Qedémitcs, Amalécites, venaient y razzier les mois­ sons des Hébreux. Ceux-ci n’osaient leur tenir tête. On dirait qu’en devenant hommes des champs, ils avaient perdu leurs qualités d’hommes dc guerre; le cours régulier dc la vie agricole semblait avoir étouffé leur ancienne fougue conquérante, abattu leur courage en présence du danger, et effacé à demi le souvenir des exploits dc leurs premiers Juges. Us n’avaient pas mieux gardé la ferveur religieuse que ccs héros avaient jadis Inspirée à leurs pères. Au fur et à mesure qu'ils s'adonnaient d'une manière plus étendue et avec plus dc goût aux travaux de la campagne, ils résistaient dc moins en moins ferme­ ment à l’attrait des cultes cananéens. Les Baals, les Astartés et les Ashêrâs, dont la terre de Canaan avait été pendant dc longs siècles le domaine indiscuté, reprenaient sournoisement à Jahvé par l’intérêt et par la volupté cc que celui-ci leur avait ravi par sa force terrifiante. Non seulement ils enveloppaient les Hébreux dans une sorte d’atmosphère païenne, puisque toute la vie agricole était imprégnée de pratiques nées dc la croyance au souverain empire de ces divinités sur les productions du sol, mais ils réussissaient à sc gagner des dévots parmi les fidèles dc leur austère rival : Ici, quelque Individu se glissant furtivement dc l'autel de Jahvé, qu’il craint comme le Dieu dc son peuple, à l’autel du Baal, qui sait si bien multiplier la semence et le troupeau; là, des groupes plus considérables, des villages entiers même qui fréquentaient ouvertement le sanctuaire public du Baal dc l’endroit et n’entendaient pas qu’un Israélite trop fervent vint troubler leur culte et outrager leur dieu. A Ophra, un autel du Baal, érigé sur une éminence qui avait des airs dc forteresse, faisait l’orgueil et recevait les pieuses visites des habitants; les parents de Joas, le père de Gédéon, el Joas lui-même comptaient parmi les tenants de l’idolâtrie. Jud., v:, 25-27. Telles étalent les dispositions religieuses et la situa­ tion matérielle des Hébreux de la plaine dc Jezraêl et de ses alentours. Sans apparaître comme des plus *», grave leur état ne laissait pas d’être très pénible, d'autant plus que leur aveuglement ne leur permet­ tait pus dc voir d’où viendrait le salut. L'abattement g ignult même ceux qui étaient restés fidèles; les meil­ leurs, comme ce Gédéon qui devait mettre une borne à cette détresse, en témoignaient déjà un commencement d’humeur contre Jahvé. Jud.. vi, 13. On avait bien perdu l’enthousiasme national et religieux qui avait soulevé les esprits et les cœurs au temps de Débora! Jahvé n'abandonnait pourtant pas les siens; il leur suscita un sauveur en la personne de Gédéon. Ills de Joas. La fol courageuse de Gédéon le signala à ses 1844 compatriotes. Il fut favorisé d’une apparition de l’Ange dc Jahvé, détruisit l'autel du Baal d'Ophra et édifia un autel à Jahvé; ce dernier exploit religieux lui fit donner le surnom dc Ycroubbaal (· Que Baal se défende! ·). Il ne fallait, du reste, rien de moins qu'un ordre formel de Jahvé pour décider le Jeune homme à attaquer les Madlanitcs. Il aurait dû le faire pour accomplir la vendetta légale, puisque ccs pillards lui avaient tué deux de scs frères. Il n'avait pas osé. Mais sa docilité à l’ordre divin l’entraîna à agir. Scs hauts faits sont racontés longuement. Soit que l’on distingue deux victoires dans ces récits soit que l’on n'en veuille reconnaître qu'une (sur cette question, voir L. Desnoyers, La Période des Juges, p. 392-39C), le succès de Gédéon fut des plus brillants et son importance politique des plus considérables : il cul pour résultat un premier essai dc monarchie. Car les Israélites, désireux dc reconnaître le service rendu par Gédéon à la cause commune et plus encore peut-être dc s'en assurer le bénéfice pour l'avenir, proposèrent à leur chef d'un jour de le rester désormais : il serait leur maître sa vie durant et son fils, puis son petitfils, le seraient après lui. Sans le mot. c’était la royauté héréditaire que les Israélites dc la montagne d’Éphralm et de la plaine dc Jczraél voulaient établir. La néces­ sité d’un lien étroit et durable entre les tribus /impo­ sait à leur esprit; c’était une nouvelle é’apc vers l’organisation des groupes distincts en un corps dc nation plus étroitement uni. Mais c’était aussi une nouvelle étape dans l'abandon des institutions tradi­ tionnelles. Elles avaient et elles auraient toujours en Israël leurs partisans obstinés, aux yeux dc qui l’indépendance du nomade et l'indépendance de la tribu gardaient le prestige tenace d’un idéal social que rien ne devait faire abandonner. L’ancien ordre de choses ne remontait-il point jusqu’aux glorieux ancêtres de l’époque patriarcale? Les cheikhs des diverses tribus avalent-ils tellement démérité dans les guerres ou failli dans l’exercice dc la justice qu'on dût réduire leur autorité et les subordonner au pou­ voir souverain d'un seul maître? Celui-ci ne s’ingé­ nierait-il pas à effacer les traditions que chaque tribu gardait comme un héritage précieux? Pourquoi, enfin, détruire une organisation où Jahvé était le véritable chef unique et qu’il avait sanctionnée en quelque manière par d'innombrables bienfaits? Entre les tenants irréductibles du passé et les partisans d’une transformation suggérée par les circonstances présentes, Gédéon, à qui l’on offrait le pouvoir, se montra comme toujours assez hésitant. Il se décida pour un compromis. Non, il n’accepterait point de se substituer à Jahvé; Jahvé seul devait être le chef. Mais il demanderait du moins à ses hommes dc lui donner une part de leur butin; sur un manteau étendu à terre chacun d’eux consentit à jeter un anneau d'or. Des dlx-sept cents sides d’or qu’il recueillit ainsi, il se fit confectionner un éphod; cet éphod, il le plaça dans un sanctuaire qu’il ouvrit à Ophra, et Ophra, avec cet oracle qui permettait dc consulter Jahvé avant de trancher un différend ou d’entreprendre une guerre, avec le harem de Gédéon princièrement peuplé, avec ses soixante-dix fils, Ophra paraissait bien une façon dc capitale et Gédéon, presque un roi. C'est ainsi qu’assez Insidieusement, par la volonté d’une partie des habitants et grâce à l'indécision d’un chef heureux, se tentait en Israël un premier essai dc royauté. Car si l’on ne veut pas chicaner sur un mol, n'esl-cc pas vraiment la royauté qui prend naissance? Qu’on regarde ceux qui avalent détenu le pouvoir avant Gédéon. Ils l’avaient reçu directe­ ment dc Jahvé, pour un but déterminé, d’une manière transitoire, avec un caractère tout personnel. Moïse 1845 JUGES (LIVRE DES), HISTOIRE DES JUGES promulgue le Jahvélsmc, arrache les tribus A la servitude égyptienne et les conduit ù travers le désert jusqu'aux portes de Canaan; Josué leur ouvre la Terre promise; les Juges les libèrent d'une oppression momentanée. Puis chacun d'eux, son œuvre accomplie, disparaît; s'il continue A tenir un rôle qui le place au-dessus des autres, c’est unique­ ment par suite d'une prorogation de son prestige occasionnel; avec lui, en tout cas, son pouvoir s’éva­ nouit. Ici, au contraire, le peuple offre directement l'autorité suprême; si l’élu ne l’accepte pas, il l’exerce; il la lait sanctionner par une manière d’impôt, il la garde sa vie durant, on peut même dire qu’il l’exploite, et elle est si bien ù lui qu’il la lègue à ses enfants parmi scs autres biens et que .ses enfants la détiennent après lui sans nouvelle intervention ni divine ni humaine, mais par le simple Jeu de l’hérédité, A dire vrai, sans en avoir pris le titre, Gédéon se comportait en roi. S’il ne gouvernait pas à la façon d’un roi, il vivait en chef ou en prince dont l’autorité n'était pas con­ testée. Celle-ci pourrait même avoir été plus consi­ dérable que nous ne serions d'abord enclins à l’ad­ mettre. Nous venons, en effet, de voir Gédéon à la tele dc contingents levés dans toute la Montagne d'Êphralm, dans une partie de la plaine de Jezraël et dans les collines dc Galilée, ce qui suppose sans doute beaucoup de générosité chez ceux qui répondirent ù son appel, mais pour le moins autant dc prestige chez celui qui l'avait lancé. En outre, dans l'épilogue qui va suivre, nous constaterons que mime la grande ville de Sichem, le véritable centre d’Êphralm, l’une des métropoles antiques où l'élément cananéen s’était maintenu puissant, reconnaissait très nettement son pouvoir, et lui n’était pourtant qu’un membre d’Abiézer, le plus petit clan de Manassé. Enfin l’histoire d’Abiméléch va nous apprendre que l’autorité de Gédéon était si bien reconnue qu'on ne la discutait point, même sous cette forme bizarre d’un pouvoir transmis collectivement à tous scs fils, et que l’un d’eux n’aura qu’un mot à dire pour la faire transformcr en autorité royale. Nous pouvons regretter que les textes à notre disposition ne soient pas plus complets sur l’origine, l’étendue, la force et la durée dc cette principauté; ils nous aident pourtant ù entrevoir la place importante qu’il convient de faire ù Gédéon dans le développement de la centralisation des tribus. Gédéon vécut le reste de ses Jours à Ophra. Lc sanc­ tuaire qu’il avait si courageusement édifié et que l’on fréquenta longtemps encore après lui témoignait de sa piété droite el ferme; l’autorité qu’il exerçait, de la considération dc scs concitoyens pour ne pas dire dc la docilité dc scs sujets; les nombreuses femmes de son harem, de sa prospérité; scs fils nombreux, de la bénédiction d*en haut. 11 mourut plein dc Jours après une vieillesse heureuse el fut déposé dans le tombeau de Joas, son père. Scs victoires restèrent fameuses en Israël; Isaïe et un psalmlslc chanteront » la Jouméc dc Madian », ls., îx, 3; x, 26; Ps., lxxxiii (Vulg, xxxn), 10, où Gédéon, en refoulant les nomades i. venus pour le pillage, leur avait enlevé toute Idée dc revenir pour la conquête. Il laissa la mémoire d’un homme pieux avec réflexion· hésitant par nature mais docile presque malgré lui aux Inspirations de sa foi, et doué, quand il savait enfin venue l’heure d’agir, d'un courage tenace jusqu’au plein succès. L’un des derniers rédacteurs dc son histoire sc scandalisa dc l’éphod qu’il avait fait fabriquer; peut-être pourraiton supposer que cet objet religieux resta effectivement en usage dans le sanctuaire dOphra Jusqu’A une époque où ce genre de consultation, supplanté par la consultation des prophètes, ne répondait plus aux 1846 croyances ni aux pratiques. Mais, par contre, on ne saurait assez louer le coup d'éclat accompli par Gédéon quand il renversa l'autel du Baal, où tout son village sacrifiait, pour le remplacer par un autel de Jahvé. Ce fut le geste non pas seulement d'un convaincu, mais d’un apôtre : A cette période primitive, Gédéon apparaît comme un champion du monothéisme. A sa mort, les liens de cette royauté naissante étalent encore si lâches et l’organisation du pouvoir, si rudimentaire, qu’on se borna tout d'abord à laisser l'autorité indivise entre les moins des fils de Gédéon, qui résidaient à Ophra. Or Gédéon avait eu A Slchcm une épouse dc second rang, apparentée A un clan assez influent de la ville, et qui lui avait donné un fils nommé Abiméléch. Celui-ci flt exécuter les autres fils de Gédéon, sauf le plus jeune Jotham, et devint roi de la principauté de Sichem; il régna trois ans. L'élément cananéen de l’antique métropole se lassa vile de ce roi hébreu et se révolta contre lui. Ablméléch détruisit Sichem de fond en comble, mais périt peu après devant Tébec. En dehors de l'intervention de Jahvé vengeur, deux raisons principales expliquent cet échec. D’abord le fait que, A la mort de Gédéon, aucun de scs ûls n’ait été désigné personnellement pour lui succéder, puis l'ingérence d’un parti cananéen encore puissant dans les affaires politiques d'Israël. Ce second fait surtout est significatif; Il montre A quel point la conquête imparfaite du pays de Canaan entravait le développement normal de la nation hébraïque. Dans cette Montagne d'Êphralm, où pourtant elle s’était le plus solidement établie, ses ennemis héré­ ditaires subsistaient; ils sc mêlaient A elle dans une proportion qui parfois leur donnait la prépondérance ou bien les incitait à tenter dc la reconquérir; des Israélites épousaient leurs querelles et s’enrôlaient dans leurs rangs; même dans la religion, Israélites et Cananéens marchaient côte à côte et sympathi­ saient : le danger de l’absorption d’Israël par Canaan n’était pas entièrement conjuré. Nous ne pouvons évaluer au juste l’influence que devait exercer sur l’ensemble du pays occupé la pré­ sence en maints endroits, cl notamment dans les grands centres urbains, dc ccs foyers dc « canaanisme ·; on entrevoit du moins qu’elle faisait obstacle à l’influence en général plus saine des milieux de la campagne, où l’élément cananéen s'opposait avec moins de succès ou même s'assimilait A l’élément Israélite. Aussi est-il Juste dc reconnaître que l’action d’Abiméléch. si brutale qu'elle eût été, entraînait un résultat heureux pour la destinée d'Israël. Abiméléch avait confondu dans une extermination aveugle et des Hébreux el des Cananéens; mais Slchcm détruite, c’était une autre page de l’histoire dc cette capitale qui commen­ cerait avec sa prochaine reconstruction. Dans la nouvelle Slchcm, les souvenirs qui remontaient A Josué et A l’ère héroïque cl pieuse dc la conquête renoueraient facilement leur trame un instant brisée; la tradition cananéenne du dan fameux des BenèHamôr y était rompue pour toujours. C’est ainsi que l’œuvre de l’occupation par Israël de la Terre promise, qu’accomplissaient laborieusement des mains plus pures, était parfois rapidement avancée par des mains sanglantes. 5. JtphlS, Jud., x, 6-xiî, 7, essaya lui aussi d’éta­ blir un principal monarchique dans le pays dc Galaad, A l’est du Jourdain. Banni cl chef dc bande, Jephté fut sollicité par les cheikhs du Galaad, que menaçaient les Bcnè-Ammôn, de prendre la direction dc leurs troupes. Il n’accepta qu’à la condition de devenir « prince ». Il remporta une victoire complète, mais elle lui coûta sa fille unique, qu’il sacrifia en holocauste A Jahvé, en exécution d'un vœu Imprudent. 1847 JUGES (LIVRE DES), HISTOIRE DES JUGES Après avoir écrasé les Ephrnïmites, qui voulaient maintenir leur prééminence compromise par son initiative, Il rentre dans l’ombre; sans doute son essai de monarchie ne lui survécut pas. Jephté présente l’un des types les plus énergiques de cette rude période des Juges. Il n’a rien des hésitations et des détours de Gédéon. rien non plus de la lourdeur joyeuse de Samson. C’est le banni entreprenant et hautain qui refait sa vie À force de bravoure et ne rentre dans la société qui l’a rejeté que pour s’en faire le maître. Il en devient le maître, mais il ne In traite pas en despote; il la sert au contraire avec loyauté et dévoue­ ment, et, s’il a mis son concours à un prix élevé, il ne marchande ni sa personne ni ce qu’il aime pour mener à bien l’œuvre de restauration que l’on attend de lui. Sa droiture éclate jusque dans sa religion. Sans doute il y apporte une fougue âpre et aveugle qui trahit l’ancien pillard; il croyait bien faire en promet­ tant à Dieu un sacrifice humain. Mais s’il s’écartait ainsi des plus pures traditions du jahvéisnic. il a donné «lu moins la mesure de sa fidélité Λ sa parole en ne reculant pas devant l’accomplissement d’un vœu qui lui déchirait le cœur. 6. Les Petits Juges, Jud., ni, 31; x, 1-5; xn, 8-15, sont ainsi nommés parce que leur mention est extrê­ mement brève dans la Bible. Ce sont Shamgor, Thôla, Yâîr, Ibçan, Elôn et Abddn. SI peu développés que soient les textes qui mentionnent les Pel Its Juges, ils témoignent assez haut de l'attachement professé par l’ancien Israél envers tes représentants de sa vieille noblesse. Trois d’entre eux, Yâlr, Ibçân et Abddn, étalent des chefs de famille ou de clan autour desquels se pressaient de nombreux descendants, et les tombeaux de tous faisaient l’objet d’un véritable culte, qui se perpétuait de génération en génération. Déjà dans te cantique de Débora on a entendu le poète parler des nobles avec une admiration signifi­ cative; tandis que le peuple s’était généreusement levé pour te combat, c'étaient eux qui avaient assumé un commandement difficile, soutenu les courages, entraîné A la victoire. Ici el là, se reconnaît te type de l’ancien cheikh d’Israël, qui gagne tes cœurs des membres de sa tribu par les services qu’il leur rend autant qu'il frappe leurs esprits par son affabilité hautaine, l’ampleur de su vie et la profondeur des pen'tes où il parait toujours plongé. 11 n'est pus seule­ ment le grand propriétaire fortuné qui possède en abondance des champs et des troupeaux, le père de famille dont te harem renferme de nombreuses épouses qui lui ont donné beaucoup de *fil , le guerrier intré­ pide qui protège tes pauvres gens de son clan, le juge instruit et lin qui tient In balance d’une main ferme; «.'est aussi l'homme qui sait qu’il mérite son bonheur, le fidèle qui semble vivre plus près de Jahvé que des hommes et te juste qui remplit son devoir pour être brui de son Dieu. 7. Su/nsun, Jud., xiii-xvi, ne fournit à l'hhtolre générale qu une anecdote et à l’histoire religieuse qu’un exempte. Pourtant, si ses exploits solitaires n’ont pas eu sur les événements une répercussion ipprt· iabte, il n’est pas tout à fait sans signification pour 1 hUlorien. Par quelques traits de son caractère et quelques incidents de *a vie, Il nous aide à mieux connaître son temps. Son Isolement en révèle l’atonie générale; ton JahvéUme rigoureux, la persistance de la foi *dan les milieux populaires; sa sensualité, l’é­ trange liberté des mœurs; son mariage et *sc fréquen­ tations ch z les *Philistin , la facilité el l’étendue *de rapports d’Israël avec les populations au milieu des­ quelles U vivait. 1) n’est mime *pu *ju à qu scs aven­ tures amoureuse qui ne nous révèlent dans un jour un peu cru tout un côté de la vie d'alors. Λ regarder *ce **rCne d’un pittoresque ingénu, on comprend mieux 1848 *le plaintes de * âmes austères comme les prohibi­ * tion de la Loi au sujet des contacts trop facile * avec les femmes infidèles, et l’on devine mieux à quelles défaillances morales et religieuses s'exposaient ceux qui subissaient si volontiers le charme des païennes. Sain son peut bien n’avoir joué dans l'histoire qu’un rôle de second rang, n’avoir exercé sur ses compatriotes qu’une action Indirecte et lointaine, 11 personnifie un aspect important de la vie morale d'une époque. On sait que l’interprétation mythique de la per­ sonne, des exploits et des aventures de Samson a suscité toute une littérature aussi Intéressante par la multiplicité des détails relatés que médiocre par la solidité des résultats acquis. Pour certains, tout est légendaire et mythique dans ces récits; pour d'autres, qui sont frappés par l'exactitude des tableaux qui y représentent la vie de cette population mixte de * con­ fins hébreux, si beaucoup de traits ont la vraisem­ blance du réel, plusieurs ne doivent leur existence qu’au folk-lore mythologique. Et comme la difference des temps ne permet plu * guère de mettre en avant l’Hercule grec, qui serait plutôt un descendant de Samson, cl que le Mclqart lyrten ne ressemble à Samson que dans la mythologie grecque qui l’a rap­ proché d'Hercule, c'est au héros babylonien Gilgamès que l’on demande aujourd'hui de servir de prototype à Samson. Il existe, en elïet, entre eux divers points de ressemblances, dont on pourra se faire une idée par l'étude assez nuancée de C. F. Burney, The Bock o/ Judges, Londres, 1920, p. 391 sq. Mais ces rappro­ chements, qu’on les croie nombreux ou presque rares, suggèrent les réflexions suivantes. D'abord, il n’est pas étonnant qu'entre deux héros antiques, 11 puisse se rencontrer des points de contact, car môme celui qui est légendaire, n’est Imaginé et dépeint qu'à l'aide de traits copiés, tout au moins, sur la réalité. — D'autre part, la simplicité si vivante des récits relatifs à Samson s'explique en somme bien mieux par des faits réels que par une épuration de données mythologiques, épuration qu’on devrait sup­ poser infiniment heureuse puisqu'il ne faut rien de moins qu'une sagacité d'une pénétration pénible pour en retrouver les traces. — En outre, la description du milieu où vécut et opéra Salmon offre une telle netteté et un tel cachet d’exactitude, qu’elle ne s'explique que par la mise en œuvre de souvenirs précis, soit tradi­ tionnels, soit confiés de très bonne heure à l’écriture. A l’époque de la royauté, où les Philistins étaient par­ tout refoulés hors du territoire d'Israël, on n’aurait pas imaginé qu’ils en avalent été les maîtres; la mé­ moire de ces tristes temps survivait donc encore et, avec elle, la mémoire des quelques actions d’éclat qui en avaient à peine interrompu et n’en avalent pas dissipe la craintive Inaction. — Enfin, si l’on ne peut évidemment pas prouver que toutes les anecdotes el * tou les details de celle histoire appartiennent à la réalité, on en peut signaler quelques-uns tout au moins qui s'expliquent très naturellement par les circons­ tances cl qu’il n’y a pas de raison de rattacher à la mythologie : le nom de · Samson », qui dérive en effet de féméi « Soleil », s’explique au mieux par I’lnfiurnce cananéenne du sanctuaire de Bcth-sémés, au voisinage duquel vivaient le * parents de Samson; tes long» che­ veux de celui-ci, qui rappelleraient les rayons du soleil, rappellent bien mieux te Vœu de la chevelure, pratique guerrière attestée par te cantique de Débora el pra­ tique ascétique attestée par l’histoire de Samuel; l’éphode du lion déchiré, celui des renards capturés, ont leur équivalent dans des faits réel * qui sont signalés en d’autres circonstances et n'ont rien de mythique; les faiblesse de cœur de Samson, il n'est pas besoin de recourir ù lien ale ou A Gilgamès pour les expliquerenfin, sa force n'est pas tellement liée à sa longue 1849 JUGES (LBBE DES), HISTOIRE DES JUGES chevelure qu'U faille méconnaît re l'élément moral très accentué des récits. Les exploits de Samson furent trop Isolés pour avoir eu un résultat matériel appréciable dans l'hhtolre. Le héros ne réussit pas a soulever ses compatriotes contre les Philistins et ceux ci, qui restaient redoutés dans le pay- de Juda. ne tarderont pas a pénétrer dans la Montagne d'Éphraîm. Mais en attendant que le peuple hébreu sc sentit encouragé ù reprendre avec ses forces réunies l'œuvre individuelle de Samson, il ne manquait sans doute pas de souligner tout uu moins la signification religieuse des prouesses de ce Juge. Samson Imposait aux ennemis d’Lraël une certaine terreur de Jahvé, de qui il tenait sa force Invincible; il était aussi pour ses coreligionnaires un exemple vivant du soin que Jahvé apporte à soutenir les siens tant qu’ils sont fidèles à leur devoir, comme de rabais­ sement où il les laisse tomber dès qu’ils deviennent oublieux de leurs promesses. De plus Sam on n'est pas sans piété. Dans le portrait qu'esquisse de lui lu Bible, 11 donne l’impression d’un homme qu’épanouit sans cesse la confiance en la force qui lui vient d’en haut. 11 y puise cette sûreté de soi, provocante et gaie, qui le mène aux entreprises les plus risquées, avec la cer­ titude d’en sortir à son honneur. La fidélité du succès arrive, toutefois, son cœur aidant, à le griser; il joue trop avec le danger, dont il s’est toujours tiré, pour ne pas finir par y trouver sa perte. Mais jusque dans sa chute, il éveille la pitié; sa dernière faiblesse, long­ temps retardée, n'échappe qu’à sa lassitude et coûte à sa foi, et il est presque touchant dans l'humilité de sa prière pour obtenir de nouveau, en vue d’un exploit suprême, la vigueur que Dieu lui avait retirée. 8. J/é/ί, le vieux prêtre du sailciiiaire de l’arche, est rangé parmi les Juges par I Sam., xv, 18. Mais aucun exploit ne lui est attribué par la Bible. 9. Samuel, Éphraïmite ou Lévite du pays de Çouph (sur les origines de son père, 1 Iqana, voir L. Des­ noyers, La période des Juges, p. 210, n. 2), fut le der­ nier des Juges et institua le régime monarchique en Israël. Dès son enfance, il fut favorisé des communica­ tions divines, cl, comme les prêtres de Silo, I léli et ses deux fils, se discréditaient auprès du peuple, celui-là par sa faiblesse, ceux-ci par leurs désordres, Samuel fut bientôt considéré comme le vrai représen­ tant de Jahvé auprès d’Israël. Avec · a double qualité de prophète et de Lévite, Samuel apparaît, dans celte période lointaine, comme un précurseur de Jeremie; en lui, comme en ce dernier, les deux principales forces religieuses qui s’opposèrent si souvent au cours do l’histoire d’Israël ·»'unissent déjà harmonieusement. 11 est un de ccs personnages de transition que Dieu ménage à son peuple aux heures de crise et qui, en s'appropriant des idées et des aptitudes ordinairement divisées entre plusieurs partis, sc trouvent ainsi pré­ parés à utiliser les dernières ressources d’un ordre de choses qui vn finir et à préparer les débuts laborieux d’un ordre nouveau qui est en train de naître. Après lu prise de l’arche par les Philistins, I Sam., iv, et son Installation à Qiryath-yearim, ville peuplée de Cananéens el d’Hébreux, 1 Sam., vu, 1-3, com­ mence une période obscure. La seule figure qui s’y détache, el encore avec un relief à peine marqué, est celle de Samuel. Il y apparaît un peu à la manière des anciens Juges, guerriers d'abord puis personnages vénérés et Influents, Une fols, Il se mit à la tête d’Is­ raélites rassemblés à MiçpA pour une cérémonie expia­ toire cl donna la chasse A un parti de Philistins qu’il mena l'épée dans les reins Jusqu’à BelhkAr; en cette circonstance, comme en plusieurs autres, un orage soudain Jeta la panique dans les rangs ennemis et Samuel dressa une pierre, · la Pierre du secours ·, pour commémorer l'aide opportune quo lui avait 1850 fournie Jahvé en faisant rouler ion tonnerre. I Sam.. VI!, 5-12. Ce fut là, semble-t-il, l'unique succès mili­ taire de sa judicature; elle sc poursuivit désormais dans le calme. L'arche résidait à QiryaLh-yearim sous les yeux, sinon nu pouvoir des Philistins; le sanc­ tuaire de Silo était vide et peut-être même détruit. Samuel résidait dans la ville de Flâmâ. Étant naziréen, c'est-à-dire voué à Jahvé par le vœu de sa mère, il y vivait en homme de Dieu et dépensait une activité inlassable au service de la religion et du peuple. Il y avait bâti un autel, sans doute bientôt fréquenté à la ronde, el, de là, rayonnait dans le voisinage pour tran­ cher les différends au nom de Jahvé et pour maintenir les Israélite» dans la fidélité à leur Dieu; à de longues années de distance, il renouvelait le ministère de Dé­ bora, la prophétesse. Cette judicature ambulante le conduisait, une fois l’an, dans le» trois sanctuaire * de Béthcl, Galgala cl MiçpA, c'est-à-dire dans le territoire de Benjamin et la portion méridionale de la Montagne d’Éphraîm. Mais 11 desalt être connu beaucoup plus loin; au temps de David, on le voit aller sacrifier à Bethléem, I Sam., xvi, 1-5, et une tradition antique savait que, vers la fin de sa vie, scs fils Joël et Abias Jouissaient de quelque autorité Jusque dans la ville sainte de Bersabee, au sud de Juda. I Sam., vui, 1-2. A l’exercice de celle Judicature, il Joignait celui de sa profession de voyant; on avait recours À lui moyen­ nant un petit présent, du pain, une pièce de monnaie par exemple, pour retrouver les objets perdus. I Sam., IX, 7-8. Tout cela faisait qu’il était entouré par tou^ d’une respectueuse considération. On venait lui deman­ der conseil; on s'honorait de l'avoir pour président des festins sacrés; les nâbis. ccs jahvéistcs remuants, lui témoignaient de la déférence et l'envisageaient comme l’un des leurs, comme un apôtre de la cause sainte qu'ils défendaient avec tant de vigueur. Samuel nous apparaît comme l’homme le plus en vue à cette date et sur qui semblait reposer la destinée d'Israël. Et pourtant il arriva un moment où le peuple ne regarda plus Samuel comme l’homme de la situation et réclama un roi. Samuel fut indigné de cette demande. La royauté était considérée comme une institution païenne, Deut., xvn, 14; I Sam., vm, 20; la désirer, c’était sc délier de Jahvé, qui, Jusqu'alors avait luimême sauvé son peuple, et s’exposer a regretter plus lard la tyrannie du maître qu’on réclamait follement. Mais le peuple ne voulut pas sc rendre à ces raisons. Sur l'ordre de Dieu, Samuel céda et promit de chercher le roi qui, avec l’aide d'en haut» unirait les tribus et libérerait le territoire. 3° A sped général de la période des Juges. — La période des juges fut pour Israël une époque très rude, presque toute remplie de conflits Journaliers cl souvent entrecoupée de véritables batailles. Les conflits habituels n'éclataient pas seulement entre Israélites et Cananéens qui vivaient à peu près partout porte à porto et ne s'entendaient pas toujours. IL s'élevaient aussi entre tribus, entre clans, entre villages Israélites et entraînaient parfois des déplace­ ments Individuels, des migrations de grouj>es impor­ tants et même des rencontres sanglantes. Ce n’est pas à dire que Jamais ne sonnait une heure de répit. Au voisinage d une bourgade ou d’une région en pleine effervescence, des villages ou des cantons entiers pouvaient vivre dans une sécurité paisible, oubliant presque, à voir de loin les troubles qui les épargnaient, les misères qui, bientôt peut-être, les atteindraient eux-mêmes. Les grandes guerres avec l'étranger n'étaient pas non plus continues. Les Arninécns, les Moabites, les Cananéens, les nomades pillards, les Benè-Ammôn, tous ces ennemis qui avaient mis tour à tour à l'épreuve la vigueur du Jeune peuple que Mobe avait 1851 JUGES (LIVRE DES), LA RELIGION 1852 jeté sur Canaan, s’étalent vm Infliger des leçons sévè­ nature à contrarier l'œuvre do Mob· ct à compromettre la destinée d'Israël. res; tout au moins après une grave défaite, ils restaient 1. Les causes du fléchissement religieux. — Elles se sur la réserve ct pansaient leurs blessures. Quelques années de détente se succédaient; les tribus respi­ laissent aisément entrevoir. L'attrait de la civilisation raient plus à l’aise ct poursuivaient dans la tranquil­ cananéenne, qui est supérieure à celle des Hébreux, la séduction d’une terre qui émerveille ceux-ci par sa lité l’œuvre de leur établissement. .Mais, dans l’ensemble, les textes donnent l’impres­ fertilité, une vague superstition à l’égard des dieux sion qu'il y cul alors moins de bonheur que d'in­ agricoles honorés dans le pays, une pointe de défiance Λ l'égard des aptitudes do Jahvé pour tout ce qui quiétude, moins de Jouissances que de désirs, moins concerne les choses de la terre, l'espoir qu'en servant d'idylles que de combats. Jahvé à la manière d’un Baal on l'obligera à être aussi Un souille d'anarchie passait, d'autre part, sur les généreux que ce dieu vaincu, enfin le charme pervers tribus d'Israël. Il ne cessait que lorsqu’un danger des pratiques licencieuses du culte de la Nature ct do commun imposait à celles-ci un peu d’abnégation.Elles sacrifiaient alors leur animosité, leur Jalousie, leur la Fécondité, toutes ccs causes semblent sc concerter pour livrer de toutes parts un assaut tenace â la cons­ égoïsme, à la cause nationale. Puis bientôt elles lais­ cience religieuse d'Israël. Il se passa pour la religion saient tomber d’ellcs-mémcs ou renversaient d'une populaire ce qui sc passait pour les mœurs : les con­ main brutale les organisations centralisatrices qu’elles tacts entre Israélites et Cananéens étalent trop multi­ avaient créées dans un élan de fraternité, et leurs pliés et souvent trop étroits, pour qu’il ne s'établit Juges sc suivaient sans parvenir à maintenir l'union ni à fonder une monarchie durable. point à la longue, dans cette population mêlée, une Les Philistins allaient précipiter l’avènement de sorte de religion hybride qui restait bien un certain Jahvéisme, mais qui s'était en même temps chargée cette centralisation que les tribus s’étalent évertuées à d'idées et de pratiques empruntées au milieu païen retarder. On dirait que Dieu a toujours eu besoin de ct ne peut être envisagée que comme une déformation violenter son peuple pour l’amener dans la voie où il de la religion révélée par Dieu à Moïse. On peut donc voulait le voir se tenir ct marcher. La nécessité de dire qu’en réalité il existait deux religions de Jahvé. secouer, sous peine de déchéance irrémédiable, le Joug L'une, dont on constatera sans peine l'existence dans pesant de la domination philistine oblige Israël à grouper étroitement toutes ses forces. Samuel, qui, quelques milieux choisis ou, au pis aller, chez quelques malgré sa bonne volonté et malgré scs désirs, reste Individus isolés, demeurait conforme à la véritable tra­ l'homme d'un autre âge, est à son tour obligé de céder dition; c'était le jahvéisme authentique. L'autre, la place à de Jeunes héros plus décidés, plus entrepre­ pratiquée par la masse du peuple, bien que dans une mesure que nous ne pouvons évaluer, n’était plus nants, plus valeureux que lui. Saûl, avec sa brusque énergie, David, avec sa séduction entraînante, sauront qu’un jahvéisme abâtardi. Le rapprochement de la religion de Jahvé et de la tirer du peuple que Jahvé leur confie plus de ressources qu'il n’en avait encore voulu dépenser ct réussiront religion des dieux cananéens s’opéra dans les formes à lui Imposer plus de discipline qu'il n’en avait Jamais extérieures et dans les idées. voulu subir. 2. Fléchissement dans tes /ormes extérieures du culte. Il est Juste toutefois de reconnaître, que, si doués — Nombre d'objets et de lieux sacrés cananéens qui qu'ils aient été, Saûl ct David arrivaient à l'heure pro­ n'avaient pas été détruits à la conquête furent appro­ pice à leur œuvre. Ils grouperont sous leur autorité priés au culte de Jahvé. Des sanctuaires, des hauts toutes les tribus hébraïques; mais celles-ci, au temps lieux, des autels, des dolmens et des cromlechs, des des Juges, avaient déjà tenté plusieurs essais d'union arbres et des sources, des stèles et des pierres levées, partielle et s'étalent ainsi préparées à leur centralisa­ auxquels une coutume immémoriale imprimait un tion générale. Dans des réglons diverses, pour des caractère religieux, continuèrent à bénéficier de ce durées variables, Débora, Gédéon, Jcphté, Samuel prestige à peu près Ineffaçable dans un temps et parmi des populations où la croyance religieuse, quelle n'avalent pas adressé un vain appel au sentiment do l’union nationale. A faire ses preuves et de façon bril­ qu'elle fût, imprégnait profondément les esprits. Ils lante, ce sentiment s’étalt affirmé davantage; Il forçaient presque la vénération, une vénération à demi s'exaspérait sourdement à sc trouver en face de superstitieuse et craintive d’abord, plus familière ct périls qu’il ne pouvait conjurer : succès et échecs plus confiante ensuite, indéracinable à la longue et contribuaient à le développer. Mais Saûl ct David I plus chère que la vie. surtout auront le mérite de lui donner toute son am­ I Plusieurs, beaucoup peut-être, des hauts lieux cana­ pleur. néens qui n’avaient pas été ruinés, furent occupés par Au lendemain de la conquête, quand commence la les Hébreux et restèrent à peu près tels qu’ils étaient; longue période de l’établissement en Canaan, on ceux que l’on éleva en l’honneur de Jahvé leur ressem­ blèrent sans doute beaucoup. Là aussi sc voyaient n'aperçoit guère que des tribus éparses absorbées dans leur installation; la période des Juges montre des l'autel, la pierre dressée, l’ajérdù, l’arbre sacré; les plus importants avaient leur salie pour les festins groupes de tribus, dont l’existence occasionnelle n'est qu'éphémère; avec les premiers rois toutes les tribus I sacrés. Les Israélites peu difficiles installés dans les sanc­ unies formeront un seul État comme elles servaient tuaires cananéens ct même certains Israélites à demi un seul Dieu. fidèles qui ne fréquentaient que des sanctuaires authen­ IV. L * religion. — 1· Le fléchissement de la reli­ tiques de Jahvé mais croyaient plus avantageux de gion populaire. — Les Cananéens n'avaient pas disparu recourir au rituel en usage dans le pays, commen­ du pays conquis par les Hébreux; le jahvéisme ne cèrent, une fols établis à l’aise en Canaan, à introduire parviendra pas non plus à ét ouiTer la religion païenne. dans le culte du Dieu d'Israël certaines pratiques du Imparfaite dans le domaine religieux, la victoire culte des Baals el des AshêrAs. C’était presque une d'Israël sera ternie par de nombreuses ct regrettables compromissions. Le peuple élu, son Dieu, sa religion ’ fatalité dès lors qu’on ne s’en tenait plus, avec une rigueur sans faiblesse, au rituel ancien. Dans ces cultes et ses aspirations nationales garderont, au sein d'un antiques où les offrandes faites à la Divinité étalent groupe fidèle d’âmes Incorruptibles, leurs caractères de beaucoup plus multipliées qu’elles no le .ont de nos essentiels fixés par la révélation; mais la religion de la masse subira des transformations, les unes super­ jours, dans ce pays de Canaan, où il n’y avait, ni dans le sol, ni en circulation, une quantité appréciable de ficielles, les autres plus profondes, qui étalent < .1' 1853 JUGES (LIVRE DES), LA RELIGION inélaux, mal * ou toute la richesse consistait en fruits de lu terre ct en bétail que l’on tenait directement de | la libéralité divine, le principal acte religieux était d'apporter au sanctuaire, pour le * oflrir au dieu et les partager avec lui ct avec ses prêtre. *, des bêle * du trou­ peau, des fruits du verger ct de * produits de * champ . * La quantité de l'offrande devait être fixée par le * rituels; mais l'on peut bien penser que le * pèlerin * s'appliquaient pour la plupart à la dépasser afin de piquer la générosité <1 leur dieu et d'obtenir de lui de * bénédictions plus abondantes; quand l'émulation, l’ostentation ou la ferveur y aidaient, on voit tout de suite à quelle profusion pouvaient arriver le * offrande . * Aussi le caractère agricole des rites du jahvéisme s’afilrnia-l-il plus encore que dan * les anciennes pres­ criptions mosaïques; l'abus du culte extérieur, si sou­ vent attaqué par les prophètes, commença dès Ion à s'afficher dans les sanctuaires. Le calendrier des fête * suivit avec une rigueur plus méticuleuse la série régu­ lière des récoltes ainsi que le mouvement de la lune, cet astre bicnfaLant qui facilitait la garde nocturne du berger ct dévenait sur la terre l'humidité fécondante sans laquelle la végétation aurait dépéri. Les assem­ blées revêtirent un aspect champêtre plu * marqué. La pAque, repas commémoratif de nomades migrateur * ou fugitifs qui immolent un nouveau-né de leur troupeau, sc surchargea des rites d'une fête de * premiers fruits de la terre et coïncida avec l'ouverture de la moisson des orges; sept semaines plus tard, on fêtait la moisson * blés, cl, à l'automne finissant, lorsqu'on avait de cueilli les fruits des arbres et vendangé la vigne, une joie bruyante accompagnait la dernière fête, le hâg par excellence, qui mettait fin à l'année agricole en épanouissant les Ames ct en débridant le * sens à cause * travaux arrêtés ct des bienfaits reçus. On se plai­ de dait aussi à enjoliver le * sanctuaires et à compliquer les offrandes. L’autel traditionnel de mottes de terre ou de pierres brutes fut parfois remplacé par l'autel construit en pierres d'appareil ou formé d’un bloc sur lequel · on avait promené le fer » pour le tailler. Aux modestes victimes tirées du troupeau de petit bétail, moutons el chèvres, on pouvait ajouter plu * couram­ ment maintenant les taureaux, les génisse * ct les veaux gras. Les holocaustes allèrent en *e multipliant; les festins sacrés, où l'on sc dédommageait une bonne foi * de se * longues privations ct où l'on n’épargnait ni le fèkar, ni le vin lourd de Canaan, ressemblèrent à de * ripailles. 3. Fléchissement dans les idées religieuses, — Par suite de l’acceptation de * certaine idées ct de l'intro­ duction de certaines pratiques * caractéristique du paganisme cananéen, une contamination plus pro­ fonde du jahvéisme se produisit, qui s'attaquait à des principes plus essentiels de la religion révélée par l'intermédiaire de Moïse. C’est la notion même de Jahvé qui eut à pâtir tout d'abord du nouvel état de choses. La ressemblance de * * culte rendus à Jahvé ct aux Baal *, amenait beaucoup d'Hébreux A ne plus distinguer nettement les carac­ tères de ce * dieux. Pour leur * yeux obscurcis, Jahvé perdait ccttc grandeur distante et redoutable dont, au Sinaï, il avait voilé son être divin. Il restait toujour , * cela va de soi, le Dieu exclusif de la nation, dont il assurerait, on en était certain, la gloire ct la prospérité; mais il se mêlait aussi davantage, pensait-on, à la vulgarité des petits intérêts de scs fidèles, tendait une oreille patiente à leurs plaintes, à leur * récrimina­ tions, à leurs désirs de richesse ct de Joies matérielle . * La préoccupation morale de lui obéir a fait place à la préoccupation Intéressée do le corrompre. On se l’ima­ gine alors exigeant en matière d’offrandes, gourmand, >1 l'on o*c dire, do victimes grosso * à point, rendu souriant et mis en bonne humeur par les mets suc- 1854 calent qu'on entasse devant lui, et enfin surtout» car * c'est cela que l'on attend, restituant bien vite et au centuple le * présent * qu'on lai a fait *. De là à honorer Jahvé par le * pratique * * plu le * * caractéristique et le * moins imitable * de la religion cananéenne, il n’y avait qu'un pas, et ce pas fut franchi. Il ne le tut pas alors toutefois, même dan * * milieux le * plu le * * atteint par la contagion, avec une décision qui eût fait tomber le jahvéisme au rang d'one religion cananéenne à peine démarquée. Cependant on ne peut guère douter que la prostitution sacrée ne le soit glissée ici ct là, dan * le culte rendu à Jahvé par de * Israé­ * lite * Ignorant ou pervers, ainsi qu’en pourraient témoi­ gner les prohibition * anciennes relatives à ce point. Mais il est probable que, maintes foi *, ce désordre constituait un hommage proprement idolâtre aux Baals et aux Ashêrà * ou que, s'étant dépouillé de sa signification religieuse, Il n'était plus que de la dé­ bauche. C’est avec une semblable réserve qu'il convient de signaler la fabrication de * Idoles, Images ou représen­ tations symboliques de Jahvé, dont la prohibition, qui remontait à Moïse, doit être considérée comme l'un des points les plus remarquable * da jahvéisme primitif. Les textes en parlent peu pour la période des Juges; Us ne mentionnent expressément que l'idole de MikbA l’Éphraimile. LVphod de Gédéon ne semble nullement avoir été une statue de Jahvé comme trop de critiques prétendent l’établir par les déductions les moins satisfaisantes; nous savons que l'éphod était un Ins­ trument pour tirer le * sort * ; * sacré ce que l'on ajoute à cela n'est que conjecture. Quant à l'expression si fréquente < en présence de Jahvé ·, elle Implique que l'on croyait Jahvé plu * particulièrement présent dans un sanctuaire, avec les sorts ou dans l'arche, comme U est naturel puisqu'il s'agit de lieu ou d'objets où il manifestait sa volonté el sa puissance; elle ne prouve point par elle-même que l'on se tint alors devant une idole. Des sacrifiées humains furent offerts occasionnelle­ ment, peut-être assez tôt, en l'honneur de Jahvé, Λ l'imitation du baalisme et malgré la défense tradi­ tionnelle dans le jahvéisme. H ne s'agit pas ici, on le comprend, de l'immolation des prisonniers de guerre, que réclamait la rigueur impitoyable du hérém; pareilles exécutions, toutes rituelles qu'elles fussent, aient * ressortis aux lois de la guerre telle qu’elle *e fai­ sait en un temps où la religion pénétrait les actes collec­ tifs du clan et de la tribu. Mais le sacrifice humain proprement dit, pour des motif * d'ordre religieux, se pratiqua sûrement alors en hommage à Jahvé. Sur ce point encore, toutefois, nous n’avons qu’un exemple à fournir et nous prendrons garde de le généraliser. M üs cet exemple est typique et, d'ailleurs, dr * moins contestables. C’est celui de Jephté, qui immole de sa main sa fille unique à la suite d’un vœu. Jud.» xi, 34-40. A coup sûr, le fait que l'on institua une fête annuelle pour célébrer périodiquement la mémoire de celte immolation montre à l’évidence Jusqu’à quel point elle avait frappé les esprits, et, par conséquent, combien ce sacrifice était exceptionnel. Il n’en reste * moins que des Jahvélstes fervents, comme l’était p.. ce Jephté, pouvaient se décider à servir leur Dieu de la manière dont leurs voisins païens honoraient les leurs, et que cette dévotion, qui s'égarait loin de la religion authentique, provoquait parfois dans les esprits un mélange équivoque d’horreur et d’admiration. Mentionnons enfin l’usage des teraphim, qui de­ vaient servir d’oracles domestiques, et l’introduction ou plutôt la diffusion, à cette époque des Juges, des pratiques de la sorcellerie ct de lanécromancle si chères à toute l'antiquité. Les Philistins, qui s'adonnaient à la divination, contribuèrent peut-être aussi à en répan­ 1855 JUGES (LIVRE DES), LA RELIGION dre l'usage dans le pays qu’ils occupaient ct surtout dans les régions où, comme chez les Danit es, Ils sc mêlaient pacifiquement aux Hébreux. Sail!, probable­ ment à l'instigation de Samuel, portera un peu plus tard un décret d’expulsion contre les sorciers ct les évocateurs de morts; mais on sait qu’il ne sera guère obéi, tant le peuple avait de goût pour ccs pratiques, et que lui-même ira secrètement demander à une nécromancienne de lui lever, sur le sort qui l’attendait, un coin du voile que Jahvé s'obstinait A tenir baissé. I Sam., xxviii, 7-25. Si ces divers détails représentent assez exactement les divers traits des déformations subies pnr le jah­ véisme dans la masse du peuple hébreu au cours de la période des Juges, il importe cependant de ne pas envisager ce tableau d'ensemble comme l’image de la vie religieuse de tout le pays hébreu A un môme mo­ ment. Dans la réalité, les traits de ce tableau devaient apparaître plus épars. La < canaanlsation » des idées et des rites ne s'opérait point partout d'une manière ni d'une allure uniformes. Ici, la sensualité pouvait dominer, tandis que !A dominait la préoccupation de la terre et du troupeau. Dans les sanctuaires fréquentés de plusieurs lieues A la ronde, le cuite s'était sans doute enrichi en raison de l’aillucnce des pèlerins; il pouvait rester plus voisin de son type hébreu dans certains sanctuaires isolés et dans les canton·» où les jahvéistes, plus nombreux que les Cananéens, tenaient ceux-ci A l’écart. De plus, cette transformation, quand elle s’opérait, ne marchait point partout d’un pas égal. Tantôt rapide ct tantôt lente, tantôt passagère ct vite conjurée, tantôt profonde ct bientôt définitive, elle mil, A vrai dire, plusieurs siècles pour contaminer tout le pays d’Israël. Mais 11 semble du moins que cette œuvre néfaste était plus qu’esquissée quand s'acheva la période des Juges, après le milieu du xi * siècle avant Jésus-Christ. 2° Les forces de résistance du jahoéisme. — En dépit d’une adaptation partielle qui se constate aisément, Israël réussit A ne pas sc fondre en un Canaan simple­ ment renouvelé, ainsi qu’avaient fait les divers élé­ ments de population qui s'étalent établis dans le pays au cours des siècles antérieurs A son arrivée; il demeura lui-même, il garda son individualité, il constitua en Canaan uu peuple nouveau. Cette stabilité frappe l'historien. On ne peut se défendre de sentir que Dieu veilla sur Israel pour assurer sa survivance et l'accom­ plissement de sa destinée; il l’aida en des moments dilliciles à rester un peuple Indépendant et A éviter, dans sa religion, les défaillances Irrémédiables. Les forces qui furent mises en œuvre pour obtenir ce résultat pourraient se ramener A trois : le sentiment de l'imité nationale; l’action des lévites et l'influence des saints de ces anciens temps. 1. Le sentiment national. — 11 fut la plus générale des forces de résistance que le Jahvéisme authentique opposait à l’action néfaste de la religion cananéenne. Les tribus hébraïques avaient conscience qu’il existait plus de liens entre elles qu’il n’y en avait entre elles cl les autres peuples, qu'elles possédaient en propre un fonds commun d’idées et d’aspirations identiques, que l'aide réciproque au temps de la conquête ou A l'heure d’un nouveau danger avait été ct restait pour cliacune un devoir, que leur véritable destinée enfin ne sc réaliserait que par leur union complète ct durable. Ur ce sentiment national, qui pénétrait ainsi le plus intime de la vie d* Israël, dérivait avant tout d’une idte religieuse : c’est que Ton était « le peuple do Jahvé ». Considérable dans le domaine politique, très active dans le domain· moral, l’influence de cc sentiment fut particulièrement bienfaisante dans le domaine reli­ gieux. L'idée que la religion de Jahvé était le bien 1856 propre et réservé d'Israël nous parait une idée étroite; nous avons même peine A la comprendre, parce que le christianisme nous a familiarises avec la conception haute ct noble de la religion universelle. Mal» qui ne volt qu’en partageant avec toute l’antiquité cette idée de la religion nationale. l’Israël ancien était mieux eu mesure de conserver son monothéisme? Car, si ses croyances l'enfer niaient encore comme dans des bar­ rières qui empêchaient les autres peupler de se mêler A lui, il y trouvait aussi une protection. puisqu'elles le défendaient contre la tentation de se rapprocher d’eux. Au.si la période des Juge:, celle des ddbü s de la royauté et même, on peut dire, l’histoire entière d’li­ rai 1 nous montrent elles que toutes les fois que le sen­ timent national s'exaspérait sous la pression d’un danger qui menaçait un groupe ou la totalité des tribus hébraïques, c’était bien pour sauver l’honneur d'Is· raél. mais c’était au nom de l'unité rellgieüic qu'on se levait pour lui faire face : A chaque sursaut national correspondait un renouveau religieux. On en a vu maints exemples A l’occasion des faits rappelés plus haut. La guerre ne se faisait qu’au nom et avec l’aide de Jahvé; aussi la victoire, qtii répondait A la foi des tribus, était vraiment un triomphe pour Jahvé, une renaissance pour la religion d’Israël, une défaite pour les religion t païennes. 