La France sauvée de l’hérésie protestante par la Vierge Marie par Albert Garreau Si la France échappa au protestantisme, c’est grâce à l’intervention de Notre-Dame et aux prières privées et publiques que les catholiques lui adressèrent. C’est à la Vierge, en effet, que Dieu a conféré le pouvoir d’écraser la tête du Serpent et de vaincre les hérésies. La leçon vaut pour aujourd’hui ; ce qui était vrai au 16e siècle est toujours vrai : Marie est le remède aux maux de tous les temps. C’est d’ailleurs ce que la Vierge elle-même a fait comprendre aux enfants de Fatima et que sœur Lucie nous répète de sa part : « N’attendons pas que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier […] Non. Maintenant, il faut que chacun de nous commence sa propre réforme spirituelle. […] La très sainte Vierge a dit que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde : le saint rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu’il n’y en aura pas d’autres. » (Entretien avec le père Fuentes, 26 décembre 1957.) Lisons donc avec attention cet extrait de l’Histoire mariale de la France d’Albert Garreau 1 pour nous en appliquer les enseignements. Le Sel de la terre. L ES PEUPLES qui ont renoncé au culte de la sainte Vierge, de l’aveu même de quelques protestants, sont aussi ceux qui ont perdu le plus rapidement leur foi en la divinité du Christ. Voir en Marie la simple cause occasionnelle de l’incarnation et de la rédemption, une femme vertueuse et sainte, mais en somme à la mesure de toutes les autres et qui n’a été qu’un instrument à peu près passif, inconscient ou à peine conscient de ces mystères, c’est en effet attenter sans le dire à leur intégrité, en ruiner les fondements ; ne pas comprendre qu’elle est mère de Dieu, ne pas accepter 1 — Paris, éditions des Saints-Pères, 1946, chap. 5 : « Les combats de l’humanisme et de la Réforme », p. 98-112. Les titres sont de notre rédaction. 190 ÉCHAPPER AU PROTESTANTISME toutes les conséquences de cette maternité, si exorbitantes puissent-elles paraître à la raison, c’est commencer à douter que le Christ soit Dieu. L’occident chrétien avait échappé à l’arianisme par la conversion providentielle de Clovis et la création de la France. Au 16e siècle, le salut vient encore de l’union du monarque et de son peuple dans la résistance aux nouveautés. Puis, quand le roi perd pied, c’est le grand élan de foi des simples et des humbles qui maintient les positions traditionnelles : le prétendant hérétique doit se convertir pour accéder au trône. Que les masses n’aient pas glissé par leur propre poids ; au pire, que le bien soit sorti des guerres civiles, il y a là un miracle, encore évident à nos yeux et que les contemporains ont attribué au secours de la Vierge. Attentats protestants contre la Vierge La stérilisation de l’esprit par l’humanisme n’était pas un péril moins grand ni moins insidieux que la réforme protestante. Maints lettrés faisaient usage d’une rhétorique pieuse, ou prétendue telle, comparant Marie à Pallas ou à Isis, Jésus à Jupiter ; la clarté platonicienne ou la raison raisonnante prétendait faire table rase du passé, substituer aux mythes grossiers du Moyen Age de pures constructions de l’esprit. C’est miracle que l’instinct du peuple et de ses rois ait su préserver la tradition entière, le cœur vivant et essentiel, sous les dehors puérils ou grossiers qui furent défendus parfois les uns et les autres avec une pareille véhémence. Dès les premières escarmouches, le culte de la sainte Vierge se trouve en cause ; il apparaît au centre du débat, la victoire sur ce point emportera tout, les sophistes le savent, et les savants et aussi les hommes de main, les aventuriers, les soudards, briseurs d’images. On mutile des madones à Metz dès 1525, à Paris en 1528, puis de nouveau en 1550 et 1554, on leur donne des coups d’épée ou de poignard, on leur