2.Les lévites. — Représentants officiels du jahvéisme mosaïque, détenteurs des tôrâs ou instructions divines, gardiens des prières et des rites traditionnels, consulteurs attitré'» et, en droit,exclusifs de l’éphod-oracle, Ils travaillèrent sans trop de défaillances A conserver le jahvéisme dans son intégrité cl dans son unité. S’ils y réussirent pour une part importante, ils le durent d abord au fait que la masse du peuple tenait avant tout à rester fidèle A Jahvé, le dieu de la nation : puisqu'on voulait le servir, on recourait A ceux qui, mieux que d’autres, en pouvaient indiquer les moyens. Ils le durent aussi A cette circonstance providentielle que, seul·» parmi les Hébreux. Ils ne possédaient point de grands territoires en Canaan. Aussi, ceux d’entre eux qui n'avaient pu se procurer quelqu’un de ces bénéfices envie·» que l’on se transmettait de père en fils comme étaient, par exemple, le sanctuaire renommé de Silo dans la Montagne raies et rltinllei d’une sainteté ont contrebalancé l’influence néfaste du paga­ teneur cl d’une obligation identiques pou * * tou les nisme cananéen ct entretenu ou ravivé l’influence Hébreux *Adèle à leur devoir, voilà cc qui cc pays, si bienfaisante de la religion nationale. exigu qu’il fût, n'avait pis encore vu au cour * de sa A côté de ces jahvéistes que leur rôle a signalés à longue histoire. l’histoire, il en existait d’autres qu’elle ne mentionne Il y manquait pourtant encore quelque cho»c. Ç'cût qu’en peu de mots ou qu’elle a complètement oubliés. Dispersés dan» la masse, étranger» à sc» fautes, obscu­ été de voir le culte centralisé à un sanctuaire unique ct t >u» le * Hébreux s’y rendre pour apporter leurs hom­ rément fidèle» aux pratique» cl aux mœurs antique», mages ct leurs offrande» à Jahvé. Bien que ce ne soit ils étaient, au sein du peuple, comme le levain du pat là un Idéal dont notre époque ou nos idée-» nou» jahvéisme aulhcn’lque. Les texte» n’en parlent guère. fassent beaucoup apprécier la hauteur ou l’impor­ Mais Ici ou là pou· tant, on rencontre de ces menus faite significatifs qui suffisent à mettre en lumière les dis­ tance, c’en était un pour ccs Ages reculée dont le·» vue s religieuses diffèrent en plut d’un point si profondé­ positions intimes de ces nobles Ames. Les parents de ment des nôtres. Cette unité cuit udle devait, en somme, Samson et ceux de Samuel, le vieux prêtre Héli et sa tout à la fois exprimer ct sauvegarder l’unité du Dieu belle-fille, femme de Phlnees, sont des exemples de servi, l’unité des croyances et des rites, l’unité du piété profonde et do tenace attachement à Jahvé. peuple même dans l’ordre national. Mais, pendant la On peut bien penser que de semblables fidèles ne période des Juges, s’il sc lit quelques essais dans ce manquaient pas alors en Israël, ct l’on volt assez que, sens, comme, par exemple, la tentative éphralmlte en modeste et silencieuse, leur action ne fut pas d’une faveur du sanctuaire de Silo (Jo»., xxif, 9-34), la réa­ médiocre efficacité pour la conservation, le long des lité demeurait encore extrêmement lointaine de l’idéal siècles ct dan. des milieux fort souvent réfractaires» presque atteint du temps de Moïse. de l’esprit jahvêi»te et des mœurs traditionnelles. L’unité cultuelle, en effet, se trouvait gênée par la C’était parmi ces familles que la ferveur de la reli­ multiplicité des lieux saints qu’on fréquente, par gion suscitait des vocations où le jahvéisme antique réapparaissait sou» des forme» encore plus accusées. l’obscurité où »emble plongée 1’arcbe, par l’étendue du Durant la période des Juges, les nâbis populaires ne territoire hébreu qui complique les pèlerinages au centre, par la survivance de pratiques religieuses parti­ nous sont pas longuement signalés par les textes dont culières à des familles ou à des cités, enfin, par l’érec­ nous disposons. Ce n’est qu’à partir de la royauté nais­ sante qu’il» commenceront leur rôle, dont la vigueur tion de nouveaux autels que les plus saints person­ Intrépide décuplait la bienfaisance. Au défaut desnddü nages élèvent en l’honneur de Jahvé. Cette situation Il y a lieu de signaler les naziréens, c’est-à-dire les religieuse ne correspond point à ce qu’elle aurait été • consacrés ». Samson et aussi Samuel sans doute en si les lois du Pentateuque actuel avaient été observées. sont les représentants pour la présente période. On en a tiré la conclusion que ces lots n’étaient pas L’homme ■ dévoué » l'était quelquefois par ses parents formulées, comme si la pratique dan» une nation n’é­ dès avant sa naissance. Il devait, en général, porter tait en fait que le décalque de la loi dans la réalité. toute sa chevelure et peut-être s’abstenir des boissons Disons plutôt que la loi mosaïque n’avait alors ni fermentée». Il y avait là plus qu’une abstinence de toute l’ampleur ni toute l’autorité qu elle acquerra pénitent, plus qu’une fantaisie d'ascète. En réalité» plus tard, qu’elle représentait un idéal sacerdotal que les populations peu instruites et pas toujours bien dis­ dans la soumission volontaire à cette double pratique, s’exprimait l’intention, mais une intention sans doute posées ne sc souciaient guère de suivre, que les alors des plus confuses, de maintenir, dans le service détails proprement religieux que l’on peut extraire de Jahvé, des formes extérieures consacrées par cer­ de récits de bataille ne sauraient représenter Λ eux taines traditions dont l’origine serait à chercher dans seuls toute une situ.ition religieuse et enfin que nombre de ces récits curent pour auteurs des personnages qui, les âges les plu» reculés. La tète rasée peut-être cl, plus sûrement, l'usage des boissons fermentées mar­ n’appartenant point aux milieux sacerdotaux, n al ta­ quaient, en effet, l'acceptation des mœurs propres aux chaient pas toujours une importance de premier plan population» sédentaires; y renoncer, c’était revenir aux questions proprement sacerdotales. Le sacerdoce lui-même ne présentait point l’aspect dans quelque mesure aux mœurs les plus anciennes, à que lui donnent les ordonnance» mosaïques. Pour celles du temps où le» patriarches, pères de la nation, et les ancêtres contemporains de la révélation mosaï­ l’oblation du sacrifice, en particulier, on en était reste à peu près aux mœurs patriarcale» où le cheikh, ras­ que menaient encore en grande partie la vie nomade ou conservaient au moins, dan» le culte du Dieu qu’ils semblant en lui lou» les pouvoirs qui se dissocieront plus tard, se considérait comme le sacrificateur dans servaient, des pratiques rituelles toutes pénétrées de sa famille. Aux lévites pourtant appartiennent en la simplicité ct de l'austérité du désert. propre des fonctions sacerdotales qu’on ne leur Ces quelques détail» que nous fournissent des textes discute point : ils sont seuls à interroger l’éphod-oracle trop parcimonieux prouvent suffisamment que la vraie et seuls ils touchent et portant l’arche. C’étaient là religion n’était pa», du temps de» Juge», timidement deux fonctions spécialement créées par le jahvéisme cachée dans quelque» sanctuaire» bien fermes, et, mosaïque, de ces innovations religieuses que J’ère mieux encore, qu’elle n’avait pa» disparu, comme on le patriarcale n’avait point connues et dont les chefs de laisse parfois trop entendre. En réalité, la vie jahvéiste, famille ne s’arrogeaient pas l’exercice. Cc n’est qu’à la tantôt s’épanouissant cl tantôt se faisant obscure, pénétrait, s’insinuait, se montrait ou sc devinait par­ longue, grâce au prestige du temple de Jérusalem, u l'appui de la royauté ct A la faveur de» bouleverse­ tout; et partout elle avait encore assez de vigueur et ments politiques que les prêtres arriveront effective­ d'austères attraits pour contrebalancer l’influence ment à posséder le rang et les fonctions que leur exercée par la vie païenne, qui s’étalait odieusement attribuent les codes mosaïque». sur celle terre sensuelle de Canaan. 4° Les idres religieuses. — Les idées religieuses des 3° La vie religieuse. — Grâce à l’influence des prin­ cipes et à l’action des homme» dont il vient d’être milieux jahvéistes a l’époque des Juges ne semblent pas avoir dépassé le niveau où elles se trouvaient du parlé, l'unité du jahvéisme s’était maintenue en Canaan au temps des Juge», unité bien remarquable, temps de Moise. Il ne parait alors ni révélation, ni grande idée directrice nouvelle, ni même une forte per­ si on la met en parallèle avec le morcellement religieux sonnalité religieuse : Samuel ne jouera le rôle qui le met qui avait partagé le Canaan païen entre se» multiples hors de pair à cette époque que dam l’institution de la divinités locales : un seul et même Dieu, un culte uni- 1859 JUGES (LIVRE DES), LA RELIGION royauté. · La parole de Jahvé était rare en ce temps-là.» I Sam., m, 1. Le Jahvéhmc vil on vertu du principe divin qui l’nnime, entraîné par l’impulsion que Moïse lui avait donnée, soutenu par rattachement de ceux qui lui restent fidèles. Mais, autant que nous puissions voir, il ne se développe pas; il résiste aux forces adver­ ses qui l'assaillent; il subsiste avec ses traits essentiels; vu les circonstances, c’est beaucoup. Mais si les croyances qu’il imposait n'étaient guère plus développées qu’à ses origines, cependant quel­ ques-unes d’entre elles prirent alors spontanément un peu plus d’importance ou tout au moins de relief. C’est surtout, semble-t-il, la notion de Jahvé qui, durant cette période, acquiert plus de précision. Π n’est guère contestable que de simples jahvéistes, étrangers au milieu lévitique où la fol pouvait être plus éclairée, entrevoient alors d’une façon plus expli­ cite la conception du monothéisme. Non pas que leurs Idées eussent été clarifiées par une métaphysique qui n’aurait pas trouvé de place dans leur esprit; mais même encore enveloppées dans les manières de voir et de parler courantes à cette époque, elles témoi­ gnent de la hauteur des convictions religieuses de ces privilégiés de la fol. Jephté, par exemple, qui parle du dieu Camosh, bienfaiteur de son peuple, comme il parle de Jahvé, bienfaiteur d'Israël, n’a pourtant pas l’intention d’égaler ces dieux. Jud., xi, 24-28 ct spécia­ lement f. 21, 24, 27. Quelque pouvoir qu’il attribue au dieu de Moab dans les affaires des Moabites, il prétend bien que Jahvé, qui n’en fait pas moins pour les siens, saura contraindre le dieu des païens à res­ pecter ses droits. Pour Jephté, Jahvé est le Dieu d’Israël; c’était l’idée antique sanctionnée par le pacte du Sinaï; mais Jahvé étend son pouvoir au delà des frontières du pays qu’il s’est choisi, et 11 réussira t* trancher un différend que ni les hommes, ni Camosh ne peuvent débrouiller; il montre par là qu’il n’est pas de niveau avec son rival, bienfaisant assurément, mais infirme et d’une espèce médiocre qui n’est pas la sienne. Il y a dans cette croyance d'un jahvéisle qui était un fervent aveugle mais qui, en même temps n’était qu’un soudard, les éléments grossiers et mal dégagés de la foi en la transcendance du Dieu des Hêbn ux. La croyance de Gédéon est moins rudimentaire. Pour lui, Jahvé apparaît bien comme le Dieu. Λ ses yeux, le Baal dOphru, dont, à la suite d'une vision nocturne, il vu renverser l’autel et brûler l’ojérd, n’a évidemment rien d’un dieu; il le méprise, il l'insulte de gaieté de cœur. Car s'il hésite un instant à accomplir son coup d audace, ce n’est pas qu’il redoute la vengeance de ce dieu en qui il ne croit pas; c’est qu’il craint les repré­ sailles des baalisles, parmi lesquels il comptait des parents. De même, l’attitude de son père qui lient tête à la foule en fureur et exigeant la mort du sacrilège, n’est au fond qu'un défi injurieux au Baal : un dieu qui ne sait pas se défendre lui-même, qui ne prend pas sa propre cause eu main, n'est qu'un dieu imaginaire. Jud·, vi, 25-32. Pour les vrais jahvéistes et même en partie pour la niasse, Jahvé était donc le seul Dieu qui comptât vrai­ ment. Par suite, ce que les adorateurs des faux dieux attribuaient de droits et de puissance à leurs vaines divinités, le jahvélste pensait bien que son Dieu les possédait aussi. Sur les biens de la terre cl de l’étable, Jahvé exerce autant de pouvoir que le Baal le plus ginectux. Pour les sacrifices humains, pour les sacri­ * fice d enfants en particulier, où le * baalistes devaient se vanter de surpasser les fidèles de Jahvé par leur générosité odieuse ct cruelle, Γ Israélite savait répondre * *on Dieu n’était pas moins exigeant que les leurs. qu Jcpbté les en pouvait convaincre en les imitant. Mali ks Hébreux ripostaient avec plus de noblesse en oppo­ 1860 sant la bonté de Jahvé à la soif do sang du Baal. Car Jahvé, lui aussi, réclamait des siens l’oblation du pre­ mier-né de l’homme commo l’offrande du premler-né de la bête du troupeau. Mais, montrant par là son horreur pour l’effusion religieuse du sang humain, Il les rendait, aussitôt offerts, en retour d'une victime de rachat qui ne les valait point. Jahvé témoignait encore son attachement à son peuple par les théophanies. Celles que rapporte le Livre des Juges sont accordées par l'intermédiaire du < Messager (ou Ange) de Jahvé » ou « de Dieu ». Ce personnage se montre à la Maison d’Israël, Jud., n, 1-5; à Gédéon, Jud., vi; aux parents de Samson, Jud., xm. Il est aussi mentionné dans le cantique de Débora, Jud., v, 23, mais peut-être, en raison de la surcharge qu'il apporte au vers, faudrait-il lire simple­ ment « a dit Jahvé » en supprimant < l'Ange de »; par contre, il conviendrait de le restituer, d’après le grec Alexandrinus, dans Jud., iv, 8 (Baraq ct Débora), Dans les deux théophanies dont sont favorisés Gédéon ct les parents de Samson, le messager de Jahvé a une forme humaine ; il converse ; mais il refuse de manger le repas qui lui est oITert comme à un hôte. C’est seule­ ment lorsqu'il disparaît de façon mystérieuse que ses Inlerloc ueurs comprennent enfin qu’ils n’ont pas eu affaire à un homme mais à un être divin, dont la vue les expose à la mort. Dans ces divers cas, il s’agit clai­ rement d’une manifestation divine. Mais la nature du messager et sa relation avec Jahvé demeurent assez obscures. Non seulement ici, mais dans les autres passages où il apparaît (il ne se trouve mentionné que pour la période ancienne de l’histoire d'Israël), tantôt il semble être Jahvé lui-même se manifestant, tantôt il paraît être distinct deJahvé.Aussi n*est-U pas Invrai­ semblable qu'il faille distinguer dans les croyances qui sc réfèrent à lui deux idées, d'abord distinctes, qui sc fusionnèrent par la suite. Aux périodes très ancien­ nes on pensait que Jahvé entrait en relation avec les hommes, soit en se manifestant personnellement à eux sous forme sensible, soit en leur envoyant, tout comme fait un roi pour ses sujets, quelque messager à ses ordres qui le représentait. Mais un temps vint où, le respect de la divinité se faisant plus scrupuleux, on répugna à dire que Jahvé, l'être inaccessible ct Imma­ tériel, prenait une forme humaine. Sous l'inspiration de cette réserve, on aurait retouché les récits, soit oraux soit écrits, en faisant intervenir, même là ou primitivement Jahvé paraissait lui-même, un messa­ ger qui prenait sa place, parlait, commandait et restait mystérieux comme lui. Cette manière de voir pourrait se justifier par plusieurs passages où Jahvé ct son ange apparaissent tour à tour (voir, par exemple, Jud., vi, 14, 16, 23, Gédéon; xm, 22, Manoé) ct par d'autres où l'addition de « Ange de » à Jahvé, soit dans l'hébreu soit dans le grec, indique suffisam­ ment la retouche intentionnelle. Sur cette question, voir Gunkel, Genesis, 4· édit., p. 187; Lagrange, L'Ange de lahtrf, dans Revue biblique, 1903, p. 212 sq. Enfin, en ce qui concerne la grande idée religieuse qui a inspiré la rédaction du Livre des Juge * en parti­ culier, à savoir que l'oppression était un châtiment de l'impiété, le retour à Jahvé un résultat de l'oppression, et la victoire la conséquence du retour à Jahvé, cette idée historico religieuse n’était pas aussi absente de l’esprit des Hébreux de cette période qu'on le prétend parfois. Sans doute elle ne lient pour bien dire aucune place dans les récits anciens utilisés par la rédaction; ils sc bornent plutôt à raconter les événements, avec des préoccupations religieuses sans doute, mais non avec l'intention de souligner le caractère de châti­ ment que les rédacteurs attachent, dan * leurs intro­ ductions, aux diverses oppressions. li n'y a guère que Jud., v, 8 : . il (on?) choisit d’autre * dieux" alors 11 1861 JUGES (LIVRE DES) JUGES (OBLIGATIONS DES) guerre était aux portes », qui pourrait, dans un texte ancien, servir à appuyer la thèse générale du Livre des Juges. Mais ce sens, que ne suivent ni la Vulgate ni le syriaque, n'est pas établi d'une façon sûre, car le texte est clairement en mauvais état. Toutefois, si cette thèse n’est pas présentée par les anciens récits, il n’y a pas lieu de douter qu'elle était à la portée des esprits religieux de ce temps; elle domine toute l'histoire de l'antiquité, pour qui un fléau, de quelque nature qu'il fût, était un châtiment de la divinité, ct pour qui il n'y avait qu'un moyen d'apaiser le courroux de celle-ci, à lavoir : la mieux servir. Du reste l’idée de la rétribu­ tion du mal est suffisamment mise en lumière par un texte ancien, Jud.. ix, 16-20, 56, 57, ù propos d'Abiméléch et des Sichémites. ct c'est lâ un point de vue moral et religieux à peine différent de la thèse des rédacteurs plus récents du Livre des Juges. I. Textes et Versions. — 1· Texte hébreu. — Sauf pour le Cantique do Débora, Jud., v, le texte hébreu du Livre des Juges est relativement meilleur que celui des Livres do Samuel, ot, pour les parties historiques, que ceux de Josué et des Rols. On trouvera dans Burney, The Book of Judges, 2· édit·, p. cxxin, cxxiv, une liste dts altérations et addi­ tions, qui pouvont êtro considérées comme étrangères au texto primitif ot dues à dos négligences de scribes ou à l’insertion do gloses. 2· Texte grec. — L'édition la plus complète ot la plus récente est contenue dans Brooke et Mac Lean, The Old Testament in Greek according to te Text of Codex Vaticanus, 1.1, The Octaleuch; part, tv, Joshua, Judges and Huth, Cam­ bridge, 1917. Cotte édition a été précédée par The Book of Judges tn Greek according to the Text of codex Alexandrinus, Cambridge, 1897, par les deux mêmes auteurs. Cette double édition indique à elle seule la question que soulève le texto grec des Juges. Ce texte est, en fait, représenté par doux groupes de traductions, qui, d'après l'avis des deux éditeurs précités, ne représentent probablement ni l'une ni l'autre lo vrai texte des Septante; celui-ci ne pourrait être établi quo par une critique textuelle qui saurait utiliser les diverses traductions, les restes des llrxaples et le texte hébreu. Les deux groupes do traductions grecques se répar­ tissent ainsi : 1· Alexandrinus A, Coislianus, Basilico· Vaticanus, Sarravlanus, pour les onciaux; le texte de Lagarde, dans Librorum Veteris Testamenti canonicorum pars prior, Gœttingue, 1883, que l'on croit représenter la révi­ sion do Lucien, celui do la Polyglotte d'Alcida, des mss S 4, S9, 78, 82 do Holmes et Parsons, do l'vdltlon vénitienne Aldine et des mss 120, 121 do Holmes, pour les cursifs;— 2· Vaticanus B, codex du British Museum Add. 20 002, pour les onciaux; treize mss de Holmes et Parsons et lo texte Imprimé dans la Catena Xicephori, Leipzig, 1773. Cette classification est duo à Lagarde (Septuaginta Studien, part, i, 1891) et ù Moore. Quant à la valeur de ces deux groupes, les conclusion * générales sont résumées ainsi par Bumoy, loc. cit., p. cxxvn : A ot B représentent des tra­ ductions distinctes de deux originaux hébreux différents, qui présentaient des variation * do détail importantes; celui qu'a suivi B est plus voisin de notre texte hébreu; celui qu'a suivi A présente maintes lectures meilleure»; mais il y a tout lieu de croire quo la traduction la plus récente, qu'elle soit A ou B, a utilise la plus ancienne; celle de A a été remaniée ot contient plusieurs doublets. D'après les citations des Pères, Moore a essayé de dater les doux groupes principaux de versions; pour lui, A serait la première en date. Mais ce jugement aurait besoin d'être revu. 3· Vulgate, Peshittd, Targum. — Cos trois venions sont très voisines de notre texte hébreu» 4· Autres versions. — Au groupe grec A se rattachent l'arménien· la Velus Latina, la syro-hexaplalre et l'éthloplenno; au groupe B, ie * quoique» fragments connus des venions sahldique ot bohafrlque. IL Commentateur». — 1· Pères. — Orlgèno, In Judices, P. G., t. xn, col. 345-350; In Judices homllisr, ibld., col. 951-930 ot dans P. Batiffol, Tractatus Orlgenis (T), Paris, 1900; Adnotat. in Jud., P. G., t. xvm, col. 37-iO; S. Ephrcm, ln Ubrum Jud., dans Opera, Rome, 1«3/, t. f, p. 308-330; S. Augustin, Locutiones in Hcptat.,1. VII. Qutiit. in Ihptat., 1. VII, P. L., t. xxxiv, col. M1-518 ot 701-824; Théodorct, ln Jud,, P. G., t. lxxx. col 485 *518; Procopc de Gaza, ln 1862 Jud., Ibid., t. Lxxxvria, col. 1041-1080; S. Isidore de Séville. Qusest. In Jud., P. L., t. lxxxih, col 379-392. — 2· Afoi/en Age. — Bède, P. L., t. xcin, col. 423-130; S. Patère Expo· ifffo.l.VI, t. lxxxx, col.785-730; Haban Maur, t.cvn.col. 1109-1200; Walafrid Strabon, G loua, t. cxinr, col. 521-540; Rupert, De Trinitate etoperibus efu», ln Ubr. Jud., t. ci-xvn, col. 1023-1000 ; Hugues de S. Victor, Adnot, élucida· torlse ln Ubr. Jud., L clxxv, col. 87-95; Hugues de Saint-Cher, Postilla, Cologne. 1621, L T, p. 195-214; Nicolas de Lyre, Postilla, Venise, 1588, t. n ; Denys le Chartreux, Opera, Cologne, 1533, t. if. — 3· Modernes. — X. Catholiques. — Tostat, Opera, Cologne, 1613, t. v c; Arias Montanus, De oaria republica seu comment, in Ubr. Jud., Anvers, 1592; Marcellinus Evangelista, ln Ubr. Jud., Venise, 1393; Serarius, Judices el Ruth explanati, Mayence, 1603; Bonfrère, Josue, Judices, Huth commentario illustrait, Paris, 1631 (reproduit dan * le Cursus Script. Sacrer de Migne,t.vnx, col. 525-1114; Magallon, In Judices, Lyon, 1626. Vlllaroèl, Judices commentariis... illustrati, Madrid, 1635 ; Vega, Comment... In Judices, 3 in-fol., Lyon. 1671 ; Felliblen; Pentateucha» historicus, Paris, 1704; Hol big In lib. Josue, Judicum, Huth, Cologne, 1717; Calmet, Commentaire, 2· édit., Paris, 1724, t. Il; Clair, Les Juges et Huth, Paris, 1878; F. von Hummclaucr, Comment, in Ub. Jud. et Huth, Paris, 1889; Netclcr, Das Buch der Hichter, 1900; Laigiange, Le livre des Juges, Paris, 1903; Zpairtal, Das Buch der Hichter, 1923. — 2. Protestants. Parmi les modernes, citons : *cnmQllcr, Ro Leipzig. 1835; Studer, Das Buch der Bidder, 1835 ; 2 * edit., 1812; Bcrtrau, Leipzig. 1845; Cassel, Das Buch der Hichter, Bioiofeld, 1863; 2· édit·, 1887 ; Bachmann, Das Buch der Hichter, c. /-IF, 1363; Kell, Comment, uber das A. T., t. in a, Josua, Hichter und Ruth, Leipzig, 1363, 2· édit», 1874; Black, The Book of Judges, Cambridge, 1892; Oettll, Deuteron., Josua und Hichter, Munich, 1893; Budde, Hichter und Samuel, Giessen, 1890; Moore, Judges, Edim­ bourg, 1895; Budde, Das Buch der Hichter, Fribourg-enBrisgau, 1837; Nowack, Hichttrbuch, 1900; Lias, Ths Book of Judges, Cambridge, 1902; Cooke, The Book of Judges, 1913; Burney, The Book of Judges, 2« édiL, Londres, 1920. III. Travaux» — Bôhl, Kanander und Hebrdcr, Leipzig, 1911; Brcosted, Ancient Hecords of Egypt, t. iv, Chicago, 1907; L. Dcenoyers, Histoire du peuple hébreu, t. i, La période des Juges, Paris, 1922; Dhonne, Les livres de Samuel, Part», 1910; Driver, Soles on the Hebrew Text and the Topography of the Books of Samuel, 2· édit», Oxford, 1913; E. Kûnig. article Judges (Book of the) dans Die· tionary of the Bible, t. U, p. 809-820; Lagrange, Eludes sur les religions sémitiques, 2· édit., Paris, 1905; Maspero, Histoire ancienne des peuples de TOrient classique, t. il, Paris, 1897; Moore, 7 he Book of Judges, traduction anglais· (1898) et texte critique polychrome. Leipzig, 19 présumé, de celui qui se soumet à la peine. C’est ainsi qu’on absou­ dra le Juge qui condamne à l’amende un prêtre qui a procédé à la bénédiction nuptiale avant que le mariage civil ait été célébré. Il en est qui ont contesté la doctrine communément reçue, à savoir : qu’un juge no peut en aucun cas prononcer une sentence conformément à une loi injuste. Ils prétextaient que lu fonction du Juge se borne à déclarer le droit, à définir la loi, à en révéler lu teneur. Or expliquer une loi, soit juste soit injuste, est chose de sol indifférente. Il est douteux qu’un juge accepte ce rôle diminué qui est plutôt le rôle du jurisconsulte. Autre, en effet, est la portée d’une j 1866 sentence judiciaire : elle crée un droit nouveau qu’on a souvent qualifié de loi particulière; elle engendre une obligation nouvelle de conscience, l'obligation soit de subir une peine, soit d’accepter un droit défini, soit de tenir pour juridique la solution de doutes. 3e D'une manière générale, un juge doit t'en tenir aux preuves juridiques et juger une cause secundum allegata et prorata. — Il pourrait arriver qu'il sût pertinemment, de science privée, en son for Intime, le * conclusions Indiciaires absolument fausses. Mais dans le Juge en fonction le particulier s’efface, il n'y a plus que le magistral dont le devoir est de s'éclairer et d’agir d’après des témoignages et une science d'ordre public. C’est le sentiment communément admis par les auteurs si la sentence portée est en matière civile. On suppose évidemment que le Juge ne peut en aucune manière faire tomber les preuves légales cl juridiques qui motivent son jugement. Il est entendu de même que, au for de la conscience, la partie gagnante ne peut se prévaloir de la sentence obl< nue. De l'aveu de tous, en matière de crime ou de délit, le juge est obligé d'absoudre l'accusé qu’il sait être coupable mais dont la culpabilité n'a pu être juridiquement établie. Le condamnant, il pécherait à la fois contre la justice légale cl la justice commutative. S’agit-il, au con­ traire, d'un prévenu que le juge en son âme et cons­ cience sait être innocent, mais qui a malheureusement contre lui toute» les preuves légales cl Juridiques, la question est controversée entre moralistes. Il est inté­ ressant d’entendre les opinions divergentes de mai» res de la théologie morale et les principes de solution auxquels ils se sont arrêtés. Assurément, dans ce cas angoissant pour la cons­ cience, un juge ne doit rien épargner pour soustraire un innocent aux risques de l’accusation; il aura donc recours à tous les expédients de la procédure, il épuisera tous les moyens dilatoires· ou même il fera évoquer l'affaire à un autre tribunal. La charité envers un malheureux prévenu et son bon droit surtout, en font au juge un rigoureux devoir. Cependant si le Juge ne peut par aucun moyen sauver l'innocent que la justice tient pour convaincu, saint Thomas estime qu’il est en droit de le condamner, secundum allegata et probata, cl il u excepte pas le cas de cause capitale. Le juge est un homme publie; il ne lui appartient de Juger qu’en cette qualité seulement : la science qui éclaire sa religion ne peut être non plu» que du même ordre. Les renseignements privés dont il dispose, s’ils contredisent formellement les témoignages légalement reçus et les preuves juridiques, ne peuvent servir qu’à le rendre plus attentif et plus sévère dans l’examen et la discussion des charges qui pèsent sur l’inculpe. El si l’innocent succombe, s’il est condamné à la peine de mort, cc n’est point le juge mais les faux témoin» qui le tuent. S. Thomas * Sum. theol., IP-II·, q. lxiv, a. 6. ad 3 ·; q. uxvn, a. 2. * Si cette opinion n’avait été mise en avant par l'Ange de l’Ecole, peu d’auteurs auraient osé la soutenir. Bcconnaissons pourtant qu elle heurte le sentiment plutôt que la logique et le bon sens. Saint Bonaven­ ture nie absolument qu’un juge soit jamais en droit de condamner un innocent; il considère l'acte comme intrinsèquement mauvais dans tous le·» cas. D’autre-, de Logo, Lessiu-, saint Alphonse distinguent selon le genre de peine encourue. Il serait permis au juge de condamner un innocent sccuadum allegata et probata, toutes les fois que la peine Infligée s’arrête aux biens extérieur·», comme amende, suppression de charge, etc., parce que la société conserve >ur cette sorte de biens un haut domaine et peut en déposséder quelqu'un, dan» l’intérêt de tous, pour le maintien par exemple, de l’ordre régulier de la Justice. H Vn 1867 JUGES (OBLIGATIONS DES) 1868 serait autrement s’il l’agissait de peines qui atteignent trairement cl contre tout droit, exonère un condamné la personne même» telles que la peine de mort, la dc l’amende dont est frappé un délit. II n’est pa< mutilation ou l’emprisonnement. Comme la société obligé de restituer ni au fisc ni à un particulier quel­ ne peut rien entreprendre contre In vie ou la liberté conque; car avant la sentence du tribunal, nul n’a un droit strict do percevoir l'amende. d’un innocent, il ne lui est pas permis d’autoriser un juge a le faire. En pratique» au tribunal de la pénitence III. Obligations analogues a ci lles du juge. — on n'a pas le droit d’inquiéter un juge qui adopte 1° Les jurés. — Les obligations des Jurés sont ana­ l’opinion dc saint Thomas. logues à celles des Juges. 11 convient d’en dire un mot. 4e Quelle sentence un juge est-il tenu de prononcer Par jurés, on entend des citoyens assermentés que dans les causes douteuses? — La cause est douteuse le droit moderne a établis juges du jail. Ils sont chargés dans les affaires portées devant la Cour d'assises, de ou parce qu’on ne peut établir avec certitude le se prononcer, suivant leur conscience ct après avoir crime, le délit, le fait qui justifie la poursuite» ou suivi les débats judiciaires, sur la culpabilité ou la parce que la loi est Interprétée diversement par les juristes : dans un cas, c’est le doute de fait, dans l’au­ non-culpabilité d’un prévenu, l’application de la peine édictée par la loi étant réservée aux magistrats tre, le doute de droit. La cause encore est civile ou proprement dits. De leur verdict, soit qu’il condamne, en matière criminelle. S’il s’agit d'une aiTalrc crimi­ nelle, le juge doit prononcer en faveur dc l’accusé. Il soit qu’il absolve, les Jurés n’ont à rendre compte devant aucune juridiction humaine. Ceci n’est pas s'exposerait, en le condamnant sans être certain de sans danger pour la morale publique, si les membres son crime, à punir un innocent. S’agil-11 d’une affaire civile, il est tenu dc juger en faveur dc celui qui dont sc compose le Jury ne sont pas des hommes d’une possède, selon un adage du droit : In dubio melior est parfaite intégrité. conditio possidentis. 11 est équitable de ne point sacri­ Bien que dépourvus de science Juridique, appelés ù fier le droit du possédant tant que le droit de la partie se prononcer en des causes difficiles, embrouillées, les adverse n’est pas dûment établi. Telle est l’opinion citoyens désignés pour la fonction de jurés, peuvent de saint Alphonse de Llguorl, considérée comme plus en toute sûreté dc conscience, accepter de la remplir. commune. Si aucune des parties n’est en possession de 11 est nécessaire, mais ll suffit, qu’ils aient la ferme la chose contestée, le juge doit se déclarer pour la volonté de ne jamais condamner un accusé s’il n’est partie dont le droit est Je mieux appuyé, parait le certainement coupable. Pourvu qu’ils soient sans plus probable, comme il résulte de la proposition passion et qu’ils suivent attentivement les débats, suivante condamnée par Innocent XI : Probabiliter ils ne seront pas amenés à condamner un innocent. existimo, judicem posse judicare juxta opinionem etiam Il leur arrivera peut-être d’absoudre un coupable, minus probabilem. Denzinger-Bannwart, n. 1152. mais c’est là un accident qui lient moins aux jurés Dans le cas où les raisons sont également probables eux-mêmes qu’au vice dc l’institution du jury. de part ct d’autre, ou même dans le doute sur leur La persuasion intime, d’après laquelle un juré doit équivalence, le juge pourra, disent les uns, partager émettre un vote ou pour ou contre l’accusé, résulte entre les parties adverses le bien en contestation, ou non seulement des débats judiciaires mais encore des les amener â s'arranger entre elles, répliquent les renseignements privés dont ll dispose. 11 ne saurait autres, ou même, s’il n’y parvient pas, donner gain donc tenir pour coupable un Inculpé juridiquement de cause à la partie dc son choix, comme ont pensé convaincu mais que de science privée il sait Innocent. d’aucuns. Jamais cependant, même en ce cas, il ne Si quelque Juré moins intelligent, arrêté par les diffi­ lui sera permis d’accepter les dons qu’une des parties cultés d’une cause obscure, ne peut se fane une lui offrirait, afin d’être favorisée de préférence à conviction, il a le devoir de voter en faveur de l’accusé l’autre. Cette pratique est réprouvée dans la proposi­ ou du moins de déposer un bulletin blanc. Dans le cas tion suivante condamnée par Alexandre VII : Quando où, d'après les dépositions légalement reçues et les litigantes habent pro se opiniones æque probabiles, preuves Juridiques, l’accusé serait tenu pour innocent, potest judex pecuniam accipere pro /erenda sententia in bien que, de science privée, un juré le sût perllnemcnl favorem unius præ alio. lbid.t n. 1126. coupable, à quoi ce Juré devrait-il se résoudre? 5· A quoi est obligé le juge qui a prononcé une Pourrait-il l'absoudre, sous prétexte qu'il n’est pai sentence injuste? — Un juge qui, par une faute permis de faire abstraction des débats judiciaires? théologique ct grave, qu elle soit l'effet d'une volonté Devrait-il au contraire, le condamner pour ce motif inique, de son ignorance ou de son Incurie, porte une que la loi même l'oblige à se prononcer selon la per­ sentence contraire à la justice, est tenu de la révoquer suasion intime de sa conscience? On a répondu tour s’il le peut, dût-il en éprouver lui-même un gros à tour dans les deux sens. Nous estimons cependant préjudice, ct s'il ne le peut pas, il doit indemniser que ce Juré n'hésitera guère à voter un verdict de tout le tort qu'il leur a fait ceux dont il a lésé les d'acquittement; car l'intime persuasion de la cons­ intérêts. 11 en serait autrement si l’injustice commise cience dont parie la loi, s’entend plutôt ct d’abord de par le juge n’était de sa part aucunement volontaire, la conviction qu'engendrent les preuves légales el juri­ ou ne l’était pas suffisamment pour constituer un diques. péché mortel. 11 devrait encore révoquer le jugement 2° Avocats. — Nous rattachons ce sujet à celui des rendu, mais dans le cas seulement où il le peut sans juges parce qu'on a omis de parler Jusqu'alors ex giaud inconvénient pour lui. Notons pourtant qu’il I professo des obligations des avocats, et parce qu'il n’est point totalement étranger à la matière qu’on y est oblige de ne rien omettre de ce qu'il peut faire traite. L'avocat a pour profession de plaider en Justice commodément, pour empêcher les conséquences la cause d’un client, au civil ou au criminel. Au talent d'une erreur ou d'un oubli qui, bien que légers, involontaires, demeurent son fait; ct s’il se rendait en de la parole, 11 est nécessaire qu'l) joigne une science cela coupable de négligence grave, il devrait réparer juridique compétente. Les conseils qu’il esl appelé à tout le dommage cause par la sentence injuste qu’il donner, les Intérêts parfois considérables dont il prend la défense lui en font un devoir. 11 y aurait de su part a rendue. Le juge qui Inflige une peine exorbitante, une témérité grave à se charger d’une affaire «ju'll se pèche contre la justice commutative, et ll doit réparer le tort qu’il fait. La peine est censée exorbitante sentirait incapable de plaider; ll perdrait inévitable­ ment sa cause et 11 devrait réparer tout le dommage lorsque, sans cesser d’être légale, elle ne lient pas Imputable ύ son ignorance. compte des circonstances attenuantes non plus que de la jurisprudence des tribunaux. Si le juge, arbi­ I Les obligations d'un avocat dont nous formulons 1869 JUGES (OBLIGATIONS DES) — JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES) brièvement les principes, se rapportent au genre de causes qu’il lui est permis de soutenir, au devoir de la fidélité envers son client el aux honoraires qu'il peut légitimement exiger. 1, Un avocat ne peut se charger indifféremment ae toutes sortes d'affaires mais seulement d'affaires fuites.—a )En matière civile, Il doit refuser de plaider une cause qu’il suit pertinemment être Injuste, autrement dit, une cause qui tend ù violer le droit de propriété, ou les règles dc la justice cl de l'équité. Dans l’espèce, il n'a pas le droit de conseiller aux parties un arran­ gement à l'amiable : la conciliation ne pourrait être que préjudiciable à la partie adverse. SI l'affaire est douteuse, c'est-à-dire si elle offre, À défaut d'une certitude, une vraisemblance ou une simple probabilité dc justice, l'avocat pourra s'en charger; il le pourrait encore dans le cas où les prétentions de son client lui sembleraient moins probables que les prétentions de l'adversaire. Car ce qui parait moins probable à l'avocat peut être plus probable aux yeux des Juges; et il arrive assez souvent après les débats Judiciaires qu’une cause, qui avait semblé d’abord douteuse, moins probable, se révèle certaine ou plus probable. C'est le sentiment dc saint Alphonse dc Llguorl, Theot. moralis, 1. IV, n. 222. Cependant il n'est pas impossible que le contraire sc produise. SI, au cours du procès, la cause qu'il défend lui apparaît évidemment Injuste, l'avocat devra en prévenir son client cl l’aban­ donner. S'il n’abandonnait pas l’affaire ct s’il en cachait la nature dans la crainte que le client ne renonçât à poursuivre son procès, l’avocat contracte­ rait l’obligation dc réparer tout le dommage qu'au­ raient éprouvé l’une et l’autre partie; ou si le client dûment averti ct l'avocat, son mandataire, persis­ taient A plaider, tous deux seraient tenus solidairement d’indemniser la partie adverse, au moins de scs frais et dépens, au cas où elle viendrait à gagner le procès. b) Au criminel, un avocat ne peut accepter d’aider de ses conseils et dc sa parole, la partie civile, que si la cause est certainement Juste. Mais il lui est permis dans tous les cas de défendre l'accusé, soit qu'il l'estime innocent, soit qu'il le sache coupable. Plaidant en sa faveur, il ne fait point pour autant l’apologie du crime; il se montre simplement humain envers un malheureux prévenu, qu'il s’évertue à arracher aux mains dc la justice, et dont il s’efforce tout au moins d’atténuer la faute. L'avocat pourra donc déployer toute son habileté pour ruiner les témoignages et les preuves à charge, empêcher que la démonstration du crime soit établie : l'acquittement d'un inculpé n’est une injustice envers personne, ct l'ordre public n'exige la condamnation du coupable, que s'il est juridiquement convaincu. Mais, soit au civil, soit nu criminel, l'avocat doit s’interdire tout moyen dc défense qui serait contraire à la justice, à l'ordre, à la morale. 11 ne lui est pas permis dc soutenir par le mensonge, par des docu­ ments supposés, par un appel Λ de faux témoins la cause la plus Juste, la cause de l'innocent. Le recours ù des pratiques frauduleuses serait une faute énorme contre la justice commutative, contre la justice légale ou tout nu moins contre la vérité. /\u reste, l’avocat assez imprudent pour sc les permettre, s’exposerait Λ toutes les rigueurs du droit, lui ct son client, si la fraude était découverte. 2. Un avocat est tenu envers son client à ta fidélité. La fidélité l’oblige à soigner les affaires de ses clients en bon père dc famille, ne négligeant aucun des moyens ordinaires propres ù les faire réussir, évitant aussi de compromettre les intérêts de sa partie par des lenteurs coupables. La fidelité l’oblige, en outre, à peser mûrement le pour cl le contre do la couo, À bien instruire lo client de ce qu'elle vaut, lui décou­ 1870 vrant s'il l’estime Juste ou Injuste, certaine ou dou­ teuse, à le tenir au courant de tout fait nouveau qui, survenant, changerait la face de son affaire. D est bien des gens qui. dans le doute, ne veulent pas courir les chances d'un procès; à plus forte raison s'abstien­ dront-ils, si l'avocat leur affirme que leur cause ne vaut rien. Il peut arriver que, faute de s'ouvrir a son client de ce qu'il pense de son procès, l'induisant plutôt en erreur, un avocat se rende coupable d’injus­ tice envers lui. Il y aurait Infidélité positive de sa part à abandonner la cause dont il s'est chargé pour entreprendre de plaider la cause adverse, mats surtout à communiquer à l'adversaire les secrets de son client ou autres rensei­ gnements utiles. L'avocat doit abandonner la cause de son client, s’il découvre qu'elle est injuste; cepen­ dant il ne pourrait, sans se montrer malhonnête, peu délicat, se charger ensuite de la cause adverse : la justice, en tout cas, lui interdit d'user des secrets du premier client pour servir les Intérêts du second. 3. L'avocat a droit à des honoraires. Les règlements de l'ordre et la coutume d’ordinaire les fixent. Cepen­ dant il n’est pas défendu à un avocat de tenir compte de la condition sociale de ses clients, exigeant davan­ tage d'hommes opulents et riches. La circonstance de science et d'habileté d’un avocat en renom justifie de même des honoraires plus forts. En aucun cas, un avocat ne voudra déshonorer sa profession par un amour trop prononcé de l’argent; il pourra toujours dans la fixation de ses honoraires, s'en rapporter au jugement de gens prudents et désintéressés. Les moralistes ne manquent pas de rappeler qu’il est du devoir d'un avocat de défendre gratuitement la cause des pauvres. Ils distinguent entre les cas de nécessité extrême, grave ou commune : ce n'est qu'une application du précepte de la charité. En France. I le tribunal accorde aux nécessiteux Yassistance Judiciaire et il désigne d’office l’avocat qui devra à son tour plaider leur cause. La charité et l’honneur I l'obligent à s'acquitter de sa mission avec conscience. S. Thomas, Summa theologica. ÎÎMI·, q. Lxnr, a. 6, ad3··; q. Lxvn; q. lxxi; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis. I. IV, 192-215, 219-232; Th. Gousset, Théo­ logie morale, t. I. Parts. 1345, n. 1054-1038, 1000-1062; Cl. Marc, Institutiones morales alphonslansr. t. 11, Hom·, 1835, n. 2207-2302,2316-2332; G ury-Bal lerinl, Compendium theologian moralis, t. IX, Rome, 1337, n. 1-6, 9-14 ; Lehmkuhl, Theologia moralis, t. i, Fribourg-en-Bri%gau, 1390, n. 801810, 822-323; Noldin, Summa theologize moralis, t. n. De praeceptu. luspruck, 1911, n. 719-723, 735-738; Sebas­ tian!, Summarium iheologiss moralis. 2· ôdlU, Turin, 1918, n. 373-375. A. Thouvkntn. JUIFS (Oonlrovereee avec lee)· — Ce n’est Id qu'une esquisse incomplète : une esquisse parce qu'un sujet aussi vaste ne saurait être approfondi en quel­ ques pages, une esquisse incomplète parce que bleu des textes, surtout orientaux, n’ont pas été publiés encore. Il ne sera pas question de la Ûltératurc relative au judéo-christianisme et à l’affaire de la Pâque, ni de la polémique des Juifs contre les chrétiens, mais uni­ quement de la polémique des chrétiens contre les Juifs. La division adoptée est celle de I'hlstoire même du judaïsme postchrétien : I. Des origines au triomphe de T Église (313). — Le christianisme et le judaïsme se séparent ct le judaïsme prend part, dons une certaine mesure, aux persécutions contre les chrétiens. IL De 313 à 1100. — L’État, devenu chrétien, commence à légiférer contre les Juifs; en général, l'application des lois est plutôt bénigne (col. 1876). III. De 1100 à 1300. — La législation antijuive * aggrave; les Juifs sont traités avec plus de rigueur 1871 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DES ORIGINES Λ 313 el finalement expulses de presque tous les pays de l’Europe occidentale (col. 18 *87). IV. De ISOOà 17 ΛΡ.— Les Juifs vivent dans l'affaisse­ ment, mais peu à peu leur sort s'adoucit; la fermenta­ tion des principes que fera prévaloir la Révolution fran­ çaise prépare pour eux des temps propices (col. 1889). \.De 17&9ànosjours.— C’est l’époque de l’émancipa­ tion civile, puis des luttes de l'antisémitisme (col. 1909). Thavaux d'knsemule. — Il nVxhte pas do travail dVnsrmblo Mit biaisant. Pour la bibliographie, voir C. J. Imbnnatl, Bibliotheca latino-hcbratca lier de scriptoribus latinis qui contra Judivos pel de re hebraica utcumque scripsere, Home, 1694 (fourmille d'inexactitudes); J. C. Wolf, Biblio­ theca hebrtra, Hambourg, 1715, t. u, p. 96-144; J. A. Fabricius, Delectus argumtntorum et syllabus scriptorum qui veritatem religionis christ ianor adversus attiras, e pieu reos, deisfas seu naturalistas, idololatra *, Judirosel mahuinmedanos lucubrationibus suis asserat runt, Hambourg, 1725 (soigné); Λ. C. Me GifTcrt, Dialogue between a Christian and a jew, Marbourg, 1889, p. 12-17 (défectueux); J. Juster, Examen critique des sources relatives à la condition juridique des Juifs dans l'empire romain, Paris, 1911, p. 27-54, et 1-es Juifs dans l'empire romain, leur condition juridique, économique cl sociale, Paris, 1914,1.1, p. 60-119 (nombreux renseigne­ ments, ne dépasse pas la période des Pères). Pour l'étude des Idées, voir, avec les trois ouvrages (superficiels) de K. Werner, Geschichte der apologetischen und poltmischm Literatur der christlichcn Thcologie,2· édit., Ratisbonne, 1889, 1.1, p. 2-8 *1 ; Der heil. Thomas von Aquino, Kathbonnc, 1858 * t. I, p. 6X1-663; Geschichte der neuzeil­ lichen christlich-kirchlichen Apologctik, 2· édit., Ratisbonne, 1889; J. .Martin, L'apologétique traditionnelle, Paris, 1905, 3 vol. (Intéressant, un peu systématique); O. Zôckler, Geschichte der Apologie des Christentums, Güters­ loh, 1907 (Incomplet). Pour la connaissance du milieu et des conditions histo­ riques oü s’est déroulée la controverse, voir l'historien juif H. GiÛlz, Geschichte der Juden, Leipzig, 1860-1875, 11 vol., trad, franç. abrégée L. Wogue et M. Bloch. Paris, 18821897, 5 vol.; F. Vernet, Juifs et chrétiens, dans le Diction­ naire apologétique de la fol catholique, Paris, 1915, t. il, col. 1651-1764. 1. Des origines au triomphe de l’Église (313). — 1® Les écrits. — 1. Écrits conservés. — Toute la polémique antijuive est en germe dans le Nouveau Testament, surtout dans saint Paul; la lettre aux Gulalcs peut être considérée comme le premier monu­ ment de cette littérature. Cf. E. F. Scott, The apo­ logetic of the New Testament, New-York, 1907; E. Mo­ uler, Les débuts de l'apologt tique chrétienne. L'apolo­ gétique des apôtres avant saint Jean, Briguais, 1912, p. 3-43. In dehors du Nouveau Testament nous sont parvenus, en totalité ou en partie : Al διάήκαί των * πατριάρχων, Les testaments des douze patriarches, Λ P. <»., t. n, col. 1037 1150, et, mieux, édit. R. H. Charles, Oxford, 1908; trad, franç. dans Migne, Dic­ tionnaire des apocryphes, Paris, 1856, t. i. col. 853936. Apocryphe d’origine juive, avec d’importantes interpolations chrétiennes, peut-être de la lin du 1er sicile, tendant à faire reconnaître le Christ pur les Juifs. — Pseudo Barnabé, ’Επιστολή, P. G., t. n, col. 727-782 (texte grec incomplet des c. ι-iv et d’une moitié du c. v découverts par Tlscbendorf en 1859), et édit, complète el trad. Hcmmcr-Oger-Laurent, dans Les Pères apostoliques, Paris, 19U7,1.1, p. 30-101 ; écrite entre 117 et 137. Voir t. n, roi. 416-422. — S. Justin, ΙΙρδςΤρύφωνα Ίουύαΐον διάλογος, P. G.,t.vi, col. 471-800, et édit, et trad. G. Archambault, Paris, 1909, 2 vol.; écrit vers 155. — Tertullicn, Advenus Juda os, P. L., t. n, col. 597-642; écrit, entre 200 et 20b. a propos d’une discussion récente, sans doute à Carthage, mire un chrétien et un prosélyte juif, sur lu question de savoir si les gentils étaient exclus des proiuc.scs divina. On u supposé, sans preuves valables, ;uc lr> huit premier * chapitres seuls seraient authen­ 1872 tiques cl que. la suite ne serait qu’une lourde compi­ lation faite surtout avec des fragments de l’Arforw Maraonem. — Clément d’Alexandrie, Στρωματάς» 1. VH, c. xv, cf. xvm, P. G., t. ix, col. 524, 553 558, annonce qu’il va répondre aux Grecs et aux Juifs objectant contre le christianisme les discussion da hérétiques; écrits entre 202 et 211. — S. Hippo * lyte (f après 235), Άποδεικτκή πρδς ΤουδαΙνχ, P. G., t. x, col. 787-794, un fragment seulement dont l’authenticité n’est pas incontestable. — Ori gène, en composant scs ’Εξαπλά Βιβλία, P, G., t. xv-xvi (des fragments), achevés vers 245, voulut fournir le moyen de connaître le texte hébreu cl de le citer, dans lu controverse avec les Juifs, cl enlever Λ ceux-ci un motif de dérision dont ils se prévalaient parce qu’ils sc croyaient autorisés à arguer leun contradicteurs d’ignorance. Cf. son Επιστολή πρδς ιΑφρίκανον, n. 5, P. G., t. xi, col. 60-61. Dans le Κατά Κελσοΰ, vers 244 249, il réfute ce que Cclso, par un maladroit procédé de rhétorique, met sur les lèvres d’un Juif contre le Christ et contre les Juifs convertis au christianisme.Cf. præf., c. vi ; 1.1,c. xxvm ;l.IL c.i, P.G., t. xi, col. 650, 713, 792. — S. Cypricn, Testimonia ad Quirinum, P. L„ t. iv, col. 679-780, avant 250, en trois livres, dont les deux premiers groupent métho­ diquement des passages de l’Écrilure, pour établir la déchéance des Juifs, la vocation des gentils et la vérité du christianisme. A lu suite des œuvres de saint Cyprien, on inséra souvent les trois petits traités contre les Juifs, qui suivent; ils ne sont pas de lui.