brise les membres, on les décapite ; puis les églises flambent par dizaines et les villages avec elles : on en compte trois cents brûlées en Beauce et l’on renonce à dénombrer celles dont les portails, le mobilier, la statuaire sont détruits. A Paris, le premier attentat, en 1528, donna lieu à des cérémonies de réparation solennelles. Dans la nuit du dimanche de la Pentecôte, dernier jour de mai, des Huguenots avaient abattu la tête d’une Vierge, placée au mur d’une maison, rue des Rosiers, à l’angle de la rue des Juifs, et aussi la tête de l’enfant Jésus. Le roi François Ier remplaça l’image profanée par une autre, de même grandeur, en argent, entourée d’une grille de protection. Le mardi précédant la Fête-Dieu, une procession vint faire amende honorable à l’ancienne image. Elle était ouverte par le recteur de l’université de Paris avec cinq cents écoliers portant chacun un cierge allumé ; suivaient le clergé de Saint-Gervais en chapes, et des religieux des différentes maisons de Paris. Le 11 juin, jour de la Fête-Dieu, il y eut une seconde cérémonie de répara- LA FRANCE SAUVÉE PAR LA VIERGE MARIE 191 réparation. Le Parlement y assista ; le roi, l’évêque de Paris, huit évêques, un grand nombre de princes et de seigneurs, les ambassadeurs étrangers et une foule de peuple y assistaient. Après la messe, on alla en procession rue des Rosiers, on chanta l’antienne Ave Regina cœlorum, l’évêque de Lisieux dit une oraison, puis le roi mit en place la nouvelle image d’argent ; il avait, content des témoins, les larmes aux yeux en fermant la grille : larmes de ce prince guerrier et protecteur des humanistes, qui révèlent en lui, et sans doute dans les hommes de son temps, de bien précieuses réserves d’ingénuité. Les Minimes de Chaillot vinrent à leur tour en procession rue des Rosiers, le mardi 16 juin 1528. L’ancienne statue, réparée, fut déposée à l’église Saint-Gervais, paroisse du quartier, où elle devint l’objet d’un pèlerinage sous le titre de Notre-Dame de Bonne-Délivrance. Pèlerinages royaux en l’honneur de Notre-Dame Henri II, qui arrache Boulogne aux Anglais, restaure la cathédrale et le pèlerinage. Il est aussi pèlerin et bienfaiteur de Notre-Dame de Cléry ; il y fait rétablir les stalles de chœur et les verrières que les protestants avaient détruites. La reine Catherine de Médicis fonde à Notre-Dame de Cléry une messe basse quotidienne pour le repos de l’âme de Henri II. François II et Charles IX visitent officiellement Notre-Dame de Chartres, le premier avec son épouse Marie Stuart, en 1560, le second en 1563. Henri III, étrange et scandaleux, a néanmoins une grande dévotion pour les pèlerinages ; il préfère à tous Cléry et Chartres. A Notre-Dame de Cléry, il répare les nouveaux dommages causés par les Huguenots ; il impose aux seigneurs qu’il admet dans son nouvel ordre de chevalerie du SaintEsprit une contribution pour payer de nouvelles verrières des fenêtres hautes. L’Estoile conte que, le 11 avril 1583, le roi et la reine allèrent à pied de Paris à Chartres, puis à Cléry, prier la belle Dame qu’il plût à Dieu de leur accorder une lignée mâle. Ils revinrent à Paris le 24, « tous deux bien las et ayant les plantes des pieds bien ampoulées d’avoir fait tant de chemin à pied ». En 1584, l’année suivante, Henri III recommence ce pèlerinage à pied avec un cortège de minimes et de capucins et cinquante seigneurs vêtus en pénitents blancs, priant, psalmodiant et se relayant pour porter une croix. Il va dix-huit fois à Notre-Dame de Chartres. Lorsque les États généraux se réunissent à Blois, en 1588, ils se placent sous la protection de la Vierge d’un faubourg de la ville, Notre-Dame de Toutes-Aides. Une procession, qui comprend le roi, la reine et les députés des trois ordres, va du château à l’église Notre-Dame, où la messe du SaintEsprit est célébrée par l’archevêque de