— De montibus Sina et Sion, P. L., t. iv, col. 909-918; ces deux montagnes représentent la première ΓAncien et l'autre le Nouveau Testament. L’œuvre est peutêtre de la première moitié du m® siècle et vraisem­ blablement de provenance africaine. — Adversus Judtt'03, P. L., t. iv, col. 919-92G; un discours, qui a été rattaché au milieu de Novalien. — Ad Vigi­ lium episcopum de judaica incredulitate, P. L., t. m, col. 119 132, lettre d’envoi de la traduction du Dialo­ gue d’Arislon de Pella que nous retrouverons dans un instant ; l’auteur est un Celse, par ailleurs inconnu, qui vécut peut-être au m· siècle. Voir l. 1, col. 1868; I. ill, col. 2465. — Lactance, Divinarum institutionum, 1. IV, c. n, P. L., t. vi, col. 452, vers 311, avertit que ce 1. IV, qui traite de la vérité du christianisme, est contre les Juifs. Cf., du même, Epitome dinnarum institutionum, c. xui-li, P. L., t. vi, col. 1048 1058. — Commodicn. peut-être Juif d’origine, semble devoir être maintenu au m® siècle ou, au plus lard, au iv®, en dépit des tentatives faites pour le rajeunir. Cf. A, d’Alès, Cornmodien, dans les Êecherihcs de science religieuse, Paris, 1911, t. n, p. 480-520. Le litre de son écrit : Carmen apologeticum adversus Jmhvos cl gentes, a été imaginé par son premier éditeur, le futur cardinal Pitra, Spicilegium Solcsmense, Paris, 1852, I. i, p. xxi, et n’en indique pas très exactement le contenu; niais dans cette œuvre, et plus encore dans Ses Instructiones, P. L., I. v, col. 189 262, Gomniodicn expose les raisons qui existent, pour les païens el *le Juifs, d’embrasser le chiislianhmc. Voil t. ni, col. 412119. 2. Écrits perdus. — Arhton de Pelia, Ίάσωνος xal Παπίσχου αντιλογία περί Χρίστου, entre 135 et 165. Cet écrit,dont Origi ne, Κατά Κελσοΰ, I. IV, c. Lil, col. 1113, donne le litre et qui fut célèbre dans l’anticiuité chrétienne, n’a pan été conservé, non plus que sa traduction latine par un CeUe mentionné plus haut. A. Harnack, Die Altercatio Simonis fudrei et Theophili christiant, Leipzig, 1883, u supposé que le Dialogue d’Arislon servit d< base b VAltercalio et fut utilisé par plusieurs controversiales ultérieurs. Cette hypo­ thèse eut de l’écho. Voir t. i, col. 1869. P. Corssen Die Altercatio Simonis /udxi et Theophili christlani auf : 1873 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DES ORIGINES A 313 ihre Quelten gcprii/t, Berlin, 1890, a démontré qu'elle | n'étuit pas fondée en ce qui regarde V Altercatio Simonis et Theophili, et Harnack lui-même a accepté ces conclusions. Cf. T. Zuhn, Fonchungen sur Geschichte da neutcstamentllchen Fanons and der attchristlichen Litteratur, Erlangen, 1891, t. iv, p. 308-329. Il n’est pus davantage prouvé qu’Ariston ait servi de source aux dialogues entre un Juif et un chrétien publiés par A. C. Mo GÎflcrt et F. C. Conybcare, dont nous parle­ rons plus loin, quoi qu’en aient pensé les éditeurs. — S. Méliton de Sardes, vers 150, Έχλογαί, en six livres, extraits de Moïse et des prophètes concernant le Christ. Eusèbc, JL E., 1. IV, c. xxvj, P. G., I. xx, col. 396-397, en cite la préface, une lettre à un chré­ tien nommé Onéslmc, qui renferme le catalogue des livres de ΓAncien Testament· — S. Apollinaire d’HiérapolLs, avant 180, Πράς ’Ιουδαίους, en deux livres. Cf. Eusèbc, 1. IV, c. xxv», col. 397. — L’apolo­ giste Miltiade,avant 190,Πρδ< ’Ιουδαίους. Cf.Eusèbc, 1. V, c. xvii, col. 476. — S. Sérapion d’Antioche, une lettre à un Domninos qui, failli dans la persécution de Septimo-Sévère (202), était passé au Judaïsme. Cf. Eusèbc, 1. VI, c. xu, col. 544-545. — Ammonias d’Alexandrie, dont Origènc fut l'auditeur, Ilcpi της ΜωΟοέως καί ’Ιησού συμφωνίας. Cf. Eusèbc, 1. VI, c. xix, col. 568. 3. Écrits problématiques. — Nous ne savons si Lactancc a réalisé son dessein, Divin, institut., 1. VII, c. i, P. L., t. vi, col. 739, de combattre les Juifs dans un traité spécial. — J. Rcndel Harris, Testimonies, Cambridge, 1916, 1.1, constatant des rencontres, dans l'emploi de l’argument scripturaire, entre Justin, Tertullicn, et les autres écrivains qui ont combattu le judaïsme, a cru pouvoir conclure que cet accord s’expliquerait par l’existence d’un recueil de témoi­ gnages de l'Ancien Testament auquel ils auraient tous puisé. Ce recueil ne serait autre que les Logia compilés,d’après Papias, dans Eusèbe, 1. III, c. xxxix, col. 300, par saint Matthieu en langue hébraïque, source non seulement des écrivains ecclésiastiques, mais encore de ceux du Nouveau Testament. De ces antiques Logia de saint Matthieu nous aurions une refonte grecque dans un manuscrit du xvi· siècle (au monastère d’Ivcron, au mont Athos), qui contient un écrit d’un moine Matthieu contre les Juifs; ce nom voilerait la personnalité de l'apôtre. Jusqu'à meilleur informé, malgré l’érudition et l’ingéniosité dépensées à les rendre acceptables, ces hypothèses paraissent inconsistantes. Tout au plus pourrait-on admettre comme possible l'existence d’un recueil de témoignages antérieurs à ceux de Cyprien el de Méliton de Surdes; mais cela même est purement conjectural. Cf. A. *dAlès, Testimonia et Logia, dims les Recherches de science religieuse, Paris, 1917, t. vm, p. 303-326. Sur d’autres hypothèses concernant l’existence de ce recueil voir art. IiiÉNÉE, t. vu, col. 2516. 4. Écrits où les Jui/s sont combattus indirectement. — En plus des écrits qui s’attaquent directement aux Juifs, il en est bon nombre qui ne s’adressent pas Λ eux, mais qui les combattent en passant, ou, de façon indirecte, par le fait qu’Us réfutent quelques-unes de leurs doctrines essentielles. C’est le cas de tous les ouvrages d’apologétique chrétienne. L’uuleur de lu Lettre à Diognèle expose que les chrétiens n’observent pas lo culte des Juifs parce qu’il est puéril el Indigne du vrai Dieu. Voir t. iv, col. 1366-1369. La preuve, par 1rs prophéties, de In divinité du Christ et du chris­ tianisme occupe une grande place non seulement dans le Dialogue avec Tryphon de saint Justin mais encore diuis sa première Apologie. Gt. J. Martin, L'apolo­ ge tique traditiui nette, Puris, 1905, t. i, p. 14-21. Do mémo dans saint hence. Voir t. vu. col. 2164-3160« L’uuitur du (..unira har/eses inet en relief, daiu tout D1CT. DR lllâol.· CATIIOL. 1874 le livre IV, l'unité et la continuité d'Israël cl de l’Église. CL A. Dufourcq, Saint 1 rénée (La pensée chrétienne), Paris, 1905, p. 3-5, 173-211. L* Adversus Marcionem do Tertullicn développe, sous une forme un peu différente, l’argument des prophéties messia­ niques présenté dans son Adversus Judseos.Ct. A. d’Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905. p. 9. Le livre IV du Ilept άρχών d’Origène recommence la démonstra­ tion d'irénée sur 1rs rapports des deux Testaments; ù signaler surtout les c. i-v, P. G., t. xi, col. 344-352, sur la divinité du christianisme prouvée par l'accom­ plissement des prophéties dans la personne et dans l’œuvre du Christ. 2° Lt caractère des écrits. — Les écrits contre les Juifs ont pour auliun des Juifs convertis (le pseudoBarnabé), des païens convertis (saint Justin), des chrétiens d'origine, des laïques (probablement saint Justin), des prêtres, des évêques. Presque tous les genres y sont représentés : traités didactiques, dialogues, recueils de textes, écrit Juif interpolé, lettres, discours, préface d’une traduction, poésie, critique textuelle et exégèse de la Bible, écrits qui s’adressent directement et exclusivement aux Juifs et écrits où ils n'apparaissent qu’acccssolrcment et par contre-coup. Les Dialogues d'Ahston de Pella et de saint Justin sont-ils sortis d'une controverse réelle entre chrétiens el Juifs, ou faut-il voir dans leur forme dialoguée un simple procédé littéraire? On ne sait. Le Judaïsme ignora d’abord systématiquement le christianisme. Mais cela ne pouvait durer; Juifs et chrétiens sc rencontrèrent. C’est à la suite d’une discussion entre un chrétien el un prosélyte juif que Tertullicn écrivit ΓAdvenus Judseos. Origène, Κατά Κελσού. 1. I, c. xlv, cf. xux, lv, lvi, P. G^ t. xi, col. 744, 753, 761, 764, parle de discussions qu’il eut avec des rabbins, en presence d’une foule qui devait être Juge de la lutte, cl, s‘Ü entreprit les Hexuples, ce fut afin de munir les chrétiens d’armes de bon aloi dans la controverse avec eux. En ce qui regarde saint Justin, Eusèbc, H. E., 1. IV, c. xvni, P. G., U xx, col. 376, dit que son Dialogue naquit d une discussion qu’il eut, ù Ephèse, · avec le plus célèbre des Juifs de cc temps ». S’agirait-il du fameux rabbl Tarphon, de Lydda? C'csl possible, ce n'est pas sûr. En toul cas, le Dialogue ne fut composé que vers 152. vingt ans environ après la date où la discussion est censée avoir lieu. 3e Le contenu des écrits. — 1. Partie positive de la controverse. — a) L *argument prophétique. — L’argu­ ment tiré des prophéties et de leur accomplissement est l'essentiel de la polémiqué anlijuive. L'Écriture annonce que la Loi serait abrogée, que les Juifs seraient rejetés comme peuple de Dieu et que les gentils prendraient leur place. Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu incarné, le Messie attendu; il a réalisé les prophéties messianique^», elles s’appliquent J lui dans leurs moindres détails. Ces deux idées forment la dixision des deux premiers livres des Testimonia de saint Cyprien (le 3· concerna la pratique de la vio chrétienne). Elles se rvtruuwnl, quoique dans un ordre un peu diflerent cl assez tloltant du reste, dans le Dialogue avec te Iuli Tryphon : caducité de la Loit divinité du Christ, vocation des gentils. Elles revien­ nent partout. b) Le fait de T Église. — Les prophéties ne se sépa­ rent pas de l’Êglbc. La perfection de l’Église, l’excel­ lence de sa doctrine, sa propagation merveilleuse en dépit de tous les obstacle.s cl contrairement à toutes les prévisions humaines, garantissent l’origine divine du christianisme. Les prophéties c’r.t l’Église qui < en même temps, les réalLc, les explique cl les Jus­ tifie ». J. Mai un. L'apu lu Clique truditioruietle, t. I, p. 35, cf. de beaux textes, p. 13-1 I, 17-18, 22 24, 33-34 60. i b 75 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 313 A 1100 (taint Justin); p. 77-78 (Clément d’Alexandrie); p. 9293, 97-99. 10!-114 (Origène). c) Nécessité des dispositions morales. — Au surplus, les prophéties sont difficiles, souvent obscures. Dieu les rend intelligibles à ceux qui sont bien disposés. Pour les entendre, pour discerner leur accomplisse­ ment, il faut une Ame préparée, humble, détachée d’elle-même. < Seul l’homme vraiment sage dans le Christ est en état d’exposcr la suite des discours prophétiques obscurs et embarrassés », dit Origène, Κατά Κελσοΰ, 1. VII, c. xi, P. G., t. xi, col. 1436. Et pareillement, pour l’Évangllc, il fait observer, 1. I, c. xlîi, col. 737, que · la lecture de cette histoire demande une Ame sincère, une recherche attentive, et, s’il est permis dc parler de la sorte, l'aptitude A pénétrer dans l'esprit des écrivains ». Cf. J. Martin, 1.1, p. 14-35 (saint Justin); 82-85 (Tcrtullien); 90 (saint Cyprlen); 92-114 (Origène). 2. Partie négative. — On réfute les arguments des Juifs. — a) L'abandon de la Loi. — On repousse le grief tiré dc cet abandon. On insiste sur le fait que les Juifs, fidèles pour la première fois au Dieu de leurs pères cl attachés A la loi cérémonielle, sont réduits à l'impuissance de la pratiquer puisque l'accès du temple leur est interdit. Et l'on indique le double rôle des observances dc ΓAncien Testament, péda­ gogiques et figuratives : pédagogiques, elles avaient pour but d'empêcher les Juifs dc tomber dans l'oubli dc Dieu et dans l'idolâtrie; figuratives, elles représen­ taient et esquissaient d'avance les réalités supérieures de la foi chrétienne. Cf. K. Werner, Geschichle der apologetischen und polemischen Literatur der christ· lichen Théologie, 2· édit., Ratisbonne, 1889, 1.1, p. 5058, 67-72. b) La Trinité divine. — On écarte le reproche de détruire l'unité divine de nature en affirmant la trinité des personnes et, tout particulièrement, la divinité du Christ. Point important, le seul auquel aient trait les rares vestiges dc polémique que l'on retrouve dans les écrits des rabbins. Cf.M. J. Lagrange, Le messianisme chez les Jui/s, Paris, 1909, p. 295-300. c) La oie et la mort du Christ. — On sc libère aisé­ ment de l'objection tirée du supplice ignominieux infligé au Christ, de sa vie pauvre et humble, qui n’échappe pas à la calomnie et A l'outrage grossier. Ces attaques des rabbins, simplement odieuses, ont été connues de Justin, de Terlullien, d’Orlgène, du martyr Plonius. Cf. H. L. Strack, Jesus, die Hûretiker und die Christen nach den dltesten jûdischen Angaben, Leipzig, 1910, p. 8-10, 14. Celse les met dans la bouche du Juif qu’il fait parler contre le christianisme; elles sont relevées comme elles le méritent par Origène. 4° La valeur des écrits. — Tout n'est pas d’égale valeur dans ces écrits, mais les bons matériaux n’y manquent pas. Lc recueil de saint Cypricn est utile. Lc Dialogue avec Tryphon, même VAdoersus Judiros dc Tertuliien, qui n'est pas son meilleur ouvrage, et le traité d’Orlgène Contre Celse ont donné à l'apologie du christianisme une partie dc sa forme définitive. Le problème des rapports entre l’Ancicn Testament et le Nouveau est exactement résolu. L’argument des pro­ phéties tient compte ù bon droit de l’ensemble bibli­ que ; c'est l’Ancicn Testament tout entier, ce n'est pas tel ou tel document isole plus ou moins discutable, qui rend témoignage au Nouveau Testament tout entier. En outre, les anciens controvcrslstcs ont bien compris que la force probante de l’argument prophé­ tique demande, pour être acceptée, de bonnes dispo­ sition» d âme et que le fait de 1* Église garantit la divinité de son origine. Très juste l'idée qu’ils développent, cl qui sera constamment reprise, que plusieurs des observances capitales dc lu Loi mosaïque »ont devenues d'une exécution matériellement impos­ 1876 sible après la destruction du temple. Notons encore que saint Justin est au courant de l’exégèse juive; Origène connaît l’hébreu, il s’est entretenu avec des rabbins cl scs Hexapies furent une œuvre scienti­ fique dc portée considérable. Malheureusement les autres controvcrsistes ne surent pas l’hébreu; c'était une infériorité de ne pouvoir recourir au texte original. Puis, le texte des Septante qu’ils employèrent avait des interpolations, el leur exégèse fut parfois fautive; ù côté d'interpré· talions parfaitement fondées, ils en offrent de dou­ teuses, d'erronées, de puériles. La subtilité excessive et l’allégorismc intempérant gâtent par endroits les écrits de Justin, de Terlullien et d’Orlgène; combien plus les autres! Lc pseudo-Barnabé, pur exemple, et l'auteur du Dr montibus Sina et Sion excèdent par trop. Sans doute les rabbins affectionnaient la même méthode allégorique, qui consistait A déduire des moindres détails d’un texte des conclusions dogma­ tiques. Mais, en matière d’allégorie, le difficile n’est pas dc trouver; c'c.st de faire accepter par les autres ce qu’on trouve. Dans l'ardeur de la lutte cl dans cette fièvre d'allégorie, quelques-uns sacrifient à tort l’Ancicn Testament : A lire le pseudo-Barnabé et la Lettre à Diognète on croirait que les observances judaïques furent vaincs et que le culte que les Juifs rendirent A Dieu est presque assimilable A l’idolâtrie. Enfin, le ton dc ccs écrits est assez dur et, par Inter­ valles, virulent, spécialement dans le pseudo-Barnabé, Tertuliien, VAdoersus Judœos du pscudo-Cyprien, Commodicn. L'invective est une arme mauvaise pour gagner les adversaires, et, quand le pscudo-Cyprien termine son Adoersus Judæos, P. L., t. iv, col. 924925, en invitant les Juifs A sc convertir, on se rend compte qu’il s’y est mal pris. Saint Justin qui, sur toute la ligne, l'emporte, en dépit de l’absence de composition et d'une certaine gaucherie littéraire, sur les écrivains antijuits dc cette période, est, lui d’un tempérament irénique. S'il relève avec vigueur les excès des Juifs, il a pour eux et leur témoigne une charité évangélique : « Nous ne vous haïssons pas, dit-il, ni ceux qui ont reçu de vous la mauvaise opinion qu’ils ont dc nous, mais nous prions afin que tous vous obteniez miséricorde. » Dial., c. cviil, cf. xvm, xcvi. Travaux. — A. Harnack, Die Altercatio Simonis judal et Throphill christlanl nebst Untersuchunqen uber die anti· fùdische Polemlk ln der allen Klrclu (Texte und Vnter· suchungen, t. i, fasèî 3), LèlpÎlg, 1883; Judrntiim und JudencMstrntum in Justin *» Dialog mil Trypho, Leipzig. 1913; E. Le Blant, La controverse des chrétiens et des J ails aux premiers slides de l*Église, dans ta Mémoires de la société nationale des antiquaires de Trane/, X I· scilo. Parts, 1898, t. vu, p. 229-250 (cite tuml le * écrivains postérieurs A lu paix dc PÉglhe); P. Monc< aux, Histoire littéraire de VAlriqur chrétienne, Paris, 1902-1906, I. I, p. 2934101 (Tertuliien); t. n. p. 277-284 (CypHrn); t. m, p. 468-476 (Comrnodien); J. Martin, L * apologétique traditionnelle, Paris 1905, t. f, p. 1-114, 199-202, 227-237; A. d’Ata. La théologie de Tcrtullltn, Parts 1905, p. 5-22; J. IU vivre. Saint Justin et les apologistes du second siècle, Paris, 1907, p. 250-274; G. Ziegler, Der Kamp/ siulsdun Judtnlhum und (Jiriilenthum (n drr ersten drri Jahrhundcrlcn, lluilin, 1907; M. J. Lagrange, Saint Justin (Les saints), Parts, 1914, p. 24-66. IL De 313 a 1100. — 1® Les écrivains orientaux, — 1. /V· siècle. — Eusèbe de Césarée combattit le judaïsme dans le grand ouvrage de controverse dont lu Ιίροπαρασκευή ε'>χ·^γελική, P. G., t. xxi. et 1Έύαγγ€λιχή άπό8«ξις, l. xxu, col. 13-791. sont comme les deux parlies, surtout dans ΓΛ-όοςιζις commencées probablement aviinl 313 mais terminées longtemps après, ainsi que dans Ια Θιοφάνιια une des dernières œuvres d'Eusèbc, qui est une sorte 1.V : 1877 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 313 A 1100 1878 d’abrégé de ΡΆπόδειξίς, t. xxiv, col. 609-690 (frag­ col. 133-1125; surtout dans un certain nombre des mentaire, une version syriaque intégrale a été publiée I Γλαφυρά, l. lxix, col. 9-679, notamment col. 154176, 533-538, 563-578, 589-606. Voir t. ni, col. 2483par S. Lee, Eusebius on (he Theophanla, Cam­ 2496. Lc Liber adoersus Judæos publié dans l’édition bridge, 1843) et dans les ΠροφητικαΙ έκλογαί, t. xxu, latine dc ses œuvres, Paris, 1604, t. i, p. 733-734, col. 1021-1262. — Eusèbe d'Emèse (f 359), Contre n’est pas dc lui. — S. Isidore dc Péluse (f vers 450), les Jui/s; nous en avons quelques lignes dans Élic dc Έπιστολαί, P. G., t. lxxvih, combat fréquemment bar Sinnya, métropolitain dc Nisibe, Chronique, les Juifs ou dc façon directe ou en montrant la diffé­ trad. L. J. Delaporte, Paris, 1910, p. 311. — S. Éphrence cl l'harmonie des deux Testaments. Voir d-des­ rcm (f 373), Contre tes Juifs, un sermon pour le sus, col. 89-90, 92, 93. — Théodoret de Cyr (t 457), dimanche des Rameaux, texte syriaque et trad. lat. Κατά Ιουδαίων; un fragment dans A. M. Bandini, dans ses Opera omnia, édit. Év. Asémani, Rome, 1743, t. m, p. 209-224. — S. Grégoire dc Nyssc, ( Catalogus codicum mss bibhothecæ M edlceæ-Lauren· Λόγος καηάηάτικδςό μέγας, P. G., t. xlv, col. 9-106, j tiunir, Florence 1764, l. i, p. 110-112. Sur un écrit apocryphe, cf. ImbonaU, Bibliotheca latino hebraica, trad, franç. L. Méridien Paris, 1908; avant 385, p. 271-272. — Basile dc Selcucie (f après 138), Άπόexposé à l’usage de ceux qui ont ù instruire les caté­ δειζις κατά ’Ιουδαίων περί της του Σωτήρος παρου­ chumènes pour répondre aux dillicullés des païens, σίας, le χχχνιιι· de ses sermons, P. G., t. lxxxv, des Juifs et des hérétiques. Les ΈκλογαΙ μαρτυριών col. 399-426. προς ’Ιουδαίους publiés sous son nom, t. xlvi.coI. 1933. VI· siècle. — E. Bratke, Dos sogenannte Re234, sont gravement altérées sinon apocryphes. — ligionsgespràch am Ilo/e der Sassaniden, Leipzig, S. Jean Chrysostome, Λόγοι κατά ’Ιουδαίων, P. G., 1899 (Texte und Cnlersuchungen. nouv. série, îv, 3), t. xlviii, col. 843-942, neuf sermons prononcés dc 387 a publié une controverse, qui est *cen < r avoir lieu à la à 389; cf. Uscncr, Keligionsgeschichtliche Untersuchungen, Bonn, 1889, p. 227-240. Lc ΙΙρός τε ‘Ιουδαίους καί , cour des Sassanide», entre païens, Juifs et chrétiens. L’auteur s’y révèle ignorant des choses persanes; il Έ)ληνας άπόδειξις ότι έστί θεός ο Χριστός, t. xlviii, col. 813-838, n’est pas sûrement authentique. Lc Πρδς ! a dû écrire en Asie Mineure, au vi· siècle ou peut-être Ιουδαίους καί *Έλληνας καί αιρετικούς, t. xlviii, 4. VII· siècle. — Jean Beth-Raban (vers 610), dc col. 1075-1080, est sûrement inauthentique. — Nous l’école de Nisibe, *Question contre les Jui/s. CL J. S. classons parmi les écrits orientaux, à cause de l'origine Assémani, Bibliotheca orientalis Clementina-Vaticana, syrienne de l’auteur, le Liber fidei de S. Trinitate et Rome, 1728, t. ni a, p. 72. — Léonce de Neapolis incarnatione Domini, P. G., t. xxxm, col. 1541-1546, (vers 620), Υπέρ της χριστιανών απολογίας κατά Ίονdu juif converti Isaac, retourné ultérieurement au δαίων καί περίείκόνων, P. G., t. xcin. col. 1597-1612, judaïsme. 11 pourrait bien aussi être l’auteur des deux fragments d'un sermon, le second dans une traduc­ Quxsliones Veleris et Noui Testamenti, faussement tion latine. — Étienne, évêque de BoAra, Κατά Ίουattribuées ù saint Augustin, dont la xliv·, P. L., t. xxv, col. 2240-2243 (absente dc certains manus­ 6αίων, un fragment dans saint Jean Damascène» Πρδς τούς διαυάλλοντας τάς αγίας εικόνας, 1. 111, c, xlîi, P. crits) est contre les Juifs. Voir ci-dessus col. 1-6.— Une G., t. xciv, col. 1376. Cf. J. M. Mercali. Stepham Bas· légende, créée en Orient vers la fin du iv· siècle et Irani nova dc sacris imaginibus /ragmenta e libro deper· importée en Occident vers la fin du v·, veut que dito Κατά Ίουύαίων, dans IdTheologische Quartalschri/t, l’impératrice Hélène, encore païenne mais attirée par Tubingue, 1895, t. lxxvh, p. 663-668. — Sous le nom le judaïsme, émue de savoir Constantin dire tien, l’ait de saint Grégoire, archevêque de Taphar, en Arabie exhorté ù sc faire juif; Constantin aurait décidé que, (f 552), nous avons une Διάλεςις μετά ’Ιουδαίου Έρόαν pour faire connaître la vraie religion, un débat aurait τούνομα, P. G., t. lxxxvi, col. 621-784. qui est censée lieu, à Rome, entre chrétiens et Juifs, et les chrétiens, reproduire une controverse avec des Juifs, à la cour dont le pape Sylvestre était le porte-parole, auraient du roi des Homérite», vers 540. La réalité de la discus­ remporté une éclatante victoire. Cette discussion sion et l'authenticité dc l'ouvrage sont fort suspectes forme la deuxième partie, plus récente, de la légende. et la personnalité même de Grégoire est énigmatique; Voir une vieille traduction du grec dans Boninus l'œuvre pourrait être du vi· siècle, — Διδασκαλία Mombritius, Sanctuarium seu vitæ sanctorum, réédlt. de Paris, 1910, t. n, p. 508-531 ; une rédaction grecque Ιακώβου νεοόαπτίστου, écrite vers 640, se donne pour très ancienne des Actes de Silvestre dans F. Combcfts, l'œuvre d’un juif Jacob converti de force et arrivé Illustrium Christi martyrum lecti triumphi, Paris, ensuite ù l'adhésion rationnelle cl volontaire au 1660, p. 254 sq. (un fragment P. L., t. vm, coi. 814); christianismo; c'est une instruction plutôt qu’un une rédaction syriaque dans J. P. N. Land, Anecdola dialogue, car les auditeurs, des Juifs également con­ syriaca, 1868, t. ni, p. 46-76; une trad, allemande, vertis do force, n’interviennent que pour demander faite sur l’édit, syriaque et sur un ms. du British quelques explications. L’auteur vivait probablement Museum, par V. Rysscl, Die Sylveslerlegende, dans en Égypte ou en Syrie, non à Carthage où la scène Archio /dr das Studium der neueren Sprachen und est supposée se passer. Édit, du tex c grec par N. Bonwetsch, Doctrina Jacobi nuper baplizati, Berlin, 1910, Literaluren, Brunswick, 1895, t. xcv, p. 1-54. et par F. Nau, La didascalie de Jacob, Patrol. Orient., 2. V· siècle. — D’Antiochus, évêque dc Ptolémaïs, Paris, 1912, t. vin, p. 745-780 (les deux premières vers 400, le pape Gélose, Tract., 111. c. xxvi, dans conférences); édit, de la version éthiopienne (plutôt A. Thicl, Epislolse rom. pontificum, Braunsbcrg, 1868, t. i, p. 552, cite un sermon contre les Juifs. — Phi­ un remaniement qu'une traduction) et trad, franç. pur S. Grébaut, Sargis d'Aberga, P. O., t. ni, p. 555lippe de Side, syncelle de Chrysostome. rapportait, dans 643, t. xiii, p. 1-105; édit, de la version slave, dans sa Χριστιανική Ιστορία, écrite vers 426, une dispute, la Tschctjn Mtnel, 1911. Il existe aussi une trad, dont il avait été le témoin en Perse, entre chrétiens, arabe. — Τρόπαια κατά Ιουδαίων έν Δαμάσκω, païens et Juifs. Un fragment dans un ms. dc Vienne (Autriche); cf. Mc GlfTcrl, Dialogue betiveen a Chris­ discussion 11cIive entre un moine et des Juifs, en présence de païens, de samaritains, d'hérétiques, tian and a /eiv, Marbourg, 1889, p. 16. — S. Cyrille écrite en 680, dans une ville soumise aux Arabes; on d’Alexandrie (|444) combat plus ou moins directement y trouve l'écho de la querelle des image-». Édit, et le Judaïsme dans ΙΙρός τά του èv άάέοις Ίουλιάνου, trad, franç. par G. Burdy, Les trophées dc Damas, P. G„ I. Lxxvi, col. 503-1064; Sur la dt/alliance de la P. O., Paris, 1920, t. xv, p. 189-292. — Parmi les synagogue,I.lxxvi, col. 1421-1422(unfragment); Περί spuria de saint Athanuse figurent, P. G., t. xxvtii, les τής έν πνεύματι καί άληΟείφ προσκυνήσεως, t. lxvhi, 1879 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 313 A 1100 Προς Άντίοχον άρχοντα περί πλείστων καί άναγκαΐων ζητημάτων, généralement cités sous le titre de Qiurshones ad Antiochum ducem, qui est celui de la traduc­ tion latine. La question cxxxvn, col. 683-700, tranche sur les autres par le style ct par une exceptionnelle longueur; en outre, elle paraît souvent isolée, cl mi'mc anonyme, dans les manuscrits, tandis que les Ques­ tiones sont attribuées, indûment du reste, à saint Athanase. C’est un véritable traité contre les Juifs, qu’il est impossible de dater et que nous met ton·» à cette place ù cause de ses rapports avec l’écrit suivant. — ’Αναβολή Παπίσκου καί Φίλωνος ’Ιουδαίων πρδ; μοναχόν τινα, de la fin du vil9 OU du vin·siècle, édit, par A. C. Mc Glficrl, Dialogue between a Christian and a jew, Marbourg, 1889, p. 19 94, d’après un ms. Incomplet. 11 existe une recension ultérieure, qui s'inspire de la première rédaction et du pseudoAnastasc le Sinaîte, ct qui présente un long passage, p. 66-73, que nous retrouvons dans la Question à Antiochus, col. 688-696. Le diilicilc est de savoir quel est celui des deux écrits qui dépend de l’outre. Dans l’incertitude, nous nous bornons à les juxtaposer. — Théodore d’Amascc (692); cf. Fabricius, Delectus argu­ mentorum, p. 121. 5. VI II· siècle.— ’Αθανασίου αρχιεπισκόπου ’ Αλε­ ξανδρείας λόγος πρδς Ζακχαίον νομοδιδάσκαλον των * Ιουδαίων, non pas, semble-t-il, du ιν· siècle, comme on l’a dit, mais soutenu nt du viir; cf. T. Zahn, Forschungen sur Geschichte des neutcstamentlichen Fanons und deraltchristlichen Lileratur, Erlangen, 1891, t. iv, p.322. Édit, par F.C. Conybeurc, The Dialogues o/ Athanasius and Zacchieus and of Timothy and Aquila, dans les Anecdota üxoniensu, classical series, part, vin, Oxford, 1898. Une ancienne version arménienne, qui comble des lacunes de l'original, a paru dans l’édition des Paralipomena armeniana d'Athanase publiés par les ruékhitaristes de Vienne. — Διάγογος χριστιανού καί Ιουδαίου ών τάονόματα του μέν χριστιανού Τιμόθεος του δέ Ιουδαίου ‘Ακύλα, édit. Cony beare, op. cit.; i fragment, P. G., t. lxxxvi, col. 251-255. — Διάλεξις κατά Ιουδαίων, un fragment dans Bandini, Catalogus cudicum mss bibhothccir Medicea-Laurentianse, t. i, p. 165. — Jérôme de Jérusalem, Διάλογος περί της αγίας Τριάδας. έρώτησις Ιουδαίου προς τδν χριστιανόν, P. G., I. xl,col. 847-859 (des fragments), semble avoir vécu non au ιν· siècle, comme on le disait,mais au vin·. Voir ci-dessus, col. 983. — z\brahum Bard-Shandad, syrien nestorlen, a laissé une Dispute contre les Juifs. Voir 1.1, col. 116.— Théodore Abucura (Abou Qorru), csêquc mêle hile de Harrân, né probablement vers le milieu du vin· siècle, écrivit en grec, en syriaque, en • rabe Πρδς ’ΐδυδαίον, P. G., t. xcvii, col. 1529-1534; u. Gruf, Die arabischen Schri/ten des Theodor Abû Qurra Bischofs von Harrân, Pad erbon 1910, a publié une version allemande de dix traités plus étendus que les courts opuscules de P. G., sur les mêmes questions : autorité de la Loi de Moïse et de l’Évangilc. etc. 6. IX9 siècle. — Abraham Aunl, syrien nestorlen, du milieu du ix· siècle. Contre les Juifs. Cf. J. S. Assé- . mani. Bibliotheca orientalis, l. m a, p. 509. — Pseudo-Anustase le Sinulie, Διάλεξις κατά Ιουδαίων, P. G. t. lxxxix, col. 1203-1282; n’est pas du Sinaîte, mais seulement du ix· siècle. Voir t. i, col. 1167. 7. * λ siècle. — Abou AU Isa ben Zeruah, syrien (vers 997), écrit contre les Juifs. Ci. K. \V orner, Der ht il. I homas eon Aquino, Katisbonne, 1858, t. I, p. 638, note 2. — Sabai jcsu>, Ills de Paul, syrien nestorien (vers lu lin du x· siècle), Dispute avec un Juif sur U Christ; cf. *As tm ai d, Bibliotheca orientalis, t. in α, p. 341 8. Λ/· siècle. — Un anonyme, probablement JésuJib, r'éque de Nhibc en 1063, Traité contre les 1880 mahomélans, les Juifs, les Jacobites et les mtlchilu (le c. n traite du Christ contre les Juifs); ci. Anémiât p. 303. 2° Les écrivains occidentaux. — 1. IV· stèclt. — S. Ambroise (t 397), Epist., lxxji-lxxvhi, P. L, t. XVI, col. 1243-1269, truite de la Loi ancienne et de la Loi nouvelle, de la raison d’être et de l’abrogation de la Loi ancienne, sc préoccupe des chrétiens mais aussi des Juifs, cf. col. 1258, 1267, 1268 : deseramus umbram, solem secuti : ritus Judaicos deseramus. Le De excidio urbis Hierosolymitana:, t. xv, coi. 1961-2206 cl VHh· torne de excidio Hierosolymitana: urbis anacephaltosu, coi. 2205-2218, résumés libres de Josèphe avec modi­ fications dans le sens chrétien, ont été attribués à tort à saint Ambroise. 2. V· siècle. — Prudence (f 408), Apotheosis, v. 321· 423, 504-552, P. L., t. lix, col. 950-958, 965-967, défend la divinité du Christ contre les Juifs. — Sévère, évêque de Minorque, De Judieis, P. L., t. xx, col. 731-746, raconte, dans une lettre de 418, la conversion des Juifs de Minorque. — Évagrc, galloromain, Altercatio Theophili chrisliani el Simonis judœi, P. L., t. xx, col. 1165-1182. L’opinion de Dom G. Morin, Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1900, t. i, p. 267-270, que l’auteur serait, non pas Évagre, mais Grégoire d’Elvire n été abandonnée par lui, Revue bénédictine, Maredsous, 1902, t. xvn, p. 225-245. — Les Consultationum Zacchai chrisliani d Apollonii philosophi libri tres, P. L„ t. xx, coi. 10711166, sont tout un · corpus > de théologie, dont l’auteur répond indirectement aux objections juives en trai­ tant de la Trinité, de l’incarnation, etc., et combat directement les Juifs, L III, c. iv-x, col. 1112-1126. On a supposé sans fondement que l’auteur pourrait être Évagre. — De altercatione Ecclesia: et synagoga: dia­ logus, P. L., t. xlji, col. 1130-1140, à peu près du même temps que l’écrit d’Évagre, faussement attribué parfois à saint Augustin, texte défectueux, ci. dom G. Morin, Revue d'histoire ecclésiastique, t. i, p. 270272. — S. Jérôme (f 420) combat souvent les Juifs dans scs écrits divers. Surtout il traduisit la Bible sur le texte original ad confutandos Judæos etiam per ipsa exemplaria quo: ipsi verissima confitentur, ut, si quando adversum eos chrishanis disputatio est, non habeant subterfugiendi diverticula sed suomet potissimum mucrone feriantur, dlt-il, Apol. adversus libros Rufini. L 111, c. xxv, cf. 1. II, c. xxiv-xxxv, P. L., t. xxiii, coi. 476, 447-456. — S. Augustin (t 430). Tractatus adversus Jud;eus, P. L., t. xlii, coi. 51-64; Epist., gxlix, à saint Paulin de Noie; cxcvi, a l’évêque Agellicus, P. L., t. xxxm, col. 630645, 891-899. Dans son Indiculus des œuvres d’Au­ gustin, t. xlvi, col. 6, Possidi us de Calame classe parmi scs écrits contre les Juifs, dans le De diversis questio­ nibus, la q. lvi, De annis quadraginta sex frdificati templi, t. xr, coi. 39, laquelle ne concerne les Juifs que de loin et d’une façon indirecte. On a publié parfois faussement sous le nom de saint Augustin» avec le De attfrcahone Ecclesia: et synugoqte dialogus, le Contra Judaus, paganos et arianos, seruio de symbolo, dont les c. xi-xviii, t. xi.n, col. 1123-1128, sont contre les Juifs et furent transciib séparément «u Moyen Age. Cf. M. Sepct, Les prophètes du Christ. Étude sur les origines du théâtre au Moyen Age, dans la Bibliothèque de P Ecole des chartes, Paris, 1867, t. xxvm, p.3-8. A tort encore, on lui u attribué l'Adrersui quinque hirrescs seu contra quinque hostium genera, dont le c. iv, col. 11041106, t J contre 1rs Juif·,, et le> Qiucstioncs \ elects et Août Testamenti qui, nous l’avons \u, sont peutêtre du juif converti puis relaps Lsaac. — S. Léon (t 461), Serm., xxix (le ix· in A'atiDitate Domini) P. L., t. liv. col. 226-229. Intitulé Contra Judæos et luenlicos *dan un ms.; cf. col. 226, note. — S. Maxl- 1881 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 313 A 1100 me de Turin (f470), Tractatus contra Judæos, P. L., t. lvii, col. 793-800. 3. V/· siècle. — S. Grégoire de Tours (t 595), His­ toria Francorum, L VI, c. v, P. L., t. lxxi, col. 573575, raconte une controverse qu’il soutint contre un juif en présence du roi Chilpérlc. 4. V//· siècle. — S. Isidore de Séville, avant 633, De fide catholica ex Veteri el Novo Testamento contra Judæos, P. L., t. Lxxxni, col. 448-538. Voir ci-dess us, col. 101-105. — S. Ildcphonse de Tolède (t 667), De virginitate perpetua S. M arise adversus tres infideles, P. L., t. xevi, col, 53-102 : le c. i contre Jovinlen, le c. n contre Helvidius, les c. iii-xn, col. 64-102, contre les Juifs. Voir t. vu, col. 742. — S. Julien de Tolède (f 690), De comprobatione ætatis sextie, P. L., t. xevi, col. 537-586. Julien, juif converti, se propose d’établir que le Christ est venu et qu’on est au 6· âge du monde, à rencontre des Juifs disant qu'on est au 5· âge et non au 6· où le Christ doit venir. Cet écrit a été publié parfois sous le nom de Julien Pomère. 5. IX· siècle. — Agobard, évêque de Lyon (t 840), De insolentia Judæorum, P. L., t. αν, col. 6976; De juduicis superstitionibus, col. 77-100; De baptismo judaicorum mancipiorum, col. 99-106; De cavendo convictu et societate judaica, col. 107-114. Voir t. i, col. 613-615. — Amolon, évêque de Lyon (t 852), Epistola seu liber contra Judæos, P. L., t. cxvi, col. 141-184, faussement attribué à Raban Maur, cf. P. L., t. civ, col. 82 83, note; t. cvn, col. 34-35. Voir t. i, col. 1126. — Raban Maur (f 856), Tractatus de variis quæslionibus Veteris et Novi Testamenti adversus Judæos, u’exisle pas, comme il a été dit, t. i, col. 1536, dans P. L., t. cvn, col. 401-594, mais bien dans Marlène ct Durand, Thesaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. v, col. 403-594. — Paul Alvare de Cordoue (t 861), de descendance Juive, Epist., xivxx, P. L., t. ex xi, col. 478-514, surtout la lettre xvm, contre Bodon, diacre du palais de Louis le Débonnaire, qui s’était fait Juif, avait pris le nom d'Éléazar et s’était ilxé à Sara gosse (839); les lettres xv et xvn sont des fragments de Bodon. Voir 1.1, col. 927. 6. Xl· siècle. — Le clerc Henri écrivit, à la demande de l’empereur Henri III, une réponse ù la lettre de Vecclinus, chapelain du duc Conrad, passé au judaïsme (1005). Elle est dans Albert, moine de Saint-Sympborlcn de Metz, De diversitate temporum, 1. II, c. xxiv, P. L., t. cxl, col. 485-490. — Fulbert de Chartres (t 1029), Tractatus contra Judæos, P. L., t. cxli, col. 305-318. Fulbert n’a pas écrit trois traités anti­ juifs, comme il a été dit, t. vi, col. 965; mais le Tractatus qu’il a écrit a été parfois séparé en trois parties, où l'on a vu trois sermons. Cf. P. L., t. exu, col. 178. — S. Pierre Damien (t 1072), Antilogus contra Judæos, P. L., t. cxlv, col. 41-58; Dialogus inter fudœum requirentem et christianum e contrario respon­ dentem, col. 57-68. 3° Écrits perdus. — Diodoro de Tarse (f avant 394) écrivit Contre les Juifs. Cf. Suidas, Lexic., P. G., t. cxvn, col. 1249. — Gcnnade, De scriptoribus ecclesiasticis, c. lxxviii, P. L., t. lviii, col. 1103, signale un Voconius (Buconius d’après un manuscrit), évêque de Castellani (Mauritanie), qui écrivit adversus Eccles iæ inimicos Judæos el arianos et atios hærcticos. On s’est demandé s’il ne faudrait pas Identifier cet écrit avec le pseudo-augustinien Advenus quinque hæreses seu conlra quinque hostium genera. — Possldlus, dans ΓIndiculus des oeuvres de saint Augustin, P. L., t. xlvi, col. 6, mentionne comme écrits contre les Juifs, avec la lettre exevi ù Asellicus et la q. lvi du De diversis quæslionibus, une Quæstio de Judæis et, en outre, tractatus duo. La Quæstio de Judæis seraitelle duc à une inadvertance de POMldi us, qui aurait Ju Quæstio de Judæis le titre do la q. xi.vi, t. XL» col. 29- 1882 31, Intitulée De ideis? Peut-être. Quant aux · deux traités », l’un des deux est perdu, à moins que Possldius n’ait désigné de la sorte la lettre à Paulin de Noie. Celte lettre, réponse À un questionnaire du saint, Epist., cxxi, t. xxxm, col. 462-470, no serait-elle pas plutôt la Quæstio de Judæis dont parle Possldius? — Nous avons un écrit faussement attribué à saint Anastase le Sinaîte; nous ne possédons pas le traité Contre les Juifs dont il mentionne le I. IL dans Vin Hexaemeron. 1. VI, P. G., t. lxxxix, col. 933. — Est aussi perdu le récit d’une controverse entre le Juif Julius et maître Pierre de Plse, à Pavie, vers 755; et scriptam e^se camdem controversiam in eadem civi­ tate audivi, dit Alcuin, qui assista par hasard au débat. Epist., c, P. L·., t. c, col. 314. 4° Écrits où les Juifs sont combattus indirectement. — Π n’y a qu’à Jeter un coup d’œil sur les tables des matières des volumes des deux Patrologies grecque ct latine pour se rendre compte, quelque incomplètes qu’elles soient trop souvent, de la grande place que les Juifs y occupent. En dehors des écrits qui ont pour but direct de les combattre, ils sont nommés, critiqués, réfutés un peu partout, dans les ouvrages de défende catholique, les sermons, les commentaires de l’Êcriture sainte, les textes qui visent leurs rapport» avec les chrétiens. C’est ainsi que, au iv * siècle, saint Gaudence de Brescia, qui nous apprend, Serm., xxi, P. L., t. xx, col. 999, que son prédécesseur, saint Philastre, prêcha contre les païens, les Juifs ct les hérétiques, attaque fréquemment les Juifs dans ses sermons. Cf. notamment Serm., i-vn, x, sur la Pâque; vm-ix, sur les noces de Cana; xi. sur le paralytique, col. 843-927. Au V siècle, saint Jérôme et saint Augustin reviennent constamment à la charge ; voir par exemple, d'Augustin, le Contra Faustum manicha m, surtout I. XII, P. L., t. xlii, col. 253-280. Au vr siècle, Cassiodore bataille contre eux dans son Expositio in psalterium, en particulier sur le ps. lxiu, P. L·, t. lxx, col. 438-413; saint Grégoire le Grand a plus de cinquante lettres pour régler différents points rela­ tifs ù leur situation juridique, cf. V. Tiolller, Saint Grégoire le Grund et les Juifs, Briguais, 1913, p. v, ct s’explique sur eux cl contre eux dans ses Morales et dans ses Homélies. Et cela dure Jusqu’au xr siècle» où Brunon de \\ urlzbourg. pour ne nommer que lui, s'en prend â maintes reprises aux Juifs dans son Expo­ sitio psalmorum, P. L., t. cxlii, col. 49-530. 5® Le caractère des écrits. — De ces écrivains trois ont été des juifs convertis : Isaac, qui retourna au judaïsme, Julien de Tolède et Paul Alvare. L'auteur de la Didascalie de Jacob se donne pour un Juif con­ verti; vraisemblablement cotte aflirmatlon et la forme, que revêt cet écrit, d’un exposé de la vérité du christianisme à des Juifs convertis de force ne répon­ dent pas à une réalité historique. Il faut voir proba­ blement de pures fictions littéraires dans les contro­ verses qui auraient eu lieu devant Constantin ct devant les rois des Homérites ct de Perse, uin'»i que dans la plupart des dialogues entre Juifs et chrétiens· Deux, au moins, de ccs discutions furent véritables, celle que Grégoire de Tours eut avec Priscus vu pré­ sence du roi Chilpérlc, celle de Pierre de Pi e à Pavie» avec le juif Julius ; de même, sans doute, cello à laquelle Philippe de Side dit avoir assisté. Il y eut certaine­ ment d'autres controverses orales. Sans nous arrêter aux renseignements fournis, par les pseudo-J can et Polybe, dans la Vie légendaire de saint Epiphane, c. vi, xxvi, xLvii, P. G., t. xm. col. 29. 56, 84, rappe­ lons que saint Jérôme tradui il TAncien Testament sur l'hébreu en vue des controverses avec les Juif», et notons que saint Isidore de l'elu»e écrivit à divers chrétiens qui avaient eu des discussions avec les Juif'», 1. I, epist., exu, cdi; 11, χαχ; III, xix, xciv; IV, 1883 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 313 A 1100 xvn, P. β., l. Lxxvni, col. 275-278, 405-108, 541-544, 745-746, 798-800, 1063-1066. Cf. saint Jean Chrysos· tome. Contre /r.< Juifs, semi, vn, n. 3, P. G., t. XLvnr, col. 920; Théodorct, Epis!., cxn, P. G., t. lxxxiii, col. 1316; la Vie de saint Nil le jeune, par un de ses disciples, c. vu, n. 50-51, dans les Acta sanctorum des Bollandistes, 2· édit., Paris, 1867, septemb., t. vn, p. 290-291 ; S. Pierre Damien, Antilogus contra Judæos, præf., P. L., t. cxlv, col. 41, etc. Que ce soit sous forme de traité dogmatique ou de dialogue, la polémique antijuive se meut dans le même cadre d’idées. Mais, après le triomphe du christianisme et de plus en plus à mesure que se for­ mule la législation, civile et ecclésiastique, contre les Juifs, elle offre un aspect juridique en même temps que théologique. Pour la première fols, le De alterca­ tione Ecclesitr et synagogæ énumère les déchéances légales qui frappent les Juifs et les droits qui leur sont restés. Plus d'un de nos écrivains l'imitent. Et l'un des derniers venus, Amolon, s'appuie sur les institu­ tions impériales et sur les décrets des conciles qui concernent les Juifs. Contra Judæos, P. L., t. cxvi, col. 172, 174-177, 181-183. A côté des lois des empereurs et des conciles, Amolon cite les actes et les écrits des saints Augustin, Jérôme, Hilaire, Ambroise, Grégoire, d'Agobard son prédécesseur, col. 143, 145, 171, 176, 180-181. Agobard, lui, s'était réclamé « des exemples et des décrets des Pères », ù savoir les saints Hilaire, Ambroise, Cjjjricn, Athanase, saint Avit de Vienne et le concile d’Epaone, saint Césaire d’Arles et le concile d'Agde (508), cl quatre autres conciles; puis il avait cité les saints Irénée et Jérôme, les Clémentines qu'il savait, du reste, apocryphes et, sans le nommer, saint Augustin, De judaicis superstitionibus, c. ii-x, xvr, P. L., t. civ, col. 79-88, 92-93. Eusèbe, s'il n'avalt utilisé que la Bible dans la Démonstration évangélique, qui s'adressait plus spécialement aux Juifs, avait entassé les témoignages païens dans la Préparation 'vangélique destinée particulièrement aux païens. Dans la si curieuse controverse entre chrétiens, païens, et Juifs, à la cour des Sassanides, les documents païens, y compris le pscudo-Hyslaspe et les oracles sibyllins, sont d'un grand u>age. F. C. Conybcare a signalé des emprunts aux évangiles apocryphes dans les deux Dialogues qu’il a publiés et étudié leurs rapports entre eux et avec la littérature antérieure; tout n'est pas également sûr dans ces rapprochements et, en parti­ culier, tant qu’on n’aura pas découvert le Dialogue d'Ariston de Pella, les tentatives que Conybcare et d’autres ont multipliées pour lui rattacher et ces Dialogues et d'autres écrits ne sauraient aboutir. Ésagrc, dans ΓAltercatio, côtoie constamment les Tractatus ürigenis, où l’on voit aujourd’hui l’œuvre de Grégoire d'Elvire. Cf. P. Batiffol, Revue biblique, Paris, 1899. t. mu, p. 337 345; G. Morin, Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain. 1900,1.1, p. 267-268. 11. Vogcl•teln et P. Rieger, GeschiChte der Juden in Rom, Berlin, 1896, t. i, p. 163-164, ont plus affirmé que démontré la dépendance de ï'Allercatio vis-à-vis de saint Jérôme, el du Contra Judæos de Maxime de Turin vb-a-vis de V Altercatio. H n’est pas prouvé non plus que le Dialogue avec le fui/ Herban dépende de la lettre de Sévère de Minorque, comme l'a supposé J. J us 1er, Examen critique, Paris, 1911, p. 49, note. Nous sommes mieux renseignés non sur les sources des Trophées de Dantùs, qui restent inconnues, mais sur leur Influente; c’est d’eux que s’inspirent le Dialogue des Jui/s Paptscus el Philon avec un moine dans ses deux rédaction·, le pseudo-Anastase le Slnallc, le pscudo-Athanase des Questions à Antiochus. Cf. G. Hardy, P. O.,1. xv. p. 184-188. La controverse antijuive s'est développée, d’abord. 1884 surtout en Asie et en Afrique. Jusqu'au ix· siècle, elle est très vivante en Orient; au temps des premiers progrès de l’islamisme elle commence une période singulièrement active. A partir du ιχ· siècle, l'ardeur théologique de l’Orienl sc ralentit; désormais l'Ocd· dent fournira les principaux apologistes du christia­ nisme contre les Juifs. 6° Le contenu des écrits. — L'apologétique antijuive est à peu près la même au fond que par le passé : argument tiré des prophéties, réponse aux objections Juives. 1. Partie positive de la controverse. — a) L'argument prophétique. — On répète ce qui a été dit de bon cl de moins bon; on y ajoute aussi parfois. Par exemple, on ne sc lasse pas de revenir sur la date de l’époque messianique, sur les semaines de Daniel, etc. On traite avec ampleur tel ou tel point de l'argument prophétique : Basile de Séleucie calcule avant tout les années qui séparent Daniel du Christ; Julien de Tolède s'attache à prouver que le 6· âge, celui du Messie, est précisément celui où est né Jésus, cl Fulbert de Chartres a tout un traité sur la prophétie de Jacob. Tel écrit, par ailleurs assez faible, les Trophées de Damas, a une page excellente, et en partie neuve, sur les prophéties faites par le Christ et réalisées, iv, 5-6, P. O., t. xv, p. 269-273. Eusèbe était déjà entré dans cette voie : sa Théophanie contient un très bon déve­ loppement sur l'annonce de la conquête du monde par les apôtres, pêcheurs ignorants transformés en pê­ cheurs d'hommes, v, P. G., t. xxiv, col. 623-624, cl un autre, vi, col. 633-656, sur la destruction du temple et les maux de la nation juive. Saint Jean Chrysostome avait mis en lumière les mêmes arguments dans ses discours Contre les Juifs, iv, 4-6; v, 1-6; VI, 3; P. G., t. XLvni, col. 876-881, 883-893, 905-908, et aussi, que ce soit ou non Chrysostome, l'auteur de la Démonstration contre les Juifs et les gentils que le Christ est Dieu, 6-7, 11-16, P. G., t. xlviii, col. 820823, 829-835. b) Le fait de PÉglise. — Plus complètement que leurs prédécesseurs, nos conlroversistcs exposent, comme un élément capital de la démonstration chré­ tienne, le (ait de l'Églisc, de son existence, de sa difïusion, de son action dans le monde. Eusèbe, au passage indiqué et dans la Démonstration évangélique, surtout le 1. III; saint Jean Chrysostome, aux pas­ sages Indiqués; saint Augustin, Contra Faustum manichæum, 1. XII, c. xuv, P. L., t. xui, col. 278; le pseudo-Athanase le Slnaltc, Dispute contre les Juifs, P. G., t. lxxxîx, col. 1219-1226; saint Idclphonsc, De virginitate perpetua S. Mariae, c. vu, P. L., t. xevi, col. 83-84, etc., insistent là-dessus. c) Nécessité des dispositions morales. — Ils n’insistent pas moins sur les bonnes dispositions requises pour saisir la force probante des prophéties. Cà et là ils taxent les Juifs de mauvaise foi; oust le cas de Paul Alvare, Ep., xviii, 4, et d'Isidore de Séville. Mais ce langage est exceptionnel, et Alvare et Isidore le démentent vite. Cf. J. Martin, L'apologétique tradi­ tionnelle, Paris, 1905, t. n, p. 7-10, 15-19. Ce qu'on leur reproche ce n'est pas la mauvaise foi qui nie la lumière, c'est l’impossibilité de comprendre qu’ils ont créée en eux, c’est l'endurcissement volontaire du cœur qui s'est rendu incapable d'être touché. Cæci, obstinait, ces épithètes servent constamment à les caractériser. 