Bourges. Catherine de Médicis avait cette Vierge en grande dévotion : elle demanda que ses entrailles fussent déposées près d’elle ; elle lui fit don d’une lampe d’argent, de divers ornements et d’un ostensoir. LE SEL DE LA TERRE No 100, PRINTEMPS 2017 192 ÉCHAPPER AU PROTESTANTISME La Sainte-Ligue était née, dit-on, au château de Marchais, où les princes lorrains avaient rencontré le maréchal d’Humières, gouverneur de Péronne, sous la protection de Notre-Dame de Liesse. Le maréchal était dévot de Notre-Dame de Brebières. Henri IV converti renoue avec Marie Henri IV naît au chant du cantique gascon de Notre-Dame du bout du Pont, que sa mère entonna pour oublier les douleurs de l’enfantement. Cette Vierge était placée à l’entrée du pont qui conduit au château de Pau et les femmes du peuple avaient coutume de l’implorer lors de leurs couches. C’est à Notre-Dame de Chartres que Henri IV est sacré, le 27 février 1594 : telle est peut-être la réponse aux pèlerinages et aux prières de Henri III. Notre-Dame de Chartres avait échappé par miracle aux ravages des Huguenots. Chez elle, le roi de France renouait ouvertement et résolument avec la piété traditionnelle sous son aspect le plus illustre. Malgré son esprit de tolérance et cette magnanimité envers ses anciens compagnons d’erreur, si extraordinaire, si étrangère à son temps, Henri IV fut un converti sincère et scrupuleux jusqu’à la minutie. Il se découvre ostensiblement devant les images de la Vierge ; il porte des scapulaires, il va prier à Notre-Dame de Paris, il restaure l’église de Cléry et la cathédrale d’Embrun. En 1607, pour attester solennellement sa piété envers Marie, il fonde l’ordre militaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont les membres doivent réciter par jour une dizaine de chapelet. Il récite lui-même chaque samedi un chapelet entier. Les chevaliers portent sur leur manteau une croix de couleur tannée, au milieu de laquelle est une image de la Vierge. Ils doivent prendre les armes contre les ennemis de l’Église à la requête du Saint-Siège ou du roi très chrétien. Chaque jour, ils récitent l’office de la Vierge ou la Couronne de Marie ; les samedis et jours de fêtes, ils assistent à la messe ; ils font abstinence le mercredi. Ils doivent se confesser et communier pour la fête du Mont-Carmel, le 19 juillet. Le célibat ne leur est pas imposé. En 1608, le roi leur attribue les biens de l’ordre militaire de Saint-Lazare, qu’il unit à eux, et leur donne pour grand-maître celui de cet ordre, Philbert de Nérestang. Par la suite, un grand nombre d’hôpitaux, de maladreries, de commanderies de différents ordres leur sont confiés. Ils se sont éteints après la Révolution de 1830. On comptait encore quatorze chevaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel sous le règne de Louis XVIII. La dévotion mariale de Paris, la cité ligueuse Les manifestations publiques et politiques ne sont, on le sait, que l’expression, au grand jour, de mouvements intérieurs. Ce sont les inspirations des saints, les résolutions, les sacrifices et les actes des chrétiens fer- LA FRANCE SAUVÉE PAR LA VIERGE MARIE 193 vents, qui portent de la sorte leurs fruits pour le bien commun. Cette histoire intime se devine, plus qu’elle ne peut se suivre et se décrire en détails et pas à pas. Quelques grands faits immédiatement visibles la dominent pourtant. Saint Ignace de Loyola, vieil étudiant à la Sorbonne, choisit la fête de l’Assomption, en 1534, pour prononcer les premiers voeux de la Compagnie de Jésus, à Paris, dans la crypte dite du martyre de saint Denis, sur la colline de Montmartre. Ce n’est pas un hasard si de tels événements ont lieu à Paris. Il faut imaginer une moyenne ville de province, très ramassée sur ellemême, où les artisans, les marchands, les clercs demeurent farouchement attachés à la foi et aux mœurs traditionnelles. Au 