2. Partie négative. — On réfute les arguments des Juifs. ·— a) L'abandon de la Loi. — A cet argument on répond comme précédemment. La dispersion des Juifs, prophétisée, accomplie, a paru de bonne heure une preuve décisive de la divüiité du christianisme contre les Juifs. Cf. Le Nourry, Dissert, in Apotog Tertulliani, P. L., t. i, col. 783-786. A mesure que le 1885 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 313 \ 1100 temps marche, la preuve se renforce : H est de plus en plus manifeste que les Juifs ne sont pas un peuple connue les autres, qu’il y u dans leur histoire de l’extraordinaire. De plus en plus les écrivains ecclésiastiques | montrent, dans la dispersion des Juifs A travers le monde, la réalisation des prophéties. En général ils en parlent brièvement, m· nie ceux qui reviennent volontiers sur cette considération, tels Jérôme, Augustin, Isidore do PélUse, etc. Parfois ils appuient, en particulier Eusèbe, Démonstration évangélique, 1. VIH. et saint Jean Chrysostome, Contre les Juifs, v, 1-6, 11; vr. 2-1, P. G., t. xlviii, col. 883-893, 900<♦10. b) La trinité divine. — On s’explique longuement sur l'unité de la substance divine et la trinlté des personnes. Avec l’i*l imlsine un fait nouveau sc pro­ duit. Pratiquement ’ » Juifs ont, dans les Arabes musulmans, de allié, naturels qui enseignent, avec eux, un monothéisme rigide exclusif autant de la trinité des personnes que de la trinité de nature. Avec eux encore, et avec les iconoclastes, ils condamnent le culte des images. La polémique antijuive sc ren­ contre donc fréquemment avec la polémique anti­ iconoclaste et la polémique antimusulmane· Mrs M. D. Gibson, Studia sinaitica, t. vu, An arable version of the Ads of (he Apostles with a treatise on the triune nature of God, Cambridge, 1918, a publié un traité sur la Trinité, qui peut remonter au vin· siècle et qui réfute l’islamisme par les arguments scripturaires en usage dans les écrits antijuif * de saint JuCin cl des anciens controversi s tes. Théodore Abucara dispute séparément contre les Juifs et contre lés Sarrasins; ultérieurement ils seront combattus plu * d'une fois dans lo même traité. e) La vie et la mort du Christ et l'offensive luioe. — Pour éluder la force des textes de l’Écriture relatifs aux souffrances du Messie, les Juifs ont imaginé, peutêtre dès lu temps d’Adrien, l'existence de deux Mes­ sies : l’un, de la race de David, né au moment de la destruction du temple et devant rester invisible, jusqu’à ce qu’il vienne, à la fin, rassembler les Juifs; l’autre, do la tribu d’Éphraîm, qui sera tué dans la guerre contre Gog et Magog. /Vmolon. Contra Judæos, c. χιι-χχιν, P. L., t. cxvî, col. 148-157. renverse aisément cette théorie inconsistante. En même temps, les Juifs ont continué de dénaturer la vie du Christ. Le Talmud lui prodigue les outrages. Cf. H. von Laible, Jesus Christus im Thalmud, Berlin, 1891; A. Meyer, Jesus irn Talmud, dans E. Hennecke, Da nd b uc h :u den neutestamentlichen Apokryphen, Tublngue, 1901, p. 47-71. Et les pires Inventions d'une haine délirante se donnent rendez-vous dans les Toledol Jesu. I. Locb, La controverse religieuse entre les chrétiens et les Juifs au Moyen Age en France et en Espagne, dans lu Revue de Thistoire des religions, Paris, 1888, t. xvn, p. 317, cf. 327, dit qu' « Agobard les connaissait certainement », quoique dans une rédaction différente de celles manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale, Pari * 1886-1888, t. i, p. 144, 167, 275, 277, 284, 286, 290; t. ni, p. 218. 5. Date inconnue. — Le ms. anéplgraphe du monas­ tère d’Ivcron, au mont Athos, qui contient un traité du moine Matthieu contre les Juifs, est du xiv· siè­ cle, mais l’œuvre est plus ancienne, ct J. R. Har­ ris, Testimonies, Cambridge, 1906, t. i, s'en est servi pour étayer l'hypothèse mentionnée plus haut. — Un Traité de la très sainte Trinité contre les Juifs, en grec, ύ la Vaticane, cod. 719. Cf. Imbonati, p. 6. — Trois écrits contre les Juifs, en grec, à la bibliothèque de Vienne (Autriche), cod. 5, 244, 277. Cf. Imbonati, n. 957, 958, 960, p. 307-308. 2° Les écrivains occidentaux d’origtne chrétienne. — 1. XII· siècle. — 11 se peut que tel ou tel de ces écrits soit de la fin du xi· siècle. La question se pose, en particulier, pour celui de Gilbert Crispin, que nous mettons en tête de la série : il est dédié à saint Anselme, évêque de Cantorbéry, et donc a été composé entre 1093 ct 1109. I. Lévi, Controverse entre un juif et un chrétien au Xf siècle, dans la Revue des études juives, Paris, 1882, t. v, p. 240, le place au xi· siècle, peutêtre avant 1096, car il ne renferme pas d'allusion à la croisade. Cctle raison est d’une valeur légère. Dans l’incertitude, nous l'avons réservé pour le xn· siècle, à cause de scs points de contact avec des écrits du xn· siècle. Gilbert Crispin, abbé de Westminster, Disputa­ tio jrdæi cum Christiano de fide Christiana, P. L., t. eux, col. 1005-1030. C'est une discussion avec un juif qui avait été Instruit à Mayence dans les lettres; il semble que la controverse ait eu lieu en Angleterre. — Odon, évêque de Cambrai (t 1113), Disputatio contra judseum Leonem nomine de adventu Christi Filii Dei, P. L„ t. clx, coi. 1103-1112. La discussion avait eu lieu à Senlis. — Pscudo-Guillaumc de Cham­ peaux, Dialogus inter christianum el fudæum di tide catholica, P. L„ t. clxiii, col. 1045-1072; ne p'ut être de Guillaume, car il est dédié à Anselme, évêçue de Lincoln, qui devint évêque en 1123, et Guillaume mourut en 1122. C'est un démarquage de Gilbert Crispin, mais le ton est plus vif. — Gilbert (dlflércnt de Gilbert Crispin), Disputatio Ecclesiæ et Synagogæ dans Marlène cl Durand, Thesaurus novus anecdoterum, Paris, 1717, t. v, col. 1497-1506. — Guibert de Nogent (t 1124), Tractatus de incarnatione contra Judæos, P. L., t. CLVi, col. 189-528; De vita sua, 1. II, c. v; 1. III, c. xvi, col. 903-904, 949-951. — Hildcbcrt de Lavardin (t 1134), Sermo ci contra Judæos de incarnatione, P. L., t. clxxi, col. 811 814. — Rupert de Dcutz (t 1135), Annulus sive dialogus inter Chris­ tianum et judæum, P. L., t. clxx, col. 559-610. — Abélard (f 1142), Dialogus inter philosophum, judæum et christianum, P. L., t. clxxviii, col. 1609-1682. Voir t. i, col. 40-41. — Pierre le Vénérable (f 1156), Tractatus advenus Judæorum inveteratam duritiem, P. L., t. clxxxix, col. 507-650. — Tractatus contra Judæos, peut-être de 1118, préface dans Lebcuf, Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, Paris, 1713, t. n, p. 40. — Tractatus adver­ sus Judæum, de 1160, P. L., t. ccxiu, col. 749-808. — Richard de Saint-Victor (t 1173), De Emmanuele libri II, P. L.. t. cxcvi, col. 601-666. Le 1. I est contre un traité de maître André, dont un passage est reproduit, col. 601-604. ct dont II y a un ms. à la bibliothèque de l'Anenal, â Paris, cod. 350, avec ce titre : Objectiones Andrese secundum quod Judæi soient nobis opponere de nostro Emmanuele; Richard lui reproche de sembler favoriser la thèse juive. Le I II 1889 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1100 A 1500 est contre un disciple de maître André. Cf. P. Féret, La /acuité de théologie de Paris, Moyen Age, Paris, 1894, t. i, p. 119. — Barthélemy, évêque d'Exeter (f 1184), Dialogus contra Judæos. CA. Imbonati, p. 325. — Inghetto (Ignetus) Contardo, marchand génois, Fia· 1 gellum liebræoriim, controverse avec les Juifs de Ma­ jorque en 1186, publiée par F. Carboni, Venise, 1672. — Joachim de Flore (f 1202), Contra Judæos, dans le ins. A Î21 de la bibliothèque de Dresde, fol. 223-235. Cf. P. Fournier, Études sur Joachim de Flore et ses doc­ trines, Paris, 1909, p. 3-4, note. — L’auteur du Liber de vera philosophia, de la fln du xii· siècle, à la biblio­ thèque de Grenoble» 1. VIil, fui. 81-87 : Quomodo sit disputandum cum paganis. Judicis, manichæls, arrianis, sabellianis. Cf. P. Founder, p. 60. — Pierre de Blois (f 1200), Contra perfidiam Judæorum, P. L., l. ccvii, coi. 825-870. — Gautier de Châtillon (t 1200) et Baudouin de Valenciennes, Tractatus sive dialogus magistri Gualteri Tornacensis el Balduini Valentianensts contra Judæos, P. L., t. ccix, cui. 423-158. Iis sont tous les deux auteurs : Ego Gualterus... et Bal· dumus libellum scripsimus. — Alain de Lille (t vers 1203), De /ide catholica contra hæreticos sui temporis, I. Ill, Contra Judæos, P. L., t. ccx, col. 305-430. Voir t. !, cul. 657. 2. XI11· siècle. — Ébrard de Béthune (vers 1212?), Antihæresis, c. xxvn, Disputatio contra Judæos, c. xxvHi, Quæstiones ad decipiendum (prendre en défaut) lam hæreticos quam Judæos, dans Biblio­ theca Patrum, 4· édit,, Paris, 1621, t. tv a, col. 11791192. Voir id t. iv, col. 1995-1998. — Pierre, archi­ diacre de Londres (vers 1230), De adventu Messi» contra Judæos libri III, en forme de dialogue entre Pierre et Simon, inédit. Cf. Fabricius, Delectus argu­ mentorum, p. 268-269. — Excerpta tatmudica, con­ tenant les pièces du procès contre le Talmud (12401248) ct l’exposé des principales erreurs du Tal­ mud, Bibl. nat. de Paris, ms. lut., 16 558, le tout rédigé entre 1248 ct 1255. Des fragments dans Duplessis d’Argent ré, Collectio judiciorum, Paris, 1755, t. t, p. 146-156; la table des ma ières dans I. Loeb, La controverse de 1240 sur le Talmud, dans la Revue des études juives. Parts, 1880, t. i, p. 259-260. N. Valois, Guillaume *dAuvergne, évêque de Paris, Paris, 1880, p. 135, note, conjecture avec vraisemblance que Fau­ teur pourrait être le dominicain Thibaut de Saxe. — Bobcrt Grossetôte, évêque de Lincoln (t 1253), traducteur du Testament des douze patriarches, a écrit un De cessatione legalium, dont un fragment parut à Londres, 1658, avec sa Vie. — S. l'homa. d’Aquin (t 1274), De regimine Judæorum ad dùcissam Bra­ bant tæ, dans Opera omnia, Parme, 1865, t. χνι, p. 292-29 L — Raymond Martin, dominicain espa­ gnol, aurait écrit un Capistrum, qui serait peutêtre un Capistrum Judæorum, cl que, du reste, per­ sonne n’nllirme avoir vu. 11 écrivit, en 1278, le Pugio jidei adversus Mauros el Judæos, édité à Paris, 1651, par Bosquet, évêque de Lodève, et le président J. P. de Maussae, avec des annotations précieuses de J. de Voisin. Sa grande connaissance des livres Juif» a fait croire que c'était un juif converti, mais u tort. A tort également, à cc qu'il semble, on a pre.i ndu qu’un dominicain Pierre de Barcelone aurait écrit un autre Pugio fidei; l’erreur a des chances de provenir de ce qu'un exemplaire du Pugio fidei, qui ne portait que l'initiale du nom de l’auteur : a jralre R., aura été lu a jratre P., dont on aura fait Pierre, el, parce quo Haymond, né A Subiralz (Catalogne), entra duns l’ordre A Barcelone, on aura créé de toutes pièces le dominicain Pierre de Barcelone. Cf. Quétif-Echard, Scriptores ordinis Prædicatorum, t. i, p. 397. — Vita sancti Theodardl arduepiscopi Narbonensis, c. i-ii, dans Acta sanctorum, 3* édit., Paris, 1861, mal, t. i. 1890 p. 145-149; discussion légendaire, à l’occa ton de In peine du soufflet qui aurait été Infligée trois fols l’an A un juif de Narbonne, entre les Juifs ct Théodard antérieurement à son épiscopat (885). L’auteur a dû écrire avant le xiv * siècle. 3. XIV· siècle. — Hi col do de Monte Croce, domi­ nicain (f 1309), Contra errores Judæorum. m%., au couvent de Santa Maria Novella A Florence 1 la (La du * xviii siècle. Cf. P. Mandonne·, Revue biblique, Paris, 1893, t. ir, p. 601-602. — Victor Porcheto de Salvalici ( Salvat teas ), de Gènes, chartreux (t 13156 Victoria adversus *impio Hebræos, Paris, 1520. — Bx Haymond Lulle (t 1315), Le livre du gentil et des trois sages, dans Obras, Palma, 1887, en espagnol : trad, en latin, en français, en arabe et en hébreu. Un chrétien, un Juif et u.i sarrasin y discutent, devant un païen, sur leurs croyances. Cf. M. André. Le B. Ray­ mond Lulle, Paris, 1900, p. 76-85. — Nicolas de Lyre, franciscain, passa pour juif, comme Raymond Martin, A cause de sa connaissance de l'hébreu et de la littérature Juive; combat souvent les Juifs dans scs PostiUæ perpeluæ in Velus et Novum Testamen­ tum, par exemple sur Gen., xlix, 10, édit, de Nurem­ berg, 1497, t. i, fol. lxxxi b, a écrit, vers 1305, un traité contre les Juifs, parfois dédoublé, publié sou» des titres divers, d’ordinaire mis en appendice aux Postillæ. A la fin du t. iv de l’édition de Nuremberg, fol. cccxlvi-cccli, il est annoncé sous ce titre : Libellus in quo sunt pulchernmæ questiones judaicam perfidiam in catholica fide improbantes, ct nom avons deux titres au haut des pages, d’abord : Contra perfi­ diam Judæorum. puis : Probatio incarnationis Christi. — Lauterius de Battneis, appelé aussi parfois Lau terius ou Laurentius de Valdinis ou de Ubaldlnis. dominicain florentin. Capistrum Judæorum, en 1320; le prologue dans Quétif-Échard, t. i, p. 589. — Pierre de Penna. Thalamoth ou Pharetra Judæorum. ver 1330. Cf. Quétif-Echard, t. i, p. 569. — Jacques Clverosus de Daroca (Aragon), Triumphus perfidis Judæo­ rum de adventu Messi», ms., à la Vaticane, cod. tat., 1002. Cf. Imbonati, p. 78. — Jean de Baconlhorpc (de Bachone), carme anglais (t 1346), De Judæorum perfi dia ct De adventu Messiæ. Cf. Jean Trilhènie (de Trittenhe.m), De scriptoribus ecclesiasticis, Paris, 1512, fol. 133 a. — Bernard Oliver, évêque de Torto>e (f 1318), Contra cædtalem Judæorum, cité par Alphonse de Spina, Fortalilium fidei, L III, c. i; L IV, c. n. — Richard Fitz-Ralph, archevêque d’Armagh (f 1360), De inventionibus Judæorum. Paris, 1511. 4. XV· siècle. — S. Vincent Ferrier, qui s’occupa beaucoup de la conversion des Juifs, notamment à l’occasion du colloque de Tortose el de San M.iteo (1413-1414), écrivit un Tractatus advenus Judæos, ms., A la Vaticane, dont le P. Fage», Histoire de S. Vincent Ferrier, 2· édit., Louvain, 1901, t. i, p. v, a annoncé la publication. — Thibaut de Saxo, dominicain, pro­ nonça un sermon au concile de Constance (1416) et écrivit Talmud sive objectiones contra Judæos, dans J. C. Wolf, Bibliotheca hebræa, Hambourg, 1735, t. iv, p. 556. — Guy de Roussillon du Bouchage, évêque d’Avignon (f 1428), De erroribus Judæorum, ms., A lu Vaticane, cod. lat., 988. Cf. Imbonati, p. 63. — Paul de Venise, uugustin (f vers 1429), Contra Ju­ dæos. Cf. Trithème, op. cil., fol. 149 b, — Alphonse Toxtal, évêque d’Avilu (f 1455), à la suite du dernier volume de ses commentaires sur saint Matthieu, a des Opuscula varia, Venise, 1615, chacun avec une pagi­ nation spéciale. Le III·, De sanctissima Trinitate, u pour but d’établir que ex auctoritatibus Veleris Testamenti personarum pluralitas, licet sit persuasibilis, necessario tamen non est convincibihs, p. 2, et qu'on ne peut argumenter à l’aide de ces textes contra Judæos perfidos quamdiu manent in suo errore, p. 13; cf. Corn- * 1S91 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1100 A 1500 mml. in Exodum, Venise, 1615, t. n, p. 280-281, cc qu’il dit sur Ex., xxxiv, 6. Le IV * opuscule. In locum haiæ c. vn : Eccr virgo concipiet, etc., commentarium, se propose d'étudier avec soin cc verset in qua catho­ lics advenus perfidiam Judæorum immortalis jam lis lacta est. — L’humaniste Glanozzo Manettl (f 1459), Adversus Judæos et gentes, en dix livres, ms., Λ la bibliothèque d'I rbln, cod. 58. Cf. Imbonati, p. 51. — S. Antonin de Florence (t 1459), Trialogus de duobus discipulis euntibus in Emmaus, Florence, 1 180; commentaire, sous forme de dialogue, des prophéties messianiques. — Étienne Bodecker, évêque de Bran­ debourg (t 1459). Cf. Fabricius, Delectus argumento­ rum, p. 574. — Jean Lopez, dominicain (1164). Contra superstitiones Judæorum. Cf. Quétlf-Echard. t. i, p. 826. — Nicolas de Cues (Cusanus, f 1 164), Dialoqus de pace seu concordantia fidei, dans Opera, Bâle. 1565, p. 862-879; il presse païens, Juifs el musulmans d'adhérer au christianisme. — Lanzo Quirini, litté­ rateur vénitien (t 1466), un traité inédit contre les Juifs. Cf. G. Tiraboschi, Storia della letteratura italiana, Naples, 1780, t. vi a, p. 233-234. — Dcnys le Char­ treux (f 1471), Dialogion de fide catholica, 1. VII, De probatione fidei christianæ ex lege et prophetis et de Judæorum erroribus, dans Opera ornnia, Monlrcuil-surMer, 1899, t. xvm, p. 471-509. — Pierre Georges Schwarz (Niger), dominicain, De conditionibus vert Messift, Esslingen, 1475; complété et traduit en alle­ mand sous le titre Der Stern des Messias, Esslingen, 1477. — Paul Morosini (Maurocanus), patricien de Venise, De æterna lemporalique Christi generatione in judaicæ impugnationem perfidiæ chnstianæque reli­ gionis gloriam divinis enunciationibus comprobata, Padoue, 1173. — Marsile Ficin commença en 1474 et Unit avant 1478 le De religione Christiana et fidei pietate, Paris, 1510, dont les c. xxvi-xxxvn, fol. 24-60, sauf le c. xxxv! qui est contre les musulmans, sont contre les Juifs; traduit du latin en italien par Ficin, cl en français par le G. Le Fère de la Boderie, Paris, 1578. Voir t. v, col. 2287-2289. — Jacques Perez d'Ayora (Valence), august in, évêque de Ch ris to polis (Thrace, f vers 1490), Contra Judæos de Christo repa­ ratore generis humani, Lyon, 1512. — Pierre Bruto (de brutis), vénitien, évêque de Cattaro (t 1493), Vic­ toria adversus Judæos, Vienne, 1489. — Antoine d'Avila et un prieur du couvent de Sainte-Croix de Ségovle, Censura et con/utatio libri Talmut, après 1483. Cf. 1. Loch. Revue des études juives, Paris, 1889, t. xvm, p. 231-237. — Jean Pic de la Mirandole (t 1494) avait commencé un traité contre les sept ennemis de l’Église, les Juifs en tête, dont le plan est esquissé par son neveu Jean-François, Joannis Pici vita, en tête des Optra omnia, Bâle, 1557. Nous avons un échantillon de ce qu’aurait été sa polémique dans ce qu’il écrit contre les Juifs, Heptaplus, c. ïv, p. 51-55. — Jérôme Sas on noie (t 1498), Triumphus crucis sive de ventate fidei, 1. IV, c. v, Ley de, 1633, p. 341-362 : 11 observe, p. 362, que ce qu’il a exposé sur la divinité du chris­ tianisme, 1. Il, p. 65-177, est également valable contre les Juifs. En outre, Savonarole combat les Juifs, Dialogus spiritus et anima interlocutorum, en sept livres, L III, Gênes, 1536; trad, italienne, Venise, 1547, et Dialogus rationis et sensus interlocutorum, Inachevé. L 111, Venise. 1537, — Anonyme, Pharetra fidei cathotiae sive disputatio Judæi et christiani, Leipzig, 1194. — Imbonati, p. 133, attribue au car­ dinal dominicain Jean de Torquem ad a (t 1468) un Liber contra Drue lilas nostri tempons; or le litre véritable est Tractatus contra Madianitas et Ismael lias adversarios et detractores illorum qui de populo israehtico originem traxerunt (Uni en 1450), et c’est un traité contre les statut s de certaines églises, contre les • Ismaélites de notre temps », qui éloignaient les 1892 Juifs convertis des chapitres do ccs églises. Cf. OuéUf· Echard, t. t, p. 812. 5. Date inconnue. — Altercatio synaqogæ el *Eccl siæ, Cologne, 1537, dialogue entre Gamaliel et Paul, auquel l'éditeur donne une antiquité sûrement eiagécéè en l'attribuant au temps de Charlemagne. Cf. I. l.cvi, Revue des éludes juives, Paris, 1882, t. v, p. 245, — Dialogus Ecclesiæ et Synagogæ, incunable sam indica­ tion de lieu ni de date, publié par Gonznlvc Garzta de Sainte-Marie, jurisconsulte cl chartreux, vers 1500.— Contra Judæos, dans Maxima bibliotheca veterum Patrum, Lyon, 1677, I. χχνιι, p. 619-623. 3° Écrivains chrétiens d’origine juive. — I. XII- sli­ de. — Samuel de Fez (Marochianus), De adventu Mcssiæ quern Judæi temere exspectant, P. L., t. cxlix, coi. 337-368; se donne pour une traduction, par le dominicain Alphonse Bonhomme, d'une lettre arabe, composée vers 1072 et tenue cachée par les Juifs. La lettre pourrait bien être apocryphe et le nom de Bonhomme et la traduction choses fictives. D'après I. Loeb, Revue de Γhistoire des religions, Paris, 1888, t. xvn, p. 331, l'auteur serait le juif espagnol con­ verti Paul de Valladolid; il aurait écrit ce petit ou­ vrage, en 1339, en y mettant beaucoup du sien cl en se servant de celui de Samuel ibn Abbas, juif pa^sé à l'islamisme en 1163, contre ses anciens coreligion­ naires. La question mériterait un sérieux examen. SI l'œuvre n’est pxs du xi· siècle, elle parait du xn plutôt * que du xni· ou du χιν·. — Pierre Alphonse, aupa­ ravant rabbi Moise Sephardi, baptisé en 1106, le jour de la fête de saint Pierre dont il prit le nom avec celui du roi Alphonse VI de Castille, son parrain, Dialogus Petri cognomento Alphonsi ex Judæo chris­ tiani et Moysis Judæi, P. L., L. clvii, col. 535-572. Voir 1.1, col. 904-905. — I lermann, auparavant Judas, de Cologne, converti après 1127, De sua conversione opusculum, P. L., t. clxx. col. 805-836; trad, franç. A. de Gourlet (collection Science el religion), Paris, 1902. Voir ici t. m, col. 2258. 2. XIII· siècle. — Guillaume de Bourges, converti par saint Guillaume, évêque de Bourges (1200-1209), diacre, Libri II bellorum Domini contra Judæos et hæreticos, vers 1230; le prologue, la davis libelli et le c. i dans J. Hommey, Supplementum Patrum, Paris, 1685, p. 412-418. Ms. ή la Bibl. nat. de Paris, Cod. lat., 18 211. — Paul Christiani, élève d’un rabbin de Tarascon, devenu chrétien et dominicain, soutint, en 1263, ù Barcelone, en compagnie de Haymond Martin, une controverse contre le rabbin Moïse ben Nahman, dont nous avons le procès-verbal latin par Christiani, ainsi qu'une relation hébraïque de Moïse ben Nahman. Cf. 1. Loeb, Revue des études juives, Paris, 1887, t. xv, p. 1-18. 3. XIV· siècle. — Alphonse, dit de Valladolid du Heu de son séjour, ou de Burgos de son pays d’origine, d’abord Kabbi Abner, converti après 1295, écrivit, dès avant sa conversion, en hébreu, pour le christia­ nisme, un livre des batailles de Dieu, qu’il traduisit ensuite en espagnol, el. après sa conversion. El mostrador de justicia, où il se propose de convertir les *Juif » en leur démontrant la vérité du christianisme par la Bible, le Talmud cl le Mklrasch. Ces ouvrages sont restés manuscrits. Sur lui et sur d’autres écrits qui sont peut-être de lui, cf. I Loeb, Revue de l’histoire des religions, Paris, 1888. t. xvm. p. 1 H-t 13, et Revue des études juives, Paris, 1889, l. xvm, p. 52-63. — Jean de Valladolid, né vers 1335, se convertit ù une date inconnue et composa, contre les Juifs, la Concordia legum, souvent citée par Alphonse de Spina dans son Fortalitium fidei, et sans doute destinée à prouver la conformité de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cf. 1. Loeb, Revue de l’histoire des religions, l. * xvm I p. 144. — François Dioscame, auparavant Aslruc 1893 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1100 A 1500 Bnimuch de Fraga, médecin, écrit, après sa conversion, vers 1391, une lettre en hébreu pour le christianisme. Cf. IL GrAtz, Histoire des Juifs, trad. M. Bloch, Paris, 1893, t. iv, p. 316-317. 4. X V· siècle. - 4. Jérôme de Sainte-Foi, auparavant Josué Lorca, écrivit, en 1412, YHebriromastix ou Contra Judæorum perfidiam et Thalmut tractatus duo, dans M. de la Bigne, Bibliotheca Patrum, 4· édit., Paris, 1624, t. ïv a, col. 741-774. Il soutint avec des rabbins une grande controverse à Tortoso, en présence de Benoît XIII (Pierre de Luna) dont 11 était le médecin, en 1413-1411. Voir le procès-verbal en latin de cette conférence dans la Revue des études juives, Paris, 1922, t. exxiv, p. 22-32. — Paul de Bur­ gos ou de Sainte-Marie, auparavant Salomon Lévl ou Hallévl, baptisé en 1390 ou 1391, évêque de Bur­ gos (f 1435), Scrutinium Scripturarum, Strasbourg, 1469, en deux parties : l'une (dialogue entre Saul et Paul) de polémique contre les erreurs juives, l’autre (dialogue entre le maître cl le disciple) d'exposition de la foi chrétienne. Il écrivit encore des Additiones aux Postillœ de Nicolas de Lyre, publiées parfois avec les Poslillæ, par exemple dans l’édition de Nuremberg, 1497; il y combat Nicolas de Lyre, qu’il juge trop favorable aux commentateurs juifs et au sens littéral de l'Écriture au détriment du sens spirituel. Cf. son Additio aux deux prologues de Nicolas, t. 1, fol. xvi bxix a, cl sa réponse à la lettre d’un franciscain qui avait défendu Nicolas, fol. xix-xx. Le franciscain Matthias Doering (f 1469) défendit vivement Nicolas de Lyre dans des Repliât, ou Correctorium corruptorii, comme 11 les appelle, t. i, fol. xxi a, qui suivent les Annotationes dans les éditions de Nuremberg et autres. Nous avons encore de Paul de Sainte Marie une courte lettre, édit. Geiger. Vienne, 1857. A Josué ben Josef ibn Vives (le même peut-être que Josué Lorca), son ancien élève, qui avait attaqué la foi chré­ tienne; Il lui recommande d’étudier le christianisme. Cf. Revue des études juives, t. lxxiv, p. 33-34. — Jean d’Espagne, connu également sous le nom de Jean l'ancien de Tolède, converti par saint Vincent Ferrier, combattit le judaïsme et écrivit sur sa conver­ sion. Cf. IL Grâtz, Histoire des Juifs, trad M. Bloch, t. ïv, p. 347. — Paul de Bonnefoy, juif baptisé à Dijon, en 1421, écrivit en hébreu un petit livre traduit par le protestant Paul Fagius (Buchlin), Liber fidet scu veritatis, léna, 1542, et déjà traduit en grande partie, mais avec des modifications qui avalent pour but de voiler l’emprunt, par Sébastien Münster, dans les 4 pièces, non indiquées par le titre, en tête de VEvangelium secundum Matthæum in lingua he braica, opus antiquum sed jam recens evulgatum, BAlc, 1537. Cf. M. Stelnsclinelder, dans la Revue des études juives, Paris, 1882, t. ïv, p. 78-87; t. v. p. 57-67. — Pierre do la Caballerla, de Saragossc, écrivit, en 1450, Zelus Christi contra Judæos, saracenos et infideles, Venise, 1592. — Alphonse de Splna, franciscain, écrivit, de 1 158 A 1461, le Fortalitium fidei contra Judæos, Saracenos aliosque christianæ fidei inimicos, dont la P· edition parut A Strasbourg, sans date, vers 1171, et qui a été souvent réimprimé. Le 1. Ill est directement contre les Juifs. — Ncumla, fils d'Haccana, et Haccana, fils de Ncumla, deux lettres pro religione Christiana, traduites de l’hébreu. Cf. L. Main, Repertorium bi· bliographicum, Stuttgart, 1831, t. in, n. 11695. — Albert de Padouc, dit Noël (Novellus), august in, écrivit, vers 1492, un Tractatus de adventu Messiæ resté inédit. Cf. H. Hurler, Nomenclator litter., 3· édit., 1899, t. ïv, col. 848. — Paul de Heredia, juif aragonnls converti, du xv· siècle. De mysteris fidei, utilise contre les Juifs le Talmud rt la cubbale. Cf. I lurter, t. ïv, col. 848. — Jean-Baptiste Gratia Del (évidemment son nom de converti), médecin romain, 189'. Liber de confutatione hebralcæ sectæ, Strasbourg, 1500. 4· Écrits où les Juifs sont combattus Indirectement. — En dehors des écrits de polémique directe contre les Juifs, on les trouve mentionnés et plus ou moins réfutés cl combattus personnes et doctrines, dans une multituded'œuvres du Moyen Age, théologie, commen­ taire; de l’Ecriture, sermons, histoire, littérature proprement dite : satiriques, conteurs, poètes, drama­ turges, etc. Citons, parmi les théologiens, Guillaume d'Auvergne, De fide et De legibus, dans Opera, Orléans el Paris, 1674, t. i, p. 1-102; voir ici t. vî, col. 1970. Parmi les commentateurs de la Bible, Hugues de Saint-Cher; cf. V Index copiosissimus, qui (orme le t. vm de ses commentaires, Lyon. 1645, au mot Judæi (Ί colonnes). Parmi les prédicateurs, saint Bernardin de Sienne; cf. K. Hcfclc. Der h. Bernhardm cnn Siena, Fribourg-cn-Brisgau, 1912, p. 48-51. Le théâtre reli­ gieux du Moyen Age rut son point de départ dans le sermon pseudo-augustinien Contra Judæos. paganos et arianos, dont la partie contre les Juifs forma la 6· leçon, très longue.de l'office de Noël et se transforma d'abord en mystère liturgique, puis en mystère semiliturgique dans l’église et hors de l'église, en attendant de sc retrouver, partie Intégrante, dans le cycle drama­ tique du xv· siècle. Cf. M. Sepet. Les prophètes du Christ. Élude sur les origines du théâtre au Moyen Age, Paris, 1878. Le De altercatione Ecclesiæ el Synagogæ dialogus influa également sur l’évolution du théâtre. L’exhortation religieuse affectionna la forme du débat, el l’on eut des débats de l’Église et de la Synagogue, du juif et du chrétien. Cf. De la desputoison de la Synagogue el de sainte Église, dans A. Jubinal, Mys· tères du JF * siècle, Paris, 1836, t. I, p. 404-408. Enfin Part, comme la littérature, mena, à sa façon, la lutte contre le judaïsme. Cf. P. Hildcnffnucr, La figure de la Synagogue dans l'art du Moyen Age, dans la Revue des éludes juives, Paris, 1904, l. xlvu, p. 187-196. 5° Le caractère des écrits. — La controverse anti­ juive se développe de moins en moins en Orient et de plus en plus en Occident, surtout en France et en Espagne. De plu * en plus aussi il y a, pour y prendre part, avec des chrétiens de naissance, des Juifs convertis, qui documentent leurs nouveaux frères et entrent eux-mêmes en lice. Pour la première fois, grâce ù ccs convertis, la langue hébraïque est employee çà et là dans la controverse. Une autre nouveauté est due à l’un d’eux, le juif Judas de Cologne devenu le chrétien Hermann : nous avons de lui une véritable petite autobiographie bien atta­ chante. Quelques-uns des écrits ont leur origine dans des discussions orales. Elles se sont multipliées. Les unes retentissantes : celle de Pari·. (1240), à la cour de saint Louis, entre le juif baptise Nicolas Donm et rabbi Yehlel de Paris; celle de Barcelone (1263), en présence du roi Jayme, entre le dominicain Paul Christiani, juif baptisé, et Mohc ben Nahman; celle de Tortose (1413-1414), devant Benoit XIII (l ierre de Luna), entre le médecin, juif converti, Jérome de Sainte-Foi el vingt dru.x rabbins. D'autres contro­ verses, moins solennelles, avaient Heu devant des auditoires plus restreints, tantôt d un commun accord entre chrétiens et Juifs, tantôt Imposées par les chrétiens, spécialement en Espagne où les Juifs bapti­ sés. voulant à toute force convertir leurs anciens core­ ligionnaires, se prévalaient d’ordres royaux qui obli­ geaient les Juifs à discuter avec eux. Les controverses avaient, dans certains cas, une allure plus familière, plus Intime : celles, pur exemple, d’où sortit la Dispu· tatio de Gilbert Crhpin et, du côté des Juif», cette œuvre curieuse, attribuée à Joseph le zélateur ou 1895 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1100 A 1500 1896 l'official, dont les matériaux sont du xn * et du xiîi· siè­ par · la splendeur et la gloire de la fol de la sainte Église », Dial., lit. ix, col. 627 638; Pierre le Véné­ cle. qui renferme des sortes de petits procès-verbaux d'entretiens entre rabbins et Juifs baptisés ou chré­ rable l’établit par le miracle de la conversion du monde tiens d'origine, parmi lesquels figurent l’archevêque ct par la différence entre la diffusion du Christian!-me de Sens cl divers évêques, l'abbé do Cluny, des domi­ ct celle de l’islamisme, c. iv, P. L., t. clxxxix,coI.587nicains, le confesseur de la reine ct le pape lui-même, 602. Abélard la démontre, mais non sans écarts, par l'excellence de la morale chrétienne. Voir 1.1, col. ΙΟ­ probablement Grégoire X. Cf. Z. Kahn, Étude sur le livre de Joseph le zélateur, dans la Revue des études Ι 1. Avec Marsile FIcIn c’est déjà le traité presque juives, Paris, 1880-1881, t. i, p. 222-246, t. m. p. 1-38. ! entier, quoique non poussé dans tous scs détails, et c’est presque le titre du De vera religione. Voir t. v, La controverse publique n’était pas sans périls pour col. 2287-2289. Le Triumphus crucis sive de veritate la cause du christianisme. Il risquait d'être mal défendu. L’agresseur pouvait être habile. Certaines fidei de Savonarolc est un petit traité de la religion, qui prélude aux méthodes modernes. matières ne sont guère susceptibles d’une discussion c) Nécessité des dispositions morales. — Parmi les publique profitable. L'objection est aisée à saisir, elle chrétiens d’origine, Rupert de Deutz est celui qui reste; la réponse, même excellente, est au-dessus du en expose le mieux l'importance capitale; pour con­ gros des auditeurs, et s’oublie vite. Les polémistes, duire le Juif à la vraie fol, il ne compte que sur le un Pierre de Blois, par exemple, Contra perfidiam Judtrorum, c. I, P. L„ t. ccviî, col. 825-826, ct l'auteur changement intérieur, dont le Juif s'obstine à ne pas se rendre capable. Parmi les Juifs baptisés, du Tractatus adversus Judæum, c. i, P. L., I. ccxiii, Hermann de Cologne est surtout à consulter : depuis col. 749, signalèrent les dangers ct l’inanité de ces dis­ les Confessions de saint .Augustin, aucun écrit, autant cussions publiques. Saint Thomas d'Aquin, Sum. theol., que son De sua conversione, n'exprime de façon péné­ *-1I·, 1I q. x, a. 7, traça les règles à suivre. Grégoire IX, trante le mystère et les angoisses d'une conversion, par la bulle Sufficere debuerat, du 5 mars 1233, dans ainsi que la nécessité d’un changement intérieur pour Raynaldi, Ann. eccl., an. 1233, n. 49, manda aux que l'intelligence s’ouvre à la pleine lumière. CL Nico­ évêques d'Allemagne de ne pas permettre ces contro­ las de Lyre, Probatio incarnationis Christi, à la fin des verses orales en public. Elles n'eurent lieu dans la Pastillx, Nuremberg, 1497, t. iv, col. cccli b; Jérôme suite qu'cxccptlonncllcmcnt. Les controverses privées, de Sainte-Fol, Contra Judœorum perfidiam, 1. Il, au contraire, se poursuivirent. Une des plus notables Bibl. Pat., Parts, 1624, l. iv a, col. 772-774; Marsile se déroula chez Pic de la Mirandolc, au rapport de Ficin, De religione Christiana, c. χχχνιι, Paris, 1510, Ficin, Epistolx, Nuremberg, 1497, fol. clxxxiifol. 60 a, sur les causer de la rareté de la conversion CLXXXÏII. La controverse écrite, elle, ne décline pas. Elle est des Juifs. 2. Partie négative. — a) L’abandon de la Loi. — Ici active, pressante, souvent belliqueuse, ainsi que l'at­ tout avait été dit. Pierre Alphonse, Dial., tit. xn, testent ccs litres : Rouclier, Rempart, Forteresse de la P. L., t. clvii, col. 656-672. résume bien le tout, en foi, ou Poignard de ta joi, Muselière des Juifs, Fouet montrant que la Loi chrétienne accomplit et perfec­ * Juifs, Victoire sur les Juifs, Triomphe, etc. Concur­ de tionne la Loi mosaïque. Cf. C. U. Hahu, Geschichte remment avec les Juifs il lui arrive de viser les autres ennemis du christianisme, par-dessus tous les Sar­ der Kelzer im Mittelaller, Stuttgart, 1850, t. ni, p. 64rasins. Pierre Alphonse, Dial., tlt. v, P. L., t. clvh, 68. b) La Trinité divine. — Comme par le passé, nos col. 597-606, explique pourquoi, cessant d'être juif, controversistcs concilient l'unité de nature et la Il devient non pas sarrasin mais chrétien. trinité des personnes. Mieux que par le passé, quelquesSelon la coutume du Moyen Age, nos écrivains ne uns précisent que la Trinité ne fut révélée, dans l'Andésignent guère leurs sources autres que l’Écriture clen Testament, que occulte et sub velamine, quoadusque et les Pères. On n’a pas de peine à reconnaître que venit Christus qui de tribus una personis fidelium illam le pseudo-Guillaume de Champeaux est une contre­ mentibus pro eorum revelavit capacitate, comme s'ex­ façon, mais dans un esprit très agressif, du pacifique prime Pierre Alphonse, Dial., tit. vi, col. 611. Cf. Alain Gilbert Crispin. Il n’est pas sans exemple que l'auteur dise où il a puisé. Victor Porchelo se déclare tribu­ de Lille, De fide catholica, 1. Ill, c. n, P. L., t. ccx, col. 402; l’auteur du Contra Judæos, dans Max. bibl. taire de Raymond Martin; Alphonse de Spina, dans le Forlalitium fi de i. avoue les larges emprunts qu’il fait Pat., Lyon, 1677, I. xxvn, p. 619, etc.; surtout À ses prédécesseurs. A plus forte raison ceux qui cher­ Alphonse Tostat. c) La vie et ta mort du Christ et Tofjenstoe fulve. — chent leurs arguments dans la littérature hébraïque renseignent ils sur leurs sources. La conception virginale du Christ est défendue avec une insistance qui révèle l'insistance de l’attaque 6· Le contenu des écrits. — 1. Partie positive de la juive. Pierre Alphonse s'y arrête longuement. Dial., controverse. — a) L *argument prophétique. — Il est tlt. vn, col. 613 617. De même Gulbcrt de Nogcnt repris sous toutc> les formes. Certains textes fixent P. L., t. (XVI, col. 489-506; Gilbert Crispin, P. L., de plus en plus l'attention : la prophétie de Jacob, t. CLix, col. 1019-1020; le p>eudo-Gulllaumc de Cham­ le Serviteur ct l'Emmanuel d’Isaïe, les semaines de peaux, P. L., t. cLxcii, col. 1054-1055; Odon de Cam­ Daniel, etc. Il a fallu des volumes pour retracer les brai, P. L., t. clx, col. 1110-1112. Ce dernier, dans pokiniques juives sur le c. Lin d'Isaïe et sur les semai­ son bref traité, ne parle guère que de la conception nes de Daniel. Cf. A. Neubauer, The fifty-third chapter virginale et de la *nécc » lté de la satisfaction de of haiah according to the Jewish interpreters, Oxford, riIomme-Dlcu pour le salut de l’homme, col. 11031876; Fndd), Die Exegese der siebzig Wochen Daniels 1110. in der alien and mtllleren Zell, Graz, 1883. Les dis­ A l'offensive Juive les chrétiens répondent par une cussions det polémistes chrétiens sur ces passages ct contre-ofTenstve dirigée sur les livres Juifs. Pierre quelques autres fourniraient matière à de copieuses Alphonse» Dial., tlt. i, col. 511-567, signale quelquesmonographies. unes des fables du Talmud. Pierre le Vénérable, c. v, b) Le fait de l'Égllse. — Ici le progrès s'accentue. P. L., t. CLXXXtx, col. 602 650, dresse contre le Le traité De ocra religione, quelque peu ébauché dans Talmud un vigoureux réquisitoire, qu'il termine de la les temp» antérieurs, s'esquisse davantage. Dans tel sorte : Ex quo prophetia in Israel non apparuit, nihil de no * écrivains nous avons des éléments de vraie valeur. Pierre Alphonse établit, en bons termes, la divi­ aliud texuistis, nulla alia doctrina libros fudalcos nité du christianisme par le caractère de son fondateur, j Implestis nisi blasphema, sacrilega, ridiculosa et falsa. 1897 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1100 A 1500 Le Talmud n’cst pas seulement ridicule, Il est dange­ reux : on y trouve des insultes contre le Christ, la religion chrétienne et les chrétiens, ct aussi des mal­ propretés, des Immoralités sans nombre, des maximes qui autorisent ct sancti lient toutes les Iniquités contre les chrétiens. Telle fut l'accusai ion du juif baptisé Nicolas Donin au cours de la controverse de 1240. Elle revint dans la plupart des polémiques postérieures. Jérôme de Sainte-Foi Intitula : De judaicis erroribus ex Talmulh le II· livre de son grand traité contre les Juifs. Certains détails de cette attaque peuvent être discutables; il n’est pas exact, comme le répétait récemment E. Flog, Anthologie juive. Du Moyen Age à nos jours, Paris, 1923, p. 103, que les Juifs convertis « faussèrent sciemment l'interprétation > du Talmud, et la campagne contre cc livre n'était que trop moti­ vée. Cf. F. Vernet, Dictionnaire apologétique de la fol catholique, Paris, 1915, t. 11, col. 1687-1691. On ne voit pas seulement, dans les livres juifs, des ennemis; on y découvre des auxiliaires, ct cela sans se contredire, car nos controvcrslstes combattent ces livres pour ce qu'ils ont de mauvais à leur point de vue ct les allèguent pour ce qu’ils ont de favorable ou christianisme. Paul Christian! est celui, peut-être, qui Inaugura cette tactique. Après lui plusieurs écrivains, Alphonse de Valladolid, Jérôme de SainteFoi, Alphonse de Spina, etc., cherchèrent dans les Talmud et le Midrasch des preuves de la vérité ôu christianisme. Haymond Martin, entre tous, connut la littérature hébraïque ct l'utilisa avec une probité scientifique indiscutable. Cf. 1. Locb, dans Revue de l’histoire des religions, Paris, 1888, t. xvni, p. 136-137; I. Lévi, Le ravissement du Messie-enfant dans le Pugio fidei, dans la Revue des éludes juives, Paris, 1922, t. lxxv, p. 113-118. Raymond Lulle signale, de son côté, l’existence de la cabbale ct lu croit destinée à rendre les plus grands services à la cause catholique. Ce sentiment est partagé par Marsilc Ficin ct par Pic de la Mirandole. Voir t. n, col. 1271. 7° La valeur des écrits. — La venue du Messie, la force de l’argument prophétique,l'abrogation delà Loi ancienne s'imposent ù la foi du chrétien. Toutes les preuves mises en avant n’eurent pas la même valeur. 11 y eut encore, dans cette apologétique, de l’incom­ plet et du médiocre. Le pseudo-Andronlo Comnène, entre autres, use et abuse du sens spirituel pour mon­ trer que 1* Ancien Testament est la figure du Nouveau, et l’on se demande si beaucoup de vrais Juifs auraient ratifie l'éloge qu’il se fait décerner par son interlo­ cuteur, c. xxix, P. G., t. cxxxiii, col. 840 : Pelle et consentanee Dei vatis oracula sublinit sensu aperuisti, vercqite antiquas juturorum umbras et figuras docuisti. On continue, sauf exceptions, do prétendre que la Trinité est clairement allirmée dans ΓAncien Testa­ ment et l’on donne à des textes une portée qu’ils n’ont point. Par une tactique maladroite, c’est précisément par le dogme de la Trinité, c’est-à-dire par Je plus difficile, que le pseudo-Comnèno, c. i, col. 800, et Guillaume de Bourges, prol. et c. i, dans J. Hommcy, Supplementum Patrum, Paris, 1685, p. 412, 417-418, commencent leur exposé apologétique; d'autres, tel Gautier de ChAlillon, P. L., t. cix, col. 426, mieux Inspirés, commencent par le plus facile et réservent la Trinité pour la tin. Cf. Alphonse Tostat, De sanc­ tissima Trinitate, p. 13. Puis, nombre de nos conlrover Etes ne savent pas l'hébreu ct ne citent pas dans le texte hébreu l’Ecriture; c’cst assez pour compro­ mettre leurs démonstrations. Mais, par bonheur, la connaissance de l’hébreu s’cul répandue. Cf. S. Berger, Quam notitiam lingues hebraicie habuerint chnstiani médit wui temporibus in G allia, Paris, 189 t. I r> langues orient aies sont étudiées dans certaines universités. Dominicains ct franciscains 1898 se mettent à l’école des Juifs pour déchiffrer les écrits talmudiques ct rabblniques. Des Juifs baptisés ap­ portent à l’Egllse leur savoir et leur prosélytisme. Guillaume de Bourges, prol., p. 412, indique bien leur état d’esprit : Instigantibus, sicut credo, quibusdam fidelibus qui me in notitia Unguet he braie# credunt aliquantulum profecisse, compulsus sum de fide nostra catholica, secundum quam (sic) hebraica veritas testa­ tur, disputationis librum componere contra perfidiam Judaorum. On recourt au texte hébreu de la Bible. Gilbert Crispin déclare qu’il n'y a qu’à s’en tenir aux Septante. P. L., t. eux, col. 1027-1028. En revanche, Pierre le Vénérable renvoie au texte hébreu, P. L·, t. clxxxix, col. 527, 617, et aussi Gautier de ChAtil­ lon, 1. I, c. n, P. L., t. ccix, col. 427, cl, mieux encore, Guillaume de Bourges (cf. sa davis Itbdli, p. 416) et les autres Juifs convertis, ct surtout Nicolas de Lyre, constamment, cf. Postillx, prol. Π, Nuremberg, 1497, t. î, fol. n b, et Haymond Martin, qui explique nette­ ment, Pugio fidei adversus Mauros et Judiros. prœm., Paris, 1651, p. 7-8, les raisons pour lesquelles il ne suit pas les Septante ni saint Jérôme mais l’original hébreu. Le délicat était de s’entendre, à partir du moment où l’on était d’accord sur le texte, sur le sens à lui donner. Faire admettre aux Juifs, non pas tant que le sens spirituel s’impose parfois, mats que, dans tel ou tel cas, le sens spirituel qui s'impose est celui qui conclut en faveur du christianisme était une tentative vouée à l'échec. Plus d’un contre versis te ne le comprit pas. Cf. Gilbert Crispin, P. L., t. eux, col. 1024-1026; Je pseudo-Guillaume de Champeaux, P. L., t. clxiii, col. 1047-1050, etc. D’autres acceptèrent de ne tenir compte que du sens littéral. Cf. Pierre le Vénérable, P. L., t. clxxxix, col. 617; Gautier de Châtillon, 1. L c. ix, P. L·., t. ccix, col. 432; l’anonyme, c. i. P. L·, t. ccxiii, col. 749-750, etc., surtout Nicolas de Lyre, prol. n, t. I, fol. n b, sur le sens littéral fondement du sens mystique ct spirituel : propter quod, sicut ardifiCium declinans a fundamento disponitur ad ruinam, sic ex[>ositio mystica discrepans a sensu litterati reputanda est indecens et tnepta, vel saltem minus decens exteris paribus et minus apta, et la suile. Tout compte fait, dans l’ensemble la polémique antijuive est en progrès. A des points de vue di\cr>. un Pierre Alphonse, un Pierre le \ cnvrablc, un Jérôme de Sainte-Foi, un Haymond Martin, un Savonarole, pour ne nommer que ceux-là, ont écrit des œuvres remarquables en elles-mêmes et capables d impres­ sionner des Juifs sérieux cl de bonne fol. A en juger par son traité Contre la loi des Sarrasins, le traité de Hicohlo de Monte Crocc est celui dont il faut le plus regretter la perte; ce fut sans doute, avec le Pugto fidei de Raymond Martin, le plus savant de celte periode. La virulence du ton de ccs écrits s’explique par les mœurs du temps cl par les motifs de plainte qu’on avait contre 1rs Juifs. Un Pierre le Venerable, tempe rament irvniquv s’il en fut, n été mis comme hors de lui-même par les abominations qu’il a découvertes dans le Talmud. Mais lu courtoisie et la bienveillance ne sont pas inconnues à nos polémistes. Elles appa­ raissent dans les deux écrits, par ailk-ur» si dissent blablcs, de Gilbert Crispin cl de Haymond Lulle. Nicolas de Cues fut pacifique et conccssionnistc à outrance puisque, pour réunir toutes les religions sous la bannière do l’Egllse, il riait disposé â sacrifier le * cérémonies du culte chrétien. La plupart, y compris les plus véhéments, laissent entendre, à un moment ou à l’autre, qu Ils aiment les Juifs cl que la polémique, si rude soit-elle, s'inspire d’un véritable intérêt pour lésâmes. CL Pierre le Vénérable, prol., P. L.A. clxxxix, col. 509. 1899 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1500 Λ 1789 Travaux. — C. U. Hnhn, Geschichle der Kelzer im MUtelallrr. Stuttgart, 1850. t. m» p. 51-68; M. Stelnschnelder, PcUmische und apologctisehe Literatur in arabirchcr Spruchf zwischen Muslimen, Christen und Juden, I <· zlg, 1877; I. Loeb, La controverse de 1240 sur le Talmud, dons h Revue des études juives, Parts» t. i, p. 247-261; t. n» p. 248-270; t. ni, p. 39-57; t. xviii, p. 231-237; La contro­ verse de 1243 à Barcelone entre Paulus Christiani et Moïse ben Nahman, ibid., 1887, t. xv, p. 1-1 *8; Polémistes chrétiens et fails en France et en Espagne, ibid., 1889, t. xvni» p. 43-70; Im controverse religieuse entre les chrétiens et les Juifs au Moyen Age en France et en Espagne, dan * la Revue de Γ histoire des religions, Paris, 1888, t. xvn, p. 311337, t. xvin, p. 133-156; I. Lévl, Controverse entre un juif et un chrétien au XI· siècle (traite do Gilbert Crhpln et de controverses postérieurs), dans la Revue des études Juives, Paris, 1882, t. v, p. 238-249; J. Denllle. Qucllen sur Dispu· talion Pablos Christiani mit Mose Sachmani zu Barcelona 1243, dans VHistorisches Jahrbuch, Munster, 1887, t. vin, p. 225-244; A. Neubauer, Jewish Controversy and the Pugio fidei, dans VErpox I tor, Ixmdrcs, 1888, p. 81-105, 179-197; J. Guttmann, Dos Verhdltniss des Thomas von Aquino zum Judenthum und sur jûdischen Litteratur, Gœttingue, 1891; Die Scholastlk des drcizehnten Jahrhunderts in ihren Belle· hungen mm Judenthum, Breslau, 1902; H. Gayraud, L'antisémitisme de saint Thomas d'Aquin, 3· édit., Paris» 1896; S. Deploige, 5. Thomas et la question Juive, 2· édlt.» Paris, 1902; B. Monod, Le moint Guibert et son temps, Paris» 1905, p. 197-216; J. Martin, L'apologétique tradition· nelle, Paris, 1905, t. u, p. 19-38; O. Zôcklor, Geschichle der Apologie des Christentums, Gütersloh, 1907, p. 205-218, 217-251; A. Potaanskf» Im colloque de l'ortose et de San Mateo (7 février 1413-13 novembre 1414), dans 1a Revue des études juives, Paris, 1922-1923, t. lxxiv, p. 17-39, 160-168; t. lxxv, p. 74-88, 187-204; t. lxxvi, p. 37-46. IV. De 1500 a 1789. — 1° Les écrits. — Us pullulent, grâce à la diffusion de l'imprimerie. Cataloguer toute cette littérature serait très long et d'un mince profit. Voir une liste soignée, qui va Jusqu'en 1723, dans Fabricius, Delectus argumentorum, p. 576-663. Indi­ quons les principaux courants qu'elle suit et les écrits importants ou caractéristiques. 1. En Orient. — Mélèce Pégas, patriarche d’Alexan­ drie, * Γπέρ τής Χριστιανών εύσεβείας πρδς 'Ιουδαίους απολογία, Lemberg, 1593, texte grec ct traduction rutbène. — Cyrille Lukaris écrivit, avant d'être pa­ triarche à Constantinople (1620), Σύντομος πραγματεία κατά ’Ιουδαίων, Constantinople, 1627. 2. En Occident. Les écrits des catholiques de naissance. — a) XV p siècle. — Fino Fini (t 1519), Flagellum tn Judfcos, publié par son fils Daniel, Venise, 1538. — Charles de Bouclles (Bovilli), chanoine de Noyon, Dialogi duo de S. Trinitate inter chrtstianum et Judæum, Paris, 1513. — Marc Marullo, érudit dalmate, De fide Christi contra Judæos, B d··, 1513 — Michel Thomas Taxaquet, évêque de Lérida, Brevis christianæ ac catholica fidei defensio et Judæorum, mahumedanorum ac ha reheorum oppugnatio, Borne, 1515.—Cyprien Benet (Beneti), dominicain» Aculeus contra Judæos, Home, 1515.—Antoine Marinario, carme, Consonantia Jesu Christi et prophetarum, Paris, 1541 ; réimpression sous ce titre : Concordia Veleris et Novi Testamenti, Paris, 1586. — Jean-Louis Vlvès, De veritate fidei Chris­ tianae libri quinque contra ethnicos, Judieos, Agarenos sive mahumetanos et perverse Christianos, Bâle, 1513. — Gilbert Génébrard» clunlstc, Contra R. Josephum Albonem, R. Davidem Kimchium et alium quemdam judicum anonymum nonnullos fidei Christianae articulos oppu­ gnantes, Paris, 1566. — Pierre Charron, théologal de Condom, disciple de Montaigne et auteur de La sagesse, a publié Les trois vérités contre tous athées, idolâtres, Juifs, mahométans, hérétiques et schismatiques, en trois ** , livre Paris, 1594; nouv. édit, (sans nom d'auteur), 1595. b) XV//· siècle. — Dominique Garzias, Propugna­ culum christ (anse religionis contra Judæos, Saragossc. 1606. — Jean Thraske, Treatise of liberts against 1900 judaïsme. Londres, 1610. — Zacharie Bo veri us, capu­ cin, Demonstrationes symbolorum veræ et fatsæ religio­ nis adversus athe.istas, Judæos, hæreticos, Lyon, 1617. — Vincent de Costa Mutos, Breve discurso contra a perfidia heretica do judaismo, Lisbonne, 1622.-—Timo­ thée de Ciabra, carme portugais, La honda de Davido o cinco sermones del Santissimo Sacramento contra toi Judios, Home, 1631. — Ignace Landrlani, olivétain, Virginis partus e/usque filii Emmanuel divinitatis d humanitatis scripturalis dissertatio atque demonstratio adversus Hebræos et hæreticos, Milan, 1641. — Melchior Palontrotti, Disputa del cristiano con Tebreo, Home, 1647, et autres ouvrages. Cf. Imbonatl, p. 161. — Jean-Marie Vincenti, vénitien, clerc régulier, II Messia venuto (cent sermons), Venise, 1659. — François Carboni, 1'édlteur du Flagellum Hebræorum d'Inghetto Conlardo, écrivit I.e piaghe delV ebraismo novainente scoperle col hune dette più preziose dottrine d'antichi scritlori cattolici, ebrei e gentili, Venise, 1671 (mis à l'index par un décret du 26 septembre 1680).—Charles Joseph Imbonati, Adventus Messiæ a Judaeorum biasphemiis ac haereticorum calumniis vindicatus, Borne, 1691 (ù la suite de la Bibliotheca latino-hebraica, pagi­ nation spéciale). c)X VIII· siècle. — Vincent Louis Gottl, dominicain ct cardinal, Veritas religionis christianæ et librorum quibus innititur contra atheos, polijtheos, idotolalras, mahomedanos et Judæos demonstrata, 1735-1740,12 vol. — François-Ilharat de la Chambre, docteur de Sor­ bonne, publia, sous 1c voile de l'anonyme, Traité de la véritable religion contre les athées, les déistes, les païens, les Juifs, les mahométans et toutes les fausses religions, Paris, 1737, 5 vol. Voir surtout le t. m» p. 231-481. — Statler, Démonstration évangélique ou certitude de la religion révélée par Jésus-Christ démontrée contre tous les philosophes antichrétiens anciens et modernes, contre les Juifs et les mahométans, trad, de la Demonstratio euangelica, Augsbourg, 1770, dans Migne, Démonslra· lions évangéliques, Paris, 1843, t. x, col. 485-1018. — Jean Bernard de Rossi, Delia vana aspeltazione degli Ebrei del loro re Messia, Panne, 1773. — Pierre Tho­ mas Laberthonic, dominicain, Défense de la religion chrétienne contre les incrédules, les Juifs, etc., Paris» 1779, 5 vol. — Bcuricr, eudistc. Conférences ou dis· cours contre les ennemis de notre sainte religion, à savoir les athées, les déistes, les tolérants, les Juifs..., Paris, 1779. 3. Les écrits des Juifs convertis. — a) XVI· siècle. — Victor de Carben, rabbin h Cologne, converti en 1472, rendit compte de sa conversion dans un livre qui parut en allemand sans indication de lieu et de date et qui reparut, augmenté, en latin sous ce titre : Opus aureum ac novum... in quo omnes J udæorum errores manifestantur... declarantur etiam mores... ac tandem ex Veteri tantum Testamento convincuntur, Cologne, 1509; Paris, 1511; Strasbourg, 1519 (traduction alle­ mande); Cunltz, 1550, sous le titre : JudenbQchlein. Le Propugnaculum fidei christianæ, Cologne, 1514, estil le même ouvrage sous un autre titre ou un ouvrage dilTérent? — Alphonse de Zamora, converti en 1501, chargé de la correction du texte hébreu de la poly­ glotte de Ximenez, a publié une Epist. ad inftdeles Hebræos Urbts Romæ dans son Introductio artis grammatica hebraicre, Alcala, 1526. — Paul Weid­ ner, Loca praecipua fidei christianæ collecta et explicata, I Vienne, 1559. — Ernest Ferdinand H ess us, FlaI geUum judaicum, Frltzlar (Hesse), 1589. b) XV IP siècle. — Jules César Misuracchl, Ragionamenli della venuta det Messia eontro la durezza I e ostinazione ebraica, Orvleto, 1629. — Jean Bap­ tiste Jonas, auparavant B. Judos Jonas, converti en 1625, traduit en hébreu les Évangiles, Home, 1668 ainsi que le Petit catéchisme de BeUarmin qu'il coin- 1901 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1500 A 1789 plètc par des annotations tirées des rabbins, Borne, 1658, et compose un Dialogue, resté manuscrit, contre les Juifs. Cf. J. Bartolocd, Bibliotheca magna rabblnica, Home, 1683, t. Π!, p. 48 52. — Christian Held, Victoria Christiana contra Judæos, Kiel, 1681. c) XVI11· siècle. — Christian Lebrecht Felis, Wegiveiser der Juden, Francfort, 1703. — Jean Xercz, Address to the Jews, Londres, 1711. — Voir duns Fabricius, Detectus argumentorum, p. 630-633, une liste de Juifs convertis, avec le titre de leurs écrits pour la foi chrétienne. 4. Les écrits des protestants. — a) XVI· siècle. — Jean Calvin, Responsa ad vlginti 1res objectiones fudxi cujusdam (la *358 de scs lettres). Cf. Fabricius, p. 583. — Sébastien Münster, Colloquium cum jadseo pertinaciter suis de Messia opinionibus addicto, en hébreu et en latin, Bâle, 1539. Nous avons parlé plus haut de sa traduction en hébreu de Γ Évangile de saint Matthieu ct de l'usage qu’il fit du Livre de la foi du juif converti Paul de Bonnefoy. — M. Kromer, Unterrcdung vom G tau ben zivischen Ihm und einem judischen Rabbi Jacob von Brucks, Cunltz, 1550, à la suite du Judenbûchlein de Victor de Cnrbcn. — Théodore Bibllander (Buchmann), De Judæorum et Christianorum detectione a Christo, Ecclesia et fide catholica, Bâle, 1553. — Philippe du Plcssis-Momay. De la vérité de la religion chrétienne contre les athées, épicuriens, païens, Juifs, mahumédistes et autres infidèles, Anvers, 1579. Les chap, vi, xxvn-xxxi, qui sc rapportent spécialement aux Juifs, ont paru séparément, dans une traduction allemande, sous le titre de Juden-Bekehrung, 1602. L'ouvrage fut traduit en latin (par l'auteur, Anvers, 1581), en italien, en anglais. De du Plessis-Mornay encore : Avertissement aux Juifs sur la venue du Messie, Saumur, 1607, important. b) XVII· siècle. — Jean Buxlorf, père, Ad quæst tones et objecta judæi cujusdam άντερωτήσεις et responsa christiani, à la suite de la Synagoga judaica, Bâle, 1641 (1" édit., 1604), p. 467-498. — Hugo Grotius (Groot) écrivit en prison (1620), en vers flamands, modifia cl mil en latin le De veritate religionis Christiana, Paris, 1627; cf. Γédition de Halle, 1734-1739, t. m, c. n, p. 12-71, sur les diverses édi­ tions; c. m, p. 75-112, sur les traductions dans toutes les langues; c. iv, p. 113-132, sur les commentateurs. Le 1. V tout entier est contre le judaïsme, édit, de Halle, t. i, p. 291-370, cf. Annotationes, t. n, p. 439542; en français dans Mlgne, Démonstrations évangé­ liques, Paris, 1843, t. il, col. 1087-1102. — Jean Christophe Wagenseil, Tela ignea Satanæ hoc est arcam et horribiles Judæorum adversus Christum Deum et Christianam religionem άνέχδοτοι, Altdorf, 1681; c'est un recueil d'écrits juifs avec leur réfutation (Λ l'index, décret du 2 juillet 1686). — Philippe van Limborch, De verHale religionis christianæ arnica collatio cum erudito judæo, Gouda, 1687 (ù l’index, décret du 18 décembre 1749). — Auguste PicUTcr, Theologias sive potius ματαιολογίας judaicæ atque mohummedicæ seu lurco pcrsictc principia sublata cl fructus pestilentes, Leipzig, 1687. — Jeun André Eisenmenger, Entdecktes Judenthum, Francfort, 1700. c) XVIII· siècle. — Jean Jacques Schudl, Judæus chrislicida gravissime peccans et vapulans, sive demonstratio caedent et rejectionem Jesu Nazareni I veram esse causam Judæorum exitii omnisque illorum miscriæ originem, Francfort, 1704. —- Charles Lesley, évéque anglican (f 1722), Méthode courte et aisée contre les Juifs, dans Aligne, Démonstrations évangéliques, Paris, 1843, t. iv, col. 959-992. Stanhope, Défense de la religion chrétienne contre les Juifs et contre les faux sages tant païens que chré­ tiens, ibid., t. vi, col. 485-602. 1902 5. Les écrit» sur Γ utilisation des livres juifs. — Les livres Juifs bénéficièrent d’abord du mouvement de la Renaissance. Léon X pensionna des Juifs con­ vertis qui s'occupèrent de les traduire; il s’intéressa à la publication du Taltnud. Mais il y eut des protes­ tations, cl un vif débat, que la Réforme allemande exploita vite, s'engagea sur le point de savoir s’ils étaient un obstacle a la conversion des Juifs et, en conséquence, devaient être détruits, ou s’ils étaient capables de rendre des services à l’apologétique chrétienne. a) Pour les livres fulfs. — Jean Reuchlin qui avait déjà, dans son De verbo mirifico, Bâle, 1494, prôné les livres hébreux ct qui avait écrit le petit traité Pourquoi les Juifs sont depuis si longtemps dans la détresse, 1505, défendit les livres juifs dans plusieurs écrits, dont le plus retentissant fut Der Auyenspiegel, 1511. — Pierre Colonna, dit Galatinus du nom de son pays, Galatinn, en Apulie. juif converti, franciscain. Opus de arcanis catholicæ veritatis hoc est in omnia difficilia loca V. Testamenti in Talmud aliisque he braids libris contra obstinatam Judæorum perfidiam absolulissimus commentarius, Ortona, 1518, plusieurs éditions. — Paul Rid, juif converti, médecin de l'empereur Maximilien Ier, prit parti pour Reuchlin, écrivit plusieurs ouvrages contre les Juifs, Philoso­ phica, prophetica ac thalmudistlca pro Christiana veri­ tate tuenda cum juniori Ilebræorum synagoga dispu­ tatio, etc. — Le Cardinal Gilles de Vllerbe. Voir t. vi, col. 1369. — A ce mouvement se rattachera plus tard, quand l'ardeur de la lutte sera tombée, le cister­ cien Jules Bartolocd de Cellcno. Ihbholhcca magna rabbinica, 4 in-fol.» Rome, 1675-1693, dont le but, comme il le déclare dans sa préface, est d'utiliser les livres juifs : quorum lectione contra ipsosmel christianæ religionis hostes pugnare cl propriis armis eosdem confodere ediscemus. Sur un écrit (manuscrit) contre les Juifs, cf. Imbonati, disciple de Bartolocd, Bibliotheca latino-hebraica, p. 148. b) Contre les livres juifs. — Jean (d’abord Joseph) Pfcflerkom, juif converti, qui devait mal finir, écrivit, entre autres, Der Judensptegel. 1507, invitant les Juifs à se convertir et, pour cela, à renoncer û la lecture du Talmud; puis, Der Judenfeind. 1309, atta­ qué par Rcuclilin; Der Handspiegel. 1311. contre Reuchlin, etc. — L’inquisiteur dominicain Jacques Hochslraltcn, Destructio cab balte seu cabbalistic# perfidiæ, Cologne, 1519. — Arnold Luydius de Tongres, Articuli sive propositiones de judaico favore nimis susjKdæ ex libello teulonico Joannis Reuchlin, Cologne, 1512, etc. Dans la querelle de Reuchlin U fut question surtout du Talmud, beaucoup moins de la cobbalc. Quand l’Église condamna lc> livres juifs, il ne s'agit d’abord que du Talmud. La cabbale était moins .suspecte» elle paraissait plus apte â confirmer les dogmes chrétiens. Sur les livres pour et contre la cabbale soir t. n, col. 1271-1273, 1290. 6. Ecrits où les Juifs sont combattus indirectement. — Pascal, Pensées, lr· édit, posthume, Paris, 1669. — 2. Daniel Huet, évéque d'Avranches, Demonstratio evangehea, Paris, 1679, ouvrage entrepris à la suite de discussions avec celui des Juifs d’Amsterdam qui tum inter illos peritissimus ac totius judaicæ disciplina consultissimus habebatur, præf ., p. 2; trad, dans Mlgne, Démonstrations évangéliques, Parts, 1843, t. v, col. 7-936. — Bossuet, Discours sur l'histoire univer­ selle, Paris, 1681, surtout, dans la 11· partie, « La suite de la religion >, les c. xx-xxiv, χχιχ-χχχι, (Euvres, édit. Lâchât, Paris, 1861, t. xxiv, p. 467-512, 553570, P. Montmédy a publié Triumphus religionis de alhdsnio, gentilismo, judaismo cl hærcsi, sive de religio­ nis successu ct antiquitate ex libro J.B. Bossuet,Discours 1903 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1500 A 1789 sur l’histoire universelle, Ratisbonne, 1715. Λ citer encore, avec plusieurs sermon * de Bossuet, sa //· Ins­ truction sur la version du Nouveau Testament imprimée à Trévoux. Dissertation préliminaire sur la doctrine et la critique de Grotius, ct Défense de la tradition ct des saints Pires, I" partie, !. III, c. xxi-xxx, t. m, p. 478· 510; t. iv, p. 111-125, Λ l’occasion de Richard Simon louant Grotius pour ses commentaires sur la Bible, en particulier sur les prophéties messianiques : Bos­ suet reproche à Grotius d’en arriver à « anéantir la preuve de la religion par les prophéties » qu’il avait établie dans son De veritate religionis chrislianæ. — Le protestant Jacques Abbadic, Traité de la vérité de la religion chrétienne, Rotterdam, 1684, 2 vol.; Traité de la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Rotterdam, 1689. Voir 1.i, col. 7-8. — Baltu;, jésuite, La religion chrétienne prouvée par l'accomplissement des prophéties, Parte, 1728; Défense des prophéties de la reli­ gion chrétienne, Parte, 1737, 3 vol., contre Grotius et ÎUchard Simon. — L'abbé Houtteville, La vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits, Paris, 1722. Cet ouvrage fut critiqué, notamment par l’orien­ taliste Étienne Fourmont. Lettre de Rabbi Ismaél ben Abraham juif converti à l'abbé Houtteville, Paris, 1722; Houtteville donna une édition corrigée, Paris, 1741, 3 vol., qui fut suivie d’une édition posthume, 1749, 4 vol. — Bergier, Traité historique et dogmatique de la vraie religion, Paris, 1787, 12 vol., surtout II· partie, c. vn-ix, t. vu, p. 107-587. On pourrait citer encore la plupart des théologiens de cette période, surtout ceux qui ont le traité De vera religione, mais aussi nombre d'autres, par exemple, Pctau, Dogm. theol. Suarez, In IIP , * disp. I, Contra Judæos, Messiam jam venisse, édit. Vivès, Paris, I860, t. xvn, p. 5-25; De incarnatione Verbi, 1. XVl, in quo adversus samosalenos rec^ntiores sive socinianos neenon Judæos Christi incarnati Verbi ac Dei hominisque dogma defenditur, édit. Fournial., Paris, 1867, t. vn, c. vi-x, p. 310-331 (contreles Juifs); beaucoup de comm ntateurs de l’Écrilure, d’histo­ riens, etc., sans parler des canonistes qui s'occupent de la situation 1 g de des Juif», et de tou·» ceux qui, de Luther à Voltaire, en passant par Simon Majoli, Pierre de Lancre, François de Torrejonclllo, l’auteur du Livre de TAdboralque (Bibl. nat. de Parte, fonds espagnol, ms. 356, etc.), désertent la controverse doc­ trinale pour se placer sur le terrain social ou préluder aux attaques de l'antisémitisme du xix· siècle. 2’ Le caractère des écrits. — La littérature anti Juive ressemble, d’abord, à celle du passé. Le titre même des écrits est souvent calqué sur les ouvrages anté­ rieurs. Ils ont pour auteurs des catholiques de nais­ sance, des Juifs baptisés et presque tous, sinon tous, devenus catholiques, des protestants. En Orient, les controverstetes sc raréfient; il y en a moins en Es­ pagne, autant sinon plus en France, davantage en Italie et en Allemagne. L’imprimerie les stimule et favorise la diflusion de leurs œuvres, en même temps qu'elle jette dans la circulation les œuvres anciennes. La connaissance de la langue et des livres des Juifs s’est développée. La controverse antijuive l'utiltee cl parfois l’ctale volontiers. Elle se pare de textes hébreux ct, afin de les reproduire d'après les règles, elle Imprime le latin dans lequel ils sont introduits de droite à gauche en remontant de la fin du volume au commencement; ainsi font, entre autres, Bartoloccl cl Imbonali. Quelques-uns des Juifs convertis ont la bonne pensée d’écrire en hébreu pour aborder piu\ facilement les Juifs ct les amener au christianiune; ou bien ils traduisent en hébreu le Nouveau Testament, de préférence les Évangiles, ou des livres . * catholique P. N. Lebrecht publie, en hébreu ct en allemand. Eckstein des w.hrea ch.lstlichen Glaubens, 1904 Dresde. 1719. Jean André donne, en hébreu, une Lettre parénétique à la synagogue des Juifs, Paris, 1552 Jean-Baptiste Jonas traduit, avec le Petit catéchhmt de Bellarfnin, les évangiles, qui sont publiés à Rome, 1068, et le reste du Nouveau Testament qui n’est pas publié; il revise la traduction hébraïque des trois pre­ miers livre» de la Summa contra Gentes de saint Tho­ ma;. Dominique de Jérusalem, converti vers 1600, professeur d’hébreu au collège romain des néophytes, traduit en hébreu l'Évangile. Un protestant, nu nom d'allure Juive, Élie Schadseus, écrit, en hébreu et en allcm ind, une Admonitio ad Judæos in mysterio S. Pauli de conversione Judœorum ad Rom., xi, Stras­ bourg, 1592, et, dit Fabricius, Delectus argumentorum, p. 582, germanice litteris hebraicis vulgavit Luc, Jean, les Actes des apôtres, les lettres aux Romains et aux Hébreux cl quelques prophéties, d'après la traduction de Luther. Le pasteur M. Christian Mollerus publie tout le Nouveau Testament en lettres hébraïques pour les Juifs, Francfort, 1700. Le protestant J. G. Mcuschen publie Novum Testamentum ex Talmude et antiquita­ tibus Hebræorum illustratum, Leipzig, 1736, où il donne divers travaux de lui-même et de trois savants pro­ testants, dont le plus important est celui de B. Scheid, Prælerita præterllorum. Locu talmudica (se rapportant au Nouveau Testament)· P· 1-232. Une forme, non pas nouvelle mais plus commune, de la controverse antijuive est celle du sermon. A Rome, les Juifs furent obligés (1577) d’assister à des prédications chrétiennes, et Grégoire XIII fonda, pour avoir des prédicateurs compétents, une école dont les élèves, au nombre de 30 environ, recrutés pour les deux tiers parmi les Juifs convertis, apprendraient, en plus des sciences théologiques, l’hébreu, l’arabe et le chaldéen. Chaque samedi, au sortir de la syna­ gogue, le tiers au moins de la population du ghetto, à partir de 12 ans, devait ouïr une prédication, calme et impanie, sur le texte biblique dont le rabbin avait donné lecture. Partout où il y avait des Juifs, les évêque;, autan! que possible, adopteraient la même mesure. La prescription fut peu exécutée en dehors de Rome. A Rome, l’ordonnance de Gregoire XIII * restée en vigueur, non sans intermittence», Jusqu’à es Pie IX, qui l'annula en 1848. Parmi ces prédicateurs, Imbonali, Bibliotheca latino hebraiea, p. 62-63, signale les dominicains Grégoire Buoncnmpagni (t 1688) et son successeur Grégoire Compagni, le réviseur de la Bibliotheca latino-Ivbratca; il mentionne des sermons manuscrits aux Juifs de l’un ct de l’autre. Un des plu» curieux recueils de sermons fui celui de J.-M. Vin­ centi, Il Messia venulo, Venhe, 1659 (à l’index, décret du 18 juin 1680). Cf. Imbonatl, p. 112-119. A mesure que nous avançons dans les temps modernes, les écrits dirigés exclusivement contre les Juifs sont de moini en moins nombreux. Les Juifs sont combattus plutôt dans des ouvrages qui ont pour but général l’apologie du christianisme, ct cela souvent non pas tant afin de convertir les ennemis de la fol chrétienne que pour affermir dans celte foi ceux qui l'ont reçue au baptême. C’est que les Juifs ne sont plus les ennemis principaux du christianisme. Le déisme est venu, cl le rationalisme chaque Jour plus osé, et l’athéisme, ù son tour, ct le protestantisme aussi, qui souvent entre dans la lutte contre les Juifs mais qui ne tarde pas non plu», sou. une certaine forme, à favoriser le rationalisme. L'apologétique catholique tourne principalement de ces côlé; son effort; les Juifs ne sont pas oublié *, ils absorbent moins la pensée chrétienne. De la polémique contre les païens et les Juifs <1 abord, puis contre les Juifs presque exclusive­ ment cl les hérétiques, plus lard contre les Juifs et les musulmans, on a dû passer à la preuve de la vérité de la religion chrétienne · contre les athées, épicuriens. 1905 JUIFS (COîsTROVEHr ES AVEC LES), DE 1500 païens, Juif», mahomédlstes ct autre * Infidèles », comme le porto le titre du livre de du Plevi Momay. Le traité De itera religione, inauguré par M.irsile Flcln et Savonarole, sc constitue progressivement de toutes pièce·». Grotius en trace les maîtresses lignes : préam­ bules sur l’existence et la providence de Dieu et sur l'immortalité de l'âme, divinité du Christ et du chris­ tianisme, authenticité et véracité du Nouveau Testa­ ment, réfutation du paganisme, du judaïsme, de l’islamisme. Par ailleurs, le traite Oc Ecclesia se dégage do celui De fide. La forme classique des deux mités De vera religione ct De Ecclesia Christi est à jx * . près arrêtée, au milieu du xviii· siècle, dans les Hrligionis naturalis revelat * et catholica principia. Pari . 1751, 2 vol., du sorbonniste Luce Joseph Hooke. Dans bien des cas il est aisé de retrouver les prin­ cipales sources de nos auteurs. Fino Fini dépend de Pierre Bruto. Galatinus n beaucoup emprunté, sans le dire, Λ Haymond Martin soit Immédiatement soit à travers Victor Porcheto. Pascal s’est préparé Λ son apologie du christianisme peut-être par l'étude des Trois vérités de Pierre Charron, sûrement par celle de Grotius, surtout du Pugio fidei de Haymond Mat tin, qui a été pour lui non un inspirateur doctrinal mais comme un manuel d’exégèse juive. Cf. L. Brunschvicg, Pensées de Pascal, Paris, 1901, 1.î, p. xc-xcni. 3° Le contenu des écrits. — 1. Partie positive de la controverse. — a) L'argument prophétique. — Tantôt on expose tout l’ensemble et le détail des prophéties; Huet, dans sa grande Demonstratio evangelica, præL, n. 1, p. 2, déclare choisir unicum de multis argumentum ex prophetiarum eventu confiatum, et le pousse à fond, en insistant sur la force probante de l’argument global, spectanda lota series est, prop. IX, c. clxxi, n. 2, p. 631. Tantôt on s’en tient à 1 une ou à l’autre des prophéties plus célèbres. Voir, dans Fabricius. Delectus argu­ mentorum, des listes de travaux sur les prophéties de Jacob, p. 585-588; Isaïe, c. lui, p. 581 585; de Daniel, p. 591-592; d’Aggée, p. 596-597; de Jérémie· p. 598-599; sur les figures de l’/ncicn Testament, p. 610-613. Grotius, dans ses Am olattones in lotam Scripturam sacram, Amsterdam, 1679 et Hichard Simon, dans son Histoire critique des principaux com­ mentateurs du Nouveau Testament, Rotterdam, 1693, minimisèrent la portée de l’argument prophétique. Bossuet, qui alla jusqu’à leur reprocher d’ · anéantir la preuve de la religion p r les prophéties », Défense de la tradition et des saints P'es, 1e· part., 1. 111, c. xxn. Œuvres, Paris, 1862, t. iv. p. 113, s’il eut le tort de ne pas donner assez à une légitime exégèse ct d’accorder beaucoup trop nu sens figuratif non établi, était fondé à sc plaindre de l abandon presque total du sens figuratif, ct de la dépréciation de l’argument pro­ phétique si en honneur dans le Nouveau Testament et les Pères. Pascal n’est pas sans lacune,; tout en comprenant l’importance d’une solide exégèse, il fut limité par la science de son temps ct la brièveté de sa vie, ct la partie historique de son argumentation est faible. Mois, avec cela, « il a entrevu, il a vu, il a proclamé la vraie solution, ct les brèves notes qui la contiennent sont peut-être ce qu’il a pensé cl écrit de plus beau », dit le P. Lagrange, Pascal et les pro­ phéties messianiques, dans la He rue biblique, 1906, p. 550. Reprenant le point de vue des apôtres ct du Christ, Pascal montre excellemment que toutes les prophéties sc rapportent ù l’avènement d’un ordre spi­ rituel nouveau, celui de la charité ou de la sainteté; or il est incontestable que cette prédiction a été réa­ lisée par le christianisme et par le seul christianisme. b) I* /ail de Γ Église. — La formation des traités De vera religione cl De Ecclesia Chrtsll est l'aboutis­ sement d’une longue série d’efforts pour établir que les prophéties sont réalisées cl Justifiées par l’Eglise. DI CT. DR TlléOL. CATIIOL. 1789 1906 En dehors des théologiens qui élaborent ces traités, l’idée est un peu partout dans noi controversis tes. I n Vive·», dès avant Grotius, a 1Λ-dessus d’ex» *lknle> choses. Dans Pascal il y a, sur la divinité du christia­ nisme prouvée par la transcendance du caractère du Christ ct par rétablissement prodigieux de la foi nouvelle, non pat une étude complète mais de vivet clartés. Cf. H. Pc’îlot» Pascal, sa oie religieuse et son apologie du christianisme, Paris, 1911, p. 329-341. Bossuet est admirable dans ce q f il dit de> miracles du Christ et des apôtres, de la manière dont le christia­ nisme conquit le monde, du spectacle d- la nerfecHon morale qu'il lui donna et de ce « miracle toujours sub listant qui confirme la vérité de tous les autre * : c'est la suite de la religion toujours victorieuse dcerrrurs qui ont tâché de la détruire ». Discours sur l'histoire universelle. H· part., c. xxxi. Œuvres, Paris, 1864, t. XXIV, p. 566. e) Nécessité des dispositions morales. — Elle est reconnue de Huet, qui se vante pourtant de fournir un argument tel qu' « il ne lais e pas la ressource d'y échapper ni d'y résister », une démonstration m par­ faite que constet hoe genere drmnn nombreux puisent sans intermédiaire pour nous sans valeur frappèrent et retournèrent de·^ aux sources juives. Les prédicateurs même allèguent Juifs. On cite toute une série de Juifs convertis par la cabbalc et le Talmud. Le vu· des 100 sermons de l’étude de la cabbale. Cf. P. L. B. Drach, De l'harmonie J. M Vincenti, Il Messia ventilo, Venise, 1659, prouve entre l'Église et la Synagogue, Paris, 184 I, t.n, p.xxxn le mystère de la Trinité par les explications de l’Écri­ xxxv.Voir, dans Bartoloccl, t. ιν,ρ. 528-549,comment ture dues a des rabbins, le vin· par la cabbalc; le le rabbin Salomon Meir ben Moise Navarra, cnbbalistc un· est intitulé : Che'l Messia é uenuto per la /amosa renommé, baptisé (25 juin 1614) sous le nom de cabala delli antichi savi ebrei, etc. Prosper Rugcrll, convertit le riche Joaillier David 4U La valeur des écrits. — Les preuves du dogme de ’ Tlntore, appelé ■ le duc des Juifs », en lui montrant les la Trinité que Vincenti dégage de la cabbnle et des mystères de la fol chrétienne enfermés dans le premier écrits des rabbins, celles que Galatinus tire du tétrnmot de la Genèse et dans le rational du grand prêtre. gramme biblique et des autres noms divins ne Pour convaincre les Juifs attentifs et de bonne fol, sont pas vraiment démonstratives. Trop souvent il n’y avait pas uniquement des arguments de ce encore l’exégèse est suoerflciclle et peu critique. Un genre, fragiles en eux-mêines mais capables de mettre savant même de la valeur de Huet, dont la longue une Ame en branle et de la livrer à l’action do Dieu, prop. IX. Jesus Nazarenus est Messias, p. 330 *639, qui élève ensuite cette Ame à des clartés meilleures cl qui contient l'harmonie de VAncien et du Nouveau la dispoie comme H convient à recevoir la vérité Testament, est, en somme, remarquable et vraiment divine. Quand Galatinus, I. IV, c. xx, p. 259-265, et Impressionnante, y mêle des détails défectueux, et Imbonati. § îv, p. 86-91, reprenant la thèse de Ray­ dans l’ensemble de son livre II y q des prétentions mond Martin, prouvent, par l’autorité des rabbins 1909 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1789 A NOS JOURS 1910 à Orslnuovi, en 1844, dans Démonstrations évangéliques, qui assignent au monde une durée de 6 000 ans, que 1849, t. xvii!. col. 451-552. — M. Souiller, La déso­ le Messie a dû vu ir, l'argument porte. Cc qui porte lation du peuple juif, Paris, 1891, — J. Cellier, davantage encore c'est l’argument tiré de l’accompllsPour et contre les juifs, Saint-Amand, 1896. tcmenl de la prophétie relative à In ruine du temple 2. Écrits des Juifs convertis. — P. L.-B. Dracb, et de l’état de dispersion du peuple juif réduit ù la De l'harmonie entre Γ Église et ta Synagogue ou perpé­ perpétuelle impuissance d’observer sa Loi, et cela tuité et catholtcité de la religion chrétienne, Paris, 1844, « en une si longue et profonde nuit et sans aucune 2 vol. Le fond se trouvait déjà dans In, II·, III· lettre étoile », comme le leur dit du Plcssls-Momay, et alors que jamais ils n'ont été plus zélés pour elle. Cf. Aver­ d'un rabbin converti aux Israélites ses frères, la P·, tissement aux Juifs sur la venue du Messie, Sa u mur, Paris, 1825; la II·, Paris. 1828; la III·, Rome, 1833; trad, allemande par L. Baumblatt, de Frankenthal, 1607, p. 1, 227-228. Les progrès des études bibliques et de la connaissance de l’hébreu par les controver­ juif converti par ces lettres. — M.-A. Ratlshonne» récit de sa conversion (1842). reproduit en grande sies chrétiens rendaient plus digne d’attention leur partie dans J. Cellier, Pour et contre les Juifs, p. 66-87. polémique. Enfin, pour agir sur l’esprit des Juifs, plusieurs eurent le prestige du talent, tel du Plessls- — J. M. Bauer, qui depuis,.., Le judaïsme comme preuve du christianisme, Paris, 1866. — Les frères Mornay, et même du génie quand ces écrivains furent Augustin et Joseph Lémann, La question du Messie Bossuet et Pascal, qui sans doute ne s’adressèrent pas et le concile du Vatican, Paris, 1869; La dissolution de la directement aux Juifs dans leurs livres mais dont la Synagogue en face de la vitalité de l’Église, Rome» 1870, voix était assez puissante pour arriver jusqu’à eux. Le ton de lu controverse varia selon les contro­ réponse à L'Univers Israélite qui avait combattu la précédente brochure; La cause des restes d'Israèl versies. Il fut d’une violence extrême avec Luther, introduite au concile œcuménique du Vatican, Lyon, Voltaire et les prêt urseurs de l’antisémitisme de nos 1912 (on y trouve reproduite La dissolution de la jours. Les Juifs convertis furent assez souvent durs Synagogue, p. 54-69). D'Augustin Lémann seul, His­ pour leurs ancien » coreligionnaires; Galatinus, L I, toire complète de l'idée messianique chez le peuple c. m, p. 9, appelle les Juifs de son temps omnium d'Israël. Ses développements, son altération, son rajeu­ gentis sute immundissima fæx. Les témoignages de bienveillance ne sont pas absents des écrits des polé­ nissement, Lyon, 1909 (uniquement d’après la Bible). — Paul Lœwengard, La splendeur catholique. Du mistes. Du Plessis-Momay, Avertissement, p. 2, 228, judaïsme à l’Église, Paris, 1910; Les magnificences de voit en eux des frères dignes de compassion. Vincenti, l'Église, Paris, 1913. L'auteur, par une lettre du en appendice aux 100 sermons intitulés : Il Messia 23 juin 1914, au Gil Bias, annonça son retour au venuto, publia un traité : Utrum expediat principibus judaïsme; il est mort dans une maison d’aliénés, mais, chrishanis liebræos in suis ditionibus retinere an vero quelque temps avant de perdre la raison, il était eos expellere, et, dit Imbonati, Bibliotheca lalinorevenu au christianisme sous l’influence d'un juif hebraica, p. 113, primam pariem lanquam christianee converti comme lui. — Paul Samuel, Le livre de pietati et caritati magis congruam solidis argumentis ma conversion, Bruxelles, 1921. — Albert Lopez, propugnat. Dans la littérature suscitée, au xvn· cl La lumière d'Israël. Histoired'une âmejuive, Paris, 1923. au xviii· siècles, par l'examen de la question du 3. Écrits inspirés d'un antisémitisme religieux. — temps de la conversion des Juifs, bien des pages L'antisémitisme n’est pas spécifiquement chrétien; il a marquent un mouvement de sympathie vers Israël. Cf. J. Lémann, L'entrée des Israélites dans la société été souvent étranger aux préoccupations chrétiennes, fréquemment anlichrétien. Nous n’avons pas à française, 6· édit., Paris, 1886, p. 262-284. Un des parler ici des écrits dus à un antisémitisme purement écrits les plus caractéristiques, qui semble avoir économique, ou social, ou national, ou ethnique; U échappé à l’attention des historiens. est celui de frère Archange, Discours adressé aux Juifs et utile aux chré­ suilira de signaler les écrits principaux inspirés par un antisémitisme religieux qui s'en prend au judaïsme, tiens pour les confirmer dans leur foi, Lyon, 1788. à son culte, à ses traditions, à sa morale, à scs livres, Travaux. — Sur la querelle do Rmichlin : L. Gclger, surtout au Talmud. — Louis Chiarini, né en Tos­ Johannes Bruchlin, sein Le ben und seine Werke, Leipzig, cane, professeur de langues orientales à Varsovie 1871 ; L. Jansson, L'Allt magne et la liêforme, trad. E. Parts, (t 1832), Théorie du judaïsme appliquée à la réforme des Pari», 1889, t, u, p. 37-66; Λ. Humbert, Les origines de la Israélites de tous les pays d'Europe et servant en même théologie moderne, Paris, 1911, p. 165-178. — Sur Luther ot le» Juifs : 11. Grisar, Luther, Fribaurg-en-Brhgiui, 1912, temps d'introduction à la version du Talmud de Baby­ t. m, p. 310-316. — Sur MÙnstor : M. Stotasohnoidar, Le lone, Paris, 1830, 2 vol. — L. Rupert, L'Église et la Livre de la foi et Sébastien Münster, dans la Hevue des études Synagogue, Paris, 1859. — Gougenot des Moiuseaux, juives, Paris, 1882, t. v, p. 57-67. — Sur Pascal : F. Strowskl, Le juif, le judaïsme et la judaïsation des peuples chré­ Pascal et son temps, Paris, 1908, t. m, p. 239-268 (le· tiens, Paris. 1869. — A. Rohling, Der Talmudjude, •ourctr» do Pascal ; très probablement Charron, sûrement 6· édit.» 1878. trad, française augmentée, Paris, 1889. Grotius ot Haymond Martin); M.-J. Lagrange, Pascal et — E. A. Chabauty, Les Juifs nos maîtres, Paris, les prophéties messianiques, dans la Kevue biblique, 1906, p. 333-560; H. Petitot, Pascal, sa vie religieuse, et ton 1882. — Êduuard Drumont, La France juive, Paris, apologie du christianisme, Paris, 1911, p. 264-303; H. 1885, 2 vol,, œuvre d’un antisémitisme à la fols Jolivct, Pascal et l'argument prophétique, dans la Kevue religieux, économique, national et ethnique, qui a fait apologétique, 15 juillet ot 1er août 1923, p. 486-522. Sur éclore une abondante littérature nnlijuive. — Pascal, Huet, Bossuet, cf. J. Martin, L'apologétique tradi­ L. Bloy, Le salut par les Juifs, Paris, 1892. — 8. Dom tionnelle, Paris, 1903, t. m. Besse/O. S. B., Les religions laïques, Paris, 1913, V. De 1789 a nos jours. — 1· Les écrits. — p. 101-115. 4. Écrits où les Juifs sont combattus indirectement. — 1. Écrits des chrétiens d'origine. — A. Keith, anglican, Its le sont dons le traité De vera religione, qui désor­ Évidence de la vérité de la religion chrétienne Urée de l'accomplissement littéral des prophéties constaté prin­ mais fait partie de tous les cours de théologie, dans une multitude d’écrits d’apologétique aux formes les cipalement dans Γ histoire des Juifs et les découvertes des plus diverses et de travaux cunsacrés^à PÉcrilure : voyageurs modernes, dans Aligne, Démonstrations évan­ critique textuelle, exégèse, histoire» etc. Citons seu­ géliques, Paris, 1843, t. xv, col. 385-474. — Des lement : L.-E. de la iloguc, Tractatus de religione, obstacles qui s'opposent à la conversion des Israélites et des moyens de les surmonter, douze lettres échangées Dublin, 1808; Parts, 1815. — B. F.-L. Liebermann, entre le juif Lombroso, de Milan, ot le prêtre Consoni, j Demonstratio Christiana et catholica, en tête de scs 1911 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES), DE 1789 Λ NOS JOURS Instihittones theologica. Mayence, 1819; nouv. édit., Tournai, 1850 — G. Frémont, Jésus-Christ attendu et prophétisé, Paris, 1888 1889, 2 vol. (sermons); Leiprin­ cipes, Paris, 1912, t. xî. — Abbé dc Broglie, Questions bibliques, publiées par C. Pial, Paris, 1897, p. 241-380 (les prophéties). — J. Touzard, Comment utiliser l'ar­ gument prophétique, Paris, 1911 (extrait de la Renue du clergé français, Paris, 1908, t. lvi, p. 513-548): L’argu­ ment prophétique, dans la Rerue pratique d'apologé­ tique, Paris, 1907-1909, t. v, p. 757-772 ; t. vi, p. 906-933 ; t. Vît, p. 81-116, 731-750. — M.-J. Lagrange, Le messianisme chez les Juifs, Paris, 1909. 2e Le caractère des écrits, — Les traités écrits direc­ tement ct exclusivement à l’adresse des Juifs devien­ nent rares. Les Juifs sont englobés dans l’en cmble de la démonstration chrétienne ct catholique. 11 va sans dire que les Juifs convertis visent d’abord leurs anciens coreligionnaires quand ils publient le récit de leur conversion ou des livres dc discussion religieuse. 3® Le contenu des écrits, — 1. Partie positive de la controverse, — a) L'argument prophétique, — Trop souvent il s’est réduit à l’élude d'un petit nombre de textes, coupés du contexte et détachés du cadre dans lequel ils prennent leur signification véritable. Une cause en est le manque d’espace dans ces traités De ver a religione où 11 faut faire court pour ne pas allonger uulrc mesure une démonstration complexe. Ainsi étriqué, l’argument perd dc sa force probante. Trop souvent encore on l’étaye sur une exégèse défectueuse. L’abbé de Broglie, le P. Lagrange, J. Touzard, etc., | ont montré que l'argument devait être rnis au point; Il est, grâce à eux, en vole dc bénéficier du progrès des études bibliques. b) Le fait de Γ Eglise, — L'argument prophétique profite aussi des travaux qui ont placé en belle lumière le fait de l’Église, « témoignage irréfragable dc sa divine mission », comme s’exprime le concile du Vati­ can, de l’Église dont la vie merveilleuse découvre le sens des annonce» prophétiques dc l'Ancicn Testa­ ment et de tout le passé juif. II n’est pas besoin d’etre grand docteur pour le comprendre. Ce pauvre Lowengurd fut conquis par la vision dc la « magnificence de l’Église éternelle », cf. La splendeur catholique, c. xvm, p. 159-199, ct il a trouvé des accents émouvants pour appeler les âmes « vers Celle qui détient le trésor des magnificences : la sainte Église catholique, aposto­ lique ct romaine ». Les magnificences de l'Église, p. iv. c) Nécessité des dispositions morales, — Ici encore se marque un progrès notable. Dans l’ordre théo­ rique, l’enseignement des anciens controversis tes sur la nécessité dc ces dispositions, pour atteindre les vérités qui entraînent des obligations morales, a été corroboré, renouvelé, élargi par L. Ollé-La prune, La certitude morale, Paris, 1880, ct par toute une série dc travaux qui lui ont fait cortège. Dans l’ordre pra­ tique, on s’est mis résolument en face des difficultés qu'il y a, pour un juif, à quitter la religion de ses pères. Cf. la correspondance entre Lombroso ct Con­ soni, Demonstrations évangéliques, t. xvm, surtout p. 451-460; Drach, De l'harmonie, 1.1, p. 66; (J.-B. Vi­ tra], Vie du R. P, Libermann, Paris, 1855, p. 42-43; les frères Lémann, La cause, p. 78; Annales de la mission de Noire-Dame de Sion en Terre sainte. Park, 1912, n. 127. p. 6, etc. De tout temps on avait prié pour obtenir aux Juifs la grâce qui triomphe des . *obstacle On a organisé des œuvres de prière, en y ajoutant des œuvres d’expiation et d’éducation chré­ tienne. Deux Juifs convertis, les frercs Ralisbonne, ont obtenu du Saint-Siège la mission dc travailler à convertir les Juifs par ces moyens. Notre-Dame de Sion fondée par eux (1857) 5 Jérusalem, a VEcce honw, est le foyer de ces œuvres. Elle rayonne dans le 1912 monde entier, par une archlconfrérle de prières pour la conversion des Juif qui comptait,en mai 1911, 107 232 membres, cf. Annales, Paris, 1911, n. 126, p. 9, ct 800 000 en 1923; cf. A. Lopez, La lumilrt d'Israël, p. 244. 2. Partie négative. — a) L'abandon de la Loi. — L'argument tiré de la dispersion juive, de In ruine du temple ct dc l’impossibilité pour les Juifs d'accom­ plir la Loi, Insistait sur les calamités dc tout genre qui ont accablé cette nation. 11 a dû être partiellement rajeuni. Jamais Israël n a été aussi dispersé qu’à notre époque. Mais il n’est plus dans la situation humiliée de jadis. Depuis 1789, il est réhabilité, enrichi, Influent. Telle manière dc présenter l’argument qui consistait à dirc qu’Israël ne subsiste que pour être, aux yeux de l’univers, une preuve vivante de la malediction divine, Israël devant toujours vivre dans l’opprobre et l’igno­ minie, est donc Λ réformer. On s’y est essayé. Cf. entre autres, les frères Lémann, La dissolution de la Synagogue en face de la vitalité de l'Église, dans La cause, p. 51-69. Quelle que soit la position sociale de beaucoup de Juifs, la masse est encore méprisée ct malheureuse, cl la poussée récente d'antisémitisme, a-t-on dit, montre ce qu’il y a d’instable dans la for­ tune dc ceux qui prospèrent. Cf. M. Souiller, La déso­ lation du peuple juif, Paris, 1891, p. 374-381. Surtout il demeure vrai que la Synagogue cl le peuple juif, en tant que constituant un peuple sui furis, s’en sont allés de tout ce qui les caractérisait, sont déchus com­ parativement ù ce qu’ils furent avant lo Christ, ainsi que l’ont annoncé les prophètes. b) La Trinité divine, — On a redit, et fort bien, que le dogme de la trinité des personnes ne contredit pas celui de l’unité de la nature. Le progrès a consisté principalement à montrer que i’Ancien Testament ne contient pas la claire révélation du mystère dc la Trinité mais prépare à la révélation que lo Christ devait en faire. Cf. J. Lcbreton. Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1910, p. 88-125, 441-416. c) La vie el la mort du Christ et l'offensive fuive. — Dans la littérature suscitée par l'antisémitisme, fi y a eu. de part et d'autre, des violences de langage qui ont égalé sinon dépassé tout ce que les temps anté­ rieurs avaient connu. La littérature apologétique s'est apaisée considérablement; ni l'offensive juive ni la contre-offensive chrétienne n’ont eu la fougue d’autrefois. L’utilisation des livres juifs s’est pour­ suivie. Le livre dc Drach tend à prouver que dans la tradition de la Synagogue, dans le Talmud et la cabbale, on trouve, d’une façon nette ct précise, la Trinité, la miraculeuse maternité de la Vierge immaculée ct les divers signes auxquels on devait reconnaître le Messie indiqués de telle sorte qu’ils paraissent vérifiés exacte­ ment en Notre-Sclgneur Jésus-Christ. Cf. aussi A. Lémann, Histoire complète de l'idée messianique, p. 281-300. 4· La valeur des écrits. — Il y n des faiblesses. Cette utilisation des livres Juifs, en particulier, n’est pas assez critique. Drach fait la cnbbale plus ancienne et plus chrétienne qu'elle n’est en réalité, el prête à l’antique synagogue des connaissances qu’elle n'eut pas au point qu’il dit. Ames exquises d'apôtres ct de saints, esprits éminemment rabbinlqucs, trop dépen­ dants de Drach, trop confiants en une interprétation allégorique dc i'Écriture, les frères Lémann sont des mystiques ct des poètes, non des savants. Où l’apolo­ gétique juive est en progrès c’e^t moins dans les livres qui s'adressent directement aux Juifs que duns les ouvrages d’apologétique générale, dont elle fait partie intégrante. Quelle peut être son efficacité? Distinguons. Il est évident que l'Israélite qui n’a pas gardé sa fol, qui a versé dans le pur rationalisme, ne saurait être touché 1913 JUIFS (CONTROVERSES AVEC LES) , DE 1789 A NOS JOURS - JULES I 1914 par l'argument prophétique basé sur l'inspiration divine de. Écritures. L'apologétique valable pour lui sera celle qui est valable pour lot autres rationalistes. Man. parce que le fait juif entre comme un <·Γ-ment dims cette apologétique, d'une part 11 est Λ craindre que le préjugé juif ne s’interpose entre cet Israélite el la lumière chrétienne, d'autre part II y a des chances pour que le caractère exceptionnel de l'histoire du peuple juif, si manifestement différente de celle du *tc re des peuples, sollicite spécialement son attention et que l'accès au christianisme en soit rendu plus facile. S’agit-il dc l'Israélite qui est un homme de foi el de bonne foi? L'apologétique antijuive, appuyée sur les prophéties de l'Anden Testament et sur la réali­ sation dans le Testament Nouve au des antiques pro­ messes, corroborée par le grand fait de l’Église. ne peut pas ne pas l'impressionner, pourvu qu’il l'étudie avec diligence. Comment ne serait-il pas frappé des textes qui annoncent le Messie, ses douleurs, sa mort, sa gloire, rien qu’à les Juxtaposer sans visée scientifique, tels qu’ils s'offrent, par exemple, dans Lopez, La lumière d’Israël, p. 1 13-152, ou plus com­ plètement dims A. Lémann, Histoire complète de l’idée mcssian.que, p. 15-75? Quand H passera de l'Ancicn au Nouveau Testament, s’il le Ht avec une âme droite, pourra-t-il contempler sans émotion la figure du Christ? Et combien de détails qui, à eux seuls, lui donneront à réfléchir et peut être le retour­ neront! Dans scs Conférences ou discours contre... les athées, les déistes, les tolérants, les Juifs..., réimprimés à Paris, 1801, p. 162-163, Heurter, après avoir prouvé la divinité du Christ par les prophéties qui le con­ cernent, l'établissait par la réalisation de celles que le Christ a faites. Il s'arrêtait, à juste titre, aux paroles relatives à la pécheresse qui avait oint sa tête avec un parfum précieux : Sinite eam. Amen dico vobis : ubicumque prwdicatum fuerit Evangelium istud in universo mundo, et quod fecit hæc narrabitur in me­ moriam ejus, Marc., xiv, 6, 9. Sur quoi il demandait : « Si Jésus-Christ n'avait pas été prophète aurait-il pu prévoir qu'une action d’une simple femme, une action qui se passait en un repas de famille, au fond d’une bourgade, dût être un jour annoncée, publiée, préconisée dans toutes les parties de l'univers? Voilà cependant ce qui s’exécut e toutes les années depuis dixsep t .ièclcs, et dont il peut y avoir autant de témoins qu’il y a de chrétiens dans le monde. · L'argument est magnifique, el l’on comprend qu’un l.oprz, La lumière d’Israël, p. 55, 65, 83, 100, 102, en ail été saisi el y ait rencontré le point de départ de sa conversion. Mais, alors même que les autres considérations ne l'ail cindrah nt pas, il en est une qui ne saurait laisser indiffé­ rent l’Israélite qui a la foi, ct c'est que le judaïsme ne contient que des ruines : le temple détruit. les sacri­ fices abolis, le grand prêtre, le grand sanhédrin dispaïus ainsi que les lévites, la Loi de Moïse inexécu­ table. Cf. de fortes pages de Heurter, p. 195-203. Et, la grflee aidant, il pourra conclure que l’Église catho­ lique seule possède l'héritage du peuple élu de Dieu : « le temple, le sacerdoce, l’autel, le sacri lice perpétuel..,; dans scs multiples offices on retrouve le chant des psaumes, la lecture de la Loi et des prophètes, \ussi l'Israélite qui vient â elle complète et couronne sim­ plement su religion, ll n'en change pas. Il y revient », Lopez, La lumière d'Israël, p. 217-218; cf. Lœwcngard, La splendeur catholique, p. 241-245; Les magnificences de l’Eglise, p. 211-214. « Ainsi n'est pas fondé, n dit Drach. De l’harmonie, 1.1, p. 64, le reproche que les philosophes juifs adressent à nos frères convertis, d'avoir déserté la religion de nos pères. Bien loin d'adjurer la religion de set p ires» l'Israélite qui se fait catholique est un enfant égaré, un flh prodigue, que la réfîéxlon el le repentir ramè- nent dam la maison paremelle. » Par l'i »* iff dbllt et, toujours la grâce aidant, sc surmonte la d’Bmlté la plus Insurmontable qu’il y a pour ui Lri- ..e, à devenir catholique : « un homme d’hoa.a'u- ne doit jamais changer dc religion. » Sans compte·· qu'il n'y a nul déshonneur, mais au contraire tout honn ur à délaisser l’erreur pour la vérité, < l’Israélite devenu catholique ne change pas de religion m ils achève sa religion, la complète, la couronne ·. Lémann, La cause, p. 78. Sic perficientes coronante q te religionem mosaicam non mutantes, dit de son côté le Postu­ latum présenté, sur l'initiative des frères Lémmn, au concile du Vatican pour qu’il adressât un appel à la nation juive, p. 92. Elles sont à lire le> pages où les deux Lémann ont retracé l'histoire de ce Postulatum pro Hebrreis, pour les Israélites rest S très chers à Dieu à came de leurs pères, carissimi propter patres, dit saint Paul, Rom., xi, 28. pour le peuple qui nous a donné Jésus et M trie, p. 81, 92, 107-108, 120, etc. Cinq cent dix signatures épiscopales furent recueillies, ct tou» les Pères du concile auraient signé si les deux frères, obéissant â un sentiment délicat de déférence, n'avaient voulu céder la gloire du plus grand nombre de signatures au Postulatum pro infallibiUtate. Aisément on compo­ serait, ù l'aide de la littérature ecclésiastique, un beau florilège de textes qui rappellent que nous devons au peuple juif et Marie et Jésus. Cette pensée est l'inspiratrice de tous les ouvrages de controverse anti­ juive. A l’évoquer, les polémistes les plus impétueux, tel un Pierre le Vénérable, Tractatus adversus Judaeo­ rum inveteratam duritiem, præf.. P. L., t. clxxxix, coi. 509, s’attendrissent. Pas un qui ne voulût sous­ crire à ce que saint Udephonse exprime avec l'insis­ tance monotone, mais ici affectueuse et touchante, qui lui est habituelle. De virginitate perpetua S. Mariae adversus tres infideles, c. ni, iv, vn, P. L·, t. xci, coi. 67, 69, 76. Le Christ, dit-il au juif, est ex traduce tua, ex stirpe tua, ex propagine generis tui; eh bien! poursuit-il, ipso (le Christ) ducente sequar eum (le juif), ipso pneeunte curram post illum..., et, in quantum ipse permiserit, asseverem tibi..., convincam, probem... Marie est juive : sit rogo, jam sit, rogo, judae, gra­ tissimum tibi tantae Virginis decus in tua cognatione repertum.,.; unde jam veni mecum ad hanc Virginem. Travaux. — Sur l'antisémitisme religieux voir B. Lazare, L’anti^mitisme. Son histoire et tes cautes, Paris, 1894, p. 2^2-215; A. Leroy-Beaulieu, Israël chez les natioru, Paris, 1893, p. 5-49; Les doctrines de haine. L'antisémitisme, Γantiprotestantisme, Γanticléricalisme, Paris, 1902. F. Vkhnst» JUIVE (Religion). — Pour éviter des redites, l'histoire de la religion Juive, pour autant qu’elle doit préoccuper le théologien, sera traitée aux divers articles suivants. — I. La religion des Patriarches; voir art. Patriarchbs. — II. La religion mosaïque; voir art. Moïse. — III. La religion Juive après I ins­ tallation dans la Terre promise: voir art. Josué, cl-dcssus col. 1561. et Juoes. col, 1851. — IV. La reli­ gion Juive λ l’époque des Rois; voir art. Rois (Livres des), ct art. PnopnèTES. — V. La religion juive après lo retour de l’exil; voir art. Judaïsme col. 1581. Pour ce qui est du judaïsme postérieurement à Père chrétienne, ll intéresse moins la théologie que l'histoire des religions; les idées générales qui le dominent seront étudiées ù l'art. Talmud. JULES Ier (Saint), pape du 6 février 337 au 12 avril 352. — Les dates de son pontificat sont four­ nie·’» par le Catalogue libérien, lequel est contemporain et mérita donc créance. La première édition du Liber pontificalis %uit que Jules était rom lin d’origine, el sign de de lui un constitutum inte»disant aux clercs dc 1915 JULES I jjortcr leurs causes devant la justice séculière. La seconde édition ajoute quelques détails relatifs aux constructions entreprises par le pontife, et signale les tribulations et l'exil que Jules aurait soufferts pour la cause de la foi sous l'empereur hérétique Constantin (Constance). Cette donnée est certainement fausse; le rédacteur a transporté Ici, non sans modifications» l'histoire du successeur de Jules» le pape Libère. Dans la réalité la majeure partie du pontifical de Jules s'est écoulée sous le régne de Constant (337-350), favorable aux catholiques; cette politique ne fut pas modifiée par l'usurpateur Magnence qui resta maître de (’Italie jusqu’en 352. Ces maigres données du Liber pontificalis ne don­ neraient qu'une Idée très incomplète du pontificat de saint Jules. Ce pape fut très intimement mêlé en effet à la seconde phase des querelles entre catho­ liques et semi-ariens. Durant la première phase, qui se termine à la mort de Constantin, la papauté, avec saint Sylvestre avait été maintenue ά l’écart, sans doute par la toute-puissante volonté de l'empereur. On a parlé, à propos de saint Jules, de la rentrée en scène de la papauté. L'expression ne manque pas d'exactitude. Les événements qui se déroulent sous le pontificat de Jules ont d’ailleurs fourni l'occasion de préciser les formules du droit d'appel au pape dans les causes import an. es. ils méritent donc de retenir l'attention du théologien, Apres la mort de Constantin, saint Athanase était rentré dans sa ville épiscopale; il y trouva installé un compétiteur arien, un certain Pistus, que les eusébiens es aient d'abord de faire reconnaître par le pape Jules. Mais bientôt ces derniers se ravisent, et, sans plus parler do Pistus, ils insistent à Rome pour que soit reconnue la validité de la sentence qu’ils ont portée contre Athanase au concile de Tyr, en 335. Ainsi le pape était pour la première fois saisi de la question. Jules ne consentit pas à reconnaître Pistus. Plus au courant d·· la situation que les eusébiens ne le croyaient, il prévint Athanase des intrigues tramées contre lui. Celui-ci, rassemblant un concile de ses évêques, adresse nu pape une svnodale qui montre qu’il a pour lui l’unanimité de l’Égypte. De leur côté les eusébiens écrivent ù Jules, · lui proposant de le prendre pour juge, s’il le voulait », dans le procès qu'ils avalent depuis plusieurs années avec Athanase. Le pape évoque les deux parties devant son tribunal. Jaffé, n. 182, 183. Mais les eusébiens trouvèrent plus expéditif do recourir à la violence. En mars 339, un intrus, Grégoire, est installé sur le siège d’Alexandrie. Après avoir * ignalc ù tout l’univers catholique l'odlcux attentat don! il vient d’être victime, Athanase se rend à Rome. Pour ne rien précipiter le pape somme une nouvelle fois les adversaires de l’évêque d'Alexan­ drie de comparaître au synode romain qui appointera leur différend avec Athanase. Jaffé, n. 181. Les orientaux durent répondre d’Antioche où ils tinrent une assemblée en 339 ou 340, par une lettre dont Sozomène nous a conservé le sens sinon les expressions exactes. H. E., 111, vin, P. G., t. lxvii, col. 1054. Tout en affirmant leur respect ù l'endroit du siège romain, les orientaux contestaient que l'Égllsc de Rome eût quelque droit de leur donner des ordres. L'Importance d'une Église, disaient-ils» ne sc mesure pat à la grandeur de U cité où elle est établie. Pourquoi Γ Occident t<- mêlalt-11 de discuter les décisions de l’Orlent? Jadis dans les affaires de Novallen et de Paul de Snmo^ate, l’Orlent avait accepté, sans les discuter, les sentences occidentales. Qu’on en agisse de même aujourd’hui; les évêques d’Orient ne demeu­ rerai eut, en communion avec Rome, que si l’on y reconnais ait U h gilimité des sentences qu’ils avalent eax-même» portéo. 