16e siècle et même au début du 17e, ils bâtissent encore dans le goût gothique ; les grandes et belles églises Saint-Merry, Saint-Eustache, Saint-Étienne du Mont en sont la preuve. Les Parisiens sont pour la plupart des ligueurs acharnés ; leur défense est aussi outrée que l’attaque. Ville d’émeutes et de barricades, sans doute, mais qui, cette fois, défend de hautes valeurs spirituelles et dont le mérite, le rôle pour le salut de la France est de tout premier plan. Paris appartient à Notre-Dame depuis les temps les plus heureux du Moyen Age. Sa ferveur redouble à l’heure où elle se sent menacée. Il faut énumérer au moins ses principales madones. A Notre-Dame de Paris, c’est la Vierge du transept droit, à l’entrée du chœur, que l’on vénère particulièrement le samedi. A la crypte de Saint-Victor, l’image miraculeuse illustrée par Adam ; à la Sainte-Chapelle basse, celle qui a salué Duns Scot ; à l’église Saint-Étienne des Grès, la Vierge Noire, Notre-Dame de Bonne Délivrance, qui a sauvé le jeune François de Sales de sa tentation de désespoir janséniste ; les Vierges des maisons, des rues et des carrefours ; celles enfin des banlieues auxquelles il faut annexer Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Pontoise, Notre-Dame de Liesse. Du Breul, moine de Saint-Germain des Prés, historien de Paris, raconte qu’en 1529, avant Pâques, toutes les paroisses de la ville s’assemblèrent à la cathédrale Notre-Dame pour aller de là en procession à l’église Notre-Dame d’Aubervilliers. Ces prières étaient faites pour demander au Ciel de mettre un terme aux progrès des nouveaux hérétiques. Le cortège se déroula longuement ; on y portait tant de torches et de flambeaux, que les gens qui étaient dans les lieux élevés, tels que Montlhéry, crurent que le feu était à Paris. Supplications publiques et miracles dans toute la France Ces processions, ces pèlerinages, ces supplications publiques se multiplient du reste de toutes parts. Il serait facile d’en dresser une liste assez longue, par toute la France. Les dévotions anciennes se réveillent et s’émeuvent devant le péril soudain découvert dans toute son ampleur immédiatement : la guerre civile, le massacre, la destruction des églises et, pour conséquence, l’esclavage, l’altération profonde et définitive de l’âme des vaincus. LE SEL DE LA TERRE No 100, PRINTEMPS 2017 194 ÉCHAPPER AU PROTESTANTISME Entre autres, ce sont les protestants qui abolissent la pratique pieuse du chômage le samedi après-midi en l’honneur de la sainte Vierge. Parfois, quand la guerre est aux portes, l’intervention tutélaire de Marie se manifeste avec éclat. Il est admirable que Chartres soit sauvée des protestants par un miracle de Notre-Dame. En 1568, le prince de Condé, que les hérétiques ont proclamé roi sous le nom de Louis XIII, vient assiéger la ville. Il ouvre le feu le 1er mars, avec plusieurs canons, contre la porte Drouaise. Celle-ci, comme toutes les autres portes, était surmontée d’une Vierge, portant l’inscription : Carnutum tutela. Les assaillants s’acharnent à viser la statue, mais ils n’y parviennent qu’à quelques doigts près. Ils ouvrent une large brèche dans l’enceinte entre la porte Drouaise et l’Eure. L’assaut va être tenté de toute évidence et les assiégés se voient perdus. Le peuple va supplier à la cathédrale Notre-Dame de Sous-Terre. Alors, par un prodige inexplicable, au lieu d’exploiter son avantage, l’ennemi lève le siège ; le 15 mars au matin, il a disparu. Les Chartrains reconnaissants dédient à la Vierge un tableau votif et construisent devant le pan de muraille qu’avait abattu l’artillerie huguenote une chapelle Notre-Dame de la Brèche, où ils vont en processions anniversaires jusqu’à la Révolution. Pradelles-en-Vivarais, au diocèse du Puy, avait une image miraculeuse de Notre-Dame depuis le début du siècle : on l’avait trouvée en terre en 1512. Le pays était aux mains des protestants, à l’exception de Pradelles. Ils voulurent s’en emparer par ruse et achetèrent des traîtres qui leur ouvrirent une porte. Mais, arrivés à la hauteur de la chapelle de Notre-Dame, ils hésitent, tâtonnent comme des aveugles ou des hommes pris de vertige et rebroussent chemin. Cette mésaventure leur advient vers 1562. Le 10 mars 1588, deux heures avant le jour, ils veulent tenter l’assaut de la ville. Les sentinelles donnent l’alarme, le tocsin sonne, on court aux remparts, femmes et enfants se réfugient à la chapelle Notre-Dame pour prier. Les portes de la ville sont brisées ; le capitaine protestant, nommé Chambaud, s’élance le premier ; à ce moment, une pierre lancée par les assiégés l’atteint à la tête et l’étend roide mort. Les assaillants privés de leur chef se débandent, abandonnant armes et bagages. La ville célébrait l’anniversaire de cette victoire miraculeuse par une procession. Le pèlerinage était confié à des religieux dominicains, qui rebâtirent l’église en 1623 ; elle était attenante à l’hôpital et fréquentée par une compagnie de pénitents. Ce fut l’un des principaux pèlerinages des diocèses de Viviers, de Mende et du Puy. Exemples d’Aurillac et de Verdun Semblable protection a lieu en Haute-Auvergne, à Aurillac. Les protestants avaient déjà pillé la ville en 1570. Ils reviennent dans la nuit du 4 au 5 août 1581, en la fête de Notre-Dame des Neiges à Sainte-Marie-Majeure. Plusieurs bandes se rassemblent en silence sous les murs d’Aurillac et se LA FRANCE SAUVÉE PAR LA VIERGE MARIE 195 préparent à donner l’assaut d’une tour de la défense. Deux échelles sont posées, les sentinelles sont tuées, les trompettes retentissent et les assaillants crient : ville gagnée. Les habitants accourent en armes, à demi-vêtus. Les non-combattants implorent la sainte Vierge, protectrice de la cité. Le premier consul, Guy de Veyre, et ses frères, qui se nomment Géraud, Charles, Nicolas, Guinot, prennent la tête des défenseurs. Les Huguenots, qui voient qu’ils ne peuvent s’emparer de la tour, escaladent le toit d’une maison voisine pour pénétrer dans la ville par les greniers. Guinot de Veyre découvre cette manœuvre et va occuper la maison menacée avec une poignée de combattants. Tandis que ceux-ci se battent avec acharnement dans les chambres hautes, d’autres habitants d’Aurillac ont l’idée de mettre le feu à une écurie contiguë ; ils ignorent que quelques-uns des leurs sont enfermés dans cette maison. Assiégeants et assiégés surpris au milieu du combat, périssent dans les flammes. Le corps de Guinot de Veyre, mort héroïquement, fut reconnu grâce à la bague que lui avait donnée sa fiancée, Mlle de Cayrols, qui se fit bénédictine. Soudain, une heure plus tôt que de coutume, l’aube parut et grâce à cette aide imprévue, les habitants purent repousser l’envahisseur. Le lendemain était un dimanche ; on célébra une grand-messe d’action de grâces sur la place publique. On construisit une chapelle de la sainte Vierge contre la muraille de la ville, audessous de la tour et l’on y vint en procession chaque année le 5 août. […] La cathédrale et la cité de Verdun étaient dédiées à la Vierge depuis le 5e siècle ; on construit à la cathédrale une chapelle du Rosaire et une chapelle de l’Assomption, celle-ci enrichie d’indulgences par le pape Léon X. Au cours de l’été 1562, des bandes de Huguenots envahissent le pays. Les chanoines constituent alors une petite armée sur l’étendard de laquelle est peinte une image de Notre-Dame, marchant sur la tête du dragon, et qui porte pour devise : Monstra te esse matrem. Depuis un siècle, à la suite d’une fondation de chanoine, six enfants de choeurs vêtus de leur aube venaient chaque jour chanter cette antienne à la cathédrale devant la Vierge miraculeuse du jubé. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1562, François de Béthune, capitaine calviniste, tente l’assaut du rempart voisin de la porte de France. Il est repoussé et les cloches de la cathédrale sonnent matines plus tôt que de coutume pour appeler aux armes les gens de Verdun. La victoire est attribuée à l’intercession de la sainte Vierge, patronne de la ville. Chaque année, depuis lors, a lieu le 3 septembre la procession dite des Huguenots. Celle-ci se déroulait avant 1789 de la cathédrale à l’abbaye Saint-Vanne ou au couvent des dominicains ; le corps de la ville y prenait part. La Révolution détruisit les monastères ; la Vierge du jubé avait été supprimée par les chanoines « éclairés » du 18e siècle. Notre-Dame de Verdun est aujourd’hui une vierge en pierre sculptée par Henri Bouchard et placée au-dessus de l’autel de la crypte de la cathédrale. La procession dite des Huguenots avait été rétablie quelques années avant la dernière LE SEL DE LA TERRE No 100, PRINTEMPS 2017 196 ÉCHAPPER AU PROTESTANTISME guerre. Pendant la guerre de trente ans, en 1636, la ville de Verdun, fort menacée et sans défense, s’est, encore une fois, confiée à la Vierge. La restauration des anciennes dévotions Partout, on restaure et l’on vivifie les anciennes dévotions, les confréries, les pèlerinages. Les légendes refleurissent avec, souvent, leur inextricable fouillis de végétations parasites ; mais, au delà de l’anecdote et du pittoresque populaire, on sauve la théologie, la morale, la civilisation chrétienne tout entière ; l’antique alliance avec Notre-Dame s’affirme et se renoue. Les nouveaux ordres religieux, capucins ou jésuites, y donnent toutes leurs forces, concurremment avec les anciens qui, étant moins puissamment organisés et unifiés, agissent peut-être avec une efficacité moins grande. […] On voit par exemple à Notre-Dame de Liesse, en 1583, une grande procession de pénitents blancs organisée pour demander que la France soit sauvée des hérésies. Bourges avait été mise à sac par les calvinistes au mois de mai 1562 ; Notre-Dame de Sales, la plus antique Vierge de la ville, avait été traînée dans le ruisseau, une corde au cou, puis brûlée sur la place publique ; le trésor du pèlerinage, dont une grille d’argent offerte par Louis XI, avait disparu. Le 25 mars 1589, fête de l’Annonciation, les trois cents élèves des jésuites, vêtus de blanc, vont pieds nus de la cathédrale à Notre-Dame de Sales. Quatre jours plus tard, quarante-trois femmes, touchées par cet exemple, font le même pèlerinage. […] Au 16e siècle, où tant de gens cessent de faire leur devoir et perdent la tête, la prière, du moins, n’a pas cessé ; au contraire, elle a redoublé d’insistance. Elle a été exaucée, la France échappe à l’apostasie. Certes à travers des massacres, des destructions, des ravages innombrables ; mais la comparaison avec les nations protestantes met en évidence la valeur de ce qui a été préservé. Ce ne sont pas seulement les châsses et les saintes reliques, les liturgies, les images de Marie et les maisons religieuses qui disparaissent ; les docteurs, dorénavant, qualifient de superstitieux et d’idolâtres les sentiments les plus sublimes et les plus purs, qui étaient nés de quinze siècles de christianisme ; ils n’admettent plus qu’une pureté schématique et inhumaine, intenable et irréalisable, dont la poursuite va tarir en eux non seulement le pittoresque et la poésie, mais aussi l’esprit de joie et d’enfance spirituelle. Ils inventeront peut-être le confort matériel, mais les régions du cœur qu’ils auront desséchées, les sources vives qu’ils auront enfouies, rendront leurs terres inhabitables, leurs royaumes sans attrait et sans espoir. L’invocation des litanies laurétanes n’aura jamais été plus textuellement ni plus terriblement justifiée : Marie est la cause de notre joie, parce qu’elle nous a donné le Christ et parce qu’elle est toujours prête à nous le rendre.