1916 C'était dur. Le pape Jules Ier ne pouvait laisser passer sans protestation une théorie aussi contraire aux droits traditionnels de son Église. A l'automne de 340 (ou au printemps do 341) il rassemblait à Rome un synode des évêques suburbicaires (c'cst-ù dire des évêques d’Italie), qui compta une cinquantaine de membres. Athanase n'était pas seul à demander justice; d’autres victimes des eusébiens, Λ commencer par Marcel d’Ancyre, vinrent y porter leurs plaintes, Tous furent reconnus innocents et rétablis dans leur dignité. Le pape sc chargea lui-même de transmettre aux orientaux les décisions du concile romain. Jaffé, n. 186. Cette lettre qui est conservée dans la traduc­ tion grecque de saint Athanase, est tout aussi remar­ quable par l’extrême modération de la forme que par la fermeté des principes qu'elle expose. Sans doute elle s’applique surtout à discuter les griefs de fait qui avalent été soulevés contre Athanase el ses amis; mais elle ne néglige pas la question de droit. Il est inadmissible, dit-elle, que les évêques orientaux entendent considérer comme irréformablcs les sen­ tences de leurs assemblées, alors qu'ils ont mis en échec les décisions prises par le grand concile de NIcée dans la question arienne. En tout état de cause d’ailleurs, il aurait fallu procéder avec justice et en observant la règle ecclésiastique, < Il /allait nous écrire ά nous tous, et qu’ainsl justice fût rendue par tous. Car c'était d'évêques qu’il s'agissait et d’Églises. qui n’étaient pas les premières venues, puisque des apôtres les ont jadis gouvernées. Pourquoi surtout ne nous avez-vous pas écrit au sujet de l’Église d'Alexandrie? Ignorez-vous que la coutume est de nous écrire d'abord à nous, de telle sorte que la justice soil rendue d'ici, καί οότως ένθεν όρίζεσΟαι τά δίκχια. » Pour être moins explicite sur les droits du siège romain que la lettre attribuée au pape Jules I" par le compilateur des fausses décrétales, c*. P. L., t. vin, col. 371, ce texte très authentique ne laisse pas d’indiquer avec précision le pouvoir suprême de l’Église romaine. Dans la circonstance, et écrivant au nom du synode convoqué par lui, le pape associe les évêques suburbicaires à son droit (il fallait nous écrire ù nous tous); mais cela n'ôte rien aux droits personnels de l'évêque de Rome. La sentence rendue par le pape Jules ne termina malheureusement pas la querelle. Le concile d’An­ tioche, in encaniis, 341, maintint avec opiniâtreté les positions des orientaux. Mais le pape Jules aurait sa revanche en 343, au concile de Sardique, où il s’était fait représenter par deux prêtre-». On sait comment celte assemblée, destinée à refaire l'union entre l’Occident et l'Orient, ne réussit pas dans ses efforts; du moins posa-t-elle avec netteté le principe que, dans les causes importante-», il est loujour» loisible d’en appeler au siège romain de la sen ence d’un concile particulier. Voir Sardique (concile de). Les aimées suivantes ménagèrent à Jules d’autres satisfactions. L’intrus Grégoire étant mort en 315, Athanase put rentrer dans sa ville épiscopale; avant de retourner en Orient, Il passa par Rome où Jules lui remit une lettre destinée à l’Église d'Alexandrie, brillant témoignage de la haute estime en laquelle le pape tenait le véné­ rable évêque. Jaffé, n. 188. Dans le même temps, l’Occident travaillait ù éliminer le. quelques traces d'arianisme qui s'étalent infiltrées chez lui. En 345, un concile réuni à Milan condamnait une première (ois Photln, évêque de Slnnlum; deux ans plus tard, dans la même ville, et avec le concours des légats romains, un nouveau synode repren lit cette condam­ nation et recevait des deux évêques danubiens, Ursace de Singidunum et Valens de Mursa une de­ mande de réconciliation avec l’Église. Le concile expédia à Rome ces deux prélats, qui firent, entre 1917 JULES I JULES II 1918 JULES II, pape du 1er novembre 1503 au les mains du pape Jules, une pleine soumission. P. L., 21 février 1513. — Après le décès de Pic ΙΠ, l'opinion I. vin, col. 311. publique à Home donnait la tiare à Julien de la Le pontifient de saint Jules marque donc parmi Rovère. Celui-ci, né près de Savane en 1141, n'était ceux du iv· siècle. L'irnpor once de scs interventions pas destiné d’abord à l'étal ecclésiastique. L'accession en matière dogmatique explique peut-être, comment, au trône pontifical de son oncle François de la Hovère, uu d but du v* siècle, 1rs apolllnarlstes eurent l’idée devenu pape en 1471 sous le nom de Sixte IV, avait d’abriter sous ce nom vénéré un certain nombre de déterminé sa vocation. Julien dès octobre 1471 était productions douteuses, sinon franchement hétéro­ pourvu de l'évêché de Carpentras; en décembre de la doxes. Gcnnado avait déjà remarqué qu’une lettre même année U était card In al-prêtre du titre de Saintdu pape Jules, adressée à un certain Dcnys, et rela­ Plcrre-ès-Uena. Tombé, sous Alexandre VI, dans la tive à l'incarnation, si elle avait pu avoir sa raison plus complète défaveur, il s'était réfugié A la cour de d'être alors qu’on pouvait craindre l’hércsic des France, d'où il n’avalt cessé d'intriguer contre deux personnes d ms le Christ, s’était montrée perni­ Alexandre, avec qui 11 se réconcilia pourtant en 1498. cieuse par la suite : /omentum enim est Eutychianie et Rentré en Italie il ne s’y sentait guère en sûreté et se Timothlanie impietatis. De oir. ill., n. 2. D'autres occi­ tint caché jusqu’à la fin du règne. Π reparaît à dentaux, comme Facundus d'Hcrmlane, avaient aussi l’occasion du conclave qui nomma l’éphémère Ple III. soupçonné la supercherie. Elle fut définitivement Celui-ci mort, le cardmal de la Hovère avait toutes démasquée par Léonce de Byzance. Ada. /raudes chances de lui succéder, et comme U désirait ardem­ Λ poll,, proœm., P. G., t. lxxxvi b, col. 1918. Les ment la tiare, il employa, pour se l’assurer, des moyens chercheurs modernes ont fini par retrouver tout un peu honorables, mais qui, à l’époque de la Renais­ dossier de pièces, qui sont de fabrique apolllnariste, sance, ne scandalisèrent pas les contemporains. Le étant d'Apollinaire lui-même ou de scs disciples, et 29 octobre 1503, il acquit les voix des cardinaux espa­ qui ont été mises en circulation sous le nom de Jules, gnols, en acceptant les termes d'une capitulation qui évêque de Borne. Elles sont connues soit en grec, soit leur était favorable. A Georges d'Amboise 11 garantit en syriaque, quelques-unes en arabe (ces dernières les légations de France, de Bretagne, de Savoie et attribuées d'ailleurs à saint Hippolyte). M.-H. Liotxd’Avignon. L. H. Labande, Aoi gnon au in siècle. mann est arrivé aux conclusions suivantes que l’on peut considérer comme démontrées. Sont d’Apolli­ Le galion de Charles de Bourbon et du cardinal Julien de la Rooèrt, Paris, 1921, p. 640. Quant aux autres naire, lui-même : un traité r.cpi της bs Χριστώ membres du Sacré Collège, il les soudoya soit par les ένότητος του σώματος πράς την θεότητα (P. L., t. vnr, promesses, soit par la corruption. L. Pastor, Huloire col. 873); un traité conservé au complet en syriaque des papes depuis la fin du Moyen Age, trad, française, et dont le texte grec πρύς τούς κατά της θείας του Paris, 1911, t. vi. p. 192-193. λόγου σχρκώσχως άγωνίζομβνους (ibid., col. 876), n'est Dans ces conditions l'élection ne devait présenter qu’un extrait; en lin la lettre ad Dionysium (ibid., aucune difficulté. De fait, le conclave, ouvert le col. 929). La lettre ad Prosdocium (ibid., col. 954) est 31 octobre 1503, prenait fin le lendemain matin, de Timothée évêque de Bcryte, chef du parti qui était l* r novembre. Julien de la Hovère en sortit pape, disposé a faire la paix avec l’Église. Enfin l'origine sous le nom de Jules II. apollinaristc de l’encyclique (dressée à tous les Afin de donner satisfaction à ses électeurs, le nou­ évêques do l’Église (Incip. rzbr.c σμαι, ibid., col. 876) veau pontife s’empressa de valider la capitulation est également hors de conteste sans que l'on en puisse qu’il avait souscrite. Il s'engagea à continuer h guerre préciser l’auteur. contre les Turcs, à convoquer un concile g.néral dans Le nom du pape Jules figure avec aussi peu de les deux ans, Λ ne déclarer la guerre qu'uprès avoir raison, en tête de deux décrétales de la collection obtenu le consentement des deux tiers des cardinaux, pscudo-lsldorlenne, Jafié, n. 195, 196, et d'un certain à prendre l’avis des membres du Sacré Collège pour les nombre de canons qui sont passés des recueils du haut créations cardinalices el dans toutes les atlaires moyen âge dans les décrets d’Yves de Chartres et de d'importance majeure. Le lieu du prochain concile ne Graticn. Jafié, n. 197-206. pourrait être désigné sans le consentement des deux Jaffé, Regesta pont, rom., t. I, p. 30-32; L. Duchesne, tiers des cardinaux. Celle même condition était exigée Le Uber /tontiflcatls, t. i, p. 9 (catalogue libérien), p. 82-83 duns le cas où le pape reculerait la date d’ouverture (V· édit, du Liber), p. 205-206 (2· edit, du Liber)·, le texte de la haute assemblée. Mais, dans la suite, lorsqu'il des deux seule» lettres conservées cnI reproduit dans P. L., t. vin, col. 879 (lettre aux Antioch Ions) et col. 908 (lettre se sent il ou se crut maître de la situation, Jules II tint ù ritglise d'Alexandrie), le texte latin n'est qu'une traduc­ peu de compte de ces engagements solennels. Un tion du grec conservé par saint Athanase, A polo g. contra caraclère, aussi autoritaire que le sien, ne s'accommo­ arianos, n. 20-37 et n. 52-53. On trouvera également dans dait pas de telles entraves, attentatoires au pouvoir P. L., quelque' * lettre.» adressées au pape Jules 11. suprême du pontife romain. Raynaldl, Annales eccle­ * Tou les travaux relatif * â l'arianisme font une place siastici, an. 1503, n. 3-9. * plu ou moins considérable à Jule» l· *. Pat ml le * plu» récents Quoi qu'on pense de la façon dont Jules II ceignit voir P. Batiffol, La paix consbuitlnlcnne et te catholicisme, la tiare, il est incontestable que son règne demeure Paris, 1911, p. 403-465. Sur la question de Piiotln, d’Ur *aee et de Valens, voir J. Zoillor, Les origines chrétiennes dans un des plus brillants de l'époque de la Renaissance. La les provinces danubiennes. Pari», 1918, p. 228 sq., et table restauration du pouvoir temporel de la papauté, qui alphabétique. assurait A celle-ci l’indépendance, a immortalisé sa La question do * faux apolllnnristos, déjà touchée par mémoire. Nous n'avons pas ici à raconter à la suito Muraturi (cf. P. L., t. vtil, col. 938) u été définitivement de quelles péripéties Jules II accomplit celle grande élucidoo par 11. Lletzmann, Apollinaris von Laodicea und œuvre. Nous nous contenterons d’étudier le rôle reli­ seine Schule, Tuhlnguo, 1901; des faux mte sou * lo nom gieux qu’il joua, rôle certes bien mince en regard do du pape Jules on trouvera l'édition critique, en grec dans ce Volume, on syriaque ot on grec dans J. Flemming et celui qu'il remplit dans le domaine de la politique. 11. LioUaiann, A pollinaris fiche Schriften sgrlsch mit dem Jules II s'étolt juré de libérer l'Italie des étrangers, gricchischcn Text, publié * dons le» Abhandlungen do ΓAca­ des « barbares » qui l’occupairnt. Après s'être servi demia do Gœt lingue, P/d/ol.-hüf. Liasse, Noue Folge. do la France contre Venise cl avoir réussi à recouvrer, t, vu, fn *c. I. Une proiiilero orientation dans O. Bardengrace Λ son concours, les terres qui lui avalent été hewor. (tcschichie der altkircalichcii Literatur, t. m, ravies, le pape se retourna contre elle cl, dès 1510, p. 583-585. E. Amann. annonça bruyamment lo dessein do la combattre. 1920 Louis Xli releva le défit. Par une maladresse, qui lui devait être fatale, il porta le conflit sur le plus mau­ vais terrain, le terrain religieux. Tout d'abord, il remit en honneur certains articles de la Pragmatique Sanc­ tion dc Bourges, puis, il ne cacha pas son intention de réunir un concile qui déposerait le pape. A la vérité, le roi n'agitait ce projet que pour faire pression sur Jules II et l’enrayer. Ses actes et ses hésitations prouvent qu’il n’avait nullement la ferme intention de révolutionner l’Église, comme l’a assuré Pastor. Op. ci/., t vi, p. 307. En tout cas, agir comme il le ilt, c’était méconnaître totalement le caractère intransi­ geant de son adversaire. Une assemblée du clergé de France, réunie à Tours (14-28 septembre 1510), déclara que la guerre contre le pape était légitime et réclama la réunion d’un concile qui, seul, avait qualité pour rejeter l’autorité pontifi­ cale. P. Imbart de la Tour, Les origines de la Reforme, Paris, 1909, t. n, p. 131-137. La convocation du concile fut lancée le 16 mai 1511. Les cardinaux Carvajal, Briçonnel, Philippe dc Luxembourg, François de Borgia, Adrien de Corneto, de Prie, Carlo del Carctto, San Severino, Hippolyte d’Estc signifièrent au pape une citation à comparaître à Pise, le 1·' septembre suivant. Raynaldi, Annales ecclesiastici, an. 1511, n. 5-6. Ils étaient soutenus dans leur révolte par Maximilien, roi des Romains, et Louis XII. Jules II leur porta le coup fatal. Le 18 juillet 1511, après avoir convoqué lui-même un concile au Latran, pour le 19 avril 1512, il destitua de leurs dignités Carvajal, Briçonnel, François de Borgia et dc Prie, avant leur arrivée à Pise. Raynaldi, Annales ecclesiastici, an. 1511, n. 8-15,33, 35, 36. Cependant le concile s'ouvrit ù Pise le 1" no­ vembre 1511, sous la présidence de Carvajal. 11 comprcripliotu, ne fut adressée aux princes chrétien? qu'en octobre 1510. Le concile du Latran la promulgua du nouveau. Raynaldi. Annales ecclesiastici, an. 1500, n. 1. Jules II Incita les Inquisiteurs à remplir leurs fonc­ tions avec zèle. S'il permit aux hérétique, de Bohême d’assister aux cérémonies du culte catholique, il con­ damna au bûcher certains religieux qui abu.aientdelà crédulité populaire. L’anthropomorphisme de Piero de Lucca fut condamné le 7 septembre 1511. Pastor, op. cit., p. 112. On trouvera uno bibliographie complète sur lo règne de Jules II dans l’ouvrage do Pastor, t. vi, p. 171-567; t. v, p. ix-xxxix. Toutefois, 11 y a profit a consulter IVdlllon allemande qui, h rencontre de la française, a subi des retouches. Lo> jugement * de Pastor doivent être contrôlés ot révisés à l’aide de l’excellent ouvrage d *Imbart de la Tour, Les origine * de la Réforme, Paris, 1909, t. ir, p. 127-181. Imbart de la Tour u, en particulier, renouvelé l’htslolre du concile de Pise, les documents qu’il a Consulté) ayant été négliges par son devancier. L’article consacré nu concile par M. Sandrot dans la Revue des questions histo­ riques, on 1886, assez complet, a perdu de sa valeur. Le livre do Μ. A. Renaudet, Le concile gallican de Pisc-Milin ( 1510-1512). Documents florentins, Parts, 1922, contient uno foule de documents d’un haut Intérêt. — On peut encore consulter Khiczko, Rome et ta Renaissance. Ruais et esquisses. Jules 11, Paris, 1898 ot Ilofclo, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1917, t. vin a, p. 211-388. G. Mollat. JULES HI, pupe du 7 février 1550 au 23 man 1555. — Après la mort dc Paul II 1(10novembre 1543), les cardinaux, réunis en conclave, signèrent un com­ promis. Us jurèrent tous d'exécuter un certain nombre de conditions, s’ils obtenaient la tiare. Ils s’obli­ gèrent, entre autres choses, ù réformer l’Église et à terminer le concile général qui en fait était suspendu depuis le printemps de 1547. L'entente ne s'établit pas facilement entre eux. A la suite d'intrigues qui durè­ rent plus de deux mois, le cardinal Giovanni Clocchi, dit del Monte, fut élu le 7 février 1550 et couronné pape le 22 février suivant sous le nom de Jules 111. Lc nouveau pontife était né à Home, lu 19 sep­ tembre 1487. Jules II lui avait donné la charge de camérier. Il devint, dans la suite, archevêque de Manfredonla (18 mars 1513), préfet de Rome, cardinalprêtre du Litre de Saint-Vital (15 janvier L>37), puis de celui de Sainte-Praxède (Il octobre 1542), évêque de Palestrina (5 octobre 1543). En tant que legal du Saint-Siège (1315), il avait été l’un des présidents du concile de Trente. C'était un habile homme; mats on lui connaissait un tempérament indolent, ce qui n’excluait pas chez lui les accès d’em portements d'une étrange violence. Ami de ses aises, il se construisit, sur la via Flaminia, ù proximité du Tibre, une magnifique villa que l'on admire encore. Jules III fut Adèle à la parole donnée au début du conclave. Les cardinaux Pole, Morone et Cervini furent mis à la tête d'une congrégation de réforme, qui conclut dès le 23 avril à la reprise du concile el les évêques de la chrétienté furent convoqués, le 13 no­ vembre 1550, à se réunir à nouveau en concile à Trente le 1er mai suivant. Le concile travailla très activement au cours dc l'année 1551, où se tinrent les deux importantes sessions xm et xiv, relatives aux sacrements d'eucharistie et de pénitence. 11 ne tint pus qu’à Jules 111 que les travaux continuassent. Mais la situation politique devenait de plus en plus confuse. Au printemps de 1552, les Pères, effrayés par l'approche des troupes protestantes que commandait Maurice dc Saxe, se dispersèrent pour longtemps. Voir sur tout ceci l’art. Trente (Concile de). L’attention de Jules 111 sc porta surtout sur les que lions politiques. Après l'échec de a diplomatie duii» l’ailalre dc Parme, le pape consacra 1rs der- 1921 JULES HI — JULES AFRICAIN 1922 notre écrivain. C’est vraisemblablement Suidas qui a créé la légende, en accolant au nom de Sextus, l’épithête de « philosophe libyen ·. Une découverte toute récente donne une solution définitive. Dans un papy­ rus d’Oxyrhynque s’est conservé un fragment jus­ qu'alors inconnu d’une œuvre de l’Africain, les Cestex. L'auteur y déclare que le renseignement fourni par lui, Il l'a trouvé dans les archives de sa patrie, la colonie d'ASUa Capitolina. Grenfell et Hunt, The Oxyrhynchus Papyri, I. in, n. 412. Ainsi Jules est né à Jérusalem, et sans aucun doute d’une famille militaire de la colonie, dont II est impossible de dire si elle était chrétienne ou païenne. Scion toute vraisemblance, il a dû suivre d'abord la carrière des armes. I-es con­ naissances militaires dont témoignent les Castes ne sont pas d’un profane ni même d'un simple soldat· On ne se trompera guère en faisant de Jules u i officier; plusieurs des renseignements topographiques q i*l donne çà et là font supposer, non sans raison, qu’l a pris part, dans l'armée de Septime-Scvère, àl’expédiSources. — Journal de Jean-François Firmano, maître tiun de 195 qui mena les troupes impériales en Oshdes cérémonies... sous Clément VU, Paul III, Jules III, roène et en Adiabene. C’est peut-être au cours de cette dan·· .Voilera et extraits des rnéclaux on citera seulement L. Pas­ il organisera à Home, auprès du Panthéon une bibliO' tor, Geschichte der Pdpste, 1913, t. vi, p. 1-250; G. Constant, thèque. Voir Oxyrh. Papyr,, loc. cit. Il faut donc sup­ Une riutilité franco-allemande en conclave. L'élection de poser un séjour assez prolongé à Home. Ce ne fut pas Jules 111, dans Ifevne hebdomadaire, 1S février 1922, le seul voyage qui égaya la retraite de l'ancien olfip. 333-343; G. do Leva, L'etezione dl papa Giulio 111, clcr. Antérieurement il était allé à Alexandrie, attiré dan.·» liiolsta storlca ilaliana, l. i, p. 21-37; L. Homier, par la renommée dc l'école calcchétique. aux destinées Les origines politiques des guerres de religion, t. i : Henri II de laquelle présidait alors, en l’absence momentanée cl l'Italie (1δ47-1όόό), Paris, 1913, p. 216-528. dOrigène, le disciple de celui-ci Héraklas. Avec OriG. Mollat. gène, Jules eut d’ailleurs aussi des relations person­ JULES AFRICAIN, écrivain chrétien de la première moitié du m· siècle. — On est très mal ren­ nelles. Il est impossible de fixer, même approximative­ ment la date de sa mort, tant sont divergentes les seigné sur les circonstances de sa vie; quelques données relatives à son άκμή qui figurent dans les maigres allusions dans ses écrits, d'ailleurs mal con­ divers chroniqueurs byzantins. servés. et plus mal édités, quelques données des anciens Les reliquiae de son œuvre que Mlgne a jugées auteurs, c’est bien peu pour écrire la biographie d’un dignes de figurer dans la Patrologie grecque, tiennent personnage qui pourtant est l'un des plus curieux de tout au plus une cinquantaine de colonnes (t. x. la pi node archaïque du christianisme. Eusèbe, qui l’a col. 51-94). Elles ne donneraient qu une idée tout à consciencieusement utilisé, lui consacre une brève fait Insuffisante de la production d un auteur qui fut notice, H. E., \ 1, x.xxi, P. G.,l. xx, col. 589, où saint extraordinairement fécond. D’ailleurs aucune edition Jérôme a puisé le plus clair dc scs renseignements. d'ensemble ne permet, à l’heure présente, de porter un De vir. HL, 63, P. L,, t. xxm, col. 573; Georges le jugement informé sur l’Africain. Un ne doit donc pas Syncellc, qui a transcrit des fragments importants de s’étonner des appréciations assez divergentes que l'on l’œuvre capitale de Jules, n'ajoute pas grand'chose rencontre sur lui dans les diverses histoires littéraires. aux données des deux auteurs précédents; cf. édit. Dans son œuvre 11 faut distinguer deux parts, l’une Dlndorf, du Corpus de Bonn, p. 669, L 20; Photius strictement profane, l’autre nettement chrétienne. analyse brièvement quelques ouvrages de l’Africain, SI l’on n’était absolument certain de la date de mais n'est pas plus explicite que les précédents, composition des Cesles, qui sont dédiés à l’empereur lliblioth,, cod. xxxiv, P. G., I. cm, col. 65; Suidas, Alcxundrc-Sévêre, on serait tenté de les attribuer a au mot Άφρικχνός donne un renseignement qui a mis une époque où l’Africain n’était pas encore < hréticu. la critique sur une fausse piste pour mille ans. On Mais cette supposition est impossible. Chronologique­ peut tenir pour inutilisables les apports fournis par ment les Cesles viennent après lu Chronographic, les écrivains syriaques postérieurs, Dmys Bar-Salibi œuvre chrétienne; Ils sont donc d'un chrcrie ), mais et Ebedjcsu. Quant aux premières études consacrées à Jules Africain par les humanistes, spécialement par dont les convictions, pour robustes qu'elles voient, Sçaligcr et Henri Valois, elles ont surtout créé lu con­ admettent le voisinage des plus ddconcert mes supers­ titions. Lc titre, qu’il faudrait traduire littéralement, fusion autour du personnage. De son nom complet il s'appelait Sextus Julius piqûres, broderies, correspondrait assez bien ù celui de Africanus, cl il n’y a plus lieu de s’arrêter à lu dis­ Stromales employé par Clément d’Alexandrie et Ori­ gine. On le traduira au mieux par Mélanges, et il es tinction imaginée pur Scaliger d'un auteur chrétien, bien vrai que dans les Gestes l’on trouve un peu d Julius Africanus, et d’un païen Sextus Africanus. Le tout. Les cxcerplcuis byzantins en ont tiré des pré­ cognomen Afttcanus a long emps donné le change, et ceptes relatifs à l’art militaire, â l’agriculture, à la phyu contribue à faire chercher en Afrique la patrie dc nlèrcs années dc sa vie à se faire l’apôtre de la paix près de Ghurles-Qulnl et du roi dc France. C'est sous le pontificat de Jules III qu'eut lieu la réconciliation éphémère de l’Angleterre avec le Saint-Siège, sous les auspices du cardinal Pole, envoyé spécialement comme légat auprès de la reine Marie (décembre 1553). Très favorable a lu Compagnie dc Jésus, récemment fondée par suint Ignace, Jules III confirma et élargit, par la bulle Exposcit debitum du 21 juillet 1550, les privilèges qui lui avaient déjà été reconnus par Paul III (Constitution /tegimini, du 27 septem­ bre 1540). Le 30 avril 1552 il signa la bulle d'érection du Collège Germanique. Il fondait les plus grands espoirs sur l’activité dc la jeune Compagnie, tant en Europe, que dans les missions étrangères. Ce fut sous les auspices de ce pape que saint François-Xavier commença la conquête du Japon. Jules III mourut le 23 mars 1555, sans avoir pu réaliser ses généreux desseins. 1923 JULES AFRICAIN 1924 Heu en l’nn 5500 do la création; la 3« année d’Hflj. siologie, à la médecine vétérinaire; Je fragment restitué gabale, se plaçait en l’nn 5723, on volt qu’il ne restait par le papyrus d'Oxyrhynque se rapporte Λ une ques­ plus A l’humanité que deux siècles et demi A vivre son tion de critique textuelle sur la Nekuia de l’Odyssée. Tout cela ne nous donne qu’une idée très approxima­ exist once hist orlque. — Nous n’avons pas à dire ici com­ tive du farrago que devaient présenter les 24 livres de ment l’Africain a trouvé les moyens d’exécuter le plan gigantesque qu’il avait entrepris; nous n’inslslcron * cet ouvrage. Suidas le caractérise de la façon suivante : pas davantage sur l’exégèse fournie par lui de diver * « είσί 3έ olovel φυσικά, έχοντα έκ λόγων τε καί έπαοιpassages bibliques. Signalons toutefois, la chose δών καί γραπτών τινών χαρακτήρων Ιάσεις τε καί άλλο ίων ένεργειών : c’est, comme qui dirait, un i n’étant pas sans Importance pour l’histoire de rangélologie, qu’à propos du récit génésluque relatif aux traité de médecine, où Ton trouve recettes pour guérir unions entre les fils de Dieu et les Hiles des homme *, a l'aide de certains mots, de certaines incantations, Gen., vr, 1-2, l’auteur rapporte une double interpré­ de formules et de grimoires ». 11 n’y a pas que cela dans tai ion du texte biblique. L’une est conforme aux idée * les Crs/es, mais il faut bien reconnaître que cela y joue popularisées par le Livre d'IWnoch : les ills de Dieu un rôle considérable. Et pourtant c’est l’œuvre d’un sont les anges du ciel, dont les unions Incestueuses avec chrétien, à preuve, cette recette pour empêcher le vin les Hiles des hommes donnent naissance A toutes sorte * de tourner : · Inscrire sur la jarre ou le tonneau ces de dépravations, y compris les arts magiques (auxquels mots divins : · Goûtez et voyez combien le Seigneur est visiblement l’Africain a toujours porlé grand intérêt). « bon. » (Ps. xxxm, 9). Le mime moyen réussit égale­ ment pour le miel. » Texte dans les Geoponica, 1. VII, Mais à cette explication, la plus courante à l’époque, c. xivr édit. Niclas, t. n, p. -194. Cela Jette un Jour une autre est opposée, sans que l'auteur prenne parti; curieux sur la mentalité de notre auteur et de son c’est celle qui est devenue classique, les ills de Dieu époque, et cela explique assez bien les relations que étant la race de Scth, les Hiles des hommes la race de l’Africain entretenait avec la cour syncrétiste Caïn. Texte dans P. G., t. x, col. 65. Ce n’est pas le seul endroit de son œuvre où l’Afri­ d’Alexandre-Sévère et le milieu superstitieux des rois d’Édcsse. cain fasse preuve d’esprit critique. 11 s’est conservé L’œuvre chrétienne de Jules Africain est surtout quelques fragments de deux lettres écrites par lui sur représentée par le grand travail historique qui, selon ' des questions d'exégèse, el qui témoignent d'une sin­ toute vraisemblance, portait le nom de Chronographic, gulière pénétration. L’une de ces lettres est adressée *, χρονογραφία en cinq livres. Bien que l’on ne puisse à Origènc. et discute la canonlcllé de l'histoire de le reconstituer dans le détail, cet ouvrage a laissé dans Suzanne. Dan., xm, 1-64. Dans une conférence à la littérature historique postérieure suffisamment de laquelle assistait Jules Africain, sans doute lors d’un traces pour que l’on s’en fasse une notion exacte. Il a passage d'Origène en Palestine, le docteur d’Alexandrie inspiré à Eusèbc l’idée el peut-être le plan de sa Chro­ avait allégué, comme ayant autorité d’Écriture, un nique, mais surtout il a été abondamment exploité texte emprunté à ce passage. Jules s’inscrit en faux par les chroniqueurs byzantins. Il est possible de rele­ contre celle manière de faire. L’épisode de Suzanne ver chez eux, et tout spécialement chez Georges le n’étant point canonique, dit-il, il n’y a rien à en tirer; Syncelle, nombre de passages, directement attribués à suit une critique très Hne de l’histoire, critique qui l’Africain ou qui en dérivent. L’inspiration de l’œuvre tend A montrer que celte narration n’a pas pu exister était foncièrement chrétienne. Reprenant une Idée dans le texte hébreu original de Daniel. Sur ce point qui revient maintes fois chez les apologistes du l’Africain n’a pas été suivi par la tradition catholique, it· siècle, Justin, Athénagorc, Tatien, notre auteur mais l'autre lettre, adressée à un certain Aristide el entreprenait de prouver que la vraie religion, la reli­ dont Eusèbe a transcrit de copieux fragments, H. E.t gion Judéo-chrétienne, était antérieure chronologique­ I, vu, P. G., t. xx, col. 89-100, a puissamment con­ ment aux fables des Grecs et aux doctrines de leurs tribué A former la doctrine, encore en vigueur aujour­ philosophes. Le meilleur moyen de le démontrer était d’hui, sur l'accord des deux généalogies du Christ qu’on de constituer une série de tableaux, où s’inscriraient lit Matth., i, 1-17 el Luc., ni. 23-38. Dans une première d’une part les événements rapportés par la Bible, de partie de sa lettre. qu’Eusèbe Indique seulement, et l’autre les faits synchronique s de l’histoire générale. qui a été retrouvée par A. Mal, l’Africain indique les L’autorité de la sainte Éci ilure étant mise au-dessus explications différentes de la sienne, qu’il rejette de tout soupçon, c’est à la Bible que l’on emprunterait comme forcées ou erronées. Avec une véritable émotion les grandes lignes de l’histoire de l’humanité, à elle il s’élève contre ceux qui, par une mesquinerie indigne, que l’un s'efforcerait de ramener, de gré ou de force, s’efforcent de plier !'Écriture à leurs médiocres con­ les renseignements fournis par les écrivains profanes. ceptions tliéologiques. « N’allons pas faire inenlir les On voit à quelle haute fortune était appelée cette évangélistes, dit-il, pour prouver une thèsepn conçue.» conception, qui a dominé, Jusqu’au siècle dernier Ces opinions écartées, il propose la sienne qu’il déve­ l’étude de l’histoire ancienne. Une autre idée, d’ordre loppe avec beaucoup de chaleur. On en connaît l’idée théologlque, dominait également la composition de générale. Les deux généalogies aboutissent toutes l’ouvrage. Parlant de cette pensée qu’il trouvait deux A Joseph; mais celle de Matthieu se réfère à la exprimée II Pctr., ni, 8, à savoir que « pour le Seigneur descendance naturelle de Joseph, qui est le vrai fils de un Jour est comme mille ans, et mille ans sont comme Jacob. Celle de Luc au contraire aboutit ù Héll, père un Jour ·. l'Africain s’eiTorçalt de déterminer la durée adoptif de Joseph. Quant aux autres rencontres entre tôt Alt de l'histoire du monde. De même qu'une se­ les deux généalogies, elles s'expliquent, elles aussi, par maine de six Jours ouvriers avait mesuré la création le Jeu de la double parenté, naturelle el légale. Ajou­ d<· la terre, de même une K moine de six Jours (de mille tons que l'Africain qui défend avec beaucoup de cha­ ans) mesurerait la période de l’activité de l’homme leur sa propre explication ne laisse pas de la présenter Ici-bas. Les six Jours millénaires écoulés, commcncecomme reposant non sur une tradition, maïs sur une i ait ni les grands phénomènes escha’ologiques; au hypothèse qu'il fait : · Qu'il en soit ainsi ou autrement, repu», divin du septième Jour cotres oindrait le mille· conclut-ll, Je ne crois pas qu’il soit possible de trouver niu/n, où sur la lcrrc régneraient Its Jus es rcssusrltés. une explication plus claire, el tout homme sensé est Cette échéance cüül proche. S’appuyant sur les chiffres de cet avis. Qu'elle nous suffise donc, quoiqu’elle ne fournis par 1rs Seplan’e (très différente, on le suit, de son pus appuyée de preuves. Nous n’avons rien à dire ceux de l’hebrcu massoréUque et de la Vulgate) do milileur ni de pins vrai. Du reste l’Évangile est l’Africain calculait que la naissance du Christ usait eu cnliêivmenl dans la v erilé, » — Les critiques moderne * 1925 JULES AFRICAIN JULIEN D’ÊCLANE 192G de la Propagande et des Rites le procès nu’.h ique n * du martyre de scs compagnons Denys de la Natlvl é el Rédcmptus de la Croix. Puis il rentra en France, Lei fragment * des Celles sont encore dUfieM·· Voir un dans la province de Lyon. Déjà 11 avait été porté aux Inventa r l’nlUeurs Incomplet, dnn Itan · i., C» ■< Λ cftta premières charges de son ordre, il fut promu au génédtr ultchrlstlichrn Literatur, t. 1. p. 508 IL On trouvera ralat en 1665, et de nouveau en 1668. Pendant un dint Itn Vtt rum ma themalleorum opera, In-fcd., Pn L, 1093, p. 275 sq., un certain nombre tir irarmrnt relatif * ft la double triennal il demeura en fonction, et il visita bidI* pic, voir lo * note» do Boivin, p 337 et «urlout In noie en personne presque toutes les provinces des cannes de la p. 357, V· colonne, au bas, oü Boivin >’< floree de déchaussés en Europe. 11 se préparait a passer en Sicile, déterminer ce qui appartient a l'Africain dnn» h * textes lorsque le vaisseau sur lequel il s’était embarqué fut édité»; dnn * co mémo volume, p. xtv, un frngmant, fourni poussé par la tempête sur les côtes de la Calabre, puis, par Michel P Millu , * rotatif à do» procédé * aphiodi laquea· vingt-quatre Jours durant péniblement ballot é» vint Ixjs texte * relatif·» ft l’agiiculturr dnn le * Gropnnfca cu/uéchouer à Naples. C’est la que mourut le pieux canne tanliniana, voir édit, de J. N. Nlclai, Geoponiconmi s(m de rt rustica libri XX, 4 vol. tn-12, Leipzig, 1781. Le * texte· après une vie de durs travaux, en odeur de sainteté, * relatif ft l’art vétéiinniro dans le- Hipptalrica, < patrologies ou histoires littéraires, voir Schanz, Gesch. dcr ramlschen Litteratur, t. tv 5, Munich, 1920, § 1203. J. Forget. JULIEN D’HALICARNASSE. - L Les sources. IL Lu controverse sur l'incorruptibilité du corps du Christ avant la résurrection. HL Les doc­ trines. IV. La diffusion du julianisme en Orient. L Les sources. — Julien, évêque munophysite d’Halicarnasse en Carie dans le premier quart du vi· siècle, est connu pour ses opinions particulières sur l’incorruptibilité du corps du Christ avant la résurrection ct la controverse qu’il soutint à ce sujet contre Sévère, patriarche monophyslte d'Antioche. Les sources grecques actuellement connues ne four­ nissent que peu de données sur la vie, les écrits et la doctrine de ce personnage, les théologiens et les chro­ nographos byzantins n’ayant consacré que des notices très succinctes à la quel elle sur l'incorruptibilité. On a proposé d’attribuer à Julien la composition d’un com­ mentaire grec sur le livre de Job, non encore édité ct contenu dans les mss Paris. 454; Ileroi. Phill. 1406; Vatic. 1518 et, partiellement, dans le Paris. 26J; mais nous avons essayé de montrer que celte attribu­ tion, sans appui solide dans la tradition manuscrite des chaînes grecques sur Job et la tradition des mss de la Bible arménienne auxquelles on avait recouru pour l'établir, devient impossible à admettre si l’on tient compte de la doctrine tbéologlque qui se fait jour dans le commentaire. Selon nous, cette œuvre exep Uque aurait pour auteur un arien, du nom de Julien, qui v· ivalt à une date qui ne dépassait pas notablement I an 400. Cf. Un commentaire grec arien sur Jub, dans Heuue d'histoire ecclésiastique, 1924, t. xx, p. 38-65. Dès le vi· siècle, un certain Sergius aurait élaboré une version arménienne des œuvres de Julien, cf. P. Sukias Somal, Quadro della sloriu lette­ raria di Armenia, Venise, 1829, p. 40; mais, à notre connaissance, 1rs dépôts occidentaux de mss armé­ * nien n'en conservent aucun vestige. Les renseignements que les sources grecques et arméniennes nous refusent, la littérature syriaque de traduction les fournit avec abondance. Celle-ci a con­ servé, rn premier lieu, la correspondance échangée entre Julien et Sévère à l’occasion de leur querelle : elle comprend trois lettres de Julien ct trois réponses de Sévère. Quatre d'entre elles, reprises par la compi­ lation du pseudo Zacharie le Rhéteur et la Chronique de Michel le Syrien, ont été publiées avec ccs ouvrages. \uir E. W. Brooks, Historia ecclesiastica Zacharise liMari vulgo adscripts, dans Corpus scriptorum Christianorum orientalium. Scriptores syri, Paris, 1919h abo t Chronique de Michel le Syrien, palriarche jacobite 1932 d'Antioche (1166-1 ). perje, 1922. t. n, fasc 2, p. 299, traduct. p. 224 I Ih s « xi^enl toutes six.’ yr, 253, fol. 162 a. 2 a-37 a cl VAddit. 17 200 du British Museum, fol. 4 n-38 a. — En second lieu, les sourrn syriaques ont conservé, dans la version de Paul de Callinice, les ouvrages publiés par Sévère en réponse aux écrits de Julien. O sont : I. la Critique du Tonu de Julien; elle se trouve en entier dans le Vatic, sgr, 140, fol. 20 c-60 c, presque complètement dans le Vnür. syr. 25 ί. fui. 37 a-152 b et, pour une faible partie, dans VAddit. 17 200, fol. 38 o- tO b; 2. In ({cfuluUoa des Propositions de Julien, dans le Vatic, syr, lit, fol. 60 e-G6 c. I'Addit. 14 629, fol. 26 a-40 b et, frag­ ment airement. dans lo Vatic, syr. 255. fol. 151, 156159. 155, 160 a; 3. le Contra Additiones cl I’Ai/wnur Apologiam Juliani, dont on peut reconstituer le texte inicgral ù l’aide de deux mss lacuneux, le Vatic, tyr. 14». fui. 681LIO80, et l'Addit. 12 153, fol. 2α-128α; 4. VApologie du Philalélhe, dans la dernière partie du Vatic syr. 140, fol. 108 5-145 c. — Enlln il faut mettre au nombre des sources syriaques relatives au juhu nisrne des écrits polémiques de diverse nature; ils se sont Inspirés des écrits antijulianistes de Sévère cl même, ils ont utilisé des ouvrages du patriarche qui nr nous sont plus connus que par de rares citations; leur date extrême de composition ne dépasse vraisembla­ blement pas la moitié du vu· siècle. Ce sont : 1. deux florilèges, dont le plus important nous parvient par quatre manuscrits du British Museum, l'Addit. 1fol. 62 c-81 c, l'Addit. 14 532, fol. 36 u-94 d, l'Addit. 14 î JJ, fol. 52 fl-72 d, ct l'Addit. 14 538, fol. 101 5-119 a. tandis que l'autre, notablement plus court, occupe les fol. 10 a-26 a de l'Addit. 14 529; 2. la Plérophorie de Jean d'Antioche contre les julianisles, dans l'Addit. 14 629, fol. 5 c-24 d; 3. les Chapitres contre les julianistes, dons l'Addit. 12 155, fol. 113 a-125 d; 4. les Questions contre les julianisles et les Questions des orthodoxes, dans l'Addit. 12 155, fol. 180 c-183 a, les Impliques de Julien le Phanlasiaste aux orthodoxes, dans l'Addit. 12 155, fol. 183 a-185 d et le Vatic, syr. 135, fol. 80 c-87 b; 5. une pièce intitulée Contre les julianisles, dans l'Addit. 12 155, fol. 185 d-186 d. Ces écrits opposés à Julien par Sévère ct, plus tard, par les polémistes qui s’inspirèrent des travaux de ce dernier, n’ont pas pour seul mérite de nous renseigner Indirectement sur la doctrine de l’évèquc d’ilallcarnasse; Us en ont un autre, beaucoup plus appréciable aux yeux de l'historien : celui de citer littéralement un nombre important de passages des ouvrages de Julien qu’ils réfutent. Le dépouillement de cette vaste litté­ rature antijulianlslc permet ainsi de recueillir 149 frag­ ments des écrits de l'évêque d’Hallcarnusse aujour­ d’hui perdus; tous, ou peu s’en faut, présentent un Intérêt doctrinal. De ce nombre, 44 appartiennent nu Tome de Julien, 7 au Tome accru des Additions, 18 à VApologie, 55 à l'Adoersus blasphanias Seoeri, 2 ù la Disputatio adversus Achillem et Victorem nestorianas; 23 enlln appartiennent À l’un ou l'autre de ccs ouvra­ ges, mais sont cités dans les sources sans référence précise à tel ou tel d'entre eux. Ces 149 fragments, joints à 5 passages dogmatiques extraits des lettres de Julien, sont édités en annexe dans l'ouvrage où nous avons étudié les œuvres ct les doctrines de l'évêque d'Halicarnasse; pour trahir le moins pos­ sible la pensée ct les formules originales de leur auteur, nous en avons présenté une version grecque élaborée, tant pour le style que pour le vocabulaire, en tenant compte des procédés de traduction familiers à Paul de Callinice et aux traducteurs de son école. II. La cuntroversu sur l'incorruptiuiijté du , coups du Christ avant la RùsunuKcnoN·_ L’étude 1933 du julianismo nous reporte aux ι ίι >1 de la réilslanco que lo parti Influent des monophvdtes opposa en Orient aux décisions doctrinales du concile de Chai * cédolae. Baillé à ce parti, Julien fut mêlé aux troubles fomentés è Constantinople vers 510 par le moine Sévère, lo futur titulaire du siège d'Antioche, contre le patriarche M icédonius, un chalcédonien. Ce rensei­ gnement, qui nous e J fourni par Théodore le Lecteur, constitue à peu pr< > tout ce que nous savons de l'acti­ vité de l’évêque d’H ilb arnasse avant sa querelle avec Sévère. Cf. Μ. \. Kugcncr. Vie de Sévère par Jean, supérieur du monastère de IJellh-Aphthonia, texte syriaque publié, traduit et annote, suivi d'un recueil de fragments historiques syriaques, grecs, latins et arabes relatifs ù Sévère, dans Patroloqia orientalis, Paris, 1901, t. il, p. 363. Les débuts du règne de Justin Ier (518) marquèrent une réaction en f iveur du parti des diophysites. Devant les mesures prises par l’empereur pour assurer le respect de la définition de 451, nombre de monophy­ sites orientaux, évêques ct moines, abandonnèrent leurs sièges ct leurs couvents pour se réfugier en dc« cintrées où les édits impériaux avaient chance d'être moins efficaces. Parmi ces fugitifs figuraient Sévère, patriarche d'Antioche depuis six ans, cl Julien, évêque dTIalicarnasse; ils se retrouvèrent en Égypte, aux environs d'Alexandrie, sous la protection du patriarche Timothée IV, inonophysile lui aussi. B fugles en Égypte, les exilés n’abandonnèrent pas la défense de la cause pour laquelle ils sc voyaient bannis, cl c’est précisément au cours d’une controverse avec les diophysites que l’évèque d’H al Ica masse fui amené à soutenir que le corps du Christ avait été ίφΟχρτον aussi bien avant qu’apres la résurrection. La question de la perpétuelle άφΟχρσίχ du corps du Sauveur avait déjà été soulevée ù Constantinople vers 510. En nous informant du fait, Sévère nous apprend qu’il s’était lui-même rangé au parti qui attribuait la corruption au Christ avant la resurrection et qu’il avait publié à cette occasion un florilège patrlstlquc qui avait mis fin à la controverse. Le débat qui se rouvrait en Égypte n’était pas destiné ù se calmer aussi aisément : il devait donner lieu à la composition d’ouvrages de polémique importants ct nombreux ct aboutir finalement à diviser les monophysites en deux factions ennemies, les Julianisles et les sévérlens. Pour abattre l’opposition que rencontraient scs Idées, Julien rassembla el commenta dan-» un premier ouvrage, le Tome, un ensemble de textes potristiques qu’il jugeait favorables à son opinion ct, dans l’inlcntlon de concilier à la cause qu’il défendait l’appui d’une autorité unanimement respectée chez les monophy­ sites, il envoya cet ouvrage à Sévère avec une lettre d’accompagnement. Comme nous l’avons dit, le patriarche avait soutenu, dix ans plus tôt.le parti de la corruptibilité; l’ouvrage de Julien ne le fil pas changer de sentiment : lecture faite, H donna raison aux adver­ saires de l’évêque. Toutefois il ne manifesta pas immé­ diatement son désaccord à l’auteur du Tonte et c'est seulement cinq mois après la réception de l’ouvrage, temps qu’il avait consacré à en composer une Critique, qu’il adressa à Julien une première réponse dilatoire. Celui-ci répondit aussitôt à cette première lettre en réclamant d’urgence l’envoi de la Critique. Mais, sur ces entrefaites, le patriarche apprit que son correspon­ dant avait donné au Tome un commencement de publicité, en Égypte et ailleurs : il s’en plaignit à l’évêque dans une deuxième lettre. De son côté. Julien parvint à se procurer la Critique que Sévère avait différé de lui envoyer et, dans une troisième lettre, H accusa lo patriarche d’avoir publié une réfutation du Tome sans la communiquer au principal Intéressé. G'élült la rupture entre les deux amisl Sévère adressa 1934 à Julien une troisième et dernière lettre; elle réfutait les accusations de l'évêque et, abo lin! la question de doctrine, elle entamait, en résu nml la Critique la discussion des opinions de Julien. Pour faire échec à la propagande que menait l’évêque d’Halicamasse en faveur de ses idées, le patriarche prit soin de répan­ dre sa Critique et sa Troisième lettre ά Julien; de plus, à l’intention sans doute de ceux qui n'auraient pas le loisir de lire ces deux pièces d’étendue considérable, il composa une Réfutation des Propositions de Julien, sorte de tract qui répondait sommairement aux huit Propositions dans lesquelles Julien, a lu fin du Tome, avait condensé les principaux articles de sa doctrine. L'évêque d’Halicarnaue continua la lutte par la publication de nouveaux écrits. Il ajouta d a10 à Constantinople ù ceux qui soutenaient que le dl >physlsrne chalcédonien pouvait légitimement se réc imer de l’enseignement de saint Cyrille d Alexandrie· Ainsi qu’il est mentionné dans une note du Vatic, syr. Ito, fol. 116, Paul de Callinice traduisit du grec en syriaque à Édcsse, en 528, les ouvrages nntijalianistes de Sévère dont nous avons parle, depu s sa correspondance avec l’évêque Jusqu à V A polog e du Philatèthe. C’esi dire que la période active de 11 con· tro verse qui s'élail ouverte vers 520 ne se pro on gea pas sensiblement au delà de 527. du moins en ce qui regarde les deux protagonistes de la querelle. Sevère mourut en Égypte le 8 février 538; une de ses 1 Htres * que nous ne pouvons dater, parle de la mort de Julien comme d’un événement déjà accompli. Couimj. par ailleurs, l'évêque d’I lalicaniassc était déjà un vieil­ lard en 520, on peut udinolire comme vraisemblable qu’il ne vécut pas longtemps après 527; nous no pou­ vons lécher davantage la date de sa mort. Ill. Lus doctrînks. — Sur lu foi d’une longue tra­ dition, on a généralemen * range Julien d’i lalicarnasse au nombre des monophysites eutychlcns ou affirm , tout au moins, que sa christologie avait subi Tin fluence de la pensée culycbicnne. Julien, pen>ait-on en cil > n’avait pu attribuer au corps du Sauveur Γάφ3χρσ a ou incorruptibilité dès avant la résurrection qii’tD admettant que le Verbe avait transforme essentielle­ ment, dans l’acto même de l’union, les propriétés de l'humanité qu’il s'était formée dans lo sein de la 1935 JULIEN D’H ALICARN ASSE Vierge. Par ailleurs, comme on constatait que l’évêque d'Haliramassc affirmait sa foi tout autant à la réalité des souffrances el de la mort du Christ qu'à l'absolue αφθαρσία du Sauveur dès l’union, on croyait qu’il avait conçu comme suit la possibilité de la pasdon : devenu naturellement incapable de souffrir et de mourir, le Christ, cependant, chaque fols qu’il le voulait, rame­ nait miraculeusement son corps aux conditions d’existence des corps passibles cl mortels. Toutefois l’examen des pièces authentiques de la controverse juhanlste et, en particulier, l’étude des fragnunts dog­ matiques qui subsistent des ouvrages de Julien, doi­ vent mener, pensons-nous, à des conclusions sensible­ ment différentes. L< corps du Christ était-il, dés l’union, άφθαρτον, άπαθές et αθάνατου? Telle était la question dont la solution divisait Sévère et Julien. Il était impossible, estimait l'évêque d'Halicarnasse, d'appeler φθαρτός et δεκτικός της φθοράς «’elul en qui la φθορά ne s » lait pas établie, et il rangeait Γάφθαρσία au premier rang des prerogatives du Christ, dès le moment de l’union du Verbe A la chair. Il reconnaissait que le Ver.u s’était fait chair de la nature tombée sous la corruption, mais c’était pour affirmer aussitôt après que le Verbe avait pris cette chair dans un état de non corruption, άφθαρτον, et d’une manière qui ne relevait pas de la corruption, άφθάρτφτρόπω. Il con­ cédait pareillement que le Christ avait paru φθαρτός, tout comme, au témoignage du prophète, il avait clé réputé impie; mais que le Sauveur eût été φθαρτός en réalité, en quelque temps ou en quelque manière que cc fût, même au temps de la passion, l’évêque se refu­ sait absolument A l’admettre. Sans cesser d’être radi­ cale, la terminologie de Julien paraissait encore entachée d’hérésie el contradictoire dans les termes, une fuis qu’il s’agissait de définir l’état du Christ dans la passion, D’une part, l'évêque confessait ouverte­ ment In réalité de la passion du Christ, cl il appelait πάθη: el θνητός celui qui l'avait endurée; de l’autre, Il déchirait avec insistance que ni la mort ni les souf­ frances n’avaient agi dans le Christ et il disait le Sauveur άπχθής έν τοϊς πάθεσι et άθχνατος b/ τω θανάτω. On ne pouvait penser que ces deux dernières formules se bornaient a relever que le Verbe incarné, passible el mortel comme homme, était en même temps impassible et immortel comme Dieu; Julien, en effet, excluait formellement cette Interprétation en enseignant que c’est le corps même du Christ qui était άφθαρτον, απαθές et αθάνατον avant la résurrec­ tion. el que le Verbe incarné, απαθής en tant que Dieu, καθ’ εαυτόν, était également απαθής en tant qu’homme, κατά σάρκα, au miii> u des souffrances. Sivere apportait A la question posée une réponse toute differente. C’est seulement à partir de la résurrvi ion. soutenait-il, que le corps du Christ avait été άφθαρτον, απαθές et άθένατον; avant ce temps, le \ erbe incarné, άφθαρτος, απαθής et αθάνατος en tant que Dieu, avait été φθαρτός, παθητός et θνητός en tant qu’hommr. L'enseignement du patriarche d’AnIlot In se séparait donc de celui de l’évêque d’Hallcarnusv· en deux points importants : d’après le premier, en effet, Il fallait attribuer la φθορά au Civ 1st avant la rôunctllon cl on ne pouvait appeler le Sauveur απα­ θής έν τοϊς πάθεσι et αθάνατος bi τφ θαυάτφ qu’en le considérant comme Dieu. I/opposition des deux évêques sur la solution A donner a la question de l’incorruptibilité ne peut s'expliquer par une différence dans la qualité de leur monophysisme. En affirmant que le Christ est une seule φύσις, cell·· «lu Dieu-Verbe, incarnée, μία φύσ·.ς του θεού λόγου σ<· σαρκωμένη, Julien, pas plus que 5, vrre, w’fihvi n. it lu théorie de ia confusion des * coeme qu’on reproche aux eutychiens d'avoir pro­ 1936 fessée; il entendait s'opposer au nestorianisme el établir que le Christ n’est pas un autre el un autre, deux individus, mais un seul subsistant. Il est vrai que Julien refusait de confesser deux ουσίαν après l’union, mais c’est parce que, à la différence du patriarche, il faisait de ούσία, en matière proprement chrtstolo’ gique, l’exact équivalent de φύσις. CL son anathème vm (fragm. 72). La raison de l’opposition que nous avons constatée est à chercher ailleurs, nous voulons dire dans la doc­ trine du péché de nature telle que la professait et l’exprimait Julien; c’est en effet une divergence de sentiment sur un point étranger à la christologie qui a conduit les deux auteurs à défendre des thèses et de * formules aussi radicalement opposées dans la question de 1’αφθαρσία du corps du Christ avant la résurrec­ tion. D’après Julien, la nature humaine, ή άνΟρωπίνηφύσις, — el il la conçoit comme une réalité qui, présente tout entière en Adam, reste présente à chaque moment du temps dans l'ensemble des hommes qui y participent el la constituent tout à la fois, — a cessé, par la déso­ béissance d'Adam, d’être telle que Dieu l’avait créée; elle s’est altérée, viciée; elle n’existe plus à l’étal sain, ύγιής; elle se trouve corrompue, φθαρτή, par rapport à son type primitif. Désormais la nature est souillée par la présence d’un péché, αμαρτία, elle est traversée par les mouvements de la concupiscence et elle est soumise à J'empire tyrannique des souffrances et de la mort : tels sont les trois aspects de la φθορά qui l’infecte. Corrompue en Adam, la nature humaine se transmet dans cet étal de corruption, φθαρτή, A tous les descendants d’Adam, parce qu’ils naissent tous sous l'influence de la concupiscence. Tout homme qui naît du commerce charnel est donc φθαρτός : il est en étal de péché, έν άμαρτία, il éprouve les mouvementi de la concupiscence et il est destiné à souffrir et ù mourir indépendamment de sa volonté. Très pro­ bablement, Julien ne distinguait pas adéquatement de la concupiscence le péché que l’homme reçoit avec la nature; par ailleurs, il admettait que les souffrances, qui sont le lot inéluctable de l’homme, châtient le péché que ses parents lui ont tranimls. On voit dès lors le sens qui s’attachait aux mots φθαρτός, παθητός et θνητός dans la terminologie de l’évêquo d Halicar­ nasse. Il considérait l'état du φθαρτός comme étant nécessairement un état de péché; de même, l’homme qui souffre cl meurt étant régulièrement un φθαρτός, les adjectifs παθητός cl θνητός constataient à ses yeux beaucoup moins le simple fait ou la simple capacité de souffrir et de mourir que la façon dont souffre et meurt le φθαρτός, c'est-à-dire indépendamment de sa volonté et comme châtiment du péché de nature qu’il a con­ tracté. Sévère, au contraire, refuse d'admettre l’existence d'un péché et d'une culpabilité préexistant dans l’indi­ vidu au premier acte de volonté, péché qui atteindrait l'homme du seul fait de sa participation à la nature et qui se transmettrait de père en Üls par le processus naturel de la génération. Il enseigne que, d’Adam mortel et pécheur, nous naissons mortels mais non pas pécheurs, et il affirme n’avoir trouvé personne parmi les Pères grecs qui ail écrit que le corps de l'homme soit, dès la naissance, Infecté d’un péché. Mais par ailleurs, considérant que l’homme, nature composée, est sujet, de par sa composition même, à s’altérer et A se corrompre physiquement, par la souf­ france d’abord et par la mort ensuite, Sévère affirme que la φθορά est naturelle, κατά φύσνν, A l’homme et qu’Adam fu· créé, comme naissent tous ses descen­ dants et au même titre qu’aux, naturellement φθαρτός παθητός et θυητός. En sc plaçant û un autre point de vue, c est-A-dire en considérant seulement l'éi A dam 1 i I I I ' > [ | 1937 JULIEN D’HALICARNASSE lequel, en fait, l'homme fut créé par Dieu, Julien admettait au contraire qu'Adam était άφθαρτος avant lo péché, et que la φθορά, sans racines dans la nature, ne s'y était introduite que du dehors, παρά φύσιν, A la suite du péché. On volt A quelles oppositions devaient mener ces principes, lorsque sc posa la question de savoir si le Verbe Incarné avait été φθαρτός, παθητός et θνητός avant la résurrection. Sévère, pour qui ccs termes exprimaient simplement l'état de celui qui est natu­ rellement apte A sc corrompre, A souffrir et A mourir, trouva obvie et nécessaire de répondre que le Verbe incarné, άφθαρτος, άπαθής el άθάνατος comme Dieu, était devenu, par l'incarnation, φθαρτός παθητός et θνητός. Julien, au contraire, qui concevait la φθορά comme étant essentiellement un état de péché, devait soutenir que jamais, et aussi bien avant qu’après la résurrection, le Christ, tout consubstantiel qu’il fût avec nous, n'avait été φθαρτός, el il vit dans la nais­ sance virginale le moyen grâce auquel Dieu, en sc faisant homme d'une nature déchue, avait échappé A la contagion universelle. Quant aux termes παθητός et θνητός» il admit qu'ils étalent applicables au Christ, mais seulement en tant que celui-ci avait, de fait, éprouvé les souffrances et la mort et nullement en ce sens qu'il les aurait subies à la façon du παθητός et θνητός ordinaire, ou φθαρτός, A qui elles s’imposent comme châtiment du péché de nature; en cc dernier sens, en effet, le Christ n'était pas un παθητός el un θ/ητός. C'est pour mettre en relief celte idée, capitale A scs yeux, que Julien écrivait que le Sauveur, άπαθής comme Dieu, était, dans les souffrances mêmes, nonπαθητός ou άπαθής comme homme. On ne croira pas pour autant que l'évêque d'Halicarnasse, confondant toutes les notions, enseignât que le Sauveur avait, dès l’union, doté sa chair des propriétés de sa divinité; il distinguait parfaitement, au contraire, 1’άπάθεια ou Impassibilité qui convenait au Christ en tant que Dieu et la prérogative, qu'il appelait aussi απάθεια, en vertu de laquelle le Christ comme homme ne souffrait pas en châtiment du péché de nature A la façon du παθητός ordinaire ou φθαρτός : Il croyait seulement avoir trouvé une formule heureuse pour exprimer la situation unique faite au Christ dans les souffrances. De même, par crainte qu'on assimilât complètement les souf­ frances du Christ à celles que subissent ceux qui, en vertu de leur appartenance A la nature commune, φύσις κοινή, vivent sous le régime du péché de na­ ture, Julien ne voulait pas qu’on les appelât sans plus des souffrances « naturelles », πάθη φυσικά; les désignant par leur trait spécifique, il préférait les appeler souffrances · volontaires », πάθη έκούσια, entendant marquer ainsi que, A la différence de cc qui se pusse chez les φθαρτοί, les souffrances et la mort ne s’étalent pas imposées au Christ Indépendamment de sa volonté. Extérieurement, le Christ souffrant et mourant n'avait pas pani différent d’un homme ordi­ naire, d’un φθαρτός; la réalité avait cependant été bien différente : le Christ avait souffert d’une manière entiè­ rement volontaire, parce que, n'ayant pas contracté le péché de nature, Il n’avait pas dû payer pour luimême le châtiment de ce péché. Avec cc dernier point, nous touchons A une idée également chère A Julien : c’est parce que le Christ n’avait pas dû subir la mort pour lui même, rXpllquâtt-ll, qu’il avait pu offrir su n.irl pour la rédemption du monde; c’est parce que Jésus n’avait pas été soumis à la tyrannie du péché qu'l! avait pu écraser la puissance du péché. En d'autres termes, Julien rattachait A I αφθαρσία du Christ la puissance que celui-ci avait rue de conférei i sa passion une valeur rédemptrice. Telle es·, esquissée a grands traits, la doctrine de I’ « Incorruptibilité », pour être exact cl éviter PICT. DE 1HÉOL. CATIIOL. 1938 toute équivoque, Il faudrait dire · l’incorniption », ou conserver le terme grec άφθαρσία — telle elle se dégage des textes authentiques de Julien. Le corps du Christ άφθαρτον dès l'union, άπαθές et άθάνατον dans les souffrances de la passioni Remises dans leur con­ texte, ces formules n’expriment rien de contraire A la foi. Cependant leur allure paradoxale fut fatale A la t mémoire de Julien, car elles fournirent prétexte aux adversaires de l'évêque pour attribuer A celui-ci les hérésies les plus radicales. On s'en arma pour faire de l’évêaur. d’Halicarnasse un eulychien. un négateur de I la consubstantialité du Christ avec nous, un homme qui avait osé soutenir, après cinq siècles de christia­ nisme, la vieille théorie docète qui n'accordait au Christ qu’une apparence de corps; on prétendit y trouver la preuve que Julien avait nié la rùili’t· de la passion el de la résurrection el, conséqucmm, nt, avait ruiné le fondement de la rédemption. Les écrits antijulianistes de Sévère, au moins les plus tardifs, sont déjà remplis d'invectives de cc genre el bientôt la tradition monophysite comprit à la lettre des accusa­ tions qui, dans les ouvrages du patriarche (devaient surtout du procédé littéraire. Comme, par ailleurs, les diophysites englobait ni facilement tous les rnonophyslles sans distinction dans l’accusation, d’eulychianlsme, l'évêque d’Halicarnassedevin i apidement pour tout le monde le type achevé de leuLy chien. C’était là une grave méprise. Le> his oriens mo­ dernes y tombèrent également, pour avoir rebâti la christologie de Julien d’après les données de. écrivains byzantins; celles-ci, en effet, ne permettent pas de soupçonner le sens que Julien attachait au mut άφθαρτος. Persuadés qu'en attribuunt au Christ une άφθαρσία perpétuelle, Julien avait accordé au Sauveur, dès le premier instant de l’union. un corps divinisé et naturellement incapable, sauf miracle, de s'altérer en éprouvant la souffrance el la mort, ceux qui admettaient que le monophysisme trouve son abou­ tissant logique dans l’euty< hianisinc estimèrent que Julien avait été plus conséquent que Severe avec 1· ■» principes monophysiles qu’ils étaient tous deux d’accord à professer. A. Harnack va plus loin remettant le Julianisme, reconstitué de cette fausse manière, dans le cadre de sa théorie de la soluriologie grecque, il volt en Julien le théologien qui, plus hardi que les Pères dans la vole que ceux ci avaient tracée, a délibérément élaboré la christologie en dépendance de l’idée que la tradition la plus authentique sc serait faite de lu rédemption : le salut ayant été conçu par les Pères grecs comme la purification par le contact de la divinité de la nature corrompue, il était logique d'admettre que c'est dès son premier contact avec l’humanité corrompue, c’est-à-dire dans l'acte de l’union et non par la résurrection, que le Glrht avait rendu cette humanité incorruptible en su pei sonne cl racheté ainsi, principlellcment, tout le genre humain. Lchrbuch der Dogmengeschichle, 4· édit., I. n, p. 410412. Celte interprétation du Julianisme est aussi caduque que le fondement sur lequel elle est bâtie. En effet, pour Julien, le Christ άφθαρτος dès l’union, ce n'était pas le Christ cessant d'être notre consubstan­ tiel el transformant en une humanité glorieuse, dès le premier Instant do l'union, la chair qu'il avait prise de la Vierge; c’était le Christ parfaitement consubstantiel avec nous, mais préservé de lu souillure originelle; le Christ naturellement capable de souffrir et de mou­ rir, mais souffrant et mourant librement, parce qu’il échappai! A la tyrannie du péché cl de la mort, et rendu capable, par là-même, de conférer aux souf­ frances de sa passion une valeur rédemptrice. Tour l'historien des doctrines, le grand intérêt du julia­ nisme est ailleurs, nous voulons dire dons la doctrine du péché de nature; en effet, contrairement A la majoT — VIII. — G2. 1939 JULIEN D’H ALICARNASSE — JULIEN DE TOLÈDE rité des écrivains ecclésiastiques orient «aux de son époque, Julien d'Halicamasse proposait sur ce point un enseignement bien proche de celui que I Occident avait vu défendre si brillamment au siècle précédent par saint Augustin. IV. La diffusion· du juuanismb en Orient. — Bien informés sur renseignement de Julien, nous ne le sommes presque pas sur la doctrine de ceux que les sources lui donnent comme disciples, qu’elles les appellent julianlstes, gaianites ou aphthartodocètes. En effet, nous ne sommes pas à même de déterminer en quelle mesure ceux-d avaient retenu les idées et les formules de Julien. Cette réserve faite, on peut dire que la doctrine de · l’incorruptibilité » connut en Orient un certain succès. Dès 535, le parti julianistc détient un moment, en la personne de Galanus, le patriarcat d’Alexandrie. Cf. De sectis, Actio v, P. G., t. lxxxvi, col. 1231; Liberatus, Breviarium, c. xx, P. L., t. lxviii, col. 1036-1037. Dans la capi­ tale byzantine, le jullanlsme reçoit dans certains cer­ cles théologiques un accueil assez favorable pour que Léonce de Byzance croie devoir écrire contre < ceux des nôtres qui adhèrent Λ l’opinion corrompue des parti­ sans de l’incorruptibilité ». Cf. Contra nestorianos et eutychianos, 1. Π, P. G., t. lxxxvi, col. 1270 B. En 565, le vieil empereur Justinien veut imposer la confession de l’iφθαρτοί à tout l’Orlcnt, mais la résistance s'orga­ nise. Le patriarche de Constantinople, Eulychius, sc voit exilé dans le Pont pour avoir refusé de souscrire à l’édit impérial; Λ Antioche, 195 évêques, réunis sous la présidence du patriarche Anastase, dénoncent dans la formule de Justinien une équivoque hasardeuse; les choses en sont là, quand l’empereur vient à mourir. Cf. Eus!ratius, Vita S. Eutychii, P. G,, t. lxxxvi, col. 2314-2316; Michel le Syrien, Chronique, édit. Chabot, t. π, p. 272-281 ; Êvagrius, Hist, eccl., iv, 39, P. G., t. lxxxvi, col. 2781. Dans les couvents de Syrie ct de Mésopotamie, où le terrain est sans doute préparé par les écrits de Philoxènc de Mabbôgh, les Idées de Julien trouvent des appuis précieux. Cf. les lettres de Sévère : aux moines d’Orient, P. O., t. xn, p. 279 sq.; aux Mqucs Jean, Philoxène et Thomas, édit. Brooks, Select letters o/ Seuerus, t. π, p. 345-350; à Sergius de Cyrrhus et Marion de Sûra, ibid., p. 350359; voir lu Plérophorie de Jean d’Antioche, dans V Addit. 14 62 , ** fol. 5 e 24 d; Zacharie le Rhéteur, Hist. eccL, vin, 5, édit. Brooks, part. 2, p. 81; H. G. KIcyn, H et (even van Johannes van Telia door Elias, Ley de, 1882, p. Lvii et p. 18. Vers le milieu du νι· siècle, on trouve les julianlstes établis à Éphèse ct étendant de là leur influence sur divers points de l’Asie. Cf. Michel le Syrien, Chronique, t. n, p. 263-267. Vers le même temps, la puissante Église d’Arménie sc déclare d’accord avec les julianlstes de Syrie et les prend sous sa protection. Cf. Ter Minassiantz, Die armenische Kirche in ihren Bezichungcn zu den syrischen Kirchen, dans Texte und Untersuchungen, neuc Folgo, t. xi, fuse. 4, 1904. L’Église d’Albanie, atteinte par le rayonnement de 1 Église d’Arménie, est travaillée aussi par le julianisine. Cf. P. Ferhat, Des Johannes von Jerusalem Brief an den albanischen katholikos A bas, dans Oriens Christianus, ncue Serie, 1912, t. it, p. 64 sq. L'Arabie ct l’Éthiopie n’échappent pas non plus totalement à l’in fluence des Idées de Julien. Cf. Michel le Syrien, Chronique, ix. 31, t. u, p. 264. Aux * cl vin· siècles, la présence des julianlstes continue vîi d’être attestée en plusieurs réglons de l’Orlcnt; toute­ fois leur situ il Ion a baissé et on les volt, ù Alexandrie comme à Antioche, ou bien revenir a la communion catholique, ou bien tenter des unions souvent pré­ caires avec les lévériens. Quant è FOcdd it, il parait avoir été peu touché pur le julianlsme. CL l’art. Gaianith (Controverse), t. vî, col. 1011. 1940 Les sources ont été indiquées dans le corps do l’artlck. Dans nos référence', aux manuscrits syriaques, la lettre en Italique qui suit l’indication du folio renvoie aux pagmou aux colonnes du folio. Le Vatic. 140 est formé de folio» ά six colonnes (a. b, c ■■ recto; d, r, / ■■ verso); le Vatic. 136 et les Addit. JS 155, 12 ISS, // 529, 14 532, 14 633, J/ilF, 17 200 sont constitués do folios à qualm colonne» (a, b “ recto; c, d «· s’erso); enfin lo * pages du Vatic, 266 et de VAddil. 14 53S no sont pas divisées on colonnes (a -· recto; b — vono). Travaux : J. Lebon, Le monophysisme severun, Louvain 1909; J. C. L. Gleselor, Commentatio qua nionophysltarum veterum varias de Christi persona opiniones... lUuslrantur, pars Π, Gôttlnguc, 1838; G. Kroger, Julian von Hallkan nass, dans Protest. Bcaleneyclopddie, 3· édit., Leipzig, 1903, t. xi π; M. Jiigic, G ai αν ιτβ (Controverse), cl-deuus, t. vî, col. 1002-1022; B. Dragnet, Julien d'Jlai (carnage el sa controverse avec Sévère d *Antioche sur l'incorruptibilité du corps du Christ, Louvain, 1921, on trouvera dans cet Ouvrage la bibliographie spéclalb du présent art. p. 263266; J. Maspero, Histoire des patriarches d'Alexandrie (616· 616), Paris, 1923. B. Draouet. JULIEN DE TOLÈDE (Saint), évêque de Tolède de 680 à 690. I. Vie. II. Écrits. L Vie. — Julien de Tolède est, parmi les rares théologiens du vu· siècle, un des meilleurs. 11 appar­ tient à cette illustre lignée d’évê<|uc.s espagnols au premier rang de laquelle brillent Isidore de Séville, lldefonsc de Tolède ct Braulio de Saragosse. De sang juif, mais né de parents chrétiens, il trouva à Tolède, pour le former à la science en même temps qu’à la piété, un maître vertueux et instruit, celui qui, sous le nom d'Eugène II, fut le prédécesseur immédiat de saint Ildefonse et qui nous a laissé la preuve de son talent d’écrivain dans les Dracontii clegite, sans parler d’autres compositions poétiques moins importantes et de quelques lettres. Julien eut connue compagnon d’études le diacre Gudila, auquel il resta toujours uni par les liens d’une étroite amitié. Il avait d’abord songé, suivant son propre témoignage, ù embrasser avec son ami l’état monastique. Mais empêché ou détourné de cc dessein, nous ne savons par suite Le style progresse p La duplicité devint un système chez lui, quand, obligé d’obéir à l’empereur et de le ménager, il voulait en même temps agir avec indépendance. Λ l’âge de vingt ans, 11 est envoyé à Nlcomédie, où profes­ sait alors Llbanius, païen de religion et dans son ensei­ gnement. Constance détendit sévèrement à Julien de fréquenter l’école de cc rhéteur, et son maître à Cons­ tantinople, Écébolc, lui fit jurer de ne pas aller chez Llbanius. Julien obéit; seulement il se procura en secret les cahiers de cours de Llbanius et scs écrits. Entre vingt et vingt-quatre ans, il est déjà passé en secret au paganisme, et le bruit en a transpiré; en même temps, il assure Λ son frère Gallus, alors César à Antioche, qu’il n’en est rien, et il fréquente l’église chrétienne à Nlcomédie. A Paris, lors du coup d’Etat, 1948 il essaie en apparence d’arrêter le mouvement troupes en sa faveur; en même temps, il fait circuler parmi elles des libelles contre Constance. Il écrit ensuite à Constance une lettre publique, respectueuse, où il expose les événements à sa manière pour prouver son innocence; en même temps, il envole à l’empereur une autre lettre, secrète, remplie de reproches et de menaces. A Vienne, avant de marcher contre Cons­ tance, il assiste à la fête de l’Épiphanie et prie publi­ quement Jésus-Christ ; or, depuis plusieurs années, Il pratiquait en secret le culte païen. Amin. Marc., xxi,2. Julien avait la passion de la gloire et de In gran­ deur; voir Amm. Marc., xvi, 12; xvn, 1 ; xx. 4; xxi, 8; xxn,9,12; xx!!!, 1,5; xxiv, 3; xxv, 4, etc.Par exemple près de mourir, dans scs adieux à scs amis, il prononce cette parole : « Je remercie avec vénération la Divinité éternelle... de ce que j’aie mérité de sortir de ce monde avec éclat, dans le cours de mes brillants succès, et en plein épanouissement de ma gloire. » Amm. Marc., xxu·, 3. L’ambition de Julien était d'égaler les grands hommes, comme Alexandre et Marc-Aurèle, et même de les surpasser, passion d’ailleurs noble et distinguée dans l’antiquité. Julien est fier de l’origine antique et princière de sa famille. Adolescent, il est le premier partout, le premier de scs condisciples par la vivacité de son intelligence et la rapidité de ses progrès. Simple étudiant à Constantinople, il attire sur lui l’attention publique; à Athènes, il fait sensation, dans cette ville universitaire, auprès des professeurs et de leurs audi­ teurs. Né près de trône, il demeure à vingt-quatre ans le dernier rejeton de la famille régnante, et on le regarde déjà comme un héritier présomptif. Son imagi­ nation se porte spontanément et légitimement sur cette couronne qui viendra d'elle-même se poser un jour sur sa tète. Dans son second Panégyrique de Cons­ tance, Julien, César, trace déjà le portrait du parfait souverain, tel cju’ll s’efforcera de l'être, quand il sera bientôt le collègue ou le successeur de celui dont il fait l’éloge; voir encore Amm. Marc·, xxu, 12; xxîiï, 5; xx!v, 6, 7; Llbanius, De ulciscenda Juliani morte, xxîiï, xx!v, xxv (avec la note de Fabricius dans sa Eibliotheca gncca); Socrate,//./:.,!!!, 21, P. G., t.i.xvn, col. 432. Ammien Marcellin, xxu, 9, dit de Julien, devenu Auguste et seul empereur : · Très enorgueilli par le succès, Julien se mit à aspirer Λ plus que l’homme, prosperis Julianus elatior ultra homines jam spirabat. · L’amour désordonné de la gloire, l'ambition pour le pouvoir suprême, l’orgueil de vouloir surpasser les plus grands personnages poussèrent puissamment Julien à restaurer le culte des dieux. 11 entreprendrait ainsi une œuvre immense, unique au monde; il deviendrait, et lui seul, l’organisateur et comme le fon­ dateur d'une religion revivifiée; il égalerait ou surpas­ serait les autres fondateurs de religions, en particulier cc misérable ■ Galilécn » appelé Jésus, et aussi Moïse, ce Juif sans talent, dont les livres débordent d’erreurs; il aurait le plaisir de détruire l’œuvre religieuse de deux empereurs qu'il déteste, Constantin et Constance, scs proches parents sans doute, mais hommes ignorants et sans philosophie. Julien faisait de cc rêve démesuré la pâture de son imagination, et il en jouissait à l’avance. C’est ce qu’il nous apprend très expressément dans son autobiographie allégorique. Contre Héracltus, 16-20, Hertlein, p. 293-306. A l’amour de la gloire, à l’ambition sans limite sc Joignait la recherche de la popularité, poussée jusqu’à l’affectation, et même jusqu’à l’excentricité; on peut lire, sur cc sujet, les anecdotes rapportées par Ammien Marcellin, qui l’en blâme, xxi, 10; xxu, 7, 10, 14; xxîiï, 1, 2, 3; xxiv, 2, 3, 4; xxv, 4 et passim; et aussi par Grégoire de Nazianze, Orat., v, 22, P. G., t. xxxv col. 689. 1949 JULIEN L’APOSTAT, DISPOSITIONS Λ L’ÉGARD DU CHRISTIANISME *2 Éducation et instruction classiques de Julien, — De sa septième â sa vingtième année, Julien fut confié aux soins de son précepteur, Mardonius, dont on ignore In religion. Le maître travailla ù imprégner et saturer son élève d’hellénisme, jusqu’à la rnoélle. Julien aimait passionnément lu lecture et par suite les livres; il fut, pendant toute sa vio un bibliophile curieux et ardent. Sa mémoire naturelle était prodigieuse; la lecturo et l'élude l'avalent encore extraordinairement déve­ loppée. Les auteurs lus et retenus pur lui bourdonnent sans cesse dans son cerveau; ils en sortent ensuite par essaims, dans scs discours, dans ses écrits, sous forme d’allusions, de réminiscences, de citations. Julien sent et pense au moyen des émotions et des Idées des au­ teurs anciens, que sa mémoire rappelle spontanément, et c’est en se servant de leurs phrases et de leurs com­ paraisons qu’il exprime ses propres Idées. Sans doute, Julien fait la part de la fiction chez les écrivains grecs anciens. Mais souvent aussi, il y croit avec une foi si candide qu’elle déconcerte le lecteur. Dans un passage d'Homère, Zcus envoie sa messagère Iris ù Hector, et il ordonne à cc héros de s’abstenir de combattre. Julien sc fait cette réflexion : Est-ll possible que Zeus ait donné un conseil aussi bas et aussi lâche? Et c’est très sérieusement qu’il se pose ce cas de conscience. //r Panégyrique de Constance, Hertlein, p. 86-87. Julien accepte spontanément l'autorité morale des auteurs païens; il fait de leurs livres une école de vertu, ■ une école supérieure de morale avec des exemples placés sous les yeux ». Mardonius avait habitué son élève à ne considérer les hommes, les événements et la nature qu'ù travers le prisme des écrivains anciens; il allait jusqu’ù lui dire * « On peut trouver dans Homère beaucoup d’arbres plus beaux que ceux qui sont sous nos yeux. » Misopogon, 14, Hertlein, p. 453. C’est à ce point que Mardonius avait donné à son disciple une éducation arliflclellc, · livresque », et, pour tout dire, faussée; il l’avait confiné dims le pur intellectualisme; il en avait fait un Hellène, mais par imitation seule­ ment et par pédanterie. Les écrivains païens avaient été pour Julien, sons famille et sans amis, les fidèles compagnons de sa jeunesse abandonnée. 11 leur avait voue un culte. 11 avait trouvé chez eux un polythéisme brillant, coloré, vivant, présenté dans une belle langue, avec un art consommé, et 11 avait été fasciné. Comme ils étaient petits, par comparaison, les écrivains Judéogrecs, dont Julien lisait les humbles œuvres dans les Septante et dans le Nouveau Testament! Dès lors, pendant cette éducation païenne qui le pénétrait à fond et le captivait, comment Julien n’aurail-il ressenti une inclination, une amitié secrète, quoique inconsciente, pour le polythéisme? Ammien Marcellin l’insinue, xxti, 5 : « Dès les premières leçons qu’il reçut dans son enfance, Julien fut plutôt enclin vers le culte des dieux... » Julien dit de son côté, en faisant un retour sur sa Jeunesse et sur son enfance, qu’il y avait alors en lui une faible étincelle, laquelle, soigneusement conservée par la providence des dieux, suffit à allumer plus tard, dans son âme, le foyer du polythéisme. Contre le cynique Héraclius, Hertlein, p. 297-298. Après sa vingtième année, et privé de Mardonius, Julien se livra seul â l’étude de la philosophie et à la société des philosophes, qui le conduisirent au paga­ nisme. 3° Culture chrétienne de Julien, — Jusqu’ù sa ving­ tième année, Julien est un chrétien pratiquant. Puis, quand 11 est étudiant libre en Asie et César en Gaule, Il est chrétien en public, et païen en secret. Devenu empereur, Il n’est plus que païen, en public et en parlieuller, jusqu’ù sa mort inclusivement. Issu de parents chrétiens et ayant grandi dans le christianisme, Julien a certainement reçu le baptême, 1950 quoiqu'on ne sache ni où ni à quel moment. D’aillcun, il a participé à l'Eucharistle, et il a été lecteur dans l’église de Césaréc, ce qui était un honneur, et non une charge. Grégoire de Nazianze, Oral., iv, 23, P. G., t. xxxv, col. 552; Socrate, H. E., in, 1, t. lxvii, col. 372 B. Mais quelle instruction religieuse reçut-il? De sept ώ douze ans, il a grandi auprès de l'évêque Eusèbe, son parent. Il a connu le christianisme par les leçons élé­ mentaires qu'on a dû lui donner, par les instructions qu’il entendait, les offices auxquels il assistait. Pen­ dant les sept ou huit années passées à Macellum, les deux frères reçurent un enseignement régulièrement donné par des prêtres. A la théorie, Us joignaient ia pratique, ils fréquentaient les églises, ils allaient en pèlerinage aux tombeaux des martyrs; ils firent même élever, à leurs frais, une église à saint Mammès. martyr Cappadoclen. D’après les indications éparses dans se * œuvres et surtout dans le Traité contre les chrétiens, Julien avait lu au moins les livres suivants de Γ Ancien Testament : Genèse, Exode, Lévitique, Nombre , * Deutéronome, les Bois, les Prophètes; et dans le Nouveau : les Évangiles, les Actes, et les Épi très de saint Paul. Malheureusement, l'instruction chrétienne de Julien sc poursuivit dans les conditions les plus défavorables. Tout d’abord, le christianisme qui lui fut enseigné était l'arianisme. L'empereur Constance, tuteur et maître de Julien, était un arien militant et il était devenu le chef du parti arien en Orient. Si Ton considère le caractère étroit et despotique de l’empereur, on ne peut douter que renseignement donné par son ordre aux deux frères, à Macellum, ne fût arien. Un détail est signi­ ficatif. Julien était alors en rapports étroits avec un prêtre de Césaréc appelé Georges, qui avait une belle bibliothèque et qui lui prêtait des livres; or ce prêtre devint plus tard évêque intrus et arien d’Alexandrie. De plus, les prêtres et les théologiens ariens travail­ laient avec ardeur à préserver leurs partisans de l'orthodoxie catholique, dont ils niaient les dogmes. Ils discutaient à perte de vue sur les leurs, se perdaient dans les distinctions et les subtilités d’une dialectique raffinée. ergotaient sur les textes, et se fâchaient; une pareille doctrine donnait peu de nourriture à l'esprit et ne contenait rien pour le cœur. Enfin, dans le * provinces orientales de l'empire, l’Église était livrée à l’anarchie. Elle s’était transformée en un champ clos où se combattaient sans Interruption les évêques ortho­ doxes, ariens, semi-ariens; on se disputait, on sc haïssait, on sc condamnait, et cela, en particulier, dans de nombreux conciles particuliers que Constance avait la manie de convoquer. Les ambitions et les intrigues marchaient de pair avec les querelles et les anathèmes. Le plus bel exemple à citer est justement celui de l’évêque Eusèbe, le parent de Julien. Grand favori de Constance. Eusèbe se fait installer, presque de force, sur le siège de Constantinople. 11 a pour lui un parti, composé surtout d’ariens, et contre lui un parti adverse, composé surtout d’orthodoxes; il travaille a s'imposer de force à ces derniers. Chez cet évêque, qui découronnait plus ou moins le Christ de sa divinité, ce n’était que désobéissance aux lois de l’Église, flat­ terie pour le souverain, tortuosité dans les démarches et despotisme. Dans la chrétienté de la capitale, ce n’étaient que divisions, haines, luttes, condamnations, décrets d’exil contre les dissidents. Et les autres grandes villes ofTraient un spectacle analogue. Avec de tels maîtres et dans de telles circonstances, le christianisme enseigné ù Julien dut lui paraître obscur, incertain, contradictoire pour le fond, très antipathique dans la forme; il ne put qu’en recueillir et en garder une impression très défavorable cl très nuisible. L'impression que lui laissa le spectacle d’une Λ 1951 JULIEN L’APOSTAT, DISPOSITIONS A L’ÉGARD DU CHRISTIANISME Église déchirée et divisée se manifesta d’ailleurs chez lui, quand 11 fut devenu empereur. Amin. Marc.,xxn, 5. L'Impression que lui laissa son instruction religieuse est tout aussi mauvaise. Ses écrits montrent qu'il ne connaissait qu’un christianisme su per flciel, vague, bru­ meux; peut-être Julien n'a-t-11 jamais bien saisi la différence fondamentale qui distinguait l’orthodoxie fondamentale, qu'il ignorait, de l’arianisme, plus ou moins complet, qu’on lui avait enseigne. Devenu païen, ü qualifie ou laisse qualifier ses croyances antérieures par les termes suivants : « liens, brouillard, ignorance, fausseté, ténèbre, maladie, fumée, saleté, suie, supers­ tition, fourberie, souillure de l’âme ct du corps. » Julien, Eptst..Hertlcln, 51, 52, Cumont, 111, 114; Contrelléractius, Hertlcln, p. 297-299; Contre les chrétiens, dans Cyrille d'Alexandrie, v, vn, vin, x, P. G., t. lxxvt, Libanius, Oral., rv, vn, xn, xni. De plus, Incapable de comprendre la grandeur et la beauté morales, ce renégat sans cœur Insulte Jésus-Christ, sa doctrine ct ses martyrs; il trouve élégant et spirituel d'appeler Jésus-Christ « le Galilécn, le mort des Juifs >, de se moquer du baptême qui efface le mal ct renouvelle l'âme, do désigner les martyrs par cette parole de mépris « les morts ». Voici un exemple du degré de bassesse auquel il est descendu. Dans sa satire des Césars, il met en scène, avec les empereurs païens, Constantin. Chaque empereur doit s'attacher à un Dieu de l'Olympc; Constantin n’en trouve pas pour lui. Julien continue : « Ne trouvant pas parmi les dieux le modèle de sa vie ct apercevant la Mollesse près de lui, Constantin courut vers elle; celle-ci l'ac­ cueillit tendrement; clic le revêtit d’habits moelleux aux couleurs variées, ct elle le rendit beau. Puis, elle l’eminma vers la Débauche, afin qu’il rencontrât Jésus, qui circulait en criant à tout le monde : Quiconque est un corrupteur, quiconque est un meurtrier, quiconque est un maudit et un infâme, qu’il vienne à moi avec confianceI Car, en le lavant avec l’eau que voici, je le purifierai sur le champ, ct, s'il redevient coupable des mêmes fautes, je le purifierai encore, pourvu qu'il sc soit frappé la poitrine ct donné des coups sur la tête. Alors Constantin so joignit à lui avec le plus grand plaisir, en emmenant ses enfants hors de l'assemblée des dieux. ■ Césars, ad fin cm, Hcrtlcin, p. 431. D‘un seul coup, Julien, empereur, blasphème le Christ, calomnie Constantin, son oncle, et outrage son bap­ tême I I 4· Conversion de Julien au paganisme. — Lorsque Julien a vingt ans. Constance, qui prévoit en lui un compétiteur, l’envoie de Constantinople à NI comédie pour étudier. Julien est jeune» riche, seul ct libre. 11 dispose de son temps, de sa fortune ct de sa personne. Il voyage où il lui plaît, avec une magnificence prin­ cierc. r\ml de l'étude ct esprit curieux de tout, il va s'adonner â la rhétorique et à ln philosophie; il va se trouver en cont ict avec les rhéteurs, presque tous païens, comme Liban lus. et surtout avec les sophistes, tous païens convaincus ct zélés. Le christianisme, si maigre et si superficiel de Julien, devra se mesurer, dans les condi lions les plus défavorables, avec le paga­ nisme proprement dit, et surtout avec les pratiques * secrète des adorateurs des dieux. A Nlcotnédle, Julien paye un homme qui recueille ks confirmera de Llbanius ct les lui apporte. En même temps, poussé par sa curiosité naturelle pour l'inconnu, Julien sc risque, dans cette ville, avec un homme qui pot muait secrètement l’art divinatoire; c'est la premiere démarche païenne de Julien. Il se r»nd a Fer came, centre célèbre de haut enseignement. Il y entend le viril Edésius, chef de l’ecolc de cette stllc. qui avait eu pour disciples Maxime d'Éphèsc, i*ri ’ i * d'Epire, Chrysanthe de Sardes, Eusèbe de 1rs deux derniers étalent seuls présents. 1952 Toujours en quête de merveilleux, ct la curiosité aiguisée par cc qu’on lui rapporte de Maxime, Julien se rend à Éphèse, où il trouve cc philosophe. < Π s'attacha ct sc suspendit â ce dernier, dit Eunapc, et U s'appropria â fond toute sa science. » Vie de Maxime, ante med. Julien dit de lui : · Ensuite, j'arrivai au vestibule de la philosophie pour y être instruit parfai­ tement sous la direction d'un homme que j'estime l'emporter sur tous ceux de mon temps; c'est lui qui m’apprit Λ pratiquer la vertu avant tout ct â regarder les dieux comme les auteurs de tous les biens. » Contre Héraclius, Hertlcln, p. 304-305. Commencée Λ Nicomédle, poursuivie â Pergame, la conversion de Julien au polythéisme se consomma â Éphèse sous les aus pices du néo-platonicien Maxime, qui réussit Λ porter le dernier coup au christianisme de son disciple. Elle eut lieu en 351 ou 352, d’après ce que Julien écrit aux Alexandrins, Episl., Hertlcln, 11, Cumont, 111, Julien revint bientôt à Nlcotnédle, non seulement païen, mais encore versé dans les pratiques les plus secrètes ct les plus malsaines du paganisme, pratiquant la théurgie, l'art divinatoire, l'haruspicine, évoquant les dieux, interprétant les songes et les signes extra­ ordinaires, offrant des sacrifices, inspectant les entrail­ les des victimes, consultant les oracles, en gardant des recueils écrits; enfin, se faisant initier aux mystères de Dionysos, de Dômêter, puis de Mithra, le Dieu-Soleil des Perses, qui devint son Dieu personnel et favori. Les détails précédents sur le caractère ct la culture païenne de Julien ne suffisent pas à expliquer son apos­ tasie, qui l'exposait aux pires dangers, même à celui de la mort, si elle avait été connue de Constance. La raison décisive, c'est que, d'un côté, les rhéteurs ct les sophistes promettaient à Julien l’empire et le lui assuraient au moyen de leurs oracles et de l'interven­ tion toute-puissante de leurs dieux; c’est que, d’un autre côté, et parallèlement, Julien avait la conviction personnelle que les dieux l’appelaient à régner, â de certaines conditions, toutes en leur faveur. Quelle surprise et quel honneur pour les rhéteurs et les philosophes de cette époque d'avoir pour disciple, pour ami, un prince tel que Julien, que l'on s’habituait ù regarder comme le futur successeur du souverain régnant! Leur joie fut sans limites, quand ils le virent dominé par leur éloquence ct leur philosophie, imbu de leurs doctrines, inclinant au polythéisme,ct embras­ sant enfin ce culte des dieux, dont ils étaient les der­ niers et inébranlables défenseurs. Il y eut un tressaille­ ment de bonheur chez les intellectuels païens, les vrais Hellènes de l'empire, depuis l’Oricnt jusque dans la Gaule. Anun. Marc., xv, 8. Ils ne sc contentèrent pas de paroles et de désirs; ils supplièrent leurs dieux et les consultèrent; ils ne trouvèrent dans les présages et les entrailles des victimes que des signes favorables, qui assuraient l’empire à Julien en récompense de son attachement aux dieux; en même temps qu’ils aigui­ saient chez Julien la soif de la souveraineté impériale, ils faisaient de leurs dieux leurs meilleurs auxiliaires pour ménager le trône à Julien et faire de lui, un jour, leur empereur païen; c’était leur intérêt, ct cc serait leur gloire. Avec la pompe de sa rhétorique habi­ tuelle, Llbanius nous fournit les renseignements les plus précis sur cc point : Orat.,xn, 27-41,59-62, 68-70, 79-90, 91-97; xm, 1-2, 7-22, 27-28, 33-41, 44-49; xîv, 15-16,27, 35-38, 41-44; xv, 5-7, 23-32, 36, 45-53, 67-68, 71-73, 77, 80-83; xîv, 17, 19, 30-50; xvn; xvm, 1-47, 72, 75, 95, 103-107, 113-129, 154-161, 166-180, 188189, 192, 214, 272, 281-282, 285-287. 304-308, ct I passim. édit. K. Foerster, t. H. De son côté, Julien avait la conviction, ou la fol, que en échange de sa conversion, les dieux l'appelaient aux plus hautes destinée * qu’un prince philosophe pût I rêver : la possession de la couronne impériale, la res- 1953 JULIEN L’APOSTAT, ACTION RELIGIEUSE (juration ou la fondation à nouveau de la religion polythéiste, l’apothéose ou déification personnelle. A Milan, quand il doit être proclamé César, Julien i hésite; Il prie les dieux de l’éclairer; · pendant la nuit, dit-il, les dieux me menacèrent de la mort 1« plus honteuse, si Je me refusais à cette faveur..., Je cédai donc ct je leur obéis, et aussitôt on me donna le man- | tcau de pourpre de César... » Lettreau sénat ct au peuple . d'Athènes, 57, Hertlcln, p. 355. Λ Paris, quand scs I troupes lui décernent le titre d’Auguste, Julien hésite I encore; Il eut alors la vision du Génie de l’Empire, qui . lui dit sévèrement : · Depuis longtemps, Julien, Je me tiens devant le vestibule de ta demeure, et plusieurs fols Je m’en suis éloigné, comme étant repoussé par toi; mais si cette fois Je ne suis pas accueilli par toi, quand les suffrages de tous s'accordent sur ton nom, je m’en irai découragé ct triste; seulement, souvient * loi bien que Je ne demeurerai pas plus longtemps avec toi. · Amin. Marc., xx, 5 ad flnem. Julien dit lui-même « à ce sujet : < J'adorai Zeus. Comme les acclamations des soldats augmentaient et que tout était tumulte dans le palais, nous demandâmes à cc dieu de nous donner un prodige; il nous le manifesta sur-le-champ, et il m’indiquait clairement de céder et de ne pas m’opposer au vœu de l’armée. » Lettre au Sénat, etc., Hertlcln, p. 366. Quelques mois après, quand Julien marche contre Constance, il le fait par la volonté du ciel, qu’il a connue par un sacrifice à Bellone; en même temps, il emporte avec lui, dans une cassette, des oracles écrits, qui lui prédisent la mort de Constance ct son accession triomphante au trône. Amm. Marc., xxi. 1-2, et xxii, 1-2; Lettre au Sénat, etc., Hertlcln, p. 368. Mais nous possédons sur toute cette matière un document capital; c’est la profession de foi de Julien dans son autobiographie allégorique, Contre le cynique Héraclius, Hertlcln, p. 294-304. Ce document est long; mais il est facile de le résumer très exactement : Julien déclare croire ù tous les dieux du ciel, des airs et de la terre; il croit en particulier ύ Zeus, le père des dieux; mais il s’est attaché personnellement ct inti­ mement à Hélios (le Soleil, ou Mithra), aux mystères duquel il a été initié, puis â Hermès et ù Athéna. Avant même sa naissance, les dieux se sont préoccupés d’arrêter sur la terre l’impiété chrétienne. Pendant son enfance ct sa Jeunesse, ils l’ont choisi en vue de cotte œuvre; ils l'ont sauvé ct protégé en l’inclinant déjà vers eux. Jeune homme abandonné ct isolé, los dieux l'ont pris, guidé, et conduit à la croyance en eux. Us lui ont manifesté leur volonté, c’est-à-dire : qu’il serait leur serviteur, qu’il serait leur empereur, qu’il serait le restaurateur et le propagateur de leur culte, cl qu’il donnerait la première place, dans les affaires, à eux et a leur religion. Ils lui ont confié la mission d’éclairer le monde, en y faisant connaître leur culte cl en l’y répandant. Ils l'ont assuré de leur protection absolue, perpétuelle, et victorieuse, aussi longtemps qu’il rem­ plirait cette lâche. Il est, sur la terre, au milieu des hommes, le serviteur des dieux, leur missionnaire, leur apôtre, leur prophète inspi é. leur grand pn ro, cl leur empereur. Quant ù sa nature humaine, son corps ne lui a été donne que pour remplir ici-bas la fond ion dont les dieux l’ont cliargé. Il a reçu d’eux une âme immor­ telle; de plus, cette âme contient en elle un element divin, sorti des dieux, uni à cette âme, cl des iné à remonter aux deux avec elle. Alors, en récompense de son dévouement aux dieux. Julien deviendra, lui aussi, dieu, ct 11 Jouira de la contemplation «les dieux. L'allégorie se termine par ces paroles de Hélios à Julien: • En lin, sache que ton corps ne t’a été donné qu'en vue de la fonction qui t'est confiée!... Souviens toi donc que tu possèdes ton âme qui est immortelle, et qui est de la même race que nous; souviens-toi que, [ 195 \ en nous servant fidèlement, souviem-tol que tu seras dieu, cl que tu contempleras notre Père en même temps que nous. · Pour que le lecteur ne sc méprenne pas sur le sens de l’allégorie, Julien ajoute : < Cela est-il une fable, ou bien est-ce une histoire véritable? Je ne sais.» Manière modeste d'insinuer que la fable recouvre une histoire véritable, qui est la sienne. Empereur par la faveur des dieux ct par prédesti­ nation, Julien était leur débiteur. Il ne pouvait acquit­ ter sa dette de reconnaissance, tenir les engagements pris par lui au su et vu des rhéteurs et des sophistes et enfla répondre à sa vocation divine, qu'en travail­ lant â rétablir le culte des dieux et à lui rendre sa magnificence d’autrefois. C’est cc qu’il fit aussitôt. Llbanius dit : « Les promesses que Julien avait faites ct aux dieux et aux hommes au sujet des dieux, il les accomplit brillamment après être devenu empereur. » Orat., xviii, 126; cf. xn, 69; xv. 53; xvn, 9; xvin, 114-116, 281 ; Amm. Marc., xxn, 5. IV. L’action religieuse de Juukn. — Elle fut double. D’un côté, il fallait revivifier et réorganiser le polythéisme, afin de ne pas laisser la place libre au christianisme. De l’autre côté. Il fallait enrayer les progrès de cc dernier et l'affaiblir, avant de songer à l’abattre et à le remplacer. 1· Restauration du polythéisme. — Tout empereur Joignait à son titre d'Auguste celui de Pontifex maxi­ mus ou souverain pontife de la religion païenne. Cette haute magistrature était purement politique et très importante; elle conférait au souverain la surveillance absolue de toute la religion, personnes et choses, et surtout celle des cultes étrangers. Constantin et Cons­ tance. chrétiens» étaient souverains pontifes de la reli­ gion païenne de l’Empire, et ils en retenaient soigneu­ sement les prérogatives. Julien, empereur, possédait cette dignité, comme ses prédécesseurs. Mais Julien n’était pas un empereur comme ces derniers. Les dieux l’avaient élu, lui personnellement, pour être leur repré­ sentant et leur délégué; il était leur empereur, par droit divin, et, par droit divin aussi, leur souverain pontife. Pendant que l'empereur veillait au gouverne­ ment de l’Empire, le souverain pontife travaillait a rétablir ou à conserver le culte des dieux. De celte position prise par Julien découlent d'importantes conséquences. 1. Julien, souverain pontife, exerce les fonctions affé­ rentes à celte dignité. — Julien a pleinement conscience de son rôle. César en Gaule, dans le Deuxième panégy­ rique de Constance où il trace le portrait d’un prince parfait, il s’exprime ainsi : « Il convient, à mon avis, que le chef de l’armée ou le mon irque ait toujours soin, en qualité de prêtre et de prophète, d'honorer magnifiquement lu divinité, de ne rien négliger à ce sujet, de ne pas croire que cette fonction convient mieux à un aulr· qu'à lui, et de ne pas la confier à un autre parce qu’il lu juge indigne delui. » Hertlcln, p. 87. Empereur, il écrit au grand prêtre de lu province d’Asie : « Je montre que J<· suis le très grand souverain ponilfe de lu religion des dieux, bien indigne sans doute d'une aussi h mte fonction.mots qui veut en être digne, et qui demande sans cesse aux dieux de le devenir. » Lettres, Cumont, 89 à, p. 138-139; Hertiein, p. 383. Llbanius dit de son cote : · Julien aime d'être appelé pontife, tout autant qu’cinpcreur, et ce nom lui con­ vient; car, s’il n égalé les monarques par ses actes de souverain, Il n égalé tout autant les prêtres par les cérémonies religieuses », Oral., xn, 79-80; cf. encore xvui, 121 sq.; xxiv, 34-36; xu, 69; xiu, 45; xvm. 24 ct 282, et passim. L’un dos soucis du souverain pontife est de se main­ tenir dans une union étroite avec ses dieux, partito fièrement avec Hélios, auquel il offre chaque jour un sacrifice dans son palais, à son apparition le mut tu <.< ü 1955 JULIEN L’APOSTAT, ACTION RELIGIEUSE ta disparition Je soir; il pratique des exercices religieux * dan ia journée ct dans la nuit ; il fait d’une partie dc son palais et de ses jardins comme une vaste chapelle privée avec des autels. II jouit continuellement de l'assistance toute particulière des dieux, ainsi que de leurs Inspirations; il posède le don des miracles, suivant Γοριηΐοη dc ses admirateurs et dc ses amis. Il garde la continence absolue et la tempi rance la plus stoïcienne, a tin dc ne pas être distrait dc la contempla­ tion des dieux ct dc son commerce mystique avec eux. Voir Libanius, Ora/., xn, 80-82; xm. 47 *50; xv, 3, 20-31; xvn, 5-9; xvm, en en’ivr, el surtout 39-10, 65. 103-115, 127-128, 161, 176-180. 281-283; Julien, .Μ Μοροροη, Hertlein, p. 445-446,463-469; Amm. Marc., xxv, L Julien avait, comme il convenait, le souci du salut et de la conversion des chrétiens; il travaillait par l’exemple ct par la parole à guérir doucement les esprits égarés par l’erreur chrétienne, ct à les ramener dans le bon chemin de la vérité polythéiste. Libanius, Ornt; xvm, 121 sq.; Julien, Epist., Hertlein, 51, Cumont, 111, cl passim dans les Lettres. L'enseignement religieux tenait à cœur au souve­ rain pontife. Au début de son Discours sur le RoiSoleil, il écrit : a Que l'éloquent Hennés, avec les Muses et Apollon Musagète. qui s’intéresse aussi aux discours, soient auprès de moi pour m’assister, ct qu’ils m’accordent dc dire toutes les choses que les dieux aiment que l’on dise d'eux cl que l’on croie sur eux. · Il termine ainsi : * Que le grand Hélios m'accorde de connaître, sans que rien n’y manque, tout ce qui le concerne, el de renseigner ensuite à tout le monde, et, en particulier, à ceux qui sont dignes de l'apprendre. > Julien se montre théologien dogmatique dans ses traités sur le Roi-Soleil, la A/ére des Dieux, ct passim duns scs Lettres; polémiste, dans son ouvrage Contre les chrétiens; moraliste religieux dans la plupart de ses écrits ct de ses lettres, par exemple dans certaines lettres pastorales et encycliques, comme la très longue lettre au grand-prêtre dc la Galatie, déjà citée. Il ! enseigne au>si de vive voix, d catéchise, il exhorte ses ; amis et connaissances, les chrétiens en rapport avec lui, nUn dc guérir ces pauvres malades d'esprit. Cet apostolat de Julien produisit certainement des conver­ sions chez les timides, les hésitants, les ambitieux; dans son entourage, à la cour, chez les fonctionnaires; 1 tout particulièrement dans l’armée; ct aussi dans cer­ taines villes qui revinrent nu paganisme. Hertlein, p. 464-466. I Le souverain pontife, grand prêtre des dieux, aime a otbcier personnellement, ct il y met sa gloire. Liba­ nius est ravi : « Ce n’est pus assis sur un siège élevé, ou entoure de gardes aux bouchers d’or, que Julien fuit rendre aux dieux le culte qui leur est dû. 11 opère par lui-même; il fait l’aspersion autour dc l'autel; il place de scs mains les morceaux de bois sur le feu; il prend le couteau des sacrifices; H tranche en deux le corps des oiseaux; il sait consulter leurs entrailles, et ses doigts, tout remplis des présages qu’il en tire, en sont la preuve formelle », ÜraL, xn, 79-83; ci. Amin. Marc., xxn, 12. bans le Sîisopogon, loc, cit,, Julien rapporte les railleries des Anliochiens : · On en a assez, disent-ils, de ces tètes, el c’est comme pour les glands du chêne, un en est dégoûté. L’empereur a sacri lié une fois dims le temple de Zcus, ensuite dans celui de la déesse Tykhé; puis, il est allé trois fois de suite à celui dc Demeter, el on ne sait combien dc fois dans l’enceinte sacrée de Daphné... Quand arrive lu néoménie des Syriens, voilà Icmpcreur qui se rend encore au temple de Zcu» PJnlius, etc. · Initié aux mystères de Mithra, Julien y initiait les autres dans la chapelle dc son pilai». Plein d< piété, le souverain pontife compose des p lire ». une pi. îc .uuunc le Truité ou Discours sur le 1956 Roi-Soleil, ct une autre le traité Sur la Mère des Dieux. 2. Julien, souverain pontife, organise te sacerdoce et le culte, — l’n des premiers soins de Julien fut de rappeler cl de remettre en fonctions les anciens prêlrei des dieux, qui vivaient encore; puis, il Institue un nouveau clergé el réorganise le culte. Il veut, non seu­ lement égaler le christianisme, mais encore le surpasser. « Ne laissons pas les autres, écrit-il, être supérieurs à nous dans le bien que nous, nous devons faire; rougis sons donc dc notre paresse, ct mieux encore, marchons avant tous les autres dans la voie de la religion. » Epist., Hertlein, 49, Cumont, 84 a; cf, Libanius, loc. cit, 11 établit une véritable hiérarchie ecclésiastique. Au sommet, Julien, pontife suprême, prêtre de tous les dieux ct déesses et de tous les temples ct cultes dc l’empire, avec le pouvoir religieux sur tout et sur tous. Puis vient le grand prêtre de la province. Sous lui se trouvent les simples prêtres, qui exercent leur minis­ tère dans les temples, en demeurant attachés aux villes et aux bourgades importantes. Cette hiérarchie était chose toute nouvelle dans le paganisme. Julien possède la juridiction souveraine ct univer­ selle. Il nomme et institue les grands prêtres et les prêtres, les grandes prêtresses et les prêtresses, il exerce un contrôle rigoureux sur tout son clergé, auquel il impose une discipline sévère; un prêtre en avait frappé un autre; le grand-prêtre de la province fait son rapport à Julien, qui interdit le coupable pour trois mois lunaires, Epist., Herllein, 62, Cumont, 88,— Le grand-prêtre d’une province est responsable devant Julien de l’administration religieuse de sa province; il a l’intendance du culte; ll veille sur les prêtres, ses subordonnés, il les dirige, il les instruitde leurs devoirs. II les exhorte, il les fait progresser dans la vie sacer­ dotale, dont il leur enseigne la substance. Le recrute ment des prêtres doit se faire uniquement d’après leur mérite : · J'ordonne, dit Julien, de choisir le» hommes qui sont les meilleurs dans leurs villes, cl surtout ceux qui aiment le plus les dieux d’abord, el ensuite le plus les autres hommes... Pourvu qu'un homme ait l’amour des dieux el l'amour des hommes, qu’on le nomme prêtre I » Hertlein, p. 390-392, Cumont, n. 80 b, p. 145. Quel que soit son rang dans la hiérarchie, le prêtre doit posséder les qualités et les vertus de son état, cl mener une vie vraiment sacerdotale. Il doit avoir la modération, la bonté, la Justice, la charité fraternelle, Jusque dans ses pensées; l'humanité sous toutes ses formes, la chasteté dans le mariage ou hors du mariage. Il s'abstiendra de tout ce qui est malséant pour lui : théâtres, jeux, courses, cirques, etc., de toute occupa­ tion basse ou vile, du cabaret ct de V agora, des festins et des banquets. Le prêtre ne doit rien dire ou entendre d’indécent; il se gardera non seulement des actions, mais encore des conversations honteuses; il ne lira ni /Krehiloque, ni Hipponax, ni autres auteurs de ce genre; il s'adonnera aux philosophes, et aux bons seu­ lement, comme Platon, Aristote, Chrysippe, Zenon, en excluant les sceptiques et les impies, comme Épicure el Pyrrhon. En dehors de son temps de service, le prêtre se souviendra de lui-même et mènera une vie digne de son rang. Mais, pendant son temps de service au temple, sa vie sera exclusivement sacerdotale : toujours de pieuses pensées pour les dieux dans son esprit, le regard tourné vers leurs temples el leurs sta­ tues avec respect eL vénération, la crainte en s'appro­ chant de leurs autels, en réfléchissant qu’ils sont pré­ sents. quoique invisibles, et qu’ils pénètrent Jusqu'à ses pensées cachées. Le prêtre ne fréquentera pas les fonctionnaires et les magistrats; mais il sera honoré par scs concitoyens plus que les fonctionnaires ct les magistrats. En échange de cette existence sévère 1957 JULIEN L’APOSTAT, ACTION RELIGIEUSE Julien promet une récompense à son clergé; le prêtre, dit-il, s’assure beaucoup de Joie dans cette vie-ci, ct une espérance de bonheur encore plus grande pour l’autre vie; car nous ne sommes pas de ceux qui croient que l’âme périt avant le corps ou avec le corps. » Fragmentum epistohr, Hertlein, p. 371-392 ct surtout p. 390-392; Epist., Hertlein, 49» 02 ct 63, Cumont, ! 84 a, M « t 89 a. L’organisation du culte marche de pair avec celle du clergé. 11 doit y avoir un culte public, extérieur, visible. « L’homme, dit Julien, est un être vivant, destiné par sa nature même à vivre en communauté avec scs semblables, et ce sont ces habitudes naturelles de vivre en commun les uns avec les autres qui nous donnent aussi l’habitude de la piété envers les dieux et dc la bonté envers les hommes. » Fragm. epist., Hertlein, p. 374-376, Cumont, 89 b. Le culte matériel est nécessaire pour nous rendre sensible la présence des dieux : «Nos pères ont établi des statues, des autels, le feu perpétuel, cl tous autres objets de ce genre, comme des symboles de la présence des dieux, non pas pour que nous regardions ces objets comme étant des dieux, mais pour que nous honorions les dieux par le moyen de ces objets. Car nous, nous existons dans un corps, et par suite, il faut que nos adorations envers les dieux soient aussi corporelles, quoique les dieux soient Incorporels... » Fragm. epist., Hertlein, p. 376-378, Cumont, 89 b, p. 133. Le plus grand respect est dû au culte. Le prêtre, en fonction, témoigne par son altitude ct ses actes, dc sa profonde vénération pour les dieux invisibles, mais présents; il est pénétré du même sentiment pour leurs statues, leurs temples, leurs enceintes sacrées, leurs autels, tandis que lui-même devient comme un objet sacré pendant qu’il offlci . Le prêtre est maître dans son temple, où il assure le bon ordre ct le respect dc la part dc tous. Il sc conserve pur nuit et Jour, ct sc livre d’ailleurs aux purifications prescrites; il passe dans le temple les journées dc son temps de service; il y étudie la philosophie; il s’occupe de tous les détails du culte cl des cérémonies, veille sur toul, dispose tout avec ordre. 11 offre les sacrifices, fait les prières rituelles, observe avec soin les cérémonies traditionnelles ct nationales, sans y ajouter, sans en retrancher. 11 prie souvent les dieux, en particulier ct en public, cl sur­ tout trois fois le jour; ct si trois fois sont Impossibles, au moins le matin et le soir. « Il faut aussi que Je prêtre sache par cœur les hymnes des dieux; ces hym­ nes sont nombreux cl beaux, composés par des anciens el par des modernes; il faut savoir au moins ceux qui sc chantent dans les temples... 11 faut faire ces exer­ cices de chant. » Hertlein, Fragm. epist., et surtout p. 390-392, Cumont, 88. Julien ajoute deux éléments nouveaux, plutôt étran­ gers au paganisme. Le premier est le respect el le soin des morts; mais il n’entre dans aucun détail Λ ce sujet; par contre, comme le païen se croyait impur s’il ren­ contrait ou voyait un cadavre, comme cela arrivait souvent clans les villes peuplées de chrétiens, Julien défendit sous des peines sévères de transporter les défunts avant le coucher du soleil ou après son lever. Le second élément concerne les institutions de bien­ faisance. · La vertu que le prêtre doit pratiquer avant toutes les autres, c’est la bienfaisance... » Elle portera sur tous les hommes dans le besoin, même sur nos ennemis, même sur les prisonniers coupables ou inno­ cents, et aussi sur les étrangers. II écrit au grand-prêtre de la Galatic : · Établis de nombreux hospices dans les villes, a tin que les étrangers y jouissent des bienfaits de notre humanité, non seulement les étrangers de notre religion, mais encore tout autre homme d’une autre religion ayant besoin de secours... Il est honteux, quand aucun Juif ne mendie, quand ces Galiléens 1958 Impléf nourrissent leurs pauvres ct aussi les nôtres, 11 est honteux que les nôtres paraissent dénués de tout secours de notre part. Enseigne aux adorateurs des dieux à contribuer à ces pieuses institutions, etc. » Fragm. ep., IIcrllein, p. 373-375, et Epist., 19, Cumont, 89 b, p. 129 sq., 84 a, p. 113 sq. Cette esquisse de l’action de Julien en faveur du polythéisme nous révèle sa pensée. Il avait compris clairement qu’il fallait donner nu polythéisme défail­ lant ce qui lui manquait : une âme, un principe intime de vie, de développement, de conservation. Aidé de la connaissance qu’il avait acquise du christianisme pen­ dant sa jeunesse, il calque absolument sur lui son essai dc restauration. Institutions de bienfaisance, prières, chants, sacrifices, processions; hiérarchie, recrutement, formation ct organisation du clergé; vie et vertus sacerdotales de ce clergé nouveau; mystères qui rem­ placent les sacrements; trinlté de soleils qui remplace la Trinité chrétienne des personnes; bonheur du ciel avec les dieux : tout est l’image ct la reproduction de la religion chrétienne. Telle est l’œuvre païenne de Julien, œuvre qui n’a été tentée qu’une fols, croyonsnous, dans l'histoire. 2· La lutte contre le christianisme. — Parallèlement aux mesures prises en faveur du polythéisme, d’autres étalent dirigées contre le christianisme, d’après un plan mûri de longue date. Tout d’abord, Julien use de bienveillance envers tous les chrétiens et surtout envers les orthodoxes per­ sécutés par Constance. Il prend à leur égard des mesures empreintes d’impartialité, de Justice, de libéralisme, comme il convient à un empereur qui se pique de tolé­ rance, et surtout au Romain essentiellement doué du sens de l’ordre ct de l’administration. Puis, l’hostilité contre le christianisme se manifeste. L’Hellène, le philosophe orgueilleux de sa philosophie et dc sa reli­ gion nouvelle, veut guérir le monde du christianisme, qu’il appelle < une maladie contagieuse ·; il traitera I les malades par la persuasion, non par la violence; ll I s’agit d’éclairer les esprits, de les impressionner, de les convertir, ct non pas de forcer les chrétiens à apostasler | sous peine dc mort. Aussi les mesures prises par Julien sont-elles surtout d’ordre Intellectuel et moral, desti­ nées à faire pression sur les convictions chrétiennes et à les ébranler; en même temps, elles sont souvent indi­ rectes, obliques, insidieuses, avec cette duplicité inhé­ rente au caractère de Julien. Enfin, le succès ne pro­ gresse pas au gré de l’empereur; il y a des résistances ct des désobéissances; Julien, autocrate ct despote, zélateur intransigeant dc son paganisme, s’irrite et a souvent recours aux coups de force et d’autorité, à ce que nous appelons « le fait du prince ». Parfois, on voit s’y ajouter le persifllage ct le sarcasme, qui plai­ sent tant ù l’écrivain contre scs adversaires chrétiens. Nous allons donner un aperçu de cette action de Julien envers ct contre le christianisme et les chré­ tiens. 1. Λ Mesures libérales envers le christianisme. — « Je le jure, par les dieux, écrit Julien, Je ne veux pas que les Galiléens soient mis à mort ni frappés, contrairement à la Justice, ni qu’ils aient à souffrir aucun mal... » Epist., Hertlein, 7, Cumont, 83. · Dc nouveau. Je conseille â ceux qui sont venus ù la vraic religion (le paganisme) de ne pas commettre d’injustices envers les groupes des Galilcens, de ne pas les atta­ quer, ct de ne pas les outrager. Il faut avoir dc la pitié, plutôt que dc la haine, pour ceux qui se trompent ù propos des choses les plus importantes; car lu (vraie) religion est réellement le plus grand des biens, ct la fausse religion, au contraire, le plus grand des maux. » Epist., Hertlein, 52, Cumont, 114. < Pour mol, certes, J'en use avec tous les Galiléens si doucement ct humainement, qu’aucun d'eux ne subit nulle part de 1959 JULIEN L’APOSTAT, ACTION RELIGIEUSE violence, n’cst en *miné de force à une cérémonie sacrée, n'est vivement sollicité à quelque autre chose de ce genre contre son gré. > Epist,, Hertlcln, 43, Cumont, 115. Un grand nombre d'orthodoxes avaient été exilés sous Constance. Julien permit ά tous de rentrer dans leur pays, et il leur fit rendre leurs biens confisqués. « Je pensais, dit-il, que les chefs des Galiléens montre­ raient pour mol plus de reconnaissance que pour celui qui s'est trouvé régner avant moi. Car 11 est arrivé, sous Je règne de ce dernier, que la plupart d'entre eux avaient été exilés, persécutés, privés de leurs biens par confis­ cation; bien plus, que l'on avait massacré des foules de reux que l'on appelle hérétiques («= les orthodoxes) comme à Samosatc, ά Cyzique, en Paphlagonie, en Bithynie et en Galatie, et que beaucoup d’autres provinces et des bourgades avaient été pillées, ou détruites de fond en comble, tandis que, sous mon règne, c'est tout le contraire. Ceux qui avalent été exilés ont été renvoyés chez eux; ceux qui avaient eu leurs biens confisqués ont obtenu de mol, par une loi, de reprendre tout ce qui leur avait appartenu. Eux cependant en viennent à un tel degré d’insolence et de démence, etc. » Epixt., Hertlcln, 52, Cumont, 114. Julien entend donc laisser aux chrétiens la liberté religieuse, celle de la conscience et celle du culte. 11 exige en même temps que la paix règne, d’abord entre chrétiens, ensuite entre païens et chrétiens. Par exem­ ple, Julien réunit dans son palais les évêques en discus­ sion les uns avec les autres, en môme temps que leur population était pareillement divisée, et il les avertit en bons termes de mettre fin à leurs discordes, et do pratiquer chacun leur religion en sécurité, sans que personne les en empêchât· * Amm. Marc., xxn, 5. On a signalé à Julien des désordres arrivés à Bostra entre païens et chrétiens, et dont on rendait les ecclésias­ tiques responsables; il écrit : « J'ai donc résolu de faire savoir à toutes les populations par le moyen de cet édit, et de leur imposer clairement de ne pas sc muti­ ner de concert avec les ecclésiastiques, de ne pus jeter des pierres à leur instigation, et de ne pas désobéir aux magistrats; mais, par contre, de sc réunir tant qu’ils le voudront et de réciter pour eux-mêmes leurs prières habitutiles », et toute tentative de désordre sera châ­ tiée, Epist,, Ibid. Ces mesures, si libérales en principe, présentaient en fait des restrictions. L’empereur rappelait les exilés dans leur pays, mais sans bur rendre leurs dignités et leurs fonctions, parfois même sans leur rendre leurs églises. Il écrit aux Alexandrins : « Pour le moment, nous avons accordé le retour dans leur pays, mais non pas dans leurs églises, aux Galiléens exilés par le bienla ureux Constance. » Epist., ilertlein, 26, Cumont, 110. On peut donner, de cette restriction, un motif d'ordre administratif. Un évêque orthodoxe aurait trouvé son siège occupé par un évêque arien; de là, conflit et lutte entre les deux partis, catholique et uritn. Le même conflit aurait éclaté dans une ville, demi-chrétienne, demi-païenne, entre les chrétiens» fortifiés par la présence de leur évêque, et les païens, soutenu' maintenant par l'autorité impériale, il faut «jouter un motif d'ordre religieux. Si l’évêque ortho­ doxe était revenu dans son église et sur son siège, les citoyens chrétiens sc seraient ralliés autour de lui et auraient été aile mils dans leur religion; de là un obs­ tacle a la restauration et à la propagande païennes de Julien. Par conlie, sans son évêque, la communauté chrétienne, acéphale et sans direction, demeurait allai bile el hésitante; de là un étal favorable à l'apos­ tasie. Anunicn Marcellin fail cette réflexion : « Afin d’assurer l’effet des dispositions prises par lui, Julien convoquait dans wo palais les évêques chrétiens en deaari-urd entre eux. avec leur peuple divisé, et il les 1960 avertissait qu’ils devaient mettre fin .à leurs discordes et que chacun devait pratiquer sa religion en sécurité, sans que personne l’en empêchât. Il agissait ainsi avec persévérance, pour ce motif que la liberté, qu’il laissait, augmenterait les dissensions, et qu'il n’aurait pas à craindre ensuite une population qui aurait été animée d'un seul et même sentiment; car 11 savait par expé­ rience que la plupart des chrétiens sont plus féroces les uns pour les autres que ne l'est aucune bête sauvage pour les hommes. · Amm. Marc., xxn, 5. Telle est l'impression que Julien avait recueillie, pendant sa jeunesse, et gardée des luttes fratricides entre ortho­ doxes et ariens, sous Constance, Sozomène dit aussi : < Julien travaillait à éloigner de leurs villes les ecclé­ siastiques et les évêques des Églises. De vrai, il visait sournoisement, par cet éloignement, à interrompre les réunions du peuple, de manière que celui-ci n’eût per­ sonne pour tenir l’Église, ni pour enseigner, ni pour conférer les sacrements, et de manière que les pratiques religieuses du peuple tombassent ainsi dans l’oubli, avec le temps. » Sozomène, J/. E., v, 15, dans P. G.t t. LXVII, col. 1257 B. Une autre restriction concerne la propagande chré­ tienne. Était-elle au moins tolérée? Il ne le semble pas. Julien fit chasser de Cyzique l'évêque Éleusius, pour ce motif principal qu’il persuadait aux « Hellénistes · de cette ville d'abandonner leur religion (païenne) traditionnelle. Il ordonna sévèrement d'exiler de toute l’Égypte Athanase, · ce scélérat, qui a eu l’audace, mol régnant, de baptiser des Grecques de haut rang; qu’on le chasse! » Epist., Hertiefn, 6, Cumont, 112. L’impartialité, la Justice, la tolérance existaient plus dans les paroles et les écrits de Julien que dans ses actes. Son zèle pour les dieux, son orgueil intéressé au succès, son aveuglement, l’égarent facilement loin des principes qu’il professe, et le portent à la pression el à la violence contre les chrétiens. 2. Polémique contre le christtapis me, — Les chrétiens sont « des malades d'esprit, dit Julien, et il vaut mieux instruire les insensés que de les châtier. Il s'y essaya dans une œuvre de polémique, Contre les chrétiens, en trois ou sept livres. Nous n'avons de cette œuvre que de longs fragments cités par saint Cyrille d'Alexan­ drie dims ses dix livres de réfutation Contre Julien, P. G., t. lxxvi. Julien avait établi un parallèle entre le christianisme et le polythéisme, mais en partant de l'Anclen Testament que les chrétiens avaient pris à leur compte. Dogme, morale, législation, il passait tout en revue, pour l'Ancien Testament cl pour le Nouveau II prétendait que le christianisme, ■ la secte des Galiléens », suivant son expression, n’était qu’une fourberie purement humaine; que le Dieu de Moïse était bien inférieur à celui de Platon; que, dans les livres « des Galiléens », tout n’est que fables, erreurs grossières, médiocrités de toute espèce, par comparaison avec la beauté, avec la vérité des doctrines philosophiques des Grecs, et de leurs insti­ tutions politiques et religieuses· En particulier, qu’estce que Jésus, fondateur de la secte? Est-il Dieu, en détruisant l'unité de Dieu, ou bien ne l’cst-il pas? Et d'ailleurs, sa prétendue divinité n'cst-clle pas une < invention de Jean »? Qu'a-t-il fait de remarquable? Quels services a-t-il rendus au inonde? Est-ce d'avoir guéri, comme on le prétend, quelques aveugles et des paralytique»? — Dans les fragments qui nous restent, Julien prend le christianisme et le polythéisme par les petita côtés, par des détails superficiels et Insigni­ fiants; le fond n'est pas traité; cl peut-être Julien était-il incapable de le faire, en raison de sa médio­ crité philos chique et lheologiquc; de plus, il existe, dans ces fu^ments, trop d’imagination et d’hypo­ thèses gratuites, qui décèlent beaucoup d’ignorance des questions. — Ajoutons ici une remarque d'ordre 1961 JULIEN L’APOSTAT, ACTION RELIGIEUSE 1962 tout atteints qu’ils soient de maladie, il faut leur linguhtlqinb Les mots païen et paqartfsme sont latins laisser toute liberté de s’instruire auprès des maîtres et tardifs; Us n’ont pas d’équivalents en grec. Déjà païens, en attendant qu'ils puissent connaître leur dans les Septante, lo mot "Ελλην et d’autres mots voie. dérivés du même radical désignent tous les non-juifs, L'interdiction d'enseigner, imposée aux maîtres avec leurs coutumes et surtout leur polythéisme, par chrétiens, était absolue. Julien ne fit qu'une seule opposition aux Juifs el A leur monothéisme, A l’époque où nous sommes, l’antithèse existe maintenant entre i exception, en faveur du sophiste chrétien Prohærésius, professeur A Athènes, son ami personnel, el les chrétiens et les non-chrétiens. Ce qui est grec se d'une renommée universelle. Noblement, et simple­ confond avec qui est païen; les païens de l’empire de ment, Prohæréslus descendit de sa chaire; Jérome, Julien sont appelés couramment Ελληνες/ Ελληνίσταί, Έλληνύες, avec l’adjectif ’Ελληνικός pour les choses, Chronicon, ann. 363, dans P. L., t. xxvn, col. 503, el cl lo substantif ό'Ελλην.σμός pour désigner le paga­ cf. Eunape, Vit. soph., ProhaeréJus, ad fïnem. Cette interdiction produisait en même temps deux nisme. Cet usage existe et chez Julien et chez ses con­ temporains. C’est à cet Hellénisme païen, sectaire, autres conséquences. Faute de maîtres, les écoles chrétiennes existantes devaient se fermer, et il était étroit, que correspondent les mesures précédentes de impossible d’en ouvrir de nouvelles, l^es Jeunes gens Julien et son traité Contre les chrétiens. 3. Mesures relatives ά Penseifjnernent. — On no pou­ chrétiens, qui ne voulaient pas fréquenter les maîtres païens, se trouvaient privés de toute instruction supé­ vait penser à ramener au paganisme, par l'enseigne­ rieure, et inhabiles par là-même aux carrières libé­ ment, les personnes avancées en Age et affermies dans la foi. Mais on pouvait agir sur lu Jeunesse, en la sous­ rales et administratives. Cela ne devait pas déplaire trayant à l’influence chrétienne, en la soumettant à à Julien, du moment que ces Jeunes gens résistaient a sa propagande. une influence païenne, douce et continue, par l'ensei­ gnement; on attacherait ainsi au culte des dieux les Il semble bien qu’une loi complémentaire ait Inter­ enfants et les Jeunes gens de familles païennes; on dit même cette fréquentation aux jeunes gens chré­ inclinerait agréablement vers le paganisme l’esprit des tiens. Socrate, H. E., m, 12, 16, 18, 22, P. G., t. uvn, enfants chrétiens; on préparerait enfin des générations col. 412, 417, 426, 436; cf. Théodoret, H. E., in, 4, nouvelles bien disposées pour la restauration que t. lxxxii, col. 1096; Zonaras, xiu. 12. 21, P. G., Julien entreprenait. Que fallait-il faire pour cela? t. cxxxiv, col. 1149; Grégoire de Nazianze, Oral., iv. Toute l’instruction sc donnait au moyen de la littéra­ 5, 6,101, 102, 105; v, 39. < Julien, dit Socrate, évita 1i cruauté excessive employée sous Dioclétien; mais il ne ture païenne, devenue classique; il fallait donc mettre d’accord les livres et les maîtres, faire donner par des s’abstint pas de persécuter pour cela; j appelle persé­ cution la manie de troubler les citoyens paisibles. Julie > maîtres païens cette formation intellectuelle puisée uniquement dans les auteurs païens, et établir ainsi les troubla de la manière suivante, il ordonna par une l'unité païenne dans l’enseignement de toute la Jeu­ loi que les chrétiens ne pourraient pas recevoir leur nesse. Ce calcul était logique, et il était confirmé dans part d'instruction, «de peur, disait-il, qu'ils n'aiguisent la pensée de Julien par son expérience personnelle; leurs langues et qu’ils ne soient prêts à se mesurer avec c'étaient la littérature païenne cl la philosophie les dialecticiens grecs (= les philosophes et sophistes païens)... » « Nos Écritures inspirées, dit encore païenne, enseignées par des maîtres païens, qui l’avaient Socrate, nous fournissent des dogmes divins; clics sollicité d'abord et ensuite tourné complètement au insinuent dans l’esprit des auditeurs une grande piété paganisme, malgré les précautions prises et les défendes de Constance. Le moyen était donc efficace. cl la droiture de la vie... Mais clics n apprennent pas du tout l’art du raisonnement, dont on a besoin pour Dans une loi de juin 362, Julien déclare que la lutter contre les ennemis de la vérité; or. ces ennemis nomination des maîtres et des professeurs sera faite, dans chaque cité, par le sénat local; mais que la nomi­ de la vérité sont vigoureusement combattus quand nous nous servons contre eux de leurs propres armes... nation sera soumis© à son approbation. Par là-ménie Julien se réservait de n’agréer que des maîtres païens C'est ce qu’avait très bien vu l’empereur Julien, et c'est pour cela qu’il empêcha par une loi les chrétien» pour les écoles publiques. Dans lu même année, un édit interdit l’enseigne­ de recevoir l'instruction des Grecs; il savait très bien comment la mythologie des dieux rendait ridicule sa ment A tous les maîtres chrétiens, quels qu’ils fussent, croyance A scs dieux... » Ces affirmations de Socrate s’ils ne renonçaient pas A leur foi. Epist., Hertlcln, 42, trouvent un écho dims une lettre de Julien à l’héréCumont, 61 c, p. 70. Nous allons donner une analyse de ce document célèbre et unique dans l'histoire, mal­ ! siarque Photln ; il lui écrit au sujet de l'évêque Diodore de Tarse : · Celui-ci est venu a Athènes pour le heureusement mutilé au début et a la fin. La droiture doit exister, avant tout, dans l’éduca­ malheur public, el c'est avec les ressources de son éloquence qu’il a armé son odieuse langue contre les tion. Penser d’une façon et enseigner d’une autre est dieux célestes... » Epist., Hertkin. 79, Cumont, 90. un manque de sincérité et d'honnêteté chez les Saint Jean Chrysostome. en parlant de la persécu­ maîtres, et une tromperie à l'égard de leurs disciples. tion sournoise et tortueuse de Julien, dit de lui : Il en est ainsi pour tous les professeurs : rhéteurs, « Voyez sa malignité. Les médecins, les militaires, les grammairiens, sophistes. Les dieux sont toujours sophistes et les rhéteurs, tous tant qu’ils sont, il leur honorés et loués chez des auteurs tels qu’Homère, Hésiode, Démosthène, Hérodote, Thucydide, Iso­ ordonne ou de quitter leur emploi ou de renier leur fol. · Panégyrique dos SS. Juvcntin et Maximin. P. G., craie, Lyslas, et les professeurs chrétiens, qui les t. L, col. 571-578, et pour les médecins, cf. Epist., expliquent, prennent à tâche de déshonorer ces mêmes Hertleln, 25 b, 45, 18. Cumont, 75 b, 58, 153. 11 semble dieux comme faux et mauvais : cola n’est-il pas bien que Julien ait cherche à paganiser renseignement absurde? En conséquence, les professeurs sont mis en de la musique, au moins pour le conservatoire d’Alexan­ demeure de choisir entre ces deux partis : « ou ne pas drie. Epist., Hertlcln, 56, Cumont, 109. enseigner ce qu’ils jugent n’être pas bon, ou bien, s’ils 4. Adjurations, injures, menaces. — « Par les dieux, veulent enseigner, être convaincus eux-mêmes cl ensei­ écrit Julien, Je suis honteux, ô Alexandrins, qu'un gner ensuite que tous ces auteurs sont dans la vérité A seul des Alexandrins déclare être Galiléen. En vérité, l'égard des dieux. · Ou bien encore, s’ils persistent les ancêtres des Hébreux étaient asservis autrefois aux dans leurs convictions chrétiennes, « qu’ils aillent Égyptiens; mais maintenant, Alexandrins, vous les dans les églises des Galiléens pour y expliquer Mat­ thieu et Luc... » Quant aux Jeunes gens chrétiens, i maîtres des Égyptiens, puisque votre fondateur a 1963 JULIEN L’APOSTAT. ACTION RELIGIEUSE dominé l'Égypte, vous acceptez, contrairement Λ vos Ioim antiques, de vous asservir volontairement A des gmi qui font fi des dogmes dc vos ancêtres! Et le souvenir ne vous vient pas de cet ancien bonheur, qui était le vôtre, quand il y avait l’union dc toute l’Égypte avec les dieux, et que nous jouissions de biens nombreux! Au contraire, ccs gens qui vous ont apporte récemment cette nouvelle prédication, dc quel bien ont-ils été les auteurs pour la ville, ditcs-le-moi?... Ce n'est pas avec les discours de Jésus qu’on l’a développée, ni avec renseignement dc ccs maudits Galilérns qu'on lui a donné cette habile administra­ tion. grâce à laquelle elle est maintenant heureuse... Si vous en croyez mon exhortation, même brève, retournez-vous vers l’unique vérité; vous ne man­ querez p.A le bon chemin en en croyant un homme qui a marche dans ce chcmin-lâ Jusqu'à vingt ans, et qui marche dans celui-ci avec l'aide des dieux depuis douze ans... » Epis/., Hertlcin, 51, Cumont, 111. Julien parle dans le même sens aux Bostréniens, aux Antlochlcns. au sénat de Béroé, etc. Il ridiculise et injurie les chrétiens. Par moquerie et mépris, il les appelle » la secte dc Galilée, les Galllécns »; il ordonne pur une loi dc ne les désigner que par ce dernier nom, le seul qu'il emploie lui-même dans scs œuvres et scs lettres. Os · Galiléens ■ sont d’ailleurs ■ des malades, des contagieux, des fous, des Insensés; des sauvages, des Ignorants, des obscuran­ tistes, des illettrés; des impies, des athées, des hommes sans religion; des gens odieux, des maudits, les objets de la colère des dieux; des avares, des hommes d’ar­ gent, des faussaires et des captatcurs d’héritages, des vindicatifs; des hypocrites et des trompeurs dans leur prétendue charité envers les malheureux. — Quant à leurs livres sacrés, Julien s’en moque agréablement, et il en souhaite la destruction; « il y avait aussi, dit-il, dans la bibliothèque de l'évêque Georges, beau­ coup dc volumes contenant la doctrine dc ccs impies Galiléens, volumes que Je voudrais voir détruits com­ plètement ». On peut rapprocher dc ccs paroles cet autre souhait au sujet de l’évêque Athanase : · Plût aux dieux que la perversité dc l'école impie où il enseigne fût limitée à lui seuil » Epiât., Hcrtlein, 9, 51, Cumont, 107, 111. Blessé dans son orgueil et son despotisme, Julien s'abandonne facilement aux menaces. Les habitants de Nisibe, chrétiens, et les plus exposés aux coups des Perses, lui envoient une ambassade; il déclare avec colère qu’il ne les secourra pas. qu’il ne recevra pas leur ambassade, qu’il n'entrera pas dans leur ville impie, à moins qu’il n’apprenne qu’ils sont revenus à • l’hellénisme » (·=■ le paganisme). Dans d'autres occa­ sions, il déclare que, après sa victoire sur les Perses, il étendra wn polythéisme sur les ruines du christia­ nisme, et qu'il détruira Jusqu’au nom dc celui-ci. Pour l'étêque Athanase, il doit quitter Alexandrie; « sinon, dit Julien, nous porterons contre lui des peines plut grandes et plus terribles ». EpisL, Hcrtlein, 26. Cumont, 110. Il écrit ensuite au préfet d’Égypte que. si Athanase n’a pas quitté l’Égypte avant le premier décembre, il en rendra responsable la région • qu’il frappera d’une amende dc cent livres d’or », Epist. Hcrtlein, 6, Cumont, 112. 11 menace les chréti ns d Édtssc, en cas dc troubles, · du glaive, du feu, de l'exil ». EpisL, Hcrtlein, 43, Cumont, 115. 5. Mesures contre les personnes et les choses. — Julien ré erve les faveurs et les préférences aux païens fi lèles, aux apostats, aux hérétiques, aux Juifs, à l'exclusion des chrétiens, et surtout quand les mesures p'iws pur lut nuisent en même temps au christiaUtane Ses vrais amis, ceux qu’il honore de scs lettres les plus chaleureuses, ce sont les adorateurs des dieux, les rhéteurs et surtout les philosophes; il fait de 1964 Libanius son intime; il comble Maxime d'Éphèje de marques d’honneur exceptionnelles. Il loue le zèle des habitants dc Cyzique pour la restauration du paga­ nisme, et il leur accorde en conséquence toutes leurs demandes. Il est prêt Λ aider la ville dc Pessinonte, mais à la condition que les habitants se rendent la Mère des dieux propice, et qu'ils deviennent en masse scs adorateurs; sinon Ils n'éprouveront de u part que des reproches et dc la malveillance; c'est d'ailleurs la règle que suit Julien avec les villes. Π soutire λ la vue de ceux qui se laissent enchaîner par le christianisme; Il sc réjouit avec ceux que les dieux ont déliés et libérés dc cette erreur; il protège tout spécialement l’évêque Pégasius passé au paganisme. — Il invite chez lui l'cvêquc Aétius, chef des anoméens; il a un faible pour Georges, évêque arien et Intrus d'Alexandrie, qu'il a connu prêtre à Césarée; pour l'hérétique Photin; pour les novations et les donatistes, auxquels il fait rendre leurs églises et leurs biens; pour les juifs, qui valent mieux que les chrétiens, et pour lesquels il saura bien réédifter leur temple. Toutefois, Julien a gardé mauvais souvenir des ariens, qui avaient été les flatteurs et les soutiens dc Constance; il écrit aux habitants d'Édessc : · Quant à ceux de l'église arienne, orgueilleux dc leur richesse, ils ont attaqué les Valentiniens, et Ils ont commis contre Êdesse des actes d’audace tels qu’il ne doit pas y en avoir dans une ville bien administrée. En consé­ quence, puisque leur admirable loi leur ordonne de tout quitter pour entrer dans le royaume des deux, nous voulons aider leurs saints; nous ordonnons de saisir tous les biens meubles dc l’église d’Édessc pour les donner ù nos soldats, et scs propriétés pour les attribuer à notre domaine privé; et cela, afin que, devenus pauvres, ils deviennent sages et qu’ils ne soient pas privés du royaume céleste, qu'ils espèrent encore. Nous ordonnons dc plus, Λ vous, habitants d’Édessc, de vous abstenir de toute mutinerie et rivalité, dc peur que, si vous agacez notre humanité habituelle en la tournant contre vous-mêmes, vous ne payiez pour le désordre dc tous, en étant punis par le glaive, par le feu, et par l'exil. · Episl., Hertlcin, 43, Cumont, 115 (où il faut lire : προείρητας άφεΐνας πάντα (ν’ είς κτλ., et non pas τά ύπάρχοντα προέσΟαι). Les chrétiens ne convenaient guère pour remplir les emplois civils sous un empereur païen; ils déplaisaient au maître, qui avait ordonné de leur préférer toujours les adorateurs des dieux; d'ailleurs, ils ne pouvaient assister, soit avec lui, soit avec scs représentants, aux cérémonies païennes. Julien interdit même de nommer des chrétiens à aucun emploi civil, Λ aucune fonction publique; il alléguait, très spirituellement dans sa pensée, que la loi des chrétiens leur comman­ dait · dc vivre en dehors des choses dc ce monde, de ne pas combattre, de ne pas sc servir de l'épée, dc ne pas juger, de ne rien posséder en propre, dc mépriser les choses dc ce monde comme n'existant pas, de ne pas rendre le mal pour le mal, de présenter la seconde Joue à qui frappait la première, et dc céder la tunique ù qui prenait le manteau. » La charge civile de curiale était très redoutée, en raison des dépenses qu’elle entraînait. Sous Constantin et Constance, des lois spéciales en avalent exempté les ecclésiastiques. Julien supprima ce privilège, en pen­ sant qu’il plairait aux populations et qu’il les attire­ rait ù lui; plus il y aurait de curiales, et plus 11 y aurait dc citoyens pour supporter les charges de cette dignité. Dans une loi du 13 mars 362, Julien ordonne : « Que les décurions, qui déclinent les charges à titre de chrétiens, y soient rappelés, etc. » Il écrit aux Byzacéniens : · Je vous al rendu tous vos curiales. soit qu’ils sc fussent donnés à la secte religieuse des Gali• léens, soit qu'ils oient essayé, d’une manière quel­ 1965 JULIEN L’APOSTAT, ACTION RELIGIEUSE 1966 et pieuses étalent tout de même allées trop loin contre conque d’échapper au conseil (ou sénat) local. » les chrétiens. A Gaza, le peuple païen avait torturé Episl. t Hcrtlein, 11, Cumont, *54. et massacré trois frères chrétiens, Eusèbe, Nestabe et Julien jouissait d’un prestige considérable sur l'armée; elle constituait pour lui un appui Inébran­ Zénon. Julien prit parti pour le peuple : < Qu’étalt-ce pour les habitants, dit-il, que d'avoir tué quelques lable au dedans et nu dehors. Aussi s'appliqua-t-il Galilérns en échange de tout le mal que ceux-ci A la gagner au culte des dieux. Dès l’an 360, au moment avaient fait à eux et aux dieux! · Sozomène, IL E.t de marcher contre Constance à la tête dc scs troupes, v, 9, 11-13, P. G., t. lxvii, col. 1240. On peut comparer Julien écrit Λ Maxime d'Éphèse : · Nous honorons les l'étrange indulgence dc Julien pour les Alexandrins dieux ouvertement, el la grande masse dc mon année est pieuse envers eux. · Il ordonna que tous les soldats qui ont maiMirré l’évêque arien Georges. Epist., Hert­ participassent aux sacrifices, aux libations, et autres lcin. 10, Cumont. 60. Sous Constantin et surtout Constance, bien des cérémonies, alléguant que les armes n'apportaient temples avalent clé démolis, ou bien détruits en partie aucun secours, quand lo secours des dieux faisait el démeublés. Ceux qui en avaient pris et employé les défaut. Quand la sévérité ou la menace ne produisait matériaux furent condamnés ù reconstruire les édifices pas sur les soldats l’effet désiré, on y ajoutait l’or et détruits, à réparer ceux qui avalent été endommagés, l'argent, · et l'appât du gain, dit Libanius, obtenait et cela à leurs frais; les objets qui avalent été emportés ce que n’avalent pu les paroles ». Pratiquement, les des temples détruits ou abandonnés durent y être chrétiens étaient exclus de l'armée, et cette dernière rapportés. Par exemple, dit Libamus enchanté, « ceux était païenne, sauf des exceptions. L'empereur paganlsa la monnaie, en y faisant gra­ qui s'étaient fait construire des maisons avec les pierres des temples restituaient en argent; d’un autre ver un autel et un bœuf, signes des sacrifices aux côté, on pouvait voir les colonnes des temples rap­ dieux. Dc plus, pour scs propres statues ou images portées aux dieux qui en avaient été dépouillés, les exposées en public, il faisait représenter, auprès de lui, unes sur des navires et les autres sur des chars », Zens apparaissant du haut du ciel et lui conférant les Oratio xvhî, 126, edition Fœrstcr. Un trouble aussi attributs do la souveraineté impériale, cl aussi Arès et Hermès, qui fixaient leurs yeux sur lui, pour attes­ grand ne sc fit pas sans beaucoup de brutalités, de menaces, d'amendes, d’emprisonnements, de tortures, ter qu’il excellerait dans la guerre et dans l’éloquence. Cette représentation répondait à deux préoccupations et même de condamnations à mort. Cf. Sozomène, H. E.. v, 5, *5; P. G., t. xlvii. col. 1228. dc Julien. Tout d’abord, elle rappelait le rôle d’Arès Sous les empereurs Constantin et Constance, des et dc Hermès auprès de lui, Julien, pendant sa jeu­ biens avalent été attribués aux églises pour leurs nesse, d'après l'allégorie autobiographique de la Diatribe contre Htractius. Puis, les citoyens, qui voulaient besoins et leur entretien. Julien les leur fil enlever, et les attribua aux municipalités. Il en fut ainsi même honorer l’image de l'empereur, sc trouvaient rendre pour les revenus qui servaient à l'entretien des vierges hommage, bon gré mal gré, aux dieux représentés avec et des veuves, inscrites par les églises sur leurs listes lui; et les chrétiens, qui par conscience s'abstenaient officielles; parfois, on les obligea même dc rendre ce de le faire, étaient accusés dc manquer à la majesté Impériale. qu’elles avaient légitimement reçu pour vivre aupa­ Les chrétiens avalent coutume de transporter leurs ravant. On enleva des églises les biens meubles, les dons, défunts h travers la ville et de célébrer les funérailles les vases sacrés; on emprisonna cl tortura les prêtres en plein jour avec une certaine pompe et beaucoup dc respect. Mais la rencontre d'un cadavre est une souil­ et chefs religieux qui voulurent s’y opposer. A Antioche, Julien HL pagani ser les fontaines d'An­ lure pour le païen, qui sc trouve ainsi exclu des céré­ tioche cl de Daphné au moyen de sacrifices aux dieux, monies de son culte. Par une mesure générale, Julien afin dc forcer A un acte d'idolâtrie ceux qui y puise­ défendit rigoureusement le transport des défunts et raient. Pareillement, il lit asperger, avec l’eau lustrale leurs funérailles, pendant la journée; on ne le fera des sacrifices, toutes les denrées du marche. Le temple que la nuit, après la dixième heure, lorsque le soleil est couché, ou encore avant eon lever; les délinquants d'Apollon ayant été détruit accidentellement pur un incendie. Julien rendit les chrétiens d’Antioche respon­ subiront des peines sévères. sables de ce malheur. Il fit soumettre les accusés a des 6. Mesures contre les martyrs. — Julien défendit tortures plus cruelles que de coutume, lit fermer la d’érrire aucun mémoire, aucune relation, aucun récit grande église d’Antioche, et adjugea au fisc les objets relativement aux martyrs; ces derniers devaient périr qui y étalent conservés. et disparaître entièrement, anonymes el oubliés. Son Il lira une vengeance terrible de cette ville do langage est d'ailleurs amer quand il parle d’eux. Pour réveiller l’oracle muet de Daphné et rouvrir la fon­ Césarée de Cappadoce, auprès dc laquelle il avait passé sa Jeunesse â Macellum, qu’il avait fréquentée taine Castalie, il fait enlever le corps du grand martyr alors, cl où il avait été sans doute lecteur de l'église d’Antioche, saint Babylas, et tous les autres corps avec son frère Gallus. Les habitants, chrétiens en de chrétiens inhumés au même endroit. A propos du masse, avaient démoli auparavant les temples de Zeus temple d'Apollon Didyméen, â Milel, Julien ordonne et d’Apollon, et détruit ensuite, depuis le règne même nu gouverneur de la Carie de brûler et de détruire dc Julien, le dernier temple qui restât, celui de la tout ce que l'on avait élevé en l'honneur des martyrs déesse Tykhê. Julien fut outré, dit Sozomène; il auprès du sanctuaire du dieu païen. Dans le Misopoblâma les païens de ne s'être pas opposés par la force gon, Hcrtlein, p. 462 et 461-466, Julien loue « les villes à celle destruction; il ordonna de saisir, fût-ce en saintes et pieuses comme lui, qui ont relevé les temples employant la torture, tous les biens meubles et im­ des dirux cl qui ont détruit les tombeaux des athées, meubles des églises dc Césarée et de la province; en conformité avec un dc mes derniers ordres »; ccs d'exiger sur le champ pour le fisc trois cents livres villes « si pieuses » étaient Émèse, Arélhuso, I léliopolis, d’or; d’enrôler les ecclésiastiques dans la plus basse Gani. — On no viendra plus désormais honorer les classe dr lu police; de rayer Césarée du nombre des tombeaux des martyrs. villes en lui rendant son ancien nom de Mazaka; 7. Mesures et actes de violence et de tyrannie. — enfin, d’inscrire tous les Chrétiens au nombre des con­ L'empereur excuse avec la plus grande indulgence tribuables. Les démolisseurs du temple furent, les uns les païens, qui ont maint enant relevé la tête, et qui exilés, el les autres mis à mort. Julien Jura que, si les attaquent les chrétiens. Dans le M isopogont Hcrtlein, p. 465, Julien sc contentc dc dire que les villes saintes habitants ne relevaient pas promptement les temples 1967 JULIEN L’APOSTAT, ACTION RELIGIEUSE détruits, Il ne cesserait pas de les persécuter ct ne laisserait pas les chrétiens garder leurs têtes sur leurs épaules. Par bonheur, la mort rapide de Julien délivra les habitants de cette terreur. Dans son expédition contre les Perses, l'empereur, ayant besoin d’argent, résolut de s’rn procurer aux dépens des chrétiens; il Imposa une amende en argent aux chrétiens des pays traversés par lui, qui refusaient de sacrifier aux dieux; l'amende fut calculée suivant la fortune de chacun cl exigée avec rigueur. Les violences étaient plutôt rares ct modérées dans les provinces occidentales de l’empire, éloignées de Julien, de Constantinople el d'Antioche, el libérées bientôt par la mort du restaurateur du polythéisme. Elles se sont exercées surtout en Orient, dans les provinces soumises plus directement à l'action per­ sonnelle de Julien. Parfois aussi, dans les villes, les gouverneurs ct les magistrats, ct aussi les habitants, sûrs de l'impunité, faisaient du zèle, et outrepassaient les ordres de l'empereur, déjà sévères; l'autorité imposait ou exigeait des amendes illégales, ou en­ core employait les châtiments corporels; la populace païenne abattait les signes du christianisme, s’empa­ rait des églises, attaquait la population chrétienne, détruisait les tombeaux des martyrs, se livrait aux diverses impulsions do sa haine, en croyant servir l'empereur. Te l est le tableau abrégé de la persécution de Julien, que l'on appellera mieux la politique suivie par Julien à l'égard du christianisme, politique qui consiste en une série do mesures législatives et d'actes administra­ tifs. Comme le dit Bu lin, Julien « faisait chaque Jour des progrès dans l’art de trouver des mesures sour­ noises et habiles, qui ne présentassent rien de cruel ». Butin, H. E.t i, 31, P. L., t. xxr, col. 502. Dès lors, ct quoique bien des chrétiens aient perdu la vie pour leur foi. le nombre des martyrs proprement dits est fort restreint pour le règne, d'ailleurs très court, de Julien. On p